Blog de Robert Duguet - Décembre 2018 /contact:

Prochaine station : destitution

« Contrairement à tout ce que l’on peut entendre, le mystère, ce n’est pas que nous nous révoltions, mais que nous ne l’ayons pas fait avant. »

Source : les lanceurs de tuiles (Grenoble) : https://lundi.am/Prochaine-station-destitution

paru dans lundimatin#168, le 7 décembre 2018



 

Contrairement à tout ce que l’on peut entendre, le mystère, ce n’est pas que nous nous révoltions, mais que nous ne l’ayons pas fait avant. Ce qui est anormal, ce n’est pas ce que nous faisons maintenant, mais ce que nous avons supporté jusque-là. Qui peut nier la faillite, à tous points de vue, du système ? Qui veut encore se faire tondre, braquer, précariser pour rien  ? Qui va pleurer que le XVIe arrondissement se soit fait dépouiller par des pauvres ou que les bourgeois aient vu flamber leurs 4X4 rutilants ? Quant à Macron, qu’il arrête de se plaindre, c’est lui-même qui nous a appelés à venir le chercher. Un État ne peut pas prétendre se légitimer sur le cadavre d’une « glorieuse révolution » pour ensuite crier aux casseurs dès qu’une révolution se met en marche.

La situation est simple : le peuple veut la chute du système. Or le système entend se maintenir. Cela définit la situation comme insurrectionnelle, ainsi que l’admet désormais la police elle-même. Le peuple a pour lui le nombre, le courage, la joie, l’intelligence et la naïveté. Le système a pour lui l’armée, la police, les médias, la ruse et la peur du bourgeois. Depuis le 17 novembre, le peuple a recours à deux leviers complémentaires : le blocage de l’économie et l’assaut donné chaque samedi au quartier gouvernemental. Ces leviers sont complémentaires parce que l’économie est la réalité du système tandis que le gouvernement est ce qui le représente symboliquement. Pour le destituer vraiment, il faut s’attaquer aux deux. Cela vaut pour Paris comme pour le reste du territoire : incendier une préfecture et marcher sur l’Élysée sont un seul et même geste. Chaque samedi depuis le 17 novembre à Paris, le peuple est aimanté par le même objectif : marcher sur le réduit gouvernemental. De samedi en samedi, la différence qui se fait jour tient 1 - à la croissante énormité du dispositif policier mis en place pour l’en empêcher, 2 - à l’accumulation d’expérience liée à l’échec du samedi précédent. S’il y avait bien plus de gens avec des lunettes de piscine et des masques à gaz ce samedi, ce n’est pas parce que des « groupes de casseurs organisés » auraient « infiltré la manifestation », c’est simplement que les gens se sont fait extensivement gazer la semaine d’avant et en ont tiré les conclusions que n’importe qui de sensé en tire : venir équipé la fois d’après. D’ailleurs, il ne s’agit pas d’une manifestation ; il s’agit d’un soulèvement.

Si des dizaines de milliers de personnes ont envahi le périmètre Tuileries-Saint Lazare-Étoile-Trocadéro, ce n’est pas en vertu d’une stratégie de harcèlement décidée par quelques groupuscules, mais d’une intelligence tactique diffuse des gens, qui se trouvaient simplement empêchés d’atteindre leur objectif par le dispositif policier. Incriminer l’« ultra-gauche » dans cette tentative de soulèvement ne trompe personne : si l’ultra-gauche avait été capable de conduire des machines de chantier pour charger la police ou détruire un péage, cela se saurait ; si elle avait été si nombreuse, si désarmante et si courageuse, cela se saurait aussi. Avec ses soucis essentiellement identitaires, ladite « ultra-gauche » est profondément gênée par l’impureté du mouvement des gilets jaunes ; la vérité, c’est qu’elle ne sait pas sur quel pied danser, qu’elle craint bourgeoisement de se compromettre en se mêlant à cette foule qui ne correspond à aucune de ses catégories. Quant à l’« ultra-droite », elle est prise en sandwich entre ses moyens et ses fins supposées : elle fait le désordre en prétextant l’attachement à l’ordre, elle caillasse la police nationale tout en déclarant sa flamme à la police et à la nation, elle veut couper la tête du monarque républicain par amour d’un roi inexistant. Sur ces points, il faut donc laisser le ministère de l’Intérieur à ses divagations ridicules. Ce ne sont pas les radicaux qui font le mouvement, c’est le mouvement qui radicalise les gens. Qui peut croire que l’on réfléchit à déclarer l’état d’urgence contre une poignée d’ultras ?

Ceux qui font les insurrections à moitié ne font que creuser leur propre tombeau. Au point où nous en sommes, avec les moyens de répression contemporains, soit nous renversons le système, soit c’est lui qui nous écrase. Ce serait une grave erreur d’appréciation que de sous-estimer le niveau de radicalisation de ce gouvernement. Tous ceux qui se placeront, dans les jours qui viennent, en médiateurs entre le peuple et le gouvernement, seront déchiquetés : plus personne ne veut être représenté, nous sommes tous assez grands pour nous exprimer, pour voir qui cherche à nous amadouer, et qui à nous récupérer. Et même si le gouvernement reculait d’un pas, il prouverait par-là que nous avions raison de faire ce que nous avons fait, que nos méthodes sont les bonnes.

La semaine prochaine est donc décisive : soit nous parvenons à mettre à l’arrêt à plus nombreux encore la machine économique en bloquant ports, raffineries, gares, centres logistiques, etc., en prenant vraiment le réduit gouvernemental et les préfectures samedi prochain, soit nous sommes perdus. Samedi prochain, les marches pour le climat, qui partent du principe que ce n’est pas ceux qui nous ont menés à la catastrophe présente qui vont nous en sortir, n’ont pas de raison de ne pas confluer dans la rue avec nous. Nous sommes à deux doigts du point de rupture de l’appareil gouvernemental. Soit nous parvenons dans les mois qui viennent à opérer la bifurcation nécessaire, soit l’apocalypse annoncée se doublera d’une mise au pas sécuritaire dont les réseaux sociaux laissent entrevoir toute l’étendue imaginable.

La question est donc : que signifie concrètement destituer le système ? De toute évidence, cela ne signifie pas élire de nouveaux représentants puisque la faillite du régime actuel est justement la faillite du système de la représentation. Destituer le système, c’est reprendre en main localement, canton par canton, toute l’organisation matérielle et symbolique de la vie, car c’est précisément l’organisation présente de la vie qui est en cause, c’est elle qui est la catastrophe. Il ne faut pas craindre l’inconnu : on n’a jamais vu des millions de personnes se laisser mourir de faim. De même que nous sommes tout à fait capables de nous organiser horizontalement pour faire des blocages, nous sommes capables de nous organiser pour remettre en marche une organisation plus sensée de l’existence. De même que c’est localement que la révolte s’est organisée, c’est localement que les solutions seront trouvées. Le plan « national » des choses n’est que l’écho que se font les initiatives locales.

Nous n’en pouvons plus de devoir compter pour tout. Le règne de l’économie, c’est le règne de la misère parce que c’est en tout le règne du calcul. Ce qu’il y a de beau sur les blocages, dans la rue, dans tout ce que nous faisons depuis trois semaines, ce qui fait que nous sommes en un sens déjà victorieux, c’est que nous avons cessé de compter parce que nous avons commencé à compter les uns sur les autres. Quand la question est celle du salut commun, celle de la propriété juridique des infrastructures de la vie devient un détail. La différence entre le peuple et ceux qui le gouvernent, c’est que lui n’est pas composé de crevards.

 


Citoyens, ne vous laissez pas avoir une fois de plus ! par André Bellon
Ancien parlementaire, président de l’association pour une Constituante

Source: https://www.pouruneconstituante.fr/spip.php?article1570



 
Va-t-on retirer aux citoyens un de leurs biens les plus précieux : le droit à la parole ? On peut le craindre en lisant l’article publié par l’hebdomadaire Marianne sous la signature de François de Closets. Ce super libéral économique, adversaire obstiné des services publics dans lesquels il voit depuis 60 ans des nids de privilèges, prétend répondre aux souffrances exprimées par des gilets jaunes qui se battent pour maintenir ces services dans les zones abandonnées. Pour renouer les liens entre élus et électeurs, il préconise le tirage au sort. On voit mal en quoi priver les citoyens du choix de leurs représentants, en s’en remettant au hasard, comblerait le fossé entre gouvernants et gouvernés. On voit mal en quoi cela rétablirait un lien -sauf à compter sur la mystérieuse sagesse d’une non moins mystérieuse main divine-, mais on ne peut qu’être frappé par le lien, réel celui-là- entre sa prise de position et celle de nombreux personnages médiatiques, à commencer par Natacha Polony, rédactrice en chef du journal qui a publié l’article de Closets.

Mais, plutôt que de nous en remettre aux médias – dont la clairvoyance ne saute pas aux yeux -, peut-être faudrait-il donner aux citoyens les moyens de mener sereinement la réflexion, principalement à partir des communes ou des quartiers. Tentons alors de clarifier les enjeux.

Que les représentants ne représentent plus les citoyens ne constitue pas vraiment une découverte. Nous le savons depuis que le vote des français, le 29 mai 2005, contre le traité constitutionnel européen a été bafoué. C’est d’ailleurs ce qui nous a conduits à appeler à l’élection d’une assemblée Constituante.

De nombreuses pistes sont aujourd’hui explorées. Certaines idées à la mode méritent d’autant plus qu’on y réponde que, favorisées par les médias, elles se présentent ensuite comme la réponse spontanée des réseaux sociaux.

Première idée, la solution à la crise de la représentation résiderait dans le Référendum d’initiative citoyenne (RIC). C’est une bonne idée qui, d’ailleurs, légitime le suffrage universel, même si les modalités demandent évidemment à être précisées. Mais cela ne règle pas l’ensemble de la question de la démocratie car il reste la question de la représentation comme l’illustre l’exemple suisse où cohabite instances élues et RIC. Mais, curieusement, nombre de partisans du RIC en France lie celui-ci à l’instauration du tirage au sort. En bref, « citoyens, on vous donne le RIC, pour le reste on supprime votre droit de vote ». Curieuse conception de liberté du citoyen.

Deuxième idée, largement évoquée par les partisans du hasard, il ne s’agirait que de désigner une partie seulement des représentants. Vieille ficelle politicienne, on commence par un peu pour obtenir beaucoup. Pourquoi une partie et pas tout ? On ne peut pas être « un peu » en démocratie. On n’est pas démocrate à temps partiel.

Troisième idée, plus subtile : on ne tire pas au sort n’importe comment, mais en tenant compte des catégories sociales. On considère alors que le citoyen est déterminé politiquement par sa place sociale. Cette idée est en fait vicieuse et, si on la suivait, on considérerait que Jaurès était à droite et Doriot à gauche ! Et que dire du bourgeois Karl Marx ?

Quatrième idée, encore plus subtile : pour ne forcer la main de personne, on ne tirerait au sort que parmi des volontaires. Mais alors, n’est-ce pas récréer une caste de bienheureux ? Et comment ne pas voir se profiler la main des fameuses « minorités agissantes » ?

Cinquième idée, toujours plus subtile, les tirés au sort, n’étant pas des professionnels de la politique -les considéreraient-on incompétents ? -, seraient placés face à des experts, plus ou moins contradictoires, qui leur expliqueraient la vie. Cette idée, pas tout à fait innocente, est largement portée par des personnes qui, curieusement, se voient bien dans le rôle des fameux experts. Et qui choisira les experts ? Faudra-t-il les tirer au sort ? Et qui peut croire que les experts sont des eunuques de la pensée, n’ayant aucune conviction de droite, de gauche ou du centre ?

Passons sur un discours, qui prend quelques libertés avec l’histoire, considérant qu’il faut revenir aux origines grecques de la démocratie, oubliant que les électeurs n’étaient alors qu’une fraction socialement homogène et qu’on votait lorsqu’il s’agissait des postes les plus importants. En effet, compte tenu des responsabilités qui sont les leurs, le choix de ceux qui nous représentent et qui nous gouvernent ne peut provenir que des électeurs qui les ont choisi après un débat libre et raisonné.

En fait, au-delà des obscurcissements pas innocents du tout, la question est simple. Le droit de vote est un bien public. Il appartient à chaque citoyen, qui l’exerce comme il l’entend. La crise actuelle de la démocratie n’est pas liée au suffrage universel, mais au fait que le système politique l’empêche de s’exprimer en ne présentant que des choix dans lesquels la majorité des citoyens ne se reconnaissent pas. On ne voit pas en quoi la chose serait différente avec des tirés au sort qui, d’ailleurs, n’auraient pas de compte à rendre à leurs mandants puisqu’il n’y aurait plus de mandants. Depuis toujours, le suffrage universel est un combat ; son adoption est le fruit d’une insurrection populaire en 1792, et ce n’est pas un hasard s’il est attaqué aujourd’hui par les tenants de l’ordre dominant (Terra Nova, Rosanvallon, Joffrin, De Closets, etc.).

Citoyens, le suffrage universel vous appartient et vous est volé depuis des années. Il est le signe de reconnaissance de votre participation à l’humanité. Il est un des attributs de votre souveraineté. C’est à vous et à vous seuls de le défendre.

 


Patrice Leclerc, maire de Gennevilliers...

Le maire de Gennevilliers ouvre des cahiers de doléances

Source : http://www.leparisien.fr/hauts-de-seine-92/gilets-jaunes-le-maire-de-gennevilliers-ouvre-des-cahiers-de-doleances-11-12-2018-7966053.php



Suivant l’exemple de nombreuses communes rurales et de quelques villes d’Ile-de-France, ils seront disponibles en mairie et dans les centres sociaux à partir du Jeudi 13 Décembre 2018.

Comme un air de 1789 en mairie de Gennevilliers, à partir du Jeudi 13 Décembre 2018, le hall de l’hôtel de ville et les centres sociaux de la commune des Hauts-de-Seine accueillent des cahiers de doléances, où chacun est invité à s’exprimer. Une mesure déjà prise par de nombreuses communes en province, à l’appel de l’Association des Maires Ruraux de France (AMRF), et par quelques communes d’Ile-de-France en réponse au mouvement des Gilets Jaunes.

« Je veux aider le mouvement des Gilets Jaunes », assume le maire du Parti Communiste Français (PCF), Patrice Leclerc, qui a manifesté Samedi 8 Décembre 2018 à Paris et qui compte faire voter un vœu de soutien au prochain conseil municipal. « Je ne me fais pas le relais du gouvernement pour encadrer le mouvement, comme Emmanuel Macron l’a demandé aux maires, Lundi 10 Décembre 2018 », précise l’édile, « je souhaite simplement permettre à tout le monde de s’exprimer et aux personnes qui ne veulent pas vivre dans ce système-là de le dire ».

S’il fait le tri dans toutes les paroles portées par les Gilets Jaunes, « quand cela vire au racisme, très peu pour moi », le maire se reconnaît volontiers dans le mouvement. « Cela fait des années que j’attends que les personnes réagissent et ce que j’entends surtout, c’est que les personnes veulent plus de justice et d’égalité et qu’il faut que les riches paient », dit Patrice Leclerc.

Cette position pas forcément majoritaire dans les Hauts-de-Seine, où le mouvement n’est pas aussi visible ni structuré qu’ailleurs. « Ici, les personnes se mobilisent individuellement », dit l’élu, « mais dans la manifestation du Samedi 8 Décembre 2018, j’ai croisé plusieurs gennevillois ».

La ville de Gennevilliers est en tout cas la première du département à mettre ainsi des cahiers à disposition de ses citoyens. Malakoff pourrait lui embrayer le pas dans les prochains jours.

 


La contestation monte dans la Confédération Générale du Travail (CGT), un Comité Confédéral National (CCN) extraordinaire tout de suite

Source : https://tendanceclaire.org/breve.php?id=31715

Lundi 10 Décembre 2018

Demande d’un CCN extraordinaire de la CGT dans les jours qui viennent


 

La période est marquée par une immense souffrance, par une colère inédite et par des mobilisations massives dans notre pays. La CGT doit prendre toute sa place pour conforter et amplifier ce processus de lutte. C’est la condition nécessaire et préalable à toute négociation utile pour le monde du travail et à la victoire du mouvement populaire.

La date inter professionnelle du Vendredi 14 Décembre 2018 ne peut suffire à elle seule à répondre à cette urgence, par plus que la compilation d’appels des organisations, avec pour seule perspective la date d'une journée d'action au mois de janvier ou de février 2019. Nous avons besoin d’une stratégie de mobilisation visible, urgente et inscrite sur la durée, coordonnée autour d’un cahier revendicatif inter professionnel rassembleur. Ce contexte spécifique justifie à lui seul la réunion immédiate de notre CCN, pour permettre aux organisations d’évaluer, de débattre et de décider du rôle majeur et de la démarche CGT.

L'ordre du jour de la réunion extraordinaire du CCN sera le cahier revendicatif inter professionnel, la stratégie de lutte et le processus de mobilisation.

Le vingt huitième article de nos statuts prévoit que le CCN peut être convoqué à la demande du tiers de ses membres, soit au moins quarante-deux organisations, unions départementales et fédérations nationales.

Nos organisations ci-dessous sont demandeuses d’une réunion extraordinaire du CCN de la CGT, qui pourrait se tenir Dimanche 16 Décembre ou bien Lundi 17 Décembre 2018.

Premiers signataires :

Unions Départementales des Alpes de Haute Provence, des Bouches du Rhône, du Cher, de la Haute Garonne, de l'Indre, du Loir et Cher, du Nord, des Pyrénées Orientales, du Tarn et Garonne, du Vaucluse, du Val de Marne et du Val d'Oise, Fédération du Commerce, Fédération des travailleurs des Industries du Livre, du PApier et de la Communication (FILPAC), Fédération Nationale des Industries Chimiques (FNIC), Fédération des Sociétés d'Etudes (FSE)

 


Avec les Gilets jaunes : contre la représentation, pour la démocratie, par Pierre Dardot et Christian Laval

11 décembre 2018


 

Rarement dans l’histoire un président de la République n’a été à ce point haï comme l’est aujourd’hui Emmanuel Macron. Son intervention télévisée du 10 décembre, solennisée à souhait, et les miettes qu’à cette occasion il a distribué avec « compassion » aux plus pauvres, et  sans revenir en aucune façon sur les mesures les plus injustes qu’il a encouragées à prendre ou qu’il a décidées, d’abord en tant que conseiller de Hollande puis comme ministre de l’économie et enfin comme président, ne changera rien à ce fait.   L’explication de ce rejet massif, on la connaît : le mépris de classe dont il  a fait preuve, à la fois dans ses actes et dans ses paroles, lui revient violemment, avec toute la force d’une population en colère, et il n’y a là rien que de très mérité. Avec le soulèvement social des Gilets jaunes, le  voile se déchire, au moins pour un moment. Le « nouveau monde » c’est l’ancien en pire : tel est le message principal envoyé par les porteurs de gilet jaune depuis novembre dernier. En 2017, Macron et son entreprise « En marche » se sont servis de la profonde détestation des classes populaires et moyennes envers des gouvernants qui n’avaient eu de cesse jusque-là que d’aggraver leur situation au travail et dans leur vie quotidienne pour s’imposer contre toute attente dans la course à la présidence.   Dans cette conquête du sommet des institutions,   Macron n’a pas hésité à utiliser cyniquement le registre populiste du dégagisme et de la table rase pour l’emporter, lui qui ne fut jamais que le « candidat de l’oligarchie », et notamment de sa corporation  d’élite,  l’inspection  des  finances 1.  La  manœuvre  était  grossière  mais  elle  a fonctionné par défaut. Il a gagné, avec des idées minoritaires,   par un double vote de rejet,  au premier tour celui des partis néolibéraux-autoritaires (les jumeaux du Parti socialiste et des Républicains)  et au second tour, celui de la candidate du parti néofasciste français. En guise de renouveau, depuis le printemps 2017, les électeurs ont eu droit à une aggravation et à une accélération sans précédent de tout ce qu’ils avaient rejeté auparavant. Ils ont subi, sidérés, un déferlement de mesures qui, l’une après l’autre, affaiblissaient le pouvoir d’achat et le pouvoir d’agir des classes populaires et moyennes, et ceci au profit des classes les plus favorisées et des grandes entreprises. Les sondages récents sur ce point ne trompent pas : le clivage de classe apparaît au grand jour dans les condamnations de la politique macronienne. Que le rétablissement de l’ISF, l’augmentation des minima sociaux et du SMIC et le rétablissement de l’indexation des retraites sur l’inflation se retrouvent dans les principales revendications des Gilets jaunes qui vont bien au-delà de la suppression de la hausse de la taxe sur les carburants et le moratoire sur le coût de l’électricité et du gaz, en dit long et beaucoup sur la signification sociale du mouvement. Seule la propagande éhontée du gouvernement sur les Ligues de 1934 les « séditieux » et les « factieux », complaisamment relayée par les médias inféodés et par quelques « personnalités médiatiques » ou par quelques dirigeants syndicaux dévoyés, a pu faire croire à certains que le mouvement était intrinsèquement fasciste. Il faut le dire et le redire ici avec force : si l’extrême droite a tenté de récupérer cette colère populaire, et si elle y parvient éventuellement, ce ne sera  que par la faillite de la gauche politique et des syndicats   dans leur fonction de défense sociale des intérêts du plus grand nombre. Les Gilets jaunes, que cela plaise ou non, ont réussi ce que trente ans de luttes sociales n’ont pas réussi à faire: mettre au centre du débat la question de la justice sociale. Mieux, ils ont  imposé on ne peut plus clairement la question fondamentale pour toute l’humanité du lien entre justice sociale et justice écologique.

 

Une révolte anti-néolibérale

 

On ne peut comprendre cette révolte sociale qu’en la mettant en rapport avec le type de transformation que l’actuel pouvoir entend renforcer par l’acharnement  fiscal et la brutalité réglementaire. La « révolution » macronienne n’est jamais que la mise en œuvre sur un mode radical et précipité d’une conception dominante de la société fondée sur la concurrence, la performance,  la  rentabilité  et  le  « ruissellement »  de  la  richesse  depuis  son  sommet. Prolongeant une politique constante de défiscalisation du capital et des entreprises, il a continué et amplifié le transfert de la charge fiscale et sociale vers les ménages, surtout les plus   modestes,   en   augmentant   les   impôts   les   plus   inégalitaires   qui   portent   sur   la consommation au nom de la « compétitivité ».  En d’autres termes, c’est en choisissant la voie la plus purement néolibérale que Macron a cherché à transformer la France, voulant ainsi, par cette « révolution » qui lui servait de programme, se faire le bon élève tout à la fois du patronat, des commissaires européens, et des « investisseurs internationaux ». Il n’était pas le premier, il ne sera sans doute pas le dernier, mais il a voulu exceller dans le genre, mieux que Sarkozy et Hollande réunis.

Mais il n’a sans doute pas eu les épaules assez larges ni toute l’adresse requise   pour transformer les « gaulois réfractaires », les « illettrés » et les « gens de rien » en adeptes de la « start up nation » et en partisans de la baisse du coût du travail. Gérer l’État et diriger le gouvernement comme un grand patron le ferait dans une multinationale, selon les nouvelles normes d’une haute fonction publique convertie aux idéaux capitalistes, n’y a pas suffi. La centralisation et la verticalité de la Ve République, la répression policière tous azimuts, l’enrégimentement, jusqu’à la néantisation, d’une majorité parlementaire composée de fades néophytes et d’opportunistes patentés, ont été jusqu’à ce jour des moyens institutionnellement puissants mais néanmoins insuffisants pour faire accepter à la population la dégradation de ses conditions de vie et la réduction de ses moyens d’agir, aussi bien à l’échelle communale qu’au niveau des lieux de travail. La vie réelle l’a emporté sur les illusions d’une oligarchie aveuglée par sa « vérité » et qui avait cru son heure venue par la miraculeuse élection d’un président  infantilement ivre de la toute-puissance politique que lui donnaient des institutions foncièrement anti-démocratiques. Le soulèvement social des Gilets jaunes, en enrayant la machine néolibérale de Macron, a montré les limites de ce qu’il faut bien appeler son bonapartisme managérial.

 

Une dernière manœuvre ?

 

Cette pratique autoritaire du gouvernement a fait que le néolibéralisme a atteint un point de rupture.  Sans doute les actuels gouvernants, soutenus par le patronat,   tentent-ils une dernière manœuvre dont on peut d’ores et déjà deviner la nature, et qui consiste à utiliser la crise sociale et politique pour renforcer la néolibéralisation de la société plus subtilement que le « Blitzkrieg » de la première saison de Macron. On en connaît déjà les principaux arguments. Le premier,   avec l’appui sans aucun scrupule   déontologique de toutes les chaînes de télévision  et  de  radio,  c’est  l’habituel  appel  à  l’ordre devant  les  « violences »  attribuées unilatéralement aux manifestants, naturellement complices des jeunes délinquants qui se sont livrés au pillage en fin de manifestation. Faire peur et en même temps solliciter l’aide de toutes les forces « responsables », c’est non seulement exonérer le gouvernement de ses propres responsabilités, c’est aussi masquer toutes les violations des libertés les plus fondamentales comme celle de manifester (2000 interpellations   arbitraires), et justifier les méthodes violentes utilisées par les forces de police contre les manifestants (notamment l’usage dangereux de flash balls et de grenades dites de désencerclement). De ce point de vue, l’humiliation collective imposée aux lycéens de Mantes-la-Jolie rappelle les pires méthodes du colonialisme, dans la continuité du « traitement » de la révolte de 2005, et rend les propos de Ségolène Royal particulièrement révoltants. Le second consiste à   reprendre aux manifestants tout ce qui, dans leurs revendications disparates, va dans le sens d’une réduction des dépenses publiques. C’est la tactique déjà choisie par Geoffroy Roux de Bézieux, porte- parole du MEDEF, n’hésitant pas à vanter l’efficacité de la baisse des taxes par Trump ! Faire de cette grande mobilisation sociale un mouvement néopoujadiste de petites entreprises écrasées d’impôts et de charges sociales, mus par le « ras le bol » fiscal plutôt que par l’injustice sociale,   a l’avantage de faire croire que le seul moyen d’augmenter le pouvoir d’achat consiste  à réduire la part socialisée du revenu et à diminuer l’offre de services publics consécutivement à une baisse d’impôts (car il n’est pas question dans le contexte actuel de baisser dépenses militaires et policières). A moins que,  sur un mode plus sarkozien, et cela semble la voie choisie par Macron qu’il s’agisse d’inciter aux heures supplémentaires défiscalisées, comme en rêve là encore le MEDEF. Cela évite évidemment de toucher  aux privilèges fiscaux des plus riches,   à la liberté accordée à l’évasion de la richesse, aux scandales du CICE et du CIR, dispositifs qui,  sans aucune contrepartie, ni contrôle ni contrainte, consistent à transférer des dizaines de milliards aux entreprises dont la plupart n’ont pas besoin. Cette manœuvre obligera à désigner des boucs émissaires, évidemment. Pourquoi ne pas cibler, non les « riches » comme le voudraient sans doute la majorité des Gilets jaunes, mais les fonctionnaires de la base, trop nombreux, trop bien payés, pas assez productifs ? Pourquoi ne pas leur demander quelques sacrifices supplémentaires au nom de la solidarité avec les plus pauvres ?  On sait que parmi  « les corps intermédiaires » syndicaux, il y en a qui ont déjà le stylo à la main pour entériner les reculs sociaux les plus flagrants. A moins encore, et ce n’est pas le moins scandaleux de l’allocution présidentielle, qu’il ne s’agisse de remettre la « question de l’immigration », voire de l’islam,  au centre du débat, alors même qu’elle n’est pas du tout au cœur des discours des Gilets jaunes.

 

Les deux voies

 

Cependant rien n’est joué avec l’intervention télévisée de Macron du 10 décembre. Rien ne dit que la colère rentrera dans son lit rapidement. Ce serait bien étonnant tant le pouvoir est ébranlé. Deux autres voies s’ouvriront bientôt à la société française comme elles s’ouvrent à toutes les sociétés du monde. La voie nationaliste, protectionniste, hyperautoritaire, anti- écologiste, celle des Trump, Bannon, Salvini, Le Pen, Bolsonaro, Orban ou Erdogan, qui prospère un peu partout dans le monde en exploitant toutes les frustrations et ressentiments engendrés par le néolibéralisme. Loin d’être une alternative à ce dernier, cette voie en est une version   historique   nouvelle,   radicalement   anti-démocratique,   à   un   moment   où   les conséquences sociales, politiques et environnementales posent la question du changement de fond  en  comble  du  système  économique  et  politique.  Il  s’agit  de  faire  croire  que  la restauration d’un État-nation gouverné d’une main de fer, doté de tous ses attributs de souveraineté interne et externe, capable de fermer ses frontières aux migrants, d’imposer à la population les lois les plus dures de la finance et du  marché et de refuser tous les accords de coopération internationale sur le climat, est la seule manière d’améliorer la situation sociale de la grande majorité de la population. Trump est aujourd’hui le champion toute catégorie de cette ligne et il est grandement aidé dans ce rôle par Macron.

La voie démocratique, écologique et égalitaire, qui s’est  affirmée depuis plusieurs décennies dans toutes les luttes sociales et les résistances au néolibéralisme,  dans l’altermondialisme, dans le mouvement des places, dans les multiples laboratoires des communs, est la seule capable d’éviter l’effondrement des écosystèmes et le délitement et la fragmentation des sociétés. Elle a pour seul défaut de n’avoir pas encore d’expression majoritaire et de forme politique nouvelle. C’est qu’elle a d’abord pâtie de la trahison de la gauche gouvernementale, notamment « sociale-démocrate », et qu’elle est aujourd’hui tragiquement   affaiblie par les divisions de dirigeants d’organisations plus soucieux de leurs intérêts de boutique que par leur responsabilité historique.

La question la plus actuelle est donc de savoir si le soulèvement des Gilets jaunes permettra ou non de faire que la ligne démocratique, écologique et égalitaire, l’emporte sur la ligne identitaire, nationaliste, aux relents fascistes qui a gagné en Italie et aujourd’hui au Brésil.

 

Le refus de la représentation politique et l’auto-organisation du mouvement

 

On   l’a souvent observé, le mouvement réunit des individus de différentes classes, d’âges différents, d’opinions différentes. Certaines dérives de type raciste, misogyne ou franchement fasciste ont eu lieu, et peuvent encore survenir ici et là, et même se développer. Des pillages et des cassages de boutiques par des bandes de jeunes ont eu lieu dans certains quartiers de la capitale et dans plusieurs centres-villes, qui ont servi d’alibi pour discréditer le mouvement social. Ce n’est pourtant pas la logique profonde du mouvement,  divers, pluriel et souvent animé à la base par des femmes. Si un illuminé isolé a appelé un général au pouvoir, il n’est en rien le représentant légitime d’un mouvement qui refuse justement toute usurpation par la représentation. La logique actuelle et profonde du mouvement n’est  pas de s’en remettre à un leader incarnant le peuple, n’en déplaise aux théoriciens du populisme pour qui c’est le représentant qui fait le peuple et lui donne son unité. Il n’est pas non plus de renouveler la  « représentation  nationale »  après  dissolution,  n’en  déplaise  aux  dirigeants  de  la  France insoumise ou du Rassemblement national qui cherchent à canaliser le mouvement sur le terrain parlementaire. Chacun sait, ou devrait savoir, qu’à ce jeu là, c’est le parti néofasciste qui  raflera  la  mise.  Sans  préjuger  du  dénouement  du  mouvement  des  Gilets  jaunes,  la première leçon qu’on peut en dégager est la capacité instituante dont ils ont fait preuve, en refusant d’avance toute récupération et en ne se fiant qu’à leur force collective pour se faire entendre et formuler leurs revendications sans calcul tactique d’appareil,  en partant des seules conditions insupportables vécues par des individus réels et jusque-là invisibles. Ce qui a été à longueur d’antennes et de plateaux de télévision présenté comme la principale faiblesse du mouvement, son « incapacité » à se faire représenter, est pourtant sa caractéristique la plus remarquable, dont il faut comprendre la portée : ce n’est pas d’une « incapacité » dont il faut parler, c’est d’un refus de principe de toute représentation. Et ce refus est pleinement justifié. Qu’il y ait là une conséquence d’une profonde crise de légitimité des gouvernements,   des élus, des médias et même des syndicats, crise provoquée et accentuée par la radicalisation néolibérale des oligarchies, cela ne fait guère de doute.  Mais il y a un autre aspect, qui n’est guère relevé par le commentaire et qui est pourtant la contrepartie positive de ce refus de toute représentation. C’est que face à cet évidement d’une démocratie représentative qui ne représente plus la société, la réponse la plus spontanée des Gilets jaunes a été l’auto- organisation des actions, des barrages, des blocages et des manifestations,   jusqu’à l’élaboration collective, au cours de réunions et d’assemblées, des revendications collectives. Formidable leçon pour les partis et les organisations syndicales dont le réflexe traditionnel est d’encadrer les masses et de faire descendre du haut vers le bas les demandes, les consignes et les mots d’ordre. Ce n’est plus Nuit debout sans doute, mais le point commun avec l’occupation des places est bien le désir mis en action de prendre les affaires collectives en mains propres. L’appel des Gilets jaunes de Commercy est exemplaire de l’esprit de démocratie directe qui anime les comités de base. Il vaut la peine d’en citer de larges extraits :  

« Ici à Commercy, en Meuse, nous fonctionnons depuis le début avec des assemblées populaires quotidiennes, où chaque personne participe à égalité. Nous avons organisé des blocages de la ville, des stations-services, et des barrages filtrants. Dans la foulée nous avons construit une cabane sur la place centrale. Nous nous y retrouvons tous les jours pour nous organiser, décider des prochaines actions, dialoguer avec les gens, et accueillir celles et ceux qui rejoignent le mouvement. Nous organisons aussi des « soupes solidaires » pour vivre des beaux moments ensemble et apprendre à nous connaître. En toute égalité. Mais voilà que le gouvernement,  et  certaines  franges  du  mouvement,  nous  proposent  de  nommer  des représentants  par  région !  C’est  à  dire  quelques  personnes  qui  deviendraient  les  seuls « interlocuteurs » des pouvoirs publics et résumeraient notre diversité. Mais nous ne voulons pas de « représentants » qui finiraient forcément par parler à notre place ! (…)  Ce n’est pas pour mieux comprendre notre colère et nos revendications que le gouvernement veut des « représentants » : c’est pour nous encadrer et nous enterrer ! Comme avec les directions syndicales, il cherche des intermédiaires, des gens avec qui il pourrait négocier. Sur qui il pourra mettre la pression pour apaiser l’éruption. Des gens qu’il pourra ensuite récupérer et pousser à diviser le mouvement pour l’enterrer.

Mais c’est sans compter sur la force et l’intelligence de notre mouvement. C’est sans compter qu’on est bien en train de réfléchir, de s’organiser, de faire évoluer nos actions qui leur foutent tellement la trouille et d’amplifier le mouvement ! Et puis surtout, c’est sans compter qu’il y a une chose très importante, que partout le mouvement des Gilets jaunes réclame sous diverses formes, bien au-delà du pouvoir d’achat ! Cette chose, c’est le pouvoir au peuple, par le peuple, pour le peuple. C’est un système nouveau où « ceux qui ne sont rien » comme ils disent avec mépris, reprennent le pouvoir sur tous ceux qui se gavent, sur les dirigeants et sur les puissances de l’argent. C’est l’égalité. C’est la justice. C’est la liberté. Voilà ce que nous voulons ! Et ça part de la base !

Si on nomme des « représentants » et des « porte-paroles », ça finira par nous rendre passifs. Pire : on aura vite fait de reproduire le système et fonctionner de haut en bas comme les crapules qui nous dirigent. Ces soi-disant « représentants du peuple » qui s’en mettent plein des poches, qui font des lois qui nous pourrissent la vie et qui servent les intérêts des ultra- riches ! Ne mettons pas le doigt dans l’engrenage de la représentation et de la récupération. Ce n’est pas le moment de confier notre parole à une petite poignée, même s’ils semblent honnêtes. Qu’ils nous écoutent tous ou qu’ils n’écoutent personne !

Depuis Commercy, nous appelons donc à créer partout en France des comités populaires, qui fonctionnent en assemblées générales régulières. Des endroits où la parole se libère, où on ose s’exprimer, s’entraîner, s’entraider. Si délégués il doit y avoir, c’est au niveau de chaque comité populaire local de Gilets jaunes, au plus près de la parole du peuple. Avec des mandats impératifs, révocables, et tournants. Avec de la transparence. Avec de la confiance. »

Quiconque a vu les auteurs de cet appel se relayer à tour de rôle devant le micro pour éviter toute captation de la parole par un « représentant » comprend instantanément la profondeur de l’exigence démocratique qui anime ce mouvement. Encore une fois c’est beaucoup plus qu’une défiance, c’est un refus de la substitution en vertu de laquelle une minorité s’arroge le droit de parler et d’agir à la place du plus grand nombre. Il faut saluer la grande clairvoyance de cette déclaration : dès le 6 décembre, les « représentants » syndicaux, à l’exception notable de Solidaires, se sont empressés de venir au secours d’un Macron totalement isolé et sonné, ce qui n’a pas manqué de susciter une réaction de révolte à l’intérieur même de la CGT.  Les fameux « corps intermédiaires » relèvent pleinement de la logique de la représentation et c’est bien pourquoi ils ne peuvent qu’aider Macron à reprendre la main, bien loin de pouvoir incarner une issue positive à la crise du régime. Bien évidemment, rien ne garantit que les possibles ouverts par cette démocratie en action se réaliseront. La seule chose qui importe en cet  instant,  c’est  qu’il  vaut  la  peine  de  lutter  pour  cette  réalisation.  Laissons  aux néoblanquistes de « l’insurrection qui vient » et aux autres célébrants de la « violence pure » leur mépris pour l’invention démocratique. Les casseurs qui se greffent sur les manifestations et qui ne participent en rien aux décisions collectives contribuent également à déposséder le mouvement de sa démocratie interne. Toute la question est de savoir si l’esprit profondément démocratique du mouvement sera assez profond pour se  perpétuer et immuniser la société des tentations fascisantes qui  pourraient se développer en cas d’échec et de pourrissement. Et cette seule question engage bien évidemment notre responsabilité, toute notre responsabilité.

 

Le quiétisme politique est une faute

 

Un  étrange  raisonnement  révèle  bien  l’embarras  profond  d’une  partie  de  la  gauche  dite « radicale » face à ce mouvement singulier et inédit qui déjoue toutes les catégories de son lexique politique conventionnel. Il consiste à faire valoir qu’un tel mouvement « risque » de dériver dans un mauvais sens, réactionnaire ou fascisant, dans la mesure où il ne présente pas toutes les garanties requises pour nous rassurer sur son avenir politique. C’est cette appréciation du risque qui commande une attitude de prudence, quand ce n’est pas un refus de se commettre avec ceux qui ne satisfont pas aux critères qui permettent de reconnaître qu’on a bien affaire au « peuple », au vrai, à celui qui porte les authentiques valeurs de la gauche, s’identifie à ses objectifs et à ses combats et, qui, lui, ne risque pas d’être entraîné sur la pente du fascisme.

 

Ce raisonnement appelle deux remarques. La première concerne l’usage du mot « peuple ».

 

Manifestement, il est ici investi d’un sens tout idéal : il est « le » peuple au singulier, auprès duquel le peuple réel, nécessairement impur et bigarré, fait pâle figure, sommé qu’il est de se conformer à cet idéal afin de mériter cette dénomination prestigieuse. S’il n’y parvient pas, il justifie par qu’on s’écarte de lui et qu’on le laisse à lui-même. Malheureusement, ce peuple idéal n’existe pas, si ce n’est dans le ciel quasi platonicien du gauchisme inaltérable. Pas plus que « le » peuple entendu comme « communauté des citoyens », si cher à la tradition dire républicaine et rituellement ressuscité à chaque grande élection en même temps que la mystification de l’« intérêt général », qui n’est jamais qu’« un » peuple construit sur mesure par les institutions politiques existantes pour le plus grand profit de l’oligarchie. Il faut s’y résoudre : le peuple réel n’est jamais le peuple idéal. Laissons aux bureaucrates et autres avant-gardistes patentés le rêve du peuple idéal. Au lendemain du soulèvement populaire du

17 juin 1953 à Berlin Est Brecht demandait déjà : « Ne serait-il pas plus simple alors pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ?2 » Sauf à verser dans une demande non moins extravagante du type « changeons de peuple ! », qui met assurément à l’abri de toute déception, il faut se résoudre à la l’hétérogénéité et à l’impureté du peuple réel. Tout le reste n’est que diversion. Faut-il pour autant renoncer à distinguer entre le « peuple social » et le « peuple politique » ? Le peuple social se définit par opposition aux élites ou à l’oligarchie, par la pauvreté et la misère, mais il n’est rien moins qu’homogène et unifié, tant il est traversé de tensions et de contradictions, comme on le voit justement aujourd’hui. Le vrai peuple politique n’est pas le peuple des électeurs, ni le peuple sociologiquement défini par la pauvreté ou la misère, il est le peuple qui agit, le peuple-acteur qui invente dans l’action de  nouvelles  formes  d’auto-organisation.  Ce  peuple-là  n’est  jamais  « le »  tout,  il  n’est toujours qu’une partie, mais il est cette partie qui ouvre de nouvelles possibilités au « tout », c’est-à-dire à toute la société. C’est cette partie qui est aujourd’hui en mouvement, et cela suffit pour se déterminer. Le « peuple de gauche » n’est qu’une invention mensongère des vieux partis dont la seule fonction est de remobiliser leur base électorale à l’approche de certaines  consultations ou lorsqu’ils sont mis en difficulté. De manière plus générale, il n’y a que « des » peuples, dont l’irruption est imprévisible et à chaque fois singulière, et l’Un-Tout n’est qu’une illusion mortifère. La coïncidence du peuple social et du peuple politique dans un « grand soir » fantasmé n’est qu’un mythe dont la gauche critique doit se défaire une fois pour toutes.

La seconde remarque est relative à la conclusion pratique que cet argument est destiné à justifier.  Aussi  surprenant  que  cela  puisse  paraître,  pareil  raisonnement  n’est  pas  sans présenter une certaine similitude avec un argument très ancien, connu de la philosophie grecque sous le nom d’« argument paresseux » ou encore « inerte ». Cicéron l’expose dans son Traité du destin en indiquant que si nous l’admettions, nous resterions toute notre vie dans une complète inaction. Il dit en substance à peu près ceci : si tu es malade et que ton destin est de guérir, tu guériras, que tu appelles le médecin ou que tu ne l’appelles pas ; mais si ton destin est de ne pas guérir, que tu appelles ou non le médecin, tu ne guériras pas. Or ton destin est de guérir ou de ne pas guérir. Il est donc vain que tu appelles le médecin 3. On voit en quoi cet argument mérite bien son nom d’argument paresseux : il justifie l’abstention de toute action et incline au quiétisme (de quies qui signifie repos en latin). On se récriera contre un tel rapprochement en arguant que ceux qui mettent en garde contre un danger de dérive droitière du mouvement refusent d’invoquer le destin ou la fatalité et se bornent à supputer des risques, c’est-à-dire de simples possibilités. Mais toute la question est justement de savoir quelle attitude adopter à l’égard de ce qui n’est pour l’heure que des « possibilités ».

La vertu du rapprochement proposé est de faire ressortir l’attitude quiétiste qui découle de cette supputation distante des possibilités. On raisonne comme si la réalisation de telle possibilité plutôt que de telle autre était complètement indépendante de notre propre action. On se dit sans vraiment oser se l’avouer : si la pire des possibilités se réalise, elle se réalisera, que nous intervenions ou non pour tâcher de la prévenir. C’est par là que l’on retrouve le « sophisme du paresseux ». On se place dans la position de celui qui dégage par avance sa propre responsabilité. La prémisse sur laquelle repose cette attitude est la suivante : quelle que soit la possibilité qui finira par advenir, même si c’est la pire, nous n’y sommes pour rien. Ou bien cette possibilité adviendra, ou bien elle n’adviendra pas, mais dans les deux cas il est vain d’intervenir. Si d’aventure elle advient, on en rejette par avance la responsabilité sur les insuffisances et les ambigüités du mouvement. Or s’abstenir d’intervenir pratiquement, ce n’est pas simplement observer de l’extérieur le cours d’une évolution, c’est, qu’on s’en défende ou non, favoriser la réalisation de la possibilité la plus inquiétante et la plus menaçante, celle qui était précisément chargée de justifier le refus d’agir. Il est d’autant plus facile  après-coup  de  dire « on  vous  l’avait  bien  dit »  que  l’on  a  soi-même  directement contribué à faire de cette possibilité négative une réalité. Aujourd’hui, tout particulièrement, il convient de mettre en garde contre une telle attitude : le quiétisme politique fait le jeu de l’adversaire, et c’est en quoi il est impardonnable.   L’urgence commande d’agir dans le mouvement tel qu’il est et avec les Gilets jaunes en les prenant tels qu’ils sont et non tels que nous voudrions qu’ils soient, en appuyant résolument tout ce qui va dans le sens de l’auto- organisation et de la démocratie. Répétons-le, rien n’est encore joué.   Le présent est neuf, l’avenir est ouvert et notre action importe, ici et maintenant. Acte V.

Notes :

1 Cf. Laurent Mauduit,  « Emmanuel Macron, le candidat de l’oligarchie », 11 juillet 2016.

2 Bertolt Brecht, « La solution », in Anthologie bilingue de la poésie allemande, 1993, La Pléiade, p. 1101.
                                                        
3 Cicéron, Traité du Destin, Les Stoïciens, 1978, La Pléiade, p. 484.

 


Les éditions Syllepse mettent à disposition sur Internet un ouvrage au format pdf sur le mouvement des gilets jaunes. Ci-dessous je reproduis la table des matières. Vous pouvez l'ouvrir et éventuellement le télécharger sur ce site:

gilets-jaunes,-des-cles-pour-comprendre-1

éditions syllepse
69 rue des des rigoles, 75020 Paris www.syllepse.net editions@syllepse.net
isbn: 978-2-84950-736-0

Les éditions Syllepse remercient les auteur·es pour les textes qu’ils ont bien voulu leur confier. Les titres et les intertitres sont de la rédaction.


Table des matières

« Nous sommes le peuple ! » introduction

11. La couleur des Gilets jaunes : Le mouvement des Gilets jaunes de la zone portuaire de Saint-Nazaire

12. des assemblées populaires partout gilets jaunes de commercy

13. participer aux mobilisations des Gilets jaunes union syndicale sud-industrie

14. les quartiers populaires aux côtés des Gilets jaunes Le Comité Adama

15. « Ce n’est pas une alliance au prix d’un renoncement politique » entretien avec youcef brakni / propos recueiilis par Yassine BNOU MARZOUK

16. Se mobiliser quelle que soit la couleur du gilet CGT

17. Macron entendait répondre aux Gilets jaunes en présentant les objectifs de sa politique énergétique. C’est raté ! Union syndicale solidaires

18. Nous ne sommes rien, soyons partout ! UNION SYNDICALE SOLIDAIRES

18. agir maintenant ! des syndicaliste

19. Gagner ensemble ! infocom-cgt

20. une veille contre l’extrême droite commission antifasciste de l’Union syndicale Solidaires

20. construire des comités populaires union syndicale solidaires du comminges

21. une transition écologique socialement juste FSU

21. Gilets jaunes, revendications syndicales et exigences populaires
CGT, FSU, Solidaires, Alternative libertaire, Ensemble !, France Insoumise, Générations, PCF, Picardie Debout (amiens)

22. vent de colère sur le Finistère-Sud déclaration unitaire

23. GRÈVE et blocage des ronds-points cgt-renault-cléon

24. construire ensemble UD-CGT (seine-maritime) et uL-CGT (elbeuf, sotteville, couronne, rouen)

24. Pourquoi j’irai samedi à la manif des Gilets jaunes un gilet jaune

26. dézinguer le tandem macron-medef CGT-Sanofi (tours)

27. « Accumuler de la théorie critique ne suffit pas. Si elle peut éclairer l’action, elle n’en est pas l’interrupteur » Un Gilet Jaune de Rennes

28. POUR DES REVENDICATIONS ET UNE ACTION COMMUNES  AVEC LES GILETS JAUNES FNIC-CGT

29. faire monter l’exigence de hausses des salaires fédérations cgt : agro-alimentaire, cheminots, commerce et service, chimie, mines-énergie, ports et docks, transports

29. les revendications des gilets jaunes sont les nôtres CGT, CFE-CGC, FO, FSU, UNSA, Solidaires de Haute-Loire

30. démocratie en actes et combat commun union syndicale solidaires du val-de-marne

 

www.syllepse.net 

     


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A propos des « formes classiques de la lutte des classes »

Sources : Arguments pour la lutte sociale (APLUTSOC)

9 décembre 2018



 

Après avoir tout entendu sur les Gilets jaunes, d’aucuns (en l’occurrence l’organe du POID, La Tribune des Travailleurs (1), mais ce point de vue est répandu bien au delà parmi les cadres syndicaux et mérite  pour le moins discussion), nous expliquent maintenant qu’il serait temps d’en arriver aux « méthodes classiques de la lutte des classes » , celles des Gilets jaunes étant, sinon pas « de classe », en tout cas pas « classiques » comme il convient.

On pense aux comitards bolcheviks, combattus par Lénine, opposés aux soviets lorsqu’ils sont apparus en 1905 : attitude répandue !

Laquelle donne de fait raison aux divagations de J.L. Mélenchon : lui prétend que se produit la « révolution citoyenne », grâce à la large diffusion de « l’Avenir en commun », eux nous expliquent que ce ne sont pas les méthodes classiques, conformes, de la lutte des classes !

En fait, autant la plus grande méfiance s’impose-t-elle envers tout leader petit-bourgeois autoproclamé, comme envers les larges infiltrations et provocations d’organisations au service du capital (parmi lesquelles ce que l’on appelle « l’extrême-droite »), autant il faut dire, redire et expliquer que les méthodes des Gilets jaunes sont des méthodes de lutte de classe prolétarienne !

Dans les TPE et PME, les gars ne peuvent faire grève que dans un mouvement général, s’ils font grève boite par boite, ils font juste fermer leur boite, donc ils ne le font pas. Mais là, ils ont trouvé le moyen de se rassembler. Parfois avec le petit patron lui-même, cet exploiteur-exploité qui leur fait suer une plus-value qui ne reste pas dans ses mains, et qui en sue lui-même parfois plus vu qu’il ne compte pas ses heures et que eux ont quand même un temps légal maxi ! Donc des petits patrons sont présents, parfois avec leurs salariés, et entraînés – les organisations patronales par contre, censées les représenter, notamment l’U2P et la CPME, hurlent qu’il faut que tout cela s’arrête !

Vu l’abandon de ces secteurs par les appareils syndicaux (à ne pas confondre avec un petit nombre de militants qui, au contraire, s’y sont consacrés), vu l’absence totale, depuis des décennies, de luttes coordonnées à l’échelle d’une branche, d’une industrie ou d’un site d’activités, et vu la répression patronale, les couches du prolétariat des TPE et PME ont inventé leur propre méthode. C’est une méthode prolétarienne.

Et comme ils ne sont pas encadrés, ils réinventent par la force des choses la démocratie ouvrière comme à Commercy : ce processus a commencé.

Et la grève générale, via la jeunesse, en sera, si elle s’impose, la prolongation, et certainement pas la rectification ou le coup d’arrêt comme le racontent ceux qui voudraient rétablir les « méthodes classiques de la lutte des classes » . Si on conçoit la mobilisation « classique » comme un antidote aux Gilets jaunes, on ravale la mobilisation « classique » à l’unité des appareils, c’est-à-dire in fine à l’unité des appareils derrière Macron (d’où, d’ailleurs, la frilosité à dire Dehors Macron de la part des mêmes camarades, au moment précis où tout le monde, parmi ceux d’en bas, le dit et l’exige ! ).

Peut-être le mouvement vers la grève générale épousera-t-il la journée du 14 initialement lancée pour l’enrayer, mais peut-être pas. Mais en tout cas, il ne respectera pas les « formes classiques de la lutte des classes » voulues par les apparatchiks de tous acabits. Le mouvement vers la grève générale a commencé sur les ronds-points, et c’est le projet des ronds-points de tout bloquer lundi 10 décembre en mettant de facto tout le monde en grève qui a déclenché les reculs gouvernementaux en désordre, malgré la protection que Macron a demandée, et obtenue (!), des directions syndicales nationales.

Ce qui ne veut nullement dire que le mouvement propre de la classe contourne les syndicats : il cherche à les entraîner, à leur faire jouer leur rôle, mais il ne correspond pas à la mobilisation syndicale « classique » !

Un exemple : une grosse section CGT dans une entreprise provinciale de production chimique. C’est une section qui a sa vie propre, qui est forte, pas en bonnes relations avec UD et UL, avec dans les manifs quelques chefs assez lourdauds que les stals savaient cadrer autrefois, et portés sur la picole. Or, cette section CGT a appelé à la grève pour que les dizaines d’ouvriers de l’usine fonctionnant en continue en 3×8 puissent monter à Paris aller chercher Macron. La plupart ont été empêchés de monter ou ont été descendus du train par les flics bien avant Paris. Là, on voit clairement le syndicat se mettre à jouer son rôle. Mais pas dans la lutte de classe « classique » façon appareils unis jouant leur supposé rôle, mais dans la lutte des classes réelle telle qu’elle est. Les révolutionnaires doivent apprendre de la lutte des classes, toujours.

 

Note :

1 : voir notamment les suppléments spéciaux de la TT datés des 6 et 7 décembre 2018.

 


Commentaire d'un abruti de CRS ou officier de CRS: "Voilà une classe qui se tient sage!"

Lycéens d'avant, nous n'avons jamais connu la répression actuelle, appel

Source : https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/061218/lyceens-davant-nous-navons-jamais-connu-la-repression-actuelle

Jeudi 6 Décembre 2018


 

Plus de cent trente anciens lycéens engagés dans les mouvements lycéens de 1968 à 2013, des Comités d'Action Lycéens (CAL) au mouvement en défense de Leonarda Dibrani, en passant par le mouvement contre la loi d'Alice Saunier-Seïté, le mouvement contre la loi d'Alain Devaquet, ou encore le mouvement contre le Contrat Première Embauche (CPE), se disent inquiets face à l'étape franchie en matière de répression et de liberté de manifester des lycéens actuellement mobilisés.

Nous avons manifesté lorsque nous étions lycéens. Nous avons organisé ou animé des mouvements lycéens, contre des gouvernements de droite ou de gauche.

Nous avons bloqué nos lycées et nous avons occupé les rues sous les présidents Charles de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard D’Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy ou François Hollande.

Aucun d’entre nous n’a jamais été mis en garde à vue parce que nous avions peint des slogans hostiles aux pouvoirs en place ou lancé des œufs.

Jamais nous n’avons été placés en garde à vue pour intrusion dans un établissement scolaire parce que nous venions participer à une assemblée générale. 

Nous n’avons pas été gazés à bout portant devant nos lycées, nous n’avons pas reçu de tirs de grenade de désencerclement en essayant de les bloquer et nous n’avons pas été réprimés aussi systématiquement.

Une étape a été franchie. Aujourd’hui, à leur tour, certains de nos enfants, des enfants de nos amis et leurs copains et copines se mettent en mouvement. La répression que subissent les lycéens qui manifestent ces jours-ci est disproportionnée. Nous sommes inquiets.

Premiers signataires

Christophe Aguiton, Pouria Amirshahi, Patrick Apel-Muller, Olivier Besancenot, Youcef Brakni, Alexis Corbière, Sergio Coronado, Caroline de Haas, Julien Dray, Patrick Farbiaz, Léa Filoche, Raquel Garrido, Jean-Claude Lefort, Robi Morder, Stéphane Pocrain, Julien Salingue, Isabelle Thomas, Marie-Pierre Vieu

 


 


Impressions d'un « gazé ».... Pierre Saccoman

Grenoble le 9 décembre 2018



Première étape : la manif « marée humaine » de 14 heures..

Classique, toujours les mêmes. J'ai compté 2500 participants (125 lignes de 20 personnes environ sur le cours Gambetta), le daubé annonce 500 !!! Ce qu'on était au départ place robert Schuman, mais plein de gens nous on rejoint ensuite.
Mes impréssions : manif très encadrée par CGT et PC, sono à fond de ballon qui interdit pratiquement toute discussion, toute participation réelle...Mais par rapport aux manifs traditionnelles, plutot plus « combative ».

L'arrivée place de Verdun : trois interventions seulement : PC, CGT et SUD, assez soporifique pour les deux premières, un peu plus virulente de la part de SUD qui appelle à la grève générale...

Très peu d'Insoumis (30 au maximum), forte présence de Lutte Ouvrière mais décalage des slogans par rapport à la situation …

Place de Verdun on apprend que ça barde au péage de Voreppe, que les CRS gazent. Odile parvient au micro et lance l'idée d'aller là bas pour donner un coup de main. Finalement 5 lanceurs de tuiles seulement vont au péage de Voreppe (Jean,Françoise,Catherine,Odile et Pierrot).

Deuxième étape : Voreppe.

Arrivée en pleine nuit, beaucoup de véhicules sur les bas côté, des dizaines de groupe de gilets jaunes, deux baraques de palette, des feux de palette, 400 à 500 présents au moins. Une dizaine de cars de CRS . A noter : la plupart des voitures filtrées agitent un gilet jaune aux portières et klaxonnent allégrement...Ça discute ferme, beaucoup de jeunes qui « en veulent », ambiance très combative, thème : y en a marre, Macron se fout de nous, on en peut plus, on peut pas boucler les fins de mois etc...Quelques « leader » un peu plus âgés gueulent parce des « jeunes » veulent déborder. Je n'ai vu ni casseurs organisés, ni groupes qui poussaient au débordement, mais des colères individuelles fortes. Peu de grenoblois, essentiellement des communes environnantes et même plus loin : Drome...

A ce moment les CRS se déploient : paraît-il un automobiliste a été agressé et a téléphoné aux flics, et là les premières lacrymo sont lançées, pas sur les rangées de devant sur la route mais sur les « barraques » de palettes. Plop plop plop , de la fumée, sans le faire exprès je retrouve les réflexes anciens : fermer les yeux, respirer sous sa veste, ne pas courir ni bouger trop pour pas trop respirer.

Autour de moi, les personnes toussent, se roulent par terre, s'étouffent...On se réfugie dans le champ à côté. Une fille passe avec un spray spécial qu'elle a acheté sur internet et qui apaise les effets des lacrymos. Une autre fille de la Drome crie parce que son copain, furieux d'être gazé s'est précipité vers les CRS...Beaucoup d'entraide, de solidarité...

Finalement, les CRS partent...On discute, on échange.

Une certitude : le mouvement est profond, la combativité forte, le ras le bol énorme : à quand des assemblées populaires (citoyennes), quelqu'un parle de « cahiers de doléance » etc...Rien à voir avec le ronron des manifs intersyndicales, des discours politiques, l'aspiration à autre chose, à un vrai combat...

Sur ce terrain pas de présence des partis, certes des drapeaux tricolores, mais en discutant avec les porteurs de ces drapeaux je n’ai pas vu de fibre « nationalistes », simplement le sentiment d'appartenir à une communauté et vouloir réaliser l'unité de tous contre Macron.

Il y a avait des jeunes sans emplois, des ouvriers, des employés, beaucoup de retraités, des artisans et petits commerçants et même des flics en civil...Pour la plupart c'etait leur première action, leur première manif, et ils apprennent vite : courir, se protéger des grenades, construire des cabanes etc...

A méditer sur la pertinence de tous les mots d'ordre qu'on peut assener et qui s'avèrent sans prise sur ce mouvement tout à fait nouveau et original....Jusqu'où ça ira ?

Réflexions à chaud et rapide

Compte rendu de l'AG Gilets jaunes à Grenoble

Bon, malgré la panne de tram au niveau d'Alsace Lorraine, j'arrive à la Mairie vers 18h20...Le parvis de la mairie est plein : j'ai compté à la louche autour de 400 présents ! Intervention du Lycéen qui demande qu'on ne laisse pas les lycéens seuls, d'un étudiant, puis séparation en commissions : actions, revendications, communication interne et communication externe... Discussions enflammées, pas l'ombre d'un découragement , difficile même de parler ...Beaucoup de jeunes, de nouvelles têtes ...Tout le monde ressentait le besoin d'avoir quelque chose à Grenoble mème. Décision ? : multiplier les initiatives (blocage de la banque de France, grands magasins, places publiques....) Trouver un lieu de rassemblement permanent (baraque, bouffe et boisson, lieu d'échange et de discussion) AG tous les mercredi à 18 h à la mairie mercredi prochain en attendant mieux...Préparation de la journée du 8 décembre : le matin à 9 heures rendez-vous tour Perret (parc Mistral) pour aller ensuite à la préfecture, rejoindre la manif sur le climat à 14 heures, action de soutien aux lycéens jeudi et vendredi, tout ceci doit être fait ensemble et en complément des actions décidées à Comboire : pas de concurrence, complément....
Mes impressions ?  ça  continue, et même ça se renforce : beaucoup de présents nous disent rejoindre le mouvement maintenant. Du coup l'opération "désamorçage" d'Edouard Philippe se transforme en son contraire : le recul du gouvernement renforce l'espoir d'obtenir plus....
C'est vraiment quelque chose d'inédit, tout prends un tour nouveau et formidable : d'ailleurs il n'y a qu'à regarder les infos télé : les présentateurs (trices)  sont plus que répugnant dans leur volonté de faire peur au monde, de déformer les choses, de chercher à diviser les invités gilets jaunes (pourquoi vous ne condamnez pas les casseurs, vous êtes en train d'empêcher le téléthon de se tenir samedi à Paris, vous empêchez les braves gens de faire leurs courses de noël etc...)
Et les Lanceurs de tuiles ? Il est urgent de se réunir, de discuter sur la situation (la FI apparait comme larguée) en même temps lancer notre opération "éducation populaire" "débats" "ouverture ...

A suivre

 


Témoignage de Maryline Coffre (91), Champs Elysées 8 décembre


Pour aller manifester hier à Paris et rejoindre les gilets jaunes, il fallait être super motivé : contrôles de polices aux péages d'autoroute, dans les trains et gares de Paris, lignes et stations de métro fermées, Barrages successifs de CRS pour fouille des corps et des sacs..."prises de guerre" les plus fréquentes : des gants, des écharpes, du sérum phy, des masques en tissu ???
...Ceux qui refusaient un tel contrôle et voulaient garder par exemple des protections contre les gaz ne pouvaient accéder à l'avenue des Champs Elysées,  soit restaient dans les rues adjacentes soit en haut des Champs Elysées barrées par des cordons de CRS et de gendarmes mobiles, ainsi des journalistes qui voulaient être au coeur des manifestants et voulaient garder casque et masque contre les gaz y étaient aussi cantonnés, savoir que 4 journalistes ont été gravement blessés par des tirs de policiers, dont un a eu une main fracturée...vous pouvez le voir et mieux comprendre ce qui s'est vraiment passé hier dans la vidéo lien ci dessous tournée en direct pendant plus de 4 heures par Rémy Buisine du média BRUT, créé par le journaliste Renaud Van Le Cam...

Un des rares aspects jubilatoires :  Paris sans voiture, ouf moins de bruit et de pollution...les rues laissées aux nombreux gilets jaunes qui convergeaient d'un pas décidé vers les Champs Elysées sous le regard des rares passants,  du jamais vu depuis peut être 1968, des rues entières de l'hôtel de ville aux Champs Elysées fermées à la circulation, magasins, banques,  fermés "protégés" par des planches et des vigiles, les rues de Paris désertées par les touristes et consommateurs, à nouveau foulées par le peuple... qui envahissait les quartiers huppés  du temple de la consommation à 15 jours de Noël, ce qui nous faisait bien marrer  !

Après trois fouilles, deux courses fuite en avant en arrière de quelques  centaines de manifestants coincés dans une rue suite à des gazages par des flics j'ai eu ma montée d'adrénaline (un conseil se mettre sur le côté pour ne pas se faire renverser par la foule)...j'ai pu enfin accéder à l'avenue des Champs Elysées en compagnie d'autres femmes et hommes rencontrés en chemin, des gilets jaunes aussi divers que peut l'être le peuple français, des travailleurs du Cher, des cheveux blancs de banlieue plus rares étaient les femmes seniors en s'approchant des Champs Elysées, un jardinier de la Marne très sympa mais légèrement alcoolisé, des agents hospitaliers de l'Ardèche, des jeunes de banlieue, un jeune couple habitant La plaine St Denis, Carole et Stéphane lui  médecin dans l'Oise, et elle dans l'art,  issus de familles ouvrières, ainsi qu'un groupe de  trentenaires parisiens plutôt tendance révolutionnaires, et tout le monde de dire apprécier ces échanges, ces moments de réflexions, et d'actions communes, certains favorables à  une organisation plus centralisée des gilets jaunes,  d'autres contre, car peur de nouvelles trahisons...De réelles discussions politiques, des questions de  fond, quelle vie voulons nous pour nous, nos enfants, etc ? sans oublier la question du climat, conscients que tout est lié au mode de production capitaliste et au système financier,  mortifères et prédateurs des hommes, des animaux et de l'environnement...

"Macron démission"... des pancartes avec aussi de l'humour, mais on sentait un climat bizarre, plein de tension, car on se sentait tous frustrés d'une vraie manif, on était parqués sur cette avenue, impossible d'accéder sans masques en haut de l'avenue noire de fumée.. 
On a vu les fameux "cow boys" qu'on ne voyait plus depuis longtemps :  les flics de la BAC, rendus tristement célèbres lors de la mort de Malik Oussékine tabassé à mort  en 1986 lors des manifs contre la loi Devaquet, ...,  habillés en  civil et casqués sans brassard de la police, on pouvait les prendre pour des casseurs... à la poursuite de "vrais" casseurs qu'on a aperçus  en effet, en train de casser un café, l'un des rares ouverts, les imbéciles... certains leur ont crié : "et connards, ce sont les banques qu'il faut attaquer"...
Un hélicoptère n'a pas cessé de nous survoler, des blindés en haut des Champs...

Nous avons rencontré un jeune homme  du sang encore sur le visage , un pansement au dessus d'un oeil : alors qu'il discutait avec ses amis venus du 13 ème, il a reçu un projectile d'un flashball tiré à hauteur d'homme ( normalement interdit) s'il n'avait pas eu des lunettes en pastique style protection plongée il perdait son oeil, ce qui est arrivé à une jeune fille hier et à d'autres dans les manifs précédentes...  arrivé du Pays Basque depuis un an à Paris , il découvrait la violence policière...On lui a conseillé de faire faire un constat par un médecin pour accompagner sa plainte, la compagne du  jeune homme étant avocate...
Les fumées devenant de plus en plus fortes, , et n'ayant aucune protection, un CRS nous avait dit qu'ils allaient vider l'avenue à partir de 18h, nous sommes repartis mais quitter le 8ème arrondissement ne fut pas simple, rues toujours barrées par des grilles anti émeutes,  stations de métro toujours fermées, nous avons dû faire beaucoup de détours avant de pouvoir se rapprocher de Châtelet...

Je n'étais pas la seule à être venue seule, d'autres jeunes et vieux qui disaient " ras le bol de regarder ce massacre à la télé", "il faut se bouger", alors que leurs familles et amis exprimaient leur critique négative des gilets jaunes en les traitant de ploucs, de racistes ou de fachos, et/ou leur  peur (difficile en effet de ne pas avoir peur face au matraquage   orchestré par les médias et  le gouvernement  distillant la peur du chaos, en parlant de tirs réels afin de dissuader le peuple de descendre dans la rue)

Oui on a rencontré quelques mecs tendance brune au niveau politique,  comme le disait un manifestant, il y a 20 % de votants et non d'inscrits qui votent pour le FN, il y en a forcément dans les gilets jaunes... un autre : oui mais qui a favorisé un tel vote  ? : la trahison des partis de gauche, des syndicats, eh oui ces réflexions je les ai beaucoup entendues  "tous pourris" ,  j'ai rencontré aussi  quelques militants de la CGT et de SUD présents hier qui ne comprennent pas la position de la direction nationale de la CGT refusant de   soutenir les gilets jaunes, et d'appeler à des manifs communes ce qui s'est passé pourtant dans certaines villes, mais au contraire a voté dès le 6 décembre avec tous les autre syndicats sauf SUD, un appel au calme et au dialogue !!!! alors qu'ils reconnaissent que les réponses du gouvernement sont loin du compte... n'est ce pas abandonner ? n'est ce pas laisser seuls  les gilets jaunes face au gouvernement... ? et à tout son arsenal de moyens répressifs déjà mis en oeuvre : violences policières, gazage, tirs de flashballs, arrestations, condamnations arbitraires car il faut faire des exemples et faire peur au peuple...mais comme nous le disions hier : il faut que la peur change de camp...

Une grande banderole blanche le proclamait aux Champs Elysées, "Elus vous rendrez des comptes" !

Comme le disait un papi hier, "si on ne gagne pas cette fois ci, on remet ça dans trois mois.".

Un jeune beur seul aussi,  rencontré dans le RER du retour, son gilet jaune à la main et revenant de la manif : "il faut que tous les gens, ces gens là (en désignant les passagers).descendent dans la rue, on doit être tous unis !"  eh oui ! bien sûr, il le faudrait...

Je voulais aller  à la fin de la manif pour le climat, trop HS, je suis rentrée... Il devait y avoir à République meetings et concerts, mais j'ai vu que les CRS avaient aussi fait le ménage...
J'ai appris  par deux manifestants venus de  la manif initiée par la FI et Besancenot à ST Lazare qui devait rejoindre les gilets jaunes que les CRS avaient tout bloqué, rendant presque impossible la jonction des deux cortèges...

Nous sommes en France en 2018, en république en démocratie ah oui ?
Et comme le remarquaient plusieurs manifestants : pour les TV et radios et gouvernement, nous n'aurons été  que  1500....

On continue !

Bises !
Maryline

Le secrétaire général de la CGT estime, dans un entretien au « Monde », que la convergence des luttes avec les « gilets jaunes » est « impossible au niveau national ».  il y aurait au sein des gilets jaunes des gens infréquentables, dixit M. Martinez...Il vaut mieux sans doute les laisser tomber dans les bras de Le Pen... qui va savoir récolter et engranger une nouvelle fois les fruits mûrs de la colère...

 


Témoignage...

...Après la manif de Vichy..., par Alexis Mayet
LE SALAIRE, LA DIGNITÉ, LA DÉMOCRATIE.


J'étais cet après-midi à la manifestation vichyssoise des gilets jaunes. J'y suis arrivé à 14h, j'en suis parti à 17h, mais des gilets jaunes partaient alors devant la mairie, ce n'était pas terminé...

Nous partîmes 403. En effet, les organisateurs/trices, attachés à faire la preuve de la mobilisation, nous ont compté un par un avant le départ. La démarche a du sens. La presse a logiquement repris ce chiffre, mais des habitué.e.s des manifs savent que nous étions nécessairement plus de 500 au plus fort de la manifestation.

Avant le départ, je me retrouvais sur les marches de l'opéra de Vichy, avec une banderole en main... J'avais "contrôlé" les banderoles en arrivant, un peu inquiet des mots d'ordre qui pourraient y être inscrits. Celle que je tenais, c'était donc :
"Non à l'Assemblée Nationale au service du gouvernement".

Et puis il y avait
"la République c'est le peuple",

"Président fort, démocratie en danger : changons le système",

mais encore "gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple - article 2 de la Constitution" (cette dernière banderole, malgré la référence à la Constitution de la Ve République, était d'abord pris comme mot d'ordre démocratique),
une autre disait : "Violence Macron ça suffit : la démocratie n'est pas un jeu vidéo".
Enfin, une dernière, bien plus petite, reprenait un visuel de mai 68 avec "Presse : ne pas avaler".

Voici donc les différents mots d'ordre qui ornaient la manifestation. La seule qui a pu faire émettre une petite critique dans la manif étant celle sur la presse, bien que majoritairement, il y ait une défiance pour la presse notamment nationale.

En début de manifestation, un organisateur nous annonçait le parcours, l'on nous demandait de bien deployer les banderoles, il en fallait une en tête : c'est tombé sur nous... Nous, car en effet un camarade de la FSU en gilet jaune était venu me preter main forte et nous avons porté ensemble la banderole une bonne partie de la manif.
Un appel à ce que les femmes se mettent en tête de la manif a été donné.

Je constatais aussi un service d'ordre, avec brassards. Pas des fachos, des gars sympas, dont je soupçonne un ou deux d'en avoir l'expérience...

Nous sommes partis de l'opéra, descendus Place de la Poste, les "Macron démission" et "tous ensemble" fusaient et étaient repris par toutes et tous. Nous avons eu des applaudissements, des trottoirs et des fenêtres, comme cette dame montrant ces petits enfants et disant qu'il fallait se battre pour eux. Nous sommes remontés à la gare, la police nous a fait tourner rue de Paris dans un moment d'hésitation.

Un peu avant les Quatre Chemins (carrefour central du coeur de ville), une dame remonte la manif : "aux 4 chemins, tous à genoux, mains sur la tête, pour les lycéens". Arrivés sur place, nous avons rejoué plein de colère partagée la scène de honte de Mantes-la-Jolie, avant une minute de silence pour les victimes et une salve d'applaudissements. Je remarquais à ce moment-là un autre camarade de la FSU, retraité, dirigeant historique du syndicat au lycée de Presles, j'avais aussi croisé des gars de Sud, un ou deux CGT, des militants mutualistes, d'ATTAC... Une autre banderole était tenue par un ancien du NPA et une lycéenne mobilisée de Presles... L'occasion de causer répression et mobilisation de la jeunesse.

De retour au bout de la rue Clemenceau, je constatais parmi les nombreux gilets marqués de slogans "Macron démission", anars, "pouvoir aux travailleurs", "rétablissement de l'ISF", UN gilet où parmi d'autres revendications était marqué "non aux migrants". Un, parmi 500, un de trop mais un seul. Comme le petit groupe de jeunes, prolo et lumpen qui gueulaient 3 ou 4 fois durant la manif la "quenelle" de Dieudonné, sans être repris par la foule.

Et la manif a continué, passant spontanément le centre commercial, où les magasins ont alors fermé leurs grilles pour certains, avant de les rouvrir devant le côté bon enfant du défilé. C'est à peu près là que je m'en suis arrêté. Enfin, je crois, mais j'ai du oublié des allers retours, car 3h de manif dans Vichy, ça en fait des tours...

Les manifestant.e.s ne se sont pas orientés vers la sous-préfecture ou la permanence de la députée macronienne, l'idée de viser les lieux du pouvoir national n'a pas été portée par le collectif, ce que les manifestant.e.s avaient comme objectif était d'être visible au coeur de la ville, d'occuper le terrain.

Les revendications, reprises d'ailleurs par la presse locale, l'expression collective de cette manif, c'était : LE SALAIRE, le ras le bol de travailler pour rien, de ne pas boucler les fins de mois, des retraites trop petites, LA DIGNITÉ, vouloir être respectés, pas reprimés, vouloir là encore pouvoir profiter des petits plaisirs de la vie sans devoir compter en permanence, et LA DÉMOCRATIE, avec la démission de Macron, l'idée de décider par nous-même, loin d'une utopie, fait désormais figure de revendication immédiate.

2 remarques au niveau national :

- ça a convergé ! Notamment entre les gilets verts pour le climat et les gilets jaunes, partout, et naturellement, cassant ainsi la propagande du gilet jaune pollueur qui n'en a rien à faire de la planète : des moyens pour vivre ET pour sauver la planète !

- un tas de petites communes, à l'appel de l'association des maires ruraux, bien loin de l'appel au calme moraliste de l'association des maires de France, ont ouvert leur mairie pour tenir des cahiers de doléances pour leurs habitant.e.s, une initiative bien reçue par les gilets jaunes, une initiative ancrée dans la situation, et le rappel que l'échelon communale est essentiel, que la France rurale et ouvrière est ici à l'avant-garde, et que la commune, même la plus petite, a besoin de services publics et doit être au coeur de l'organisation démocratique d'une nouvelle république.

Et puis les lycéen.ne.s étaient là, et n'ont pas l'intention de lâcher, d'autant moins après Mantes-la-Jolie.

LE SALAIRE, LA DIGNITÉ, LA DÉMOCRATIE : pour ces 3 revendications en même temps, il faut battre Macron, il faut donc grève et organisation.

 


« Un coup de poignard dans le dos de ceux qui luttent », la Fédération Nationale des Industries Chimiques (FNIC) de la Confédération Générale du Travail (CGT) se désolidarise du communiqué signé par Philippe Martinez

par FNIC-CGT



Nous relayons un courrier de la FNIC de la CGT qui condamne le contenu du communiqué intersyndical qui est indigne de la CGT, « un coup de poignard dans le dos de ceux qui luttent actuellement ». La FNIC de la CGT appelle à « entrer massivement en grève dès à présent comme dans le pétrole, le caoutchouc et la chimie, et, pour le Vendredi 14 Décembre 2018, journée de grève inter professionnelle ».

Nous avons découvert avec stupeur et consternation le logo de la CGT sur la déclaration dite des organisations syndicales du Jeudi 6 Décembre 2018. Dans le contexte de guerre de classe dans notre pays, elle appelle, en complet décalage avec la réalité, à retrouver un dialogue et une écoute et elle dénonce toute forme de violence dans l’expression des revendications.

Réuni en urgence, le secrétariat fédéral a décidé de se désolidariser totalement de ce communiqué.

La FNIC de la CGT en condamne le contenu qui est indigne de la CGT, c’est un coup de poignard dans le dos de ceux qui luttent actuellement, qu’ils soient salariés, lycéens ou retraités.

Nous désapprouvons ces modes de prise de décision dans la CGT, qui ne sont pas en adéquation avec les statuts. Avec quel mandat a été signé ce communiqué qu’appelait Emmanuel Macron de ses vœux ? Nous ne nous satisfaisons pas d’une traditionnelle réunion téléphonique programmée le Mardi 11 Décembre 2018, suivie d’une réunion des fédérations. La FNIC demande la réunion immédiate, donc dans les deux semaines, du Comité Confédéral National (CCN) de la CGT, en vertu du vingt huitième article des statuts de la CGT.

L’heure n’est pas au dialogue social, elle est à imposer des négociations sous le contrôle du rapport de forces.

Dans une période de tension sociale, le rôle de la CGT est d’être auprès des travailleurs et de ne pas être un supplétif du pouvoir patronal et gouvernemental dans un appel au calme auprès de ceux qui n’ont d’autre choix que de lutter.

La violence n’est en rien dans l’expression des revendications, elle est dans les rapports sociaux subis par les plus démunis, les petites personnes et les sans-dents, tous ces salariés qui ne sont reconnus ni dans l’emploi, ni par le salaire, ni par des conditions de travail décentes. Si violence il y a, la responsabilité est à rechercher du côté des oppresseurs et non des opprimés.

La FNIC de la CGT condamne la violence patronale, la répression syndicale et policière, la violence d’état et la complicité réformiste, qui sont la seule réponse des promoteurs de l’ordre capitaliste, Emmanuel Macron, Geoffroy Roux de Bézieux et la liste des autres organisations syndicales signataires de la déclaration.

La FNIC de la CGT appelle ses syndicats à entrer massivement en grève dès à présent comme dans le pétrole, le caoutchouc et la chimie, et pour le Vendredi 14 Décembre 2018, journée de grève interprofessionnelle.

En conséquence, la FNIC-CGT demande l’organisation immédiate d’un CCN dans les deux semaines, selon le vingt-huitième article de nos statuts confédéraux selon lequel « il peut être convoqué à la demande du tiers de ses membres sur un ordre du jour précis ».

L’ordre du jour du CCN extraordinaire sera la stratégie de lutte, le processus de mobilisation et les modes de prise de décision et d’engagement de la CGT.

Nous proposons en conséquence aux organisations qui souhaitent se prononcer pour la tenue de ce CCN extraordinaire de formuler leur demande par une réponse à tous de manière à comptabiliser les réponses.

 


Comprendre la séquence, par Evariste

9 décembre 2018

NDLR : Ce texte a été rédigé à la veille du samedi 8 décembre.

Source : http://www.gaucherepublicaine.org/respublica/comprendre-la-sequence/7402773



« La promptitude à croire le mal sans l’avoir examiné est un effet de l’orgueil et de la paresse. On veut trouver des coupables, et on ne veut pas se donner la peine d’examiner les crimes ! » La Rochefoucault

Beaucoup de militants geignaient que la mobilisation était difficile. Bien évidemment, en tant que responsables associatifs, ils pensaient que gérer les affaires courantes en ressassant quelques slogans plus ou moins justes sans aucun projet politique était une pratique normale. En tant que responsables syndicaux, ils pensaient qu’organiser des randonnées paisibles de « syndicalistes rassemblés sur le moins disant revendicatif » sans aucune efficacité entre République, Nation et Bastille (ou l’équivalent en province) était la pratique normale d’un syndicat. Rappelez-vous les records de France de démobilisation des 22 mai, 9 octobre et 1er décembre derniers. En tant que responsables politiques de gauche, ils trouvaient normal de faire des campagnes électorales sans étudier les conditions nécessaires de la transformation sociale et politique. L’apothéose mystique fut la dernière législative partielle de la première circonscription de l’Essonne où tous les candidats de gauche sans exception ont bénéficié de la grève du vote de la grande majorité des couches populaires ouvrières et employées, y compris des couches populaires d’origine maghrébine (alors que la candidate de gauche restant au deuxième tour était d’origine marocaine) ! Record de France avec 83% d’abstention aux deux tours dans une circonscription gagnable pour la gauche. Et des militants déboussolés car même ceux qui ont fait du porte-à-porte ne connaissaient pas le réel de cette circonscription.

Dans le monde, l’extrême droite continue à progresser malgré les lignes stratégiques sublimes des grands leaders. L’alternance des néolibéraux mondialistes et des néolibéraux de l’union des droites s’effectue inexorablement. Jusqu’à l’Andalousie où la gauche vient de perdre 17 sièges (les socialistes ont perdu 14 sièges et Podemos 3 sièges), si bien que l’union des droites est aujourd’hui majoritaire dans ce parlement.

Et sans crier gare, le mouvement des gilets jaunes est arrivé depuis quelques semaines. Et sa mobilisation est supérieure actuellement au syndicalisme rassemblé et semble davantage rassembler que les partis politiques de gauche. Et surtout, il est soutenu par l’opinion publique ! Alors, on crie que cela n’est pas clair, que l’extrême droite soutient le mouvement, que les gilets jaunes ne sont pas polis, qu’ils ne sont pas respectueux de l’ordre ancien, etc. Jusqu’à l’arrivée du programme en 42 points de la délégation des gilets jaunes (voir le texte ci-après dans ce numéro). Et le militant de gauche de dire : « mais je suis d’accord sur 90 % des revendications » ! Et même : « certaines revendications justes des gilets jaunes n’apparaissent même pas dans le programme de mon organisation » !

Eh oui, pour les couches populaires ouvrières et employées qui ne votent plus, pour les couches moyennes déclassées ou en voie de déclassement, pour la France périphérique qui souffre de la gentrification, c’est le ras-le-bol ! Et, elles ne se sentent pas concernées aujourd’hui par les syndicats organisateurs de randonnées « qui font où on leur dit de faire ». Ils ont refusé d’être parqués au Champ de Mars alors que les syndicats ont accepté, il y a peu, de faire des tours de manège près de la Bastille. Ils sont malpolis comme l’étaient les jacqueries du Moyen Age, les sans-culottes en 1791 lorsqu’ils ont vu les monarchistes constitutionnels leur voler leur mouvement, comme les communards, etc.

Sans aller jusqu’au soupçon d’infiltration, même avec quelques centaines de casseurs, on peut se demander pourquoi la police n’est pas intervenue immédiatement [le samedi 1/12] comme on l’a vu lors du cassage de l’hôpital Necker ou lors de la manifestation du 1er mai 2018 à Paris ! On peut aussi s’indigner de la façon dont viennent d’être traités les lycéens de Mantes-la-Jolie et des violations de la loi pénale relevées par Régis de Castelnau (dans https://www.vududroit.com/2018/12/mantes-jolie-castaner-belloubet-duettistes-de-honte/).

Ici et là, des structures syndicales locales en appellent à la convergence des luttes (voir les « Documents significatifs » dans ce numéro) ; c’est encore peu développé mais derrière ce slogan, il y a la perspective de construire ensemble et non que l’un rejoigne l’autre !

On nous rétorquera qu’ici ou là, il y a eu des dégradations et des propos critiquables de certains gilets jaunes. Certes ! Et nous ne les excusons pas ! Mais est-ce qu’un tag sur un édifice public est plus important que l’impossibilité de manger correctement, de se soigner, de vivre, ou de hurler aux injustices sociales, etc ? Plus de 8 millions de personnes sous le seuil de pauvreté ! Voilà ce que nous devons questionner dans le débat. Oui, il faut lutter contre le racisme et l’homophobie, mais il faut aller aux causes et agir sur les causes. Et de ce point de vue, les pouvoirs publics ont une grande responsabilité car ils n’agissent pas sur l’ensemble des causes du racisme et de l’homophobie. Et est-ce que les organisations associatives, syndicales et politiques de gauche sont toutes immunisées contre le racisme ? Bien sûr que non ! Le racisme anti-arabe, anti-musulman, anti-juif, anti-blanc est malheureusement présent dans ces organisations. Conclusion provisoire avec Albert Einstein : « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal mais par ceux qui les regardent sans rien faire ! »

Reste le débat sur le projet politique pour faire converger toutes ces colères. Or le projet politique ne se résume pas à un programme. Ou dit autrement, un catalogue de mesures n’est pas un projet politique. Nous sommes dominés par un modèle politique néolibéral, nous devons travailler à un modèle politique alternatif. Le nommer et le mettre en débat démocratique dans un dispositif d’éducation populaire refondée et enfin définir le chemin pour y aller. Tout cela s’appelle un projet politique. Alors, on nous demande de participer à des débats « les raisons de la colère » ou sur le projet et le modèle politique. Mais pourquoi si peu de débats organisés sur ces sujets ? Allez ! Hauts les cœurs !

 


Violences sociales, la Confédération Générale du Travail (CGT) divisée plus que jamais

Source : http://www.communisteslibertairescgt.org/Violences-sociales-la-CGT-divisee-plus-que-jamais.html

Jeudi 6 Décembre 2018


 

Après une réaction attentiste, frôlant parfois le mépris à l’égard des personnes mobilisées, la CGT avait repris pied avec la lutte sociale en cours menée par des Gilets Jaunes surprenants toujours, énervants parfois, fondamentalement ancrés dans les revendications populaires toujours. Dans les localités, nombre de convergences se sont heureusement construites.

Et même si la date tardive du Vendredi 14 Décembre 2018 semblait éloignée des rythmes propres au mouvement, nombre de syndicats s’engageaient dans la journée d’action.

Et puis, depuis le siège de la Confédération Française Démocratique du Travail (CFDT), une déclaration unitaire de la CFDT, de la Confédération Générale des Cadres (CGC), de la CGT Force Ouvrière, de l'Union Nationale des Syndicats Autonomes (UNSA), de la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens (CFTC), de la Fédération Syndicale Unitaire (FSU) et de la CGT, venait anéantir le travail de rapprochement effectué dans les régions.

Une déclaration qui affirme que « le gouvernement, avec beaucoup de retard, a enfin ouvert les portes du dialogue. Le dialogue et l’écoute doivent retrouver leur place dans notre pays. C’est pourquoi nos organisations dénoncent toutes formes de violence dans l’expression des revendications », toutes formes, y compris la grève et le blocage ?

Le même jour les organisations patronales votaient une motion en des termes très proches.

Heureusement les réactions en internes ont été immédiates, conduisant à un communiqué de la CGT qui condamne les violences policières et qui refuse de participer à la mascarade de concertation offerte par Muriel Pénicaud. Mais le communiqué redit que la CGT « n’a jamais prôné l’action violente » ce qui est évidemment historiquement faux et politiquement navrant.

L'union départementale des Bouches du Rhône et la Fédération Nationale des Industries Chimiques (FNIC) demandent un Comité Confédéral National (CCN) urgent pour doter la CGT d’une ligne claire sur une position de combat. Le cinquante et unième congrès n’avait pas tranché entre une ligne réformiste et une ligne anticapitaliste, le cinquante deuxième congrès permettra peut être de sortir enfin de ce flou mortifère entre une ligne de combat et une ligne d’accompagnement.

 


 

Le régime peut s’effondrer si on le fait choir

Editorial du 04-12-2018, Arguments pour la Lutte Sociale

Source : https://aplutsoc.org/2018/12/04/le-regime-peut-seffondrer-si-on-le-fait-choir-editorial-du-04-12-2018/


 

Le premier ministre de Macron a annoncé un « moratoire » sur les taxes sur les carburants et les hausses prévues du gaz et de l’électricité.

L’exécutif « monarchique » et « jupitérien » doit pour la première fois opérer un recul national en l’avouant. Là est la portée réelle de ces annonces.

S’ils ont dû le faire, c’est parce que le mouvement est engagé :

le mouvement est engagé vers la déferlante des lycéens, de la jeunesse, dans tout le pays : A bas Parcoursup, Dehors Macron !
le mouvement est engagé sur la majorité des barrages vers le « blocage total » lundi 10 décembre, c’est-à-dire vers la mise du pays en GRÉVE GENERALE.
Qu’est-ce qui peut encore permettre à ce pouvoir exécutif de biaiser tout en frappant, en assassinant même comme à Marseille, en matraquant la jeunesse ?

Deux choses et deux choses seulement :

le refus des directions syndicales nationales d’entrer dans la danse de la seule manière possible : l’appel à la grève ! (l’appel de la direction de la CGT « d’ores et déjà » à une « journée interprofessionnelle » le … 14 décembre, n’a d’autre signification).
le consensus des représentants politiques issus de la gauche et du mouvement ouvrier à tout préconiser, sauf le départ de Macron – à l’exception, il faut le dire, de François Ruffin.
Dire, maintenant, qu’il faut se mettre en grève, et créer les conditions pour le faire, c’est au contraire aider la jeunesse, aider les prolétaires et les pauvres soulevés, et c’est la seule manière de rendre certains et durables les tout premiers reculs, et de poursuivre l’élaboration partout des listes de revendications et des cahiers de doléances revenant sur toutes les attaques antisociales sans exceptions !

La grève générale est une question politique. Elle vise à affronter le pouvoir et à le renverser. Qui veut sauver Macron a peur de la grève générale. Qui dit qu’il ne sert à rien de le chasser, ou que c’est dangereux parce qu’on ne sait pas ce qui s’ensuivra, a peur de la grève générale. Qui calomnie le prolétariat en traitant son mouvement de « poujadiste » voire fasciste a peur de la démocratie et de la grève générale. Car c’est en chassant ce pouvoir de cette façon que l’on ouvrira la voie à la démocratie. Tous les protecteurs de ce pouvoir font, eux, le jeu de la réaction.

Militants politiques, expliquez qu’il faut la grève, maintenant !

Militants syndicalistes, prononcez-vous en appelant à la grève, maintenant !

La rédaction, le 04/12/18, 18h.

 


Pour la grève générale de l’éducation nationale, par Emancipation 69

(Courant syndicaliste révolutionnaire)

mardi 4 décembre 2018

Source : http://69.emancipation.fr/spip.php?article555


 

En dépit de la colère sociale qui s’exacerbe, en dépit des difficultés qui vont croissant, Macron n’en poursuit pas moins sa politique contre les salariés et la jeunesse.

Le gouvernement n’a ainsi pas renoncé à supprimer 120 000 postes de fonctionnaires et à disloquer leur statut, à disloquer notamment le statut des enseignants (réforme du recrutement et de la formation, réduction drastique du rôle des commissions paritaires, autonomie accrue des établissements, fin du code des pensions, etc).

Il poursuit la mise en œuvre de la réforme du bac, du lycée, des programmes, avec une individualisation des parcours scolaires et des réductions massives de postes à la clef. Il maintient le dispositif Parcoursup introduisant la sélection à l’entrée de l’université et instaurant une orientation contrainte. Et chaque semaine, il annonce de nouvelles attaques : il prévoit ainsi la mise en place d’un “service civique universel” obligatoire (SNU) pour embrigader et formater la jeunesse, service qui sera instauré pour une part durant l’année scolaire et pour l’autre durant les vacances.

Et il vient d’annoncer que désormais les frais d’inscription des étudiants étrangers passeraient de 2 à 3 centaines d’euros à 2 à 3 milliers d’euros (en attendant que cette mesure soit élargie à tous les étudiants).

Une riposte unie indispensable

Mettre à profit les résistances qui s’amplifient contre la politique de Macron, briser cette politique réactionnaire implique que les organisations syndicales, que les organisations de la jeunesse engagent la bataille sur des mots d’ordre clairs et réalisent l’unité sur ces revendications.

Sur cette voie, c’est un pas en avant décisif que vient de réaliser l’UNL (Union Nationale Lycéenne) qui a appelé les lycéens à engager le combat sur quatre mots d’ordre limpides (cf. l’appel au dos) :

-              Abrogation de la loi ORE et de Parcoursup
-              Abrogation de la réforme du bac et du lycée
-              Abrogation de la réforme de la voie professionnelle
-              Abandon du projet du SNU

Dès le vendredi, par centaines, des lycées ont été touchés par la grève et les blocages.

Ces revendications sont les nôtres : les syndicats enseignants doivent les reprendre à leur compte, appeler à mobiliser aux côtés des lycéens.

Simultanément, à l’université, un appel unitaire a été diffusé contre la hausse des droits d’inscription. L’appel à manifester le 1er décembre lancé par l’UNEF et les associations d’étudiants étrangers, a été relayé par “l’inter-organisations de la jeunesse”.

Cette revendication est aussi la nôtre, elle doit être reprise par les syndicats enseignants.

Sur ces bases, les syndicats nationaux doivent appeler à la grève générale de l’Éducation nationale. En tout état de cause, les syndicats de l’enseignement ne peuvent laisser les lycéens seuls face à la répression.

Pour un combat efficace
Organiser la mobilisation unitaire, porter un coup d’arrêt à la politique du gouvernement, imposer la satisfaction de nos revendications implique, bien sûr, de rompre le dialogue social avec le gouvernement, de refuser les sempiternelles concertations que Macron et ses sbires ne cessent de relancer pour faire cautionner leurs projets.

Sur la base de mots d’ordre clairs, il est possible de structurer un mouvement démocratique, incluant les syndicats, en convoquant des AG désignant des délégués mandatés (et des coordinations de villes, départementales et nationale, de délégués élus, intégrant les responsables syndicaux).

4 décembre 2018

 


Vague de départs au Mouvement de la France Insoumise (MFI), par Rachid Laïreche

Mercredi 28 Novembre 2018

Source : https://www.liberation.fr/politiques/2018/11/28/vague-de-departs-chez-les-insoumis_1694790


 

Le MFI a essuyé dernièrement de nombreuses démissions, notamment celle du conseiller diplomatique de Jean-Luc Mélenchon pendant la campagne pour le premier tour des élections présidentielles de 2017, Djordje Kuzmanovic, qui fustige la bureaucratie du système.

En politique, on appelle cela une mauvaise passe. Le MFI enchaîne les crises, plus ou moins grosses. Après l’épisode judiciaire, la défaite lors de l'élection législative partielle en Essonne, le mouvement subit ces dernières semaines une série de départs. Tous les partants mettent en avant des désaccords stratégiques et ils dénoncent également une démocratie interne absente. Le dernier en date est Djordje Kuzmanovic, conseiller diplomatique de Jean-Luc Mélenchon pendant le premier tour des élections présidentielles de 2017.

Il claque la porte après avoir vu son nom rayé de la liste des candidats insoumis pour les élections européennes du mois de mai 2019. Dans une tribune publiée par Marianne, il reproche à Mélenchon d'être l'ami de la gauche socialiste et des associations de banlieue, au lieu de faire corps avec la classe populaire. Il dénonce également la « forme horizontale et gazeuse du mouvement censé reposer sur les initiatives du terrain et qui recouvre, comme souvent, l’extrême concentration du pouvoir aux mains d’un petit groupe de nouveaux apparatchiks et bureaucrates ». Ce sont des mots durs.

Au sein de la direction du MFI, on tente de minimiser son départ. Il est déçu, disent-ils dans un premier temps. Ils n’oublient pas de mettre en avant les désaccords de fond avec Djordje Kuzmanovic, qui s’est retrouvé au centre de plusieurs polémiques après des propos sur l’immigration ou l’islamisme. Un député dit que « Djordje Kuzmanovic est un ami, il est avec nous depuis 2005 mais dernièrement il a déconné, ce n’est pas un problème de ligne mais de pensée, nous ne sommes plus dans le même registre ». Plusieurs militants du MFI imaginent le futur de Djordje Kuzmanovic chez Florian Philippot, voire Nicolas Dupont-Aignan.

Sur Facebook, Manuel Bompard a répondu à l’ancien conseiller diplomatique de Jean Luc Mélenchon, « non, il n’y a pas de souverainistes à l'intérieur du MFI qui n’y ont pas leur place. Nous croyons en la souveraineté du peuple. Nous savons que cette souveraineté s’exerce dans le cadre national », écrit-il, avant de poursuivre, « mais il est de la responsabilité d’une instance chargée d’élaborer une liste de veiller à ce que les prises de position publiques des personnes qui souhaitent s’y trouver restent cohérentes avec nos orientations programmatiques et stratégiques ».

Le souci pour Jean Luc Mélenchon, c’est qu’il y a aussi les autres. La marseillaise Sarah Soilihi qui a rejoint Benoît Hamon car le MFI se replie sur lui-même et Corinne Morel Darleux qui a publié un long texte sur les réseaux sociaux. « Les signifiants vides du populisme et la stratégie contre Emmanuel Macron, visant à fédérer le plus largement possible, étouffent trop souvent la radicalité du projet initial. Les affaires internes et le commentaire de l’actualité me semblent de plus en plus hors-sol », écrit-elle. Le choix de Corinne Morel Darleux a affecté les décideurs. Elle était un visage de l’écologie au MFI.

Tous ces départs s’ajoutent au choix de Charlotte Girard, qui a refusé de porter la liste aux élections européennes pour des raisons personnelles. Mais elle aussi a critiqué le fonctionnement interne. La coresponsable du livre programme du MFI espère que sa décision sera un signal pour la direction. Cela fait beaucoup. Mercredi 28 Novembre 2018, Jean-Luc Mélenchon a publié sur Twitter, « ras le bol des médias qui nous grillent la moitié de notre temps de parole à nous faire commenter les déclarations personnelles de tel ou tel des cinq cent mille insoumis ». Le leader préfère mettre l’accent sur les récentes arrivées des socialistes Emmanuel Maurel et Marie-Noëlle Lienemann, éclipsées par la séquence des perquisitions. Pas de quoi rassurer tout le monde. La prochaine convention du MFI, le 8 décembre et le 9 décembre 2018 à Bordeaux, sera suivie de très près.

 


 

Du bon usage de l’écologie, par André Bellon

(Association pour Une Constituante)


 

On ne peut qu’être admiratif devant l’enthousiasme affiché pour l’environnement par les dirigeants. Aussi bien Macron qu’avant lui Hollande ou son ministre Fabius se posent en fanatiques de l’écologie, tellement d’ailleurs qu’ils en définissent eux-mêmes le catéchisme, les prêches et la liturgie. Mais leur credo est finalement simple : quiconque oserait critiquer leur politique serait un abominable destructeur de la planète.

C’est pour lutter contre la pollution qu’on augmente les taxes, c’est pour préserver l’environnement qu’on lutte contre les « populistes » qui ne comprennent rien aux risques menaçant le monde.

L’évolution même du discours est symptomatique. Combien de chroniqueurs de radio, de télévision n’ont-ils pas entonné cette nouvelle comptine : pour lutter contre la dégradation environnementale, on serait obligé de prendre des mesures impopulaires, -sous-entendu « avec tristesse mais il faut bien lutter contre l’ignorance des couches populaires » -. Bref, l’écologie est instrumentalisée contre la démocratie.

Il faut bien reconnaitre que ce discours disciplinaire n’est pas totalement nouveau. S’il s’applique maintenant aux enjeux environnementaux, il était déjà largement développé sur les questions économiques et financières pour lesquelles il n’y avait, rappelons-le, qu’ « une seule politique possible ». Largement soutenu par des kyrielles d’experts et d’agences de notation « neutres », il était censé imposer une doxa empêchant toute contestation de la nouvelle parole divine. Le concept de mondialisation était, de fait, l’instrument de légitimation d’un gouvernement mondial, celui où la parole des peuples n’avait plus droit de cité.

Il restait néanmoins quelque doute quant à la sincérité des nouveaux prophètes de la théorie économique en attaché case et costume de bonne coupe, surtout lorsque que les inégalités explosent. L’utilisation des questions écologiques se révèle alors bien plus efficace car elles rencontrent toutes les peurs ancestrales, car chacun se rend bien compte que l’environnement, phénomène concret, se dégrade réellement. En outre, les dirigeants ne font-ils pas le pari que des militants sincères des luttes écologiques sont prêts à accepter un discours mondialiste autoritaire s’il est peint en vert ? Là encore, il faut savoir résister aux fausses évidences. On est en droit de penser qu’il n’existe pas qu’une seule façon de sauver la planète. Un débat s’impose sur les moyens d’y parvenir.

Dans un tel contexte, l’accroissement des taxes, cautère sur une jambe de bois, tente de faire oublier que le gouvernement veut surtout diminuer les impôts directs en augmentant les indirects. La lutte contre la dégradation climatique sert d’alibi au pouvoir politique.

L’irruption des gilets jaunes a, en quelques jours, quelque peu bouleversé ce scénario facile. Une France oubliée venant clamer sa misère et son désarroi n’est pas acceptable par une direction politique sûre de son bon droit. Elle remet en cause tout le discours officiel. Bien sûr, la presse télévisée, faisant écho au ministre de l’intérieur, a sélectionné quelques déclarations ou attitudes discutables, cherchant à généraliser les dérapages à l’ensemble du mouvement. Bien sûr, comme d’habitude, un ministre de l’intérieur sans imagination agite le spectre de l’extrême droite.

Mais les anathèmes ne suppriment pas les questions. Et la principale demeure : les dirigeants français et plus particulièrement ceux qui se veulent mondiaux sont-ils adaptés aux défis actuels ? La démocratie qu’ils haïssent tant, est-elle incapable de répondre aux enjeux environnementaux ? Tous les militants qui, dans les communes, dans les campagnes, œuvrent pour des projets locaux de développement écologique ne sont-ils pas aussi porteurs de réponses concrètes ? Les projets relocalisés ne sont-ils pas des exemples ? Ne doit-on pas les valoriser en tissant des liens face à une économie mondialement centralisée de plus en plus destructrice ?

Les questions environnementales comme, avant elles, les questions économiques, sont évidemment essentielles. C’est d’ailleurs pour cela qu’elles ne doivent pas servir d’alibi aux manœuvres politiciennes. Elles méritent mieux que l’imposition d’une pensée officielle et d’un gouvernement mondial qui ne sauraient être que totalitaire.

 


« Quiconque attend une révolution sociale pure ne vivra jamais assez longtemps pour la voir. Il n’est qu’un révolutionnaire en paroles qui ne comprend rien à ce qu’est une véritable révolution. La révolution socialiste en Europe ne peut pas être autre chose que l’explosion de la lutte de masse des opprimés et des mécontents de toute espèce. Des éléments de la petite bourgeoisie et des ouvriers arriérés y participeront inévitablement..."    Vladimir Ilitch Lénine

Le Drapeau rouge ? Mais il faut d’abord le reconquérir, par Pierre Salvaing

(à propos d'un Editorial de La Tribune des Travailleurs, organe du POID)
 

30 novembre 2018



 
C’est vrai, le mouvement des « Gilets jaunes » n’est pas propre. Il ne montre pas patte rouge, et il y a même des risques – ou des chances diront d’autres - qu’il en montre de moins en moins avec le mûrissement inéluctable de la situation.
 
C’est vrai, il est facile d’en extraire, montrer et démontrer les parties tachées de brun, de salissures racistes, xénophobes, sexistes, les parties qui ne portent manifestement pas la couleur rouge, estampille nécessaire aux yeux de la rédaction de la T.T.
 
Mais il est peut-être possible de voir la question d’un autre angle, plus aigu, c’est-à-dire à mes yeux moins obtus.
 
D’abord, le mouvement des ‘’gilets jaunes’’ a, depuis plusieurs semaines, contraint chaque organisation issue de la classe ouvrière (depuis plus ou moins longtemps) à  se prononcer par rapport à lui. D’une relativement faible ampleur numérique –  au plus fort  deux ou trois centaines de milliers -, il a incontestablement (je crois) recueilli une sympathie générale dans le prolétariat.
N’est-ce pas déjà la preuve qu’il n’est pas étranger à la classe ouvrière ?
 
Parlons–en alors, de la classe ouvrière.
Le courrier de lecteurs de la TT n°166 cite l’Express : « C’est clair, c’est dit, les gilets jaunes ne veulent pas du drapeau rouge de la CGT, ni de celui de FO ou de la CFDT. Pas même SUD ou Solidaires. »
 
On peut déjà se poser une question : les directions de la CGT, de FO, de SUD, des Solidaires, sans parler de celui supposé  généreusement (une déteinte ?) à la CFDT, portent-elles des drapeaux rouges, a fortiori des drapeaux rouges  sans tache ? Le récent combat des cheminots, vaincu, trahi depuis sa naissance par les appareils syndicaux unis derrière les consignes de la CFDT – les 26 jours de grève éclatés -… contre eux : drapeau rouge ? Le combat saboté contre la Loi El Khomry et sa continuatrice l’année suivante sous Macron : drapeau rouge ? Et ces combats perdus, sabotés, trahis depuis des mois et des années dans la classe ouvrière : seraient-ils sans conséquences, au physique comme au mental de la classe ouvrière ? La disparition-liquidation en quarante ans des mines, de l’essentiel de la sidérurgie, des chantiers navals, du textile et tant d’autres, qui structuraient la classe ouvrière dans de vastes unités : sans conséquence ?  Intacte, la classe ouvrière ? Flottant sur les usines et les chantiers, son drapeau rouge ?
 
Et ce drapeau, où le planter, à quelle organisation de quelque poids politique le confier ? A des directions syndicales qui, non contentes de trahir pour mieux aider Macron et ses « réformes », se déchirent et éclatent au grand jour, minées par des scandales pourtant à peine révélés,  comme ceux de fastueux trains de vie et de fonctionnement qui n’attirent pas forcément vers elles ? Au PCF dont le récent congrès renforce encore faiblesse et fractures ? Au PS, avec peine et à peine survivant ? A Mélenchon-roi (l’Etat, c’est lui) qui renie ouvertement la lutte des classes ?

Non, pas un parti de poids, pas une direction syndicale en qui la confiance ouvrière puisse se poser.
 

Et cependant la Tribune des Travailleurs exige d’un mouvement largement spontané, pourtant largement sympathique aux yeux de la masse du prolétariat, qu’il montre d’emblée patte rouge !

Mais en exige-t-elle du moins autant de ceux qui sont sensés le représenter ? La Tribune des Travailleurs ne voit-elle pas que le prolétariat français (c’est-à-dire celui, quelles que soient ses nationalités, qui tâche de vivre et de travailler en France) est depuis des années et des années lâché, abandonné, déserté et trahi même par les directions des organisations  pourtant sorties de lui aux origines – et qui en paient le prix organisationnel comme électoral- ? Croit-elle que, sans doute par masochisme, les prolétaires qui se sont groupés au sein des « gilets jaunes » sont prêts à confier leur combat, leurs intérêts, et même à s’associer -  à ceux qui les ont depuis tant d’années pour le moins ... déçus ? Quelle confiance pourraient-ils avoir ? Quel discours pourrait la leur rendre ?
 
Parce qu’à la différence des dizaines et centaines de ‘’journées d’action’’, de grèves de 24 heures  dites d’’’avertissement’’, et interminablement comme désespérément vaines à leurs yeux, ceux qui se sont engagés dans ce mouvement l’ont fait pour qu’il gagne, parce qu’ils considèrent que c’est pour eux une question de survie immédiate.
 
Cette question permettrait d’ouvrir sur une autre, dont la Tribune des Travailleurs, lorsqu’elle était Informations Ouvrières,  a longtemps nié l’existence : qui est responsable du fait que des pans entiers du prolétariat, et même des pans détachés, arrachés, de la classe ouvrière se sont retrouvés dans le camp d’en face, chez les le Pen ?
 
Il me semble que La Tribune des Travailleurs devrait réserver son mépris, sa fine bouche, aux ‘dirigeants’ qui ne dirigent que des défaites, aux appareils qui ne conduisent que des manœuvres en recul et apparaissent à la masse du prolétariat comme plus ou moins acoquinés au Pouvoir ; c’est dans cette direction qu’elle verrait avec certitude les réels et quotidiens, et puissants, soutien à Macron et à son gouvernement au lieu d’en accuser sournoisement les « gilets jaunes ».
 
 Et elle devrait  respecter davantage ces gens saisis à la gorge par la décomposition sociale, la dégradation économique, qui les frappent de toute part, et qui se lancent sans arme théorique, sans expérience politique de terrain – mais avec souvent une expérience de longue date emmagasinée par leur vie collective - dans un combat jugé vital.  Ils découvrent, inaugurent, défrichent, et sans outils, à mains nues, un vrai et inédit combat.
 
Mais quelles perspectives ? s’inquiète la Tribune des Travailleurs, « chasser Macron, oui, mais pas pour le remplacer par n’importe qui ». Un président pour un autre alors ? Remarque étonnante de la part de qui affirme combattre pour abattre une V° république d’ailleurs agonisante selon eux depuis un demi-siècle…

Cependant la Tribune des Travailleurs. corrige ce faux-pas, et avance le mot d’ordre d’Assemblée constituante. Assemblée constituante… je ne discute pas ici de la validité ou non d’un tel mot d’ordre dans un Etat déjà historiquement et solidement constitué comme la France. Mais QUI pourrait « constituer » cette assemblée constituante éventuelle aujourd’hui ? Quelles forces sociales ? Quels représentants, quels délégués ? La bourgeoise, pourtant fort décatie, peut aligner encore des troupes ‘’constituées’’, elle a l’Etat pour ça, et la domination économique. Mais la classe ouvrière?...

Et puis, pourquoi la classe ouvrière, sil elle parvient à reconstituer ses forces organisées, devrait-elle en passer, le cas échéant (et j’espère bien qu’il échoira) par une Constituante, cette sorte de négociation parlementaire sur la question du pouvoir ?
 
Pour conclure, comme tout le monde sauf les prophètes, j’ignore où conduira ce mouvement, que je ne porte pas non plus aux nues. Mais je suis certain que, dans l’hypothèse où il échoue, il sera suivi par d’autres, instruits par cette première expérience, et nourris par la crise considérable dans laquelle le prolétariat est contraint de lutter pour sa survie.

Sans chercher à le grandir dans des dimensions historiques, ni à le comparer terme à terme à des événements passés, je crois que cette citation de Lénine –que d’autres ont reprise récemment- n’est pas méthodologiquement inutile :
 
« Quiconque attend une révolution sociale pure ne vivra jamais assez longtemps pour la voir. Il n’est qu’un révolutionnaire en paroles qui ne comprend rien à ce qu’est une véritable révolution. La révolution socialiste en Europe ne peut pas être autre chose que l’explosion de la lutte de masse des opprimés et des mécontents de toute espèce. Des éléments de la petite bourgeoisie et des ouvriers arriérés y participeront inévitablement..."   
 
Que le rédacteur de l’éditorial de la T.T., pourtant auteur en 1986-87, après la grève générale des étudiants contre la réforme Devaquet-Chirac intitulé (Qui dirige ? Personne. On s’en occupe nous-mêmes) médite  ce sage conseil.
 
                                                                                                                                                                                                                

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