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Chantal Mouffe édicte et Jean Luc Mélenchon note...

A propos du livre de Chantal Mouffe « Pour un Populisme de Gauche », par Robert Duguet

(Albin Michel, septembre 2018)



Dans mon livre, « Dérives populistes dans le mouvement ouvrier, hier et aujourd’hui », j’ai consacré un chapitre à l’examen des positions idéologiques des fondateurs du « populisme de gauche », Ernesto Laclau et Chantal Mouffe. Cette dernière vient de se commettre dans ce livre qui est une sorte de Manifeste, qu’il convient de récuser point par point et de caractériser comme une idéologie préparant une jonction avec l’extrême droite. Concrètement on voit aujourd’hui où le parti de Peppé Grillo emmène l’Italie…

Introduction


Chantal Mouffe part de ce qu’elle appelle « la crise du modèle néo-libéral » : sur une période de 30 ans, ce nouvel ordre mondial a totalement remis en cause les conquêtes sociales que la social-démocratie gérait depuis la fin de la guerre. Qu’on ne cherche pas dans cet ouvrage une analyse sérieuse reposant sur l’analyse des faits historiques ; ce n’est pas le point de vue de l’auteur. Elle affirme d’emblée des positions idéologiques sur lesquelles elle vise à faire entrer la réalité. Cela s’appelle un point de vue de doctrinaire.
Ainsi sur l’origine de ces conquêtes sociales, silence absolu : elle parle du compromis social-démocrate mais jamais de ce qui a permis d’amener ces acquis de civilisation. Elles tombent du ciel ? Si l’on prend ne serait-ce que la situation française, elles sont issues d’une vague révolutionnaire : le mouvement ouvrier arrache des conquêtes à cette bourgeoisie française qui à 90% avait choisi la voie de la collaboration avec le fascisme. La social-démocratie dans cette affaire n’a eu qu’une place somme toute assez limitée en comparaison de celle occupée par le mouvement communiste, mais sous la houlette du stalinisme. La bourgeoisie a octroyé au prolétariat des mesures à caractère socialiste, contenue dans le programme du CNR (Comité National de la Résistance), parce qu’elle ne voulait pas tout perdre par la révolution sociale. Le stalinisme a joué le gendarme contre la révolution prolétarienne et soutenu De Gaulle. Jamais, dans la totalité de cet ouvrage, il ne sera question du rôle joué par le mouvement communiste. C’est pourtant central, mais cela n’intéresse pas l’auteur, elle cherche à nous faire entrer dans son moule.

Donc le problème central est celui d’une social-démocratie, habituée à gérer ce patrimoine, et qui sera incapable de comprendre le tournant néo-libéral intervenant dans les années 1970. Ainsi écrit-elle :

« Je suis persuadée que, si tant de partis socialistes ou sociaux-démocrates sont en déroute, c’est parce qu’ils s’accrochent à une conception inappropriée de la politique – conception qui a occupé le cœur de ma réflexion pendant de nombreuses années…
Ce qui nous motivait alors, c’était l’incapacité des politiques de gauche, fut-elle marxiste ou social-démocrate, de tenir compte des mouvements qui avaient émergé dans le sillage des révoltes de 1968 et qui manifestaient des résistances à différentes formes de domination qu’il était impossible de cerner à partir de la notion de « classes »…
Comment s’étonner alors qu’une telle approche ait échoué à comprendre des demandes qui ne dépendaient pas des « classes » » (page 12)

Ainsi la lutte spécifique de la classe ouvrière tend à s’estomper après la grève générale de 1968, pour faire place à d’autres demandes « sociétales » dirait-on de nos jours. Cette théorie évacue d’un revers de main, dans le silence feutré de son cabinet de travail, la place de la classe ouvrière dans les rapports sociaux de production capitaliste et la question de sa construction en classe politique, cœur du marxisme. Pas vraiment nouvelle cette conception qui a fleuri dans les différents gauchismes dans les années qui ont suivi la grève générale de 1968. Les ancêtres du NPA actuel n’avaient-ils pas inventé la théorie de l’embourgeoisement du prolétariat dans les pays capitalistes avancés et situé la zone des tempêtes dans le continent latino-américain et soutenu l’expérience du castrisme. Du reste Chantal Mouffe, alors jeune demoiselle d’action catholique de Louvain, a fait ses classes dans le soutien au castrisme. Son mari, Ernesto Laclau, soutiendra le régime péroniste, dont il faut rappeler qu’il protégea des criminels nazis…

Elle écrit :
« Le champ du conflit social se trouvait ainsi étendu, plutôt que concentré entre les mains d’un « agent privilégié » comme la classe ouvrière. » (page 13)

En s’adaptant au modèle néo-libéral, la social-démocratie abandonne donc progressivement le marxisme qui la fonde pour évoluer vers le centre de l’échiquier politique.

Je cite :
« La mondialisation néo-libérale semblait être le destin auquel nous devions seulement consentir, et les questions politiques de simples problèmes techniques à soumettre à des experts. Les citoyens se voyaient ainsi privés de la possibilité de choisir parmi différents projets politiques, le rôle se limitant à approuver des mesures élaborées par ces experts. » (page 16)
C’est effectif : le règne des experts, c’est-à-dire le corporatisme, s’oppose aux décisions élaborées et prises par les élus du suffrage universel, du moins dans une démocratie libérale. On verra en fin d’analyse que le « populisme de gauche » qu’elle défend, est lui aussi un modèle politique qui oppose le règne des experts aux élus du suffrage universel.

Ainsi la fin du chapitre introductif se conclut par cette citation :

« La thèse centrale de ce livre est qu’il faut intervenir dans la crise hégémonique, qu’il est nécessaire d’établir une frontière politique et que le populisme de gauche, compris comme une stratégie discursive construisant une frontière politique entre le « peuple » et « l’oligarchie » constitue, pour le moment, la forme de politique requise pour approfondir et retrouver la démocratie » (page 18)
Donc voilà : si vous voulez entrer dans la conception, doctrinaire il va s’en dire, de Chantal Mouffe, vous devez accepter que le mouvement de la classe qui n’a que la vente de sa force de travail pour vivre et qui, au long de son histoire lutte pour devenir une classe politique, donc en charge de conquérir la direction de la société, tend à s’estomper, voire à disparaître au profit des nouvelles demandes « sociétales ».

Nous sommes entrés dans « le moment populiste » (dit-elle !)

Il faut donc accepter ce prédicat, si vous voulez entrer dans la conception des fondateurs de la doctrine du « populisme de gauche ».

L’auteur écrit :
« Dans son livre, « la raison populiste », Laclau définit le populisme comme une stratégie discursive établissant une frontière politique qui divise la société en deux camps et appelle « ceux d’en bas » à se mobiliser contre « ceux qui sont au pouvoir ». Le populisme, en ce sens,  n’est pas une idéologie et ne présente aucun contenu programmatique particulier. Ce n’est pas non plus un régime politique. C’est une façon de faire de la politique, qui peut prendre différentes formes idéologiques selon le moment et le lieu, et qui est compatible avec différents cadres institutionnels. » (page 23)

Soulignons : « Le populisme… n’est pas une idéologie, et ne présente aucun contenu programmatique particulier » : il prolifère en fait sur le processus de faillite et de disparition des organisations du mouvement ouvrier officiel, partis et syndicats. La réponse à cette crise historique des directions du prolétariat ne requiert pas de reconstruire une alternative anticapitaliste. L’alternative c’est « l’état gazeux » revendiqué par France Insoumise et Jean Luc Mélenchon. Surtout pas d’organisations ou de partis pour se défendre contre la crise dans laquelle le capitalisme entraîne la civilisation humaine. L’activité populiste même est indifférente à la forme de l’État, elle peut s’y développer librement. Qu’il s’agisse de France Insoumise face à la Vème république bonapartiste en France ou de Podemos face aux institutions monarchistes et post-franquistes de l’Espagne, la destruction de l’État bourgeois ne devient pas une nécessité. Mieux il est possible d’utiliser les formes actuelles de l’État pour faire avancer la démocratie, à l’heure de la « post-démocratie » néo-libérale : « …C’est le libéralisme économique, sa défense du libre-marché, qui est devenue de plus en plus centrale,  tandis que de nombreux aspects du libéralisme politique ont été relégués au second plan, sinon purement éliminés. Voilà ce que j’entends par post-démocratie. » page 30.

L’adaptation de la social-démocratie à la post-politique – comme si cette dernière était la seule représentation des forces du travail et remarquons l’impasse volontaire sur le mouvement communiste – conduit à une situation d’alternance au pouvoir entre des partis sociaux-démocrates devenus des partis de centre-gauche et des partis de centre-droit pour gérer les États à peu près dans la même politique d’adaptation aux règles imposées par le néo-libéralisme. Ainsi conclut-elle : « La politique, dès lors, n’est plus que la gestion de l’ordre établi, un domaine réservé aux experts où la souveraineté populaire est tenue pour obsolète. » Je fais une deuxième remarque sur la question des experts, sur laquelle nous reviendront en conclusion.

Dans une situation où de nombreuses demandes émanent de la société civile, face à un blocage des pouvoirs publics, la réaction populiste s’est d’abord développée à l’extrême droite. L’auteur ajoute sur ce point : « Dans les années 91, les partis populistes de droite comme le FPO, parti de la liberté en Autriche, et  le FN Front National en France ont commencé à se présenter comme des mouvements capables de rendre au peuple la voix qui leur a été confisquée par les élites, en traçant les frontières entre le peuple et l’establishment politique, ils ont réussi à traduire dans un vocabulaire nationaliste les demandes exprimées par les couches populaires qui se sentaient exclues du consensus dominant. » (page 33)

Les attaques des politiques d’austérité contre les populations laborieuses ont vu alors des mouvements du type Syriza en Grèce, les indignados et le mouvement d’occupation des places en Espagne, Occupy aux États-Unis, Nuits debout en France et ils ont marqué  un réveil social. Toutefois Madame Mouffe déclare que ces mouvements sociaux en se situant en dehors des institutions n’ont obtenu que peu de choses : ce n’est que lorsqu’ils ont fait le choix d’entrer dans le jeu des institutions des États qu’ils ont été efficaces. Déclaration pour le moins très contestable : la conception doctrinaire se heurte là aux angles durs de la réalité. Elle écrit :

« C’est parce qu’il est parvenu à faire converger les mouvements sociaux des partis politiques que Syriza pu traduire dans une volonté commune une multiplicité de demandes démocratiques, et c’est ce qui l’a porté au pouvoir en janvier 2015.
Malheureusement Syriza a été incapable d’appliquer son programme anti-austérité à cause de la réponse brutale de l’Union Européenne qui, dans un coup d’État financier, a forcé le parti à se soumettre au diktat de la Troïka. Cela n’invalide pas la stratégie populiste qui a permis d’accéder au pouvoir. » (page 35)

A peine élu, Tsipras refuse la politique du front de classe, passe accord avec un parti nationaliste de droite et se couche devant la Troïka : il a accepté le diktat contre le peuple grec qui venait de l’élire.

Quant à Podemos, sa force venait du mouvement des places et des assemblées populaires sur lequel il a surfé. Les unités de base du parti se sont constituées à partir de là : c’est précisément l’entrée dans les institutions post-franquistes qui a conduit la direction à construire un mouvement vertical autour de la personnalité d’un leader, Pablo Iglesias. Aujourd’hui, même si Podemos représente une force électorale, il a considérablement reculé dans ses unités militantes et dans la population. De plus son incapacité à traiter la question des minorités nationales opprimées par la monarchie, notamment la Catalogne, résultantes d’un passé où la question de la nation n’a jamais été réglée par une révolution démocratique bourgeoise, l’affaiblit. Sans sourciller l’auteur conclut : « Depuis lors il représente une force majeure de la politique espagnole et le paysage politique tout entier s’est trouvé modifié. » On en est plus exactement là !

S’il est exact que le populisme de droite vise à « construire un peuple » sur une base nationaliste, voire raciste en désignant l’immigré comme l’ennemi intérieur qui vient manger le pain des nationaux, il faut y opposer un « populisme de gauche » qui prend appui sur la « dialectique »  suivante :

« Une stratégie populiste de gauche vise à fédérer les demandes démocratiques en une volonté collective pour construire un « nous » un « peuple » uni contre un adversaire commun : l’oligarchie. Cela exige d’établir une chaîne d’équivalence entre les demandes des travailleurs, les immigrés de la classe moyenne en voie de précarisation, de même qu’entre d’autres demandes démocratiques comme celle portée par la communauté …. La finalité d’une telle chaîne est de créer une nouvelle hégémonie qui cherche à radicaliser la démocratie. »

Cette définition de la stratégie populiste de « gauche » n’a d’autre réalité qu’électoraliste, en cherchant à gagner des voix sur l’autre versant, celui de l’extrême droite. Cette opposition à « l’oligarchie », concept pour le moins lui aussi « gazeux », ne s’appuie sur aucune réalité sociologique, donc de classe ou de construction d’un front de classe, dont le seul vecteur ne peut être que le salariat.
La question des « corps intermédiaires »

Chantal Mouffe consacre un article assez long au bilan du thatcherisme, où il est question des syndicats. La période d’après-guerre avait permis la consolidation des droits sociaux par la puissance des syndicats. Elle écrit : « Ce compromis entre capital et travail permettait la coexistence – fragile – du capitalisme et de la démocratie. » Passons sur le fait que ce compromis d’après-guerre est analysé uniquement du point de vue de la social-démocratie qui prend en charge son application ; nulle part il n’est question que ce pacte passé avec le mouvement ouvrier, notamment avec la puissance des PC occidentaux, était un contre-feu face à la révolution prolétarienne.

Le néo-libéralisme est la période où la crise de domination du capitalisme pose la question de la destruction de tous les acquis ouvriers ; à juste titre d’ailleurs l’auteur cite l’idéologue d’extrême droite américain Samuel Huttington qui écrit « que les luttes à la fin des années 1960 pour plus d’égalité et de participation avaient produit une « déferlante démocratique » qui avait rendu la société « ingouvernable ». Et il conclut son rapport en expliquant que « la force de l’idéal démocratique » pose à la démocratie un problème de « gouvernabilité ».

Ainsi :
« Friedrich Hayek, le philosophe de prédilection de Thatcher, insistait sur la nécessité de réaffirmer la « vraie nature du libéralisme » une doctrine qui cherche à réduire au maximum le pouvoir d’État pour servir le plus possible l’objectif politique central : la liberté individuelle. Cette liberté individuelle, Hayek la définissait négativement comme « cette condition humaine particulière où la coercition de certains par d’autres se trouve réduite au minimum possible dans une société … A la fin de sa vie, il ira même jusqu’à proposer d’abolir la démocratie. » (page 51)

L’offensive de Thatcher contre le mouvement ouvrier, en particulier contre la grande grève des mineurs de 1984-1985, a été victorieuse en raison du fait que le parti travailliste a cessé depuis longtemps de se comporter en parti anticapitaliste. Pour notre auteur c’est le refus du parti travailliste de se saborder davantage encore comme parti de classe pour entrer dans la nébuleuse populiste qui explique son échec face à Thatcher.

Ce que l’auteur reproche au parti travailliste, c’est d’être resté arc-bouté sur la défense des intérêts dits « corporatistes » des travailleurs, au lieu de se liquider comme parti historiquement fondé sur la lutte de classe pour entrer dans la nébuleuse « gazeuse ». Cette nouvelle hégémonie que le populisme de « gauche » veut construire, quel en est le contenu réel : si on ne veut retenir qu’une seule chose de ce salmigondis réactionnaire qu’est la pensée de Chantal Mouffe, il faut retenir ce passage de la page 53 :
« Or si la crise du néo-libéralisme nous offre l’opportunité de construire un nouvel ordre hégémonique, rien ne nous garantit cependant que cet ordre nouveau impliquera des avantages démocratique substantiels. Il se pourrait même qu’il soit autoritaire. C’est pourquoi la gauche doit à tout prix éviter de répéter les erreurs passées. Elle doit impérativement renoncer à cette conception essentialiste de la politique qui l’empêche de comprendre sa dimension hégémonique. »

Excusons-nous auprès de nos lecteurs, les concepts apparemment savants qu’elle utilise, ne doivent pas faire illusion : la « conception essentialiste de la politique » renvoie au fait d’avoir une activité politique en se fondant sur des principes programmatiques ; le mouvement ouvrier s’est défini historiquement de cette manière en se délimitant vis-à-vis des autres classes sociales…

Ce qu’elle explique froidement dans cette citation c’est que cet ordre nouveau que le populisme peut construire, ne nous faisons aucune illusion, cela ne veut pas dire que la classe ouvrière y obtiendra des avantages substantiels ; au contraire cet ordre peut par nécessité devenir autoritaire. Pas d’illusion, le populisme de « gauche » ce n’est pas le socialisme :

« Il est urgent d’élaborer une stratégie populiste de gauche, qui vise à construire un peuple « en rassemblant la multiplicité des résistances démocratique à la post-démocratie, afin d’établir un modèle hégémonique plus démocratique. Cela implique une transformation en profondeur des rapports de pouvoir existants et la création de nouvelles pratiques démocratiques, pas par une rupture « révolutionnaire » avec le régime libéral démocratique. Bien sûr, on trouvera toujours à gauche, des gens pour dire que cela n’est pas faisable, mais j’estime, que l’expérience du thatchérisme prouve que dans les sociétés européennes, il est possible de transformer l’ordre hégémonique existant sans détruire les institutions constitutives de la démocratie libérale. »

Il est possible à partir de là de tirer la vraie conclusion, que d’ailleurs Mélenchon a commencé à tirer au printemps 2018 lors des mobilisations contre la politique de Macron : les « corps intermédiaires » que sont les syndicats deviennent des obstacles à la « construction du peuple ». A noter que le concept de « corps intermédiaires », qui appartient au vocabulaire de la doctrine sociale de l’Église catholique, n’a plus rien à voir avec ce qu’ils sont par leur histoire : à chaque fois dans ce discours, il s’agit de chasser la notion de « classe sociale ».

Pour les planistes ou les néo-socialistes des années 1930, il ne s’agissait plus de socialiser ou de nationaliser, d’exproprier avec ou sans indemnités, mais l’État peut parfaitement et sans frais s’imposer dans les Conseils d’Administration des entreprises dont la gestion importe à l’intérêt public. Là il aura besoin de s’appuyer sur un syndicalisme qui passera « des techniques de combat » aux « techniques de remplacement », Marcel Déat écrira « élevé à la dignité gestionnaire ». Ce syndicalisme de cogestion de l’État bourgeois « [laissera] ainsi toutes ses chances à l’intelligence des techniciens et à l’activité féconde des capitaines d’industrie… » 
Que signifie « radicaliser la démocratie » :

Surtout pas d’erreur d’aiguillage ! L’auteur enfonce le clou :

« La démocratie radicale et plurielle », que nous défendions avec Ernsto Laclau dans « Hégémonie et stratégie socialiste », a fait l’objet de graves malentendus. Certains ont pensé que nous appelions à une rupture totale avec la démocratie libérale et à la création d’un régime complètement nouveau. En réalité nous défendions la radicalisation du principe ethico-politique du régime démocratique libéral : liberté, égalité pour tous. Ce projet avait pour but de contester la croyance de certaines personnes de gauche, selon laquelle l’instauration d’une société plus juste exige d’abandonner les institutions démocratiques libérales et de construire une politeia complètement différente, une nouvelle communauté politique repartant de zéro. Nous faisions valoir au contraire que, dans des sociétés démocratiques, un engagement critique vis-à-vis des institutions existantes peut permettre de réaliser des avancées démocratiques décisives. « la démocratie radicale et plurielle » que nous défendions ne peut être conçue que comme la radicalisation des institutions démocratiques existantes, afin que les principes de liberté et d’égalité entrent en vigueur dans un nombre toujours croissants de rapports humains et sociaux… Cela n’implique pas une rupture complète de type révolutionnaire engageant une reconversion totale. » (page 65)

Le problème c’est que cette belle construction abstraite s’est heurtée aux faits : nous avons posé concrètement l’échec du populisme de « gauche » en Grèce, et sa dérive actuelle en Espagne. Vieille conception aujourd’hui réactionnaire du populisme de chercher des solutions dans le cadre du réformisme, c’est-à-dire du capitalisme national.

 


 

Carl Schmidt (1888-1985), militant de la droite catholique allemande, constitutionnaliste officiel du parti nazi...



Une forme de bonapartisme… vers le pré-fascisme

Dans les crises structurelles qu’a connu le capitalisme, on voit une partie de l’appareil social-démocrate évoluer d’une position parlementaire classique vers un renforcement du pouvoir d’État contre la représentation. Déjà Léon Blum envisageait dans le livre qu’il a écrit après sa déportation, « A Échelle humaine » cette éventualité pour la nouvelle république à reconstruire. L’aile droite du SPD allemand l’envisageait en 1930, les nazis le feront.

Par rapport à ses écrits antérieurs, notamment les interviews donnés aux médias il y a deux ans et que je détaille dans mon livre, « Dérives populistes dans le mouvement ouvrier, hier et aujourd’hui », elle nous donnait une image du leader maximo qui rappelle de biens mauvais souvenirs et qui lui ont valu des attaques justifiées. Là elle tente de moduler le propos. Elle écrit :

« Le rôle du leader dans la stratégie populiste a toujours été sujet à critique et c'est la raison pour laquelle on accuse souvent ces mouvements d'être autoritaire. Nombreux sont ceux qui considèrent qu'un leadership charismatique est quelque chose de dangereux pour la démocratie. Qu’Il puisse y avoir des effets négatifs, cela est certain, mais indépendamment du fait qu'il est très difficile de trouver des exemples de mouvements politiques d'ampleur qui n'aient pas connu de chef, il n'y a pas de raison d'assimiler un leadership fort à l'autoritarisme. Tout dépend du genre de relations établies entre le leader et le peuple. Dans le cas du populisme de droite, c'est un rapport très autoritaire où tout émane d'en haut sans qu'il y ait de véritable participation populaire.
Mais on peut se représenter le leader comme un « primus inter pares » et il est tout à fait possible d'établir un autre type de relation, moins verticale, entre le chef et le peuple. »

C’est une modération mais qui reste fondée sur la même position bonapartiste : le lien entre le leader et le peuple n’est absolument pas un lien de délégation entre le leader et sa classe, le salariat qui exprime un mouvement d’émancipation pour toutes les autres couches sociales opprimées. Là intervient une référence à l’aspect pour le moins contestable de Sigmund Freud, où le lien entre le peuple et leader se fait par l’intermédiaire des « affects ». Cette relation s’établit, non dans le cadre du rapport antagonique entre les classes de la société bourgeoise, mais sur le terrain du nationalisme. Elle écrit :

« Je veux insister sur le fait que la lutte hégémonique qui cherche à revitaliser la démocratie doit commencer à l'échelle de l'État-nation. Bien qu'il ait perdu nombre de ses prérogatives, l'État-nation demeure un lieu d'exercice majeur de la démocratie et de la souveraineté populaire. C'est au niveau national que la question de la radicalisation de la démocratie doit tout d'abord être posée. C'est là qu'une volonté collective résistant aux effets post-démocratiques de la mondialisation néolibérale devrait se construire. Ce n'est que lorsque cette volonté collective aura été consolidée qu’une collaboration avec des mouvements similaires dans d'autres pays pourra être productive. Il est certain que la lutte contre le néolibéralisme ne peut se gagner à l'échelle nationale seule et qu'il est nécessaire d'établir une alliance au niveau européen. Mais une stratégie populiste de gauche ne peut ignorer la force de l'investissement libidineux à l'œuvre dans les formes nationales, ou régionales, d'identification, et l'on risquerait gros à abandonner ce terrain au populisme de droite. Cela ne veut pas dire qu'il faut suivre son exemple et promouvoir des formes de nationalisme fermées et défensives ; il s'agit plutôt d'offrir une autre issue à ces affects, en les mobilisant autour d'une identification patriotique qui tire le meilleur et les aspects les plus égalitaires de la tradition nationale… »

Ainsi la position populiste dite de « gauche » rejette toute compréhension rationaliste de l’histoire, grille d’analyse classique du matérialisme historique : les processus d’identification entre le leader et le peuple renvoient, non aux classes, mais à des référents pré-fascistes :

« C'est le défaut de compréhension de la dimension affective des processus d'identification qui, à mes yeux, explique en grande partie pourquoi la gauche, prisonnière d'un cadre rationaliste, est incapable de cerner la dynamique du politique. Ce rationalisme est, à n'en pas douter, à l'origine du refus obstiné que tant de théoriciens de gauche opposent aux enseignements de la psychanalyse. »

Pour faire passer la pilule, notre idéologue ruse par rapport à des positions antérieures fortement critiquées…

Précédemment, elle critique l’évolution de la social-démocratie qui, ne pouvant plus répondre positivement aux revendications, oppose au pouvoir des élus celui des « experts ». Or dans ses positions précédentes, notamment un long interview donné au Figaro Magazine en avril 2017 que j’analyse dans mon livre dans le paragraphe portant sur les fondements de la doctrine populiste de « gauche », elle affirmait :

« Je suis en désaccord profond avec ceux qui considèrent que l’électorat du FN est perdu car intrinsèquement « raciste » ou « sexiste ». Il faut se demander pourquoi ces électeurs se reconnaissent dans le FN. Selon moi, l’abandon des classes populaires par la social-démocratie explique le succès des populismes de droite. Les sociaux-démocrates ont accepté la thèse selon laquelle il n’y a pas d’alternative à la société néolibérale. S’il n’y a pas d’alternative, cela signifie que les décisions à caractère politique ne sont pas vraiment politiques, mais techniques et doivent être résolues par des experts qui organisent le statu quo. C’est ce que j’appelle la post-politique. »

Or, dans le livre que nous analysons ici elle réhabilite complètement le rôle « progressiste » selon elle des experts. Un exemple dans l’histoire de Podemos : au moment où ce parti connaissait un développement populaire très important, à travers ses cercles locaux, une revendication était avancée par les militants pour une loi instaurant un SMIC. La revendication est remontée à la direction, mais les experts du parti, sa structure verticaliste, ont dit non !

Le rôle des experts est bien au cœur de sa conception antidémocratique et c’est le leader maximo qui arbitre à partir des positions prises par les experts…

Les deux journalistes du Figaro Magazine, arrivant à son domicile pour l’interviewer en avril 2017 s’étonnent de la présence en bonne place sur les étagères de sa bibliothèque des œuvres de Carl Schmitt : ce militant de la droite catholique allemande devait devenir, de par sa formation juridique, le constitutionnaliste du parti nazi. D’abord militant catholique, il rompra avec les nazis, non par humanisme, mais en raison de son opposition au paganisme nazi et à sa politique d’embrigadement de la jeunesse qui remettait concrètement en cause la place de l’Église dans la société allemande. Elle déclarait il y a deux ans :

« Début janvier, elle nous accueille chez elle dans le quartier cossu de Cricklewood au nord-ouest de Londres… Dans son bureau mansardé, une étagère ploie sous le poids des œuvres complètes du principal inspirateur de sa critique de la démocratie libérale : Carl Schmitt. C’est chez cet implacable juriste allemand qu’elle a trouvé les meilleurs outils pour élaborer sa théorie. Et peu importe s’il s’est compromis avec le régime nazi : « Je ne demande pas à un théoricien des qualités morales mais une force intellectuelle », se défend Chantal Mouffe. Et c’est sans doute lui qui a délivré la meilleure critique de la théorie libérale. Il montre très bien que les libéraux nient l’antagonisme pour mieux éliminer la politique. »

Violemment attaquée sur cette question, naturellement elle manœuvre et dans ce livre elle ajoute :

« Certains auteurs, comme Carl Schmitt, soutiennent que cette articulation a engendré un régime impraticable, dans la mesure où le libéralisme nie  la démocratie et la démocratie nie le libéralisme. D’autres, en revanche, à l’instar de Habermas, défendent l’idée d’une co-originalité des principes de liberté et d’égalité. Schmidt a certainement raison de pointer l’existence d’un conflit entre la grammaire libérale qui postule l’universalité et renvoie à l’humanité, et la grammaire de l’égalité démocratique qui requiert de construire un peuple et d’établir une frontière entre un « nous » et un « eux». Néanmoins je pense que Schmitt se trompe quand il présente ce conflit comme une contradiction menant immanquablement les démocraties pluralistes libérales à l’auto-destruction. »
Pauvre Gramsci, employé comme référence tutélaire du populisme !

 


Antonio Gramsci(1891-1937), fondateur du parti communiste italien: opposant à la fois à l'orientation préstalinienne de Togliatti tout comme à l'orientation ultragauche de Bordiga...

Pauvre Gramsci, employé comme référence tutélaire du populisme !



Madame Chantal Mouffe fait de nombreuses références à Gramsci (Pages 25-27-66-73-90 et 109) et fait de sa théorie du « bloc historique » la validation de ses propres positions. Antonio Gramsci serait donc le père fondateur du populisme de « gauche ». Rappelons ces quelques éléments de l’histoire du mouvement ouvrier italien et de la vie militante de Gramsci.
Antonio Gramsci (1891-1937) fut un dirigeant et un intellectuel communiste, fondateur avec Togliatti et Bordiga du Parti Communiste Italien. Gagné aux idées socialistes dès 1911, il se convainc que la contradiction sociale ne se joue pas entre le monde industriel du nord et les paysans sardes, mais entre le patronat et le prolétariat. Il salue la révolution socialiste russe et rompt avec la conception social-démocrate ou menchevique, selon laquelle la marche au socialisme n’est possible que dans les pays capitalistes avancés et non dans un pays semi-féodal comme l’empire des Romanoff. Il écrit :

« les faits ont dépassé les idéologies. Ils ont fait éclater les schémas critiques à l’intérieur desquels l’histoire de la Russie aurait dû se dérouler selon les canons du matérialisme historique »

Au lendemain de la guerre et déterminé par l’appel d’air formidable de la révolution en Russie, un groupe composé de Gramsci, Tasca, Togliatti, Bordiga et Terracini, fonde une revue, l’Ordine nuovo, « revue de culture socialiste » qui se fixe pour objectif de fournir aux ouvriers une éducation politique et culturelle. Le programme se fonde sur le rôle des Conseils d’Usine : alors que les commissions internes en place dans les grands centres industriels italiens ne sont élues que par une fraction de prolétariat syndiqué, les animateurs de la revue se prononcent pour des « conseils » qui ouvrent leurs portes à tous les exploités. La contre-culture de Gramsci se développe sur le terrain de l’auto-organisation de la classe ouvrière. Ces organes de la démocratie prolétarienne seront les fondements du futur état socialiste. Le terrain de Gramsci est donc celui du communisme… La priorité, au moment où se construit la Komintern, cette « étoile qui luit au ciel d’orient », est donc de rompre concrètement avec le courant réformiste, dont la stratégie vise à isoler la révolution russe.

Pour l’Ordine nuovo et le leader napolitain Amedeo Bordiga l’heure est à rompre avec le parti socialiste et de créer un parti communiste qui réponde aux conditions de l’Internationale. Toutefois, il existe au sein du PS, une aile majoritaire – « les maximalistes » - qui ont rejoint l’Internationale mais qui refusent de quitter le PS, puisqu’ils y sont majoritaires. L’Internationale demande la fusion entre les deux courants : Bordiga et Gramsci n’y sont pas favorables. Toutefois c’est la ligne préconisée par l’Internationale qui l’emporte. Suite à sa rencontre avec Lénine en 1922 - voyage en URSS où il représente officiellement le nouveau parti - Gramsci prendra ses distances avec la ligne de Bordiga. C’est en faisant son travail de dirigeant communiste et tenant de multiples conférences ou meetings en province, qu’il élabore les concepts de « bloc historique » ou « d’intellectuels organiques ». Le « bloc historique », ce n’est pas autre chose que la capacité du prolétariat conscient de regrouper autour de lui toutes les couches de la population laborieuse des villes et des campagnes. Quant à « l’intellectuel organique », concept que ne renierait pas Marx lui-même, c’est l’intellectuel de formation bourgeoise qui se range sur les positions du marxisme, et donc qui aide sa classe à devenir une classe « pour soi », donc en capacité de gouverner la société.
A la veille de son arrestation par le gouvernement fasciste, et après la mort de Lénine, la bataille fait rage au sein de l’Internationale Communiste,  entre d’une côté les tenants de Staline et de l’autre la naissance de l’opposition communiste de Trotsky, Kamenev et Zinoviev ; la direction du parti italien décide d’envoyer une lettre au parti russe – celle-ci sera rédigée par Gramsci – les exhortant à ne pas désespérer les classes ouvrières occidentales. Togliatti, qui a choisi le camp de Staline, ne transmettra pas la lettre. Gramsci mettra en cause « le bureaucratisme » de Togliatti, tout en n’acceptant pas la position ultra-gauche de Bordiga, hostile à la stratégie de Front Unique Ouvrier des premiers congrès mondiaux de l’Internationale : la conception du « bloc historique » de Gramsci, en est la traduction italienne.

Durant sa captivité, Gramsci tiendra des conférences dans la cour de sa prison pour ses codétenus, dans lesquelles il se prononce pour une transition démocratique regroupant toutes les forces antifascistes : il défend l’idée d’une Constituante qui est combattue par les tenants de la ligne stalinienne de Turin. Il continuera jusqu’au bout à défendre cette idée de la Constituante à la chute du fascisme : de santé fragile, lorsqu’il meurt le 27 avril 1937, c’est encore le point de vue qu’il transmet à la direction de son parti.
Au sein du mouvement communiste italien, Gramsci a une position originale, hostile à la fois à ce qu’il perçoit de la dégénérescence du premier État ouvrier et à la ligne ultra-gauche de Bordiga hostile au « bloc historique » ou front unique ouvrier. La notion d’ « intellectuel organique » a pour signification d’aider la classe ouvrière à devenir une classe « pour soi », apte à gouverner la société. Il va s’en dire que Gramsci reste fondamentalement attaché à la position fondatrice du matérialisme historique, que sa classe, de par sa position dans les rapports capitalistes de production, est seule en capacité de s’émanciper socialement et donc de libérer la société humaine de l’exploitation. C’est autour d’elle que se reconstruit « l’unité » du peuple.

La position de Gramsci peut parfaitement être mise en parallèle avec celle du dirigeant communiste allemand, Paul Lévi, ami de Rosa Luxembourg. Après l’assassinat des dirigeants spartakistes, il défendra bec et ongles la ligne du Front Unique Ouvrier. Combattu par la fraction stalinienne  dans le KPD, il en sera exclu. Il crée alors un courant gauche au sein du SPD. Après son suicide  en 1930, ce courant rompra sur une ligne socialiste de gauche avec le SPD.

Après avoir rappelé ces éléments généraux, que l’on peut retrouver chez les historiens honnêtes, il va s’en dire que Madame Chantal Mouffe est une faussaire. Recoller la position populiste qui est la sienne avec le « bloc historique » de Gramsci ne tient pas la route une seule seconde. Gramsci se situe sur le terrain du communisme. Madame Mouffe, comme nous l’avons démontré précédemment, part d’un point de vue doctrinaire inverse.

Dans les conclusions de son livre, elle écrit :
« Il faut s'attendre à ce que cette stratégie soit dénoncée par les franges de la gauche et continue de réduire la politique à la contradiction entre le capital et le travail, et qui attribue un privilège ontologique à la classe ouvrière, présenté comme le vecteur de la révolution socialiste. Elles y verront bien sûr une capitulation face à l' "idéologie bourgeoise ». Il est inutile de répondre à ces objections… »

Quelle suffisance d’intellectuelle petite-bourgeoise… Nous pensons y avoir répondu : il faut la rendre à ses véritables racines…

Elle a plus à voir avec les fondateurs du « néo-socialisme » d’avant-guerre qu’avec Antonio Gramsci. Petit rappel historique : en 1931 Marcel Déat publie un livre intitulé « Perspectives socialistes » dans lequel il affronte la direction de la SFIO et qui servira de base idéologique pour constituer le courant néo-socialiste ; Madame Mouffe n’est pas particulièrement innovante : Déat explique que la classe ouvrière n’est qu’un élément parmi d’autres pour constituer « le front du peuple ». Ce n’est pas le mouvement ouvrier qui est la locomotive de l’histoire, c’est la capacité du « socialisme » à changer la donne en utilisant les structures de l’État… On a vu où cela l’a conduit 

 


Première assemblée départementale des gilets jaunes ce soir à Moulins, ouverte à tous, par Vincent Présumey


Partielle en fait car il y a avait aussi des assemblées à Montluçon et à Arfeuilles (à Arfeuilles, qu'il me soit permis d'évoquer l'assemblée départementale de défense de l'école publique tenue dans cette commune en 2014, date clef dans l'histoire réelle de l'école rurale et du syndicalisme de l'enseignement dans notre département : c'était le même mouvement de fond).

Passionnant. Auto-organisation populaire : les femmes gilets jaunes organisent la collecte de vêtements pour les sans-abris.
Orienté, au vu de l'ambiance générale, vers la nécessité du Tous ensemble dans la grève et les blocages.

Avec une identité forte de mouvement "distinct de tout parti et de tout syndicat," résultat légitime de gens qui agissent ensemble depuis des semaines. Mais pas antisyndical - je suis intervenu en me présentant comme syndicaliste.

Le RIC - d'ailleurs présenté comme ne devant pas remettre en cause des "choses fondamentales comme l'abolition de la peine de mort, le droit à l'avortement et le mariage pour sous" - est à l'évidence le mot magique symbolique qui signifie "le pouvoir au peuple". Sa présentation comporte des aspects techniques complexes qui peuvent sembler peu accessibles et c'est un risque, mais en même temps les prolos dans ce pays ont un côté juridique à la Proudhon assez marrant, bien sensible ce soir. Cela dit la discussion sur ce sujet a construit, de fait, une synthèse : pour avoir une vraie démocratie, il faut un "coup d’État pacifique du peuple", une révolution, quoi.

Entre 100 et 200 prolos qui parlent de constitution, de révolution, de comment donner le pouvoir à tous : voila, c'était la réalité de ce soir..Si l'aristocratie militante blasée pouvait voir ça ...

Moment fort : un intervenant tente d’embarrasser la salle avec la question :"et vous voulez virer Macron pour mettre qui à la place ?". Le cri en réponse monte des femmes du fond de la salle : "Nous ! Nous ! Nous !".

La crise pré-révolutionnaire du régime de la V° République n'est pas terminée, si vous voulez mon petit avis.

PS : Reportage photo d'Alexis. Sur la photo ou on est tous les deux, le type assis isolé au fond est le secrétaire fédéral du PCF.



Marseille, la Confédération Générale du Travail (CGT) rejoint les Gilets Jaunes, quatre mille manifestants, selon la police

Source : https://www.europe1.fr/societe/a-marseille-la-cgt-rejoint-les-gilets-jaunes-4000-manifestants-selon-la-police-3845918


 

Le cortège marseillais était composé des Gilets Jaunes en tête et des syndicats derrière, principalement la CGT mais aussi l'Union Syndicale Solidaire (USS)

Pour la première fois, la CGT s'est mêlée à la manifestation des Gilets Jaunes, Samedi 26 Janvier 2019 à Marseille. Selon la police, ils étaient environ quatre mille à battre le pavé.

Le cortège, les Gilets Jaunes en tête et les syndicats derrière, principalement la CGT mais aussi l'USS, s'est élancé Samedi 26 Janvier 2019 à 14 heures dans le calme depuis le Vieux-Port. Les manifestants ont défilé dans différentes artères du centre-ville et quelques incidents ont éclaté Samedi 26 Janvier 2019 vers 15 heures devant le centre commercial Centre-Bourse. « Une personne a été interpellée après un jet de projectile contre les forces de l'ordre », a précisé la préfecture de police à l'Agence France Presse (AFP). Quelques personnes ont été prises en charge par des streets medics, le service médical autogéré des manifestants.

« Nous sommes avec les Gilets Jaunes, contre Macron, tout est bon », s'est réjouit, au pied du camion de la CGT, le secrétaire général du syndicat à la régie des transports marseillais, Bernard Gargiolo. « Nous espérons une convergence des Gilets Jaunes et des Gilets Rouges. Nous sommes tous pour le pouvoir d'achat », a-t-il ajouté. « Quelle que soit la couleur du gilet, nous sommes tous du même combat », proclamait la pancarte d'un autre manifestant.

« Seuls, nous ne pouvons pas y arriver », a abondé Sophie, une cadre du domaine social de cinquante ans, qui se dit « Gilet Rouge le jour au travail et Gilet Jaune dans la rue ». « Ensemble, nous pouvons faire plier Macron », assure-t-elle. Interrogé dans la tête de cortège, parmi les Gilets Jaunes, Armand, commercial de vingt-six ans et électeur de l’Union Populaire Républicaine (UPR), se réjouit, « toutes les agrégations sont bonnes à prendre, même si la CGT n'est plus trop représentative, c'est toujours une contribution ».

Ailleurs dans le sud-est, plusieurs centaines de Gilets Jaunes ont défilé à Nice depuis la gare. Samedi 26 Janvier 2019 dans la matinée, certains d'entre eux avaient lâché des lampions jaunes à proximité de l'aéroport dans l'espoir de perturber le trafic aérien. À Montpellier, mille cinq cent manifestants ont défilé dans le centre-ville, a constaté une journaliste de l'AFP, rendant notamment hommage aux Gilets Jaunes victimes de violences policières. Des incidents ont éclaté Samedi 26 Janvier 2019 vers 17 heures devant la préfecture, où les forces de l'ordre ont tenté de repousser les manifestants avec des jets d'eau, derrière les grilles du bâtiment. Les manifestants ont lancé des canettes et des bouteilles et un policier a été blessé d'une entaille par un jet d'engin pyrotechnique, a précisé la préfecture, qui fait état d'une interpellation.

 


 

A Bordeaux, les Gilets Jaunes s’organisent en collectif contre la répression, par Révolution Permanente

Source : http://revolutionpermanente.fr/A-Bordeaux-les-Gilets-Jaunes-s-organisent-en-collectif-contre-la-repression


 

Une première conférence de presse du collectif contre les répressions policières de Bordeaux s'est tenu, Mercredi 30 Janvier 2019, place Pey Berland, lieu symbolique de la répression à Bordeaux chaque samedi. Retour sur la création de ce collectif, symbole quant à lui de la réponse des gilets jaunes souhaitant lutter collectivement contre les répressions.

Depuis plusieurs semaines déjà, ce collectif contre les répressions policières a commencé à se réunir et à travailler. Le Mercredi 30 Janvier 2019 a marqué en quelque sorte son lancement officiel, devant la presse.

Durant cette conférence de presse, plusieurs membres du collectif ont rappelé la nécessité de se mobiliser contre la répression, notamment autour d’un nouveau témoignage d’Antoine qui a raconté que « quand ma main a explosé, ma vie a basculé ».

C’est dès les premiers actes que la répression a débuté contre les Gilets Jaunes, avec une intensité toujours plus grande, de samedi en samedi pour commencer, et c’est à présent quotidiennement que les Gilets Jaunes sont réprimés, notamment à travers les interpellations judiciaires, nous y reviendrons. Mais il faut rappeler, et le collectif l’affirme, que cette répression est une logique d'état, qui s’appliquait et s’applique encore au jour le jour dans les quartiers populaires notamment, où la Brigade Anti Criminalité (BAC) s’exerce et perpétue la répression contre les banlieusards.

Le bilan à Bordeaux comme ailleurs est très lourd pour les manifestants, de nombreuses mutilations, mains, yeux et testicules, mais aussi un nombre incalculable de tirs de Lanceurs de Balles de Défense (LBD), qui ont entre autre causé le coma d’un homme, Olivier, qui heureusement a peu rentrer chez lui récemment. Il ne faut pas non plus négliger les quantités astronomiques de gaz lacrymogènes lancés chaque samedi contre la population. Le collectif dénonce également les responsabilités du préfet local, donneur d’ordre, ainsi que celle d’Alain Juppé, maire de la ville, qui depuis le début de la mobilisation se tient aux côtés de l'état dans sa campagne contre les Gilets Jaunes, que ce soit lors de ses vœux, mais aussi lors de la venue de Laurent Nunez, secrétaire d'état auprès du ministre de l’intérieur, ou encore celle d’Édouard Philippe qui se rend à Bordeaux, Vendredi Premier Février 2019. Alain Juppé accepte tranquillement cette répression. Il a évidemment sa part de responsabilité.

Le collectif contre les répressions policières lancées à Bordeaux s’est donc donné pour objectif de réunir les personnes touchées par cette répression, ou se sentant concernées par celle-ci. Initialement autour de quelques blessés, le collectif est aujourd’hui en contact avec pratiquement l’ensemble des blessés graves de Bordeaux et des environs. Il est de plus en lien avec le nouveau collectif d’avocats bordelais qui s’est formé quant à lui pour soutenir les Gilets Jaunes dans leurs démarches juridiques.

De nombreux aspects sont abordés par ce collectif, que ce soit l’aide financière, qui est évidemment une problématique importante pour de nombreux blessés, mais aussi le soutien psychologique, souvent oublié ou peu pris en compte. Ce sont également des actions politiques que souhaite mener ce regroupement, pour répondre collectivement à la répression de l'état, elle aussi chargée d’enjeux politiques. Avec par exemple des cortèges chaque samedi, et un rassemblement prévu devant l’Hôtel de Police, Dimanche 3 Février 2019, pour dénoncer les répressions physiques de chaque acte, sans oublier les interpellations, de plus en plus nombreuses.

Que ce soit en fin de manifestation, où depuis plusieurs semaines une cinquantaine de Gilets Jaunes se voit placer en garde à vue, mais aussi en semaine, avec des perquisitions et des convocations visant à intimer les Gilets Jaunes, cette répression politique est scandaleuse. C’est justement face à cela que le collectif souhaite agir, pour mettre fin à l’isolement des nombreuses personnes réprimées et y répondre collectivement.

De nombreuses actions et activités sont à venir, au-delà des cortèges et du rendez-vous du Dimanche 3 Février 2019. Un concert est en cours de préparation et une cagnotte collective va voir le jour. Le collectif poursuit également le travail de recensement et de recherche de témoignages, pour médiatiser ce que la presse passe régulièrement sous silence et pour appuyer les démarches juridiques.

Nous invitons évidemment à suivre l’actualité du collectif sur sa page facebook.

 


Dérives populistes dans le mouvement ouvrier, hier et aujourd'hui

Un livre de Robert Duguet

La grande crise des années 1930 conduisait hier au deuxième cataclysme mondial ; dans le mouvement ouvrier se développeront des courants populistes, dont les plus importants protagonistes finiront dans la collaboration avec Vichy et le nazisme. Passée l'embellie des 30 glorieuses, la social-démocratie, d'une manière générale le réformisme, a cessé de garantir aux populations laborieuses les conquêtes de civilisation acquises à la fin de la guerre. 
La dérive populiste, déjà inscrite dans une aile du nouveau parti socialiste de 1971, se manifeste aujourd'hui avec force : ironie de l'histoire qui voit un Jean Luc Mélenchon, qui a combattu durant 30 ans pour défendre l'identité socialiste, rallier aujourd'hui des positions populistes et nationalistes. L'histoire bégaie ?

Lire une présentation plus précise...


 

 

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