Blog de Robert Duguet - Janvier 2018 /contact:

Le deuxième portrait de Frida Kahlo, par l'artiste Marko, rue de l’Ourcq, Paris 19ème arrondissement, 2015.

L’espace Citoyen du Val d’Yerres organise un débat public le 20 janvier, présentation par Robert Duguet.

Fédérer le peuple et/ou Reconstruire la gauche...



En tant que militant anticapitaliste j’ai participé à la constitution d’une association, dénommée « Espace citoyen du Val d’Yerres », couvrant principalement les communes de Yerres-Crosne-Brunoy-Montgeron. Cette initiative, prise par des militants appartenant à plusieurs sensibilités de la gauche, nous a semblé nécessaire après la calamiteuse campagne législative de l’an dernier : dans notre circonscription nous étions confronté au fait que le député Nicolas Dupont Aignan avait passé accord avec le FN de Marine Le Pen. Beaucoup de nos concitoyens n’ont pas accepté ce fait et des manifestations importantes ont eu lieu à Yerres. Il nous semblait opportun de réunir derrière une candidature unitaire tous ceux et celles qui s’opposait à l’orientation du député sortant et de confirmer le bon score réalisé par Jean Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle et qui refusait la dérive pro-macroniste de la gauche social-libérale. La France Insoumise, mouvement de Jean Luc Mélenchon, a rejeté toute alliance avec d’autres composantes, et a en particulier jeté l’ostracisme contre le PCF, ajoutant de ce fait un élément supplémentaire dans la décomposition de la gauche. Nous ne pouvions l’accepter.

Il nous a donc semblé indispensable de créer un lieu politique de libre discussion démocratique et de prendre date pour reconstruire une gauche digne de ce nom : dans le champ de ruines qu’est aujourd’hui la gauche, il faut rendre la parole aux citoyens et leur proposer des outils pour comprendre la situation. Il faut que les citoyens reprennent confiance dans l’action publique et s’auto-organisent.

L’article 1 de nos statuts stipule ceci :

« L’« Espace citoyen du Val d'Yerres » a pour objectif de regrouper tout-es les citoyens-nes qui souhaitent construire un nouveau projet politique et social de gauche. Ce projet porterait l'avènement d'une République laïque, sociale et écologique et d'une société émancipatrice qui éradiquerait toute forme de discrimination.
Elle regroupe celles et ceux qui veulent réfléchir et participer à l'élaboration des principales mesures qui permettraient de sortir de la crise économique, sociale et écologique dans laquelle le capitalisme a plongé l'humanité. »

Partis de la réflexion qu’un seul courant politique, en l’occurrence France Insoumise, ne peut à lui seul affronter la politique de Macron et reconstruire le front politique d’une gauche de rupture anticapitaliste, nous sommes amenés aujourd’hui à une réflexion approfondie sur le populisme de gauche, puisque Jean Luc Mélenchon, après sa rupture avec le Front de Gauche, rallie les thèses de Chantal Mouffe.

Nous proposons de mener le débat sur cette question, vous trouverez dans le texte du tract les éléments que nous avançons pour notre débat public du 20 janvier.

Il est des période de l'histoire où tout semble perdu, il est aussi d'autres périodes où une étincelle peut mettre le feu à toute la plaine...

 



 

5 janvier 1968, il y a 50 ans commence Prague, par Robi Morder

Source : Mediapart Le Blog de Robi Morder


 

Présentation: Il y a 50 ans, le 5 janvier 1968 Dubcek remplace Novotny à la direction du Parti communiste tchécoslovaque. Plus qu’une révolution de palais, c’est le début du « Printemps de Prague ». Comme le soleil, 1968 se lève à l’Est, avec la promesse d’un « socialisme à visage humain », celui d’une dynamique d’autogestion incarnée par les conseils de travailleurs.

Robi Morder, « L’autogestion au prisme du printemps de Prague. Le mouvement des conseils de travailleurs en Tchécoslovaquie en 1968 et 1969 », in  l’Encyclopédie internationale de l’autogestion, éditions Syllepse 2010-2015.

« Prague n’a touché l’opinion révolutionnaire que dans la semaine de sa chute ». (Gilles Martinet, Les cinq communismes, ).

Les changements intervenus début 1968 au sein du Parti communiste tchécoslovaque, remplacement de Novotny par Dubcek à la tête du Parti communiste en janvier, puis par Svoboda à la présidence de la Fédération en mars, ne se réduisaient pas à une révolution de Palais. La « société civile » mise en mouvement, s’était engouffrée dans les brèches : abolition de la censure, liberté d’expression, et au sein même des entreprises naissance de « conseils d’entreprise » ou « conseils de travailleurs » qui vont se multipliant et se coordonnant principalement après le 21 août 1968 jusqu’à la fin 1969.

La civilisation au carrefour, la Tchécoslovaquie au feu rouge

Crise économique et réformes dans les années 1960.

Au début des années 1960, les difficultés économiques se traduisent tant par la baisse du revenu national brut, que des salaires nominaux et réels. « Le culte du plan » est mis en cause (Radoslav Selucki, 1963). Une réforme économique est tentée, avec une place plus importante donnée aux directeurs d’entreprise, entreprises plus autonomes dans une planification désormais indicative. Les blocages au sein du parti, des appareils de l’Etat, et surtout des organes économiques et de planification amènent le 13ème congrès du PCT en 1966, à constituer, en plus de l’équipe d’Ota Sik chargée de la réforme économique, une « commission d’Etat pour la gestion et l’organisation ». Il est question d’accorder une place plus importante à la « participation ouvrière ». Les réformateurs doivent chercher l’appui d’autres forces sociales, et certains d’entre eux n’entendent pas se contenter de remplacer les bureaucrates par des technocrates. Parallèlement, à partir de 1963, année du troisième congrès des écrivains qui dénonce le culte de la personnalité, une certaine libéralisation politique – limitée mais réelle, aboutit des changements : libérations de prisonniers politiques, réhabilitations de condamnés des procès des années 1950, voyages à l’étranger plus aisés, modifications du code du travail. Ces processus, impulsés par la direction et une partie de l’appareil du PCT, avec l’appui des intellectuels, amoindrissent la rigidité bureaucratique dans la vie quotidienne des groupes sociaux.

Travail et travailleurs à l’ère de la révolution scientifique et technique.

La Tchécoslovaquie disposait déjà d’un prolétariat développé dans l’entre-deux-guerres. La composante ouvrière forte en 1947 (53%), augmente légèrement (57,6% en 1970), ce sont les effectifs d’employés qui doublent dans le même temps (de 16% à 31,7%).  L’industrialisation  a provoqué d’intenses migrations vers les villes, alimentant particulièrement l’industrie lourde. En 1970, les 3800000 travailleurs se trouvent en majorité dans l’Industrie. L’autre (petite) moitié se partageant entre la construction (11%), les transports  (8%), le commerce (5%) l’agriculture et forêts (10%), et autres (12%). Les statistiques confirment une promotion ouvrière certaine, et une part non négligeable d’anciens ouvriers a intégré l’appareil de gestion, ce qui ne signifie pas gestion ouvrière. En 1963 sur 11 941 directeurs et adjoints, seuls 2822 ont une instruction supérieure, situation critiquée par les réformateurs qui y voient une grande faiblesse de l’encadrement.

Sous la direction du philosophe Radovan Richta, une équipe pluridisciplinaire de 45 spécialistes, constituée sur l’initiative conjointe du comité central du PCT et du président de l’Académie des sciences, rend publique en 1966 une synthèse de ses travaux, sous l’intitulé La civilisation au carrefour. Au cœur de cet ouvrage, la « révolution scientifique et technique » (RST) et ses conséquences sur la société. la RST inverse la tendance à la parcellisation des tâches issue de la révolution industrielle, l’automation élimine la masse de travail simple et transforme le travail complexe. Avec la « révolution tertiaire », la transformation du travail humain en activité créatrice implique une « révolution des qualifications » et une « révolution dans l’éducation », Une transformation radicale doit toucher les systèmes d’organisation et de commandement et réduire la dichotomie entre dirigeants et dirigés. De manière différente de ce qui existe dans les pays capitalistes. La RST doit être utilisée à des fins humaines. L’équipe de Richta met l’accent sur le développement de la formation et des qualifications, pour mettre en pratique des modèles de gestion faisant appel à l’initiative humaine, ce qui concerne non seulement les entreprises, mais l’ensemble de la société.

 1968/1969 : feu vert pour les conseils de travailleurs

Tout au long de 1968 et 1969, la participation à la gestion et la place des ouvriers dans le système politique restent étroitement imbriqués. Le « processus d’en bas » prend le dessus, avec des objectifs structurels modifiant qualitativement les processus de réformes.

 L’expérience du mouvement ouvrier

L’expérience de la classe ouvrière tchécoslovaque est riche. En Août 1944, les syndicalistes jouent un grand rôle dans la mise en place des nouvelles institutions. Des conseils d’entreprise sont censés jouer un rôle dans le contrôle de la production et la gestion des usines.  Toutefois ils perdent rapidement toute indépendance. Après la prise du pouvoir par le Parti communiste la fonction revendicative  des syndicats se transforme en instrument de mobilisation des travailleurs pour la production. « L’effort du travailleur » est la forme prônée de la « participation des travailleurs à la gestion ». Les organes syndicaux dans l’entreprise bénéficiaient, en principe, d’attributions étendues (préparatifs du plan, conclusion des conventions collectives, avis sur les investissements).  Les décisions de la direction d’entreprise sont soumises à l’approbation syndicale (sur les salaires, les heures de travail, les primes, l’embauche, le licenciement, la répartition des travailleurs dans les catégories de classification). Mais ces droits sont en réalité soumis aux directives émanant du gouvernement.  Le directeur d’usine, est choisi en général par l’Etat, c’est à dire par le parti au pouvoir. En vertu de son « rôle dirigeant » la cellule du parti supplante la section syndicale.

 Premiers vents printaniers dans les usines

Après l’appareil, après les intellectuels et les étudiants, c’est le tour des travailleurs. L’autogestion est un sujet de discussion dans les usines. En avril 1968, le PCT adopte un programme d’action qui annonce le principe de l’autogestion de la propriété sociale (et non plus d’Etat) sans en définir les contours. Faisant pression sur les directions, la base syndicale se mobilise. Dès la mi-mai se réunissent commissions, assemblées pour préparer une loi sur « l’entreprise socialiste ». Des grèves éclatent contre l’incompétence de certains dirigeants d’entreprise. Des conseils commencent à se mettre en place début juin, dans les forteresses ouvrières de CKD-Prague (usine W. Pieck)  et à Skoda Plzen.

Partant des problèmes matériels et économiques, le mouvement des conseils prend une dimension politique : la participation démocratique tant dans l’entreprise que dans la société.  D’un côté des économistes et des directeurs, soutenus par les organes dirigeants du parti et du gouvernement, ne pensent attribuer aux conseils que des pouvoirs limités dans un système de cogestion, pour créer un climat favorable à la rationalisation de la gestion et à l’augmentation de la productivité. Le parti utiliser le terme de « conseils d’entreprise » plutôt que « conseils de travailleurs ».

Une autre conception d’inspiration autogestionnaire s’affirme. Les conseils doivent d’élaborer eux-mêmes les objectifs de production. Avec une vision  plus politique, les partisans de l’autogestion préconisent la coordination des conseils comme expression indépendante du mouvement ouvrier.

Le 8 juin par le gouvernement des « principes provisoires pour la constitution des conseils de travailleurs », discutée dans une réunion nationale consultative des syndicats le 20 juin, publiée le 30 juin 1968 dans le quotidien Rude Pravo. Les travailleurs sont considérés désormais comme « producteurs et co-entrepreneurs socialistes » associés à l’élaboration de la politique économique. Il n’est pas prévu de conseils dans les services publics. Les syndicats demandent qu’on ôte toute référence aux « organes supérieurs ». Les 30 juin des directives autorisent la constitution de conseils « à titre expérimental », ce qui commence à se concrétiser durant l’été.

Le mouvement des conseils s’amplifie après l’intervention soviétique

Avec l’invasion du territoire le 21 août 1968, le processus s’accélère et se politise.

Le congrès clandestin du PCT se prononce en faveur d’une conception plutôt autogestionnaire. Le 23 août, une grève générale de protestation contre l’invasion mobilise les travailleurs. La dynamique unissant la « gauche politique », les structures ouvrières et les étudiants est engagée. Dans les usines,  travailleurs et syndicats menacent de recourir à la grève si le comité central – qui se réunit le 14 novembre 1968 – condamne la politique d’avant août. Les étudiants, eux, font grève en novembre sur la base des « dix points », parmi lesquels : le refus de la « politique des concessions » aux soviétiques, la poursuite des conseils. Dans les entreprises, sous diverses formes, la solidarité avec les étudiants se manifeste : tracts, sirènes, envois de motions, résolutions syndicales, collectes d’argent, et même courts arrêts de travail. Au congrès de la fédération de la métallurgie (900 000 adhérents), les 1200 délégués ratifient un accord intervenu avec l’union étudiante.

Les conseils se multiplient : 19 en septembre, 120 fin 1968, malgré la prudence du gouvernement qui estime le 24 octobre qu’il n’est pas utile de poursuivre cette expérience. En janvier 1969, dans l’usine Skoda, à Plzen, les délégations de 182 grandes entreprises représentant 890 000 salariés, soit plus du quart des travailleurs de Tchécoslovaquie, se réunissent en une rencontre consultative. Rudolf Slansky, fils d’un des condamnés des procès de Prague des années 1950, propose de constituer un comité consultatif des conseils. Le mouvement continue encore. Le congrès des syndicats se réunit du 4 au 7 mars 1969 réclame la légalisation des conseils ouvriers, pressant à son tour le gouvernement d’adopter la loi sur l’entreprise socialiste, condamnant l’intervention des pays du pacte de Varsovie.

En juin 1969 plus de 300 conseils sont en place, à l’été 1969 l’on compte 500 entreprises et plus d’un million de travailleurs concernés.

De la cogestion à l’autogestion.

Les statuts réels des conseils dépassent souvent les préconisations des dirigeants de l’Etat et du parti. Des enquêtes sociologiques sont menées. Les représentants élus du personnel de l’entreprise forment en général entre les 2/3 et les 4/5 du conseil, les membres. Il arrive même que les membres externes soient choisis par l’ensemble du personnel.

Les conseils sont élus au suffrage universel et au scrutin secret. Selon les cas, pour être élu, il faut remplir des conditions de connaissance de l’entreprise et d’ancienneté variant de 2 à 5 années. Le conseil doit être composé des représentants de tous les secteurs d’activité de l’entreprise.  Loin de seuls attributs consultatifs, tous les statuts réservent au pouvoir intégral du conseil : la nomination et la révocation du directeur, la nomination des autres membres de la direction d’entreprise. Dans certains cas, le pouvoir du conseil s’étend à d’autres questions relatives à la gestion. Beaucoup prévoient un droit de véto des conseils sur de nombreuses questions au delà des grands investissements.

25% des membres élus ont suivi un enseignement général, 50 % des études secondaires, (mais la moitié seulement d’entre eux les ont achevées), et 25% sont issus de l’enseignement supérieur. La majorité des salariés élus sont les techniciens (plus des deux tiers), les ouvriers n’en représentant qu’un quart, ce sont surtout des ouvriers qualifiés. On pourrait interpréter cette sous-représentation ouvrière comme un manque de confiance en soi. Toutefois, la présence importante de travailleurs qualifiés, techniciens a été un argument de « compétence » opposé aux adversaires de l’autogestion qui prédisaient de grands gaspillages et difficultés à cause du dilettantisme, voire de l’irresponsabilité supposés de la masse des travailleurs non éduqués,  comme si la nomination des directeurs par l’appareil politique, administratif et économique de l’Etat avait été un gage de compétence.

Obstacles et freins

D’après les enquêtes, les salariés de l’appareil syndical, notamment ceux qui exercent leurs fonctions depuis plus de dix ans, sont critiques vis à vis des conseils de travailleurs, ce qui les distingue des militants et « jeunes fonctionnaires » syndicaux. Il faut rappeler que l’appareil des syndicats a connu un profond renouvellement. D’abord lente, il s’accélère après l’intervention soviétique. Fin 1968, 70 à 80% des dirigeants syndicaux ont été remplacés.

A la recherche du compromis avec les soviétiques, la direction dubcekienne, freine. Le comité central en janvier 1969 avait confirmé le programme d’action 1968, mais en février 1969 le projet du gouvernement ramène à une forme limitée de cogestion, (un tiers uniquement de représentants élus des travailleurs, droit de véto accordé à l’Etat et aux directeurs).

Le 3 avril , la censure est rétablie. Le 17 avril, Dubcek est contraint de quitter la direction du PCT, Husak lui succède. Le 29 avril 1969, le Conseil national tchèque annonce le report à une date indéterminée de la discussion du projet de loi. Le 31 mai Cernik, premier ministre, abandonne l’autogestion industrielle. Il n’y aura pas de loi sur les conseils,

L’union des étudiants est dissoute en juin 1969, et les comités syndicaux de subissent de véritables purges. A l’usine Skoda, le conseil décide de se dissoudre en novembre 1969. Au cours de l’année 1970 50 000 syndicalistes sont démis de leurs fonctions. En septembre 1970, l’union des écrivains est dissoute. Dans le parti communiste, la purge a atteint un demi-million de membres.

Fin 1969, le comité central « normalisé » du PCT, estimant trop larges les compétences des conseils, et trop élevé le nombre de travailleurs des entreprises en leur sein,  considère qu’ils ont affaibli le travail et l’efficacité des directions d’entreprise. Des conseils auraient suivi des « tendances extrémistes et anarchisantes » affaiblissant le rôle du Parti. Certes, le « dépérissement de l’Etat » et l’autogestion demeurent comme « buts », mais ce sont des « buts éloignés ». Comme l’évoque Vercors dans « Le voyage dans l’hiver », en attendant le parti se « sacrifie » pour assumer les tâches ingrates. « L’autogestion et ses lourdes responsabilités prendraient trop de temps aux travailleurs, et trop d’énergie intellectuelle, les privant ainsi des loisirs dont ils ont besoin ». Les conseils s’éteignent de bon ou – plus fréquemment – de mauvais gré.

Craignant une restauration du capitalisme, dans le tiers-monde, de nombreux partis, et gouvernements comme à Cuba, ont approuvé l’intervention soviétique au nom du refus d’affaiblir le « camp socialiste ». Un maoïste italien, Marco Maccio, dans Les Temps Modernes en avril 1969, tout en condamnant l’intervention, critique les réformes du printemps Tchécoslovaquie qui risquaient de la réinsérer, comme la Yougoslavie, dans le marché mondial.

En occident, et particulièrement en France, il sera peu question de cette expérience, si l’on excepte des courants intellectuels, politiques ou syndicaux déjà acquis aux thèses autogestionnaires. La revue l’homme et la société publie en 1968 même un numéro regroupant des textes des sociologues tchécoslovaques, dont ceux de Richta. Yvon Bourdet, Pierre Naville, Victor Faye, et d’autres militants ou proches de la CFDT, du PSU, oppositionnels du PCF ou membres des courants « marxistes-révolutionnaires » publient des articles. La revue Autogestion y consacre des contributions, puis un numéro spécial. Dans la presse militante, comme dans Sous le drapeau du socialisme,  l’Internationale ou Commune (journaux de l’Alliance Marxiste Révolutionnaire, ou des Comités communistes pour l’autogestion) l’on (re)publie au cours des années 1970 et 1980 à titre de « document » les statuts du conseil de l’entreprise CKD – usine W Pieck, qui est aussi publié dans la revue Autogestion, et dans le livre Prague, la révolution des conseils ouvriers, qui paraît en 1977. Dans le parti communiste français et ses dissidences, Roger Garaudy, qui avait utilisé en 1963 à l’occasion du  congrès des écrivains l’expression « printemps de Prague », revient longuement à partir de la révolution scientifique et technique et les textes de Richta sur l’expérience tchécoslovaque dans Le grand tournant du socialisme publié en 1969.  Mais tout cela demeure dans des cercles restreints. Sans doute l’expérience autogestionnaire de 1968/1969 a été plus « discrète », et s’est retrouvée « étouffée » entre le long temps du modèle Yougoslave d’une part, et les grèves ouvrières, puis la formation de Solidarnosc et de son programme pour l’autogestion dans les années 1980.

En Tchécoslovaquie même, l’expérience nourrit des réflexions telles celles de Petr Uhl dans Le socialisme emprisonné. En 1977, un tiers du millier de signataires de la « Charte 77 » étaient des ouvriers. La chute du mur de Berlin et la « révolution de velours », ont permis le rétablissement de libertés politiques. Mais l’arrivée des investisseurs étrangers s’est accompagnée de la liquidation des anciens droits des salariés et de leurs représentants. Des idées du printemps 68, le marché a bien été retenu mais amputé de la propriété sociale et de l’autogestion qui en étaient alors indissociables.

 Bibliographie succincte :

Numéros spéciaux de revues :

« Sociologie tchécoslovaque et renouveau de la pensée marxiste », L’Homme et la société, N° 9, juillet – septembre 1968.

« Conseils ouvriers en tchécoslovaquie », N° spécial, Autogestion et socialisme N° 11-12, mars-juin 1970.

Recueils commentés de documents :

Jiri Pelikan,  Le congrès clandestin, protocole secret et documents du XIVème congrès extraordinaire du parti communiste tchécoslovaque, Le Seuil, Paris, 1970.

Pierre Broué, Ecrits à Prague sous la censure, août 1968 – juin 1969 , (chap V, « Conseils ouvriers et autogestion »), EDI, Paris, 1973.

Jean-Pierre Faye, Vladimir Claude Fisera, Prague, la révolution des conseils ouvriers, 1968-1969, Seghers/Laffont, Paris, 1977.

Autres contributions

Milos Barta, « Les conseils ouvriers en tant que mouvement social », Autogestion, N° 9-10, septembre – décembre 1969.

Karel Bartosek, « rencontre inattendue en tchécoslovaquie (octobre 1968 – juin 1969) », in

François Fejto et Jacques Rupnik, Le printemps tchécoslovaque 1968, Ed. Complexe, Bruxelles, 1999.(notamment les contributions de Jaromir Veprek sur la réforme économique et d’André Gauron sur la politique d’Ota Sik).

Joseph et Vladimir Fisera, « cogestion des entreprises et économie socialiste, l’expérience tchécoslovaque, 1967-1970 », Revue de l’Est, Vol 2, N° 1, CNRS, Paris, 1971.

Gilles Martinet, Les cinq communismes, Le Seuil, collections points, Paris, 1974.

Robi Morder, « Prague, un Printemps en hiver, Conseils de travailleurs et autogestion en Tchécoslovaquie, 1968/1969 », in Geneviève Dreyfus Armand (coord), Les années 68, un monde en mouvement, BDIC, Syllepse, 1968.

Jacques Rupnik, « La classe ouvrière tchécoslovaque », in « Structures sociales en Europe de l’Est (2. Transformation de la classe ouvrière) » Notes et études documentaires, N° 4511-4512, 10 mai 1979, La Documentation française, Paris, 1979.

Radovan Richta, la civilisation au carrefour, Antrhopos, Paris, 1969 (réédité au Seuil, collection politique, 1974)

Rudolf Slansky, « Les premiers pas de l’autogestion en Tchécoslovaquie », Autogestion, N° 7, décembre 1968.

Petr Uhl, le socialisme emprisonné, La Brèche, Paris, 1982

Petr Uhl, « Réformer d’en haut ou démocratie d’en bas », L’homme et la société, N° 2-3, 1988 (nouvelle série, N° 88-89)

 


Attention... si la classe ouvrière allemande commence à tousser, Macron et l'Union Européenne vont vraiment s'enrhumer!

Macron offre un cheval de la garde républicaine au président chinois...Quand les retraités français auront bientôt à bénéficier de la politique de Macron (augmentation de la CSG de 1,7%), après les obsèques nationales de Johnny qui coûteront 650 millions au contribuable, Louis XVI continue les dépenses somptuaires...

IG Metall, ce puissant syndicat allemand lance une grève qui risque de ringardiser nos 35 heures, parce que réclamer une hausse de salaire de 6% ne suffit pas…, par Jean-Baptiste Duval

Jean-Baptiste Duval est chef de rubrique Economie et Technologie au HuffingtonPost.

Le 08 janvier 2018

 


 

Le puissant syndicat allemand de la métallurgie IG Metall a donné ce 8 janvier le coup d’envoi d’un bras de fer social qui s’annonce comme l’un des plus durs de ces dernières années en Allemagne. Plusieurs dizaines de débrayages sont en cours dans tout le pays, en particulier dans le secteur automobile, pour soutenir des revendications portant notamment sur la réduction du temps de travail à 28 heures hebdomadaires.

Conformément à une stratégie bien huilée, les arrêts de travail affectent des entreprises soigneusement choisies, dont Volkswagen, Porsche, Otis et Bombardier, dans l’ouest en Rhénanie du Nord-Westphalie, avec 700.000 grévistes annoncés, dans le sud avec le Bade-Wurtemberg et dans l’est avec les régions du Brandebourg, de Saxe et Berlin.

IG Metall entend renforcer sa pression dès le 9 janvier, en appelant à débrayer dans 143 entreprises, et le mouvement doit durer au moins une semaine après de premières grèves d’avertissement très localisées la semaine dernière, notamment chez Porsche.

La semaine de 28 heures avec compensation salariale partielle

Depuis octobre, le syndicat exige pour les 3,9 millions d’employés du secteur une augmentation salariale de 6%. La fédération patronale Gesamtmetall propose 2%. Rien d’inhabituel. En général, les parties se retrouvent à mi-chemin.

Mais le conflit porte surtout cette fois sur un aménagement inédit du temps de travail demandé par IG Metall: le passage de la semaine de travail de 35 à 28 heures pour ceux qui le souhaitent, avec compensation partielle du manque à gagner salarial par l’employeur. La formule serait valable deux ans au maximum et l’employeur devrait garantir un retour à un poste à plein temps.

Le patronat du secteur la juge inadmissible et impraticable. Il estime que près des deux tiers des salariés seraient éligibles à cet aménagement du temps de travail et redoute un casse-tête administratif et des ateliers dépeuplés.

Les employeurs soulignent également le risque de discrimination en cas de mise en place de ce régime pour les employés travaillant déjà à temps partiel pour un salaire réduit d’autant.

Cette question a déjà fait achopper des négociations de branche à l’automne. Si l’impasse se confirme, l’étape suivante pourrait être la grève dure, une rareté dans ce pays pétri de culture de la cogestion. Sans avancée du patronat, il sera « extrêmement difficile de mener cette négociation salariale à bien en se bornant à des grèves d’avertissement », a prévenu ce week-end un responsable d’IG Metall, Roman Zitzelsberger.

Une telle grève serait une première en Allemagne depuis 2003

Les débrayages accompagnent traditionnellement les négociations salariales en Allemagne. En revanche, IG Metall n’a pas organisé de grève nationale et illimitée depuis 2003.

Gesamtmetall menace, lui, de porter l’affaire devant les tribunaux. Le ton est déjà très âpre entre partenaires sociaux, dans un pays qui s’était habitué ces dernières années à des négociations sociales plutôt apaisées dans un contexte de bonne santé de l’économie.

La menace d’un conflit à durée indéterminée dans des industries florissantes et clés pour l’Allemagne, comme l’automobile ou les machines-outils, inquiète les patrons du secteur.

« Les grèves ne sont généralement pas un moyen approprié pour résoudre les conflits salariaux, elles nuisent à l’exportation, donc à l’entreprise et in fine aux employés », a prévenu Bertram Brossardt, le dirigeant du patronat bavarois de la métallurgie et de l’industrie électrique.

IG Metall arrive à la table des négociations en position de force, porté par une conjoncture au beau fixe. Tous les fondamentaux de l’économie allemande, emploi, exportations, inflation, sont dans le vert. Après avoir exigé pendant des décennies la redistribution des fruits de la croissance, IG Metall apporte cette fois une revendication neuve dans le paysage syndical mondial.

Avec près de 2,3 millions d’adhérents, IG Metall, qui défend les salariés toutes catégories confondues dans l’industrie (Siemens, ThyssenKrupp), la sidérurgie, l’automobile (VW, Daimler, Porsche), l’électronique ou encore le textile, est le plus gros syndicat d’Europe.

 


Andres Nin (1882-1937), fondateur et dirigeant du POUM, assassiné par les hommes de main de Staline...

La question nationale et l’émancipation sociale, par Andrès Nin

Extraits de : « Le marxisme et les mouvements nationalistes » septembre 1934


 

Présentation par Robert Duguet 


Voici quelques extraits d’une brochure rédigée par Andres Nin, dirigeant historique du POUM (Parti Ouvrier d’Unification Marxiste) sur la question de la Catalogne à la veille du coup d’état de Franco. Son parti fut très actif dans le processus révolutionnaire en Catalogne, notamment comme on le voit très bien dans le film de Ken Loach « Terre et liberté » de collectivisation des terres agricoles et de démantèlement des grands domaines latifundiaires. Le POUM, comme la CNT, subiront la répression des agents staliniens du NKVD aux ordres de Staline, notamment infiltrés dans les Brigades  Internationales, avec le soutien du PCE (Parti Communiste Espagnol). Au nom de la lutte contre le franquisme, le PCE s’impliqua dans le démantèlement du processus révolutionnaire en cours et œuvra avec acharnement pour remettre le pouvoir aux prétendus « républicains » bourgeois, totalement minoritaires dans la révolution espagnole. Le POUM sera dissous et ses dirigeants assassinés par les hommes de main de Staline.  Andrès Nin, interlocuteur de Léon Trotsky en 1931, meurt assassiné le 20 juin 1937 à Alcalá de Henares, sur ordre d’Alexandre Orlov, responsable du commissariat du peuple pour les affaires intérieures (NKVD) en Espagne. Il n’est pas question pour le dictateur sanglant du Kremlin de toucher à l’appropriation privée des moyens de production et d’appliquer une réforme agraire contre les latifundia. En frappant la tête de la Catalogne révolutionnaire et les mesures socialistes qu’elle commençait à prendre, Staline donnait à Franco des moyens supplémentaires de l’emporter sur le plan militaire dans la guerre civile. Ceci s’ajoutant aux réserves d’or de la république espagnole que le dictateur du Kremlin s’appropria en échange de livraisons d’armes inutilisables…

 

 […] Les mouvements nationaux jouent un rôle de premier plan dans le développement de la révolution démocratico-bourgeoise, ils entraînent dans la lutte des masses immenses et constituent un facteur révolutionnaire très puissant que le prolétariat ne peut pas ne pas prendre en compte, surtout dans des pays comme le nôtre, où cette révolution n’a pas encore eu lieu. Tourner le dos à ces mouvements, adopter une attitude d’indifférence envers eux, c’est faire le jeu du nationalisme oppresseur et réactionnaire, malgré les tentatives pour occulter une telle attitude derrière la façade de l’internationalisme. La position du prolétariat doit être, à ce propos, claire et concrète et s’articuler à l’objectif de resserrer les liens entre les ouvriers des différentes nations qui forment l’Etat et d’impulser la révolution pour qu’elle aille de l’avant. […]

Le prolétariat, par sa nature et par la mission que l’histoire lui assigne, est appelé à réaliser ce que ni la grande bourgeoisie ni la petite ne sont capables de faire : la révolution démocratico-bourgeoise. Il est le seul, par conséquent, à pouvoir résoudre radicalement le problème national. Mais, pour cela, il importe qu’il adopte une attitude claire et définie face à lui. La tradition du marxisme lui propose, en ce sens, une orientation précise.

Marx et Engels ont souligné maintes fois le rôle progressiste des mouvements d’émancipation nationale et, plus particulièrement,  l’immense importance de la lutte de la Pologne et de l’Irlande. L’indifférence envers ces mouvements représentait, à leurs yeux, un appui direct au chauvinisme oppresseur qui est à la source du pouvoir de classe de la bourgeoisie de la nation dominante. (…) Marx affirmait que « la victoire du prolétariat sur la bourgeoisie est en même temps le signal de l’émancipation de toutes les nations opprimées ». […]

Le mouvement national catalan, par son contenu et par la participation des masses populaires, est, à l’heure actuelle, un facteur révolutionnaire de premier ordre, qui contribue puissamment, avec le mouvement ouvrier, à contenir l’avancée victorieuse de la réaction. D’où l’on déduit clairement quelle est l’attitude que doit adopter à son endroit le prolétariat révolutionnaire :

1/ un soutien actif au mouvement d’émancipation nationale de la Catalogne, en opposition énergique à toute tentative de la réaction pour l’attaquer.
2/ Une défense du droit indiscutable de la Catalogne à disposer librement de son destin, sans que l’on exclue son droit à se séparer de l’Etat espagnol, si telle est sa volonté.
3/ La prise en considération que la proclamation de la République catalane est un acte d’une énorme importance révolutionnaire.
4/ Se saisir du drapeau de la République catalane pour déplacer de la direction du mouvement la petite bourgeoisie indécise et portée à capituler, qui prépare le terrain de la victoire de la contre-révolution; pour faire aussi avec la Catalogne émancipée du joug espagnol le premier pas vers l’Union des Républiques Socialistes Ibériques. 

 


La CGT Occitanie prend position contre la répression en Catalogne



Réunie les 5 et 6 décembre à Carcassonne pour sa première conférence régionale, la CGT Occitanie fraîchement créée, issue de la fusion des comités régionaux Languedoc-Roussillon et Midi Pyrénées a voté jeudi une motion de soutien « aux travailleuses et travailleurs de Catalogne et leurs organisations syndicales représentatives ».

230 Cgtistes, leur nouveau bureau et le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez condamnent la « répression policière » : « En envoyant la police réprimer l’organisation du référendum et en emprisonnant ses opposants politiques, le gouvernement Rajoy a délibérément fourni des arguments à ceux qui voulaient une déclaration unilatérale d’indépendance. Avec nos camarades des syndicats de Catalogne, nous exigeons l’arrêt immédiat des détentions et actions policières au sein des institutions catalanes.  »

 

La CGT Occitanie demande la libération des membres de l’ex-gouvernement Catalan.

 


La jeune Russie soviétique était écologiste… puis Staline vint, par Paul Ariès

Source : https://reporterre.net/ 5 janvier 2018 /



La jeune Russie des soviets fut, entre 1917 et 1927, le pays du monde le plus avancé en matière d’écologie et de protection de la nature, assure l’auteur de cette tribune. Avant que les purges staliniennes ne frappent les écologistes et n’impose l’idéologie productiviste.

Paul Ariès est l’auteur de « Les rêves de la jeune Russie des soviets, une histoire antiproductiviste de l’URSS », publié aux éditions Le Bord de l’eau.

 

La jeune Russie des soviets, née en octobre 1917, a bénéficié d’une double tradition écologiste. Celle d’une partie de l’intelligentsia acquise aux thèses naturalistes et celle des courants marxistes non voués au culte des forces productives. La Russie des soviets développa d’abord trois disciplines écologiques : la phytosociologie, discipline scientifique née avant la Révolution envisageant les différentes espèces végétales dans leur coexistence (la permaculture actuelle en est donc une lointaine descendante) ; la biocénologie, qui est l’étude de la communauté des espèces vivantes, ou biotope ; la dynamique trophique, qui étudie les flux d’énergie dans les chaînes alimentaires. Vladimir Vernadski (1863-1945), considéré comme le père de l’écologie, sera l’inventeur du concept de biosphère qui pense la Terre comme un « organisme vivant » et non plus comme une matière inerte à la disposition des humains et de leur activité économique. T.I. Baranoff a développé, dès 1925, la notion de bioéconomie reprise, plus tard, par Nicholas Georgescu-Roegan, considéré comme le père des courants de la décroissance.

Cette écologie soviétique fut autant scientifique que sociale/politique. Le zoologiste G.A.Kojevnikov donna ce double ancrage scientifique et politique à l’écologie russe en s’inspirant du grand naturaliste suisse Paul Benedict Sarasin (1856-1929), président fondateur de la Ligue suisse pour la protection de la nature et du Comité pour la protection de la nature. Paul Sarasin était non seulement un environnementaliste, défenseur de la nature mais aussi un opposant virulent au capitalisme et adepte du socialisme. Cette matrice marquera durablement les mouvances écologistes russes. Kojevnikov devint ainsi l’avocat, avant même la Révolution, des parcs naturels et de la défense des peuples primitifs. Son intervention en 1913, lors de la Conférence internationale de Berne (Suisse) pour la protection de la nature, témoignait de cette double filiation : « La même commission qui dit au chasseur “arrêtez-vous, vous allez faire disparaître l’oiseau du paradis” doit pouvoir dire au colon qui met en joue : “Arrête, tu vas faire disparaître l’homme primitif”. »

Valoriser les modes de vie écologiques et « le maintien en bonne santé des écosystèmes »

Entre 1918 et 1922, plusieurs lois allèrent dans le sens de la défense de la nature. Une loi de 1918 réglementa le déboisement en définissant le rythme d’une exploitation compatible avec le maintien des surfaces boisées. Elle organisait aussi la lutte contre l’érosion des sols et traitait de l’équilibre des bassins fluviaux et de la protection des « monuments de la nature » (les grands espaces). Une loi de 1919 protégea les gibiers et réduisit les saisons de chasse. Des décrets réduisirent les zones de pêche et interdirent l’exploitation prédatrice. Une loi de 1921 habilitait le Commissariat de l’éducation à créer les premiers parcs naturels au monde totalement isolés de la population. Le premier, fondé dans le delta de la Volga, étudiait les mécanismes écologiques et prend des mesures face aux environnements dégradés.

Vladimir Ivanovitch Vernadski.

La période de la Nouvelle politique économique (NEP) n’a pas remis en cause les objectifs écologiques officiels, mais a bientôt mis en avant les besoins de la production. Chaque projet industrialiste, « extractiviste » dirions-nous aujourd’hui, donnait lieu à des expertises et à des contre-expertises, bref à des positions inconciliables. L’Académie des sciences instaura en janvier 1922 un nouveau Bureau central pour l’étude des traditions locales et le Commissariat du peuple à l’éducation fonda en 1924, la Société panrusse de conservation. L’étude des traditions locales entendait valoriser les modes de vie écologiques et la « conservation » signifiait « le maintien en bonne santé des écosystèmes ». Le Commissariat de l’éducation resta donc à la manœuvre en inscrivant, par exemple, la question de la conservation dans les programmes scolaires et en organisant de grandes manifestations pour valoriser l’écologie.

L’année 1925 a marqué la montée en force de l’agenda écologiste avec la fondation d’une agence gouvernementale dédiée, le Goskomitet. Ce rapport de force a décidé Vladimir Vernadski, déjà auréolé de gloire et devenu intouchable, à lancer en 1926 un cri d’alarme : « Les forces productives naturelles constituent un potentiel [mais] elles sont indépendantes en composition et en abondance de la volonté et de la raison humaine, aussi centralisées et organisées soient-elles. Comme ces forces ne sont pas inépuisables, nous savons qu’elles ont des limites. Celles-ci peuvent être déterminées par l’étude scientifique de la nature et constituent pour nos propres capacités productives une frontière naturelle insurpassable… Nous savons maintenant que pour notre pays, ces limites sont assez étroites et n’autorisent — au risque d’une cruelle fracture — aucun gaspillage dans l’usage de nos ressources. »

 

Une critique radicale de toute démarche utilitariste dans les rapports avec la nature

Ce texte fit l’effet d’une bombe car publié alors que se préparait le premier plan quinquennal (1928-1933) sous l’égide des courants industrialistes. Le Commissariat du peuple à l’éducation se sentait encore assez puissant pour lancer en 1928 une revue ouvertement écologiste sous le titre Conservation. Cette revue officielle, qui s’ouvrait à des analyses hétérodoxes, comme le rôle du chamanisme en matière de définition des taux d’exploitation supportables du gibier en Sibérie, fit connaître de nouveaux concepts scientifiques, comme celui de biocénose (ou principe de plénitude) signifiant que les communautés vivantes évoluent vers un équilibre où la compétition est réduite le plus possible.

Grigori Alexandrovitch Kojevnikov.

G.A. Kojevnikov présenta également en 1928 ses thèses en faveur d’une critique radicale de toute démarche utilitariste dans les rapports avec la nature : « Développer une conception matérialiste de la nature, cela ne revient pas à calculer combien de mètres cubes de bois on peut extraire d’une forêt, ou combien de dollars de peaux d’écureuils il est possible de réaliser chaque année » ; « prendre le contrôle des régulations naturelles est une affaire extrêmement difficile et grosse de responsabilités. Toute intervention [de l’homme], même celle que nous considérons comme bénéfique, par exemple l’agriculture ou l’acclimatation d’animaux [exotiques], détruit les conditions naturelles des biocénoses (…) De ce tissu de vie, qui a évolué durant des milliers d’années d’interactions, on ne peut enlever un maillon isolé sans dommage ».

« L’espèce menacée des scientifiques bourgeois »

La victoire de Staline marqua le début de la grande offensive contre les écologistes. Dès 1928/1929, on évoquait les origines bourgeoises ou petites-bourgeoises des écologistes, afin d’affaiblir leurs positions politiques. Le premier heurt sérieux concerna la question de la chasse aux phoques : le plan quinquennal prévoyait 350.000 prises par an à ajouter aux 200.000 prises norvégiennes, ce qui ferait 550.000 prises pour un million de phoques. Le deuxième heurt concerna l’objectif d’augmenter de 60 % l’exploitation des forêts. Les courants écologistes réclament aussitôt des études d’impact.

La Société panrusse de conservation fut bientôt mise sous surveillance. La Pravda, le journal officiel du Parti communiste, publia un texte accusant les écologistes de vouloir sauver la nature… du plan quinquennal, ce qui équivalait à une accusation de sabotage. Le pouvoir stalinien imposa en 1931 de changer le nom de l’association Conservation, qui devint la Société pour la conservation et la promotion de la croissance des ressources naturelles. Le journal Conservation fut débaptisé et devint Nature et économie socialiste. Un nouveau responsable fut nommé en la personne de Makarov, qui appelait à renforcer la concentration industrielle autour des gisements de charbon et de fer et à développer les exportations de ressources naturelles, donc l’extractivisme. Le philosophe Isaak Prezent, penseur officiel de Staline, se posait comme le principal adversaire des écologistes : « Pendant douze ans de révolution, les savants soviétiques se sont enfermés avec dédain dans un parc naturel… réservé à l’espèce menacée des scientifiques bourgeois. »(sic) Stanchinski et les autres scientifiques écologistes furent arrêtés en 1934. Ils furent accusés d’avoir propagé « l’idée “réactionnaire” » selon laquelle il y aurait des limites naturelles à la transformation de la nature par la culture humaine. »

 


Un ouvrage fondamental de David Mandel: «Les soviets de Petrograd», par Jean-Jacques Marie

Source : https://alencontre.org/societe/livres/un-ouvrage-fondamental-de-david-mandel-les-soviets-de-petrograd.html


 

David Mandel met au centre de son travail nourri de très nombreux extraits de souvenirs de militants, de résolutions de soviets et de comités d’usine la question vitale de l’indépendance de classe posée avec une insistance croissante par les ouvriers et les ouvrières de la capitale. Son livre met en évidence le conflit de plus en plus vif qui dresse les ouvriers de Petrograd, le cœur ouvrier de la Russie, à cette époque, contre la bourgeoisie industrielle et financière et le pouvoir qu’elle exerce à travers le gouvernement provisoire présidé par le prince Lvov, grand propriétaire terrien, d’abord puis par l’avocat socialiste Alexandre Kerenski.

Les ouvriers de Petrograd, comme le souligne David Mandel, avaient gardé en mémoire le lock-out massif déclenché par les grands patrons à la fin de 1905 pour briser la révolution montante et sauver le régime tsariste menacé. L’antagonisme brutal entre les deux classes s’était manifesté à nouveau à dater de l’écrasement des grévistes de la Lena Goldfield en avril 1912. David Mandel cite un épisode qui en souligne l’ampleur autant ou plus encore que les grèves qui secouent la capitale en juillet 1914 et les barricades qui s’élèvent dans les rues de la ville: «un arrêt de travail de 102 jours à l’usine de construction mécanique Lessner, une grève déclenchée suite au suicide d’un ouvrier juif, amené au désespoir par les railleries d’un contremaître» (p. 37).

La confiance s’effrite

Cet antagonisme réapparaît brutalement dès que la grève des ouvrières du textile de Vyborg le 23 février (8 mars) 1917 déclenche le mouvement de protestation qui balaie le régime autocratique englué dans la guerre. David Mandel étudie minutieusement les diverses couches de la classe ouvrière de Petrograd et leur évolution rapide au cours des mois. Alors que les ouvriers et les ouvrières détestent les bourgeois et leurs représentants politiques, les dirigeants du soviet de Petrograd (mencheviks et socialistes-révolutionnaires), auxquels ces ouvriers et ouvrières manifestent au début leur confiance, s’acharnent d’abord à remettre le pouvoir aux hommes politiques de cette bourgeoise puis à collaborer avec eux dans un gouvernement qui poursuit une guerre de plus en plus rejetée par eux et par une masse croissante de soldats. C’est la «politique conciliatrice» qui tente de concilier des intérêts de classe profondément antagonistes au nom de la volonté de confier le pouvoir à la bourgeoisie jugée seule légitime pour l’exercer.

La confiance initiale de la masse des ouvriers dans les dirigeants mencheviks et socialistes-révolutionnaires s’effrite au fil des semaines et cet effritement se traduit par l’influence croissante des bolcheviks. Il est aisé d’en mesurer l’ampleur. David Mandel le rappelle en effet: «Les ouvriers révoquaient souvent leurs délégués aux soviets et aux comités d’usine.» (p. 17) Il en donne de nombreux exemples. Ainsi souligne-t-il plus loin: «Dans certaines usines les ouvriers élisaient leurs comités d’usine à répétition dans le vain espoir de voir leurs revendications satisfaites» (p. 515) en affirmant leur volonté tenace.

La multiplicité de ces exemples suffit à réfuter l’affirmation de certains [1] selon laquelle à la «bureaucratisation par en haut» se serait ajoutée dès avril 1917 une bureaucratisation par en bas due à l’élection de délégués plus ou moins inamovibles… en réalité soumis plusieurs fois à réélection entre mars et octobre 1917. Or toute bureaucratie suppose à la fois la permanence des fonctions et un lot plus ou moins grand de privilèges. Les délégués révocables élus aux soviets, aux comités d’usines et même dans les syndicats ne bénéficiaient ni des uns ni des autres.

L’abîme se creuse entre le prolétariat et ses représentants au soviet

David Mandel éclaire le mécanisme qui mène de la révolution de février à celle d’octobre. Jusqu’en juillet 1917 la majorité des ouvriers et des ouvrières de Petrograd, animés, je le répète, par une profonde hostilité à l’égard des classes possédantes, accordent toute leur confiance aux dirigeants du soviet qui s’acharnent à maintenir l’alliance avec les représentants de ces classes et donc, dans la réalité, la subordination à ces dernières. Le rejet croissant de la politique impulsée par les dites classes pousse le prolétariat de la capitale à se prononcer pour que les dirigeants du soviet, qui ne le veulent pas, assument le pouvoir à eux seuls. D’où les manifestations monstres des 3 et 4 juillet 1917 à Petrograd, pour le transfert du pouvoir aux soviets, qui n’aboutissent pas.

Plus se creuse l’abîme entre ce que réclament ouvriers, ouvrières et soldats et ce que font ceux en qui ils ont depuis février vu leurs représentants et plus la solution paraît inéluctablement relever de la violence. Elle peut être verbale. Ainsi le 12 juillet 1917 les Izvestia, organe du Comité exécutif central des soviets qui soutient le gouvernement provisoire, écrit: «Les bolcheviks sont les amis de Nicolas[II] et de Guillaume», à la fois donc du tsar déchu et du kaiser en place, doublement traîtres donc parce qu’ils réclament la paix et le transfert de tout le pouvoir aux soviets, c’est-à-dire aux organes représentant les seules couches populaires (les ouvriers, les paysans et les soldats). On ne saurait mieux dire que l’affrontement est inéluctable. David Mandel rappelle que lors des manifestations de juillet, dénoncées par les dirigeants mencheviks et socialistes-révolutionnaires comme une insurrection bolchevique, le commandement de la petite ville ouvrière de Sestroretsk où le Soviet fait la loi a reçu une mission pacificatrice très virile: «Une véritable opération militaire a été montée incluant quelques centaines de cosaques, des junkers et six camions blindés. Le commandant a eu l’autorisation de faire feu contre toute résistance et, si nécessaire, de raser la ville (…). Les troupes ont fouillé sans distinction toutes les maisons ouvrières et mis à sac les locaux des organisations ouvrières et du Parti bolchevique. Elles sont reparties avec tous les membres du comité de l’usine locale placés aux arrêts.» (p. 242)

L’affrontement est inéluctable

La violence peut prendre d’autres formes comme le lock-out des usines par les patrons ou la mise en place d’un plan de transfert d’usines de Petrograd (et seulement d’une partie de leurs ouvriers) loin de la capitale. «Vers la fin du mois d’août, rappelle David Mandel, on a rendu publique une liste de 47 usines à évacuer en priorité. S’y trouvaient toutes les usines de l’Etat, la plupart des grandes entreprises métallurgiques privées et un certain nombre d’usines chimiques. Pour ajouter l’insulte à l’injure, seule une petite partie des ouvriers employés dans ces usines devaient les suivre vers leur nouvel emplacement. Les autres devaient être licenciés avec deux semaines de salaire d’indemnité. Par contre l’Etat allait prendre en charge tous les coûts des transferts des usines privées.» (p. 261) Cette véritable déclaration de guerre contre les ouvriers et les ouvrières de la capitale avait l’accord des socialistes dits modérés, dont le ministre du travail Skobelev, qui avait déclaré en juillet: «Mitrailleuses et baïonnettes sont souvent le meilleur argument.»

L’aspiration à un gouvernement responsable devant les soviets

Au lendemain de 2e congrès des soviets et de l’insurrection d’octobre, contre le Conseil des commissaires du peuple, les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires proposent un « gouvernement socialiste homogène». Les deux partis conciliateurs non seulement veulent que les bolcheviks soient minoritaires dans ce gouvernement socialiste homogène qu’ils proposent, mais ils se refusent absolument qu’il soit responsable devant le Comité exécutif central des soviets. Or souligne David Mandel: «Les bolcheviks, y compris Lénine et Trotsky, qui étaient les dirigeants de l’aile gauche du parti, n’insistaient pas sur un gouvernement exclusivement bolchevik (…). D’un autre côté le Parti bolchevique ne voulait rien concéder quant au principe même du pouvoir des soviets, à savoir un gouvernement formé par les soviets et responsables devant eux.» (p. 403) David Mandel signale un éditorial du quotidien menchevique de gauche, Novaia Jizn, dirigé par l’écrivain Maxime Gorki et hostile au gouvernement bolchevik. Selon cet éditorial: «Dans certaines usines les assemblées ouvrières adoptaient des résolutions appelant à une coalition de tous les partis socialistes tout en insistant pour que cette coalition soit responsable devant le nouveau Tsik [2], élu par le deuxième congrès des soviets.» Or si les partis dits conciliateurs, c’est-à-dire favorables à une alliance étroite avec la bourgeoisie industrielle et financière bourgeoise dont ils jugent le pouvoir indispensable et légitime, utilisaient l’aspiration profonde à l’unité des partis soviétiques forte dans le prolétariat, David Mandel précise que «les ouvriers qui se prononçaient en faveur d’une coalition socialiste voyaient celle-ci comme un gouvernement de coalition responsable devant les soviets» (p. 404).

Forte adhésion des ouvrières au gouvernement bolchevique

C’est parce qu’ils s’appuient sur cette volonté quasi unanime du prolétariat de la capitale que les bolcheviks se maintiennent au pouvoir malgré le sabotage organisé par leurs adversaires qui réduit les premiers décrets du nouveau pouvoir à des déclarations d’intention sans effet réel. Pour le moment. Détail significatif, souligne David Mandel: «Il est particulièrement frappant de voir que le nouveau gouvernement suscitait une forte adhésion chez les ouvrières, alors qu’en général elles avaient été les dernières en 1917 à adopter la revendication du pouvoir aux soviets.» Ainsi: «A la fin octobre 1917, les délégués des ouvriers du textile sont même entrés en conflit avec l’exécutif de leur syndicat, suite au refus de celui-ci d’accorder son soutien complet au nouveau gouvernement.» (p. 415) Et la direction du syndicat s’inclinera devant la volonté de la base. Ainsi s’explique que le nouveau gouvernement ait pu, les années suivantes, surmonter le sabotage, la famine, la contre-révolution armée et l’intervention des détachements de la bourgeoisie européenne, américaine et japonaise.

Notes:

[1] Avancée par Marc Ferro dans son Histoire de la révolution russe publié en 1976, affirmation aujourd’hui très à la mode. et reprise en particulier par Olivier Besancenot dans son essai Que faire de 1917?.

[2] Tsik: Comité exécutif central des soviets.

 


Manifestation il y a 4 jours...

2018 commence en Iran, par Vincent Présumey

Arguments pour la lutte sociale (aplutsoc)

Source : https://aplutsoc.wordpress.com/2018/01/01/2018-commence-en-iran/

01 janvier 2018



Le jeudi 28 décembre des manifestations massives ont commencé en Iran sur des revendications concernant les salaires, le chômage, les retraites et la vie chère, à partir de la ville de Machhad. Avec une rapidité remarquable, elles se sont généralisées à tout le pays, et ont donc atteint la capitale, Téhéran, où de sérieux affrontements avec la police ont eu lieu ces derniers jours, les étudiants s'étant joints au mouvement, ce que la police semble avoir cherché à empêcher violemment. Il y a des centaines d'arrestations et l'on parle officiellement de 4 morts, mais le mouvement est toujours ascendant à l'heure où sont écrites ces lignes.

Tout se passe comme si le mouvement de 2009 reprenait soudain, au point où il s'était arrêté, c'est-à-dire au point où la province et les ouvriers et les pauvres commençaient à s'ébranler. Cette fois-ci ils sont à l'initiative. Le caractère salarial, voire syndical, des revendications, est souligné partout. On peut donc parler d'irruption soudaine du prolétariat iranien sur la scène politique.

C'est dans ce cadre qu'il faut analyser la politisation très rapide des mots d'ordre. La dénonciation de la corruption faisant le lien naturel entre revendications salariales et revendications démocratiques. Il est difficile de dire s'il est exact, comme l'entourage présidentiel et certains médias l'affirment, qu'à Machhad ce sont des secteurs "conservateurs" et même des bandes Bassidjis (historiquement les nervis du régime, recrutés dans le lumpen et la pègre), qui ont lancé ou tenté d'infiltrer l'explosion sociale en lançant des slogans contre le président Rohani – ce qui soulignerait la crise et la division du régime. Mais très vite se sont imposés des slogans simple qui sont ceux de 2009 : A bas la dictature, A bas le dictateur - ce qui vise, tout le monde le sait en Iran, l'héritier de Khomeiny, le « guide » Ali Khamenei. Ceci signifie, ni plus ni moins, le renversement du régime contre-révolutionnaire mis en place après 1979, la destruction de la "République islamique".

Élément politique d'une grande importance, le mouvement des femmes contre la contrainte vestimentaire, c'est-à-dire contre le voile islamique, ce drapeau mondial de la contre-révolution et de l'oppression, a préparé la vague présente de manifestations et s'y intègre, faisant de la photo d'une jeune femme brandissant son voile sur une pique, le mercredi 27, le symbole du mouvement actuel, et contraignant le chef de la police de Téhéran, dans la soirée du 29 décembre, à faire savoir que les femmes dévoilées ne seraient plus kidnappées par la police religieuse, probablement débordée par la situation générale. C’est là le début de la chute d'un pilier du régime tant symbolique que très matériel, qui situe d'emblée la situation actuelle à un niveau supérieur à celui de la première crise révolutionnaire du régime islamiste, en 2009.

Beaucoup d' "éléments de langage" provenant du président Rohani et de ses services sont repris par les articles de commentaires et d'analyse de la situation présente. Outre les provocations possibles, au départ, de secteurs "conservateurs", sont évoqués l'apparition de mots d'ordre antireligieux – ce qui est censé jeter l'opprobre sur le mouvement du point de vue du régime, mais qui en souligne au contraire la profondeur - et même celle, ponctuelle de mots d'ordre monarchistes idéalisant le lointain passé. Ceci ne fait que souligner l'entrée de l'Iran en effervescence politique.

En fait l'un des mots d'ordre les plus populaires semble être le suivant : "Ni Gaza, ni Liban, je sacrifie ma vie pour l'Iran". L'évocation de "Gaza" ne signifie pas un rejet de la solidarité avec les Palestiniens mais le rejet clair de la rengaine obsessionnelle du régime sur "Gaza", et précisément le rejet de l'aide militaire et financière à Bachar el Assad, au Hezbollah, au Hamas, et aux Houtis yéménites, invoquée par les dignitaires politico-religieux comme des motifs saints et patriotiques pour l'austérité budgétaire et salariale. Le mouvement rejette donc, de cette façon, l'ensemble de la politique régionale de l'Iran. Les insurgés syriens qui résistent encore peuvent se dire qu'ils n'ont pas lutté en vain, nourrissant cette nouvelle étape du combat émancipateur en Iran.

Les tweets de Trump, les rodomontades de Netanyahou, les dénonciations saoudiennes, ne sont en rien des soutiens aux manifestants iraniens et sont d'ailleurs, bien entendu, utilisés contre eux. La réalité est que l'explosion iranienne menace autant la "République islamique" que l'ensemble des régimes de la région. L’État iranien, depuis 2013 en particulier, a joué de gardien régional de l'ordre en Irak, Syrie, Liban, dans le cadre des accords sur le nucléaire avec Washington et d'une coopération militaire avec Moscou. Cet activisme n'a conduit à aucun équilibre et, depuis deux ans, le spectre de la guerre avec l'Arabie saoudite se fait insistant. A l'encontre de tout affrontement destructeur entre "chiites" et "sunnites", l'explosion démocratique et révolutionnaire du prolétariat, de la jeunesse, des femmes et des peuples d'Iran cherche à rebattre toutes les cartes, remettant massivement dans le "jeu" cet acteur principal que tous les grands de ce monde, ouvertement ou hypocritement, espéraient avoir vu enterrer dans le sang du peuple syrien : la révolution.

A bas la "république islamique" !

Soutien total aux manifestants iraniens !

 


Quelques notes rapides sur le résultat des élections catalanes, par Raul Camargo

traduit de la version anglaise parue dans International Viewpoint.

Source: http://www.internationalviewpoint.org/

Vendredi 22 décembre 2017,


International Viewpoint est le magazine en ligne en anglais de la Quatrième Internationale réunifiée trotskyste.Il se concentre sur la publication d'articles sur la situation politique et sociale à travers le monde, notamment en traduisant des articles en anglais écrits par des socialistes dans d'autres langues.L' International publie également un magazine en français Inprecor 


1. la grande perdante des élections régionales anticipées tenues en Catalogne le 21 décembre 2017 est le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy. Il a destitué le gouvernement catalan démocratiquement élu et dissout le Parlement par le biais de l’Article 155, puis convoqué une élection afin de casser la majorité favorable à l’indépendance et de renforcer sa position. Il n’a réussi aucun de ces objectifs.

Les partis indépendantistes maintiennent (avec une perte de deux sièges), une majorité absolue et les partisans catalans du parti de Rajoy, le Partido Popular (PP), s’est écrasé, subsistant comme une force résiduelle sur le point de perdre sa représentation parlementaire. Il semble que le déclin du PP a pour origine la concurrence réelle qu’il subit désormais dans son propre camp.

2. le camp indépendantiste connait quelque réorganisation, mais avec peu de différence globale de votes et de sièges. Il reste solide et n’a pas été handicapé par l’Article 155, le déploiement de la police ou les emprisonnements. Mais la droite de ce camp a gagné du terrain sur la gauche, en particulier la CUP (comités d’unité populaire), qui a perdu la moitié de ses votes et 60 % de ses sièges. La CUP est une admirable organisation à bien des égards, mais pratiquement depuis le début, elle a joué le rôle du petit frère du processus, sans aucune orientation vis-à-vis des secteurs de gauche qui ne sont pas favorables à l’indépendance. Ce travail de construire un pont de classe au-dessus des camps (même si le camp de l’indépendance est reconnu comme hégémonique) est, selon moi, à l’origine du résultat médiocre des gauches. L’ERC (Esquerra Republicana de Catalunya) a démontré un manque d’audace et en général, ses dirigeants sont apparus comme des personnes de faible niveau politique. A l’inverse, le parti du nationaliste catalan de droite, la convergence, maintenant appelée Junts Per Catalunya, qui a trouvé dans Puigdemont un habile politicien a réussi à surmonter une situation de départ très difficile pour le PDeCAT (Partit Demòcrata Europeu Català). L’avenir du processus est incertain. Mais en prison ou pas, il semble clair que Puigdemont sera à nouveau le Président de la Catalogne. Il est dommage que la droite ait conservé la direction de ce camp, mais en tout cas, elle n’est comparable en aucune façon à l’autre droite, celle du côté unioniste.

3. Ciutadans a tout balayé dans le camp unioniste, absorbant le vote PP presque complètement, mais mordant aussi dans l’électorat de gauche, surtout dans la ceinture industrielle de Barcelone. Il est inquiétant qu’un parti néolibéral à 100 %, plus à droite que le PP sur certaines questions, puisse attirer autant de voix ouvrières. L’absence de la gauche dans de nombreux quartiers populaires est un facteur, mais aussi le mouvement indépendantiste, en particulier sa composante la plus gauche, n’a pas été en mesure de dialoguer avec celles et ceux qui canalisent leur rage sur le terrain national espagnol plutôt que sur le terrain social. Son chef, Albert Rivera, peut avoir un tremplin privilégié ici pour prendre une place au niveau de l’État espagnol.. Le PSC (Partit dels Socialistes de Catalunya) est resté presque au même niveau, rabaissant les espoirs infondées sur son candidat, Miquel Iceta. Pedro Sanchez, le leader du PSOE n’a pas gagné grand ’chose aujourd’hui, mais il n’a rien perdu non plus.

4. En ce qui concerne les En Comù et Podem, le résultat est mauvais, même s’il n’y avait pas beaucoup plus d’attentes. Mais les chiffres bruts disent que Catalunya en Comù (CeC) a obtenu 84 % de ses votes dans la province de Barcelone, mais seulement 9,5 % dans la capitale, Barcelone, où la maire, Ada Colau appartient à cette coalition. CQSP (Catalunya Sí que es Pot – la coalition apparentée à Podemos lors des dernières élections régionales) avait eu un résultat déjà décevant, mais là c’est pire, même si le candidat et la campagne étaient meilleures. Ici les erreurs de se maintenir en permanence à équidistance entre les deux camps et le manque de préparation pour l’organisation du référendum du 1er octobre et les manifestations qui ont suivi ont pesé lourd. En outre, la quasi dissolution de Podem par voie administrative. Pour une force de gauche, rester spectateur du plus important processus de mobilisation populaire depuis des années, ne semble pas être la bonne recette pour obtenir plus de soutien. Maintenant CeC devrait réfléchir à comment construire une référence organique qui soit effectivement implantée. Mais le risque d’être sous le simple appendice d’ICV (Iniciativa per Catalunya Verds) reste élevé. Au niveau de l’Etat espagnol, nous espérons qu’il n’y aura pas de marche arrière quant à la défense de l’organisation d’un référendum sur l’indépendance de la Catalogne, qui, après ce 21-D, continue d’apparaître comme la seule solution possible à la question catalane.

 


CSG : Le « Parlement » adopte par 43 à 13 la ponction sur les retraites ! par Daniel Mandineau

4 décembre 2017


Petit commentaire de Robert Duguet

Retraités !

Savez-vous dans quelles conditions a été adoptée la loi pour augmenter la CSG de 1,7% sur nos pensions ? Pour vous donner une petite idée, si vous n’avez encore fait les comptes, allez à l’adresse suivante:

(https://www.previssima.fr/simulateur/calcul-de-la-hausse-de-la-csg-pour-les-retraites.html)

Le logiciel mis à votre service par l'administration jiscale permet de le faire.

Exemple : sur une pension moyenne de retraité de la fonction publique de 2200 euros, vous paierez 475 euros, soit une ponction, que dis-je un vol de 40 euros par mois.

Mais le plus attristant dans cette affaire, c’est que dans les deux groupes parlementaires classés à gauche,  les Insoumis (12 absents sur 17), ou GDR-PCF (15 absents sur 16), les élus étaient très majoritairement absents. Il aurait suffi de ces votes et de quelques votes à droite, genre Dupont Aignan, ou d’autres, pour reporter la mesure, qui avait déjà été repoussée par le sénat.

A quoi servez-vous messieurs ? Vous voulez reconstruire quelle gauche ? Celle qui se couche sous le tapis depuis 30 ans !
Répugnant !

 


 

Stupéfiant !! Ce lundi 4 décembre, à 17 heures, le « Parlement » vient d’adopter le PLFSS 2018 en rétablissant la hausse de CSG-retraités (qui avait été supprimée par le Sénat) dans un hémicycle incroyablement vide : 56 députés présents, soit moins de 10 % de l’effectif qui nous coûte 5 millions, frais compris, tous les mois.

Cerise sur le gâteau : François de Rugy avait (prudemment ? lâchement ?) abandonné la présidence à un obscur vice-président ! Et pourtant, ce même François de Rugy avait adressé, semaine dernière, une lettre à tous les députés LREM pour que tous soient présents ce lundi 4 décembre à 16 heures pour ce dernier vote, qui rétablit totalement la ponction CSG dans la poche des retraités.

Vote stupéfiant : 43 pour, 13 contre, alors que pendant les discussions tous les orateurs (sauf LREM et Modem) ont appelé leurs groupes à voter contre ou abstention. Je suggère à tous ceux intéressés par le détail des voix, de consulter :
http://www2.assemblee-nationale.fr/scrutins/detail/(legislature)/15/(num)/323
c’est-à-dire ce scrutin n°323 (public, mais pas solennel). Vous y trouverez la liste nominative des votants, 56 au total, dont 41 LREM. En plus, je doute fort que « autant de monde » ait été physiquement présent ! Curieusement, les caméras, cette fois-ci, ne permettent pas de balayer complètement la salle : environ 185 sièges échappent à toute observation (dans le haut des travées les plus centrales, plutôt occupées par LREM. Dans le champ visible (près de 400 sièges), je ne dénombre que 27 présents, pas toujours identifiables !

Que conclure, pour ce soir ? Que notre assemblée devient carrément clownesque, et que toute espérance de démocratie y est bien morte ! L’opinion populaire est plus que jamais bafouée par ce rétablissement de la hausse de la CSG contre les retraités. Que deviennent nos 32.000 signataires ? Ignorés de tous ! Que deviennent les 426.802 signataires de Citizaction-Non à la hausse de la CSG ? Citoyens invisibles, méprisés de tous ! Voilà bien pourquoi j’emprunte sa voix tonitruante à Danton pour illustrer cette mise à jour !

Un dernier sujet de réflexion : il aurait suffi d’un tout petit peu plus de présence dans les rangs des Contre pour renverser le résultat du vote. 31 voix Contre de plus auraient changé la face du monde (et les mornes matins en seraient différents, comme dit le poème). Ne pouvait-on pas les trouver dans les 95 absents de LR ? Dans les 33 absents de l’UDI ? Dans les 30 absents de Nouvelle Gauche ? Et même chez les Insoumis (12 absents sur 17), ou GDR (15 absents sur 16 !! Dharréville tout seul dans « deux heures moins le quart avant Jésus Christ » !).

Je demeure toujours stupéfait devant cet incroyable équilibre, qui maintient la diabolique majorité, à l’intérieur de moins de 10% de l’effectif total. S’il y a une raison objective à ça, elle ne doit pas être belle à regarder !!

Un seule conclusion : nous avons encore beaucoup de mails à envoyer pour convaincre ces Député(e)s de restaurer leur honneur perdu !

Aux armes citoyens !

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