Blog de Robert Duguet - avril 2016


Le fantôme de la grève générale au congrès de la Confédération Général du Travail (CGT), par Où va la CGT ?
 
Samedi 23 Avril 2016

Source : http://www.ouvalacgt.over-blog.com/2016/04/le-fantome-de-la-greve-generale-au-congres-confederal.html

C’est devenu le débat récurrent dans la CGT. Et si on reprend les articles de ce blog depuis dix ans, il y en a déjà un sacré paquet au fil des années, voir la section « journées d’action, grève générale et tous ensemble ».
 
Après le mouvement contre le Contrat Première Embauche (CPE) en 2006 et contre la réforme des retraites en 2010, voilà le mouvement contre la loi travail de Myriam el Khomri qui ressuscite cette perspective aussi vieille que le mouvement ouvrier. Pour mémoire, dès le congrès de fondation de la CGT à Limoges il y a cent vingt et un ans, la question était en débat et Philippe Martinez, fine mouche qui sentait le vent venir, avait tenté d’évacuer la question dès son rapport d’ouverture, « mais soyons honnêtes entre nous, la grève générale ne se décrète ni de Montreuil, ni d’ailleurs. Le mouvement se construit avec les salariés en assemblée générale ».
 
Une nouvelle fois, on a rejoué le film, avec toujours plus ou moins les mêmes positions.
 
Il y a les secteurs les plus droitiers de la CGT qui ne veulent pas entendre parler de grève générale, de coordination des luttes et de généralisation convergente de la protestation. Il y a certes quelques concessions dans l’appel du congrès dont nous remettons ci-contre la version officielle parue dans le Peuple. Cet appel a été concédé sous la pression des délégués, dans les couloirs et à la tribune, pour être proposé Mercredi 20 Avril 2016, mais sans vrai débat, sans amendements, et avec un quart de la salle qui n’a pas pris part au vote. Une opération « déminage » pas vraiment subtile, mais rondement menée et qui a désarmé les opposants qui ne savaient plus sur quel pied danser.
 
La rédaction prête à toutes les interprétations, « dans ce cadre, la CGT appelle toutes les organisations à amplifier la riposte, dès le Jeudi 28 Avril 2016, par la grève interprofessionnelle et les manifestations pour obtenir dans un premier temps le retrait du projet de loi de casse du code du travail. D’ici le Jeudi 28 Avril 2016, la poursuite de la construction de l’action implique la tenue d’assemblées générales dans les entreprises et les services publics pour que les salariés décident, sur la base de leurs revendications et dans l’unité, de la grève et de sa reconduction pour gagner retrait et ouverture de véritables négociations de progrès social ».
 
Le texte peut tromper des journalistes mal informés qui imaginent déjà que la CGT appelle à la grève générale reconductible, nous avons vu quelques titres croustillants. Mais quand on connait la langue de bois confédérale habituelle, le texte se dégage de toute responsabilité au-delà du Jeudi 28 Avril 2016 et renvoie à la base l’hypothèse d’éventuelle reconduction du mouvement, sans d’ailleurs préciser de quelle reconduction il s’agit, il peut s’agir à nouveau d’empilage de journées d’action à répétition.
 
En résumé, la CGT appelle à réussir la journée d’action du Jeudi 28 Avril 2016, c’est bien le moins, et on verra plus tard. C’est classique.
 
D’un autre côté, il y a tout un courant de militants oppositionnels qui se sont fait les portes paroles de l’appel sans condition et immédiat à la grève générale. Parmi eux, tous les courants trotskistes, Parti Ouvrier Indépendant (POI) en tête comme d’habitude, les courants libertaires et nombre de camarades combatifs.
 
La caractéristique de ce courant, c’est de faire de la grève générale une question de principe et de « volonté ». Ils ne s’intéressent pas du tout au contexte, à l’état d’esprit des travailleurs et à la réalité de la mobilisation.
 
Pour eux, seule compte la détermination des dirigeants et des appels pour entraîner les masses à se révolter, par la force de la volonté et du discours. Du coup l’appel à la grève générale devient incantatoire, le nec plus ultra de l’action syndicale sans que l’on voie précisément quel en est l’objectif.
 
Mais même parmi les délégués du congrès, au-delà des discours à la tribune, on ne sentait pas dans les couloirs une vraie ambiance de combat, de « grève générale » et de volonté d’en découdre à la fois contre le gouvernement et contre les syndicalistes trop mous. Un délégué turc l’a rappelé en début de congrès, ou les conditions sont mûres, ou elles ne le sont pas, et ce n’est pas la force de la volonté ou les discours ronflants qui vont y changer quoi que ce soit.
 
C’est un vieux travers du mouvement ouvrier en France, déjà dénoncé par Alexandre Lossovski, dirigeant de l’Internationale Syndicale Rouge (ISR) en 1926, « les anarcho-syndicalistes ne connaissent ni les longs et minutieux travaux de préparation, ni l'étude des conditions objectives où doit se dérouler la grève, ni l'appréciation réaliste des forces en présence et du rôle de la masse, ainsi que des rapports entre la masse et la minorité agissante. Ils se figurent que la révolution sociale surgira soudainement en l'absence même des prémisses d'organisation politiques, ou autres. C'est là l'origine de la théorie de la grève libératrice qui peut éclater à n'importe quel moment et pour n'importe quelle raison. Les théoriciens de l'anarcho-syndicalisme prêtaient une importance décisive à l'initiative de proclamer la grève générale. Le reste devait s'accomplir par le mouvement spontané des masses ».
 
Nous invitons nos lecteurs à relire la totalité de l’article, d’une actualité encore étonnante aujourd’hui, bien entendu sous les formes du vingt et unième siècle.
 
Où en est l’état de la mobilisation aujourd’hui, contre la loi travail de Myriam el Khomri ? Quel est le bilan des premières journées d’action ? Quelle mobilisation de la jeunesse et quelle mobilisation des salariés y a-t-il dans les entreprises ? Voilà les questions auxquelles il faut répondre.
 
Nous, nous constatons que la mobilisation est moindre qu’en 2006 et 2010, qu’il y a encore du chemin à faire pour surmonter la résignation et le fatalisme et que la minorité agissante n’arrive pas à entraîner la masse avec elle. Ce n’est nullement du défaitisme que de le reconnaître, c’est le réalisme matérialiste qui indique sérieusement là où nous en sommes et donc quelles sont nos tâches.
 
Alors ce courant mène doublement les travailleurs à l’échec, d’une part parce qu’il n’est pas crédible, chaque travailleur étant capable d’apprécier la réalité de la situation autour de lui. D’autre part parce qu’il stérilise le débat en le polarisant sur la question de la grève générale ou pas.
 
Mais camarades, grève générale pour quoi faire, pour chasser François Hollande, d’accord, à la limite cela fait consensus. Mais pour quoi d’autre, pour un gouvernement de Jean Luc Mélenchon, pour défendre le développement de l’industrie, pour le nationalisme de « fabriquons français » ou pour un capitalisme à visage humain, mais qui maintient l’exploitation de la majorité par une minorité ?

Pour la négociation d'un repartage des richesses, tout en conservant les exploiteurs ? Pour remettre le pouvoir dans les mains des experts en politique, en syndicalisme, ceux qui savent ce qui est bon pour nous ? Pour un « nouveau code du travail » dont nous n’avons pas le début de commencement de contenu ? Et ainsi de suite, il est frappant de voir qu’il n’y a eu guère de débat de fond pendant ce congrès. Un empilage d’interventions hétéroclites et des votes de protestation sans vrai contenu bien clair, nous y reviendrons.
 
Alors bien sûr, tous les réformistes ont beau jeu de répéter que « la grève générale ne se décrète pas », car c’est la vérité niée par ce courant anarcho-syndicaliste.
 
Par contre, une petite minorité de délégués combatifs au congrès défendaient une position correcte, certes, la grève générale ne se décrète pas, mais elle se prépare. Et si la mobilisation et le contexte ne sont pas encore à la hauteur, il y a déjà la colère et la révolte, c'est certain. Le rôle du congrès devait être de lancer un appel, clair et net, à la préparation de la grève, ce qu’il s'est gardé de faire. A la coordination des luttes, Philippe Martinez a ménagé la chèvre et le chou à ce propos dans son rapport d’introduction, à fixer cette perspective, à organiser partout des comités locaux de préparation à la grève, à expliquer aux travailleurs les enjeux et les perspectives qu’on se donne et à se donner des moyens techniques et organisationnels pour la démarrer le moment venu. Un appel à mettre en débat les revendications du mouvement, et autre chose que la sécurité sociale professionnelle ou un code du travail « modernisé ». Pour gagner contre la loi de Myriam el Khomri et pour défendre des revendications de progrès, il est clair qu’il va falloir bloquer le pays et pour cela il faut construire la grève générale pour y arriver. Mais avant cela, il faut « gagner la masse derrière la minorité agissante » sur un programme offensif et partagé.
 
Journées d’action, grève générale, coordination des luttes, tous ensemble, on bloque tout, le débat ressurgit une nouvelle fois.
 
A relire les nombreux articles de ce blog sur la question, nous avons l’impression que les choses n’avancent guère, entre une direction confédérale réformiste qui ne veut pas entre parler de généralisation de la protestation, et des oppositionnels incantatoires de la grève générale.
 
Le fait même que cela n’avance pas au fil des ans devrait amener à s’interroger sur la manière même de mener ce débat et sur l’importance à réfléchir à ce que nous voulons, nous les travailleurs, si nous ne voulons plus de cette société-là.


Nuits debout d’hier et de demain, par Bernard Fischer

Source : http://www.fischer02003.over-blog.com/2016/04/nuits-debout-d-hier-et-de-demain.html

Dimanche 24 Avril 2016

Le mouvement des Nuits debout occupe la place de la République à Paris et les places des grandes villes de France depuis maintenant plus de trois semaines.

Ce message est une nouvelle tentative de contextualisation de ce mouvement.

Tous les grands mouvements sociaux, comme toutes les révolutions, apparaissent et surgissent dans des périodes de relatif consensus et d’apparente résignation sociale. La quasi-totalité des acteurs et des observateurs politiques et sociaux ne voient jamais le lent mûrissement, la maturation et même le pourrissement de leurs conditions objectives et subjectives.

Il en allait ainsi du mouvement de mai 1968. « Ce qui caractérise actuellement notre vie publique, c’est l’ennui. Les français s’ennuient. Ils ne participent ni de près ni de loin aux grandes convulsions qui secouent le monde ». Ce sont les trois premières phrases du célèbre éditorial de Pierre Viansson Ponté dans le Monde du 30 avril 1968.

Il en allait ainsi du mouvement des indignés espagnols du 15 mai 2011. Il surgissait après sept ans de politique réactionnaire du gouvernement du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) de José Luis Zapatero.

Il en va ainsi du mouvement des indignés français. La quasi-totalité des acteurs et des observateurs politiques et sociaux français font depuis des années des analyses extrêmement pessimistes de la situation politique et sociale française. Ils constataient depuis des années la disparition ou la défaite des mouvements sociaux et la montée du Front National.

Mais la vieille taupe creusait toujours. Depuis six ans, depuis le dernier grand mouvement et la dernière grande défaite sociale du mouvement contre la réforme des retraites en 2010, nous écrivions et nous diffusions des milliers d’appels électroniques identiques. Après chaque journée d’action, après la fin des manifestations, nous appelions à des assemblées générales dans lesquelles nous discuterions et nous déciderions des suites du mouvement. Nous le disions toujours mais nous ne le faisions jamais. Nous le faisons enfin aujourd’hui, nous trouvons enfin aujourd’hui la forme politique actuelle de l’émancipation du peuple, la combinaison des manifestations de masse et de l’occupation des places.

Tous les grands mouvements sociaux ont toujours d’importantes conséquences politiques. Ils ont des conséquences politiques à court terme et à moyen terme et les conséquences politiques à court terme sont généralement contradictoires par rapport aux conséquences politiques à moyen terme.

C’était vrai en France en mai 1968. Le mouvement de mai 1968 provoquait d’abord l’élection de la chambre bleue CRS de juin 1968. Il provoquait ensuite le départ de  Charles de Gaulle en 1969 et l’élection de François Mitterrand aux élections présidentielles de 1981.

C’était vrai en Espagne en 2011. Le mouvement des indignés espagnols provoquait d’abord la défaite de José Luis Zapatero et du PSOE aux élections législatives de novembre 2011. Il provoquait ensuite la fondation de Podemos en 2014, la victoire des candidats de Podemos aux élections municipales de 2015 à Madrid et à Barcelone et l’actuelle situation politique espagnole d’une Espagne sans gouvernement dans laquelle Podemos est au centre de la crise politique.

C’est et ce sera vrai en France aujourd’hui et demain. Le mouvement des indignés français prend et prendra la forme de l’occupation des places pendant un, deux ou trois mois. Il prendra ensuite d’autres formes. Rien ne sera plus comme avant. 


Emmanuel Todd : « Nuit debout contre le grand vide », interview de François Ruffin pour Fakir

dimanche 24 avril 2016.

Source : http://www.fakirpresse.info/emmanuel-todd-nuit-debout-contre-le-grand-vide

Fakir : C’est un petit truc, Nuit debout…

Emmanuel Todd : Il ne faut pas dire ça. D’abord, c’est peut-être une petite chose mais au milieu de rien. Et ça, le fait que les médias s’intéressent à cette petite chose, c’est aussi un signe du grand vide. Les journalistes, qui certes appartiennent à des grands groupes, liés à l’argent, qui certes ne remettront jamais en cause ni l’euro ni l’Europe ni le libre-échange, mais qui sont des gens diplômés, pas toujours bêtes, ils sentent ce grand vide. Ils savent qu’ils donnent la parole à des hommes politiques méprisables, inexistants, tellement creux. Eh bien, ce qui se dit, ce qui se passe place de la République, et sur les places de province, parce qu’il faut regarder l’ouest de la France, Rennes, Nantes, Toulouse, la jeunesse des villes universitaires, ce qui se dit sur ces places, pour aussi farfelus que ce soit, ça vaut toujours mieux que ce grand vide. Et il ne s’agit pas seulement de remplir des pages, de vendre du papier…

Fakir : Ça remplit l’âme ? C’est l’indice d’une crise métaphysique ?

E.T. : Presque ! Et puis, pour aussi petit que ce soit, c’est peut-être un signe avant-coureur. Regardez Occupy Wall Street. Quelques mois après, je regardais les sondages qui paraissaient aux Etats-Unis, les jeunes devenaient favorables à l’Etat, à du protectionnisme. Et aujourd’hui, certes Bernie Sanders a perdu contre Hilary Clinton, mais il s’est revendiqué du « socialisme » aux Etats-Unis, et ses thèmes font maintenant partie de la campagne.

Fakir : Donc ça pourrait mener à un basculement ?

E.T. : C’est sans doute une étape dans la maturation des esprits. Déjà, si ça pouvait conduire à un engagement simple, chez les jeunes : « Plus jamais nous ne voterons PS ! » Je me porte beaucoup mieux, c’est une libération spirituelle, depuis que j’ai fait ce serment pour moi-même. Je rêverais de la mise à mort du PS. C’est peut-être ce que va nous apporter Hollande, il y a là une ouverture pour se débarrasser du parti socialiste. Et il existe désormais un boulevard à gauche.

Fakir : Mais ce sont des bobos qui se réunissent ?

E.T. : C’est facile de dire ça. Les jeunes diplômés du supérieur, c’est désormais 40 % d’une tranche d’âge. Ce n’est plus une minorité privilégiée, c’est la masse. Il y a donc un énorme potentiel d’extension du bobo. Et surtout, il faut comprendre, faire comprendre, que les stages à répétition, les boulots pourris dans les bureaux, les sous-paies pour des surqualifications, c’est la même chose que la fermeture des usines, que la succession d’intérim pour les jeunes de milieu populaire. La baisse du niveau de vie, c’est pour toute une génération.

Fakir : Donc la réunion des deux jeunesses est en vue ?

E.T. : Avec un marxisme simpliste, on dirait que oui, ça doit bien se passer, les intérêts objectifs sont les mêmes. Mais le système scolaire, notamment, opère une stratification, il sépare tellement les destins, trie, évalue, que la jonction ne va pas de soi. Et on voit que la jeunesse populaire se tourne massivement vers le Front national…

Fakir : A cause, donc, d’habitudes culturelles différentes ? La techno contre Manu Chao ?

E.T. : Je ne sais pas ça, moi. Il ne vous aura pas échappé que je ne suis pas jeune ! C’est d’ailleurs une chose très positive : voilà quelque chose qui appartient aux jeunes. Enfin ! La société française est sous la coupe des vieux et des banques. Non seulement pour les richesses, mais pour le pouvoir surtout : le suffrage universel devient un mode d’oppression des jeunes par les vieux, qui décident d’un avenir qu’ils n’auront pas à habiter. Je milite pour la mise à mort de ma génération. Donc, l’idée d’un territoire libéré, à la fois des vieux et des banques, ça ne me déplait pas. C’est pour cette raison que l’éviction de Finkielkraut m’est apparue comme une bonne nouvelle. Jusqu’ici, je trouvais les jeunes trop gentils, au vu de la domination qu’ils subissaient.

Fakir : Mais dans ce mouvement, il y a comme un refus de l’organisation…

E.T. : C’est le drame de cette jeunesse : c’est nous, en pire. Les soixante-huitards ont découvert les joies de l’individualisme, mais ils avaient derrière eux, dans leur famille, une solide formation dans des collectifs : le Parti communiste, l’Eglise, les syndicats. Là, ces générations sont nées individualistes, ce sont des soixante-huitards au carré, quasiment ontologiques. Il n’y a même pas le souvenir de ces collectifs forts. Et la volonté de ne pas s’organiser est presque élevée au rang de religion.

Mais c’est terrible parce que s’ils savaient, s’ils savaient à quel point les mecs en face d’eux, les patrons, l’Etat, le Parti socialiste, les banques sont organisés. Ce sont des machines. Et moi qui suis plutôt modéré, keynésien, pour un capitalisme apprivoisé, je me souviens de la leçon de Lénine : « Pas de révolution sans organisation » !


Après son congrès 2016, où en est la CGT ? par Évariste       

       
lundi 25 avril 2016


Source : http://www.gaucherepublicaine.org/respublica/apres-son-congres-2016-ou-en-est-la-cgt/7397986


Nouvelle bifurcation pour la CGT. La radicalisation du discours est manifeste. L’unification de la centrale sur le retrait de la loi El Khomri en est le ciment. Le « syndicalisme rassemblé » sur les bases de la CFDT, c’est comme Capri, c’est fini. Le virage par rapport à l’ère Thibault-Le Paon est enfin pris.

Un congrès animé qui a vu suivant les scrutins une abstention d’environ 10 % et des votes contre de 25 à 30 %. La raison principale est la « neutralité » du rapport d’orientation qui n’a pris à bras-le-corps aucun sujet important, en dehors de celui du fonctionnement des structures CGT.

Mais Philippe Martinez et son équipe ont pris la mesure de ce mécontentement par un discours d’ouverture plus « punchy » que le rapport d’orientation. Ils ont tenu compte des débats du congrès, puisque le secrétaire général a appelé dans son discours de conclusion du congrès à des grèves massives le 28 avril, précisant même que la possibilité de la reconduction du mouvement serait soumise aux travailleurs comme cela fut demandé par un nombre significatif de délégués.

Les votes massifs pour la désignation de la direction confédérale montrent que le congrès fut satisfait des inflexions que nous résumons ici et que de nombreux délégués critiques ont apporté leurs mandats à la direction confédérale. Ce fut un congrès vivant, et non un congrès stalinien comme celui de la CFDT, par exemple.

Il reste que si la CGT veut reconquérir une plus grande place dans le syndicalisme, il lui faut aller vers plus de cohérence, revenir à la pratique de la « double besogne », modifier ses structures et ses pratiques pour tenir compte des évolutions que le mouvement réformateur néolibéral a fait subir au salariat, devenir un pôle de rassemblement du syndicalisme revendicatif, et renouer avec la pratique de l’éducation populaire.

A cet égard, nous avons été surpris par le manque de cohérence dans le fait que la CGT n’a que très peu porté le 70e anniversaire de la Sécurité sociale et même celui des lois d’Ambroise Croizat de 1946, alors que c’est la CGT qui a été la force vive de la création de la Sécurité sociale. Tout le monde pourra le voir lors de la sortie nationale, début novembre 2016, du film « La sociale » de Gilles Perret, film qui lancera avec ses ciné-débats, le débat sur ce morceau d’histoire et sur la protection sociale de demain.

Nous pourrions aussi pointer, entre autres, les incohérences dans les propositions des comités d’entreprise animés par la CGT dans les choix des complémentaires santé.

De même, si plusieurs interventions sont revenues, à juste titre, sur le danger, pour le monde du travail et toute la société, de la montée du Front National, la question des mêmes risques, représentés par l’extrême-droite religieuse et le communautarisme, a été très peu évoquée, alors qu’elle est une préoccupation importante pour de nombreux secteurs du syndicat.

Quant à la « double besogne, quotidienne et d’avenir » comme le stipule la Charte d’Amiens de 1906, elle est nécessaire pour articuler les revendications et les actions immédiates avec le projet d’ensemble émancipateur qui s’oppose au réel d’aujourd’hui. Le Conseil national de la Résistance (CNR), qui incluait la CGT, avait fait cette double besogne en éditant son programme le 15 mars 1944 : le plan d’action immédiate et le projet émancipateur des « Jours heureux ». Cette double besogne est aujourd’hui à repenser et à appliquer par tous les acteurs de l’émancipation, même et surtout si chaque acteur (syndicats, partis, associations) doit être indépendant des autres acteurs de nature différente. Pour cela, relisons ce qu’en disait Jean Jaurès en 19131. Aujourd’hui comme hier, il convient que le syndicat précise le modèle politique qui entre en cohérence avec le plan des revendications immédiates.

Quant à la prise en compte des évolutions du salariat : gentrification, suppression des grandes concentrations ouvrières et employées, augmentation du nombre de salariés travaillant dans des entreprises sans syndicats, etc., il conviendrait sans doute de réévaluer le travail des unions locales, d’en augmenter le nombre, et de faire en sorte qu’elles deviennent des lieux d’éducation populaire.

Est-il opportun que la France reste le champion du monde du nombre de structures syndicales ? Est-ce que cela ne nuit pas à l’efficacité syndicale ? La question mérite d’être débattue, non ?

Il va de soi que le moteur du syndicalisme est porté par les luttes sociales. Mais l’histoire montre que son efficacité croît lorsque ces luttes sociales sont associées à des initiatives complémentaires d’éducation populaire. Car sans éducation populaire, pas de bataille pour l’hégémonie culturelle, et sans bataille pour l’hégémonie culturelle, pas d’émancipation.

En attendant, saluons la nouvelle phase dans laquelle est entrée la CGT.


Entre le mouvement des Nuits Debout et la Confédération Générale du Travail (CGT), François Ruffin rêve de lien, par Amandine Cailhol et Ismaël Halissat

Source: http://www.liberation.fr/france/2016/04/22/entre-nuit-debout-et-la-cgt-francois-ruffin-reve-de-lien_1448125

A l’approche des manifestations du Jeudi 28 Avril et du Dimanche Premier Mai 2016, le réalisateur de Merci Patron a tenté de faire converger le mouvement des Nuits Debout et le mouvement syndical. Mais cela coince.
 
François Ruffin et sa bande en sont persuadés, il faut un second souffle. Et le réalisateur de Merci Patron voit les choses en grand, un meeting commun entre le mouvement de la place de la République et les syndicats à l’issue de la traditionnelle manifestation du Dimanche Premier Mai 2016. Mais cela coince, d’un côté comme de l’autre. Pourtant, le plan était presque parfait, tout comme le calendrier. L’idée était de faire le pont entre la place de la République et Marseille, où se déroulait cette semaine le congrès de la CGT. La stratégie était de débarquer en plein débat cégétiste avec un mandat du mouvement des Nuits Debout pour faire déboucher le cortège syndical place de la République. Sauf que rien ne s’est passé comme prévu.
 
L’équipe du journal Fakir, dont François Ruffin est le rédacteur en chef, a donc organisé, Mercredi 20 Avril 2016, à la bourse du travail de Paris, une soirée intitulée « l'étape d’après ». Le but était de réfléchir à l’avenir du mouvement des Nuits Debout pour les semaines à venir. Le lieu est symbolique. C’est dans cette même salle que, le 23 février 2016, est sortie du chapeau l’idée de ne pas rentrer chez soi après la manifestation du Jeudi 31 Mars 2016. Depuis cette date, la place de la République vit au rythme du mouvement chaque soir, des prises de parole d’environ deux minutes s’y enchaînent. Chacun vient énoncer ses galères et passer des appels à la mobilisation. A côté, les commissions thématiques et logistiques organisent la vie de la place et offrent des espaces de discussions collectives. Mais pour certains, cela manque de concret. « Les assemblées générales sont interminables et ne permettent pas de faire émerger des propositions concrètes », résume François Ruffin. D’où sa démarche et la question qu’il pose, comment le mouvement peut-il se positionner à l’approche des deux journées d’action du Jeudi 28 Avril 2016 contre la loi travail et celle du Dimanche Premier Mai 2016 ?
 
Méthode qui fâche
 
Mercredi 20 Avril 2016, dans une salle archicomble, le journaliste détaille sa stratégie, « je souhaite qu’on fasse un très gros premier mai, que la manifestation se termine place de la République et que nous fassions un meeting avec les syndicats qui sont opposés à la loi travail ». Pendant près de deux heures, tous les intervenants invités par Fakir vont dans le même sens, le rapprochement avec les syndicats doit être la prochaine étape du mouvement des Nuits Debout. Pour finir, la parole est donnée à la salle. C’est là que les choses se compliquent. Même si une grande majorité des personnes présentes est favorable à la proposition de François Ruffin, la méthode fâche ceux qui ont l’impression d’être face à une avant-garde éclairée et retranchée à l’écart de la place. D’autant qu’ils n’ont qu’une seule minute chacun pour s’exprimer. « Nous n'avons pas attendu les intellectuels pour avoir l’idée de se mobiliser massivement pour le premier mai », lance quelqu’un. Lorsque la salle se vide dans le brouhaha, François Ruffin se prend la tête entre les mains. La soirée a fini en queue de poisson. « Je n’ai pas réussi à obtenir un mandat de la salle pour porter cette proposition à l’assemblée générale du mouvement des Nuits Debout », constate-t-il, quelques jours après.
 
Du côté de la CGT, l’appel de François Ruffin, était pourtant plus que bienvenu. Et pour cause, lors de leur congrès à Marseille, nombre de cégétistes l’ont répété en boucle, ils veulent que leur syndicat propose une « nouvelle impulsion » à la contestation contre la loi travail. Pour beaucoup, cette dernière doit passer par la « grève générale et reconductible », mais aussi par un rapprochement avec les mouvements citoyens.
 
D’autant que, depuis le début du mouvement des Nuits Debout, ils sont plusieurs, à titre personnel, à avoir fait un tour sur la place de la République, ou dans les autres lieux de rassemblement en France. Et parfois au nom de leur syndicat, comme Karl Ghazi, de la fédération du commerce de la CGT, invité à s’exprimer devant l’assemblée parisienne, Samedi 9 Avril 2016. Ou encore des membres du syndicat de l'information et de la communication. Pour appuyer une telle « convergence », certains syndicalistes de la CGT, notamment du Syndicat National des Journalistes (SNJ) de la CGT, auraient d’ailleurs bien aimé voir François Ruffin venir à la tribune du congrès. « La demande a été faite. Ce film est un succès, il faut s’appuyer dessus », expliquait, Mercredi 20 Avril 2016 à Marseille, un syndicaliste. Mais la direction est restée muette. Quant à Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT, il expliquait que François Ruffin était « le bienvenu », mais sans lui garantir l’accès au micro. Une frilosité qui en agaçait plus d’un dans les couloirs du congrès, accusant le syndicat de se « croire un peu seul au monde ».
 
Têtes de pont
 
L’idée d’un grand premier mai sous le signe de la convergence est-elle pour autant enterrée ? Ce n'est pas si sûr. Certes, pour beaucoup, François Ruffin est un peu « fatigué » et pourrait prendre de la distance. Mais, malgré tout, l’idée a commencé à prendre. Ainsi, pour l'Union Syndicale Solidaire (USS), présente au côté du mouvement des Nuits Debout depuis le début, l’idée est hautement souhaitable. Eric Beynel, son porte-parole, le sait, le parcours de la manifestation parisienne du premier mai est déjà décidé, ce sera de la place de la Bastille à la place de la Nation, « mais nous pouvons le prolonger », explique-t-il. Du côté de la CGT, la direction n’a encore rien décidé, « pour ce qui est de se rendre sur la place, cela se discutera collectivement, si nous sommes sollicités », explique Catherine Perret, secrétaire confédérale, et notamment avec les autres centrales et les organisations de jeunesse. « Tout peut être ouvert », assure-t-elle. Pour appuyer l’initiative, des militants évoquent aussi un appel qui pourrait être signé par plusieurs têtes de pont de la CGT. Une chose est sûre, les syndicats réformistes, la Confédération Française et Démocratique du Travail (CFDT), la Confédération Générale des Cadres (CGC) et la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens (CFTC), ne seront pas là.
 
Mais la CGT Force Ouvrière ne sera pas là non plus. Certes, le syndicat, contrairement à son habitude, défilera bien le premier mai avec la CGT « parce qu’il est dans la bagarre contre le projet de loi ». Mais la centrale « restera sur le terrain syndical », ajoute Michèle Biaggi, secrétaire confédérale, et n’appellera donc pas à se rendre place de la République. Quant à François Ruffin, il jure, un peu las, avoir en main, un plan B « moins ambitieux ».


Ensemble prend position

Source: https://www.ensemble-fdg.org/content/communique-de-ensemble-debout-pour-gagner-le-retrait-de-la-loi-travail

Le 23 avril 2016.

70% de la population rejette ce projet de loi. F. Hollande ne veut pas entendre. Il ne veut pas la retirer. Rejetés par leurs anciens électeurs, le tandem Hollande-Valls s'obstine.

Ce gouvernement tente de désamorcer la mobilisation avec quelques rectifications. Le fond du projet reste : l'inversion des normes en faveur de l'accord d'entreprise et la banalisation des licenciements économiques, notamment.

Des dizaines de milliers de manifestantEs et de participantEs à Nuit debout à Paris et dans de nombreuses villes affirment la rupture entre le peuple de gauche et le gouvernement.

Tout faire pour mettre dans la rue des millions de personnes est essentiel : c'est tout l'enjeu des manifestations du 28 avril et du 1er mai, auxquelles « Ensemble! » participera.

Le débat parlementaire commence début mai.

Engageons la campagne pour demander aux députéEs de ne pas voter la loi travail.

Nuit debout : le déclic qui manquait pour rassembler, faire tomber les barrières, redonner confiance et envie d'une autre société. C'est comme un parfum de Mai 68 !

Le rapport de force nécessaire c'est bloquer le pays, décider la grève reconductible dans les assemblées générales.

Nous voulons un code du travail qui protège les salariéEs et non pas qui précarise, facilite les licenciements et détruit les droits sociaux.

Nous voulons la priorité à l'emploi par la réduction du temps de travail à 32h, la création des emplois nécessaires dans tous les services publics et pour la transition écologique et énergétique.

Il faut les contraindre à retirer cette loi.

Nous pouvons gagner.

Ouvrons la voie à une politique alternative à celle du Medef et du gouvernement.

C'est le sens de la lettre ouverte : Pour une « Gauche debout » rassemblons-nous.

 


Un pouvoir qui matraque la jeunesse est faible et méprisable, appel

Source: http://www.stoprepression.unblog.fr/2016/04/18/appel-un-pouvoir-qui-matraque-la-jeunesse-est-faible-et-meprisable-2

Samedi 16 Avril 2016


 
Un collectif composé de plus de trois cents universitaires, artistes et militants associatifs, lance un appel pour dénoncer violences et dérives policières qui se généralisent depuis l'instauration de l'état d'urgence.
 
Depuis le mois de novembre 2015 et la proclamation de l’état d’urgence, l'état de la régression sociale et de la matraque a brutalement accéléré sa décomposition. Sa soumission à un capital piaffant d’impatience de pouvoir exploiter et jeter n’importe qui, quand et comme cela lui chante, est radicalement décomplexée. Le nombre de celles et ceux qui, se battant sans courber l’échine pour leur dignité, leur avenir, ou tout simplement leur quotidien, peuvent être traînés devant les tribunaux, traités comme des terroristes et, à l’image des Goodyear, condamnés à de la prison ferme, ne cesse de croître. Au même rythme ont progressé les violences policières les plus méthodiques.
 
La jeunesse étudiante et lycéenne en fait les frais depuis plusieurs semaines, à un niveau de répression proprement insoutenable. Les trois cent et quelques arrestations lors de la manifestation du 29 novembre 2015 place de la République à Paris, contre la conférence climatique étaient bien un avant-goût. Depuis le 17 mars 2016 et l’expulsion violente d’un groupe d’étudiants de l’université de Tolbiac, chaque journée de mobilisation des jeunes occasionne un crescendo dans les gazages, les matraquages et les interpellations. Quelle honteuse hypocrisie quand Bernard Cazeneuve se dit « choqué » de la violence par laquelle un jeune de quinze ans, du lycée Henri Bergson à Paris, avait été le 24 mars 2016 tabassé par trois policiers surarmés.
 
Une mécanique indigne
 
Le 5 avril 2016, ce sont encore plus de cent trente lycéens, gazés et matraqués par des Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS) et policiers en civil, qui ont été interpellés avant même d’arriver à la manifestation prévue place de la Bastille. Quant au 14 AVRIL 2016, le nombre de casques, de tonfas, de gazeuses et de boucliers destinés à enfermer le cortège parisien pourtant pacifique était tellement important, un drone couvrant carrément la zone, que des passants ont demandé si c’était une manifestation de policiers. La liste est longue et le procédé n’est pas seulement parisien. Nantes, Rennes, Lyon, Strasbourg, Montpellier, Rouen, Caen, Grenoble et Toulouse, l’ont également subi. Et, bien sûr, les grévistes de Mayotte.
 
Combien de crânes ouverts et autres blessures graves, d’hospitalisations comme de points de suture, de tirs de flashballs, d’insultes, de menaces et d’arrestations jusque devant les lycées, de gardes à vue et de procès, avant que nous ne cessions de tolérer cela ? Combien de Malik Oussekine, combien de Rémi Fraisse, finiront-ils par s’autoriser, combien d’Amine Bentounsi, de Zyed Benna, de Bouna Traoré et de violences policières quotidiennes dans les quartiers populaires surviendront encore, si nous ne mettons pas un terme à cette mécanique aussi sinistre qu’indigne ?
 
Une telle violence exprime bel et bien l’infini mépris à l’égard de ces jeunes que François Hollande avait prétendu mettre au cœur de son mandat.
 
C’est ce pouvoir qui matraque la jeunesse qui est aussi faible et apeuré que méprisable. Il tremble devant elle, car sa radicalité n’est pas contrôlable.
 
Il sait que la colère et la solidarité des jeunes contre ce qui n’offre que désespoir, misère et régression, grandissent. Il n’a pas oublié l’influence déterminante qu’elles et ils peuvent avoir sur l’ensemble des travailleurs. La façon incroyablement violente dont les CRS ont « accueilli » les étudiants venus rencontrer les cheminots de la gare Saint Lazare à Paris, Mardi 12 Avril 2016, et arrêté arbitrairement l’un d’entre eux, illustre avec éloquence sa hantise à l’égard de toute jonction des étudiants et des salariés.
 
Alors que des politiciens, jusque dans les rangs du Parti Socialiste, veulent aller jusqu’à dissoudre le mouvement des Nuits Debout, le gouvernement, profitant de l’ambiance entretenue par un black out aussi complet que complice de la part des grands médias, lâche ainsi quelques miettes d’un côté tout en laissant, de l’autre, se succéder des journées saute moutons qui, à elles seules, l’impressionnent peu. En tout cas bien moins que cette jeunesse déterminée qu’il cherche, à l’orée des vacances scolaires, à briser par la force.
 
Laisser la matraque impunie, c’est porter aussi une immense responsabilité. La condamnation de cette violence récurrente devrait être sans appel, or, on est encore bien en-deçà du nécessaire à l’échelle nationale. Les prises de position locales, lorsqu’elles existent, de partis, syndicats et associations en tout genre, ou encore au sein de corporations comme les enseignants et universitaires, restent largement insuffisantes à ce jour pour briser l’omerta. Il n’y a rien à relativiser ni à nuancer. Il est grand temps de se déshabituer de ce qui n’a aucune justification possible, sinon l’arbitraire des princes de l'état policier et de la bourse de Paris. Il est grand temps qu’avec les étudiants, les lycéens et les travailleurs qui se battent non seulement contre un projet de loi inique, mais de plus en plus aussi pour une vie qui ne soit pas une simple survie, nous fassions masse pour y mettre fin.
 
Plus de trois cent personnes, universitaires, artistes, éditeurs, syndicalistes, militants associatifs et professionnels de santé, ont d’ores et déjà signé cet appel.
 
Premiers signataires
 
Jean-Claude Amara, Alain Bihr, Houria Bouteldja, Gianni Carrozza, Pierre Cours-Salies, Patrick Farbiaz, Eric Fassin, Bernard Friot, Eric Hazan, Stathis Kouvélakis, Olivier le Cour Grandmaison, Laurent Lévy, Frédéric Lordon, Michael Löwy, Pierre Stambul, Olivia Zémor...


Maya, militante révolutionnaire et féministe (1937- mars 2016), témoignage et hommage de Josette Trat


La dernière fois que j’ai vue Maya, ce fut lors de l’enterrement de Muriel Naessens, membre du Planning familial du 93, féministe chaleureuse et animatrice du théâtre de l’opprimé. Il y avait beaucoup de monde. Maya était très affaiblie et l’on sentait qu’elle avait fait un immense effort pour venir jusqu’au Père-Lachaise partager ce moment d’émotion. Cette cérémonie fut aussi l’occasion de découvrir les multiples facettes de la vie de Murielle. Comme on découvre ou redécouvre aujourd’hui les mille et une vies de Maya à travers les nombreux hommages qui lui sont rendus ou dans l’entretien qu’elle a accordé à Margaret Maruani et Rachel Silvera en 20131. Née en 1937 à Riga en Lettonie, Maya était la fille d’un couple d’intellectuels, juifs et communistes (du moins son père) venus se refugier dans le Paris du Front populaire. La vie de la jeune Maya fut très mouvementée, marquée par la guerre et la crainte des nazis, puis les voyages : celui, très jeune, en Afrique du Sud, pays de l’Apartheid, pour rencontrer son grand père maternel ; celui à Genève pour échapper aux contrôles de la police française après avoir aidé, avec sa famille, la résistance algérienne ; aux USA où elle s’est engagée avec le mouvement étudiant dans la lutte pour les droits civiques des « noirs ». Ce fut ensuite un long séjour de huit ans dans la Cuba révolutionnaire dont elle fut expulsée en 1971 pour ses critiques contre l’évolution du Régime. Elle rentre alors à Paris, le Paris de l’après mai 1968 et de l’émergence spectaculaire du nouveau mouvement féministe.

A partir de cette date, elle n’a pas cessé de mener de front un combat politique au sein ou à côté de la gauche radicale2et un combat féministe qui devint le centre de son engagement. Elle cofonda le MLAC3 en 1973, mouvement unitaire qui osa braver la loi en pratiquant des avortements illégaux et joua un rôle décisif dans la création d’un rapport de force en faveur de la liberté de l’avortement et de la contraception. Face à la mobilisation sans précédent de dizaines de milliers de manifestant.es dans toute la France, le nouveau gouvernement de Giscard d’Estaing fut contraint de reconnaître aux femmes le droit à « l’interruption volontaire de grossesse » à la fin de 1974, mais avec des restrictions et sans remboursement. Après le vote de cette loi, une partie des féministes prit du recul. Maya, quant à elle, continua à mobiliser les énergies s pour faire appliquer cette loi, pour obtenir le remboursement de cet acte en 1982, la levée des restrictions et favoriser la diffusion de la contraception, en 2001. Entretemps, Elle cofonda de manière unitaire la CADAC en 1990 pour faire échec aux commandos anti-avortement à la solde de l’extrême droite et des catholiques intégristes qui sévissaient régulièrement sur certains marchés, dans les hôpitaux ou les cliniques pour intimider les femmes qui souhaitaient avorter ainsi que les personnels médicaux ou paramédicaux. C’est grâce à la CADAC que fut obtenue la création en 1993 du délit d’entrave à la loi sur l’IVG. Mais le droit à l’avortement ne fut pas le seul axe de luttes pour Maya. Elle créa avec Suzy Rojtman, Simone IFF et Nathalie Bourdon, le Collectif féministe contre le viol en 1985, en plein creux de la vague féministe.

Le mouvement féministe en France ne se résume pas à l’action de certaines personnalités, loin de là. Mais Maya en fut effectivement un des piliers grâce à sa détermination, sa fibre internationaliste et sa boussole « luttes de classes ». Pour elle, comme pour nous, la lutte contre l’oppression des femmes était inséparable de la lutte contre l’exploitation capitaliste. C’est pourquoi elle fut partie prenante de toutes les initiatives contre le développement du temps partiel et de la précarité imposées aux salariées aux côtés d’autres féministes investies dans le travail syndical ou en lien avec des chercheuses du GEDISST4. Elle apporta son soutien, avec d’autres, à la lutte de femmes salariées comme celle des infirmières et de leur coordination entre 1989 et 1991. Un peu plus tard elle rejoignit le comité de soutien aux femmes de l’ex-Yougoslavie, victimes de violences spécifiques et du viol comme arme de guerre.

L’activisme de Maya pouvait fatiguer certaines mais bien souvent elle avait un sens de l’initiative remarquable. Après l’élection de J. Chirac aux présidentielles de 1995 qui avait offert certains ministères aux membres de l’Opus Dei et les menaces qui pesaient sur les droits des femmes, Maya fut de celles qui réussirent à convaincre la majorité des associations féministes mais aussi des associations antifascistes comme Ras-Le-Front, différentes composantes du mouvement syndical dont la CGT, l’extrême gauche et le PCF, à faire une grande manifestation, pour les droits femmes, pour le droit à l’emploi et contre l’ordre moral en particulier. Ce fut le 24 novembre 1995. Un immense succès malgré (ou à cause) de la grève des cheminots qui commença la veille. 40 000 personnes se retrouvèrent à Paris pour dénoncer la politique gouvernementale et la montée de l’extrême droite ; anciennes et nouvelles féministes, femmes et hommes se retrouvèrent au coude à coude, CGT et PCF manifestant pour la première fois aux côtés des associations féministes 5. Le lendemain commençait le grand mouvement social de 1995. Dans la foulée se créa le Collectif national pour les droits des femmes qui organisa en 1997 les Assises pour les droits des femmes auxquelles participèrent 2000 personnes (dont une majorité de femmes), venues de tous les horizons.

C’est au cours de toutes ces décennies que Maya sut nouer de nombreux liens avec les animatrices et animateurs de multiples luttes, coordinations et collectifs divers mais aussi avec certains élu.es de la gauche, des Verts, des syndicalistes des deux sexes ou responsables de la Gauche radicale et plusieurs chercheuses. Tous ces contacts se retrouvaient dans un carnet d’adresses boursoufflé qu’elle trimballait et oubliait partout. Il ne s’agissait pas tant de satisfaire son égo personnel que de travailler au corps les différents secteurs de la société en mouvement et de les alerter sur l’urgence de se mobiliser en faveur des droits des femmes et du combat féministe. Elle nous sollicitait toutes et tous pour tenter de mieux comprendre également les bouleversements survenus dans les rapports de force politiques et sociaux en France et sur le plan international « après la chute du mur de Berlin » en 1989. Comme nous, elle chercha à lutter contre les guerres relancées par Bush père et fils, en Irak, en Afghanistan etc. les politiques d’austérité et les crises financières imposées non seulement aux peuples du Sud mais dans tous les pays occidentaux etc. Comme nous elle fut catastrophée par la remontée de l’extrême droite, du racisme à l’égard des personnes immigrées et de leurs enfants né.es en France, des intégrismes religieux tant aux USA, qu’en Israël, en Algérie etc. Comme nous elle se solidarisa avec les féministes algériennes molestées et menacées d’assassinat dans leur pays, et dont certaines ont trouvé asile en France. C’est dans ce contexte que la question du voile à l’école a émergé en France en 1989 et a rebondi en 2003-2004 (et régulièrement depuis) quand Jacques Chirac a décidé d’interdire le port de signes religieux « ostentatoires » dans l’école publique, avec l’accord des socialistes. Loi qui fut ressentie très largement par les jeunes des quartiers populaires comme une loi discriminatoire visant la religion musulmane. J. Chirac avait réussi son coup : l’ensemble du mouvement social (associations féministes, syndicats, forces de gauches ou d’extrême gauche etc.) s’étripa pour ou contre la loi. Le CNDF risquait d’éclater dans ce climat hystérique. C’est pourquoi il ne se prononça pas sur la loi elle-même. Il organisa lors d’une rencontre nationale un débat approfondi sur la laïcité, les normes religieuses et le corps des femmes, le racisme et les discriminations pour aboutir à une position consensuelle. A la suite de cette réunion, une tribune fut publiée dans Libération le 27 janvier 2004 intitulée contre le racisme et pour les droits des femmes, signée par trois militantes Suzy Rojtman, Maya Surduts, Josette Trat.

La violence des invectives échangées sur cette question, entre féministes, n’a pas réussi à démoraliser Maya qui a continué à mettre toute son énergie contre la fermeture des maternités de proximité et le droit à la santé pour toutes et tous ou à organiser la solidarité avec la lutte des femmes dans les pays du Moyen orient qui se sont soulevés contre les dictatures comme en Tunisie ou en Egypte, en 2011. Nul doute que Maya aurait aimé être des nôtres dans les manifestations contre la loi El Khomri, ou sur la Place de La République. Nul doute qu’elle n’aurait pu s’empêcher de faire la leçon aux plus jeunes du haut de ses 79 ans, sans craindre de les agacer … Car Maya, cette grande gueule, n’avait peur de rien et est restée une militante passionnée par les débats et les mouvements sociaux, jusqu’à son dernier souffle.

Notes :

1 Travail, Genre et Société, n°29, en libre accès actuellement en hommage à Maya.

2 D’abord à Révolution, puis bien plus tard à la Ligue communiste révolutionnaire et enfin, à Ensemble.

3 Association dirigée par l’avocate féministe Monique Antoine dans laquelle se retrouvaient le Planning familial, des syndicalistes de la CFDT, différentes composantes de l’extrême gauche, des médecins des deux sexes etc. mais d’où étaient absents la CGT et le PCF.

4 Groupe d’études sur la division sexuelle et sociale du travail, Groupe de recherche du CNRS longtemps dirigé par Danièle Kergoat.

5 Comme nous le disait souvent Maya, c’était « Après la chute du mur de Berlin…». Pour une analyse plus détaillée du courant « féministe-luttes de classe » cf. Josette Trat (coordinatrice), Les Cahiers du féminisme, dans le tourbillon du féminisme et de la lutte des classes, éditions Syllepse 2011.


La pétition
Qui sommes nous ?

Pourquoi je signe cette pétition: Frédéric Lordon dans un discours place de la République a parfaitement résumé ce que je pense(RD)...

«  la seule chose dont nous pouvons être sûrs, c’est qu’aucune alternative réelle ne peut naître du jeu ordinaire des institutions de la 5e République et des organisations qui y flottent entre deux eaux le ventre à l’air. Cet ordre finissant, il va falloir lui passer sur le corps. Comme l’ont abondamment montré tous les mouvements de place et d’occupation, la réappropriation politique et les parlementarismes actuels sont dans un rapport d’antinomie radicale : la première n’a de chance que par la déposition des seconds »...

Frédéric Lordon

Depuis le 31 mars nous, citoyens-nes, sommes installés-ées en toute légalité sur différentes places dans nos villes.  Ces rassemblements pacifiques, ouverts et populaires visent à réinvestir l’espace public pour échanger, débattre et construire ensemble.

Malgré les dispersions arbitraires de la police, malgré la pluie et les difficultés matérielles, malgré des tentatives d’infiltration et de récupération par des réseaux d’extrême droite, notre mouvement a réuni chaque jour et chaque nuit des milliers de citoyens-nes différents-es mais DEBOUT partout en France et des soutiens partout dans le monde.

Une foule toujours plus nombreuse de citoyens-nes concernés-ées, engagés-ées ou tout simplement curieux-ses, des femmes et des hommes de tous âges, de tous milieux sociaux, passent sur les lieux de ces différentes nuits debout, participent aux débats et manifestent leur soutien.
Si besoin était, cela confirme l’échec manifeste du travail permanent d’exclusion des citoyens-nes mené par les dirigeants politiques et les faiseurs médiatiques d’opinion.

Pourquoi cette pétition ?

Cette pétition ne porte pas d'autre revendication que de permettre à tous ceux et celles qui veulent participer à une #NuitDebout de pouvoir s'organiser et le faire.
A ceux et celles qui veulent tout simplement apporter leur soutien de pouvoir le faire en deux clics.
Cette pétition est donc un moyen de nous compter localement et globalement.  Nous vous demandons de signer et partager massivement.

Je signe : http://petition.nuitdebout.fr/fr


Espagne: Les négociations pour la formation d’un nouveau gouvernement

Source : http://www.elmundo.es/espana/2016/04/08/57079c32e2704e88658b459a.html

Le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) et Ciudadanos disent que « les dernières propositions de Podemos sont des ruses pour rompre les négociations »

Le porte-parole socialiste au congrès accuse Pablo Iglesias de « fermer la porte à un gouvernement de changement » et le numéro deux de Ciudadanos regrette que « les thèses immobilistes ont triomphé » dans la formation violette.

Podemos demande à ses militants s’ils sont d’accord pour soutenir un « gouvernement basé sur le pacte entre Albert Rivera et Pedro Sanchez »

Le PSOE et Ciudadanos ont critiqué Vendredi 8 Avril 2016 l'attitude du leader de Podemos, Pablo Iglesias, qui a considéré que les négociations entre les trois formations pour former un gouvernement étaient terminées, avant même que le PSOE et Ciudadanos répondent à ses propositions. Les portes paroles des deux formations considèrent que les propositions du secrétaire général de Podemos dans la réunion n’étaient pas de véritables propositions, mais« une ruse pour casser » l'accord entre le PSOE et la formation orange.

Le porte-parole du PSOE au congrès, Antonio Hernando, a accusé Podemos de « fermer la porte à un gouvernement de changement » et de ne pas vouloir négocier. « Il n’a jamais quitté la porte de sortie. Tout a été un artifice », a-t-il résumé.

Antonio Hernando a dit qu’il a été « surpris et indigné » par la conférence de presse du secrétaire général de Podemos, Pablo Iglesias, dont l'attitude n’a été « ni honnête, ni sincère ».

Le leader socialiste a critiqué le document que Podemos a présenté Jeudi 7 Avril 2016, en particulier le dix neuvième point qui reconnaît le droit de décider et le vingtième point pour un gouvernement de coalition des partis de gauche sans Ciudadanos.

À son avis, en  proposant la convocation d’un référendum interne, Podemos a montré qu’il ne voulait pas négocier un accord. « Pablo Iglesias a agité un chiffon », a-t-il dit. « Il se moque », a-t-il dit, « de notre opinion sur le document qu'il a mis sur la table et, lorsque nous avons étudié le document, il a considéré que les négociations étaient rompues ».

Les socialistes disent qu'ils vont continuer à travailler et à faire ce qu'il faut pour un gouvernement de changement. Mais ils sont conscients que les options ouvertes sont maintenant pratiquement impossibles. Antonio Hernando a comparé l'attitude de Podemos avec celle du Parti Populaire. Comme il l’a dit, « Pablo Iglesias vit mieux avec Mariano Rajoy comme premier ministre et contre Pedro Sanchez et le PSOE ».

Le secrétaire général de Ciudadanos, José Manuel Villegas, a constaté que « nous sommes allés à la réunion avec un document de rupture. Il y a eu un moment un débat à l’intérieur de Podemos pour ou contre les négociations, mais ce sont les thèses immobilistes qui ont triomphé », a-t-il déploré.

Ciudadanos, à partir de maintenant, va essayer de convaincre le Parti Populaire de faire un accord avec le PSOE et Ciudadanos, comme ils l'ont déjà fait avec le parti nationaliste basque (PNV), Podemos et Compromís pour discuter d’un accord avec ces deux partis. « L'invitation que nous lui avons faite par écrit il y a un mois est toujours en vigueur », a déclaré José Manuel Villegas, « nous espérons qu’il sera enfin prêt à parler et à négocier ».


Boycott des produits israéliens, la Cour Européenne des Droits de l'Homme (CEDH) saisie, par Jean-Baptiste Jacquin

Source : http://www.france-palestine.org/Boycott-des-produits-israeliens-la-CEDH-saisie

Vendredi 8 Avril 2016
 


L’appel au boycott de produits israéliens va-t-il rester illégal en France ? Le débat resurgit six mois après les deux arrêts de la cour de cassation qui avaient tranché la question, provoquant un certain émoi. Six personnes condamnées pour avoir, le 26 septembre 2009 pour les unes et le 22 mai 2010 pour les autres, participé à une manifestation dans un magasin Carrefour à Illzach, près de Mulhouse, « appelant au boycott des produits en provenance d’Israël » viennent de déposer des recours auprès de la CEDH. Dans ses décisions du 20 octobre 2015, la plus haute juridiction française a considéré que ces actions étaient constitutives du délit de « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une nation, une race, ou une religion déterminée ». Elle a confirmé les amendes prononcées par la cour d’appel de Colmar contre ces militants du mouvement Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS), qui mène des actions dans le monde entier pour contester la politique de l'état d’Israël à l’égard des territoires occupés.
 
Pour Antoine Comte, l’avocat du BDS qui a introduit ces recours devant la CEDH, la décision de la cour de cassation viole le dixième article de la convention européenne des droits de l’homme sur la liberté d’expression. Il souligne que ces appels au boycott visent des produits et non des personnes et qu’ils font partie « d'une critique pacifique de la politique d’un état relevant du libre jeu du débat politique, au cœur de la notion de société démocratique ».
 
Circulaire de 2010
 
Quelle position la France va-t-elle adopter devant la CEDH ? La question se pose alors que le ministre de la justice, Jean-Jacques Urvoas, a pris position, du temps où il était président de la commission des lois de l'assemblée nationale, contre cette jurisprudence. Dans une lettre adressée le 20 novembre 2015 à Christiane Taubira, alors garde des sceaux, Jean Jacques Urvoas écrivait notamment que « l'incitation à punir ce militantisme constitue une atteinte à la démocratie et aux libertés fondamentales, telles que la liberté d’expression, qui ne doivent faire l’objet de limitations qu’en cas de déclarations ou de faits inacceptables et contraires aux valeurs républicaines ». Dans le cas présent, aucune dégradation, aucune entrave au fonctionnement du magasin Carrefour, qui n’a d’ailleurs pas porté plainte, et aucun propos antisémite n'a été relevé lors des manifestations incriminées. Il est arrivé que de tels délits soient constatés lors d’autres manifestations organisées par le BDS ou d’autres mouvements pro-palestiniens et soient dûment sanctionnés.
 
Mais la France a décidé depuis 2010, alors que Michèle Alliot-Marie était ministre de la justice du gouvernement de François Fillon, de poursuivre systématiquement et spécifiquement les appels au boycott de produits israéliens. « Il est impératif d’assurer de la part du ministère public une réponse cohérente et ferme à ces agissements », précisait ainsi une circulaire adressée à l’ensemble des procureurs généraux.
 
C’est notamment pour demander à la garde des sceaux d’abroger cette circulaire que le président de la commission des lois a pris la plume au mois de novembre 2015. Devenu ministre, Jean Jacques Urvoas ne semble pas pressé de s’exprimer sur le sujet. « Aucun commentaire », nous répond sa porte-parole. Dans cette lettre que le Monde a pu consulter, le député du Finistère citait d’autres arguments en faveur de l’abrogation. Notamment le fait que dix-sept pays de l’Union Européenne, « conformément aux lignes directrices des relations entre l'Union Européenne et Israël, déconseillent aux entreprises de leurs pays de se livrer à des échanges commerciaux avec les entreprises israéliennes installées dans les territoires occupés ».
 
Hésitations et contradictions
 

Une autre série d’arguments seront débattus devant la cour de Strasbourg. L’avocat du BDS estime que la France viole le septième article de la convention européenne des droits de l’homme, selon lequel « nul ne peut être condamné pour une action ou une omission qui, au moment où elle a été commise, ne constituait pas une infraction d’après le droit national ou international ». Pour Antoine Comte, tel n’est pas le cas au regard des hésitations et contradictions, relaxes et condamnations, entre les décisions judiciaires de différents tribunaux correctionnels et cours d’appel qui ont été saisis de ce type d’affaires depuis cinq ans. « La cour de cassation a pris des décisions tranchées qui restreignent des libertés fondamentales alors qu’un débat est en cours depuis de nombreuses années et divise en profondeur l’opinion française ». L’écart entre l’analyse exposée par Jean Jacques Urvoas dans sa lettre et les propos de Manuel Valls, qui a effectué au mois de mars 2016 un parallèle entre antisionisme et antisémitisme, témoigne de ces divergences.
 
Les questions posées à la CEDH, si elles sont considérées recevables, ne seront pas tranchées avant 2017. D’ici là, c’est la jurisprudence de la cour de cassation qui s’impose. Le ministère de l’intérieur a manifestement choisi de l’appliquer avec zèle. La préfecture de police de Paris a par exemple autorisé le 15 février 2016 une manifestation du Parti Communiste Français (PCF) devant la mairie de Paris en prenant soin de spécifier « qu'il est interdit par paroles, écrits, dessins, images et tout autre moyen d’expression d’appeler au boycott des produits israéliens ». Et de préciser que « toute personne enfreignant cette interdiction sera interpellée ».

 


Signez le texte de la CGT Goodyear en vue du 51e congrès de la CGT, par CGT Goodyear Amiens Nord

9 avril 2016

Si vous êtes adhérent de la CGT vous pouvez signer le texte en allant sur

Source: http://www.retraitloitravail.com/confede

Si vous voulez nous soutenir pour organiser le 28 avril à Paris la manifestation d'une ampleur sans précédent qui permettra d'imposer le retrait de la loi travail rendez-vous sur http://www.retraitloitravail.com/manif_28_avril.

Texte pour le 51e congrès signé par les adhérents de la CGT Goodyear et des milliers d'autres militants CGT :

Mais que fout la Confédé CGT ?

Mais qu'attendent-ils pour jeter toutes nos forces dans la bataille contre la loi travail ?

La CGT c'est notre organisation syndicale, elle est forte de centaines de milliers de militants. Si nous le décidons, dans les conditions actuelles nous sommes capables d'organiser à PARIS le 28 avril une MANIFESTATION UNITAIRE de plus d'un million de personnes pour arracher le retrait de la loi travail.

Nous savons que, si la CGT joue son rôle, nous allons gagner.

Lorsque notre syndicat mobilise toutes ses forces, nous sommes capables:

Donc, que fout la Confédé, pourquoi n'est elle pas aux avants postes ?

Il faut que ça change et le 51ème Congrès doit être le tournant par lequel la CGT reprend possession de ses forces.

Faisons ce que nous sommes capables de faire !

Et d'abord, décidons à notre congrès à Marseille d'organiser une manifestation d'une ampleur sans précédent le 28 avril

TOUS ENSEMBLE A PARIS pour imposer le retrait de la loi El-Kohmri


Le mouvement « Nuit Debout » révèle la réappropriation symbolique d’un territoire, par Luc Gwiazdzinski


Chercheur en urbanisme à l’Université de Grenoble, Luc Gwiazdzinski travaille sur la question de la ville et des mobilités urbaines.

Nous en sommes, ce mercredi, à la 6e nuit d’occupation de la place de la République à Paris. Que vous évoque cette réappropriation de l’espace public par le mouvement citoyen « Nuit Debout »?

Luc Gwiazdzinski: Cette mobilisation, c’est un engagement par le corps, de l’ordre du « je reprends possession de ma ville et de ma place ». On est dans la réappropriation symbolique d’un territoire, car on a besoin d’une accroche sur le réel. Et l’occupation des places joue ce rôle, car c’est le lieu où les gens se donnent rendez-vous.
Dans la jungle de Calais, où j’ai eu l’occasion de me rendre, il y avait des rues, mais surtout une place. Car il existe toujours une hiérarchie symbolique dans l’espace public. Je pense à l’Égypte notamment, ou à la Grèce.

Et pourquoi la place de la République en particulier?

L.G.: La place de la République à Paris est un symbole fort, car elle est au croisement d’une histoire longue et de revendications temporaires. Depuis les attentats de novembre, c’est devenu un lieu de rassemblement et de recueillement.
Mais on revisite en permanence la symbolique des places. Tout change, ce n’est plus le mythe de 1968. Chaque génération a droit à son rassemblement. On n’est plus dans une logique de barricades: on occupe la place pour y vivre, pour y organiser une confrontation symbolique avec les institutions.
Il est intéressant de constater que l’État a du mal à penser ce mouvement et à le contrer. Car ces mobilisations s’inscrivent dans l’interactivité et s’organisent hors du champ politique, en réinventant un urbanisme temporaire.

Quels sont les enjeux de ce mouvement?

L.G.: La question n’est pas de savoir comment la mobilisation va se traduire politiquement, car le mouvement « Nuit Debout » est déjà politique, au sens littéral du terme et hors des institutions classiques. Le véritable enjeu, ce sera la capacité du mouvement à s’étendre au-delà du périphérique. Quelles seront les places autour de Paris et de la banlieue à être investies?


« Nuit Debout » : Repousser avril pour mieux accueillir le printemps ! Par Denis Godard

Source : https://npa2009.org/actualite/social-autres/nuit-debout-repousser-avril-pour-mieux-accueillir-le-printemps

L'article de Denis Godard sur Nuit Debout dans le dernier numéro du journal du NPA

Il n’y a pas eu de 1er avril mais un 32 mars, puis un 33, un 34... Debout, tout devient possible ! Et d’abord étirer le temps, prolonger mars. Pas pour abolir avril mais le repousser pour se donner le temps de faire germer les promesses. Pour mieux accueillir le printemps. Ce Mai qui vient.

Ce qui germe à République est en effet une promesse. Une promesse que le vieux monde pourrait s’écrouler et le nouveau apparaître.

Du vieux au neuf

Le vieux ? C’est la logique du Capital, celle de l’état d’urgence, qui vise à interdire l’espace public, le surveiller, le contrôler. Le fermer, physiquement et idéologiquement, comme les frontières autour de la forteresse Europe, autour de l’idée nationale. Comme les lieux de travail le seront un peu plus avec la loi El Khomri. Comme les universités fermées pendant le mouvement. Comme les lycées contrôlés par les flics. Soumettre l’espace public à la domination de l’État, des patrons, nous précariser, nous atomiser, nous empêcher d’être ensemble, de confronter nos expériences et nos idées. Nous laisser isolés dans l’espace privé, devant la télé et le flux ininterrompu des idées dominantes.
Le nouveau c’est l’appropriation collective des rues par les manifestations, le contrôle collectif des places comme une promesse d’occupation des lieux de travail, des universités, des quartiers. La volonté que le pouvoir soit pris, pratiquement, par la majorité.
Voilà « Nuit Debout » : à Paris la place de la République est devenue lieu de forums et de débats et lieu d’organisation. Une recherche de démocratie véritable. Où ce qui fait consensus, c’est le refus global du capitalisme et ce qui est débattu est la démocratie, le rôle du travail, le lien entre les luttes, la non-violence et la violence... C’est long parfois, chaotique toujours. Mais le mouvement se cherche et apprend. Dans la jubilation souvent.

Enfin à la surface

La promesse ne germe pas de rien. Elle cristallise ce qui se préparait mais qui était invisible, souterrain et jaillit soudain à la surface. Les multiples grèves depuis un an, isolées et fragmentées. Ce que disaient les ZAD, Sivens, Notre-Dame-des-Landes. Les campements de migrantEs et la solidarité. Et puis, la colère à Air France, la solidarité autour des Goodyear, le succès des projections du film Merci patron !, l’audience d’un Frédéric Lordon.

Celui-ci écrit que «  la seule chose dont nous pouvons être sûrs, c’est qu’aucune alternative réelle ne peut naître du jeu ordinaire des institutions de la 5e République et des organisations qui y flottent entre deux eaux le ventre à l’air. Cet ordre finissant, il va falloir lui passer sur le corps. Comme l’ont abondamment montré tous les mouvements de place et d’occupation, la réappropriation politique et les parlementarismes actuels sont dans un rapport d’antinomie radicale : la première n’a de chance que par la déposition des seconds »...

Une promesse à écrire

Il a suffi d’une initiative pour cristalliser ce qui était sous-jacent. Ce dimanche 34 mars, entre 240 000 et 380 000 personnes ont suivi en direct sur internet ce qui se passait place de la République...
Bien sûr, ce n’est qu’une promesse. L’avenir est loin d’être écrit. Le pouvoir est encore là et rien n’a encore vraiment changé. Mais il y a quelque chose de profond qui a commencé à se jouer. Dimanche soir les initiateurs ont décidé de lever le camp trop fragile la nuit et appelé à revenir place de la République pour des temps forts, donnant rendez-vous mardi et samedi soir. Après les manifs du mardi.

Mais dès lundi à 18h30, des centaines ont participé à une manif’action contre la venue de Valls juste à côté de la place, aux cris de « Nuit debout, Valls à genoux ! » à 20h, plus de mille personnes se sont réunies en AG, accueillant avec enthousiasme une délégation de la Confédération paysanne venue soutenir le mouvement. à 22h, 200 intermittents et précaires sont arrivés en manif après leur AG. Et peu avant minuit, 100 réfugiés sont venus, salués par « De l’air, de l’air, ouvrez les frontières ! ».

Une chance pour le mouvement

Ce qui a rendu possible cette cristallisation, c’est le mouvement contre la loi travail, les journées de grèves et manifestations, la mobilisation de la jeunesse. En retour, ce qu’apportent les occupations de place à ce mouvement, c’est un sens, une remise en cause de toute la logique du système, une possibilité de convergence des fronts de lutte. Cette alchimie ne pourra durer et se développer sans que s’articulent ce mouvement des places et l’implantation de la lutte dans chaque lieu de travail, dans chaque fac et lycée, dans chaque quartier. Parce que la constitution d’un nouveau monde ne s’écrit pas à des milliers mais à des millions. Et pas seulement en parlant mais aussi en attaquant concrètement les citadelles du pouvoir. En remportant des victoires comme le retrait de la loi travail.
Alors, rien n’est joué d’avance. Mais ce mouvement est une chance. Une nécessité aussi. Parce que les monstres, ces figures du Capital que sont l’État policier, le nationalisme ou le fascisme, ne sont pas tapis dans l’ombre. Ils sont là et bien là. Alors il faut y aller à fond pour faire germer les promesses. Pour qu’avril amène mai. Avec le printemps.


Le patronat héberge discrètement Emmanuel Macron, par Laurent Mauduit

7 avril 2016

Source :Médiapart, https://www.mediapart.fr/journal/france/070416/le-patronat-heberge-discretement-emmanuel-macron


En annonçant la création de son mouvement « En marche », le ministre de l'économie a omis de préciser que l'adresse légale de son association était le domicile privé du directeur de l'un des principaux clubs patronaux.

Le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, a fait une petite cachotterie quand il a annoncé, mercredi 6 avril, à Amiens, la création d'un « mouvement politique nouveau », baptisé « En marche ». Affirmant qu’il ne serait « pas à droite, pas à gauche », il s’est bien gardé de préciser qu’il avait néanmoins reçu un important mais discret appui logistique, celui de l’un des clubs patronaux les plus influents, l’Institut Montaigne, créé en 2000 par Claude Bébéar, l’un des parrains du capitalisme français et figure tutélaire du groupe d’assurances Axa. Ce qui explique sans doute que le patron des patrons, Pierre Gattaz, ait chaleureusement applaudi la création de ce mouvement – une initiative « rafraîchissante », selon lui.

Il n’est en vérité pas très difficile d’établir les liens, même s’ils ne sont pas affichés, qui unissent Emmanuel Macron à l’Institut Montaigne. Il suffit de se rendre sur le site Internet que le ministre de l’économie vient d’ouvrir, pour présenter son mouvement. Il est ici : « En marche ». On peut ensuite consulter la page de ce site qui en présente les mentions légales : elles sont là.

On découvre alors que le « directeur de la publication » du site Internet du mouvement s’appelle Véronique Bolhuis, et que « ce site est édité par En Marche, association loi 1901, 33 rue Danton, 94270 Kremlin-Bicêtre ». Or le nom de la directrice du site – qui préfère visiblement l’appellation de… directeur – comme l’adresse révèlent les coulisses cachées de la création du mouvement d’Emmanuel Macron.

Véronique Bolhuis est en effet la compagne de Laurent Bigorgne, qui est le directeur de l’Institut Montaigne. Et l’association « En marche » a pour domiciliation l’adresse du… domicile privé de Véronique Bolhuis et Laurent Bigorgne. CQFD ! Le directeur de l’un des mouvements patronaux les plus influents héberge bel et bien, avec sa compagne, le mouvement politique créé par le ministre de l’économie. Nous avons téléphoné au numéro indiqué sur cette page de mentions légales pour les contacts de presse, et l’on nous a confirmé, avec un peu de gêne, ce que cachait cette adresse au Kremlin-Bicêtre. En bref, l’Institut Montaigne roule donc pour Emmanuel Macron. À moins que ce ne soit l’inverse…

Quelques instants après la mise en ligne de notre article – pas plus de cinq minutes –, le site Internet d'Emmanuel Macron a, certes, modifié le texte figurant dans les mentions légales : le nom de Véronique Bolhuis a disparu comme l'adresse précise. Mais nous avions évidemment pris la précaution de faire une capture d'écran du site dans sa première mouture.

On se dira certes que cela n’a rien de très surprenant. Car l’Institut Montaigne est l’un des « think tanks » réactionnaires du patronat qui pèse le plus sur la vie publique. C’est lui par exemple qui a inventé ce « choc de compétitivité » que Nicolas Sarkozy avait repris à son compte, et que François Hollande avait dénoncé lors de la campagne présidentielle, avant de retourner sa veste, et d’en faire l’axe majeur de sa politique économique.

On comprend donc que le président du Medef, Pierre Gattaz, ait chaleureusement applaudi, ce jeudi matin, sur France Inter, la création de ce mouvement « En marche ».

Si le patron des patrons s’est montré si enthousiaste, jugeant que cette initiative était « rafraîchissante » – il a répété deux fois le terme –, c’est en effet qu’il s’agit d’une histoire de famille. Ancien associé gérant de la banque Rothschild, ministre du patronat, Emmanuel Macron crée, sans grande surprise, un mouvement politique fait pour défendre les intérêts de ceux dont il est le mandant. La petite cachotterie sur l’appui logistique dont dispose le ministre met donc au jour l’autre supercherie de l’opération, quand Emmanuel Macron prétend que son mouvement sera ni de gauche ni de droite. Pierre Gattaz dit cela aussi sans cesse du Medef. Et comme on le sait, on n’est pas obligé de le croire…
Avis donc aux amateurs ! Il est possible d'adhérer à l'association « En marche ». Mais mieux vaut savoir avant que c'est une annexe de l'Institut Montaigne et du Medef…


France : Quelque chose a changé dans la situation sociale et politique, par Olivier Besancenot et François Sabado, militants du Nouveau Parti Anticapitaliste( France)

Un texte de Olivier Besancenot et de François Sabado sur la situation en France écrit pour des lecteurs espagnols (revue "Viento Sur") et traduit en français sur le site "Europe solidaire" . J.

Source: http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article37607

Ce 31 mars, un million de personnes, sont descendues dans la rue pour manifester leur rejet de la « Loi Travail » du gouvernement Hollande. Le 9 mars, déjà, près de 500.000 personnes avaient déjà battu le pavé dans plus de 250 villes du pays. C’est une mobilisation populaire nationale qui se construit : des jeunes, des anciens, des salariés, des lycéens, des étudiants, des chômeurs. Mais, surtout, fait majeur, une nouvelle génération émerge, non seulement dans les grèves et manifestations lycéennes et étudiantes mais aussi dans les cortèges salariés et syndicaux. Comment ne pas évoquer, même si dans chaque pays, le mouvement a son expression particulière, ces milliers de jeunes qui ont occupé les places des grandes villes dans l’Etat espagnol, comme les « indignés », ou participé à l’émergence de Podemos, ou ces luttes de jeunes d’« Occupy Wall Street » aux USA. Cette nouvelle vague de radicalisation de la jeunesse, s’est aussi, exprimée lors des manifestations sur la COP 21.

Ce qui rassemble, et fait converger tous ces secteurs, et il y a de quoi, c’est d’abord le rejet de la « loi travail » du gouvernement, « une bombe atomique » contre les droits et acquis sociaux. La gauche gouvernementale a osé ce que la droite la plus réactionnaire, n’avait osé faire. Il s’agit en fait de la destruction du Code du travail – lois, décrets, règlements – qui, arrachés par des décennies de luttes et de conflits sociaux, protègent les droits des travailleurs contre l’exploitation capitaliste. Alors, que jusqu’ à ce jour, les dispositions du Code du travail l’ emportaient sur les accords d’entreprise, les contrats de travail particuliers, les dérogations, la « loi travail » ou « loi El Khomri » – du nom de la ministre – inverse la hiérarchie des normes sociales : elle subordonne les droits sociaux au « bon fonctionnement de l’ entreprise ».

Ainsi, selon le bon vouloir des patrons, couvert par le chantage à l’emploi, des accords locaux pourront décider de la durée du temps de travail, du montant du salaire, de la possibilité de licencier, sans passer par le respect d’un certain nombre de dispositions réglementaires. Finies les 35 heures, on pourra travailler plus pour gagner moins. Si les profits baissent, l’employeur pourra revoir les horaires à la hausse et sur une année les rémunérations à la baisse. C’est la précarisation à vie de toutes les conditions de travail. On comprend, la vive réaction du monde du travail et de la jeunesse.

Le gouvernement aurait dû d’ailleurs y prendre garde lorsque les sondages indiquaient que 70 % des français s’opposaient au projet de loi, et encore plus lorsqu’une pétition sur les réseaux sociaux réunissaient plus de 1.200.000 signatures. Depuis le mouvement a pris son envol. Ce ne sont plus seulement des opinions ou des signatures, mais des, réunions, des assemblées générales, des manifestations. Des milliers de jeunes s’engagent, se politisent. Car il ne s’agit pas seulement d’exiger le retrait de la Loi travail, mais de s’insurger contre les effets de la crise capitaliste de ces dernières années : l’explosion des inégalités, les injustices sociales, les politiques d’austérité, le mode d’organisation économique basé sur la rentabilité capitaliste, la concurrence, et le productivisme destructeur de l’environnement. Ces ressorts socio-économiques se sont conjugués à l’exigence démocratique contre une réforme constitutionnelle qui, en instaurant une déchéance nationalité pour les binationaux, allait stigmatiser toute une partie de la population d’origine étrangère. Durcissement des politiques d’austérité, discriminations et racisme, trop c’est trop, « l’eau du vase a débordé », les gens sont dans la rue !

Et cela s’exprime dans de nouvelles formes de luttes comme l’occupation de places ou de lieux symboliques, après les manifestations. Ainsi des milliers de jeunes ont participé à une initiative appelée, la « nuit debout », place de la République à Paris. A l’appel d’un collectif de journalistes, intellectuels, animateurs de luttes, des milliers de personnes sans signes syndicaux ou politiques ont échangé, discuté durant plusieurs heures après la manifestation. Ces milliers de jeunes ont décidé de se donner de nouveaux rendez-vous.

Enfin, ce mouvement peut prendre une nouvelle dimension car il s’inscrit dans une conjoncture marquée par la conjonction d’une crise sociale et d’une crise politique. Les jeunes et le monde du travail manifestent alors que le président et le gouvernement n’a jamais été aussi faible politiquement. Hollande a dû reculer et annuler sa réforme constitutionnelle. Mais du coup, pour des milliers de jeunes et de salariés, ce recul peut en appeler d’autres.
C’est en effet, un bras de fer qui oppose maintenant le gouvernement et la jeunesse, les salariés et les syndicats qui rejettent le projet de loi. Le gouvernement a divisé le front syndical puisqu’il a obtenu le soutien de la CFDT, mais la majorité des organisations syndicales – la CGT, FO, la FSU, Solidaires – appuyée sur une très large opinion des salariés, continuent à exiger le retrait du projet de loi. La discussion parlementaire sur le projet de loi va durer jusqu’ au mois de juin. On ne peut exclure un « accident » parlementaire où le gouvernement ne parvient pas à faire adopter son projet et s’ouvre alors, une crise politique nationale.

De nouvelles manifestations sont prévues la semaine prochaine, le 5 et le 9 avril. Ce mouvement va s’étendre, s’approfondir, se durcir. La question de l’épreuve de force avec le pouvoir est posée. Comment articuler la préparation d’un mouvement d’ensemble qui mobilise la majorité de la population et ces nouvelles formes de luttes – occupation des places, de certaines zones, blocage de l’activité ? Comment combiner l’unité d’action syndicales et des formes d’auto-organisation de la jeunesse et des travailleurs ? Comment redonner force et crédibilité, non seulement à des journées de grève nationale, mais aussi à la perspective de grève prolongée si le gouvernement ne retire pas son projet ? Ce sont les questions qui vont, maintenant, se poser.


La Nuit Debout prend de l’ampleur, par Rollingstone.fr

Source: http://www.rollingstone.fr/la-nuit-debout-prend-de-lampleur

Vendredi 32 Mars, Samedi 33 Mars, Dimanche 34 Mars 2016 et au-delà, la mobilisation de la Nuit Debout contre la loi travail de Myriam el Khomri rencontre un succès croissant.
 
Dans plusieurs villes de province, quelques centaines de personnes entamaient hier soir leurs premières Nuits Debout. Malgré une interdiction de se rassembler sur la place Mazagran, à Lyon, trois cent manifestants se sont rendus sous le pont de la Guillotière pour une assemblée générale. À Nantes, ils étaient près de trois cent à se réunir sur la place du Bouffay après une journée de manifestation ponctuée de heurts et de dégradations. Près de trois cent personnes se sont également mobilisées à Strasbourg quand l’esplanade Charles-de-Gaulle de Rennes était investi par deux cent de ces indignés français. D’autres rassemblements similaires sont attendus dès ce soir à Rouen, Bordeaux, Montpellier et Lorient.
 
A Paris, le mouvement réunissait Mardi 5 Avril 2016 un millier de personnes sur la place de la République, pour une sixième Nuit Debout, symbole de la révolte contre une loi travail accusée de favoriser la précarisation. « Nous ne sommes plus dans la simple revendication contre un projet de loi mais dans quelque chose de plus vaste », constate,  auprès de l'Agence France Presse (AFP), Alex, un disc jockey encadrant la Nuit Debout parisienne qui recevait Mardi 5 Avril 2016 le soutien d’un député européen de Podemos.
 
Le site Internet www.convergence-des-luttes.org présente la Nuit Debout comme un « collectif informel composé d’intermittents, de syndicalistes et de citoyens engagés, déterminés à s’unir pour faire entendre son ras le bol de la politique gouvernementale ». Le mouvement dit s’être formé après une réunion à la fin du mois de février 2016 « autour de la dynamique du film de François Ruffin, Merci Patron, et de l’équipe du journal Fakir ». Souvent comparé aux indignés espagnols, le large mouvement social d’occupation parmi les origines du parti Podemos, Nuit Debout bénéficie du soutien de plusieurs membres du parti espagnol, dont le député européen Miguel Urban Crespo.
 
Le succès rencontré par cette initiative peut aussi être attribué à internet, où le mouvement reçoit l’appui de nombreux anonymes, avec une multiplication des comptes sous le mot dièse Nuit Debout et des demandes de rassemblement de plus en plus nombreuses sur la toile.
 
Ainsi, la page facebook du mouvement compte déjà plus de quarante mille mentions « j’aime » et le twitter compte près de vingt mille abonnés.
 
Le mouvement devrait aujourd’hui dépasser nos frontières. Pour cette soirée dite du Mercredi 37 Mars 2016, la Nuit Debout s’invite à Bruxelles.
 
Un évènement a été créé sur facebook par le collectif Bruxelles Nuit Debout

Page 4