Blog de Robert Duguet - janvier 2016

Pour la levée de l’état d’urgence

Grand meeting samedi 23 janvier

Métro Porte de Charenton Paris 20e

Le 13 novembre, après les assassinats barbares qui ont ensanglanté Paris, le président de la République, François Hollande, décrète l’état d’urgence !

Le 16 novembre, au Congrès à Versailles, le président de la République annonce son intention de constitutionnaliser l’état d’urgence, d’en durcir les conditions, d’y intégrer la déchéance de  natio- nalité pour les citoyens binationaux !

Le 19 novembre, l’Assemblée nationale vote  la prolongation de  l’état d’urgence pour  trois mois à une quasi-unanimité !

Plus de 10 000 signataires de l’appel des 333 exigent la levée de l’état d’urgence !

Ce sont en réalité les libertés fondamentales, libertés syndicales, libertés associatives, libertés po- litiques, qui sont visées, comme l’attestent les atteintes au droit de  manifester, les assignations à résidence arbitraires de militants dont  le seul crime est de contester la politique gouvernementale, les perquisitions de nuit hors de tout contrôle judiciaire…

Tous ensemble, exigeons la levée de l’état d’urgence !

Au meeting du 23 janvier, à 14 h 30 porte de Charenton, à Paris, pour la levée de l’état d’urgence, prendront la parole :

Patrick Baudouin, avocat, président d’honneur de la FIDH
Esther Benbassa sénatrice, vice-présidente commission  des  lois 
Olivier  Besancenot,  NPA
Claude Charmont,  syndicaliste,  Seine-et-Marne
Denis Collin, philosophe
Sergio Coronado, député Vert
Jacques Cotta, journaliste et réalisateur
Dominique Coujard, magistrat honoraire, ancien président de la cour d’assises de Paris
Daniel Dutheil, syndicaliste AP-HP
Daniel Gluckstein, secrétaire national du POID
Dominique Gros, universitaire
Jean Hedou, syndicaliste,  Paris  
Jean-Jacques Karman, membre du conseil  national  du PCF
Eric Le Courtois, syndicaliste, Côte-d’Armor
Noël Mamère, député
Jean-Jacques Marie, historien
Patrick Picard, syndicaliste, Paris
Vincent Présumey, syndicaliste enseignement, Allier
Wladimir Susanj, syndicaliste, Paris
Philippe Torreton, acteur
Mickael Wamen, syndicaliste Goodyear condamné
Mathilde Zylberberg, Syndicat de la magistrature.


Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, le feu ne meurt jamais.
« Im gedenken am Rosa und Karl »

Source: http://www.revolutionpermanente.fr/15-janvier-1919-Luxemburg-Liebknecht-le-feu-ne-meurt-jamais

Vendredi 15 Janvier 2016


 
Par une froide journée de janvier 1919, les deux corps de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht étaient jetés dans le Landwehrkanal qui ceinture toujours Berlin. Avec leur assassinat et celui de milliers d’autres révolutionnaires, sous les balles des corps francs aux ordres du nouveau pouvoir social-démocrate, la révolte spartakiste de Berlin s’éteignait.
 
Si la flamme de la révolution se rallumera en Bavière, où entre le 7 avril et le 3 mai 1919 vit une éphémère république des conseils et plusieurs fois encore en Allemagne par la suite, les communistes avaient perdu deux dirigeants exceptionnels.
 
Suivant l’exemple des russes, des milliers de soldats et d’ouvriers allemands s’étaient levés contre cette sale guerre, barbare et fratricide. La révolution allemande débute le 29 octobre 1918 avec la mutinerie des marins de Kiel qui refusent d’appareiller et de mourir pour « l’honneur ». Elle se propage ensuite dans tout le pays, où des centaines de conseils d’ouvriers et de soldats se créent sur le modèle soviétique. La révolution russe, qui entre dans sa première année, a fait naître un immense espoir. À la faveur du soulèvement, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, dirigeants de l’aile gauche du parti social-démocrate, opposés à la guerre, sont libérés de prison. Il y étaient depuis 1916, Karl Liebknecht, pour avoir crié en pleine burgfrieden, l’union sacrée allemande, « à bas la guerre, à bas le gouvernement », lors de la manifestation du premier mai 1916, tout en endossant l’uniforme. Son immunité parlementaire lui fut aussitôt retirée et il est jeté en prison sans autre forme de procès. Rosa Luxemburg, quant à elle, fut placée sous surveillance policière avant d’être incarcérée une nouvelle fois en juillet 1916. Elle avait déjà connu la prison entre 1915 et février 1916.
 
Depuis le début du vingtième siècle, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht étaient des figures de premier plan du plus grand parti ouvrier au monde, le parti social-démocrate d’Allemagne (SPD). À la veille d’une guerre qui lui sera fatale, il était fort d’un million d’adhérents et publiait soixante dix quotidiens. Avec ses milliers d’associations ouvrières, il était un état dans l'état. Par peur de voir le parti déclaré illégal, ce qui signifiait tout perdre, et d’être jetés en prison s’ils s’opposaient à la guerre, les députés sociaux-démocrates votent les crédits de guerre en août 1914. Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg dénonceront, comme Vladimir Lénine et Léon Trotsky, cette capitulation. La « brochure de junius », qu’elle écrit sur la crise de la sociale démocratie, circule sous le manteau pendant le conflit. Opposés à la guerre, c’est tout naturellement qu’ils seront portés à la tête du mouvement contre la boucherie qui finit par éclater.
 
En automne 1918, alors que les armées allemandes se replient, une journée va sceller et pour toujours la scission définitive entre les sociaux-démocrates et les communistes, le 9 novembre 1918. Le matin, le social-démocrate et futur boucher Philipp Schneidemann proclame la république, qui deviendra celle dite de Weimar, depuis le reichstag.
 
Il s’agit d’une république bourgeoise, mais jusqu’ici l’Allemagne n’avait eu que des empereurs à sa tête. Mais les ouvriers ont l’exemple soviétique en tête, ils ne veulent pas se contenter de remettre le pouvoir à une bourgeoisie qui les a jetés dans les tranchées. Le même jour, à 16 heures, depuis la fenêtre de la résidence impériale des Hohenzollern, Karl Liebknecht proclame la république des conseils, la räterepublik. L’affrontement entre ces deux perspectives se terminera dans un bain de sang, les sociaux démocrates choisissant d’écraser les conseils. Le 11 novembre 1918, l'état major allemand capitule sans condition et signe un humiliant armistice en forêt de Rethondes.
 
Les soldats qui, à l’instar d’un certain Adolf Hitler, avaient trouvé dans la lutte à mort pour la patrie de quoi donner un sens à une vie misérable, n’auront de cesse par la suite d’accuser les révolutionnaires d’avoir, par ce soulèvement, asséné un coup de poignard dans le dos de la nation allemande. Ils rejoindront massivement les milices paramilitaires des corps francs qui, sous les ordres des sociaux-démocrates, massacreront les conseils. Beaucoup d’entre eux intégreront les rangs des Sections d'Assaut.
 
Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht paieront de leur vie cette froide stratégie des réformistes visant à liquider ce qui aurait été un levier formidable pour étendre la révolution en Europe et sortir ainsi la Russie de son isolement, ainsi que du reflux politique qui menaçait l’authenticité du pouvoir ouvrier à Moscou, Petrograd et ailleurs.
 
Quelques jours après leur mort, Léon Trotsky avait su trouver les mots pour raviver l’espoir révolutionnaire, en ces moments d’immense douleur,

« camarades, si l’enveloppe matérielle de Karl Liebknecht a disparu, sa mémoire demeure et demeurera ineffaçable.

Mais avec le nom de Karl Liebknecht, celui de Rosa Luxemburg se conservera à jamais dans les fastes du mouvement révolutionnaire universel.

Connaissez-vous l’origine des légendes des saints et de leur vie éternelle ? Ces légendes reposent sur le besoin qu’éprouvent les hommes de conserver la mémoire de ceux qui, placés à leur tête, les ont servis dans le bien et la vérité, elles reposent sur le besoin de les immortaliser en les entourant d’une auréole de pureté.

Camarades, les légendes sont superflues pour nous, nous n’avons nul besoin de canoniser nos héros, la réalité des événements que nous vivons actuellement nous suffit, car cette réalité est par elle-même légendaire.

Elle éveille une puissance légendaire dans l’âme de nos chefs, elle crée des caractères qui s’élèvent au-dessus de l’humanité.

Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg vivront éternellement dans l’esprit des hommes. Toujours, dans toutes les réunions où nous évoquions Karl Liebknecht, nous avons senti sa présence et celle de Rosa Luxemburg avec une netteté extraordinaire, presque matérielle.

Nous la sentons encore, à cette heure tragique, qui nous unit spirituellement avec les plus nobles travailleurs d’Allemagne, d’Angleterre et du monde entier, tous accablés par le même deuil et par la même immense douleur.

Dans cette lutte et dans ces épreuves, nos sentiments aussi ne connaissent pas de frontières ».


À bas l’état d’urgence, sa constitutionnalisation et la déchéance de nationalité

Source: http://www.solidaires-etudiant.org/blog/2015/12/26/a-bas-letat-durgence-sa-constitutionnalisation-et-la-decheance-de-nationalite

Mercredi 23 Décembre 2015, le « projet de loi constitutionnelle de protection de la nation » à été présenté et approuvé en conseil des ministres. Il s’agit clairement pour le gouvernement de banaliser un peu plus le racisme étatique et l’acharnement envers les militants du mouvement social. Mais également, comme en atteste le nom du projet de loi, de faire passer ses détracteurs pour des ennemis de la nation dans une logique clairement néo-conservatrice.
 
Le premier article du projet de réforme propose de constitutionnaliser les conditions de déclenchement de l’état d’urgence. Il s’agit de faciliter la mise en place de pratiques racistes et/ou visant à juguler les luttes, comme par exemple l’assignation à résidence sur simple « prédiction d’un comportement de nature à troubler l’ordre public ». La liste des comportements réprimés est très longue. Par exemple, un jeune musulman de vingt et un ans a été assigné à résidence et perquisitionné après que des voisins l’aient signalé comme suspect pour avoir rasé sa barbe. Ce qui constitue une manifestation évidente de l’islamophobie d'état.
 
Par ailleurs, les militants ont été particulièrement touchés par la répression. Trois cent dix sept des manifestants du Dimanche 29 Novembre 2015 ont ainsi été interpellés puis gardés à vue. Et plus de deux mille sept cent perquisitions ont semé la terreur, en particulier dans les quartiers populaires. Christiane Taubira propose d’aller encore plus loin en autorisant les perquisitions de nuit en-dehors de l’état d’urgence.
 
Le deuxième article inscrit la déchéance de nationalité pour les binationaux nés en France dans la révision de la constitution. Revendiquée depuis toujours par le Front National et à plusieurs reprises par la droite, son objectif est clair, créer une nouvelle sous-catégorie de résidents sur le territoire Français pour diviser un peu plus les exploités entre eux. C’est une mesure proprement raciste et nous devons la combattre comme telle.
 
Nous nous opposons en bloc à l’état d’urgence, à sa constitutionnalisation, à son éventuelle prorogation, à la déchéance de nationalité et à la dernière mesure proposée par la ministre de la justice.
 
Il est nécessaire que les organisations du mouvement social construisent la riposte face à cette offensive sécuritaire et raciste. Et cette riposte ne peut se faire que dans la rue.


Manifestation contre l'état d'urgence et la réforme constitutionnelle

Source : http://paris.demosphere.eu/rv/44383


 
Les associations et organisations syndicales regroupées autour de l'appel « nous ne céderons pas » et ayant lancé la pétition « pour nous, c'est définitivement non » contre la réforme constitutionnelle appellent à manifester Samedi 30 Janvier 2016 à 14 heures 30 place de la République à Paris.
 
Elles expriment leur refus de la réforme constitutionnelle et leur exigence de la levée de l'état d'urgence.
 
Non au projet de déchéance de la nationalité, non à une démocratie sous état d'urgence, non à une réforme constitutionnelle imposée sans débat, en exploitant l'effroi légitime suscité par les attentats.
 
Nous n'acceptons pas la gouvernance de la peur, celle qui n'offre aucune sécurité mais qui assurément permet de violer nos principes les plus essentiels.
 
Notre rejet est absolu. Nous appelons tous ceux et celles qui partagent une autre idée de la France à le manifester.
 
Premiers signataires

 
ATTAC, Collectif Contre l'Islamophobie en France (CCIF), Conseil National des Associations Familiales d'Action Laïque (CNAFAL), Confédération Générale du Travail (CGT), Confédération Nationale du Logement (CNL), Droit Au Logement (DAL), Emancipation, Emmaüs France, Emmaüs international, Fédération Internationale des ligues des Droits de l'Homme (FIDH), Fédération Nationale de la Libre Pensée (FNLP), Ligue des Droits de l'Homme (LDH), Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples (MRAP), Réseau Education Sans Frontières (RESF), Union Nationale des Etudiants de France (UNEF), Union Syndicale Solidaire (USS)


Qu’ils s’en aillent tous, y compris papy Mélenchon ! par Robert Duguet

1er janvier 2016


Dans sa hotte de Noël, car ce texte est écrit le 24 décembre, papy Mélenchon nous crédite d’un texte  porteur d’une orientation politique qui n’est décidemment pas un cadeau !

C’est une réussite du genre : si tout va mal dans la gauche radicale de ce pays et dans le Front de gauche, tout le monde en prend pour son grade et porte la responsabilité de l’échec. Tout le monde sauf Jean Luc Mélenchon, cœur pur d’entre les cœurs purs, attendant avec patience que le peuple le hisse sur le bouclier gaulois pour défendre les couleurs de « la patrie républicaine » lors de la présidentielle de 2017…

Les dirigeants de Podemos, mais il y a belle lurette, dit-il, qu’ils sont ses vieux amis, à l’heure où la gauche française découvre maintenant leur existence et leur action ! Pauvres petits « gauchistes », dit-il en substance, qui « pullulent » en nouveaux convertis ! Quelle morgue à l’encontre de tous ces militants désorientés par la faillite du Front de Gauche !

« Le rassemblement de la gauche, cette mascarade, s’opère toujours autour du PS. » Surprenant, n’est-ce pas, alors que Mélenchon et le normalisateur Eric Coquerel, ont tout fait pour appeler à rejoindre cette mascarade lors du deuxième tour des régionales… au nom de l’union sacrée contre le FN.

Mais allons à l’essentiel : le combat que nous avons mené dans le Front de Gauche français portait sur la nécessité pour nous d’en faire un outil fonctionnant démocratiquement, dont le plus grand nombre aurait pu se saisir, sans obligation d’appartenance à un appareil politique. On sait que la cartellisation électoraliste du front, le verrouillage PCF-PG a empêché de déboucher sur un mouvement politique de masse. Naturellement pour Mélenchon aujourd’hui, si cartellisation il y a eu c’est la faute au PCF. Le PG lui était pur comme neige. Il fallait voir dans certaines communes lors des dernières municipales les prétendants PG au trône local courir plus vite que le PCF pour aller quémander des places sur le contingent PS… De plus le PG aura été le parti politique le plus antidémocratique qui soit dans la gauche radicale, le PCF au passé pourtant si lourd, faisant figure d’enfant de chœurs. La loubianka mélenchonienne (exclusions, mise sous tutelle des fédérations récalcitrantes, mises à l’écart des postes de responsabilité pour ceux qui déplaçaient des virgules dans les textes d’orientation) a fonctionné à plein régime depuis la naissance de ce petit parti.
Mais il se trouve que l’histoire finit toujours par rattraper ceux qui opposent à ses tendances fondamentales leurs petits tripatouillages électoraux et la défense des places confortables qu’ils occupent sous les lambris de la république ou au parlement européen. Avec l’émergence du mouvement Podemos, voilà Mélenchon qui change son fusil d’épaule. Podemos exprime un mouvement profond dans la société espagnole, les masses cherchent une issue à la crise, pas seulement résistance aux effets de la crise sur leur vie immédiate mais intervention dans l’espace public. C’est l’émergence d’un nouveau type de mouvement politique à côté et contre les vieux appareils historiques du mouvement ouvrier. Podemos est né du mouvement des indignés et des occupations de places publiques. Ceci posé je ne me fais aucune illusion sur son actuelle direction politique. Nous avons sous les yeux l’évolution de Syriza. La question est de savoir comment on répond à un mouvement de ce type et comment on prend le même chemin aujourd’hui en France.

C’est ce mouvement profond dans la société espagnole qui permet, lorsqu’il s’exprime dans des élections, de ravir le drapeau des mains d’Izquerdia Unida, un cartel électoral du type du Front de Gauche. Mélenchon écrit d’ailleurs :
« Pourquoi Podemos et pas IU ? De cela personne ne parle. Pourtant ce fut une bataille sévère. Izquierda Unida, construite essentiellement autour du Parti communiste espagnol et pour lequel Pierre Laurent a fait cette fois–ci encore un appel au vote, arrivait en tête de l’autre gauche à la sortie des élections européennes de 2014. Un point devant Podemos.

Les cadres fondateurs du mouvement Podemos étaient déjà en désaccord sur la stratégie appliquée par la majorité d’Izquierda Unida (IU). La répartition léonine au profit du PCE des places éligibles sur la liste Izquierda Unida aux européennes scella la rupture. »

Une des phrases qui suit nous fera boire un peu de petit lait : O combien cet homme comprend bien les problèmes lorsqu’il ajoute :
« En réalité l’Espagne tranche une question pendante dans toute la recomposition en Europe. Elle ne la tranche pas définitivement ni pour tout le monde en tous lieux et toutes circonstances. Mais elle répond à sa façon à une question posée partout : pour construire un pôle alternatif, faut-il faire un cartel de partis destiné à plus ou moins long terme à fusionner sur le mode Die Linke ou Syrisa ? Ou bien un mouvement global, inclusif de toutes les formes de participation individuelle ou collective sur le mode Podemos. »

Si le grand tribun Jean Luc Mélenchon est tellement persuadé qu’il fallait un mouvement comme il dit « inclusif » et non un cartel, que ne l’a-t-il fait quand il avait le vent en poupe après la présidentielle de 2012. Oui, les masses espagnoles ont commencé à trancher cette question. En France, on a bu le calice jusqu’à la lie  des bagarres intestines PG-PCF pour chauffer les places des uns et des autres aux prébendes de la république, tandis que c’est derrière les bannières du FN que s’exprime par les élections la haine sociale contre la « classe politique »…

L’alternative dans le champ de ruines du pole radical, c’est quoi, pour Mélenchon c’est le M6R (Mouvement pour la 6ème République) et son combat virtuel pour une constituante. Et si ce mouvement tarde à prendre son envol, c’est en raison du fait, hélas, que la disparition de François Delapierre, pressenti pour en être le porte-parole, aura été un handicap… Là, le Méluche, il nous prend vraiment pour des cons !

Après avoir largement normalisé le PG, il invente cette originalité d’un mouvement qui n’existe que dans le monde virtuel. Ah comme il serait commode de faire le bonheur du peuple sans que celui-ci s’organise sur son propre plan ; et si le peuple devient encombrant et si les militants pose des questions dérangeantes, il faut dissoudre le peuple, un clic de souris et c’est fait : dans une période de déstabilisation profonde des rapports sociaux, il n’y a pas 36 manières de faire de la politique qui dérange, c’est l’occupation des places publiques, les manifestations, les grèves, voire le droit à l’insurrection « lorsque le gouvernement a trahi toutes les aspirations du peuple », comme le dit la déclaration des droits de l’homme de 1793. Et si la question de la constituante a un sens, c’est-à-dire l’aspiration à recomposer le corps politiques de la nation, c’est comme produit de l’activité révolutionnaire d’un peuple, dont la classe des salariés reste le vecteur, parce qu’elle pose comme classe politique la question du mode de production du travail social. « L’ère du peuple », le peuple contre l’oligarchie, est l’ouvrage le plus réactionnaire et antimarxiste qu’ait écrit Mélenchon. Le M6R est un appendice regrettable, aussi regrettable que le fut la courte existence du PG. Du moins inutile pour nous qui aspirions à reconstruire une alternative anticapitaliste.
Mélenchon disait un jour que si les conditions n’étaient pas réunies pour qu’il puisse présenter sa candidature à la présidentielle de 2017, il constituerait sa fondation : il faut lui conseiller de faire sa fondation. On peut même lui proposer un nom, Jules Guesdes ou Guy Mollet, papy Poperen ce serait gentillet : vous savez, ce sont ces dirigeants qui sortent le drapeau de la révolution les jours de congrès, mais quand commencent les vraies difficultés ils appellent les ouvriers français à crever la paillasse des ouvriers allemands, ou encore ils justifient les guerres coloniales. Voter pour le parti de Hollande, c’est un bon début.

Qu’ils s’en aillent tous, y compris Mélenchon !

 


 

De Podemos au Front de gauche : cartel de partis ou mouvement global inclusif ? par Jean Luc Mélenchon

Source: blog de Jean Luc Mélenchon

jeudi 24 décembre 2015.


Le score spectaculaire de Podemos a retenu l’attention, à juste titre. Donné pour très mal en point après la série d’élections en Catalogne qui avait en partie masqué les évolutions internes et environnantes après les municipales, le mouvement a opéré une « remontée » spectaculaire qui l’a ramené dans la course pour prendre la tête du pays. On devine que je me réjouis du résultat obtenu sous la direction de Pablo Iglesias et Inigo Eregon. Ce sont pour moi de vieilles connaissances.
Le premier, Pablo est un partenaire de longue date, au premiers pas de son travail. J’ai siégé avec lui au Parlement européen et les occasions d’échanger n’ont pas manquées. Il a été le préfacier de la version espagnole de mon livre « le Hareng de Bismarck ». Le second, Inigo, avait été accueilli aux rencontres d’été du PG de 2014. J’avais fait sa connaissance à Caracas et je le sais depuis tout ce temps fin analyste des sociétés en transition. Son analyse des nouvelles classes moyennes vénézuéliennes a fortement inspiré ma propre production sur l’analyse politique des sociétés urbanisées en temps de crise. Mais à l’époque, ni l’un ni l’autre, n’étaient pas à la mode dans la gauche française comme c’est le cas à présent. Ils sentaient trop fort le Venezuela et l’Amérique latine. Combien dorénavant ne jurent plus que par Podemos. C’est touchant. Naturellement c’est toujours pour retenir ce qui vient à l’appui des marottes de chacun… Aucun nouveau converti ne propose pour autant de mettre la photo d’un leader connu sur les bulletins de vote comme Podemos l’a fait avec celle de Pablo ! Ni de former un « mouvement citoyen » avec un scrutin majoritaire interne, ni de faire des votes électroniques pour les congrès. Ni de faire l’apologie de la « patrie », ni de rejeter le clivage droite gauche, ni de se réclamer de Ernesto Laclau et de la « raison populiste » (qu’il faut quand même avoir lu avant). Et ainsi de suite.
Car j’en passe bien d’autres, pour la centième partie de quoi j’ai déjà été pendu en effigie mille fois par tous ceux qui ont pourfendu ma personnalisation de l’action, fustigé mon patriotisme « déroulédiens », dénoncé mon autoritarisme et ainsi de suite ! Je laisse tout cela avec amusement. Bien sûr pour taquiner les médecins de Molière de l’autre gauche en France qui pullulent ces temps-ci. Mais aussi pour rappeler que tout cela ne se fit pas sans d’âpres polémiques sur place, loin du conte enchanteur débité par les nouveaux enthousiastes. Il y a quelques temps encore les mêmes ravis roucoulaient d’un même chant « Syrisa-et-Podemos » comme si c’était deux fois la même chose. L’un et l’autre n’ont rien à voir, pas même l’appartenance à la structure commune européenne du PGE dont Podemos ne veut pas être membre ! Depuis l’alignement d’Alexis Tsipras sur le mémorandum européen, après la photo de rigueur en bras de chemise, tout le monde oublie avec application l’épisode grec. Chacun se replie bravement vers le gagnant du soir, pour l’instant immaculé, sans autre forme d’examen. Cela mérite pourtant de s’y arrêter un sérieux moment. Non pour se rengorger d’une progression spectaculaire et s’en arroger la lumière mais pour travailler sérieusement à comprendre ce qui peut nous être utile.

Car une question de fond nous est posée en ce qui concerne la stratégie d’action politique dans cette ère précise. Mettons de côté ce qui n’est pourtant pas rien : les conditions particulières de la mobilisation sociale en Espagne qui ont porté le début de Podemos. « Ce n’est pas rien », dis-je, non pour reprendre le truisme des bavards « l’Espagne ce n’est pas la France et gnagnagna » mais pour pointer du doigt que c’est sur Podemos que s’est cristallisé politiquement cet élan. Pourquoi Podemos et pas IU ? De cela personne ne parle. Pourtant ce fut une bataille sévère. Izquierda Unida, construite essentiellement autour du Parti communiste espagnol et pour lequel Pierre Laurent a fait cette fois–ci encore un appel au vote, arrivait en tête de l’autre gauche à la sortie des élections européennes de 2014. Un point devant Podemos.

Les cadres fondateurs du mouvement Podemos étaient déjà en désaccord sur la stratégie appliquée par la majorité d’Izquierda Unida (IU). La répartition léonine au profit du PCE des places éligibles sur la liste Izquierda Unida aux européennes scella la rupture. Je maintins pour ma part la balance égale entre les deux formations sur les conseils de mes conseillers présents sur place étaient très sceptiques sur la viabilité de la tentative Podemos. Mais ce fut bien Podemos qui cristallisa ensuite politiquement tout le mouvement qui jusque-là se dirigeait en bonne partie sur IU. Et Podemos l’élargit bien au-delà. Le mouvement n’est pas seulement la projection politique pure et simple des « indignés ». Comme l’a dit l’un d’entre eux, il ne s’agissait pas seulement de mobiliser politiquement ceux qui occupèrent les « plazzas » mais aussi ceux qui étaient restés à « las casas », à la maison. C’est la méthode de cet élargissement qui importe et non le lien qui existe entre l’émergence d’une autre gauche et un mouvement social. Pourquoi Podemos et pas IU ?

En réalité l’Espagne tranche une question pendante dans toute la recomposition en Europe. Elle ne la tranche pas définitivement ni pour tout le monde en tous lieux et toutes circonstances. Mais elle répond à sa façon à une question posée partout : pour construire un pôle alternatif, faut-il faire un cartel de partis destiné à plus ou moins long terme à fusionner sur le mode Die Linke ou Syrisa ? Ou bien un mouvement global, inclusif de toutes les formes de participation individuelle ou collective sur le mode Podemos.

Pour ma part, après avoir proposé en vain des mois durant l’intégration en un même mouvement des composantes du Front de gauche et l’adhésion directe, j’ai opté pour l’expérimentation directe. Sur l’idée de François Delapierre qui devait en assurer le pilotage, nous avons lancé le Mouvement Sixième République. J’ai pu observer la puissance d’un mouvement inclusif. L’adhésion de cent mille personnes au projet est la plus importante pétition politique du pays depuis des années. Elle a été un banc d’essai de multiples formes d’auto organisation. Je regrette que maints laudateurs actuels de Podemos ne s’y soient pas intéressés. C’est la meilleure école politique que j’ai fréquenté depuis bien longtemps. J’avais annoncé dès le début que je me retirerai de l’animation du mouvement. Je pensais que François Delapierre pourrait revenir le prendre en charge. Sa maladie l’en empêcha. Mais du coup nous avons pu observer en direct la capacité de déploiement d’un mouvement totalement horizontal.

Le mouvement a certes vite ralenti son rythme. Il faut ici, sans démagogie, accepter l’idée qu’un mouvement sans leadership repérable a de grande difficulté à s’imposer sur la scène. Mais il ne s’est jamais éteint. L’essentiel est qu’il ait fait la preuve de la disponibilité de citoyens pour une idée aussi complexe que la convocation d’une assemblée constituante. Et qu’il ait démontré la capacité de convoquer une assemblée représentative du mouvement par élection interne, tirage au sort et délégation de familles politiques. Tout cela fut fait. N’empêche que l’initiative ne rentre dans aucune des cases connues de l’action politique traditionnelle de l’autre gauche en France. Rien de ce qui s’y est passé n’a retenu un instant son attention ou son intérêt sinon pour les traditionnels crocs en jambes et persiflages. Pour moi cette expérience est un modèle.
A côté de cela le summum de la modernité connue a consisté à faire des réunions confidentielles où des têtes blanches répètent jusqu’à la nausée les mêmes formules en faveur de « l’élargissement », « le dépassement » et ainsi de suite, à propos de structures de parti qui ne bougent pourtant pas d’un mètre leurs cloisons, les mêmes pratiques de tables rondes sans lendemain, les mêmes invocations à « faire du neuf » et de « l’action a la base » sans que l’on en aperçoive autre chose que l’intention évidemment louable. Dans tous ces cas, on identifie « la démocratie » à la capacité de critiquer tout et tout le monde sans trêve et sans limite avec un appétit de nivellement qui brise les jambes à quiconque dépasse d’une tête. On y assimile le « collectif » à la négociation entre groupes de taille très diverses pour parvenir au plus petit commun dénominateur. Je fais grâce ici des tirades sur « le projet » qui doit être d’abord mis au point. Je n’en doute pas. Mais nous ne partons pas de rien et l’essentiel est acquis depuis longtemps. Des années de travail de la Fondation Copernic, d’Attack et le programme « l’Humain d’abord » ont fourni une base qui est dorénavant largement acquise par tous. Ce n’est pas le projet le problème. Pas du tout.

C’est la stratégie d’action l’enjeu. Et à partir de là se trouve vraiment interpellé non pas seulement ce que nous croyons bon pour tous mais quels points d’appui nous avons dans la société pour l’aider à se mettre en mouvement. Un exemple. S’agit-il de rassembler la gauche ou de fédérer le peuple ? Avant de répondre « tous les deux bien sur » cela vaut la peine de s’interroger sur le contenu de cette différence qui en dit long ensuite sur la façon d’agir concrètement. Podemos reprend la formule de Robespierre quand ses leaders déclarent « nous sommes du peuple et nous allons avec le peuple ». J’avoue que j’avais été très surpris d’être aussi mal accueilli dans l’autre gauche quand fut proposé de s’appuyer sur ce concept de « peuple ». Nous en fîmes pourtant, François Delapierre, Clémentine Autain et moi le premier slogan de la campagne présidentielle de 2012 : « place au peuple ». De la même façon que nous réintégrâmes « la France la belle, la rebelle » considéré comme un slogan sans contenu par le partisan de la ligne « rassembler la gauche » qui traverse depuis le début le Front de gauche.
La France, la nation, la souveraineté sont des concepts tenus à distance par maints courants de l’autre gauche du moins tant qu’il s’agit de la France car pour le reste, comme par exemple la nation palestinienne, personne ne réprouve le contenu mobilisateur de l’idée. Bien sûr tout cela est l’arrière-plan non-dit de nos discussions. Mon livre « l’ère du peuple » développe cette doctrine : fédérer le peuple, former un front du peuple. J’en retrouve les mots par ci par là, chez l’un chez l’autre. Faute d’avoir tranché en pratique, l’espace politique s’est déformé sans nous. Le rassemblement de la gauche, cette mascarade, s’opère toujours autour du PS. Mais la fédération du peuple ? Evidemment c’est le Front national qui a pris la main à partir de secteurs populaires de la droite.

Pour autant la partie n’est pas jouée. La masse immense des abstentionnistes va se redéployer dans le vote de la présidentielle où les taux de participation sont plus élevés. Cette masse se déterminera par rapport au paysage qu’elle pourra observer. C’est-à-dire par rapport à ce qui existe déjà. Et par rapport aux opportunités qu’elle pourra y saisir. Les apparences et « la com » ne jouent pas le rôle essentiel dans ces moments-là. Ou seulement par effet de « simple exposition » comme disent les publicitaires c’est-à-dire le rabâchage médiatique. On doit s’habituer à l’idée que les médias continueront jusqu’au bout et en totale irresponsabilité civique à faire de Le Pen le vote de rejet du système et on peut compter sur les Pierre Gattaz pour y précipiter aussi les ouvriers. Sans oublier le prochain attentat et les digues arrachées avec soin par Hollande et Valls. La montée du FN, le niveau de l’abstention, la déchéance de la gauche officielle sont les condiments spécifiques de la décomposition de la société française. C’est dans ce contexte qu’il faut penser notre action et non dans la nostalgie ou l’imitation.

Je serai très étonné que dans le contexte actuel elle se détermine alors d’après la qualité et la position des virgules dans des textes savants qui affichent tous les marqueurs et symboles qui permettent ensuite de se faire classer à « l’extrême gauche » par nos adversaires narquois et ravis de l’aubaine que nous leur offrons. Et de même je ne crois pas qu’une campagne où que ce soit puisse échapper à la personnalisation, comme l’a très bien montré celle de Pablo Iglesias, après celle d’Alexis Tsipras. La nostalgie des vieux partis aux leaders qui apparaissent ou disparaissent sans qu’on sache pourquoi ne m’a jamais paru être attractive. Les gens veulent légitimement savoir à qui ils ont à faire. Tout cela sont les faux « débats » qui nous encombrent pour rien car ils n’ont aucune réponse totalement satisfaisante et restent totalement opaques vus du dehors de nos rangs.

Pour ma part je crois à l’action comme principe fédérateur. C’est dans l’action qu’un collectif peut se donner à voir d’une façon convaincante. Car dans ce cas chacun est visible dans son utilité au combat et non dans sa « sensibilité » qui ne peut exister qu’en opposition à celle des autres. L’action montre la cohérence et la solidarité des personnes et du groupe qui l’entreprend et la propose aux autres. Et elle invite tout un chacun à agir de même plutôt qu’à « se positionner ». L’action permet à la modernité réelle de s’affirmer. Car notre temps est celui d’une diversité personnelle culturelle et politique très avancée. On perd son temps à rechercher une identité commune qui sera toujours vécue par chacun comme une mutilation plus ou moins douloureuse. Cette obsession de l’accord complet propose une vision archaïque de comportements politiques fusionnels. Elle vient d’un passé où la gauche s’est confondu avec l’idée d’un socialisme « scientifique » conçu non comme une démarche s’appuyant sur la recherche des faits objectifs mais comme une communion des esprits dans « la vérité ». Pour moi la seule homogénéité souhaitable et exigible raisonnablement c’est celle qu’appelle l’action pour être menée à bien et pour cela seulement. Voilà pour l’instant ce que je crois utile de dire sur ce bilan des élections espagnoles. La suite de l’analyse et des actes que j’en déduis viendront à la rentrée.

 


 

En guise de voeux pour l'année 2016: une lettre à Louise Kautsky, par Rosa Luxembourg

Wronke en P., le 15 avril 1917

Source: En guise de voeux pour l'année 2016: ouvrage Rosa la vie, correspondance privée de Rosa Luxembourg.

Nous sommes en avril 1917, Rosa Luxembourg purge un séjour en prison. Elle reçoit une lettre désespérée de son amie Louise Kautsky, qui n'est autre que l'épouse de Karl Kautsky, un des principaux dirigeants du parti social-démocrate allemand qui est alors sur la ligne de l'Union Sacrée justifiant la boucherie de la première guerre mondiale. Au delà du théâtre d'ombre de la politique officielle, Rosa l'enjoint d'observer " qu’on ne doit pas surestimer l’action de l’individu. Au fond, ce qui agit et force la décision, ce sont les grandes forces invisibles, les forces plutoniennes des profondeurs..." Regardons vers les forces invisibles, qui ne sont invisibles parce qu'aucun mouvement ne les a portées aujourd'hui à la conscience. Chère Rosa... faut-il refaire Zimmerwald?

Chère Loulou,


Ta courte lettre d’avant Pâques, m’a vivement inquiétée par son ton d’extrême abattement et je me suis promis sur-le-champ de te laver la tête une fois de plus. Dis-moi, comment peux-tu, telle une triste cigale, continuer à chanter ta chanson si désolée, tandis que de Russie nous parviennent ce chœur, ces chants d’alouette si clairs? Ne comprends-tu donc pas que c’est notre propre cause qui l’emporte et triomphe là-bas, que c’est l’histoire mondiale en personne qui y livre ses combats et, ivre de joie, dans la Carmagnole? Quand notre cause, celle de tous, connaît un tel développement, ne devons-nous pas oublier toutes nos misères privées?

Je sais ce qui te déprime, c’est que je ne sois pas en liberté, pour rassembler les étincelles qui jaillissent là-bas, pour aider et orienter les choses en Russie et ailleurs aussi. Pour sûr, ce serait beau et tu peux imaginer quels fourmillements je ressens dans tous les membres et comment chaque nouvelle de Russie me traverse comme une décharge électrique jusqu’au bout des doigts. Mais de ne pouvoir participer à ces mouvements ne me rend pourtant nullement triste et il ne me vient pas à l’idée en gémissant sur ce que je ne puis changer, de gâcher la joie que j’éprouve à voir ce qui se passe.

Vois-tu, l’histoire des dernières années précisément et, en remontant dans le passé à partir de celle-ci, toute l’histoire m’ont appris qu’on ne doit pas surestimer l’action de l’individu. Au fond, ce qui agit et force la décision, ce sont les grandes forces invisibles, les forces plutoniennes des profondeurs et, finalement tout se met en place, pour ainsi dire de « soi-même ». N’interprète pas mal ce que je te dis! Ce faisant, je ne prône pas je ne sais quel optimisme fataliste et commode, destiné à masquer sa propre impuissance, et que je déteste chez Monsieur ton époux précisément. Non, non! A tout instant, je suis à mon poste et, dès que la possibilité m’en sera offerte, je m’empresserai de taper de mes dix doigts sur le clavier du piano du monde, que cela fera un beau vacarme! Mais comme, non par ma faute, mais par contrainte externe, j’ai été mise en congé d’histoire mondiale, je ris un bon coup, je suis heureuse quand cela marche même sans moi, et je crois dur comme fer que tout cela se passera bien. L’histoire sait toujours mieux que quiconque comment s’en sortir, alors qu’elle paraît s’être engagée dans une impasse sans le moindre espoir d’issue.

(…) ce à quoi je crois fermement : on ne peut vraiment comprendre les gens que si on les aime.

Et à présent tâche un peu d’être gaie, tu m’entends? Ne récrimine pas contre le temps gris, étudie plutôt la beauté et la diversité toute particulière d’un ciel gris. Ne sois pas si impatiente, si pressée de voir le printemps venir: après, tout passe si vite ! Maintenant au moins cette attente peut vous rendre heureux. Écris-moi aussi, vite, une autre lettre, que je voie si tu es mieux disposée. Hannes  m’a raconté votre rendez-vous manqué — comme d’habitude — de la Friedrichstrasse. Je suis déjà heureuse à la pensée qu’il va revenir à Posen. Je t’embrasse de tout cœur, toi et l’indigne Hérisson. Fais mes amitiés à Bendel, à Hilferding aussi. Henriette  pourrait bien m’écrire à l’occasion, sans parler de politique, naturellement.

Je t’embrasse de tout cœur.

Ta Rosa

 


 

Déchéance de la nationalité, la dernière fois que cela a été appliqué, c’était sous Pétain
Ce qu’en disait Charles De  Gaulle

Source: Cité par Edwy Plenel, mécdiapart

« A peine renversée la république et instauré l'état français, les 10 et 11 juillet 1940, le premier geste du régime de Vichy ne fut-il pas de promulguer, le 16 juillet 1940, une loi relative à la procédure de déchéance de la qualité de français. Dans la foulée, le 17 juillet 1940, les naturalisés furent exclus de toute la fonction publique, puis, successivement, dès l’année 1940, des professions suivantes, médecins, dentistes, pharmaciens, avocats, vétérinaires et architectes. Le 22 juillet 1940, une nouvelle loi, en fait, l'acte autoritaire d'un pouvoir dictatorial, le maréchal Philippe Pétain exerçant seul le pouvoir législatif, instaura une procédure expéditive de révision des naturalisations. Enfin, le 23 juillet 1940, était promulguée la loi relative à la déchéance de la nationalité à l’égard des français qui ont quitté la France, dont furent notamment victimes Charles de Gaulle et Pierre Mendès France ».

 


 

Les vœux d’Amaury Couderc à la direction départementale du PG de l’Essonne ? par Amaury Couderc

1er janvier 2016

Bonjour Mounia, bonjour Alain,

Après vous avoir remercié Mounia et toi de vos vœux je ne peux m'empêcher de repenser aux questionnements  des militants que tu poses dans tes vœux.
Continuer le combat : oui,  bien sûr, mais   les difficultés , les doutes que tu poses, ne seront levés que si l'on tire réellement les leçons de ce qui s'est passé en particulier dans la période récente: je veux parler vous  vous en doutez de la décision absurde de présenter des candidats aux élections régionales contre l'avis quasiment  unanime des camarades  réunis  avant le premier tour et cerise sur le gâteau de maintenir  ces candidats sur une liste avec le P.S.( tant décrié aussi bien par notre organisation que par  Jean Luc  Mélenchon!.. ) Toi-même, à la question que je t'avais posée quelques jours plus  tôt : « irons-nous sur la liste avec le P.S.  au deuxième  tour ? » tu m'avais répondu que tu ne voyais pas comment cela pourrait se faire!...), et bien tu l'as vu.

A cette occasion, non seulement nous avons perdu les élections et n’avons qu’un seul  élu pour toute l’Ile de France et aucun pour l’Essonne s mais nous avons surtout perdu l’estime de tous ceux qui nous ont suivi dans cette démarche absurde de coller à une organisation ( le P.S.) qui n’a plus rien à voir avec les idéaux de la Gauche.
Lorsqu'une organisation politique comme la nôtre qui se voulait être le creuset d’une nouvelle Gauche en est arrivée à un tel déni de la volonté de ses propres  militants, faut-il s'étonner que ces derniers quittent en nombre le navire ?

Même au parti Communiste que j'ai pratiqué comme partenaire au Conseil Régional  ces   méthodes y ont de moins en moins cours !....
D’autre part si l’on admet que ce viol de la volonté des camarades avait pour but d’avoir des élus à la Région : belle réussite,(un seul élu pour toute la Région Ile de  France  et  en Essonne, nous n’en avons aucun ) alors que le parti communiste en a plusieurs…Comment a-t-on pu accepter du Parti Communiste au sein même du « Front de Gauche » un  tel décalage dans la présentation de nos  camarades sur les listes?

Ceux qui ont accepté de négocier avec le P.C. et le P.S. sur la base d’un seul élu pour toute la région Ile de France  et de présenter des listes à ces élections dans de telles conditions en faisant passer les camarades du P.G. sous la table au profit d’un seul élu : Coquerel, ont pour le moins des explications à donner.

Ces dernières remarques sont faites en dehors de toutes les questions de fond qu’ont posé nos camarades qui ont refusé tout accord avec le P.S. au deuxième tour. Questionnement auquel il faudra aussi  et surtout apporter des réponses.

Cela dit, bonne année à vous deux.

 


 

Moi, sénatrice trinationale, je vote non à la déchéance de nationalité, Par Esther Benbassa, sénatrice Europe Ecologie-Les Verts (EELV) du Val de Marne, directrice d'études à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE)

Source: http://www.liberation.fr/debats/2015/12/30/moi-senatrice-trinationale-je-vote-non-a-la-decheance-de-nationalite_1423659

Mercredi 30 Décembre 2015



Florian Philippot ne s’y est pas trompé et menace déjà d’élargir le champ d’application de la mesure. Le processus est enclenché, il compte bien le prolonger. On commence par déchoir de leur nationalité les binationaux nés français condamnés pour terrorisme. Mais on ne va tout de même pas s’arrêter là. N’y a-t-il pas déjà des voix qui s’élèvent pour exiger tout simplement l’interdiction de la double nationalité ?

On me dira que rien de cela n’est tout à fait nouveau et que les naturalisés peuvent déjà être déchus de leur nationalité pour des faits semblables. Qu’il existe même une disposition du code civil, le septième alinéa du vingt troisième article, prévoyant qu’un français se comportant en fait comme le national d’un pays étranger puisse, s’il a la nationalité de ce pays, perdre la qualité de français. Mais ce qui est grave ici, c’est d’abord de graver dans le marbre de la constitution la création d’une catégorie de sous français, les binationaux.

Inconscience, ignorance de notre histoire ou incapacité à mesurer la portée des symboles, que cherche François Hollande ? Quels petits calculs bassement électoralistes l’auront-ils convaincu de liquider une des valeurs fondatrices de notre république, son indivisibilité ?

Je suis trinationale. Mes nationalités sont la trace de mon parcours d’immigrée et de mon histoire personnelle. Née à Istanbul dans une famille juive espagnole, je suis donc turque. Partie vivre en Israël pendant une petite dizaine d’années, j’ai acquis la nationalité de ce pays.

Et puis, je suis arrivée en France, comme boursière, pour y continuer mes études. J’y suis venue, j’y suis restée, j’y ai fait ma vie. Par amour de la France, de sa langue, de sa culture, de ses paysages et de ses libertés.

Je suis française. Je sers mon « nouveau » pays depuis plus de quatre décennies. Ayant passé les concours requis, j’y ai enseigné les lettres françaises, mais oui. Avec cet accent qui est un peu ma négritude à moi.

J’ai formé des générations d’élèves, puis d’étudiants, à la littérature, puis à l’histoire, dans le secondaire, puis dans le supérieur.

Toujours avec cet accent. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour honorer mes obligations de citoyenne. Après avoir, par ma recherche et mes écrits, contribué à enrichir, modestement, la culture de la France, après l’avoir servie, en la représentant, comme invitée, dans les universités étrangères, j’ai trouvé un autre moyen de me rendre utile à mes compatriotes, en devenant sénatrice.

Je rends grâce à la France qui a permis à la petite étudiante étrangère arrivée, au début des années 1970, d’accomplir tout cela sous son aile. C’est cette France-là que j’aime, celle-là que mes parents portaient au pinacle. Et c’est hors de France, à deux pas du Bosphore, que cette histoire a commencé, lorsque vers mes cinq ans, une préceptrice a commencé à m’apprendre le français.

Ceux qui, à l’extrême droite, se réjouissent aujourd’hui de la scandaleuse mesure en préparation, tenteront-ils donc demain de me déposséder de ce que je suis ? Me puniront-ils d’avoir eu la vie que j’ai eue, profondément française et cosmopolite ?

Devrai-je renoncer à ces deux nationalités antérieures, vestiges d’une histoire qui ne m’a conduite nulle part ailleurs qu’en France ?

L’historienne que je suis n’oublie pas comment Vichy, le 22 juillet 1940, décida la révision des naturalisations accordées depuis 1927, dont nombre des bénéficiaires avaient été des juifs. Ni comment Vichy, toujours, en octobre 1940, abrogeant le décret Crémieux qui en avait fait des français en 1870, a déchu les juifs d’Algérie de leur citoyenneté.

Je ne veux pas que la France où je vis fasse fi de ce passé. Ma France à moi n’a pas le droit de se tromper.

L’attachement indéfectible qui me lie à elle ne m’autorise à accepter ni la constitutionnalisation de l’état d’urgence, ni celle de la déchéance des binationaux accusés de terrorisme. Mon prochain mot d’amour à la France, je le dirai en votant non.

 


Hocine Aït Ahmed, dernier chef historique de la révolution algérienne vient de décéder, interview de Benjamin Stora par Mediapart

Source: Médiapart

3 janvier 2016

Hocine Aït Ahmed, dernier chef historique vient de décéder. Quel sera d'après vous l'héritage laissé par ce monument de notre histoire à la génération d'aujourd'hui ?

A mon avis, l’héritage premier est celui du combat anticolonial livré très jeune. Il est l’un des rares jeunes lettrés de l’époque à rejoindre le PPA. Il le fait par souci de justice, d’égalité entre tous les hommes, par refus de voir une partie de la société algérienne, « indigène », rejetée dans la sous-humanité, le mépris décrété par le système colonial. Hocine Ait Ahmed n’a jamais un adversaire du peuple français, mais l’homme qui a combattu un système colonial qui se croyait propriétaire du pays pour logtemps.

Le second héritage est celui, bien sûr, des combats livrés pour la démocratie, pour le respect des droits de l’home, après l’indépendance de 1962. Cherchant à tout prix à préserver l’unité de la direction politique, mais n’y parvenant pas dans le fameux été 62. L’unité ne signifiant jamais à ses yeux le refus de la pluralité politique, ou culturelle.

Vous, qui avez connu Hocine Aït Ahmed l'homme opposant, soit en personne soit à travers vos travaux de recherches, au régime algérien, que vous aura le plus marqué chez lui?

J’ai rencontré pour la première fois Hocine Ait Ahmed au début des années 1980 à Paris. Il venait de soutenir sa thèse sur la question des droits de l’homme dans les pays du tiers-monde. A cette époque, je travaillais à la rédaction de mon Dictionnaire biographique des militants nationalistes algériens, ENA/PPA/MTLD, publié en 1985, et il m’a beaucoup aidé en me donnant des précisions sur la vie et l’activité des militants. Il travaillait alors à la rédaction de son livre autobiographique, Mémoires d’un combattant, publié en France en 1983, et qui a été une « mine » de renseignements pour le jeune historien que j’étais. J’avais été frappé par son méticuleux travail de recherches pour écrire son livre, avec un souci d’exactitude, de recoupement des sources. C’était alors, avec le livre de Ferhat Abbas, L’indépendance confisquée, l’un des très rares ouvrages de souvenirs de militants nationalistes, et qui servait de référence notamment pour la connaissance du mouvement nationaliste en Kabylie, ou pour les préparatifs d’une insurrection avortée en mai 1945. Ecrit avec justice, objectivité. Par exemple, au sujet du personnage de Messali Hadj, dont j’avais établi la première biographie en 1978, et que Hocine Ait Ahmed avait combattu en 1954 au moment de la création du FLN, il dressait le portrait d’un homme chaleureux et attentif. A contre-reçu des idées reçues à l’époque. Il a rendu un hommage appuyé à sa compagne, Emilie Busquant, lors d’une cérémonie plusieurs années après. En d’autres termes, il savait respecter un adversaire politique, c’était un démocrate authentique.

Quel impact Aït Ahmed aura eu sur cette Algérie actuelle?

C’est difficile à dire. Il apparaît surtout comme un homme de principes, de refus des compromissions avec l’ordre établi. Intransigeant, et ce refus de la compromission, et non d’un compromis possible, lui a été beaucoup reproché, surtout au moment des années 1990, dans la décennie sanglante que l’Algérie traversait. Mais il restait ferme sur ce principe : « Ni Etat policier, ni régime intégriste ». L’échec de cette « troisième voie » l’isolait, mais il ne renonçait pas. C’est peut-être l’image de ce refus obstiné face à l’Etat, qui restera.

Vous qui êtes l'un des spécialistes et analystes les plus respecté et sollicité de la guerre d'Algérie, ainsi que l'observateur de référence durant les événements traversés par l'Algérie indépendante, que pensez-vous du rôle politique joué par Hocine Ait Ahmed à travers son combat ?

Il a mené un combat dans des conditions difficiles d’isolement. D’abord, après son arrestation en octobre 1956, emprisonné, et hors du terrain de combat contre le colonisateur. A l’extérieur de son pays ensuite après 1966, cherchant inlassablement les voies d’un rassemblement démocratique. Au moment du « printemps berbère » en 1980, ou celui de la création de la première ligue algérienne des droits de l’homme, avec Ali Yahia Abdenour. Dans la création, avec l’historien René Gallissot du Comité pour la vérité sur l’assassinat d’Ali Melici en 1987. Je le voyais aussi dans ces terribles années 90, cherchant les voies d’un compromis pour sortir de la crise. C’était un militant, qui récusait le terme de « chef historique ».

Hocine ait Ahmed a choisi d'être enterré dans son village natal et a souhaité des funérailles populaires refusant des obsèques nationales et officielles dans le carré des martyrs. Pour les observateurs avisés, la volonté d'Ait Ahmed s'inscrit amplement dans sa rupture avec le régime contre lequel il s'est toujours opposé. Quelle signification donnez-vous à cette volonté?

Il resté fidèle, jusque dans la mort, à ses principes. Refuser l’arbitraire, le mépris organisé par les pouvoirs en place. Cela ne m’étonne pas. Mais il est normal aussi que l’Etat-nation rende hommage à celui qui a été l’un des pionniers dans la lutte anticoloniale. Le peuple lui, dans son immense majorité, voit en lui l’homme des refus, le combattant de la liberté.

Un dernier mot sur Aït Ahmed: un souvenir, un constant, une anecdote etc.....

Au moment de la réalisation de mon documentaire, « L’indépendance aux deux visages », diffusé en 2002, il m’avait accordé un grand entretien. Et j’ai été frappé par son aspect chaleureux, son souci de rendre vivante cette histoire si compliquée. Il expliquait en restituant des anecdotes savoureuses, comme par exemple les débats tumultueux du congrès de Tripoli en juin 1962, ou l’élaboration de la première Constitution algérienne dans un ….. cinéma d’Alger en septembre 1962. C’était un homme qui avait toujours le sens du détail, de la pédagogie pour la transmission d’une mémoire aux jeunes générations.


Des centaines de milliers de personnes à l’enterrement d’Hocine Aït Ahmed

Historique consécration

Samedi 2 Janvier 2016

Source: http://www.elwatan.com/une/historique-consecration-02-01-2016-311179_108.php

Il est 6 heures du matin sur la route d’Ath Yahia, mais le jour n’est pas encore levé. De part et d’autre de la route, les lumières des villages kabyles sont comme des colliers d’étoiles tombées de la voûte céleste. Telles des colonnes de fourmis géantes, de longues processions de citoyens de tout âge marchent dans la nuit, le silence et le froid.

Ils sont des dizaines de milliers à se diriger vers Tissirth n’ Cheikh, le moulin du saint, pour attendre la dépouille d’Hocine Aït Ahmed que personne ne présente plus. Les parkings prévus pour recevoir les bus et les véhicules personnels sont déjà pleins à craquer. La plupart sont arrivés dans la nuit pour, évidemment, ne pas être pris au dépourvu et rater l’événement du siècle. Quand le jour se lève enfin, il donne à voir une véritable marée humaine qui a déjà pris possession des plateformes prévues pour la foule, les invités d’honneur et la dépouille mortuaire.  Comme un long fleuve tranquille, la foule continue d’affluer durant toute cette journée de nouvel an et de nouvelle ère.

Le flux est continu, y compris lorsque les trois portes menant vers Takka Ath Yahia sont bloquées par l’afflux des visiteurs. 

Arrivée des quatre coins d’Algérie et de Kabylie, cette foule bigarrée, armée de drapeaux, de posters et de slogans, est canalisée derrière des barrières métalliques par un service d’ordre qui veille au grain tant bien que mal. Pour rentrer dans la zone des tentes et des chapiteaux, où doit être exposée la dépouille du défunt, il faut montrer patte blanche, un badge ou un visage connu.

Une foule tendue

C’est la partie réservée aux invités de marque, aux personnalités politiques, aux cadres du parti et à la presse présente en très grand nombre. Comme à leurs habitudes, les journalistes se ruent sur les Very Important Persons (VIP) pour leur arracher des déclarations ou des impressions. Ils sont concurrencés par une armée de citoyens munis de portables qui filment tout ce qui bouge.

Vers 9 heures, la foule massée derrière les premières barrières métalliques  s’échauffe tout à coup et donne de la voix. Les slogans fusent, « pouvoir berra », « pouvoir assassin », « non aux harka ». La cause de ce courroux qui fait fuser des slogans rageurs et lever des poings vengeurs est la présence d’un ancien premier ministre versé aujourd’hui dans l’opposition.

Les organisateurs, qui redoutent un dérapage, tentent de rattraper le coup et c’est le premier secrétaire fédéral de Tizi Ouzou qui est allé au charbon. Au micro, il exhorte la foule à garder son calme et à rester digne. « Assagui matchi d’ass lehssav », « l’heure n’est pas aux règlements de comptes », dit-il.

Ajoutant au passage, « mes frères, respectez le vœu d’Hocine Aït Ahmed, que l’enterrement se déroule dans la dignité ».

L’arrivée du très controversé président de la Jeunesse Sportive de Kabylie (JSK), l’inamovible Mohand Cherif Hannachi, a failli allumer un autre brasier, vite éteint par l’intéressé qui bat en retraite. Assailli par les journalistes, il fera tôt de s’éclipser. Mokrane Aït Larbi, lui, est chaleureusement applaudi et salué.

L’ancien militant de la démocratie et des droits de l’homme se sent comme un poisson dans l’eau, heureux de voir ce magnifique hommage que le peuple rend à celui qu’il reconnaît comme l’un des siens. Ces milliers de gens qui sont là parlent pour lui.

Depuis toujours, Hocine Aït Ahmed a milité pour que le peuple soit souverain et que la dernière parole lui revienne. Le pouvoir en a voulu autrement, mais une chose est certaine, mort ou vivant, Hocine Aït Ahmed a toujours gêné le pouvoir. « Yedder dhargaz, yemmuth dhargaz », « il a vécu en homme et il est mort en homme », résume Mokrane Aït Larbi. « Tout comme Nelson Mandela et beaucoup de grands hommes, il est revenu pour être enterré en son village », ajoute ce ténor du barreau qui a échappé de peu à un destin politique exceptionnel.

Pendant ce temps, la foule arrive sans discontinuer. Elle déborde largement des lieux prévus pour la contenir. A 11 heures 15, l’un des responsables du parti annonce au micro l’arrivée imminente de la dépouille d’Hocine Aït Ahmed. Un frisson parcourt la foule exceptionnellement dense et tendue. 

De mémoire de kabyle, jamais une telle affluence à un enterrement n’a été vue ou vécue.

Cela dépasse de loin les funérailles de Mouloud Mammeri ou de Matoub Lounès qui étaient jusque-là des références en la matière.

Assailli par des centaines de visiteurs massés le long de la route, le cortège funèbre, avec à sa tête l’ambulance transportant la dépouille du vieux leader, a toutes les peines du monde pour avancer. Le speaker supplie longuement et vainement qu’on lui cède le passage. Lorsque enfin le cercueil est extrait de l’ambulance pour être porté à bout de bras et franchir les derniers mètres qui le séparent du chapiteau, où il doit être exposé, une grande émotion s’empare de la foule. Les larmes coulent sur beaucoup de visages.

Les slogans chantés à gorge déployée et les youyous des femmes s’élèvent dans le ciel et créent une atmosphère quasi mystique.

« Mes frères, aujourd’hui, l’Algérie se libère pour la deuxième fois », lance une voix au micro. A partir de cet instant, les funérailles vont rentrer dans une autre dimension. La plupart des barrières cèdent sous la pression de la foule. Des milliers de personnes s’engouffrent à travers les brèches ouvertes dans le dispositif de sécurité. Le service d’ordre s’effondre comme un château de cartes et plus personne ne sera en mesure de peser sur le cours des événements.

Affluence inédite

Ni les membres de la famille, ni les cadres du Front des Forces Socialistes (FFS), ni aucune autre autorité ne peuvent grand-chose.

Devenu presque aphone à force de crier dans le micro, le secrétaire fédéral du FFS s’époumone à demander du calme, de la discipline et de la retenue, mais  peine perdue. La foule a décidé de s’approprier cet homme dont on l’a longtemps frustré, ce symbole qui a porté ses luttes et ses espérances. Le peuple s’est saisi d’Hocine Aït Ahmed qu’il porte à bout de bras et qu’il ne veut pas lâcher. Comme un miracle tombé du ciel, on finit par organiser une petite minute de silence plus ou moins respectée au milieu d’un indescriptible tumulte.

Tout de suite après, on tente de conduire la prière du vendredi.

Harcelés par des meutes de paparazzis armés de téléphones portables, étouffés sous les flashs de photographes, la femme et les enfants d’Hocine Aït Ahmed battent péniblement en retraite vers des lieux plus cléments, sans doute la maison familiale. Il était pourtant prévisible que toutes les prévisions allaient être dépassées en matière d’affluence, les capacités d’accueil étant très limitées du fait du relief géographique. On appelle à l’accomplissement de la prière du mort, mais le cercueil a déjà quitté les lieux.

Aucune oraison funèbre n’a pu être prononcée. Tandis que sur la plateforme les uns et les autres prient, la dépouille d’Hocine Aït Ahmed est emmenée dans une ambulance vers sa dernière demeure, péniblement. Des milliers de personnes suivent le cortège, alors que l’inhumation devait être un moment d’intimité strictement réservée au cercle familial. Des jeunes s’accrochent désespérément à l’ambulance. Le peuple s’est littéralement emparé du corps d’Hocine Aït Ahmed et ne veut plus le lâcher.

Des slogans berbères sont hurlés à gorge  déployée. Tout à coup, comme une digue trop longtemps contenue et qui a fini par céder, des fleuves humains coulent sans retenue en direction du village Ath Ahmed, la dernière demeure. Saïd Khellil, ancienne figure de proue du combat identitaire et du FFS, est visiblement ému. Il tente à son rythme de suivre la longue procession en échangeant ses impressions avec de vieux camarades comme Ramdane Achab. Avec un homme au destin si exceptionnel, on ne finit jamais de prendre des leçons.

Dans la vie comme dans la mort. C’est un véritable raz-de-marée humain qui déferle sur Ath Ahmed. Des bruits courent que le premier ministre, Abdelmalek Sellal, a été contraint de rebrousser chemin, sa voiture ayant été caillassée et sa présence huée. Il faut vraiment n’avoir rien compris à son peuple pour oser une telle aventure en territoire notoirement hostile. Quand on est aussi notoirement impopulaire.

Les nouvelles disent aussi que des milliers de personnes sont restées bloquées aux trois portes installées sur les routes menant vers Takka Ath Yahia. En attendant, des milliers de personnes dévalent la descente menant vers Ath Ahmed. Elles coupent, à leurs risques et périls, à travers champs et maquis, au milieu des ronces et des précipices. Bien avant d’arriver au mausolée de Cheikh Mohand Ou L’Hocine où a lieu l’enterrement proprement dit, on entend d’abord la clameur de la foule avant de la voir.

Au sommet d’une colline qui surplombe le site, le spectacle qui s’offre aux yeux stupéfait autant qu’il interpelle. Le mausolée et la petite place du village sur lequel il a été bâti sont pleins comme un œuf. Une marée humaine à la limite de l’hystérie a pris en otage l’ambulance qui contient le cercueil. Bousculades gigantesques et cohues indescriptibles, la foule tangue comme un bateau pris dans une houle invisible.

Là encore, un membre de la famille supplie, avec des sanglots dans la voix, qu’on permette enfin à Hocine Aït Ahmed d’être enterré dignement. Les slogans s’entrechoquent, profession de foi musulmane et revendications amazighes déchirent les temps.

L’emblème national côtoie le drapeau berbère. Tous les conflits identitaires de la nation algérienne se cristallisent autour d’Hocine Aït Ahmed qui a toujours tenté de les concilier. L’Algérie dans sa belle diversité et ses contradictions mortelles s’est donnée rendez-vous à Ath Ahmed, autour de la dépouille d’Hocine Aït Ahmed.

C’est véritablement au forceps que le cercueil du vieux leader nationaliste et révolutionnaire va finir par être extrait de l’ambulance. Tout autour, sur les collines, les toits des maisons, les arbres et les poteaux électriques, la foule a pris possession des lieux et tente de faire corps avec un symbole qu’elle a fait sien. Un passage va finir par être dégagé au milieu de la cohue.

Porté par des pompiers, le cercueil d’Hocine Aït Ahmed va être mis en terre. Après toute une vie de combat et de luttes acharnées, le vieux révolutionnaire va enfin reposer auprès de sa mère biologique, au sein de cette mère patrie pour laquelle il a tout donné. De mémoire de kabyle des montagnes, jamais un enterrement n’aura drainé autant de monde. Il est vrai que n’est pas Hocine Aït Ahmed qui veut.

 


 

Un Podemos « à la française » est-il possible ? Interview d'Héloïse Nez par Ivan du Roy

Source : http://www.bastamag.net/Un-Podemos-a-la-francaise-est-il-possible

Lundi 21 Décembre 2015



Le tout jeune parti de gauche Podemos a recueilli plus de vingt pour cent des voix aux élections législatives espagnoles du Dimanche 20 Décembre 2015. Deux ans à peine après sa création, il se place en troisième position, juste derrière les deux partis traditionnels, le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE), qui obtient vingt-deux pour cent des voix, et le Parti Populaire, qui obtient vingt-huit pour cent des voix, ce dernier perdant la majorité absolue. D’où vient le phénomène Podemos ? Quelles sont ses propositions ? Comment s’explique ce succès fulgurant ? Comment la gauche française peut-elle s’en inspirer ? Réponses avec Héloïse Nez, spécialiste des mouvements sociaux, dont le dernier ouvrage, « Podemos, de l’indignation aux élections », vient d’être publié.

Ivan du Roy. Podemos compte à peine deux ans d’existence et attire déjà 20,7 % des voix aux élections législatives et soixante-neuf députés. D’où vient ce nouveau parti politique ?

Héloise Nez. Podemos réalise un très bon score, d’autant que c’est la première fois qu’il se présente à ce type d’élection. Podemos est un projet qui n’est pas directement issu du mouvement des indignés qui a émergé le 15 mai 2011 à la Puerta del Sol à Madrid. Podemos est d’abord pensé par un noyau d’universitaires, de professeurs de sciences politiques de Madrid et de trentenaires qui viennent pour la plupart de familles politisées dont les parents ont participé à la lutte contre le régime franquiste. Ce sont quasiment tous d’anciens militants déçus d’Izquierda Unida, une coalition de gauche formée en 1986 autour du Parti Communiste Espagnol (PCE). Nombre d’entre eux se sont mobilisés dans les mouvements étudiants et altermondialistes. Ils ont commencé à travailler sur un projet de refondation politique alternatif avant que les « indignés » n’occupent les places madrilènes ou barcelonaises. Ils ont étudié les expériences latino-américaines de prise de pouvoir de la gauche par les urnes au Venezuela, en Bolivie et en Équateur, des expériences qu’ils ont parfois conseillées, ce qui ne les empêche pas d’être critiques aujourd’hui vis-à-vis de certaines dérives autoritaires. Le deuxième groupe à la base de la constitution de Podemos est composé de militants de l’organisation Izquierda Anticapitalista, l’équivalent espagnol du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) français. Nombre de leurs militants sont alors actifs au sein du mouvement des indignés et se disent qu’il faut aller plus loin. Des gens vont les rejoindre, issus notamment du mouvement de lutte contre les expulsions immobilières, la Plataforma de Afectados por la Hipoteca (PAH). Ils se rendent compte des limites des manifestations contre les banques qui procèdent aux expulsions et cherchent une solution institutionnelle. Ensuite, les personnes qui rejoignent les « cercles » de Podemos, ses structures à l’échelle locale, se sont souvent politisées pendant le mouvement des indignés. Pensé en amont, le projet Podemos s’appuie sur l’espace ouvert par cette mobilisation.

Ivan du Roy. Quelles ont été ses propositions emblématiques pendant cette campagne électorale ?

Héloïse Nez. Deux thèmes sont particulièrement mis en avant, la lutte contre les inégalités et celle contre la corruption. Podemos prône un tournant dans les politiques économiques d’austérité vers davantage de redistribution sociale. Il propose un « plan de sauvetage des citoyens » à l’image du plan de sauvetage des banques espagnoles, empêcher les expulsions de logement face à l’incapacité de nombreux ménages, après la crise financière, à rembourser leur crédit immobilier, garantir l’accès à l’eau et consolider le droit à la santé et à l’éducation, autant de secteurs frappés par de lourdes coupes budgétaires. Pour financer son plan de sauvetage des citoyens, Podemos défend une réforme fiscale avec une véritable progressivité de l’impôt sur les revenus, le patrimoine et les successions, et par un impôt spécial sur les banques. Le mouvement a été conseillé en la matière par l’économiste français Thomas Piketty. Pour lutter contre le chômage, actuellement à plus de vingt pour cent, il propose un changement de modèle productif, basé en Espagne sur la construction, vers une transition énergétique, avec une réhabilitation massive des logements et le développement des énergies renouvelables. Pour lutter contre la corruption, une réforme doit garantir l’indépendance des juges. Le pantouflage sera interdit. Un élu ou un ministre devra attendre dix ans avant de pouvoir travailler dans un secteur économique en lien direct avec sa fonction. Un ancien élu ne pourra jamais siéger au sein d’un conseil d’administration d’une entreprise développant ses activités dans des secteurs stratégiques de l’État.

Ivan du Roy. Le mouvement refuse la professionnalisation de la politique, comment cela se traduit-il concrètement ?

Héloïse Nez. Dans son code éthique, Podemos a mis en place plusieurs mesures comme l’interdiction du cumul des mandats. Ceux-ci sont aussi limités dans le temps, un mandat politique interne ou public est limité à huit ans. Il peut exceptionnellement être prolongé à douze ans. Les indemnités des élus sont également plafonnées. Elles ne peuvent dépasser trois fois le salaire minimum, qui est d’environ six cent cinquante euros en Espagne. C’est donc un frein à l’idée de faire une longue carrière politique. Il s’agit aussi d’éviter que quelqu’un en responsabilité puisse s’enrichir grâce à son mandat. Tous ceux qui exercent une responsabilité publique ou interne à Podemos doivent déclarer leurs revenus, leur patrimoine et l’état de leur compte bancaire.

Ivan du Roy. Les jeunes ont-ils voté Podemos ?

Héloïse Nez. C’est une de ses caractéristiques par rapport aux autres partis. Les jeunes de dix-huit à vingt-quatre ans sont particulièrement représentés. Quand on observe la moyenne d’âge de l’électorat du PSOE et du Parti Populaire, c’est l’inverse, les plus de soixante ans dominent. Podemos arrive à mobiliser très fortement les jeunes, traditionnellement réfugiés dans l’abstention, et les gens qui ne votaient pas ou plus. Ces derniers constituent un électeur de Podemos sur quatre lors des dernières élections européennes, quand le parti, cinq mois après sa création, a recueilli huit pour cent des voix. Il a pour l’instant réussi à proposer une offre partisane alternative. Le sociologue José Fernández-Albertos analyse les évolutions de l’électorat de Podemos, jusqu’aux élections européennes, ceux qui votent Podemos ont plutôt un bon niveau social, sont diplômés et issus de la classe moyenne. Ensuite, alors que Podemos devient davantage visible médiatiquement, sa base sociale s’élargit et se diversifie. Comparé aux élections européennes, il a gagné près de quatre millions de voix et arrive premier en Catalogne et en Euzkadi.

Ivan du Roy. Quelle est la différence entre Podemos et Ciudadanos, également un nouveau venu sur la scène politique espagnole et qui a attiré quatorze pour cent des suffrages ?

Héloïse Nez. Il y a d’abord une similitude, ils se présentent tous les deux comme des partis du changement, mettant en avant la lutte contre la corruption des élites et leur rajeunissement. Cette similitude avec Ciudadanos gêne beaucoup Podemos, car il n’est plus le seul parti de la rénovation politique. La grande différence, c’est la politique économique. Podemos est clairement un parti anti-austérité. Ciudadanos est un parti libéral qui ne remet pas en cause les fondements de la politique économique. Sur la question des migrants, Ciudadanos est plus proche de la droite en refusant aux sans-papiers un accès universel à la santé et en ne portant pas de propositions sur l’accueil des réfugiés. Ciudadanos est en quelque sorte un Podemos de centre-droit.

Ivan du Roy. C’est aussi une des spécificités de ce scrutin : alors qu’ailleurs en Europe des partis de droite extrême et xénophobes se renforcent, pourquoi ce phénomène n’existe-t-il pas en Espagne ?

Héloïse Nez.
C’est le Parti Populaire qui inclut des courants héritiers du franquisme. C’est un parti de droite beaucoup plus conservateur qu’ailleurs, qui s’étend du centre-droit à l’extrême droite. Il y a bien une tentative de créer un parti d’extrême droite, avec le mouvement xénophobe Vox, mais il a peu d’échos, avec 0,23 % des voix à ces élections. L’Espagne n’est pourtant pas à l’abri, en 2000, le sud de l’Andalousie connaissait des émeutes racistes contre les ouvriers agricoles marocains. Pourquoi, aujourd’hui, sont-ce les partis progressistes qui capitalisent sur le mécontentement pendant que, en France, c’est le Front National ? L’histoire des migrations n’est pas la même. Les vagues migratoires y sont plus récentes et l’Espagne est redevenu un pays d’émigration, nombre de jeunes s’exilent à cause de la crise. Ensuite, il y a encore le poids du franquisme, la fin de la dictature ne date que de quarante ans. Surtout, pendant les mobilisations contre les expulsions de logements, espagnols et immigrés étaient impliqués, ensemble, dans les quartiers. La solidarité s’est faite, quelle que soit l’origine des gens, les indignés et Podemos répandent l’idée selon laquelle la crise économique et sociale n’est pas la faute du voisin immigré mais des banquiers et des élus corrompus. Avec Podemos et Ciudadanos, l’espace politique a été occupé avant l’émergence éventuelle d’un parti xénophobe. Le mouvement des indignés et Podemos ont, sur ce point, une influence importante dans le débat public. Le problème, c’est le chômage et la corruption, ce n’est pas l’immigration. Aujourd’hui, en Espagne, l’argument xénophobe est difficilement recevable. C’est l’une des victoires des indignés.

Ivan du Roy. Le bras de fer qu’a subi la Grèce gouvernée par Syriza a-t-il effrayé l’électorat espagnol ?

Héloïse Nez.
Oui, cela a eu des conséquences. Podemos s’inscrit dans la même logique que Syriza, rester dans la zone euro et changer les politiques européennes par le rapport de force. Le fait que Syriza a échoué à infléchir d’un iota la politique européenne a joué contre Podemos. Si Alexis Tsipras avait réussi à obtenir des concessions, cela aurait probablement renforcé la dynamique électorale en faveur de Podemos. L’intransigeance de l’Allemagne et de la commission européenne face à la Grèce était aussi, très clairement, un message envoyé aux espagnols. Les médias et le Parti Populaire ne se sont d’ailleurs pas privés de le relayer quand les banques grecques ont fermé temporairement, voilà à quoi mènerait une victoire de Podemos. Pour se défendre, le mouvement explique que, s’il accède au pouvoir, il pèsera davantage que Syriza car l’Espagne représente douze pour cent du Produit Intérieur Brut (PIB) de la zone euro, contre deux pour cent pour la Grèce.

Ivan du Roy. Quelles sont les relations de Podemos avec les partis de gauche traditionnels, Izquierda Unida et le PSOE ?


Héloïse Nez. La question des alliances va forcément se poser, la droite ayant perdu la majorité absolue. Le leader de Podemos, Pablo Iglesias, a multiplié les déclarations en ce sens, sur la lutte contre la corruption, nous pouvons nous mettre d’accord avec Ciudadanos, et sur les questions sociales, avec le PSOE, a-t-il assuré. Le soir du scrutin, Pablo Iglesias a mis en avant trois conditions pour discuter avec les autres formations de possibles accords, inscrire les droits sociaux dans la constitution, au même titre que les droits civils et politiques, mettre en place un mécanisme de révocabilité du président du gouvernement à mi-mandat, pour le sanctionner s’il ne respecte pas ses engagements électoraux, et adopter une nouvelle loi électorale avec un système plus proportionnel. Pour l’instant, il n’y a jamais eu d’alliances communes, seulement des appuis d’investiture pour l’élection d’un maire ou d’un gouvernement régional. À Madrid, ce sont par exemple les socialistes qui ont appuyé l’élection de la nouvelle maire Manuela Carmena, la juge « rouge » soutenue par Podemos. En Andalousie, c’est Ciudadanos qui a appuyé le PSOE. Une coalition contre la droite est possible mais difficile, avec l’enjeu du référendum en Catalogne que refusent les socialistes. Une alliance entre le centre-gauche et le centre-droit est également envisageable. Mais pour gouverner le pays, cela s’annonce bien plus compliqué. Si au bout de deux mois, à partir du 13 janvier 2016, personne n’arrive à former un gouvernement, les espagnols devront revoter.

Ivan du Roy. Pourquoi Podemos a-t-il refusé d’adopter une stratégie du  type « front de gauche » ?

Héloïse Nez. Il préfère mettre en avant le clivage entre ceux d’en bas et ceux d’en haut. Pour Pablo Iglesias et ses camarades, le clivage entre gauche et droite sert aux médias et aux partis traditionnels à les étiqueter comme « gauche radicale » pour les marginaliser et les disqualifier. Pour Podemos, ce clivage n’a plus de sens, il ne permet pas de montrer qu’une alternative existe aux politiques d’austérité mises en œuvre par le premier ministre socialiste José Luis Zapatero et poursuivies par son successeur de droite Mariano Rajoy. Podemos ne veut en aucun cas être une force d’appoint au PSOE. L’objectif est aussi de ne pas s’adresser seulement aux électeurs de gauche, mais à la majorité de la population, quelle que soit sa proximité partisane avec la gauche. Plutôt que de tenir un discours très général sur l’anticapitalisme, ils vont parler de l’accès au logement, de l’emploi et de la création d’entreprises pour remettre en cause le modèle économique. Tous les symboles traditionnels associés à la gauche, drapeaux, chants et slogans, ont été abandonnés. Au départ, leur stratégie initiale était bien de créer une coalition du type du Front De Gauche (FDG), à l’image de Syriza, qui signifie « coalition de la gauche radicale ». À l’époque, la grande formation de gauche d’alors, Izquierda Unida, qui a obtenu 3,7 % et deux députés, avait refusé.

Ivan du Roy. Quelle a été leur stratégie médiatique ?

Héloïse Nez. Là encore, ils ont rompu avec certains tabous de l’extrême gauche, en investissant l’espace audiovisuel, la télévision en particulier. Ils la voient comme l’espace de socialisation politique le plus important pour les espagnols. Ils ont d’abord créé leur propre émission de télévision, la Tuerka, sur un canal associatif. Cela leur a permis de se familiariser avec le mode de communication audiovisuel, plus court, plus incisif. Cette première visibilité va leur donner accès aux chaînes de la TNT, notamment les chaînes conservatrices en quête de contradicteurs issus du mouvement des indignés. Pablo Iglesias va ensuite être invité régulièrement sur les plateaux des grandes chaînes généralistes. Mais pendant la campagne des élections européennes de 2014, ils se rendent compte qu’à peine dix pour cent des gens connaissent Podemos, mais que cinquante pour cent identifient Pablo Iglesias sans forcément faire le lien avec son mouvement. Podemos choisit alors de mettre en avant le visage de son dirigeant sur les bulletins de vote. En parallèle, ils sont très investis sur les réseaux sociaux, dont l’usage est combiné aux interventions télévisées, pour démultiplier la parole, en jouant beaucoup sur l’humour. L’équipe qui travaille sur les réseaux sociaux est très jeune et a appris à maîtriser ces techniques pendant le mouvement du 15 mai. Les réseaux sociaux sont aussi utilisés pendant les débats internes.

Ivan du Roy. Pensez-vous qu’un Podemos « à la française » puisse émerger, et à quelles conditions ?

Héloïse Nez. C’est assez improbable, en tout cas pas avec la même configuration. La question préalable à se poser est pourquoi il n’y a pas eu l’équivalent d’un mouvement des indignés en France. La crise n’y a d’abord pas pris la même ampleur. En Espagne, le chômage dépasse vingt pour cent depuis 2010 et a frappé un jeune sur deux. Des centaines de milliers de personnes ont été expulsées de leur logement. Au premier trimestre 2012, on enregistrait une moyenne de cinq cent dix-sept expulsions par jour. Les partis politiques qui se sont succédé au pouvoir, le PSOE puis le Parti Populaire, pâtissent d’un très grand discrédit. Ils sont perçus comme coresponsables de la crise car ils ont été impliqués dans de nombreuses affaires de corruption. Il faut se souvenir qu’en France, en 2011, c’est encore Nicolas Sarkozy qui est au pouvoir. Nous sommes à un an de l’élection présidentielle. La plupart des militants de gauche espèrent alors un changement par les urnes. En Espagne, ils sont déjà dans une impasse électorale. Le système politique français favorise aussi davantage une logique majoritaire et présidentielle. La gauche non socialiste y est bien plus fragmentée, les écologistes, le Parti Communiste Français (PCF), le Parti de Gauche, les autres petites composantes du FDG et trois partis trotskistes, sans compter les tentatives balbutiantes de créer de nouveaux mouvements comme Nouvelle Donne. Il n’existe pas ici l’espace qui s’est libéré en Espagne. Enfin, il y a l’extrême droite qui a capitalisé le mécontentement face aux partis de gouvernement. Je ne crois donc pas à un Podemos « à la française ». La gauche française peut cependant s’en inspirer. En adoptant par exemple un discours qui partirait du quotidien des gens, un discours plus simple, « au moins Marine Le Pen, on la comprend », entend-on souvent à propos du Front National. Surtout, un discours qui transmette un message d’espoir. Podemos en use avec ses slogans comme « c’était quand, la dernière fois que vous avez voté avec espoir ». La gauche française peut aussi sortir de l’entre-soi. Les leaders de Podemos sont plus jeunes, Pablo Iglesias a trente-sept ans, et plus ouverts. Le mouvement possède pour l’instant une grande capacité à attirer de nouveaux militants. On leur laisse de l’espace, on ne leur reproche pas de n’avoir pas lu Antonio Gramsci ou tel penseur marxiste. Il n’y a pas de mépris, même si le niveau d’études ou l’exercice d’une profession intellectuelle sera valorisé. Quand Pablo Iglesias dit « nous voulons le gouvernement des meilleurs », il inclut les acteurs des mouvements sociaux, il les valorise. Je me souviens d’une aide-soignante, membre d’un cercle de Podemos, expliquant qu’elle ne se sentait pas la compétence et la légitimité d’être candidate dans sa ville, très endettée. Pour eux, Podemos sert aussi de lieu d’apprentissage. En France, l’assemblée nationale compte zéro ouvrier, un seul artisan et quatre employés, et l’âge moyen est de presque soixante ans. Seulement quatre pour cent des députés ont moins de quarante ans. Il y a peu d’espace pour de nouveaux entrants. La professionnalisation des élus y est très forte. « Si on gagne comme les gens, on gouverne pour les gens », explique Podemos. Même Pablo Iglesias était précaire quand il travaillait à l’université, pour neuf cent euros par mois. Il faut cependant faire attention, Podemos n’a même pas deux ans. La réorganisation plus verticale du mouvement a suscité des contestations internes. L’enjeu est aussi, au-delà des échéances électorales, la pérennité et la démocratisation de Podemos.

Héloïse Nez, Podemos, de l’indignation aux élections, éditions Les Petits Matins, octobre 2015, 15 €.

 


 

Communiqué d'Anticapitalistas, membre de Podemos, pour la nouvelle année
 
Vers la rupture démocratique et la fin de l'austérité

Source: http://www.anticapitalistas.org/comunicados/comunicado-de-anticapitalistas-para-el-nuevo-ano

Dimanche 3 Janvier 2016

Le résultat des élections législatives du Dimanche 20 Décembre 2015 a signifié un grand pas en avant pour Podemos et l’ensemble des forces du changement mais il nous reste encore à faire un grand bond en avant.

Notre ordre du jour est constitué à court terme, d’une part,  par la satisfaction des aspirations des classes travailleuses et des secteurs populaires qui ont enduré l’appauvrissement et l’humiliation générés par les draconiennes politiques de coupes budgétaires que le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) et le Parti Populaire ont imposés et constitutionnalisées par la réforme de l’article cent trente-cinq, d’autre part, par l’opposition frontale aux nouvelles exigences austéritaires de la troïka pour 2016 et enfin par le renversement d’un régime politique oligarchique et corrompu, pièce clé du système de spoliation du peuple, qui fait de la résistance.

La fenêtre d’opportunité reste ouverte

Suite aux élections, les couteaux sont tirés et rien n’est réglé. Mais rien n’est pareil à ce qui prévalait Samedi 19 Décembre 2015. Une composante essentielle, certes pas la seule, du régime de 1978, né de la constitution de 1978 instaurant la monarchie parlementaire, l’alternance « tournante », est touchée mais pas coulée. Il y a là une fenêtre d’opportunité inédite depuis 1978.

Les résultats obtenus par les forces du changement sont spectaculaires, en particulier là où ont été constituées des candidatures de convergence, Podem en Comu en Catalogne, En Marea en Galice, et Compromis Podemos dans le Pays Valencien. Il est une fois de plus démontré que l’unité est payante car elle n’induit pas une simple opération arithmétique, d’addition ou de soustraction de votes en fonction de la jonction qui se fait ou pas entre différentes forces, il s’agit d’une formule algébrique car elle créé de l’enthousiasme collectif, un sentiment de force et une dynamique expansive imparables.

Les résultats de Podemos ont également été spectaculaires dans les nombreux endroits où il s’est présenté avec sa « marque », en solitaire, et où il a engrangé un soutien inimaginable il y a quelques mois, cela a été le cas en Euzkadi, que ce soit dans la communauté autonome basque ou en Navarre, où les électeurs orphelins des vieilles forces de gauche en décomposition se sont saisis de notre bulletin de vote. Idem au Baléares où le travail mené rondement au parlement local et l’appui apporté par Podemos à la Marée Verte, structure de lutte dans l'éducation, à la culture et à la langue du cru ont trouvé leur pleine expression dans les suffrages recueillis, même chose aux Canaries ou encore à Madrid grâce au bon travail des élus au parlement de la communauté autonome et à l’appui apporté aux luttes en cours.

Le succès de la « remontée » dans les intentions de vote trouve son explication dans la demande populaire en faveur d’une alternative électorale pour le changement, dans le bon travail de terrain mené par de nombreux cercles et militants, dans les démarches de convergence politique, dans l’orientation adoptée par Pablo Iglesias au cours des principaux débats télévisés où il en a appelé au souvenir du mouvement du 15 mai 2011 et, malgré les insuffisances de construction de la campagne à la base, dans l’interaction enfin qui s’est produite entre Podemos et certains secteurs de la société civile.

Les défis de la situation après les élections législatives


La situation d’équilibre au parlement espagnol entre les forces électorales aux projets très divergents, voire antagoniques, entraîne un haut niveau d’instabilité et de volatilité politique. Du côté des forces conservatrices, l’objectif immédiat est d’assurer que l’Espagne reste gouvernable dans le cadre des intérêts de l’IBEX 35, le principal indice boursier constitué autour de trente-cinq grandes entreprises, ce qui implique que soit instauré le calme plat institutionnel via des formules sur le mode « un gouvernement à large spectre ». D’où l’intensification des pressions pour que soient à tout prix mis en place des « pactes » comme s’ils étaient en soi, indépendamment de leur contenu, une avancée, d’où également la ridicule comparaison faite entre les accords d’investiture signés dans les communautés autonomes et, en dépit des différences de nature et de compétences, ceux qui permettraient de constituer le gouvernement du pays.

Pour les classes travailleuses et populaires, l’objectif doit être l’établissement d’un scénario favorable aux intérêts de la majorité sociale en profitant de la faiblesse et du désarroi des forces du régime. La « gouvernabilité » dans l’intérêt de ceux d’en bas est celle qui apporte une solution à leurs problèmes, non celle qui assure la continuité du régime de 1978.

C’est pourquoi nous considérons un bon point de départ que soient posées, comme conditions fondamentales pour toute négociation d’investiture, les questions centrales modifiant réellement le visage du pays.

Le droit des peuples à décider est la seule garantie d’une solution démocratique satisfaisant les aspirations à la souveraineté qui ont cours dans les nations constituant l'état espagnol, état dont l’organisation territoriale, le système des autonomies, est entré en crise. Cette question est centrale dans l’actuelle conjoncture politique ainsi que l’ont exposé Xosé Manuel Beiras, figure historique du nationalisme galicien, et Xavier Domènech, tête de liste de Podem en Comu.

La croisade menée au nom de « l’unité de l’Espagne » par le Parti Populaire et des dirigeants socialistes de droite comme Susana Díaz, présidente de la communauté autonome d’Andalousie, n’est qu’une expression de leur dogmatisme nationaliste espagnol par lequel cherche à s’imposer, à l’intérieur d’un état plurinational, une identité nationale homogène. C'est aussi une expression de leur peur des urnes, de leur faible culture démocratique et de leur incapacité à forger les rapports de solidarité et de coopération entre les peuples.

La loi vingt-cinq, projet de « loi d’urgence sociale » défendu par Podemos dans les élections législatives du Dimanche 20 Décembre 2015, prenant appui sur l’article vingt-cinq de la déclaration universelle des droits humains garantissant les droits sociaux de base, permettant de répondre aux situations d’urgence sociale et proposant des solutions pour les expulsions de logement, l’affirmation des droits fondamentaux comme le droit à l’eau et à l’électricité et l’interdiction du ticket modérateur, constitue le programme minimum du mouvement du 15 mai 2011 et des Mareas, le premier pas incontournable pour engager la déconstruction des politiques néo libérales qui infligent des souffrances aux plus larges couches de la population.

Nous, forces du changement, allons devoir accompagner nos propositions faites depuis le haut de la construction du pouvoir et de mobilisations depuis le bas pour que notre démarche ne dérive pas vers un processus de négociation entre élites parlementaires et que les débats soient publics au sens le plus fort du terme, autrement dit qu’ils impliquent la participation active des citoyens et de tout le « mouvement réel » afin de dépasser l’état actuel des choses. Voilà pourquoi nous devrons expliquer et défendre nos propositions dans les quartiers, pour organiser les gens à tous les niveaux de la vie sociale et ainsi obtenir satisfaction sur ces revendications de fond que personne ne peut nous dénier.

Face à l’ingouvernabilité, des élections sur le mode constituant ?

Vu la situation du « labyrinthe parlementaire » après ces élections législatives, il est plus que probable que nous aurons des élections législatives anticipées. Il n’y a, par ailleurs, aucun sens à défendre une stabilité institutionnelle qui favorise les intérêts de la droite et de l’oligarchie. D’où la nécessité que les forces du changement se préparent en vue de ces élections et qu’elles le fassent de sorte que ce nouveau défi signifie une avancée pour les intérêts de la majorité sociale, une nouvelle progression de ceux qui, comme nous, proposent le changement en profondeur, soit une nouvelle constitution rendant possible la participation démocratique et une nouvelle politique économique au service de la majorité.

Vaincre le Parti Populaire, cet objectif de la majorité de la population, et engager les processus constituants sont les deux faces d’une même monnaie. Le maintien de l’hégémonie des forces du régime de 1978 dépend de deux données, le rapport de force entre les classes et le cadre juridico-politique par lequel ceux d’en face établissent leur position dominante.

En 2016 les forces du changement devront, sur la base du prestige acquis, favoriser et impulser l’activité, la mobilisation, l’auto-organisation et la participation démocratique du mouvement social pour renverser les positions établies. Elles devront, parallèlement et complémentairement, articuler les processus permettant de modifier le terrain de jeu.

Nous devrons nous engager dans ces élections avec une volonté constituante pour vaincre le Parti Populaire, prendre l ‘avantage sur le PSOE et battre à plate couture Ciudadanos, ce cheval de Troie qui vise à permettre au régime de se réformer lui-même pour trouver son salut et que nous devons démasquer avec plus d’énergie que jamais.

Plus de convergence des forces du changement, plus de Podemos

La première des questions à nous poser après les derniers résultats est la suivante, n’aurions-nous pas obtenu plus de voix et de sièges par la mise en œuvre générale, dans tout le pays, d’une politique unitaire permettant de faire converger les différentes forces qui avaient obtenu un grand succès, en mai 2015, à travers les candidatures municipales pour le changement ? La question de la convergence sera centrale dans les prochains mois.

Pour notre part, nous œuvrerons afin que Podemos et les forces convergentes fassent un saut qualitatif. Il nous faut construire des partis mouvements pluralistes et démocratiques, agissant au plus près des différentes réalités nationales et territoriales, qui soient profondément participatifs et promouvant la démocratie de base, renforçant en leur sein la coopération et la solidarité face à la concurrence entre individus, se montrant totalement ouverts à l’intégration de nouveaux activistes de gauche et se définissant comme des forces ennemies des misères du système. Ces partis-mouvements devront se montrer capables de mettre en place, à l’unisson d’autres forces du changement, les formules unitaires nécessaires, tant dans l'état espagnol qu’au  niveau international, pour créer la rupture démocratique, dégager des alternatives au service de la majorité et en défense de la souveraineté populaire, le tout en opposition aux politiques économiques et sociales néo libérales et autoritaires du pacte de stabilité de l’Union Européenne.

 


 

Psychose sécuritaire, par Bernard Fischer

Source: http://www.fischer02003.over-blog.com/2016/01/psychose-securitaire.html

10 janvier 2016

Deux jours après les attentats de novembre 2015 à Paris et à Saint Denis et la proclamation de l’état d’urgence, j’écrivais un message relatif à la situation française dans lequel je prévoyais une nouvelle campagne d’union nationale.

La réalité dépasse toujours l’imagination. La conscience est toujours en retard par rapport à l’existence. Nous sommes au centre de cette nouvelle campagne d’union nationale. Elle dépasse tous mes pronostics et les pires de mes cauchemars.

La première caractéristique de tous les attentats de masse aux Etats Unis et en Europe depuis quinze ans, c’est l’extraordinaire incapacité de prévision et de prévention de ces attentats par les services de sécurité. La principale conséquence sécuritaire des attentats de janvier 2015 était le démantèlement de la cellule de Verviers en Belgique. Le leader de la cellule de Verviers, un certain Abdelhamid Abaaoud, échappait à son démantèlement.

Cherchez son nom dans tous les médias français, belges et européens, pendant dix mois entre janvier 2015 et novembre 2015, vous ne le trouverez pas une seule fois. Nous connaissons la suite.
Les mêmes médias le présentent maintenant comme le cerveau des attentats de novembre 2015. Il mourrait dans l’assaut du RAID contre un immeuble de Saint Denis, Mercredi 18 Novembre 2015. Le jour même, les médias américains révélaient son identité. Les services de sécurité français attendaient le lendemain, le jour du vote de la prolongation de l’état d’urgence par l’assemblée nationale française, pour la révélation de son identité.

L’une des bases les plus fondamentales de l’actuelle psychose sécuritaire est l’ignorance, l’amnésie et la censure de l’histoire de la France, en particulier des trois épisodes de cette histoire les plus réactionnaires du vingtième et du vingt et unième siècle.

C’est d’abord l’oubli d’un détail de l’histoire de la deuxième guerre mondiale. La déchéance de la nationalité française est une obsession et un fantasme de l’extrême droite française depuis près d’un siècle.

Immédiatement après sa proclamation en juillet 1940, l’état français de Philippe Pétain multipliait les lois et les décrets de déchéance de la nationalité française, il y en avait plusieurs milliers dont les deux plus importants d’entre eux étaient Charles de Gaulle et Pierre Mendès France.
C’est ensuite en 1955 la guerre d’Algérie et le vote de la loi relative à la création de l’état d’urgence. Le soutien de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) de Guy Mollet à la guerre d’Algérie et ensuite au coup d’état de Charles de Gaulle et à la proclamation de la cinquième république en 1958 provoquait la disparition de la SFIO et la fondation du nouveau Parti Socialiste en 1971.

C’est enfin le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy en 2010 et sa proposition de déchéance de la nationalité française contre les auteurs de meurtres de policiers et de militaires. En 2010, les leaders du Parti Socialiste, dont François Hollande et Manuel Valls, prenaient position contre cette proposition. Dans leurs interventions à l’assemblée nationale, de nombreux parlementaires du Parti Socialiste faisaient la comparaison entre, d’une part, cette proposition et, d’autre part, les déchéances de la nationalité du régime de Vichy en 1940 et l’état d’urgence pendant la guerre d’Algérie.

Mais les médias français ne faisaient pas beaucoup de publicité pour ces interventions et ces comparaisons, dans une situation dans laquelle il y avait des menaces de poursuites judiciaires contre toute comparaison entre les politiciens contemporains et le régime de Vichy. C’est une autre histoire. 

 


 

Vingtième anniversaire de sa disparition, ce que les laïques doivent à François Mitterand, par Robert Duguet

16 janvier 2016

Issu d'une génération qui vient au socialisme par le combat laïque...

Nous sommes depuis quelques jours envahis par de nombreux articles ou documentaires télévisuels célébrant le vingtième anniversaire de la disparition de François Mitterand. J’appartiens à une génération venue au combat pour le socialisme après la grève générale de 1968. Issu d’une région, la Franche Comté, où l’église catholique à travers ses œuvres sociales – Action Catholique, mouvement Vie Nouvelle, syndicalisme chrétien reconverti dans la CFDT déconfessionnalisée – jouait à l’époque un rôle important. On se souviendra de la grève de Lipp en 1973 sous la direction de Charles Piaget, militant de l’ACO et de la CFDT. Une partie même de l’extrême gauche locale, PSU et même la toute nouvelle LCR, étaient constituée de militants issus de la gauche de l’église. La ville de Besançon qui restait ancrée avec Jean Minjoz dans la tradition de la vieille SFIO, après le départ en retraite de ce dernier, tombera dans l’escarcelle du courant rocardien du nouveau PS. Comme beaucoup de militants politiques, mon engagement s’est fondé sur une référence double au socialisme et à la défense de la laïcité de l’école et de l’état.

Laïcisme ? Laïcard ? Anticlérical primaire ? Attardé de la 3ème République ? Les noms d’oiseaux concernant un des principes fondateurs de l’émancipation de la pensée fusent. Aujourd’hui il faut s’excuser d’être laïque et anticlérical, c’est-à-dire hostile à la pénétration des églises dans l’espace public.

La loi Savary (1982-1984)

Le projet de loi Savary, élaboré dès 1982 et qui tombe définitivement dans les poubelles de l’histoire en juillet 1984, reposait sur une tentative d’accord avec la hiérarchie catholique, impliquant la création d’un grand service unifié laïc de l’éducation nationale, posé comme devant mettre fin au dualisme scolaire. Le préambule de la loi stipulait que la religion concourrait au service public et proposait ni plus ni moins l’intégration des collèges et lycées catholiques dans le service public, avec reconnaissance de leur caractère propre. La conséquence au niveau des personnels était que les enseignants des établissements catholiques seraient intégrés dans la fonction publique. La loi Savary aboutira à jeter les deux France dans la rue : toutes les associations dans la périphérie de l’église ainsi que les UNAPEL (parents d’élèves des écoles catholiques) mobiliseront leurs troupes avec beaucoup de détermination, évêques en tête, tandis que le mouvement laïque appelé par le CNAL (Comité National d’Action Laïque) se mobilisera mais de manière décentralisée et sur le mot d’ordre de service publique et laïque unifié parfaitement démobilisateur. La loi Savary, c’était ni plus ni moins, et ce que Michel Rocard en tant que premier ministre osera affirmer quelques années plus tard, régler la question laïque en généralisant à tout le territoire de la République le concordat réactionnaire d’Alsace Moselle qui nous vient des casques à pointe de Bismarck. Subventionner les écoles religieuses et fonctionnariser les ministres des différents cultes. Eins ! Zwei ! La loi Savary en aggravant les lois antilaïques précédentes remettait en cause l’article 2 de la constitution qui précisait que la République ne subventionne et ne salarie aucun culte. Cette affaire se conclura par une défaite majeure du mouvement laïque, et au-delà des principes sur lesquels aussi bien les confédérations ouvrières que les partis politiques de gauche étaient fondés, l’héritage de la grande révolution française, reprise par le mouvement ouvrier au XIXème siècle et prolongé par le combat pour une république sociale. L’église ne pouvait pas accepter, malgré les ouvertures inacceptables du gouvernement socialiste en sa direction, la fonctionnarisation se ses personnels, tout comme les laïques une démarche qui allait au-delà des lois antilaïques Debré-Guermeur portant sur le financement des écoles catholiques depuis 1962.

Un faisceau de forces politiques et syndicales qui ne défendent plus l'héritage du CNAL

Ce qui avait surpris les laïques et les militants, syndiqués ou membres de partis de gauche, c’était la brutalité de l’offensive. Rappelons que le gouvernement de Charles De Gaulle issu du coup d’état de 1958 s’attaque en 1960 à la question laïque à travers la loi Debré de financement de l’enseignement privé catholique. Le CNAL se constitue sur un texte de pétition rassemblant 10 millions de signatures, soit la quasi majorité du corps électoral, exigeant l’application du principe républicain : fonds publics à école publique, fonds privés à école privée. Un rassemblement de 500 000 personnes se tient à Vincennes en 1962 qui adresse un appel à la nation et qui légitime la création du CNAL. C’ est un cartel d’organisations dont la colonne vertébrale est le SNI (Syndicat National des Instituteurs) et la FEN (Fédération de l’Education Nationale). Il s’associe un certain nombre d’organisations qui le soutiennent dont les confédérations ouvrières (CGT et CGT-FO), partis politiques de gauche, certaines obédiences maçonniques. 
Toutefois une modification sur les positions de départ va s’opérer dans les années 1970. Le SNI et la FEN évoluent d’une position laïque, définie par le mot d’ordre portant sur l’attribution des fonds publics, vers le projet de création d’un grand service unifié laïque de l’éducation. Un faisceau de forces politiques et syndicales s’étaient disposées depuis 1970 sur la question laïque : le PCF a rompu depuis longtemps avec la laïcité, si tant est qu’il l’ait été un jour. Sa politique était passée en fonction des situations de la ligne ultragauche qui dénonce la social-démocratie comme l’alliée objectif de la droite ou du fascisme à l’alliance entre « celui qui croit au ciel et celui qui n’y croyait pas ». Dans le domaine scolaire le PC passera de même de la ligne gauchiste renvoyant dos à dos l’école catholique et l’école laïque bourgeoise à une laïcité ouverte. Le PC a à sa disposition dans le syndicalisme enseignant, rappelons que la FEN syndique à l’époque 500 000 fonctionnaires sur 800 000, un courant majoritaire dans quatre syndicats nationaux, dont surtout le SNES  (Syndicat de 80 000 personnels du second degré) ; il impulse le courant Unité et Action qui dans la décennie 1970-1980 est sur la ligne de la laïcité ouverte. Il critique le laïcisme de la majorité de la FEN, sous la direction de James Marangé. En 1972 se tient un colloque du CNAL qui voit s’élargir le cartel d’organisations soutenant le Comité : c’est alors que la CFDT et plusieurs composantes de la gauche de l’église y entrent. Et pour cause, le CNAL opère sa mutation par rapport à la ligne fondatrice. Mais le centre de cette évolution viendra avec la renaissance du Parti Socialiste à Epinay en 1970. François Mitterand en prend la direction sur la ligne de l’unification des deux cultures : celle qui vient du socialisme historique, espace qu’occupe en particulier le CERES de Jean Pierre Chevènement et celle qui vient des tenants du catholicisme social, accords directement pris avec les organisations de la gauche chrétienne (ACO, Vie Nouvelle…) Avec la SFIO sous la quatrième république des majorités se constituaient avec le MRP : c’est d’ailleurs dans ces jeux d’alliance qu’apparaissent les premières mesures antilaïques. Avec le parti d’Epinay le MRP s’installe dans le socialisme, il finira d’ailleurs par prendre définitivement le manche : Valls aujourd’hui envisage vraiment de constituer un parti qui efface toute référence à la social-démocratie, comme courant du mouvement ouvrier international.

Un président issu du Sillon de Marc Sangnier et des principes sociaux du Christianisme

Quelques mois avant la campagne électorale de 1981, François Mitterand publie un livre sous forme de dialogue dans lequel il développe l’ensemble de ses positions. Laissons-lui la parole sur la question de l’école et de la laïcité :

« Du fond de l'Église et du monde chrétien ressurgit l'appel initial. Le personnalisme d'Emmanuel Mounier acheva d'apporter au socialisme chrétien ses lettres de noblesse Un oncle, frère cadet de ma mère et mort à vingt ans, avait appartenu aux équipes de Sangnier. On m'avait élevé dans la piété de sa mémoire. J'entendais mes parents catholiques, et catholiques pratiquants, parler avec tristesse de cette Église si loin des humbles et pourtant qu'ils aimaient. La Bible a nourri mon enfance. Huit ans d'internat dans une école libre, à Saint Paul d'Angoulême, m'ont formé aux disciplines de l'esprit. Je ne m'en suis pas dépris. J'ai gardé mes attaches, mes goûts, et le souvenir de mes maîtres bienveillants et paisibles. Nul ne m'a lavé le cerveau. J'en suis sorti assez libre pour user de ma liberté. Comment après un tel apprentissage et quelque distance que j'aie prise avec lui, n'aurais-je pas été apte à comprendre qu'un socialiste avait le droit de croire en Dieu ! »

Le problème ne réside pas sur la question de croire ou ne pas croire, mais sur le fait que des organisations en tant que telle deviennent des forces de pénétration et de dénaturation d’un parti issu de la tradition social-démocrate. C’est très exactement ce qui s’est passé et cela a eu des conséquences désastreuses sur la question laïque.

Le 10 mai 1981 et ce qui s'en suivit

Bien sûr Mitterand n’est pas seul en responsabilité, il est aussi le produit des forces qui se sont exercé sur sa présidence. Le choix de Robert Chéramy, comme conseiller du président sur les problèmes de l’école, n’est pas anodin. C’est la direction de la FEN et son projet d’unification laïque. Mais Mitterand a la responsabilité principale : on lui doit la défaire laïque de 1984. Certes il y a eu des résistances dans la FEN, dans les confédérations ouvrières, dans les obédiences maçonniques, dans le PS, dans la gauche radicale : l’imposture du service unifié laïque a été épinglée par des secteurs militants.  L'intégration du privé dans un service laïc unifié c'était l'introduction en force du "caractère propre" des établissements dont le "projet d'établissement" inventé au même moment  était une première esquisse, mais qui connait dans le privé son expression la plus achevée. Ensuite la volonté d’intégration du confessionnel dans le public était une absurdité : nous avons été un certain nombre à considérer, comme Karl Marx du reste, que l'enseignement privé avait le droit d'exister, mais évidemment sans recevoir le moindre financement public de l'Etat. Le mot d’ordre du CNAL à l’origine « Fonds publics à école publique, fonds privés à école privée » était la sagesse même. Il défendait les droits de l’Etat républicain de garder jalousement la main, comme dirait Victor Hugo, « sur les organes de la pensée publique », tout en défendant la liberté absolue de conscience, donc la liberté de pratiquer un culte particulier et de fonder ou développer des écoles religieuses qui sont financées par leurs coreligionnaires.

Lorsque Mitterand prend le pouvoir en mai 1981, Louis Mexandeau était le responsable de la délégation nationale éducation du PS : son orientation restait ancrée sur la perspective de l’abrogation des lois antilaïques. Le premier gouvernement Mitterand-Mauroy se constitue : Mexandeau se retrouve ministre des PTT. Qui aura la main sur la délégation nationale à l’éducation ? Jean Louis Piednoir, militant issu du SGEN-CFDT. Les dés étaient jetés ! Et lorsqu’Alain Savary entamera les premières négociations sur la ligne de son projet d’unification, violemment attaqué au parlement par les députés RPR, il répondra : « Je vous fais observer qu’après l’élection de François Mitterand, nous aurions pu abroger les lois antilaïques en une nuit et que nous ne l’avons pas fait. » On ne peut pas être plus clair ! En fait la loi Savary s’insérait dans un plan de « réforme » plus global de l’Etat, les nouvelles exigences du capitalisme impliquaient d’abandonner les formes républicaines de l’Etat. Gaston Defferre qui devait promouvoir la première loi de décentralisation administrative défendra jusqu’au bout la loi Savary, parce que de son point de vue elle s’insérait dans l’esprit global de la décentralisation. Quant à la hiérarchie catholique, Monseigneur Lustiger, alors archevêque de Paris, publiera durant l’été 1982 une contribution dans le Monde expliquant que la loi de décentralisation était conforme au principe de subsidiarité défendu depuis toujours par l’église.

Mélenchon... la continuité du mitterandisme ?

Lors de ce vingtième anniversaire de la disparition du président défunt, voici les mitterrandolâtres qui nous reviennent et en particulier Jean Luc Mélenchon. Dans une vidéo présente aujourd’hui sur son blog intitulé « bilan raisonné de 1981 et de la présidence de François Mitterand » dans laquelle il est contraint de répondre à la question : le tournant de 1983 représente t’il une « trahison » par rapport à la politique mise en œuvre par la gauche en 1981. Il récuse la théorie dite de la trahison défendue par les polissons de l’extrême gauche  et explique : « Il n’y a pas de traitres, il n’y a que des gens qui tâtonnent ». Un peu court !

Nous pensons, en nous appuyant sur les faits et les citations, avoir suffisamment démontré que la trahison sur la question laïque vient de loin, qu’elle a vu s’impliquer un faisceau d’appareils  politiques et syndicaux depuis 1970 et qu’elle a abouti à une défaite majeure du mouvement laïque. Dans cet ensemble François Mitterand occupe une place centrale.

Les faits sont têtus, comme disait un barbichu célèbre!

 


 

Comment lutter contre le terrorisme ? Appel à la sagesse, par Chérif Boudelal

Source : http://www.fischer02003.over-blog.com/2016/01/appel-a-la-sagesse.html

Jeudi 24 Décembre 2015

On nous apprend qu'il y a deux « France » dans le pays des gaulois

Il y a les français « de souche » et les français « de greffe » qu’il convient de déchoir de leur nationalité en cas de mauvaise conduite.

Le président de la république française, François Hollande, et son premier ministre, Manuel Valls, entre autres, réclament la déchéance de leur nationalité des français d’origine étrangère nés en France lorsqu’ils commettent des attentats et possèdent la double nationalité. Ceci faire revenir la France au temps le plus obscur de son histoire. On se souvient que ces mêmes membres du Parti Socialiste critiquaient sévèrement la même sanction proposée par Nicolas Sarkozy, du temps de son mandat présidentiel, contre des jeunes d’origine étrangère en disant que quand on tire sur un agent chargé des forces de l'ordre, on n'est plus digne d'être français.

Deux questions à tous ces brillants patriotes qui dirigent ou ont dirigé la France.

Quand c’est un français « de souche » qui tire sur des agents chargés des forces de l'ordre, ou commettent des attentats terroristes, qu’est-ce que vous en faites ?

Est-ce que cette décision s’appliquera également aux franco-israéliens qui vont faire leur service militaire au sein de l’armée israélienne qui terrorise le peuple palestinien vingt-quatre heures sur vingt-quatre et douze mois par an ?

La sagesse est meilleur conseil.

Cherchez plutôt les causes des problèmes pour réparer les erreurs passées et non leurs conséquences qui sont irréparables. Et les solutions existent si des hommes et des femmes dévoués à leur pays et à leur peuple ont la volonté de servir, d’abord et avant tout, les intérêts de la France et des français. Pour ce faire, il suffirait de faire en sorte que la justice soit la même pour tous sur le même pied d’égalité. Trois étapes essentielles sont nécessaires à accomplir pour y arriver.

Il convient de faire en sorte que des centaines de milliers de jeunes ne soient plus des exclus de la république française pour éviter à ce que des criminels ne viennent recruter parmi eux des mercenaires pour exécuteur leur plans terroristes.

Si l'état français veut protéger son peuple, il doit d’abord cesser de suivre, tête baissée, les Etats Unis dans leur croisade impérialiste pour humilier les peuples chez eux dont le but est de piller leurs richesses.

Pour gagner l’amitié des peuples, l'état français devrait rapatrier toutes ses bases militaires et ses soldats qui font le gendarme dans les pays du tiers monde pour protéger les régimes réactionnaires de ces pays qu’elle protège pour protéger ses sociétés multinationales qui humilient et affament les peuples chez eux en pillant leurs richesses.

Quand on veut vivre en paix chez-soi on ne doit pas aller faire la guerre aux autres chez eux pour susciter haine et vengeances au sein des peuples victimes auxquels on viole les souverainetés de leurs pays. Quand on va bombarder les peuples chez eux on ne doit pas attendre d’eux des bouquets de fleurs, c’est évident.

Et enfin, que ce gouvernement et tous les autres qui lui succéderont sachent que la victoire contre le terrorisme réside dans la politique intérieure et extérieure de l'état français. Un conseil fraternel d’immigré au peuple français et à ses gouvernants, n’allez pas loin pour avoir la paix et la tranquillité chez vous. Cherchez la faille dans les politiques sociales injustes vis-à-vis d’une partie de la population française conduites depuis des décennies par les gouvernements qui se sont succédé.

Appliquez le sage adage qui dit « mieux vaut prévenir que guérir » et vous serez en paix et mieux aimés aussi bien en France que dans le monde. Si par bonheurs des dirigeants sages, compétents, sincères et dévoués à leur pays et à leur peuple arrivent au pouvoir et appliquent ces simples conseils, la France ne connaitra plus jamais de terrorisme sur son sol.

Bonne année 2016 à toutes et tous, malgré tout, que la paix et la fraternité dominent la haine et l’hostilité entre les peuples. Et que leurs bourreaux redeviennent plus humains.

Tous ces problèmes sont traités dans mon livre, « l'immigration de peuplement en France au vingt et unième siècle », aux éditions Edilivre, 2014, dans lequel des propositions ont été faites aux gouvernants français. Ces mêmes proposition ont étés soumises aux gouvernant français à plusieurs reprises depuis les années 1990 mais apparemment les dirigeants n’arrivent pas à évoluer avec la société française.

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