Blog de Robert Duguet - Août 2018 /contact:

Eh Manu, non non, tu n'es ni César ni Jupiter! Eh! tu sais ce qu'elles te disent les tribus gauloise! On va bien trouver le moyen de te mettre une bonne triquée à Gergovie! Vercingétorix.

Sarah Wagenknecht, disciple de Jean Luc Mélenchon, par Robert Duguet


Contribution à l'appel de l'éditorial d'Arguments pour la lutte sociale du 29 aout 2018 publié à la suite...


A propos de l’initiative de Sarah Wagenknecht et d’Oskar Lafontaine de créer par Internet un mouvement du type de France Insoumise en Allemagne, sur des positions populistes, il faut souligner que cette orientation est loin de recueillir une large approbation dans Die Linke. Vincent Présumey a raison de souligner que le populisme est un repli nationaliste et une rupture avec le mouvement ouvrier, entrainant l’intéressée à avancer sur des positions anti-migrants. J’ai publié sur mon blog du mois un article d’un trotskyste allemand à l’adresse suivante, que je vous conseille de lire ou relire :

http://socialisme-2010.fr/blog2016/aout2018.php#aout05

L’auteur, Manuel Kellner, explique la chose suivante : même si Oskar Lafontaire et Sarah Wagenknecht, bénéficient d’une aura dans les médias et sur le plan électoral, c’est loin d’être acquis au sein des Linke. Précisément parce que Die Linke est un parti qui a rompu avec la politique du SPD, qui conduit ce parti à gouverner avec la bourgeoisie, sa nature est celle d’une organisation sociale-démocrate de gauche. « Centriste » dirait Trotsky. Qu’on soit d’accord ou pas avec son orientation politique et stratégique, la question n’est pas là. Die Linke appartient au mouvement ouvrier. Die Linke a un fonctionnement de parti : Aucune des positions du mouvement qui doit être lancé en septembre « Team Sahra » ne sont soumises aux instances des Linke ; il est reproché aux mélenchoniens allemands de tenir le même discours que celui des populistes de droite qui gagnent des voix aux élections ; enfin, quand on s’est battu pour construire une organisation, il est difficile d’accepter que ses dirigeants la détruisent.

Outre la politique anti-migrants qu’on oppose aux salariés qualifiés allemands, on retrouve dans cette initiative anti-ouvrière une constante du populisme : on ne s’appuie plus sur la représentation politique du mouvement ouvrier pour définir une politique – les populistes dits de « gauche » considèrent le salariat comme une composante parmi d’autres – mais sur les structures d’un Etat qui procède de moins en moins de la démocratie représentative. Dans la Vème république le macronisme c’est la volonté d’achever son caractère bonapartiste. Dans les institutions allemandes c’est plus difficile aujourd’hui. Dans la démarche populiste, on retrouve un vieil ennemi historique de la démocratie qui s’appelle Carl Schmidt : c’est un constitutionaliste allemand qui inspirera la conception de l’Etat des nationaux-socialistes ; c’est la référence d’ailleurs centrale de Chantal Mouffe.

Lorsque la social-démocratie est confrontée à la grande crise économique de 1929, une fraction de son appareil veut renforcer l’exécutif au détriment de la démocratie parlementaire. Ce courant se rapproche à la fin de la République de Weimar de Carl Schmidt qui  était d’accord avec la nécessité d’infléchir la prédominance de l’exécutif. Le SPD a connu alors ses « néo-socialistes ». On voit alors des relations troublantes entre des dirigeants sociaux-démocrates et ce juriste, militant de la droite catholique. Avec l’avènement de Hitler, Il s’emploiera à justifier les pires aspects de la législation nazie. Dans la conception libérale démocratique l’Etat de droit est défini par la loi, qui émane expressément des représentants élus. Pour Schmidt, le droit n’a rien à voir avec la démocratie libérale ; il traduit une volonté politique qu’elle soit celle d’un souverain, d’un monarque, d’un gouvernement disposant de pouvoirs spéciaux. Le droit justifie un état d’exception ou la suspension des pouvoirs d’un parlement. Conception du « droit » parfaitement conciliable avec le fascisme, que Schmidt soutiendra de 1933 à 1936. Ses convictions catholiques le conduiront à rompre avec le National-Socialisme, pourtant sa conception de l’Etat va bel et bien inspirer les fascistes.

La différence entre les Linke allemands et l’éphémère Parti de Gauche de Mélenchon, c’est que le premier est un parti venant de la social-démocratie et que le deuxième était un leurre, un mini-appareil à la botte d’une ambition bonapartiste. Quand nous étions au PG, des camarades avaient plagié la publicité du Canada Dry : « Le PG c’est comme la Canada Dry ça a la couleur du parti, ça a le goût du parti, mais ce n’est pas le parti ! »  Une stratégie de type Front de Gauche ne pouvant permettre de gagner l’Elysée, Mélenchon se tourne à l’été 2014 vers le populisme, prétendument de « gauche ». Le principal organisateur du PG, devient son destructeur en chef… C’était facile pour le PG, pour les mélenchoniens allemands cela va être plus difficile de tenter une opération de type France Insoumise.

 


Rentrée sociale, scolaire et politique : de la crise au sommet à la crise sociale révolutionnaire, par Arguments pour la Lutte sociale

29 août 2018

Source aplutsoc : https://aplutsoc.wordpress.com/2018/08/29/rentree-sociale-scolaire-et-politique-de-la-crise-au-sommet-a-la-crise-sociale-revolutionnaire/


Éditorial du 29 août 2018

Monsieur Hulot.

La démission en direct de Nicolas Hulot,« ministre d’État, ministre de la transition écologique et solidaire », protocolairement n° 3 du gouvernement et seul ministre connu nationalement du grand public, personnage clef pour « l’image » de l’exécutif macronien, est un évènement politique important, en cette rentrée, alors même que l’affaire Macron-Benalla ne doit en aucune façon être tenue pour enterrée.

Quels que soient les efforts de l’un et de l’autre pour s’épargner, elle met directement en question les méthodes d’Emmanuel Macron puisque sa cause immédiate semble bien avoir été le fait que le ministre-vedette a été parfaitement méprisé et piétiné – lui aussi, même lui.

Mise en place des conditions de l’affrontement.

Outre qu’elle souligne le fait qu’un pouvoir exécutif capitaliste n’est pas et ne sera jamais le moyen de contrer la crise climatique causée par le capital (voir notre article du 10 août dernier), cette démission relève des mêmes causes profondes que l’affaire Benalla, élément comme elle de la crise de régime qui vient : le corps social n’a pas été brisé par les premières et violentes offensives de l’exécutif macronien, il s’apprête à résister et à contre-attaquer, la conscience étant là, surtout dans les couches les plus exploitées, que toute lutte partielle est un début d’affrontement avec l’ensemble du système politique en place.

Sur la question des retraites, sur la question du statut de la fonction publique, sur la question de la défense des libertés démocratiques, cette rentrée est grosse des plus grands et prochains affrontements.

Ce gouvernement doit attaquer et, comme il était prévisible, ses mesures de compression des salaires réduisent encore ses ressources et le poussent à frapper plus vite, plus dur et plus fort au moment précis où il se fragilise. La désindexation des retraites et pensions d’avec les prix annoncée le 27 août donne clairement la couleur : il s’agit de faire baisser les revenus réels de l’immense majorité, donc de cultiver la misère.

La crise en haut, qu’elle se manifeste par l’affaire Macron-Benalla ou par la démission de ce ministre, est un appel à la poussée par en bas.

L’obstacle politique.

Or, l’ensemble des « universités d’été » ou leurs équivalents, dans ce qui est issu de la gauche ou du mouvement ouvrier, semble n’avoir eu pour seul horizon que les élections européennes du printemps 2019 (voire les municipales de 2020 dans le cas du PS), quitte à annoncer que ce serait là l’occasion et le moyen de mettre une « raclée » à Macron. Loin de nous la tentation de négliger les développements politiques autour de ce scrutin, mais en matière de raclée, si on attend jusque là, ce sont les travailleurs, les jeunes, les chômeurs, les retraités, les migrants, qui vont encore la prendre. De plus, les élections européennes sont liées à des institutions antidémocratiques, celles de l’UE, et chacune des dites « universités d’été » annonce sa propre liste, réunissant ainsi les conditions pour affaiblir le plus possible cette hypothétique « raclée » différée jusque là.

La véritable question politique générale, nationale, centrale, dans laquelle est emboîtée celle de ce scrutin qui en aucun cas ne la précède, est immédiate : c’est celle de l’unité dans l’affrontement social, de la grève générale à même de transformer la crise de l’exécutif en crise révolutionnaire débouchant sur la vraie démocratie.

C’est ce décalage entre la perspective politique qu’elles offrent : celle d’aller à un scrutin « européen » qui plus est dans la division et la confusion, et le besoin réel des plus larges masses : l’unité dans l’affrontement social, maintenant, qui nourrit interrogations et crises dans l’ensemble des forces politiques ayant tenu leurs « universités d’été » ou cénacles analogues.

L’inévitable et nécessaire crise de la « France insoumise ».

Cela est particulièrement le cas de la France insoumise, dont le chef suprême combine deux orientations.

L’une vise à « l’unité de la gauche » dans le cadre de la V° République et du respect de la propriété capitaliste, c’est, pour le dire vite, une ligne de « front populaire ».

L’autre, matérialisée par l’invitation de députés LR à ses « AMFis d’été », ou encore dans le soutien de J.L. Mélenchon au mouvement « transparti » et surtout anti–migrants fondé en Allemagne par la présidente du groupe parlementaire de Die Linke, Sahra Wagenknecht, Aufstehen (« Debout »), est l’orientation populiste qui a déterminé la fondation de la FI, visant à la liquidation du mouvement ouvrier en organisant contre lui des couches que rebutent (au départ légitimement) les anciens partis bureaucratiques.

Ces deux lignes ne sont pas fondamentalement contradictoires mais leur synthèse est l’apanage du chef bonapartiste de la FI : parmi les militants elles se répartissent de fait en courants, ce qui est interdit à la FI ! La résolution ou la combinaison de ces contradictions s’y faisant toujours par les oukases du chef, ceci nourrit une crise, avec l’apparition, face au « Phi », du « CID »,Collectif des Insoumis Démocrates.

Saluons le fait que la réalité de la lutte des classes a suscité la formation ouverte d’un courant dans la FI où cela est interdit. Raison de plus pour le faire !

Nous aurons bien sûr l’occasion de revenir sur cette crise inévitable ainsi que sur la question politique centrale de l’accueil des migrants, et nous signalons sur la FI l’article du camarade Robert Duguet :

https://blogs.mediapart.fr/robert-duguet/blog/270818/propos-de-la-rentree-des-insoumis-marseille

La forme syndicale de l’obstacle politique.

Les organisations syndicales nationales, confédérations CGT, CGT-FO et CFDT, la FSU, l’UNSA et Solidaires, disent toutes, avec des nuances, que cela va de plus en plus mal pour les salariés, mais aucune action d’ensemble n’est appelée à cette étape et les élections professionnelles du 6 décembre dans la fonction publique semblent être une préoccupation majeure, alors même que la meilleure manière de les préparer et des les gagner serait la mobilisation contre le gouvernement, pour les statuts (rappelons que les instances qui seront élues lors de ces élections verraient précisément leurs attributions lourdement affaiblies par les plans du secrétaire d’État Dussopt et de son ministre Darmanin !).

Il n’empêche que le réel, ce sont les conflits qui n’ont jamais cessé et qui vont à nouveau se multiplier. Le rôle du syndicalisme est de les fédérer, les unir et les centraliser pour qu’ils gagnent, sans se préoccuper de la préservation du pouvoir politique, des institutions et du calendrier électoral. C’est cela l’indépendance syndicale. S’y oppose le « dialogue social » en rencontres bilatérales à Matignon.

Rencontrons-nous.

Le blog APLS, qui s’est élargi dans la dernière période, avec nos camarades de l’Espace citoyen du Val d’Yerres et dans l’ouverture à tous les militants du mouvement ouvrier, ne tiendra pas, quant à lui, d’université d’été ou happening analogue, mais appelle à une rencontre approfondie le samedi 29 septembre 2018 au local Le Maltais rouge, 40 rue de Malte Paris 11°pour discuter de :

Comment construire la grève générale et l’unité pour chasser Macron ?

Quelle perspective démocratique défendre au niveau national et européen, contre la V° République, et contre les institutions dites européennes aussi bien que les politiques de Brexit et autres «axes» à la Salvini ?

Pour les participants le souhaitant, quelles initiatives et mesures d’organisation prendre en commun ?

 


La cathédrale d'Evry sera construite par l'architecte suisse Mario Botta de 1992 à 1995, par ailleurs militant issu du catholicisme social. La colonne tronquée surmontée de la croix symbolise l'accord entre la culture laïque et chrétienne. C'est sous un gouvernement présidé par François Mitterand que s'opère un financement public.

Loi de 1905 : les attaques contre le cœur de la loi commencent sous Mitterand : Sarkozy et Macron n’ont fait que prolonger… par Robert Duguet


C’est la deuxième fois qu’une polémique enfle lorsque la hiérarchie catholique offre le titre honorifique de chanoine du Latran au président de la République en exercice.

Traditionnellement tous les présidents de la Vème République depuis Charles De Gaulle, acceptaient le titre mais tous ne se sont pas rendus dans la basilique du Latran pour la cérémonie : ce fut le cas de Georges Pompidou, François Mitterrand et François Hollande. Ce titre date de 1460 sous Louis XI et a été réactivé par Henri IV après qu'il eût abjuré la religion protestante et reçu l'absolution du pape. Il s’agit historiquement d’un acte d’allégeance de la monarchie de droit divin à l’Eglise catholique : la France est sa fille aînée, selon la formule utilisée par l’Eglise. La révolution française a rompu de fait cette tradition monarchiste, les gouvernements républicains plus exactement l’ont « négligé », pour reprendre le terme employé par le journal clérical « La Croix ». Ce n’est qu’en 1957 sous la présidence de René Coty, que les liens formellement rompus reprennent. Et pour cause, c’est en 1948 sous un gouvernement de la IVème république où sont présents des ministres MRP que la première attaque contre la laïcité est portée, le décret Poinso-Chapuis.  Ce décret du 22 mai 1948 subventionne les associations dirigeant des écoles confessionnelles pour mineurs du Nord et du Pas-de-Calais, pour des familles ouvrières n’ayant pas les moyens de financer l’éducation de leurs enfants dans les écoles confessionnelles. La SFIO membre du gouvernement s’opposent à ce décret, au nom de la laïcité ; Germaine Poinso-Chapuis est contrainte à la démission le 26 juillet 1948, mais le décret s’applique. Lors du vote, un certain François Mitterand, s’esquive discrètement pour ne pas être obligé de se prononcer.

Vème république, une belle brochette de présidents bonapartistes

Dans la brochette de présidents depuis 1958, c’est encore Jacques Chirac, sous le pontificat de Jean Paul II, qui est le moins pire. Il y a un vieux reste de radicalisme et de gaullisme historique chez lui, c’est moins intolérable que ces « socialistes » issus des sacristies de Vatican II. Le 20 janvier 1996 , dans son allocution à Latran il tient ces propos sur les liens entre l’Eglise et l’Etat :

"Ma présence se veut aussi, Eminence, le gage de relations fécondes, de relations à poursuivre et nourrir entre la France et le Saint-Siège en même temps qu'entre l'Eglise et l'Etat. L'indispensable dialogue, pour difficile voire douloureux qu'il ait pu être dans l'Histoire, ne s'est jamais rompu. A l'épreuve de notre république laïque, passé la méfiance et les craintes, les catholiques de France savent désormais pouvoir vivre en citoyens sans rien renier de leur foi. Mieux, ils ont la conviction d'apporter leur pleine et généreuse contribution à la communauté nationale. Ils s'y emploient, je le sais, avec passion et avec loyauté."

Effectivement la République bourgeoise, lorsqu’elle était laïque, n’a jamais demandé aux citoyens de renier leur foi religieuse : ils peuvent librement la manifester, pour autant que son expression ne s’oppose pas aux règles de vie commune.

Par contre c’est le 20 janvier 2007 que le président Sarkozy infléchit le discours des chefs de l’Etat sous la Vème république dans le sens de la réaction la plus noire, reprenant à son compte le concept de « laïcité positive » défendu par le pape Benoit XVI. Il y disserte longuement sur l'idée que "les racines de la France sont essentiellement chrétiennes", tournant le dos de ce fait à l’héritage de la philosophie des Lumières, dont se sont largement inspirés les hommes qui ont fait la grande révolution bourgeoise. Il déchaîna les critiques avec sa fameuse formule :"Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur." A l’époque Jean Luc Mélenchon qui est encore au PS mène l’offensive contre cette volonté de tourner la page de la loi de 1905. Il anime une tenue massivement suivie du Grand Orient de France qui est publiée ensuite largement sous le titre : « Réplique au discours de Nicolas Sarkozy chanoine du Latran »  Au-delà de l’aspect fidélité à l’esprit de la loi de 1905, il y dénonce le ralliement de Nicolas Sarkozy aux thèses de l’extrême droite américaine et de son idéologue en titre Samuel Huntington : le concept de « choc des civilisations » signifie l’entrée dans une ère où les religions définissent les personnes, les modes de vie et les relations internationales. Une manière de camper le conflit entre la civilisation chrétienne et l’Islam. A l’époque, c’était du bon Mélenchon : on va voir comment les choses vont évoluer avec ses ralliements au populisme.

Macron, le petit roquet qui aboie toujours plus fort que le précédent, a fait encore mieux. Il affirme que : « La religion est partout dans la société. Nous avons anthropologiquement, ontologiquement*, métaphysiquement besoin de la religion.» Ceci est un heureux complément réactionnaire au discours tenu le 9 avril 2018 devant les évêques de France au Collège des Bernardins,, où il se propose de réparer « le lien abîmé entre l'Église et la République…» Dans l’Europe néo-libérale, avec l’héritage des lois laïques et la séparation de 1905, la France est encore ce vilain petit canard qu’il faut mettre au pas. Macron appelle à son secours ce vieux parti clérical, qui est toujours gavé de subventions publiques, pour que ses ouailles viennent à ses côtés : « Ne renoncez pas à cette Europe dont vous avez nourri le sens ; ne laissez pas en friche les terres que vous avez ensemencé. » Il rappelle là les véritables origines cléricales et vaticanes de l’Union Européenne, ses traités fondés sur le principe de subsidiarité et son drapeau étoilé, symbole du culte marial.

Remontons aux racines de cette dérive réactionnaire qui nous ramène un siècle en arrière.

Qu’est ce que la loi de 1905 ? Dans la démocratie petite bourgeoise, dont les courants maçonniques marqués à gauche, elle est le pacte social qui a permis que la citoyenneté l’emporte sur les appartenances communautaires, le droit de croire ou de ne pas croire à une vérité révélée, de pratiquer la religion de son choix dans le cadre d’une liberté d’ordre privé : la république bourgeoise est indifférente aux opinions des citoyens. La liberté absolue de conscience proclamée dans l’article 1 a pour conséquence dans l’article 2 le fait que la république ne salarie ni ne subventionne aucun culte. Suivront une série de dispositions propres à un divorce qui mettent fin au régime concordataire et qui concernent l’aide matérielle que l’Etat bourgeois républicain apportait à la hiérarchie catholique. L’Etat fait obligation à l’Eglise de constituer des associations « cultuelles » pour gérer son patrimoine : les associations constituées sur le modèle de la loi de 1901, si elles sont ouvertes à tous les citoyens, le précise dans l’article 1 de leurs statuts ; à ce titre elles peuvent recevoir des subventions des collectivité publiques. Pas les associations « cultuelles ».

Une méthode fréquente sous les gouvernements « socialistes », détourner la loi de 1905. Les édifices du culte construits avant la proclamation de la loi de 1905 continueront à recevoir des subsides des collectivités publiques, notamment des mairies, pour ce qui concerne strictement l’entretien extérieur des édifices, les murs et les toitures. Pour le reste, les frais sont à la charge des fidèles auxquels l’Etat fait obligation de constituer des associations dites « cultuelles » aux fins d’entretenir leur patrimoine. Pour les édifices construits après 1905, tout est à la charge des fidèles. Font exception les édifices classés monuments historiques et qui rentrent dans le patrimoine artistique et, à ce titre, peuvent recevoir des fonds publics. Dans la période récente, sous les régimes de droite et de gauche de la Vème république, on a vu que toutes sortes de ruses administratives ont été inventées pour remettre en cause le régime libéral de séparation : par exemple pousser à la constitution d’associations « culturelles », en lieu et place d’associations « cultuelles », pour permettre la subvention publique. Ou encore accorder des baux emphytéotiques aux représentants d’un culte qui leur permettent d’avoir la jouissance d’un terrain pour 33 ans renouvelables pour y construire un édifice du culte.

Le financement public partiel de la cathédrale d’Evry, une rupture historique de la loi de 1905… sous Mitterand.

Un exemple célèbre: depuis 1905 il ne s’était pas construit de cathédrale en France. C’est, sous un gouvernement présidé par François Mitterand, Jack Lang  (2) étant ministre de la culture, que l’Etat en contournant la loi de 1905 a accordé un demi-milliard de francs à la construction de cet édifice, sous couvert d’aide à un musée d’art sacré attenant au local de l’édifice. Sur le plan architectural la symbolique politique de l’édifice est tout à fait conforme au pacte historique contenu dans le mitterandisme : une colonne tronquée  surmontée d’une croix, représentant l’accord entre la culture laïque (en l’occurrence maçonnique) et la culture chrétienne… Le mitterandisme… une douce obstination jésuitique !(1)

Avec cette affaire la porte a été largement ouverte aux représentants des autres cultes pour qu’ils sollicitent les collectivités publiques et obtiennent par le biais de détournements de la loi de 1905 des subventions.

Le financement public des religions est incompatible avec la loi de 1905  

Le concordat abrogé de fait par la loi de 1905 resurgit avec le coup d’Etat bonapartiste de De Gaulle en 1958 : l’aide à l’enseignement privé catholique depuis la loi Debré de 1962 consacrera un accord entre le trône du monarque « républicain » et l’autel. Tous les gouvernements de la Vème république le défendront et l’amplifieront, ce qui est de fait une remise en cause de la loi de 1905. Le bonapartisme a besoin d’une « gendarmerie spirituelle », pour reprendre le mot de Marx. Bien sûr Macron veut revenir sur ce qui a « abimé » les rapports de l’Eglise et de l’Etat en prolongeant le concordat gaulliste, mais la palme d’or du reniement revient aux gouvernements de François Mitterand, singulièrement celui issu de la présidentielle de 1981 : la loi Savary d’unification des services publics et privés catholiques posait dans son préambule un principe : la religion concourt au service public. Si la loi Savary n’a pas pu s’appliquer jusqu’au bout, compte tenu des germes de guerre civile qu’elle générait dans le pays, les gouvernements de droite ou de gauche qui ont suivi n’ont fait qu’en reprendre la logique profonde. La question des départements sous statuts d’exception, Alsace et Moselle, législation héritée de l’occupation allemande dans l’héritage de Bismarck, revient  régulièrement dans le débat public : les ministres des différents cultes, à l’exception des imams (tiens donc !) , sont payés par l’Etat, de même l’enseignement religieux est obligatoirement dispensé dans les écoles publiques : une dérogation plus récente permet sur demande écrite des familles de le remplacer par un enseignement de la morale. Michel Rocard premier ministre avait fait cette proposition ultra réactionnaire, avec ses affidés de la centrale jaune CFDT, pour régler la question des départements sous régime d’exception, de généraliser le concordat à tout le territoire républicain… les néo-socialistes vont jusqu’au bout de la liquidation! Et Macron poursuit sur la base des « acquis » néo-socialistes…

L’Etat bonapartiste et les consistoires… une logique concordataire

Par ailleurs, Napoléon 1er dont le régime, en rupture avec la révolution française, était concordataire avait imposé aux juifs un mode de représentation face aux pouvoirs publics copié sur les relations de l’Etat concordataire avec la hiérarchie catholique. Le consistoire est une obligation du premier empire qui ne signifie rien pour les citoyens de confession israélite, puisque leur religion n’a pas de hiérarchie. La même démarche sera reprise avec Jean Pierre Chevènement, puis avec Nicolas Sarkozy, à l’encontre des citoyens de confession musulmane pour un Islam de France. L’Etat n’a pas à entrer dans des considérations religieuses, voire dans l’organisation d’un culte déterminé. En démocratie bourgeoise la loi suffit pour protéger la liberté de tous. Ce qui n’est pas interdit par la loi relève de la liberté privée.

Il faut revenir à la manière dont le mouvement ouvrier avait commencé à régler la question de la séparation

Dans l’abondante littérature produite régulièrement sur 1905, beaucoup font de la philosophie et oublient l’essentiel : la puissance publique ne doit plus financer les religions. Les reniements sous la Vème république bonapartiste, traduisent le fait que la bourgeoisie a totalement remis en question son propre programme libéral (3) . Déjà Marx pense la question de la sécularisation de l’Etat et de l’instruction publique comme le combat du mouvement ouvrier appliquant le programme libéral que la bourgeoisie tarde à appliquer. Marx saluera le fait que la Commune de Paris réglera d’emblée cette affaire en séparant l’Eglise et l’Etat et retirera la subvention publique aux écoles congréganistes. Il écrira : « la Commune renvoie les prêtres à la solitude de la prière à l’instar de leurs prédécesseurs les apôtres… » Les premières dispositions prises par la révolution russe de 1917 porteront sur la séparation du synode orthodoxe et de l’Etat et sur le retrait du financement des écoles religieuses ; s’y ajouteront d’autres dispositions liées au fait que la république ouvrière naissante se débarrasse de ce qui lie la puissance publique à la religion d’Etat : l’égalité hommes-femmes, l’institution du mariage civil et du divorce… Et lorsque Jean Jaurès contribue à régler la question de la séparation qui renvoie la religion au domaine de la vie privée, c’est dans le but de s’attaquer en socialiste à la question sociale. Il faut en finir avec le radicalisme bourgeois qui utilisait l’anticléricalisme pour diviser le front de classe, le rassemblement des classes opprimées des campagnes derrière la classe ouvrière. En finir avec la diversion que constitue la question religieuse, pour que, disait Jaurès, « la démocratie puisse se donner tout entière à l’œuvre immense et difficile de réforme sociale»  Cette question doit être actualisée et repensée par rapport à l’Islam aujourd’hui. Dans une période où les représentations officielles du mouvement ouvrier ont non seulement tourné le dos aux revendications laïques, mais ont mené à bien l’application du programme bonapartiste, permettant à des monstruosités du type Nicolas Sarkozy ou Emmanuel Macron de prospérer. En ce domaine tout est à reconstruire. Quelle force aujourd’hui dans un mouvement ouvrier -   l’ancien se décompose et le nouveau n’est pas encore né – est en capacité de relever le gant de ce combat. En attendant prospèrent les monstres.

Notes :

(1)La colonne tronquée ou brisée est le symbole maçonnique du caractère écourté de la vie humaine et de l’œuvre partiellement accomplie : on en observe des spécimens dans les cimetières ou sur les monuments aux morts.

(2)Jack Lang :  ministre de la culture de mai 1981 à mars 1986, puis de mai 1988 à mars 1993. C’est durant son second ministère. Sa construction est commencée en 1992 et se termine en 1995, puis elle reçoit la consécration de Jean Paul 2, le pape de l’Opus Dei, en 1997.

(3) Nous prenons le concept de libéralisme au sens classique du terme : un régime de libre concurrence, certes, mais, contrairement aux Saint Simoniens qui sont indifférents à la forme de l’Etat, qui garantit aux citoyens un certain nombre de libertés démocratiques, dont celle d’exercer librement  sa pensée en dehors de la théologie.

 


Marie Noëlle Liennman, Jérome Guedj et Emmanuel Maurel

A propos de la rentrée des Insoumis à Marseille, par Robert Duguet



Il faut observer les premières escarmouches de la crise qui commence à se manifester dans la France Insoumise.

J’ai d’abord une pensée pour nos camarades d’Afrique du Sud qui viennent de constituer grâce à la South African Federation of Trade Unions (SAFTU), fédération syndicale ouvrière, un mouvement les 20 et 21 juillet dont l’objectif vise à bâtir un véritable parti ouvrier indépendant. Un de ses dirigeants expliquait :

« En tant que classe laborieuse, notre statut a été méprisé pour bien trop longtemps. Nous ne sommes pas ici pour gémir mais pour annoncer un programme radical et révolutionnaire qui nous unira autour de revendications communes ainsi qu’autour d’un programme de mobilisation de masse.
A ceux qui veulent maintenir le statu quo, notre avertissement est simple : la récréation est terminée! A partir de maintenant, nous allons vous défier dans les rues et dans les salles de direction.»

On peut se prendre à rêver qu’aujourd’hui en France un mouvement politique émerge et dise à Macron, après ses provocations de l’été « Venez donc me chercher !», maintenant la récréation est terminée Manu et nous allons effectivement venir te chercher. Quand on compare les deux situations, l’état de la représentation politique à gauche en France est pitoyable.Macron qui se prépare à frapper de nouveaux coups ne rencontre pas de réelle opposition, puisque tout ce qui se définit ou veut se définir comme une opposition, commence par respecter le calendrier électoral : on appelle à mettre une triquée à Macron où ça, dans la rue ? par la grève ? non, aux européennes. Au mieux on ne posera la question de sa disparition qu’en 2022. D’ici là bonjour les dégâts !

Les journées de la FI à Marseille c’est quoi ? Mélenchon prépare les élections européennes. Point barre ! Chacun sait le pouvoir qu’ont les députés européens sur l’exécutif… D’ailleurs il est couru d’avance que ces élections seront marquées par une formidable abstention populaire.

Mais poursuivons… Un mouvement émerge dans la structure militante, que les intéressés à « l’état gazeux » ont interdiction absolue d’organiser, c’est l’aspiration à un fonctionnement démocratique : la constitution de la liste pour les élections européenne a fait l’objet de la pire tambouille qui soit, comme on en connaissait au parti socialiste, quand les marquis de Solferino descendaient dans les fédérations pour imposer les investitures. Un « collectif d’Insoumis démocrates »(le CID) vient de lancer une pétition pour faire entendre les aspirations démocratiques de la base au petit aéropage parisien, instance dirigeante de fait, qui elle n’est pas « gazeuse », mais a toutes les vertus d’une Partei Polizei (eins, zwei !)

Mélenchon parle à nouveau de rassemblement de la gauche : on demandera sur quel programme pour les européennes ? Il s’agit d’abandonner la perspective du plan B, équivalent d’une sortie de l’Union Européenne. C’est donc un recentrage plus à droite, permettant à plusieurs composantes issues du PS, en particulier les partisans de Benoit Hamon, de prendre place dans un nouveau front.  Après des mois d’orientation de type populiste et nationaliste contre l’Union Européenne, une aile de FI, notamment la position de François Cocq, s’élève contre ce « grand bond en arrière ».
Rappelons que le FDG, certes cartel électoral formé par plusieurs appareils, s’appuyait sur un mouvement d’une gauche combattant le néo-libéralisme, la politique de Hollande et l’Union Européenne. Ses limites étaient fixées par le fait qu’il n’acceptait pas que ses unités politiques puissent s’organiser sur la base 1 citoyen = 1 voix : les partis n’auraient été en son sein que des forces de proposition. Cela aurait ouvert la perspective d’une prise en main par les salariés eux-mêmes d’un outil qu’ils se seraient appropriés. C’est cette voix qui a été interdite par la politique des deux appareils dominants le cartel, le PCF et le PG. Et la raison de son implosion.

S’agit-il de revenir au Front de Gauche ?

Mélenchon ne sort pas de l’orientation populiste qui est la sienne : il déclare, certes il faut sortir d’une « attitude de renfermement », mais il faut « ramener la gauche au peuple ». Comme la classe ouvrière qui subit tout le poids de l’offensive de Macron va s’abstenir sur un scrutin ne permettant en aucune manière de s’opposer à la politique du gouvernement, Mélenchon s’oriente sur un électorat plus à droite, sur les illusions de la petite bourgeoisie pro-européiste. Il expliquait à Médiapart en juillet : « Nous [ne devons] pas oublier ou repousser les classes moyennes supérieures “sachantes” » On retrouve là toute la politique du PS et de Mitterand, à qui Mélenchon continue de vouer une admiration sacrée.

Emmanuel Maurel, représentant de l’aile gauche du PS, sera vraisemblablement sur la liste de France Insoumise aux européennes, tout en se prononçant pour le retour aux fondamentaux du PS.
Cette tambouille d’appareils ne mène à rien de bon. Si se réalisait un nouveau front électoral, son centre de gravité se déplaçant sur la droite, ce serait forcément contre les aspirations démocratiques que les militants de la FI expriment et qui ont trouvé un début de représentation dans le CID « collectif d’Insoumis démocrates ». Qu’ils s’organisent ! Et à la FI, s’organiser c’est interdit.

 


« Le but du mouvement n'est pas d'être démocratique, mais collectif » Jean Luc Mélenchon

« On ne veut pas juste être un fan-club de Mélenchon », par Quentin Laurent

Source : Le Parisien, 24 août 2018.


 

Alors que la France insoumise fait sa rentrée à Marseille, un Collectif d'Insoumis démocrates s'est créé pour dénoncer le fonctionnement du mouvement, qu'il estime trop centralisé.
 
« A la France Insoumise, on ne peut pas critiquer sans être perçu comme un traître. » Un soupir s'échappe du téléphone. Au bout du fil, Christophe, 31 ans, ancien directeur de campagne aux législatives pour la FI du côté de Caen (Calvados). Un militant qui veut défendre le programme des Insoumis... mais qui ne se retrouve pas dans le fonctionnement du mouvement, à ses yeux « antidémocratique ».

Ils sont de plus en plus nombreux à vouloir faire entendre ce cri jusque-là resté sourd. Un Collectif d'Insoumis démocrates (le CID) vient d'être créé pour donner écho aux revendications qu'une partie de la base ne parvient pas à faire entendre au « national », surnom donné aux instances dirigeantes parisiennes. « Beaucoup d'Insoumis ne sont pas satisfaits mais n'osent pas le dire », résume Marc, ingénieur en banlieue parisienne, la petite soixantaine. En cause ? Les décisions de stratégie politique qui seraient prises uniquement par Jean Luc Mélenchon et son premier cercle et qui s'imposent à tous, mais aussi la « cacophonie sur la stratégie européenne », l'interdiction d'alliances locales... « Les crises vont se multiplier, car les décisions sont prises par des gens désignés par Mélenchon et non pas élus par les militants », anticipe un référent local des Alpes-de-Haute-Provence.

La liste pour les européennes fait grincer des dents

La France insoumise revendique pourtant d'associer ses sympathisants à la vie du mouvement: tirage au sort pour participer aux prises de décisions, vote électronique sur les actions menées (campagne sur le nucléaire...) ou pour valider la liste pour les élections européennes. Des innovations démocratiques saluées par beaucoup en interne, de la « poudre aux yeux » selon d'autres.

La question des européennes a d'ailleurs fait grincer des dents cet été, les proches de Mélenchon squattant la quasi-totalité des places électives. Officiellement, le comité électoral, qui intègre des militants tirés au sort, débat collectivement de chaque candidature. « Sur des choix pas importants, tous ont voix au chapitre, mais sinon, c'est un petit nombre qui prend les décisions », assure une militante de Montreuil (SeineSaint-Denis). C'est ce qu'avait dénoncé Lilian, un jeune Insoumis membre de ce comité dans une interview à « Libération » : « Tout était verrouillé par la direction au profit de petits arrangements entre amis. »

Certaines critiques déplorent aussi une importante hémorragie des militants. « La plupart ont disparu. Pour les garder, il faut une vraie vie démocratique », martèle Jean-Pierre, référent en Charente Maritime. « A Montreuil, on se retrouve seulement entre anciens militants », regrette Magali. « On essaie d'inventer un mouvement qui ne ressemble pas à une organisation politique traditionnelle, se défend Manuel Bompard, directeur des campagnes de la FI. Le mouvement a fait la preuve de sa dimension collective, mais qu'on puisse faire mieux, c'est une évidence. » Pas ce week-end à Marseille (Bouches-duRhône) en tout cas: le nouveau CID a lancé - en vain - une pétition pour que la question de l'organisation du mouvement soit débattue à la rentrée des Insoumis.

« Le but du mouvement n'est pas d'être démocratique, mais collectif », expliquait Mélenchon à l'automne 2017. Sauf que le « collectif » réclame visiblement davantage de démocratie. « On ne veut pas juste être un fanclub de Mélenchon, souffle Christophe. Bientôt, il ne restera que les plus soumis des Insoumis. »

 


Élections européennes. Aile gauche du PS : retenez-nous ou on claque la porte, par Audrey Loussouarn

Source : L’Humanité

Jeudi 23 août 2018.
 



 

Deux représentants du courant socialiste appellent à un rejet de la ligne sociale-libérale du parti pour le scrutin de 2019. Sans quoi ils pourraient rejoindre la France insoumise.

Depuis l’élection d’Olivier Faure comme premier secrétaire du PS, en avril dernier, l’aile gauche du parti, représentée par le texte d’orientation d’Emmanuel Maurel, peine à trouver sa place. Et encore plus depuis le début des arbitrages sur les élections européennes. Dimanche, dans le Journal du dimanche, la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann a été la première à brandir ce qui s’apparente à une menace. Affirmant ne pas avoir «envie (de se) ranger derrière une candidature de Pierre Moscovici et des fossoyeurs du socialisme », elle dit ne pas « exclu(re) » de rejoindre la France insoumise pour le scrutin de 2019. « Mélenchon est d’accord pour s’ouvrir à des gens qui incarnent le socialisme historique. Il a fait un pas important», poursuit-elle. Marie-Noëlle Lienemann a «pris note » de la main tendue de la FI

Ce que confirme Emmanuel Maurel qui, lui aussi, « n’exclu(t) rien». L’eurodéputé évoque des « désaccords pas nouveaux » au PS entre le bilan de François Hollande, sur lequel « certains sont dans le déni complet », et l’Europe, avec cette « volonté de s’aligner sur les partis sociaux-démocrates qui ont pourtant contribué à faire progresser l’extrême droite ». « S’il n’y a pas de rupture sur ces deux points, ça devient compliqué. On a dit ce qu’on avait à dire pendant le congrès et on n’a pas été écouté… », nous explique-t-il, pointant « le manque de réflexion sur une stratégie unitaire» à gauche et la « spirale infernale qui consiste à espérer que Hollande vienne nous sauver».

Lors du congrès du PS, en avril dernier, seul le candidat Maurel considérait la FI comme un partenaire potentiel, ce à quoi les insoumis s’étaient dit ouverts s’il gagnait la direction du parti. Depuis, Jean-Luc Mélenchon s’est félicité de « l’ambiguïté levée» au PS à l’occasion de la motion de censure commune contre le gouvernement au moment de l’affaire Benalla. Puis, le club d’Emmanuel Maurel Nos causes communes, initié après le congrès pour s’offrir un espace politique et créer une « passerelle» à gauche, a inclus Jean-Luc Mélenchon, auprès d’autres personnalités de gauche, dans un débat sur « la souveraineté populaire face au marché», précédant les discours de clôture de ses universités de rentrée… à Marseille. Idem côté université d’été de la France insoumise, où se rendront les socialistes Dominique Potier et Boris Vallaud. Une «sorte d’inflexion» à l’égard du PS, que relevait le député PS Luc Carvounas.
L’idée de Jean-Luc Mélenchon, défendue le 26 mai par le biais de Libération, d’« ouvr(ir) un dialogue » et de créer un nouveau « front populaire », a aussi été entendue. Marie-Noëlle Lienemann a « pris note» de cette main tendue, qui rompt avec la relation passée avec le PS. « L’unité à gauche ne peut pas se faire sans la France insoumise, qui est un pôle important à gauche depuis son score à la présidentielle. Si le PS continue de se dissoudre dans le social-libéralisme, la question se posera. On ne peut en tout cas pas soutenir une ligne pareille.» Même si, elle l’assure, rien n’est « organisé» et qu’« il ne s’agit pas de rejoindre» à terme la FI.

Laurent Baumel, lui, rejette l’idée de « pousser les feux jusqu’à une alliance avec Mélenchon, sachant que c’est loin d’être une perspective scellée». Cet autre signataire du texte de Maurel y voit plutôt « des escarmouches de rentrée politique», loin d’« actes politiques» : « Chacun se positionne et met en garde sur les lignes rouges à ne pas franchir si on veut rester ensemble.» Et l’ex-député d’analyser : « Pour l’heure, rien ne se dessine et personne n’est satisfait. C’est lié en partie à un premier secrétaire qui ne tranche pas clairement et ne définit pas un axe.»

 


Afrique du Sud. Le mouvement de la classe laborieuse doit être indépendant! (1) Par South African Federation of Trade Unions (SAFTU)

Source: http://alencontre.org/laune/afrique-du-sud-le-mouvement-de-la-classe-laborieuse-doit-etre-independant-i.html


 

Un nouveau chapitre dans l’histoire de la classe laborieuse d’Afrique du Sud s’est ouvert à Soweto les 21 et 22 juillet 2018. Au cours de ces deux jours, 1000 délégués représentant plus de 147 formations de la classe laborieuse se sont réunis pour unifier les luttes sur les lieux de travail et dans les communautés.

Cette rencontre représente une immense avancée, jetant les fondations de la construction d’un nouveau mouvement de masse de la classe laborieuse, indépendant, démocratique et militant, permettant de battre en brèche les attaques contre les emplois et les conditions d’existence, lesquelles plongent de plus en plus d’Africains du Sud dans la pauvreté et le désespoir.

Cette assemblée de la classe laborieuse, des pauvres des zones rurales, des opprimé·e·s et des marginalisé·e·s a rassemblé des formations qui ne s’étaient jamais retrouvées sous le même toit dans le passé. La rencontre de 147 formations de la classe laborieuse, sur une base égalitaire et de respect mutuel dans la recherche d’un dénominateur commun, était historique et sans précédent.

Le Working Class Summit (WCS-Sommet de la classe laborieuse) a été caractérisé par un engagement d’unification des formations de la classe laborieuse, des travailleurs ayant un emploi comme ceux au chômage, actifs dans le secteur informel ou dans des emplois plus stables, les étudiant·e·s et les sans-terre, les sans-abri ainsi que ceux et celles qui combattent la crise de l’eau, le fléau de la violence contre les femmes et les enfants, autour de campagnes de masse en faveur d’une lutte pour une société réellement libre, juste, démocratique et égalitaire.

Ainsi que l’a déclaré le président de la SAFTU [Fédération des syndicats d’Afrique du Sud], Mac Chavalala, lors de son vibrant discours d’ouverture:

«En tant que classe laborieuse, notre statut a été méprisé pour bien trop longtemps. Nous ne sommes pas ici pour gémir mais pour annoncer un programme radical et révolutionnaire qui nous unira autour de revendications communes ainsi qu’autour d’un programme de mobilisation de masse.

A ceux qui veulent maintenir le statu quo, notre avertissement est simple: la récréation est terminée! A partir de maintenant, nous allons vous défier dans les rues et dans les salles de direction.»

Le capitalisme est l’origine commune de notre misère

Le Working Class Summit a non seulement approuvé les principes communs et liant chacun, tels que l’antiracisme, l’anti-sexisme, la lutte contre le patriarcat ainsi que le rejet de la xénophobie, il est aussi tombé unanimement d’accord sur le fait que le capitalisme constitue l’origine commune de la misère dont souffre la majorité.

L’accord était unanime quant à la nécessité pour le mouvement de la classe laborieuse d’être indépendant et d’adopter une approche démocratique du bas vers le haut.

En conséquence, le Working Class Summit a décidé de bâtir un pouvoir de la classe laborieuse dans chaque lieu de travail, dans chaque communauté ainsi que de la société plus en général afin de défaire la logique de l’accumulation capitaliste qui non seulement paupérise les travailleurs dans l’ensemble du continent mais qui est aussi la cause des inégalités les plus étendues ainsi que de la pauvreté la plus profonde qui n’a jamais été enregistrée dans toute l’histoire de l’humanité.

Il a été décidé de convoquer à des assemblées de la classe laborieuse dans tout le pays, dans les villes, les villages, les usines et les fermes, les townships et les quartiers informels afin de délibérer sur la meilleure manière d’unifier les luttes des pauvres. L’Afrique du Sud est la capitale mondiale des protestations, mais ces luttes ont eu tendance à rester localisées et les mouvements fragmentés. Un appel spécial a été lancé pour que les syndicalistes s’engagent dans ces luttes car ils sont membres de communautés avant d’être syndicalistes. De cette façon, les fondations de l’unité cruciale pour la clase laborieuse pourront être jetées.

Le Working Class Summit reconnaît que la crise du système, dont les pauvres et les membres de la classe laborieuse sont les principales victimes, trouve son origine dans le capitalisme ainsi que dans les politiques mises en place par les gouvernements de l’ANC depuis 1994. La classe laborieuse et les pauvres n’ont aucune représentation au sein du gouvernement. Pour les élections de 2019, nous devons présenter des alternatives aux partis existants qui gouvernent au nom de la classe dominante. La classe laborieuse et les pauvres ont besoin de leurs propres représentants.

Le Sommet s’est organisé en plusieurs commissions, qui ont débattu des principales questions affectant la vie de la majorité de notre peuple; il a adopté un programme permettant de faire avancer les luttes.

Les directions de l’ensemble des 147 formations qui ont participé au Working Class Summit se réuniront prochainement pour finaliser un programme qui permettra la mise en œuvre des décisions du Sommet.

Pour lire le détail programmatique de la plate forme adoptée, cliquer sur l'adresse du site de A l'encontre:

http://alencontre.org/laune/afrique-du-sud-le-mouvement-de-la-classe-laborieuse-doit-etre-independant-i.html

 


Tchécoslovaquie de l'invasion à la « normalisation » par Jean-Jacques Marie

Source : La Tribune des Travailleurs (POID)

22 août 2018


 

Dans la nuit du 20 au 21 août 1968, un demi-million de soldats des armées du pacte de Varsovie, surtout des soldats soviétiques, entrent en Tchécoslovaquie (1). Ils se heurtent aussitôt à une immense résistance passive qui va du déplacement des panneaux indicateurs pour dérouter les envahisseurs jusqu'à l'utilisation du réseau radio mis en place... pour faire face à une invasion des « revanchards de Bonn »... jusqu'à l'assaut pacifique des soldats soviétiques et des° équipages de chars pour discuter avec eux. L’apprentissage obligatoire du russe imposé aux élèves depuis 1948 se retourne ainsi contre le Kremlin.

Cette massive résistance qui pousse même des membres de l'appareil dits conservateurs ou hésitants à se rallier ou à feindre de se rallier à l'invasion paralyse la mise en œuvre du plan initial du Kremlin qui reproduisait à peu près celui de 1956 en Hongrie : après avoir arrêté Dubcek, premier secrétaire du Parti communiste tchécoslovaque, et les principaux dirigeants du pays, proclamer un « gouvernement ouvrier et paysan » formé de dirigeants dociles. Ainsi, le Kremlin, en novembre 1956, avait destitué Imre Nagy, arrêté son gouvernement, qu'il avait remplacés par Jânos Kadar et une équipe de staliniens « modérés ». Cette résistance prend un contenu révolutionnaire le 22 août. Ce jour-là, le comité de Prague du Parti communiste convoque en séance extraordinaire le XIVe Congrès du parti, initialement prévu pour le 9 septembre, dans l'usine métallurgique CKD de Prague, sous la protection des milices ouvrières. Le congrès réunit 1290 délégués sur les 1 543 délégués élus... dont certains ont été arrêtés par les envahisseurs. Il réclame la libération immédiate des dirigeants arrêtés, le rétablissement immédiat de toutes les libertés et adopte un appel qui proclame : « Nous ne reconnaissons pas l'occupation. Nous exigeons le retrait des troupes étrangères. La grève générale, notre arme ! »

Après avoir élu un nouveau comité central, au vote à bulletin secret parmi de nombreux candidats, selon la tradition bolchevique, le congrès défie l'occupant en réélisant Dubcek secrétaire général et en déclarant qu'il déclenchera la grève générale dès le 23 juillet à midi « si des pourparlers ne s'ouvrent pas dans les vingt-quatre heures avec les autorités régulières du parti et de l'État [c'est-à-dire Dubcek et les autres dirigeants arrêtés] en vue du départ des troupes étrangères » (2).

En URSS, où la Pravda se déchaîne contre le XIVe Congrès extraordinaire, une partie de la population rejette l'invasion. Les dissidents soviétiques avaient traduit et diffusé, certes de façon modeste, les 2000 Mots (3). Mais la réaction face à l'invasion est vigoureuse Le dissident soviétique Leonid Pliouchtch à Kiev écrit dans ses souvenirs : « Dans les rues, des gens que l'on ne connaissait que vaguement vous abordaient pour lâcher des phrases pleines de haine et de fureur » (4) contre les envahisseurs. Même le poète semi-officiel Evtouchenko envoie un télégramme au comité central pour protester.

Le 25 août, sept dissidents soviétiques manifestent sur la place Rouge en brandissant des pancartes contre l'invasion. Des agents du KGB les arrêtent, les tabassent et les embarquent. Sept, c'est certes peu... et leur manifestation ne dure qu'une dizaine de minutes, mais c'est le reflet apparemment modeste d'un mouvement plus profond. Ainsi, Pliouchtch évoque les réactions de certains des habitants de Kiev, voyant des colonnes de blindés se diriger vers la Roumanie, dénoncée depuis plusieurs jours dans la presse et peut-être menacée d'invasion. « L'idée jaillit alors dans la tête de certains habitants de Kiev de s'engager comme volontaires dans l'armée soviétique pour déserter ensuite et se ranger aux côtés des Roumains en cas de déclenchement des hostilités. Idée bien naïve... » (5). Certes, mais le KGB suit de près toute manifestation d'une opposition dangereuse. Ainsi, les 1er et 2 septembre, il arrête à Leningrad quatre personnes coupables d'avoir rédigé une lettre de protestation contre l'invasion.

Le 21 août, Anatoli Martchenko, auteur d'une lettre de soutien aux communistes tchécoslovaques le 22 juillet, est condamné à un an de prison... pour infraction (très douteuse!) au régime des passeports. Pas question d'évoquer la Tchécoslovaquie !

Cinq des sept manifestants du 25 août seront jugés du 9 au 11 octobre (sauf Natalia Gorbanevskaïa, mère de deux enfants, déclarée irresponsable, et Victor Feinberg, pas présentable avec sa mâchoire défoncée par le KGB parce que juif et expédié en hôpital psychiatrique). Le KGB alerte les voisins du tribunal : les accusés sont des trafiquants de devises. Pas question d'évoquer leur protestation contre l'invasion de la Tchécoslovaquie. Trop risqué ! Ils sont condamnés à des peines de deux ans et demi à cinq ans de déportation. Le PC chinois, qui avait approuvé l'écrasement de la révolution hongroise en 1956, condamne l'invasion.

Confronté à une résistance massive qu'il ne peut vaincre sans un bain de sang politiquement très coûteux, nationalement et internationalement, et qui contraint ceux que l'on appelle « les réalistes raisonnables » à ne pas cautionner publiquement l'invasion, le Kremlin modifie sa tactique. Pierre Broué la résume fort bien en quelques lignes : le 25 août, « les dirigeants du Kremlin se décident à sortir des cellules où ils les avaient jetés, menottes aux poignets, hâves, hirsutes, incapables de se tenir debout, comme Kriegel, ces "conciliateurs" qu'ils traitaient, la veille encore, de complices des contrerévolutionnaires, et à les conduire dans les grands salons du Kremlin pour leur demander de faire ce qu'ils étaient les seuls à pouvoir faire : élever, une fois de plus, par leur personne, par leur prestige et leur autorité un rempart qui protégerait l'appareil contre les masses et imposer à ces dernières ce qu'on allait appeler la normalisation » (6).

Normalisation. Le terme est volontairement ambigu : pour la masse du peuple tchécoslovaque, il signifie le retour à la situation normale à la veille de l'invasion. Pour le Kremlin, il s'agit d'imposer le retour à la situation d'avant le printemps 1968, ce qui signifie en particulier l'annulation du XIVème Congrès extraordinaire. Quelles qu'aient été les motivations personnelles de Dubcek et de ses camarades, ces derniers, réinstallés à leurs postes de direction, s'engagent à appliquer l'accord qui leur a été imposé à Moscou, certes en louvoyant et en rusant. Une fois l'accord appliqué au bout de longs mois et la mobilisation des masses ainsi peu à peu étouffée, le Kremlin évincera l'équipe de Dubcek et en installera une nouvelle, présidée par Gustav Husak, ancienne victime des procès staliniens et promu normalisateur en chef.

Notes :

 (1) Un historien soviétique m'avait déclaré en 1990 que Brejnev, voulant éviter tout rappel historique fâcheux dans un pays découpé puis envahi en 1938 et 1939 par la Wehrmacht, aurait invité l'état-major soviétique à faire en sorte que les chars de l'armée est-allemande s'égarent dans les forêts avant la frontière. Vrai ou faux ? En tout cas, les témoins n'évoquent que des chars « soviétiques ».
(2) Le Congrès clandestin. Protocole secret et documents du XIVe Congrès extraordinaire du PC tchécoslovaque, pages 131 et 135.
(3) Texte, suivi d'une centaine de signatures, relativement modéré, mais mettant au centre la question de l'appareil lui-même. Voir La Tribune des travailleurs, 1er août 2018.
(4) Leonid Pliouchtch, Dans le carnaval de l'histoire, page 181.
(5) Ibidem.
(6) Pierre Broué, Le Printemps des peuples commence à Prague, page 121.

 


Les cinéastes tchèques et slovaques demandent la libération d'Oleg Sentsov, Collectif
 
Samedi 25 Août 2018

Source : https://www.ukrinform.fr/rubric-sushchenko/2524486-les-cineastes-tcheques-et-slovaques-demandent-la-liberation-de-sentsov.html


 

Plus d'une centaine de cinéastes renommés de Slovaquie et de Tchéquie ont signé une lettre d'appel aux autorités slovaques en appelant à prendre des mesures urgentes pour la libération d'Oleg Sentsov.
 
« Nous vous demandons, en tant que représentants des autorités slovaques, d’exhorter la Fédération de Russie à libérer immédiatement Oleg Sentsov car sa vie est en danger, d'exhorter la Fédération de Russie à libérer tous les prisonniers politiques ukrainiens, en particulier ceux qui ont déclaré une grève de la faim, et d’exhorter la Fédération de Russie à respecter les droits de toutes les personnes, sans oublier les ukrainiens et les tatars de Crimée », peut-on lire dans la lettre.
 
Les cinéastes slovaques soulignent que « la mort d’Oleg Sentsov conduirait à une perte de confiance dans la démocratie pour des milliers de personnes » et que « de telles violations du droit international par la Fédération de Russie au vingt et unième siècle sont inacceptables ».
 
La lettre a été envoyée au président slovaque Andrej Kiska, au président du conseil du peuple Andrej Danko et au ministre slovaque des affaires étrangères Miroslav Lajcak. L'appel a déjà été signé par plus d’une centaine de cinéastes et la campagne se poursuit.

 


 

« l’exercice de la violence physique contre des opposants politiques sans mandat légal, ou avec le soutien implicite des institutions, est un des traits marquants du fascisme ».par Nicolas Offenstadt.

 


 

Sahra Wagenknecht

Quand Jean Luc Mélenchon donne des idées à la droite de Die Linke pour constituer un courant populiste

Le projet de Wagenknecht, un nouveau mouvement ? par Manuel Kellner

Source : Imprekor, http://www.inprecor.fr/article-Allemagne-Le%20projet%20de%20Wagenknecht,%20un%20nouveau%20mouvement%C2%A0%20%20?id=2155

Manuel Kellner, membre de l’Internationale Sozialistische Organisation (ISO, section allemande de la IVe Internationale), est rédacteur du mensuel Sozialistische Zeitung (SoZ).



Porte-parole au Bundestag (avec Dietmar Bartsch) du parti Die Linke (La Gauche), Sahra Wagenknecht vient de la gauche anticapitaliste du parti et a longtemps été sa représentante la plus populaire. Avec son époux Oskar Lafontaine – tous les deux très médiatisés – ils animent depuis un certain temps un regroupement informel « Team Sahra », auquel on peut adhérer par internet et qui argumente pour la création d’un nouveau mouvement politique à l’image de La France insoumise (FI) de Jean-Luc Mélenchon. Ils annoncent que ce mouvement sera lancé en septembre 2018, non en concurrence avec le parti Die Linke, mais pour faire pression sur les autres partis dans le sens d’une politique plus sociale.

Certaines positions développées par Wagenknecht et Lafontaine se situent à la droite non seulement de l’aile anticapitaliste du parti, mais aussi de son programme officiel. L’ennemi désigné n’est plus le capitalisme tout court, mais le capitalisme néolibéral débridé. Les « frontières ouvertes » sont désignées comme un projet de la bourgeoisie néolibérale pour exacerber la concurrence au sein de celles et ceux d’en bas et pour affaiblir ainsi le salariat et faire baisser les salaires réels. La défense des acquis démocratiques passe par la défense de la souveraineté des États-nations contre l’Union européenne et les projets – par exemple celui de Macron – de renforcer l’intégration européenne en son sein. En gros, le projet de Wagenknecht et Lafontaine vise à affaiblir l’extrême droite, à contrer l’essor électoral de l’AfD et à gagner des couches de salariés et de laissés-pour-compte allemands qui, mécontents du Parti social-démocrate (SPD) et attirés par la démagogie de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD, extrême droite), ne se retrouvent pas dans les positions de Die Linke. D’après Wagenknecht et Lafontaine, Die Linke ignore trop leur crainte d’être en concurrence, défavorable, avec les immigrés.

Dans son récent entretien sur Mediapart (1), Sahra Wagenknecht explique (à juste titre) que le projet traditionnellement lié à la droite « gouvernementaliste » de Die Linke n’est plus réaliste : « Ce projet d’union des gauches n’est actuellement pas majoritaire. Le SPD se trouve actuellement à 17 % des intentions de vote et, bien qu’étant toujours au gouvernement, il pourrait connaître un déclin rapide. Par ailleurs, le SPD d’aujourd’hui s’est énormément éloigné des positions traditionnelles de la social-démocratie. Il en est à sa troisième “grande coalition” avec l’union conservatrice de Merkel. »

La terrible crise électorale du SPD est liée au fait que ce parti n’a jamais rompu avec l’Agenda 2010 et ses contre-réformes féroces. C’est ce qui motive, d’après Sahra Wagenknecht, le projet de lancer un nouveau mouvement large centré sur les thèmes sociaux : « Avant cela, les sociaux-démocrates ont réalisé les réformes libérales de l’Agenda 2010 de Gerhard Schröder, qui représente le contraire d’une politique d’égalité et de protection sociales. Cela a abouti à la création d’un énorme secteur de bas salaires en Allemagne, qui provoque à son tour une énorme insécurité sociale. Toutes ces choses n’ont rien à voir avec notre programme politique. C’est pour cela que nous sommes en train de préparer le lancement d’un grand mouvement populaire, ouvert à toutes les bonnes volontés de gauche. Il doit rassembler tous ceux qui croient encore à certains éléments d’une politique sociale-démocrate classique. »

Sahra Wagenknecht ne veut pas, dit-elle, de retour au début des années 1970. Mais ce qu’elle oppose au néolibéralisme et capitalisme débridé, c’est surtout un État-providence, national, avec plus de sécurité sociale et plus de protection contre les mauvais effets de la mondialisation capitaliste. La solidarité internationale des salariés et des opprimés ne joue presque aucun rôle dans son discours politique. Pour elle, c’est l’État qui doit protéger les gens, et surtout les plus défavorisés :
« Je veux dire par là que nous voulons promouvoir les valeurs d’un État plus social, des salaires plus élevés et plus justes, une politique étrangère européenne autonome, une politique de désarmement, etc. Il ne s’agit bien sûr pas de revenir au programme social-démocrate des années 1970. Le monde a évolué et il faut moderniser. Sur les retraites, par exemple, il ne s’agit pas de rafistoler le vieux système, mais de créer un nouveau système d’assurance où tout le monde cotiserait, du fonctionnaire jusqu’à l’indépendant, et pas seulement le salarié comme aujourd’hui.

Il s’agit de proposer un programme où l’État protège les gens d’un capitalisme débridé, d’une mondialisation pilotée par les multinationales et d’une concurrence aiguisée par le dumping social. Nous voulons rebâtir un État qui fasse une politique active pour la moitié la moins favorisée de la population et pour ceux qui sont les perdants de la donne actuelle. »

Les membres et les courants de Die Linke qui soutiennent la démarche de Sahra Wagenknecht et d’Oskar Lafontaine ne sont pas très nombreux. Il n’est par ailleurs pas dit clairement le nombre de réponses positives à l’appel qui sera suffisant pour créer le nouveau mouvement en septembre.

Les critiques au projet dans le débat au sein de Die Linke, formulées de manière tranchante surtout par Antikapitalistische Linke (2), se situent à trois différents niveaux d’argumentation :

• Premièrement, Wagenknecht et Lafontaine ne soumettent pas leurs positions aux instances de Die Linke, à leurs discussions et décisions. En effet, Sahra Wagenknecht s’appuie sur sa popularité personnelle, sur sa présence dans les médias et sur ses supporters politiques personnels pour court-circuiter toute controverse sur sa démarche dans son propre parti. La dynamique polarisante de sa démarche dans le parti semble liée à la rivalité avec les deux porte-parole du parti, Katja Kipping et Bernd Riexinger.

• Deuxièmement, Wagenknecht et Lafontaine s’adaptent trop au discours de l’AfD et du « populisme de droite » en rejetant des revendications comme les « frontières ouvertes » par peur de perdre la possibilité d’influencer politiquement les Allemands défavorisés.

• Troisièmement, il y a la crainte, et pas seulement à l’aile gauche du parti, que le lancement du nouveau mouvement nuise à Die Linke. Comme Wagenknecht et Lafontaine ne cessent de répéter que La France insoumise de Mélenchon leur sert d’exemple, cette peur est bien compréhensible, car la FI s’est construite sur les cendres non seulement du Front de gauche, mais aussi du Parti de gauche français.

L’argument de Sahra Wagenknecht selon lequel Die Linke n’a pas pu – jusqu’à maintenant – bien profiter de la crise électorale du SPD est néanmoins fondé : « La principale alternative que l’on m’oppose, c’est que tous ceux qui sont mécontents de la situation ont juste à rejoindre Die Linke. Magnifique ! Mais cela ne fonctionne pas. Cela fait des années que nous espérons que les électeurs du SPD qui sont déçus viennent nous rejoindre. Mais la réalité, c’est que depuis 1998, le SPD a perdu plus de 10 millions d’électeurs. Et nous en avons gagné 2 millions. Il y a donc au moins 8 millions d’électeurs qui ne sont pas venus chez nous. »

À la question « la crainte de créer un parti concurrent à Die Linke n’est-elle pas justifiée ? », Sahra Wagenknecht répond de manière dissuasive : « Non. Créer un parti ne me paraît pas être une étape obligatoire. L’objectif du mouvement est de faire pression sur les partis pour les obliger, le SPD en premier lieu, à faire une politique plus sociale. » Mais alors, le bon exemple de la FI de Mélenchon ne serait donc pas à suivre ? Tout cela n’est pas facile à comprendre.

De toute façon, il me semble y avoir un lien entre l’orientation – si l’on veut « populiste de gauche » – et les formes d’organisations de la FI et du mouvement qu’Oskar et Sahra veulent lancer : les gens « normaux » peuvent y adhérer, ils peuvent venir applaudir, mais ils ne peuvent pas participer à élaborer les positions et à préparer les initiatives. Dans ce beau nouveau monde, ce sont les tribuns qui font tout et qui décident de tout.

Pour le contenu, il faut prendre au sérieux l’argument de la concurrence et des inquiétudes populaires avancé par Wagenknecht : « Ainsi, les réfugiés, qui eux aussi sont pauvres, cherchent des appartements sociaux, donc dans des quartiers modestes, voire défavorisés. Or l’Allemagne manque cruellement de logements sociaux, car le gouvernement a préféré suivre une politique d’austérité. La concurrence sur le logement se renforce au fur et à mesure que l’on fait venir des réfugiés. La situation s’est aussi dégradée dans de nombreuses écoles pas vraiment situées dans les beaux quartiers et qui avaient déjà de gros problèmes avant 2015. Enfin, dans le secteur des bas salaires, là où justement on emploie des gens peu qualifiés, la concurrence est devenue féroce. (…) Je pense qu’actuellement, et pour un certain temps encore, la démocratie ne pourra bien fonctionner que dans le cadre des États-nations. »

À l’argumentation de la concurrence, il ne sert à rien d’opposer une attitude purement humanitaire et moralisante, qui s’en fiche des réalités et des sentiments des couches populaires défavorisées. Il est clair que la revendication des « frontières ouvertes » ne résout pas tous les problèmes. Elle doit faire partie d’un ensemble de revendications transitoires incluant des salaires minimums et des minimas sociaux suffisants, un système d’impôt qui fait payer les riches, une diminution radicale du temps de travail sans perte de salaire et avec embauche proportionnelle, etc.

Mais surtout, à l’argument de la concurrence, on ne peut pas opposer un « intérêt de classe prolétarien » purement national… qui est totalement fictif. Les intérêts de classe réels ne s’articulent que par l’action solidaire commune internationale pour les mêmes objectifs, que ce soit au niveau européen ou au niveau mondial.

Notes

1. Les citations de Sahra Wagenknecht sont tirées de son entretien avec Thomas Schnee, « L’Allemande Sahra Wagenknecht dévoile les contours de son futur mouvement, inspiré des Insoumis », paru le 31 mai 2018 dans Mediapart : https://www.mediapart.fr/journal/international/310518/l-allemande-sahra-wagenknecht-devoile-les-contours-de-son-futur-mouvement-inspire-des-insoumis

2. La Gauche anticapitaliste, un courant organisé au sein du parti.

 


1968 en Tchécoslovaquie : l’été des Deux mille mots, par Karel Kostal

Vendredi 10 août 2018.



Je souhaite partager ma lecture de l’été 1968. Nos plus grands espoirs socialistes. Je laisse au lecteur la découverte. Pas de préface. Comme put l’écrire Aragon, « rien n’est plus stupide, à ceux qui vont lire un roman que de leur en raconter l’histoire. »

Juste un petit rappel historique, car c’était hier.

Printemps de Prague 5 janvier au 21 août 1968

Juillet-août 1968 : les communistes tchécoslovaques discutent pour leur XIV congrès extraordinaire la "rupture de leur parti avec son passé stalinien" (par Karel Kostal)

Le 27 juin 1968, Literarni Listy, l’hebdomadaire de l’Union des écrivains, publiait « Deux mille mots qui appartiennent aux ouvriers, aux paysans, aux employés, aux artistes, et à tous », le premier manifeste politique spontané de toute l’histoire de la Tchécoslovaquie socialiste. Avec une centaine de signatures, toutes communistes, de personnalités appartenant à différents secteurs de la société tchécoslovaque, artistes, acteurs, savants, universitaire comme le recteur de l’Université Charles Oldrich Stary, et le philosophe Karel Kosik, dix ouvriers syndicalistes, sportifs comme Emil Zatopek et sa compagne. Le texte sera repris par Student, l’hebdomadaire de l’Union des étudiants, Mlada Fronta, le quotidien des Jeunesses communistes, Prace, l’Union des syndicats, Zemedelske Noviny, le quotidien des coopératives agricoles, plusieurs journaux de province, peu de temps après par Rude Pravo, le quotidien du PCT et Obrana Lidu, le quotidien de l’armée.

L’été 1968, Prague est un camp retranché, la population lit... Dans les cafés, dans les rues, dans les parcs, dans les jardins publics, sur les lieux de travail. La presse de Moscou dénonce « le manifeste de la réaction et de la contre-révolution : deux mille mots », les observateurs étrangers signalent plusieurs milliers de chars de combats soviétiques massés à nos frontières, en somme deux ou trois chars de trente tonnes pour chaque mot.

La traduction française du manifeste des Deux mille mots sera publiée dans le Monde du 25 juillet 1968.

Quand, en septembre 1968, j’arrivai en France, j’eus une surprise. Dès le début de mon exil, j’avais pris connaissance de textes de la Quatrième internationale, et dès ma première rencontre politique j’apprenais que ses militants avaient la connaissance approfondie du Printemps de Prague en général et du manifeste en particulier. Je n’étais plus un étranger dans ce pays.

Il ne m’a plus quitté depuis lors le souvenir de cette fraîcheur des discussions de cet après-mai automnal.

J’utilise la traduction dans Pierre Broué « Le printemps des peuples commence à Prague », et dans Pierre Daix, Prague au cœur, Julliard, 1968.

Si je pouvais remonter le temps aujourd’hui, je saurais …

Voici le cœur de ce manifeste.


Extraits du Manifeste des 2000 mots

…Le Parti communiste qui, après la guerre, avait la confiance du peuple, la troqua peu à peu contre les places, jusqu’à les obtenir toutes et n’avoir rien d’autre. Il faut le dire tout net, et ceux parmi nous qui sont communistes, le savent bien, eux dont la déception devant les résultats est aussi grande que la déception des autres. Une ligne directrice erronée a fait du Parti, qui était une formation politique et communauté idéologique, une organisation du pouvoir pleine d’attraits pour les égoïstes avides de dominer, les lâches calculateurs et les mauvaises consciences. Leur marée montante a affecté la qualité et le comportement du Parti. Son organisation interne ne permettait pas à des gens honnêtes d’y prendre de l’influence sans intrigues honteuses et d’y opérer sans heurts les transformations qui assureraient son adaptation constante au monde moderne. Beaucoup de communistes ont lutté contre cette décadence, mais ils n’ont rien pu empêcher de ce qui est arrivé.

Les conditions dans le Parti communiste ont été le modèle et la cause d’une situation identique dans l’État. La jonction du Parti et de l’État lui a fait perdre l’avantage d’avoir un recul par rapport au pouvoir exécutif. L’activité de l’État et des organismes économiques fut à l’abri de la critique. Le Parlement désapprit à débattre, le gouvernement à gouverner, les dirigeants à diriger. Les élections perdirent leur sens et les lois leur poids. Nous ne pouvions faire confiance à nos représentants dans aucun organe. Ou, si nous pouvions leur faire confiance, nous ne pouvions rien leur demander, car ils ne pouvaient rien obtenir. Pis encore, nous ne pouvions plus guère avoir confiance les uns dans les autres. L’honneur personnel et collectif périclitait. L’honnêteté ne menait à rien, et on parlait même plus d’une appréciation selon les compétences. C’est pourquoi la plupart des gens perdit tout intérêt pour les affaires publiques pour ne s’occuper que de soi ou d’argent. Mais en même temps, à ces mauvaises conditions appartient le fait qu’on peut même plus faire confiance à l’argent. Les rapports entre les gens se sont corrompus. La joie du travail accompli s’est perdue. Bref, la santé morale de la nation, son caractère étaient menacés…

… Depuis le début de cette année, nous sommes dans un processus de rénovation démocratique. Il s’est tout d’abord manifesté dans le Parti communiste. Nous devons le dire ainsi, car tout le monde le sait, y compris les non communistes qui’ n’attendaient plus rien de bon de ce côté. Il convient d’ajouter que ce processus ne pouvait commencer ailleurs. Car seuls les communistes ont pu, pendant vingt ans, vivre une sorte de vie politique. Seule la critique communiste était au fait des choses là où elle se faisait. Seule l’opposition dans le Parti communiste avait le privilège d’être en contact avec l’adversaire. C’est pour cela même que l’initiative et les efforts des communistes démocrates ne sont que le remboursement d’une dette que l’ensemble du Parti a contractée envers les non communistes qu’il maintenait en position d’inégalité. Nous ne devons donc aucun remerciement au Parti communiste. Nous devons seulement lui reconnaître qu’il s’efforce honnêtement d’utiliser cette dernière chance de sauver son honneur et celui de la nation…

… Nous nous adressons à vous en ce moment d’espoir, sur lesquels planent pourtant encore des menaces. Il a fallu plusieurs mois avant que certains d’entre nous puissent croire qu’ils pourraient parler et certains d’entre nous ne le croient pas encore. Mais nous en avons déjà tellement dit et nous nous sommes si bien découverts qu’il ne nous reste qu’une seule solution : concrétiser notre intention de rendre ce régime humain. Sinon, la revanche des anciennes forces sera implacable. Nous nous adressons surtout à ceux qui sont restés dans l’attentisme. Les jours à venir seront décisifs pour de nombreuses années…

…En fin de compte, la qualité pratique de notre démocratie future se jugera dans les entreprises et avec les entreprises, car, en dépit de toutes nos discussions, ce sont les économistes qui ont le dernier mot. De bons économistes qu’il faut rechercher et imposer. Il est vrai que, par comparaison avec les pays les plus avancés, nous sommes tous plus mal payés les uns que les autres. Nous pouvons sans doute demander plus d’argent – c’est si facile d’imprimer des billets et donc de les dévaluer, mais il vaut mieux demander aux directeurs et aux responsables ce qu’ils veulent produire et à quel prix de revient, et ce qu’ils veulent vendre, à qui et avec quel bénéfice. Quelle part du profit sera investie dans la modernisation de la production et quelle part pourra être distribuée. Dans la presse, des titres qui paraissent ennuyés couvrent les échos d’une lutte acharnée entre la démocratie et les pots de vin. Les ouvriers peuvent y intervenir en tant que producteurs, par le choix de ceux qu’ils éliront dans les conseils de gestion et les comités d’entreprise. En tant que salariés, ils prendront le mieux en main leurs affaires en déléguant comme représentants dans les organisations syndicales leurs dirigeants naturels compétents et honnêtes, sans considération de leur appartenance politique.

S’il est impossible d’attendre plus du côté des organes politique centraux sous leur forme actuelle, il est nécessaire d’obtenir beaucoup plus sur le plan des districts et des communes. Nous exigeons le départ de tous ceux qui ont abusé de leur pouvoir et dilapidé les deniers de la nation, qui se sont distingués par leur malhonnêteté et leur brutalité. Il faut inventer des méthodes pour les obliger à partir, par exemple, la critique publique, des résolutions, des manifestations, des brigades du zèle, des grèves, des collectes de dons pour leur retraite, la mise à l’index. Il faut cependant rejeter les méthodes illégales, incorrectes ou grossières qui leur serviraient de prétexte pour influencer Alexander Dubcek. Notre répugnance devant les lettres d’insultes devrait être si notoire que, s’ils en reçoivent de nouvelles, on puisse dire qu’ils se sont fait adresser à eux-mêmes de telles lettres.

Réactivons le Front national. Exigeons que les comités locaux siègent en séance publique. Sur les questions à quoi personnes ne comprend rien, constituons nos propres comités et commissions. C’est très simples : quelques personnes se réunissent, élisent leur président, tiennent régulièrement procès-verbal, rédigent leurs doléances et réclament des solutions sans se laisser intimider. La presse régionale et locale qui a le plus souvent dégénéré en porte-voix officiel doit se transformer en une tribune de toutes les forces politiques de progrès. Demandons l’instauration de comités de rédaction avec les représentants du Front national, ou bien fondons de nouveaux journaux. Créons partout des comités de défense de la liberté d’expression. Organisons notre propre service d’ordre pour nos différentes réunions. Lorsque des nouvelles bizarres nous parviennent, il faut les vérifier, envoyer une délégation auprès des autorités compétentes et rendre leurs réponses publiques., au besoin en les affichant. Soutenons les organes de la Sécurité lorsqu’ils traquent les vrais criminels, car nous ne désirons pas créer l’anarchie ni une atmosphère d’incertitude. Evitons les querelles entre voisins, ne nous saoulons pas dans les réunions politiques, démasquons les mouchards.

Pendant l’été, les déplacements plus nombreux à travers le pays vont provoquer un regain d’intérêt pour la réorganisation des rapports constitutionnels entre Tchèques et Slovaques. Nous considérons, pour notre part, la fédération comme le moyen de résoudre la question des nationalités. A part cela, elle n ‘est qu’une des mesures importantes pour démocratiser la situation. En effet, à elle seule, elle n’assurera pas une vie meilleure aux Slovaques, et la question du régime – que ce soit chez les Tchèques ou chez les Slovaques – ne s’en trouvera pas résolue. Rien n’empêche que le gouvernement de la bureaucratie du Parti et de l’État règne d’autant mieux en Slovaquie que cette dernière pourra se vanter d’avoir arraché une plus grande liberté.

L’éventualité d’une intervention des forces étrangères dans notre évolution intérieure a été ces derniers temps une grande source d’inquiétude. Face à toutes ces forces supérieures en nombre, il nous reste qu’à tenir bon, fermement et poliment et à éviter les provocations. Nous pouvons assurer notre gouvernement que nous le soutiendrons s’il faut par les armes, aussi longtemps qu’il fera la politique pour laquelle nous l’avons mandaté. Pour ce qui est de nos alliés, nous pouvons les assurer que nous honorerons nos traités d’amitié, d’alliance et de coopération économique. Des reproches véhéments et des soupçons non justifiés ne feraient que rendre plus difficile la position de notre gouvernement, sans pour autant nous avancer en quoi que ce soit. De toute manière, nous n’aurons des rapports internationaux d’égalité que si nous parvenons à améliorer notre situation intérieure et à pousser notre processus de rénovation assez loin pour pouvoir élire ensuite des hommes d’Etat doués d’assez de courage, d’honneur et de sagesse politique pour institutionnaliser et sauvegarder de tels rapports. C’est d’ailleurs un problème commun à tous les gouvernements des petits pays…

 


Brésil: la démocratie c’est Lula Candidat ! par Vincent Présumey

Source : https://aplutsoc.wordpress.com/2018/08/09/bresil-la-democratie-cest-lula-candidat/


Un rassemblement de soutien au droit de Lula à être candidat aux élections présidentielles au Brésil, se tiendra place de la République à Paris le mardi 14 août de 18h 30 à 20h 30.

Ce rassemblement est appelé par le Comité International de Solidarité avec Lula et la démocratie, https://liberezlula.org/

Il se tient à la veille de la marche sur Brasilia organisée le 15 août pour protester contre l’emprisonnement arbitraire de l’ex-président Lula, après un procès truqué, manipulé par les politiciens les plus véreux de l’histoire du Brésil. S’appuyant sur un régime militaro-mafieux, Temer et sa clique ont réussi à faire condamner pour corruption, un dirigeant du mouvement ouvrier, aujourd’hui candidat aux présidentielles désigné par son parti, le Parti des Travailleurs (PT). Lula est crédité de plus de 30% des intentions de vote aux élections présidentielles d’octobre prochain, soit près du double de voix de ses principaux concurrents.

Cette condamnation de Lula à 12 ans de prison représente non seulement une atteinte aux droits de l’homme, mais encore à la démocratie au Brésil.

Cette condamnation de l’ex-président et dirigeant syndical Lula représente aussi un approfondissement du coup d’état qui a destitué la présidente Dilma Rousseff, porté Temer à la présidence, détruit le droit du travail et les conquêtes sociales et décidé de la privatisation des plus grandes entreprises nationalisées comme la Petrobras, Embraer ou Eletrobras et dans la foulée, de 57 entreprises publiques.

Pour poursuivre cette politique la bourgeoisie brésilienne a besoin de truquer les élections en interdisant la présence du principal candidat des ouvriers et des paysans brésiliens. La politique du PT, les présidences de Lula ou de Dilma Roussef, leur abandons des intérêts du prolétariat brésilien ne comptent pas pour rien dans la violence anti ouvrière que s’autorise le régime de Temer. Mais c'est aux travailleurs brésiliens qu'il appartient de demander des comptes à Lula sur sa politique et sa gestion. La première condition de la démocratie c’est que Lula soit libéré, que sa condamnation soit considérée comme illégale, et qu’il puisse participer de plein droit à la campagne électorale.

Les travailleurs brésiliens veulent mettre fin à la politique anti ouvrière de Temer et de son régime mafieux. Ils ne veulent pas du candidat propulsé par Temer, son ancien ministre de l’économie, Henrique Meirelles qui incarne la politique d'austérité menée par le gouvernement depuis le coup d’état de 2016 . Personne ne veut de Meirelles, il est crédité de moins de 2% des intentions de vote. Le régime de Temer est en difficulté.

Les travailleurs brésiliens ne veulent pas que les juges d’un régime véreux les expulsent de la bataille électorale, ils veulent reconquérir leurs droits et leurs organisations.

Dans tous les pays, les militants ouvriers les soutiendront dans ce combat.

 


De la crise au sommet au mouvement d’en bas, par Arguments pour la Lutte Sociale

Source :aplutsoc ; https://aplutsoc.wordpress.com/ 

Éditorial du 30 juillet 2018



L'affaire Macron-Benalla domine la situation politique du pays depuis maintenant près de deux semaines. Si elle est survenue, ce n'est pas parce que l'exécutif de la V° République aurait soudain accumulé plus de turpitudes qu'à l'accoutumé. C'est pour deux raisons.

La première, qui est la raison de fond, est que malgré les coups qu'il a portés, Macron n'a toujours pas réussi à battre de manière décisive le salariat. Répétons-le : la conscience est là que toute lutte partielle est un début d'affrontement avec l'ensemble du système politique en place.

Sur cette toile de fond s'ajoute la seconde raison : la crise interne à l'appareil d’État. Les auditions de l'Assemblée nationale et plus encore celles du Sénat l'ont bien montré. Macron a entrepris de monter sa propre "société du 10 décembre" en mode start-up. Non seulement parce qu'il est le président-Bonaparte de la V° République, mais parce qu'il veut refonder et parachever celle-ci. D'un régime autoritaire inachevé il veut passer à une vraie restauration du "second empire".

D'où les traits spécifiques de l'affaire Benalla, c'est-à-dire de l'affaire Benalla-Crase-Mizerski, autrement dit de l'affaire de la bande à Macron : au dessus des ministères et institutions existantes, fussent-elles profondément ancrées dans la V° République antidémocratique, superposer sa bande à lui, à recrutement personnel.

Bien entendu, le fait que la crise ait éclaté sur la base de révélations, par des journalistes ayant fait leur travail, de brutalités policières et para-policières dirigées contre des manifestants du 1° mai pendant la poussée de grèves contre la destruction du statut des cheminots et celle du droit aux études universitaires, n'a rien de fortuit et réunit ces deux facteurs : la lutte sociale invaincue en arrière-fond et la crise dans l'appareil d’État au premier plan.

La réorganisation de la "sécurité du président", sous la houlette de Benalla et de ses sbires, avait commencé à marcher sur les pieds de la hiérarchie policière et préfectorale traditionnelle. Or, cette réorganisation se révèle être le modèle de la "fonction publique" à la Macron. Avec elle, nous avons affaire au premier maillon, celui de la tête, de la mise en œuvre du rapport "Action publique 2022". Le remplacement généralisé des hauts fonctionnaires parvenus à leur place par allégeance aux pouvoirs antérieurs sur la base d'un système étatique de promotions-concours doit être remplacé par le recrutement généralisé de mercenaires, de privés, de contractuels de luxe et autres tueurs, afin de casser l'ensemble de la fonction publique et des services publics du pays. C'est aussi pour cela que Macron ne peut pas reculer dans cette affaire et doit attaquer.

Or, Macron est très affaibli. Les sondages l'indiquent et pour le coup ne donnent qu'une image déformée de ce qui se passe, au cœur de l'été, dans toutes les couches sociales, avec bien entendu des tendances différentes de l'une à l'autre, mais partout un point de départ commun : le président est un petit aventurier qui pourrait se brûler les doigts et tout faire cramer.

Au delà de ce sentiment très généralement partagé, y compris parmi ses partisans qui, du coup, se croient obligés d'en rajouter dans l'arrogance et la servilité, la crise au sommet pousse chaque couche sociale à rechercher une solution conforme à ses intérêts. La lutte sociale assumant la défense de la démocratie, telle est l'issue conforme aux intérêts de la grande majorité, le salariat, actifs, chômeurs, jeunes, retraités. Mais des secteurs du patronat, de la petite bourgeoisie et de l'appareil d’État sont eux aussi poussés vers la recherche d'issues politiques réactionnaires, au delà du moment Macron.

L'erreur faussement "gauchiste" consistant à dire qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil et que ces affaires n'intéressent pas celles et ceux d'en bas, s’avérerait dans ces circonstances d'une particulière stupidité. Non seulement, et cela sans aucune illusion, nous n'avons pas, militants ouvriers, à être indifférents à un affrontement entre un flic "régulier" et les nervis du président, pas plus que, et sans plus d'illusions, nous ne sommes indifférents à la lutte d'un procureur Mueller contre un président Trump, mais il est vital pour le prolétariat, pour l'ensemble des exploités et opprimés, d'intervenir dans cette crise, car son issue démocratique dépend de nous. L'immense majorité ne s'y trompera pas et cherchera à s'engager dans cet appel d'air que constitue la crise au sommet, pour imposer ses intérêts pleinement indépendants de ces sommets.

En 2016, lors du mouvement contre la loi El Khomri, les manifestations syndicales ont été l’objet d’une escalade policière aboutissant aux défilés sous nasse à Paris comme aux gazages et matraquages fréquents partout. En 2018, le mouvement étudiant et lycéen a été l’objet d’une répression visant explicitement à intimider une nouvelle génération combattante tandis que cheminots, « cortège de tête » et postiers du 92 ont été particulièrement visés. Le 1er Mai, à Paris, il s’agissait bel et bien de faire capoter la manif syndicale, d’une façon dont l’équivalent le plus approprié est celui de la manif Charonne en 1962. Avec cette expérience accumulée depuis 2016, le plus grand nombre voit bien le lien entre cette affaire de barbouzes et l’ampleur de l’offensive anti-sociale que Macron veut achever contre les retraites, la sécu et la fonction publique.

La vraie question politique est : qu'est-ce qui donne à Macron et sa bande le culot de contre-attaquer ?

Qu'est-ce qui permet encore à Macron de japper "venez me chercher" et de menacer : « Les tireurs couchés d'un jour finissent abattus avec les autres quand ils décident de tirer sur leurs camarades. » ?

Qu'est-ce qui permet au nervis Benalla de passer sur TF1 sans qu'y soient évoquées les dernières informations le concernant (la seconde vidéo où il frappe, vole un portable et conduit en garde à vue, sa petite visite le jour même pour récupérer la voiture d'un de ses supérieurs lui-même récemment auditionné ...), y traiter ses victimes de "casseurs" (ce qui est juridiquement de la diffamation, et ceux-ci n'ont d'ailleurs pas été inculpés !), puis de passer au JDD, bref de jouer les stars ? La seule chose à laquelle il a dû renoncer avec certitude, c'est sa barbe. Pour le reste on ne serait plus étonné de voir Macron le nommer ministre de l'Intérieur un de ces quatre matins !

Il faut répondre à cette question : qu'est-ce qui leur permet une telle arrogance, qui, de la part d'une bête blessée, est, on le sait, particulièrement dangereuse ?

D'abord, un silence abyssal. Parcourez les sites des confédérations et centrales syndicales nationales, vous ne trouverez rien sur cette affaire. Ne relèverait-elle pas du syndicalisme ? Les contractuels-gangsters de haut niveau dans la fonction publique, la répression dans les manifestations, un 1° mai, et plus généralement les libertés démocratiques, relèvent des intérêts matériels et moraux des salariés ! Mais...rien.

Ensuite, un brouhaha insistant, celui des assemblées parlementaires. Là, deux cas de figure.

L'une, l'Assemblée nationale, a justement paru pouvoir porter ce nom pendant trois jours, ni moins, ni plus. La pléthore d'incompétents et d'arrivistes formant le groupe LREM, deuxième couche de la "société du 10 décembre en mode start-up" de Macron, n'a pas pu empêcher la crise d'imposer une commission d'enquête, très vite devenue une caricature de contradictions et d'obstructions. Cela a duré trois jours ...

L'autre cas est le Sénat, où LREM n'a pas la majorité. Du coup la commission fonctionne, principalement sous l'égide d'élus des deux partis ayant précédemment occupé les postes dirigeants de la V° République, LR en premier lieu, et le PS en seconde ligne.

Les trois jours de l'Assemblée, qui a ensuite à nouveau cessé d'être une assemblée, et la commission sénatoriale, présentent certes l'intérêt d'accumuler les propos contradictoires des personnalités de l'appareil d’État auditionnées. Mais le "parlement" ne saurait aller plus loin.

Et l'impuissance parlementaire s'étale dans l'actuel projet de motion de censure à l'Assemblée nationale, puisque l'on sait qu'elle ne passera pas.

L'une, la motion de censure rédigée par LR, se réfère à la "loi de moralisation de la vie publique" votée l'an dernier et est centrée sur les agissements de Benalla, déplorant une "forme de subordination du gouvernement face à la présidence de la République".

L'autre, rédigée par le groupe "Nouvelle gauche" (PS), soutenue par les groupes FI et PCF, sera défendue par André Chassaigne (PCF) et met plus directement en cause la présidence, affirmant que la commission d'enquête a été "verrouillée" et qu'il y a eu "mensonge" en haut lieu.

Ni l'une, ni l'autre n'a de chance d'être adoptée (nous ne sommes donc pas dans la même situation qu'en juin 2016 lorsque le vote d'une motion de censure venant de la droite par les "frondeurs", en plein affrontement social sur le Code du travail, aurait pu faire tomber le gouvernement Valls). Et, à l'impuissance parlementaire s'ajoute la confusion politique lorsque l'"unité des républicains" est préconisée de la FI à LR, voire à Dupont-Aignan et Marine Le Pen.

Donc, le culot de Macron est permis par, et seulement par, la conjugaison du silence syndical et de l'impuissance parlementaire. C'est là un résumé des problèmes politiques rencontrés par la lutte sociale.

Comment les surmonter ? Comment imposer une unité qui soit celle de la lutte sociale ?

Nul doute que cette situation, de même que la crise au sommet, va passer, un peu plus tôt ou un peu plus tard, du stade où elle inhibe la riposte au stade où elle impose la lutte directe, précisément pour la résoudre.

"Jupiter" n'est plus que "Manu". Or, "Manu" veut, rapidement, privatiser la fonction publique, casser l'école, imposer la retraite à points inégalitaire et sans plancher, confisquer les fonds de la Sécurité sociale.

De la crise au sommet à la crise sociale et démocratique, c'est-à-dire la crise révolutionnaire, du second empire avorté du macronisme à la commune du XXI° siècle. Voila la réalité, voila le réalisme !

Débattons-en le samedi 29 septembre 2018 au local Le Maltais rouge,40 rue de Malte Paris 11

 


Mélenchon et le coq gaulois... par Jean Jacques Marie

Historien du mouvement ouvrier et militant trotskyste


 

Sur son blog en date du 18 juillet 2018, Jean-Luc Mélenchon dit solennellement « Non à l’Europe allemande » et renvoie à son ouvrage Le hareng de Bismarck, sous-titré Le poison allemand, publié en 2015, où il déclarait « Rompre avec le poison allemand  est une exigence nationale, populaire, sociale et philosophique pour le camp du progrès humain. » ( p 192)

Pourquoi cette rupture est-elle à ses yeux fondamentale? Parce que nous dit-il « L’Europe est aujourd ‘hui la « chose » des Allemands. Ils l’utilisent comme bon leur semble.».( p 112)?Exemple ? « En 2014 c’est elle qui a imposé la candidature du Luxembourgeois Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission européenne pour la droite européenne contre le Français UMP Michel Barnier. Que les deux soient à droite n’enlève rien à la différence fondamentale qui les sépare . » (souligné par moi p 114).En quoi consiste cette « différence fondamentale » entre un réactionnaire français et un réactionnaire luxembourgeois soutenu par la bourgeoisie allemande ?  Mélenchon répond : « Le premier est l’ancien Premier ministre du Luxembourg qui a joué à fond la carte de l’arnaque fiscale pour vivre aux crochets de l’Europe(...) le second est français, ce qui est souvent en soi un programme. Un gaulliste, ce qui est toujours mal vu hors des commémorations (Ibid)» .Un gaulliste, donc un chaud partisan de la V e république et de ses institutions profondément antidémocratiques chargé par l’Union européenne de faire capoter le Brexit, mais qui suscite la sympathie de Mélenchon.. . Parce qu’il est français et gaulliste ! Dans le Hareng de Bismarck les classes sociales disparaissent. Plus de patrons et d’ouvriers et employés aux intérêts antagonistes. Restent face à face les méchants Allemands et les gentils Français. Gentils mais grandioses nous dit Mélenchon : « Les Français ont une vision  exaltée de la politique où la puissance et la gloire vont ensemble. »(...) Nulle de nos actions qui ne soit une fresque. » (p 135).La colonisation aussi ?
On se souvient qu’en 2005 Sarkozy et Hollande firent ensemble (au point de se faire photographier tout sourire assis côte à côte sur un banc) pour appeler à voter oui au projet de constitution européenne. Malgré une campagne médiatique déchaînée d’une ampleur rarement atteinte, la majorité du peuple français (surtout sa population laborieuse) rejeta massivement le projet par 55 % de non contre 45 % de oui. On se souvient enfin qu’en 2008 Sarkozy et Hollande s’entendirent comme larrons en foire pour faire adopter par le congrès le texte rejeté. Pour Mélenchon la coupable de cette violation du vote souverain n’est autre que Merkel. Il écrit en effet :  « En 2008 c’est elle qui a obtenu (souligné par moi)– sans difficulté – que Nicolas Sarkozy s’assoie sur le vote des Français pour leur imposer sous le nom de traité de Lisbonne le traité constitutionnel européen pourtant rejeté en 2005 par referendum . » (113) Merkel « a obtenu » ? Donc sans sa pression Sarkozy ne bronchait pas et Hollande (oublié par Mélenchon) n’aurait pas eu besoin de l’aider à faire voter le traité de Lisbonne ?

Le cocorico répété de Mélenchon l’entraîne loin sur les rivages du chauvinisme et l’amène à prétendre que les méfaits de l’Union européenne ne seraient pour l’essentiel que le produit de la mainmise allemande et la négation d’un modèle français éternel. Ainsi écrit-il : « La doctrine politique que l’Allemagne veut imposer partout(...) est la négation de l’identité républicaine de la France qui suppose le pouvoir sur toute chose du citoyen. » ( 17-18) .Ah bon ? Dans la Ve République sous laquelle nous vivons depuis 60 ans le citoyen aurait donc pouvoir sur toute chose à la différence de ce qui se passe dans la sinistre Allemagne voisine ...qui rafle tous les bénéfices ou presque de la liquidation de l’URSS et des « démocraties populaires »

Ainsi précise-t-il « l’Allemagne a annexé économiquement les anciens pays soviétiques pour en faire l’atelier de production dont elle avait besoin pour produire moins cher. le reste de l’europe n’en a recueilli que des miettes. (souligne par moi)»( p 112).Mélenchon regrette donc que les autres pays européens aient, selon lui, moins bénéficié que Berlin de la liquidation de la propriété d’Etat  et de la mise sur le marché d’une force de travail qualifiée massivement réduite au chômage . Etrange internationalisme que cette dénonciation d’une mauvaise répartition du pillage...

De même la guerre menée par l’OTAN pour disloquer la Yougoslavie et fabriquer l ’état mafieux du Kosovo...c’est encore et toujours l’Allemagne qui , nous dit l’insoumis en chef ,« précipite l’éclatement sanglant de la Yougoslavie(...) à partir de 1998,soutient carrément la constitution des milices armées de ‘lUCK.(..)Puis plaide activement pour l’indépendance du Kosovo,en violation des résolutions de l’ONU » ( p 127), organisation de brigandage international dont Mélenchon soutient la légitimité des résolutions et mandats. En lisant le Hareng de Bismarck vous ne pouvez jamais savoir que le général qui commande les forces de l’OTAN en Europe est toujours un américain, (aujourd’hui le général Curtis Scaparotti ), que le secrétaire de l’OTAN est un norvégien Jens Stoltenberg , que le premier proconsul mis à la tête du Kosovo par l’ONU était un bon français de gauche, Bernard Kouchner, membre du premier gouvernement Jospin  (1997-1999) alors que Mélenchon fut membre du second ( 2000-2002) ! Un gouvernement Jospin qui en cinq ans privatisa pour 30 milliards d’euros d’entreprises publiques, sans que l’on puisse  apparemment attribuer à Merkel cette docilité aux exigences de l’Union européenne, dont Mélenchon pousse le lecteur à se dire que débarrassée de la tutelle germanique, elle ne serait finalement pas si mal que cela.

Mélenchon va plus loin encore en prétendant : « L’OTAN et l’Allemagne c’est la même chose en botte ou en pantoufles » ( p 130) Pour attribuer à Merkel, comme le fait Mélenchon le contrôle de l’OTAN et de toute l’Europe, le lecteur du Hareng de Bismarck doit ignorer aussi qu’il y a des bases militaires américaines en Allemagne (mais pas de bases allemandes nulle part ) , en Belgique, en Bulgarie, en Estonie, en Grèce, en Hollande, en Italie, en Lettonie ,en Pologne et en Roumanie. L’Allemagne menace même, à l’en croire, le domination américaine. Selon Mélenchon, en effet : « Dorénavant la primauté des Etats-Unis est menacée dans tous les domaines.»( p 116) Mais s’il n’ose pas affirmer que Merkel impose sa volonté à l’état-major américain en Europe, il en fait l’héritière d’Hitler. Après avoir affirmé, on l’a vu, que « l’Allemagne précipite l’éclatement de la Yougoslavie » il ajoute : « Dans ce cas l’Allemagne réunifiée rejouait le démantèlement de la Yougoslavie déjà tenté par elle en 1941 «  ( p 126-128).Son délire chauvin le mène ainsi à identifier l’Allemagne  nazie d’Hitler et l’Allemagne bourgeoise d’aujourd’hui . D’ailleurs, pour souligner leur parenté, il dénonce, « le projet annexionniste de l’Allemagne. »( p 142 ) aujourd’hui.

Mélenchon n’évoque jamais le rôle crucial du FMI, qui applique au reste du monde les recettes destructrices  que l’Union européenne met en œuvre en Europe. Or le FMI est, avec le consentement sinon sur ordre des autorités et des grandes banques américaines, dirigé depuis de longues années par de bons Français (le socialiste affairiste Strauss-Kahn, puis l’ancienne ministre de Sarkozy et surtout ancienne membre d’un riche cabinet d’avocats d’affaires américains, Christine Lagarde).  La mise en accusation permanente de l’Allemagne dénoncée comme une dominatrice insolente de l’Europe aboutit à protéger toutes les institutions au service des intérêts du capital financier.
Nul doute que l’écrasante majorité des insoumis ne peuvent se reconnaître dans ce camouflage politique.

 


Alerte canicule : à l'hôpital, "la situation est grave" interview de Régine Linard responsable CGT à l'hôpital Saint Antoine



Les hôpitaux ne sont pas ou mal équipés pour affronter les fortes chaleurs. Peu de ventilateurs, pas de climatisation... Alors qu'en France, 34 départements sont en alerte canicule, les soignants se mobilisent.
Ce jeudi matin sur France Inter, elle interpellait la ministre de la Santé et dénonçait une situation intenable. Régine Linard, déléguée CGT au groupe hospitalier Saint-Antoine, à Paris, répond à nos questions.

À l'hôpital St-Antoine, la situation est selon vous devenue intenable. Pourquoi ?

Régine Linard, déléguée CGT au groupe hospitalier Saint-Antoine : "C’est très simple, dans les postes de soins, dans les chambres des patients, en consultation... il fait 37°C. Le soleil tape sur les fenêtres et malgré les rideaux, la température ne descend pas. C'est une réalité. Grâce à notre mobilisation ces dernières semaines, des climatisations de fortune ont été installées dans certaines pièces, mais elles ne sont pas du tout adaptées à la situation. Il faut se battre pour tout. Même pour les ventilateurs.

"Par exemple, dans le service de médecine infectieuse, après plusieurs alertes, on a finalement reçu quinze ventilateurs. Mais pour deux étages ! Ce n'est pas suffisant. Et puis, les ventilateurs ont une efficacité limitée. Ils brassent de l'air chaud. Or, certains patients ont de la fièvre. La femme d'un patient a d'ailleurs rédigé une lettre à la direction car son mari avait 40 de fièvre et il faisait 29 dans la chambre. La direction n'a pas du tout anticipé cette vague de chaleur. Pourtant, nous l'avons alertée et interrogée, et ce, dès le mois de janvier."

À l'époque, quelle était leur réponse ?

Régine Linard : "La climatisation ne pouvait être installée, faute de budget. Nous avons reçu la même réponse le 10 juillet dernier. Installer la climatisation dans le bâtiment où il fait le plus chaud coûterait 150.000 euros. On ne les avait pas. La souffrance des patients et des soignants n'est pas prise en compte. Cela relève de la maltraitance."

Des mesures devaient pourtant être prises après la canicule de 2003. Qu'en est-il aujourd'hui ?

Régine Linard : "Rien n'a changé. En 2003, quand le scandale a éclaté, il a révélé le nombre important de personnes âgées décédées à cause de la chaleur. On est en 2018. Je n'ai pas vu beaucoup d'évolutions à l'hôpital Saint-Antoine. Excepté dans le service d'hématologie où travaillait Mme Buzyn à l'époque... Il a été entièrement climatisé.

"Ailleurs, c'est le système D. Au mieux, des climatiseurs de fortune sont installés au mois de juillet, puis retirés au mois d'octobre car ils encombrent les fenêtres. Il n'y pas de climatisation centrale. Elle n'est même pas toujours installée quand les bâtiments sont rénovés. C'est tout de même incroyable ! Parfois, elle est tellement mal entretenue qu'on ne peut même plus l'utiliser, au risque d'infecter les malades. Par exemple, quand l'ancienne maternité a été fermée en 2012, puis rénovée, une climatisation flambant neuve a été installée dans tout le bâtiment. Mais faute d'entretien, elle s'est encrassée. Aujourd'hui, elle est dans un tel état que la réparer coûterait une fortune."

Ces fortes chaleurs à l'hôpital affectent aussi les soignants. De quelle manière ?

Régine Linard : "Le personnel est extrêmement fatigué par la chaleur. Il ne tient plus. Les soignants tombent comme des mouches. D'autant plus que l'Assistance Publique a décidé de diviser par deux le nombre de remplacements congés annuels. Vous imaginez bien que dans ces conditions, le personnel n'en peut plus. Un exemple récent : une infirmière de la consultation d'ophtalmologie de l'hôpital a récemment fait un malaise. Elle était dans une pièce fermée, sans ventilation. Elle s'est évanouie devant son patient.

"C'est un détail, mais le personnel soignant se retrouve aussi avec des problèmes dermatologiques. Pour faire des économies, l'Assistance Publique a modifié son parc de vêtements. Elle a acheté des blouses non plus en coton, mais contenant du tergal. Des membres du personnel se retrouvent donc avec de l'eczéma sur le corps à cause de la chaleur.

"Dans les services où il n'y a pas de fontaine à eau, donc pas d'eau fraîche, on leur refuse également des bouteilles d'eau. On leur dit qu'ils n'ont qu'à prendre de l'eau du robinet, remplir leurs propres bouteilles et les mettre au frigo. Mais les frigidaires ne sont pas destinés au personnel. Ils sont réservés aux repas des malades ou aux prélèvements.

"Et je ne vous parle pas du problème de la conservation des médicaments. Une climatisation est bien sûr installée à la pharmacie centrale mais pas dans tous les postes de soins. Ces produits sont donc eux aussi exposés à la chaleur. C'est un fait."

Et ce n'est pas fini. La température risque encore d'augmenter d'ici ce week-end...
Régine Linard : "On a très peur, les collègues ont très peur. Ils se disent "comment va-t-on faire ?". Ils n'ont pas de solution. Ils essaient de faire sortir au maximum les patients pour qu'ils rentrent chez eux. Voilà. On en est là... La situation est grave. Et elle est grave dans toute la France."

 


Allocution de Narimane Tamimi

29 juillet 2018

Source : mondialisation.ca


 

Ahed Tamimi, la jeune palestinienne de 17 ans, incarcérée dans la prison Sharon, en Israël, a été libérée ce matin. Elle avait été arrêtée le 15 décembre 2017 pour avoir giflé un soldat israélien.
Sa mère, Narimane, qui aurait osé poster une vidéo de l’altercation, a partagé son sort. Voici « la petite chose » que cette mère a voulu dire au monde une fois rentrée dans son village [NdT].

Bonsoir à tous et merci à tous les journalistes ici présents et à toutes les personnes qui se sont donné de la peine pour nous.
C’est pour nous une immense fierté que nous soyons solidaires, que nous soyons l’arbre et vous, ses racines.
Je ne répéterai pas ce que Ahed vient de dire, je vous dirai juste une petite chose.
Moi, une mère, j’ai une fille qui a été en prison et c’est en prison que j’ai appris l’incarcération de mon fils qui est toujours incarcéré.
J’adresse mon message à toutes les mères et à tous les pères :
Nous ne devons pas avoir peur pour nos enfants.
Tel le sel qui se dissout dans l’eau, nos enfants sont le sel de cette terre.
Notre force est que nous existons.
Laissez nos enfants se lancer.
Laissez nos enfants agir comme ils l’entendent.
Même à l’intérieur des maisons, nos enfants meurent.
Et à l’extérieur des maisons, ils meurent aussi.
Au moins, qu’ils meurent en affrontant cette occupation pour la repousser.
Notre foi est en eux, dans leur mental.
[Notre foi est] dans le mental de nos enfants et dans notre cause.
Notre lutte nationale et populaire est le chemin de notre victoire.
Merci.

 


 

 

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