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Colette Magny (1926-1997)

20ème anniversaire de sa disparition


Colette Magny, par Jean Maitron

Source: biographie tirée du Maitron

Fille de Georges Magny commis-épicier, chef de rayon, contremaître (goûteur de vins et de fromages) et de Fernande Collas, sensible aux pratiques artistiques (théâtre notamment), Colette Magny fut élevée à Paris (XIVe arr.) dans l’aisance jusqu’aux revers professionnels de son père. La famille s’installa trois ans à Reims, puis à Boulogne-Billancourt, son père étant directeur de la coopérative alimentaire de Renault. À la mort de Georges Magny, Fernande travailla comme caissière et commença étonnamment, et avec réussite, une carrière d’actrice de théâtre.

Colette Magny fut d’abord peu politisée. « Mon éveil politique, il a été tardif.C’était pendant la guerre d’Algérie, en 56, à propos d’une bagarre dans la rue. Ce qui m’a surprise, ce n’était pas la bagarre, mais la non-intervention de la police ». Elle dès lors saisie par un soif de comprendre le vie politique française et internationale et soutint les milieux anticolonialistes.

Secrétaire dactylo bilingue pour l’OCDE, à Paris, gênée par une obésité précoce, Colette Magny, trouva dans le jazz et dans le répertoire des chanteuses noires la possibilité de mettre en valeur une voix exceptionnelle. Elle quitta au bout de quinze ans son travail et commença à chanter en anglais dans les cabarets de la Rive Gauche, notamment au Cabaret de la Contrescarpe, en s’accompagnant à la guitare. Elle y admira Francesca Solleville chantant Merde à Vauban de Léo Ferré ; elle y rencontra François Tusques, musicien de fee-jazz, un temps son complice musical.

La télévision lui donna une notoriété dans le cadre du conservatoire de Mireille et, en 1963, le succès de sa chanson Mélocoton, enregistrée chez CBS, la propulsa au hit-parade. Elle assura la première partie de Sylvie Vartan à l’Olympia. Mais, dotée d’un tempérament exigeant et fougueux, elle ne se satisfaisait pas de cette percée. Refusant de chanter à nouveau Mélocoton, comme de se spécialiser dans les standards américains, comme Saint James Infirmary, répertoire où elle excellait, elle s’orienta vers des textes poétiques français (Victor Hugo, dont une belle évocation de la classe ouvrière, Les Tuileries, Arthur Rimbaud, Max Jacob, Tristan Tzara, Rainer Maria Rilke, Louis Aragon, Antonio Machado) et des citations politiques, faisant des collages de textes (dont ceux de Jean-Paul Sartre), chantant la Révolution cubaine, tout en utilisant les sonorités du jazz. Sa maison de disques américaine, CBS (qui avait racheté son premier éditeur : Odéon), accueillit mal cette œuvre unique et remarquable. Lorsque le représentant de la maison de disque lui dit « ce Sartre est un communiste », elle lui aurait, selon son témoignage, renversé son bureau sur les jambes. Accueillie à Chant du Monde, un éditeur proche du Parti communiste où elle y connut une grande liberté pour faire une œuvre hors norme puisant dans le free-jazz et la musique classique, avec des textes très personnels. Si elle eut une audience considérable dans les milieux militants, les médias la boudèrent. Elle appartint un temps court au Parti communiste, sans perdre son esprit critique, mais c’est dans la mouvance du mouvement critique de 1968 qu’elle se reconnut. Son Vietnam 67, bisé lors de sa première présentation au TNP, lui valut une grande popularité dans la jeunesse engagée.

Son concierge, originaire du Nord lui fit découvrir le milieu populaire des bassins minier, expérience qui l’inspira. Elle chanta à la fête de l’Humanité, à la fête du PSU, dans les Maisons des jeunes et de la culture, dans les usines en grève… Son humour, son auto-dérision facilitèrent des coopérations artistiques diverses, par exemple avec le peintre Ernest Pignon-Ernest. Elle chanta les Femmes en lutte avec Catherine Ribéro, fut acclamée par les gauchistes au rythme de son Répression répression(1972) mais se méfia de la pression des militants et ne lia à aucune chapelle. Avec Anne-Marie Fijal, la musique garda une place importante dans ses productions. Sa production fut de plus en plus créative, originale, déroutante même.

Elle avait abandonné son petit appartement de la rue des Flandres et sa 2 CV pour le Rouergue, à Verfeil-sur-Seye (Tarn-et-Garonne) où elle fonda l’association culturelle Act’2. C’est toujours vers le monde populaire que son regard se tournait. « Dans la famille coup de poing, Ferré c’est le père, Ribeiro la fille, Lavilliers le fils. Et moi la mère ! » aimait dire cette artiste engagée.


 

Colette Magny chantait Victor Hugo sur un tempo de jazz:

Ecouter  

 


Les tuileries

Texte de Victor Hugo
Musique Colette Magny

Nous sommes deux drôles
Aux larges épaules
Deux joyeux bandits
Sachant rire et battre
Mangeant comme quatre
Buvant comme dix

Quand buvant des litres
Nous cognons aux vitres
De l'estaminet
Le bourgeois difforme
Tremble en uniforme
Sous son gros bonnet

Nous avons en somme
On est honnête homme
On n'est pas mouchard
On va le dimanche
Avec Lise ou Blanche
Dîner chez Richard

 

 

 

Nous vivons sans gîte
Goulûment et vite
Comme le moineau
Haussant nos caprices
Jusqu'aux cantatrices
De chez Bobino

La vie est diverse
Nous bravons l'averse
Qui mouille nos peaux
Toujours en ribote
Ayant peu de botte
Et point de chapeau

Nous avons l'ivresse
L'amour, la tendresse
L'éclair dans les yeux
Des poings effroyables
Nous sommes des diables
Nous sommes des dieux.

 

A la mise en musique, Colette Magny, a retiré cette strophe, qui donne cependant la dimension antibonapartiste du poème. En ces temps où nous supportons toutes sortes de petits bonapartes-badinguets de droite comme venant de la gauche, on peut ajouter la strophe manquante:

 

La terrasse est brune.
Pendant que la lune
L’emplit de clarté,
D’ombres et de mensonges,
Nous faisons des songes
Pour la liberté.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

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