Blog de Robert Duguet - Février 2018 /contact:

Espace Citoyen du Val d’Yerres, quelle perspective lui donner, par Robert Duguet


Nous sommes à un tournant de la situation politique. La politique bien irresponsable de Macron - du point de vue de la défense de la propriété bourgeoise - qui a consisté à attaquer tout azimut les intérêts des travailleurs et de la jeunesse, arrive à un seuil. Le recul du gouvernement sur l’aéroport de Notre Dame des landes aura été significatif. En quelques semaines les conflits sociaux dans les services, dans les entreprises se multiplient. L’attaque contre le baccalauréat, premier diplôme ouvrant accès aux études universitaires, et l’approfondissement de la réforme capitaliste de l’université, dégagent un boulevard pour une intervention autonome de la jeunesse, dont on perçoit les premiers signes… Pour Macron, ce n’est pas encore la fuite à Varennes, mais patience ça va venir…

Des millions de retraités découvrent ce que signifie l’augmentation de la CSG : ceux qui avaient pensé qu’en dessous de 1200 euros ils ne seraient pas touché par la mesure, découvrent qu’eux aussi ils font les frais de l’opération. Un petit retraité touchant une pension équivalente au SMIC se voit détroussé de 240 euros pour l’année. Macron vole pour rempli les poches des actionnaires, tandis que les députés viennent de se voter (de nuit) une mesure les exonérant de la CSG…Il faut savoir que les députés ont 7209,64€ d’indemnité mensuelle, 5840€ d’indemnités représentatives et 9618€ de crédit pour rémunérer leurs collaborateurs. Ces messieurs se votent une baisse d’environ 430€ de CSG…

Tôt ou tard, nous n’en connaissons pas les délais précis, il y aura un affrontement majeur avec la politique de Macron. Lorsque nous avons œuvré pour créer l’association « Espace Citoyen du Val d’Yerres », nous n’étions pas encore dans cette situation. Le problème pour le regroupement politique que nous voulons devenir, en charge de rendre confiance aux citoyens dans l’action publique contre le capitalisme qui détruit les acquis de civilisation, c’est de nous préparer sur le plan politique à l’affrontement.

La boussole est donnée par le fait que la lutte des classes reprend ses droits. Et celle-ci commence à se manifester à gauche dans les représentations politiques :

L’appel de jeunes cadres du PCF…

(voir texte en annexe 1) part d’un constat : « Soyons francs : malgré toute l’énergie des militant.e.s et des élu.e.s communistes, malgré toutes les initiatives prises pour répondre aux intérêts populaires, notre parti perd pied dans la vie politique nationale. Notre recul de plusieurs centaines de milliers de voix aux dernières élections législatives et le caractère inaudible de nos décisions nous conduisent à une marginalisation que la recomposition politique en cours peut rendre durable. Comme une majorité de communistes, nous ne nous y résignons pas. Jeunes dirigeant.e.s et élu.e.s du PCF, nous sommes convaincu.e.s que notre parti peut et doit redevenir une force politique nationale influente au regard de l’évolution du monde ».

L’appel prend appui sur la modification qui s’opère aujourd’hui dans les relations sociales, sur ce que Marx appelait dans le Manifeste le mouvement spontané de la classe ouvrière visant à reconstruire la société sur la base des « communs » ou appropriation collective des moyens de production : les mouvements sociaux dans les entreprises et dans les services aujourd’hui contre Macron et son gouvernement annoncent une vague de fond. Il faut, selon les signataires, s’appuyer sur ce mouvement pour construire des espaces politiques ouverts démocratiques et pluralistes et, selon les signataires, permettre au PCF de redevenir la représentation communiste du XXIème siècle. Voire écrire un nouveau manifeste…

Les initiateurs de cet appel sont ceux et celles qui en 2016 avaient mis en minorité Pierre Laurent en refusant de soutenir la candidature de Jean Luc Mélenchon à la présidentielle : ils avaient alors de bonne raisons de le faire, compte tenu de l’évolution de l’intéressé après sa rupture avec le Front de Gauche vers des positions populistes étrangères aux traditions de la gauche et du mouvement ouvrier en France. Certes, côté PCF, les choses ne sont pas blanches non plus: les accords PC-PS pour les municipales ont rendu la politique du Front de Gauche illisibles. On ne peut pas côté cours avoir condamné la politique de Hollande, qui a permis l’ascension du petit Macron, et côté jardin passer des accords de contrebande avec le PS pour gérer les mairies.

Posons une question aux signataires de cet appel : soit ! L’évolution de France Insoumise et de son leader est pour le moins inquiétante. Relisons les prises de positions récentes sur la Corse, sur les élections législatives partielles de Belfort et de l’Oise, sur les européennes à venir… Mais l’alternative est où ? S’agit-il, comme le souligne cette camarade de la Revue Regard de revenir à la stratégie d’alliance PS-PCF, qui a connu les beaux jours de l’union de la gauche pour finir dans les dérives du mitterandisme ? Elle explique :

« …On retrouve réunis les amis de Christian Picquet passés de la LCR au PCF(1), Ian Brossat, maire adjoint de Anne Hidalgo et Pierre Garzon, secrétaire de la section de Villejuif, ancien fief de Georges Marchais. Significativement, Igor Zamichei est la figure de proue de cet appel : il trace un pont entre l’affirmation identitaire et l’alliance complète avec le PS que pratique en même temps la fédération de Paris. Car le point commun de ces militants est l’idée d’une gauche structurée par les deux grands partis du XXe siècle, le PS et le PCF. C’est, pensent-ils, dans cette lignée que le PCF a construit sa place et qu’il la retrouvera. Cette alliance de cadres opposés à toute alliance avec France Insoumise et désireux de prendre l’appareil communiste se montre déterminée… »

Partis de considérants, au demeurant justes, cet appel me laisse sur ma faim et je ne sais pas où ces camarades veulent aller. La social-démocratie en France a été liquidée par le mitterandisme et tous les partis sociaux-démocrates européens sont aujourd’hui complètement discrédités par leurs ralliements aux exigences du néo-libéralisme (PASOK grec, PSOE espagnol, PSI d’Italie…) Le problème n’est pas de redonner de l’oxygène au malade, mais de l’euthanasier définitivement.

Regardons maintenant du côté de France Insoumise…

Le moins que l’on puisse dire c’est que la ligne de Jean Luc Mélenchon ne va pas vers des lendemains radieux : quand la lutte des classes reprend ses droits, il va être de plus en plus difficile d’expliquer que la classe salariale n’est plus le moteur de l’émancipation sociale. L’interview donnée par Clémentine Autain à Politis exprime une crise profonde dans la représentation parlementaire de France Insoumise (voir le texte en annexe 2) : elle demande à France Insoumise de ne pas humilier ses alliés naturels et d’infléchir sa stratégie. Tout en justifiant ce qui avait conduit à constituer France Insoumise, elle maintient sa position d’alliance à gauche et son exigence de démocratie avec ses alliés. Grand écart de Clémentine car l’évolution politique de Mélenchon n’est pas un accident fortuit, c’est un choix délibéré contracté à l’été 2014. Je doute pour ma part que l’intéressé se remette en question.

La question de la Constituante…

La gauche officielle, j’entends celle qui a une représentation institutionnelle et parlementaire,  nous place, nous les militants, face à deux stratégies qui sont l’une et l’autre des impasses. Or on ne peut pas avancer sans une perspective gouvernementale.

Premièrement les mouvements sociaux qui se manifestent et qui sont animés par une volonté de radicalisme, nous indiquent qu’il n’est pas question d’attendre 2022 pour centraliser la lutte pour se débarrasser de Macron et de sa politique de destruction de tous nos acquis.

Deuxièmement, nous sommes dans un système politique et institutionnel, qui permet à un président bonapartiste  de faire tranquillement son travail de sape avec l’assentiment de 5% de l’électorat. La question se pose de la légitimité de ce gouvernement et de la survie des institutions qui permettent cet état de chose.

Troisièmement il faut apporter une réponse politique à cette contradiction absolue entre ceux qui produisent les richesses et la petite oligarchie financière qui se gave. La question d’une nouvelle république ne peut se mener à bien sans une intervention au niveau de l’Etat de toutes les couches sociales qui refusent aujourd’hui la politique de Macron. La colère monte dans le pays. La base syndicale est divisée sur la nécessité d’affronter Macron, et la manière d’envoyer les corporations en lutte à l’affrontement sans dégager un mouvement d’ensemble ne sert pas la cause. Pour accompagner cette confrontation, il faut – comme cela s’est déjà déroulé plusieurs fois dans notre histoire – une constituante souveraine. Donner au peuple – et non pas au sens populiste du terme à la Mélenchon – mais à toutes les couches sociales qui forment le salariat, le moyen d’intervenir au niveau de l’Etat pour que les acteurs définissent eux-mêmes ce qu’ils veulent. Pour ma part, je fais la proposition que l’on discute de cette question, que d’ailleurs Jean Luc Mélenchon, alors candidat du Front de Gauche, à la présidentielle de 2012, posait à juste titre : une constituante pour aller à une 6ème république. La question reste aujourd’hui posée…

Note :

(1)C’est un peu plus compliqué que cela : Christian Picquet était au sein du Front de Gauche le représentant d’une aile politique issue de la LCR et qui avait rallié le Front de Gauche. Cédant à la sirène Hidalgo et à l’appel des lambris de la république, il avait fait le choix pour les élections locales de passer accord avec le PS. Au passage il avait détruit sa propre organisation Gauche Unitaire, dont l’écrasante majorité des militants l’ont abandonné à sa quête de carrière et ont rejoint à l’époque le courant Ensemble.

 


Débats pour une issue politique : bilan d’étape au 18 février 2018, par aplutsoc (Arguments pour la lutte sociale)

Source: https://aplutsoc.wordpress.com/author/aplutsoc/


 

Sous le titre Préparer politiquement l'affrontement pour en découdre avec Macron le site APLS relançait une discussion commencée lors de la première rencontre nationale que nous avions eu avec d'autres camarades cet automne. Nous notions l'évolution du climat social (gardiens de prison, EHPAD, mobilisations sur le Bac et sur les fermetures de classe) et estimions que nous ne sommes ni en 1959, ni en 1968, que rien n'est joué et que la question est politique, mais qu'il y a danger car Macron veut, et doit car il n'a guère le choix, passer à la guerre de mouvement. Ceci nous conduisait à soutenir à la fois deux initiatives indépendantes l'une de l'autre, celle de l'appel "reconstruire la gauche" adopté à la réunion tenue fin janvier autour de la Gauche Démocratique et Sociale, et l'appel à une manifestation nationale le 13 mai prochain lancé par le "Mouvement pour la rupture" impulsé principalement par le POID.

Rappelons notre conclusion :

Nous proposons donc une nouvelle réunion nationale de discussion, non pour créer une structure supplémentaire, mais pour inviter les uns et les autres à une discussion politique approfondie sur la question suivante : Comment aller le plus vite possible vers une fédération large affirmant qu’il faut en découdre, sur le terrain social, avec Macron et posant les jalons d’une alternative politique ?

Notons que, sur les réseaux sociaux, notre soutien à l'initiative du 13 mai a suscité deux types de critiques de la part de militants qui se posent eux-mêmes les mêmes questions que nous tous.

L'une de ces critiques consiste à déplorer le fait que ce soit une initiative semblant se situer dans une certaine tradition, celle de "mouvements écrans" en poupées russes, le "Mouvement pour la rupture" émanant surtout du POID lequel est lui-même composé principalement d'un courant qui se réclame du trotskysme. Pour nous il n'y a là rien à déplorer ni à approuver en soi : l'important nous semble être l'existence d'une telle initiative dans la situation présente, appelant à manifester Pour l'unité pour chasser le gouvernement Macron-Philippe.

Une autre critique porte sur le mot d'ordre de "rupture avec l'Union Européenne" susceptible de diviser, voire d'ouvrir la porte à des convergences avec des courants bourgeois "souverainistes". Outre que, de la part du POID, ceci ne semble pas être le cas (comme cela l'a été de la part du POI avant leur scission en 2015), il nous semble aussi, et c'est ainsi que nous le souhaitons, que le thème principal de cette manifestation est bien "l'unité pour chasser Macron-Philippe". L'ennemi principal est dans notre propre pays ; le Brexit a clairement montré que ni la défense des "institutions européennes", ni la sortie de l’État capitaliste existant de ces institutions, n'apporte de solution et ne stoppe la casse sociale.

En fait, nous avons là une question en partie similaire à celle de la très abstraite, ou susceptible de recouvrir tout ce que l'on veut, "VI° République", critiquée par Robert Duguet dans l'appel de la Gauche Démocratique et Sociale : il faut un contenu, démocratique et mobilisateur, à la rupture, qui en soit n'a pas de contenu.

Nous avons à ce sujet apporté une contribution sous la forme du texte sur la question européenne soumis à la conférence internationale du Workers International Network début janvier.

Ce contenu ne doit-il pas d'ailleurs commencer par une véritable constituante et l'organisation des comités de grève élus, intégrant les syndicats, des comités de défense des services publics et de lutte contre les fermetures de classes, d'écoles, d'établissement de santé et de gares, dans tout le pays ?

Robert Duguet, dont le blog rend compte de nombreuses initiatives et débats unitaires notamment dans le Val d'Yerres, a contribué à la discussion ainsi appelée par un texte signalant à juste titre le recul de Macron sur Notre-Dame-des-Landes et la situation en Allemagne parmi les ingrédients d'un tournant possible, partageant notre inquiétude sur le blitzkrieg que veut engager Macron, soulignant l'accentuation de la ligne "populiste" de division de la "France insoumise" précisément dans cette situation, partageant notre soutien aux deux initiatives de la GDS et du 13 mai.

Il propose pour conclure de commencer à combler la carence politique que nous ressentons dans une situation de plus en plus pressante par des collectifs démocratiques de citoyens qui posent la question de leur représentation, et donc d’institutions dont ils définiront eux-mêmes la forme et le contenu soit donc des collectifs pour une constituante souveraine afin que ceux-ci apportent une réponse en termes d'alternative politique au mouvement de l'entrée en lutte des salariés dont Robert, comme nous, semble penser, selon une vieille formule, que "un peu plus tôt, un peu plus tard", il se produira (non pas que les luttes ne soient pas déjà engagées, mais l'expression "entrée en lutte" exprime l'idée de l'entrée ouverte dans un mouvement d'ensemble affrontant l'exécutif).

Cette proposition de collectifs pour une constituante souveraine nous semble aller dans le sens de ce que nécessite la situation. Il est d'ailleurs important de reprendre ce thème qui fut galvaudé lors de la présidentielle. Il ne s'agit pas, Robert en est certainement d'accord, d'imprimer une forme unique aux nombreux collectifs existants, et plus encore aux comités de grève et comités populaires de défense des services publics lorsqu'ils vont se multiplier, mais d'imprimer une direction, une perspective, un débouché, pour que le mouvement social aille de l'avant en s'emparant des questions politiques. Ce ne sont pas Européennes de 2019 que nous préparons, c'est l'affrontement social, dans pas longtemps. Et c'est bien plus politique.

André Bellon, ancien député socialiste des Alpes-de-Haute-Provence et animateur de l'Association pour une constituante, https://www.pouruneconstituante.fr/spip.php?auteur1 a réagi positivement à cet article et la discussion doit s'engager.

Nous avons, en outre, considéré que nous devions publier la tribune de Jacques Chastaing, observateur avisé des luttes, grèves et conflits, et l'un des animateurs du Front social, intitulé Le régime de Macron est en train de craquer aux coutures. De manière un tantinet normande, nous partageons et ne partageons pas ce titre.

Nous le partageons, s'il signifie que rien n'est fait quant à l'entrée dans la chair et le sang de la vie quotidienne des ordonnances contre le code du travail et que c'est maintenant que les poussées opposées se confrontent de plus en plus, suscitant craintes et craquements dans l'exécutif. Le retour de drôles d' "affaires", abus de faiblesse et de pouvoir autour du ministre sarkozyste de la destruction du statut des fonctionnaires, le sieur Darmanin, comme en direction de la potiche écolo de service Hulot, en est d'ailleurs un signe qui ne trompe pas.

Mais nous ne le partageons pas si cela veut dire que tout va nécessairement basculer. Oui, des affrontements globaux vont se nouer en mars. Mais il leur faut des perspectives. Jacques note que le signe le plus important est ce halo autour des grèves apparu notamment avec les EHPAD. Oui, mais c'est un signe politique : ce qui se cherche n'est pas en soi la "convergence des luttes", ce qui se cherche est LA grève, comme affrontement politique central des exploités contre les exploiteurs et leur État. Ce n'est pas en train d'éclater, c'est ce qui se cherche. Cette recherche n'a pas tant besoin de stimuli que de discussion politique démocratique allant s'élargissant.

Nous apprenons par ailleurs que les camarades de La Riposte viennent de tenir leur congrès. Ces camarades se sont maintenus sur le terrain du mouvement ouvrier, politique et syndical, au moment où d'autres cédaient aux sirènes "populistes" qui nous ont conduit où nous en sommes aujourd'hui. C'est avec intérêt que nous prendrons connaissance de leurs analyses.

Il faut donc que toutes ces discussions se poursuivent, parfois qu'elles éclosent, et se développent, rapidement et clairement.

C'est pourquoi nous proposons de fixer une date pour une rencontre nationale au plus tard début mai.

La rédaction, le 18-02-2018.

 


SNCF : « Je ne serai pas le patron de la CGT-Cheminots qui enterrera le statut ! », interview de Laurent Brun responsable CGT cheminots


 

Laurent Brun, secrétaire général de la CGT-Cheminots, syndicat majoritaire à la SNCF, promet un mouvement de grève dur si le gouvernement retient les options proposées par le rapport de Jean-Cyril Spinetta.
Pour le n° 1 de la CGT-Cheminots, majoritaire à la SNCF, le statut de l’entreprise publique et de ses agents sont deux lignes rouges à ne pas franchir. Il promet un mouvement de grève dur si le gouvernement retient les options proposées par le rapport de Jean-Cyril Spinetta.

 

Que pensez-vous du rapport rendu par Jean-Cyril Spinetta ?

C’est une énorme attaque sociale mais ce n’est pas une surprise. Elle est annoncée de longue date. La suppression du statut pour les nouveaux entrants et le passage en société anonyme, ce sont les deux ficelles utilisées ces trente dernières années pour transformer une entreprise publique en société privée. Mais le gouvernement va devoir répondre à une question ? Est-ce qu’il est prêt à engager une épreuve de force avec les cheminots ? Si c’est le cas, on appellera les cheminots à se défendre ?

Comment ça ?

Si le gouvernement reste sur une logique d’éclatement du système ferroviaire, de suppression de kilomètres de lignes, de casse des droits sociaux des cheminots, d’augmentation des coûts pour les collectivités, de filialisation du fret, on se dirige vers un mouvement de grève dur. Comme tout le monde, j’observe les mécontentements autour de moi : les routiers contre le rapport Duron, les VTC contre leur situation précaire, les agents de l’industrie gazière et électrique contre l’évolution de leur statut, tous les salariés du privé contre des plans sociaux importants, les fonctionnaires… J’espère que le gouvernement a pensé à tout, parce que nous, on se prépare à cette situation depuis un an. D’ailleurs, on appelle à manifester dès le 22 mars. Je ne serai pas le patron de la CGT-Cheminots qui enterrera le statut.

Que reprochez-vous à ce rapport ?

Ce n’est pas un projet de développement, mais de casse du service public. Il confirme nos craintes concernant la politique anti-ferroviaire du gouvernement. On peut tourner le rapport Spinetta dans tous les sens, il préconise la suppression de certaines lignes au profit de la route.

Le rapport préconise surtout de faire un bilan social et économique des petites lignes et une concertation avec les collectivités avant d’envisager une fermeture…

Oui. Mais c’est une stratégie de repli. Forcément des lignes vont fermer et on va demander aux Régions de payer plus si elles veulent les conserver. Les usagers seront aussi les perdants.

Comment ça ?

Le rapport indique que le train est moins cher en France qu’à l’étranger. Il rejoint en cela le rapport Duron qui conseille de faire davantage payer les usagers. On est en train d’installer l’idée que l’usager doit payer une part plus importante de son billet de train.

L’ouverture à la concurrence est une mauvaise chose ?

Ce n’est pas moi qui le dit mais le rapport Spinetta lui-même. Page 87, il dresse plusieurs inconvénients comme l’absence d’unité tarifaire, des correspondances moins bien organisées…

Le maintien du statut des cheminots est-il tenable ?

Chez la compagnie Thello [NDLR : qui opère un TGV de TrenItalia entre la France et l’Italie], les salariés ne sont pas au statut. Est-ce que Thello fait mieux que la SNCF ? La réponse est « non ! ». Même chose pour certaines entreprises du fret. A partir du moment où on ouvre la concurrence, ils veulent casser le statut… C’est dogmatique.

Que va-t-il se passer dans les prochains jours ?

Nous rencontrons la ministre des Transports Élisabeth Borne lundi. Cela permettra de clarifier certaines choses comme le calendrier mais aussi sur le parcours législatif. Il se murmure que le gouvernement pourrait légiférer sur ce sujet par ordonnance »

Vous êtes inquiets ?

Non. Ce rapport fait partie des mauvais rapports sur la SNCF. On va faire en sorte qu’ils rejoignent tous ceux qui ont déjà intégré les archives du ministère des Transports.

 


Il y a soixante ans paraissait la Question d'Henri Alleg, par Nils Andersson

À la mémoire d’Henri Alleg, Gilberte Alleg, Léo Matarasso et Jérôme Lindon.

Source : https://blogs.mediapart.fr/nils-andersson/blog/180218/il-y-soixante-ans-paraissait-la-question-dhenri-alleg



Editeur suisse chassé du territoire de son pays par les autorités helvétiques en 1966 suite à la publication de divers écrits, principalement favorables aux combattants algériens puis vietnamiens et des textes pro-communistes…

Dimanche 18 Février 2018
 

« Dans cette immense prison surpeuplée, dont chaque cellule abrite une souffrance, parler de soi est comme une indécence. Au rez-de-chaussée, c’est la division des condamnés à mort. Ils sont là quatre-vingts, les chevilles enchaînées, qui attendent leur grâce ou leur fin. Et c’est à leur rythme que nous vivons tous. Pas un détenu qui ne se retourne le soir sur la paillasse à l’idée que l’aube peut être sinistre et qui ne s’endort sans souhaiter de toute sa force qu’il ne se passe rien. Mais c’est pourtant de leur quartier que montent chaque jour les chants interdits et les chants magnifiques qui jaillissent toujours du cœur des peuples en lutte pour leur liberté ». Ainsi commence la Question.
 
Henri Alleg est, depuis 1951, le directeur d’Alger Républicain. Au mois de septembre 1955, le journal est interdit, décision reconnue illégale par le tribunal administratif d’Alger, mais l’interdiction n’est pas levée. Henri Alleg poursuit son activité militante. Au mois de novembre 1956, pour échapper aux mesures d’internement administratif prises contre les collaborateurs d’Alger Républicain, il passe dans la clandestinité. Le 7 janvier 1957, Robert Lacoste, ministre résident, en vertu des pouvoirs spéciaux adoptés par l'assemblée nationale française, transfert les pouvoirs de police à l’armée. Le 8 janvier 1957, Jacques Massu entre dans Alger avec huit mille parachutistes et il proclame la loi martiale. C’est le début de la bataille d’Alger. La torture comme moyen de terreur devient méthode de guerre en application des thèses de la guerre contre-révolutionnaire du colonel Charles Lacheroy.
 
Le 12 juin 1957, Henri Alleg veut contacter Maurice Audin. Maurice Audin a été arrêté le 11 juin 1957. Ce sont des policiers qui ouvrent la porte de Maurice Audin à Henri Alleg. Henri Alleg est transféré à el Biar, lieu de torture, Henri Alleg y est supplicié et soumis à un interrogatoire au pentothal. Il résiste à ses tortionnaires. Après un mois, il est transféré au camp de Lodi, lieu où l’on n’a plus d’existence. Henri Alleg parvient à faire parvenir en France une copie de sa plainte pour torture remise au procureur général d’Alger. Gilberte Alleg, la femme d'Henri Alleg, alerte la presse et la Ligue des Droits de l'Homme (LDH). Les risques de disparition lors d’une évasion sont alors grands. Gilberte Alleg publie dans l'Humanité et dans l'Express une lettre ouverte, « si mon mari est encore vivant, il est en danger de mort ». Son engagement et sa ténacité vont permettre le transfert d’Henri Alleg, à la fin du mois d'août 1957, à la prison de Barberousse.
 
C’est le début de l’histoire de la Question. Léo Matarasso, un des avocats d'Henri Alleg, lui demande de témoigner sur les tortures subies. « Tous ici peuvent en témoigner », répond Henri Alleg. « Oui, mais tous ne savent et ne peuvent écrire », rétorque Léo Matarasso qui le convainc de l’importance qu’il décrive les supplices infligés à de milliers d’algériens. Des précautions doivent être prises. La première est de mettre au courant ses deux frères de cellules qui acceptent de protéger les temps où il écrit et qui aident à cacher les pages de papier de toilette sur lesquelles, d’une fine écriture, Henri Alleg relate la barbarie.
 
Sortir les feuilles de la prison va être le rôle du collectif des avocats communistes, Léo Matarasso, Roland Rappaport et Pierre Braun. En France, Gilberte Alleg déchiffre les petites lettres, elle tape le manuscrit et elle commence la recherche d’un éditeur. Le témoin est incontestable, le texte est de qualité, les faits sont avérés et les noms des tortionnaires sont désignés, mais Gilberte Alleg et Léo Matarasso reçoivent une succession de refus bien intentionnés. Il est envisagé de publier le texte sous la forme d’un cahier du Secours Populaire. Léo Matarasso s’obstine. Il faut trouver un éditeur. Le manuscrit est remis à Jérôme Lindon qui dirige les Éditions de Minuit. Jérôme Lindon a publié au mois d’octobre 1957 « pour Djamila Bouhired ». Dans ce livre, Georges Arnaud et Jacques Vergès dénoncent les tortures subies par une militante algérienne. Ce document ouvre le front éditorial contre la guerre d’Algérie, les saisies asphyxiant les quotidiens, les hebdomadaires et les revues s’opposant à la guerre, le livre va dès lors jouer un rôle d’information sur les événements d’Algérie normalement dévolu aux médias.
 
Jérôme Lindon accepte de publier avec empressement le témoignage d’Henri Alleg, « interrogatoire sous la torture ». Adepte des titres courts, il l’intitule la Question. Soulignons que, sans Jérôme Lindon, aucun éditeur n’aurait alors publié le livre qui fut à la guerre d’Algérie ce que fut la photographie de Nick Up d’enfants brûlés au napalm lors de la guerre du Vietnam. Longtemps après, Jérôme Lindon me dira que « les éditeurs français engagés lors de la guerre d’Algérie se comptent sur les doigts de la main ».
 
Le livre paraît le 18 février 1958. Désignant des tortionnaires, des poursuites judiciaires sont certaines, Jérôme Lindon engage là le sort de sa maison d’édition encore fragile. Ayant connaissance du dossier de Djamila Bouhired, travaillant à ce moment avec Pierre Vidal-Naquet sur « l’affaire Maurice Audin », un français assassiné par ses tortionnaires, avec la Question, écrit Anne Simonin, « Jérôme Lindon va déployer toute son efficace pour donner une forme politique à la dénonciation de la torture ».
 
Dès sa parution, une diffusion militante est organisée au travers du Comité pour Maurice Audin déjà en activité, du Centre du Landy, qui publie « témoignages et documents », publication semi-clandestine, de la LDH, du Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP), de syndicats et de réseaux anticolonialistes.
 
Le 20 février 1958, dans France Observateur, Edgar Morin écrit que « ce n’est pas seulement la relation terrifiante de la torture, c’est aussi l’épopée vécue de la résistance à la torture ». Le 21 février 1958, dans l’Humanité, André Wurmser appel à lire la Question. Le 27 février 1958, France Observateur publie des extraits du livre et l’hebdomadaire est saisi. Le 6 mars 1958, Jean-Paul Sartre publie dans l’Express « une victoire », celle du torturé contre le tortionnaire, dans lequel il écrit « qu’une seule chose nous paraissait impossible, qu’on pût faire crier un jour des hommes en notre nom. Impossible n’est pas français. Henri Alleg vient d’arracher la torture à la nuit qui la couvre. Approchons-nous pour la regarder en plein jour ». La presse de la « contre-propagande française », pour reprendre les termes de Jacques Soustelle, dénonce et commente. Le 15 mars 1958, soixante six mille exemplaires ont été vendu. Le 19 mars 1958, le tirage global de la Question est de soixante treize mille exemplaires. Des traductions anglaises, italiennes, suédoises et néerlandaises sont déjà parues. Le 20 mars 1958, Jérôme Lindon fait afficher dans Paris des affiches grand format, montrant le visage d’Henri Alleg, en noir la couverture du livre barrée avec la phrase de Jean Paul Sartre, « Henri Alleg a payé le prix le plus élevé pour avoir le droit de rester un homme ». Le 27 mars 1958, le commandant Henri Giraud, juge d’instruction au tribunal des forces armées fait saisir la Question « pour participation à une entreprise de démoralisation de l’armée, ayant pour objet de nuire à la défense nationale ». La police judiciaire procède aux éditions, chez l’imprimeur, le brocheur, le diffuseur et dans les librairies, à la saisie d’environ huit mille exemplaires.
 
André Malraux, Roger Martin du Gard, François Mauriac et Jean-Paul Sartre rendent publique une adresse solennelle au président de la république dans laquelle ils protestent contre la saisie de l’ouvrage d’Henri Alleg, la Question, et contre toutes les saisies et atteintes à la liberté d’opinion et d’expression qui l’ont récemment précédée. Ils demandent que la lumière soit faite, dans des conditions d’impartialité et de publicité absolue, sur les faits rapportés par Henri Alleg. Ils somment les pouvoirs publics, au nom de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, de condamner sans équivoque l’usage de la torture, qui déshonore la cause qu’elle prétend servir. Absurde mesure du gouvernement pour faire taire la vérité, l’impossible silence sur la Question sera la seconde victoire d’Henri Alleg, mais aussi celle de Léo Matarasso, de Gilberte Alleg et de Jérôme Lindon.
 
La saisie de la Question ouvre un autre chapitre. Malgré la saisie et l’interdiction de plus de trente livres et malgré les poursuites, les condamnations, les pressions et les attentats, le front éditorial, notamment les Éditions de Minuit et les Éditions François Maspero, mettra la censure en échec. Demeure aujourd’hui encore l’interrogation de Pierre Vidal-Naquet dans la Raison d’État, « comment fixer le rôle, dans l’état futur, de la magistrature, de l’armée ou de la police, si nous ne savons pas d’abord comment l’état, en tant que tel, s’est comporté devant les problèmes posés par la répression de l’insurrection algérienne, comment il a été informé par ceux dont c’était la mission de l’informer, comment il a réagi en présence de ces informations et comment il a informé à son tour les citoyens ».

 


Au PCF, c’est le moment du dégagisme, par  Catherine Tricot

Source, Revue Regards: http://www.regards.fr/auteur/catherine-tricot

14 février 2018


 

Cette semaine, deux textes rendus publiques et une réunion houleuse ont donné le ton de ce que sera le 38ème congrès du PCF. Pour la première fois de son histoire, la direction du PCF pourrait être mise en minorité.

Secoué par les résultats des élections législatives de juin dernier (615 503 voix et 2,72%), le parti communiste était comme en état de sidération. La direction communiste a voulu prendre le temps avant de convoquer un congrès. Ce sera pour Novembre 2018. Cette semaine marque le véritable lancement du congrès avec deux textes et une réunion houleuse. On vous raconte.

Les premiers à dégainer furent ceux qui, il y a 18 mois, à l’automne 2016, mirent Pierre Laurent et la direction du PCF en minorité autour de la question cruciale : soutenir ou non la candidature de Jean-Luc Mélenchon lors de l’élection présidentielle. Surprise : ils avaient obtenu que la majorité des cadres intermédiaires se prononcent contre ce soutien. Engaillardis par ce premier succès qui montrait autant leur force que la faiblesse de la direction, ils repartent à l’assaut. Et cette fois leur objectif est de prendre le parti.

Mercredi 7 février, Igor Zamichei, le secrétaire de la fédération de Paris, déjà chef de la rébellion de l’automne 2016, récidive et publie un texte signé par une trentaine de cadres. La liste a été finement soupesée : les signataires sont plutôt jeunes mais expérimentés, quelques intellectuels, des élus, des cadres du parti. Le message est limpide : nous sommes prêts à diriger le parti. Le titre de leur missive, « C’est le moment », sonne comme un cri de ralliement.

Leur texte ne fait pas dans les circonvolutions. Après avoir inscrit leur démarche dans la légitimité du parti « Comme nous y invite notre congrès » ils écrivent : « Soyons francs : malgré toute l’énergie des militant.e.s et des élu.e.s communistes, malgré toutes les initiatives prises pour répondre aux intérêts populaires, notre parti perd pied dans la vie politique nationale. Notre recul de plusieurs centaines de milliers de voix aux dernières élections législatives et le caractère inaudible de nos décisions nous conduisent à une marginalisation que la recomposition politique en cours peut rendre durable. Comme une majorité de communistes, nous ne nous y résignons pas. Jeunes dirigeant.e.s et élu.e.s du PCF, nous sommes convaincu.e.s que notre parti peut et doit redevenir une force politique nationale influente au regard de l’évolution du monde ».

« C’est le moment » porte un regard classique sur la société et sur le monde. Ils reprennent, sans les développer, les bases partagées du monde communiste sur « les communs », la recherche d’une alternative au « tout Etat » et au « tout marché ». Les signataires ne s’engagent pas en faveur de propositions ou d’une vision nouvelle. Eux, ils entendent « passer à l’offensive politique ». Le propos se précise : « Cessons d’opposer rassemblement et affirmation de notre parti. À l’approche des européennes, retenons la leçon des échéances présidentielles et législatives : chercher à rassembler sans affirmer nos idées et sans rapport de force revient à nous positionner comme une force d’appoint et conduit in fine à l’échec d’un rassemblement pourtant indispensable. »

Dans ce balancement entre rassemblement et affirmation de l’identité communiste se trouve la clé de cette prise de position de personnes qui n’ont « pas toujours fait les mêmes choix stratégiques par le passé ». C’est le moins que l’on puisse dire. On retrouve réunis les amis de Christian Picquet passés de la LCR au PCF, Ian Brossat, maire adjoint de Anne Hidalgo et Pierre Garzon, secrétaire de la section de Villejuif, ancien fief de Georges Marchais. Significativement, Igor Zamichei est la figure de proue de cet appel : il trace un pont entre l’affirmation identitaire et l’alliance complète avec le PS que pratique en même temps la fédération de Paris. Car le point commun de ces militants est l’idée d’une gauche structurée par les deux grands partis du XXe siècle, le PS et le PCF. C’est, pensent-ils, dans cette lignée que le PCF a construit sa place et qu’il la retrouvera. Cette alliance de cadres opposés à toute alliance avec France Insoumise et désireux de prendre l’appareil communiste se montre déterminée.

Qu’en dit la direction visée par l’offensive ? Elle doit encore se frotter les yeux. Igor Zamichei, Ian Brossat, Anne Sabourin, la « madame Europe » du colonel Fabien, ont été promus par Pierre Laurent. Pour le moment, le cercle dirigeant prend la mesure du danger. Dernier épisode en date, la réunion du Conseil national du PCF ce week-end. Seuls une soixantaine de ses membres étaient présents, en majorité proches des nouveaux hussards. Au total, Pierre Laurent n’a pas pu être confirmé dans sa place de rédacteur du texte de ce que les communistes appellent la base commune (le texte de congrès). Contesté, le vote a été repoussé.

Quelle sera la réaction politique de Pierre Laurent et de ceux qui lui sont encore fidèles ? Pour l’instant rien ne permet de l’imaginer. Le texte « Stratégique » rédigé par le secrétaire national dans la perspective du congrès laisse ouvertes toutes les questions. On peine à imaginer que ce soit une base offensive contre ce qui semble se profiler : pour la première fois dans l’histoire du PCF, une direction mise en minorité et remplacée par une nouvelle garde. A moins que comme Robert Hue et Marie-George Buffet avant lui, Pierre Laurent ne parvienne à sauver sa direction en mobilisant, une fois encore, l’arc des opposants au repli.

 


Le régime de Macron est en train de craquer aux coutures, par Jacques Chastaing
Ce que changent les grèves des Ehpad, des prisons et des jeunes, et la victoire de NDDL (Notre Dame des Landes)

Source le blog de Jean Marc B: https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/blog/050218/le-regime-de-macron-est-en-train-de-craquer-aux-coutures-par-jacques-chastaing

5 février 2018



Ces derniers jours les grèves des agents des Ehpad, des lycéens, étudiants et enseignants et des gardiens de prison ont par leur ampleur révélé au grand jour un mouvement social profond qui vient de loin, ne cesse de progresser et que je mesure au quotidien dans Luttes Invisibles. Ces grèves marquent un infléchissement remarquable de la situation sociale, mais aussi politique.

La grève des gardiens de prison est un exemple de cet infléchissement. Bien qu'agents de la répression, leur mouvement  dans ce contexte général a pris un caractère très différent de celui des policiers à l'automne dernier.

Ce dernier était très marqué par l'extrême droite, ses valeurs et ses objectifs. Celui des gardiens de prison, bien que déclenché sur un problème sécuritaire, a été marqué du timbre d'une révolte de ceux d'en dessous, de fonctionnaires méprisés et pressurés. Ainsi, la tonalité générale ressemblait plutôt à celle "d'ouvriers" dénonçant leurs conditions de travail – faisant même grève alors qu'ils n'en ont pas le droit - et la prison dans laquelle ils se disaient tout autant enfermés que les prisonniers eux-mêmes. Malgré les déclarations sécuritaires de quelques dirigeants syndicalistes, ce  n'est pas la couleur sécuritaire qui est ressortie de ce conflit, mais les problèmes de tous les prolétaires. On a même vu lors de la manifestation du 1.02 des agents d'insertion et de probation de la pénitentiaire à laquelle participait des gardiens de prison, la revendication du « moins de prison possible ».

Les élections partielles en sont un autre exemple : plus de 80% d'abstention voire plus de 90% dans les quartiers populaires, 95% dans certains bureaux de vote. L'abstention est fréquente dans les scrutins partiels mais rarement à ce niveau-là, ce qui confirme l'abstention déjà massive des présidentielles et législatives du printemps. Si elle discrédite les solutions institutionnelles et tous les partis, c'est particulièrement l'autorité du gouvernement qui en est affectée et son isolement qui est souligné.

Aussi commence-t-on à entendre des commentateurs politiques qui se demandent s'il n'y a pas un risque de contagion et de convergence des luttes, s'il n'y a pas  là une situation dangereuse pour le pouvoir et l'ordre social.  Il n'y a pas encore de lâchage mais on sent que ce n'est peut-être pas loin.

Le changement commence doucement à se sentir mais pourrait bien s'amplifier rapidement. Le sondage qui donne 87% de soutien aux grèves actuelles comme un autre hier qui indiquait que 63% des jeunes étaient  prêts à participer à un mouvement de grande ampleur montrent que le temps de Macron est compté.

La rupture avec le dialogue social et le retour à l'action

Ces grèves de cette fin janvier et début février marquent une rupture avec le sentiment "d'impuissance" et "d'échec" vécu lors de la division et de la dispersion  organisée par les directions syndicales et politiques face aux ordonnances durant toute la période du printemps et de l'automne. Elles montrent surtout que ce ne sont pas les salariés qui ont perdu mais les directions syndicales et leurs tactiques. Avec en plus la victoire de NDDL, premier recul de Macron, ces grèves renforcent la confiance dans la lutte, impulsent d'autres manières de se battre et incitent à d'autres perspectives.

Cette ambiance nouvelle colore non seulement la grève des gardiens de prison mais aussi les manifestations des motards ou automobilistes contre les taxes de la « sécurité rentière » et les manifestations qui ont regroupé dans nombre de petites villes des retraités contre les petites pensions, la hausse de la CSG, mais aussi des salariés contre le blocage des salaires,  ou encore des militants contre la destruction du code du travail.

Cette ambiance change aussi le caractère des manifestations des paysans en colère des zones défavorisées ou de ceux qui dans le lait ou la viande se battent contre les tarifs que leur impose la grande distribution, en les intégrant dans un tout plus large.

Elle transforme également – tout particulièrement par le mouvement des jeunes scolarisés - les multiples grèves et luttes dispersées des enseignants du primaire – comme des parents – en ce début février contre les fermetures de classe, d'écoles ou suppressions de postes.

Elle crée un halo autour des grèves : les agents des Ehpad ont entraîné  des agents hospitaliers aux problèmes semblables, des aides à domiciles, des travailleurs sociaux, des organisations de retraités, des associations familiales, des résidents, des parents.

Parallèlement, on assiste à l'apparition sur internet  de réseaux de pré-coordination tels que #balancetonporc, #balancetonhosto, #balancetonehpad et à des premières tentatives de mises en réseaux de militants et salariés.

La dynamique de la situation avec toutes ces luttes construit peu à peu dans les esprits un tout et pousse à percevoir tout cela comme un mouvement général... qu'il resterait à organiser consciemment.

Ce qui change c'est en effet que l'envie - et la possibilité -  du tous ensemble grandit, que les frontières entre les professions et catégories s'estompent et que de plus en plus le camp du travail sent que le mouvement nécessaire pour affronter Macron ne dépend pas tant de dirigeants auto-proclamés, mais de la participation tout un chacun.

Si la résignation fruit d'années et d'années de "dialogue social"  frappe encore de nombreux secteurs militants traditionnels, le mot d'ordre qui se lève maintenant pour beaucoup est : Action !

Les secteurs en grève témoignent de changements en profondeur.

Ce n'est pas étonnant que ce soient les secteurs les plus périphériques qui aient "craqué" les premiers : Ehpad, gardiens de prison, jeunes... comme par ailleurs les secteurs du commerce, du nettoyage, de la restauration rapide, des secteurs ubérisés ou de l’hôtellerie, qui mènent actuellement de nombreuses luttes souvent assez longues et victorieuses.

Les agents des Ehpad sont les prolétaires de la santé, les gardiens de prison sont les méprisés de la fonction d'Etat et les jeunes ont un statut ou un avenir de précaires sur-exploités et sans droits. Les ordonnances Macron, l'absence de code du travail, ils connaissent déjà. La sélection à l'université que Macron veut réserver aux enfants des riches est la démonstration quasi revendiquée qu'il n'y a pas de futur pour les enfants d'ouvriers et qu'il n'y a plus d’ascenseur social  qu’il n’y a que des classes sociales.

Ces secteurs sont plus exploités ou exploitables, souvent peu syndiqués ou organisés. Par contre ils sont moins soumis à l'autorité et au conformisme des organisations politiques et syndicales traditionnelles. Aussi quand les choses bougent, ils sont  des plaques sensibles révélant par leurs mouvements ce qui se meut plus en profondeur.

Cela signifie que si les ordonnances ont été votées... elles sont loin d'être appliquées. Avec Pimkie, PSA ou la Société Générale tout le monde a vu les dégâts que pourraient entraîner les ruptures conventionnelles collectives... Et si dans bien des endroits cela peut passer, il n'est pas dit dans une ambiance générale où beaucoup de salariés ne se résignent pas, que cela ne déclenche pas une vague générale de révoltes qui pourraient contribuer à faire ressentir encore plus fortement la nécessité de s'unir, de construire des fronts de lutte, des "Fronts Sociaux".

Le "Front Social" qui a émergé ce printemps est l'expression organisée de la situation : non pas une organisation de plus, mais la conscience grandissante que par-delà nos diversités professionnelles ou organisationnelles il nous faut nous unir dans l'action pour dégager Macron et sa politique.

 


La « politique moderne » et son rejet, par Daniel Gluckstein (POID)

Source : La tribune des travailleurs



En haut, on s’inquiète. Dans les colonnes du Monde, un proche de Macron se confie : « Il peut se passer quelque chose de la base qui montrera que le roi est nu et n’a pas prise sur le réel. La politique moderne tend à s’éloigner de la réalité. »

Sur BFM-TV, un chroniqueur dit sa crainte d’une convergence sociale contre le gouvernement. Évoquant les grèves des personnels des Ehpad, des surveillants de prison et dans les hôpitaux, Le Figaro constate que « ça tangue, et même un peu plus fort que prévu ».

En bas, la mobilisation se développe dans l’enseignement contre les projets Blanquer, tandis que grèves et manifestations se multiplient dans le public comme dans le privé, en particulier contre les licenciements et les suppressions d’emploi. Mouvements engagés sur des revendications précises que les travailleurs veulent arracher.

Dans cette situation, quelle est la position des dirigeants des organisations issues du mouvement ouvrier ?

Sur un plan syndical, la litanie des journées d’action semble de retour : 30 janvier, 1er, 6, 7, 8, 9 février… Au plus haut niveau, on entend des dirigeants décréter qu’il sera impossible de faire reculer sur la réforme du baccalauréat car « Macron est légitime et ne fait qu’appliquer le programme sur lequel il a été élu ». D’autres, à propos de l’attaque en préparation contre les régimes de retraites expliquent ne pas avoir d’autre choix que de participer à la concertation destinée à préparer cette attaque.

Le gouffre ne cesse de se creuser entre la « politique moderne » – celle du gouvernement – et « la réalité » vécue par l’immense majorité de la population. Le 28 janvier, dans deux élections partielles, les records d’abstention ont été battus, dépassant 80 % dans le Val-d’Oise et même 91 % dans les quartiers populaires. Dans les deux circonscriptions où ses candidats ont devancé ceux du Parti socialiste et du Parti communiste français (absent à Belfort), La France insoumise se félicite d’être devenue « la troisième force politique ». La troisième force politique, certes… mais qui recueille le vote de 2 % des électeurs inscrits et perd plus de la moitié des voix obtenues sept mois plus tôt* !

Le communiqué de LFI évoque « le niveau exceptionnel de l’abstention (qui) confirme la grève civique du mois de juin ». Une grève ? Qu’en termes modérés ces choses-là sont dites. En réalité, c’est un rejet majeur : l’électorat ouvrier et populaire proclame qu’il n’a plus aucune confiance dans la capacité du jeu électoral de la Ve République à apporter quelque réponse que ce soit à ses aspirations, ses angoisses, ses revendications. Et ce rejet frappe tous les candidats.

L’ordre du jour appelle le combat résolu pour l’unité pour en finir avec ce gouvernement illégitime et ces institutions illégitimes. C’est ce qui donne toute sa force à l’appel à la manifestation nationale du 13 mai pour dire « Dehors Macron, dehors la Ve République ! ».

* Le Front national et La République en marche perdent également plus de la moitié de leurs voix, Les Républicains et le Parti socialiste un peu moins de la moitié.

 


C'est le moment !

 

Contribution collective

 


 

Par : Simon Agnoletti, membre de la direction départementale du Nord (59), 26 ans ; Pierric Annoot, membre du CN (92), 34 ans ; Aurélien Aramini, professeur de philosophie (90), 38 ans ; Pierre Bell-lloch, vice-président du conseil départemental du Val-de-Marne (94), 40 ans ; Hélène Bidard, membre du CN en charge du féminisme et des droits des femmes et adjointe à la Maire de Paris (75), 36 ans ; Thibault Bize, secrétaire de la fédération du Doubs (25), 33 ans ; Vincent Boivinet, secrétaire de la section de Bègles, membre du CN (33), 33 ans ; Nicolas Bonnet-Oulaldj, membre du CN et président du groupe PCF – FG au Conseil de Paris (75), 43 ans ; Caroline Brebant, adjointe au Maire de Saint-Maximin (60), 38 ans ; Ian Brossat, membre du CN et adjoint à la Maire de Paris en charge du Logement (75),
37 ans ; Maxime Cochard, membre de la direction départementale de Paris (75), 33 ans ; Nicolas Cossange, membre du CN et secrétaire de la fédération de l'Hérault (34), 32 ans ; Raphaël Debu, membre du CN et secrétaire de la fédération du Rhône (69), 36 ans ; Ismaël Dupont, secrétaire de la fédération du Finistère (29), 38 ans ; Pierre Garzon, vice-président du conseil départemental du Val-de-Marne (94), 43 ans ; Aurélien Guillot, secrétaire de la fédération d'Île-et-Vilaine (35), 35 ans ; Florian Gulli, professeur de philosophie (25), 40 ans ; Mina Idir, membre de la direction départementale du Vaucluse (84), 42 ans ; Maud Jan-Brusson, dirigeante départementale de la Mayenne (53), 32 ans ; Sebastien Laborde, membre du CN et secrétaire de la fédération de Gironde (33), 43 ans ; Clara Laby, membre de la direction départementale du Nord (59), 22 ans ; Cédric Lattuada, secrétaire de la fédération de la Marne (51), 42 ans ; Elsa Maillot, vice-présidente de la communauté d'agglomération du Grand Besançon (25), 32 ans ; Céline Malaisé, membre du CEN et présidente du groupe FG à la région Île-de-France (75), 38 ans ;  Pierre Miquel, membre du CN et secrétaire de la fédération du Puy-de-Dôme (63), 38 ans ; Yannick Monnet, membre du CN et secrétaire de la fédération de l'Allier (03), 43 ans ; Yannick Nadesan, président de la collectivité eau du bassin rennais (35), 34 ans ; Frédéric Mellier, membre de la direction départementale de la Gironde (33), 45 ans ; Sebastien Prat, secrétaire de la fédération du Cantal (15), 26 ans ; Anne Sabourin, membre du CEN en charge des affaires européennes (75), 33 ans ; Aymeric Seassau, membre du CN et secrétaire de la fédération de Loire Atlantique (44), 40 ans ; Adrien Tiberti, membre du CN et secrétaire à l'organisation de la fédération de Paris (75), 36 ans ; Bora Yilmaz, membre du CN et secrétaire de la fédération de Meurthe-et-Moselle (54), 38 ans ; Igor Zamichiei,  membre du CEN en charge du projet et secrétaire de la fédération de Paris (75), 32 ans

 


 

Comme  nous  y  invite  notre congrès,  nous  prenons  ensemble la  parole pour  porter  une haute ambition : poser les bases d'un communisme du XXIe siècle et révolutionner notre parti, sa stratégie, son organisation.

Cela implique de faire lucidement le bilan de nos difficultés pour les dépasser. Soyons francs : malgré toute l'énergie des militant.e.s et des élu.e.s communistes, malgré toutes les initiatives prises pour répondre aux intérêts populaires, notre parti perd pied dans la vie politique nationale. Notre recul de plusieurs centaines de milliers de voix aux dernières élections législatives et le caractère inaudible de nos décisions nous conduisent à une marginalisation que la recomposition politique en cours peut rendre durable. Comme une majorité de communistes, nous ne nous y résignons pas. Jeunes dirigeant.e.s et élu.e.s du PCF, nous sommes convaincu.e.s que notre parti peut et doit redevenir une force politique nationale influente au regard de l’évolution du monde. Nous n'avons pas toujours fait les mêmes choix stratégiques par le passé mais nous nourrissons ensemble de grandes ambitions pour le combat communiste. C'est le moment de notre propre révolution pour hisser le PCF à la hauteur des défis de notre temps. Il faut saisir ce moment car il ne reviendra pas.

À mesure que le capitalisme mondialisé et financiarisé semble écraser tout sur son passage, il génère dans le même mouvement des critiques et des aspirations toujours plus fortes pour son dépassement. La critique populaire progresse et la pensée de Marx retrouve une place dans la production intellectuelle. Dans nos travaux résident beaucoup de clés de compréhension et de solutions face aux impasses du système : l'égalité et la lutte des classes, rendues incontournables par l'aggravation des inégalités et l'accumulation sans précédent de richesses par une minorité ; l'écologie, à l'heure où le changement climatique enfanté par le mode de production capitaliste menace l'humanité ; la libération du travail du coût du capital et la sécurisation de l'emploi pour en finir avec le chômage, la précarité et la souffrance au travail, qui ne cessent de progresser avec l'utilisation capitaliste de la révolution informationnelle. C’est sur tous ces enjeux qu’il nous faut travailler à réidentifier le PCF.

Notre société y est prête. Le récent mouvement contre la loi travail, portant le mot d'ordre « On vaut mieux que ça », jusqu'aux luttes contre les ordonnances Macron ; la mobilisation des salarié.e.s de l'hopital public et des EHPAD pour que la qualité de leur travail soit respectée, le droit fondamental à la santé garanti et pour que notre société prenne soin de nos aînés ; la montée en puissance d'un mouvement féministe, qui constitue un des plus puissants leviers pour l'égalité ; la mobilisation d'associations de solidarité et de tant de citoyens individuellement pour un accueil digne des migrants ; et d'autre part l'émergence d'initiatives comme les projets alternatifs à l'ubérisation des activités à l'image de Coopcycle ; la création de coopératives ou la reprise de l'activité sous cette forme par les salarié.e.s dans de nombreux secteurs ; l'action de collectivités pour promouvoir le logement social ou pour une nouvelle maîtrise publique par le retour en régie publique de la gestion de l'eau. Et tant d'autres ! Avec les grandes conquêtes que constituent le droit du travail, la Sécurité sociale et la fonction publique, toutes ces initiatives constituent autant de « morceaux de communisme » à faire grandir pour de nouvelles victoires au XXIe siècle.

Avec ces forces vives, une voie nouvelle, faite de combats offensifs et d’ambitions révolutionnaires pour la France se cherche. Contre le « tout État » et le « tout marché », visons l'appropriation par chacun.e des avoirs, des savoirs et des pouvoirs. Visons un nouveau mode de production basé sur des critères de gestion sociaux et écologiques et sur une appropriation sociale des moyens de production. Visons le développement de services publics démocratisés et de promotion des communs.  Pensons  la  combinaison  des  oppressions  capitalistes,  sexistes,  racistes  pour  les surmonter. Visons l'émancipation culturelle, qui brise le carcan des identités. Visons un nouvel internationalisme, qui s'appuie sur la coopération des individus et des peuples pour un développement partagé et la paix. Ce communisme a de l’avenir si nous le prenons au sérieux.

Le prendre au sérieux, c’est passer à l’offensive politique. Passer à l’offensive, c’est relever d’importants défis stratégiques et organisationnels.

Nos difficultés stratégiques débouchent sur un gâchis d'énergie. Un doute se répand sur l’utilité de nos actions militantes. Nous avons souvent un coup de retard. Au lieu de subir un agenda, il s'agit de penser la manière dont chaque lutte, chaque initiative peut contribuer à nous faire progresser sur


la base d’un cap politique national clair, d’objectifs réalistes mais ambitieux. Cessons d'opposer rassemblement et affirmation de notre parti. À l'approche des européennes, retenons la leçon des échéances présidentielles et législatives : chercher à rassembler sans affirmer nos idées et sans rapport de force revient à nous positionner comme une force d'appoint et conduit in fine à l'échec d'un rassemblement pourtant indispensable. Par ailleurs pensons-nous encore qu'un rassemblement majoritaire est possible sans intervention populaire consciente de ses intérêts ? Le PCF a un rôle décisif à jouer pour aider à cette intervention par la mise en débat de propositions radicales et la construction d'espaces politiques ouverts, pluralistes, concentrés sur la production d’alternatives crédibles.

Conséquence organisationnelle : nous devons revaloriser la place des adhérent.e.s et des structures locales pour construire des réseaux d'actions à l'échelle nationale capables de déployer des campagnes politiques fortes, efficaces et visibles sur tout le territoire. Et tout à la fois, nous devons revaloriser le rôle de direction, en perte de crédibilité. Cela implique d'utiliser le meilleur de ce que nous produisons comme pratiques militantes dans les quartiers et les campagnes, les lieux de travail, d'expérimenter, de tirer profit de la révolution numérique, de prendre appui sur nos actions de solidarités concrètes, sur les batailles de nos parlementaires et sur les avancées obtenues dans les collectivités que nous dirigeons. Cela implique une mise en commun nationale sans précédent, un renouvellement  de  notre  communication  politique  et  de  profondes  transformations  de  nos directions, dont le bilan témoigne de dysfonctionnements entraînant des difficultés à produire positionnements, outils militants et initiatives nationales. Pourquoi ne sommes-nous pas, par exemple, capable de mener une campagne dans la durée ? Ou encore pourquoi ne nous donnons-nous pas tous les moyens d'une offensive médiatique pourtant plus indispensable que jamais ?

Dans le grand débat politique qui s’ouvre, toutes les questions doivent être sur la table, sans céder aux tendances qui rétrécissent le débat et sans tabou aucun sur notre projet et notre stratégie, jusqu'aux femmes et aux hommes qui se verront confier la tâche d'animer la nouvelle ambition qui sera fixée. Sans quoi nous nous serons payés de mots, en l’occurrence du beau mot de révolution. Notre parti est à un  moment clé de son  histoire. L'idée communiste,  qui a été le moteur  de l'engagement de générations de militants, frappe à la porte du XXIe  siècle. C'est le moment d'en prendre pleinement la mesure, d'écrire un nouveau manifeste.

 


La FI doit discuter sans humilier.

Entretien avec Clémentine Autain (Politis)


 



Présentation: La France insoumise veut-elle le rassemblement à gauche ? La députée insoumise Clémentine Autain demande à Jean-Luc Mélenchon d’infléchir sa stratégie.

Creuser encore le sillon de l’autonomie stratégique. Telle est la leçon tirée par Jean-Luc Mélenchon à la suite des deux élections législatives partielles du dimanche 28 janvier, et qui ont écarté la France insoumise (FI) du second tour. Dans une intéressante interview au JDD, Adrien Quatennens, député « insoumis » du Nord, a enfoncé le clou, jugeant que l’unité de la gauche était devenue un « repoussoir », et que le rassemblement conduirait à reconstituer « le radeau de la méduse » avec du « vieux bois mort ». Clémentine Autain, élue députée FI avec le meilleur score de France à gauche (37,5 % au premier tour) avec le soutien du PCF, critique la ligne stratégique choisie par la direction de son mouvement et appelle à davantage de démocratie interne.

 


Quelles leçons tirez-vous des législatives partielles à Belfort et dans le Val-d’Oise, où la droite l’a emporté dimanche dernier ?

Clémentine Autain : L’enseignement majeur, c’est l’abstention grimpante. Pour le reste, je ne vois pas comment on peut tirer de grandes conclusions stratégiques. Dans ces circonscriptions de droite, la baisse de La République en marche profite malheureusement au parti Les Républicains, qui engrange sur la chute du FN. Le PS s’effondre de façon impressionnante ! La France insoumise [FI] s’ancre, s’affirmant comme le seul mouvement qui tient debout sur le flan gauche, ce qui lui donne de grandes responsabilités pour l’avenir. Mais elle ne capitalise pas pour l’instant sur l’effacement des autres partis de gauche. Or, pour passer des près de 20 % de la présidentielle à la majorité, il nous faut devenir plus attractifs et convaincants pour les abstentionnistes mais aussi pour des électeurs de gauche qui désertent. La marche est haute.

Adrien Quatennens a estimé que, pour la partielle de Belfort, où la candidate de la FI était soutenue par le Mouvement républicain et citoyen (MRC) et le PCF, la « soupe de logos » avait agi comme un « repoussoir ». Est-ce aussi votre analyse ?

Non. D’abord, parce que la candidate de la FI à Belfort avait un matériel de campagne siglé FI, loin de la kyrielle des logos. Ensuite, parce que le résultat dans le Val-d’Oise n’est pas meilleur. Enfin, parce que l’on pourrait voir les choses à l’inverse : le score de la candidate FI étant à peu près le même qu’en juin, où elle n’était soutenue par aucun autre parti, on pourrait aussi se dire que les électeurs du MRC et du PCF ne sont pas allés voter pour une candidate FI, pas plus que les anciens électeurs PS. Il faut s’interroger.

Sur la capacité de la FI à faire l’unité à gauche ?

J’ai toujours prôné l’unité. Mais, si pas plus aujourd’hui qu’hier les militants et électeurs de notre gauche ne veulent la division, le cartel d’organisations a perdu sa force propulsive. Jean-Luc Mélenchon l’a compris en se lançant dans la présidentielle avec un nouveau mouvement, la France insoumise. L’addition de sigles n’est pas l’élément déclencheur de la dynamique politique. L’unité des partis existants ne suffit plus, ne serait-ce que parce qu’ils se sont terriblement affaiblis. Pour autant, je suis convaincue que le pluralisme politique est un atout indispensable pour nous faire grandir, que la diversité des parcours militants est une richesse. Une force à vocation majoritaire est nécessairement diverse, et non un bloc monolithique.

Jean-Luc Mélenchon s’est montré rude avec les syndicats cet automne…

 Sur le fond, il a posé la bonne question : comment peut-on construire un front social et politique ? Les syndicats y ont vu une forme d’arrogance ou de domination, je le regrette. Il faut travailler au dépassement du clivage entre syndicalisme et politique sans penser que cela signifiera la fin des distinctions entre les deux sphères. Depuis un siècle, les syndicats veulent, à raison, se défaire de leur inféodation aux partis politiques, mais cela nuit à tout le monde de penser le social et la politique comme deux univers distincts. Infliger une défaite à Macron suppose d’unir les forces qui n’acceptent pas ce mélange de libéralisme effréné et d’autoritarisme. La FI a un rôle moteur à jouer dans la constitution d’un front d’opposition sociale et politique.

Que dire de vos rapports avec le PCF ?

La discussion stratégique doit être menée clairement avec eux mais sans humilier ou mépriser. Sur le fond, la FI et le PCF partagent l’essentiel, même s’il reste des désaccords, sur le nucléaire par exemple. D’ailleurs, le PCF a fini par soutenir Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle et les deux groupes à l’Assemblée nationale (FI et GDR) rament de concert contre la majorité. C’est sur la stratégie que le bât blesse aujourd’hui. Reste à savoir quelle est l’orientation du PCF pour les années à venir…

Celle de la FI semble claire, en tout cas.

La boussole stratégique de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, qui s’est clairement démarqué du PS, a permis de crédibiliser notre proposition politique, totalement distincte du naufrage socialiste. Mélenchon a rempli le mot « gauche » au lieu de le brandir comme un étendard. Il a mis l’accent sur le mouvement, la nouveauté. Aujourd’hui, nous devons agréger plus encore pour bâtir l’alternative à Macron : des individus écœurés par la gauche et par la politique, mais aussi des courants historiques, des forces constituées, des intellectuels et des artistes, des corps intermédiaires. Une chose est de dire : on range les drapeaux rouges, c’est passé de mode. Une autre est de donner le sentiment qu’on jette dans les poubelles de l’histoire les acteurs et héritiers du mouvement ouvrier. Si le neuf doit dominer, l’histoire ne peut être balayée d’un revers de la main, et si l’on vise la constitution de majorités, aucune voix éprise de rupture sociale et écologiste ne peut manquer.

Dans son interview au JDD, Adrien Quatennens fustige le rassemblement mais affirme que la FI pourrait rebâtir des liens avec le PS si celui-ci se choisissait Emmanuel Maurel pour premier secrétaire. N’est-ce pas contradictoire ?

La gauche est en lambeaux. Mais pas toutes ses composantes pour les mêmes raisons. Les socialistes s’étiolent de n’avoir pas su proposer une alternative au libéralisme débridé et généralisé. Nous nous séparons de la gauche qui s’est laissée prendre par le pouvoir et l’argent. Si nous voulons prendre le pouvoir à ces destructeurs de vie et de liens, il faudra bien refaire une majorité d’idée et des alliances politiques. Que chacun fasse son boulot. Et que le dialogue reprenne sur les bases de la rupture avec quarante ans de politiques néolibérales et productivistes. Je souhaite une stratégie cohérente et fédératrice. Porteuse de colère mais plus encore d’espoir. Il faut que nous passions plus nettement d’un statut d’opposant à un rôle de proposant.

À l’Assemblée, n’avez-vous pas peur d’être condamnés à l’impuissance comme l’étaient les frondeurs que vous critiquiez ?

Notre présence à l’Assemblée permet de faire caisse de résonance dans le pays. C’est un point d’appui. Nous apparaissons comme l’opposition principale à la macronie. La droite est pétrifiée devant ce gouvernement qui lui emprunte le cœur de son logiciel. Les socialistes, éclatés et déboussolés, peinent à frapper les esprits. Face à cette politique qui aggrave les précédentes mais leur ressemble, notre projet représente l’autre chemin. Et il se manifeste avec cohérence, énergie et créativité.

Quel bilan faites-vous de la construction du mouvement de la FI ?

Je trouve très intéressant que le mouvement FI se garde de reproduire les schémas classiques des partis traditionnels, avec leur fonctionnement pyramidal. Je plaide pour une forme plus polycentrique, s’appuyant sur différentes légitimités, différents espaces d’impulsion. Inventer de nouvelles façons de faire mouvement commun est un pari nécessaire mais audacieux, et forcément fragile. Une fois que l’on s’émancipe des formes classiques, il faut encore trouver les mécanismes qui permettent la délibération collective. En période électorale, un candidat, un programme et les militants s’activent pour les défendre, les populariser. En dehors des élections, le temps vient du débat, des sujets à trancher. Comment faire vivre la conflictualité aussi inéluctable que souhaitable pour un mouvement démocratique ? Qui décide de la manière dont on dépense l’argent ? Comment se tranchent les grandes orientations stratégiques ? C’est précisément parce que la FI est une force vivante et non une secte que ces discussions émergent. On doit réfléchir à comment faire vivre le pluralisme en interne, sinon cela va finir par aller à l’encontre de l’efficacité

 


Réforme du bac : la vérité́ sur les projets du gouvernement


Une agression pure et simple contre les enfants de la classe ouvrière. Chargé par le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, de présenter des propositions pour réformer le bac et le lycée, l’universitaire Pierre Mathiot a publié le 24 janvier un rapport dont s’inspirera le gouvernement pour construire la réforme. La Tribune des travailleurs en donne de larges extraits et l’analyse. Dans une chronique liée à ce dossier, Christel Keiser, secrétaire nationale du POID et élue à Montreuil en Seine-Saint-Denis (93), s’insurge : « Non il n’y aura pas de bac 93 ! »

Christel Keiser note : « Un lycéen de Cergy (Val-d’Oise), signataire de l’appel pour la défense du bac* lancé par le Manifeste pour la reconquête d’une école qui instruise, accompagne sa signature de ce commentaire : « Un élève venant de la banlieue ou de la campagne mérite, tout autant qu’un élève de Paris ou de Lyon, sa place dans les grandes écoles si son niveau le lui permet. »

« L’enjeu est bien celui-ci, conclut Christel Keiser : défendre et préserver le droit des enfants de la classe ouvrière d’obtenir le bac, diplôme qualifiant leur permettant l’accès aux études supérieures. »

 

* Contresigné aujourd’hui par près de 800 enseignants, parents, lyciens, étudiants, syndicalistes, salariés, etc. On peut signer cet appel en ligne en utilisant le lien Internet :

http://manifestecole.fr/signer3.php

 


EHPAD : un directeur d’établissement en colère est « fier de décevoir la ministre »

Source : https://www.anti-k.org/2018/02/08/ehpad-directeur-detablissement-colere-fier-de-decevoir-ministre/

5 février 2018


 

Lors de la mobilisation du 30 janvier 2018 et l’appel à la grève dans les Etablissements Hospitaliers pour Personnes âgées Dépendantes (EHPAD), un directeur d’établissement répond aux propos désobligeants tenus par la ministre de la santé Agnès Buzyn lors d’une audition à l’Assemblée nationale le 5 décembre 2017

Interpellée sur les difficultés de fonctionnement dans les EHPAD la ministre s’etait en effet fendue d’une explication bien pratique visant à rejeter toute la misère des Ehpad sur le dos des directeurs.

Reprenons ses termes :

Autrement dit, ça ne serait pas un manque d’argent, mais un problème d’organisation.

Pour Thomas, directeur d’établissement, ce système d’œillères sur les dysfonctionnements majeurs que rencontrent les EHPAD est « intolérable ».

Il témoigne :


 

La ministre a essayé de sortir ses vieilles recettes consistant à opposer les catégories de personnel pour mieux masquer la réalité. Les directeurs contre les soignants, les établissements contre les aidants, les médecins contre les paramédicaux etc. etc. Diviser pour mieux régner. Faire diversion et désigner des boucs émissaires pour mieux noyer le débat.

Aujourd’hui, en tant que directeur, je suis venu dire à la ministre que je suis fier d’être un mauvais professionnel, je suis fier de lui dire avec de plus en plus de mes collègues que je ne veux plus mettre mes capacités managériales au service de ses objectifs d’austérité.

Je suis fier de lui dire que je ne veux plus être le lampiste qu’on fait sauter quand on prend la peine de se pencher sur les Ehpad et qu’on découvre, oh stupeur !, qu’ils dysfonctionnent par un manque criant de moyens.

Je suis fier de dire aujourd’hui, même si cela peut déplaire à madame la ministre ou ses sbires à la tête de l’ARS, que mon métier n’est pas d’être un gestionnaire de coûts, un « cost killer » selon la terminologie managériale.

Je suis fier de dire que je ne veux pas être le petit caporal d’un pouvoir politique dont les desseins sont la destruction du service public et pas le service rendu à la population.

Ce qui fait au contraire mon honneur professionnel, c’est de dire « haut et fort » que je suis le témoin des politiques qui nous conduisent à la catastrophe car elles vont à l’encontre de l’intérêt général de la population.

La vérité, c’est qu’on fait bosser des gens dans des conditions de merde là où on n’a même pas 0,6 personnels/ résident et qu’il nous faudrait impérativement 1 soignant pour 1 résident.. Ça fait des années qu’on le sait et des années qu’on ne fait rien.

La vérité, c’est que la réforme de la tarification issue de la loi ASV de décembre 2015 a fait perdre en moyenne 40 000 € à chaque Ehpad donc concrètement un à deux emplois qu’on supprime. Sans compter les contrats aidés qui disparaissent alors qu’ils devraient être embauchés en contrat pérenne. `

La vérité, c’est qu’on n’a plus le temps de se réunir en équipe, de partir en formation, de se réserver tous ces temps qui sont pourtant si essentiels pour garantir la qualité des prises en charge.

La vérité, c’est que des investissements essentiels ne sont plus réalisés faute de moyens et qu’on ouvre aussi grand les portes au secteur lucratif qui veut faire main basse sur les revenus des personnes âgées qui restent solvables.

La vérité, c’est que pour raboter les prix, on en vient à supprimer les animations, les sorties, les soins esthétiques, tout ce qui fait le supplément d’âme indispensable pour les personnes qui sont pourtant de plus en plus dépendantes.

La vérité, c’est aussi que rien n’est prévu pour faire face au choc démographique d’une population de personnes dépendantes qui augmentent de 20 000 par an en France.

La vérité, c’est qu’on nous ment quand on instrumentalise le maintien à domicile pour faire soi-disant face au choc démographique en faisant mine de respecter le souhait des personnes vieillissantes.

La vérité, c’est qu’on a mis 50 ans pour mettre fin aux hospices mouroirs et que les mesures mortifères imposées par nos gouvernants ne mettront pas 10 ans avant de les recréer.

Dans ces conditions, je suis plutôt fier de décevoir madame la ministre mais je veux aussi lui dire toute la colère que nous avons aujourd’hui.
Car pendant qu’on perd notre temps à trouver des bouc-émissaires, on fait diversion, on nous empêche de parler des vraies difficultés, on nous prive en quelque sorte de débat public et de démocratie.

Nous sommes en colère mais nous sommes aussi déterminés. Car cette fois-ci, les tours de passe-passe ne suffiront plus à éteindre le feu social qui couve depuis trop longtemps.

Aujourd’hui, nous avons atteint un point de non-retour. Nous sommes dos au mur, il n’y a plus de petites poires pour la soif, plus de petits budgets annexes à grignoter, de patrimoine à vendre ou de meilleure gestion à mettre en œuvre. Rien de tout cela, nous sommes à l’os. Et face à un gouvernement ATTILA qui veut réduire en cendres tous nos conquis sociaux, il n’y a plus 36 solutions, il faut donner du volume au mouvement qui s’est enclenché aujourd’hui. Face à un tel gouvernement, seule une négociation sous la pression du rapport de force, peut changer radicalement la donne.

Faute de quoi, la ministre se bornera à quelques annonces et on sera repartis pour des années de souffrance et de régression.

Aujourd’hui, j’ai plus que jamais la conviction que nous pouvons gagner.
La ministre a dû la semaine dernière commencer à lâcher du lest, sentant bien que nous serions au rendez-vous.

Il faut continuer ainsi, faire en sorte que chacun trouve sa place dans la lutte décisive qui s’engage, quelle que soit sa position professionnelle, son métier ou son parcours. Face aux manipulations et aux logiques de division de nos gouvernants c’est de plus de solidarité, de cohésion et de rassemblement dont nous avons. Car c’est ni plus, ni moins que notre modèle de société qui est en jeu, celle que nous voulons pour nos aînées mais aussi pour nous mêmes.

 


 

Reprendre l’initiative pour une constituante souveraine, par Robert Duguet



Présentation : cet article est une petite note de contribution au site des camarades d’Arguments pour la lutte sociale que nous reproduisons ici. De même, nous y ajoutons, l’appel de la conférence du 20 janvier de l’organisation des camarades de Gérard Filoche qui viennent de sortir du PS ainsi que l’appel du POID (Parti Ouvrier Indépendant Démocratique) pour une manifestation unitaire contre Macron le 13 mai 2018.

Effectivement nous sommes à un tournant de la situation politique : même si un vent de folie conduit Macron à appuyer sur tous les boutons en même temps pour détruire les conquêtes ouvrières et démocratiques, le rejet conscient de la stratégie des journées d’action par le salariat et le développement de toute une série de mouvements sociaux (Gardiens de prisons, mouvements dans les EPHAD, début de mobilisations dans la jeunesse contre la contre-réforme de destruction du Bac et mouvements à l’université, multiplication de conflits dans les entreprises parfois victorieux) révèlent un profond mouvement qui va vers l’affrontement. Toutefois aux éléments analysés dans le texte d’Arguments pour la lutte sociale, il faudrait ajouter deux points ; le recul du gouvernement sur la construction de l’aéroport de Notre Dame des Landes a été un signe important annonçant ce tournant dans la situation. Si on sort un peu de la situation hexagonale, le déclenchement d’une grève dure au cœur du prolétariat allemand, c’est-à-dire au cœur de l’Europe libérale, portée par le syndicat IG Metal, engage un bras de fer avec la politique de Merkel.

Se préparer politiquement à l’affrontement signifie à mon sens contribuer à ouvrir une perspective gouvernementale : tôt ou tard, le mouvement qui sourd de tous les pores de la société civilisée, débouchera sur un affrontement avec l’Etat bourgeois. Macron déclenche le blitzkrieg car c’est pour eux la seule manière de profiter du créneau offert par la décomposition des formes parlementaires et politiques du vieux mouvement ouvrier.

Après la Corse, Mélenchon continue, avec une belle obstination, ses conneries populistes : relisons sa note du 1er février :  

« Voyons le fond. À Belfort la tonalité « gauche rassemblée » était revendiquée par le MRC qui nous soutenait sur ce thème. Il a fonctionné comme un rayon paralysant, gelant en partie les votes dégagistes que nous devions mobiliser. Dans le Val-d’Oise, c’est le contraire. Chacun allait chacun pour soi. Pas de tambouille Ce fut un facteur entrainant. Dans certaines communes et certains bureaux de vote c’est même spectaculaire. Les bureaux de vote à 30 ou 40 % en milieu populaire sont nombreux. Et pour finir le score total est meilleur que celui de juin dernier. Ce résultat fonctionne donc comme un message clair : dans une élection nationale, « la gauche rassemblée » est un étouffoir, un brise lame, un tue la joie. En outre, au cas de Belfort, « la gauche rassemblée » surchargeait notre barque des contentieux entre partis de « l’union de la gauche » qui se sont sévèrement entretués aux dernières municipales. De plus, le MRC qui nous soutenait était l’ancien candidat commun du PS, du MRC et de EELV. La leçon ne peut être négligée ni oubliée. Elle ne le sera pas. C’est la condition pour créer une nouvelle dynamique populaire dans le pays. »

Autrement dit, quand la gauche se rassemble à Belfort, Mélenchon occultant sciemment au passage que le candidat de la FI a aussi reçu le soutien du PCF, c’est un « rayon paralysant ». Pour analyser ce qui s’est passé dans le Val d’Oise, il commence aussi par refuser de partir de la réalité. Et cette réalité c’est 80% d’abstention. Donc un refus par l’électorat de continuer à se situer dans les institutions actuelles. FI qui passe en 3ème position dans ce cadre-là, cela n’est aucunement significatif d’un engouement quelconque pour ce mouvement. Vive la division ! Le chef conclut : « Ce résultat fonctionne donc comme un message clair : dans une élection nationale, « la gauche rassemblée » est un étouffoir, un brise lame, un tue la joie. »

Pour ma part je suis bien entendu favorable à travailler à rassembler tous ceux qui veulent l’unité pour arrêter le massacre: mais aussi bien l’appel des camarades de Filoche qui viennent de sortir du PS, que celui du POID appelant à manifester dans l’unité le 13 mai 2018, souffrent d’une carence politique. Si intervention des masses « en un lieu où se règlent leurs destinées », pour reprendre le mot de Trotsky à propos de la révolution de février 1917,  il va y avoir, il faut une proposition qui réponde à ce mouvement. Le texte de Filoche parle de la VIème république… C’est mal poser le problème. C’est mettre la charrue avant les bœufs. Pour donner au salariat les moyens de se reconstruire comme corps politique et ceci pour gouverner la société, il faut des collectifs démocratiques de citoyens qui posent la question de leur représentation, et donc d’institutions dont ils définiront eux-mêmes la forme et le contenu. Il faut donc des collectifs pour une constituante souveraine qui réponde au mouvement de l’entrée en lutte des salariés et qui nous débarrasse enfin des institutions de la Vème république et de son élection présidentielle. Si la réponse politique à la crise politique et institutionnelle qui s’avance se conclut par une réponse dans le cadre cette Vème république en décomposition, nous serons une nouvelle fois piégés.

 


Préparer politiquement l’affrontement pour en découdre avec Macron, par Arguments pour la lutte sociale

Publié le 3 février 2018 par Arguments pour la lutte sociale (aplutsoc)


Source : https://aplutsoc.wordpress.com/2018/02/03/preparer-politiquement-laffrontement-pour-en-decoudre-avec-macron/



La situation sociale, l’ambiance générale pour ainsi dire, ont à nouveau évolué en profondeur ces dernières semaines. Il s’agit de la montée de tendances déjà présentes, mais de plus en plus fortes : à nouveau, mais plus fondamentalement, qu’en septembre dernier, elles paraissent faire vaciller le caractère se voulant définitif, « jupitérien », du nouveau pouvoir exécutif issu du coup d’État à froid que furent les présidentielles de 2017.

Nous pouvons distinguer trois poussées significatives, à chaque fois plus étendues : le mouvement des gardiens de prison, la grève des Établissements d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD) du 30 janvier, et la poussée qui se déroule actuellement dans l’enseignement public, de la maternelle aux universités. Le tout se développe sur l’arrière-plan des nombreuses « grèves invisibles » que nous avions analysées dans un article de décembre dernier.

Les gardiens de prison.

Un mouvement de gardiens de prison, compte-tenu de la nature spécifique de leur fonction de gardes-chiourme, ne peut guère être un détonateur pour un mouvement d’ensemble du salariat, ni susciter un vaste élan de solidarité. Il n’en demeure pas moins que, déclenché par un raz-le-bol sur les questions de « sécurité », c’est-à-dire par la violence permanente du régime carcéral dont les gardiens sont à la fois le relais en tant qu’agents de répression, les régulateurs en tant que fonctionnaires gagnant ainsi leur croûte, et les victimes, ce mouvement s’est remarquablement, et rapidement, généralisé et centralisé contre le ministère et le gouvernement en posant frontalement les questions politiques des moyens et des statuts, et en se confrontant à la menace de répression brutale, de mises à pied et de sanction, formulée notamment par les directeurs de prison CFDT. Contrairement à certains commentaires faits à l’extrême-gauche, nous devons souligner que la différence de nature entre ce mouvement et celui, par exemple, des policiers fin 2016, est illustrée par le fait que les gardiens, qui n’ont pas non plus le droit de grève, ont fait grève comme des salariés, l’ont proclamé et encourent des poursuites pour cela.

La cassure de ce mouvement a été organisée par un accord entre l’UNSA et le gouvernement portant sur la « sécurité », notamment envers les détenus « radicalisés », dénoncé par les fédérations FO et CGT (majoritaires) qui se sont placées hors « dialogue social » car les vraies revendications portent sur le statut, au moment où le gouvernement veut justement en découdre avec le statut de la fonction publique.

EHPAD et retraités.

Le mardi 30 janvier, tous les syndicats appelaient à la grève dans les EHPAD pour protester contre l’insuffisance de moyens que va aggraver le dispositif gouvernemental « convergence des tarifs dépendance et soins ». Courant janvier les personnels se sont saisis en profondeur de cet appel, n’allant pas forcément jusqu’à faire grève (en raison de leur culture professionnelle, de la faiblesse syndicale sur le terrain et de la peur inspirée par certains directeurs), mais discutant, rédigeant leurs revendications, parlant autour d’eux.

Et ce courant invisible a fini par percer fin janvier, car il s’est combiné à celui de l’indignation populaire sur la manière dont sont traités nos vieux, à des tarifs à faire jalouser des hôteliers pour des services et des soins insuffisants, confinant à la maltraitance. Toutes les organisations syndicales et associations de retraités- sauf la CFDT et l’UNSA- ont signé une déclaration commune de soutien aux personnels des EHPAD. Ce mouvement « coïncide » – mais ceci n’a rien d’une coïncidence – avec la baisse nette du revenu et du pouvoir d’achat de millions de retraités causée par la hausse de la CSG qui vise à faire baisser la part socialisée du salaire finançant la sécurité sociale.

La grève a officiellement été le fait d’un tiers des personnels, ce qui dans ce secteur est énorme et sans précédent. Ce chiffre est ambigu, d’une part parce que la vague en profondeur est loin de ne consister qu’en fait de grèves et loin de se limiter à une journée, d’autre part parce que des directeurs se sont solidarisés, voire ont prétendu diriger eux-mêmes la « grève », sur une ligne développée par la CFDT et relayée au final par les médias : « personnels-directeurs même combat », ce qui, même s’il existe bien entendu des directeurs humanistes qui veulent des moyens, est très loin de correspondre à la réalité dans la mesure où l’application de la politique de rentabilité sur la fin de vie passe par eux.

L’essentiel est que les personnels des maisons de retraites ont porté à la lumière cette vérité : cette maltraitance n’est pas la leur, eux veulent soigner et bien traiter, elle est le fait du marché de la mort, de la dépendance et de la vieillesse que la politique gouvernementale favorise en faisant soi-disant des « économies ». La médiatisation tardive, mais importante dés lors que les journaux se sont rendus compte qu’il se passait « quelque chose », a établi que Macron n’est pas seulement le président des riches : il est le président des mouroirs.

Enseignement public : carte scolaire et Bac.

La troisième poussée par où la situation se modifie est celle qui touche l’ensemble de l’enseignement public. Elle a commencé, elle, à percer au grand jour avec les manifestations étudiantes, lycéennes et enseignantes du jeudi 1° février. Les médias en ont souligné la « faiblesse ». Belle erreur : numériquement limitées, ces manifestations ont été vécues dans la joie par leur participants comme ayant la signification, visible et assumée de l’arrivée dans la lutte d’une classe d’âge, qui, d’emblée, a lancé Macron t’es foutu la jeunesse est dans la rue et Non à la sélection. Quel manque d’imagination, diront les schnocks et autres ronchons. Quel juste retour des mots d’ordre les plus traditionnels, exprimant le besoin d’auto-défense de la société, diront tous ceux qui savent voir et entendre !

Toutefois, il est important de comprendre que le mouvement qui se cherche et se dessine ne comporte pas seulement le début de mobilisation contre la destruction du Bac, des premiers cycles universitaires et du lycée, sur laquelle nous allons revenir. A la rencontre de cette vague, une autre, tout aussi profonde mais dans d’autres secteurs, monte également : celle de la défense des classes et des écoles contre la vague de fermetures organisée par le gouvernement dans les écoles publiques, primaires et maternelles. Le 17 juillet 2017, Macron proclamait au Sénat que « les territoires les plus ruraux ne peuvent plus être la variable d’ajustement » et ajoutait même que, d’ici la mise en place d’une « évaluation partagée » qui devait être pondue « d’ici la fin de l’année » ( ? ), « il n’y aura plus de fermetures de classes en école primaire ». Il est vrai que personne ne l’avait cru …

Le site du SNUIPP-FSU a publié un article permettant de se faire une idée de ce mouvement, lui aussi « invisible » nationalement mais déjà fort visible localement, sous le titre Carte scolaire : la colère des départements – https://www.snuipp.fr/actualites/posts/carte-scolaire-en-berne.

D’emblée, le cas du Rhône permet de saisir l’opération ministérielle : les dédoublements de classes en REP (Réseaux d’Éducation Prioritaire) absorbent près de 200 créations de postes, sans tenir compte de l’inadaptation fréquente des locaux et alors qu’il y a 2200 élèves de plus, de sorte qu’au total, l’affichage de 242 postes en plus cache une dégradation générale. Dans le Pas-de-Calais, les dédoublements en REP servent de prétexte à des fermetures nombreuses de classes voire d’écoles maternelles. Dans l’Oise voisine les fermetures dépasseraient largement les ouvertures. Dans le Val-de-Marne, même opération :  « … la carte scolaire annoncée fait d’ores et déjà état de 180 fermetures de classes (dont 110 fermes et le reste conditionnelles). Certes, l’Education nationale affiche en face 244 ouvertures dont 209 fermes, mais cela comprend le dédoublement des classes de CP et CE1 en REP, ce qui fait gonfler les chiffres. » 250 enseignants réunis à l’appel des syndicats FSU, FO et SUD décident la grève pour le 9 février. Dans le Lot, 250 manifestants à Brétenoux, pour défendre l’école de Cahu, que le Directeur académique dit vouloir fermer pour mettre à la place un musée sur un spécialiste des « sciences de l’éducation » natif du village ! Dans ce département, le Collectif Citoyen de Sauvegarde des Écoles de Villages, constitué depuis plusieurs années face à la « convention ruralité » qui prétendait associer les élus aux fermetures et regroupements, appelle à une manifestation départementale le samedi 10 février. Dans l’Aveyron, qui perd 12,5 postes, l’intersyndicale FSU-UNSA-CFDT-CGT a organisé une première journée de grève départementale avec rassemblement à l’inspection d’académie …

C’est bien à l’échelle nationale que l’opération de dédoublements de classes en REP sert de prétexte, pour des améliorations très limités dans les zones concernées, à des destructions massives qui touche les zones rurales mais aussi des zones « rurbaines » qui devraient elles-mêmes, souvent, être classées en « éducation prioritaire ». C’est une question politique centrale, que pose à sa façon, en des termes modérés, l’Association des Maires Ruraux de France dans un édito de son président, Vanik Berbérian (Modem !) : « Les écoles rurales ne peuvent servir de réservoirs dans lequel on puiserait sans vergogne les moyens nécessaires à une politique qui n’aurait pas assumé de se doter en conséquence des moyens nouveaux. Il est vraisemblable, en observant le terrain, que c’est ce qui semble se dessiner. »

La question est posée : les mobilisations vont continuer, mais leur centralisation nationale contre le ministère et le gouvernement qui ont bloqué les postes, pour imposer le déblocage seul à même de permettre à la fois les dédoublements en REP et la préservation de toutes les classes en écoles publiques n’est-elle pas nécessaire ?

La défense des écoles primaires publiques heurte de front toute l’orientation politique et donc budgétaire de ce gouvernement. Il en va de même de la défense du lycée, du Bac et de l’université. Avant tout vote de loi, les universités avec « Parcoursup » organisent la sélection à l’entrée. Les éléments de communication et l’hypocrisie déployés vont se retourner contre le gouvernement au fur et à mesure que les jeunes et leurs familles découvrent le traitement qui leur est réservé. D’ici au 13 mars ils doivent formuler 10 vœux, à partir du 4 avril ils devront éliminer, à l’aveugle, les réponses positives pour n’en avoir toujours qu’une seule, et s’il est dit qu’à personne il ne sera dit « non », les réponses peuvent être en fait : « oui », « oui si » et « en attente » ! Le 14 février, le ministre va « dévoiler » ses intentions alors que l’on sait qu’il compte ne garder que 4 épreuves nationales pour le Bac, tout le reste passant en contrôle continu. Lycée, Bac et premiers cycles universitaires sont donc appelés à passer ensemble à la moulinette de la concurrence. Après deux décennies de guerre de position contre le droit aux études, l’exécutif s’engage dans la guerre de mouvement. Rien n’est joué …

Ni en 1959, ni en 1968.

Alors, quel est le rapport de force réel au moment présent ? La réponse à une telle question est toujours dynamique, jamais statique. La loi El Khomri, les présidentielles et les ordonnances Macron constituent une victoire pour le capital, une défaite pour la société. Mais nous ne sommes pas en 1959 : le coup d’État à froid n’a pas détruit en profondeur les relations sociales, alors que telle est et reste sa raison d’être.

« Guerre de mouvement », disions-nous pour caractériser l’offensive annoncée contre le lycée, le Bac et les premiers cycles universitaires. Ce même 1° février où la jeunesse réapparaissait dans la rue comme force politique voulant affronter le gouvernement, le ministre « de l’Action et des Comptes publics », le sarkozyste Gérard Darmanin, annonçait un plan de « départs volontaires » dans la fonction publique, la priorité au recrutement de contractuels sur les concours et le maintien de l’objectif de 120.000 emplois publics en moins. Notons que ce ministre a personnellement intérêt à engager, au compte de Macron, sa « guerre de mouvement » contre le statut de la fonction publique : il est sous le coup d’une plainte pour viol, et, si ses avocats contestent cette qualification, ils ne contestent pas les faits qui établissent clairement qu’il a utilisé ses relations pour une intervention judiciaire en sous-main pour une call-girl à la demande de celle-ci et s’est fait payer « en nature ». Cela aussi fait partie du tableau de la situation : plus ce gouvernement « start up » va aller de l’avant, plus les « affaires » vont le rattraper, et son impunité dépend en fin de compte non de la justice, mais du rapport de force social global.

Tel est d’ailleurs aussi le sentiment objectif du patronat qui, les ordonnances contre le droit du travail adopté, engage des « guerres de mouvement » : « rupture conventionnelle collective » chez PSA, 2400 salariés de Carrefour et 2100 des ex-magasins Dia condamnés au « départ volontaire », 3419 postes menacés d’ici 2019 par « rupture conventionnelle collective » à la Société générale …

La reprise économique conjoncturelle et les profits patronaux ne sont en rien contradictoires à cette offensive, et les quelques gains temporaires sur certaines feuilles de paie ne vont pas, dans ces conditions, encourager les salariés à la fermer, au contraire.

Nous ne sommes donc pas en 1959 pour deux raisons : l’État fort n’est pas pleinement restauré et reste dans une large mesure suspendu en l’air, et l’affaiblissement économique du capitalisme français pousse l’exécutif et le patronat à passer à la « guerre de mouvement » selon le schéma programmatique de Macron : précarisation massive du salariat dans les entreprises par la casse du droit du travail, implosion organisée de la fonction publique et liquidation du salaire socialisé finançant la sécurité sociale.

Mais nous ne sommes pas non plus en 1968 dont on va défendre le vrai caractère, celui de la grève générale, pour son cinquantième anniversaire : car ce qui s’apparente le plus à 1959 – en pire – dans la situation, n’est pas la force du président, mais la dislocation et l’effondrement de « la gauche ». La FI n’a en rien remplacé le PS et les partis de ce qu’elle appelle, défense de rire, « le vieux monde ». L’effondrement du PS se confirmant, les élections partielles voient les ligues plébiscitaires se tasser ou rester au même étiage, qu’il s’agisse, avant tout, de LREM, mais aussi du FN (bien qu’il faille lui ajouter les 4 à 5% des candidatures Dupont-Aignan, Asselineau et Philippot), et de la FI qui, au grand regret de J.L. Mélenchon qui veut maintenir la ligne de rupture avec le mouvement ouvrier, ne ratisse pas les suffrages massifs du supposé « dégagisme » – qu’elle soit en alliance ou pas avec des courants de gauche. La FI fait partie du problème, pas de la solution – et ses récentes velléités antisyndicales de préempter la direction, via divers comités bidons, des mouvements de la jeunesse et dans l’éducation nationale, le confirme.

Électoralement, ces données ont donc pour conséquence mécanique de conforter l’existence – bien qu’il perde lui aussi des voix ! – de LR, le vieux parti de la V° République restructuré sur la ligne de Fillon, sous la direction de Wauquiez, qui soutient la politique de Macron en espérant au final en ramasser les dividendes. Mais le fait électoral majeur est l’abstentionnisme de masse, supérieur partout à 60% voire 75% : nous avons là un élément de continuité marqué et aggravé d’avec l’avant-Macron, qui montre que, bien que bénéficiant de l’absence d’alternative politique contre lui, il n’a pas de base solide dans le pays. Nous ne sommes pas en 1959 !

Avancer rapidement.

Attention, donc, la situation est dangereuse. Le gouvernement tente de passer au stade de la « guerre de mouvement » envers laquelle l’adoption parlementaire des ordonnances Macron et les premiers plans de ruptures conventionnelles ont été la préparation d’artillerie. Après des décennies de guerre d’usure, qui nous ont en effet usés, le monde du travail doit vite se disposer à la guerre de mouvement, comme l’y invitent les mouvements des gardiens de prison, des EHPAD, des défenseurs de l’école et de la jeunesse.

C’est dans cette perspective que notre blog Arguments Pour la Lutte Sociale a pris pleinement part à la réunion de la Gauche Démocratique et Sociale, formée, en dehors du PS, à partir du courant de Gérard Filoche, le 20 janvier dernier.

C’est aussi dans cette perspective que nous proposons de soutenir l’initiative lancée par le regroupement opéré à partir du POID (Parti Ouvrier Indépendant Démocratique), dénommé « Mouvement pour la rupture avec l’Union Européenne et la V° République », qui appelle à une manifestation le dimanche 13 mai 2018 (50 ans après le 13 mai 68 et 60 ans après le coup d’État militaire du 13 mai 58), à Paris Place de la République, sur le thème : Pour l’unité pour chasser le gouvernement Macron-Philippe.

Nous reproduisons ci-dessous les deux appels. L’un explique que « l’unité de la gauche » est nécessaire : http://www.gds-ds.org/reconstruire-la-gauche-textes-adoptes-a-la-convention/

L’autre évite le terme « gauche » mais affirme que « rien ne doit s’opposer à l’unité » : https://mouvementpourlarupture.com/

Les uns et les autres et sans aucun doute des milliers d’autres, dans leur propre langage, ont raison.

L’appel de la réunion du 20 janvier veut faire de l’année 2018 « l’année de la recomposition » et du « sursaut » et met en avant la nécessité de discuter d’un « projet alternatif ».

L’appel du « Mouvement pour la rupture » affirme que Macron doit partir.

Il n’y a pas là de véritable contradiction.

Oui, il faut une coordination permanente unitaire qui permette le libre débat, reconnaisse tous les courants grands ou petits, et aide leur unité d’action contre Macron.

Et oui, il faut afficher l’objectif d’en découdre et commencer à sortir au grand jour, donc pourquoi pas en effet un 13 mai !

L’affrontement général pour en découdre avec Macron requiert une action et une perspective politiques. Mais Macron passe à la guerre de mouvement car il sait que le temps lui est compté. La tâche de l’heure est donc la préparation politique de l’affrontement, non pas son déclenchement, mais le fait de mettre en avant la préparation politique de l’affrontement pour en découdre, par la fédération de toutes les forces se situant sur le terrain du mouvement ouvrier qui disent vouloir y contribuer.

De notre point de vue, les deux initiatives politiques que nous mettons ici en avant, celle de la GDS et celle du « Mouvement pour la rupture », vont dans ce sens que nous avions dessiné lors d’une première réunion nationale le 22 octobre dernier. Il faut y ajouter les nombreux collectifs locaux, comme l’espace citoyen du Val d’Yerres : http://socialisme-2010.fr/blog2016/janvier2018.php#jan11

Nous proposons donc une nouvelle réunion nationale de discussion, non pour créer une structure supplémentaire, mais pour inviter les uns et les autres à une discussion politique approfondie sur la question suivante :

Comment aller le plus vite possible vers une fédération large affirmant qu’il faut en découdre, sur le terrain social, avec Macron et posant les jalons d’une alternative politique ?

La rédaction, le 03-02-2018.

 


Déclaration d’orientation politique de la Convention du 20 janvier 2018

2018 doit être l’année du sursaut, de la recomposition, celle qui prépare les victoires à venir


En 2012, la gauche était majoritaire dans toutes les institutions représentatives.

Mais tous les espoirs, toutes les attentes de celles et ceux qui avaient élu ces représentant.e.s ont été trahis. Alors l’électorat de gauche s’est abstenu massivement. Toutes les élections ont été perdues de 2014 à 2017.

2016 a été l’année de la rupture avec, en particulier, le choc de la déchéance de nationalité et celui de la loi El Khomri.

Incapable de défendre son bilan, Hollande est obligé de se retirer le 1er décembre 2016. Le 29 janvier suivant, l’électorat de gauche sanctionne Valls, et désigne pour la première fois un candidat de la gauche socialiste : Benoît Hamon.

L’unité de la gauche Mélenchon-Hamon ne s’est, hélas, pas réalisée, et l’appareil du PS a pu saboter la campagne du candidat socialiste. La division et ces jeux d’appareils ont fait le jeu du putsch d’un homme de cabinet, Macron. La peur de Fillon, du FN, ainsi que la crise de la droite, ont fait le reste.

Chez tous ceux qui ont généré cette situation, il n’y a pas le moindre bilan, pas d’autocritique.

Le coup de tonnerre vient de loin : des promesses non tenues, de la persistance d’une situation sociale se dégradant sans cesse, de 6,7 millions de chômeurs, de la hausse des inégalités et du rôle de la finance.

Les aspirations à mieux vivre perdurent, elles sont majoritaires. Personne à gauche ne s’accommode du chômage de masse, du blocage des salaires, de la retraite à 67 ans, de 15 à 20 % de précarité, de la facilitation des licenciements, de la casse du droit, de la sécurité et de la dignité au travail.

En ce sens, une majorité de gauche existe, mais elle est incarnée à travers de multiples forces séparées et concurrentes, chacune combative mais aucune suffisamment unitaire, légitime et forte pour gagner.

Rien n’est plus urgent que de reconstruire la gauche et de proposer un projet unitaire qui entraîne une majorité.

Dans ce processus, personne n’a de leçons à donner à personne. Personne ne se soumettra à personne, chaque composante de la gauche a droit au respect. Toutes les sensibilités peuvent et doivent contribuer à ce projet.

À Ensemble!, chez EELV, dans la France Insoumise, chez Génération.S, au PCF, à République et Socialisme…, comme chez ceux qui restent de gauche au PS et dans tous les groupes et courants qui se réclament de la gauche, chacun.e sait que rien de grand ne sera possible sans unité. Chacun.e sait qu’il faut s’atteler de façon volontariste, méticuleuse, ouverte, pluraliste, à la convergence et au rassemblement de toutes les forces en mesure de vaincre Macron sur le terrain des mobilisations et de proposer une alternative gouvernementale.

2018, année du sursaut

L’année 2018 sera une année sans élection notable. Elle peut être une année de recomposition, de résistances, de luttes et d’explosions contre la politique anti-sociale brutale de Macron, du Medef, de la finance. Il peut en sortir un grand sursaut au plan politique, on peut renouer avec des victoires, et préparer unitairement les échéances électorales à venir. Toute la gauche, tous ses courants sont concernés.

Pour que 2018 soit une année de sursaut, il faut fédérer les énergies, les groupes, les individus en un mouvement qui garantisse :

–        que chacun.e soit respecté.e dans son identité, puisse l’exprimer ;

–        que des batailles soient menées avec les citoyen.ne.s ;

–        que des cadres communs soient construits.

Rien n’est plus urgent que de fédérer !

Pour une recomposition, une alternative

Un projet alternatif et majoritaire est possible :

en mettant le social au cœur, la création et la redistribution des richesses d’abord ;

en construisant une vraie transition écologique et sociale ;

en s’appropriant la révolution informationnelle ;

en encourageant un élan démocratique en France avec la mise en perspective d’une Vie République sociale, écologiste, laïque, féministe, internationaliste et pacifiste ;

en développant un nouvel internationalisme à commencer par le combat pour une Europe sociale, contre l’Europe néo-libérale actuelle.

en s’engageant résolument contre le pillage des ressources des pays dépendants, contre les guerres prédatrices camouflées en espoirs démocratiques ;

en soutenant les aspirations des peuples contre les crises, les guerres, la misère et les exils qu’elles provoquent.

Reconstruire la gauche sans nier les différences

Diverses initiatives nationales et locales – notamment la sortie du bulletin Passerelles –, ainsi que de nombreuses autres initiatives à gauche montrent que des forces existent pour reconstruire une gauche sociale, démocratique, féministe et écologiste, internationaliste. Il faut prendre les dispositions concrètes pour organiser la convergence de toutes les initiatives.

Nous proposons que les « Socialistes unitaires » œuvrent au développement de la démarche autour de Passerelles sur les territoires. Cette démarche peut constituer un outil au service de la réflexion et du rassemblement.

À tous les groupes de gauche, courants mais aussi individus, militant.e.s associatifs ou syndicaux, à toutes celles et tous ceux qui sont disponibles, nous proposons une coordination permanente unitaire qui prépare une Convention nationale ou des Assises pour ouvrir la voie d’un espace (ou une coalition) permanent.e de débats, d’initiatives et d’actions de la gauche.

On ne lâche rien, on continue !

Nous proposons qu’une première Convention nationale commune, co-organisée avec toutes les forces d’ores et déjà disponibles pour reconstruire la Gauche se tienne dans les prochains mois.

Elle devra être préparée conjointement par les forces adhérant à cette perspective, avec un comité de pilotage pluraliste.

 


Macron, un an ça suffit !  Manifestation nationale le 13 mai 2018 à Paris
Trop, c’est trop.


 

En quelques mois, Macron a entrepris de tout détruire : ordonnances contre le Code du travail, licenciements, liquidation du baccalauréat, destruction de la Sécurité́ sociale, asphyxie des hôpitaux et des communes, remise en cause des régimes spéciaux et des retraites par répartition, privatisations ; il organise la chasse aux migrants.

Pas un acquis de la classe ouvrière et de la démocratie n’échappe à la folie destructrice du gouvernement Macron-Philippe aux ordres de l’Union européenne, des banquiers et des spéculateurs.

Jour après jour, par les grèves qui se développent dans les entreprises et les services, la classe ouvrière cherche les moyens de bloquer cette politique.

On ne peut pas laisser le gouvernement Macron-Philippe tout détruire.

Un an, ça suffit !
Macron, l’illégitime, doit partir !

La seule force de Macron, c’est la division des travailleurs et de leurs organisations qui lui permettrait de durer jusqu’en 2022 et d’aller jusqu’au bout de ses contre-réformes.

La division doit être rejetée !
L’unité́ doit l’emporter !

Il y a 50 ans, le 13 mai 1968, dans l’unité́, des centaines de milliers de travailleurs ont manifesté́ au cri de « De Gaulle, 10 ans, ça suffit ! »

Pour l’unité́ pour chasser le gouvernement Macron-Philippe. Manifestation nationale à Paris, le dimanche 13 mai 2018, 14 heures place de La République.

Rien ne doit s’opposer à l’unité́. Cette proposition est soumise à tous les travailleurs, jeunes, militants et organisations politiques qui ont pour origine le mouvement ouvrier et démocratique.

 


La biographie de Franz Mehring, annotée et commentée par Gérard Bloch, par Robert Duguet



Gérard Bloch (1920-1987) était un militant trotskyste de la période de la guerre, il fut un des fondateurs programmatiques du courant lambertiste. Devenu trotskyste en 1938, à l’âge de 18 ans, il fut arrêté par la police de Vichy en 1942, condamné à 12 ans de travaux forcés, avant finalement d’être livré aux nazis et déporté dans le camp de concentration de Dachau, dont il n’est revenu qu’en 1945. Dans la crise de la IVème internationale ouverte par les positions de Pablo après la mort de Staline, il jouera un rôle très actif dans la lutte contre le courant pabliste qui voyait dans le système soviétique un nouveau mode de production qui pourrait durer pendant plusieurs siècles. Pablo défendait l’entrisme des révolutionnaires dans les différents Partis Communistes.

Agrégé de mathématiques et homme de science,  il sera un défenseur infatigable du matérialisme historique et dialectique et ralliera toute une jeune génération de militants après la grève générale de mai 1968.  Franz Mehring, militant révolutionnaire allemand, ami de Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht, fondateur du parti communiste allemand, publiera en 1918 la première biographique vraiment sérieuse de Karl Marx ; cette dernière n’a pas été disponible en français durant un demi-siècle. Gérard Bloch consacrera les dernières années de sa vie à un monumental travail d’annotations de l’œuvre de Franz Mehring. Le premier tome de cette gigantesque biographie de Karl Marx (1818-1883), publiée en 1984, s’achève sur l’année 1848. Décédé en 1987, affaibli physiquement par les conséquences de sa déportation, il laissait un second tome inachevé, composé de notes innombrables. La fille de Gérard Bloch, May Bloch, écrit :

« Claudine Cavalier, historienne, traductrice avec une équipe de la Sorbonne des textes autour de la période des pères de l’Eglise, et fervente admiratrice de Robespierre, est venue séjourner chez moi quelques temps. A cette occasion, elle a avalé le tome 1 et son âme d’historienne a été séduite par l’érudition et la qualité du travail. Elle a également rapidement détecté que le travail pour le second tome était largement avancé (présence de notes annoncées pour le tome 2). Je n’ai plus pu échapper au fait qu’il fallait chercher ces documents. Nous les avons retrouvés chez une amie de Gérard qui faisait partie de la petite équipe qui contribuait alors à la fabrication du tome 1 dans des conditions assez difficiles puisque les machines n’étaient disponibles pour le Mehring que la nuit. Voilà c’est, comme souvent, anecdotique. Nous avons alors cherché à les numériser, puis, étant donnée la complexité des notes de bibliographie, parfois manuscrites, nous avons eu un important travail de correction. »

Ainsi la biographie complète de Marx par Mehring doit prochainement paraître, grâce à deux éditeurs, Syllepse en France et Page 2 en Suisse. Citons le commentaire des éditions Syllepse :

« Pas de quoi effrayer les lecteurs et les lectrices. En effet, la vivacité de l’œuvre de Franz Mehring est entretenue par Gérard Bloch qui nous fait découvrir de nouveaux paysages en éclairant ceux peints par Mehring. Il partage avec Mehring la vaste connaissance du parcours de Marx et possède une vue plus complète des écrits de ce dernier, soit ceux publiés après 1918. Il combine exactitude et érudition en donnant accès dans ses notes aux textes originaux de Marx auxquels Mehring ne fait qu’allusion. Il accompagne avec pédagogie les lecteurs et les lectrices sur les tracés allant de Marx et Engels à Mehring et aux débats politiques de l’époque, dont plus d’un s’inscrivent dans les temps présents. »

 

Le coffret peut être commandé en souscription jusqu’à fin février, au prix de 40 euros les deux volumes, frais de port compris. Envoyez votre commande avec vos coordonnées postales et la mention «Traduction Mehring» par courrier postal à l’adresse suivante:

May Bloch-Faure, 37, rue Louis Rolland, 92120 Montrouge, France
Libellez les chèques à l’ordre de Mme Faure May
Adresse mail : maypaulinebloch@gmail.com
Coordonnées bancaires pour les commandes de l’étranger :
Banque Postale Centre Financier 75900 Paris Cedex 15
IBAN FR39 2004 1000 0107 4527 9S02 043
BIC : PSSTFRPPPAR

 

 


Massacre à la tronçonneuse... ou comment on organise la fin du lycée, par Denis Collin

1er février 2018

Source : http://la-sociale.viabloga.com/news/massacre-a-la-tronconneuse



Il n’est pas toujours facile de comprendre ce qui sortirait de l’application du rapport Mathiot et les chiens de garde veillent au grain (y compris le SNALC définitivement rallié au pouvoir depuis qu’il a perdu une partie de ses effectifs). Certains font mine de croire que ce n’est qu’un rapport alors que Blanquer a annoncé que l’architecture ne changerait pas.

Il y aurait à faire des considérations terminologiques intéressantes. La LV1 n’existe plus, elle est remplacée par l’anglais et suivie non d’une LV2 mais de « la langue vivante ». Les langues anciennes ne figurent pas dans le répertoire (sauf peut-être dans les options) et les mathématiques s’appellent maintenant « mathématiques-informatique ». Ces détails (le diable est dans les détails) sont en eux-mêmes révélateurs. Comme est révélateur le fait que ce rapport reprend de nombreux éléments de la réforme Darcos (rejetée à l’époque) et … des propositions de « Terra Nova », un club qui servait de boîte à idées pour toute l’aile droite du PS.

Je vais essayer ici d’aborder le détail du projet et de montrer de quoi il s’agit en testant quelques cas.

Dans mon lycée, il y a actuellement 14 sections de terminale qui demandent 60 heures d’enseignement de philosophie. Parmi ces 14 sections, 3 sections de terminale littéraire avec 8 heures hebdomadaires. Avec le rapport Mathiot, les heures de philosophie feraient partie du « tronc commun » (unité 1) où 6 disciplines se disputent 12 heures d’enseignement. On peut donc estimer que la philosophie aurait 2 heures sur ces 12 heures. Pour mon lycée, cela ne ferait plus que 28 heures de philosophie par semaine. On peut donc supprimer 2 postes sur les 4 ! Admettons que, par extraordinaire, la philosophie bénéficie de 3 heures hebdomadaires, cela ferait 42 heures soit entre un poste et un poste et demi supprimé. Soyons fou ! Imaginons que l’on introduise la philosophie dans une majeure ou une mineure de l’unité 2. Imaginons que plus de 12 élèves choisissent cette majeure ou cette mineure, cela ferait encore 3 ou 4 de philosophie soit au total entre 45 et 46. C’est toujours 15 heures de moins par rapport à la situation actuelle (un service d’agrégé, par exemple). Et c’est une hypothèse très optimiste car compte-tenu du nouveau mode dit d’orientation (en fait de sélection), les élèves sont invités à s’orienter en fonction des « attendus » des établissements d’enseignement supérieur. Quel élève choisirait une discipline pour laquelle les attendus « philosophie » seraient seulement ceux des UFR de philosophie et des CPGE littéraires (et encore, pas nécessairement) ? Dans le meilleur des cas, dans l’hypothèse la plus folle donc, seule une poignée d’élèves aurait 7 heures de philosophie au lieu de 8 aujourd’hui pour les 2000 classes de TL que comptent les lycées de ce pays. Pour tous les élèves des actuelles filières ES et S, le projet Mathiot détruit toute tentative de dispenser un enseignement élémentaire de philosophie.  En tout cas, dans les hypothèses les plus optimistes, on aboutit à la suppression d’un quart des professeurs de philosophie. Tout cela au nom de la promotion de la philosophie « discipline universelle ». Le rapport Mathiot est un exercice terrifiant de « novlangue ». 

Poursuivons. Il y a 3 classes de TES. En mathématiques, cela fait 15 heures auxquelles il faut ajouter 2 heures pour la spécialité, soit 17 heures au total. Avec le projet Mathiot, on pourrait avoir des SES/math et des SES/histoire-géo. Admettons que les maths disposent encore de 4 heures dans le premier cas auxquelles on pourrait ajouter une mineure de maths de 3 heures. On aurait encore 7 heures pour une classe. Imaginons une deuxième SES/math sans mineure math mais avec une mineure complémentaire SES par exemple et enfin une troisième SES/histoire-géo avec un mineure math, on arriverait à 14 heures de maths (au lieu de 17). Mais si on espère conserver les heures de mathématiques, cela ne pourra se faire qu’au détriment de l’histoire … ou des SES. Autrement dit, dans une hypothèse optimiste pour les professeurs des mathématiques, on perd des heures dans cette discipline (environ 20%) et on perd des heures en histoire-géographie et en SES. Il y a un autre problème : les classes préparatoires ECE ont un horaire et un programme de mathématiques assez robustes. Le nouveau bac soit restreindrait drastiquement les possibilités d’accès au CPGE soit demanderait une refonte radicale (à la baisse) des programmes de mathématiques dans ces CPGE.

Il y a des dizaines de combinaisons à tester et il est bien difficile de se faire une idée précise des variations horaires. Mais la tendance générale est parfaitement claire : une baisse drastique du volume des enseignements et le montage d’une véritable usine à gaz de disciplines au choix du client, privée de toute cohérence. Il n’y aurait plus de classes (et donc plus de conseils de classe !), plus d’unité de travail pour les élèves.

Cette réforme nécessite aussi la réécriture de tous les programmes et l’articulation des programmes des troncs communs, des majeures et des mineures ; bref, l’organisation du chaos dans les enseignements disciplinaires.

Enfin la réforme a des conséquences directes sur l’enseignement supérieur. Les CPGE auront le plus grand mal à recruter des candidats ayant un « profil » un tant soit peu cohérent et devront donc s’adapter au chaos. Et comme les CPGE préparent le recrutement aux grandes écoles, on voit que c’est à un dynamitage complet du système que veut procéder le ministre, ce qui n’est pas surprenant, puisqu’il n’a jamais caché que son objectif était bien de faire sauter le système.

Cerise sur le gâteau : le rapport Mathiot préconise une large autonomie des établissements dans l’offre des majeures et des mineures et même la possibilité de proposer des enseignements qui ne figurent pas dans le « catalogue » national. Fin du caractère national des diplômes et fin de l’ « éducation nationale ». Et pour ceux qui s’inquiéteraient de la baisse générale de niveau des élèves, il y a une réponse toute prête : recours massive au « numérique », c’est-à-dire à l’enseignement par vidéos (MOOC).

Il n’y a rien à garder de ce rapport. Il doit être rejeté en bloc et en détail, non seulement parce qu’il affaiblira dramatiquement le niveau des élèves mais parce qu’il liquide toute la philosophie généralement de notre système d’enseignement qui gardait quelques restes de la tradition humaniste. De ce point de vue, la discussion sur sélection ou pas sélection à l’Université est une question assez secondaire. La sélection est simplement un élément du dynamitage global du système éducatif. Il y a d'autres aspects sur lesquels on reviendra et qui ne sont pas moins graves.

 


 

Une interview de Blanquer donnée à « SOS éducation » et subrepticement supprimée du net :

 

"Il faut simplement une méthodologie de la réforme." Qu’il développe ensuite :

« Pour commencer en douceur, il faut donner de la liberté à certains territoires, à certaines structures, sur la base du volontariat. Il faut faire réussir des initiatives à moindre échelle, avant de les généraliser.

Si on prend l’exemple de l’établissement autonome, on n’est pas obligé de le faire tout de suite à 100 %. Même en le voulant, de toutes façons, on n’y arriverait pas. Il faut commencer sur une petite base de 5 à 10 % d’établissements volontaires, montrer que c’est un jeu gagnant pour tout le monde, y compris pour les professeurs qui pourront choisir leur lieu de mutation. Par ailleurs, il faut aussi faire saisir qu’il y a des effets de système et que si un élément administratif est modifié, des éléments pédagogiques le seront aussi : si le recrutement des professeurs est modifié, leur formation le sera également, ainsi que le contenu des programmes. Tout se tient : il faut avoir une vision systémique, qui ne soit pas pyramidale et qui fasse confiance aux acteurs. »

Sur l'éventualité de voir apparaître "une offre scolaire autonome", M Blanquier explique : "Sans aller vers des logiques de privatisation, on peut aller vers des logiques de délégation, qui permettent d'accomplir mieux le service public en responsabilisant davantage les acteurs."

 


 

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