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Qu'est-ce que l'Europe ? Qu'est-ce que l'UE ? Quelle union des peuples d'Europe ? par Raoul-Marc Jennar

Source : http://la-sociale.viabloga.com/news/qu-est-ce-que-l-europe-qu-est-ce-que-l-ue-quelle-union-des-peuples-d-europe

L'Europe, c'est d'abord et avant tout un ensemble de peuples qui vivent depuis des siècles sur de vastes étendues à l'ouest de la Russie, de la Mer Noire et de la Mer Egée jusqu'aux rives de l'Atlantique. Née de l'empire romain, sa matrice commune plus vaste qu'elle-même, l'Europe est un héritage commun qui a généré des valeurs diversement partagées et respectées à travers un ensemble de nations, fières de leur passé, de leurs traditions, de leur culture, de leur langue, de leurs différences. Ces valeurs ont rayonné au point d'imprégner profondément d'autres peuples hors du périmètre européen. Constituées en Etats qui se sont affrontés pour des ambitions territoriales ou des rivalités religieuses, ces nations ont survécu à travers les siècles aux pires vicissitudes et même aux terribles déflagrations du XXe siècle.
Elles sont aujourd'hui menacées comme jamais elles ne l'ont été. Non par la guerre, mais par une monstruosité technocratique au service d'une idéologie libre-échangiste qui a nom "Union européenne". L'UE n'est pas l'Europe. C'est même la négation de ce que le meilleur de l'Europe a pu proposer au monde.


L'UE n'est pas la paix, contrairement à ce que certains veulent faire croire. La paix, ce fut l'œuvre de deux nations, l'Allemagne et la France décidées à tourner la page d'un siècle de conflits. Ce ne fut pas le résultat d'une UE incapable de faire la paix en Yougoslavie où même lors d'un minime conflit entre l'Espagne et le Maroc.


L'UE n'est pas la démocratie, c'est même tout le contraire. La "méthode Monnet" est un processus de contournement des Etats, où s'applique un certain degré de contrôle démocratique, par transfert d'attributions de ces Etats vers des institutions supranationales qui échappent à ce contrôle. Le Conseil des Ministres de l'UE - l'institution qui est en charge de la décision - n'est soumis à aucun contrôle démocratique et n'est comptable de ses choix devant aucune institution représentative des peuples affectés par ces choix.
L'UE n'est pas la justice sociale. Au nom de ce qui est présent

é dans la littérature européenne comme "les quatre libertés fondamentales de l'UE" (liberté de circulation des personnes, des capitaux, des biens et des services), au nom du primat de la concurrence érigée en valeur suprême, l'objectif de l'UE est de "réduire le périmètre de l'Etat", c'est-à-dire confier au secteur privé l'essentiel des activités humaines.

La Cour de Justice de l’UE, s’appuyant sur une interprétation extensive des traités, a construit un ordre juridique imposé aux Etats et à leurs ressortissants qui comporte des choix de société sur lesquels jamais personne ne s’est prononcé et qui bafoue les droits humains fondamentaux tels qu’ils sont énumérés dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme, en particulier ces droits déclinés aux articles 22 à 27 : droit à la sécurité et à la protection sociales, au travail, à un niveau de vie suffisant, au logement, à la santé, à l’éducation, à la vie culturelle…
Le libre-échange érigé en dogme est devenu l’instrument non pas de la prospérité des peuples, mais de leur asservissement. Ceux-ci sont livrés à la concurrence débridée à laquelle se livrent les firmes à la recherche du moins disant social, fiscal et écologique, dressant les salariés d’Europe les uns contre les autres et faisant renaître, de ce fait, les formes les plus dangereuses de nationalisme.

La pauvreté, la précarité et le chômage ont atteint des sommets inconnus depuis un siècle. Les politiques de l’UE ont ressuscité une catégorie que les luttes sociales avaient fait disparaître : le travailleur pauvre. Elles ont amplifié un phénomène autrefois marginal : le travailleur détaché.

L'UE a remplacé l'objectif d'égalité par celui de la compétitivité, mettant, au nom de leur prétendue unité, les peuples européens en concurrence les uns contre les autres.

L'UE ne porte en elle aucune des valeurs que l'Europe véhicule depuis le Siècle des Lumières. Elle est au service de la globalisation, c'est-à-dire de la volonté de soumettre la planète aux exigences du monde des affaires et de la finance. Elle est à l'avant-garde de ces traités internationaux qui démantèlent la puissance publique des Etats au profit des firmes transnationales et de la finance mondiale.

L'UE n'existe pas sur la scène internationale. Elle étale son impuissance sur tous les dossiers, agissant exclusivement en supplétive des USA. En adhérant à l'OTAN, elle a complété son aliénation générale aux Etats-Unis d'Amérique.
Le rêve d'une Europe européenne a été tué dans l'œuf. Et celui d'une Europe fédérale relève du mythe.
Le fédéralisme européen est une fausse bonne idée. Parce qu'elle repose sur une illusion et un déni. L'illusion, c'est de croire qu'on peut soumettre à des institutions communes des peuples différents qui se pensent chacun comme nation. Le fédéralisme est un mode d'organisation institutionnelle qui réunit avec succès seulement les membres d'un même peuple. Le peuple américain se pense américain avant d'appartenir à la Californie ou à la Floride. Le peuple allemand se pense allemand avant d'appartenir à la Bavière ou à la Saxe. Il en va de même du peuple autrichien qui lui aussi s'est doté d'un système fédéral. Et le jeune fédéralisme belge n'a de l'avenir que si les Flamands se sentent Belges avant d'être Flamands. Il n'y a pas de peuple européen. Il n'y a pas de nation européenne.

Unir les peuples d'Europe dans un cadre fédéral est une illusion qui n'a pu prendre corps qu'à la faveur d'un déni : celui de la nation, assimilée au nationalisme. Evoquer le peuple rassemblé autour de ce qui fait sa communauté de destin est systématiquement stigmatisé. Ce déni, véritable méthodologie de l'intégration européenne, explique, à bien des égards, les réactions souverainistes. Car la nation est l'unique siège d'une souveraineté populaire remise en question par l'UE ("Il n'y a pas de vote démocratique contre les traités européens" a déclaré le président de la Commission européenne). La réaction souverainiste véhicule à la fois un sursaut démocratique contre une oligarchie européenne qui entend imposer ses choix de société et un sursaut identitaire qui rejette une uniformité négatrice des spécificités historiques, culturelles et linguistiques de chaque peuple et son mode de vie. L'UE, c'est même bouffe, mêmes fringues, même sabir, mêmes paysages urbains.

Est-il possible, comme beaucoup le pensent, de réformer l'UE ? Lorsque les peuples de deux Etats fondateurs - la France et les Pays-Bas - ont rejeté le traité constitutionnel en 2005, toutes les initiatives européennes qui ont suivi sont allées dans le sens rejeté par ces deux peuples c'est-à-dire dans le déni de la souveraineté populaire. D'abord le traité de Lisbonne imposant ce qui avait été refusé. Ensuite, en prenant prétexte de la crise financière, on a observé de nouvelles avancées du pouvoir totalitaire d’institutions échappant à tout réel contrôle démocratique : la Commission européenne, la Banque centrale européenne, l'Euro-groupe et la Cour de Justice de l’UE. Les traités ratifiés en 2012 (MES et TSCG) ont consacré de nouveaux et insupportables abandons de souveraineté au profit de ces institutions. Ces traités furent soutenus avec la même force par la droite et par la social-démocratie européennes, toutes deux résolument au service de la dictature des marchés. On ne réformait pas l’UE, on accentuait la négation de la souveraineté des peuples. La primauté de la bureaucratie sur la démocratie est devenue un principe central auquel il est manifeste que les institutions de l'UE ne renonceront jamais. L'UE n'est pas réformable.

Faut-il pour autant prôner le retour à une mosaïque européenne d'Etats sans liens entre eux ? Assurément pas. Ce serait accomplir autrement ce que l'UE mène à bien de manière organisée : la soumission à l'impérialisme des firmes transnationales. Dans le monde multipolaire qui émerge progressivement, protéger et promouvoir un certain nombre de valeurs et rendre possible leur application nécessite aujourd’hui des moyens que seule peut procurer une taille géographique et démographique suffisantes, hors de laquelle aucun des Etats européens pris isolément ne pourra éviter la servitude économique, financière et culturelle.

Aucun Etat européen, même pas l’Allemagne, n’est en capacité d’imposer, seul, des règles à la finance mondiale et aux firmes multinationales. Une union des peuples d’Europe se donnant, à l’inverse de l’Union européenne, la mission de veiller au bien-être des peuples serait, elle, en capacité de le faire.

Aucun Etat européen, même pas la France, n’offre le cadre pertinent pour s’opposer, à lui seul, au démantèlement des politiques sociales voulu par un patronat puissamment organisé non seulement au niveau européen, mais surtout au niveau atlantique. Il en va de même pour imposer à ce patronat les indispensables mesures qu’impose le réchauffement climatique et la destruction de la biodiversité.

Refuser d’unir les peuples d’Europe qui le veulent, c’est décider la servitude, aux multinationales d’abord, aux grandes puissances de la planète ensuite. Il nous faut chasser de nos esprits la fausse espérance du réflexe Maginot.
Pour ces raisons, il faut élaborer et faire avancer le projet d’une Europe européenne fondée sur des peuples souverains forts de leurs valeurs propres et d’une aspiration commune à un même modèle de société. Une Europe européenne maîtresse de ses choix et solidaire des peuples du monde. Ce qui implique que le respect de la souveraineté populaire devienne le principe cardinal d'une telle union populaire. Ce qui suppose qu'on ne peut unir que les peuples qui le demandent au terme d'une consultation directe.

Comment organiser une telle union pour qu'elle ne soit plus jamais la confiscation de la souveraineté populaire ? Le chemin nous est tracé par ce qui fait le succès des Européens dans le monde : c'est-à-dire ce qui résulte de la coopération intergouvernementale et non du supranationalisme européen : Airbus, Ariane,....

Nous n'avons pas besoin de la Commission européenne, ce monstre administratif avec ses dizaines de milliers de fonctionnaires vendus à l'idéologie néolibérale et aux lobbies du monde des affaires et de la finance. Nous n'avons pas besoin d'un parlement européen avec ses centaines de députés grassement rémunérés qui sont surtout en capacité d'imposer à une nation ce qu'elle refuse. Nous n'avons pas besoin d'institutions européennes qui violent les principes fondamentaux de la démocratie : séparation des pouvoirs, indépendance de la Justice, contrôle du pouvoir exécutif par des élus du peuple. Une union entre des peuples d'Europe qui la souhaitent, basée sur la souveraineté absolue de chaque peuple, n'a besoin que d'un organe transparent de coordination intergouvernementale.

L'UE, c'est la nouvelle Bastille à prendre et à démanteler. Comment y parvenir ? D'abord, en imposant la question dans le débat électoral qui va occuper 2017 et en exigeant la plus grande clarté de la part des candidats, à l'élection présidentielle comme aux législatives. Les candidats doivent mériter la confiance qu'ils sollicitent. Il faut les interpeller, les harceler si besoin est. Il faut les forcer à indiquer quelle Europe ils veulent et comment ils comptent y parvenir. Ne prenons plus pour argent comptant leurs promesses qui n'engagent que les naïfs qui les gobent. En 1997, Jospin avait promis de renégocier le traité d'Amsterdam. Il ne l'a pas fait. En 2008, le PS et l'UMP avec la complicité des Verts ont rendu possible le traité de Lisbonne dont le texte avait été rejeté par le peuple français en 2005. En 2012, Hollande avait promis de renégocier le pacte budgétaire (TSCG). Il ne l'a pas fait. N'oublions pas leur mépris du peuple.

Ensuite, en faisant avancer le débat d'idées sur la nécessité du démantèlement de l'UE comme moyen d'unir les peuples qui le veulent sur des bases vraiment démocratiques, sociales et écologiques et sur le primat de la souveraineté populaire.

Enfin, en lançant un mouvement mobilisateur pour promouvoir cet objectif ; un mouvement qui fera descendre dans la rue celles et ceux qui veulent décoloniser les peuples soumis à l'UE-OTAN.

                       


 

Réponse à Raoul Marc Jennar, par Robert Duguet


Je n’ai pas grand-chose à redire à la description que Raoul Marc Jennar fait de l’Union Européenne, ce monstre technocratique à la solde de «  l'idéologie néolibérale et aux lobbies du monde des affaires et de la finance ». L’auteur décrit assez précisément les mécanismes de fonctionnement de cette prétendue Europe qui remet en cause les intérêts vitaux des peuples qui constituent l’UE. Il oppose la vision d’une Europe de la souveraineté des peuples, constituée sur leurs traditions démocratiques propres, les nations. Soit. C’est une vision sans doute alléchante mais bien abstraite : à aucun moment dans l’article Raoul Marc Jennar n’utilise le terme de « capitalisme » pour parler du mode de production qui organise tous les rapports sociaux et humains dans la société actuelle. L’auteur parle des effets produits sur la vie des peuples, sans doute avec précision, mais jamais de ce qu’il convient de détruire pour libérer l’Europe de ces monstres.


L’Europe de la souveraineté des peuples ? Le droit des peuples à disposer de leur destin ? L’auteur écrit :

« La réaction souverainiste véhicule à la fois un sursaut démocratique contre une oligarchie européenne qui entend imposer ses choix de société et un sursaut identitaire qui rejette une uniformité négatrice des spécificités historiques, culturelles et linguistiques de chaque peuple et son mode de vie. L'UE, c'est même bouffe, mêmes fringues, même sabir, mêmes paysages urbains. »


Définir la nation comme une communauté de destin, comme l’indiquait le texte « qu’est-ce qu’une nation ? » tout à fait remarquable de Renan, bourgeois éclairé en 1876, à l’aube de la 3ème république et 5 ans après l’écrasement de la Commune de Paris, c’est rester dans le cadre de la démocratie bourgeoise. C’est-à-dire de ce que le capitalisme progressiste ou républicain autorisait au prolétariat. Il faut revenir au rôle que les classes sociales jouent dans le processus de production capitaliste et à la perspective historique que le mouvement ouvrier avait commencé à ouvrir aux lendemains de la première grande boucherie impérialiste de 1914, et ce dans le prolongement de la révolution d’Octobre dont nous allons bientôt fêter le centenaire. Les quatre premiers congrès de l’Internationale ouvraient la perspective des Etats Unis socialiste d’Europe, ce n’était pas une clause de style. Depuis cette période qui sera caractérisée par la trahison de tous les mouvements révolutionnaires, dès lors où ils visaient la reconstruction de la société humaine sur d’autres bases que celles que nous promet le capitalisme pourrissant, nous restons aujourd’hui l’arme au pied en face d’une réalité que nous ne parvenons pas à modifier :

Que l’on cherche dans la situation actuelle à s’accrocher aux branches parce qu’on voit que tout part en quenouille, c’est une réaction que l’on peut comprendre. Mais se réfugier dans la Nation pour résister à l’Union Européenne, à ce qu’elle fait et à ce qu’elle nous promet, me semble bien vain dès lors où on ne pose pas les problèmes en termes de reconstruction d’une perspective historique, le socialisme.


Si la perspective c’est d’interroger les candidats à l’élection présidentielle, cher Raoul Jennar, c’est bien mince ! Et si au bout du compte il s’agit de trouver des vertus à la candidature Mélenchon, moyennant quelques engagements du candidat sur l’Europe, pour moi c’est non ! La présidentielle qui s’avance est une misérable farce.

 


 

Quand la bourgeoisie française a honte de sa propre histoire, et que grâce au parti dit "socialiste", elle veut en effacer la mémoire vivante (RD)...

Ils ont osé fermer l’institut d’histoire de la révolution française, par les Cahiers du Mouvement Ouvrier (CMO)

 

Si vous voulez être informés des initiatives des CMO sur la révolution russe faites le savoir par  mail à jj.marie@club-internet.fr
 
La mesure n’a pas fait les gros titres. Au terme, semble-t-il, de longues – et discrètes – négociations, l’Institut d’histoire de la Révolution française (IHRF) a été fermé ou, plus exactement, absorbé par l’Institut d’histoire moderne et contemporaine. Il garde, certes, sa très riche bibliothèque et sa mission d’établissement d’une édition scientifique des archives parlementaires relatives à la Révolution mais il n’a plus ni autonomie financière ni existence légale.

Aucune rationalisation administrative ou budgétaire ne peut expliquer à elle seule la fermeture d’un institut consacré à l’étude de ce qui fut l’événement fondateur de la République et de la démocratie dans notre pays. Dans la continuité de la création, en 1885, d’une chaire d’histoire de la Révolution française, de la monumentale Histoire socialiste de la Révolution française publiée par Jaurès entre 1901 et 1904, de la création, en 1907, de la Société des études robespierristes, la fondation de l’IHRF, par Jean Zay, le 27 octobre 1937, en réponse à l’appel de l’historien Georges Lefebvre, confirmait la place spécifique de cet événement dans l’enseignement et la recherche.

La réaction ne l’a jamais accepté.

Avec les historiens Georges Lefebvre, Albert Soboul, Jean-René Suratteau, auxquels sont venus s’ajouter des chercheurs étrangers comme les Britanniques Richard Cobb et George Rudé, commence l’âge d’or de l’Institut et de l’école classique d’histoire de la Révolution. Ce rayonnement, la réaction ouverte ou sournoise ne l’a jamais accepté. Jamais elle n’a renoncé à éteindre la mémoire de la Révolution, cette « flamme tourmentée » appelée selon Jaurès à « s’élargir en une ardente espérance socialiste ». A cette fin, elle a combiné la démarche révisionniste courtoise de François Furet, réactivant les mânes du monarchiste et catholique ultraconservateur Augustin Denis Cochin, aux attaques plus frustes de Pierre Chaunu qui ne manquait jamais de cracher lorsqu’il passait devant le lycée Carnot. L’un faisait de la Révolution la « matrice de tous les totalitarismes », l’autre appuyait de son crédit d’historien l’invention d’un « génocide franco-français ». La haine de Chaunu n’épargna pas l’Institut d’histoire de la Révolution française dont les chercheurs furent accusés d’être « gavés [de subventions] comme des oies du Périgord », cela à l’heure même où Albert Soboul payait de sa poche les frais d’hébergement d’un étudiant chinois !
                
Une méthode plus subtile.

La méthode est aujourd’hui plus subtile. La perte de l’autonomie financière mettra un terme au « gavage » des historiens par trop républicains. L’absorption de l’IHRF dans l’Institut d’histoire moderne et contemporaine dissoudra la Révolution dans la longue durée, la réduira, s’inquiète Michel Vovelle, à une « parenthèse » voire à « une dérive ». La perte de tout statut légal l’effacera du paysage universitaire avant que ce ne soit de la mémoire collective. Car tel est bien l’objectif : faire oublier au peuple français son passé révolutionnaire afin de l’amener, pour parler comme François Furet, à « accepter le monde tel qu’il est ».
                  
C’est la notion même de révolution qu’il s’agit de dénaturer.

Mais il y a plus. Au-delà de la Révolution française elle-même, en ces temps de confusion intellectuelle, c’est la notion même de révolution qu’il s’agit de dénaturer à défaut de pouvoir l’effacer totalement de la langue française. François Fillon est censé incarner, après Ronald Reagan et les conservateurs allemands sous la République de Weimar, une « révolution conservatrice ». Il est tentant de paraphraser Orwell : la réaction, c’est la révolution ; la destruction de tout droit, c’est la modernité, le licenciement c’est le chemin de l’emploi… Une telle perversion des mots est incompatible avec la connaissance de l’histoire, tout particulièrement de l’histoire révolutionnaire. Là encore, Orwell était un visionnaire : « L’ignorance, c’est la force » !

La fermeture de l’IHRF a donc un caractère profondément idéologique.
          
La fermeture de l’IHRF a des racines politiques et des complices.
Elle a des racines politiques : la défense d’un capitalisme pourrissant qui broie les droits démocratiques et sociaux les plus élémentaires.
Elle est le fruit de décisions prises au plus haut niveau par les faux socialistes qui tiennent les rênes du régime bonapartiste substitué, voici près de six décennies, à la République.
Elle a des complices, les médias, qui ont laissé, dans un silence religieux, s’accomplir cette mise à mort qu’il faut bien caractériser pour ce qu’elle est : une mesure contre-révolutionnaire.
L’enjeu de cette dissolution de fait va donc bien au-delà d’une simple question de « visibilité » de l’Institut. Les défenseurs de l’histoire révolutionnaire n’ont rien à attendre, contrairement à ce que l’on a pu lire dans certaines déclarations sans doute bien intentionnées, d’une « réinvention […] au sein des pyramides institutionnelles ». Cette fermeture doit être caractérisée et condamnée pour ce qu’elle est : une mesure politique prise par un gouvernement complaisant à l’égard des forces les plus réactionnaires.
             
Tenter d’effacer l’idée même et la perspective de la révolution.
 
Cette fermeture décidée par un gouvernement et un ministre « de gauche »  vise à tenter d’effacer la réalité historique et donc l’idée même et la perspective de la révolution qui n’aurait pas plus d’avenir que de passé. Cette décision prend tout son sens à la veille du centenaire de la Révolution russe. La publication de l’opuscule réactionnaire du banquier Macron sous le titre Révolution , participe à sa manière, pitoyable, de cette entreprise.
 
A leur place, certes modeste - mais les mesures les plus tapageuses ne sont pas nécessairement les plus efficaces - les Cahiers du mouvement ouvrier entendent mener campagne contre cette entreprise en publiant de mars 2017 à juin 2019 dix numéros consacrés à la révolution mondiale alors montante et plus spécifiquement à la Révolution russe et en  organisant des conférences.  Ces numéros en rappelleront les causes, les forces motrices, les difficultés qui l’ont assaillie, les obstacles qu’elle a dû surmonter – souvent à grand peine – et son apport crucial dans  le combat des opprimés et des exploités contre leurs exploiteurs et leurs oppresseurs.

Le Comité de rédaction des Cahiers du mouvement ouvrier.
         
Si vous voulez être informés des initiatives des CMO sur la révolution russe faites le savoir par  mail à jj.marie@club-internet.fr
 


Le 19 décembre la manifestation appelée par l'intersyndicale en direction du Conseil Municipal a été reçu non par Eric Piolle le maire de Grenoble et les élus du Parti de Gauche mais par les CRS...

 

COMMUNIQUE DE PRESSE : vendredi 16 décembre 2016

DES MIETTES DANS TON GOSIER : 
LE MAIRE CONTINUE À NOUS GAVER MAIS NE NOUS A PAS RASSASIÉS!

Après 7 mois de lutte des agents, de l’intersyndicale et des habitants, nous avons arraché un rendez-vous avec le Maire vendredi 16 décembre à 9h.

En préambule, nous avons demandé une prise de parole lors du conseil municipal de ce lundi.
Et nous avons rappelé nos revendications : 
 

Nous avons demandé de mettre en place un cadre de négociations sur ces revendications, M. le Maire a clairement refusé.

Dans le cadre de cette rencontre, nous avons obtenu les réponses suivantes :  

Donc, la poursuite de la dégradation en cascade du service public sur le réseau des bibliothèques.

Le maire assume pleinement ses choix, y compris la souffrance des agents au travail et l’abandon des quartiers populaires.
Cette proposition ne correspond en rien aux besoins et aux attentes des habitants des quartiers concernés, ni aux revendications des professionnels.
Les conditions de travail et le service public continuent à se dégrader.

A ce jour, le Maire ne veut pas négocier avec nous.

Par conséquent, la lutte continue, la grève de samedi 17 décembre est maintenue, et le mouvement sera reconduit. Il ne s’agit pas d’une lutte corporatiste mais d’une défense du service public de qualité et de proximité pour tous.
Nous appelons les habitant-e-s à poursuivre avec nous la mobilisation et à nous renouveler leur soutien, et les en remercions.

Rendez vous le 19 Décembre 2016 à 17H00 au Conseil Municipal Hôtel de ville

SEULE LA LUTTE PAIE : LUTTER, SE BATTRE ET GAGNER ! 
Les bibliothécaires de Grenoble en lutte et l’intersyndicale


Eric Piolle, le maire écologiste...

À Grenoble, Eric Piolle dans la tourmente, par Amandine Hirou
 
Vendredi 21 Octobre 2016

Source : http://www.lexpress.fr/region/rhone-alpes/a-grenoble-eric-piolle-dans-la-tourmente_1842740.html

Elisa Martin, élue PG...

Trou d'air pour l'équipe municipale d'Eric Piolle, deux ans et demi après son arrivée à l'hôtel de ville, la majorité grenobloise se retrouve confrontée à une vague de critiques sans précédent.
 
La cité iséroise, sujette aux fortes variations de température, a connu un été très chaud, aussi bien sur le plan climatique que politique. Le 11 juillet 2016, deux cent manifestants, intersyndicale des agents territoriaux, comités d'usagers, unions de quartiers et Nuit Debout, pancartes et porte-voix en bandoulière, investissent les marches de l'hôtel de ville où doit se tenir le conseil municipal. 
 
Le ton monte encore d'un cran lorsque les protestataires envahissent la salle du conseil municipal. La séance est annulée. Elle se tiendra la semaine suivante sous haute surveillance policière. « Jamais, à Grenoble, nous n'avons connu un tel climat de mécontentement et de grogne », s'exclame Marie-José Salat, militante du Parti Socialiste, conseillère municipale d'opposition.

 Si le thermomètre a baissé depuis, les esprits restent échauffés. Economie, immobilier, urbanisme, transports et culture, nombreux sont les sujets de discorde. Le maire, Eric Piolle, avait pourtant suscité de grands espoirs lors de sa victoire aux dernières municipales. Au mois de mars 2014, son équipe, une alliance inédite regroupant Europe Ecologie-Les Verts (EELV), le Parti de Gauche et des mouvements citoyens, crée la surprise en l'emportant face aux socialistes avec quarante pour cent des voix.
 
Grenoble, première ville de plus de cent cinquante mille habitants dirigée par un écologiste, est perçue comme un laboratoire. L'enjeu est de proposer une nouvelle voie à gauche. Deux ans et demi plus tard, ces élus qui rêvaient d'une troisième révolution urbaine se retrouvent brutalement confrontés à l'épreuve du pouvoir.
 
Ce qui a définitivement mis le feu aux poudres dans la capitale alpine est l’annonce, au printemps 2016, d'un plan de sauvegarde des services publics locaux. « Un plan de destruction, plutôt », ironise Matthieu Chamussy, militant des Républicains, conseiller municipal d'opposition.
 
« De la part de ceux qui se targuent de défendre l'équité sociale, certains choix sont plus qu'étonnants », poursuit-il. 
 
Parmi les sujets qui fâchent, la fin de la gestion municipale de deux centres sociaux, une baisse des moyens alloués au service de santé scolaire, le non-remplacement d'une centaine de d'agents municipaux après des départs en retraite ou encore la fermeture de trois bibliothèques, dont deux situées dans des quartiers populaires. « Une décision brutale et incompréhensible de la part de ceux qui s'étaient engagés, sur le papier, à maintenir la totalité du réseau », soupire Cécile Cenatiempo, présidente de l'union de quartier du village olympique Vigny Musset, qui se bat contre la disparition de la bibliothèque Prémol.
 
Pour le maire à vélo, il n’est pas question de rétropédaler. « Aujourd'hui, si nous voulons éviter une mise sous tutelle préfectorale, nous n'avons plus le choix », explique Eric Piolle, évoquant la baisse des dotations de l’état, qui représenterait un manque à gagner de dix-sept millions d'euros pour la ville entre 2013 et 2017. Un coup d'autant plus dur que Grenoble se hisse dans le top cinq des villes les plus endettées de France, malgré une fiscalité locale élevée. 
 
Dès son arrivée, l'équipe pastèque, verte et rouge, avait communiqué sur ses propres efforts, baisse des indemnités des élus de vingt-cinq pour cent, diminution drastique du parc automobile de la ville et budget de la communication divisé par deux, des mesures symboliques, aujourd'hui insuffisantes. Pour Raymond Avrillier, figure historique de l'écologie grenobloise et parrain attentif de la majorité, celle-ci aurait trop tardé à réagir. « Peu habitués à piloter ce lourd paquebot que représente la municipalité, les élus ont sous-estimé l'iceberg budgétaire auquel ils se heurtent », reconnaît-il. 
 
Les voilà donc sommés de prendre des décisions en urgence, quitte à se voir reprocher un manque criant de concertation, un comble pour ces grands défenseurs de la démocratie participative. « Donner le pouvoir d'agir à chaque habitant », tel est leur leitmotiv depuis leur arrivée. « Il ne faut pas s'étonner que les grenoblois le prennent au pied de la lettre. L'espoir qu'ils ont suscité se retourne désormais contre eux », tacle encore Matthieu Chamussy, oubliant un peu vite la mise en place et l'application des fameux outils collaboratifs promis durant la campagne. 
 
« Outre ces mesures d'austérité qui frappent les esprits, la nouvelle équipe suit la ligne qu'elle s'était fixée », souligne Jean Vaylet, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) de Grenoble, rappelant les inquiétudes initiales du monde économique face au plan de circulation et de déplacement annoncé. « Nos craintes se sont, hélas, déclarées fondées », soupire-t-il.
 
Doublement du parc Métro Vélo, augmentation de la capacité des parkings-relais, développement des voies piétonnes et cyclistes et baisse des tarifs jeunes dans les transports en commun, nous avançons, martèle Yann Mongaburu, vice-président de la métropole délégué aux déplacements, sur son compte Twitter.
 
« Oui, mais à marche forcée, certaines décisions sont beaucoup trop radicales », s'insurge Christian Hoffmann, président de la fédération des unions commerciales de Grenoble, qui constate une baisse de fréquentation du centre-ville. Il y a un an, son collectif lançait une vaste campagne d'affichage pour dénoncer la saleté des rues et les problèmes d'insécurité mais aussi, et surtout, la hausse des tarifs de stationnement et l'installation d'une autoroute à vélos sur un grand boulevard traversant. 
 
Pour Eric Piolle, toutes les périodes de transition sont forcément houleuses. « Par le passé, les premières mesures de piétonisation ou l'arrivée du tramway avaient aussi suscité des levées de boucliers. Aujourd'hui, tout le monde s'est habitué », explique le premier magistrat sans se départir de son flegme.
 
Cet hiver encore, l'ancien cadre de Hewlett Packard était la cible des chefs d'entreprises isérois. A travers un manifeste, cinquante d'entre eux insistaient sur l'urgence de « redonner une dynamique au territoire », en cause, notamment, la question de l'engorgement routier autour de Grenoble. Eric Piolle, qui n'a jamais caché son opposition à l'élargissement de l’autoroute urbaine de Grenoble, campait sur ses positions. 
 
« A cause de nos problèmes d'embouteillages, véritable serpent de mer isérois, notre territoire perd cruellement de son attractivité », s'inquiétait Pierre Streiff, président du mouvement des entreprises de France (MEDEF) du département de l’Isère. Depuis, un arrangement semble enfin avoir été trouvé entre les différents acteurs du dossier. Mais le combat aura été rude. Si le dialogue entre la ville et la métropole, dirigée par le socialiste écolo-compatible Christophe Ferrari, paraît fluide, il n'en est pas de même avec la région et le département, ancrés à droite.
 
Pour Jean-Pierre Barbier, militant des Républicains, président du conseil départemental de l'Isère, Eric Piolle est en train de transformer Grenoble en une ville peau de chagrin. « Sa politique est fondée sur la décroissance. Or notre responsabilité d'élus n'est pas seulement de dépenser moins, mais de nous battre pour aller chercher des recettes et relancer l'économie », attaque-t-il en prenant pour exemple la suppression des trois cent vingt-six panneaux de Jean Claude Decaux et le manque à gagner financier, six cent mille euros de recettes annuelles, pour la ville. 
 
« Quelle est la ligne directrice et quelles sont les ambitions de cette mandature », interroge pour sa part l'ancien maire Michel Destot, militant du Parti Socialiste, connu, et controversé aussi en son temps, pour ses grands projets, rocades, Esplanade, stade des Alpes et candidature aux Jeux Olympiques de 2018.
 
« Stop au tout béton », répond la nouvelle équipe. Depuis deux ans, le ballet des grues et des pelleteuses a ralenti le rythme. Certains chantiers, comme celui de la Zone d’Aménagement Concertée (ZAC) de l'Esplanade, ont été gelés et totalement remis à plat. « L'urbanisme de tours est devenu totalement anachronique. Aujourd'hui, nous privilégions la qualité des espaces publics et du paysage urbain, tout en rééquilibrant la place réservée aux piétons par rapport à celle vouée au stationnement », justifie Vincent Fristot, maire adjoint à l'urbanisme. 
 
Des chantiers d'un nouveau genre, basés sur la co-construction avec les habitants, ont vu le jour. « Résultat, nous avons perdu deux ans et demi », tonne Olivier Gallais, président de la Fédération des Promoteurs Immobiliers (FPI) des Alpes. La part belle faite aux logements sociaux, les contraintes liées aux nouvelles règles de qualité et de performance énergétique ou encore la politique d'encadrement des loyers défendue par Eric Piolle inquiètent les professionnels du secteur. « Certains gros acteurs, comme Icade ou Kaufman and Broad, ont préféré délocaliser leur agence », alerte Olivier Gallais.
 
A Grenoble, l'action coup de poing visant à manifester son mécontentement est un sport local qui perdure. Lors du conseil municipal du 26 septembre 2016, une fois de plus encadré par les forces de l'ordre, les opposants à la fermeture des bibliothèques ont érigé un mur symbolique de livres devant les vitres de l'hôtel de ville. Certains en ont profité pour mettre en cause, à nouveau, la politique culturelle dans son ensemble. Là encore, Eric Piolle se retranche derrière les contraintes budgétaires et la redéfinition des priorités. 
 
La municipalité ne manque pas une occasion de vanter la mise en place de son vaste plan pour les écoles, une promesse de campagne cette fois revue à la hausse. « Lorsque nous sommes arrivés, nous nous sommes rendu compte que le manque criant de places était bien plus grave que prévu », explique Fabien Malbet, maire adjoint à l'éducation, qui promet l'ouverture de cinquante à soixante classes d'ici à 2020. 
 
Un investissement total de soixante-six millions d'euros, soit un tiers du budget global de la ville, c’est un virage à cent quatre-vingt degrés et ce sont des choix tranchés dont l'équipe d’Eric Piolle, qui arrivera à la moitié de son mandat au mois de mars 2017, devra répondre. A elle de prouver que, à Grenoble, l'herbe peut être plus verte qu'ailleurs.

 


Chaque jour, une péripétie surprend, un nouveau personnage entre en scène, par Charles Jérémie
 
Jeudi 15 Décembre 2016

Source : http://www.clubpolitiquebastille.org/spip.php?article179

Chaque jour, une péripétie surprend, un nouveau personnage entre en scène. C’est du mauvais théâtre et une véritable comédie.
 
Insignifiance politique et communication, la société du spectacle est parvenue à se caricaturer.
 
La situation politique est vraiment amusante comme si la « crise de la cinquième république » tant de fois annoncée se transformait en énorme éclat de rire.
 
Eliminés Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et Cécile Duflot, démissionné François Hollande, les pronostics des sondeurs et des journalistes sont battus en brèche et Manuel Valls est en grande détresse, Emmanuel Macron l’a pris de court.

Désigné par les Nouveaux Chiens de Garde comme le meilleur démolisseur libéral du Parti Socialiste, l’ancien ministre des finances s’avance en vainqueur possible.
 
Je m’étais permis d’imaginer que l’explosion du Parti Socialiste interviendrait avant les élections présidentielles. La réalité dépasse les hypothèses les plus audacieuses.
 
Mais attention, les déchirures de la super structure ont une origine, François Hollande et Manuel Valls ont été mis KO par les mobilisations contre la loi travail.
 
François Hollande en a tiré des conséquences. Manuel Valls va payer la note. Il y aura d’autres cadavres politiques.
 
Au moins trois anciens ministres sont candidats contre lui. L'élection primaire de la gauche sera une meurtrière pantalonnade avec une certitude, Manuel Valls battu, jamais ses partisans n’accepteront de soutenir « le vainqueur ». Enfin, là on rit moins, la plupart des candidats socialistes aux élections législatives seront pulvérisés. Pour le Parti Socialiste, c’est la crise finale. Il faut réfléchir aux conséquences pour l’après 2017.
 
À droite, la situation est apparemment meilleure, encore que les réactions dans l’opinion au programme ultra-libéral de François Fillon commencent à fragiliser l’intéressé. En réalité, il n’y a pas dans le pays de majorité ni de droite ni de gauche. Sur le plan électoral, il n’y a pas d’appétence pour le libéralisme des deux bords de l’échiquier. Songeons que, déjà, les républicains, socialistes en tête, s’apprêtent à appeler à voter au second tour des élections présidentielles pour François Fillon contre la méchante repoussante Marine Le Pen.
 
Pas sûr que, ce coup-ci, cela marche, d’autant que nul ne sait, à commencer par l’intéressé, ce que deviendra la candidature d'Emmanuel Macron. Il peut exploser en vol comme hier un Jean Pierre Chevènement ou au contraire par rejets successifs gonfler et arriver très largement en tête dans les sondages devant le candidat du Parti Socialiste, inévitablement ce dernier apparaîtra alors comme le « diviseur » et une campagne médiatique forcenée s’engagera pour qu’il se retire au profit d'Emmanuel Macron. Et ainsi, comme dans le midi et le nord aux élections régionales, le Parti Socialiste disparaîtra des radars.
 
Les cercles dirigeants du patronat ont un candidat officiel, François Fillon, mais un secteur encore limité de la bourgeoisie, joue Emmanuel Macron contre Marine Le Pen et François Fillon qui les inquiète.
 
Le côté bigot révulse. La France est, certes, historiquement un pays catholique, mais la révolution française a profondément tracé son sillon, consacré en 1905 par la séparation de l'église et de l'état. Il ne faut pas sous-estimer le rejet de l’idéologie de la manifestation pour tous et de Sens Commun. François Fillon c’est Versailles avec de surcroit un relent de pétainisme.
 
Alain Juppé et François Bayrou craignaient les conséquences sociales de son projet. Cette objection demeure. Répétons-le, pour appliquer son programme, François Fillon devra aller au maximum des tensions sociales, peut-être même faire tirer. Ce n'est pas si simple que cela, d’autant que les appareils syndicaux auront malgré leurs efforts du mal à le soutenir.

Donc, François Fillon c’est non seulement Versailles mais aussi l’aventure. Sur un programme libéral de même nature, mais soft, Emmanuel Macron peut rassembler des secteurs significatifs de la petite bourgeoisie. Dans cette période, les personnages s’usent rapidement. Les nains sont élevés au rang de « sauveur » puis, comme en Grande Bretagne ou en Italie, balayés par la réalité.
 
Répétons-le, il faut le répéter, véritable Comedia Del Arte, l’élection présidentielle est un terrain d’où les salariés, les chômeurs et les jeunes sont expulsés. D’ailleurs, le tableau succinct qui précède ne vaut que sur le papier. Que demain le mauvais temps social s’invite, nous ne sommes pas encore au mois de mai 2017, et la fragilité des postures se révéleront. Il suffit de constater à quelle vitesse le « radical » François Fillon a bégayé sa réforme de la sécurité sociale.
 
Il n’y a aucune solution électorale progressiste. La seule question qui vaille est comment, dès maintenant, en bas et dans la société réelle, préparer non seulement la résistance contre François Fillon, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, mais encore passer à la contre-offensive, c’est la seule véritable question et c’est possible.
 
Il suffit d’entendre Jean Claude Mailly qui suggère d’acheter des baskets car « cela va manifester » pour comprendre que, après les élections, il prépare avec la Confédération Générale du Travail (CGT), encore une fois, la stratégie de l’échec.
 
Non, plus de pseudo-grèves et de journées d’actions à répétition, tous ensemble le même jour jusqu’à la victoire, c’est la seule perspective raisonnable pour battre François Fillon, Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Une politique qui peut-être entendue notamment par les combattants de la lutte contre la loi travail.


Quand Julien Salingue écrit à Mélenchon à propos de la destruction d'Alep par le dictateur syrien...

Lettre à un camarade qui s’obstine à justifier l’injustifiable, par Julien Salingue

Jeudi 15 Décembre 2016

Source : http://resisteralairdutemps.blogspot.fr/2016/12/massacres-alep-lettre-un-camarade-qui.html

Cela fait plusieurs semaines que je me dis que je vais t’écrire et ce sont les événements tragiques d’Alep et ta réaction à ces événements, ou parfois ta non-réaction, qui ont fini par me persuader que l’heure était venue de m'adresser à toi. Pas nécessairement dans le but de te convaincre, car je crois que malheureusement il est déjà trop tard. Mais au moins, comme cela, les choses seront dites et tu ne pourras pas dire que tu ne savais pas.

La ville d’Alep est victime d’un massacre et d’une véritable boucherie qui fait immanquablement penser à d’autres villes martyrs comme Srebrenica, Grozny et Fallouja, mais aussi Varsovie et Guernica, ou encore aux camps palestiniens de Sabra et Chatila. Les témoignages directs qui affluent de la ville, venus de syriens ordinaires, et non des seuls membres d’un quelconque groupe armé, sont éloquents, a fortiori lorsqu’ils sont accompagnés de photos ou de vidéos. Des mots et des images qui disent la détresse, l’impuissance et l’horreur.

Mais toi, camarade, tu t’es évertué ces derniers jours, si l'on peut considérer que cet exercice peut avoir de près ou de loin un quelconque rapport avec une vertu, à expliquer qu’il ne fallait pas s’engager aux côtés des habitants d’Alep et qu’il ne fallait pas dénoncer les bombardements dont ils étaient victimes, pas plus qu’il ne fallait dénoncer les exactions commises par les troupes au sol lors de la « libération » de la ville. En d’autres termes, tu es venu nous expliquer qu’il ne fallait pas prendre de position claire et déterminée contre un massacre planifié et perpétré par le régime dictatorial de Bachar al-Assad et par ses alliés, au premier rang desquels la Russie et l’Iran.

Si je m’adresse à toi, camarade, c’est parce que nous avons par le passé partagé nombre de combats, notamment, mais pas seulement, le combat pour les droits du peuple palestinien. Parce que je pensais que, malgré nos divergences, nous avions des principes communs. Je n’ai en effet rien à dire à la droite et à l’extrême-droite qui défendent Vladimir Poutine et Bachar al Assad, qui assument clairement leur soutien à des régimes autoritaires au nom de valeurs communes et qui n’ont jamais fait semblant de vouloir construire une réelle solidarité avec les peuples opprimés.

Mais toi, camarade, tu te pares de vertus progressistes et anti-impérialistes, voire socialistes, communistes ou même révolutionnaires. Et c’est au nom de ces vertus que tu tentes de nous convaincre aujourd’hui qu’il ne faut pas se tenir résolument aux côtés de la population d’Alep assiégée et massacrée et qu’il ne faudra pas se tenir demain aux côtés des populations des autres villes syriennes déjà assiégées et bientôt massacrées.

Ce qui n’est pas, tu l’avoueras, le moindre des paradoxes.

J’avais en effet cru comprendre que ce qui constituait le patrimoine génétique commun de la gauche anti-impérialiste, c’était d’être aux côtés des peuples écrasés par les états impérialistes et leurs alliés.

J’avais cru comprendre que dans ce patrimoine génétique que nous semblions partager, on ne transigeait pas avec la solidarité internationale. Et j’avais espéré que malgré tes positions parfois plus qu’ambigües quant à la tragédie syrienne, le martyr d’Alep te ramènerait à la raison et à la maison.

Mais non, tu t’obstines à tenter d’expliquer que nous ne pouvons pas prendre parti pour la population massacrée à Alep. Tu t’obstines à tenter d’expliquer que « les choses ne sont pas si simples ». Tu t’obstines à tenter d’expliquer que dans cette guerre, il n’y a pas « des gentils d’un côté et des méchants de l’autre » et qu’il faut ainsi savoir raison garder et ne pas céder à la facilité.

Car toi, bien évidemment, camarade, tu ne cèdes pas à la facilité. Tu nous proposes d’ailleurs ton analyse complexe, pleine de hauteur et de nuance, qui ressemble à peu près à ceci, « Bachar al Assad n’est pas un démocrate et les pays qui le soutiennent ne sont pas franchement des modèles non plus. Mais la soi-disante rébellion syrienne est en réalité majoritairement composée de forces issues de l’islam intégriste, voire djihadiste, téléguidées et armées par des régimes réactionnaires comme l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie, voire par les parrains occidentaux de ces derniers, notamment les États-Unis et la France ».

Conclusion, « les plus méchants ne sont pas nécessairement ceux que l’on croit ».

Le premier problème avec ton analyse, camarade, est qu’elle oublie un acteur essentiel, la population syrienne. Tu sembles en effet oublier que le point de départ des événements en Syrie n’est pas une intervention saoudienne, américaine, qatarie ou turque, ni même russe. Le point de départ de tout cela, c’est que, au mois de mars 2011, des centaines de milliers de syriens se sont soulevés contre un régime dictatorial et prédateur, comme en Tunisie, en Égypte et en Libye. Et que si Bachar al Assad et ses sbires n’avaient pas fait le choix de réprimer ce soulèvement dans le sang, avec plus de cinq mille morts et des dizaines de milliers d’arrestations durant l’année 2011, ils seraient eux aussi tombés sous la pression populaire.

Et je parle bien de l’année 2011, cette année où, souviens-toi, camarade, tu t’enthousiasmais pour les autres soulèvements dans la région. « Le peuple veut la chute du régime », tu te rappelles ? Tu l’as peut-être même chanté dans les rues d’une ville française, toi qui es si épris de liberté, de justice sociale et de démocratie. En Syrie aussi, on le chantait, avec les mêmes revendications économiques, sociales et politiques que dans les autres pays de la région touchés par le soulèvement et Ryad, Doha, Paris ou Washington n’avaient rien à voir avec cela. Si tu t’intéresses de si près à la chose syrienne, tu dois d’ailleurs savoir qu’à chaque fois qu’il y a eu une trêve au cours des dernières années, les manifestations ont recommencé. Que sans l’intervention de l’Iran, puis de la Russie, le régime serait tombé, sous la pression des syriens, pas de quelques milliers de combattants étrangers qui sont arrivés, soit dit en passant, bien après que le régime eut tué des milliers de syriens désarmés et fait sortir de prison des dizaines, voire des centaines, de djihadistes, t'es-tu déjà demandé pourquoi ? Et que oui, les racines de la crise syrienne sont bel et bien la contestation populaire d’un clan et la réponse de ce dernier, tout détruire plutôt que de perdre son pouvoir et ses prébendes.

À moins que tu ne veuilles signifier que depuis le début les syriens sont manipulés par les pays occidentaux, que tout cela n’est, au fond, qu’une histoire d’hydrocarbures et que le soulèvement syrien était téléguidé depuis l’extérieur par des puissances qui n’ont qu’à appuyer sur un bouton pour que des populations se soulèvent. Mais je n’ose même pas le penser, tu n’es pas de ceux qui estiment que les arabes sont tellement bêtes qu’ils ne sont pas capables de penser par eux-mêmes et que quand ils se mettent à se mobiliser et à revendiquer pour la justice sociale, quitte à risquer de perdre leur vie, c’est forcément parce qu’ils sont manipulés par des occidentaux pour le pétrole.

Le deuxième problème avec ton analyse, camarade, est que tu mets sur le même plan, d’une part, le soutien apporté par la Russie et l’Iran à Bachar al Assad et, d’autre part, le soutien apporté par les États-Unis, la France, la Turquie et les monarchies du golfe aux forces d’opposition syriennes. Tu essaies de faire croire qu’il n’y aurait pas une supériorité militaire écrasante du régime de Bachar al Assad et de ses alliés et que, après tout, pour reprendre, en la modifiant à peine, une formule en vogue dans un pays frontalier de la Syrie, « Bachar al Assad a le droit de se défendre ».

Mais oses-tu réellement comparer, d’une part, les milliers de conseillers militaires et l'armement iranien, les milliers de combattants du Hezbollah et, surtout, l’aviation russe, ainsi que les véhicules et l’armement lourd fournis par la Russie, deuxième puissance militaire mondiale, qui viennent en appui à un état et une armée régulière et, d’autre part, les armes légères, les lances roquettes et lances missiles vétustes fournis ou financés par les monarchies du golfe ou la Turquie et les armes légères, les lances roquettes, les quelques armes contre les chars et les systèmes de communication et dispositifs de vision nocturne fournis, au compte-goutte, par les États-Unis et la France ?

Sais-tu que ce que demandent les forces d’opposition syriennes depuis le début ce sont des missiles anti-aériens, pour pouvoir se défendre contre les avions de la mort de Vladimir Poutine et de Bachar al Assad, et que ce sont les États-Unis qui ont systématiquement mis leur veto à la livraison de telles armes ? Sais-tu que, au début de l’année 2014, après l’échec de la deuxième conférence de Genève, les saoudiens ont pour la première fois suggéré de livrer des lances missiles aux forces d’opposition syriennes, que les États-Unis s’y sont opposés et qu'ils n'ont pas changé de position depuis ? Les États-Unis qui ne voulaient pas, qui ne veulent pas, que ces armes tombent « entre de mauvaises mains » et qui ne veulent surtout pas que l'appareil d’état syrien soit détruit car ils ont tiré, contrairement à d'autres, les bilans de leur brillante intervention en Iraq. 

 


Avant son congrès, Podemos étale ses désaccords, par Ludovic Lamant
Envoyé spécial de Mediapart à Madrid

 
Jeudi 29 Décembre 2016

Source : https://www.mediapart.fr/journal/international/291216/avant-son-congres-podemos-etale-ses-desaccords

Un violent combat de chefs entre Pablo Iglesias et son numéro deux, Íñigo Errejón, bouscule le mouvement anti-austérité Podemos. Au-delà de la bataille d’égos, c’est un débat de fond qui traverse le parti sur les manières d’élargir son électorat dans les années à venir.
 
Le nom de code du prochain congrès circule depuis l’automne, ce sera le deuxième congrès de Vistalegre. Mais il n'est pas encore certain qu'il se déroulera dans cette salle omnisport de la banlieue de Madrid, qui avait accueilli, au mois d'octobre 2014, le premier congrès fondateur de Podemos. À l’approche de cette assemblée citoyenne, du 10 février au 12 février 2017, les principaux responsables du mouvement anti-austérité jouent à se faire peur. Sur les réseaux sociaux, à la télévision et dans la presse, Podemos étale ses divisions et expose ses doutes sur la stratégie à suivre.
 
« Il est fondamental que Podemos ne se convertisse pas en une coalition de courants, en un parti de barons, en un parti divisé pour toujours et en un parti qui ressemble à un gâteau dans lequel chaque dirigeant dirait que cela, c’est ma part, et donc je veux autant d’argent et de postes. Si nous nous y prenons comme cela, nous allons devenir le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) et nous serons morts », a mis en garde Pablo Iglesias, dans un entretien à la fin du mois de fin décembre 2016 à www.infolibre.es, site partenaire de Mediapart en Espagne. « Il se passe des choses qui mettent en danger la continuité du projet », a lâché, de son côté, Pablo Echenique, secrétaire à l’organisation du parti, et proche de Pablo Iglesias.
 
La mise en garde du professeur de sciences politiques de trente-huit ans vise juste. Mais Pablo Iglesias n’est sans doute pas pour rien dans l’extrême morcellement du parti, qui sort exténué d’un marathon électoral inédit depuis le retour de la démocratie en Espagne, pas moins de sept élections locales, nationales ou européennes, en deux ans. À l’issue des élections législatives du mois de juin 2016, la coalition Unidos Podemos est arrivée en troisième position, avec vingt et un pour cent des voix et soixante-neuf députés sur un total de trois cent cinquante élus.
 
Mais la formation qui voulait « prendre le ciel d’assaut » n’a pas su s’entendre avec le PSOE pour former un gouvernement des gauches, sur le modèle de l’exécutif aujourd’hui en place au Portugal. Pire encore, la coalition constituée de Podemos et des communistes d’Izquierda Unida a perdu plus d’un million de voix entre les élections législatives du mois de décembre 2015 et celles du mois de juin 2016. Cette claque a plongé ce parti d’universitaires dans d’intenses débats sur les manières de rebondir et d’aller séduire « los que faltan », « ceux qui manquent » pour gagner.
 
« Je vois deux phases dans l’hypothèse Podemos », résume Jorge Moruno, le responsable du discours, un jeune trentenaire, sociologue de formation, qui nous reçoit dans les bureaux madrilènes du parti à deux pas de la place d’Espagne. « Le premier moment correspond à la trajectoire du prince de Machiavel. Il se lance à l’aventure et il conquiert de nouveaux territoires. C’est le Podemos machine de guerre électorale, adepte de la blitzkrieg, qui se construit à un rythme effréné. Paradoxalement, les temps électoraux sont des temps très peu démocratiques, parce que le temps manque pour approfondir les débats en interne. Notre adversaire l’a compris et il a choisi de multiplier les batailles électorales. Jusqu’à la répétition des élections législatives au mois de juin 2016. Cette guerre éclair a duré plus longtemps que ce que nous aurions souhaité. Ce moment est terminé. À présent, le prince doit s’enraciner ». Ce serait l’objectif du congrès à venir, faire passer Podemos d’une logique de guerre éclair à celle d’un enracinement plus profond dans la société espagnole.
 
Les divisions du parti ne vont pas aider. Manifestes depuis le mois de janvier 2016, elles n’ont fait que s’intensifier au fil des mois. Elles sont devenues très visibles sur les réseaux sociaux, à l’image de la dernière dispute en date, une campagne relayée ces derniers jours par des proches de Pablo Iglesias sur Twitter, avec le mot-clé « pas comme cela, Íñigo ». Ils reprochent au numéro deux du parti, Íñigo Errejón, ses critiques publiques à l’encontre des « décisions démocratiques » de la direction. Ce dernier avait regretté sur Twitter la suspension de l’un de ses soutiens, José Manuel López, du porte-parolat de Podemos pour la communauté de Madrid, remplacé par une figure d’un secteur concurrent, « ce n’est pas le bon chemin », avait-il commenté.
 
Trois ans après sa naissance, Podemos est-il déjà menacé par le syndrome de « la vieille politique » ? À gros traits, nous pouvons identifier trois secteurs au sein du parti. L’issue du congrès du mois de février 2017 dépendra des accords que les uns et les autres parviendront à conclure d’ici là. À la différence des courants du Parti Socialiste français par exemple, les divergences ici ne portent pas tant sur le fond des politiques que sur les stratégies électorales à mettre en place pour construire une majorité sociale dans les urnes.
 
Les anticapitalistes forment sans doute le groupe le plus compact. Ils sont les héritiers d’Izquierda Anticapitalista, un équivalent lointain du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) très actif dans les cercles de Podemos des débuts, en 2014. Après la reconduction de Mariano Rajoy au pouvoir, ils plaident pour rapprocher Podemos des mouvements sociaux.

« L’institutionnalisation est le grand risque qui pèse sur Podemos. Les institutions t’éloignent des gens. Elles te séquestrent », assure à Mediapart le député européen Miguel Urban, l’un des chefs de file des anticapitalistes. À ses yeux, Podemos devrait s’investir davantage dans les conflits à l’échelle des usines et des entreprises, en réponse à la « radicalisation de l’extrême-centre en Europe ». Il compte à ses côtés des figures comme l’andalouse Teresa Rodriguez ou le maire indigné de Cadix, en Andalousie aussi. Minoritaires, ils pourraient jouer le rôle de faiseurs de roi lors du prochain congrès.
 
Autre secteur, plus intéressé par le jeu institutionnel classique, les « errejonistas », partisans du secrétaire politique et numéro deux de Podemos, Iñigo Errejón. À trente-trois ans, ce politologue, il a écrit sa thèse sur le MAS, le parti d’Evo Morales en Bolivie, est considéré comme le plus intelligent de la bande mais aussi, pour ses détracteurs en interne, le plus social-démocrate. Pour faire court, ce défenseur acharné de la transversalité, ni droite, ni gauche, est convaincu que Podemos doit aller chercher de nouveaux électeurs, bien au-delà du cercle des seuls déçus du PSOE. Pour y parvenir, il ne faut surtout pas tomber dans les vieux travers de la gauche radicale, ce qui risquerait, à ses yeux, de marginaliser le parti en l’adossant uniquement aux luttes sociales et en suscitant l'inquiétude d'un électorat plus rural ou âgé.
 
« Ce n’est pas une question idéologique. Ce n’est pas que, du jour au lendemain, je suis devenu un parlementaire bourgeois, qui voit dans le débat parlementaire une fin en soi du travail politique. Non, mais un travail parlementaire peut nous permettre de rouvrir la fenêtre d’opportunité pour gagner », explique Jorge Lago, l’un des très proches d’Inigo Errejón. « En mettant sur la table le débat sur le salaire minimum, sur le revenu universel ou sur la réorganisation institutionnelle de l’Espagne. Pour forcer les autres à se positionner et diviser les socialistes sur la Catalogne. Tu peux jouer avec les contradictions de l’autre pour empêcher la stabilité du système. À l’inverse, si tu te mets justement là où le pouvoir veut que tu te mettes, dans les manifestations, tu légitimes la fermeture du système ».
 
« Si nous voulons gagner, il ne faut pas seulement travailler avec des gens déjà convaincus. Nous devons mettre au jour un imaginaire suffisamment ample pour incorporer aussi les gens qui ne se mobilisent pas et qui ne vont pas aux manifestations », renchérit Jorge Moruno, qui défend lui aussi l’approche d’Inigo Errejón avant le congrès. « Il faut sortir du faux débat entre la rue et les institutions », insiste-t-il, avant de plaider pour « la construction d’un réseau de coopératives, de lieux hors de l’économie de marché et d’espaces de loisirs, où l’on retisse le terreau social que les politiques néo libérales ont défait et où l’on touche des gens qui ne sont pas habituer à descendre dans la rue ».
 
Dans cette géographie mouvante de Podemos, il reste à évoquer, bien sûr, les « pablistes ». Les partisans de Pablo Iglesias se situent, pour le dire vite, à mi-chemin entre les deux autres tendances. Pablo Iglesias continue de revendiquer la transversalité chère à Inigo Errejón, mais il doute de la possibilité de remporter de vraies victoires au congrès des députés, depuis l’opposition. Sur le fond des choix politiques, il est sans doute plus proche, aujourd’hui, des anticapitalistes. Les négociations avec le PSOE pour former un gouvernement au début de l’année 2016 ont d’ailleurs laissé des traces. Du côté d’Inigo Errejón, certains plaidaient, sans le dire à haute voix, pour une abstention face à un éventuel gouvernement entre le PSOE et Ciudadanos, le nouveau parti de centre droit, pour empêcher le retour de Mariano Rajoy. Ce que Pablo Iglesias et ses proches n’ont jamais voulu entendre.
 
Depuis 2014, Pablo Iglesias a toujours dépassé les contradictions des différents secteurs, grâce à un leadership très puissant semblable, en cela, à certains chefs d’état latino-américains. Mais la technique s’est essoufflée, depuis l’entrée de Podemos au congrès des députés. « La télévision a été un élément fondamental, qui nous a permis de toucher beaucoup de gens, mais le poste de télévision est un dispositif limité, parce qu’il arrive d’en haut. Nous devons construire de nouvelles institutions par en bas », insiste Jorge Moruno.
 
De nombreux soutiens historiques de Pablo Iglesias ont par ailleurs rejoint le camp d’Inigo Errejón, agacés par le fonctionnement de plus en plus autoritaire en interne, selon eux, du leader. En réaction, le madrilène, qui s’est formé au sein des jeunesses communistes, s’est en partie replié sur un noyau dur très marqué Izquierda Unida, aux côtés de Juan Carlos Monedero, son maître à penser, ancien conseiller d’un dirigeant d’Izquierda Unida, ou Alberto Garzón, le jeune et charismatique leader d’Izquierda Unida. Les « errejonistas » avaient déjà eu du mal à avaler la candidature aux élections législatives, imposée par Pablo Iglesias, de Julio Anguita, ancien secrétaire général du Parti Communiste Espagnol (PCE), figure de l’eurocommunisme.
 
Ce sera l’un des enjeux du congrès du mois de février 2017, démocratiser le mouvement et revenir sur certaines mesures prises par le congrès fondateur qui avait verticalisé et banalisé le parti. À l’époque, la direction, Pablo Iglesias comme Inigo Errejón, justifiait ce passage en force au nom de l’efficacité électorale. Cette fois, Inigo Errejón monte au créneau pour réclamer un parti plus transparent et décentralisé à l’échelle des régions, des villes et des cercles du parti. Ironie de la situation, celui qui était, au mois d’octobre 2014, le principal dissident et réclamait davantage de pouvoir aux cercles et de décentralisation, contre la direction à Madrid, n’était autre que Pablo Echenique, aujourd’hui secrétaire à l’organisation du parti et partisan de la ligne de Pablo Iglesias.
 
« Il faudra sortir du congrès avec une organisation plus démocratique de Podemos qui serve de prologue à l’Espagne que nous voulons. D’un point de vue territorial, avec un parti plus décentralisé, mais pas seulement, avec une direction du parti féminisée, en prenant des mesures de discrimination positive si cela est nécessaire et avec une répartition plus juste de la richesse à l’intérieur de Podemos, avec davantage de moyens pour les cercles et les bases », imagine Jorge Lago qui critique, en creux, l’état de Podemos aujourd’hui.
 
« L’Espagne n’a pas besoin d’un énième mélodrame, mais de débats politiques », tranche, de son côté, Jorge Moruno, en référence à l’affrontement très médiatisé entre les deux anciens meilleurs amis, Pablo Iglesias et Inigo Errejon, qui, parfois, s'écrivent même des lettres sur les sites d'information et les réseaux sociaux. « Nous avons construit une machine politique très ancrée sur le charisme politique. Mais il faut que nous soyons capables de dépasser aujourd’hui cette approche binaire et psychologisante, entre Pablo Iglesias et Inigo Errejon », avance, de son côté, Pablo Bustinduy, le responsable de l’international au sein de Podemos. Le 28 décembre 2016, Pablo Iglesias a été jusqu'à publier une vidéo sur son compte Twitter, dans laquelle il demande pardon aux militants de Podemos pour le spectacle occasionné.
 
À quelques semaines du congrès, quels sont les rapports de force entre les trois secteurs ? Un vote censé fixer les règles de vote du prochain congrès, qui s’est déroulé au mois de décembre 2016, est riche d’enseignements. Sur les quelque cent mille personnes qui ont participé, un peu plus d’un tiers de la base, quarante et un pour cent ont suivi la formule proposée par Pablo Iglesias et trente-neuf pour cent ont suivi la formule proposée par Inigo Errejón. À peine deux mille quatre cent voix les séparent. Le numéro deux avait même obtenu l'appui de plus de trois cent cadres du parti sur son manifeste durant la campagne. Quant aux anticapitalistes, ils ont obtenu un peu plus de dix pour cent des suffrages. C’est une déconvenue pour Pablo Iglesias, qui pensait l’emporter plus nettement. « La preuve est établie, pour la première fois au niveau national, que les militants de Podemos ne sont pas tous pablistes », commente un journaliste du País, qui y voit « la fin de l’hyper-leadership de Pablo Iglesias ». Mais Pablo Iglesias a sans doute obtenu l’essentiel, le congrès se déroulera selon ses règles du jeu. À savoir que les militants voteront le contenu programmatique et l’identité du secrétaire général en même temps.
 
À ce stade, Inigo Errejón le répète sur tous les tons. Il n’a pas l’intention de se présenter contre Pablo Iglesias. Tout au plus veut-il que son projet politique soit entendu. Faute de réconciliation entre Pablo Iglesias et Inigo Errejón avant le mois de février 2017, Miguel Urbán, chef de file des anticapitalistes, se trouvera en position de force. Son projet d’organisation du parti, qui veut donner plus de pouvoir aux cercles, recoupe en partie celui d’Inigo Errejón, tandis qu’il incarne une aile mouvementiste de Podemos compatible avec Pablo Iglesias. Il pourrait être le faiseur de roi et sauver la face de l’actuel secrétaire général. D’après www.infolibre.es, des discussions commençaient ces jours-ci à reprendre, sur l’application cryptée Telegram, entre les trois secteurs.
 
Dans l’attente d’un règlement de la crise à Podemos, la droite de Mariano Rajoy est, une fois de plus, la grande gagnante. Le conservateur galicien a été investi au mois d’octobre 2016 à la tête d’un gouvernement minoritaire, grâce à l’abstention d’une majorité des députés du PSOE. Beaucoup d’observateurs lui prédisaient un mandat très court. Mais le Parti Populaire a d’ores et déjà transformé Ciudadanos, la nouvelle formation de droite qui lui avait pris beaucoup d’électeurs, en un docile allié au pouvoir. Quant au PSOE, il se prépare à un congrès, sans doute à l’été 2017, pour élire leur nouveau secrétaire général après la démission de Pedro Sánchez. D’ici là, les socialistes ne devraient pas aller au bras de fer avec Mariano Rajoy. L’horizon semble assez dégagé pour le chef du gouvernement, en tout cas au premier semestre 2017. Le congrès du Parti Populaire, prévu pour le mois de février 2017, aux mêmes dates que celui de Podemos, devrait le confirmer.


Lettre de François Ruffin à Gérard Filoche, par François Ruffin

Mardi 20 Décembre 2016


Source : http://www.fakirpresse.info/lettre-a-gerard-filoche

Je reçois un courriel de toi qui me demande, « camarade, signerais-tu cela », avec en pièce jointe un appel, adressé aux « amis de Jean Christophe Cambadélis », pour que tu puisses te présenter à « l'élection primaire de la gauche ».

Tu sais, pas seulement ma camaraderie, mais mon amitié pour toi. Nous avons battu les estrades ensemble, à Amiens où, le 12 janvier 2008, tu as aidé à la renaissance de Fakir, et je ne l’oublierai pas, à la Bourse du Travail à Paris et à la salle Franklin au Havre, tu as décroché notre « prix du rapace », j’ai même participé à tes rassemblements de la Gauche Socialiste car, avant tout, j’aime ton tempérament, cette chaleur, cette faconde, cette simplicité et cette obstination, bref, je t’aime.

Mais maintenant, non, je n’ai rien à demander à Jean Christophe Cambadélis ni à ses amis, rien à en attendre ni rien à en espérer.

Je n’ai plus rien à voir avec ces gens-là.

Je n’ai rien à faire dans ce que tu appelles « élection primaire de la gauche ». Comment nommer cela « la gauche », alors qu’il s’agit du Parti Socialiste ? Qu’il y ait encore, à l’intérieur du Parti Socialiste, des milliers et des dizaines de milliers de militants sincères et déboussolés, bref « de gauche », je l’entends fort bien. Mais, faut-il le répéter, durant cinq années, du Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance (TSCG) à la loi travail en passant par le Crédit d'Impôt pour la Compétitivité et l'Emploi (CICE) ou l’Accord National Interprofessionnel (ANI), ce Parti Socialiste a pris tout, sauf des mesures « de gauche ». Avec des réticences si tu veux, mais du bureau national jusqu’aux sections locales, en passant par les députés et les élus régionaux, c’est un large appui, au moins par la passivité, qu’ont reçu les choix du président et de son gouvernement.

Au pouvoir, le Parti Socialiste s’est montré « de droite » dans les faits.

Le temps de l’opposition et des élections revient, le Parti Socialiste veut se redonner une figure « de gauche » dans les discours. Il fait peau neuve et se rougit, comme un caméléon.

Même Manuel Valls, tu imagines.

J’écoutais ton camarade Benoît Hamon, Jeudi 15 Décembre 2016, dans l'émission politique de France Télévision. Franchement, je l’ai trouvé bon, convaincant sur bien des points et mu par une sincérité.

Mais quand il raconte que « le discours sur les gauches irréconciliables, qu’a un peu tenu Jean-Luc Mélenchon en face de Manuel Valls, ce discours me semble factice, reposant sur des postures plus que des réalités. Sur le rapport au travail, sur la souffrance au travail et sur les problèmes de santé et d’environnement, tout cela converge. Sur la démocratie, cela converge », c’est du n’importe quoi bisounours.

Le quarante neuvième article de la constitution par deux fois, c’est comme cela que « sur la démocratie, cela converge » ?

Les vingt milliards d’euros de cadeaux, chaque année, pour le patronat, cela converge toujours ?

Le pacte austéritaire de Nicolas Sarkozy, d'Angela Merkel et de François Hollande, qui cadenasse les budgets de nos hôpitaux, nos écoles et nos salaires, cela converge encore ?

Ce sont des « réalités », tout cela, des « réalités » subies et encaissées par les salariés durant cinq années. Et la « posture », c’est de faire comme si tout cela n’avait pas existé.

Je vois bien la manœuvre, que le Parti Socialiste se présente comme une alternative à lui-même.

Voilà bien l’enjeu, pour moi, le véritable enjeu, de la présidentielle à venir.

Non pas la victoire « de la gauche », je n’y crois pas, ou peu, elle relèverait du miracle.

Mais il est des défaites porteuses d’avenir.

Et l’enjeu me semble celui-ci, quel sera le sens du mot « gauche » demain ?

Est-ce que cela restera, dans la tête des gens, associé au Parti Socialiste et donc une vieille chose rabougrie, décatie, complice de l’oligarchie et donc synonyme d’écœurement, voire de haine dans les classes populaires ?

Toute cette histoire, Maximilien Robespierre, les communards, Jean Jaurès et le Front Populaire, pour aboutir à Manuel Valls et à Vincent Peillon, qui régleront leurs affaires entre courants ? Ou bien, est-ce que ce mot de « gauche » serait revivifié par une autre force habitée par un autre souffle, qui créera à nouveau du désir politique ?

Malgré ta vigueur, ton allant de tribun et ton timbre de stentor, tu n’es plus tout jeune, Gérard Filoche. Tu entres dans le temps de tes derniers combats. Et je voudrais te demander, amicalement, est-ce que cela ne te tenterait pas, plutôt que de grenouiller avec tes camarades dans ce Parti Socialiste pourri, est-ce que cela ne te dirait pas de finir en beauté et de participer à cette autre force, avec les communistes, les insoumis et qui voudra ?

Ce n’est pas gagné.

Ce n’est pas facile.

Et je sais combien tu as investi de temps et d’énergie en meetings, en débats et en publications, pour faire exister une gauche dans ce Parti Socialiste et combien il te serait donc coûteux de revoir ton plan de bataille.

Mais j’espère.

Et de toute façon, quoi qu’il en soit, nous nous retrouverons au coude à coude dans les manifestations et sur les piquets de grève qui sont davantage notre came, à toi comme à moi.

Sois assuré de mon respect pour ton courage et pour ta combativité, moi qui ne tiendrais pas une semaine dans ce parti désormais faisandé.

 


Quatre vingtième anniversaire de la révolution espagnole, par Stéphane Julien

Source: https://www.bataillesocialiste.wordpress.com/2016/10/08/80eme-anniversaire-de-la-revolution-espagnole

Cet été, c’était le quatre vingtième anniversaire de la révolution espagnole, une révolution dans un pays voisin, suivie de près par nos anciens de la Révolution Prolétarienne, tout particulièrement Nicolas Lazarévitch et Robert Louzon. Cette révolution ne fut pas seulement une guerre laboratoire avant la seconde guerre mondiale, mais elle joua un rôle important dans la gauche politique et syndicale internationale, révélant notamment le rôle contre-révolutionnaire du stalinisme et les faiblesses de l’anarchisme, courant majoritaire dans la classe ouvrière catalane.
 
La révolution ouvrière de juillet 1936
 
L’Espagne comptait en 1936 autour de vingt cinq millions d’habitants. C’était un pays avec un retard d’industrialisation, surtout en dehors de la Catalogne et du pays basque, et une tradition de violence d'état contre les luttes ouvrières. Depuis 1931, c’était une république. Une république qui n’avait pas mis en œuvre l’indispensable réforme agraire. Un Front Populaire avait remporté les élections du mois de février 1936. Ce front électoral avait été largement construit et soutenu sur un mot d’ordre d’amnistie des prisonniers politiques, notamment les survivants de l’insurrection des Asturies de 1934. Les forces les plus réactionnaires du pays organisèrent alors un coup d'état militaire dirigé par Francisco Franco au mois de juillet 1936.
 
Le gouvernement fut incapable d’y faire face mais les travailleurs contre-attaquèrent efficacement. A Barcelone, les ouvriers, principalement les militants de la Confédération Nationale des Travailleurs (CNT), mirent l’armée en déroute en quelques heures.
 
« Les ouvriers anarchistes, socialistes, poumistes et eux seuls presque sans armes, ont sauvé Madrid et Barcelone et, avec les deux capitales, c’est le pays tout entier qui serait sauvé si le gouvernement n’était effrayé par le caractère socialiste que prend aussitôt la défense de la république. Les ouvriers ne se sont pas jetés sur les mitrailleuses par amour des chefs républicains, qu’ils ont déjà vus à l’œuvre de 1931 à 1933, mais parce que la foi révolutionnaire les anime. Il est tout de suite évident que la lutte n’est plus cette fois entre les démocrates impuissants de Manuel Azaña et les généraux rebelles mais entre le socialisme et le fascisme. Les grands exploiteurs, industriels et féodaux agrariens qui ne se font pas d’illusions sont tous passé chez Francisco Franco. Et Benito Mussolini aussi le comprend. Il envoie immédiatement du renfort et il contribue à assurer le libre passage entre le Maroc et l’Espagne franquiste, ce qui permet à Francisco Franco de constituer cette troupe de choc, légionnaires et tirailleurs marocains, sans laquelle il aurait été contraint de capituler rapidement », écrit Alfred Rosmer dans la préface du « stalinisme en Espagne », en 1938.
 
L’appareil d’état s’effondra à l’été 1936 entre l’insurrection militaire et l’insurrection populaire. Les travailleurs prirent les armes, exproprièrent et s’organisèrent en comités et milices syndicales. Mais l’appareil d’état se reconstitua rapidement, en intégrant les dirigeants ouvriers tout en organisant les transferts d’autorité. En Catalogne, la CNT maîtresse de la rue laisse le pouvoir au gouvernement régional. Le comité central des milices et le gouvernement régional étaient composés des mêmes forces politiques dans les mêmes proportions, celles d’un Front Populaire élargi à la CNT et au Parti Ouvrier d’Unification Marxiste (POUM). Des leaders de la CNT entrèrent dans le gouvernement de Francisco Largo Caballero au mois de novembre 1936.
 
Nombre d’exploitations, usines et services, tout particulièrement en Catalogne, furent collectivisés, souvent sous l’autorité du syndicat. Un air de liberté et de fraternité flotta indiscutablement. Un recueil de documents sur les collectivisations, préfacé par Augustin Souchy, fut publié dès 1937, « l’œuvre constructive de la révolution espagnole ». Mais il ne fut pas mis en place les prémices d’une économie non marchande, sauf peut-être en Aragon, et divers décrets allaient s’efforcer de reprendre en main ces initiatives.
 
Une guerre internationale
 
Alors que les franquistes bénéficièrent aussitôt du soutien des fascistes, Léon Blum, chef du gouvernement de Front Populaire en France annonça une politique de non intervention. Les tendances de gauche de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) organisèrent cependant dès 1936 un Comité d’Action Socialiste Pour l’Espagne (CASPE). En lien avec la CNT, Solidarité Internationale Antifasciste (SIA) organisa de nombreux meetings réunissant anarchistes, trotskystes et socialistes de gauche. Des colis et convois furent envoyés. Plusieurs militants français rejoignirent l’Espagne et s’engagèrent, notamment dans la milice du POUM. Hippolyte Etchebéhère, du groupe Que Faire, ami d’Alfred et de Marguerite Rosmer, mourut au combat sur le front au mois d’août 1936. Au moins trente-quatre libertaires français sont morts en Espagne en 1936.
 
Deux options étaient défendues dans le camp antifasciste, « la guerre d’abord, la révolution ensuite » ou bien « la guerre pour défendre la révolution ». De fait, c’est la guerre qui dévora la révolution, à commencer par le chantage aux armes. Alors que l’Espagne républicaine était isolée, l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) accepta de lui vendre des armes, en contrepartie d’un transfert de la plus grande partie des réserves en devises de la banque d’Espagne vers Moscou au mois de septembre 1936 et d’une pression constante pour éradiquer l’extrême-gauche au profit d’une ligne d’union nationale, le POUM fut exclu du gouvernement régional de Catalogne, le comité central des milices antifascistes fut dissous, les milices furent militarisées et les collectivisations furent remises en cause. Joan Comorera, ministre stalinien du ravitaillement, lança une « guerre du pain » avec la formule « plus de pain et moins de comités ». Les hommes du Guépéou furent placés, ses prisons secrètes prêtes à la répression.
 
Les journées de mai 1937
 
Une provocation fut orchestrée à Barcelone avec la tentative de prise de contrôle du central téléphonique, des barricades furent levées contre la police stalinienne mais les dirigeants de la CNT intervinrent pour qu’on cesse le combat et reprenne le travail. Les minorités révolutionnaires, les Amis de Buenaventura Durruti et le POUM, durent renoncer. Ce fut la fin de toute perspective révolutionnaire.
 
« D’une part, donc, la supériorité militaire de la CNT s’avéra, en ces journées, éclatante mais, d’autre part, la CNT refusa, à tout moment, d’employer cette supériorité pour s’assurer la victoire. En effet, avant tout, la CNT ne voulait pas remporter la victoire. La CNT était prête à tout, à tous les abandons, à tous les renoncements et à toutes les défaites, à condition de ne pas avoir la victoire. Parce que, après avoir remporté une victoire militaire contre le bloc bourgeois stalinien, après avoir vaincu au cours d’une bataille de rues ses alliés ou soi-disant alliés de la veille, elle n’avait plus alors d’autre alternative que de prendre le pouvoir, le prendre seule et officiellement. Or, fidèle à la politique qu’elle a obstinément suivie depuis le 19 juillet 1936, la CNT ne veut pas être, ouvertement, au pouvoir », écrit la Révolution Prolétarienne, le 10 juin 1937.
 
La police espagnole et les agents du Guépéou organisèrent la terreur contre les révolutionnaires. Andreu Nin, Kurt Landau, Camillo Berneri et bien d’autres furent assassinés. Le POUM fut interdit et ses dirigeants emprisonnés. Beaucoup de militants se réfugièrent dans l’anonymat du combat au front. Une grande partie de la gauche internationale, y compris des anarchistes français, ferma les yeux sur cette répression et les renoncements qui l’avaient permise.
 
N’ayant plus de révolution à défendre et face à des fascistes toujours mieux armés par l’Allemagne et l’Italie, l’Espagne avança vers la défaite totale.
 
Barcelone tomba au mois de janvier 1939 et Madrid tomba au mois de mars 1939. Un exode de masse, la Retirada, emmena cinq cent mille réfugiés vers la frontière française. Les rouges qui ne purent pas pu fuir furent exterminés en masse. Francisco Franco resta dictateur du pays jusqu’à sa mort en 1975.

 


Manuel Valls, de l’ombre de la MNEF aux coulisses du PS, par Laurent Mauduit

lundi 5 décembre 2016.

Source : http://www.mediapart.fr/journal/france/180914/manuel-valls-lombre-de-la-mnef-et-les-coulisses-du-ps


 
L’histoire de Manuel Valls, qui croise celle de Cambadélis et de Le Guen, donne tout autant à voir sur la nécrose qui a gagné le PS. Elle donne à réfléchir sur ce parti qui s’est coupé des milieux populaires ; ce parti de technocrates hautains ou de professionnels de la politique n’ayant jamais travaillé de leur vie, ou si peu de temps, et qui sont souvent mobilisés autour d’une seule cause : la leur... C’est le point commun entre Cambadélis et Valls : ils n’ont pas de légitimité universitaire, n’ayant fait que de maigres études. Ils n’ont pas de légitimité professionnelle puisque leur ascension, c’est d’abord à d’obscures et dérisoires manigances dans les coulisses du Parti socialiste qu’ils la doivent. (…)

Si ces nouveaux promus ont un passé commun, ils sont aujourd’hui des alliés : c’est Manuel Valls qui a personnellement insisté pour que Le Guen entre au gouvernement, lequel Le Guen a tout fait pour que son vieil ami Cambadélis décroche le poste de premier secrétaire du PS. Les trois associés pourraient bien aussi nourrir des desseins identiques, comme tourner une bonne fois pour toutes la page du socialisme. Et conduire le parti vers d’autres horizons. Ou d’autres abîmes...

Le premier témoignage sur le parcours de Manuel Valls, c’est un ancien militant de l’OCI, Michel Assoun, qui me l’a fourni dans le cours de mon enquête. La scène se passe au beau milieu du mois d’août 1980 au siège du bureau national de l’UNEF, où il est de permanence. Les locaux sont déserts, comme de coutume en cette période de l’année. Et pourtant, ce jour-là, il se passe un événement anodin mais exceptionnel dans la vie du syndicat étudiant : un lycéen sonne à la porte et dit au responsable de l’UNEF qu’il est venu pour adhérer, en prévision de son inscription à l’université à l’automne. Événement microscopique mais étrange : de mémoire de syndicaliste étudiant, il n’était jamais arrivé auparavant qu’au creux de l’été un lycéen fasse spontanément une telle démarche ; ce n’est vraisemblablement jamais arrivé depuis. Selon Michel Assoun, qui en parle les jours suivants à d’autres dirigeants de l’UNEF, l’affaire est entendue : cette adhésion hors norme ne peut s’expliquer que parce que ce lycéen leur a été « envoyé ». Ce lycéen qui se nomme Manuel Valls.

L’Unef et de très longues années universitaires

Par qui aurait-il donc été « envoyé » ? À l’époque, la direction de l’OCI a dépêché comme « sous-marins » certains de ses militants dans de nombreuses organisations rivales. Il y a eu ainsi des trotskistes infiltrés à la direction de l’UNEF rivale – dite UNEF-Renouveau –, dont Paul Robel ; il y en a eu d’autres dans le COSEF, le syndicat étudiant socialiste, parmi lesquels Jean-Marie Grosz ou Carlos Pieroni, évoqué précédemment ; il y en a eu en pagaille dans les rangs du Parti socialiste, jusqu’au sommet, dont Lionel Jospin.

Tout un temps, la rumeur circule donc dans les rangs étudiants de l’OCI selon laquelle ce jeune lycéen venu spontanément adhérer à l’UNEF, et dit être rocardien, a peut-être, lui aussi, les mêmes attaches secrètes. Cependant rien ne viendra confirmer cette hypothèse. À ma connaissance, elle a seulement été évoquée par Denis Pingaud, dans son ouvrage La Gauche de la gauche. Bon connaisseur du monde de la communication, pour avoir travaillé à Matignon sous Laurent Fabius, et avoir entretenu longtemps des relations avec Stéphane Fouks, l’intéressé donne pour certain le fait que Manuel Valls a eu des attaches secrètes avec le lambertisme. Il ne fait que l’affirmer, sans en apporter de preuve.

Quoi qu’il en soit, il existe déjà à l’époque un noyau d’étudiants rocardiens qui a opéré le mouvement vers l’UNEF, et qui a participé au congrès de réunification de Nanterre au mois de mai précédent. Ils sont peu nombreux, sans doute guère plus d’une dizaine au plan national. Mais l’OCI, qui a besoin de montrer que ce congrès de l’UNEF est un événement historique pour la vie universitaire, les a accueillis à bras ouverts. En outre, comme les fausses cartes circulent à foison (il y a plus d’adhérents à l’UNEF à Strasbourg que d’étudiants inscrits à l’université !), l’OCI déroule le tapis rouge à ces jeunes rocardiens qui donnent du crédit au mouvement de réunification.

Dans les semaines qui précèdent le congrès de réunification, d’âpres négociations se déroulent dans les cafés voisins du bureau national de l’UNEF, situé rue de Hanovre (dans des locaux qui appartiennent à la confédération FO), à deux pas de l’Opéra, entre la direction du syndicat étudiant et ce courant des étudiants rocardiens, dont les deux chefs de file sont Stéphane Fouks (futur dirigeant de l’agence de communication Euro-RSCG, rebaptisée Havas) et Alain Bauer (futur grand maître de la principale loge maçonnique, le Grand Orient de France).

Négociations surréalistes... Régulièrement, Fouks suspend les tractations en prétendant qu’il va téléphoner à Michel Rocard pour le consulter, alors que l’ancien leader du PSU et rival de François Mitterrand ignore tout de ce qui se trame dans les arrière-cuisines de l’UNEF. Ces suspensions interviennent alors que l’OCI veut devancer les désirs de ces étudiants rocardiens et leur accorder des positions syndicales importantes, même dans des villes où ils ne pèsent rien. Plusieurs associations générales d’étudiants de l’UNEF, en province, leur sont offertes avant même que ne se tienne le congrès de Nanterre, en mai 1980, à l’issue duquel Fouks et Bauer font leur entrée au bureau national du syndicat. Encore lycéen en mai 1980, Alain Bauer rate le premier jour du congrès parce qu’il doit se rendre en cours. (…)

De ce noyau d’étudiants rocardiens, c’est Stéphane Fouks le plus âgé et celui qui a le plus d’expérience politique. Fils d’un ancien résistant juif communiste, qui a été dans les maquis du Jura puis a rompu avec le PCF après la guerre pour basculer vers le mendésisme, il a adhéré au Parti socialiste à l’âge de quinze ans, en 1975, alors qu’il était encore lycéen. Il militait au sein de la section socialiste de Charenton-le-Pont, où il a fait la connaissance de l’une des figures de proue du rocardisme, Yves Colmou. Devenu étudiant, il a adhéré à un petit syndicat, le Mas, où se côtoyaient des rocardiens et des militants de la Ligue communiste révolutionnaire. C’est avec cette expérience qu’il participe au congrès de réunification de l’UNEF, au printemps 1980, et fait cause commune avec un autre jeune rocardien, Alain Bauer. (…)

De son côté, Manuel Valls fait un choix : la politique et le Parti socialiste, où il bascule vite et s’investit. Sa première section d’accueil est celle de Paris-I ; il rejoint le comité directeur quand Fouks lui cède sa place. Il y bascule si vite qu’il néglige ses études. Plus de trente ans plus tard, sa biographie, postée sur le site Internet de Matignon, affiche fièrement ce parcours d’études d’histoire dans ladite université : « Études d’histoire à l’université Paris-I », sans préciser quels diplômes l’étudiant aurait pu décrocher. Sur le site Internet du ministère de l’Intérieur, peu avant, son cursus universitaire était présenté de manière encore plus énigmatique : « Ancien élève en histoire à l’université Paris-I. » Et pour cause. À l’époque, il n’en décroche aucun d’importance. Au terme d’« un parcours universitaire chaotique », selon la formule de son ami Bauer, il obtient tout juste une licence d’histoire, s’il faut en croire sa biographie sur Wikipédia.

Michel Rocard sur ses gardes

Dans leur livre Manuel Valls, les secrets d’un destin, les deux auteurs Jacques Hennen et Gilles Verdez indiquent ce qu’ils sont parvenus à reconstituer du cursus universitaire du jeune rocardien : « Sa présence est notée pour la première fois en 1980 en DEUG de droit première année et pour la dernière fois en 1987. » Les deux auteurs citent alors Manuel Valls lui-même : « Je fais une première année de droit qui se termine par un désastre absolu. Je bifurque vers l’histoire. Mon diplôme, c’est la licence d’histoire, je l’assume, mais je suis happé totalement par la vie politique et mes vrais diplômes sont politiques. » Et les deux auteurs reprennent leur récit : « De fait, il obtient le DEUG en trois ans, puis décroche la licence et ne mène pas sa maîtrise à son terme. » (…)

Bauer, futur grand maître du Grand Orient, Rocard, Valls et Fouks... les néos

Sans légitimité universitaire, Manuel Valls s’immerge dans la vie interne du courant rocardien. Ce serait excessif de dire qu’il ne s’y fait que des amis. Dès le début de son cheminement, il suscite même l’étonnement ou l’agacement tant il paraît pressé de se faire une place. L’un des cadres dirigeants du mouvement rocardien de l’époque se souvient d’avoir vu débarquer Valls dans son bureau en 1980 – un « jeune angelot venu de nulle part » que lui avait recommandé un ami, à la veille du congrès de la fédération de Paris du Parti socialiste. Pensant être bienveillant, le dirigeant socialiste propose à son jeune camarade de le parrainer pour entrer à la commission exécutive fédérale. À sa grande surprise, l’intéressé fait la fine bouche et rétorque : « Non ! Je pense que l’on pèse trois places... » Le dirigeant rocardien enregistre la réponse mais n’y donne pas suite, estimant que le jeune homme est un peu trop pressé.

Quand arrive le congrès fédéral, les dirigeants rocardiens sont donc persuadés que leur jeune recrue s’est fait une raison et qu’il se satisfera de ce siège à la commission exécutive, dont la composition a fait l’objet de longues et délicates tractations avec les autres sensibilités du parti. Quand le vote a lieu, il réserve une surprise : Manuel Valls entre bel et bien à la commission exécutive, mais il a aussi arraché à l’insu de la direction des rocardiens les deux autres postes qu’il convoitait pour des proches. « J’ai tout de suite compris qu’il n’était pas étouffé par l’idéologie et que, pour arriver à ses fins, il avait passé secrètement un accord avec d’autres courants que le nôtre », raconte ce dirigeant qui dit s’être depuis toujours profondément défié de Manuel Valls.

Pendant de longues années, la carrière du jeune homme ne décolle guère. Tout juste devient-il l’attaché parlementaire du député Robert Chapuis, un ancien du PSU. Constamment flanqué de ses deux compères, il affiche ses ambitions mais suscite aussi des inimitiés au sein de son propre courant, tant il apparaît à tous un peu trop pressé. Michel Rocard s’en amuse, et s’en méfie aussi.

Au siège de la mouvance rocardienne, située au 226 du boulevard Saint-Germain, à Paris, le trio est à l’origine, en 1986, d’une violente et mystérieuse fâcherie entre Rocard et lui. Ce jour-là, une dizaine de permanents ou de cadres dirigeants de la sensibilité rocardienne sont présents dans les lieux. Subitement, ils sont conviés à une réunion imprévue, à la demande expresse de Michel Rocard. Quand tout son petit monde est assemblé, Rocard désigne du doigt le trio Valls, Bauer et Fouks, les sommant de quitter les lieux sur-le-champ, au motif qu’ils sont exclus.

La petite assemblée assiste au départ du trio, sans que quiconque demande à Michel Rocard de dévoiler les raisons de cette fracassante exclusion. Que s’est-il passé ? Dans cet étrange microcosme qu’est le rocardisme, la parole du patron est parole d’évangile et nul ne se sent autorisé à lui demander des explications. Curieusement, l’exclusion, qui a été présentée comme définitive et irrévocable, ne dure guère : à peine dix jours plus tard, les membres du QG rocardien voient revenir les trois trublions, triomphants, sans que quiconque ose, cette fois encore, demander à Rocard les raisons de sa mansuétude.

J’avoue n’être pas parvenu à percer cette énigme. L’incident m’a été confirmé par deux personnalités proches de l’ancien Premier ministre, mais toutes deux m’ont avoué n’avoir jamais pu connaître les causes de cette fâcherie. Tout juste Michel Rocard a-t-il évoqué auprès de l’un d’eux des faits graves. Selon mon second témoin, c’est l’épouse de Michel Rocard, Michèle, influente et présente dans le courant, qui aurait mal pris le fait que des intellectuels rocardiens aient été malmenés par le trio et aurait exigé une sanction.

Si Manuel Valls aime à rappeler qu’il a débuté en politique dans la mouvance rocardienne, il y a pourtant entre lui et le patron du courant, nommé Premier ministre en 1988, une relation qui n’est pas toujours confiante. Et de cela, Rocard donne de nombreux signes. Lorsqu’il accède à Matignon, il hésite sur la conduite à tenir vis-à-vis du trio Valls-Fouks-Bauer. Mais après quelque temps de réflexion, il lâche à plusieurs de ses proches, lors d’une réunion : « Écoutez camarades ! On ne peut pas les laisser en liberté ; il faut en prendre un... » Cependant, Michel Rocard est tout à fait opposé à ce que Manuel Valls entre à son cabinet. Pour une raison de fond : le Premier ministre ne veut pas d’un collaborateur qui n’ait pas de métier, et qui ne soit qu’un apparatchik. Rocard recommande donc à Manuel Valls de poursuivre ses études. « Cette position est dans l’ADN du rocardisme : la politique, c’est quelque chose qui se fait en plus, ce n’est pas un métier », se souvient l’un des lieutenants de l’époque du Premier ministre. Il ajoute : « Une grande partie de la désespérance actuelle, c’est que la politique professionnelle a pris le pas sur tout. »

Or, Manuel Valls est précisément déjà un politique professionnel : il grenouille dans les coulisses du Parti socialiste depuis déjà presque huit ans et n’a aucun autre enracinement professionnel. Apprenant le veto de son patron, Jean-Claude Petitdemange, bras droit de Michel Rocard, respecte la consigne et ne fait rien pour intégrer Valls dans l’équipe de Matignon. Seulement l’intéressé parvient à forcer la porte, en défendant sa candidature auprès du directeur de cabinet, Jean-Paul Huchon, qui finit par l’imposer.

Administrateur de la MNEF

Manuel Valls devient alors l’un des adjoints de Guy Carcassonne, qui au cabinet de Michel Rocard s’occupe des relations avec le Parlement. Valls a en charge les relations avec l’Assemblée nationale tandis qu’une autre militante, Catherine Le Galliot, s’occupe du Sénat. Assez vite, les choses se passent mal. Est-ce Guy Carcassonne qui trouve sa petite main un peu trop encombrante ? Est-ce la petite main qui n’apprécie guère d’être placée sous tutelle ? Toujours est-il que Jean-Paul Huchon est contraint de trouver une nouvelle affectation pour son protégé : il sera chargé au sein du cabinet de suivre les questions liées à la jeunesse et à la vie étudiante.

En 1989, nouvelle anicroche : Valls, qui voudrait bien que sa carrière décolle, aimerait que Michel Rocard le parraine pour être en position éligible sur la liste socialiste aux élections européennes. Peine perdue. Rocard estime que son poulain a les dents qui rayent le parquet, et y oppose son veto.

Pendant toutes ces années où il est membre du cabinet de Rocard à Matignon, de nombreux signes attestent pourtant que Valls entretient toujours des liens serrés avec ses deux plus proches amis, Fouks et Bauer, ainsi qu’avec le clan qui s’est constitué à la fin des années soixante-dix autour de l’UNEF et de la MNEF, c’est-à-dire Jean-Christophe Cambadélis, Jean-Marie Le Guen et Olivier Spithakis. C’est une lettre pour le moins embarrassante, retrouvée plus tard dans les archives de la MNEF, quand la justice s’est saisie de l’affaire, qui en porte témoignage. Lisons ce qu’en dit le journaliste Éric Decouty dans Le Parisien, le 13 septembre 2000 :

« Cette fameuse lettre, parfaitement authentifiée, en date du 21 décembre 1990, à en-tête du Premier ministre, est donc signée de Manuel Valls, alors chargé de mission de Michel Rocard à Matignon et chef de file des jeunes rocardiens. Dans ce courrier adressé au “Président et Cher Ami” de la MNEF, Dominique Levêque, il regrette amèrement qu’“un des points dont nous avions convenu n’ait pas été mis à l’ordre du jour. [...] Emmanuel Couet, vice- président de l’UNEF-ID, n’est pas rentré au conseil d’administration” de la mutuelle. En conséquence, Manuel Valls présente sa démission de ce conseil et annonce une éventuelle mesure de représailles. “Je me réserve [...] la possibilité de réunir d’autres administrateurs afin d’étudier en commun leur propre retrait de cette instance.” En clair, si son exigence n’est pas satisfaite, Manuel Valls menace de faire partir tous les rocardiens de la MNEF, avant de conclure : “Je suis sûr que tu trouveras, en accord avec Olivier Spithakis [n.d.l.r. : le directeur général et véritable patron], les moyens de résoudre ce que je veux considérer comme un incident.” »

Le Parisien poursuit : « Mais la lettre de Manuel Valls recèle une autre étrangeté. “Depuis des années, écrit-il en préambule au président de la MNEF, nos relations sont basées sur la confiance et le respect des dispositions arrêtées en commun avec moi-même et Alain Bauer.” Ce dernier, qui fut comme Manuel Valls rocardien avant de devenir jospiniste, a toujours entretenu des liens étroits avec la MNEF, au point d’être nommé par Spithakis, au milieu des années quatre-vingt-dix, à la direction d’une filiale. Souvent cité dans les affaires de la mutuelle sans jamais avoir été inquiété, Bauer a été élu, en fin de semaine dernière, à la tête du Grand Orient, la première organisation maçonnique. Quelles étaient donc les mystérieuses dispositions arrêtées entre Manuel Valls, Alain Bauer et l’équipe d’Olivier Spithakis ? Si le nouveau grand maître du Grand Orient était, hier, injoignable, l’actuel porte-parole de Lionel Jospin a accepté de commenter cette lettre dont il nous a d’abord affirmé de ne pas se souvenir. » Et pour finir, le quotidien livre donc les explications emberlificotées de Manuel Valls qui, visiblement excédé, n’admet qu’une maladresse mineure selon lui : “La seule maladresse que j’ai commise est d’avoir écrit ce courrier sur du papier à en-tête du Premier ministre.” »

Avec le recul, le document revêt une grande importance car il vient confirmer la proximité qu’entretiennent ceux que François Hollande promeut au lendemain de la débâcle des municipales de 2014. La génération MNEF a pris le pouvoir.

Même si cette lettre recèle un mystère sur ces énigmatiques « dispositions » entre le patron de la MNEF et les trois jeunes rocardiens, elle vient confirmer que Valls fait partie de la bande Cambadélis et Le Guen. Même bande, ou même clan : le terme n’est pas trop fort. Même bande qui a longtemps eu l’UNEF pour vitrine et la MNEF, la richissime MNEF, pour véritable quartier général.

La lettre vient aussi mettre au jour une autre réalité : administrateur de la MNEF pendant de longues années, Valls a aussi été le témoin de la tumultueuse vie interne de la mutuelle, même s’il n’a jamais voulu s’exprimer là-dessus. La « dérive affairiste », mise au jour par la justice, il en a donc été au moins le témoin. Que sait-il ? Qu’a-t-il vu ou entendu ? On se perd en conjectures. A-t-il été un administrateur incompétent et aveugle, qui n’a rien su de ces dérives pourtant connues de tous ? Au contraire, s’il a eu connaissance de ces dérives, pourquoi n’en a-t-il jamais parlé ?

Ces questions revêtent d’autant plus de sérieux que, selon les informations que j’ai pu recueillir, Manuel Valls obtient gain de cause grâce à sa lettre comminatoire. Il ne met pas sa menace de démission à exécution et continue de siéger au sein du conseil d’administration de la MNEF, au moins jusqu’en 1992. Les « dérives affairistes » qui s’accélèrent au début des années quatre-vingt-dix, il en est donc forcément le témoin. Selon mes sources – que je n’ai pu vérifier auprès de lui puisqu’il a refusé de répondre à mes questions –, il apparaît même que Valls a continué de siéger au sein du conseil de la MNEF encore plus longtemps. Après avoir été membre du conseil d’administration jusqu’en 1992, en qualité de représentant du collège étudiant, il y aurait été reconduit, environ deux ans de plus, en qualité de personnalité qualifiée.

Cette proximité avec la direction de la MNEF, on en trouve trace dans un article du Monde, daté du 2 mars 2006. Le quotidien rend compte du procès des emplois fictifs de la MNEF, qui a débuté la veille, et donne la parole à l’un des prévenus, Olivier Spithakis. Là encore, le patron de la MNEF vient confirmer que Manuel Valls fait bien partie de la galaxie des jeunes socialistes qui a gravité autour de la mutuelle étudiante. « Des personnes ont été rémunérées en toute légalité, comme les députés de Paris Cambadélis et Le Guen, d’autres ont siégé bénévolement à la MNEF, tels le député (PS) Julien Dray et les ex-rocardiens Manuel Valls, député et ex-porte-parole de M. Jospin à Matignon, Stéphane Fouks, coprésident d’Euro-RSCG France, ou Alain Bauer [grand maître du Grand Orient de France de 2000 à 2003]. Elles étaient des actionnaires idéologiques de la MNEF. Moi, j’étais là pour garder la maison. » (…)

L'aide discrète de Hollande pour les primaires

Revenons au parcours de Manuel Valls. Après environ dix-sept années pendant lesquelles il vivote dans les coulisses du Parti socialiste, n’obtenant qu’un mandat de seconde zone, celui de membre du Conseil régional d’Île-de-France, il profite enfin d’un marchepied inespéré pour sortir de l’ombre. Au lendemain des élections législatives de 1997, qui suivent la dissolution prononcée par Jacques Chirac, Lionel Jospin s’installe à Matignon. Manuel Valls insiste pour entrer à son cabinet. Dans un seul souci : obtenir une circonscription et une légitimité grâce au suffrage universel. Problème : comment fait-on pour devenir conseiller du Premier ministre lorsque l’on ne dispose pas de la légitimité technicienne d’un haut fonctionnaire, ni de la légitimité de l’expérience ?

Valls trouve la parade : c’est le poste de conseiller à la communication qu’il brigue avec insistance auprès de Lionel Jospin. Dans les faits, il n’a pas plus de légitimité en ce domaine, mais son ami Stéphane Fouks l’incite vivement dans cette voie. Jacques Séguéla accepte même d’intervenir auprès du Premier ministre pour le convaincre que c’est le bon choix. Après plusieurs jours d’hésitation, Jospin finit par accepter.

Pour Stéphane Fouks et Manuel Valls, cette cooptation marque sans doute le tournant de leur carrière. Même s’il n’a pas accès à Lionel Jospin, qui préfère le tenir à distance, le premier passe sans cesse rue de Varenne et, du secrétariat du service de presse, adresse aux PDG avec lesquels il a des rendez-vous des fax à en-tête de Matignon, dans le genre : « Pardon ! J’aurai un peu de retard, je suis en réunion avec le Premier ministre. » C’est le moment où il prend une importance croissante au sein d’Euro-RSCG et dans les milieux de la communication d’influence. Ayant désormais l’ascendant sur Jacques Séguéla, en grande partie grâce à ce GIE qu’il forme avec son correspondant et ami de Matignon. La bataille de communication qu’il conduira pour aider la BNP à réussir son OPA sur Paribas, en 1999, finira peu après à l’installer comme un personnage incontournable du microcosme du capitalisme parisien.

Quant à Valls, s’il ne connaît strictement rien à la communication, il a assez d’habileté et d’entregent pour en comprendre les ficelles et se faire une place dans l’équipe de Matignon.

À l’époque, c’est d’Aquilino Morelle (qui, quinze ans plus tard, sera expulsé de l’Élysée, après les révélations de Mediapart sur ses liens avec un laboratoire pharmaceutique) que Manuel Valls est le plus proche. Tous deux font équipe et cherchent à gagner de l’influence en reprochant régulièrement à Lionel Jospin d’être trop dans la main des « technos » de son cabinet, emmené par Olivier Schrameck. Valls appuie aussi les propositions sulfureuses du ministre des Finances, Dominique Strauss-Kahn. C’est en somme la constitution d’un étrange GIE, qui va perdurer les années suivantes. Valls et Fouks s’appuient mutuellement dans leurs entreprises ; le même Valls envoie de son côté des signes de sympathie à Dominique Strauss-Kahn, dont les principaux soutiens au sein du parti sont Jean-Christophe Cambadélis et Jean-Marie Le Guen, épaulé pour sa communication par Stéphane Fouks. Et dans les années suivantes, tout ce petit monde ne va cesser de se rendre des services mutuels.

Fouks va de proche en proche offrir un refuge dans son agence à certains des amis du groupe informel : à Aquilino Morelle, et à quelques autres. De son côté, Anne Hommel, l’assistante de Cambadélis, qui a fait ses classes à l’OCI, va passer elle aussi par Euro-RSCG, avant de devenir la chargée de communication de Dominique Strauss-Kahn. C’est elle qui se distinguera plus tard dans les turbulences de l’affaire Cahuzac en lâchant : « La vérité, ce n’est pas mon sujet ! » La « génération MNEF » élargie, deux décennies plus tard. (…)

Manuel Valls profite de son passage au cabinet de Jospin comme d’une rampe de lancement. (…) Fort de ces années à Matignon, il peut ainsi devenir le maire d’Évry en 2001, et être enfin élu député de l’Essonne en 2002.

La suite est connue. Cherchant systématiquement à prendre des positions décalées, non pas dans une logique de conviction, mais de communication ou de marketing politique, il ne rate aucune occasion de se distinguer et jouer de la provocation, dans le but de se faire un nom. Se positionnant de plus en plus à droite, le voici qui brocarde les trente- cinq heures en usant des mêmes arguments que ceux de l’UMP ; le voilà qui part en guerre contre la retraite à soixante ans. Le tout dans un seul souci, se démarquer et se faire entendre.

Manuel Valls profite aussi d’un ultime coup de pouce du destin. Et, plus précisément, d’un coup de pouce de François Hollande. Incapable de réunir les parrainages en nombre suffisant pour se présenter à la primaire socialiste, Valls reçoit l’aide discrète de Hollande, qui demande à des élus proches d’apporter leur soutien au maire d’Évry pour contrebalancer l’influence d’Arnaud Montebourg.

C’est ainsi que Manuel Valls, à force de ténacité et d’intrigues dans les coulisses du pouvoir, est devenu, contre l’avis des électeurs des primaires de 2011 qui l’ont crédité de moins de 6 % des suffrages, l’improbable Premier ministre d’un gouvernement en perdition. Quelle est sa légitimité ? Disons-le franchement : aucune. Ni légitimité universitaire : il n’est qu’un professionnel des arcanes socialistes. Ni véritable légitimité politique : la seule fois où il a brigué nationalement les suffrages des électeurs de gauche, il a été balayé.

Ainsi va la gauche socialiste : elle confie son avenir à celui qui proposait en 2009 d’abandonner le nom même de Parti socialiste.

 


Le régime de Castro était-il révolutionnaire? Quelques réflexions après les discours hémiplégiques, par Denis Collin

Mardi 06 décembre 2016

Source : http://la-sociale.viabloga.com/news/le-regime-de-castro-etait-il-revolutionnaire


La mort de Fidel Castro a donné lieu à deux types de discours symétriques et également délirants (ou presque). Le premier, très minoritaire, porté par une partie de la « gauche de gauche », par Mélenchon, rejoint par la madone du PS, Mme Royal, fait de Cuba une sorte de modèle de révolution émancipatrice et tente de consolider la légende du lider maximo, comme s’il ne s’était rien passé depuis les années 60 du siècle passé. Le second, où la droite et la gauche BCBG communient qui définit le régime castriste comme un régime totalitaire, équivalent à feue l’Union Soviétique et à la Corée du Nord. D’un côté ceux qui définissent la France comme un « État policier » soutiennent Cuba et de l’autre, les amis de l’Arabie Saoudite le vouent aux gémonies, parlant de « goulag tropical ».

Commençons par les adulateurs du castrisme. Si la légitimité du soulèvement qui conduit au renversement de Battista ne fait aucun doute, si les espoirs populaires, bien au-delà de Cuba, se sont investis dans la révolution cubaine, si la résistance de ce pays à l’impérialisme yankee méritait et mérite encore le soutien des défenseurs du droit des peuples dans le monde entier, il reste que le régime cubain n’a rien de « socialiste », au sens originel de ce terme. La première phase de la révolution cubaine est une phase de révolution nationale démocratique, appuyée sur la grande masse du peuple, notamment paysan. Mais ce n’est pas une révolution « prolétarienne ». Tout comme en Chine, la classe ouvrière organisée n’y a joué aucun rôle autonome et n’a jamais pu prétendre à gouverner le pays par l’intermédiaire de ses propres organisations. Les comparaisons de Mme Royal avec la révolution française ne sont pas complètement fausses. Il s’agit bien d’une révolution démocratique « bourgeoise » (selon la terminologie marxiste). On peut considérer les premiers mois de la révolution comme l’établissement de la dictature d’un comité de salut public, analogue à celle des Jacobins. Mais très vite les choses ont changé. L’équipe dirigeante a été confrontée à la puissante offensive de l’impérialisme US avec notamment la tentative d’invasion de la « Baie des Cochons ». Cette opération planifiée par Eisenhower et exécutée par Kennedy avait pour but de renverser le régime qui venait de commencer à mettre en œuvre la réforme agraire en expropriant les gros propriétaires, mettant directement en cause les intérêts des compagnies américaines. Les USA ont également utilisé « Cosa Nostra », la principale organisation de la mafia, pour mettre sur pied des tentatives d’assassinat de Castro et Guevara. On ne peut exiger que soit instaurée une démocratie pure dans de telles conditions – qui peuvent rappeler celles de la France révolutionnaire assaillie par les monarchies européennes et les trahisons des émigrés. Mais très vite, la direction castriste va se tourner vers l’URSS qui va faire payer au prix fort la « protection » qu’elle offre à Cuba. Très vite, loin des espérances initiales, Cuba va devenir un État construit sur le modèle des autres satellites de l’URSS. Parti unique, « syndicats » à la botte du gouvernement, répression de tous les dissidents et d’abord des révolutionnaires de la première heure. La révolution cubaine est, elle aussi, une « révolution trahie » qui a cédé la place à une dictature « bonapartiste » de la petite bourgeoise et de l’armée et on ne peut que rester pantois devant l’aveuglement des « marxistes révolutionnaires » du monde entier, qui avaient engagé depuis des décennies le combat contre le système stalinien en URSS et ont subitement perdu tout sens critique face à mouvement qui ne pouvait pas même se targuer de ses origines ouvrières communistes.

Certes, il y a, à Cuba, des « acquis sociaux » en matière de santé et d’éducation et pour reprendre cette comparaison douteuse, Cuba n’est pas Haïti. Mais aussi importants soient ces acquis sociaux, ils ne suffisent pas à juger un régime. Bismarck a bien inventé un système de protection sociale très étendu à l’époque pour couper l’herbe sous le pied aux socialistes allemands. Il y a eu une incontestable amélioration du sort de la classe ouvrière pendant les premières années du régime nazi et le parti nazi s’appelait « parti ouvrier national-socialiste d’Allemagne ». Comparaison n’est pas raison, certes, mais les « acquis sociaux » cubains sont parfaitement compatibles avec la définition du régime castriste comme le gouvernement d’une caste bureaucratique, exploitant pour son propre compte le pouvoir politique. Rien donc de « socialiste » ou de « révolutionnaire ». Du coup, pour sortir du castrisme, Cuba aura besoin d’une seconde révolution, une véritable révolution démocratique, garantissant la souveraineté populaire et les droits individuels. Faute d’une telle révolution, Cuba continuera sur la voie déjà bien engagée, une voie « chinoise » ou « vietnamienne », un régime autoritaire gérant sa part de marché dans la division mondiale du travail – des « communistes » devenus contremaîtres du capital.

Pour autant, Cuba est-il un pays totalitaire ? La réponse est clairement « non ». Quand on veut se mêler de caractérisations politiques, de « science politique », il faut établir les différences et ne pas tout mettre dans un grand sac. Le totalitarisme est un concept flou et désigne aujourd’hui surtout les ennemis que l’on veut disqualifier. Il est donc employé à tort et à travers. Si on s’en tient aux définitions d’Hannah Arendt, seule l’Allemagne nazie et l’URSS stalinienne ont été des « États totalitaires ». On peut ajouter la Corée du Nord. Et il y a clairement des aspects totalitaires en Arabie Saoudite. Mais on ne peut même pas ajouter la Chine maoïste, tant ce pays a été le théâtre de luttes de factions intenses entraînant une instabilité chronique du pouvoir. De même, l’URSS d’après la mort de Staline a perdu une bonne partie des caractéristiques arendtiennes du « système totalitaire ». De la même manière ni l’Espagne franquiste, ni le Portugal de Salazar, ni l’Italie de Mussolini ne sont vraiment comparables au nazisme, aussi détestables qu’aient pu être ces régimes. Parler à propos de Cuba de « goulag », c’est ignorer profondément ce qu’a été le système du goulag en Russie et finalement faire injure aux victimes de Staline. Des prisonniers politiques en grand nombre, ça ne fait pas un goulag. Tout comme les déportations sous Mussolini n’ont jamais produit de camps d’extermination. Quitte à provoquer l’ire des pseudo-révolutionnaires de salon, disons que Cuba n’a jamais mis en œuvre véritablement les projets du plus fanatique de ses dirigeants, Guevara, qui voulait créer un « homme nouveau ». On pourrait croire qu’on chipote, mais les conditions de la vie morale et intellectuelle sont fort différentes suivant les régimes. Le régime de Cuba n’a jamais persécuté les religions, à commencer par la catholique romaine dont il a accueilli le chef en grandes pompes voilà quelques années déjà. Quelqu’un comme l’écrivain Leonardo Padura a pu continuer d’écrire des romans fort critiques sur le régime sans être réellement inquiété. Et personne n’est condamné à 10 ans de prisons et 2000 coups de fouets pour l’expression de ses opinions religieuses… En tout cas, les comparaisons entre Cuba et la Corée du Nord sont ineptes et encore plus ineptes quand elles sont énoncées par des gens qui entretiennent les meilleurs relations du monde avec l’Arabie Saoudite et le Qatar – il paraît même qu’on va y jouer la coupe du monde de football. Un peu comme ceux qui détestent Poutine et sont tout sourire avec Erdogan.

Refuser la pensée binaire, refuser la pensée de ceux qui raisonnent en termes de camps (le camp du bien et le camp du mal s’échangeant si facilement) et essayer de comprendre. Les distinctions proposées ici peuvent d’ailleurs s’appliquer, mutatis mutandis, aux « démocraties ». Pour un Noir abattu par la police, les USA ne doivent pas sembler la plus grande démocratie du monde ! Mais ce n’est pas non plus un État fasciste ! La France est certainement moins démocratique que l’Italie ou l’Allemagne, mais ça n’en fait pas un État policier. Rien de tout cela n’est purement théorique : si l’on veut combattre pour l’émancipation humaine, la première chose à faire est de s’émanciper soi-même du prêt à penser de l’idéologie dominante ou de ses substituts petit-bourgeois.

 


8 et 9 décembre 1955 : De la médaille de l’Immaculée Conception au drapeau de l’Europe, par Jacques Seryies

jeudi 8 décembre 2016.

Source: http://www.gauchemip.org/spip.php?article8700


Les 8 et 9 décembre 1955, le comité des ministres du Conseil de l’Europe adopte officiellement le drapeau européen :
« Sur le fond bleu du ciel, les étoiles forment un cercle en signe d’union. Elles sont au nombre invariable de douze, symbole de la perfection et de la plénitude, qui évoque aussi bien les apôtres que les fils de Jacob, les travaux d’Hercule, les mois de l’année »
Comment cet étendard du Conseil de l’Europe puis de l’Union européenne (1983) a-t-il été choisi ? Tous les écrits sur le sujet donnent des réponses identiques. Voici le témoignage précis et concordant aux autres paru sur un site catholique :

Le drapeau de l’ Europe, par Pierre CAILLON

Centre St Jean 61500 Sées (Orne)

En 1987, j’ai rencontré par hasard à Lisieux, devant le Carmel, un Monsieur modestement vêtu qui m’a dit : « C’est à moi qu’on a demandé de dessiner le Drapeau de l’Europe. J’ai eu subitement l’idée d’y mettre les douze étoiles de la Médaille Miraculeuse de la rue du Bac, sur fond bleu, couleur de la Sainte Vierge. Et mon projet fut adopté à l’unanimité, le 8 décembre 1955, fête de l’Immaculée Conception. »

J’étais tellement pressé ce jour–là que je n’ai même pas songé à prendre le nom et l’adresse de mon interlocuteur. Et les mois ont passé.

J’ai voulu rechercher le dessinateur du Drapeau. Je suis donc allé à Strasbourg au début de janvier 1989 pour essayer de retrouver ce dessinateur. Je suis monté au Bureau de Presse du Conseil de l’Europe, où j’ai été accueilli par 2 secrétaires expérimentées, d’une soixantaine d’années, qui savent tout de fond en comble. Là, le dessinateur du Drapeau est connu comme le loup blanc. Il s’appelle Arsène Heitz. Il habite 24 rue de l’Yser. Je suis allé chez lui. Il était là. Il m’a reconnu. Il est mort maintenant, mais tant qu’il a vécu, il aimait raconter son exploit : avoir dessiné le Drapeau de l’Europe et en avoir fait le Drapeau de la Sainte Vierge !

Le travail de M. Arsène Heitz a duré 5 ans : de 1950 à 1955. Pourquoi 5 ans ? Parce qu’il y a eu 101 projets... M. Heitz lui – même a travaillé sur 20 projets.

En 1950, c’était M. Paul M.G Lévy qui était le premier Directeur au Service de Presse du Conseil de l’Europe. C’est donc lui qui fut chargé de faire aboutir le projet de Drapeau. Cet homme très cultivé ne savait pas dessiner. Mais il connaissait M. Arsène Heitz, homme très simple, employé au service du courrier, mais très artiste pour peindre et dessiner. Tous deux étaient de bons catholiques.

Evidemment, il fallait éviter d’évoquer la signification religieuse des douze étoiles et du fond bleu, en vertu de la sacro–sainte laïcité. Mais les Catholiques ont le droit de connaître le fond des choses.

Les douze étoiles ne correspondaient pas, à ce moment–là, au nombre des nations. Le Parlement Européen était « conçu pour » 12 nations, mais le Drapeau de l’Europe est le drapeau du « Conseil de l’Europe », et ce Conseil n’a jamais comporté 12 nations : il en a comporté successivement 6,9, puis 15,... et actuellement 32.

Les discussions, réunions, commissions et sous – commissions furent innombrables, pendant plus de 5 ans, de 1949 à 1955. Finalement, c’est le 8 décembre 1955 que le dessin de M. Heitz fut retenu... à l’unanimité !

M. Paul M.G. Lévy avait une réunion de 3 jours, fixée aux 7, 8 et 9 décembre, pour faire adopter tout un ensemble de projets. Tous les documents sont datés du 9 décembre, puisqu’on signe l’ensemble à la fin de la réunion. Mais tout alla si vite et si bien que cette assemblée termina son travail le 8 décembre, jour où furent apposées les signatures particulières. Et en sortant de la salle, le gendre de Paul Claudel poussa du coude M. Lévy en murmurant : « Mais c’est aujourd’hui la fête de L’immaculée Conception ! » Et tous deux ont retrouvé sans le vouloir le fameux introït du 15 août : « Un signe grandiose est apparu dans le ciel, une femme revêtue du soleil, la lune sous ses pieds, et sur sa tête une couronne de 12 étoiles. » (Apocalypse XII, 1). Arsène Heitz, lui, homme simple, parlait des 12 étoiles de la Médaille Miraculeuse. M. Lévy, professeur d’économie politique, parlait du chapitre12 de l’Apocalypse.

M. Lévy était secrètement d’accord pour faire aboutir discrètement le projet de M. Heitz en sauvant les apparences, afin de respecter la neutralité la plus absolue. Et malgré plus de 100 projets qui furent en concurrence, c’est le Drapeau de la Sainte Vierge qui triompha au dernier moment. Et ce triomphe se produisit fortuitement le 8 décembre, sans que personne n’ait pu chercher cette divine coïncidence.

Le Drapeau de l’Europe est bien le Drapeau de Notre–Dame, Reine de la Paix !

Texte écrit en août 1995, à la demande et avec la collaboration de Ch. SAUTEUR, aumônier de l’Hôpital, 71250 Cluny, et imprimé par ses soins.

Histoire étonnante mais qui met à la Vierge à sa place, patronne de la Pologne et Mère des chrétiens que nous sommes.


Manifeste pour une marée de changement, pour un Podemos en mouvement, appel

Source: http://www.podemosenmovimiento.info/manifiesto

Les deux dernières années ont été frénétiques. Depuis l'émergence de Podemos aux élections européennes, nous avons participé à une élection après l'autre, à la fois en interne et en concurrence au niveau institutionnel. Le mouvement pour le changement a accumulé beaucoup de positions, apportant des voix différentes dans les parlements et dans les gouvernements de nombreuses villes de l’état. Cependant, nous n’avons pas réussi à évincer le Parti Populaire du gouvernement central et c’est maintenant le temps de commencer une nouvelle étape.

Il est temps de construire solidement par en bas, d’avancer dans la construction d'un parti mouvement confédéral qui respecte et nourrit les mouvements d'autonomie, qui renforce nos réussites et qui corrige nos erreurs. Il est temps d'être l'opposition aux politiques néo libérales tout en construisant des freins et des contrepoids dans les quartiers, dans les lieux de travail, dans les universités et sur les places. Il est temps de convertir l'engagement politique pour la transformation sociale en une action quotidienne. Il est temps de construire un programme alternatif et d'urgence contre les politiques d'austérité et la crise climatique. Il est également temps de se préparer mieux et d’avoir un enracinement social plus grand pour gagner, de sorte que, lorsque nous gagnons les élections, il y ait un peuple auto-organisé qui puissent dépasser les limites de l'Union Européenne et les pouvoirs économiques, pour gagner la justice sociale, de genre et écologique, et la reconnaissance effective de la diversité nationale. Il faut apprendre les leçons de la Grèce. Il faut gagner la démocratie conquérante contre la dictature des marchés et de la dette.

Nous croyons que, dans les petites luttes comme dans les grandes mobilisations, notre capacité à faire des choses différentes chaque jour est l'embryon d'un horizon constitutif qui peut briser les chaînes du régime de 1978. Nous avons besoin de cette force sociale pour mettre l'économie au service des personnes, afin de mettre en œuvre un programme solide qui suppose de tout changer pour que rien ne reste identique.

Cela nécessite un changement de cap. Nous devons bâtir un vaste mouvement populaire large dirigé par les gens qui travaillent, les précaires, les femmes, les jeunes, les retraités et les LGTBI, une multitude qui déborde et qui, par tous les côtés, va construire du nouveau. Il ne faut plus de jeux fermés, plus d’appareils ni de notables, nous avons besoin de gens ordinaires pour faire de la politique et pour la construction du conflit social contre les élites. Bien sûr, nous avons besoin de construire l'unité populaire avec toutes les personnes et les groupes qui, d'où qu'ils viennent, ont la démocratie et la justice sociale comme objectifs. Une unité populaire pour lancer une révolution démocratique capable de mettre les intérêts de la majorité sociale laborieuse au premier plan. Nous avons besoin de continuer à nourrir la révolution démocratique qui a lancé le pari des Candidatures d’Unité Populaire pour renforcer le municipalisme, travaillant pour un nouveau cadre institutionnel au service des citoyens.

Nous devons discuter, débattre, nous mettre d'accord et faire des propositions.

Podemos a été un outil fondamental dans cette période extrême et il faut qu’il le reste dans la période à venir. Nous avons besoin d’un Podemos démocratique, comme nous l'avons défendu à Vistalegre, où le pouvoir émane de la base et non pas de charges publiques et de structures verticales, où le centre est construit à partir des territoires et qui prenne en charge une fois pour toutes le pluralisme interne des systèmes électoraux, pour lutter contre les risques de bureaucratisation et limiter les charges qui peuvent contenir une personne. Nous avons besoin de construire un programme féministe et de l'intégration des pratiques féministes au jour le jour, pour lutter contre les expressions de sexisme et le patriarcat dans tous les domaines de la société.

Par conséquent, nous avons besoin d'une assemblée nationale de Podemos qui regarde vers l'extérieur, pour aborder franchement les débats en cours, sans sectarisme et sans manichéisme. Un vrai débat qui nous permette de repenser, de nous déployer et de nous connecter avec les aspirations de changement des millions de personnes qui ont voté pour nous et de celles qui ne l'ont pas encore fait.

Nous lançons le Samedi 10 Décembre 2016 un processus ouvert pour aider à ce que Podemos devienne le Podemos que les classes populaires ont besoin. Oserez-vous participer ?

Premiers signataires

Miguel Urban, Teresa Rodriguez, José Maria Gonzalez Kichi, Isabel Serra, Jaime Pastor, Raul Camargo


 

Quand Eric Coquerel se confronte aux militants de base, par Robert Duguet


Eric Coquerel, secrétaite national du PG, a renoncé à se présenter à Montreuil-Bagnolet. Tous les intervenants même ceux qui le soutenaient auparavant ont reconnu qu'il était rejeté par la base en tant que "symbole des fusions techniques avec le PS" et ne pouvait donc pas être candidat des Insoumis. Il s'agit donc bien d'un choix politique et non d'une question de personne.

Un seul commentaire : après cette initiative qui nous apparait pour le moins normale des militants de la France Insoumise de Montreuil-Bagnolet, le comité de la localité sera-t-il traduit devant la commission des conflits du PG ou mis en tutelle ?

Vous savez : c’est la tradition de la maison Mélenchon !


Lettre de parrainage au député Selahattin Demirtas, par Pierre Laurent

Secrétaire national du Parti Communiste Français (PCF) et président du Parti de la Gauche Européenne (PGE)

Source : http://www.cdkf.fr/2016/09/28/lettre-de-parrainage-au-depute-selahattin-demirtas

Mercredi 28 Septembre 2016


 
« Avec fierté et gravité, je m’engage à parrainer le député Selahattin Demirtas et j'affirme mon soutien à tous les députés du parti démocratique des peuples (HDP) qui risquent à tout moment la prison ».
 
Depuis plusieurs années, la Turquie est engagée dans un effrayant et tragique engrenage de violence. Le président Recep Tayyip Erdogan installe une véritable dictature dans son pays.
 
Cette politique polarise à outrance la société et suscite de nombreuses oppositions qui se sont exprimées lors des événements de Gezi ou des élections législatives du mois de juin 2015. A l’occasion de ce scrutin, le parti de la justice et du développement (AKP), parti islamo-conservateur, a perdu la majorité, l’empêchant de réformer la constitution dans un sens présidentialiste et sans contre-pouvoir.
 
Pris dans sa mégalomanie, Recep Tayyip Erdogan se présente comme l’homme providentiel et entend s’identifier à la nation. Ce tyran n’a pas hésité à faire référence au nazisme pour clarifier ses ambitions institutionnelles.
 
Pour broyer les obstacles, Recep Tayyip Erdogan a déclenché une vague de terreur analogue à celles des dictatures militaires. Il jette en prison des journalistes, des intellectuels, des syndicalistes et des élus alors que résonnent à nouveau les cris des suppliciés sous la torture. Les médias et les réseaux sociaux sont sous tutelle tandis que les assassinats et les attentats se multiplient.
 
Recep Tayyip Erdogan a surtout décidé de faire payer sa défaite aux kurdes et aux forces démocratiques unies au sein du HDP. Il a brisé le processus de paix et a déclenché une guerre meurtrière et destructrice dans tout le Kurdistan. Il a même poussé l’infamie en finançant et en armant la main criminelle des forces djihadistes contre les combattants de la liberté du parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et du parti de l'union démocratique (PYD).
 
Avec le soutien du parti d'action nationaliste (MHP) et du parti républicain du peuple (CHP), le parlement turc a levé l’immunité des députés du HDP.
 
Après la tentative de coup d'état militaire, heureusement avortée, Recep Tayyip Erdogan accentue les purges. Nous assistons à une fragmentation sanglante de l'état et à un transfert de toutes les légitimités vers ce tyran qui détient désormais tous les pouvoirs. La proclamation de l’état d’urgence vise à éliminer l’opposition alors que toute expression de dissidence politique est désormais bannie. Les citoyens exprimant la moindre velléité de discordance sont qualifiés de « traîtres » ou de « terroristes ».
 
Un homme, au côté du groupe parlementaire HDP, a fait le choix de rester debout avec un courage et une dignité qui force l’admiration. Il s’agit du co-président du HDP, Selahattin Demirtas.
 
Avocat de profession, il a porté lors des élections présidentielles et des élections législatives la voix des exclus et de toutes les minorités dans une société de plus en plus inégalitaire. Il incarne le vrai visage pluriel et multiculturel de son pays.
 
Selahattin Demirtas est l’homme de la main tendue. Il a proclamé sa volonté de reconnaître le génocide arménien. Il considère qu’il ne peut y avoir de solution militaire à la question kurde et que des négociations en vue de frayer le chemin d’une paix durable est la seule solution.
 
Selahattin Demirtas estime enfin que la démocratisation de la Turquie constitue le seul moyen pour retrouver la stabilité et la paix à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Il porte et expérimente, là où cela est possible, un programme démocratique, social, écologiste et féministe.
 
Selahattin Demirtas est devenu l’obsession de Recep Tayyip Erdogan et de toutes les forces ultranationalistes et mafieuses. Il a déjà été victime d’une tentative d’assassinat. Il fait régulièrement l’objet d’appel au meurtre par les plus hautes autorités de l'état. Il est l’objet de près d’une centaine de procédures judiciaires. Avec la levée de son immunité, plus rien n’empêche son arrestation. Le pire peut advenir.
 
J’ai décidé de répondre favorablement à la demande formulée par le HDP, celle de parrainer les députés qui risquent d’être arrêtés à tout moment par la levée de leur immunité parlementaire.
 
C’est avec beaucoup de fierté et de gravité que j’assumerai le parrainage de Selahattin Demirtas. Je m’engage à faire connaître aux autorités de notre pays mais aussi au sein de la représentation nationale la situation du député Selahattin Demirtas et de tous les parlementaires du HDP menacés pour empêcher leur arrestation et assurer leur protection avec l’opinion publique française.
 
La France et l’Union Européenne doivent faire clairement entendre à la Turquie, membre du conseil de l’Europe, qu’elle ne pourra impunément violer les droits humains.


Tandis que La France Insoumise de Jean Luc Mélenchon désigne ses candidats dans les cinq circonscriptions du département de la Somme,  François Ruffin (Nuits debout) quitte l'assemblée, refusant de signer la charte de la France Insoumise

Source : http://www.partidegauche80.canalblog.com/archives/2016/12/02/34638292.html

Mercredi 30 Novembre 2016, c’est une centaine de militants insoumis qui se sont rassemblés simultanément à Amiens et à Roye, dans des salles bondées, afin de désigner les candidats aux élections législatives du mois de juin 2017.
 
A Amiens, de nombreux militants du Parti de Gauche, de la Nouvelle Gauche Socialistes (NGS), d’Ensemble, des communistes et des écologistes insoumis, d’anciens responsables du Parti Socialiste et bien entendu des citoyens non cartés ayant rejoint le mouvement large de la France Insoumise se sont réunis.
 
François Ruffin quitte l'assemblée, refusant de signer la charte de la France Insoumise.
 
Parmi ces militants, il y avait la présence remarquée de François Ruffin, qui a réitéré son souhait de rassemblement, tout en refusant de signer la charte des candidats, condition sine qua non pour pouvoir candidater.
 
Les règles portées à la connaissance de l'assemblée générale et le contenu de la charte, lue collectivement, ont permis de poursuivre la réunion avec les militants engagés dans le mouvement de la France Insoumise, François Ruffin préférant quitter l'assemblée générale, avec une douzaine de personnes. Les assemblées générales ont pu se poursuivre avec environ quatre-vingt personnes présentes.
 
Elles ont ainsi permis de désigner un vivier de candidats pour la première, la deuxième, la troisième et la cinquième circonscription.
 
Il a été rappelé que la date limite afin de déposer sa candidature sur la plateforme informatique www.jlm2017.fr était fixée au Vendredi 9 Décembre 2016. Déjà, plusieurs candidatures sont à ce jour enregistrées, notamment pour la première et la deuxième circonscription, plus de dix candidats, la quatrième circonscription ayant depuis également reçu des candidatures.
 
Il est à regretter qu’un article du quotidien le Monde, visiblement mal informé ou l’ayant été par des personnes peu au fait des règles et/ou préférant l’intrigue à la Respublica, ait retranscrit, dans son édition du 3 décembre 2016, des informations fausses.
 
Nous vous rappelons ici le prochain rendez-vous de campagne à Amiens, Mercredi 7 Décembre 2016, en présence de l’ancien député européen Liem Hoang Ngoc, coordinateur de NGS et soutien national des campagnes présidentielles et législatives de la France Insoumise aux côtés de Jean-Luc Mélenchon.


Accueil « Europe Grèce » Europe: quelles alternatives ? conférence de Stathis Kouvelakis

Source : http://www.anti-k.org/2016/11/29/conference-de-kouvelakis-sur-leurope/#.WD67r7LhAz0
(Pour écouter la conférence, aller sur ce site…)

27 novembre 2016


La conférence de Stathis Kouvélakis, que LÉclairCit a co-organisée avec le «collectif de soutien au peuple Grec-Aube», a marqué les esprits de plus de 70 personnes venues y assister.Au-delà des attentes et espoirs que beaucoup placent dans l’intervention d’une personnalité, cette conférence a permis de mettre en lumière une réalité qui est totalement occultée par la grande majorité des médias français.

Elle a en effet été l’occasion de gommer les idées reçues sur les responsables de la tragédie économique, sociale, sanitaire et humanitaire que subit le peuple grec.
En montrant, avec un argumentaire d’une extrême précision, associé à une analyse politique fine et profonde, Stathis Kouvélakis a été très éclairant sur le rôle d’acteur de premier rang de l’UE dans cette affaire et sur son corollaire, qui consiste à envisager politiquement une sortie de ce système mortifère en dehors des solutions, non moins mortifères, proposées par les courants libéraux, xénophobes, d’extrême droite et néo-nazis qui se développent aujourd’hui en Europe.

Stathis Kouvélakis a dressé un bilan de l’état social, moral et politique dans lequel se trouve aujourd’hui la Grèce. Ce terme concerne ici non seulement l’État Grec, mais aussi et surtout, le peuple Grec : femmes, hommes, enfants, retraités, pauvres, malades, jeunes…
A ce sujet, il est utile de rappeler que dans la communication politique que nous infligent les médias soumis à leurs actionnaires, si on dit «la Grèce», ces derniers n’entendent et n’interprètent que «État grec», c’est-à-dire son gouvernement, ses dirigeants, sa « corruption »… En revanche, si on dit «l’Allemagne», on est de suite taxé de germanophobie, car dans ce cas, le propos est présenté comme s’adressant exclusivement au peuple allemand alors qu’il s’adresse en réalité à Mme Merkel, M. Schäuble…

L’intégralité de l’intervention de Stathis Kouvélakis est disponible en audio à la fin de ce billet.

Quel était le propos ?

D’emblée Stathis Kouvélakis a posé, en préambule, la question de l’alternative aux politiques de néo-libéralisme sauvage qui sont appliquées dans nos pays et nos sociétés depuis déjà plusieurs décennies. Voici un extrait :
«Si on ne comprend pas pourquoi un pari politique comme celui que SYRIZA a porté en Grèce, qui a soulevé un immense espoir, bien sûr dans le peuple Grec, mais aussi plus largement en Europe et au-delà, si on ne comprend pas pourquoi un tel espoir a été dilapidé, pourquoi on a été conduit au désastre et à la capitulation de l’été 2015, aucune crédibilité ne pourra être apportée à une proposition d’alternative où que ce soit en Europe. Aucune force politique ne peut être crédible, à mon sens, si elle n’explique pas pourquoi elle ne fera pas comme Alexis Tsipras et son gouvernement, pourquoi elle peut s’engager dans une issue qui ne sera pas, justement, celle que le peuple Grec a payé et continue à payer d’un prix extrêmement lourd.»

Que ressort-il de cette contribution ?

A l’issue des questions de la salle, il ressort que l’UE (Union Européenne) n’est pas réformable et qu’il n’y a aucune raison de penser que son mode de gouvernance anti-démocratique et cynique puisse changer par la simple volonté de ses dirigeants. Il n’y a rien non plus à attendre de la part de nos élus puisque le parlement européen est majoritairement représenté par les formations libérales (PPE et S&D) qui soutiennent les mesures d’austérité et se soumettent sans aucune forme de résistance à la pression des lobbies et de la finance. La brutalité de cette machine à broyer de l’humain est révélée d’une façon implacable dans le dernier film de Ken Loach «Moi, Daniel Blake» (prévoir des mouchoirs).

Comme le disait donc Stathis Kouvélakis en avant-propos de son intervention, il est important de bien comprendre ce contexte pour s’engager dans un projet et un combat politiques dignes de ce nom. En particulier, il est crucial d’avoir un projet politique d’alternative, voire de rupture, qui permette aux citoyens européens de se ré-approprier le pouvoir sur les décisions qui les concernent au premier chef. Sur ce point, sans être sorti de sciences-Po, il ne sera guère difficile d’identifier les programmes politiques aux élections présidentielle et législatives de 2017 en France qui ne proposent absolument pas de sortir de ce système mortifère pour les peuples européens.

Comme cela a été également rappelé, l’alternative doit disposer d’un plan B, ce qui a cruellement fait défaut à SYRIZA avec les conséquences que l’on connaît. Celles et ceux qui sont intéressés ou qui souhaitent en savoir davantage à ce sujet, pourront se rendre à Paris le week-end prochain où aura lieu une conférence internationale intitulée :  La France et l’Europe après le Brexit: Conférence internationale de EReNSEP à Paris.

Stathis Kouvélakis, qui nous as transmis cette information interviendra lors de cette conférence.

Pour conclure, s’il est évident que la solidarité et le soutien que nous pouvons apporter au peuple Grec par des initiatives telles que celles portées par le collectif de soutien au peuple Grec de l’Aube sont indispensables, n’oublions pas, comme l’a souligné Stathis Kouvélakis, que les grecs restent très attentifs à ce qui se joue dans les autres pays de l’UE et qu’ils portent notamment l’espoir que les échéances électorales déterminantes qui se profilent en France, verront la victoire d’une vraie alternative permettant la sortie du joug européen sans répéter les erreurs de 2015 en Grèce.


Comprendre la « rupture Fillon » dans la nouvelle donne capitaliste, par Évariste   

Lundi 28 novembre 2016
    
Source :http://www.gaucherepublicaine.org/respublica/comprendre-la-rupture-fillon-dans-la-nouvelle-donne-capitaliste/7399563


Nous avons largement présenté, dans les colonnes de ReSPUBLICA, l’enchaînement de la période néolibérale : la forte baisse des taux de profit dans l’économie réelle à la fin des années 60 et au début des années 70, l’incapacité des nouvelles technologies à y faire face contrairement aux séquences précédentes, l’éclosion de la financiarisation mondialisée comme seul remède permettant la croissance forte des taux de profit, le processus de gonflement et d’éclatement des bulles financières privées, l’utilisation de l’argent public pour combler des dettes privées impossibles à rembourser, le développement des dettes publiques, le renforcement obligatoire des politiques d’austérité pour financer les dettes publiques, la nécessité pour le capitalisme et son oligarchie de comprimer de plus en plus la masse des salaires, donc d’entrer dans le cercle vicieux de remplacement des fonctionnaires par des CDI, de remplacement des CDI par des CDD, de remplacement des CDD par des contrats de plus en plus précaires (par l’uberisation entre autres).

Outre les reculs sociaux, l’entrée dans le processus de recul continu de la démocratie – lire et relire la fin de l’intervention de Pierre Mendès-France du 18 janvier 1957 – est une nécessité pour le capitalisme. De plus, ce processus s’assortit du recul continu de la laïcité car le développement de cette séquence demande de satisfaire les principaux alliés des néolibéraux que sont les communautaristes et intégristes, instrumentalisés par le capitalisme pour remplacer auprès des perdants de la mondialisation la partie de la sphère de constitution des libertés (école, protection sociale, services publics) que l’on marchandise et privatise ! Et dire qu’une partie de la gauche dite radicale joue les idiots utiles en soutenant les principaux alliés communautaristes et intégristes des néolibéraux !

Les conséquences de la « rupture Fillon »

Or, dans cette période néo-libérale, nous venons d’entrer dans une nouvelle séquence. Non sans une certaine analogie avec les années 30, ce qui devrait faire un peu mieux réfléchir l’ensemble des gauches. Pour la première fois depuis la Libération, un candidat de la droite de gouvernement a scellé une alliance politique avec l’extrême droite catholique. Là réside l’explication principale de la poussée Fillon au sein de la droite. Après les rassemblements très puissants de la Manif pour tous, les dirigeants de celle-ci ont encastré « la Manif », qui d’après les journalistes des médias dominants ne feraient pas de politique, et Sens Commun qui en serait l’organe politique. Chez les catholiques, le rêve démocrate-chrétien s’éloigne des perspectives d’avenir et la poussée Fillon s’explique en grande partie par la mobilisation exceptionnelle d’une extrême droite catholique qui ne rêve que de revanche.
Si Fillon gagne l’élection présidentielle, accédera au pouvoir une droite conservatrice défendant le projet sociétal de l’extrême droite catholique du XXIe siècle. Sur le plan économique et social, on vérifiera la loi du mouvement réformateur néolibéral, à savoir que depuis 1983 chaque gouvernement fait pire que le précédent : avec l’accélération de la casse de la Sécurité sociale, le renforcement de la privatisation du profit et de la socialisation des pertes, la continuation du projet Kessler de suppression des conquis sociaux de la Libération et le recul de la laïcité seraient programmés.

Au sein du FN, cela devrait renforcer le courant de l’extrême droite politique au détriment de celui de l’extrême droite catholique. D’ailleurs, dès le soir de la victoire de Fillon à la primaire de la droite, en témoignait le discours de Philippot sur l’Union européenne, la zone euro, l’immigration, la xénophobie, ses vagues promesses de protection des couches populaires et des couches moyennes déclassées, etc.

Emmanuel Macron se sent pousser des ailes en espérant fortifier un électorat allant de la droite de l’électorat socialiste aux déçus de la défaite d’Alain Juppé, comme si on peut être progressiste sur le plan sociétal et néolibéral décomplexé et brutal sur le plan économique et social. On verra si Bayrou lui laisse cet espace.

Le spectacle de la gauche solférinienne est affligeant, prise qu’elle est au piège des primaires du PS stricto sensu et obligée de bafouiller près de deux mois encore devant les micros tendus par les journalistes avec un sourire narquois.

Du côté de la France insoumise, les choses avancent avec le vote légèrement majoritaire des adhérents du PC pour le soutien à Jean-Luc Mélenchon. Restent la discussion souhaitée par le PCF sur la signature de ses élus et un futur accord sur les législatives.

Avec le durcissement, voulu par les solfériniens, des règles de parrainage, la recherche de signatures n’a jamais été aussi difficile pour les autres petits candidats.

Il est aujourd’hui tout à fait possible, vu le triste spectacle des « hollando-vallsistes » et le bilan catastrophique pour les couches populaires et les couches moyennes intermédiaires des gouvernements Ayrault et Valls, que Jean-Luc Mélenchon passe devant le candidat solférinien au premier tour de l’élection présidentielle. Il pourra alors revendiquer le vote utile à gauche. Mais pour pouvoir atteindre les 20-25 % nécessaires pour être présent au second tour, il faudra alors qu’il puisse toucher les couches populaires et les jeunes qui, ces dernières années, s’abstiennent à 60 %. Cela demande une inflexion de la campagne sur ce point.

«…  L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement « une politique », au sens le plus large du mot, nationale et internationale… »

 


Amboise Croizat, ministre de la sécurité sociale.

La Sociale, un film de Gilles Perret sorti le Mercredi 9 Novembre 2016.

Source: https://www.npa2009.org/idees/culture/cinema-la-sociale

Ce film documentaire est un hommage à la sécurité sociale de 1945 et aux militants qui ont participé à sa création. La réalisation est vivante alternant images d’archives, de témoignages et d'analyses.
 
Les interventions des ennemis de la sécurité sociale sont sans ambiguïté. Claude Reichman, du mouvement de libération de la sécurité sociale, ne veut plus de cotisations obligatoires à ces « voleurs », et Denis Kessler, du mouvement des entreprises de France (MEDEF) exige uniquement des assurances et des fonds de pension.
 
Hélas ce ne sont pas uniquement des élucubrations. Les réformes récentes du gouvernement, la protection universelle maladie (PUMA), ou internes aux caisses, le Traitement en Réseau de l'Assurance Maladie (TRAM), d’autres en cours d’élaboration, la fusion entre la Contribution Sociale Généralisée (CSG) et les impôts et le prélèvement à la source, et de nombreux rapports, comme par exemple le rapport relatif à la réforme des Affections de Longue Durée (ALD), préparent la fiscalisation et le démantèlement des organismes pour détruire les fondements de la sécurité sociale.
 
Dans ce documentaire, il y a beaucoup d’interventions portant sur les origines et les fondements de la sécurité sociale, ses effets positifs, les attaques patronales, les ordonnances de 1967 et la privatisation des hôpitaux. Ce sont de bonnes contributions aux débats et aux luttes à engager pour défendre et reconquérir la sécurité sociale.
 
Fruit d’un rapport de forces social
 
Colette Bec, sociologue, participe au débat sur les luttes lorsqu’elle regrette la stratégie gestionnaire et le manque de projet politique des syndicats sur la sécurité sociale. Cela se reflète dans les interventions du secrétaire général de la Confédération Générale du Travail (CGT), Philippe Martinez, même s’il montre à juste titre que le terme de charges sociales n’est pas neutre, et du secrétaire général de la CGT Force Ouvrière, Jean-Claude Mailly, qui voit dans la sécurité sociale une valeur républicaine, et bien évidemment dans l'intervention du secrétaire général de la Confédération Française et Démocratique du Travail (CFDT), Laurent Berger, qui veut la rendre plus efficace en accompagnant les réformes avec le patronat.
 
Cependant, nous ne partageons pas l’opinion de la sociologue lorsqu’elle évoque le « consensus atypique entre chrétiens démocrates, gaullistes, socialistes et communistes pour une société juste et solidaire », alors que c’est bien le rapport de forces sociales qui a permis la création de la sécurité sociale. La bourgeoisie a cédé provisoirement pour ne pas tout perdre et elle a préparé sa revanche dès le début des années 1950.
 
Enfermées dans la coalition gouvernementale entre le Parti Communiste Français (PCF), la Section Française de l'Internationale Ouvrière (SFIO) et le Mouvement Républicain Populaire (MRP), ou la soutenant, les organisations ouvrières dominantes n’ont pas cherché à mobiliser les travailleurs pour contrer les mutuelles, les médecins et les patrons, qui ont bloqué la mise en œuvre de plusieurs principes fondamentaux, comme l'universalité, et qui ont imposé la présence des patrons dans les conseils d’administration, de vingt-cinq pour cent en 1945 jusqu’à devenir prédominante en 1965, alors que ce n’est pas à eux de gérer notre salaire socialisé.

Un hommage sans réserve est rendu tout au long du film à Ambroise Croizat. Ministre de la sécurité sociale, il a bien contribué à la fondation de celle-ci et il a signé l'ordonnance de sa création en 1945. Mais à la même époque, ministre du travail, il a appliqué la stratégie du PCF en lançant « la bataille de la production » pour reconstruire l'état capitaliste, étouffant les grèves, qualifiées « d'arme des trusts » par Maurice Thorez.
 


Fidel Castro dans une perspective historique, par Samuel Farber

Source : http://www.alencontre.org/ameriques/amelat/cuba/cuba-fidel-castro-1926-2016.html


 
La défaite absolue que les forces de la guérilla dirigée par Fidel Castro infligèrent à l’armée de Fulgencio Batista, une guérilla étayée socialement par la proclamation, depuis la Sierra Maestra, de la loi de réforme agraire et, y compris, par une tentative de grève urbaine, au mois d'avril 1958, grève qui ne fut pas relayée par le parti socialiste populaire, ce qui conduisit à son échec, a ouvert la voie à la transformation d’une révolution politique démocratique pluri-classiste en une révolution sociale. Lors les deux premières années après la révolution, Fidel Castro a renforcé son appui populaire massif avec une redistribution radicale de la richesse qui s’est transformée plus tard en une nationalisation de l’économie qui a inclus y compris les plus petits établissements artisanaux et commerciaux.
 
Cette économie hautement bureaucratique a entraîné des performances très médiocres qui ont été fortement aggravées par le blocus économique criminel que les Etats-Unis ont imposé à Cuba, dès 1960. C’est l’aide massive soviétique que Cuba a reçue qui a permis au régime de maintenir un niveau de vie qui a garanti la satisfaction des besoins les plus fondamentaux de la population, en particulier dans les domaines de l’éducation et de la santé. Le renouveau d’un anti-impérialisme populaire, qui avait été mis en sommeil dans l’île depuis les années 1930, fut tout aussi important pour renforcer le soutien populaire au régime de Fidel Castro.
 
Le gouvernement de Fidel Castro a canalisé le soutien populaire dans le sens d’une mobilisation populaire. Ce fut la contribution la plus significative du gouvernement cubain par rapport à la tradition « communiste » internationale. Mais tout en encourageant la participation populaire, Fidel Castro empêcha un contrôle démocratique populaire effectif et garda, autant qu’il le pouvait, un commandement politique personnel.
 
Sous sa direction, l'état parti unique cubain a été mis en place dès les années 1960 et fut légalement sanctionné par la constitution adoptée en 1976. Le parti communiste dirigeant utilise les organisations de masse comme des courroies de transmission des orientations du parti. Lorsque les organisations de masse ont été créées en 1960, toutes les organisations indépendantes existantes, qui auraient pu rivaliser avec les institutions officielles, ont été éliminées. Ces dernières comprenaient les sociétés de couleur qui, depuis longtemps, étaient le fondement de la vie sociale organisée des noirs à Cuba, de nombreuses organisations de femmes exerçant principalement des activités d’aide sociale et les syndicats qui furent incorporés à l’appareil d'état, après une purge complète de toutes les opinions divergentes.
 
Le contrôle personnel de Fidel Castro depuis le sommet fut une source majeure d’irrationalité et de gaspillage économique. Le bilan global de ses interventions personnelles dans les affaires économiques est tout à fait négatif.

Celles-ci allèrent de la campagne économiquement désastreuse pour une récolte de sucre de dix millions de tonnes en 1970, la « zafra de los diez milliones de toneladas » proclamée lors du discours de Fidel Castro le 27 octobre 1969 dans le théâtre Chaplin à la Havane, qui non seulement n’a pas atteint ses objectifs mais a déstabilisé fortement le reste de l’économie, jusqu’à l’incohérence économique et la microgestion intrusive de sa « bataille des idées », lancée peu de temps avant qu’il quitte la direction et passe le pouvoir à son frère Raul Castro.
 
Une caractéristique majeure du règne de quarante-sept ans de Fidel Castro réside dans sa manipulation du soutien populaire. Cela a été particulièrement évident lors des deux premières années de la révolution, en 1959 et en 1960, au cours desquelles il n’a jamais révélé, même à ses partisans, où il avait l’intention d’aller politiquement.
 
La censure systématique que son gouvernement a établie depuis 1960 est intrinsèque à la politique manipulatrice de son régime. Cela a continué sous Raoul Castro. Les mass media, en conformité avec les orientations du département idéologique du PCC, ne publient que les nouvelles qui répondent aux besoins politiques du gouvernement. La censure est particulièrement frappante à la radio et à la télévision, sous l’égide de l’Institut Cubain de Radio et Télévision (ICRT), institution méprisée par de nombreux artistes et intellectuels pour ses pratiques de censure et l’arbitraire de l’information.
 
L’absence systématique de transparence dans les opérations du gouvernement cubain s’est poursuivie sous le règne de Raoul Castro. Un exemple clair réside dans la destitution brutale, en 2009, de deux dirigeants politiques de premier plan, le ministre des affaires étrangères Felipe Pérez Roque et le vice-président Carlos Lage sans qu’une explication complète de cette décision soit fournie par le gouvernement. Depuis lors, une vidéo détaillant la version gouvernementale de cet événement a été produite. Toutefois, elle a été montrée seulement à des auditoires sélectionnés de dirigeants et de cadres du PCC.
 
La censure et le manque de transparence se sont parfois transformés en véritables mensonges, comme dans le cas des rejets répétés de Fidel Castro de reconnaître la maltraitance physique dans les prisons cubaines, malgré son existence bien documentée par plusieurs organisations indépendantes de défense des droits humains.
 
Fidel Castro a créé un système politique qui n’hésite pas à utiliser la répression, et pas seulement contre les ennemis de classe, pour consolider son pouvoir. C’est un système qui a recours aux méthodes policières et administratives pour régler les conflits politiques. Ce système a utilisé le système judiciaire de manière arbitraire pour étouffer la dissidence et l’opposition politique. Parmi les lois qu’il a invoquées pour atteindre cet objectif, on peut citer celles qui punissent la propagande ennemie, le mépris de l’autorité, la rébellion, les actes contre la sécurité de l'état, l’impression clandestine de documents, la distribution de fausses nouvelles, la dangerosité sociale précriminelle, les associations illicites, la résistance et la diffamation. En 2006, Fidel Castro a admis qu’à une époque il y avait eu quinze mille prisonniers politiques à Cuba, bien qu’en 1967 il ait cité le chiffre de vingt mille prisonniers politiques.
 
Pour beaucoup de latino-américains et d’autres peuples du tiers-monde, ce n’est pas l’instauration du « communisme » à Cuba qui a suscité leur sympathie pour le dirigeant cubain. Il s’agissait plutôt de son véritable défi face à l’empire états-unien et de sa persévérance obstinée dans cet effort, non seulement en affirmant l’indépendance cubaine, mais en soutenant et aussi en appuyant, à l’extérieur, des mouvements contre les classes dirigeantes locales et l’empire américain.
 
Pour cela, le gouvernement de Fidel Castro a payé un prix fort sous la forme du parrainage de Washington aux invasions militaires, aux multiples tentatives d’assassinat le visant ainsi qu’à des campagnes de terreur. A cela s’ajoute un embargo durable et élargi contre l’île. Se tenir debout face au Goliath des Etats Unis ne constituait pas seulement une épreuve pour résister avec succès à une puissance largement supérieure, mais il s’agissait aussi de faire face à l’arrogance et au racisme du puissant voisin du nord. Comme l’a souligné l’historien Louis Pérez, Washington a souvent vu les cubains comme des enfants à qui il fallait apprendre à se comporter.
 
Pourtant, il existe de nombreuses idées erronées dans la gauche sur la politique étrangère cubaine. S’il est vrai que Fidel Castro a maintenu son opposition à l’empire américain jusqu’à son dernier souffle, sa politique étrangère, surtout après la fin des années 1960, a été davantage poussée par la défense des intérêts de l'état cubain tel qu’il les définissait à partir de l’alliance avec l'union soviétique et non pas en relation avec la poursuite d’une révolution anticapitaliste en tant que telle.

Parce que l'union soviétique considérait l’Amérique Latine comme faisant partie de la sphère d’influence des Etats-Unis, elle a exercé une forte pression politique et économique sur Cuba pour minimiser son soutien ouvert aux mouvements de guérilla en Amérique Latine. Vers la fin des années 1960, l'union soviétique a fait aboutir cet effort. C’est pourquoi, dans les années 1970, Cuba s’est tourné vers l’Afrique avec une vigueur qu’il faut rattacher au fait que ses initiatives politiques sur ce continent étaient stratégiquement plus compatibles avec les intérêts soviétiques, malgré leurs nombreux désaccords tactiques. Cette alliance stratégique avec l'union soviétique contribue à expliquer pourquoi la politique africaine de Cuba avait des implications tout à fait différentes pour ce qui relève de la situation en Angola ou contre l’apartheid sud-africain. Ici cette politique se situait à gauche alors que, pour la corne de l’Afrique, ce n’était pas le cas. Dans cette partie du continent, le gouvernement de Fidel Castro a soutenu une dictature sanglante de gauche en Ethiopie et indirectement aidé ce gouvernement dans ses efforts pour réprimer l’indépendance érythréenne.
 
Le facteur le plus important expliquant la politique cubaine dans ce domaine était que le nouveau gouvernement éthiopien avait pris le parti des soviétiques dans la guerre froide. C’est pour les mêmes raisons que Fidel Castro, à la grande surprise et déception du peuple cubain, a soutenu l’invasion soviétique de la Tchécoslovaquie en 1968, bien qu’il soit clair que l’aversion politique de Fidel Castro pour les politiques libérales d'Alexandre Dubcek, premier secrétaire du parti communiste tchécoslovaque entre le mois de janvier 1968 et le mois d'avril 1969, a joué un rôle important dans sa décision de soutenir l’action soviétique. Fidel Castro a également appuyé, du moins implicitement, l’invasion soviétique de l’Afghanistan en 1979, bien qu’il l’ait fait avec beaucoup de réticence et de façon discrète parce que Cuba venait de prendre la direction du Mouvement des Non Alignés dont une grande majorité des membres s’opposait fortement à l’intervention soviétique.
 
En règle générale, le Cuba de Fidel Castro, même au début des années 1960, s’est abstenu de soutenir les mouvements révolutionnaires contre les gouvernements qui avaient de bonnes relations avec la Havane et qui rejetaient la politique des Etats-Unis contre l’île, cela indépendamment de leur couleur idéologique. Les cas les plus emblématiques d’une approche de la politique étrangère cubaine placée sous l’emprise des raisons d'état sont les relations très amicales que Cuba entretenait avec le Mexique du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) et avec l’Espagne de Francisco Franco. Il est également intéressant de noter que dans plusieurs pays d’Amérique Latine, tels que le Guatemala, le Salvador et le Venezuela, le gouvernement de Fidel Castro a favorisé certains mouvements de guérilla et d’opposition et s’est opposé à d’autres selon le degré auquel ils étaient disposés à soutenir la politique cubaine.
 
L’instauration d’un régime de type soviétique à Cuba ne peut s’expliquer par des simples généralisations politiques à partir de considérations sur le sous-développement, les dictatures et l’impérialisme qui touchent toute l’Amérique Latine. Le facteur le plus important qui explique le caractère unique du développement de Cuba est la direction politique de Fidel Castro qui a imposé une différence majeure aussi bien dans le type de triomphe contre le régime de Fulgencio Batista que dans la détermination de la voie suivie par la révolution cubaine après son arrivée au pouvoir.
 
A son tour, le rôle de Fidel Castro a été rendu possible par la composition socio-économique et politique particulière de Cuba à la fin des années 1950. Cela comprenait l’existence de classes sociales importantes au plan économique, mais ayant une expression politique faible, capitalistes, moyennes et ouvrières, une armée professionnelle à bien des égards de type mercenaire dont la direction avait des liens fragiles avec les classes les plus puissantes au plan économique et un système très dégradé de partis politiques traditionnels.
 
L’héritage de Fidel Castro, cependant, est devenu incertain depuis l’effondrement de l'union soviétique. Sous Raoul Castro, le gouvernement, en particulier après le sixième congrès du PCC en 2011, a promis des changements importants dans l’économie cubaine. Ces derniers pointent dans la direction générale du modèle sino-vietnamien qui combine une ouverture au marché capitaliste combiné à l’autoritarisme politique.
 
Le rétablissement des relations diplomatiques avec les Etats-Unis, annoncé au mois de décembre 2014, que Fidel Castro a approuvé à contrecœur quelque temps plus tard, serait susceptible de faciliter cette stratégie économique, en particulier si le congrès américain modifie ou abroge la loi de Jesse Helms et de Dan Burton, approuvée en 1996, avec le consentement du président Bill Clinton. Une loi qui fait du blocus économique américain de l’île une obligation ne pouvant être révoquée que par le congrès des Etats Unis. Or, avec la future présidence de Donald Trump et un congrès républicain, la concrétisation de cette stratégie est moins probable.
 
Pendant ce temps, la corruption et les inégalités grandissent et corrodent la société cubaine, ce qui alimente un sentiment général de pessimisme et un désir de beaucoup, en particulier parmi les jeunes, de quitter le pays à la première occasion.
 
A la lumière d’une future transition capitaliste d'état et du rôle que peuvent jouer les capitaux étrangers et les pouvoirs politiques comme les Etats-Unis, le Brésil, l’Espagne, le Canada, la Russie et la Chine, les perspectives de la souveraineté nationale cubaine, élément décisif de l’héritage de Fidel Castro, sont très incertaines.

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