Blog de Robert Duguet - Août 2017 /contact:

 

Fadwa Souleimane, actrice, écrivain, poète et militante pacifiste radicale est décédée en exil à Paris des suites d'un cancer du poumon. L'article du correspondant du Monde à Beyrouth étant intellectuellement très honnête, nous le reproduison en guise d'hommage. Un si beau visage de femme... (RD)

Poème

Les volets sont grand ouverts
sur un couchant pourpre
dans le ciel passent des avions
sans bruit
emmenant les voyageurs vers leur destination
au-dessus des toits
cherchant à se poser
une nuée de colombes tournoie
les toits sont en tuile
mon cœur rouge
là-bas dans mon pays
la nuit est sans doute tombée
nuit que les avions là-bas
transforment en jour
car les avions là-bas
ne sont pas étoiles filantes
mais lunes de midi
les avions là-bas
n'emmènent pas les voyageurs vers leur destination
mais emportent les âmes au loin
ce sont des bombes
qui se posent sur les toits
non des colombes
quant aux éclairs de lumière-ci
ce ne sont que frottements de pluie d'obus
et d'âmes qui s'élèvent
ô vous qui quittez le pays à pied
écrivez dans vos notes de voyage
sur cette nuit illuminée par l'ombre
ce fut l'anniversaire d'un tyran
2 juillet 2012

(Traduit de l’arabe par Nabil El Azan)


 

Fadwa Souleimane icône de la révolution syrienne, est morte, par Benjamin Barthe

Source: http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2017/08/18/fadwa-souleimane-icone-de-la-revolution-syrienne-est-morte_5174029_3382.html


Engagée à Homs auprès des opposants au régime de Bachar al Assad et devenue une figure du soulèvement, l’actrice, connue pour son pacifisme radical, est morte en exil en France.
 
Par Benjamin Barthe, correspondant permanent du Monde à Beyrouth
 
Egérie de la première phase de la révolution syrienne, lorsque celle-ci était encore populaire et pacifique, l’actrice et militante Fadwa Souleimane est morte Jeudi 17 Août 2017, à l’âge de quarante cinq ans, dans un hôpital de la banlieue parisienne, des suites d’un cancer des poumons.
 
Entre le mois de mars 2011 et le mois de mars 2012, elle avait sillonné son pays, en plein soulèvement, usant de sa notoriété acquise dans des feuilletons télévisés pour galvaniser les opposants au régime de Bachar al Assad et les implorer de résister au piège du conflit confessionnel.
 
Ses harangues sur les barricades d'Homs, la capitale de la révolution, qui firent le tour des télévisions arabes, l’avaient placée dans le collimateur des autorités, ce qui l’avait incitée à s’exiler en France.
 
Amère de voir la révolte non violente tourner à la guerre civile, très critique des instances officielles de l’opposition, elle avait réinvesti son tempérament de feu dans divers projets artistiques, notamment littéraires, sans renoncer à ses idéaux politiques. « Révolution il y eut, révolution il y a, et révolution il y aura », avait confié cette pacifiste radicale au Monde, au mois de mars 2017, alors qu’elle se battait déjà contre la maladie.
 
Fadwa Souleimane est née à Alep en 1972. Elle grandit dans une famille d’intellectuels de gauche, membres de la minorité alaouite, la branche dissidente du chiisme, dont le clan de Bachar al Assad est également issu. Dès l’adolescence, elle manifeste une indépendance d’esprit farouche en boycottant les cours d’endoctrinement baassiste, l’idéologie officielle du régime syrien.
 
Après un diplôme de l’Institut d’art dramatique de Damas, elle monte sur les planches et joue dans plusieurs moussalssalat à succès, des séries dont raffolent les chaînes arabes, incarnant notamment la diva libanaise Fayrouz. Son intensité et sa beauté altière attirent l'attention de Mohamed Malas et d'Abdellatif Abdelhamid, deux grands noms du septième art syrien, qui la font tourner.
 
A la fin du mois de mars 2011, quelques jours après une première manifestation, rapidement réprimée, dans le souk de Damas, Fadwa Suleimane entre en révolution, comme elle se plaisait à le dire. Terrifiée à l'idée que le peuple syrien passe à côté des printemps arabes, elle intègre un groupe de jeunes militants, élabore des banderoles et prépare des sit-in.
 
Pressentant que le pouvoir ne tardera pas à actionner l'épouvantable confessionnel, elle se précipite dans les banlieues de la capitale, des zones à majorité sunnite, en pleine ébullition, où les martyrs ont commencé à tomber.
 
A chaque enterrement, la révolutionnaire alaouite prononce une prière oecuménique et enjoint aux insurgés de choisir les slogans les plus fédérateurs possible. Elle se rend aussi sur la côte, à Lattaquié et a Tartous, des terres alaouites, où elle met en garde ses coreligionnaires contre les manipulations du régime.
 
Mais la colère et le besoin de vengeance, alimentés par l'extrême brutalité de la répression, sont les plus forts. A Homs, où elle réside entre le mois d'octobre et le mois de décembre 2011, Fadwa Souleimane assiste, impuissante, à la militarisation du mouvement et à la montée en puissance des factions islamistes. Les cheveux coupés à la garçonne, pour déjouer la traque du régime, elle rejoint Damas, puis elle traverse clandestinement la frontière avec la Jordanie, avant de s'envoler pour la France.
 
D'abord rongée par le sentiment d'avoir abandonné ses compagnons de lutte, elle se reconstruit peu à peu grâce à l'écriture. Elle compose une pièce de théâtre qui est présentée au festival d'Avignon, à Marseille et à Paris, et un recueil de poésie. Son caractère entier, idéaliste et intransigeant, l'éloigne d'une partie de la diaspora syrienne et décourage des metteurs en scène désireux de travailler avec elle.
 
Fadwa Souleimane la pasionaria n'y prête pas attention. Elle apprend le français, elle participe à des festivals littéraires et elle fréquente des cercles de poésie. Partisane d'une révolution mondiale, elle s'était impliquée, au printemps 2016, dans le mouvement de protestation des Nuits Debout et elle avait visité la jungle de Calais, le campement des migrants aux abords du tunnel sous la Manche. Elle laisse derrière elle, en Syrie, un fils de quinze ans, qu'elle n'avait pas pu revoir depuis son départ en exil.   

 


Qui était Hugo Chávez ? par Ciro Tappeste 

Source : http://www.revolutionpermanente.fr/

vendredi 11 août 2017




Cet article a été écrit au lendemain de la mort de Chavez par le courant Révolution Permanente: on peut discuter la manière dont est posée la question d'une recomposation politique anticapitaliste en Amérique Latine dans la conclusion, il reste que l'analyse sur la situation du Vénézuela au moment de la disparition de Chavez, est tout à fait exacte. (RD)

Présentation de Ciro Tappeste

Alors que la crise perdure au Venezuela et que la droite et l’impérialisme poursuivent sur la voie du putschisme et de l’ingérence, la question du chavisme et de l’héritage d’Hugo Chávez Frías refait surface. Qu’est-ce qu’a réellement été le bolivarisme, sous la présidence Chávez, entre 1999 et 2013 ? Pouvait-on réellement parler de « socialisme bolivarien » à l’époque ? Maduro a-t-il trahi l’héritage du « Comandante » ? Pour répondre à ces questions et alors que certains continuent à vouloir parer Maduro des vertus du socialisme, nous republions l’article nécrologique écrit, en mars 2013, quelques jours après le décès de Chávez et qui garde, aujourd’hui, toute son actualité.

Article...

Dès l’annonce officielle de la mort du président Hugo Chávez ce sont des centaines de milliers de Vénézuéliennes et de Vénézuéliens qui sont descendus dans les rues des principales villes du pays pour dire à la fois leur douleur, leur tristesse et leur inquiétude. Au même moment, c’était la fête dans les quartiers chics de Caracas, là où l’on peut trouver les principaux soutiens de l’opposition la plus réactionnaire et pro-impérialiste, là où l’on a soutenu toutes les menées déstabilisatrices contre le gouvernement bolivarien, ã commencer par le coup d’Etat d’avril 2002.

Pour les masses vénézuéliennes qui sont descendues dans la rue et ont commencé aujourd’hui à défiler devant son cercueil, Chávez incarnait ce gouvernement qui leur avait permis de réduire, du moins en partie, la pauvreté. Dans un pays riche en hydrocarbures sur lequel s’était nourri les pires dictateurs au service des « Majors » [les multinationales pétrolières], et qui avait par la suite alimenté le régime corrompu COPEI-AN, le chavisme a profité des cours élevés du brut afin de redistribuer, au bénéfice des classes populaire, une partie de cette rente pétrolière. L’amélioration relative des conditions de vie et de travail (logement, emploi, éducation, santé, etc.) pour des millions de Vénézuéliens sous le chavisme sont sans doute les plus grandes avancées que des millions d’exploités du pays ont obtenues depuis les années 1970. Et ça, c’était déjà énorme pour eux. C’est ce que symbolise Chavez pour des millions de personnes. C’est ce qu’ils pleurent aujourd’hui.

Et pourtant, le « socialisme du XXI siècle » ou « socialisme bolivarien », promis par Chávez en 2005, n’a de socialiste que le nom. Le chavisme a su garantir, tout au long de ces années, les principaux ressorts du système capitaliste vénézuélien, la propriété privée des moyens de production, y compris des multinationales, tout en offrant, à travers l’ensemble des rouages de « l’Etat bolivarien », ses syndicats et le PSUV [le parti lié au gouvernement], une soupape de sécurité et un instrument de canalisation du mouvement ouvrier et populaire.

Hugo Chávez a en effet représenté l’une des clefs d’un processus politique de conciliation de classe et de reconstruction de l’Etat bourgeois vénézuélien et d’un de ses piliers fondamentaux, les forces armées. Son rôle a été de contenir la révolte et le profond mécontentement des masses exploitées et opprimées et de dévier la lutte des classes populaires afin de construire un nouveau paradigme de gouvernabilité : avec une fraction de l’armée, dont Chávez était issu, et surtout avec la « bolibourgeoisie », la « bourgeoisie bolivarienne », « nationale », favorable à un changement du régime de « Punto Fijo » [système d’alternance « électorale » entre COPEI et AD ayant fonctionné entre 1958 et la fin des années 1980], tout en préservant le régime bourgeois. Le chavisme est, en ce sens, l’expression institutionnalisée de la colère qui avait éclaté lors de la grande révolte du « Caracazo », noyée dans le sang en 1989, mais aussi l’instrument de sa contention, de façon à garantir le capitalisme vénézuélien contre toute explosion incontrôlée des masses ouvrières, paysannes et populaires, et contre tout processus d’auto-organisation pouvant aboutir à une remise en cause du caractère semi-colonial et corrompu d’un système économique, politique et social alimenté par la rente pétrolière.

Pour renforcer son assise politique et sociale et répondre à cette colère, le chavisme a dû recourir à une démagogie soi-disant « anti-impérialiste », bien rôdée, en prenant notamment quelques mesures nationalistes comme la nationalisation (avec rachat) de certaines entreprises étrangères ou vénézuéliennes (dans le secteur des hydrocarbures ou de la métallurgie, dans le cas de Sidor par exemple) mais aussi en faisant quelques concessions aux masses. Le chômage, la pauvreté et l’analphabétisme ont ainsi reculé partiellement au Venezuela, mais c’est surtout l’effet de la redistribution de la rente pétrolière par l’Etat bolivarien. Ce n’est pas pour autant que les travailleurs au Venezuela sont aujourd’hui moins exploités et opprimés. De ce point de vue, Chávez est l’expression relativement timorée, au XXI siècle, de ce qu’ont pu représenter, à d’autres époques, des expériences nationalistes bourgeoises ou de « bonapartisme sui generis » en Amérique latine. Si on compare le régime bolivarien à ces autres expériences, par ailleurs, Chávez s’est davantage appuyé sur les pauvres et les forces armées que sur le mouvement ouvrier organisé, comme avaient pu le faire un Cárdenas au Mexique ou un Perón en Argentine dans les années 1930 et 1940.

Il n’en reste pas moins que, tapie dans l’ombre ou alors se manifestant ouvertement comme lors des dernières élections, la bourgeoisie réactionnaire et ses tuteurs impérialistes sont prêts à reprendre tout ce qui a été concédé aux classes populaires depuis 1999. Dans ce cadre, le chavisme, à travers ses courroies de transmission politiques et syndicales, n’est aucunement une garantie contre ce retour en arrière. D’où l’inquiétude palpable chez les masses dans les manifestations de mardi soir, à la suite de l’annonce du décès de Chávez.

A l’encontre de ceux qui, sur sa gauche, ont pu vouloir poursuivre les mobilisations contre l’ordre bourgeois et l’impérialisme, contre les multinationales et la grande propriété foncière, le régime n’a jamais fait cesser la répression. C’est sous Chávez que des dirigeants syndicaux et de mouvements sociaux ont été assassinés par les « sicarios » à la solde des multinationales, et ces crimes sont toujours restés impunis. Le dernier en date a eu lieu moins de quarante-huit heures avant la disparition de Chávez. Dimanche 3 mars le représentant du peuple originaire Yukpa, Sabino Romero, a été assassiné par des hommes de main à la solde de latifundistes.

Sur le versant extérieur, Chávez a pu s’opposer à la politique militaire agressive de l’impérialisme nord-américain, notamment en matière d’interventions militaires directes, comme en Irak en 2003, en Haïti en 2004 ou au cours à l’occasion des différentes offensives sionistes contre les Palestiniens ou le Liban. Cependant, « l’intégration latino-américaine » promise par Chávez n’a jamais été un instrument pour mener une lutte conséquente contre l’impérialisme étasunien et les impérialistes européens et leurs multinationales. Et surtout, alors que nous rentrons dans la troisième année des « printemps arabes », Chávez a été l’un des principaux soutiens des pires dictatures de la région, comme en témoigne sa solidarité sans faille avec Kadhafi ou Al-Assad.

Mais aussi paradoxal que cela puisse paraître, à première vue, aujourd’hui, l’impérialisme manifeste aussi son inquiétude. Les analystes les plus lucides savent, en effet, que Chávez disparu, aucun de ses « dauphins » plus ou moins désignés et qui se déchirent déjà pour prendre le contrôle des principaux leviers de pouvoir ne serait à même d’être aussi efficace, en termes de consensus et de canalisation de la colère sociale, que ne l’a été Chávez.

La douleur manifestée par la grande majorité des travailleurs, de la jeunesse et des masses du Venezuela est aussi le reflet de la grande souffrance que le peuple vénézuélien endure depuis des décennies et que le chavisme a certes fait reculer sans jamais remettre en cause les bases mêmes de ce système. C’est ce dont témoigne le fait que la répartition de la richesse au niveau national entre capital et travail n’a pas été foncièrement modifiée ou qu’aucun développement économique et industriel sérieux n’a vu le jour depuis la fin des années 1990, Chávez maintenant le caractère fondamentalement rentier de l’économie vénézuélienne qui l’a caractérisé depuis les premières décennies du XX siècle. L’expérience chaviste montre à nouveau combien la bourgeoisie nationale et toutes ses variantes ou expressions est incapable de rompre avec les mécanismes-mêmes qui génèrent cette souffrance : la domination impérialiste et, par conséquent, le caractère semi-colonial de l’Etat capitaliste vénézuélien.

En tant qu’internationalistes, le meilleur hommage que nous pouvons rendre aux masses vénézuéliennes, dans ce moment de deuil, c’est de défendre le drapeau du socialisme, la nécessité d’une révolution ouvrière, la seule qui puisse permettre d’en finir avec les problèmes structurels auxquels ont à faire face les masses vénézuéliennes. C’est en ce sens que le Courant Communiste Révolutionnaire appuie le combat des marxistes révolutionnaires vénézuéliens qui œuvrent à la construction d’une alternative de classe et socialiste au chavisme et au PSUV.

 


Le maire de New York décide de retirer une plaque commémorative du maréchal Pétain, par Alexandra Milhat

Source : Huffington Post

17 aout 2017

 


Après les violences de Charlottesville, Bill de Blasio veut supprimer les « symboles de haine ».

NEW YORK – La chasse aux monuments affiliés à l’extrême droite se poursuit. Après les violences de Charlottesville qui ont secoué les Etats-Unis, plusieurs villes américaines ont décidé de détruire de nombreuses statues confédérées. Cette fois, c’est Bill de Blasio, le maire de New York, qui annonce le retrait d’une plaque commémorative en l’honneur… du maréchal Pétain.

Dans un tweet, il écrit: « Après les événements violents de Charlottesville, la ville de New York va étudier tous les symboles de haine présents sur son territoire ». Il précise, dans un second tweet: « La plaque commémorative en l’honneur du maréchal Pétain, collaborateur nazi, située sur la promenade du ‘Canyon of Heroes’, sera la première à être retirée ».

Selon le New York Post, plusieurs experts définiront des critères et effectueront des recommandations concernant les différents monuments qui doivent être supprimés. « C’est le début d’un travail qui se situera sur le long terme, à propos de l’évaluation des structures publiques et des œuvres artistiques publiques controversées », a déclaré le porte-parole de la mairie Eric Philipps.

La plaque célèbre les actions de Pétain durant la Première Guerre Mondiale

La plaque commémorative du maréchal Pétain a été déposée à Broadway avant la Seconde Guerre Mondiale et l’Holocauste, explique le Jérusalem Post. Elle célèbre le défilé auquel le militaire avait assisté à New York, en 1931, qui s’était tenu pour honorer ses actions lors de la Première Guerre Mondiale. Mais neuf ans plus tard, Philippe Pétain devient le chef d’Etat français sous le régime de Vichy, collaborant avec les nazis.

Non loin de cette plaque de granit, d’autres grandes figures historiques voient leur nom sur cette promenade: le Général de Gaulle, Winston Churchill, ou encore John F. Kennedy. Au mois de mai 2017, le député américain Div Hikind s’était indigné auprès du Jérusalem Post: « Le fait qu’il ait été un héros durant la Première Guerre Mondiale ne justifie pas qu’il ait son nom ici. C’est inacceptable. Il était impliqué dans la solution finale, purement et simplement ». Il avait d’ores et déjà demandé son retrait auprès de la municipalité.

Plus de 1500 symboles confédérés existent encore dans le pays

Les violences de Charlottesville continuent de remuer les Etats-Unis. Dans la nuit du mardi 15 au mercredi 16 août, la ville de Baltimore a détruit au moins deux statues de soldats confédérés, à l’aide d’une grue. Le conseil de la ville a adopté cette décision à l’unanimité.

D’autres monuments ont été retirés: la statue d’un soldat confédéré a été détruite par des manifestants en Caroline du Nord, mais également en Floride, dans le Tennessee. Selon un rapport publié en 2016 par le Southern Poverty Law Center, spécialisé dans les mouvements extrémistes et les droits civiques, plus de 1500 symboles confédérés existent encore dans le pays.

 


Entretien avec Rita Maestre, membre de la direction de Podemos

“nous ne devons pas nous considérer comme des invités au sein des institutions”

Source : Le vent se lève, http://lvsl.fr/

17 aout 2017



 

Entretien intéressant, qui montre qu’il est possible d’agir localement en faveur et avec les populations quand on est élu, et dans lequel on sent poindre la difficulté pour la direction de Podemos à saisir la nature de classe de l’État.

Rita Maestre est membre de la direction de Podemos et porte-parole de la mairie de Madrid. Sa trajectoire est emblématique de ces jeunes Indignés espagnols qui, après avoir occupé les places en 2011, tentent aujourd’hui de changer la vie depuis les institutions municipales. Nous l’avons interrogée sur son parcours, le rôle du mouvement des Indignés, ainsi que sur l’étendue et les limites de la pratique politique au sein des institutions.


 

LVSL : L’un des principaux événements de l’histoire politique et sociale récente en Espagne est l’éclosion en 2011 du mouvement des Indignés (15-M). Quel impact les Indignés ont-ils eu sur la trajectoire des membres de Podemos et sur le nouveau cycle politique espagnol ?

Je pense que le 15-M a eu un impact fondamental. Podemos n’est pas directement l’expression politique ou électorale du 15-M, mais nous ne serions pas nés sans ce mouvement. Le 15-M n’a pas seulement impacté les gauches espagnoles, il a aussi déstructuré l’ensemble de l’échiquier politique, a provoqué une réarticulation complètement nouvelle et a amenuisé la capacité des partis traditionnels à mettre en ordre les identités et les subjectivités. Les slogans les plus significatifs du 15-M, entre autres, étaient “ils ne nous représentent pas” : c’est à dire que le personnel politique a perdu ce lien de représentation avec les citoyens, qui ne se se sentent pas représentés par eux. Ou encore :  “nous ne sommes pas des marchandises entre les mains des politiciens et des banquiers”. En d’autres termes, les citoyens ne sont pas une simple marchandise que l’on peut abandonner à son sort lorsque survient une crise.

« Le mouvement des Indignés a beaucoup pesé dans la transformation du sens commun en Espagne, en démontrant l’érosion des institutions et la perte de crédibilité des partis. »

Parmi les membres actuels de Podemos, nous sommes nombreux à avoir participé au 15-M, de diverses manières. Certains appréhendaient le mouvement selon une perspective académique parce qu’ils étaient enseignants. Tandis que d’autres, en plus d’être à l’université, militaient activement à cette époque-là. Pour ma part, je militais dans un collectif qui s’appelle Juventud Sin Futuro (Jeunesse sans avenir), qui a convoqué les premières manifestations aux côtés de Democracia Real Ya! (Démocratie Réelle Maintenant !). Ainsi, le 15-M fait partie intégrante des trajectoires des fondateurs de Podemos. Le mouvement a surtout beaucoup pesé dans la transformation du sens commun en Espagne, en démontrant l’érosion des institutions et la perte de crédibilité des partis. Il n’est pas le seul à avoir joué un rôle, cela dit. Entre 2011 et 2013, nous vivions en manifestation permanente. Après le 15-M, la PAH (Plateforme des victimes du crédit hypothécaire) a pris beaucoup d’ampleur dans la lutte contre les expulsions immobilières, de même que les marées citoyennes en défense de l’éducation ou de la santé publique, surtout ici dans la Communauté de Madrid. En plus de la dimension quantitative de ces mobilisations – on a notamment assisté à deux grèves générales – il y avait par ailleurs une dimension qualitative très importante. Le CIS, qui est le principal institut d’enquêtes sociologiques espagnol, a demandé aux gens quel était leur point de vue sur le 15-M, et il se trouve que 80% étaient en accord avec ses revendications.

Mais en novembre 2011, le PP a gagné les élections avec le score le plus élevé de son histoire. Au mois de mai, juste après l’éclosion du 15-M, ils avaient déjà largement remporté les élections municipales et autonomiques [les élections régionales]. Ce qui pouvait paraître paradoxal. Et depuis cette victoire du PP en 2011, jusqu’en 2014, nous avons subi un processus d’ajustement brutal, une application en bonne et due forme de la stratégie du choc. Plus les gens protestaient dans la rue, plus le gouvernement durcissait ses positions. Dans cet intervalle, nous nous demandions à quoi pouvait bien servir la contestation, que faire de tous ces gens qui exprimaient leur désaccord dans la rue.

 


LVSL : Dans le sillage du 15-M, deux phénomènes importants ont modifié le paysage politique espagnol : l’apparition de Podemos et la création des plateformes municipalistes dans les grandes villes du pays. Des plateformes qui se donnent pour but non seulement de réunir les forces de gauche, mais aussi et surtout de proposer aux citoyens un “programme de minimums” pour “rendre les institutions aux gens”. Comment ce processus a-t-il pris forme à Madrid ? Comment avez-vous mené campagne et comment expliquez-vous votre victoire obtenue en à peine un an d’existence ?

D’un côté, en effet, à partir de novembre 2013, nous avons commencé à formuler l’hypothèse Podemos. En janvier 2014, Podemos s’est présenté officiellement, et en mai nous avons pris part aux élections européennes. Parallèlement, des plateformes municipalistes ont commencé à voir le jour dans les grandes villes du pays, principalement à Madrid et à Barcelone. Ces plateformes étaient composées d’un ensemble de mouvements et de collectifs, qui observaient Podemos avec sympathie sans pour autant y participer. Elles ont commencé à travailler sur l’échelon municipal, avec des traits différents selon les villes et leurs particularités, en fonction des caractéristiques des mouvements sociaux locaux, etc.

Dans le cas de Madrid, tout a commencé avec la création de “Municipalia”, devenue par la suite Ganemos Madrid, qui existe encore aujourd’hui. Ensuite, Podemos s’est agrégé au projet, à travers un processus de négociation long et difficile qui a débouché sur la naissance de la plateforme Ahora Madrid. Mais en l’espace de quatre mois, nous avons monté la candidature, nous avons fait campagne et nous avons gagné. Je crois que nous ne l’avons pas encore totalement réalisé !

Ahora Madrid avait la volonté non seulement d’unifier tous ceux qui participaient déjà au projet, mais aussi d’incorporer d’autres personnes, des indépendants, des acteurs issus d’autres mouvements qui jusque-là appréhendaient la question institutionnelle avec méfiance. Il ne s’agissait pas de réaliser une somme de plusieurs parties mais d’élargir le spectre au-delà de ceux qui étaient déjà là et de ceux qui se reconnaissaient déjà dans le projet. Nous l’avons, je crois, particulièrement bien réussi dans le cas de Madrid grâce à la figure de Manuela Carmena, notre candidate, aujourd’hui maire de la ville. Manuela Carmena n’était pas directement reliée à Podemos. Pour cette raison, il nous a été plus facile de proposer un programme qui s’adresse au-delà des citoyens de gauche madrilènes. Nous avons bien réussi à attirer de nombreux électeurs progressistes désenchantés par le PSOE, grâce à un discours plus transversal, moins explicitement idéologique que celui habituellement tenu par les forces de gauche. Tout cela a très bien fonctionné.


 

La puerta del sol, épicentre du mouvement des Indignés au printemps 2011...

LVSL : Quelles relations entretenez-vous avec les autres municipalités remportées par les plateformes proches de Podemos, les “mairies du changement” ?

Dans chaque ville le processus s’est déroulé différemment. Mais nous partageons un esprit commun : unir les différents collectifs, les différentes plateformes actives dans la ville, et faire en sorte d’attirer d’autres gens qui n’en faisaient pas partie. Nous poursuivons un objectif commun, mais les choses ont pu se dérouler différemment, en fonction du leadership des candidats qui menaient le projet, et des relations entretenues avec d’autres mouvements.

 

Actuellement, nous mettons en place un réseau, informel mais assez fructueux, pour échanger sur les problèmes que nous avons en commun. Par exemple, lorsque nous réfléchissons aux solutions à apporter en matière de logement, nous ne nous contentons pas de chercher les réponses dans les livres, nous posons la question aux villes qui sont confrontées aux mêmes problèmes que nous. Nous organisons régulièrement des rencontres entre maires. La dernière a eu lieu à Barcelone, avec la participation de municipalités du monde entier. Je crois que nous avons un rôle particulier à jouer, car les villes du changement sont précisément les villes les plus importantes d’Espagne. En ce sens, nous avons un certain poids en termes de gestion, mais aussi un poids politique face au Parti Populaire.

 

LVSL : Vous montrez de cette façon que vous êtes capables de gouverner…

Oui, nous jouons ici une partition fondamentale pour l’avenir, parce que beaucoup de gens ont voté pour nous en pensant : “ils ont de bonnes idées et de bonnes intentions, ils ont bon cœur, mais bon, ils ne pourront pas gouverner. Car les paroles sont une chose, mais l’action en est une autre”. Et donc nous nous sommes confrontés à cette idée très répandue, cette perception généralisée que la ville allait s’arrêter, sombrer dans le chaos. Mais en réalité, ce n’est pas le cas, les choses vont très bien : l’économie va très bien, les finances et les comptes publics se portent très bien. Nous démontrons notre capacité à rétablir la solvabilité financière de la municipalité, notre gestion rigoureuse, notre honnêteté, par opposition à la corruption indécente qui sévit dans d’autres municipalités. De cette manière, nous pouvons représenter un assez bon modèle, en dépit des erreurs qu’il nous arrive aussi de commettre.

« Nous démontrons notre gestion rigoureuse, notre honnêteté, par opposition à la corruption indécente qui sévit dans d’autres municipalités »

 

LVSL : Lors d’une intervention conjointe avec Iñigo Errejón, à l’université d’été de Podemos à Cadix, le philosophe José Luis Villacañas présentait les mairies du changement comme des postes d’observation de la société, des mécanismes d’anticipation du futur à construire. Pensez-vous également que les municipalités sont la clé pour gagner en crédibilité, convaincre les Espagnols qu’il est possible de faire autrement ?

Tout à fait, dans le sens où nous montrons que nous ne sommes pas seulement des jeunes dotés d’une bonne volonté : nous savons aussi gouverner. Et il est essentiel pour nous de défaire l’idée du “There is no alternative”. Les choses pourraient tout à fait en être autrement, c’est une question de volonté politique. Nous essayons depuis les mairies de réactualiser, de revivifier les espérances, dans un contexte où l’année électorale que nous avons traversée a laissé des traces douloureuses. Les attentes et les espoirs se sont atténués : pour les élections générales du 20 décembre 2015, beaucoup de gens se sont rendus aux urnes habillés en violet. Je crois que s’il y avait de nouvelles élections demain, ce ne serait pas le cas, même si beaucoup d’entre eux voteraient à nouveau pour Podemos. Nous évoluons dans une ambiance de désillusion, mais pas seulement par notre faute. Il y a une raison cyclique : l’intérêt pour la politique s’est affaibli, et le PP a gagné une nouvelle fois. Je crois que les mairies ont une certaine capacité à redonner espoir aux gens, à partir de ce qu’ils vivent au quotidien.

 

 LVSL : Il s’agirait de passer d’un projet destituant à un horizon constituant ?

Oui… Mais je crois que nous avons passé trop de temps à utiliser cette dichotomie de façon très rigide, comme s’il y avait nécessairement deux voies distinctes, deux phases qui se succèdent : jusqu’ici destituant, et à partir de maintenant constituant.  Je crois que dans toute phase destituante il y a un horizon instituant. Dans le cas contraire, nous ne rassemblerions pas les énergies suffisantes pour provoquer le changement. Aujourd’hui, nous devons nous focaliser sur la construction d’un autre horizon, d’une utopie réalisable, davantage que sur la plainte ou le rejet de l’ordre existant.

 


LVSL : Au cours du 15-M s’est exprimée une volonté d’amplification de la démocratie, d’accentuation de la participation citoyenne. Quel type de mécanismes pouvez-vous mettre en place depuis les institutions pour favoriser une ville plus ouverte à la participation citoyenne ?

Et bien ici, à la mairie, nous avons réalisé un travail courageux, car nous devons subir les critiques des défenseurs du statu quo qui promeuvent leurs propres intérêts. Ce qu’ils craignent, même s’ils ne le formulent pas de cette manière, c’est que l’avancée de la démocratie participative retire du pouvoir aux représentants. Et de fait, c’est bien ce qui se produit. Mais ce que nous envisageons n’est pas pour autant un mode de gestion assembléiste de la ville de  Madrid. Nous cherchons plutôt des formules qui nous permettent de combiner démocratie directe et démocratie représentative, qui sont totalement compatibles, à l’échelle municipale. Nous avons créé des espaces de délibération, des forums locaux dans tous les districts. Esperanza Aguirre, qui était la dirigeante du PP à Madrid jusqu’à récemment, les appelaient les soviets ! Nos adversaires ont renouvelé l’argumentaire de 1917, mais ce ne se sont pas des soviets, ce sont des espaces de participation de voisinage, où l’on discute et où l’on prend des décisions.

Nous avons également fait un effort très important sur la participation virtuelle. Nous avons par exemple mis en place un instrument qui s’appelle “Decide Madrid” qui a déjà été repris par quarante municipalités d’Europe, parmi lesquelles plusieurs villes françaises, y compris la mairie de Paris si je ne me trompe pas. L’objectif de cet outil est de réaliser des consultations et des référendums virtuels. Pour la première consultation que nous avons réalisée ici à Madrid, à travers internet et par courrier, ce sont plus de 200 000 personnes qui ont participé, c’est beaucoup de monde. Les conservateurs nous expliquent que c’est peu, parce que ce n’est rien à côté du nombre de Madrilènes qui votent au moment des élections. Bien sûr qu’il y a plus de gens qui votent lors des élections, l’idée est précisément de combiner les deux. J’observe une forte demande des citoyens en ce sens : ils veulent être écoutés, pris en compte, et pas seulement une fois tous les quatre ans. Je crois que c’est dû au 15-M, ainsi qu’à une certaine dimension générationnelle. Même si au moment de la consultation qui a réuni plus de 200 000 participants, les plus actifs ont été les personnes âgées, de plus de 65 ans ! Il y a donc une réelle envie de participer, et ce processus n’admet pas de marche arrière, car lorsque nous normalisons l’usage des outils participatifs, les gens s’y habituent : le prochain gouvernement ne pourra plus revenir dessus. Cette année, ce sont 100 millions d’euros qui sont mis à disposition des Madrilènes à travers le budget participatif, pour réaliser des projets qui sont discutés sur internet ou dans les forums locaux. Un habitant défend la création d’un parc dans son quartier, un autre lui répond qu’il vaudrait mieux y installer une école. Les différents projets sont soumis au vote et ceux qui l’emportent sont mis en œuvre.

 

LVSL : Parmi les membres de Ahora Madrid, beaucoup sont issus de mouvements féministes et LGBTQI. Comment est-il possible, depuis la mairie, de prendre des mesures concrètes pour l’égalité ? Par exemple, en France, nous avons beaucoup parlé de votre lutte contre le manspreading.

C’est arrivé jusqu’en France ? Excellent ! D’un point de vue symbolique, la mairie peut beaucoup. La question symbolique a beaucoup plus d’importance que celle que le discours politique superficiel veut bien lui attribuer. C’est une dimension essentielle. Nous provoquons la satisfaction et la joie de milliers de Madrilènes qui se sentent reconnus et visibilisés, à travers des feux de signalisation inclusifs par exemple. Tout cela a des effets sur les subjectivités politiques. Quant aux secteurs de l’éducation et de la santé, qui sont selon moi décisifs pour le féminisme et l’égalité, ils ne dépendent pas de la mairie mais de la région. Nous atteignons ici une limite.

Mais je crois que nous avons tout de même un rôle important, notamment lorsque nous mettons à l’agenda public et que nous introduisons dans le débat politique le féminisme et la lutte contre les violences faites aux femmes comme des thématiques fondamentales. Cela se faisait moins auparavant. Mais maintenant que les deux plus grandes villes d’Espagne sont gouvernées par deux femmes, le débat peut être élargi : sur la lutte contre les violences de genre, contre le micromachisme, sur la sécurité des femmes au cours des évènements festifs. Car il n’est pas normal que nous soyons contraints de déployer de tels dispositifs de sécurité et un tel travail de conscientisation pour que les femmes ne subissent pas d’agressions sexuelles, tout particulièrement dans les fêtes populaires telles que celles de San Fermín.

Je pense donc que les avancées ont beaucoup à voir avec Podemos, avec Manuela Carmena à Madrid ou avec Ada Colau à Barcelone. Et c’est l’une des raisons pour lesquelles je suis très fière de travailler ici. Nous sommes en train de bien avancer, bien qu’il reste énormément à faire. Je sens que sur ces questions, nous avons un rôle tout particulier. J’en suis satisfaite en tant que féministe.

 

LVSL : Quelles sont les limites de cette action municipale, dans un contexte d’austérité budgétaire, de réduction des marges de manœuvre des collectivités depuis l’adoption de la Loi Montoro ? Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous êtes confrontés ?

Les principales difficultés sont d’ordre législatif. En tant que municipalité, nous devons faire avec un corset légal qui nous oblige à développer une capacité d’imagination juridique permanente. Nous devons rechercher des outils normatifs et institutionnels, des manœuvres de gestion pour arriver à nos fins en contournant la voie la plus directe qui nous est inaccessible. Je m’explique. Nous ne pouvons par exemple pas interdire les expulsions car la loi hypothécaire est une loi nationale. Cette loi permet, sous certains critères et certaines conditions, d’expulser des familles de leurs logements en cas de non-paiement du loyer ou de non remboursement du prêt, sans que l’Etat ne soit contraint de trouver une solution de relogement. C’est un problème extrêmement grave, puisque nous assistons ici à une dizaine d’expulsions par semaine. Nous n’avons pas le pouvoir de changer la loi, et nous ne pouvons pas stopper les expulsions car il nous est impossible de dire aux juges de ne pas appliquer la loi. Nous avons donc inventé, à travers la police municipale et les services sociaux de la ville, tout un protocole de négociation avec la banque et le tribunal pour qu’ils nous donnent suffisamment de temps afin de trouver une alternative de relogement, d’éviter que les gens ne se retrouvent à la rue. Nous faisons en sorte de paralyser le processus pendant quelques mois, le temps qu’il faut pour trouver un nouveau logement. Ce n’est jamais facile.

Nous sommes donc toujours sur la voie de l’imagination permanente. Nous interprétons la loi d’une certaine manière, tandis que le reste des institutions nous envoient tout le temps devant les tribunaux. A chaque fois que l’on fait quelque chose, on dépose un recours contre nous au tribunal du contentieux administratif : soit le PP de Madrid, soit la Communauté de Madrid gouvernée par le PP, soit la délégation du gouvernement, soit le Ministère des Finances. C’est une manière pour eux de paralyser notre action : c’est donc l’une des principales limites.

« Nous avons donc passé la première année à nous confronter à des phrases telles que « ce n’est pas faisable », « non, on ne peut pas faire ça » »

Nous nous confrontons également à la difficulté de gouverner une machine aussi grande que la mairie de Madrid. Une machine très lente, habituée comme toute organisation bureaucratique à toujours avoir raison et à croire que les autres – nous – avons toujours tort. Nous avons donc passé la première année à nous confronter à des phrases telles que “ce n’est pas faisable”, “on ne peut pas faire ça”. Mais bon, il fallait bien que nous fassions quelque chose, puisque nous étions arrivés ici ! Nous devons donc composer avec cette machine. Nous ne l’avons pas contre nous, mais elle n’est pas aussi agile et efficace qu’elle devrait l’être.

Je suis politologue, et je viens de l’Université Complutense tout comme les autres, Pablo [Iglesias] et Iñigo [Errejón]. Mais eux font de la science politique théorique, tandis que moi je préfère étudier les politiques publiques car j’ai toujours pensé que les institutions ont une grande capacité de changement. A travers des ressources publiques, des lois, il est possible de changer la vie des gens. Je l’ai toujours pensé, et j’en suis encore davantage convaincue aujourd’hui.

Nous pouvons faire beaucoup en gouvernant la mairie de Madrid, et je n’ose même pas imaginer tout ce que nous pourrions faire si nous avions aussi la Communauté de Madrid, et si nous avions l’Etat. Parce qu’il est réellement possible de faire beaucoup de choses. Nous voulons en finir avec les excuses que nous avons trop longtemps entendues : “on ne peut pas faire autrement”, “il n’y a pas d’argent”, “c’est difficile”… Évidemment que c’est difficile, mais c’est possible. ¡Sí se puede!

 

LVSL : Avez-vous commencé à réformer l’institution ?

Nous avons essayé… Mais comme l’a dit Manuela [Carmena] dans un entretien récemment, la seule bataille que nous avons renoncé à mener sur ces quatre ans, c’est celle de la transformation institutionnelle. Parce que nous avançons progressivement, mais c’est très difficile. L’institution comporte des dynamiques et des imaginaires très ankylosés, et il est compliqué de les faire évoluer. Le plus important pour moi serait d’en faire une institution garante du droit pour tous les citoyens d’être traités de la même manière. Une institution qui soit aussi plus humaine, là où les formalismes juridiques peuvent heurter le sens commun. L’attention et le soin porté aux citoyens est pour moi ce qu’il y a de plus important, et il nous faut faire des efforts dans ce sens.

LVSL : Il y a semble-t-il une différence de perception avec le courant anticapitaliste de Podemos, qui s’attache à maintenir une distance symbolique à l’égard des institutions, appréhendées comme le “dehors”, tandis que la rue est considérée comme le “dedans”. Certains militants s’inquiètent de l’institutionnalisation et ne souhaitent pas que Podemos devienne l’institution.

Pour ma part je pense qu’il y a là une énorme confusion. Les anticapitalistes expliquent que les institutions ne sont pas neutres, et je suis d’accord avec eux : elles ont des composantes de classe, ethniques, de genre, car elles sont faites sur mesure pour la classe dominante, elles ont historiquement servi tel ou tel projet politique ou tel projet de classe. C’est vrai, mais je crois précisément que nous pouvons modifier cela. Je ne veux pas me fondre dans le moule de l’institution mais au contraire la transformer, proposer un nouveau projet d’institution et de ville. Nous ne devons pas nous considérer comme des invités dans les institutions. Nous devons assumer le fait qu’un projet politique, historique, doit générer ses propres institutions, en modifiant les institutions existantes pour les mettre au service d’un autre  projet.

« L’institution n’est pas la panacée, la clé pour résoudre tous les conflits, et la rue ne l’est pas non plus, encore moins dans le contexte de faible mobilisation sociale que nous traversons actuellement »

Moi aussi je pense bien évidemment que la législation sur la propriété est conçue pour protéger les uns et détériorer les conditions de vie des autres. Nous sommes tous des marxistes d’origine. C’est précisément pour cela que nous devons assumer que notre tâche consiste à modifier les institutions pour les mettre au service non pas des classes dominantes, mais d’une majorité sociale appauvrie et dans le besoin.

Je souhaite me sentir à l’aise dans les institutions, cela ne signifie pas que je suis devenue une femme du PP. Je souhaite que l’institution ressemble davantage à ce qu’on voit dans la rue. Je crois que la dichotomie entre la rue et les institutions, en plus d’être ennuyeuse, est peu fructueuse. Il n’y a pas à choisir l’une ou l’autre. L’institution n’est pas la panacée, la clé pour résoudre tous les conflits, et la rue ne l’est pas non plus, encore moins dans le contexte de faible mobilisation sociale que nous traversons actuellement. Je ne m’en réjouis absolument pas, mais force est de constater que la rue n’est pas dans un état d’effervescence maximale. Cette dichotomie ne semble donc peu stimulante pour penser la complexité dans laquelle nous vivons.

Depuis l’opposition, il est probable qu’on ait plus tendance à adopter cette grille de lecture. Mais du point de vue du gouvernement, lorsque l’on gouverne la ville, c’est différent. Que fait Kichi [José María González, le maire anticapitaliste de Cadix] à Cadix ? J’espère, et je suis certaine, qu’il fait en sorte que la municipalité ressemble davantage aux habitants de Cadix et qu’il ne se sent pas comme un étranger à la mairie. Au contraire, il s’évertue à ce que les gens normaux se sentent moins étrangers à leur propre ville. C’est bien pour ça que nous sommes là, non ?

Entretien réalisé par Léo Rosell, Vincent Dain et Lenny Benbara pour LVSL.

Traduction effectuée par Sarah Mallah et Vincent Dain.

 


 

Jean-Luc Mélenchon, le 6 mars 2013 à Paris, lors d’un rassemblement en hommage à Hugo Chávez au lendemain de sa mort. Photo Pierre Andrieu

Venezuela en crise : embarras de La France insoumise, par Lilian Alemagna

Source : Libération

11 août 2017




La situation à Caracas met mal à l’aise les mélenchonistes, dont le leader considère la révolution bolivarienne de Hugo Chávez comme une «source d’inspiration» pour son combat politique.

«Je m’en remets aux réponses de mes amis sur le sujet.» Laissant cette phrase sur son blog, Jean-Luc Mélenchon est parti en vacances sans expression publique sur la situation à Caracas. Le nouveau député des Bouches-du-Rhône n’a pas envie d’alimenter le «bashing utilisé contre» La France insoumise au sujet d’un Venezuela dont il a fait depuis quinze ans une «source d’inspiration». Reprenons donc les «réponses de [s]es amis». Ces dernières semaines, à chaque interview, on leur a demandé s’il y avait un «malaise» dans les rangs des insoumis, «s’il est encore possible de défendre» le successeur de Hugo Chávez et s’ils «condamnent» les arrestations d’opposants politiques. Leur ligne : les médias français font preuve de «manichéisme», voire de «désinformation». Leur version : «Les Etats-Unis sont derrière» cette crise qui vient avant tout de la chute brutale des cours du pétrole, une partie de l’opposition «de droite dure et d’extrême droite» est «armée», des chavistes (dont des députés) ont aussi été assassinés et le Venezuela «n’est pas une dictature» puisque «Maduro a été élu». Ils en appellent à une «solution politique».

Cette position est partagée par leurs camarades communistes, qui dénoncent eux aussi la «caricature» médiatique d’une «opposition démocratique face à un gouvernement dictatorial», fait valoir Lydia Samarbakhsh, responsable de l’international au PCF. Dans ce contexte, «il est très difficile de dire « Attention, ce n’est peut-être pas la réalité »», explique-t-elle. Et pour éviter toute polémique, la communiste précise : «Nous dénonçons et nous condamnons les assassinats, les meurtres, les violences. La seule solution pour sortir de cette crise violente est le dialogue national.»

Mais dans cette gauche radicale, d’autres prennent clairement leurs distances avec les événements au Venezuela. «Le gouvernement Maduro a choisi la fuite en avant dans le seul objectif de se maintenir au pouvoir», peut-on lire dans un communiqué du mouvement Ensemble. Qui dénonce également la «pseudo-Assemblée constituante» mise en place après une «farce électorale». Le texte pointe enfin la «répression des opposants politiques» : «Le Venezuela n’est plus aujourd’hui un Etat de droit.» Signe du malaise qui parcourt cette gauche, le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) n’a pas pris de position récente. Dans un article de son hebdomadaire l’Anticapitaliste daté du 25 juillet, la formation d’Olivier Besancenot et de Philippe Poutou s’accorde seulement sur le fait que «les classes populaires vénézuéliennes n’ont rien à gagner dans cette polarisation réactionnaire» entre Maduro et l’opposition.

«Droite dure biberonnée à l’impérialisme américain»

Depuis son arrivée au pouvoir en 1999, Chávez et le Venezuela font l’objet de rudes débats au sein de la gauche anticapitaliste française. Et avec Maduro, ce n’est pas près de s’arrêter. Les «amis» insoumis de Jean-Luc Mélenchon interrogent pourtant, comme l’a fait la semaine dernière Eric Coquerel, «la manière dont se fait la répression» ou bien «la manière dont [Maduro] essaie de sortir de l’ornière». Auprès de Libération, le député de Seine-Saint-Denis insiste sur la «différence» à faire entre «le régime de Maduro et Chávez». Alexis Corbière, son collègue à l’Assemblée nationale, admet également que «le régime est dans un moment de durcissement». Mais ces bémols restent inaudibles tant ils sont enrobés de mises en garde. «Ce qui nous est demandé, c’est de renier un régime de gauche en disant qu’il a sombré dans la dictature, justifie Coquerel. Dans un contexte où les Etats-Unis sont à la manœuvre pour déstabiliser ce pays et que la droite libérale est à l’offensive, on n’a pas envie d’exprimer de réserve sur Maduro.» «On attend de nous une délégitimation totale de Maduro, de Chávez et, derrière cela, de toutes les expériences sociales en Amérique du Sud», ajoute Clémentine Autain, élue elle aussi en Seine-Saint-Denis. Jugeant le communiqué de son parti, Ensemble, «déséquilibré», elle donne sa propre position : «Je ne soutiens pas cette opposition de droite dure biberonnée à l’impérialisme américain, mais je ne soutiens pas non plus l’attitude de Maduro engagé dans un processus de raidissement autoritaire.» Mélenchon, lui, répète souvent qu’il a «une règle de base dans la lutte» : ne «jamais reculer» ou «céder». Application au cas vénézuélien : émettre aujourd’hui un doute public sur Maduro, ce serait concéder à ses adversaires une part de terrain idéologique et cela favoriserait ensuite leur offensive pour tailler en pièce le programme entier de La France insoumise.

«Mélenchon a fait près de 20 % à l’élection présidentielle et il a un groupe actif de députés. Pour ses adversaires, le Venezuela est un bon moyen de lui accrocher quelques casseroles, observe à distance l’altermondialiste Christophe Aguiton. Mais il faut faire les deux à la fois : critiquer l’interventionnisme américain, mais dire aussi que ce que fait Maduro n’est pas acceptable. Ce n’est pas la faute de la CIA, mais ce n’est pas non plus la faute de la politique de Maduro. La crise vénézuélienne est avant tout liée à l’effondrement des cours du pétrole.» «La question du chavisme n’est jamais neutre lorsqu’elle est traitée dans les médias, fait remarquer pour sa part Christophe Ventura, chercheur, rédacteur en chef du site Mémoire des luttes et ancien responsable des questions internationales au Parti de gauche de Mélenchon. C’est fait pour disqualifier ce que vous êtes, pour mettre en échec toute autre idée de progrès social et démocratique.»

«Je n’ai jamais prétendu que c’était un modèle»

Ce n’est pas la première fois que Jean-Luc Mélenchon est embêté en France par le Venezuela. En avril, dans la dernière ligne droite présidentielle, alors que les sondages le donnaient proche du second tour et que les premiers reportages sur Caracas étaient diffusés dans les journaux télévisés français, il avait dû se justifier sur sa proposition de faire adhérer la France à l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (Alba), créée par le Venezuela et Cuba afin de favoriser les échanges avec la Guyane. «En 1981, Mitterrand avait les chars russes qui allaient débarquer à Paris. Nous, nous avons le modèle vénézuélien qui va ruiner la France», ironise Coquerel.

Le leader de La France insoumise ne fait pourtant pas du Venezuela un paradis. «Je n’ai jamais prétendu que c’était un modèle», écrivait déjà Mélenchon en 2007 (1). C’est pour lui et les siens une «source d’inspiration». Hispanophone, sensibilisé à la lutte contre les dictatures latinos dans sa jeunesse au contact d’exilés installés à Massy (Essonne), Mélenchon a retrouvé un intérêt au continent sud-américain dans les années 90. «Ce que nous voyons en Europe aujourd’hui s’est déjà joué là-bas», expliquait-il il y a dix ans. «L’Amérique latine a été le lieu d’émergence de la lutte contre les politiques que l’on disait « d’ajustement structurel », rappelle-t-il dans un autre livre d’entretien, le Choix de l’insoumission (Seuil), publié l’an dernier. La proximité des structures culturelles, juridiques et institutionnelles des sociétés sud-américaines avec l’Europe permet d’y lire beaucoup de notre futur face aux politiques d’ajustement structurel en cours en Europe.»

Il s’est d’abord intéressé au Brésil de Lula avant la révolution bolivarienne de Chávez, qu’il ne découvre qu’après le coup d’Etat manqué de 2002. Il fait son premier «voyage d’étude» à Caracas en 2006 en tant qu’observateur électoral. Sénateur socialiste à l’époque, il en revient avec du «concret» pour «régénérer […] le corpus idéologique et pratique» de son «courant révolutionnaire». «Il y a la volonté de partager les richesses nationales, le pétrole, et d’asseoir son gouvernement et son régime sur le vote», souligne Coquerel. Mélenchon puise chez Chávez des «leçons essentielles sur le plan théorique» : le clivage peuple-oligarchie, la Constituante comme premier pilier de la révolution citoyenne, la proposition d’un référendum révocatoire… C’est grâce au Venezuela qu’«émerge» chez lui «l’idée qu’il y a cet acteur spécifique dans l’histoire de notre temps qu’on appelle « le peuple »». La révolution bolivarienne, ajoute le leader des insoumis, «présente une lutte qui propose une ligne stratégique complète […] contre l’oligarchie». Ligne fondamentale qui constitue aujourd’hui le cœur d’une doctrine politique détaillée dans un autre ouvrage qu’il porte en référence, l’Ere du peuple (Fayard).

«Pas de pacte avec les fascistes»

L’ancien socialiste a toutefois été un temps plus discret sur son attachement au Venezuela. En 2012, lorsqu’il fait référence à l’Amérique du Sud pendant sa première campagne présidentielle, il parle plus volontiers de l’Equateur de Rafael Correa – à qui il emprunte le concept de «révolution citoyenne» -, de l’Argentine de Néstor et Cristina Kirchner ou encore de la Bolivie d’Evo Morales, plus soucieuse d’environnement que la société de consommation vénézuélienne dopée au pétrole. Les sympathies de Chávez avec l’Iranien Ahmadinejad ou le Libyen Kadhafi lui font prendre ses distances. «Je leur ai dit mille fois, on ne fait pas de pacte avec les fascistes», confiait-il en 2011.

Mais après la présidentielle, Mélenchon reparle plus volontiers du président vénézuélien. En 2012, avant de passer son été à Cuba, il est à Caracas pour participer à un forum altermondialiste. Invité ensuite à suivre la campagne présidentielle avec l’équipe de Chávez, il repousse son vol pour La Havane. «Jamais je n’ai vu telle ferveur politique se concentrer de telle façon dans les corps et les visages. A mi-chemin, je m’aperçus que j’avais le visage en larmes», écrit-il alors sur son blog après avoir traversé, juché sur un bus, une foule de partisans du Président, tous de rouge vêtus, dans la ville de Barquisimeto.

Le 6 mars 2013, au lendemain de la mort du président vénézuélien, «en deuil», les yeux gonflés de tristesse, le député européen convoque la presse au siège du Parti de gauche pour une déclaration solennelle. «Ce qu’est Chávez ne meurt jamais, lance-t-il. C’est l’idéal inépuisable de l’espérance humaniste, de la révolution.» «Le Venezuela, c’était un Mai 68 permanent», fait valoir le politologue Gaël Brustier. Actif au sein d’un petit groupe de militants de gauche parisiens pro-Chávez de 2002 à 2007, ce dernier avait accompagné Mélenchon à Caracas en 2006. «Ce pays offrait alors un débouché politique à l’altermondialisme et permettait, pour toute une génération, d’exorciser le 11 septembre 1973 et le coup d’Etat de Pinochet contre Allende, analyse-t-il. C’est pour ça qu’en France il a parlé à beaucoup de gens de gauche.» D’où cette difficulté pour certains, aujourd’hui, de prendre quelques distances avec un pays qui reste une référence.

Note:

(1) En quête de gauche, Editions Balland.


L'ancien officier du KGB Poutine réhabilite aujourd'hui Staline

Russie. La réhabilitation rampante de Staline poursuit son cours, par Emmanuel Grynszpan

Publié par Alencontre le 12 - août - 2017

Source : https://alencontre.org/europe/russie/russie-la-rehabilitation-rampante-de-staline-poursuit-son-cours.html



 

Medvejegorsk, ville de Carélie, une population d’environ 15’000 personnes. Un cortège d’environ 300 personnes s’enfonce dans une forêt de pins de Carélie, dans le nord de la Russie. En tête, une procession orthodoxe. Derrière, les descendants de victimes de la Grande Terreur stalinienne. Ils sont russes, mais aussi caréliens, finnois, lettons, ukrainiens, polonais, juifs, tchétchènes. Parmi eux, des diplomates européens et le consul américain de Saint-Pétersbourg. Tous sont venus ce 5 août commémorer la découverte, il y a vingt ans, de l’un des plus grands charniers des répressions de 1937-1938. Mais pas un seul représentant des autorités russes n’est présent.

Plus de 6000 personnes ont été abattues à Sandormokh d’une balle dans la tête, le visage collé au sol. «236 fosses ont été comptabilisées à ce jour, et beaucoup n’ont pas encore été découvertes» , explique Anatoli Razoumov, un historien spécialiste des répressions staliniennes. Avec le temps, les fosses, comblées à la hâte, se sont affaissées, signalant ainsi leur présence. Des centaines de sépultures de fortune ont été érigées depuis par des familles et communautés religieuses ou nationales. «Je viens tous les ans sur la tombe de mon père depuis vingt, raconte Boris Kinnunsen, 85 ans. Le NKVD est venu arrêter tous les hommes de mon village. 1193 personnes ont été raflées, dont mon père. Tous étaient ethniquement finnois, sauf un Russe, mais cela ne l’a pas sauvé.»

A Sandormokh, les victimes étaient pour moitié des habitants locaux non russes, surtout caréliens ou finnois. «Ils étaient suspectés collectivement d’espionnage, de diversion, de terrorisme et de sabotage», explique Razoumov. Environ 3000 victimes venaient des goulags voisins, travaillant sur le chantier du canal de la mer Blanche. Mille autres venaient du camp de Solovki, le tout premier «goulag» soviétique [«camp spécial de destination», SLON, selon la nomenclature, ouvert en 1923 dans les îles de Solovetsky dans la mer Blanche, soit la partie sud de la mer de Barent; initialement sont emprisonnés des opposant·e·s socialistes du régime, qui seront «rejoints» par la suite par des officiers des Armées blanches, des prêtres; les droits communs vont participer, au cours des années, au «contrôle» des politiques. Ce camp avait une «histoire réputée» depuis la période tsariste, entre autres fin du XVIIIe siècle, et fut fermé en 1903. – Réd.]. Ils étaient très souvent des représentants de l’intelligentsia russe.

Poutine embastille l’historien Iouri Dmitriev

L’autre grand absent de la cérémonie du souvenir est l’historien Iouri Dmitriev, 61 ans. C’est lui qui a découvert le charnier de Sandormokh le 1er juillet 1997. Et c’est lui encore qui a minutieusement établi une liste de 6.214 noms de victimes enfouies dans le charnier. Dmitriev, qui présidait chaque année à la cérémonie, croupit depuis huit mois en prison sous l’accusation infamante de «diffusion de matériel pédo-pornographique» et de détention illégale d’arme à feu. Selon l’accusation, il aurait pris des photos obscènes de sa fille d’adoption âgée de 12 ans. Il risque 15 ans de prison.

L’avocat Viktor Anoufriev explique que son client a bien pris des photographies d’Irina [prénom changé pour respecter sa vie privée]. Mais les clichés n’ont aucun caractère pornographique et étaient destinés à l’organisme de protection des enfants adoptés, afin de montrer que l’enfant se développait normalement. Lorsque Dmitriev avait reçu la garde de la fillette, elle souffrait de malnutrition et d’un retard important de développement mental. «L’expertise de l’accusation est soit incompétente, soit maligne», affirme l’avocat.

Le président de l’Institut national de sexologie Lev Chtcheglov a témoigné au procès en faveur de Dmitriev, indiquant que les photographies ne peuvent en aucun cas être qualifiées de pornographiques ni abusives. Ekaterina Klodt, la fille naturelle de Dmitriev, est persuadée de l’innocence de son père. «Je parle avec ma sœur au téléphone. Irina est très attachée à son père et me demande quand elle va le revoir. On l’a de nouveau confiée à sa grand-mère naturelle, chez qui elle souffrait de malnutrition. Je suis très inquiète pour elle», confie Ekaterina.

Les proches de Dmitriev, ses amis et ses collègues de l’ONG russe Memorial, sont persuadés qu’il est puni pour son insistance à fouiller dans une histoire que le pouvoir actuel cherche à enfouir sous une chape de plomb. « Je connais Iouri et sa famille depuis 20 ans , explique Razoumov. Cette affaire est montée de toutes pièces pour clore le bec d’un homme qui remue ciel et terre pour que la vérité soit faite sur les crimes de l’État contre son propre peuple. Je ne sais pas qui exactement est derrière l’accusation: les autorités régionales, le FSB [successeur du KGB et NKVD] ou autre. Mais en tout cas, ils ont reçu l’aval de Moscou.»

«Staline, une figure complexe», selon «l’historien» Poutine

Le 5 août marque le coup d’envoi, il y a 80 ans, de la Grande Terreur. Décrétée par Staline, cette gigantesque purge avait pour objectif «d’éliminer les anciens koulaks [propriétaires de fermes], les éléments anti-soviétiques actifs et les criminels». Plus de 700’000 personnes ont été fusillées en un an et demi. La justice expéditive était menée par des troïkas (un procureur, un agent du NKVD et un membre du parti communiste) et sans avocat.

Cet épisode gêne aujourd’hui les autorités, qui cherchent à nettoyer l’espace public de toute critique. Vladimir Poutine parle de Staline comme d’une «figure complexe» , dont «la diabolisation excessive est l’un des moyens d’attaquer l’Union soviétique et la Russie» . Des monuments en l’honneur de Staline font leur réapparition. Parallèlement, des tentatives de réécriture de l’histoire affleurent. La télévision publique a récemment affirmé pour la première fois que le charnier de Sandormokh serait en fait celui de «prisonniers de l’Armée rouge liquidés par des Finlandais». (Article publié dans Le Soir, en date du 12 août 2017)

 


Leçons françaises sur le Venezuela, par Vincent Presumey

Source : https://blogs.mediapart.fr/vincent-presumey/blog/070817/propos-du-venezuela

Lundi 7 Août 2017


(Extraits d’un long message de Vincent Présumey  sur la situation au Vénézuela. Les 3ème et 4ème parties que nous reproduisons ici analysent les positions des organisations de gauche et d’extrême gauche françaises, en particulier celles du mouvement politique Ensemble…)




 
Le gouvernement français a réagi très modérément aux récents événements vénézuéliens. Manifestement, les puissances impérialistes attendent de voir ce qui va se passer. Washington souhaite une transition mettant au pouvoir ses représentants directs, soit par une élimination de Nicolas Maduro, soit par une négociation, mais Washington craint les affrontements politiques et sociaux que la crise peut ouvrir. Nous ne sommes décidément pas au Chili en 1973 comme le répète la moutonnerie officielle de gauche ou, à présent, populiste, mais les prolétaires et les syndicalistes indépendants sont les cibles désignés tant des nervis de Nicolas Maduro que de ceux de la Mesa de la Unidad Democratica (MUD).
 
Le Parti Socialiste, quant à lui, appelle à un accord entre Nicolas Maduro et la MUD qu’une médiation internationale neutre pourrait imposer selon lui.
 
Le problème principal, à gauche et dans le mouvement ouvrier, est l’absence de mobilisation en défense du peuple vénézuélien et donc contre Nicolas Maduro. Se répète l’expérience accablante et tragique de l’Ukraine et surtout de la Syrie.
 
Le Parti Communiste Français (PCF) dans l’Humanité a pris des positions particulièrement caricaturales qui ne dénotent pas, d’ailleurs, ses intérêts propres en tant que parti, mais sans doute le lobbying efficace de la diplomatie parallèle.
 
Du côté du Mouvement de la France Insoumise (MFI), tout le monde a entendu le silence assourdissant de Jean Luc Mélenchon. Ce silence laisse parler un Adrien Quatennens ou un Alexis Corbière qui répètent les éléments de langage convenus, « complexité de la situation, soutien au processus bolivarien et refus de l’ingérence », et qui soutiennent donc le pouvoir en place à Caracas.
 
Mais Jean Luc Mélenchon se tait et ce n’est pas parce qu’il aurait des états d’âme démocratiques. Sa dernière expression publique sur le Venezuela remonte en effet à l’automne dernier, dans une vidéo d’entretiens avec Chantal Mouffe, idéologue du populisme. Il y expliquait qu’Hugo Chavez n’était pas allé jusqu’au bout de la construction du peuple. Hugo Chavez au Venezuela et Rafael Correa en Équateur ont bel et bien, selon lui, sorti les pauvres de la misère, mais ceux-ci, faute d’une révolution culturelle, une fois devenus des classes moyennes, ne pensent qu’à la consommation ostentatoire. Le prolétariat vénézuélien, réduit aux pillages pour prendre de quoi manger dans les centres commerciaux, serait content d’entendre cela.
 
Le fait que ni le MFI, ni, par ailleurs, Podemos, bien que les possibilités de débat interne y soient incomparablement plus larges, ne portent la moindre parcelle de renaissance de l’internationalisme, est particulièrement mis en exergue par le test vénézuélien. L’autre leçon politique majeure est que le populisme n’est pas la solution au problème des vieux partis de gauche. Il fait partie du problème et l’aggrave en combattant pour interdire sa solution qui serait des partis démocratiques s’orientant de ce fait vers la révolution, en affrontant à nouveau la question du pouvoir et celle de la véritable solidarité internationale. Du pire stalinisme d’autrefois au MFI, il n’y a aucune rupture. Le populisme n’est pas le renouveau, il est la conclusion.
 
Dans ce contexte général où, pour le reste, Lutte Ouvrière n’a fait qu’un communiqué dénonçant l’opposition et les États-Unis, le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) a été silencieux ces derniers jours puis il a repris les déclarations de Marea Socialista, donc du chavisme critique de gauche, le Parti Ouvrier Indépendant (POI) a pour mot d’ordre exclusif « non à l’ingérence impérialiste » et le Parti Ouvrier Indépendant Démocratique (POID) ne se différencie pas de lui sur ce point, découvrant même dans l’Humanité une participation massive à la fausse constituante, la prise de position d’Ensemble tranche.
 
En soi le communiqué d’Ensemble n’est pas forcément renversant, mais il procède d’un certain bon sens qui n’était plus très habituel, « bafouer les libertés démocratiques est incompatible avec les valeurs de la gauche ».
 
Que n’avait pas fait Ensemble. Article dans l’Humanité et déchaînement dans la blogosphère et sur les réseaux sociaux, caniches de l’impérialisme, offensive interne et externe contre ce communiqué, voilà les néo-staliniens et les populistes réconciliés contre l’infâme démocratie.
 
L’ampleur de ces réactions, dont plusieurs soulignent que la cause du crime est un internationalisme qui doit céder une fois pour toute la place à la géopolitique, est complètement disproportionnée par rapport à la portée de ce communiqué en tant que tel et à l’influence de cette organisation. Elle doit nous alarmer. Ensemble est la première organisation à avoir explicitement discuté la question de la dissolution dans le MFI et à l’avoir repoussée.
 
Pouvoir produire un tel communiqué, quels que soient par ailleurs les critiques que l’on peut faire sur l’orientation, ou plutôt sur l’absence d’orientation, d’Ensemble, est à soi seul la justification de l’organisation politique indépendante sous forme pluraliste de courants. Contre Nicolas Maduro, contre la MUD, contre l’impérialisme, contre le capital, contre l’état, contre le populisme, contre Emmanuel Macron, c’est cela, et seulement cela, qui est porteur d’avenir.

 


Déclaration d’Anticapitalistas sur la crise au Venezuela

Source : http://www.anticapitalistas.org/comunicados/sobre-la-crisis-en-venezuela

Dimanche 30 Juillet 2017



Face à la crise politique au Venezuela, nous souhaitons déclarer notre rejet de l'offensive de l'opposition contre le gouvernement bolivarien. L'opposition vénézuélienne est dirigée par des secteurs profondément antidémocratiques liés aux classes dirigeantes. Ces secteurs préparent un programme de réaction autoritaire contre les conquêtes de la révolution bolivarienne, dont certaines ont été considérablement diminuées par la crise que connaît le pays. Une opposition qui n'a pas hésité à brûler, à assassiner et à attaquer des citoyens sans défense ces dernières années et qui a récemment intensifié ses méthodes, avec le détournement d'hélicoptères et l'utilisation d'armes à feu. Cette offensive n'est pas nouvelle, mais elle s'inscrit dans un contexte de coups, doux ou autoritaires selon les pays, en Amérique Latine, comme au Brésil, au Honduras et au Paraguay. Ces coups ont compté sur le silence complice des gouvernements et de la presse internationale. Les conséquences immédiates de ces coups ont été une répression sévère des militants et des personnes pauvres. Dans ce cas, nous voyons la même complicité avec l'opposition vénézuélienne, cachant son caractère violent et craignant que la même cruauté ne soit utilisée contre les activistes de la gauche et les habitants des quartiers les plus pauvres des villes vénézuéliennes, si elle réussit la déstabilisation politique du Venezuela et un coup d'état, comme partie de ce que cherche l'opposition.

Cela ne signifie pas que nous soutenons inconditionnellement le gouvernement de Nicolas Maduro. La corruption, la bureaucratisation et l'incompétence du gouvernement du Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV) sont intolérables dans un projet socialiste, révolutionnaire et radicalement démocratique. Le fait que nous considérons qu'il soit prioritaire d'arrêter l'assaut de l'impérialisme et de la classe dirigeante n'implique pas que nous n'ayons aucune critique contre les limites du gouvernement de Nicolas Maduro et de sa gestion politique. La révolution dans la révolution consiste à élargir les libertés, à lutter contre la bureaucratie avec la démocratie, à redistribuer davantage la richesse et à créer des mécanismes institutionnels qui garantissent le contrôle de l'économie et de l’état par les classes populaires.

Nous rejetons toute ingérence espagnole dans les affaires vénézuéliennes. Le Parti Populaire et le gouvernement de Mariano Rajoy, si réticents à défendre le souvenir des victimes du régime franquiste, ont utilisé la crise vénézuélienne pour défendre les intérêts des entreprises désireuses de retrouver leur pouvoir économique au Venezuela et pour discréditer Podemos. La crise vénézuélienne ne peut avoir qu'un résultat démocratique s'il existe une nouvelle impulsion révolutionnaire dans la révolution bolivarienne. Il ne viendra jamais de ceux qui ont pillé les pays d'Amérique Latine.

 


Venezuela. L’assemblée constituante maduriste, par Edgardo Lander

Source : Alencontre

9 aout 2017



 

Le décès de Chávez en 2013 et la chute des prix du pétrole peu de temps après ont correspondu à l’effondrement de deux piliers fondamentaux du processus bolivarien, qui entra alors dans une crise profonde. La crise structurelle due à l’épuisement du modèle pétrolier rentier qui s’était imposé depuis le début des années 1980 – qui avait semblé s’effacer au cours de la première décennie de ce siècle – surgit à nouveau avec une vigueur renouvelée.

Maduro, qui ne jouit pas des capacités de leadership de Chávez, gagne les élections présidentielles de 2013 avec une différence de moins de 2% des voix. En 2015, l’opposition remporte les législatives par une très large majorité. Elle obtient ainsi les 2/3 des sièges, majorité «qualifiée» permettant de nommer les membres du Tribunal suprême de justice (TSJ) et du Conseil national électoral (CNE). Le gouvernement de Maduro reconnaît rapidement qu’il a perdu la majorité de l’appui populaire et constate également qu’il ne peut pas se maintenir au pouvoir s’il respecte les limites imposées par la Constitution de 1999.

Il commence alors à prendre une série de décisions qui, de fait, l’éloignent peu à peu du cadre de la Constitution bolivarienne: il annule le référendum révocatoire, qui avait été glorifié comme une des plus importantes conquêtes de la démocratie participative; les élections des gouverneurs, qui auraient dû se tenir en décembre 2016, sont reportées; les membres du TSJ et du CNE sont nommés de manière non conforme à la Constitution; enfin, ignorant pour la première fois les résultats d’une élection populaire, le gouvernement dépossède l’Assemblée nationale [législative] de ses attributions constitutionnelles qu’il répartit entre le pouvoir exécutif et le TSJ lui-même. A partir de février 2016, le président Maduro gouverne en s’appuyant sur les pouvoirs qu’il s’auto-attribue selon l’état d’urgence, sans compter à ce propos sur l’aval constitutionnel, pourtant requis, de l’Assemblée Nationale, et cela pour une période nettement supérieure au maximum autorisé par la Constitution.

C’est dans ces conditions que se déroule d’avril à juillet 2017 une forte offensive contre le gouvernement, de la part de l’opposition qui réalise conjointement des mobilisations pacifiques massives dans les villes principales du pays, des activités violentes, la destruction d’installations publiques d’éducation, de santé et de transport, ainsi que des actes terroristes comme des opérations menées par des groupes paramilitaires qui bénéficient d’un appui extérieur. Le gouvernement répond par une répression indiscriminée, complétée par les actions de collectifs civils armés qui attaquent violemment les mobilisations de l’opposition. Il en résulte une escalade de violence qui se solde par plus de 120 morts, des centaines de blessés et de détenus dont beaucoup sont directement jugés par des tribunaux militaires.

C’est dans ce contexte que le président Maduro annonce le 1er mai 2017 la convocation d’une Assemblée Nationale Constituante (ANC). Une ANC s’assimile à un acte démocratique, au début d’un processus participatif au cours duquel les secteurs les plus larges et les plus divers de la société peuvent délibérer, négocier, s’accorder sur des critères et des normes de base permettant d’avancer vers le modèle de société souhaité. C’est ainsi que s’était déroulée la Constituante convoquée au moyen d’un référendum national, durant les premiers mois du gouvernement de Chávez, en 1999. Cette belle expérience n’a rien de commun avec la convocation réalisée par le président Nicolas Maduro.

Certes, la Constitution n’est pas complètement explicite à ce propos. Elle établit toutefois une nette différence entre «prendre l’initiative» de la convocation, ce que peut faire le président, et «convoquer», ce qui est une attribution exclusive du peuple souverain (article 347). Cela implique qu’il aurait fallu réaliser un référendum consultatif pour décider de la convocation, comme cela s’est fait en 1999. Il est évident que cela ne s’est pas passé ainsi en 2017 parce que le gouvernement ne bénéficiait pas de l’appui électoral nécessaire pour remporter cette consultation. De même était douteux le découpage des «circonscriptions électorales» [bases comiciales] absolument arbitraire et antidémocratique, élaboré pour convertir la minorité actuelle de soutien au gouvernement en majorité écrasante à l’ANC. Les formes sous lesquelles avaient été réalisées les élections antérieures ont été modifiées: un double régime de représentation, territorial et sectoriel [divers secteurs sociaux : paysans, pêcheurs, personnes handicapées, entrepreneurs, étudiant·e·s, travailleurs/travailleuses, les pensioné·e·s] a été créé. Au sein du découpage territorial, les municipalités rurales, moins peuplées, ont bénéficié d’une extraordinaire surreprésentation, en comparaison avec les municipalités urbaines qui concentrent la majeure partie de la population et où le rejet du gouvernement est plus important. Le principe constitutionnel de la représentation proportionnelle a donc été violé expressément et intentionnellement.

La définition de la participation sectorielle a aussi posé problème. Il avait en effet été décidé que des constituant·e·s seraient élu·e·s pour représenter chacun des sept secteurs de la population. Environ cinq millions de citoyens ont été exclus de ce droit de vote par secteur, ce qui a créé une différence entre les citoyens de première catégorie dotés du droit de voter deux fois et les citoyens de deuxième catégorie qui n’avaient droit qu’à un seul vote.

Selon la Constitution, le vote n’est pas obligatoire. Pourtant des porte-parole du gouvernement, en commençant par le président lui-même, ont lancé des menaces sur les graves risques courus par ceux qui ne participeraient pas au vote. Des listes d’employés publics, de travailleurs des entreprises d’Etat et de bénéficiaires des programmes sociaux ont été utilisées pour les prévenir qu’ils perdraient leur emploi et leurs avantages s’ils ne votaient pas [les cartes étaient enregistrées électroniquement afin de superviser les membres du PSUV qui ont participé au scrutin]. Maintenant que les élections sont passées, on assiste à une multiplication de plaintes contre l’application effective de ces sanctions.

A l’occasion de ces élections, le CNE a abandonné les principaux mécanismes de contrôle qui avaient fait du système électoral vénézuélien un modèle de transparence et de fiabilité. Les différentes auditions [sectorielles] exigées par les normes électorales n’ont pas toutes été réalisées. L’encre indélébile destinée à garantir que chaque électeur ne vote qu’une fois n’a pas été utilisée. Le papier des registres électoraux a de fait été éliminé. Ces registres étaient tenus avec la participation des différents groupes politiques pour confirmer leur exactitude. Quand le CNE a décidé au dernier moment que les électeurs pourraient voter dans n’importe que centre électoral, y compris en dehors de leur municipalité, était mis hors-jeu cet instrument vital de contrôle et de transparence du processus électoral!

En conséquence de la convocation inconstitutionnelle de l’ANC et des délais très serrés établis pour le dépôt des candidatures, seuls ont participé en tant que candidats, électeurs et assesseurs, les partisans du gouvernement. Tout cela a pratiquement transformé les élections du 30 juillet en des élections internes au PSUV, sans témoins extérieurs.

De fait, les médias n’ont pas pu couvrir la journée électorale car les journalistes ne pouvaient pas s’approcher à moins de 500 mètres des centres de vote, ce qui a fait de ces élections un processus absolument pas public. Le président de Smartmatic, l’entreprise qui a fourni la base technologique de tous les processus électoraux entièrement automatisés réalisés depuis 2004, a déclaré qu’il ne pouvait pas garantir la véridicité des résultats présentés par le CNE, car ceux-ci avaient été manipulés et que le nombre total d’électeurs avait été augmenté d’au moins un million.

Il n’y a aucune raison de faire confiance aux résultats annoncés par le CNE. Celui-ci a déclaré une participation de 8’089’320 électeurs, chiffre hautement suspect, pour ne pas dire plus. Ce chiffre ne correspond pas du tout à ce qu’indiquaient, sans aucune exception, les principales enquêtes d’opinion qui s’étaient déroulées dans le pays avant les élections et qui prévoyaient des taux de participation très inférieurs. Il n’est pas non plus cohérent avec les sondages à la sortie des urnes. Ces résultats ont provoqué un profond malaise parmi des secteurs de base du chavisme et certains de ses alliés au sein du Pôle Patriotique [coalition électorale, entre autres lorsque le PCV ne s’intègre pas dans le PSUV]. Il est clair que les candidatures ont été déterminées de manière à assurer que le nouveau pouvoir constituant soit une fidèle expression du pouvoir constitué, en garantissant l’élection de tous les hauts dirigeants du PSUV, ainsi que de tous les ministres et gouverneurs qui ont renoncé à leurs charges pour se présenter à ces élections.

Les graves problèmes auxquels s’affronte le pays ne sont pas d’ordre juridico-normatif. Ce n’est pas au moyen de modifications constitutionnelles que se résoudront la sévère crise humanitaire dans les domaines de l’alimentation et de la santé, la profonde récession, la détérioration de l’appareil productif ou, encore, l’existence d’une dette externe qu’il est impossible de payer. On peut encore moins espérer qu’une Constituante qui, au bas mot, n’a pas obtenu le soutien de 58,47% de l’électorat, puisse servir d’instrument de dialogue et de paix.

Lors de ce scrutin s’est produit un démantèlement du système électoral que de grands efforts avaient permis de construire depuis 2004. Dans un pays si polarisé, qui souffre d’une telle violence, ce démantèlement est grave. Il nous prive d’un pilier nécessaire à la possibilité d’une cohabitation démocratique. Nous n’avons plus d’arbitre fiable. Il ne s’agit plus de savoir si des élections se réaliseront ou pas, il faut aussi s’interroger sur le but des processus électoraux si le supposé arbitre neutre, de toute évidence, a cessé de l’être. Que se passera-t-il dans le pays si cela mène à la clôture totale de toute option électorale? Cela signifiera-t-il que s‘installeront la violence, le terrorisme paramilitaire et la répression d’État comme seules manières de gérer nos inévitables différences?

A partir du vendredi 4 août, au moment où s’installe la nouvelle Assemblée Constituante, le pays entre dans une période de grande incertitude. Les porte-parole du gouvernement ont annoncé que cette assemblée est plénipotentiaire et supra-constitutionnelle et qu’elle pourra, par exemple, intervenir directement au niveau du Procureur General de la République et remplacer l’Assemblée Nationale actuelle [l’Assemblée n’a pas été supprimée pour l’heure, elle nomme y compris des membres « fictifs» à un TSJ irréel sont nommés par elle, ce qui polarise la situation sous forme d’un double pouvoir spécifique avec de la matière inflammable qui s’accumule, Réd. Alencontre] , dont la validité est prévue jusqu’en janvier 2021. Que, prochainement, on consulte ou non la population sur la nouvelle Constitution qui sera élaborée, il est clair que le gouvernement en est venu à désavouer, par voie des faits, la Constitution de 1999. (Article publié dans l’hebdomadaire uruguayen Brecha en date du 4 août 2017;  traduction Cathy Ferré, édition par la réd. de A l’Encontre; article publié sur le site du NPA en date du 7 août 2017)

 


Notes :

Edgardo Lander a signé la Plateforme citoyenne en défense de la Constitution, texte publié sur le site alencontre.org, en date du 29 juillet 2017

 


Vénézuela, le démocrate Mélenchon ou l'indignation sélective..., par Hugo Melchior

En juin 2017, les partisans de Mélenchon n'avaient pas eu de mots assez durs pour fustiger Bernard Cazeneuve présenté à la vindicte populaire comme le principal responsable, en tant que Ministre de l'Intérieur, de la mort du militant écologiste Rémi Fraisse.

L'ancien Premier ministre de François Hollande avait été traité ni plus, ni moins, d'assassin par Jean-Luc Mélenchon qui postula par voie de conséquence que la mort dramatique de Rémi Fraiss eût été un homicide volontaire avec préméditation :  "Cazeneuve, le gars qui s'est occupé de l'assassinat de Rémi Fraisse".

Cette affirmation est fausse étant donné que le Ministère de l'Intérieur n'a jamais planifié, au sens propre du terme, la mort dramatique de ce militant écologiste inconnu avant sa mort. Cette dernière fut en réalité la conséquence d'un concours de circonstances terrible, c'est-à-dire qu'elle fut d'abord un accident dans un contexte d'interactions violentes entre des militants zadistes et des forces de l'ordre présents sur place qui n'avaient jamais reçu l'ordre d'attenter à la vie de celles et ceux qui se mettaient délibérément en marge de la légalité en assumant un recours, bien que mesuré et contenu, à la violence politique par la médiation d'armes par destination.

Toujours prompt à fustiger publiquement la répression étatique en France (tout en récusant sans ambages l'usage de modes d'action violents par certains manifestants, comme ce fut le cas pendant le mouvement anti-loi travail au printemps 2016 à Rennes, comme dans d'autres villes en France), lorsque celle-ci surgit dans le cadre des mobilisations sociales, au risque d'user d'un vocabulaire très exagéré à des fins propagandistes, Jean-Luc Mélenchon se noie dans un silence assourdissant au sujet du sang qui coule dru au Venezuela depuis le printemps dernier.

Ainsi, alors que le nombre de personnes tuées par les organes étatiques ayant une fonction coercitive dépasse allègrement les cent morts, et que le recours à des méthodes spéciales, autrement dit à la torture, dans les prisons et autres centres d'interrogatoire a été confirmé par plusieurs ONG non gouvernementales, le leader charismatique de la France insoumise a préféré se garder de porter le moindre jugement quant à l'opportunité et à la moralité d'une répression étatique complètement débridée contre des civils.

Quand on compare la réaction de Jean-Luc Mélenchon au sujet de la mort, certes épouvantable mais d'abord accidentelle, d'un jeune militant écologiste en France avec son absence totale de réactions concernant la situation politique innommable au Venezuela, et son refus de condamner politiquement et moralement les méthodes de terrorisation employées sciemment par les serviteurs du régime en place pour tenter de "pacifier" l'espace public dans les grandes centres urbains, on est en droit de s'interroger, et de déplorer cette indignation sélective, à géométrie variable.
Celle-ci fait que les modalités du maintien de l'ordre qui apparaîtraient a priori intolérables en France, méritant à elles seules l'avènement d'une mobilisation citoyenne afin de démettre les décideurs politiques qui se seraient rendus coupable d'une telle répression mortifère, deviendraient a contrario acceptables ailleurs, encore plus s'il s'agit d'un pays prétendument "socialiste" qui agirait en état de légitime défense face à un mouvement présenté comme intégralement réactionnaire, et dont les partisans pourraient, par conséquent, être détruits physiquement.

Si pour Jean-Luc Mélenchon les principes de nécessité et de proportionnalité doivent continuer à gouverner l'exécution des missions de maintien de l'ordre en France, si ces deux principes doivent continuer à encadrer l'emploi de la force par les pouvoirs publics afin que l'objectif des "zéro mort", fixé depuis plusieurs décennies par les gouvernements français successifs, soit tenu, le fait que ces principes de justice n'apparaissent pas au Président Nicolas Maduro et à ses partisans comme des limites impérieuses à l'usage de la force publique, et que la brutalité mortifère tende à primer sur la retenue salvatrice, ceci ne semble pas l'émouvoir outre mesure, lui, le grand démocrate, passionné, paraît-il, par le respect continu des droits inaliénables du citoyen. Malheureusement, sa passion légitime pour la vertu et la mesure semble bien s'arrêter aux frontières du territoire national.

Pourquoi ces principes cardinaux, censés régler en permanence l'emploi de la violence étatique en France, ne seraient-ils pas universalisables ? Pourquoi les masses vénézuéliennes ne pourraient-elles jouir des mêmes protections vitales que celles dont bénéficient ordinairement les masses françaises, depuis plusieurs décennies déjà, lorsqu'elles décident d'entrer en lutte, même violemment, contre les décideurs politiques ?

Oui, cette situation est réellement consternante, et entendre les jeunes députés de la France insoumise parler dans les médias la même novlangue que celle du régime vénézuélien est dégoulinant d’afflictions.

Nous venons d'évoquer la mort dramatique de Rémi Fraisse pour mettre en lumière l'insupportable contradiction du leader de la France insoumise, mais j'aurais pu évoquer également les dénonciations récentes et répétées de Jean-Luc Mélenchon contre la "loi des suspects" jugée hautement liberticide, autrement dit l'insertion dans le droit commun de la plupart des dispositions comprises dans la loi relative à l'Etat d'urgence. En effet, Jean-Luc Mélenchon s'est insurgé maintes fois à l'Assemblée nationale, comme en dehors, contre le risque d'un état d'exception permanent, de la fin du caractère circonstancié, et donc éphémère, de ces transgressions au droit ordinaire auxquelles peut recourir l'administration au nom de la sacro-sainte lutte contre "le terrorisme". Il alla jusqu'à soutenir pendant la campagne des législatives dans une de ses vidéos de la semaine datée du 8 juin 201, avec un goût toujours prononcé pour la nuance, que " Les libertés démocratiques de la notre pays sont mises en cause par ce gouvernement ". Le régime des libertés publiques et démocratiques semble l'obséder en France à juste titre, et il se présente aux citoyens-électeurs comme son meilleur défenseur, mais cela semble de suite beaucoup moins le cas lorsqu'il est question du Venezuela qui vit pourtant, depuis des mois, à l'heure de l'Etat d'exception permanent. Il est totalement incompréhensible de ne pas l'entendre réagir à propos d'un régime politique, fut-il "socialiste", qui viole depuis trop longtemps les lois fondamentales de son pays, alors qu'il est censé en être le principal garant.

Les militants trotskistes vénézuéliens de Marea Socialiste, organisation ayant le statut d'observateur au Secrétariat Unifié de la Quatrième internationale et appartenant à une coalition oppositionnelle de gauche avec des syndicats et d'autres organisations trotskistes d'obédiences morénistes, ont affirmé très justement dans une de leurs déclarations publiques datés du 7 mai 2017  : " Comme vient de le signaler la Procureure générale de la République, Luisa Ortega, on ne peut pas demander à la population de rester dans la légalité si c’est l’État lui-même qui viole la loi", afin d'expliquer, et de légitimé, la multiplication des violences extra-parlementaires dans le cadre des manifestations de rue de masse visant à réclamer la fin du régime illégal et illégitime et dénoncer l'état de délitement accéléré du contrat social au Venezuela, autrement dit le processus de tiers-mondisation du pays.

A bas le terrorisme d'Etat au Venezuela !
A bas la Constituante bureaucratique et anti-démocratique !
A bas la fascisation du régime chaviste prétendument socialiste !
Pour la constitution d'un vrai pôle politique et syndical automne de l'ensemble des forces de gauche vénézuéliennes luttant pour la restauration des droits démocratiques, des libertés publiques fondamentales et pour l'approfondissement des droits sociaux du peuple souverain !


 

15 hauts gradés de l’armée écrivent à Macron : « nous nous sentons humiliés »

Source : http://www.anti-k.org/2017/07/28/15-hauts-grades-de-larmee-ecrivent-a-macron-nous-nous-sentons-humilies/

27 juillet 2017



Les attaques d’Emmanuel Macron contre le général Pierre de Villiers ne passent décidément pas. Dans une lettre ouverte au président que Capital reproduit ci-dessous, 15 hauts gradés de l’armée ayant quitté le service – dont cinq généraux – clament leur soutien à l’ancien chef d’Etat-major et témoignent de leur « blessure profonde ».

Monsieur le Président

C’est au Chef des armées que les signataires de la présente lettre souhaitent s’adresser. C’est au Chef des armées qu’ils veulent dire combien ils ont été stupéfaits par son attitude à l’égard du Chef d’état-major des Armées de la France.

Nous sommes des Officiers de tous grades et des différentes armées ayant quitté le service actif. Nous n’avons aucun mandat ; nous ne prétendons pas parler au nom de l’Armée, cette « grande muette ». Nous estimons en revanche, de notre devoir de vous faire part de notre indignation et de vous dire ce que beaucoup de nos jeunes camarades, nos frères d’armes en activité, ressentent sans pouvoir l’exprimer.

L’Armée est peut-être muette, mais elle n’est ni sourde ni aveugle, ni amnésique. Elle n’a pas été sourde quand elle a entendu et cru en vos promesses de campagne. Elle n’a pas été aveugle lorsque votre tout premier geste a été de vous rendre au chevet de ses blessés. Elle a apprécié le symbole qu’a représenté votre choix d’un véhicule de commandement le jour de votre prise de fonction, elle a été sensible à l’image de l’autorité restaurée que vous avez voulu afficher. Tant vos paroles que les symboles que vous aviez choisis semblaient donc démontrer votre compréhension des forces armées et la priorité que vous leur accorderiez dans le contexte actuel.

Mais alors tout cela n’était-il que promesses, paroles et maniement des symboles ? On est en droit désormais de se poser la question en entendant les propos que vous avez tenus publiquement à l’Hôtel de Brienne à l’encontre du Chef d’état-major des armées, à la veille des cérémonies du 14 juillet. Cela restera longtemps dans les mémoires.

«Je considère pour ma part, qu’il n’est pas digne d’étaler certains débats sur la place publique… »

Mais alors est-il vraiment digne de réprimander, non seulement en public, mais devant ses subordonnés, un grand chef militaire, au sujet de propos destinés aux membres d’une commission parlementaire, au cours d’une audition censée être confidentielle ? Le CEMA ne faisait-il pas son devoir en rendant compte loyalement à la représentation nationale de l’état des armées ? Cette humiliation publique est une faute, Monsieur le Président.

«J’ai pris des engagements…»

Mais alors, après avoir prolongé le CEMA d’une année, ce qu’il a accepté en toute loyauté, précisément pour mettre en œuvre vos engagements de campagne, pourquoi lui faire grief de refuser d’endosser vos reniements ? Comment pouvez-vous penser qu’il accepterait de se soumettre et de perdre ainsi la confiance de ses subordonnées ? Ce reniement est une faute, Monsieur le Président.

«Je suis votre chef…»

Tous les militaires le savent et ils sont vexés que vous le leur rappeliez. Mais alors, serait-ce que vous en douteriez vous-même ? Dans ce cas, ce doute vous honorerait car il montrerait que vous avez senti la différence entre être le chef légal, et être le chef véritable : celui qui, connaissant le métier des armes, respecte ses hommes et en retour se fait aimer d’eux ; celui qui, parce qu’il a d’abord commencé par obéir, a appris à commander. Si votre jeunesse est une excellente chose, elle ne vous a pas apporté l’expérience du Service sous les armes. Personne ne vous le reproche, mais ceci implique un minimum d’humilité : commander n’est pas « manager ». Ce défaut d’humilité est une erreur, Monsieur le Président.

«Les engagements que je prends devant nos concitoyens et devant les armées, je sais les tenir…»

Nous ne demandons qu’à le croire, mais pour l’instant vous ne les tenez pas, et nos ennemis eux, ne vont pas attendre une année supplémentaire pour frapper les nôtres. Quant à l’argument consistant à dire au pays que la coupe budgétaire annoncée n’aura aucune incidence sur la vie de nos soldats, il est fallacieux et vous le savez. Il a été utilisé par vos prédécesseurs depuis des décennies et il est la cause des nombreux retards, diminutions, voire annulation de programmes, responsables du délabrement actuel de nos matériels ; situation que nos hommes vivent durement au quotidien, en conditions de guerre. En réalité vous mettez nos armées dans une situation encore plus tendue, vous le savez et vous manipulez la vérité. Cette manipulation est une faute Monsieur le Président.

«Je n’ai, à cet égard, besoin de nulle pression et de nul commentaire»

Considéreriez-vous donc comme une «pression» ou un «commentaire» le compte-rendu que le Chef d’état-major a présenté en toute vérité et loyauté à la commission parlementaire ? Le CEMA ne doit-il adresser à la représentation nationale que des propos bien lissés et bien formatés en lieu et place de la réalité ? Quel caporalisme, quel manque de considération pour lui comme pour elle ! Quel mépris vis-à-vis des problèmes réels auxquels nos armées ont à faire face ! Ce mépris est une faute Monsieur le Président.

«J’aime le sens du devoir, j’aime le sens de la réserve…»

Précisément votre devoir était de faire preuve de réserve vis-à-vis de votre grand subordonné ; les termes vifs qu’il a utilisés ne vous étaient pas destinés, vous le saviez. Rien ne vous obligeait à rendre publique une fuite de confidentialité et à l’exploiter en violente diatribe à son égard. Où est la réserve quand quelques jours plus tard, comme si cela ne suffisait pas, vous déclarez dans la presse que « L’intérêt des armées doit primer sur les intérêts industriels », laissant ainsi entendre que le souci du CEMA concernant l’obsolescence des matériels lui seraient « susurrés » par le lobby militaro-industriel ? C’est bas, ce n’est pas digne, Monsieur le Président. Où est la réserve quand, dans le même journal, vous ajoutez en parlant du général De Villiers qu’il a toute votre confiance, «mais à condition de savoir quelle est la chaîne hiérarchique et comment elle fonctionne, dans la république comme dans l’armée» ? Où est la réserve dans de tels propos adressés à un homme qui sert les Armes de la France depuis quarante ans, quand vous ne les découvrez que depuis deux mois?

En conclusion, vous aurez compris, Monsieur le Président, que vos paroles publiques visant le Général De Villiers n’ont pas seulement atteint ce grand serviteur de la France et de nos armées mais aussi un grand nombre de militaires qui, comme nous, se sentent humiliés. La blessure est profonde. C’est pourquoi, loin des innombrables commentaires politiques, techniques ou simplement polémiques, nous pensons qu’il est de notre devoir de vous parler avec le cœur. Vous aviez bien commencé avec les symboles, et nous avons cru en votre parole ; mais aujourd’hui elle s’est transformée en mots inutilement destructeurs et vos récentes déclarations d’amour à Istres ne sont encore perçues que comme des mots, pour ne pas dire comme de la communication.

Alors, Monsieur le Président, réservez et retenez votre parole pour qu’elle redevienne La parole, la parole donnée, la parole qu’on tient : celle en laquelle nous pourrons croire à nouveau. Laissez les symboles et les discours et passez aux actes concrets pour vos militaires. Vous êtes leur chef constitutionnel, soyez-le dans leur vie réelle, écoutez-les, respectez-les.

Général de brigade aérienne (2S) Diamantidis

Ont également signé cette lettre :

Général de division aérienne (2S) Tsédri

Général de division aérienne (2S) Champagne

Général de brigade Gendarmerie (2S) De Cet

Général de brigade Terre (2S) Reydellet

Colonel Terre (ER) Wood

Colonel Terre (ER) Lerolle

Colonel Terre (ER) Noirot

Colonel Terre (ER) Aubignat

Colonel Air (ER) Piettre

Colonel Air (ER) Populaire

Médecin en chef (H) Reynaud

Lieutenant-Colonel Air (ER) Delalande

Chef de bataillon Terre (ER) Gouwy

Capitaine Terre (ER) Diamantidis

 


A la Confédération Générale du Travail (CGT) Force Ouvrière, la stratégie de Jean Claude Mailly ne fait pas l’unanimité
 
Une partie des membres du syndicat désapprouve la stratégie engagée par son secrétaire général, Jean-Claude Mailly, par Tom Rossi

Source : http://www.lemonde.fr/economie-francaise/article/2017/07/31/code-du-travail-a-force-ouvriere-concerter-ne-fait-pas-l-unanimite_5166781_1656968.html

Lundi 31 Juillet 2017


 
Alors que la première vague de concertation sur la réforme du code du travail s’est terminée Jeudi 27 Juillet 2017, celle de la mobilisation de certains syndicats ne fait que commencer. Un mois plus tôt, la CGT appelait déjà à une première manifestation le 12 septembre 2017. Un appel suivi par l'Union Syndicale Solidaire (USS), mais pas par la CGT Force Ouvrière, pourtant en première ligne contre la première loi travail au printemps 2016.
 
Pour Michel Beaugas, secrétaire confédéral chargé de l’emploi à la CGT Force Ouvrière, « c’est le contexte politique qui a changé, ce n'est pas notre syndicat. Contrairement à la première loi travail, nous pouvons négocier avec le gouvernement et faire modifier des choses en participant à cette concertation ». Et le secrétaire général Jean-Claude Mailly estime avoir été entendu sur certains points, notamment sur l’allongement du temps de la consultation avec le ministère du travail et l’augmentation des indemnités légales de licenciement.
 
Mais s’asseoir à la table des négociations ne passe pas du côté de certaines unions départementales. « Nous étions contre la première loi travail, alors pourquoi changer de position sur cette deuxième loi travail », s’interroge Nadine Hourmant, secrétaire générale de l’union départementale du Finistère. Jean-Claude Mailly cherche à négocier alors qu’il ne sera pas entendu. Pour nous c’est clair, la rentrée sera chaude et les vents contestataires viendront de l’ouest ».
 
Même agacement non loin de là, en Ille-et-Vilaine, « de nombreux frondeurs veulent s’orienter dans le combat plutôt que dans la négociation vaine », explique Marc Martin, membre de la commission exécutive de l’union départementale d’Ile et Vilaine. Selon lui, le secrétaire général de la troisième organisation syndicale de France « devrait appeler à se mobiliser avec la CGT, comme nous le faisons ici et dans d’autres départements ».
 
La Vendée, la Gironde, la Corrèze, la Seine Saint Denis, l’Essonne, le Puy de Dôme ou encore le Tarn, ont en effet rejoint les bretons dans la bataille. Toutes ces unions départementales sont membres d’une intersyndicale locale composée de la CGT et de l’USS, parfois de l’Union Nationale des Etudiants de France (UNEF) et de la Fédération Syndicale Unitaire (FSU). Et ils appellent d’ores et déjà les salariés à se préparer à la mobilisation, alors que le contenu des ordonnances ne sera dévoilé qu’à partir du 21 août 2017. Commencera alors la deuxième vague de concertation, mais la marge de manœuvre des syndicats sera limitée.
 
« Il ne faut pas être hypocrite, tout le monde sait ce que contiendront les ordonnances. Pour moi, il est impossible qu’on ne se mobilise pas à la fin du mois d’août 2017 », lance Yann Perrotte, secrétaire général de l’union départementale de la Manche, « pour l’instant, nous jouons le jeu de la concertation et je le comprends, mais nous nous préparons aussi à la mobilisation ». Les fédérations professionnelles du transport et de la logistique, ainsi que des services et de l’équipement, soutiennent également le mouvement.
 
Mais la majorité des unions départementales et des fédérations professionnelles défend la stratégie de Jean Claude Mailly, sans pour autant se faire d’illusion sur le contenu des ordonnances, « nous voulons montrer que la Confédération Française et Démocratique du Travail (CFDT) n’est pas le seul syndicat responsable et que nous portons nos revendications jusqu’au bout. Si la loi ne va pas dans notre sens, nous nous mobiliserons », prévient Pierrick Simon, secrétaire général de l’union départementale du Morbihan. « La concertation, c’est notre tradition syndicale », ajoute Pascal Lagrue, secrétaire général de l’union départementale du Rhône.
 
Malgré cela, ils concèdent qu’une partie des militants s’interroge, « des camarades veulent en découdre tout de suite, mais le conseil d’administration de l’union départementale de l’Hérault a décidé de soutenir la concertation », rapporte le secrétaire général de la fédération de l’Hérault, Gilbert Fouilhe. Des débats et des discussions en interne, mais pas de fronde, assure-t-on du côté de Jean Claude Mailly et de ses soutiens. Pour eux, cette contestation répond surtout à un besoin d’exposition, à quelques mois du congrès confédéral prévu au mois d’avril 2018.

« Ils veulent fragiliser la confédération, mais ils sont ultra minoritaires. Ce sont quelques personnes », analyse le gardois Gilles Besson, convaincu « qu’il n’y aura plus d’affaire à la fin du mois d’août 2017, quand les instances nationales se réuniront après avoir lu le contenu des ordonnances. A ce moment-là, nous serons tous prêts pour la mobilisation générale ».    

 


Les cent jours d’Emmanuel Macron, par Bernard Fischer

Source : http://www.fischer02003.over-blog.com/2017/07/les-cent-jours-d-emmanuel-macron.html

Jeudi 27 Juillet 2017


A la fin du mois de juin 2017, nous en arrivions enfin à la fin d’une campagne électorale permanente de près d’un an. Cette campagne électorale permanente commençait par les élections primaires de la droite, elle continuait par les élections primaires de la gauche et par les deux tours des élections présidentielles et elle finissait par les deux tours des élections législatives.

Elle provoquait un changement et un renouvellement du paysage et du personnel politique français sans précédent depuis la fondation de la cinquième république en 1958 et elle provoquait une crise également sans précédent de ces institutions.

Les trois principales formes d’expression de cette crise sont l’élection du candidat de la République En Marche (REM) à la présidence de la république, l’élimination au premier tour des élections présidentielles des deux candidats du bipartisme, le candidat du Parti Socialiste et le candidat de la droite républicaine, et l’élection d’une chambre introuvable à l’assemblée nationale.

D’autres l’écrivaient avant moi, cette crise des institutions de la cinquième république apparaît paradoxalement comme un nouveau pas en avant dans le sens du renforcement de la présidentialisation du régime.

Le gouvernement d’Emmanuel Macron est-il un gouvernement fort ou bien est-il un gouvernement faible ? La domination de l’assemblée nationale par le groupe parlementaire hégémonique des trois cent quatorze députés de la REM est-elle une preuve et une manifestation de force ou bien de faiblesse de ce gouvernement ?

Je prendrais un seul exemple. Emmanuel Macron décidait pendant la campagne pour les élections législatives de l’utilisation de la procédure des ordonnances pour l’adoption de la deuxième loi travail. Il prévoyait manifestement à cette époque une situation dans laquelle le groupe parlementaire de la REM ne serait pas majoritaire à l’assemblée nationale.

L’utilisation de la procédure des ordonnances ne correspond pas du tout à une situation dans laquelle le groupe parlementaire de la REM est majoritaire à lui tout seul à l’assemblée nationale.

La procédure des ordonnances prévoit l’adoption d’un certain nombre de lois en urgence, dans une situation dans laquelle la majorité parlementaire d’un gouvernement est numériquement faible et dans laquelle les groupes parlementaires d’opposition ralentissent la procédure d’adoption des lois par la rédaction, la présentation, la discussion et le vote de nombreux amendements.

Dans cette situation, le gouvernement présente d’abord une loi générale d’habilitation des ordonnances. Cette loi générale d’habilitation permet ensuite l’adoption rapide des ordonnances elles-mêmes.

Les ordonnances de la deuxième loi travail ne correspondent pas du tout à cette situation.

Au début du mois de juillet 2017, une semaine après le discours de politique générale du nouveau premier ministre Edouard Philippe, les quatre principaux groupes parlementaires de l’assemblée nationale, les groupes de la REM, des Républicains, des Constructifs et du Mouvement Démocrate, votaient à l’unanimité comme une seule personne le premier article de la loi d’habilitation des ordonnances de la deuxième loi travail.

Dans ce premier article, il y avait les trois principales dispositions de la deuxième loi travail, l’inversion de la hiérarchie des normes, la fusion des institutions représentatives du personnel et le plafonnement des indemnités des conseils des prud'hommes.

Dans ces conditions, le vote des ordonnances elles-mêmes à la fin du mois de septembre 2017 ne sert plus à rien et le simulacre de dialogue social entre le gouvernement et les confédérations syndicales ne sert plus à rien non plus.

Il en va de même de la politique internationale du nouveau gouvernement d’Emmanuel Macron. Les trois premiers événements de sa politique internationale, c’est l’invitation à Paris de Vladimir Poutine, de Donald Trump et de Benjamin Netanyahou.

Ces trois gouvernements sont des gouvernements d’extrême droite et leur invitation à Paris est totalement symbolique, elle ne change absolument rien à leur politique respective. Ce sont des marqueurs de la politique internationale d’Emmanuel Macron pour la totalité du quinquennat, s’il arrive à la fin de son quinquennat.

L’invitation de Vladimir Poutine à Paris, c’est forcément un soutien à sa politique de répression contre l’opposition et le peuple russe et aux crimes de guerre de Bachar al Assad en Syrie.

L’invitation de Donald Trump à Paris, c’est forcément un soutien à sa politique de fermeture des frontières contre l’immigration hispanophone et musulmane et de négation du réchauffement climatique.

L’invitation de Benjamin Netanyahou à Paris, c’est forcément un soutien à sa politique d’apartheid contre le peuple palestinien.

 


Ensemble, un mouvement dont nous avons besoin maintenant

Source : https://www.ensemble-fdg.org/content/ensemble-un-mouvement-dont-nous-avons-besoin-maintenant

Dimanche 16 Juillet 2017


Plus de quatre-vingt dix animateurs et/ou militants d'Ensemble, investis dans les champs politiques, syndicaux et/ou associatifs, signent pour qu'Ensemble, troisième force du Front De Gauche (FDG), évolue et s'engage en tant que force indépendante pour la construction d'une force politique pluraliste et démocratique nouvelle, avec l'ensemble des forces de gauche, notamment le Mouvement de la France Insoumise (MFI) 
 

Les événements qui ont marqué la fin du quinquennat de François Hollande, le refus de la déchéance de nationalité, la mobilisation contre la loi travail, la campagne pour les élections et la campagne pour les élections législatives, ont bouleversé le champ politique.
 
Le vote pour Jean-Luc Mélenchon a participé de ce bouleversement et a inscrit le Mouvement de la France Insoumise (MFI) comme une réalité politique nouvelle et incontournable. Mais les défis de la nouvelle situation ne se résument pas à l'ambition de constituer le MFI comme une alternative globale au système.
 
Emmanuel Macron n'a pas seulement réuni les libéraux de droite et de gauche. Il a également donné à la bourgeoisie financière une unité politique et il a entraîné avec elle d'importants secteurs des catégories sociales intermédiaires. Quant au Front National, sa pression reste forte dans la société.
 
Dans cette situation, les forces de la gauche et de l'écologie, dans leurs dimensions politiques, sociales et culturelles, sont affaiblies et désorientées, mais elles disposent des ressources pour réagir.
 
Il s'agit aujourd'hui d’œuvrer, face à ce pouvoir, à la constitution d'une opposition de gauche, sociale et politique, en commençant  par la mobilisation en vue d'empêcher la grave régression sociale et démocratique qu'il veut imposer, et qui permette de travailler à l'élaboration d'un projet de société.
 
C'est dans cette dynamique unitaire et citoyenne que pourra se refonder et se déployer à gauche une force, nécessairement pluraliste et démocratique.
 
Une chose est de souhaiter un processus constituant pour rassembler largement à gauche, dont l'équipe animatrice du MFI devrait prendre l’initiative. Autre chose est de considérer que le MFI, en l'état, représente d'ores et déjà un tel cadre qu'il suffirait de rejoindre. En quoi inviter Ensemble à le faire en tant que mouvement pourrait-il faire apparaître en cours une telle transformation, que ses dirigeants ni n'annoncent ni ne proposent ?
 
Pour notre part, nous considérons que c'est en tant que mouvementent indépendant qu'Ensemble doit intervenir, se transformer et se renforcer. Et par là-même appuyer les choix d'investissements militants, dans diverses initiatives et notamment dans le MFI, de tel ou tel membre ou de groupes locaux.
 
Ensemble témoigne par sa création et son existence de la possibilité de rassembler différents courants, traditions et expériences. Il s'agit là d'un atout précieux qu'il faut préserver. De même que le projet pour une alternative au capitalisme, autogestionnaire, écologique, féministe et altermondialiste que porte Ensemble. Les insuffisances organisationnelles doivent être surmontées pour qu'Ensemble soit une force à l'échelle nationale de proposition et d'action, apte à animer des campagnes politiques et à contribuer à la construction, à la base et au sommet, d'un rassemblement à vocation majoritaire.
 
Ensemble doit évoluer et se donner les moyens de peser dans la situation présente, afin de favoriser au mieux l'avancée vers cette force pluraliste et démocratique nécessaire. La tâche de l'heure est bien d'accroître l'efficacité d'Ensemble, elle n'est pas de renoncer à son existence comme mouvement indépendant.
 

Premiers signataires
 
Etienne Adam, Louis Aminot, Nicolas Benies, Patrick Brody, Danielle Carasco, Gérard Chaouat, France Coumian, Pierre Cours Salies, Bruno Della Sudda, Didier Epsztajn, Michèle Ernis, Cyril Escoffier, Karl Ghazi, Sylvie Larue, Jacques Lerichomme, Laurent Lévy, Philippe Marlière, Roland Mérieux, Richard Neuville, Dominique Resmon, Vincent Russier, Patrick Silberstein, Cécile Silhouette, Francis Sitel, Alain Touleron, Sylvie Touleron, Pierre Zarka

 


 

La Fédération du PS de l’Allier normalisée par les macronistes, par Vincent Présumey

 



Après Jean Mallot, on apprend l'exclusion du PS dans l'Allier de Bernard Pozzoli, Alain Denisot, Henri Malavaud. Enfin, de tout le monde, quoi. De tous les piliers de cette fédération. Et vraiment pas des gauchistes (par rapport à eux, dans le temps, c'était moi, le "gauchiste" ! ).


Et exclus par qui ? par un macroniste. Les choses sont claires : la fédé de l'Allier du PS, que l'on a vu reconstituée de facto pour soutenir Dufrègne sur la 1° circo au second tour, est exclue du PS parce qu'elle n'est pas macroniste.
Soyons clairs et insistons-y : c'est la Fédé qui est exclue, celle qui avait été reconstituée dans les années 1970 par Desgranges, c'est la fin d'un cycle. C'est un fait politique important.


Certains d'entre eux vont engager des procédures contre ces exclusions au niveau national. Mais sur le département, ce que je vois, moi, c'est qu'on a la base ou l'héritage historique de cette fédé, exclue. Ils forment un courant politique de fait. Libre à eux de s'organiser comme ils le veulent - il faut qu'ils le fassent, et qu'on se fédère tous, de provenances diverses, Rencontrons-nous au plus vite : fédé exclue, Gauche démocratique et sociale, M1717, PCF, Ensemble, éventuels insoumis unitaires et non atteint de charismatisme, extrême-gauche, sans limitations ... pour appuyer la bataille sociale contre les ordonnances Macron et dessiner une alternative politique à l'exécutif Macron/Philippe, au plus vite.

 


Oui, Jean-Luc Mélenchon, le 16 juillet 1942, la France accomplissait l'irréparable, par Robert Hirsch
 
Mercredi 19 Juillet 2017

Source: https://www.ensemble-fdg.org/content/oui-jean-luc-melenchon-le-16-juillet-1942-la-france-accomplissait-lirreparable


Militant à Ensemble, mais aussi au Mouvement de la France Insoumise (MFI), je considère que la déclaration de Jean Luc Mélenchon rejetant la responsabilité de la France dans la rafle du Vélodrome d'Hiver est très grave.
 
Sur les événements eux-mêmes, dire aujourd'hui ce que disaient Charles de Gaulle et François Mitterrand est profondément réactionnaire. Il n'y a plus maintenant que l'extrême droite et certaines franges de la droite pour critiquer ce qu'a affirmé Jacques Chirac en 1995 et qui est profondément juste, « la France, ce jour-là, accomplissait l'irréparable » et ne voulait pas dire les français, mais l’état, son administration et sa police. Refuser de reconnaître la responsabilité de la France, c'est dédouaner l’état bourgeois d'un de ses pires crimes.
 
Dans sa déclaration, Jean-Luc Mélenchon ne se soucie pas du tout de ce que la reconnaissance de la responsabilité de la France représente pour les descendants des victimes d'alors et plus généralement pour les juifs, seule lui importe la respectabilité d'une France mythifiée.
 
Au-delà de la rafle et du poids qu'elle représente encore, se pose la question de l'inventaire du passé colonial de la France. Au moment de la guerre d'Algérie, ce n'est pas la France qui massacrait ? Etre clair sur les responsabilités de l’état français en 1942, c'est un point d'appui pour exiger la clarté sur le passé colonial de la France.
 
Enfin, et ce n'est pas le moins grave, la conclusion est profondément réactionnaire. Jean Luc Mélenchon nous dit que « ces débats ne sont pas nouveaux. Ils ont leur dignité aussi longtemps qu’on accepte d’en parler avec le souci de l’amour que nous devons à notre pays avant tout autre. Ce qui n’est pas admissible, c’est que, du chef d’état-major des armées au peuple tout entier, nous soient intimés sur le ton du commandement le plus autoritaire l’identité du pays, ses références et son histoire. Cela par un seul homme sans qu’aucune réplique ni discussion ne puissent avoir lieu. Je mets en garde, méconnaître les fondamentaux de l’identité républicaine du pays expose ceux qui la molestent ou la violentent à de puissants et irréversibles retours de bâton venant du plus profond du sentiment commun des français ».
 
Du soutien au chef d’état-major des armées pour défendre le budget militaire à « l’amour que nous devons à notre pays avant tout autre », avant l'Allemagne en 1914 par exemple, et au « sentiment commun des français », on retrouve la volonté de concurrencer la droite et l'extrême droite dans le nationalisme. Au fait, c'est quoi le « sentiment commun des français » sur le Vélodrome d’Hiver et la guerre d'Algérie ?
 
Ce type de dérive a souvent existé dans le mouvement ouvrier et les résultats en furent toujours catastrophiques. Croire que c'est en allant sur son terrain que l'on combat l'extrême droite est une lourde erreur. On y perd juste son âme. Que celles et ceux qui ont soutenu sa campagne et agissent avec le MFI disent à Jean-Luc Mélenchon haut et fort, « insoumis, nous ne nous soumettrons pas au nationalisme, insoumis, nous continuons à penser que, le 16 jullet 1942, la France accomplissait l'irréparable ».

 


Hégémonie ou unité ? Jean-Luc Mélenchon?: « Venez, les gens », par Léon Crémieux

Source :  https://npa2009.org/actualite/politique/hegemonie-ou-unite-jean-luc-melenchon-venez-les-gens le Vendredi 28 juillet 2017

Commentaire: Léon Crémieux a raison sur la question de l'unité contre Macron. Mais il semble oublier dans son propos une toute petite chose. Macron se prépare à organiser un coup de force en faisant approuver le 20 septembre par le parlement godillot les ordonnances. Pourquoi Mélenchon et son mouvement France Insoumise n'appelle t'il pas à manifestation avant le 20 septembre : la date qu'il avance est le 23 septembre. Alors quoi? On accepte la légitimité du coup de force du 20 septembre. De même la Confédération FO, dont le leader négocie avec Macron, refuse d'avancer son CCN (Conseil Confédéral National, le parlement du syndicat si vous préférez où toutes les Unions Départementales sont représentées) avant le 20 septembre... Significatif non? (Robert Duguet)



Le 17 juillet sur TF1, Mélenchon a annoncé que La France insoumise organisait une montée nationale à Paris le 23 septembre contre les ordonnances et « le coup d’État social » et a appelé « les gens » à la rejoindre.

À l’évidence, il va falloir dans les semaines et les mois qui viennent faire feu de tout bois et créer le rapport de forces maximal contre Macron et son gouvernement, non seulement contre les ordonnances, la loi travail et toute la casse sociale, mais aussi contre l’ensemble de la politique réactionnaire de ce gouvernement avec l’état d’urgence pérennisé, les violences policières, la chasse aux migrantEs et l’accentuation des interventions impérialistes. La question se posait dès l’élection de Macron dont chacun connaissait le programme dévastateur, et il faudra malheureusement attendre le 12 septembre pour qu’ait lieu la première mobilisation nationale avec appel à la grève par la CGT et Solidaires.

Un rapport de forces à construire

Heureusement, dès le 7 mai, et notamment le 19 juin dans de nombreuses villes, des manifestations locales ont eu lieu avec des appels unitaires autour de collectifs du Front social, de Solidaires et de nombreux rassemblements syndicaux et politiques, tout comme la manifestation du 14 juillet à Paris. Le NPA y a pris sa part. De même, un large appel unitaire « Pour nos droits sociaux »  autour de Copernic a été largement signé et appelle à un rassemblement unitaire le 9 septembre à Paris.

La question est donc bien de construire ce rapport de forces, de créer un rassemblement de tout le mouvement ouvrier, syndicats, associations, partis contre la succession d’attaques programmées, contre un gouvernement réactionnaire qui promet d’en faire plus que Sarkozy et Hollande réunis, avec la morgue que lui donne la crise de la droite et de la social-démocratie. Il va falloir construire un affrontement social et politique qui dépasse en puissance ce que nous avons pu faire contre la loi El Khomri en 2016.

Un seul chef, une seule ligne ?

À écouter et à lire Mélenchon, « les syndicats organisent les travailleurEs dans l’entreprise et appellent au 12 septembre », tandis qu’il représenterait, à lui tout seul, l’opposition politique de gauche, le seul combattant politique contre Macron, et son rôle serait d’appeler « les gens » à se rassembler autour de lui. Finalement, il utilise la même méthode vis-à-vis de l’ensemble du mouvement social, des militants  et des forces politiques que celle qu’il utilise au sein de La France insoumise : Mélenchon est le chef et les autres, « les volontaires » dans la FI ou « les gens » dans l’ensemble du pays, doivent se rassembler derrière lui quand il le décide, où il le décide.

Mélenchon et son groupe parlementaire jouent évidemment un rôle en s’opposant à l’Assemblée nationale aux députés d’En marche et aux représentants du gouvernement. En cela, ils reçoivent un écho médiatique important. Et il est certain que pour l’élection présidentielle comme pour les législatives, sur le plan électoral, lui et son mouvement ont rassemblé une bonne partie des électeurEs qui voulaient marquer leur opposition aux politiques d’austérité. Mais le rapport de forces contre ce gouvernement ne va pas se construire sur les bancs de l’Assemblée mais dans les lieux de travail, les quartiers et dans la rue.

Contre les tentations hégémoniques : l’unité

Mélenchon et le groupe qui est autour de lui veulent-il réellement construire ce rapport de forces politique et social, aider à ce que se rassemblent toutes les forces militantes nationalement et localement pour s’opposer à Macron et à sa politique ou veulent-ils seulement occuper l’espace, faire une démonstration visant à préparer d’autres échéances électorales ?

Car la construction de ce rapport de forces ne se fera pas par un rassemblement autour d’un leader autoproclamé de l’opposition politique. Cela passe et passera par la construction de cadres unitaires et démocratiques, localement et nationalement capables, y compris face à la soumission ou la passivité de beaucoup de directions syndicales, de préparer l’affrontement nécessaire. Ces cadres se construisent et localement, le NPA, avec d’autres, s’attelle à leur construction. D’ailleurs, des militantEs se réclamant de Mélenchon et de la FI y participent sans prétendre y imposer un rôle hégémonique. Il serait bon que leurs dirigeants nationaux en fassent de même.

 


Page 19