Blog de Robert Duguet - février 2016

 

Jean Luc Mélenchon, une candidature bonapartiste, par Robert Duguet

« Il n’est pas de sauveur suprême,
Ni Dieu, ni César, ni Tribun,
Producteurs sauvons-nous nous-mêmes,
Décrétons le salut commun »

Paroles d’une chanson célèbre…

A quel moment politique sommes-nous ?

Les grandes orgues médiatiques commencent à donner pour la présidentielle de 2017. Et ce n’est pas étonnant, du reste, et compte tenu du point de vue que nous allons développer sur la question, que ce soit Jean Luc Mélenchon, qui ouvre le bal. Nous sommes en fait dans un moment politique de profonde instabilité sociale, où la montée des luttes sociales particulières, cherchent à s’exprimer centralement et à affronter la politique complètement réactionnaire du gouvernement Hollande-Valls. La question de la destruction du code du travail met le PS au bord de l’éclatement : le retrait des députés de la mouvance de Martine Aubry de la direction du parti traduit bien les derniers pôles de résistance sociale-démocrate contre les néos et le gouvernement.

Nous sommes légitimement en droit de poser la question : est-ce que l’élection présidentielle de 2017 peut ouvrir une perspective pour ceux et celles qui supportent la crise actuelle ? S’agit-il de mettre en place un gouvernement qui casse la petite couche sociale parasitaire qui se gave de dividendes tandis que les patrons licencient à tour de bras, mettent les entreprises en liquidation parce que ceux-ci ne retrouvent pas leurs surprofits et qu’ils nous chantent du matin au soir que l’industrie française n’est pas compétitive ? S’agit-il d’imposer aux entreprises quand elles touchent 40 milliards de fonds publics de prendre les mesures d’autorité pour que les entreprises embauchent massivement ? S’agit-il de renationaliser les services publics ? S’agit-il d’abroger le pacte de responsabilité et de rétablir les statuts et conventions collectives ? S’agit-il d’arrêter la destruction de l’école publique et de renvoyer madame Najat Vallaud-Belkacem à ses galeries de mode, d’abroger toutes les lois antilaïques qui continuent de gaver l’école privée catholique ? Non bien sûr, l’écrasante majorité de la population, celle qui travaille ou voudrait bien travailler pour vivre, sait qu’il ne s’agit pas de cela : intuitivement les gens ressentent qu’il n’y a plus de solution politique dans le cadre institutionnel. Il n’y aura pas de construction d’une alternative politique sans intervention directe du peuple en ce « lieu où se règle ses propres destinées » (Léon Trotsky). Autrement dit si nous ne renversons pas la table de ce régime corrompu jusqu’à la moelle, 2017 sera un théâtre d’ombre promu par un système médiatique à la botte et qui ne règlera rien.

La question de la « constituante souveraine »…

…qui a été abordée par le mouvement pour la 6ème république (M6R) et aujourd’hui par son jlm2017.fr est purement un habillage de circonstance au service d’un destin présidentiel. Je ne sais pas si, dans une situation d’affrontement avec la politique réactionnaire de la droite et de la gauche institutionnelle, la question d’une constituante surgira. Ce que je sais, c’est que dans l’histoire des régimes républicains depuis 1789, la seule constituante souveraine que nous connaissions vraiment est celle qui est issue d’un processus révolutionnaire, c’est-à-dire d’une intervention précise de la classe porteuse d’un avenir, la bourgeoisie, poussée par la petite bourgeoisie radicalisée pour débarrasser la société des restes du féodalisme. Les républiques bourgeoises qui ont suivi se sont bien gardées de mettre en place des cadres de représentation donnant trop d’espace aux « classes dangereuses ». Les fondateurs de la 3ème république sont hantés par le fantôme de la commune, il n’y aura pas de constituante en 1876. Dans la constituante qui préside à la naissance de la IVème , le PCF, alors parti dominant dans la nation, mettra tout son poids à la limiter au cadre d’une république parlementaire classique. Dans les entreprises c’est le « produire d’abord, revendiquer ensuite » de Maurice Thorez : pas question de touche à l’appropriation privée des moyens de production. Quant à la Vème, elle est née d’un coup d’état bonapartiste : 1981, Mitterand endosse la défroque de Charles De Gaulle, et s’assied émerveillé (voir le témoignage d’André Bergeron lors de sa première visite à l’Elysée en 1981) derrière le bureau présidentiel de Charles. Ceci pour souligner qu’une constituante est toujours le produit d’une situation de nature révolutionnaire : lisez les articles de Mélenchon en ce moment, cela devient caricatural ! Lui qui parle tellement du peuple, il voudrait bien que la constituante se fasse sans le peuple. C’est encombrant un peuple qui entre dans un processus révolutionnaire ! Et c’est difficile de le traiter comme les opposants de la direction du Parti de Gauche que l’on exclut ou que l’on place sous tutelle… La situation présente fait apparaître dans une lumière crue que la République sera sociale ou ne sera pas, à savoir qu’elle devra toucher au régime de l’appropriation privée des grands moyens de production. Il n’y a plus de place pour un néo-réformisme…

Mélenchon en rupture avec le Front de Gauche ?

Lorsque le Front de Gauche s’est constitué en 2008 il représentait une offre politique que nous avons pour notre part soutenu : le vecteur politique qui a permis son existence et son développement, c’était la rupture provoquée au sein du PS et qui a débouché sur la proclamation du Parti de Gauche. Dans leur histoire les partis officiels du mouvement ouvrier ont connu à plusieurs reprises des scénarios de ce genre : lorsque la politique de ces organisations était opportuniste ou lorsque, comme aujourd’hui, elles passaient sur la ligne de l’adversaire, des courants se détachaient et cherchaient à refonder une représentation fidèle aux idéaux socialistes ou communistes. Il y a eu Marceau Pivert en 1936, puis les contestations de la ligne du PCF de soutien à De Gaulle à la Libération, il y a eu les résistances à la politique coloniale de la France et la naissance du PSA… Avec le Front de Gauche on était dans un cadre, néo-réformiste certes, et le programme l’Humain d’abord s’opposait, sans doute timidement à la dérive néo-libérale du PS, mais on restait dans un cadre qui restait celui du mouvement ouvrier et de son combat pour l’émancipation sociale. La nature du FDG, cartel constitué sur un objectif strictement électoral, a vu rejaillir les contradictions : passée la présidentielle, le PCF a glissé très vite sur sa ligne naturelle d’adaptation électoraliste au PS dans les scrutins locaux : le PCF voulait sauver les meubles et ses élus, c’est la seule motivation d’un parti condamné par l’histoire à disparaitre.

L’évolution de Jean Luc Mélenchon à partir de là, s’est faite sur la droite, et non pas sur la gauche. L’écriture de son ouvrage « L’ère du peuple » a de ce point de vue le mérite de la clarté. On quitte le terrain du marxisme : il n’y a plus d’une part la classe des salariés, force motrice du peuple, qui ne possède que sa force de travail pour vivre et d’autre part le capital qui n’existe que par l’extraction de la plus-value ou vol d’une partie de la force de travail produite, contradiction classique sur laquelle le mouvement ouvrier s’est constitué : rappelons ce que disait Marx, le capital est un rapport social. Au stade actuel de la crise mortelle du mode de production capitaliste, il y a d’autant plus urgence à la constitution du salariat en classe politique pour gouverner la société. Pour Mélenchon il y a l’oligarchie d’un côté et le peuple de l’autre : la dialectique sociale est faite de cette confrontation, où le mouvement des classes, déterminé par le rôle spécifique que ces dernières jouent dans la production du travail social, s’estompe dans un brouillard diaphane.

C’est ainsi que celui, dont on pouvait penser qu’il avait la volonté de refonder un projet de rupture anticapitaliste, se trouve aujourd’hui sur la même orientation politique que le fondateur de la Vème république, Charles De Gaulle. Héritier spirituel de Charles Maurras, De Gaulle part de l’opposition entre le pays réel et le pays légal, c’est-à-dire la nation  démocratiquement constituée. Le recours au bonapartisme part de ce positionnement du chef qui parle directement au peuple par-dessus tout ce qui peut constituer ce peuple en factions, organisations, syndicats divers. Ainsi la définition du peuple prend un caractère tout à fait abstrait, puisqu’à la base la conception bonapartiste rejette le « régime des partis » : en 1946, De Gaulle échoue devant la force sociale issue de la lutte contre le fascisme, mais en 1958 il impose les institutions les plus réactionnaires de toute notre histoire en réglant la question algérienne. Le président se présente comme l’arbitre entre les classes sociales, en fait il n’est pas autre chose que le missi dominici de la classe patronale. La gauche légale n’a pas fait autre chose depuis 1983 que de se coucher devant ce système totalement antidémocratique, ce régime du « coup d’état permanent ».

Rapport direct à un « peuple » dont aucune définition sérieuse n’est donnée !

Mélenchon déclare ceci :

“Tout le monde peut se joindre à moi pour travailler sur le programme et agir. Voilà comment on mène une élection, dans un rapport direct aux citoyens, pas dans une carabistouille entre partis politiques" ; "je ne demande la permission à personne, je suis hors cadre des partis, je suis ouvert à tout le monde ; les organisations, les réseaux, mais les citoyens d’abord."

Mélenchon, candidat du Front de Gauche, était le représentant d’un arc politique constitué par un certain nombre d’organisations se situant contre les dérives du PS et donc sur le terrain d’un néo-réformisme progressiste. On peut épiloguer sur les limites et sur la crise du Front de Gauche, c’est une discussion … nous l’avons cent fois menée depuis 2008. Mais dans ce cadre Mélenchon restait un candidat du mouvement ouvrier. L’éclatement du Front de Gauche et sa rupture de fait avec ce dernier, l’entraine aujourd’hui sur une pente qui est celle du souverainisme, avec des accents cocardiers réactionnaires, nationalistes. On a écrit qu’il se chevènementisait, c’est exact. Le Mélenchon de 2012 était un candidat du mouvement ouvrier dans la Vème République. Aujourd’hui, il est un candidat de la Vème République.

Cerise sur le gâteau ses positions à l’International…

Nous publions dans les pages de ce blog l’article de Dominique Vidal dans la revue Regards à propos de la prise de position récente concernant la politique de Poutine en Syrie. Ce spécialiste du Moyen Orient écrit une chose tout à fait fondamentale :

« Jean Luc Mélenchon a pris l’habitude de se faire l’avocat de Vladimir Poutine, en Syrie comme en Ukraine. Visiblement, il croit déceler une continuité entre l'union soviétique et la Russie. Cette filiation est une vue de l’esprit. »

Voir dans la Russie actuelle la continuité de l’Union Soviétique, c’est reprendre les schémas qui ont été ceux de la vieille gauche française, PCF et PS, pendant des décennies : la social-démocratie regardait du côté des pays capitalistes avancés ou des Etats-Unis, tandis que le PCF regardait du côté  du système soviétique. On appelait cela la politique des blocs. Mélenchon, dans le domaine de la politique internationale, est resté dans les cadres de ce vieux logiciel, qui interdit de penser la politique en termes de mouvement des peuples pour leur émancipation. Il défend une politique qui va à l’inverse de l’internationalisme.

Petits et grands bonapartes prolifèrent depuis les débuts de la Vème République… Voici le dernier en date : Mélenchon fait à la France le don de sa personne….

 


Pourquoi Jean-Luc Mélenchon se trompe, par Dominique Vidal


Source: http://www.regards.fr/web/article/syrie-pourquoi-jean-luc-melenchon


Dominique Vidal, spécialiste du Proche et du Moyen-Orient, a regardé Jean-Luc Mélenchon lors de l’émission On N'est Pas Couché (ONPC) du Samedi 20 Février 2016. Il décrypte les analyses de Jean-Luc Mélenchon sur la Syrie, qui ont fait polémique.
 

Il est rare que, dans une émission de grande écoute, la situation syrienne occupe une telle place, près d’un quart d’heure. Mais ce fut, hélas, le trou noir d’une intervention par ailleurs brillante de Jean-Luc Mélenchon.
 
Car le candidat aux élections présidentielles opère un grand écart incompréhensible dans son raisonnement. Dans un premier temps, il considère à raison qu’il n’y a pas de solution militaire à une crise politique et s’oppose donc à toute intervention militaire occidentale, en particulier française, en Syrie. Et on le suit. En revanche, mystère de la logique mélenchonienne, il soutient l’intervention russe. Et il le fait au nom de la lutte contre l'Etat Islamique et de la solidarité envers les kurdes assaillis par l’armée turque.
 
L’intervention russe a pour but de sauver Bachar al Assad
 
Malheureusement, je crois que Jean-Luc Mélenchon connaît mal le dossier. La Turquie est constante, de tout temps, elle s’est focalisée contre les kurdes. Le fait qu’elle intervienne désormais en territoire syrien n’est qu’une question de degré. Il n’y a rien là de radicalement neuf.
 
De surcroît, Jean-Luc Mélenchon tait la réalité de l’intervention russe. Tous les observateurs, en dehors des russes, relèvent que l’action russe est principalement dirigée contre les opposants modérés au régime de Bachar al Assad.
 
Le type de bombardement, le carpet bombing, le tapis de bombes, s’inspire des actions de l’armée russe en Tchétchénie. L’aviation russe bombarde les civils et les militaires de façon indifférenciée. C’est très choquant. Un hôpital d’une Organisation Non Gouvernementale (ONG) vient même d’en être la cible.
 
J’ai accueilli récemment à l’Institut de Recherches et d'Etudes Méditerranée Moyen-Orient (IREMMO), pour un débat, l’ambassadeur russe en France, Alexandre Orlov, il n’a pas même présenté le combat contre l'Etat Islamique comme l'objectif de l’intervention de son pays en Syrie. Le but de celle-ci, a-t-il dit, c’est de sauver Bachar al Assad et son régime. Car, s’ils tombaient, ce serait la porte ouverte à une extension du djihadisme, notamment dans le Caucase.
 
Qu’est-ce qui permet à Jean-Luc Mélenchon de dire que l’objectif des russes est d’abattre l'Etat Islamique ? D’autant que, je le répète, l’écrasante majorité des bombardements russes ne visent pas les djihadistes.
 
Vladimir Poutine ne défend que les intérêts de Moscou, du moins ce qu’il considère comme tels.
 
Jean-Luc Mélenchon a pris l’habitude de se faire l’avocat de Vladimir Poutine, en Syrie comme en Ukraine.
 
Visiblement, il croit déceler une continuité entre l'union soviétique et la Russie. Cette filiation est une vue de l’esprit. À supposer que l'union soviétique ait agi au plan international pour défendre des causes justes, Vladimir Poutine ne défend plus ni ces causes, ni les valeurs qui les inspiraient. Vladimir Poutine ne défend que les intérêts de Moscou, du moins ce qu’il considère comme tels. Car il y a un grand écart entre les véritables intérêts de la Russie et la manière dont le groupe dirigeant les conçoit.
 
Je pense que Jean-Luc Mélenchon reproduit la même erreur d’analyse en ce qui concerne les régimes arabes. Le nationalisme arabe, laïc et socialiste, a disparu depuis longtemps. Les régimes de Saddam Hussein, hier, ou de Bachar al Assad, aujourd’hui, n’ont aucun rapport avec ceux des années 1960 et des années 1970. La politique progressiste a été remplacée par une politique libérale, marquée par les dénationalisations. De véritables mafias dominent l’Irak comme la Syrie.
 
Et la dimension laïque s’est réduite au point de n’être plus qu’une façade pour occidentaux de passage. Saddam Hussein faisait de plus en plus référence à l’islam dans les dernières années de sa dictature. Et Bachar al Assad instrumentalise les minorités comme un fond de commerce politique. Il y a eu fondamentalement une rupture au tournant des années 1980. Étrangement, Jean-Luc Mélenchon semble l’ignorer.


Les puissances impérialistes contre le soulèvement populaire, par Joseph Daher

Source :https://www.syriafreedomforever.wordpress.com/2016/02/11/la-syrie-ou-la-volonte-des-puissances-imperialistes-de-mettre-fin-totalement-au-soulevement-populaire

Mercredi 10 Février 2016

Les objectifs de l’intervention militaire et des bombardements massifs russes sont clairs depuis le 30 septembre 2015, sauver et consolider la puissance militaire et politique du régime de Bachar al Assad. Le président russe Vladimir Poutine a dit le 28 septembre 2015, avant le début des opérations, « qu'il n’y a pas d’autre manière de mettre fin au conflit syrien autre qu’en renforçant les institutions de l’actuel gouvernement légitime dans leur combat contre le terrorisme ».

En d’autres termes, écraser toutes les formes d’opposition, démocratiques ou réactionnaires, au régime de Bachar al Assad dans le cadre de cette soi-disant « guerre contre le terrorisme ». Tous les régimes autoritaires ont utilisé ce même genre de propagande pour réprimer les mouvements populaires et / ou des groupes d’opposition à leur pouvoir.

Cela a des conséquences terribles sur les civils. Le 20 Janvier 2016, l’Observatoire Syrien pour les Droits de l'Homme (OSDH) a annoncé que les frappes aériennes russes ont tué mille quinze civils, dont plus de deux cent enfants, depuis le 30 Septembre 2015, tandis que des centaines de milliers de civils ont dû fuir leurs maisons en raison des frappes aériennes russes, en plus de la destruction de quartiers entiers, hôpitaux, écoles et boulangeries.

Les Etats-Unis ignoraient-ils les objectifs de l'état russe ? Il est peu concevable que cela soit le cas, bien au contraire, ils ont probablement vu l’intervention militaire russe comme une occasion de faire pression sur l’opposition syrienne pour le pousser à négocier avec le régime de Bachar al Assad, comme d’ailleurs cela s’est constaté ces dernières semaines. Le secrétaire d'état américain John Kerry a en effet dit à des travailleurs humanitaires syriens, en marge d’une conférence des donateurs à Londres, que « l’opposition syrienne sera décimée » et que la population syrienne devait prévoir trois mois de bombardements. John Kerry a d’ailleurs accusé l’opposition syrienne d’avoir quitté les pourparlers de la troisième conférence de Genève et dès lors d’avoir ouvert la voie à une offensive conjointe du régime syrien et de la Russie contre Alep.

L’attitude politique des Etats Unis ne doit néanmoins pas être considérée comme une surprise ou une trahison de Washington comme certains l’ont présenté. Cela signifierait que l’administration américaine aurait même pour une seconde eu une volonté politique de changement de régime en Syrie, ce qui n’a jamais été le cas comme je l’ai montré dans de nombreux articles.

Malgré leur rivalité, les interventions des états impérialistes et sous-impérialistes, impérialismes régionaux, partagent un objectif commun aujourd’hui, liquider le mouvement populaire révolutionnaire en Syrie commencé en mars 2011, stabiliser le régime de Damas en maintenant à sa tête le dictateur criminel, pour un court et moyen terme au moins, et essayer de vaincre militairement l'Etat Islamique.

Par exemple, le ministre des affaires étrangères saoudien Adel al-Jubeir a déclaré le 8 février 2016 que Riyad envisageait la possibilité d’envoyer des forces spéciales saoudiennes en Syrie dans le cadre d’une coalition des États-Unis dirigée contre l'Etat Islamique. Les Émirats Arabes Unis (EAU) et Bahreïn ont également rejoint le mouvement en affirmant leur volonté d’envoyer des troupes pour former et soutenir la coalition américaine contre l'Etat Islamique, tandis que le Koweït soutient l’alliance contre l'Etat Islamique mais n’enverra pas des troupes. En même temps, le roi du Bahreïn, Hamad bin Isa al Khalifa, a accueilli et offert au président russe Vladimir Poutine une épée damascène et il lui a dit qu’il l'a appelée l’épée de la victoire et que la victoire sera son alliée. Le conseiller du président russe a annoncé de son côté que le roi Salman d’Arabie Saoudite a prévu de se rendre en Russie au mois de mars 2016.

Nous ne devons en effet pas imaginer les rivalités impérialistes à l’échelle mondiale entre les Etats-Unis, la Chine et la Russie ou régionales entre différents impérialismes régionaux comme impossibles à surmonter lorsque leurs intérêts sont en jeu et que les relations d’interdépendances sont en fait très présentes. Tous ces régimes sont des pouvoirs bourgeois qui sont ennemis des révolutions populaires, uniquement intéressés par un contexte politique stable qui leur permette d’accumuler et de développer leur capital politique et économique au mépris des classes populaires.

Cela n’a pas d’importance que les personnes détenues par le régime syrien soient tuées à une échelle quasi industrielle et systématique constituant une politique étatique d'extermination de la population civile et un crime contre l’humanité, selon des enquêteurs de l'Organisation des Nations Unies (ONU).

Aucune puissance régionale ou internationale n’est une amie de la révolution syrienne comme nous l’avons montré à maintes reprises.

Dans ce cadre, l'ONU agit comme une institution au service de ces diverses puissances impérialistes. Le révolutionnaire russe Léon Trotsky avait décrit l’ancêtre de l’ONU, la Société Des Nations (SDN) de la manière suivante, « la SDN dans sa défense du statu quo n’est pas une organisation de paix, mais une organisation de la violence de la minorité impérialiste sur la grande majorité de l’humanité ». Cela s’applique parfaitement aujourd’hui à l'ONU et au plan de Staffan de Mistura de soi-disantes négociations de paix pour la Syrie, comme les précédents d’ailleurs. On a également pu constater cela dans le silence de l’ONU sur le blocus par le régime de Bachar al Assad et du Hezbollah de la ville de Madaya, qui avait commencé dès la fin du mois de juin et le début du mois de juillet 2015, et cachant les principaux aspects du blocus pendant des mois, ou encore par la déclaration de Carla del Ponte, membre actuel de la commission d’enquête sur la Syrie de l’ONU, déclarant que de façon générale l’intervention russe en Syrie avait été positive, parce qu’elle attaquait des groupes terroristes tels que l'Etat Islamique et al Qaïda, tout en ajoutant qu’il y avait néanmoins un petit problème, le manque de distinction des frappes aériennes russes entre les civils et les groupes terroristes.

Le rôle des forces progressistes et démocratiques est de s’opposer et de condamner tous les projets impérialistes qui ont pour objectif de mettre un terme à la révolte populaire syrienne, de condamner la guerre continue du régime criminel de Bachar al Assad contre la population syrienne et de condamner l’assistance apportée par des forces étrangères de la Russie, de l’Iran, du Hezbollah et d’autres milices fondamentalistes chiites dans cette campagne meurtrière.

L’intervention de ces puissances et groupes étrangers a augmenté de manière considérable le nombre de victimes civiles et les souffrances dans le pays. En même temps, il nous faut nous opposer également aux interventions des monarchies du golfe et de la Turquie dans le passé et aujourd’hui, qui avaient pour objectif d’avancer leurs propres intérêts politiques égoïstes et non pas ceux du peuple syrien et de changer la nature de la révolution dans une guerre confessionnelle ou d’augmenter les animosités confessionnelles, suivant un comportement similaire donc du régime de Bachar al Assad et de ses alliés.

Nous devons soutenir aujourd’hui des demandes cruciales du peuple syrien qui sont la paix, la fin de la guerre, des bombardements et des blocus, la libération des prisonniers politiques et le retour des réfugiés et des populations déplacées internes. En même temps, il faut maintenir les objectifs initiaux de la révolution dans notre lutte et horizon politique, la liberté, la justice sociale, l’égalité et le refus du confessionnalisme et du racisme.

Nous pouvons encore trouver des exemples de poches d’espoir en Syrie soutenant ces objectifs initiaux. La ville de Zamalka, dans la province de Damas, a vécu des nouvelles expériences de démocratie locale avec l’élection par les habitants d’un nouveau conseil populaire local.

L’organisation populaire The Day After (TDA) a lancé au cours des dernières semaines une campagne de développement des capacités des femmes à l’intérieur de la ville de Douma, en mettant l’accent sur la participation et le leadership des femmes dans la société syrienne et les défis auxquels elles sont confrontés, y compris des conséquences de l’état des sièges et de la guerre sur leur vie et leur capacité à travailler.

Une autre campagne de l’organisation TDA appelée « se plaindre afin de ne pas perdre ses droits », a été menée dans la ville de Deraa, dans laquelle les activiste du TDA ont installé des « boîtes à plaintes dans les rues » pour encourager les citoyens à exprimer leurs préoccupations qu’ils peuvent avoir sur les groupes armés dans leurs régions et encourager des mesures et initiatives pour améliorer et renforcer les interactions entre les civils et les membres des groupes armés. La campagne avait déjà été lancée dans le passé à Idlib et à Douma. Des rassemblements ont été organisé à Douma, Kafranbel et Saraqeb en solidarité avec le peuple kurde avec des slogans tels que « de Douma à Amouda, paix et respect » et « les kurdes sont une partie de la révolution syrienne » et pour réactiver le mouvement populaire civil. Le mouvement de la jeunesse de Saraqeb dans le gouvernorat d’Idlib avait lancé une campagne pour promouvoir le respect de la liberté d’expression appelée « ceci est votre opinion », mais a dû arrêter après les menaces des groupes armés locaux.

Nous devons soutenir ces poches d’espoir et la résistance populaire armée et civile existant encore en Syrie et composée de divers groupes et mouvements démocratiques et progressistes opposés à toutes les formes de la contre-révolution, le régime de Bachar al Assad et ses alliés et les groupes fondamentalistes islamiques.

Commentaire après l’accord de Munich du Vendredi 12 Février 2016 entre la Russie et les Etats Unis

Les puissances internationales ont convenu de mettre en place un cessez le feu en Syrie qui doit débuter la semaine prochaine et de fournir un accès humanitaire rapide aux villes syriennes assiégées.

Ces déclarations risquent malheureusement de rester lettre morte, car le ministre russe des affaires étrangères Sergueï Lavrov a déclaré que la Russie n’arrêterait pas les frappes aériennes en Syrie, affirmant que la cessation des hostilités ne s’applique pas à l’Etat Islamique et à Jabhat al Nusra. L’état russe a fait des déclarations similaires dans le cadre de sa soi-disante « guerre contre le terrorisme » et de sa campagne de bombardements massifs en Syrie qui a commencé le 30 Septembre 2015 pour justifier son intervention militaire dans le pays du côté du régime de Bachar al Assad et qui a surtout touché des groupes de l’Armée Syrienne Libre (ASL) et autres groupes islamistes, en plus des civils.

 


François Hollande ou la déchéance socialiste généralisée…
… jusqu’au bout, des libertés menacées à la mise en lambeaux du droit du travail ! par Jacques Cotta

Sommaire :

Durant les mois qui viennent de s’écouler, François Hollande, le gouvernement de Manuel Valls et le parti socialiste se sont attelés à mettre en œuvre une politique d’une violence inouïe, sans précédent sous les différents gouvernements de droite depuis les trois dernières décennies.

Sur le plan des libertés d’abord, avec la loi sur l’état d’urgence, la réforme du code de la nationalité, la réforme constitutionnelle sanctionnant un durcissement autoritaire de la cinquième république qui menace directement les libertés syndicales, associatives et politiques. Sur cette question on trouvera une série d’articles sur notre site, dont notamment les interventions du meeting d’unité du 23 janvier à Paris « pour la levée de l’état d’urgence ».

Mais c’est le plan social et politique qui aujourd’hui mobilise les énergies présidentielles, gouvernementales et socialistes. Avec une rudesse incroyable tout ce beau monde est en train de dynamiter le code du travail au point de soulever l’admiration de Monsieur Gattaz, le patron du MEDEF.

150 ans en arrière !

Pêle-mêle ce sont tous les acquis principaux que les salariés ont arrachés de longues luttes durant des décennies que le gouvernement socialiste est en passe de liquider au nom habituel de la « modernité », de la « création d’emplois », de la « flexisécurité ». Intéressant langage orwellien où tous les mots importants sont utilisés pour indiquer le contraire de ce qu’ils signifient en réalité.

Après l’ANI, après les lois Macron et les milliards de cadeaux faits aux entreprises sans contrepartie notamment sur le terrain de l’emploi, le dynamitage du droit du travail vient parachever l’œuvre sociale de François Hollande. Et donner la cohérence de la politique « sécuritaire » du gouvernement.

L’utilité de l’état d’urgence !

Cette politique de liquidation sociale permet de comprendre l’acharnement gouvernemental qui s’affirme depuis les attentats du 13 novembre sur "l’état d’urgence".

Le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve a vendu la mèche en indiquant que l’objectif était d’installer des forces armées sur le territoire susceptible d’intervenir en tout point dans un délai maximal de 20 minutes.

Sachant que la loi se propose d’agir pour contrecarrer « tout trouble à l’ordre public », notion dont on s’accordera pour reconnaître son caractère pour le moins vague et général, qui serait donc visé par les ambitions du ministre de l’intérieur ? Des terroristes dissimulés un peu partout sur le territoire ? Ou bien plutôt les centaines de milliers de travailleurs de toutes catégories, pour lesquels les lois antisociales du gouvernement socialiste signifient une régression insupportable et produiront donc des affrontements inévitables !

Sans aucun doute, à 20 minutes de tout point du territoire il est vraisemblable de trouver des ouvriers qui refusent leur licenciement, des paysans qui ne veulent pas crever, des professions qui refusent de disparaître sous le coup de la déréglementation généralisée imposée par Bruxelles, mise en place par Hollande lorsqu’il ne devance pas simplement la volonté de l’Union Européenne.

Ce n’est pas la guerre contre « Daesh » qui est en cause, mais bien plutôt la guerre sociale préparée par les lois socialistes que l’Etat se prépare à assumer. Certaines des décisions et déclarations politiques prennent là toute leur valeur. La condamnation des « Goodyear » veut sonner comme un avertissement à l’attention de tout salarié qui relève la tête contre la dictature financière qui menace les vies et les familles. Les réactions contre ceux d’Air France traités de « voyous » par le premier ministre, coupables de défendre leur emploi et de s’opposer aux plans sociaux, résonnent comme une menace directe d’un appareil d’état qui ne peut cacher son inquiétude de voir la plaine s’embraser…

Spectacle pitoyable !

Le monde politique de « gauche » comme de « droite » ne semble obsédé que par les échéances présidentielles de 2017, incapable de répondre à l’urgence qui s’exprime immédiatement sous nos yeux. Jusqu’à Jean Luc Mélenchon qui endosse le costume bonapartiste de la 5ème république pour annoncer en guise de réponse aux sujets du jour sa candidature pour les prochaines présidentielles.

Pour des millions de françaises et de français qui subissent chaque jour et qui n’en peuvent plus, la question n’est pas l’échéance électorale de demain mais la capacité de résistance aujourd’hui pour mettre en échec les lois gouvernementales aux effets catastrophiques.

Alors que la plupart des candidats potentiels de « gauche » et de « droite » rivalisent pour savoir qui en 2017 ira plus loin l’un que l’autre dans l’horreur politique, économique, sociale et démocratique, dans la lignée des présidents successifs de la 5ème république dont François Hollande, voilà les « sceptiques » ou autres « frondeurs » qui se font entendre pour demander une primaire à gauche sans qu’aucun d’entre eux n’ait été capable de prendre ses responsabilités pour mettre en échec le gouvernement Hollande Valls, du moins pour tenter de le faire en mobilisant dans le parti socialiste contre la politique gouvernementale. Tous ces « sceptiques », « frondeurs » ou « simples militants de la primaire » assument ainsi un rôle de rabatteur pour le futur candidat officiel de la « gauche » au prétexte du danger de voir la droite ou l’extrême droite l’emporter. Mais le danger, c’est aujourd’hui, dans la politique mise en œuvre par ce gouvernement. Et qui évite de reconnaître les termes du débat mérite une défaite annoncée d’ambitions plus tournées vers des objectifs personnels que vers une vision politique collective.

Toute politique qui ne met pas au centre la nécessité d’en finir avec la 5ème république et ses institutions anti démocratiques, autoritaires et bonapartistes, d’en finir avec la dictature de l’U.E. et l’euro qui servent le capital financier au détriment du travail et des travailleurs manuels et intellectuels, toute politique qui s’affirme comme tentative de replâtrage du système mérite un échec cuisant.

Dans l’opposition aujourd’hui à la politique menée par Hollande, Valls, le parti socialiste et soutenue par Sarkozy, Juppé, « les républicains », les Le Pen et le FN, n’est-il est urgent de bâtir une force dont le premier objectif serait la déroute du système, condition pour aller vers la république sociale ? N’est-ce pas cela en effet que demandent –à l’image de Sanders aux USA- les millions de françaises et de français qui rejettent la politique et les politicards de tous bords assimilés –à juste titre- à un système oppresseur et sans avenir ?


La Grèce paralysée par la grève générale contre la réforme des retraites

Source: http://www.revolutionpermanente.fr/La-Grece-paralysee-par-la-greve-generale-contre-la-reforme-des-retraites

Jeudi 4 Février 2016, la Grèce était paralysée. Arrêts de travail, transports bloqués, la journée de grève générale a mobilisé plus de cinquante mille personnes dans toute la Grèce. Au cœur de ces cortèges une seule et même préoccupation, la lutte contre cette nouvelle « réforme » des retraites défendue par le gouvernement SYRIZA ANEL conduit par Alexis Tsipras.
 
Plus de quarante mille manifestants à Athènes, quatorze mille à Thessalonique, deuxième ville du pays, ont participé à cette mobilisation, la plus massive depuis l’élection d'Alexis Tsipras et l’arrivée de Syriza au pouvoir, en janvier 2015.
 
Sur plusieurs bannières on peut lire, « pas touche aux retraites » ou encore « Quand on a cinquante pour cent d’impôts directs et indirects et vingt pour cent de cotisations sociales, vous comprenez que nous allons avoir des problèmes ». Les transports urbains, ferroviaires, aéroportuaires et maritimes étaient également perturbés tandis que la capitale était également plongée dans un calme inhabituel par l’absence des milliers de taxis de la ville.
 
Les manifestants étaient répartis dans trois cortèges, ceux du PAME proche du parti communiste grec (KKE), le plus important en nombre, des grands syndicats du public (ADEDY), du privé (GSEE) et de la gauche radicale. C’est la troisième fois que le premier ministre Alexis Tsipras affronte une grève générale. Les manifestants étaient deux fois plus nombreux qu’en novembre 2015 et près de trois fois plus qu’en décembre 2015.
 
Au-delà des secteurs traditionnels, ce sont aussi un nombre record de professions qui sont descendus dans la rue.
 
Assureurs, vétérinaires, avocats, agriculteurs ou médecins ont défilé aux côtés des fonctionnaires et de nombreux employés du privé. En effet, les professions libérales sont vent debout contre la réforme des retraites qui va fragiliser encore un peu plus leurs sources de revenus, même s’il ne s’agit pas du secteur qui, jusqu’à présent, a le plus souffert de la crise.
 
Ainsi de nombreux commerces étaient fermés pour dénoncer une réforme qui frappe de plein fouet les travailleurs indépendants, ainsi que les agriculteurs. Depuis Vendredi 22 Janvier 2016, ces derniers campent sur les grands axes routiers. Depuis Lundi Premier Février 2016, ils bloquent les postes-frontières avec la Bulgarie et la Turquie. A Athènes, la police a réprimé des manifestants par des tirs de gaz lacrymogènes, les groupes de jeunes répondants par des cocktails Molotov avant d’être rapidement chassés.
 
Déjà bien réchauffée par les quarante-huit heures de grève, Jeudi 21 Janvier 2016, le monde du travail, ainsi que des travailleurs indépendants, manifestent ensemble contre les nouvelles mesures d’austérité, malgré les nombreuses tentatives de division du gouvernement. Alors que la majorité SYRIZA ANEL ne tient qu’à un fil au parlement, cent cinquante-trois députés sur trois cent, non seulement les ministres d'Alexis Tsipras montrent des signes de fébrilité mais aussi les créanciers qui voient d’un mauvais œil ce regain des mobilisations.
 
En effet, le jour de la grève générale, la dirigeante du Fonds Monétaire International (FMI), Christine Lagarde, a déclaré que le FMI ne voulait pas imposer de « mesures draconiennes » en Grèce, mais réclame toutefois plus d’efforts d’Athènes sur la réforme des retraites. Tandis que Bruxelles et sa commission européenne ont annoncé réviser en hausse Jeudi 4 Février 2016 leurs prévisions économiques pour la Grèce, tablant sur une récession moindre en 2016 et un rebond grâce aux réformes, en Grèce, le retour de la lutte des classes ?


Laïcité, les égarements de Gérard Filoche, par Robert Duguet


Le courant de Gérard Filoche « Démocratie et Socialisme » vient d’élaborer une contribution à l’ébauche d’une plateforme intitulée « Pour une majorité rose-rouge-verte, décidons ensemble ! » C’est une resucée de l’orientation, pourrait-on dire, de l’ex-gauche socialiste de Mélenchon-Dray. On tient le terrain sur le flanc gauche du PS, mais in fine on remet en piste à la tête de l’Etat ceux qui nous ont trahi depuis 1981.

Un point a particulièrement retenu mon attention, celui de la question laïque. La contribution dit ceci :

 « Pour le FN, la laïcité ne s’impose qu’aux religions qui ne sont pas conformes à « nos traditions ». C’est un prétexte pour interdire l’Islam dans l’espace public.
La laïcité doit organiser la neutralité de l’État, de ses fonctionnaires, pour que  les religions, comme toutes  les opinions, puissent s’exprimer dans l’espace public. La laïcité, c’est la coexistence entre les divers croyants, les athées et les agnostiques. »

« La laïcité, c’est la coexistence entre les divers croyants, les athées et les agnostiques. » Ce qui est présenté là, c’est l’auberge espagnole anglo-saxonne, où chaque communauté défend son pré carré dans l’Etat en faisant pression sur les pouvoirs publics. C’est le modèle américain des lobbys.

Rappelons les positions qui étaient celles du mouvement ouvrier.

La Commune de Paris avait renvoyé à la solitude de la prière les ministres des différents cultes. Le mouvement ouvrier a défendu dans son histoire tout ce qui dans la société bourgeoise permet à la classe opprimée de se constituer en corps politique spécifique : ainsi l’instruction publique, parce qu’elle donne les bases de construction du citoyen, l’anticléricalisme parce qu’il interdit que la religion intervienne dans la sphère publique, et tout ce qui relève de la pensée libre, scientifique contre l’obscurantisme. C’est ce qui fonde l’accord avec le courant républicain sous la 3ème république. Celle-ci reconnait la liberté de culte comme une liberté privée inaliénable, pour autant que les pratiquants d’un culte respectent les libertés publiques. La loi de 1905 sera le point d’orgue de cet accord entre le mouvement ouvrier, voir les positions de Jaurès, et les républicains : la république reconnait la liberté absolue de conscience et en conséquence ne salarie et ne subventionne aucun culte. La religion est une affaire privée. Et non la formule qu’en donne Gérard Filoche : « La laïcité doit organiser la neutralité de l’État, de ses fonctionnaires, pour que  les religions, comme toutes  les opinions, puissent s’exprimer dans l’espace public. » Cette pétition de principe, ce n’est pas la laïcité, c’est du retour à Savary ! « La religion concourant au service public » (citation extraite du préambule de la loi Savary, visant à instituer le grand service unifié laïc de l’éducation nationale, c’est-à-dire la reconnaissance de l’école confessionnelle dans le service public).

Précisément le mouvement laïque, avant qu’il ne soit vaincu sous le premier septennat de François Mitterand, défaite dont il ne s’est pas encore relevé, a toujours considéré que la religion, contrairement à l’esprit du concordat napoléonien, ne devait pas empiéter sur l’Etat et l’exercice de la citoyenneté. Pour Filoche, et en cela il est en accord parfait avec les actuels dirigeants du PS, la laïcité doit permettre de « s’exprimer dans l’espace public ».

O Laïcité ! que de crimes on commet en ton nom !

Personne ne pose plus la question qui fâche, parmi tous ceux qui se découvre une vocation de laïque, d’un échiquier politique qui va de Hollande à Marine Le Pen : « la république ne subventionne et ne salarie aucun culte. » A commencer par l’abrogation de toutes les lois antilaïques promulguées depuis la loi Debré d’aide à l’enseignement privé, confessionnel à 90%, sous les gouvernements de droite et de gauche.

Ce sera le programme de la république sociale !

La défaite laïque de 1984 a permis que l’ensemble des institutions religieuses qui existent dans la société française se servent d’un droit communautaire pour réclamer la différence des droits. Et la différence des droits, c'est l'esprit d'un affrontement constant, d'une guerre civile larvée entre des citoyens qui deviennent des acteurs d'une communauté dans l'Etat.

A force d’errer sous les arcanes d’un parti néo-socialiste, ce parti « sain » dont Filoche parlait au moment de l’affaire Cahuzac, cela finit par déteindre sur soi. Casse-toi Gérard et prend une bonne douche, il fera toujours meilleur dehors !


Faire l’unité de la gauche avec Jean-Christophe Cambadélis ? par Robert Duguet

Il est membre de l'Organisation Communiste Internationaliste (OCI) à partir de 1971. Il préside l'UNEF après l’éclatement du syndicat étudiant de 1980 à 1984, au nom de la tendance Indépendante et Démocratique du courant lambertiste. Il est un artisan de la reconstruction unitaire avec la réintégration des étudiants de l’UEC (PCF), mais ce, dans l’intention d’en offrir la direction au PS. Le parti de François Mitterand n’a pas d’organisation de jeunesse. Il en laisse la direction à Julien Dray après 1984.

Il n'a jamais eu de diplômes légaux en dehors de son baccalauréat. Il obtient cependant un diplôme de doctorat du 3ème cycle soutenu en 1985 à Paris VII. Pour rependre des responsabilités au PS, il faut une carte de visite universitaire. Pierre Fougeyrollas est à l’époque responsable du département sociologie de l’université Paris VII. L’OCI est à l’époque une organisation rigoureusement centralisée. Pierre Lambert demande à Pierre Fougeyrollas de faciliter la carrière universitaire de Cambadélis. Il est son directeur de thèse et c’est lui-même qui en rédige l’ensemble. Cette thèse est aujourd’hui convaincue de plagiat par l'auteur Laurent Mauduit, ex-militant de l’OCI et journaliste aujourd’hui à Médiapart. Celui-ci démontre qu'il a obtenu sa thèse en moins d'un an (au lieu de 2 à 3 ans en moyenne) et sans aucun des diplômes universitaires requis pour présenter une thèse de 3ème cycle. Médiapart présentera une enquête qui confirme la fraude et le plagiat.

L’entrée au PS, avec un certain nombre de cadres de l’OCI, à qui on fait reluire la perspective d’y construire un courant gauche, se fait dans la foulée en 1986, après ce cadeau royal fait à Mitterand, la direction de l’organisation de jeunesse. Ce diplôme usurpé lui permet d'accéder à des postes de responsabilités au sein du PS et dans diverses structures chapeautées par le PS.

C'est ainsi qu'il obtient un emploi fictif à l'AGOS, société gestionnaire de foyers de travailleurs immigrés auprès de laquelle il va bénéficier d'un emploi fictif entre 1993 et septembre 1995. Ce poste lui rapporte plus de 442 000 francs (environ 67 382 euros). Poursuivi pour recel d'abus de bien sociaux, il est condamné en janvier 2000 à cinq mois de prison avec sursis et 100 000 francs d'amende (environ15 244 euros) par le tribunal correctionnel de Paris (donc son bénéfice après amende est de 52.138 EUR).

Mis de nouveau en examen le 7 juin 2000 pour abus de confiance dans l'affaire de la MNEF, il est soupçonné d'avoir bénéficié d'un emploi fictif au sein de cette mutuelle étudiante entre 1991 et 1995, pour lequel il aurait touché 620 500 francs (94 580 euros) d'une filiale de la MNEF, au titre d'une activité permanente de "conseil". Sans qu'aucun recours pour exercice illégal de cette profession n'ait été intenté contre lui.

Au moment où la justice commence à s’intéresser de près aux affaires de la MNEF, son président s’est fait construire un yacht, spécialement équipé pour diriger la mutuelle tout en faisant des promenades en mer : coût approximatif 300 000 euros d’aujourd’hui. Comme cela commençait à sentir le soufre, on coule le bateau. L’assurance rembourse la valeur !
De 1991 à 1993, c'est en qualité de « sociologue » que Jean-Christophe Cambadélis a été rétribué à hauteur de 420 499 francs (64 104 EUR) par la Mutuelle interprofessionnelle de France (MIF), une filiale de la MNEF. Cambadélis était alors député, avec revenus afférents. Non réélu en 1993, il reçoit jusqu'en 1995 quelque 200 000 francs (30 489 EUR) supplémentaires de la MIF, en tant qu'administrateur « chargé des contacts auprès des ambassades ou des universités ».

Il est également pris dans le scandale des fausses factures de la MNEF et sera condamné à ce titre aussi.
Le 2 juin 2006 il est reconnu « coupable de recel d’abus de confiance » et condamné à six mois de prison avec sursis et 20 000 euros d'amende par la 11e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris (donc après paiement de l'amende il aura un bénéfice de 169 069 EUR).

Ce cadre du PS qui n'a jamais travaillé de sa vie et n'a jamais obtenu de diplômes autres que son baccalauréat aura néanmoins perçu - frais de condamnations déduits - la somme totale de 221 207 euros au titre d'emplois fictifs. Il est élu député socialiste en 1988 et perçoit des indemnités conséquentes à ce titre.

En 1990 il fonde le Manifeste contre le Front National où il développe" la stratégie du harcèlement démocratique".
Fort de ses glorieux états de service il devient vice-Président du Parti Socialiste en octobre 2012. Puis, après la défaite du PS aux municipales de 2014 il remplace Harlem Désir à la tête du PS.

En 2015 il publie le brillant " A gauche, les valeurs décident de tout" ... ouvrage qui s'est vendu à 278 exemplaires !

Cambadélis, comme tous les bureaucrates corrompus, fait partie de ces gens qui ont le plus parfait mépris pour la place de la théorie dans la réflexion politique et pour le mouvement des idées dans l’histoire. Elles ne sont que le marchepied de ceux qui font une carrière juteuse.

Ainsi cette anecdote qu’il raconte lui-même dans une interview télévisée : présenté à François Mitterand, qui lui était un fin lettré, en 1986, il rédige pour le président un texte d’orientation politique. Mitterand lit le texte, réfléchit un instant et se met à corriger les fautes d’orthographe, de style ou de grammaire dont le texte était truffé… Rappelons cette autre anecdote : en 1936 à la chambre, Léon Blum est interpellé par un député radical qui lui parle en latin classique. Ce dernier ne se laisse guère impressionner : il répond en grec ancien.

Cambadélis… méprisable sur tous les terrains !


A propos des massacres de Ghouta, faubourg de Damas tenu par les insurgés syriens, par Michel Pinton

Fondateur de l'UDF avec Giscard, rejoindra le courant de Chevènement en 1990, ancien député au Parlement européen.

 

Les faits que je vais évoquer ici, ne sont pas anciens. Ils se sont produits il y a un peu plus de deux ans. Mais, après avoir fait la « une » de la presse, ils sont tombés dans un puits de silence et d’oubli. Ramenons-les brièvement à la vie.

En juin 2013, notre gouvernement, emboîtant le pas à  Washington et Londres, lance soudain une mise en garde à Bachar El Assad. Il lui fait savoir solennellement que la retenue que la France s’est imposée depuis le début de la guerre civile, n’est pas intangible. Si le « dictateur syrien » s’avise à réprimer le soulèvement populaire par l’emploi d’armes chimiques, une « ligne rouge » sera franchie. En représailles, nos « Rafales » bombarderont les bases et dépôts de son armée, ce qui conduira à son effondrement rapide.

Deux mois plus tard, le 21 août 2013, les médias annoncent que Ghouta, un faubourg de Damas tenu par les insurgés, vient d’être attaqué au gaz sarin. On compte, selon les sources d’information, de 280 à 1720 victimes, presque toutes civiles.

Des commentaires horrifiés s’étalent dans la presse parisienne. L’opinion générale des éditorialistes, universitaires et porte-paroles de partis est que le « boucher de Damas » a voulu narguer la conscience universelle. Sa provocation est insupportable. Dans un appel retentissant, la directrice du journal « Le Monde » réclame une riposte armée. François Hollande fait aussitôt connaître sa détermination : il convoque nos chefs militaires à l’Elysée, approuve le plan de bombardements qu’ils ont établi et ordonne aux pilotes de Rafales de se tenir prêts à voler vers la Syrie en coordination avec les avions de nos alliés.

Mais l’expédition ne parvient pas à décoller. Les députés britanniques, qui n’ont pas oublié que Tony Blair leur avait menti dix ans plus tôt pour leur arracher l’autorisation d’envahir l’Irak, flairent la manipulation et refusent la participation anglaise. Barack Obama tergiverse. Le pape François, qui en sait plus long qu’il ne peut le dire, s’oppose à l’attaque occidentale avec vigueur. Finalement les Américains renoncent  à la guerre. Hollande et Fabius se retrouvent seuls. Ne pouvant plus infliger à Bachar El Assad le châtiment promis, ils multiplient contre lui les condamnations morales et les sanctions politiques.

Pourquoi rappeler cet épisode ? Parce que l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OPCW), instance internationale qui regroupe la quasi-totalité des Etats du monde, vient de terminer son rapport officiel sur le massacre de Ghouta. Il est le fruit de deux ans de travail. Les experts de l’OPCW ont analysé la nature du gaz qui a tué tant d’innocents, notamment par des prélèvements sur les corps des victimes. Leur conclusion est formelle : la composition de ce gaz est différente de celle que l’on trouve dans les stocks de l’armée syrienne. Bachar El Assad est innocent du crime  qui lui a été imputé.

Le rapport ne s’arrête pas à ce constat. Il en fait un autre. Il s’intéresse aux armes chimiques que le colonel Kadhafi avait jadis fabriquées et entreposées dans le désert libyen. Une importante partie de son stock a été, après sa mort, vendue à des « groupes anti-Assad », transportée en bateau vers des ports turcs puis acheminée par la route jusqu’aux fiefs rebelles de Syrie. La composition du sarin libyen est la même que celle du sarin jeté sur Ghouta.

Voici nos dirigeants pris à contrepied. Non seulement ils se sont trompés sur l’identité du coupable mais ils sont dans une position moralement intenable. Si vraiment l’utilisation d’armes chimiques  contre des civils est un crime contre l’humanité et si vraiment celui qui s’en rend responsable franchit la ligne rouge de la punition, qu’attend notre gouvernement pour châtier les rebelles syriens ? N’ont-ils pas aggravé leur responsabilité en empoisonnant une population qui était sous leur autorité dans le but cynique de nous entraîner à nous battre à leur profit ?

Mais notre gouvernement semble n’être au courant de rien. Hollande et Fabius continuent de reconnaître les chefs des insurgés comme seuls représentants légitimes du peuple syrien ; ils les reçoivent chaleureusement à Paris et leur prodiguent un soutien sans faille. Peut-être sont-ils trop accaparés par des tâches pressantes pour lire le rapport de l’OPCW ; peut-être estiment-ils qu’ils n’ont pas de temps à perdre dans une affaire presque oubliée ; peut-être jugent-ils inutile de lire ce document parce qu’il ne leur apprend rien : ils ont su à quoi s’en tenir depuis le début.  En toute hypothèse, il est clair que, pour eux, la vérité et la justice n’ont pas leur place dans la politique étrangère de la France. 

Quant à l’opinion publique de notre pays, elle reste dans l’ignorance de ce qui s’est réellement passé à Ghouta en août 2013. Les éditorialistes qui appelaient à la guerre contre Assad, se gardent bien de publier la moindre information sur les conclusions de l’enquête internationale. Ainsi protégées, les accusations de nos dirigeants, devenues mensonge d’Etat, continuent de prospérer. Tant pis pour la démocratie.

 


L’Internationale communiste et les coopératives, par Patrick Le Tréhondat

Source : http://www.autogestion.asso.fr/?p=5752#more-5752
 
Lundi 15 Février 2016


Au lendemain de la révolution russe d'octobre 1917, les militants communistes s’interrogent sur la place à donner aux coopératives avant et après la révolution espérée, notamment ceux des pays capitalistes développés qui connaissent une longue tradition coopérative. La toute nouvelle internationale communiste, fondée en 1919  à Moscou, sera le lieu de cette confrontation. Cependant, la relation du mouvement communiste face au mouvement coopératif n’a pas été de soi et a souvent été marquée par la méfiance voire l’hostilité.
 
Dans le bulletin communiste, « organe du comité de la troisième internationale », du 27 mai 1920, Gabriel Miasnikov publie un article sur « la dictature du prolétariat et les coopératives ». Il rappelle, après avoir dénoncé la politique de capitulation des mencheviks, que, dès 1907, les bolcheviks de Moscou et Petrograd se battaient pour que « les magasins et les boulangeries soient organisés par les organes officiels des villes pour le bien commun et placés sous le contrôle de représentants ouvriers ». Dans des usines, des résolutions votées indiquaient alors que « bien que nous reconnaissions que l’affermissement du mouvement politique soit la tâche principale du moment, nous mettons en garde contre l’emballement pour les coopératives de consommation. Nous sommes contre leur fondation dans des endroits où il n’y a pas de mouvement de masse en leur faveur ». Selon Gabriel Miasnikov, le mouvement coopératif d’avant 1917 était en fait « la dernière forteresse de la réaction » et il convenait par conséquent de le subordonner au nouveau pouvoir soviétique. C’est la lecture qu’il fait du décret du 11 avril 1918 que Vladimir Lénine évoque plus haut. Cependant il reconnaît qu’il fallait trouver un « modus vivendi pour les organes coopératifs, car avant tout un organe si fort et si éprouvé de la répartition des biens économiques tel que les coopératives de consommation devaient être nécessairement utilisées pour la reconstruction socialiste du pays ». Il se félicite du décret du 20 mars 1919 qui, selon lui, procède à « l’incorporation du mouvement coopératif aux institutions officielles prolétariennes générales », même s’il persiste à caractériser les coopératives comme la troisième forme du mouvement ouvrier aux côtés des syndicats et des partis.
 
Deux mois plus tard, le bulletin communiste publie un autre article sur « les coopératives de consommation » signé par Nikolaï Krestinsky. Dans son historique du mouvement coopératif, Nikolaï Krestinsky constate que, avant la révolution de février 1917, les coopératives étaient dominées par la petite bourgeoisie qui y trouvait un moyen de survivre économiquement et que, après la révolution de février 1917, elles se rangent aux côtés du gouvernement provisoire. En dépit de ces limites, quoiqu'il pointe l’existence limitée de coopératives ouvrières indépendantes, il conclut que les coopératives sont devenues « une force » que l’on ne pouvait pas ignorer au lendemain de la révolution d'octobre 1917 et « c’est pourquoi, malgré l’hostilité qui s’était créée entre nous et les couches supérieures de la coopération, nous n’avons pas hésité à préférer l’appareil de la coopération à celui du commerce privé », ajoute-t-il. Revenant sur le décret d’avril 1918, qu’il reconnaît être un compromis, il note que celui-ci interdit aux coopératives d’élire dans leur conseil d’administration des commerçants ou des dirigeants d’entreprises privées et que celles-ci sont exemptées de l’impôt sur les sociétés car il « était important pour nous que la coopération cessât d’être le regroupement libre d’un nombre relativement faible d’individus. Nous voulions arriver à ce qu’elle embrassait toute la population de la Russie soviétiste ». Après ce décret, les coopératives restent donc indépendantes de l'état et entretiennent avec lui des relations contractuelles relatives à l’approvisionnement. Leur adhésion n’est pas obligatoire mais elles doivent servir toute la population.
 
Le vingt cinquième numéro du bulletin communiste du 16 juin 1921 revient encore sur la question des coopératives et publie un article sur « le pouvoir des soviets et les coopératives ». Le rédacteur, comme les contributeurs précédents, souligne l’importance du mouvement coopératif mais, en raison de son hostilité à l’égard pouvoir des soviets, il devait être mis « hors d’état de nuire politiquement ». Pourtant, malgré cet objectif, « il a fallu faire des coopératives un des principaux points d’appui du régime ». Quoique qualifiées de contre-révolutionnaires, il explique « qu'elles ont reçu la charge de repartir parmi la population les entrées alimentaires ».
 
Au  troisième congrès de l'internationale communiste, en 1921, le congrès vote des « thèses sur l’action des communistes dans les coopératives ». Les coopératives existantes dans les pays capitalistes y sont considérées comme « subordonnées à la politique de la bourgeoisie impérialiste », dépendance dissimulée derrière leur « apolitisme et leur réformisme ». Par conséquent, elles ne peuvent « à aucun  degré servir les buts révolutionnaires du prolétariat. Seule la coopérative ouvrière dans les villes et dans les campagnes » peut se ranger au côté du prolétariat. En dépit de ces sévères caractérisations, les thèses préconisent que les communistes fassent « de la coopération un instrument de lutte de classe pour la révolution sans détacher les diverses coopératives de leur groupement central ». Outre l’activité générale des communistes dans le mouvement coopératif, le cinquième point des thèses recommande de « créer des relations non seulement de pensée et d’organisation, mais encore d’affaires entre les coopératives ouvrières de différents pays ». Le septième point conclut que les communistes « doivent continuer de travailler énergiquement à propager l’idée de la coopération et des groupements de coopératives en un instrument de lutte de classes et à former un front unique ouvrier avec les syndicats révolutionnaires ».  Le congrès décide de créer une section coopérative dans l'internationale pour coordonner les activités dans différents pays et notamment « mener la lutte pour la remise aux coopératives de la répartition des vivres et des objets de consommation dans tout état » et, dernier point conclusif, « favoriser l’établissement de rapports commerciaux et financiers internationaux entre coopératives ouvrières et organiser leur production commune ». En 1922, à la veille du quatrième congrès de l'internationale communiste, une conférence de six jours « des coopérateurs communistes » de vingt pays différents est organisée au début du mois de novembre 1922. Vladimir Mescheriakov, communiste russe, est rapporteur de la « section coopérative » de l'internationale communiste. Il constate en ouverture que « le mouvement coopératif est une des plus puissantes formes du mouvement ouvrier ». Cependant, la coopération était restée sur le terrain économique et par conséquent « elle n’attirait pas l’attention des éléments révolutionnaires, une situation fort bien exploitée par les sociaux traîtres de toutes nuances et tout acabit ». L’expérience de la révolution d'octobre 1917 illustre selon lui les conséquences de cette inattention. Le parti bolchevik a négligé la question des coopératives, considérant la direction de ce secteur comme petite-bourgeoise. Cette erreur a eu comme conséquence, au moment de la guerre civile, de laisser le secteur coopératif aux mains de forces contre-révolutionnaires et ainsi de faciliter le sabotage de la production et de la distribution. Sur la base de l’expérience russe, le congrès mondial devait donc recommander que chaque parti communiste implante des cellules dans les coopératives de leur pays afin de les orienter sur la ligne de leur parti. Le contrôle des coopératives, avant toute transformation révolutionnaire, était selon lui indispensable, voilà ce que l’expérience russe enseignait.
 
En effet, le prolétariat « n’ayant pas mis, préalablement à la révolution, la main sur la coopération », le nouveau pouvoir soviétique connaît d’énormes difficultés à organiser l’organisation de l’approvisionnement et de l’échange. « Or, la main mise sur la coopération ne peut se produire en un seul coup ». Il faut donc que, dès maintenant et bien avant la prise du pouvoir, les communistes « s’emparent de cette citadelle ». Mais le mouvement communiste international ne se préoccupe pas assez de cette question, notamment en France où « tout y va de la débandade ». 
 
La plupart des membres du Parti Communiste Français (PCF) ne sont pas membres de coopératives et ceux qui y sont engagés mènent des orientations contradictoires. En Allemagne, par contre, souligne le rapporteur, le parti est réellement investi dans les coopératives. Il édite « le coopérateur communiste » dédié à cette question et plus généralement sa presse, contrairement à l’Humanité, publie de nombreux suppléments sur les coopératives. Pour Vladimir Mescheriakov, le renforcement de l’activité dans le mouvement coopératif passe par le développement de la section coopérative de l'internationale et la coordination de ses sections nationales entre deux conférences internationales.
 
Une discorde française
 
À l’issue du rapport, le délégué français Henri Lauridan prend la parole pour défendre l’activité du PCF dans le mouvement coopératif et souligne le caractère trop général de la résolution proposée qui n’aborde pas la question des coopératives de production. Il ajoute, après de nombreuses considérations sur le mouvement coopératif qui s’apparentent à des précautions oratoires, que, dans le nord de la France, les communistes sont investis et même majoritaires dans les coopératives à Tourcoing, Halluin ou Marcq-en-Barœul. À Roubaix, ils animent une coopérative dissidente des « réformistes », propriétaire de « mille mètres carrés, de fours de boulangerie, d’un magasin de charbon, de café et de salle de réunion et de musique ». Il insiste sur l’existence des coopératives agricoles « syndicats de petits fermiers, des métayers qui s’assemblent parfois avec des petits propriétaires » et « entrer dans ces coopératives est une nécessité » car « parce que dans ces instants de la vie en commun peut faire pénétrer dans le cerveau individualiste des paysans cette idée d’une société nouvelle qui doit faire disparaître l'individualisme de la société actuelle ». Concernant les coopératives de production qu’il condamne comme illusoires, il mentionne cependant la coopérative de tissus « la solidarité ouvrière » qui existe depuis des années à Tourcoing.  Enfin il aborde la question des coopératives de reconstruction dans une région dévastée par la guerre et en défend l’idée car « on doit parler de la socialisation des logements, on peut trouver une formule qui empêche les ouvriers locataires de se dresser contre les ouvriers propriétaires de bicoques ».
 
En contre-point de cette intervention,  Arthur Henriet, un autre délégué français,  s’insurge contre les dangers que font courir les coopératives de production où « les camarades qui s’en occupent sont presque totalement perdus pour la cause révolutionnaire ». Il dénonce le « rêve » de Charles Gide même s’il reconnaît que « la valeur des coopératives est indiscutable ». Mais elles ne peuvent déployer toute leur force qu’après la révolution. Ainsi par exemple « la nouvelle politique économique (NEP) que l’on aurait peut-être pu éviter si, au lieu d’être obligés de détruire la coopération dont on n’avait pas compris le rôle dans l’organisation sociale, on avait su se servir de cette coopération », les véritables tâches de la coopération étant alors renvoyées après la rupture révolutionnaire. En effet celles-ci ne peuvent pas vraiment jouer un rôle dans la transformation sociale mais sont essentielles en tant que nouveaux organes de gestion post-révolution. D’où l’importance pour les communistes d’y être présents et de les contrôler. On devine derrière ce bref échange dont rend compte le bulletin communiste que des débats agitent alors le PCF sur la question des coopératives. Il serait utile d’y revenir plus en détail.
 
Tous ces débats et ces pratiques qui ont agité les années de 1917 à 1924 sur la question des coopératives restent une source de réflexion pour les autogestionnaires. On ne bâtit rien sur rien.

 


Les agriculteurs dégageant l'accès du Péloponnèse le 12 février...

La fin des tsiprosaures, par Panagiotis Grigoriou

historien et ethnologue

Source : http://www.greekcrisis.fr/2016/02/Fr0496.html


Temps de colère et de révolte, Vendredi 12 Février 2016, le pouvoir supposé politique, pris de panique, avait tenté de bloquer les portes d’Athènes, dans une tentative désespérée d’empêcher l’arrivée motorisée des paysans, venus manifester depuis les quatre coins du pays. À plusieurs reprises, les forces de police ont été d’abord violemment repoussées par les agriculteurs, ailleurs des négociations ont pu apaiser le ciel athénien, monde ambiant.
 
Les agriculteurs ont fait finalement leur entrée dans Athènes, d’où par la suite une petite bataille rangée devant le ministère de l'agriculture. Les rebelles de la version 2016, comme de l’histoire de la longue vie quotidienne sous l'occupation du mémorandum, ont installé leur campement à Sýntagma, nous n’avions pas vu cela depuis l’autre grand moment de notre infortune, c’était durant le mouvement des indignés, place Sýntagma, en 2011.
 
Les paysans crétois ont été les premiers à débarquer au Pirée, très tôt dans la matinée du Vendredi 12 Février 2016, ils ont aussitôt investi la ville, mais c’est devant le ministère de l'agriculture que toute leur colère a éclaté lorsque leur camionnette remplie d’un échantillon de leurs productions avait été saisie par la police, avant d’être libérée suite à un assaut réussi.
 
Devant le ministère, devant l’absence du ministre, surtout, devant le refus ministériel de recevoir une délégation crétoise porteuse d’un texte récapitulant les décisions de leurs collectifs, à savoir le retrait du projet de loi sur les retraites et sur la fiscalité des exploitants agricoles, une nouvelle attaque a été spontanément lancée contre les gardes prétoriens du gouvernement mémorandaire SYRIZA ANEL.
 
D’autres épisodes très violents aux portes d’Athènes se déroulèrent en même temps, lors du contact entre les paysans du Péloponnèse et les forces de l’ordre. Bilan, dix policiers blessés et quelques interpellations.
 
« Nous n'avons pas peur de la police, venez voir », tel fut le message et le geste charnel clairement affiché par certains agriculteurs et éleveurs du pays, immortalisé par un photographe. Inutile de dire que cette photographie a aussitôt fait le tour des medias et surtout de l’internet grec.
 
Nous nous attendions à cette expression fort violente, pour l’instant certes contenue, de cette phrase au bout de toutes les lèvres car sans cesse répétée au pays réel de la mise à mort économique par l'impossibilité de travailler et d’entreprendre, de la mise à mort sociale des droits sociaux des travailleurs et de la mise à mort nationale de la souveraineté par les agissements de type FRONTEX, Union Européenne et Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) dans les eaux territoriales de la Grèce après une nouvelle capitulation du gouvernement d'Alexis Tsipras, et tout cela en accéléré, depuis la terrible trahison du non par les tsiprosaures, « Cela ne peut plus durer », entend-on dire de manière unanime.
 
Ainsi, l’idée deviendrait désormais majoritaire en Grèce, indépendamment des piètres familles politiques, à concevoir, à tort ou à raison, que cette violence devrait prendre un caractère ciblé et précis, autrement-dit, apte à faire chuter le gouvernement SYRIZA ANEL, mieux encore, le système politique dans son ensemble.
 
Cette semaine, j’ai participé à une émission radiophonique depuis le Pirée consacrée au thème de la situation grecque et de la géopolitique bouillonnante actuelle autour de nous, au studio et joints par téléphone, on entendait des analystes de toutes les sensibilités politiques et, aussi, deux militaires à la retraite ayant participé à de structures de commandement de l’OTAN.
 
Joint par téléphone, Leonidas Chryssanthopoulos, du mouvement EPAM, a livré sa version, alors eschatologique à très brève échéance quant à la situation, « le gouvernement SYRIZA ANEL va tomber sous la pression populaire, par la mobilisation conjointe de l’ensemble des secteurs économiques comme de l’immense majorité de ce qui reste de la société grecque. Sauf que cet effondrement concernera de toute évidence l’ensemble du système politique, nous vivrons alors un événement analogue à la chute de la dictature des colonels en 1974. Les ministères seront aussitôt occupés par des insurgés appuyés par l’armée grecque et une constituante démocratique sera organisée pour très bientôt. En même temps, toute cette pseudo-législation des mémorandums sera annulée, le gouvernement provisoire saisira l’Organisation des Nations Unies (ONU) au motif que les procédures légales en vigueur n’ont pas été respectées, la dette implique comme on sait une faute grave de la part du créancier, recours à la corruption, à la menace ou à l’abus d’influence, en violation du droit national ou international aux conditions contraires au droit international et à l’intérêt général ».
 
Rêve, ou alors réalité naissante, j’ai publiquement exprimé des réserves, non pas quant à l’idée exprimée mais pour ce qui concerne la faisabilité d’un tel projet, sans au préalable un minimum de concertation entre les mouvements, le terrain, voire certaines institutions, syndicats, collectifs, armée et église. Or, cette concertation n’a pas l’air de se concrétiser, à ma connaissance en tout cas, une idée publiquement aussi partagée par les autres invités présents en studio.
 
La réponse a été brève, et pour ainsi dire sibyllique, « attendez de voir ».
 
Je rappelle que Leonidas Chryssanthopoulos est un ancien diplomate, il fut, entre autres, le premier ambassadeur de Grèce en Arménie en 1993, comme il a également servi à la mission permanente de la Grèce auprès de l'ONU et de l'Union Européenne. Il a été nommé aussi directeur général des affaires européennes au ministère des affaires étrangères et, en tant que jeune diplomate déjà, il avait participé aux négociations d'adhésion de la Grèce à la funeste Communauté Economique Européenne (CEE).
 
Je ne suis pas toujours au secret des préparations grecques, je sais par contre qu’en ce moment, l’effervescence reprend, par exemple, mes amis politiques issus du mouvement souverainiste de gauche, ceux du Plan-B d’Alékos Alavános, m’informent de la tenue de tant de réunions ouvertes qui ont lieu à Athènes et ailleurs, dans le but de coordonner justement les actions sur le terrain. Attendons de voir et surtout agissons.
 
Place Sýntagma, l’ambiance redevient ainsi enfin humaine. J’y ai rencontré d’ailleurs mon ami Yórgos Avgerópoulos, en train de filmer pour les besoins de son prochain documentaire sur les péripéties historiques de la Grèce post-mémorandaire, son film, Agora, sortira dans deux à trois ans.
 
La presse mainstream note, non sans effroi, cette rencontre fatale dans la rue entre la sociologie du non et celle du oui à l’Europe, autrement-dit, entre les couches de la population aux intérêts supposés divergents, par exemple, les agriculteurs, les classes populaires, les cadres, les avocats, les ingénieurs ou les médecins.
 
C’est exactement ce que j’ai observé durant toute la journée du Vendredi 12 Février 2016 à Athènes, une manifestation des avocats, et un concert de leur chorale, des médecins et évidemment du monde paysan.
 
Ce qui ne veut pas dire que cette jonction soit complète et surtout opérationnelle, en vue évidemment de renverser ce régime de la junte qui nous gouverne, sous les habits maintenant déchirés de la pseudo-gauche radicale syrisophorme.
 
Il y a tout de même certains signes qui démontrent combien ce pouvoir, prétendument aux mains des anthropoïdes et ministrions actuels, agit sous l’emprise de la panique. Sur l’île de Kos, toujours cette semaine, des manifestants opposés à la création du hot spot local, censé accueillir les migrants, autre grand thème du moment terrible dans lequel nous avons été plongés par les élites de la mondialisation, ont attaqué les locaux de Syriza aux cris de « salopards, l'heure est arrivée où on va vous faire la peau », sans commentaire.
 
Ensuite, les animateurs des radios mainstream, à l’instar d’Alpha FM, dans la soirée du Vendredi 12 Février 2016, lacèrent des appels destinés aux auditeurs et plus particulièrement aux jeunes gens, « pour surtout éviter le centre d’Athènes, où le chaos des manifestants est en train de régner, et à préférer une promenade du côté des quartiers sud près de la mer, pour par exemple boire son café ».
 
Tout comme ces étranges annonces sous la forme d’alerte météo pluies et vents, diffusées au même moment, et démenties par les faits pour ne pas évoquer l’évacuation des députés de Syriza, lesquels ont tous quitté le parlement par une issue de secours donnant sur le jardin botanique d’Athènes, resté fermé jusqu’à nouvel ordre par la police, une pratique déjà utilisée lors du gouvernement de Georges Papandréou, au moment le plus paroxysmique du mouvement des indignés en 2011.
 
Les engins agricoles, une vingtaine au total, ont en effet fait leur entrée dans Athènes, y compris place Sýntagma, dans la soirée du Vendredi 12 Février 2016. Certes, il y a eu un arrangement entre la coordination paysanne de Thessalie, proche du parti communiste grec (KKE) et le gouvernement avec à la clef leur retraite aussitôt quelques heures après.
 
J’en sais directement quelque chose, puisque ces tracteurs proviennent tous de la bourgade thessalienne de Palamas, dans le département de Karditsa, où une partie de ma famille vit toujours. N’empêche, cette entrée fut triomphante, les citadins ont accueilli les paysans en libérateurs, tel fut en tout cas l’instantané de la soirée du Vendredi 12 Février 2016 à Sýntagma.
 
Au passage des forces de l’ordre, nos animaux, tout comme nous autres êtres adespotes, sans maître, sortons enfin nos griffes. Attendons de voir.

Un commentaire d’un citoyen français sur le site à la fin de cet article :

« Courage, il ne faut pas désespérer... Vous étiez tellement démoralisé ces derniers temps, il faut beaucoup pour que les peuples se soulèvent, chacun essaie d'abord de s'en sortir. Quand il devient évident que seule la révolte (même violente) est la solution, alors...Je crois que la Grèce y arrive, ici en France il faudra encore du temps pour que notre peuple comprenne que sa survie passe par la révolution! Vous les grecs seraient comme dans le passé ceux qui montreront le chemin. »


"La question majeure qui se pose alors est celle de la construction du champ politique de l’affrontement. Ce champ doit se construire tant en Espagne (comme dans tout autre pays) que dans l’Union européenne..." (J.Sapir)

Lettre ouverte à Pablo Iglesias, par Jacques Sapir

Source: http://www.marianne.net/russe-europe/lettre-ouverte-pablo-iglesias-100240307.html

13 février 2016

Jacques Sapir, économiste, directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, auteur de Souveraineté, Démocratie, Laïcité, Paris, Michalon, 2016.
Christophe Barret, historien et essayiste, auteur de Podemos. Pour une autre Europe , Paris, éditions du Cerf 2015.


Présentation de la lettre ouverte

Christophe Barret et moi-même avons écrit une lettre ouverte au dirigeant de PODEMOS, Pablo Iglesias. Nous l’avons fait parce qu’il nous semble que ce que représente PODEMOS est un enjeu, au-delà de la seule gauche espagnol, qui concerne toutes les gauches européennes, mais aussi tous les européens, et même s’ils ne sont pas de gauche, qui étouffent sous la dictature européenne. Jean-Luc Mélenchon ne dit pas autre chose dans son texte où il annonce, de fait, sa candidature à l’élection présidentielle de 2017. PODEMOS, d’ailleurs, refuse la dichotomie traditionnelle entre gauche et droite et revendique clairement une démarche populiste, comme celles qui ont porté des gouvernements d’espérance en Amérique Latine.

Mais, certaines ambiguïtés demeurent dans le discours de PODEMOS. Or, venant après la capitulation de SYRIZA en juillet 2015, capitulation qui s’est suivie d’une reprise, certes contrainte et forcée, de la politique des « mémorandums » européens, de nouvelles ambiguïtés sont désormais insupportables. Elles portent en elles le risque de voir un mouvement social être conduit à l’échec alors que des solutions existent bel et bien. La position adoptée par Tsipras n’a rien changée sur le fond. La perspective du « GREXIT » est toujours d’actualité et la politique du nouveau mémorandum s’est révélée tout aussi mortifère, et toute aussi incapable de sortir la Grèce de sa crise que celle des précédant mémorandums. Les manifestations qui se multiplient ces derniers jours tant à Athènes que dans d’autres villes de Grèce en témoignent. Les menaces d’une insolvabilité de la Grèce, en mars ou en juin prochain, le confirment.

Dans l’intérêt des peuples d’Espagne, mais aussi dans celui des peuples européens, soumis à un pouvoir anti-démocratique dont la tête est tantôt soit à Francfort, soit à Bruxelles ou soit à Berlin, et que relaie, hélas, les élites politiques nationales, il faut une politique de claire rupture. Et c’est justement pour aboutir à cette clarification que la présente lettre a été écrite. Elle sera donnée en mains propres par Christophe Barret aux dirigeants de PODEMOS dans les jours qui viennent. En attendant, et pour lancer ici un débat dont l’importance et l’enjeu dépasse PODEMOS, je la publie, tant en français qu’en espagnol.
 

Texte français de la lettre ouverte

Cher Pablo Iglesias,

Face à la crise multiforme qui touche l’Union Européenne, les succès électoraux de PODEMOS appellent de nombreuses initiatives. Militant des marges du monde politique, vous proposez un nouveau discours politique dont il convient aujourd’hui de méditer les points forts. Dans la bataille pour la conquête du sens commun accepté par la grande majorité de nos concitoyens, il vous est paru préférable de privilégier à la traditionnelle dichotomie gauche/droite l’opposition des peuples à leurs élites. La crise que traverse la social-démocratie semble confirmer la nécessité d’un tel aggiornamento.

Néocolonialisme, compradorisation et populisme

Candidat du groupe de la Gauche Unitaire Européenne à la présidence du Parlement Européen le 30 juin 2014, vous justifiiez vos choix politiques et stratégiques en ces termes : « la démocratie, en Europe, a été victime d’une dérive autoritaire (…) nos pays sont devenus des quasi-protectorats, de nouvelles colonies où des pouvoirs que personne n’a élus sont en train de détruire les droits sociaux et de menacer la cohésion sociale et politique de nos sociétés ».

Nous partageons ce diagnostic. Les élites politiques des pays de l’Union Européenne sont bel et bien soumises à une puissance extérieure. Ce colonialisme sans métropole représente un défi pour les démocrates. Un concept, né à une autre époque et sur un autre continent, peut nous aider à comprendre le phénomène : celui de la « compradorisation des élites ». Selon une définition aujourd’hui communément admise, une élite compradore « ou « bourgeoisie compradore ») tire sa position sociale et son statut de sa relation avec une puissance économique étrangère qui domine son territoire d’origine. Ce concept fut, naguère, du plus grand intérêt pour comprendre l’évolution d’une Amérique latine que vous connaissez bien ! Aujourd’hui, en Europe, une nouvelle compradorisation est en œuvre, rendue possible par les institutions européennes et la puissance économique allemande.
De-même sommes-nous nombreux à faire nôtre le projet de Podemos de revivifier la démocratie. Nos prenons acte du fait que votre démarche populiste de contestation, authentiquement de gauche, se double de la volonté d’assumer les responsabilités de l’État – quand bien même ce souverainisme sans drapeau vous amène aussi à explorer les voie d’autres types de médiations selon un « processus constituant » dont il vous appartiendra, à terme, d’expliciter davantage.

De la dynamique européenne et des mouvements de contestation

La confiance dont vous témoignent aujourd’hui vos électeurs vient du fait que vous avez été, avec vos compagnons, les premiers à porter au Parlement une expression politique du mouvement des Indignés de 2011. La révolte des classes moyennes inexorablement entraînées dans un processus de paupérisation qui menace aujourd’hui de nombreuses régions du continent européen intéresse de très nombreux citoyens, bien au-delà des cercles des militants de la gauche de toujours. Un sursaut incroyable a eu lieu, il y a un an, en Grèce. Hélas, ce « Vaisseau venu de Grèce » que chantait en 1974 Lluís Llach s’est brisé sur les récifs des politiques d’austérité dressés par les institutions européennes. L’alliance de la social-démocratie avec celles du Parti Populaire européen (PPE), pour que rien ne change, peut être vue comme une réminiscence de « la Sainte Alliance des possédants » de 1848. Pour nos maîtres, le nouveau printemps de peuples n’aura pas lieu !

Dans un très long article publié – déjà presque en forme de bilan –, l’été dernier, dans la New Left Review, vous sembliez pourtant toujours considérer comme possible « un processus de recouvrement de la souveraineté » des peuples. En dépit de ce que nous appelons le processus de compradorisation des élites, il vous semble encore possible d’impulser des transformations du système productif et d’envisager une « reconfiguration  des institutions européennes en un sens plus démocratique », notamment avec l’établissement d’un Parlement de la zone euro[1]. Ce faisant, vous cherchez à créer un rapport de force au sein du conseil européen. C’est une stratégie courageuse, mais c’est aussi une stratégie discutable, qui peut avoir des implications graves non seulement sur PODEMOS mais de manière plus générale sur les autres mouvements de contestation européens. Chercher à créer un rapport de force dans le conseil européen implique de considérer que ce dernier aurait une quelconque légitimité. Or, le conseil n’a pas d’autre légitimité que celle de chaque pays. C’est un organisme de coordination et non de subordination. Il est vrai qu’il tend à se comporter comme un organisme de subordination ; mais faut-il l’accepter ? Faut-il se plier à la vision anti-démocratique des institutions européennes ? En faisant cela, on perd une bataille avant même de l’avoir menée.

Concrètement, construire un rapport de force implique que des mouvements anti-austérité arrivent simultanément au pouvoir dans différents pays. Force est de constater que cette perspective n’est pas crédible. Les temps électoraux et politiques restent propres à chacun des pays, parce qu’ils traduisent l’histoire et la culture politique nationale. Vous en savez quelque-chose, aujourd’hui, en Espagne. Ainsi, en s’engageant dans la direction de la construction d’un rapport de force au sein du conseil européen, PODEMOS fait un double cadeau aux partisans de l’austérité. D’une part, il fait un cadeau aux ennemis des peuples en leur reconnaissant une légitimité qu’ils n’ont pas et d’autre part il entraîne les différents mouvements dans une voie illusoire, celle qui consisterait à attendre que les élections permettent l’arrivée au pouvoir simultanée de majorité anti-austérité dans les pays de

l’Union européenne.

Il nous semble donc que c’est dans une voie dangereuse, et même suicidaire, que PODEMOS s’engage.

Construire le champ de l’affrontement

La question majeure qui se pose alors est celle de la construction du champ politique de l’affrontement. Ce champ doit se construire tant en Espagne (comme dans tout autre pays) que dans l’Union européenne. Mais, dans cette construction, deux éléments vont peser lourd pour le futur.

L’Europe

La question du rapport avec les institutions européennes, devenues aujourd’hui le camp retranché des partisans de l’austérité et conçue comme telle en réalité dès le départ, se pose. Nous souhaitons tous une large coordination entre les pays européens, et ceci inclut bien entendu des pays qui ne sont pas membres de l’Union européenne, comme la Suisse, la Norvège, la Russie et même ceux du Maghreb. Mais, nous devons constater que l’implacable logique du politique s’impose en ce qui concerne la nature de nos relations avec les institutions européennes. Il est ici dangereux de nourrir et d’entretenir des illusions, et nous pensons que certains points dans le programme de PODEMOS sont justement de cette nature. Il ne sert à rien de mettre en avant la sincère volonté de construire une « autre » Europe si les dirigeants européens sont d’emblée résolus au conflit.

Du moment que pour les partisans de l’austérité la venue au pouvoir d’un mouvement ou d’un parti dans l’un des pays de l’UE menace de remettre en cause pouvoir et privilèges, ils mettront en œuvre, et on l’a vu dans le cas de la Grèce au printemps 2015, tous les moyens à leur disposition, y compris des moyens illégaux et des pratiques de corruption, pour amener ce mouvement ou ce parti à résipiscence. La nature des relations entre les partisans de l’austérité et leurs adversaires constitue le couple amis / ennemis. Ce sera une lutte sans pitié ni merci. Nous serons d’emblée projetés dans la logique de l’antagonisme. Il faut donc ici poser la question du programme et de l’action de PODEMOS. Êtes-vous prêt à cet affrontement et à toutes ses conséquences ?
Cette perspective implique de définir le cercle des relations « agoniques », c’est à dire entre adversaires susceptibles de s’unir pour résister à des ennemis communs. De fait, la nature de l’affrontement avec les institutions européennes ne dépend pas de PODEMOS, comme il n’a pas dépendu de SYRIZA. Cette nature sera déterminée par l’action des dirigeants européens ; si, pour arriver à un accord, il faut deux volontés, une seule suffit pour provoquer le conflit. Mais, en imposant un cadre d’affrontements antagoniques aux partis anti-austéritaires dès qu’ils arrivent au pouvoir, les dirigeants européens peuvent permettre de faire émerger un autre cadre, celui des relations agoniques. Ce cadre, c’est celui des relations entre forces certes opposées, mais où l’affrontement avec les institutions européennes requalifie l’opposition d’un conflit entre adversaires et non plus entre ennemis. La question se pose donc à vous, comme elle se pose à toutes les forces luttant contre l’austérité en Europe : quelles sont les forces avec lesquelles vous pourriez passer des accords ou une trêve le temps de régler cet affrontement décisif ?

L’Euro

La question de l’affrontement avec les institutions européennes nous conduit à celle de l’Euro. Ce que l’on appelle la « monnaie unique » est en réalité un mécanisme qui a bloqué les nécessaires ajustements de taux de change entre des économies dont les structures sont très différentes tout en permettant de créer un espace unifié pour la spéculation financière. C’est pourquoi l’Euro est aujourd’hui défendu essentiellement par les banquiers et la « finance ». Mais, c’est aussi pourquoi les pays de l’Europe du Sud n’ont pas eu d’autre choix que celui de s’engager dans des stratégies de dévaluations internes, une course mortifère au « moins coûtant, moins disant », dont les conséquences sont immensément plus graves que celle de réajustements des taux de change. C’est l’origine réelle des politiques d’austérité dont la logique est de conduire à une « hyper-austérité ». La concurrence se joue désormais dans le degré d’engagement dans l’hyper-austérité.

La question de l’Euro ne relève donc pas, comme vous semblez le croire, uniquement du domaine symbolique de l’hégémonie culturelle. C’est une question concrète, qui se traduit dans des centaines de milliers de licenciements, dans des millions de jeunes et de moins jeunes travailleurs privés de leur emploi, dans la baisse de tous les minima sociaux. Vous ne pourrez pas mettre en place une politique contradictoire à l’austérité sans vous attaquer à l’Euro. Ici encore, l’exemple de SYRIZA et de la Grèce, est parlant ; ayant renoncé à quitter l’Euro, même si désormais une majorité de la population serait d’accord avec une telle perspective, le gouvernement de SYRIZA a été contraint d’appliquer la même austérité que celui de Nouvelle Démocratie, et il perd aujourd’hui toute la légitimité qui découlait de son discours contre l’austérité. La stratégie qui consiste à chercher à « gagner du temps » est ici, très clairement, une stratégie perdante. À terme, vous serez, n’en doutez pas, confrontés aux mêmes choix.

Quelle sera alors votre réponse ?

À l’occasion de votre passage à Paris, en septembre 2015, vous avez déclaré qu’une sortie de la zone euro n’est envisageable, d’un point de vue espagnol, qu’à la seule condition qu’un pays membre de l’Union Européenne pesant économiquement plus que l’Espagne ne l’envisage d’abord officiellement. Votre prise de position se veut respectueuses des débats qui traversent nombre des forces politiques, y compris PODEMOS – comme on a pu le constater à l’occasion de sa dernière université d’été. Dans le numéro de La New Left Review dont il a été question, vous nous rappelez que PODEMOS est aujourd’hui pensé comme un « instrument fondamental du changement politique »[2]. L’aggiornamento permanent auquel ses militants le soumettent ne saurait être possible si vous n’acceptez pas de débattre des questions et des impasses auxquelles nous devons faire face.
 Nous vous prions de croire, cher Pablo Iglesias, en notre volonté résolue d’impulser un véritable changement tant en France, qu’en Europe.
 
 
[1] New Left Review n°93, juil. – août 2015, p. 15 – édition espagnole
[2] . New Left Review n°93, juil. – août 2015, p. 27 – édition espagno


C'est la fin pour le gouvernement SYRIZA ANEL, le pays court à des bouleversements, par
Editorial d'Iskra

Source: http://www.unitepopulaire-fr.org/2016/02/12/cest-la-fin-pour-le-gouvernement-syriza-anel-le-pays-court-a-des-bouleversements

Samedi 6 Février 2016


 Gouvernement fantoche de coalition pour le mémorandum ou fuite à Waterloo vers des élections ? Ce que projette Alexis Tsipras
 L'issue, c'est un front populaire d'action, avec un programme radicalement anti mémorandum, une monnaie nationale et une rupture avec l'Union Européenne allemande  

La grève générale du Jeudi 4 Février 2016 n’a pas été simplement réussie. Elle a constitué un séisme politique et social de première grandeur qui a secoué de fond en comble le gouvernement et plus généralement le monde politique du mémorandum.  

Une réussite sans précédent  

Cette grève générale s’est caractérisée par deux événements impressionnants et vraisemblablement sans précédent.
 D’abord, le mouvement réunissait les travailleurs salariés, les travailleurs indépendants des villes et la paysannerie petite et moyenne sur des objectifs communs, contre la destruction du système d’assurance sociale et le pillage fiscal. Jamais peut-être une telle action combattive, d’une majorité tellement importante, n’avait été aussi visible et évidente, entraînant d’importants prolongements politiques.

 Le deuxième élément nouveau est la réussite impressionnante de la grève dans toutes les régions de Grèce, avec des rassemblements encore plus imposants et vraisemblablement sans précédent dans les villes de province, petites et grandes, où le monde des commerçants et des agriculteurs a marqué très fortement sa présence, à un point jamais vu.

 Ce qui caractérise cette « insurrection » singulière du Jeudi 4 Février 2016, c’est d’abord l’irruption impétueuse, sur la scène politique, des couches moyennes inférieures brutalement paupérisées et de la petite et moyenne paysannerie ruinée. C'est aussi un réveil combatif, une révélation sans précédent de la province qui va jusqu’à « déborder » la région de la capitale habituellement en première place.

 La mobilisation du Jeudi 4 Février 2016 n’est certainement pas un feu de paille. Il est sûr qu’elle aura des suites, le défi est de savoir si elle pourra s’orienter de façon plus claire et plus profonde vers un renversement démocratique de la politique de mémorandum. C'est l’objectif porté par la gauche qui respecte le passé et ses propres perspectives et qui porte de lourdes responsabilités.  

C'est la fin du gouvernement

 En tout cas, avec cette grève générale et cette mobilisation populaire, le gouvernement SYRIZA-ANEL n’a pas reçu simplement un coup sévère. Il est pour l’essentiel fini, politiquement et socialement.
 Ce qui l’attend dorénavant, c’est une angoissante ligne droite vers une fin « dégradante et humiliante », plongé qu’il sera dans des contradictions insolubles et dans de sombres impasses, avec devant lui un mur de combattivité sociale et au-dessus de lui, dans le rôle du sévère tuteur, le quartet qui exige des mesures toujours plus douloureuses pour ses victimes, les citoyens de ce pays.  

Gouvernement de coalition pour le mémorandum  

Le gouvernement d'Alexis Tsipras en personne cherchent fiévreusement une issue dans un élargissement du gouvernement vers le centre gauche ou même la Nouvelle Démocratie de Kyriakos Mitsotakis. C’est-à-dire, ou bien un gouvernement plus large de centre gauche en alliance avec PASOK, POTAMI et des centristes, ou bien un gouvernement de coalition pour le mémorandum comprenant même la Nouvelle Démocratie.

La première option se heurte au refus des petits partis de participer au gouvernement sans la Nouvelle Démocratie, alors que cette dernière veut éviter la « potion amère » de la participation au gouvernement qui l’obligera à mettre en application les très dures mesures du troisième mémorandum.  

De toute façon cette éventualité d’élargissement se heurte à ce qui jusqu’alors était considéré comme l’élément crucial et intangible du parti de gouvernement, la personne d’Alexis Tsipras. Aucun des autres partis n’envisage de participer à un gouvernement dirigé par Alexis Tsipras, or c’est une chose non négociable pour le premier ministre lui-même.  

Elections…  

L’autre option pour Alexis Tsipras est de recourir à des élections, ce qui évidemment ne diffère guère d’un Waterloo pour lui et pour SYRIZA.  

Mais Kyriakos Mitsotakis ne veut pas entendre parler d’élections, il ne veut en aucun cas récupérer la « patate chaude » du troisième mémorandum et connaître très vite un sort encore pire, peut-être, que celui d'Alexis Tsipras. Et le quartet, pardon, les « institutions », n’ont pas l’air d’avoir envie d’élections parce qu’elles ouvriraient de fait, et de tous les côtés, « l'outre d’Eole » des promesses, ce qui pourrait être fatal à l’application du troisième mémorandum.  

Appauvrissement tous azimuts  

La Grèce est dirigée aujourd’hui par un bloc dominant de politiciens médiocres, dogmatiques, mêlés à des réseaux d’intérêts, soumis et intéressés, qui n’ont pas d’autre perspective que le pouvoir lié au poste de ministre, la démagogie de pacotille et la reddition au capitalisme néo libéral le plus extrême et le plus servile. L’espoir, pour notre pays, réside d’abord et avant tout dans le nouveau et gigantesque mouvement né des cendres de la déception, qui touche une grande partie des travailleurs salariés, des travailleurs indépendants et aussi des paysans qui se trouvent quant à eux en phase d’insurrection.  

Ce mouvement doit à chaque instant éviter la confusion, l’impasse de l’apolitisme et par-dessus tout écarter l’emprise de la droite ou l’infiltration par des éléments d’extrême droite et des néo-nazis. Ce mouvement doit s’orienter résolument, autant que possible, dans une direction démocratique et progressiste contre le mémorandum et être porteur non seulement de revendications « syndicales », mais aussi de changements progressistes plus profonds.  

Le but, c'est la victoire  

Notre but n’est pas seulement la protestation, c’est la victoire, le renversement du gouvernement et par la suite du pouvoir et leur passage en d’autres mains, avec une orientation radicale et progressiste. C’est en ce sens que lutte aujourd’hui Laïki Enotita qui, contre vents et marées, tente d’édifier un large front alternatif, radical, de gauche, progressiste, patriotique et démocratique, contre le mémorandum, un front de lutte présentant des solutions immédiates avec un programme radical d’arrêt de remboursement de la dette, de sortie ordonnée de la zone euro et d’affrontement jusqu’à la rupture avec l’Union Européenne allemande.  

Ces derniers temps, Laïki Enotita rencontre un écho de plus en plus large dans le peuple et cette dynamique peut se transformer en une véritable avalanche dans les prochaines semaines d’action. Les évolutions sont très rapides et imprévisibles et ceux qui les scrutent comprennent que « les temps ne sont pas propices » et qu’il faut faire un nombre incroyable de choses en un intervalle incroyablement petit de temps.  

Mais il n’y a pas d’autre choix.


Syriza et Israël, chronique d'une amitié annoncée, par Aris Chadjistefanou

Source: http://www.unitepopulaire-fr.org/2016/02/05/syriza-israel-chronique-dune-amitie-annoncee-par-aris-chadjistefanou

Vendredi 5 Février 2016

 

Il a suffi de moins d’un an à Alexis Tsipras pour mener à son terme la tentative, inaugurée par le gouvernement de Constantin Mitsotakis et poursuivie par ceux qui lui ont succédé, de transformer la Grèce en satellite d’Israël.
 Au téléphone, une voix grave demanda, « tu as lu les points de vue de l’opposition ». « Je n’avais pas le temps et je n’avais pas la moindre intention de perdre ma matinée à cela », répondit son interlocuteur d’un ton sarcastique.
 « Aucun parti sérieux ne peut reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël », fit entendre à nouveau la voix grave qui continua à traiter ses adversaires avec les qualificatifs les plus dédaigneux, « c’est répugnant, c’est une honte, ces thèses sont écrites par un tas d’amateurs ». « Oui, vraiment, c’est totalement immoral », ajouta l’homme qui parlait à l’autre bout de la ligne téléphonique.  

Cette discussion fut enregistrée par les services de renseignement de la Maison Blanche le 29 juin 1972. La voix grave appartenait au « magicien de la diplomatie américaine », d’origine juive, Henry Kissinger. Son interlocuteur, en accord total avec lui, était le président des Etats-Unis Richard Nixon. Même ces deux politiciens républicains, responsables de la mort de millions de civils sur toute la planète, savaient qu’il existe des limites aux exigences de l'état israélien. Quant aux flatteries du parti démocrate envers Tel Aviv, elles leur provoquaient un dégoût sincère.  

Comment réagiraient ces deux sommités de la diplomatie américaine si elles apprenaient que le premier ministre de la Grèce, qui jusqu’à il y a quelque mois lançait le foulard palestinien comme symbole de la « révolution chic », reconnait indirectement Jérusalem comme capitale d’Israël ? « C’est un grand honneur pour moi de me trouver dans votre capitale historique et de vous rencontrer », a écrit Alexis Tsipras dans le livre des visiteurs du président israélien, les diplomates grecs chevronnés ont changé de couleur devant cette démonstration de soumission totale à Israël.  

Les propagandistes du parti de gouvernement ont travaillé nuit et jour dans les semaines qui ont suivi pour camoufler cette déclaration inouïe, recourant même à l’argument mille fois rebattu de l’amateurisme. Ce qu’ils ne voulaient révéler en aucun cas, c’est qu'Alexis Tsipras a préparé le terrain pour l’enrôlement aux côtés d’Israël plusieurs mois avant les élections du mois de janvier 2015. Le choix délibéré de personnalités connues pour leur attachement au lobby d’Israël en Grèce et aux Etats-Unis, comme les visites fréquentes de cadres de Syriza à l’ambassade d’Israël, envoyaient un message clair que cependant personne n’a voulu entendre.  

Un flirt qui vient de loin

Pour la plupart des gens le flirt de Syriza avec Israël commence en août 2012, quand Alexis Tsipras rencontre Shimon Pérès, responsable, entre autres, du massacre de dizaines de civils dans les camps de l'Organisation des Nations Unies (ONU) au Liban en 1996. Comme la base du parti réagit et que Tassos Kourakis demande des explications, l’appareil du parti fait diversion, avec Réna Dourou en première ligne, qui écrit deux articles pour blanchir Shimon Pérès, accusé de crimes de guerre, en le présentant comme la « dissidence de gauche » d’Israël et en insistant sur le fait que « notre pays a tout à gagner de la coïncidence de nos intérêts géostratégiques avec Israël ».

Mais tous ceux qui suivaient de plus près les tendances de la politique extérieure de Syriza datent de 2009 les premiers « émois amoureux » avec Israël. Plus précisément, le 10 décembre 2009, des universitaires, des journalistes et des hommes politiques, dont certains joueront un rôle décisif dans la définition de la politique de Syriza en matière de défense, se rencontrent au cours d’une journée organisée par l'institut des relations internationales (IDIS). Au milieu de noms fameux comme ceux de Constantin Mitsotakis, Théodore Pangalos et Yérassimos Arsénis, se trouvait aussi celui de Sotiris Roussos, professeur suppléant de l’université du Péloponnèse, qui insistait sur la nécessité d’une collaboration entre la Grèce et Israël en matière de sécurité et sur l’utilité de faire jouer le lobby israélien aux Etats-Unis en faveur de la Grèce. Bien que se soit écroulé très vite le mythe selon lequel ce lobby sauverait l’économie grecque grâce à son influence sur les centres financiers internationaux, n’était-ce pas d’ailleurs une instrumentalisation des stéréotypes antisémites, ces conceptions se glissent dans le noyau directeur de Syriza.
 Et cinq ans plus tard, Sotiris Roussos se trouve être le coordinateur de la section de politique extérieure et de défense du parti et en première ligne des tentatives de rapprochement avec ce que la plus grande partie de la gauche appelle « état terroriste du Moyen Orient ».

 Ce n’est pas un hasard si Sotiris Roussos a coordonné aussi la présentation officielle du programme de Syriza pour la défense, dont le deuxième rapporteur était Costas Grivas, « nationaliste » bien connu, boursier de la fondation Fulbright, l’homme qui, comme le remarquait alors le journal des rédacteurs, bénéficiait de « commentaires dithyrambiques » de la part des journaux de l’extrême droite et de l’organisation nazie Chryssi Avgi.  

Ayant abandonné toute tentative même formelle de se présenter comme un ami des palestiniens, Alexis Tsipras et ses proches commencent alors un combat pour gagner le cœur de Tel Aviv, tout en s’incrustant à l’ambassade d’Israël à Athènes. Le premier ministre lui-même rend visite à l’ambassadrice Irit Ben Aba presque un mois avant les élections du mois de janvier 2015, suivi trois jours plus tard par Réna Dourou. Le mariage entre Syriza et Tel Aviv sera confirmé à peine vingt-quatre heures avant les élections, lorsque Nikos Pappas passera par la résidence d’Irit Ben Aba pour lui promettre une fois encore que le nouveau gouvernement maintiendra non seulement la coopération militaire, mais aussi l’échange d’informations entre les services secrets des deux pays.  

Le rôle de coordinateur de ces contacts semble être assumé par le conseiller diplomatique d'Alexis Tsipras, Vanguélis Kalpadakis, qui a provoqué beaucoup de remous au sein du corps diplomatique pour avoir été nommé exceptionnellement jeune à l’ambassade d’Ankara, un poste que les autres diplomates ne peuvent atteindre qu’après des décennies de services ailleurs.  

Coïncidence, le frère du conseiller diplomatique d'Alexis Tsipras, Yorgos Kalpadakis, ils sont tous les deux les neveux du président du parlement Nikos Voutsis, se trouve à la tête du bureau d’un autre cadre pro-israélien de Syriza, Iannis Dragasakis. Le vice-président du gouvernement d'Alexis Tsipras ne rate pas une seule manifestation de l’ambassade d’Israël à Athènes, où on rencontre toujours un membre quelconque de la famille de Constantin Mitsotakis, depuis Constantin Mitsotakis lui-même jusqu’à Dora Bakoyanni. Des personnes connaissant depuis longtemps Iannis Dragasakis évoquent des liens particulièrement étroits de ce dernier avec la famille qui a ouvert la voie à la coopération diplomatique de la Grèce avec Israël, Jean Cohen, qui se présente dans sa biographie comme « l'initiateur officieux de la communication entre les deux pays », fut pendant des années le conseiller de Constantin Mitsotakis. Iannis Dragasakis a eu l’occasion d’exprimer son admiration pour l'état d’Israël pendant la visite qu’il a faite de concert avec Dora Bakoyanni à Jérusalem en 2014.

Une totale satellisation 

Tout cela est arrivé alors que Syriza détenait encore le pouvoir en promouvant un Alexis Tsipras coiffé d’un keffieh palestinien. On peut facilement imaginer ce qui s’est produit quand le nouveau premier ministre a commencé à placer des « atlantistes » aux postes les plus importants de la politique extérieure, de la défense et des services de renseignement. Le choix de Nikos Kotzias et de Panos Kamménos comme ministres, ainsi que de Iannis Roumbatis à la tête des services de renseignement (EYP), fut considéré comme une ouverture envers les Etats-Unis, ce qui par définition va de pair avec un renforcement des liens avec Israël. Le journal To Vima nous prévenait dès 2012 que « Panos Kamménos a des contacts avec des cercles israéliens et au-delà de l’Atlantique ».
 Dans ce contexte, des diplomates arabes jugeaient presque certain que la Grèce s’abstiendrait lors du vote historique sur le lever du drapeau palestinien à l’extérieur du bâtiment de l’ONU, décision dont Syriza a tenté de faire porter la responsabilité au ministre de service des affaires étrangères, Pétros Molyviatis. Les mêmes sources diplomatiques, dans des déclarations à Unfollow, prétendaient qu’ensuite le gouvernement a refusé des propositions de pays arabes pour soutenir le système bancaire et plus généralement l’économie nationale.

Mais ce que même les critiques les plus acharnés de Syriza ne pouvaient imaginer, c’est que la Grèce deviendrait le deuxième pays au monde après les Etats-Unis à signer avec Israël l’accord « status of forces agreement » qui prévoit la présence dans les deux pays de personnel militaire dans le cadre d’exercices et de coopération militaire. « La Grèce », dit alors l ‘analyste Ali Abounima, « offre son territoire pour entraîner les israéliens à tuer des palestiniens ». 

Malheureusement, les initiatives du gouvernement d'Alexis Tsipras ne s’arrêtent pas là. Le slogan « la gauche pour la première fois » s’est transformé très vite en première fois qu’une aviation de guerre étrangère, celle d’Israël, participe à l’exercice « Iniochos ». Répondant à ces mouvements de bonne volonté, l'état-major d’Israël a en effet invité la Grèce, aux côtés des Etats-Unis et de la Pologne, à participer au plus grand exercice aérien qui ait jamais été réalisé depuis la fondation de l'état d’Israël.  

Ainsi il a suffi de moins d’un an à Alexis Tsipras pour finaliser la tentative inaugurée par le gouvernement de Constantin Mitsotakis et ses successeurs de transformer la Grèce en satellite d’Israël. Il a même dépassé ses prédécesseurs en coupant définitivement la communication avec le monde arabe et en assurant un petite marque grecque aux prochains massacres à Gaza.


La Grèce paralysée par la grève générale contre la réforme des retraites

Source: http://www.revolutionpermanente.fr/La-Grece-paralysee-par-la-greve-generale-contre-la-reforme-des-retraites

Jeudi 4 Février 2016, la Grèce était paralysée. Arrêts de travail, transports bloqués, la journée de grève générale a mobilisé plus de cinquante mille personnes dans toute la Grèce. Au cœur de ces cortèges une seule et même préoccupation, la lutte contre cette nouvelle « réforme » des retraites défendue par le gouvernement SYRIZA ANEL conduit par Alexis Tsipras.
 
Plus de quarante mille manifestants à Athènes, quatorze mille à Thessalonique, deuxième ville du pays, ont participé à cette mobilisation, la plus massive depuis l’élection d'Alexis Tsipras et l’arrivée de Syriza au pouvoir, en janvier 2015.
 
Sur plusieurs bannières on peut lire, « pas touche aux retraites » ou encore « Quand on a cinquante pour cent d’impôts directs et indirects et vingt pour cent de cotisations sociales, vous comprenez que nous allons avoir des problèmes ». Les transports urbains, ferroviaires, aéroportuaires et maritimes étaient également perturbés tandis que la capitale était également plongée dans un calme inhabituel par l’absence des milliers de taxis de la ville.
 
Les manifestants étaient répartis dans trois cortèges, ceux du PAME proche du parti communiste grec (KKE), le plus important en nombre, des grands syndicats du public (ADEDY), du privé (GSEE) et de la gauche radicale. C’est la troisième fois que le premier ministre Alexis Tsipras affronte une grève générale. Les manifestants étaient deux fois plus nombreux qu’en novembre 2015 et près de trois fois plus qu’en décembre 2015.
 
Au-delà des secteurs traditionnels, ce sont aussi un nombre record de professions qui sont descendus dans la rue.
 
Assureurs, vétérinaires, avocats, agriculteurs ou médecins ont défilé aux côtés des fonctionnaires et de nombreux employés du privé. En effet, les professions libérales sont vent debout contre la réforme des retraites qui va fragiliser encore un peu plus leurs sources de revenus, même s’il ne s’agit pas du secteur qui, jusqu’à présent, a le plus souffert de la crise.
 
Ainsi de nombreux commerces étaient fermés pour dénoncer une réforme qui frappe de plein fouet les travailleurs indépendants, ainsi que les agriculteurs. Depuis Vendredi 22 Janvier 2016, ces derniers campent sur les grands axes routiers. Depuis Lundi Premier Février 2016, ils bloquent les postes-frontières avec la Bulgarie et la Turquie. A Athènes, la police a réprimé des manifestants par des tirs de gaz lacrymogènes, les groupes de jeunes répondants par des cocktails Molotov avant d’être rapidement chassés.
 
Déjà bien réchauffée par les quarante-huit heures de grève, Jeudi 21 Janvier 2016, le monde du travail, ainsi que des travailleurs indépendants, manifestent ensemble contre les nouvelles mesures d’austérité, malgré les nombreuses tentatives de division du gouvernement. Alors que la majorité SYRIZA ANEL ne tient qu’à un fil au parlement, cent cinquante-trois députés sur trois cent, non seulement les ministres d'Alexis Tsipras montrent des signes de fébrilité mais aussi les créanciers qui voient d’un mauvais œil ce regain des mobilisations.
 
En effet, le jour de la grève générale, la dirigeante du Fonds Monétaire International (FMI), Christine Lagarde, a déclaré que le FMI ne voulait pas imposer de « mesures draconiennes » en Grèce, mais réclame toutefois plus d’efforts d’Athènes sur la réforme des retraites. Tandis que Bruxelles et sa commission européenne ont annoncé réviser en hausse Jeudi 4 Février 2016 leurs prévisions économiques pour la Grèce, tablant sur une récession moindre en 2016 et un rebond grâce aux réformes, en Grèce, le retour de la lutte des classes ?


Héloïse Nez, voyage à l’intérieur de Podemos, par Robert Duguet

(Notes de lecture et réflexions sur l’ouvrage d’Héloïse Nez « Podemos, de l’indignation aux élections », éditions Les petits matins)


A partir du 15 mai 2011 va se développer en Espagne le mouvement des indignés, traduisant une offensive de la classe ouvrière et de la jeunesse paupérisée contre la politique de la droite et de la gauche : le projet mouvement Podemos va surfer sur cette vague et porter le projet de « convertir l’indignation en changement politique ». Lors des élections européennes qui suivront Podemos remportera 5 sièges de parlementaires et s’affirmera comme la 4ème force politique du pays avec 8% des voix, soit 1,2 millions d’électeurs. Cette percée électorale se produit sur fond de sévère crise économique entrainant des conséquences sociales désastreuses : augmentation du chômage et de la pauvreté, multiplication des expulsions des logements, diminution de l’accès aux soins. Ceci allant de pair avec la perte de confiance de la population à l’égard des partis institutionnels et des élus.

Les origines de Podemos

Son Manifeste est publié le 14 janvier 2014 par une trentaine d’intellectuels et de militants : Pablo Iglesias en est issu, s’y ajoute un des leader de la gauche anticapitaliste, Errejon et des représentants du mouvement pour la santé et l’éducation publique. Juan Carlos Mondenero le présente lors d’un meeting public le 17 janvier comme un mouvement politique qui prolonge le mouvement social : «  Si les marées citoyennes ont agité le monde du travail, nous voulons agiter le monde politique ». Et ce propos de Rita Maestre daté de mai 2014, étudiante de 26 ans devenue porte-parole du gouvernement municipal de Madrid :
« J’attendais cela depuis longtemps. J’en parlais avec les gens qui sont maintenant à Podemos. Pendant des années on a dit qu’il y avait besoin d’une expression politique institutionnelle et électorale du mécontentement. »

Les universitaires qui lancent ce mouvement sont pour la plupart des précaires, sauf Iglesias qui est fonctionnaire : s’ils sont issus de familles plutôt aisées ils ne sont pas épargnés par la précarité. Podemos est issu de la convergence de deux générations, ceux qui répètent depuis 20 ans qu’on ne peut plus continuer comme cela et les jeunes directement frappés par la vague du néo-libéralisme. Les plus âgés viennent des courants contestataires radicaux des années 1970, issus de familles qui ont joué un rôle dans la lutte contre le franquisme. Comme l’explique l’un d’entre eux :

« Nous sommes dans une certaine mesure des militants transversaux, c’est-à-dire des militants qui sont passés par beaucoup de structures dans lesquelles nous ne pouvions pas faire tout ce que nous voulions. Nous sommes tous passés par Izquierda unida, avec une implication plus ou moins intense… Nous avons essayé de faire partie de structures syndicales et nous en avons vu les limites. Et bien sûr nous avons vu les limites du monde des ONG. »

Ainsi donc la politisation des cadres de Podemos est bien antérieur au mouvement des indignés.

Quel est l’itinéraire de Pablo Iglésias : à 14 ans il milite aux Jeunesses communistes, puis fait des études de droit. Il vient d’une famille qui a lutté contre le franquisme : « la lutte pour la démocratie est gravée dans mon ADN. Je viens d’une famille qui a tout risqué dans la lutte pour la démocratie, certains en sont morts. » Il s’engagera ensuite au sein de Refondation Communiste. Fasciné par les nouvelles techniques de communication, il met tout d’abord son savoir-faire au service d’Izquierda Unida. Aux élections régionales il milite pour l’Alternative Galicienne de Gauche qui va s’imposer comme 3ème force électorale. Il va s’inspirer de cette expérience dont pour le lancement de Podemos.

Le 2ème groupe important dans la fondation de Podemos est Izquierda anticapitalista, section de la 4ème internationale, celle à laquelle appartient l’ex-LCR française, courant qui avait fait scission de izquierda unida en 2008 : cette composante militante jouera un rôle important dans la formation des cercles locaux de Podemos.

Les désaccords entre les deux composantes vont s’accentuer avec l’institutionnalisation du parti, en particulier lors de l’assemblée constituante d’octobre 2014 : l’interdiction de la double appartenance défendue par les universitaires exclut les militants de Izquierda anticapitalista de la direction de Podemos. Teresa Rodriguez, une des responsables de IA écrira : « après beaucoup de débats et de frictions dans certains cas, nous avons pris la décision de donner la priorité à l’espace commun qu’est Podemos, plutôt que de garder l’identité, le discours, les sigles, la tradition. »

La direction s’adjoindra des militants du mouvement contre les expulsions de logements : Irène Montero déclarera : « bien sûr je suis prête à aller empêcher des expulsions de logements, mais ce que je veux, c’est qu’il y ait un changement dans la loi. »

Les influences latino-américaines

Les universitaires de la Complutense considèrent l’Amérique latine comme « le laboratoire le plus puissant d’élaboration et de pratique d’alternatives à la crise capitaliste »

« Les mouvements sociaux ne sont plus les seuls porteurs de projets de transformation, mais de plus en plus de gouvernements sont prêts à suivre une tendance progressiste attestée par les résultats positifs des politiques sociales, les niveaux de popularité des dirigeants de gauche et le rôle de l’Amérique latine comme référent global du changement. »

Le groupe des universitaires fondateurs considèrent quand ils lancent Podemos que l’Espagne en 2010 est dans la même situation que l’Amérique latine en 1990. le cas du MAS bolivien et de l’arrivée au pouvoir d’Evo Morales sera un référent central pour Indigo Errejon. Les promoteurs de Podemos ont appris des expériences latino-américaines que « la différenciation gauche/droite était épuisée et (qu’ils étaient incapables) de construire une majorité sociale avec ce discours. Il y a un ennemi qui est en train de voler la démocratie, là-bas c’étaient les Etats Unis  et ici c’est le modèle néo-libéral ». Le projet tel qu’il ressort des influences latino-américaines est assez bien défini par Monedero :

« Le Vénézuela nous a donné l’importance de l’émotion et du leadership pour en finir avec les façons de penser habituelles. De la Bolivie nous avons copié la volonté d’accéder au pouvoir qu’obtenait Garcia Linera et le soutien populaire qu’obtenait Evo Morales. De Correa nous avons appris l’importance d’avoir un discours très solide institutionnellement. Du Brésil, nous avons appris la nécessité de trouver une bourgeoisie nationale prête à investir dans notre pays. »

On comprend mieux grâce à cette citation, l’exclusion de la direction d’un courant se réclamant de l’anticapitalisme.

La crise de la représentation politique et la fenêtre d’opportunités politiques

Podemos se construit contre le pacte de 1978, qui avait vu le soutien du PSOE et du PCE, assurant la transition du franquisme à une forme de monarchie constitutionnelle. Ce n’est pas souligné dans le livre, mais faut-il rappeler que le pacte de la Moncloa a été soutenu par le PSOE et le PCE, jusqu’à entériner comme emblème de la monarchie constitutionnelle le drapeau sang et or de la dictature franquiste et non le drapeau de la République espagnole. Le document de « principes politiques de Podemos » stipule :
« l’Etat espagnol traverse une crise qui va plus loin que la perte de légitimité de ses élites politiques et qui affecte des éléments centraux du système politique et des institutions, de l’articulation territoriale de l’Etat, du modèle de développement et de l’équilibre entre les groupes sociaux. Cette crise, nous sommes plusieurs à l’appeler depuis des années « la crise du régime de 1978 », pour rendre compte d’une période d’épuisement organique qui, dernièrement, s’exprime de manière accélérée avec un déclin politique et moral des élites traditionnelles. »

La situation sociale est si alarmante qu’on voit dans un premier temps la jeune génération continuer à vivre chez leurs parents, alors que la deuxième vague de paupérisation aura des conséquences encore plus profondes. La conséquence directe c’est que le niveau de discrédit des partis officiels, PSOE et PP, est encore plus élevé qu’en France. En plus de la corruption, c’est le PSOE qui met en place les premières mesures d’austérité à partir de 2010.

Mouvement des Indignés, les masses interviennent dans le champ politique par les Assemblées populaires

Le 15 mai 2011, le 15M tel qu’il est nommé par les protagonistes, surgit le mouvement des indignés, tournant majeur dans la vie politique et sociale du pays. Elle n’est pas convoquée par des organisations syndicales ou politiques, mais par des collectifs récents de citoyens. Alors que les masses descendent dans les rues, le système politique espagnol semble être d’une grande stabilité ; c’est le PP qui obtient une majorité. La réponse électorale de cette vague de fond n’est pas immédiate. Elle vient donc de ce groupe d’universitaires politisés depuis longtemps, qui a digéré les leçons de l’Amérique latine. Podemos va apparaître comme la traduction électorale de ce mouvement social : c’est la version officielle, celle qui sera défendue par Podemos. « Convertir l’indignation en changement politique » D’emblée il y a de profonds désaccord sur le rapport au politique.

Le mouvement des indignés fonctionnait sur la base de la convocation des assemblées populaires : il ne passe pas par la voie électorale mais par celle de l’expérimentation sociale et de la prise en charge par les citoyens mobilisés pour affronter les questions d’urgence sociale. Revendiquer un droit au logement, oui mais forger une contre-culture pour faire la démonstration que la société peut fonctionner autrement. Les uns veulent intervenir en direction des élus, les autres veulent mener leur propre combat en dehors du calendrier électoral. Plusieurs expériences sont faites en ce sens, mais le groupe qui anime Podemos finit par imposer que le changement passe par la voie institutionnelle. Une enquête réalisée en 2011 indique que la méfiance à l’encontre du système des partis est majoritaire mais en fait, à l’étape actuelle du processus révolutionnaire, les indignés aspirent à une démocratisation pour orienter les partis vers l’intérêt public. La question de la représentation n’est pas majoritairement rejetée.

Des assemblées aux cercles locaux

Citons le professeur d’université Joan Subirats: « avec le 15M, la crise de la forme partisane comme dispositif de médiation des demandes des citoyens s’est exprimée avec force. Mais les blocages institutionnels continus ont montré la nécessité de mettre en place des partis politiques d’une nouvelle génération. » Podemos va se présenter comme un instrument pour redonner le pouvoir aux citoyens.

A partir de là des cercles locaux jaillissent un peu partout dans le pays et rationnalisent par la délégation de pouvoir le fonctionnement qui était celui des assemblées populaires où les décisions étaient prises au consensus.

Les dirigeants de Podemos reprennent à leur compte la nécessité d’agir sur les problèmes urgents de la vie quotidienne, ce sur quoi le travail des assemblées populaires s’était fondé. Toutefois l’implication dans les institutions et aussi la nécessité d’avoir une image médiatique pour gagner la majorité de la population et pas seulement ceux qui sont descendus dans la rue, les place déjà en opposition avec les militants des cercles.

Un parti électoraliste dans le système monarchiste de l’Espagne?

Podemos touche aux formes de la vie politique : à la question comment dépasser l’impuissance des partis de gauche, la direction répond en se débarrassant des discours et des références traditionnelles de la gauche. Par exemple on abandonne le drapeau rouge et on ne chante plus l’Internationale. Autre exemple : être défavorable à la participation à la réunion du parlement européen lors de la visite du roi d’Espagne, comme le souhaitait l’extrême gauche, est négatif pour Podemos : on règle le problème en y allant en pantalon jean. « Nous ne voulons pas être une force politique minoritaire  qui fasse pression sur la gauche institutionnelle pour la pousser sur sa gauche. » Il s’agit d’être la centralité politique. La lutte contre le franquisme s’inspirait à gauche d’une culture de l’échec : « il faut comprendre aussi le contexte d’où nous venions, un contexte dans lequel nous étions vaincus et où notre tradition était celle de la défaite. »

Podemos prend des mesures contre les aspects les plus corrompus de la vie politique : les candidats se présentent comme « des citoyens qui font de la politique » et non comme des « professionnels de la politique ». Le mouvement établit des restrictions pouvant conduire à la professionnalisation : plafonnement des indemnités, limitation du cumul des mandats, interdiction des « portes tournantes » entre les institutions publiques et les entreprises privées…

Etre dans la centralité politique, mais dans le cadre de la construction d’un leader charismatique, Pablo Iglesias, par l’utilisation des médias et dans un cadre strictement électoral.

Dans cet objectif apparaissent toutes les tares de l’électoralisme classique. Par exemple, on dit qu’il faut apprendre des gens qui font le travail sur le terrain. Mais à ce point de la démarche interviennent les experts : on s’inspire du travail des cercles locaux, les experts établissent un programme, mais après les cercles n’ont plus à donner leur avis. Par exemple, à leur écrasante majorité, les cercles exigent une loi qui impose un salaire minimum universel ; cette revendication est bloquée par les experts. Le leadership de Pablo Iglesias produit de fortes tensions au sein de Podemos. German Cano, membre de la direction nationale dit : « C’était un leadership remis en question depuis le début par les mouvements sociaux, mais pour la grande majorité des gens, Pablo était un pari politique. » En fait dans la réalité militante de Podemos le leadership est rejetté ; la direction s’appuie sur le fait que dans le corps électoral, il est accepté.

Certes il y a une utilisation intelligente de la télévision et des réseaux sociaux : le positionnement du nouveau parti dans ce domaine dépasse de très loin le savoir-faire des autres formations politiques. L’équipe qui s’en charge est composée d’une vingtaine de jeunes militants de 25 à 30 ans qui ont fait leurs armes dans le mouvement des indignés. Un système de vote électronique permet de soumettre à la discussion et au vote des internautes des projets qui sont ensuite entérinés par le parti. Mais si ce sont les experts qui décident, in fine, ce qui peut être appliqué dans la vie, je ne vois pas en quoi Podemos fonctionne autrement que les autres partis.

L’obsession de gagner par les institutions conduit à privilégier le leadership et à diminuer le pouvoir des militants. Des propositions concurrentes à celles de l’équipe Iglesias étaient plus horizontales et plus en accord avec les pratiques des indignés. Le nouveau parti a choisi un mode de fonctionnement vertical qui restreint fortement le pluralisme démocratique en interne.

Les résistances à l’électoralisme ?

« l’horizon électoral »  affecte le développement de tous les partis, Podemos n’est pas une exception à cette règle constante de la démocratie bourgeoise formelle. On a donc une tension permanente qui se manifeste sur la manière de faire de la politique. L’organisation pyramidale est privilégiée pour les législatives de 2015, quitte à abandonner une implantation territoriale plus ancrée dans la population.

Prenons l’exemple de l’assemblée de Vistalegre en octobre 2014 : les militants des cercles rejettent l’hyperpersonnalisation du leader et réclame l’autonomie politique des cercles locaux. « Nous luttons depuis des années, nous n’avons besoin d’aucun haut dirigeant… Nous avons eu des leaders et nous n’avons rien obtenu. »

Francisco Jurado, qui travaille dans l’équipe de direction en Andalousie explique :
« Podemos se dote de documents instaurant un nouveau fonctionnement, mais cette structure se superpose à celle déjà existante. Il y avait une structure informelle très dynamique, et on met par-dessus une autre très rigide et très verticale… On n’enlève pas l’autre mais on la tue. Parce que la capacité exécutive des cercles  disparait, on la lui retire pour les conseils citoyens. Les cercles en sentant qu’ils ont de moins en moins de pouvoir de décision, sont donc en voie de disparition. Et aujourd’hui la participation dans les cercles a diminué de moitié par rapport à l’an dernier. »

Dans la direction de Podemos, l’opposition entre le pouvoir des militants et des cercles et la perspective strictement institutionnelle se traduit par une divergence entre Pablo Iglesias et Pablo Echenique. L’un est légitimé directement par les 380 000 inscrits des cercles Podemos, l’autre veut que le pouvoir soit rendu aux 20 000 militants actifs des cercles.

Pablo Echenique considère que le système des primaires est en fait complètement antidémocratique. L’auteur s’inspire de travaux de chercheurs sur la France et le Mexique qui expliquent que les procédures de démocratie directe à l’intérieur des partis, renforce en fait le pouvoir des dirigeants nationaux et régionaux. Les militants des « bases » se sentent dépossédés de leurs prérogatives militantes et se dissolvent finalement dans la masse des sympathisants transformés en électeurs. A Podemos cette tendance est renforcée par le fait que le courant qui obtient plus de 50% des voix obtient la totalité des postes en jeu, ce qui restreint considérablement la démocratie en interne.

Essouflement et/ou débordement

Après une période de développement fulgurant, Podemos est violemment attaqué par ceux qui risquent de perdre leurs postes d’élus. On verra la croissance d’un parti concurrent de droite, Ciudadanos, qui se développe sur les thèmes de la lutte contre la corruption et la transparence, mais sans remettre en cause les politiques néo-libérales. Son leader, Albert Rivera, est un ancien du PP.

Les déceptions : des dirigeants nationaux comme Monedero expliquent que Podemos a trop insisté sur la facette électorale et « nous avons négligé les cercles, dans le développement interne de notre formation politique, il y a deux moments où nous avons trop ressemblé aux vieux partis. »

Le manifeste « abriendo podemos » (en ouvrant nous pouvons) de juin 2015 veut revenir aux origines du mouvement. Le texte souligne que Podemos n’est plus le seul instrument du changement. Dans un certain nombre de villes des candidatures d’unité populaire renforcent les pressions pour le pluralisme et se tourner vers l’extérieur. Les cercles « doivent récupérer leur rôle d’espace de débats et de décisions politiques. » L’appel insiste sur les mesures, comme le revenu minimum universel, qui ont été abandonnées par la direction. Ou sur la nécessité de faire des alliances avec d’autres forces politiques et sociales. Les signataires, s’ils ne rejettent pas la médiatisation et les élections insistent sur l’auto organisation des cercles. La ligne officielle de Podemos consiste à dire qu’il est la centralité politique et le candidat naturel de l’Unité Populaire. En fait aux échelons locaux des militants d’Isquierda Unida  et de Podemos défendent des accords entre organisations sur une ligne de candidature d’unité populaire, permettant l’exercice d’une plus grande démocratie et une liberté de choix des candidats.

La logique Podemos qui imposait de ne pas se présenter en son nom dans les élections locales pour préserver la logique nationale conduit les unités politiques de base à chercher l’autonomie, y compris par rapport à Podemos.

Les conclusions d’Héloïse Nez

Podemos a fait exploser le bipartisme PSOE - PP. Certes la progression électorale est spectaculaire mais les partis traditionnels se maintiennent, surtout le PP. Certes il y a rajeunissement des cadres politiques, mais avec de profondes divergences entre la base et la tactique institutionnelle.

Héloïse Nez explique : « Podemos est bien devenu un nouveau parti politique, qui s’inscrit dans les règles du jeu de la démocratie représentative. Il est peu probable qu’il échappe à la loi « d’airain de l’oligarchie », selon laquelle les organisations politiques se bureaucratisent à mesure qu’elles se développent et que leurs dirigeants acquièrent des savoir-faire spécifiques. Une élite est bien en train de se former au sein de Podemos, et elle se confronte de plus en plus aux militants des cercles, qui ont tendance à déserter l’organisation faute de pouvoir avoir un impact sur les décisions prises. »

L’auto-organisation des cercles à l’origine a été coiffée par un processus classique de détournement des aspirations du mouvement social vers une perspective strictement électorale.

Le programme de Podemos est resté très flou en particulier sur la question de l’indépendance de la catalogne : face à la montée des indépendantismes, les résultats électoraux en catalogne sont faibles.

L’attitude vis-à-vis de Tsipras et l’accord conclu avec l’UE amenant la direction nationale à dire que « c’était malheureusement la seule chose qu’il pouvait faire » va poser de sérieux problèmes. Les militants d’Izquierda anticapitalista, animateurs des cercles locaux, soutiennent le nouveau parti créé par les dissidents de Syriza, unité populaire, qui s’oppose aux politiques d’austérité mises en place par le gouvernement grec.

L’auteur appelle de ses vœux un changement de politique à l’international : si l’Espagne était dirigée par une coalition antiaustérité, elle devrait s’adresser à d’autres formations politiques, Syriza, le bloc de gauche au Portugal, le Sinn Fein en Irlande ou le parti national écossais. Ajoutons la victoire de Jérémy Corbyn opposé aux politiques d’austérité à la direction du parti travailliste britannique…

Quelques éléments personnels de réflexion

Ce qui différencie la situation espagnole de la française, selon l’auteur,  c’est l’impact de la crise économique sur les conditions de vie de la majorité de la population et de la jeunesse paupérisée. Sans doute, toutefois je ne partage pas les conclusions d’Héloïse Nez, lorsqu’elle énonce le fait qu’un mouvement du même type ne peut pas présentement avoir lieu en France : il faudrait, selon elle, attendre que le capitalisme néo-libéral s’attaque de manière plus frontale à nos conditions de vie. Plus les gens sont opprimés et plus ils deviennent révolutionnaires, c’est un prédicat, souvent utilisé par certains courants gauchistes, qui est manifestement faux. Le mouvement des indignés ne s’est pas développé à partir d’une impulsion donnée par des partis politiques ou des syndicats, mais par des groupes informels de citoyens, s’appuyant du reste sur les nouveaux moyens de communication. Un tel élément de même nature peut  en France à un moment donné permettre aux masses d’intervenir sur la scène publique, non seulement pour résister, mais pour prendre en charge leurs propres problèmes. Trotsky définit dans son « Histoire de la révolution russe », le processus révolutionnaire comme « l’intervention des masses en un lieu où se règlent leurs propres destinées ». C’est très exactement ce que représentait le mouvement des indignés en Espagne. Certes la situation française devient de plus en plus mouvante, des secteurs de la population entrent en résistance contre le gouvernement, mais nous n’avons pas pour l’instant un mouvement d’ensemble pour arrêter la casse. Un tel retard s’explique par le verrouillage institutionnel et politique et par l’état de la représentation politique à « gauche » du PS. Je ne pose même pas la question du PS, sa place est dans les poubelles de l’histoire. Le mouvement des indignés espagnols a brisé l’alternance PSOE – PP, mais aussi a permis de dépasser le frein représenté par Izquierda Unida, cartel d’appareils politiques, à l’image du Front de Gauche français, essentiellement contrôlé par le PCE.


Si l’émergence de Podemos a pu se faire sur la base d’une modification des rapports de force sociaux, l’intervention des indignés étant l’élément décisif, ce parti est aujourd’hui en face de vraies difficultés. Tout d’abord la faiblesse de son programme : le cercle de direction, très largement influencé par les expériences latino-américaines et par le chavisme, cherche des solutions en s’appuyant sur le capitalisme national contre le néo-libéralisme européen, tout en restant dans les structures de l’UE. Ce jeu d’équilibriste ne pourra pas durer très longtemps. Le caractère flou des positions sur la question de l’indépendance de la Catalogne les a d’ores et déjà mis en grande difficultés. L’Etat espagnol, issu de la guerre civile et de la dictature franquiste, s’est toujours opposé aux revendications des minorités régionales. Dans la revendication de l’indépendance de la Catalogne, il y a à la fois la volonté de se débarrasser des restes du franquisme à gauche et en même temps des mouvements indépendantistes réactionnaires défendant les intérêts d’une région riche contre les régions pauvres. La question de la constitution de la Nation par le programme d’une république sociale reste entière. Podemos n’y répond pas, sa direction reste dans le flou : pour y répondre il faudrait entrer dans une logique anticapitaliste.

Le point qui va à mon sens poser le plus de problèmes dans la vie interne du mouvement est celui de la démocratie. Nous avons eu à pâtir de cette question dans la crise du Front de Gauche français. Un cartel électoral c’est l’absence de démocratie, c’est-à-dire de contrôle des citoyens sur leur propre mouvement : ceux qui ne sont pas membres d’un appareil politique sont de fait exclus des centres de décision. Au Parti de Gauche c’est là que cette question est apparue de la manière la plus crue et scandaleuse – exclusions, mises à l’écart, mises sous tutelle – au service d’un destin présidentiel, celui de Jean Luc Mélenchon. La démocratie, cela ne veut pas dire que le parti est une auberge espagnole, où chacun peut monter sur la table, mais qu’il est un outil, une mémoire permettant aux opprimés de régler leurs propres problèmes. L’électoralisme à tout crin de la gauche et de l’extrême gauche française nous a conduit à oublier cette chose pourtant primordiale et que nous rappelle Rosa Luxembourg :

« Ce qui compte avant tout c’est l’organisation générale de notre agitation et de notre presse afin d’amener les masses laborieuses à compter de plus en plus sur leurs propres forces et sur l’action autonome et à ne plus considérer les luttes parlementaires comme l’axe central de la vie politique. » (Social-démocratie et parlementarisme).

 


Cette guerre n’est pas la nôtre, par Amaury Couderc

La sécurité des Français ne passe pas par une aggravation des lois répressives.

Pour tenter de couper court à toute remise en cause des raisons qui ont poussé de  jeunes Français à accomplir des gestes criminels, notre premier ministre Manuel Valls voudrait  criminaliser ceux qui auraient des velléités à trouver des explications en annonçant que tenter d’expliquer c’est déjà justifier les crimes commis.

Vous êtes prévenus, tenter de trouver pourquoi et comment on en est arrivé à une telle situation fait de vous un soutien objectif des terroristes…

Et pourtant, renvoyer la responsabilité des crimes sur les seuls individus ne permet pas de comprendre le « pourquoi » et de trouver les réponses qui permettraient d’arrêter ce déchaînement de violence qui peut déboucher sur une guerre civile dans notre pays.

Comprendre comment de jeunes Français, issus de l’école de la République en sont arrivés à de telles extrémités !

La situation économique a fait de ces jeunes des révoltés. L’école leur a appris qu’ils étaient des citoyens  libres et égaux, et ils se rendent compte tous les jours qu’eux même ou leurs amis sont condamnés durement (souvent à de la prison ferme) pour un simple vol de mobylette alors que les Cahuzac et consorts ne sont jamais véritablement inquiétés, où est l’égalité ?

L’école leur a appris qu’ils étaient des citoyens libres et ils se rendent comptent qu’ils sont interpelés pour vérification d’identité, souvent plusieurs fois par jour, uniquement parce qu’ils ont la peau plus sombre ou les cheveux crépus.

« Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles »,écrivait le poète Louis Aragon,trouver du travail quand on habite un ghetto de banlieue est un véritable sacerdoce et de nos jours, en période de crise économique, virtuellement impossible.

Disons les choses comme elles sont ressenties dans notre pays par les populations dont les origines, au travers en particulier de la religion et de la langue, se sentent proches des habitants du Maghreb ou du Moyen Orient.

C’est justement parce que les jeunes de ces banlieues sont le fruit de l’école Républicaine, qui leur a appris l’égalité et la liberté, qu’en 2005 ils se sont révoltés dans leurs ghettos. N’en déplaise à tous ces édiles locaux et journaleux  qui ont voulu criminaliser leur  révolte, ils sont les héritiers des révoltes de 1830 et 1848 mais aussi de tous ces jeunes qui ont refusé en1943 d’être des esclaves de la machine de guerre nazie en refusant le STO. Les peuples ne se révoltent pas pour des raisons idéologiques, mais pour répondre à des problèmes concrets.

Cela dit, toutes ces raisons n’expliquent pas que de nombreux jeunes en soient arrivés à passer aux actes, que certains soient partis combattre en Syrie et que d’autres aient commis des crimes contre leurs compatriotes en France même.

Il a fallu pour cela un déclencheur ; les causes économiques et les conditions d’existence dans les ghettos ne peuvent à elles  seules expliquer que des jeunes soient devenus des criminels. Sur ce terreau favorable, dans ce  contexte propice, F Hollande et le gouvernement en bombardant la Syrie et l’Irak  ont donné aux terroristes des raisons de passage à l’acte.

Des raisons de passage à l’acte.

La France commet dans ces pays des atrocités sans nom, elle détruit des villes et des villages entiers sous le seul prétexte qu’il pourrait y avoir des terroristes de Daech cachés dans ces villages. Les bombes larguées par les Rafales ne tuent pas que des terroristes, ils tuent en grand nombre des civils, des femmes et des enfants. A Raqua, ils ont enseveli sous les décombres de leur école des écoliers de 8 à 12 ans. Pour nos journaleux, ce ne sont que des dégâts collatéraux.

On peut penser que la situation faite à ces peuples a été le déclencheur du passage à l’acte. Cela n’excuse rien, bien sûr, mais explique ce qui, sans cela, est inexplicable. Il est normal que ces jeunes des citées se sentent proches de ces peuples, le départ pour la Syrie de nombreux jeunes gens et jeunes filles montre qu’ils sont sensibles à cette situation et ce ne sont pas tous des criminels.
Il est évident que les attentats perpétrés dans notre pays sont une réponse aux bombardements effectués par notre « armée » ,(une armée de métier impérialiste et néocoloniale dans des objectifs qui lui ont été fixé par le pouvoir politique), hier en Lybie, aujourd’hui en Irak et en Syrie. Ces bombardements n’ont aucun fondement, pas même la défense d’intérêts économiques, si ce n’est la vente d’armes à des factions opposées au gouvernement légal de la Syrie et souvent même à des factions liées à Daech que ce gouvernement prétend combattre. Ce n’est pas l’intérêt de la France que d’aller derrière les Américains se fourvoyer dans une guerre sans fin et dont on sait par avance qu’il n’y a pas d’issue.

Cette guerre n’est pas la nôtre, le peuple Français n’est pas en Guerre

Pour comprendre comment des groupes terroristes  comme Daech ont pu se développer en Irak et en Syrie il faut faire un retour  historique jusqu’aux  accords Sykes Picaut qui ont été la marque de plusieurs dizaines d’années d’injustice faite par l’occident au monde Arabo Musulman. La guerre en Irak en aura été le point d’orgue.

Si on qualifie ces groupes  de « terroristes » alors il faut pour le moins traiter Israël, qui colonise, asservit et tente d’éradiquer par tous les moyens le peuple Palestinien de sa terre, de la même manière.

La France avait historiquement des relations certes complexes, mais amicales avec ces peuples du Moyen et du proche Orient. En son temps, le refus de Jacques Chirac Président de la République  de se fourvoyer dans la guerre en Irak derrière les Américains avait été salué dans tout le monde Arabe mais aussi en France. A cette époque cette décision avait préservé notre pays de tout attentat. 

La sécurité des Français passe par un changement de politique étrangère.

Si l’on veut éviter que des criminels au nom de l’Islam, alors que la religion n’a rien à faire dans ce processus de guerre et de terrorisme, viennent recruter parmi les populations des citées de futurs terroristes, il faut en tout premier lieu changer radicalement de politique étrangère. Il faut cesser, en particulier, de justifier les crimes commis par Israël au Moyen Orient.

Malheureusement, à cette étape, sous l’emprise de la peur des campagnes médiatiques faisant l’apologie de la guerre, aucune organisation politique n’a le courage d’entamer une véritable campagne pour un changement de politique étrangère et pour la paix. N’est pas Jaurès qui veut !...
Depuis maintenant quelques mois ce gouvernement prétend que nous sommes en guerre, sans être capables de nous dire exactement contre qui, mais surtout pourquoi. En assassinant Kadhafi, qu’avons-nous fait en Lybie, sinon créer une situation inextricable de guerre civile et  en abandonnant ce pays aux plus extrémistes.
Que faisons-nous en Syrie et en Irak sinon alimenter en armes une guerre civile, mais aussi  massacrer des populations  au travers des « effets collatéraux » de bombardements dont on sait qu’ils ne déboucheront sur aucune solution politique viable.

On pourrait rappeler à François Hollande qui prétend importer la civilisation dans ces pays, qu’avec Saddam Hussein en Irak, Kadhafi en Lybie et Bachar el Assad en Syrie, toutes les communautés religieuses vivaient en bonne entente dans ces différents pays. On peut également lui rappeler que les populations de ces pays ne venaient pas par centaines de milliers et au péril de leur vie frapper aux portes de l’Europe pour tenter de survivre et échapper à ces guerres que nous alimentons chaque jour un peu plus.

Comment et pourquoi en est-on arrivé là.

Comprendre comment  on en est arrivés là suppose de mettre en cause les institutions qui ont permis à un homme seul (le président de la République) de déclencher cette situation de guerre contre des pays qui ne nous ont jamais ni agressé, pas même menacés, et de mettre les Français devant le fait accompli.

Alors oui, ces guerres alimentées par la France au Moyen Orient et au Maghreb ont enclenché dans notre pays une situation trouble qui se traduit par des attentats terroristes.

On aurait pu croire que les croisades avaient pris fin depuis déjà quelques siècles, que le colonialisme était en voie de disparition depuis la fin de la guerre d’Algérie, las, pour de sombres raisons de politique intérieure, ce gouvernement a besoin d’un changement d’alliance pour mener à son terme la mise au pas du monde du travail et enterrer définitivement l’idée même du socialisme.
Pour cela il a besoin de donner des gages  à la droite, il le fait au travers de la condamnation à de la prison ferme de syndicalistes qui luttaient pour leur emploi.

Il lui faut aussi des institutions qui lui permettent cette mise au pas par la criminalisation des terroristes mais aussi et surtout la criminalisation des auteurs  de délits « graves » (sans préciser ce que sont des délits « graves »). En dehors du terrorisme, il n’échappe à personne que ce ne peut être que des délits résultant directement de la rigueur des luttes sociales à venir. Seule la peur de la guerre et du terrorisme permettent à François Hollande de modifier les institutions en ce sens. Ce n’est pas la première fois dans notre histoire que la politique extérieure et la guerre servent à régler des problèmes de pouvoir en France.

Les apprentis sorciers Hollande et Valls ouvrent la boite de Pandore.

En incluant l’état d’urgence dans la constitution,  ce gouvernement, par une restriction des libertés publiques est en train de créer les conditions d’un état policier. Demain, une majorité de circonstance pourra utiliser ces règles constitutionnelles pour  réprimer toute opposition.
Qui en profitera demain ?

Notre  ami Robert  Duguet me propose de préciser dans un petit texte, qu’il y a également des causes politiques aux révoltes des banlieues en 2005 que j’évoque dans mon propos. Comme je trouve ce texte pertinent je vous le propose ci-dessous.

« Il y a aussi des causes politiques : dans les combats révolutionnaires du Front Populaire, de la résistance à l’Europe brune et au fascisme, voire même dans les années qui ont suivi la grève générale de 1968, la jeunesse paupérisée prenait naturellement sa place aux côtés d’un mouvement ouvrier organisé qui se réclamait du socialisme. Aujourd’hui l’horizon d’une société réalisant l’émancipation sociale par un autre mode de production du travail social a disparu : ce sont des partis constitués sur des bases religieuses qui captent la révolte de fractions significatives de la jeunesse. Comment comprendre qu’un mouvement comme le Hamas en Palestine, précisément parce qu’il est capable d’aider la population à régler des questions d’urgence sociale, occupe le devant de la scène ? Là encore c’est la responsabilité d’une gauche gouvernementale qui a renié toutes nos aspirations qui est posée. » (Robert DUGUET)


Non René Revol ! On ne fait pas le Front Unique avec les héritiers de Marcel Déat ! par Robert Duguet

Voir ci-dessous l'article de René Revol incriminé

Remarque:

On peut sur le site de René Revol ( https://leblogderenerevol.wordpress.com/) laisser un commentaire, mais ce dernier ne peut pas faire l'objet d'une discussion, discussion à laquelle René Revol appelle, puisque les commentaires ne sont pas portés à la connaissance des lecteurs de son blog... Néanmoins comme l'article de fond qu'il a rédigé défend un point de vue avec lequel je ne suis pas d'accord, je prends la liberté de lui répondre par ma propre liste de diffusion. (RD)

L’analyse de Revol fait du FN le centre de la vie politique française. C’est un point de vue qui en général est largement mise en œuvre par le pouvoir médiatique. On avait pas besoin que René Revol vienne au secours de tous ceux qui, dans l’appareil institutionnel ou médiatique, désignent le FN comme le problème de l’heure.

René Revol écrit par exemple :

« La responsabilité historique de la gauche aujourd’hui (au lieu de courir après la droite et l’extrême droite) est de faire face en formulant une réponse cohérente et mobilisatrice pour opposer à l’ordre libéral-sécuritaire un nouvel ordre, solidaire et humaniste. »

On a envie de lui répliquer : si René Revol cessait de courir après le FN, en le parant des « qualités » du parti national-socialiste de Hitler, et s’il répondait à la question, pourquoi le Front de Gauche a été incapable d’être une alternative construisant dans la lutte sociale comme dans les élections une alternative anticapitaliste à une destruction de tous nos acquis de civilisation depuis maintenant 40 ans, que le gouvernement soit à gauche ou à droite, on pourrait discuter sur une base sérieuse.

Allons à la racine de cette orientation politique : Revol, comme Mélenchon, c’est la continuité du mitterandisme… En 1981, l’extrême droite représentait 1% du corps électoral. Lorsqu’après 1983, il apparait de plus en plus clairement que la gauche fait au gouvernement la même chose que la droite, créant la désespérance sociale, il faut un contre-feu. Ce sera le FN dont Mitterand, côté cour, mettra toute sa science à faciliter son développement, jusqu’à instiller une dose de proportionnelle dans les élections et côté jardin le président facilitera grandement l’émergence de SOS-Racisme. Le poison d’un côté, l’antipoison de l’autre ! Les deux faces d’une même politique pour garder le pouvoir : en jouant au passage sur les profondes meurtrissures qu’a subi le peuple français dans la résistance au fascisme, belle leçon de fidélité morale pour un homme qui a passé trois ans à Vichy et qui est certainement le personnage le plus trouble de la politique française depuis la guerre. La ligne du PS, Gauche Socialiste incluse, sera de donner à l’extrême droite tous les moyens institutionnels, politiques et médiatiques qui assurent son développement : ils avaient besoin de cela pour casser l’héritage du gaullisme et faire en sorte que la droite parlementaire reste minoritaire. Le FN est un petit monstre de la Vème république bonapartiste dont Mitterand a usé et abusé pour garder le pouvoir présidentiel.

Quant à établir une différence de nature entre les partis populistes et nationalistes qui prolifèrent dans un certain nombre de pays européens et le FN, qui porterait en germe le projet du parti de Hitler, cela ne tient pas la route ! Entre la fin de la première guerre mondiale et la prise du pouvoir en 1933 en Allemagne par les nazis, il y a un élément fondamental qui joue, c’est que les classes dominantes sont directement menacées par la révolution prolétarienne et par le mouvement mondial qui  procède de la révolution d’octobre 1917 et de la construction de la 3ème Internationale : la bourgeoisie allemande abandonnera le pouvoir, quelque peu contrainte et forcée, aux bandes armées des SA et des SS. Sommes-nous dans une situation identique : les classes dominantes européennes n’ont nul besoin des mouvements nationalistes pour faire des affaires, c’est plutôt les partis de la 2ème internationale qui leur rend service : ils assurent la destruction de tous les acquis sociaux légués par la lutte contre le fascisme au profit de la concurrence libre et non faussée. Les vrais ennemis pour nous ce sont les François Hollande, Manuel Vals et ce bel homme aux yeux bleus, commis voyageur du capitalisme néo-libéral, Emmanuel Macron. Issu de la revue Esprit, soutenu par l’association Terra Nova, émule très moderne des principes du Christianisme social. La troïka préfère de très loin Emmanuel Macron à Marine Le Pen. On avait connu en 1983 la montée en puissance de cette belle tête de cierge qu’était Jacques Delors, là c’est encore eux, les démocrates-chrétiens, mais en plus destructeur. Les vrais ennemis pour nous ce sont les héritiers de Marcel Déat et du IVème Reich, sans la gestapo et la milice il est vrai, mais le IVème Reich quand même de frau Merkel (eins, zwei !)

Aujourd’hui commence à se mettre en place un dispositif politique, dont Cambadélis a tracé les contours : réunir des primaires à gauche qui iraient de Hollande à Mélenchon pour rassembler la gauche et écarter le FN de la prise du pouvoir d’Etat. Les frondeurs du PS viennent de reprendre à leur compte cette orientation, toutefois en écartant une nouvelle présidence de François Hollande, mais le cadre reste identique. Le bon thermomètre de ce qu’il ne faut pas faire est toujours donné par Gérard Filoche, c’est le digne héritier d’une Gauche Socialiste particulièrement faisandée : faire l’unité de la gauche et des écologistes, mais sans François Hollande comme candidat. Autrement dit, on nous demande à nouveau d’être une force d’appoint du PS au second tour de la présidentielle. Le néo-socialisme sans Hollande, cela reste le néo-socialisme.

René Revol, cette orientation elle est rejetée par les militants : formellement Mélenchon n’est pas gagnée à l’idée de faire cette unité de la gauche et des écologistes qui, in fine, remettra le pouvoir au PS. Mais c’est bien formel, puisque la direction du PG, lors du récent scrutin régional, a soutenu la liste du PS au second tour. Je rappelle que dans les unités politiques du PG sur l’Ile de France, du moins ce qu’il en reste, l’opposition à cette orientation était totale. Dans l’Essonne, berceau du mélenchonisme, il y a avait 19 militants locaux présents et 2 délégués du national. Passons sur le nombre de participants qui indique un affaissement total de cette organisation : durant la campagne présidentielle de 2012, il y avait entre 200 et 250 militants présents aux assemblées du 91… A l’unanimité les 19 ont condamné l’orientation des représentants du national. Ce qui n’a pas empêché ces derniers de s’asseoir sur ce que défendaient les militants.

C’est sans doute le basisme invétéré des militants que Revol condamne dans ses conclusions politiques :

« Ces deux dernières années ont vu s’exprimer dans nos rangs des réactions politiques qui peuvent nous faire trébucher et qu’il faut caractériser et combattre. Le « gauchisme » au sein du Front de Gauche consiste à refuser toute alliance, y compris de circonstance, avec quiconque, et en particulier à assimiler le PS à la droite, voire à laisser le FN passer. »

Quand les militants qui sont encore encartés au PG disent qu’ils n’ont plus l’intention de servir la soupe aux élus en particulier et au PS en général, ce sont des basistes… On leur applique la pédagogie de l’exclusion, de la mise sur la touche ou de la tutelle pour les aider à réfléchir. Au PG on connait ça, ils ont appris chez Lambert ou chez Chevènement…

Quant à la référence à Podemos, elle est vraiment méprisante pour les forces vives de ce mouvement. Je m’en expliquerai plus longuement à partir de l’analyse apportée par le livre d’Héloïse Nez, « Podemos de l’indignations aux élections », qui est un travail de sociologue et de militante pour comprendre précisément ce qui se passe en Espagne et dans Podemos. Après nous en avoir mis une couche à propos du FN, qui serait l’embryon français du parti d’Adolf Hitler, après une référence à la stratégie défendue par Léon Trotsky et les révolutionnaires des années 1930 pour faire l’unité avec la social-démocratie contre le fascisme, Revol ajoute :

« Si nous voulons trouver aujourd’hui un bel exemple de cette stratégie, jetons un œil sur la façon dont PODEMOS en Espagne s’adresse au PSOE et pose les conditions d’un accord contre la droite. »

La direction de Podemos est une petite fraction, liée au chavisme, qui a su prendre le vent au moment où l’Espagne a été secouée par le mouvement des indignés. Et ce qui caractérise ce petit appareil, c’est qu’il combat pour endiguer et canaliser un mouvement profond de la classe ouvrière et de la jeunesse paupérisée espagnole pour prendre en main ses propres affaires et chercher une issue politique, sur une perspective strictement électoraliste. Une des premières mesures prises par ce mouvement d’universitaires autour d’Iglesias fut de refuser d’intégrer dans la direction de Podemos le courant Izquierda Anticapitalista. A l’organisation des cercles locaux qui voyait des milliers de citoyens affluer, se mêler de politique, intervenir sur les mesures d’urgence sociale à prendre, la politique de la direction d’Iglesias a mis en place un appareil vertical qui dépossède les cercles locaux de leur pouvoir exécutif. Voilà la réalité ! Et l’accord avec le PSOE que défend Iglesias, et qui est loin de recueillir un consensus majoritaire dans Podemos, est très exactement une politique qui conduira au même désastre politique et social que celle du gouvernement de Tsipras en Grèce.

Il faut rompre définitivement avec la ligne qui a été celle de la gauche socialiste de Mélenchon-Dray, et qui est celle aujourd’hui du semi-cadavre du Front de Gauche : le rassemblement rouge-rose-vert, tout comme le rassemblement de la gauche et des écologistes, avec ou sans Hollande, c’est le retour aux vieilles ornières qui conduiront à des défaites cuisantes pour nous les salariés.

On ne fait pas le front unique avec les héritiers de Marcel Déat !


FN fort, désordre mondial, autre gauche affaiblie... Et maintenant, que faire ? par René Revol

lundi 25 janvier 2016.

Source : https://leblogderenerevol.wordpress.com/

L’action collective pour l’émancipation humaine, quelle qu’en soit la forme, le lieu ou le moment, a grand besoin de générosité et d’énergie, mais il lui faut aussi savoir s’orienter et penser son action.

Mesurer le rapport des forces en lutte, en apprécier l’évolution, identifier dans cette configuration les leviers pour l’action, puis agir en conséquence avec détermination et constance, telles sont les étapes et les tâches qui se sont toujours imposées aux progressistes de toutes les époques. La période que nous vivons aujourd’hui appelle une réflexion et un débat collectif qui les mettent en œuvre. Ce texte a la modeste prétention de contribuer à cette réflexion. Loin des formules lapidaires, bonnes à twitter et qui font l’économie de la pensée, prenons ensemble le temps de l’analyse. Je précise que ce texte ne s’attache à analyser que la situation politique française.

La signification du vote Front National

Les élections régionales des 6 et 13 décembre ont amplifié un processus en cours qui combinent montée du vote FN et désaffection croissante des autres partis, mobilisation électorale des électeurs FN et abstention massive des autres électorats, notamment à gauche. De 6M d’électeurs au premier tour à 6M 800 au second tour, cela représente une progression notable dans une élection comparable, celle des régionales de 2010 ; le chiffre du second tour est lui-même en légère progression par rapport aux 6M 400 du vote Marine Le Pen du premier tour des élections présidentielles (scrutin plus mobilisateur que les régionales). Mobilisation électorale du vote FN impressionnante donc mais toutefois à relativiser : si on rapporte les résultats au nombre d‘inscrits on obtient 13 % des inscrits qui votent FN, soit un chiffre similaire à celui obtenu par JM Le Pen en 2002, le nombre total d’inscrits ayant augmenté avec la population et l’abstention ayant été beaucoup plus importante. Ces deux faits majeurs sont à prendre en compte pour expliquer la mécanique électorale de décembre 2015, déjà partiellement à l’œuvre lors des élections à caractère plus locales des départementales de mars 2015 :

Premièrement : la mobilisation électorale en faveur du FN est devenue pour de très nombreux électeurs un moyen simple et direct d’exprimer une volonté de balayer les sortants, quels qu’ils soient. Les analyses sur cet électorat sont nombreuses et convergentes. Sa masse la plus importante est constituée de couches moyennes indépendantes ou salariées, déclassées ou taraudées par la peur du déclassement, pour eux ou leurs enfants. Les petits propriétaires de leur outil de travail ou de leur maison individuelle, dont la vie sociale collective est faible, exprime leur peur dans ce vote. La percée dans les milieux ruraux menacés de déclin est nette, le salariat ouvrier est lui-même touché surtout lorsqu’il est dans des petites structures éclatées. La masse des 7 millions sous-employés s’abstient très largement. Et lorsqu’ils votent c’est une majorité de cette minorité qui vote FN. Ne négligeons pas non plus le mécanisme de la xénophobie croissante. Cela n’apporte pas grand-chose de dire que « les électeurs de Marine le Pen ne sont pas tous racistes » car ce que révèlent les enquêtes notamment qualitatives c’est que la grande majorité de ces électeurs manifeste un rejet de tout ce qui se rapporte à l’immigration. Le racisme et la xénophobie ne sont pas des états mais un mécanisme social et moral qui peut saisir des millions d’hommes dans un contexte donné, comme l’entre-deux-guerres nous en a apporté la démonstration, et ce mécanisme est manifestement à l’œuvre sous nos yeux. La peur du déclassement, le rejet de l’autre, l’impuissance des sortants et la volonté de les balayer en « essayant ceux qui n’ont pas encore gouverné » sont les moteurs puissants de cette mobilisation électorale.

Deuxièmement : l’affaissement de la « droite républicaine » et de la « gauche gouvernementale ». La chute électorale de l’un et de l’autre est parfois saisissante, ainsi en Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon (MPLR), là où le FN arrive en tête, notamment dans les zones littorales, on assiste à une quasi disparition de la droite parlementaire (LR, UDI…). Sur le même littoral en PACA, c’est la quasi disparition du PS du paysage politique qui est la marque la plus dominante dès le premier tour, son retrait au second actant ce fait par sa disparition de l’Assemblée elle-même. En pourcentage des inscrits à l’échelle nationale on assiste à une régression massive tant de la droite parlementaire que de la gauche gouvernementale. Une partie des électeurs de droite rejoint le FN et une autre partie préfère rester à la maison. A gauche, la désaffection populaire pour le PS s’est manifestée par l’abstention, les transferts vers le FN restant très marginaux. Le Front de Gauche et les Verts ne profitant pas de cette désaffection. Cet affaissement des deux partis gouvernementaux est le fait majeur de cette élection, à mon avis. Il créé un vide, que remplit partiellement le FN. Il ouvre la voie d’autres possibles, mais force est de constater qu’à ce jour ils ne sont pas perceptibles.

Qu’est-ce que le FN ?

La caractérisation précise de ce parti est un enjeu de la lutte. Et je constate que de trop nombreux observateurs s’en abstiennent. S’agit-il d’un parti de la droite extrême ? Une des composantes de ce phénomène européen, comme la ligue du Nord en Italie, le FPO en Autriche, UKIP en Angleterre, le Parti des Vrais Finlandais, le Jobbik en Hongrie, etc.. ? Réduire le FN à cette tendance est un peu rapide, en effet, nombre de ces partis gouvernent ou ont gouverné avec la droite parlementaire (Italie, Autriche, Hongrie, Finlande, Norvège… et la caractéristique du FN est justement de ne pas l’envisager, en se situant sur un terrain plus traditionnel de l’extrême droite, dite « révolutionnaire » (pour reprendre l’expression de Zeev Sternhel) : ni gauche ni droite ! Le FN n’est donc pas un parti conservateur de la droite extrême, il exprime quelque chose d’autre qui se rapporte à mon avis à l’expérience fasciste.

Qu’est-ce que le fascisme ? Le fascisme implique une volonté de détruire l’Etat existant et les organisations démocratiques en s’appuyant sur une mobilisation de masse à caractère nationaliste et xénophobe. S’il s’alliait momentanément avec des forces conservatrices c’est parce qu’il les dominait, pour mieux les étouffer, et pas pour leur servir d’appoint. Il mélange donc plusieurs ingrédients.

- L’appel à balayer la classe politique existante, toute tendance confondue en refusant à la fois et la gauche et la droite.

- Un discours exaltant l’indépendance nationale en lui donnant une dimension ethnico-historique à dimension xénophobe et raciste.

- Un discours social défendant les petits contre les gros, lui permettant de recruter dans les classes populaires.

Si on y regarde de près, le FN regroupe ces caractéristiques sous une certaine forme : le rejet de la classe politique de droite et de gauche (« UMPS ») initié par JM Le Pen dès 1956, avec le mot d’ordre poujadiste sortez les sortants ; la référence à la France éternelle, au refus de l’Europe, à la glorification nationale, instillant la peur d’une invasion migratoire ; une réorientation de son discours vers des revendications sociales pour les nationaux (comme la retraite à 60 ans en 2015)… Peut-on dire pour autant que le FN est un parti fasciste, au sens historique du terme ? Il lui manque un ingrédient majeur, la mise en place d’organisations de masse et le développement d’une violence parallèle à celle de l’Etat. Pour le moment, le FN réalise de véritables mobilisations électorales, qui lui permettent une implantation locale de plus en plus fine, mais ses meetings et ses manifestations restent clairement très modestes. Ses services d’ordre sont musclés, parfois avec les journalistes, mais cela ne ressemble pas à la violence fasciste, par exemple d’Aube Dorée (un authentique parti fasciste). La tentative récente de Robert Ménard maire « identitaire » de Béziers, de mettre en place une garde noire montre une tendance pour aller dans cette direction – tentative à laquelle le préfet dit vouloir s’opposer. Le FN est un parti à mi-chemin entre droite extrême et parti fasciste. Son caractère fascisant doit nous amener à suivre son évolution avec la plus grande attention. Cette caractérisation commande également la manière de lutter contre le FN.

La leçon allemande

Un parti de la droite extrême se compromet au gouvernement avec la droite parlementaire et assume avec celle-ci ses mesures antisociales. La lutte contre la droite extrême peut donc s’appuyer sur cette expérience, ce qui permet de la dévaloriser et de reconquérir son électorat populaire, à condition bien sûr que la gauche, pour mener ce combat, rompe totalement avec le libéralisme antisocial.

Il n’en va pas tout à fait de même avec le fascisme. Il revendique pour lui seul le pouvoir et il serait extrêmement dangereux de « les essayer » ; l’histoire nous montre que ce genre de voyage est parfois sans retour. L’expérience de fascisme et de la lutte antifasciste de l’entre-deux-guerres doit être mobilisée avec précision pour nous armer pour les temps qui viennent. L’expérience allemande de la fin des années 20 et du début des années 30, est en l’occurrence très utile. Le parti national-socialiste (et ce titre est un programme !) n’est qu’un groupuscule infime en 1925 ; mais il s’implante méthodiquement avant la crise de 1929 et celle-ci va lui donner l’occasion de prospérer. Son implantation s’appuie sur les ingrédients cités ci-dessus : le rejet d’une classe politique dite corrompue (Socialistes, Agrariens, Libéraux, Centristes) ; l’exaltation du sentiment national en s’appuyant sur le ressentiment suite à la défaite de 1918, la haine du bolchévisme assimilé à l’étranger russe, la désignation du juif comme ennemi public numéro 1, visant à assimiler judaïsme et capitalisme ; la défense de l’emploi et du pouvoir d’achat des allemands contre la « ploutocratie juive » ; la mise en place de services d’ordre armés… Notons bien que dans le même temps le NSDAP va investir systématiquement le champ électoral. Au lendemain de la crise d’Octobre 1929, alors que la misère et le désarroi se répandent dans toute l’Allemagne, la croissance électorale du parti nazi est impressionnante, atteignant plus de 30% des voix. En janvier 1933, le président de la République de Weimar, le vieux maréchal conservateur Hindenburg appelle Hitler comme chancelier et celui-ci dirige un gouvernement légal alliant nazis aux conservateurs. Mais ce sont les nazis qui dominent et ils utilisent le pouvoir pour éliminer successivement communistes, socialistes puis libéraux et centristes avant d’installer un régime totalitaire sans qu’aucune réaction de masse ait pu être organisée. Certes, les circonstances allemandes de 1930 ne sont pas celles d’aujourd’hui, mais elles doivent attirer notre attention sur le fait « qu’essayer » un parti fascisant, c’est prendre un grand risque.
Mais à cette première leçon, l’expérience allemande nous en fournit une autre. Hitler a prospéré grâce à la division profonde de la gauche. En effet, au moment où Hitler devient chancelier, le SPD (parti socialiste) et le KPD (parti communiste) ont la majorité absolue ! mais ils refusent de s’allier pour contrer Hitler. La direction du SPD, malgré de fortes oppositions internes, s’est embourbé dans les années précédentes dans des compromissions avec les partis bourgeois centristes et conservateurs, espérant barrer la route à Hitler en soutenant les politiques libérales et sécuritaires de la droite parlementaire, et celle-ci finit par leur préférer Hitler. Le KPD quant à lui, suit l’orientation dictée par Moscou, dite « politique de la Troisième Période » : pour le KPD l’ennemi principal c’est le SPD qualifié de sociaux-traitres, jugé plus dangereux qu’Hitler. Le dirigeant du KPD Thaelman osa même déclarer en janvier 1933 : « après Hitler, ce sera notre tour »… Malgré la résistance de l’opposition de gauche du SPD ou celle des trotskystes et des différentes fractions des communistes systématiquement exclus, les politiques suicidaires et jumelles du SPD et du KPD impuissantent la gauche et ouvrent la voie à Hitler. Cette deuxième leçon allemande nous parle aujourd’hui de manière très directe. Une gauche qui veut lutter efficacement contre un parti fascisant se doit à la fois de rompre avec les politiques bourgeoises libérales et s’unir pour gouverner. Cette stratégie, qualifiée dans l’histoire du mouvement ouvrier de l’époque de stratégie du Front unique, n’implique pas la fusion des partis, mais exige que l’unité entre les partis de gauche se fasse en conservant chacun toute leur indépendance, mais cette unité ne se fait qu’à condition d’une rupture significative avec les politiques libérales. Si nous voulons trouver aujourd’hui un bel exemple de cette stratégie, jetons un œil sur la façon dont PODEMOS en Espagne s’adresse au PSOE et pose les conditions d’un accord contre la droite.
L’expérience des années 30 nous montre aussi qu’en plus de la rupture avec le libéralisme et l’exigence d’unité, la lutte antifasciste doit prendre la forme d’une mobilisation populaire si elle veut être efficace. La grève générale de juin 1936 en France et la victoire du Front Populaire en est une expression significative. Ces trois éléments constitutifs d’une mobilisation réussie contre le fascisme : rupture avec le libéralisme, unité, mobilisation populaire, peuvent servir de base à notre réflexion contemporaine, aujourd’hui, en France.

Le nouveau désordre mondial : l’ordre libéral-sécuritaire

Le fascisme nouveau se nourrit directement du système mis en place par les dirigeants du monde depuis une vingtaine d’années. Dans le sillage des américains, notamment sous les présidences Bush, une « réponse » à la crise économique, sociale, morale, géopolitique… a été formulée et consiste dans ce qu’il faut appeler un programme libéral-sécuritaire. D’un côté, le libre marché régule tant les marchandises la finance que le travail et assure ainsi la toute-puissance d’un capitalisme transnational, appuyé par des politiques économiques d’austérité qui valorisent en toute circonstances l’offre compétitive contre la demande sociale, politiques menées sous la férule d’organismes non-élus comme le FMI, l’OMC, la BCE etc…. Et de l’autre l’Etat réduit sa dimension d’ « état-providence » au profit d’une excroissance de sa dimension sécuritaire, autant policière que militaire. Cela est visible dans les démocraties libérales américaines et européennes, mais aussi ailleurs, comme le montrent les exemples russes et chinois. Cet ordre nouveau n’est pas précisément un ordre, car il engendre un désordre généralisé, où la guerre est redevenue une des modalités du ciment national. La volonté des Occidentaux d’imposer leur modèle en Afghanistan, en Irak, en Syrie, en Lybie ont finalement eut pour effet d’engendrer un monstre barbare – ennemi de la République et de toutes nos valeurs –, et la guerre contre cet ennemi devient un moyen de discipliner nos sociétés. Le ralliement des élites politiques des différents pays à ce programme est une constante depuis deux décennies. Même s’ils le font de manière très différenciée en fonction de la culture et de l’histoire de chaque pays. En France, Sarkozy a symbolisé à merveille le ralliement de la droite républicaine en rupture par certains aspects avec l’héritage gaulliste. La conversion de Hollande n’en est pas moins impressionnante. La première partie de son mandat a été consacrée à une soumission sans limite au dogme du libéralisme économique et à la doxa européenne de l’austérité, et nous assistons aujourd’hui à l’offensive du gouvernement Hollande-Valls qui utilise les attentats ignobles du 13 novembre pour constitutionnaliser l’état d’urgence. Le ralliement de ces dirigeants « socialistes » à l’ordre libéral sécuritaire menace directement l’existence même du PS. Sa crise est devant nous. Le programme du fascisme nouveau est d’utiliser le mécontentement populaire face à ce nouvel ordre, pour proposer sa solution, un ordre national-sécuritaire.

La responsabilité historique de la gauche aujourd’hui (au lieu de courir après la droite et l’extrême droite) est de faire face en formulant une réponse cohérente et mobilisatrice pour opposer à l’ordre libéral-sécuritaire un nouvel ordre, solidaire et humaniste. Il n’est pas aujourd’hui perceptible, et c’est le moins que l’on puisse dire, mais est-ce une raison pour renoncer ? La tâche de l’heure est de réunir les forces capables d’ouvrir cette voie.

L’autre gauche, à la croisée des chemins

Sauf exception (dont on reparlera), la gauche non-gouvernementale s’est présentée divisée, illisible aux élections régionales. Dans le contexte des attentats et du « vote utile » contre le FN, ses deux composantes ont été marginalisées (Front de Gauche et EELV). Outre que leur division portait atteinte à leur crédibilité comme moyen de peser, ils ont plus donné le sentiment de vouloir garantir une représentation politique plutôt que de répondre aux urgences de la situation. Les petits calculs, à quelque niveau qu’ils soient (présidentiels, régionaux, municipaux…) ont pris le pas sur l’urgence politique. Les élections régionales ont donc aussi marqué une défaite politique de l’autre gauche amplifiant un processus déjà à l’œuvre depuis les élections européennes de 2014.

Notons donc une exception. En MPLR, EELV et le Front de Gauche dans toutes ses composantes ont réussi à présenter une liste unique, celle conduite par Gérard Onesta. J’ai défendu cette orientation depuis un an, et je me félicite qu’on y ait abouti. Cela a été rendu possible, car nous avons pris le temps de nous respecter et de discuter, parce que nous l’avons fait sous un véritable contrôle citoyen qui s’est notamment manifesté dans la co-écriture d’un programme avec des centaines de contributions et de la charte éthique. Cette méthode pourrait servir d’exemple pour l’avenir. En donnant la parole aux citoyens pour qu’ils construisent l’alternative avec les forces politiques impliquées. Il a fallu ensuite faire que toutes les forces politiques soient représentées et ainsi respectées. Le contexte a été difficile : les attentats ont créé un climat rendant particulièrement difficile la campagne ; les sondages annonçant le FN à plus de 30% dans l’ensemble de la région (et à plus de 40% dans les seuls départements du Languedoc-Roussillon) – et ils ne se sont pas trompés – faisaient monter en puissance le « vote utile » instrumentalisé par le PS. Malgré cela, la liste de l’autre gauche a franchi les 10%, seule liste ayant ce résultat sur tout le territoire national. Le FN étant largement en tête au premier tour, il était hors de question de « les essayer »… la liste Onesta qui pouvait se maintenir a eu raison de fusionner en posant des conditions qu’elle a d’ailleurs obtenu : stricte représentation proportionnelle, liberté de vote, nouvelle gouvernance, débat public sur les questions restant en suspend comme les états généraux du ferroviaire. Cela a permis de battre le FN, tout en conservant la totale indépendance du programme et de l‘organisation de l’autre gauche. Ce résultat ne doit pas néanmoins nourrir des illusions, nous ne faisons aucune confiance aux dirigeants socialistes pour respecter leurs engagements, d’autant que Mme Delga et ses amis socialistes et radicaux restent totalement solidaires du gouvernement (et surtout celle-ci refuse de démissionner de son poste de député manifestant ainsi son soutien du cumul des mandats). Les trois élus du Parti de Gauche (Muriel Ressiguier, Jean-Christophe Sellin et Guilhem Serieys) ont eu tout à fait raison tout en signant l’accord de refuser de participer à l’exécutif (contrairement à certains élus PCF et EELV). Je note d’ailleurs que Gérard Onesta a choisi de ne pas participer à l’exécutif et a su imposer un système, où il préside l’Assemblée Régionale et constituera ainsi un contre-pouvoir face à la présidence Delga, au sein même de la majorité élue. MPLR constitue une expérience à étudier avec soin pour tracer un avenir à la gauche.

Gauchisme et basisme : deux « maladies infantiles » à soigner avec bienveillance

Ces deux dernières années ont vu s’exprimer dans nos rangs des réactions politiques qui peuvent nous faire trébucher et qu’il faut caractériser et combattre. Le « gauchisme » au sein du Front de Gauche consiste à refuser toute alliance, y compris de circonstance, avec quiconque, et en particulier à assimiler le PS à la droite, voire à laisser le FN passer. Je reprends l’expression de Lénine, qui caractérisait cette attitude de maladie infantile, qui manifeste à la fois une réaction saine et une solution fausse. Comment ne pas partager l’irritation, voire la colère de plus ou moins récents militants devant les capitulations et l’abaissement de Hollande et de ses ministres ? Ces capitulations sont dans l’Histoire un phénomène récurrent : ralliement à l’Union sacrée en 1914 ; vote des pleins pouvoirs à Pétain en 1940 ; vote des pleins pouvoirs en Algérie en 1956 ; tournant libéral en 1983 ; reniement du vote populaire en 2005 contre la Constitution européenne… les raisons de détestation des dirigeants socialistes ne manquent pas. Mais pour combattre leur influence dans la population, la simple dénonciation et le splendide isolement ne servent à rien. Il faut au contraire déployer une politique qui mette en contradiction les aspirations de ceux qui votent socialiste et la politique suivie par leurs dirigeants. Agir avec constance sur cette contradiction pour dégager une issue positive pour le peuple est une ligne stratégique à ne jamais quitter si on a pour objectif de conquérir à nos idées la majorité du peuple. Cela ne signifie en aucun cas un ralliement au PS mais une politique indépendante de front unique, contre le fascisme et l’ordre libéral-sécuritaire.

Une autre maladie infantile s’est manifestée, que je qualifierais de basiste. Nous avons pour ligne de conduite de rendre la parole aux citoyens, au peuple, dont la volonté est souvent bafouée ou confisquée par les élites politiques. C’est ce que nous exprimons depuis quatre ans en développant le programme d’une révolution citoyenne qui mêle mobilisation sociale et investissement électoral. Cela se construit mais ne se décrète pas. De véritables assemblées citoyennes où le peuple décide de son destin ne peuvent se forger que dans une situation de mobilisation sociale et civique. Or certains de nos amis ont cru pouvoir convoquer des assemblées citoyennes et leur remettre le soin de décider de l’action. Or ces assemblées n’ont pas réuni plus de 50 à 70 participants sur des départements de 500 000 à 1M d’habitants. Ce ne sont donc pas des assemblées citoyennes, mais des réunions militantes, fort utiles par ailleurs qui unissent dans l’action commune citoyens encartés et citoyens non-encartés. Ce processus d’ouverture à l’initiative citoyenne doit se développer sans faire porter à ces assemblées la responsabilité d’Assemblée majoritaire du peuple. D’autant que ce basisme s’est couplé parfois avec un rejet démagogique et bien à la mode des partis politiques. Or quand nos concitoyens rejettent les partis politiques, ils visent ceux qui dirigent le gouvernement et qui ne respectent jamais leur parole. Il serait stupide de jeter aux orties avec eux le travail méthodique et patient de ceux qui construisent les mouvements et organisations qui se fixent pour objectif l’émancipation humaine. C’est pour cela que nous avons défendu dans les élections régionales la formule du rassemblement « politique et citoyen » qui permet tout à la fois de rassembler toutes les forces politiques de gauche non-gouvernementales, et de donner toute sa place à l’initiative des citoyens. Je suis convaincu que les expériences de ces deux dernières années permettent à la génération qui s’est engagée de dépasser ces deux « maladies infantiles ».

Que faire ?

J’ai conscience que ces quelques lignes d’analyse sont partielles et insuffisantes, je serais heureux que vous soyez nombreux à prendre vos plumes pour appuyer ou contester, ou modifier tel ou tel élément. Mais notre responsabilité est aujourd’hui d’avancer. Aussi, sur la base de cette analyse de la situation française, je me risque à faire 2 propositions qui se complètent dans une vision stratégique.

Premièrement, construire en 2016, des Etats Généraux Citoyens. La première étape indispensable est de remettre sur le devant de la scène les citoyens. Mais si cela est fait de manière locale et diversifiée sans aucune perspective de regroupement, nous allons de nouveau assister à la multiplication de comités et d’actions partielles sans lendemain. Je propose que quelques voix fortes de la Gauche non gouvernementale lancent un appel à ces Etats Généraux. Et à partir de là, nous multiplierons dans les villages, dans les quartiers, les entreprises, les administrations, les établissements scolaires et universitaire des rassemblements citoyens qui formuleront les exigences démocratiques, laïques, écologiques et sociales, et qui chercheront ensuite à obtenir l’appui de la majorité des citoyens de leur territoire. Cette effervescence démocratique est à tenter mais elle ne se fera que si les citoyens s’en saisissent. Les partis et organisations de la gauche non gouvernementale, qu’ils viennent de la mouvance Front de Gauche ou de la mouvance Ecologiste, doivent se mettre au service de cette dynamique citoyenne et y apprendre à travailler ensemble. Ainsi se construira un véritable programme commun de la transformation écologique et sociale.

Deuxièmement, la mobilisation citoyenne et sociale doit trouver une offre politique électorale, sinon elle serait vaine. Cette offre politique ne peut s’affirmer que dans la perspective des élections présidentielles et législatives de mai/juin 2017. Comme l’attend l’immense majorité de leurs électeurs, le Front de Gauche et EELV doivent s’unir et ainsi agréger autour d’eux tous ceux qui n’acceptent pas la politique libérale et productiviste de l’ordre libéral-sécuritaire. L’élection présidentielle est comme on le sait un piège qui pousse à l’affrontement des personnalités. C’est pour cela que je milite pour une offre unique 577 + 1, c’est-à-dire un(e) candidat(e) à l’élection présidentielle et 577 candidat(e)s communs aux élections législatives. La seule personnalité qui s’avère capable aujourd’hui dans l’opinion de franchir la barre des 10% est Jean-Luc Mélenchon. Il peut devenir le candidat commun de cet arc politique, à l’élection présidentielle. Ceux qui le récusent n’ont pas de solution alternative si ce n’est l’émiettement qui ne sert que le PS. Et le fait de présenter ensemble ce candidat avec les 577 aux législatives permet le rassemblement de tout l’arc politique et de respecter toutes les formations. Cette tâche est difficile, mais il n’y a pas d’autre voie. Il faut donc s’y atteler au plus tôt, et avec patience apprendre à travailler ensemble. Il est impératif que l’intérêt collectif prenne le pas sur les calculs individuels. Par ailleurs cette offre politique unitaire de l’autre gauche est de nature à aiguiser la contradiction entre les électeurs socialistes et le ralliement libéral-sécuritaire du gouvernement socialiste sortant. Ainsi, nous mettrons en œuvre une véritable stratégie de front unique, capable de vaincre le fascisme nouveau et l’ordre libéral-sécuritaire.

Pour conclure, ces deux propositions peuvent être engagées par l’initiative militante et ainsi aider à ce qu’un vaste mouvement social se mette en place. Car, pour vaincre le fascisme, seule une société mobilisée peut y parvenir. Ce mouvement social ne se décrète pas. Notre responsabilité est de le préparer pour que son action soit la plus efficace possible lorsqu’il se produira, lorsque les citoyens l’auront mis en œuvre. Les Etats Généraux Citoyens et une offre politique unique de l’autre gauche peuvent créer les conditions d’une mobilisation populaire visible et conquérante qui mettra en échec la marée brune.

Merci de m’avoir lu jusqu’au bout, et dans l’attente de vous lire.


Du désastre social au vote FN, par Jean-Pierre Juy (militant PG de Grenoble)

28 janvier 2016.


 
Réponse de Jean Pierre Juy à l’article de René Revol FN fort, désordre mondial, autre gauche affaiblie... Et maintenant, que faire ?

Cher camarade René,

Ton analyse repose essentiellement sur l’examen de l’évolution des résultats électoraux, comme si la dynamique des rapports sociaux entre les classes était toute contenue dans le résultat du passage des citoyens dans l’isoloir. Quel est l’intérêt de considérer hors de leur contexte social « la mobilisation électorale du vote FN » et « la désaffection croissante des autres partis » ? Cette dernière étant dominée comme on s’en est rendu compte, par une abstention massive à gauche. Bref, si je ne peux qu’être d’accord sur le bilan comptable des derniers scrutins (les chiffres étant ce qu’ils sont), je ne le suis pas avec ta façon de les considérer en soi, sans rapport avec ce qui constitue la matière de la vie sociale et politique du pays.

Plus de 6M de chômeurs réels, c’est à quelque chose près, le score du FN !!! Parmi eux, autour de 3 M chômeurs de longue durée ! Ce rapprochement n’est pas le fait du seul hasard. Pour les moins de 30 ans, la règle, c’est temps partiel et précarité pour les femmes, plein temps (pas toujours) et précarité pour les hommes. C’est-à-dire va et vient entre emploi et chômage. A l’autre bout des tranches d’âge, c’est menaces de licenciement sans perspectives de reclassement : chômage longue durée assuré, dans le meilleur des cas, le déclassement. Je pense que si on prenait le temps de faire un bilan sérieux de la situation sociale, ne serait-ce que celle du salariat, on est en présence d’un commencement de désastre social si, sur à peu près 20 M de salariés, plus du tiers d’entre eux ne sait pas de quels moyens d’existence ils vont pouvoir disposer dans un avenir relativement proche. La catastrophe est déjà présente pour les moins de 25 ans –leur génération est de loin la plus sacrifiée-.

Au fond, peu importent les chiffres exacts, nous pouvons raisonner à partir d’ordres de grandeurs et surtout de ce que montre le développement de la crise. Tu sais comme moi que certaines régions sont de véritables champs de ruines du point de vue de l’emploi et de la vie sociale, et que le phénomène est parti pour se répandre sinon s’amplifier. Je ne reviens pas sur les couches qu’on appelle moyennes, tu décris l’essentiel à ceci près que certaines sont déjà à la limite de la survie (petits artisans et agriculteurs sur petites exploitations). Pour eux, le péril, c’est maintenant.

Bref ce qu’on appelle la crise soumet de plus en plus de jeunes, de femmes et d’hommes à des conditions d’existence qui relèvent d’un phénomène de paupérisation massive. Ne serait-ce pas cela le terreau nourricier et potentiellement constitutif du fascisme que tu décris ? Pour l’heure, c’est apparemment celui du FN. A cette étape, et pour terminer sur cette question j’ai deux petites remarques. La première sur le fait que le mot chômage me semble absent de ton analyse. Ce ne me semble pas être qu’une question d’optique. La seconde pour faire état d’une évidence, à l’heure d’aujourd’hui, depuis un certain temps déjà, la carte du vote FN semble se superposer à celle du chômage. Cela mériterait d’ouvrir la discussion…

Avant de me remettre à mes commentaires, , je lis ce matin même, dans Mediapart l’article de la une du jour, c’est intitulé : « Paroles de députés cernés par le FN » Une dizaine de députés. Toutes étiquettes confondues sont interrogés sur l’avenir de leur situation politique : tous font tous référence, d’une façon ou une autre, au problème de l’emploi donc du chômage. Je ne veux pas en déduire par là que la question du chômage éclipse toutes les autres, ce n’est pas concevable. Il n’en reste pas moins que c’est le point d’ancrage de la crise dans le tissu social, ce qui englue les esprits et les conditionne au point de devoir être pensé comme une fatalité contre laquelle on ne peut rien, plus rien.

Parvenus à ce point-là, ce sont les xénophobes, les identitaires et autres fascistes en herbe qui vont tirer les marrons du feu, et comme tu l’écris, « un mécanisme…qui peut saisir des millions d’hommes »… Sauf que le mécanisme en question doit être compris comme un résultat possible du développement dialectique de la situation politique. A propos de la montée du FN et de sa nature, il faudrait quand même rappeler que JM Le Pen s’est toujours réclamé de la famille des mouvements fascistes, particulièrement italien et autrichien, peut être d’autres aussi. Autour de lui des rescapés des mouvements fascistes ont porté sur les fonts baptismaux le groupuscule FN.. Comme dit l’adage : bon sang ne saurait mentir ! ….Mais les adages ne sont pas, chez nous du moins, des arguments politiques. A propos de l’arrivée des nazis au pouvoir Je trouve le résumé historique un peu succinct.

A mon avis, manque le rappel de deux faits qui vont nourrir la crise qui mène à 1933 : la situation économique, sociale, humaine catastrophique à l’issue de la défaite de 1918. Situation aggravée oh combien par les conditions imposées par le traité de Versailles et l’occupation de la RUHR en partie parce que les xénophobes allemands nommaient déjà des sous-hommes : les régiments sénégalais rescapés des massacres. Ensuite l’échec de la révolution allemande de 1919 – 1923.Ce dernier point fut absolument décisif. C’est en tout cas ce que je retiens de mes cours d’histoire.

Tu sais comme moi que ce sont principalement les militants de l’Opposition de Gauche à Staline qui ont surtout été capables de tirer le bilan de la montée des mouvements fascistes. Juste pour replacer les choses dans leur contexte, voici ce qu’écrit Trotsky, juste avant son assassinat par un agent de Staline : Léon Trotsky : Bonapartisme, fascisme et guerre 20 août 1940….. A quel moment le fascisme réussit-il ? « A la fois l’analyse théorique et la riche expérience historique du dernier quart de siècle ont également démontré que le fascisme est chaque fois le maillon final d’un cycle politique spécifique ainsi composé : une crise des plus graves de la société capitaliste, une radicalisation croissante de la classe ouvrière, une sympathie croissante vis-à-vis de la classe ouvrière et une aspiration à un changement de la part de la petite bourgeoisie rurale et urbaine, une confusion extrême de la grande bourgeoisie, ses manœuvres lâches et perfides visant à éviter le point culminant de la crise révolutionnaire ; un épuisement du prolétariat et une confusion et une indifférence croissantes, une aggravation de la crise sociale, un désespoir de la petite bourgeoisie, son aspiration à un changement, une névrose collective de la petite bourgeoisie, sa prédisposition à croire aux miracles et aux mesures violentes, une hostilité croissante vis-à-vis du prolétariat qui l’a déçue dans ses espérances. Telles sont les prémisses pour une rapide formation du parti fasciste et pour sa victoire. »

Quant à ce qui concerne tes propositions d’action, je pense que tu prends les choses par le bon bout mais à condition que le facteur subjectif (le PG en l’occurrence) de l’entreprise soit en état d’assimiler de façon bien plus approfondie que jusqu’ici, les conditions de développement de la crise nourricière du FN. C’est pour cela que la discussion que tu ouvres en publiant ton texte est aujourd’hui indispensable. Merci de l’avoir fait.


 

 

 

 

 

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