Blog de Robert Duguet - Janvier 2019 /contact:

Appel de la première « assemblée des assemblées » des gilets jaunes



Nous, Gilets Jaunes des ronds-points, des parkings, des places, des assemblées, des manifs, nous sommes réunis ces 26 et 27 janvier 2019 en « Assemblée des assemblées », réunissant une centaine de délégations, répondant à l’appel des Gilets Jaunes de Commercy (https://www.youtube.com/watch?v=GB1-Sg4jt7Y&t=14s).

Depuis le 17 novembre, du plus petit village, du monde rural à la plus grande ville, nous nous sommes soulevés contre cette société profondément violente, injuste et insupportable. Nous ne nous laisserons plus faire ! Nous nous révoltons contre la vie chère, la précarité et la misère. Nous voulons, pour nos proches, nos familles et nos enfants, vivre dans la dignité. 26 milliardaires possèdent autant que la moitié de l’humanité, c’est inacceptable. Partageons la richesse et pas la misère ! Finissons-en avec les inégalités sociales ! Nous exigeons l’augmentation immédiate des salaires, des minimas sociaux, des allocations et des pensions, le droit inconditionnel au logement et à la santé, à l’éducation, des services publics gratuits et pour tous.

C’est pour tous ces droits que nous occupons quotidiennement des ronds-points, que nous organisons des actions, des manifestations et que nous débattons partout. Avec nos gilets jaunes, nous reprenons la parole, nous qui ne l’avons jamais.
Et quelle est la réponse du gouvernement ? La répression, le mépris, le dénigrement. Des morts et des milliers de blessés, l’utilisation massive d’armes par tirs tendus qui mutilent, éborgnent, blessent et traumatisent.  Plus de 1000 personnes ont été arbitrairement condamnées et emprisonnées. Et maintenant la nouvelle loi dite « anti-casseur » vise tout simplement à nous empêcher de manifester. Nous condamnons toutes les violences contre les manifestants qu’elles viennent des forces de l’ordre ou des groupuscules violents. Rien de tout cela ne nous arrêtera ! Manifester est un droit fondamental. Fin de l’impunité pour les forces de l’ordre ! Amnistie pour toutes les victimes de la répression !

Et quelle entourloupe que ce grand débat national qui est en fait une campagne de communication du gouvernement, qui instrumentalise nos volontés de débattre et décider ! La vraie démocratie, nous la pratiquons dans nos assemblées, sur nos ronds-points, elle n’est ni sur les plateaux télé ni dans les pseudos tables rondes organisées par Macron.
Après nous avoir insultés et traités de moins que rien, voilà maintenant qu’il nous présente comme une foule haineuse fascisante et xénophobe. Mais nous, nous sommes tout le contraire : ni raciste, ni sexiste, ni homophobe, nous sommes fiers d’être ensemble avec nos différences pour construire une société solidaire.

Nous sommes forts de la diversité de nos discussions, en ce moment même des centaines d’assemblées élaborent et proposent leurs propres revendications. Elles touchent à la démocratie réelle, à la justice sociale et fiscale, aux conditions de travail, à la justice écologique et climatique, à la fin des discriminations. Parmi les revendications et propositions stratégiques les plus débattues, nous trouvons : l’éradication de la misère sous toutes ses formes, la transformation des institutions (RIC, constituante, fin des privilèges des élus…), la transition écologique (précarité énergétique, pollutions industrielles…), l’égalité et la prise en compte de toutes et tous quelle que soit sa nationalité (personnes en situation de handicap, égalité hommes-femmes, fin de l’abandon des quartiers populaires, du monde rural et des outres-mers…).

Nous, Gilets Jaunes, invitons chacun avec ses moyens, à sa mesure, à nous rejoindre. Nous appelons à poursuivre les actes (acte 12 contre les violences policières devant les commissariats, actes 13, 14...), à continuer les occupations des ronds-points et le blocage de l’économie, à construire une grève massive et reconductible à partir du 5 février. Nous appelons à former des comités sur les lieux de travail, d’études et partout ailleurs pour que cette grève puisse être construite à la base par les grévistes eux-mêmes. Prenons nos affaires en main ! Ne restez pas seuls, rejoignez-nous !

Organisons-nous de façon démocratique, autonome et indépendante ! Cette assemblée des assemblées est une étape importante qui nous permet de discuter de nos revendications et de nos moyens d’actions. Fédérons-nous pour transformer la société !
Nous proposons à l’ensemble des Gilets Jaunes de faire circuler cet appel.  Si, en tant que groupe gilets jaunes, il vous convient, envoyez votre signature à Commercy ( assembleedesassemblees@gmail.com). N’hésitez pas à discuter et formuler des propositions pour les prochaines « Assemblées des assemblées », que nous préparons d’ores et déjà.

Macron Démission ! Vive le pouvoir au peuple, pour le peuple et par le peuple.

Appel proposé par l’Assemblée des Assemblées de Commercy. Il sera ensuite proposé pour adoption dans chacune des assemblées locales.

 



La lettre hebdomadaire, par la rédaction de Mediapart
 
25 janvier 2019
 



Cette semaine sur Mediapart, comme depuis le début du mouvement des « gilets jaunes », et en fait depuis le début de son existence, Mediapart a décidé d’intensifier sa couverture des violences policières. Rien que cette semaine, nous vous proposons une analyse sur l’état du maintien de l’ordre dans le reste de l’Europe, des témoignages de victimes (ici à Toulon, mais aussi sur le plateau de notre émission live), des enquêtes (par exemple sur l’usage du fusil à pompe à Montpellier, ou sur l’annonce par le ministre de l’intérieur Christophe Castaner de l’emploi de caméras-piétons pour les policiers.

Nous avons également fait appel au documentariste David Dufresne, qui fut l'un des journalistes présents dans l'équipe de Mediapart dès ses débuts, et qui effectue depuis le début du mouvement des gilets jaunes un fantastique travail de recherche, de vérification et de compilation du sang, des cris et des blessures dont certains ne guériront jamais.

Puisque personne au ministère ne répondait à son appel sur Twitter, nous lui avons proposé de l’aider à donner plus d’écho à son travail, qui s’est imposé comme une référence et a peu à peu permis de briser le mur d'indifférence des grands médias face à la question des violences policières. Nous lui avons demandé de cartographier son travail de signalement auprès du ministère de l’intérieur, qui reste sourd à toutes critiques. C’est ici et, attention, certaines images peuvent choquer.

Nous aussi, nous avons appelé la place Beauvau, pour proposer au ministre Christophe Castaner de nous répondre. Il n’a pas davantage décroché.

 


Le communiqué du NPA


 

Ce samedi, lors de l'acte XI des Gilets jaunes à Paris, le cortège du NPA a été attaqué à deux reprises par une cinquantaine d'individus d'extrême droite. Organisé et ultra-violent, le groupuscule fasciste « les Zouaves » (qui a revendiqué les agressions) a ciblé délibérément notre cortège, blessant plusieurs de nos camarades. 

Ce groupuscule n'a rien à voir avec le mouvement des Gilets jaunes, au côté desquels nous défilons depuis plusieurs semaines sans que cela n'ait jamais posé de problème. Les groupes de Gilets jaunes présents lors des agressions de ce samedi ont d'ailleurs été choqués par ces attaques, et certainEs manifestantEs sont intervenus à nos côtés pour repousser les fachos.

Nous ne nous laisserons pas intimider ! Le NPA continuera de construire, avec détermination, le mouvement contre Macron et ses politiques antisociales, et sera présent lors des prochaines mobilisations à l'occasion de l'acte XII des Gilets jaunes samedi prochain.

La présence de l'extrême droite dans les manifestations des Gilets jaunes est un poison pour le mouvement : l'agression que nous avons subie visait à casser la manifestation, à l'affaiblir, et fait bien évidemment le jeu du pouvoir. 

Nous prendrons rapidement contact avec les organisations de la gauche sociale et politique, ainsi qu'aux différents groupes de Gilets jaunes, pour envisager ensemble une riposte aux agissements de ces groupuscules, afin qu'ils cessent de s'attaquer aux mobilisations sociales.

 


 

Réflexions sur le 5 Février, par Club politique Bastille

Source : http://clubpolitiquebastille.org/spip.php?article238

21 janvier 2019



Les Gilets Jaunes ont été successivement des antisémites, des « factieux », des « casseurs », leurs cortèges évidemment « infiltrés » - ah le terme – par des fascistes et l’Ultra Gauche (!).

Au 10ème Samedi, moins de violences, ce sont des « cortèges qui prennent des allures de cortège syndical » écrit, dépité, le journaliste du « Monde » qui aurait souhaité de nouvelles violences : mentir, truquer, pour disqualifier. La presse regrettait qu’il n’y ait « pas de service d’ordre », maintenant, il y en a…

Que dire d’autre, comment déconsidérer ? Le secrétaire d’état à l’intérieur dénonce la « guérilla urbaine » ! Donc le ministre de l’intérieur a compté, ils étaient, exactement au manifestant près, 84.000. Ni 83.999 ni 84.001 ! C’est un nouveau mensonge. Pour avoir vu passer le cortège parisien dans son entier, ils n’étaient pas 7.000 mais au moins 12.000… Au total, ce 10ème acte est un énorme succès. Le Figaro lucide laisse entendre qu’ils étaient 150.000 !

Quand la police n’attaque pas, ils n’y a pas de violence… Castaner ne sait plus quoi inventer. Et la vérité se fraie en chemin. Grâce au journaliste Duquesne qui a fait une véritable enquête sur les victimes de la répression. On sait maintenant que le flash ball est une véritable arme de guerre. La « grenade de désencerclement » ? Une grenade avec du TNT, une grenade de « guerre » précise le spécialiste Alain Bauer sur la 5 samedi soir… La « guérilla urbaine » existe : c’est le gouvernement qui l’organise.

Grand show de Macron baptise par anti-phrase « Grand débat ». À deux occasions, toutes les chaînes « d’informations » ont diffusé dans l’intégralité ses propos. Des maires aux ordres, le Tiers Soumis, ont posé des questions attendues (1). Et quasiment pas d’intervention contre la politique Macronienne. La République quoi !

Une entreprise de propagande à l’égal de celle auxquels on peut assister à Pékin, Moscou… Macron titube, donne l’illusion d’exister encore politiquement. Il rassemble sur sa droite, plume la volaille Wauquiez, mais ça ne fait ni une majorité, ni une assise sociale.

La CFDT implore d’être reçue pour collaborer au « pouvoir vivre », sans rire.
FO se tait.
La CGT s’inquiète car des militants commencent à rejoindre les G Jaunes et Samedi, ici et là on a vu des cortèges syndicaux. Petits cortèges mais présents.

Martinez a donc choisi l’offensive. Le 5 Février, on va voir ce qu’on va voir. Une journée d’action dirigée… contre les G Jaunes. Un mardi ! Pas un vendredi…

Des camarades veulent se placer sur le terrain des illusions pour les combattre. C’était une formule de feu Lambert qui aboutissent en général à couvrir les appareils syndicaux.

Le 5 est une honte ! Une prétendue journée d’action dirigée contre les GJ, pour soutenir le gouvernement. Oui, soutenir le gouvernement.

Que font les militants opposants dans la CGT ? On ne les entend pas. Ils doivent dire ce qui est : il faut rejoindre les Gilets Jaunes, sur les ronds-points et dans les manifestations.

La lutte contre la réforme des retraites, la mobilisation contre la réforme de la fonction publique, c’est maintenant ! Avec les Gilets Jaunes qui combattent déjà depuis deux mois et demi ! Il est temps de les rejoindre, de se rassembler, de s’unir. Militants de la CGT, réunissez vos sections, tenez des AG avec les salariés. N’attendez pas une autorisation des permanents, des bureaucraties : avec les Gilets Jaunes contre les réformes de Macron, pour sa démission.

Dans la CGT, FO, il faut cesser les manœuvres d’appareils, en finir avec les suppliques pour la presse générale. C’est le moment d’y aller ! Les salariés restent l’arme aux pieds. Ils attendent que les Gilets Jaunes gagnent ! Seul, c’est très difficile. Le rôle des militants d’avant-garde c’est calmement, d’expliquer. Il est temps de rompre avec la soumission aux directions.

Notes:

(1) - Une maire a expliqué à la télévision que les questions ont été transmises, 8 jours avant à Macron !

 


Structuration du mouvement des Gilets Jaunes en Ile De France, par Révolution permanente

Succès de la première assemblée générale de coordination francilienne des Gilets Jaunes

Source : http://www.revolutionpermanente.fr/Succes-de-la-premiere-AG-de-coordination-francilienne-de-gilets-jaunes


 

A deux jours du onzième acte, Samedi 26 Janvier 2019, la première assemblée générale de coordination du mouvement des Gilets Jaunes en Ile De France a rassemblé plus de deux cent personnes. Une belle réussite qui témoigne de la nécessité d’un tel cadre qui permet un premier pas vers une meilleure coordination des actions des différentes assemblées générales locales et une première avancée vers une meilleure structure démocratique du mouvement à l’échelle régionale.

Ce sont plus de trois heures de discussion qui s’enchainent à la Parole Errante, lieu associatif où se déroulait Jeudi 24 Janvier 2019 la première assemblée générale de coordination des Gilets Jaunes d’Ile De France.

Deux mois après le lancement du mouvement, cette échéance est un premier pas vers une coordination à l’échelle régionale des assemblées générales locales qui ont lieu un peu partout en région parisienne, comme Rungis, Montreuil, Champigny, l'Essonne, la Seine et Marne, Belleville, le vingtième arrondissement de Paris ou l'assemblée générale de Paris Nord et d’autres encore. Un pas qu’il s’agit de consolider comme de roder.

Au centre du débat, il y a l’enjeu de la coordination comme manière d’amplifier le mouvement en le structurant. Pour les Gilets Jaunes qui interviennent, Jeudi 24 Janvier 2019, il s’agit d’abord d’avoir le contrôle sur ce qu’il se passe à l'échelle régionale. Autrement dit, fini les portes paroles autoproclamés et les revendications de premier plan douteuses qui n’ont rien à voir avec ce qui se décide dans les assemblées générales locales. Il s’agit ensuite d’expulser l’extrême-droite qui a pris plus de place dans les deux précédents actes, avec notamment des agressions de militants. À ce titre, l’encadrement de la manifestation des femmes gilets jaunes, Dimanche 20 Janvier 2019, par des anciens militaires complices de la police est vivement dénoncé par plusieurs intervenants. La nécessité de prendre nos manifestations en main, leurs parcours et le service d’ordre, a été omniprésent dans la discussion.

Aussi, la question de la méthode d’action est vivement discutée. Les Gilets Jaunes d’Ile de France penchent majoritairement vers des appels aux blocages et à la grève générale, action qui permettrait de faire faire un saut au mouvement en essayant de contaminer les travailleurs qui travaillent dans les usines et de bloquer l’économie pour faire cracher l’oseille aux patrons et faire plier le grand patronat. Le sujet de la grève générale a ainsi été abordé par plusieurs intervenants, syndicalistes mais aussi non syndiqués, souvent avec des emplois précaires dans des structures où il n’y a pas forcément une présence syndicale organisée. La préparation de la journée de grève annoncée pour le Mardi 5 Février 2019 est bel et bien dans les esprits et ce sera aussi aux Gilets Jaunes de la région parisienne de chercher à la construire.

La revendication du Référendum d'Initiative Citoyenne (RIC) a été abordée mais plusieurs Gilets Jaunes ont exprimé leur rejet de cette revendication car elle ne permettrait pas de résoudre des problèmes et des revendications qui sont au cœur du mouvement, comme par exemple les questions relatives à l’augmentation des salaires et d’amélioration des conditions de vie.

Plusieurs intervenantes ont également pris la parole pour revendiquer une organisation et coordination nationale des femmes gilets jaunes qui, à l’avant-garde de ce mouvement depuis sa naissance, sont confrontées à davantage de précarité mais aussi à l’oppression patriarcale. Comme le rappelle Orianne, « plus pauvre que le prolétaire, il y a la femme du prolétaire ».

Enfin, il semble que la répression qui s’abat sur le mouvement depuis le Samedi 24 Novembre 2018 soit vecteur d’unanimité auprès des manifestants. Comme le rappelle Flora, militante à Révolution Permanente, c’est la répression des étudiants qui a initié la plus grande grève du vingtième siècle au mois de mai 1968. Aujourd’hui, la répression policière et judiciaire doit devenir l’affaire de toutes et de tous, que l'assemblée générale des Gilets Jaunes d'Ile de France exige l’amnistie de tous les prisonniers et inculpés du mouvement, y compris de Christophe Dettinger pour lequel les intervenants sont nombreux à appeler à une action de solidarité lors de son procès le 13 février 2019.

À une très large majorité, les deux cent Gilets Jaunes présents appellent à une deuxième assemblée générale de coordination en Ile de France dans deux semaines pour préparer la suite du mouvement de manière structurée et démocratique, ainsi qu’à renforcer l’organisation et les assemblées générales locales.

 


Les Gilets Jaunes de l’Essonne tentent de se structurer, par Julien Monier


Source : https://www.essonneinfo.fr/91-essonne-info/125973/les-gilets-jaunes-de-lessonne-tentent-de-se-structurer


Mercredi 23 Janvier 2019


La première assemblée générale des Gilets Jaunes de l'Essonne a permis de nombreux échanges sur les spécificités des différents groupes constitués et des modalités d'action communes.

 Après dix week-ends de mobilisation, le mouvement des Gilets Jaunes cherche désormais à se structurer. Une première assemblée générale des Gilets Jaunes de l'Essonne se tenait Vendredi 18 Janvier 2019, la veille du dixième acte de cette révolte populaire.

Deux mois après le début du mouvement, les désormais célèbres Gilets Jaunes n’en finissent pas de faire les grands titres. Cette mobilisation inédite, issue des territoires, a ces dernières semaines fait vaciller le pouvoir, obligeant le sommet de l'état à présenter plusieurs fois publiquement des annonces et des engagements en réaction à cette protestation. Malgré l’hiver et une certaine répression dont les participants font l’objet, la dynamique ne semble que peu faiblir, avec les manifestations du samedi qui se poursuivent, comme les occupations de centaines de ronds-points.

Plusieurs rassemblements de Gilets Jaunes sont relevés dans le département, de manière plus ou moins régulière, à Dourdan, Angerville et Villabé, sans oublier les essonniens qui rejoignent des points de mobilisation dans les départements voisins comme la Seine-et-Marne.

L’Essonne est aussi une terre d’étape pour plusieurs groupes de Gilets Jaunes réalisant des marches à travers la France et convergeant pour certains le week-end dernier à Paris. Un collectif parti d’Arles le 16 décembre 2018 est ainsi venu en région parisienne promouvoir le Référendum d'Initiative Citoyenne (RIC). Tandis qu’un collectif venu de Bordeaux s’est arrêté à Etampes le 16 janvier 2019, comme le rapportent nos confrères de l’hebdomadaire du Républicain.

C’est par un appel sur Facebook disant que le groupe des Bouches-du-Rhône arrivait dans le secteur de Villeneuve-saint-Georges, Vendredi 18 Janvier 2019, que Dimitri a appris leur venue. Ce Gilet Jaune de Vigneux leur a ainsi offert le gîte. « J'ai vu le message passer, ils demandaient si des personnes pouvaient les héberger et, vu que je pouvais les accueillir, je me suis proposé, cela faisait quand même beaucoup de monde à la maison » raconte-t-il. Six marcheurs ainsi que d’autres Gilets Jaunes ont passé la soirée ensemble et ils en ont profité pour échanger longuement sur la situation. « Ce sont eux qui ont lancé ce mouvement de convergence vers Paris, d’autres groupes les ont ensuite suivi », poursuit Dimitri, en détaillant leur parcours, « ils ont fait huit cent kilomètres, ils ont eu des problèmes d’articulation, ils ont du voir des kinés et ils étaient accompagnés d’un camping-car, au cas où. Au total ils sont allés sur cinquante ronds points, au cours de trente quatre étapes, selon les endroits, d’autres les rejoignaient et marchaient avec eux ». De quoi faire dire au militant vigneusien après les avoir reçu que ce sont de sacrés sportifs.

Tandis que ces marcheurs rejoignaient la capitale et devaient être reçus à l'assemblée nationale pour exposer leurs revendications, Dimitri fait partie de ces citoyens mobilisés qui veulent poursuivre la lutte des Gilets Jaunes. Investi sur les ronds-points comme dans les rassemblements parisiens, il décrit l’évolution qu’il perçoit depuis le mois de novembre 2018, « voilà dix semaines que cela dure, tout le monde désormais s’intéresse à la chose politique, pas la politique politicienne, mais celle de la vie de tous les jours ». Il raconte ainsi les différents pôles mis en place sur les lieux de mobilisation, « avec des maraudes, car sur les ronds-points, on nous amène plein de choses, de la nourriture, au bout d’un moment il y en a trop, des équipes partent alors la nuit à Paris distribuer tout cela ». Il évoque aussi des projets de bourse aux vêtements ou de systèmes permettant de « faire vivre le petit commerce et privilégier les circuits courts pour recréer des liens ».

Au même moment, Vendredi 18 Janvier 2019, se tenait à Bondoufle, la première assemblée des différents groupes de Gilets Jaunes de l'Essonne. Cinq cent personnes ont participé à cette soirée, avec des parkings plein à craquer et même fermés faute de places, pour accueillir des Gilets Jaunes des quatre coins du département et au-delà. Plusieurs voisins de la Seine et Marne ou du Val-de-Marne étaient également présents, à l’image de figures médiatiques de la mobilisation. Cette rencontre de personnes mobilisées sur le terrain devait permettre d’échanger les expériences, et se projeter dans la suite du mouvement.

Notamment à l’initiative de la soirée, bien qu’il s’en défende, l’acteur local Philippe Pascot, que l’on retrouve en première ligne, après la publication de ses ouvrages dédiés aux élus en délicatesse avec la justice, ou de précédentes batailles locales comme les risques d’exploitation des gaz de schiste en Essonne.

Dans la salle, quelques têtes familières des réseaux militants du coin, comme un élu de Bondoufle, un opposant corbeil-essonnois curieux ou une retraitée de la Confédération Générale du Travail (CGT), chacun isolé parmi la foule. Mais on note surtout une grande majorité de novices de l’action publique et du monde militant, pas moins galvanisés pour certains par deux mois de mouvement. A l’intérieur de la salle comme sur le parvis au milieu des fumées de cigarettes, ils relatent la vie des ronds-points et les comptes rendus des dernières marches parisiennes, pour celles et ceux qui s’y risquent. Dans plusieurs bouches ainsi que sur les écrans des smartphones, les témoignages de violences policières sont discutés.

Les débats, de bonne tenue, reflètent un vrai mécontentement sur la situation politique actuelle de la part des personnes impliquées. Et rappellent qu’autant de personnes différentes se fédèrent, avec une diversité de revendications et de doléances. Plusieurs témoignages ont illustré ces propos et beaucoup de questionnements ont été soulevés. Le président est-il légitime ? Le gouvernement doit-il démissionner ? Si personne ne se risque à deviner sur quoi cette période pourra déboucher, certains craignent que l’instabilité, si elle perdure, amène une crise politique plus grave.

A l’heure de la promotion du grand débat national dans tout le pays, les participants à cette première rencontre départementale n’ont pas semblé convaincu par la démarche proposée par le gouvernement.

Quelques uns essayent de recentrer le mouvement sur certaines revendications clés. A commencer par le RIC, ou encore la baisse de la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) pour les produits de première nécessité. Dimitri de Vigneux pense que les Gilets Jaunes sont là « jusqu'au mois de mai 2019, c’est sûr », et il compte bien maintenir la pression pour faire adopter certaines mesures symboliques. D'autant plus que, dans les différents groupes qui se montent selon les territoires et les disponibilités pour les actions, « nous vivons quelque chose de très fort, nous avons tous rencontré un blessé ou un gazé, nous sommes chassés par la police, nous sommes fichés, ma voiture et mes papiers ont été pris en photographie », décrit ce militant, « nous sommes touchés dans notre émotion et dans notre chair ». Samedi 26 Janvier 2019, il sera de nouveau à Paris pour le onzième acte du mouvement.

 



Vite ! Amnistie pour les gilets jaunes : signez la pétition

Signez la pétition en faveur d'une loi d'amnistie en faveur des gilets jaunes victimes de la répression policière et de menaces de condamnations judiciaires.


Signez la pétition : https://amnistiegj.fr/


Ils n’étaient pas venus à Paris, Bordeaux, Toulouse, et tant d’autres villes, pour en découdre avec les forces de l’ordre. Ils étaient venus pour défendre leurs vies menacées, dégradées par la précarité, mises en joue par un pouvoir prêt à faire les poches de leurs parents retraités comme de leurs enfants étudiants, afin de valoriser le patrimoine financier des plus riches. Ils étaient venus pour protéger leurs droits fondamentaux, et aussi une certaine conception de la justice sociale, qui a longtemps fait l’honneur de la France.

La stratégie de la tension, délibérément choisie par le pouvoir, ne leur a pas laissé la chance d’une protestation pacifique. Gazage, nassage et brimades en tout genre, puis au fil des semaines, matraquages, tirs de flashballs et grenades mutilantes, pour la première fois de leur existence, beaucoup de « Gilets jaunes » ont été confrontés à des brutalités policières indignes d'une démocratie, que des organisations comme Amnesty international ont elles-mêmes dénoncées.

On ne compte désormais plus le nombre de manifestants, au casier vierge, mis en garde à vue, condamnés en comparution immédiate, ou aujourd’hui en instance de jugement. Certains connaîtront la prison, qui détruit, qui humilie. D’autres ne retrouveront jamais d’emploi. Un grand nombre d’entre eux verront leurs vies brisées à jamais. Nous ne pouvons accepter qu’une protestation contre une politique massivement rejetée par la population détruise ainsi des êtres pris pour boucs émissaires. Nous ne pouvons accepter qu’un pouvoir, qui a sciemment fait le choix de la confrontation, se serve d’eux pour intimider tout un peuple. Nous ne pouvons accepter l’idée d’une vengeance d’Etat.

C’est pourquoi nous appelons le Président de la République, Emmanuel Macron, et son Premier Ministre, Edouard Philippe, à mettre à l’ordre du jour une loi d’amnistie en faveur des hommes et des femmes aujourd’hui persécutés, mis en examen, ou détenus pour avoir participé à ce mouvement social d’ampleur historique. C’est pourquoi nous appelons dès aujourd’hui à l’arrêt des procédures en cours, à l’effacement des peines prononcées, et à ce qu’une réponse enfin politique, et pas seulement sécuritaire et judiciaire, soit donnée aux événements hors du commun que la France est en train de vivre.

Une telle amnistie est prévue par l’article 133-9 du Code pénal et légitimée par la tradition française, de nombreuses lois d’amnistie ayant ainsi été votées depuis le début de la 5ème République, notamment dans le cadre d’activités protestataires.

Un tel geste serait seul en mesure de commencer à rendre au pays l’apaisement qu’il ne saurait retrouver sur fond de persécutions pour l’exemple. « Nous ne reprendrons pas le cours de nos vies », disiez-vous Monsieur le Président, le 10 décembre 2018. Nous ne reprendrons pas le cours de nos vies tant que nos concitoyens n’auront pas pleinement retrouvé la leur.

Si vous êtes d'accord avec le propos de ce texte, joignez votre signature à celles de toutes celles et de tous ceux qui se reconnaissent dans la défense des libertés démocratiques, refusent la répression et la violence policières et l'instrumentalisation de la justice par certains magistrats.

 


Podemos, un parti de plus en plus antidémocratique, dirigé "d'une main de fer" à la Mélenchon...

Podemos, crise ouverte et fin de cycle, par Antoine de Montpellier

Source : https://blogs.mediapart.fr/antoine-montpellier/blog/190119/podemos-crise-ouverte-fin-de-cycle

Samedi 19 Janvier 2019


 

Podemos aura pu réduire à peu de choses l’espoir indigné d’offrir un début de sortie d’une terrible crise sociale, sans parler de son échec dramatique à peser pour le droit d’autodétermination de la Catalogne, et d’un régime qui ne se survit que par défaut.

L’irruption de Podemos lors des élections européennes de 2014, décrochant cinq députés européens avec huit pour cent des voix alors qu’il n’avait que quatre mois d’existence, avait été interprétée comme l’avènement du débouché politique qui avait fait cruellement défaut à la radicalité indignée qui s’était exprimée en 2011 dans l’occupation des places espagnoles mais aussi dans les mobilisations multiformes des marées comme dans l’éducation ou la santé. Cinq ans après le constat est amer pour tous ceux et toutes celles qui s’étaient enthousiasmés pour le projet de prendre d’assaut le ciel, comme l’avait exprimé au tout début, en reprenant une expression de Karl Marx, la principale figure de ce parti, Pablo Iglesias.

Comme le résume cruellement un dessin paru sur un site d’information, il s’est produit littéralement un effondrement progressif et depuis quelques jours accéléré de l’espoir que Podemos justifie son nom autrement que par des pratiques exprimant des volontés, centripètes mais ces derniers temps  surtout centrifuges, toujours plus affirmées, de prise de pouvoir. Prise de pouvoir depuis un centre autour duquel a proliféré vertigineusement un appareil qui en remontre en démarches personnelles et verticalistes et en méchantes luttes de clans à tous ces vieux partis dont il fut question initialement de les renvoyer aux poubelles de l’histoire. Cela fait un moment, en fait dès les premiers mois ayant suivi le succès aux élections européennes, que sont apparus les signes d’une dérive institutionnaliste, reléguant de plus en plus ce qui s’annonçait, dans la logique du mouvement des indignés, comme la matrice quasiment libertaire du parti, les cercles de base.

Le premier congrès de Vistalegre, en 2014, avait vu, d’emblée, phase centripète, la coagulation d’un noyau dirigeant autour de Pablo Iglesias, Juan Carlos Monedero, Carolina Bescansa, Íñigo Errejón ou Irene Montero, opérant manœuvres et tripatouillages, parfois de dernière minute, pour marginaliser le courant anticapitaliste, emmené par Teresa Rodríguez, dont la logistique avait pourtant été essentielle pour rédiger, dans l’urgence, le programme électoral et assurer le lancement de la candidature européenne de 2014. On peut dater de cet événement précoce ce qui en ce moment, passés les enthousiasmes militants autorisant de fermer les yeux sur les premières anomalies de fonctionnement, est en train de faire exploser un parti ayant trop vite perdu ses signes d’identité initiaux contestataires. L'aboutissement aujourd'hui de ce processus qu’il n’est plus exagéré de qualifier de décomposition politique est lié à celui qui a longtemps fait figure de numéro deux, derrière Pablo Iglesias, Íñigo Errejón, candidat à la présidence de la communauté autonome de Madrid, qui vient de s’émanciper du label Podemos pour intégrer, aux côtés de la maire de Madrid, Manuela Carmena, la coalition Más Madrid dont la caractéristique est de s’opposer de plus en plus frontalement aux exigences de Pablo Iglesias et de sa fraction dirigeant le parti de prendre la place qu’il juge mériter dans la liste carméniste candidatant à conserver la mairie de Madrid aux prochaines municipales.

Il faut préciser qu’il y a de l’arroseur arrosé dans ce qui arrive à un Pablo Iglesias menant d’une main de fer de plus en plus autoritaire la vie interne de Podemos. Après avoir abandonné le projet prométhéen initial de voler le feu céleste au profit d’un tacticisme rase-motte de plus en plus électoraliste, faisant le constat que la logique institutionnaliste sous-jacente à cet électoralisme ne permettait même pas de conserver l’habillage radical d’un sorpasso visant à devancer en voix le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) pour lui imposer ses conditions politiques, le nouveau Podemos théorisait qu’il était possible de jouer les mouches du coche socialiste, donc en position subalterne pour piéger électoralement la vieille gauche dans un jeu d’impuissances mutuelles à gouverner seul. Les diverses élections ont en effet amené chacun des partenaires possibles à conclure que seule une coalition de gauche pourrait, conditionnel de rigueur car cela ne s’est pas encore vérifié, rassembler les voix nécessaires pour obtenir une majorité parlementaire et donc gouvernementale. Nous passerons sur les résistances, jusqu’à récemment maintenues, du PSOE à se ranger à cette option encore trop radicale pour lui car dérangeant sa volonté de maintenir sans la moindre retouche ses attaches structurelles avec le régime monarchiste.

Podemos sentait encore le soufre de ces premières déclarations antisystème et les socialistes cherchèrent même, en vain, à poser un garde-fou à une éventuelle coalition avec Podemos en lui imposant de faire trio avec Ciudadanos déjà si clairement extérieur à la gauche, y compris la plus molle. C'était trop difficile à faire digérer aux bases de Podemos encore dans l’illusion que l’alliance avec le PSOE était un mauvais moment à passer mais sans pousser plus loin le bouchon des reniements. Pablo Iglesias se refusa à faire de Podemos le troisième larron de cette improbable union.

Tout ceci nous permet de revenir à la crise du jour. En effet Manuela Carmena, devenue maire de Madrid, avait alors marqué ses distances avec Pablo Iglesias rejetant toute compromission avec Ciudadanos et elle s’affirma favorable, au contraire, à ce que Podemos fasse équipe avec celui-ci. Manuela Carmena, qui n’est pas membre de Podemos, est une pièce rapportée de Podemos par la volonté personnelle de Pablo Iglesias de construire, autour de ce qu’il croyait pouvoir rester son noyau dirigeant, des convergences municipalistes, il y en aura d’autres dont l’une des plus importantes est celle de Barcelone, avec des indépendants permettant d’asseoir la nouvelle stratégie de conquête du pouvoir par le bas, par les villes, puis les autonomies, avant d’accéder au congrès des députés et au gouvernement. La démarche connut un succès marquant à Madrid mais aussi à Cadix, Barcelone et Saint Jacques de Compostelle.

Mais le revers de la médaille que n’a pas vu venir le toujours sûr de lui dirigeant de Podemos est que ces espaces municipaux conquis, au demeurant avec l’obligation de compter, pour faire majorité, avec les voix socialistes, ont eux-mêmes favorisé la constitution d’appareils ancrés sur les logiques locales et, par là, capables de défier le pouvoir hors sol d’un parti fonctionnant de plus en plus autour des détenteurs d’un appareil déconnecté radicalement de ses cercles de base.

Aujourd’hui, arroseur arrosé, Pablo Iglesias, si dominateur en interne, se confronte à Manuela Carmena ayant goûté elle-même aux plaisirs de la domination dans la gestion d’une équipe municipale où elle n’a pas hésité à neutraliser ses trublions fortement connotés indignés, Guanyem Madrid et Anticapitalistas, qui vitupéraient ses choix urbanistiques, Operación Chamartín, mais surtout, tout se tient, son refus d’organiser une démocratie municipale d’assemblées de base.

Plus iglésiste que Pablo Iglésias lui-même, elle l’a pris à son propre jeu du pouvoir personnel en posant que le choix de reconduire son équipe municipale aux prochaines élections serait de son ressort exclusif. Plus même, elle a refusé net que Podemos revendique la deuxième position sur la liste, place dont le règlement prévoit qu’elle est celle d’un éventuel successeur à la maire dont tout le monde pense que son âge avancé et sa santé précaire ne devraient pas lui permettre d’aller au bout de son mandat. Pire encore pour Pablo Iglesias, alors qu’il reléguait tous les élus de Podemos de l’actuelle équipe municipale, soupçonnés d’être désormais plus carménistes que podémistes, à des places non-éligibles de la liste officielle, iglésiste pour bien me faire comprendre, aux primaires pour la candidature municipale, ces élus, en geste de défi, se sont retirés de ces élections primaires. Ce qui leur a valu d’être illico exclus de Podemos, à quoi Manuela Carmena a répliqué que, de toute façon, elle les intégrait d’office dans sa propre liste qui, quoi que dise Pablo Iglesias, sera la liste définitive. Mais l’arroseur iglésiste n’avait pas fini d’être arrosé.
Cette semaine, son frère ennemi, hier son ami de moins de vingt ans mais tout de même ami ce qu’il y a de plus proche, Íñigo Errejón, en conflit ouvert avec lui lors du second congrès de Vistalegre, en 2017, battu à plate couture mais magnanimement remis à flot pour devenir le candidat du parti violet à la présidence de la communauté autonome de Madrid en cette nouvelle année, lui a réservé un chien de sa chienne.

Sans crier gare, alors qu’il avait été confirmé candidat dans une élection primaire boycottée, car antidémocratique, par Anticaptalistas et en tension maintenue avec les iglésistes mais aussi avec Izquierda Unida partie prenante de la liste, il vient de coécrire avec Manuela Carmena une lettre annonçant qu’il se présentait désormais sous les couleurs de Más Madrid, en tandem avec celle-ci, l’un pour la communauté, l’autre pour la mairie de Madrid. Et cela sans rien renier évidemment de son engagement pour Podemos. Mais en soulignant qu’il fallait désormais sortir des logiques strictement partidaires dont la récente élection andalouse et la déconvenue subie, à cette occasion, par Podemos avaient démontré l’échec irréfutable. La stupéfaction a été totale dans la direction de Podemos. Tout le monde y a retenu son souffle dans l’attente, comme il est de règle, de la décision du chef.

Elle vient de tomber à travers une lettre par laquelle il décide qu’à son tour, après les élus de la mairie de Madrid, Íñigo Errejón s’est mis de lui-même hors de Podemos et que celui-ci lui opposera sa propre liste. Ce qu'il ne fera pas contre Manuela Carmena qui sera seulement privée d'un soutien violet à sa campagne. Ce positionnement a immédiatement déclenché, comme d’habitude, l’approbation des fidèles retrouvant enfin leur langue. Dans le même temps Íñigo Errejón se refuse à démissionner de son poste de député pour Podemos et réaffirme qu’il est toujours le candidat du parti.

Quant à Izquierda Unida, elle ne se considère plus tenue par l’accord conclu avec Pablo Iglesias sur Madrid et annonce, sur le mode couteau sans lame, qu’elle va travailler à construire l’unité de la gauche.
Sur une ville et une région dont il est inutile d’insister sur l’importance politique qu’elles revêtent, cet enchaînement de réorientations politiques au couteau à lame affutée et d’exclusions qui portent le sceau d’une guerre des chefs réduisant à la passivité spectatrice les militants, sympathisants et électeurs, finit d’ajouter de la crise à une crise qui n’en finit pas et qui se traduit, depuis un certain temps, sur le terrain privilégié par l’iglésisme, les élections, à des échecs ou des stagnations.

En Galice, Cantabrie, Navarre, La Rioja et bien d’autres endroits le parti est, par ailleurs, en proie à des tensions, des accusations de manipulations de votes se doublant de conflits de personnes, parfois sordides, induisant même des accusations pénalement répréhensibles, harcèlement sexuel, des structures locales sont suspendues et mises sous tutelle depuis Madrid. Catastrophique dans un contexte de poussée de l’extrême droite et de menace pour les libertés, les droits sociaux et démocratiques, qu’une coalition de celle-ci avec les droites du Parti Populaire, malgré sa corruption, et de Ciudadanos, malgré les virevoltes de sa ligne d’alliances, devienne majoritaire aux prochaines élections législatives centrales.

Il est à cet égard incontournable de relever que l’institutionnalisation d’un parti comme Podemos, son arrimage stratégique désormais ouvert à un PSOE parvenu au gouvernement central en position de fragilité politique extrême et que les élections régionales d’Andalousie, son fief historique, ont sanctionné sévèrement au profit de la droite et de l’extrême droite, l’entraînent dans le rejet général de gauches ayant failli à incarner une alternative crédible.

L’actuelle tentative désespérée du gouvernement d’acheter, d’une part, les votes parlementaires indépendantistes catalanistes, sans rien céder sur la question de leurs prisonniers politiques, et, d’autre part, l’appui des secteurs populaires par de belles promesses budgétaires dont il est fort à parier qu’elles seront retoquées par les instances européennes gardiennes de l’orthodoxie austéritaire, aura vu Podemos jouer la carte des gentils émissaires portant la bonne parole socialiste auprès des rétifs. Toute une synthèse de l’instrumentalisation systémique d’un parti en déficit accéléré d’une radicalité initiale retentissante à forte connotation anticapitaliste. Déficit qui raidit des élites dirigeantes se découvrant des divergences tactiques à traiter au fer rouge, sur fond, pourtant, d'un accord total sur  une plate stratégie réformiste des petits pas institutionnels et bon gestionnaires, ils paient les dettes municipales rubis sur l'ongle, qui actent en y contribuant largement la fin de la force propulsive de l'indignation.

Tout se tient hélas dans Podemos, une dégénérescence précoce de la démocratie interne et l’inscription dans une logique prétendant réformer de l’intérieur le système, celui d’un capitalisme incapable, depuis 2008, de continuer à se légitimer par l’héritage de la transition démocratique et tenté en conséquence de proposer une cure néofranquiste au pays, tout en reproduisant les tares politiques dudit système et permettant ainsi à celui-ci, comme on peut le lire dans les éditoriaux de la presse mainstream, de se réjouir d’avoir gagné, c’est-à-dire d’avoir pris dans ses rets celui qui visait à le prendre d’assaut.

Podemos aura pu réduire à peu de choses l’espoir indigné d’offrir un début de sortie d’une terrible crise sociale, sans parler de son échec dramatique à peser pour le droit d’autodétermination de la Catalogne, et d’un régime qui ne se survit que par défaut. Défaut d’alternative, malgré des résistances internes rendues difficiles par le verrouillage bureaucratique, celle des anticapitalistes et des quelques héritiers de l’indignation à refuser encore de partir, se nourrissant des défauts rédhibitoires d’un Podemos qui en est réduit à offrir le lamentable spectacle de sa déconfiture politique, à dynamique politicienne, de ses divisions, de son clanisme interne, de la désaffection ou passivité induites d’une base militante affaiblie numériquement mais aussi politiquement, et sidérée par tant de gâchis.

La grave crise actuelle de Podemos inquiète vivement le gouvernement et le PSOE, dont certains barons, notons-le au passage, rejoignent la droite et l'extrême droite pour exiger que l'état d'exception, que Pedro Sánchez avait au demeurant appuyé en 2017, soit rétabli pour une durée indéfinie en Catalogne. Avec qui les socialistes, caressant pour certains l'idée que l'occasion serait belle d'aller voir enfin au centre, autrement dit du côté de Ciudadanos, au moins sur Madrid, pourront-t-ils obtenir la majorité aux prochaines législatives si Podemos éclate et devient une force marginale.

 


Nous ne serons pas les chiens de garde de l'État!

Plus de 250 universitaires, intellectuels et artistes disent leur solidarité avec le mouvement des Gilets jaunes, estimant que «c'est la responsabilité historique de la gauche de ne pas laisser le champ libre à l'extrême droite».

Qui aurait cru qu'un gilet suffirait à ébranler l'État ?

Source : https://www.change.org/p/le-peuple-solidarit%C3%A9-des-universitaires-des-intellectuels-et-des-artistes-avec-les-gilets-jaunes (Voir la liste des signataires imposante sur le site de la pétition)



Nous assistons depuis deux mois à un mouvement populaire de grande ampleur soutenu par une grande partie des Français. Ce mouvement a pris le gilet jaune comme symbole. Ce gilet de sauvetage qui signale le danger est devenu un cri de ralliement contre la casse sociale en marche : "ne nous écrasez pas" ! Il permet de rendre visibles ceux qui restent d'ordinaire invisibles. En occupant pacifiquement des ronds-points, les Gilets Jaunes s'inspirent à leur manière des occupations d'usines de Juin 36 et de Mai 68, et de mouvements de contestation plus récents comme les Printemps arabes, les Indignés espagnols ou Occupy aux USA.

Le mouvement des Gilets Jaunes a montré à nouveau que, face à un pouvoir prêt à tout pour imposer ses "réformes", seule la lutte permet de gagner : occuper, bloquer, manifester, toucher les lieux sensibles de l'État, de l'économie, de la finance. Tisser des liens, inventer des solidarités, s'organiser pour tenir, fédérer les colères, rechercher des convergences, créer de nouvelles formes de résistance, penser de nouvelles manières de faire de la politique.

Confronté à ce mouvement, l'État a choisi la voie de la répression policière et judiciaire. Il envisage désormais de ficher les manifestants pour pouvoir procéder à des interpellations préventives. Alors que les armes employées par la police ont déjà entraîné blessures et mutilations chez des dizaines de manifestants, de nouvelles consignes d'"extrême fermeté" viennent d'être données aux préfets et aux procureurs. Pour justifier cette politique de confrontation brutale, les autorités s'efforcent par tous les moyens de discréditer les Gilets Jaunes. Ainsi, Emmanuel Macron les a stigmatisés comme une "foule haineuse" qui serait à la fois xénophobe, homophobe et antisémite… L'État peut compter sur la complicité de certains médias qui montent en épingle le moindre incident pour faire passer les Gilets Jaunes pour des racistes et des fascistes. Il peut également compter sur ses chiens de garde, ces intellectuels médiatiques qui se sont empressés de les dénoncer comme des "barbares" et des "gilets bruns". L'un d'eux vient même de féliciter la police pour avoir "sauvé la République" !

Beaucoup d'universitaires, d'intellectuels (enseignants, chercheurs, etc.) et d'artistes s'en sont tenus jusqu'à maintenant à un silence prudent, y compris ceux qui affichent leur sympathie pour la gauche et l'extrême-gauche. Sans doute parce que ce mouvement échappe aux catégories habituelles du jugement politique – imprévisible, inclassable, comme Mai 68 en son temps, comme tout événement historique digne de ce nom. Certains ont pris position en faveur de ce mouvement populaire, mais leur parole est ignorée par les médias dominants. C'est ce silence que nous voulons contribuer à briser, en affirmant publiquement notre solidarité avec les Gilets Jaunes et en appelant les intellectuels, les universitaires et les artistes à les rejoindre.

Il s'agit certes d'un mouvement hétérogène, traversé de multiples contradictions, et qui fait l'objet de tentatives d'infiltration et de récupération de la part de l'extrême-droite. Il importe de demeurer vigilants face à toute dérive complotiste, raciste ou homophobe. Mais ces dérapages restent le fait d'une petite minorité et ne peuvent en aucun cas servir de prétexte pour déconsidérer l'ensemble des Gilets Jaunes. Tout en condamnant sans réserve les menaces de mort envers des élus ou envers des Gilets Jaunes accusés de "trahison", nous contestons l'usage indifférencié du terme violence qui confond les violences physiques contre les personnes, qui sont inacceptables, et les dégradations de biens (voitures brûlées, vitrines brisées ou porte de ministère enfoncée…) qui accompagnent toujours les soulèvements populaires. Sans oublier que, comme l'écrivait Brecht, « On dit d'un fleuve emportant tout qu'il est violent / Mais on ne dit jamais rien de la violence / Des rives qui l’enserrent ».

Le mouvement des Gilets Jaunes est né d'une exigence d'égalité et de justice, d'une protestation contre la destruction du "modèle social français" et la précarisation de larges couches de la population, encore accélérées par les réformes d'inspiration néo-libérale menées au pas de charge et sans concertation par Emmanuel Macron. Ce mouvement témoigne d'une demande de reconnaissance, de la volonté d'être écouté et respecté, face à l'arrogance méprisante d'un gouvernement de technocrates qui se jugent «trop intelligents, trop subtils» pour être compris par un peuple d'«illettrés», de gens «qui ne sont rien».

En partant d'une révolte anti-fiscale, le mouvement des Gilets Jaunes a connu une politisation rapide qui s'est effectuée en dehors de tous les partis. On a assisté à l'émergence de revendications radicales portant sur les institutions et l'exercice du pouvoir. En se référant aux traditions historiques de la Révolution française (cahiers de doléances, appel à des États Généraux, "marche des femmes"…), les Gilets Jaunes ont réveillé l'idée de citoyenneté active fondée sur la compétence du peuple. On commettrait une grave erreur en condamnant comme "populistes" ou réactionnaires leur revendication de "référendum d'initiative citoyenne" ou l'appel des Gilets Jaunes de Commercy à créer partout des "comités populaires" de citoyens et à les fédérer dans une "assemblée des assemblées".

L’exigence d’une expression directe de la volonté populaire, la revendication d'un contrôle des élus par leurs électeurs qui les soumettrait à un mandat impératif et révocable : tout cela appartient à la tradition démocratique et révolutionnaire, depuis les Sans-Culottes, la Révolution de 1848 et les Communards jusqu'aux Conseils ouvriers du XX° siècle. Le refus de toute délégation de pouvoir qui caractérise la plupart des Gilets Jaunes s'inscrit dans la même tradition, celle de la démocratie radicale et libertaire, ravivée par la mémoire des révoltes trahies.

Aujourd'hui, le mouvement des Gilets Jaunes est à la croisée des chemins. Même s'il ne doit pas être surestimé, le risque existe que l'extrême-droite arrive à lui imposer son orientation autoritaire, haineuse et xénophobe. C'est la responsabilité historique de la gauche de ne pas lui laisser le champ libre.

Pour toutes ces raisons, nous appelons les universitaires, les intellectuels et les artistes fidèles aux idéaux d'émancipation à soutenir activement les Gilets Jaunes, à relayer leurs revendications et à les rejoindre dans la lutte...

 


Le collectif des Stylos rouges est l’expression d’un ras-le-bol profond dans l’Éducation nationale, par Armelle Pertus


 

Depuis la rentrée de septembre, les mobilisations n’ont pas manqué dans l’éducation. Le 12 novembre dernier, la grève appelée par les organisations syndicales était massivement suivie. Puis, fin novembre et durant tout le mois de décembre, ce sont les lycéenEs qui, profitant de la situation créée par la mobilisation des Gilets jaunes, ont bloqué leurs établissements et manifesté contre la réforme du lycée, et ce malgré la répression policière. À cette occasion, dans plusieurs établissements, les enseignantEs se sont mis en grève.

Les oubliés de Macron

Ce qui a été le point de départ réel du mouvement des Stylos rouges a été le discours télévisé de Macron le 10 décembre. Bien des enseignantEs ont en effet été révoltés que le chef de l’État n’ait pas un seul mot sur leur rémunération et leurs conditions de travail, alors que le point d’indice est gelé depuis 2010. Un groupe Facebook s’est alors mis en place pour chercher à regrouper les personnels de l’éducation souhaitant faire entendre leur colère. À l’heure actuelle, ce sont presque 50000 personnes qui sont dans le groupe des Stylos rouges à l’échelle nationale, et cela dans tous les secteurs de l’Éducation nationale, du 1er degré au lycée.

L’apparition de ce collectif montre le ras-le-bol qui existe dans les écoles, les collèges et les lycées. Cela fait des années que les salaires ont été gelés et que le nombre de postes baisse tant au niveau des profs que dans l’encadrement administratif et périscolaire. Le métier se précarise les charges de travail sont de plus en plus lourdes, et il n’y a jamais eu autant de démissions dans le secteur.

Conditions de travail dégradées

La question du salaire est bien évidemment importante, mais l’objectif n’est pas de gagner 150 euros de plus pour continuer à travailler dans les mêmes conditions. La question des effectifs, et donc des moyens, est une question clef: les classes sont de plus en plus surchargées et de moins en moins encadrées. Or le ministère a annoncé une nouvelle baisse du nombre de postes, et parle d’imposer désormais deux heures sup’ à touTEs les enseignantEs.

Mais les caractéristiques du collectif des Stylos rouges, qui se dit «apolitique» et «asyndical», et dans lequel beaucoup d’enseignantEs disent que la grève est un moyen de luttes inefficace, est aussi significatif de la situation provoquée par la politique des directions syndicales. Pour beaucoup de gens, effectivement, la grève saute-mouton appelée tous les 6 mois par les appareils syndicaux apparaît comme inefficace, et c’est bien vrai. Mais c’est néanmoins par des grèves combatives, reconductibles, déterminées… que les enseignantEs ont toujours pu obtenir des avancées.

TouTEs ensemble contre le gouvernement!

C’est le débat qu’il va falloir mener avec tous les personnels qui cherchent à se bagarrer contre le gouvernement. Pour la première fois depuis longtemps, un collectif fédère les personnels de tous les degrés, dans les écoles, dans les collèges, dans les lycées. Dans certaines académies, comme à Lille, ces personnels très déterminés ont mené des actions de blocage. Il existe donc une véritable ­combativité dans le secteur.

Le 24 janvier prochain, les syndicats du second degré appellent à une journée de grève. L’apparition des Stylos rouges pourrait permettre de donner une tonalité toute particulière à cette journée de mobilisation, en mobilisant également les personnels du 1er degré, et en mettant en avant les revendications qui unifient tout le secteur.

 


La ligne populiste, sous le drapeau des versaillais ...

La crise salutaire de dislocation de France Insoumise avance...

La stratégie de rassemblement à gauche de Jean-Luc Mélenchon est suicidaire, Par Djordje Kuzmanovic 


 

Commentaires de Robert Duguet :

Djordje Kuzmanovic était orateur de La France insoumise pour les questions internationales et de défense. Il y défendait la ligne populiste – on pourrait dire intégriste – selon laquelle il y a « le peuple » d’un côté contre « l’oligarchie ». Partis de gauche, corps intermédiaires, c’est-à-dire syndicats, tout ça c’est le passé, place à la « construction du peuple ». Aujourd’hui c’est François Cocq, membre fondateur du Parti de Gauche, qui est « banni » par Mélenchon. Ces deux responsables nationaux de la FI font à sa majesté le reproche de renoncer à « l’unification du peuple contre l’oligarchie ». Et comme FI est un état « gazeux » à la botte d’un tribun suprême, les conflits internes sur l’orientation ne peuvent se régler par la démocratie. Tel le roi en ses conseils ils sont frappés de bannissement. Cette nouvelle crise entre ceux qui veulent en doctrinaires maintenir la ligne populiste et ceux qui – en face de l’échéance électorale des européennes – constatent que ça ne marchera pas, fait une nouvelle fois apparaitre que le mouvement FI est un obstacle à reconstruire une alternative politique…

Le 5 janvier, Jean-Luc Mélenchon publiait un tweet annonçant que François Cocq, l’une des figures historiques du Parti de gauche, puis de La France insoumise (LFI), était un « nationaliste » qui avait été « banni » du mouvement. Après son éviction en même temps que la mienne de la liste des européennes par un comité électoral au fonctionnement particulièrement opaque, cela a choqué nombre de sympathisants. Ces derniers savent bien que l’intéressé n’est certainement pas plus nationaliste que l’auteur du Hareng de Bismarck [livre de Jean-Luc Mélenchon publié en 2015] et sont peu préparés à voir un militant de la première heure viré par un tweet.

Cet incident montre à nouveau comment, dans ce mouvement prétendument démocratique et horizontal, les décisions sont prises arbitrairement par quelques-uns, voire par un seul. « Banni » ? Ce sont les rois, pas la République, qui bannissent. Et puis François Cocq n’a rien d’un chevalier félon : au moment où le tweet était publié, ce militant loyal entrait en lice sur CNews pour défendre Jean-Luc Mélenchon. Alors comment expliquer la violence de cette nouvelle humiliation publique ?

D’abord par le caractère explosif et impulsif du chef de La France insoumise, qui s’est révélé au grand jour lors des perquisitions dont il a fait l’objet au mois d’octobre 2018. Même si celles-ci ressemblaient à une opération de police politique, la rage de Jean-Luc Mélenchon devant les caméras est apparue bien éloignée du sang-froid attendu d’un homme d’Etat. On peut aussi imaginer que ces accès d’autoritarisme relèvent d’une vieille technique visant à faire taire toute critique par l’exemple : personne n’aimerait ainsi être « banni » par un simple clic.

Mots diffamatoires

Mais le ressort profond de cet acharnement contre la « tendance Kuzmanovic » – qu’il traiterait, pour reprendre ses mots diffamatoires, de « national-identitaire » – me semble bien être la conscience d’avoir eu tort en nous marginalisant. En effet, alors que nous proposions, dans le cadre des élections européennes, de continuer sur la ligne tracée par le programme l’Avenir en commun qui a fait le succès de la campagne présidentielle de 2017 – populiste et souverainiste –, Jean-Luc Mélenchon a choisi de miser sur la stratégie dite de rassemblement à gauche, tout en le niant régulièrement.

Tablant sur le fait que les classes populaires votent peu aux européennes, il a décidé de cibler les classes moyennes cultivées des grandes villes, ces fameux « bobos de gauche » traditionnellement sociaux-démocrates et européistes, quitte à revenir au populisme à la prochaine présidentielle. Jean-Luc Mélenchon a ainsi progressivement enterré l’idée du « plan A/plan B » qui impliquait la possibilité de sortie des traités européens : il ne s’est pas rendu au dernier sommet consacré à cette thématique en octobre 2017 à Lisbonne – il y a quinze mois déjà ! –, avant de bloquer l’organisation d’un nouveau sommet en Grèce au printemps 2018.

Alors qu’il avait auparavant milité pour la création de mouvements alliés d’orientation populiste en Allemagne et en Italie, en vue de la constitution d’un nouveau parti européen campant sur ces positions, il n’a apporté de soutien ni à Patria e Constituzione de Stefano Fassina, lui préférant l’alliance avec le parti gauchiste Potere al Popolo, ni à Aufstehen de Sahra Wagenknecht – que je fus seul à saluer, m’attirant d’ailleurs un désaveu public cinglant.

Logique de cartel

Dès le congrès du Parti de gauche de juin 2018, Jean-Luc Mélenchon affirme la nécessité d’une hégémonie à gauche et tisse des liens avec des socialistes dissidents. En septembre 2018, il leur lance : « Que finisse cette longue solitude pour moi d’avoir été séparé de ma famille. () Mes amis, vous me manquiez. » Il y a quelques semaines, il déjeune avec Raphaël Glucksmann, héraut de cette « gauche parfumée » qu’il dénonçait jadis. Cette stratégie se retrouve évidemment dans la liste pour les élections européennes, montée dans une logique de cartel.

Quant à la tête de liste, Manon Aubry, elle se fixe comme « ligne rouge » de ne pas critiquer les autres formations de gauche, aime « l’Europe sociale » de Jacques Delors et Benoît Hamon, et réduit le plan B au non-respect de la règle des 3 % de déficit public ! Rien d’étonnant de la part de cette ex-militante de l’UNEF – l’école des cadres du Parti socialiste –, parfaite représentante de la gauche bon teint et pas du tout novice en politique, comme s’efforce de nous le faire croire un storytelling officiel.

Lancé sur cette ligne « à gauche toute » et désireux de réserver le populisme et le souverainisme au frais pour 2022, Jean-Luc Mélenchon fait alors face à l’imprévu : la vague des gilets jaunes. Ce soulèvement populaire, qu’il avait si souvent appelé de ses vœux, arrive pour lui au pire moment : il donne raison aux gêneurs qui voulaient continuer la stratégie d’unification du peuple contre l’oligarchie.

Confusion totale

Le chef de la France insoumise tarde d’abord à réagir, alors même que les sympathisants de la FI s’engagent résolument dès le début dans ce mouvement – qui n’a rien d’une gauche de salon – et qui se fait chaque semaine plus fort. Il ne peut que le soutenir, mais comme le rapprochement à gauche reste d’actualité, il ne peut faire que de la communication, en ménageant la chèvre et le chou : déjeuner avec Glucksmann et en même temps soutenir Eric Drouet ; évincer les populistes et se féliciter de la « révolution citoyenne des gilets jaunes ». Résultat, la confusion est totale – en particulier à la base de LFI – et Jean-Luc Mélenchon irrite les uns comme les autres, perdant sur les deux tableaux.

Ne risquant plus d’être « banni » de La France insoumise, puisque j’ai quitté de mon plein gré une formation qui abandonnait son programme, je peux aujourd’hui affirmer que le rassemblement à gauche est non seulement suicidaire électoralement, mais contraire aux intérêts de ceux qui manifestent aujourd’hui dans la rue. Ce n’est pas la gauche qu’ils veulent unifier, mais tous les gens de bonne volonté qui veulent rendre à notre République sa pleine souveraineté, condition sine qua non de toute réforme sociale, sans laquelle les discours bien intentionnés ne sont que des vœux pieux.

 


 

15 janvier 1919 : Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht sont exécutés par un commando de militaires,

Par Jean-Numa Ducange

Historien

mardi 15 janvier 2019.


 



Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht et plusieurs de leurs compagnons qui venaient de fonder le Parti communiste d’Allemagne étaient assassinés par un commando militaire, alors que tentait de se développer un mouvement révolutionnaire dans le pays. Figure marquante du mouvement ouvrier international, économiste, théoricienne de la démocratie, femme cultivée, sensible, elle nous laisse un héritage fécond qui mérite d’être réévalué à l’heure de la crise mondiale du capitalisme.

Le 11 janvier 1919, deux mois après l’abdication de l’empereur Guillaume II et la proclamation de la République, le social-démocrate Gustav Noske entre dans Berlin à la tête des troupes gouvernementales. Pendant plusieurs jours, de nombreux militants spartakistes[1] sont assassinés : le 15 janvier, Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, exécutés par un commando d’officiers et de militaires, sont les victimes les plus célèbres de cette semaine sanglante. « L’ordre règne à Berlin », comme l’avait écrit Rosa la veille de sa mort. « Rosa la rouge » est parfois citée et souvent appréciée à gauche. Sa mémoire est immortalisée par un célèbre poème de Bertolt Brecht (« Elle avait dit aux pauvres la vérité / Et pour cela les riches l’ont exécutée »). Mais, à l’époque, certains n’avaient pas de mots assez durs pour condamner « Rosa la sanguinaire ». Les spartakistes, ainsi nommés en allusion à Spartacus, le leader du soulèvement des esclaves romains pendant l’Antiquité, étaient alors assimilés au « banditisme » ou « terrorisme » par une social-démocratie qui venait de s’allier à la force militaire pour terminer la révolution commencée quelques semaines tôt.

Cette social-démocratie allemande (SPD), les deux dirigeants spartakistes la connaissaient bien : ils en furent membres pendant de nombreuses années. Rosa Luxemburg est née en 1871 à Zamosc, petite ville de Pologne, alors sous domination russe, dans une famille de commerçants juifs, qui s’installera à Varsovie, où la jeune fille fréquente le lycée. Elle milite dès l’âge de seize ans. Engagée dans un groupe de socialistes révolutionnaires, menacée d’expulsion, elle émigre en Suisse, où elle poursuit des études d’économie avant de se retrouver à Paris. Pendant cet exil, elle contribue à la création de la social-démocratie polonaise, avant de devenir une figure importante du Parti social-démocrate allemand, auquel elle adhérera en 1898 à Berlin. À travers cette expérience, elle incarne cet internationalisme qui était l’idéal de nombreux militants cosmopolites d’Europe de l’Est. Mais elle ne jugera pas utile, contrairement à d’autres, d’appuyer les revendications nationales des peuples d’Europe centrale, vues comme rétrogrades.

Rosa se fait connaître au tournant du siècle pour sa virulente critique d’Edouard Bernstein, qui « révise » le marxisme. Attentive aux problèmes du socialisme européen, elle soutient le combat en faveur de la réhabilitation de Dreyfus, mais s’oppose à ceux en France qui en 1899 appuient l’entrée d’un ministre socialiste dans un gouvernement où siège un certain Gallifet, auteur de la répression de la Commune de Paris de 1871.

C’est au moment où Luxemburg polémique avec les socialistes français que Karl Liebknecht adhère à la social-démocratie allemande, en 1900. Fils de Wilhelm Liebknecht, dirigeant historique et acteur de la révolution de 1848, Karl ne laissera pas une œuvre de la même ampleur que sa camarade. Mais on lui doit une agitation et de courageux écrits antimilitaristes, pour lesquels il sera emprisonné, ainsi qu’une attention spécifique portée à l’organisation des jeunes sociaux-démocrates. Et après plusieurs tentatives infructueuses, il est élu député au Reichstag en 1912.

À la suite de la vague de grèves déclenchée en Russie dans le sillage du « dimanche rouge » de janvier 1905, Rosa part pour Varsovie. Elle compte sur les nouveaux modes d’action apparus dans le processus révolutionnaire, la « grève de masse », pour lutter contre les appareils politiques et syndicaux, dont la pression se fait de plus en plus sentir en Allemagne. Peu après, son hostilité au nationalisme l’amène, contre l’avis de la délégation du SPD, à faire adopter par l’Internationale en 1907 une résolution contre la politique coloniale. Ces positions intransigeantes font d’elle la principale porte-parole de l’aile gauche du parti et devaient la conduire à rompre avec son vieil ami Karl Kautsky, alors considéré comme le « pape » théorique de la social-démocratie.

Révolutionnaires, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht l’étaient assurément. Pour eux comme pour beaucoup de sociaux-démocrates allemands d’alors, la révolution et le socialisme ne sont pas des rêveries lointaines que seules les générations futures pourront accomplir : ils sont à portée de main, du domaine du réel et du réalisable dans les années à venir. Ces militants du XIXe siècle, souvent ouvriers, avaient une « sensibilité à l’histoire, une conscience aiguë de la portée historique de leur mouvement », selon l’expression de l’historien Georges Haupt, qui contribua à rééditer des textes de et sur Rosa Luxemburg un demi-siècle après sa mort. C’est cette histoire des mouvements révolutionnaires de 1789, 1848, 1871 que Luxemburg enseigna à l’école du parti, où elle exposa aussi aux cadres sociaux-démocrates son analyse marxiste de l’économie capitaliste.

C’est le choix de ne pas soutenir la politique d’union sacrée en 1914 - le SPD vote le 4 août les crédits de guerre allemands - qui les associe définitivement. Dissidence qui les conduira au-delà des vifs débats des années précédentes : de désaccords en divergences, ce sera bientôt la rupture. Elle commence au Reichstag, où Karl Lieknecht refuse - seul - de voter les nouveaux crédits en décembre 1914, rompant ainsi la discipline de parti qu’il avait respectée jusqu’alors. L’un et l’autre sont emprisonnés pendant une partie de la guerre pour leurs activités militantes. Peu à peu se forme un groupe de militants, radical dans son opposition à la guerre : les spartakistes.

Quand les bolcheviks prennent le pouvoir au cours de la Révolution russe en octobre 1917, Luxemburg leur reproche dans un texte posthume certains actes jugés trop autoritaires, au point que d’aucuns ont voulu y voir une critique avant-coureuse des dérives ultérieures. Mais elle se solidarise, malgré tout, à l’image de nombreux militants d’alors, avec la Révolution russe dont le « mérite » est « impérissable ». En Allemagne, alors que le processus révolutionnaire s’étend dans le sillage des événements russes, la République est proclamée deux fois le 9 novembre 1918 : Scheidemann au Reichstag annonce la « République allemande » tandis que Karl Liebknecht, de son côté, du balcon du château des Hohenzollern, fait reprendre par la foule « Vive la République allemande socialiste ! ». Deux options possibles qui vont s’avérer inconciliables : le Parti - communiste allemand (KPD) naît le 1er janvier 1919 et les spartakistes en forment la composante essentielle. Dans cette période de forte agitation sociale, la social-démocratie d’Ebert et Scheidemann choisit l’alliance avec l’armée pour réprimer l’aile radicale révolutionnaire. De cette répression naît une profonde division du mouvement ouvrier allemand, un fossé irrémédiable entre sociaux-démocrates et communistes, qui contribuera à leur défaite face au nazisme une décennie plus tard.

Les thèmes de la spontanéité des masses et l’insistance sur la démocratie indissolublement liée au projet socialiste ont permis la redécouverte des textes de Luxemburg dans les années 1970, à l’heure de la critique des régimes bureaucratiques. Et chaque année, aujourd’hui encore, des Allemands de différentes générations et d’horizons divers se retrouvent pour honorer la mémoire des deux révolutionnaires.

Des débats d’une autre époque qui ne nous interrogeraient plus aujourd’hui ? Les contextes ont bien changé, mais les préoccupations posées pour un projet d’émancipation demeurent. À l’heure de la crise du capitalisme, une relecture critique de l’Accumulation du capital et de l’Introduction à l’économie politique - récemment rééditée -, où sont montrés les mécanismes de l’exploitation et de la reproduction du capital, s’impose.

Parions que d’autres lectures nous interrogeront dans l’avenir : bien des textes de Rosa restent encore à découvrir dans notre langue, comme le montre l’extrait reproduit dans cette édition de l’Humanité d’un article qu’elle écrivit à l’occasion du centenaire d’une année charnière de la Révolution française, 1793.

Notes

[1] L’aile gauche scissionniste du Parti social-démocrate.

 


Rosa Luxemburg (1871-1919)

Rosa Luxemburg et la Convention de 1793


Extraits d’un article paru en juillet 1893 dans la revue polonaise Sprawa Robotnicza (la Cause Ouvrière), éditée à Paris et diffusée clandestinement en Pologne. Rosa Luxemburg en était la principale animatrice. Ce texte, inédit depuis lors, est paru dans le journal l’Humanité du 15 janvier 2009 grâce à l’historien polonais Feliks Tych.

L’année 1793 ! Cent ans sont passés depuis ce temps auquel les ennemis du peuple travailleur, les tsars, les rois, la noblesse, les princes, les patrons d’usine et tous les autres riches (les capitalistes) ne peuvent songer encore aujourd’hui sans éprouver de la terreur. Leurs âmes tremblent dès que l’on prononce ce mot : l’année 1793 !
Pourquoi cela ? Parce que, dans ces années-là, le peuple travailleur en France, et particulièrement dans sa capitale, Paris, s’est débarrassé pour la première fois du joug multi-séculaire et a entrepris de tenter d’en finir avec l’exploitation et de commencer une vie nouvelle et libre.

« Pour quelle raison ai-je combattu ? Pourquoi ai-je versé mon sang ? » s’interroge le peuple français trompé dans ses espérances. Pourquoi ai-je offert ma poitrine aux balles des soldats du roi ? Seulement pour remplacer un oppresseur par un autre ? Pour arracher le pouvoir et les honneurs à la noblesse et le transmettre à la bourgeoisie ?

Et le peuple de Paris engagea un nouveau combat. Ce fut la deuxième révolution - la révolution populaire -, le 10 août 1792. Ce jour-là, le peuple prit d’assaut le Palais royal et l’Hôtel de ville. La bourgeoisie était du côté du roi, qui, doté d’un pouvoir affaibli, défendait ses intérêts contre ceux du peuple. Cela n’empêcha pas le peuple de renverser le trône. La bourgeoisie tenait l’Hôtel de ville et l’administration municipale d’une main ferme et voulut dominer le peuple avec sa police et la Garde nationale. Cela n’empêcha pas le peuple de prendre d’assaut l’Hôtel de ville, d’en expulser la bourgeoisie et de tenir dans ses mains calleuses l’administration municipale de Paris.

La Commune, s’appuyant sur le peuple révolutionnaire victorieux, obligea la Convention (la nouvelle Assemblée nationale), qui se réunit en septembre 1792 et proclama aussitôt la République, à faire d’importantes concessions. Sans la puissance menaçante de ce peuple, la Convention aurait probablement fait aussi peu de choses que les Assemblées précédentes pour les masses populaires.

Seule la minorité de la Convention, la Montagne (ainsi nommée parce que ses membres occupaient les bancs les plus hauts dans la salle de la Convention), défendait fidèlement la cause du peuple travailleur. Aussi longtemps que les girondins siégèrent à la Convention, ceux de la Montagne ne purent la plupart du temps pratiquement rien faire, car les girondins avaient évidemment toujours la majorité de leur côté.

Examinons ce que le peuple travailleur obtint au cours de sa brève période où il exerça un rôle dominant. Les dirigeants du peuple, comme les membres de l’administration municipale et les montagnards souhaitaient ardemment la complète libération économique du peuple. Ils aspiraient sincèrement à la réalisation de l’égalité formelle de tous devant la loi, mais aussi à une réelle égalité économique. Tous leurs discours et tous leurs actes étaient basés sur une idée : dans la république populaire, il ne devrait y avoir ni riches ni pauvres ; la république populaire, cela veut dire que l’État libre bâti sur la souveraineté populaire ne pourrait rester longtemps en place si le peuple, souverain politiquement, se trouvait dépendant des riches et dominé économiquement.

Après tout cela, il est clair que les montagnards, malgré toute leur bonne volonté, étaient incapables de réaliser leur désir ardent : l’égalité économique de tous. Cette aspiration n’était pas réalisable en ce temps-là. En outre, les moyens dont on se servait n’eurent comme effet que de retarder pour une brève période le développement de la constitution du capitalisme, c’est-à-dire la plus grande inégalité économique.

Après la chute de la Commune et de la Montagne, le prolétariat parisien pris par la faim se souleva encore quelques fois contre la Convention , en criant : « Du pain et la Constitution de 1793. » Ce n’étaient toutefois plus que des faibles sursauts d’une flamme révolutionnaire en voie d’extinction. Les forces du prolétariat étaient épuisées ; quant à la conjuration organisée en 1796 par le socialiste Babeuf contre le gouvernement d’alors, dans le but d’introduire une constitution socialiste, il fut tout aussi infructueux.

La conjuration de Babeuf n’a pu troubler qu’un instant le calme de la bourgeoisie française repue qui s’enrichissait. Elle avait déjà oublié les « frayeurs de l’an 1793 ». C’est bien elle et non le prolétariat qui a récolté tous les fruits de la Révolution française.

Mais la victoire du prolétariat signifie le triomphe du socialisme, le triomphe de l’égalité et de la liberté de tous. Cette égalité économique, qui était il y a un siècle le grand rêve de quelques idéalistes, prend aujourd’hui forme dans le mouvement ouvrier et dans le mouvement social-démocrate. La devise « Liberté, Égalité, Fraternité » n’était à la l’époque de la grande Révolution française qu’un slogan de parade dans la bouche de la bourgeoisie, et un faible soupir dans la bouche du peuple - ce mot d’ordre est aujourd’hui le cri de guerre menaçant d’une armée de plusieurs millions de travailleurs.

Le jour approche où il prendra corps et deviendra réalité.

En l’an 1793, le peuple de Paris a réussi à détenir le pouvoir entre ses mains pour une courte durée ; mais il a été incapable d’utiliser ce pouvoir pour se libérer économiquement. De nos jours, le prolétariat de tous les pays mène résolument et inlassablement un combat à la fois politique et économique.

Le jour où le prolétariat détiendra le pouvoir politique sera aussi le jour de sa libération économique. "

Signé "K" (pseudonyme de Rosa Luxemburg)

 


 

Le point de la situation au 13 janvier 2019, par Vincent Présumey 

Source: APLUTSOC, Arguments pour la lutte sociale


Le week-end des 5 et 6 janvier a vu les mouvement des gilets jaunes repartir de plus belle, déjouant les souhaits et prévisions du pouvoir, affrontant directement ses forces de police le 5, mettant en avant les femmes travailleuses dans ce qui fut la plus importante vague de manifestations féministes au sens fort du terme que l'on a connu dans ce pays, le 6.

Tout au long de la semaine la ligne de dénonciation de la "foule haineuse", lancée par Macron dans ses vœux du nouvel an, a prévalu au niveau du pouvoir et des principaux médias. Le prétendu philosophe Luc Ferry a dit tout haut ce que toute la macronie pense et dit plus ou moins ouvertement, à savoir qu'il serait temps de tirer sur la foule (il a en effet appelé police et armée à se servir de leurs armes !). Et le trouble Castaner la veille du samedi 12 lançait la provocation : les manifestants, annonçaient-ils, seraient les complices des casseurs.

 La journée du samedi 12 janvier a donc été une nouvelle défaite politique pour ce pouvoir exécutif engagé dans la fuite en avant répressive, suite logique de sa fuite en avant dans les contre-réformes antisociales.

D'une part il n'y a pas eu de morts (en France ; en Belgique un gilet jaune renversé par un camion est décédé sur un barrage) malgré les violences policières (au moins deux yeux crevés, à Paris et à Bordeaux ...).

D'autre part Castaner a bien dû avouer que la mobilisation était en hausse, bien qu'il ait arrêté les compteurs à 86 000, chiffre aussi absurde qu'à l'accoutumé.

 Il faut prendre la mesure de ce qu'est une situation dans laquelle se pose, de samedi en samedi, la question de combien de morts et de blessés fera la répression.

Elle entraîne bien entendu la nécessité de l'unité contre la répression et de l'organisation du secours et de la défense juridique contre un Etat qui n'est pas l'Etat de droit, et en la matière on constatera une fois de plus la carence du mouvement ouvrier et démocratique "traditionnel" dans ses principales composantes.

Mais plus encore, la répression et l'hystérie de la "macronie" attisent la question démocratique centrale, celle que tous les états-majors politiques esquivent : qu'ils dégagent.

Parmi les gilets jaunes, la poussée vers l'auto-organisation consistant dans la délégation et la coordination, prenant la place des portes-paroles autoproclamés et incontrôlables, progresse depuis le second appel de Commercy, auquel ont répondu favorablement de nombreux regroupements de gilets jaunes comme celui de Montreuil.

Et, même mouvement sur le fond, les gilets jaunes de Toulouse s'adressent aux organisations syndicales pour aller les chercher afin d'aller à la grève générale.

Unité avec les organisations ouvrières et élections de délégués mandatés et révocables, là est la voie du succès.

Dans l'intérêt d'un tel développement, il convient donc de dénoncer et de faire toute la lumière sur la manière dont s'est constitué un "service d'ordre" de "brassards blancs" dans la manifestation parisienne des gilets jaunes d'hier.

En effet, il apparaît que l'extrême-droite a infiltré ce SO d'une cinquantaine de membres, très mobiles, au point de le contrôler de fait. Victor Lenta, ex-para, "identitaire", soupçonné d'avoir pris part à l'incendie d'une mosquée en 2009, et mercenaire de Poutine dans le Donbass alors que beaucoup de gilets jaunes se réfèrent, à juste titre, au Maidan ukrainien pour définir leur mouvement, a été identifié dans ce SO.

Beaucoup de gilets jaunes veulent à juste titre un SO, mais pas pour les encadrer eux, pour les protéger et, au besoin, faire bloc contre les charges policières. Ce n'est pas ce qu'a fait le SO façon Lenta, soucieux d'interdire tout affrontement avec la police au motif de ne pas céder aux provocations : le cas échéant les liens policiers de ce provocateur poutinien devront eux aussi être éclaircis.

Enfin, ceci évitera aux anti-gilets jaunes professionnels de compléter la provocation en affirmant mensongèrement, ainsi qu'on peut le lire sur les réseaux sociaux, qu'en "choisissant" un Lenta les gilets jaunes auraient "choisi leur camp" !

Où en est Macron ?

La fuite en avant répressive, déjà en cours, ne marchera pas, c'est clair. S'ils tirent, la marée ne reflura pas, bien au contraire.

La dissolution de l'assemblée en l'état actuel n'aurait qu'un seul résultat certain : l'élimination des élus macronistes. Un référendum tel qu'il en est question dans les hautes sphères suppose d'avoir fabriqué un minimum de faux consensus auparavant, et ils n'en sont pas là.

Macron ne peut donc que continuer à naviguer à vue en combinant répression et participation, en une sorte de caricature bégayante de ce qu'avait été l'action de l'exécutif gaullien entre mai-juin 1968 et le Non au référendum de 1969.

Le "grand débat" a commencé par deux épisodes illustratifs.

Le Conseil Economique, Social et Environnemental, institution voué à la "participation" et à l'association des syndicats aux décisions du pouvoir, a lancé un questionnaire qui, trusté par la droite et l'extrême-droite, a vu quelques milliers de réponses (autant dire rien du tout) mettre en tête des "préoccupations des Français" la remise en cause du mariage pour tous. Tout en faisant accuser les gilets jaunes d'être les coupables, le pouvoir a confirmé que, à la différence de l'ISF, un tel sujet n'est pas tabou pour lui !

Deuxième épisode, la présidente du machin censé organiser les débats publics, Chantal Jouanno, a démissionné de l'organisation du "grand débat", son salaire indécent de haute fonctionnaire, de près de 15 000 euros (une paille il est vrai, comparé aux grands actionnaires !) ayant été connu suite à des questions sur Twitter.

Ces deux petits épisodes résument bien les choses. CGT et Solidaires ont boycotté la réunion inaugurale. Mais c'est la totalité du "grand débat" que les organisations syndicales ainsi que les associations d'élus doivent boycotter !

Non pas seulement parce qu'il s'agit d'une farce et que tout le monde le sait. Mais parce que c'est, avec le dialogue social sur les retraites et le statut de la fonction publique, l'ultime planche de salut de Macron qui veut ainsi tenir jusqu'aux Européennes.

L'unité "gilets jaunes/gilets rouges", la voie du succès pour les gilets jaunes comme pour la jeunesse et pour les grévistes dans des centaines de petites et moyennes entreprises de tous les secteurs, exige que l'on ne collabore pas avec Macron ou ses ministres mais qu'on les combatte, pour nos revendications !

 
Pas de participation à la farce du "grand débat" !

Que les représentants syndicaux arrêtent tout "dialogue social" sur la casse sociale !

L'issue politique c'est : Macron dégage !

Ce ne sont pas les droits sociaux qu'il faut casser, c'est l'Etat de la V° République : unité dans le blocage et la grève générale !

 


Les gilets jaunes de Montreuil (93)

Appel des gilets jaunes de Montreuil en réponse à l’appel des gilets jaunes de Commercy

 


 

Les gilets jaunes de Montreuil ont entendu l’appel de l’assemblée populaire de Commercy à se retrouver dans une grande assemblée des assemblées, une commune des communes, le 26 janvier prochain.
Nous les remercions et leur répondons que nous serons présents.

A Montreuil aussi, nous avons enfilé des gilets jaunes et nous nous sommes installés tous les jours en face du rond-point de Croix de Chavaux comme partout en France. Ça nous a permis de nous rencontrer autour d’une soupe, de débattre autour d’un brasero, de tisser des solidarités malgré des horizons très différents et de parvenir à sortir de l’isolement. Cela nous a aussi permis de rappeler que les banlieues parisiennes, comme à Pantin, à Saint-Denis, à Ivry, à Aulnay, ont bien rejoint le mouvement.

Le gilet jaune est le symbole d’une révolte.
Il est bien trop tôt pour rentrer chez soi et il n’est pas trop tard pour en sortir !

Nous sommes révoltés à cause de l’humiliation et du mépris. L’extrême richesse de certains, la soif de pouvoir des politiciens, le saccage de la planète par les plus riches et les violences de l'État sont allés trop loin.

Les mains arrachées, les manifestants éborgnés, la jeunesse alignée à genoux, les milliers d’inculpés et les centaines d’incarcérés sont venus s’ajouter à la répression policière quotidienne exercée à l’encontre des quartiers populaires depuis des années. Nous n’oublions aucune victime du « maintien de l’ordre » et nous affirmons notre solidarité aujourd’hui comme demain.

On essaie comme toujours de séparer les « bons gilets jaunes » et les « casseurs ». 300 personnes qui s’affrontent avec la police pour défendre un rond-point, c’est de l’autodéfense populaire et 3000 personnes qui attaquent des banques ou des ministères, c’est le soulèvement d’un peuple en colère !

Pour obtenir ce que nous désirons, ne tombons pas dans le piège des médias et du pouvoir en définissant des limites à notre mouvement.

Ni les miettes que nous propose le gouvernement, ni un « débat national » dirigé par lui-même, ni l’obtention du RIC n’arrêteront le magnifique moment qui est en train de s’ouvrir.

Certains doutent et ont peur de l’incertitude de l’après. Nous répondons que dans la façon dont s’organise la révolte des gilets jaunes nous avons déjà beaucoup de pistes pour vivre dans des territoires désirables.

Face à la révolte, la plus vieille des techniques du pouvoir est de nous diviser. Nous ne devons pas tomber dans ce piège.

Plutôt que le chacun pour soi, l’individualisme et la soif d’argent qui permettent le maintien de ce pouvoir, c’est la solidarité et le partage que nous avons à développer : Nous avons vu qu’ensemble nous sommes bien plus forts !

Nous savons bien que ceux qui privent les habitants de ce pays d’une vie digne ne sont ni les immigrés ni les exilés mais bien l’insolente richesse de certains et ce système injuste

Voilà pourquoi nous pensons que la différence ne doit pas constituer une frontière : ni la couleur de peau, ni le lieu de naissance, ni le genre, ni l’orientation sexuelle, ni la religion ne serviront de prétexte pour nous diviser. Nous devons être unis dans nos différence si nous voulons bâtir un monde plus juste et plus beau.

En Irak, Tunisie, Belgique, Kurdistan, Syrie, Japon, Hongrie, Espagne, Burkina Faso, Égypte, Angleterre, Maroc, Italie et dans bien d’autres endroits des gens mettent des gilets jaunes pour montrer leur colère : Notre révolte n’a pas de frontière !

Nous ne laisserons plus personne, qu’il soit président, maire ou « représentant » décider à notre place de nos conditions d’existence.

L’organisation par rond point, par quartier, par village, par commune nous permet de reprendre le contrôle de nos territoires et donc de nos vies.
C’est cela qu’il nous faut continuer et viser si nous voulons que les choses changent vraiment.

A Montreuil, nous lançons un « club gilets jaunes » à l’image de ce qui se faisait durant la Révolution Française où l’on se rencontrait dans des clubs d’éducation populaire. Car se réapproprier le savoir permet de nous rendre moins manipulables et de faire émerger une intelligence collective au service d’actions concrètes pour améliorer notre quotidien.
Nous appelons à la multiplication de ce genre de club sur tous les territoires.

Sans pour autant effacer la diversité et l’autonomie de nos organisations et initiatives locales nous pensons qu’il est important de nous lier et de nous rencontrer pour renforcer le mouvement des gilets jaunes.

C’est pour cela que nous serons présents à Commercy et que nous appelons depuis Montreuil à ce que des gilets jaunes de partout participent à l’assemblée des assemblées.

C’est le début d’une révolution qui veut construire une société plus digne et plus juste, pour nous et nos enfants. Nous ne nous arrêterons pas même si cela doit prendre 100 ans. Pour que le peuple décide lui-même de comment il veut vivre.

Entendez cet appel : continuons le début, prenons le chemin de la révolution !

Mail : chavaux@riseup.net
Groupe Facebook : Les Gilets Jaunes de Montreuil
Point fixe de 16h à 20h du lundi au vendredi Place Jacques Duclos (Métro Croix de Chavaux)
Club Gilet Jaunes de Montreuil tous les vendredis à partir de 19h30 à la Parole Errante
Départ collectif à 10h Place Jacques Duclos tous les samedis"

 


Les GJ de Toulouse, 12 janvier

A Toulouse, près de cinq cent Gilets Jaunes votent pour un cahier de revendications

Source : http://www.revolutionpermanente.fr/A-Toulouse-pres-de-500-gilets-jaunes-votent-un-cahier-de-revendications



Dimanche 16 Décembre 2018, une seconde assemblée générale des Gilets Jaunes de Toulouse a réuni plus de cinq cent personnes, l'occasion de voter un cahier de revendications pour avancer dans la structuration du mouvement.

Malgré le froid et la pluie, plus de cinq cent Gilets Jaunes s’étaient réunis Dimanche 16 Décembre 2018 avec la ferme intention de s’organiser autour de revendications communes, de tirer les bilans des premières semaines et de prévoir de nouvelles actions pour faire monter d’un cran encore le rapport de force.

C’est grâce à ce cadre que les Gilets Jaunes de Toulouse ont pu commencer à mettre en forme un cahier revendicatif, faisant ressortir les propositions semblant les plus prioritaires aux yeux des votants. Au total ce sont quatre cent soixante cinq Gilets Jaunes qui se sont exprimés, en choisissant parmi une liste de revendications et en les classant par ordre de priorité, de la plus importante à la moins importante. Le système de vote était différent des assemblées générales telles qu’elles se déroulent plus habituellement dans le mouvement étudiant par exemple. Au lieu d’un vote à main levée sur tout ce qui a été proposé durant le moment de débat, c’est sur les propositions soumises aux assemblées générales précédentes que les quatre cent soixante cinq votants se sont exprimés, à bulletin secret. Ce cahier de revendications a été voté dans un contexte où le gouvernement, par l’intermédiaire des mairies, tentent de remettre la colère sur un terrain institutionnel en appelant les Gilets Jaunes à venir discuter avec eux de leur doléances. Au contraire, l’enjeu de voter des revendications en assemblée générale permet aux Gilets Jaunes de garder la main sur leur mobilisation et de décider par eux-mêmes.

Il ne fait désormais plus aucun doute que la colère des Gilets Jaunes est aujourd’hui loin d’exprimer un mouvement manipulé par l’extrême droite. Nous pouvons à cet égard noter que la diminution du prix du carburant, qui avait pourtant initié le mouvement au mois de novembre 2018, est une des propositions les moins votées. C’est l’instauration d’un Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) qui arrive en première position, avec plus de quatre vingt dix pour cent des votes exprimés qui le place comme très prioritaire, mais aussi avec toute une flopée d’autres revendications portant sur le fonctionnement même du système politique actuel. Instauration d’une sixième république par une assemblée constituante populaire, baisse et encadrement strict du revenu du gouvernement et des élus et justificatif de leur frais et prise en compte réelle du vote blanc, parmi celles jugées les plus prioritaires.

Ces revendications expriment une fois de plus le caractère politique et la méfiance très importante et inédite contre les institutions de la cinquième république et du modèle de démocratie représentative, preuve, s’il en fallait, que le mouvement des Gilets Jaunes n’est pas seulement économique.

Le fait que le RIC arrive en première place est à la fois le signe d’un fort rejet du système politique actuel, mais pourrait être aussi une limite pour réaliser vraiment le pouvoir au peuple auquel aspire le mouvement.

À côté de cela, les revendications économiques sont elles aussi très radicales. Ce que les différentes revendications les plus votées mettent en lumière, c’est bien le fait que ce sont aujourd’hui les patrons et les politiciens professionnels sur-payés qui sont dans le viseur. C'est la chasse accrue à la fraude fiscale et patronale qui arrive en deuxième position avec près de quatre vingt dix pour cent des votes exprimés qui en font une priorité, mais encore la fin du Crédit d'Impôt pour la Compétitivité et l'Emploi (CICE) qui recueille près de quatre vingt pour cent des voix, à côté de quoi sont exigées la hausse du minimum vieillisse et des retraites à la hauteur du Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance (SMIC), une augmentation de celui-ci et une revalorisation des salaires et du Revenu de Solidarité Active (RSA). Une attention particulière est aussi portée aux services publics.

Enfin, contre tous les préjugés ayant pu circuler sur le mouvement, que ce soit du côté du gouvernement ou des médias voulant faire passer le mouvement pour réactionnaire, affirmant que les Gilets Jaunes œuvreraient contre les préoccupations écologistes ou féministes, nous voyons au contraire fleurir sur le cahiers revendicatifs des questions touchant du doigt ces problématiques écologistes. En sixième position, nous pouvons voir la revendication de l'égalité salariale et parentale entre les hommes et les femmes. Les femmes sont en effet les plus affectées par les différents plans d’austérité et de casse de l’emploi, mais aussi les actrices fondamentales de ce mouvement, à tel point qu’une marche des femmes gilets jaunes est d’ores et déjà appelée, Dimanche 6 Janvier 2019 à 11 heures.

La question de l’organisation et de la structuration du mouvement est une question primordiale pour que le mouvement des Gilets Jaunes ne s’essouffle pas. Pour un mouvement aussi spontané, le manque d’organisation au départ se comprend et la grande méfiance dans les trahisons potentielles se comprend aussi. Aujourd’hui néanmoins tout le monde voit que le mouvement gagnerait à être plus organisé pour être capable d’aller plus loin.

De ce point de vue, nous pouvons voir du côté de la région toulousaine une tentative intéressante de s’auto-organiser en reprenant notamment la forme des assemblées générales qui ont fait la force des victoires du passé. Différents cadres, assemblées générales et commissions pour traiter de sujet particuliers, ont en effet été mis en place depuis le début du mois de décembre 2018 pour faire en sorte que les informations, les discussions et les décisions, soient posées dans un cadre collectif, le plus démocratique possible.

S’il n’est pas toujours évident de s’organiser en étant plusieurs centaines voire plusieurs milliers, le cadre des assemblées générales permet néanmoins à tout le monde le droit à la parole et le droit de prendre part aux décisions permettant d’acter, à la majorité, les prochaines étapes de la lutte et d’agir comme force collective, directement. Durant l'assemblée générale, plusieurs interventions ont permis d’interroger la mise en place concrète du vote, qui s’est déroulé à l’aide de bulletins déposés dans une urne prévue à cet effet, une forme qui ne permet pas de contrôler démocratiquement le vote, puisque une même personne pouvait voter plusieurs fois. C’est notamment pour éviter ce genre de cafouillages que traditionnellement les assemblées générales préfèrent le vote à main levée, qui permet, à l’issue d’un débat, de trancher une position de manière transparente et collective.

Ces assemblées générales, qui ont permis à chaque fois de réunir près de cinq cent Gilets Jaunes à Toulouse, gagneraient à être exportées dans d’autres villes pour structurer durablement et démocratiquement la mobilisation des Gilets Jaunes. Elles sont aussi les meilleurs gardes fous contre les portes paroles autoproclamés qui voudraient parler à notre place. Et elles permettent, au contraire, d’arriver à des décisions collectives qui peuvent ensuite être portées par des personnes mandatées par les assemblées générales pour se coordonner avec d’autres villes, comme le suggère l’appel très progressiste des Gilets Jaunes de Commercy.

A Toulouse, la prochaine assemblée générale aura lieu Dimanche 6 Janvier 2019 à 15 heures à Sesquières.


Les gilets jaunes de Lille, 12 janvier

Les gilets jaunes s'adressent aux autres travailleurs !

Appel aux syndicats adopté par l'assemblée régionale à Lille

(350 Gilets jaunes présents selon un participant)

Communiqué de la part des Gilets Jaunes Hauts de France à l'intention des organisations syndicales


 

Voilà sept semaines que la mobilisation des « Gilets Jaunes » ne connaît pas de répit. Nous sommes au quotidien sur les ronds – points, sur les autoroutes, dans la rue chaque samedi face à une répression des plus violente ! D'aucun pensait qu'avec les fêtes, notre mouvement prendrait fin, mais nous sommes encore là, bien décidés à ne rien lâcher !

Ce mouvement est inédit, intersectoriel, de portée internationale, indépendant de toute structure politique traditionnelle. Mais de la politique, nous en faisons tous les jours. Nous avons enfin compris que nous n'avions besoin de personne pour penser à notre place. Et certainement pas de professionnels de la politique qui prennent des décisions en notre nom mais qui pourtant ne connaissent rien de notre quotidien.

Nous luttons contre l'exploitation que la grande majorité du peuple subit au profit d'une minorité de riches, de plus en plus riches. Alors que les dividendes versés aux actionnaires n'ont jamais été aussi importants, la France d'en bas se crève pour des salaires de misère !

Pour bloquer l'économie et avoir enfin une vie juste, nous avons besoin d'une grève générale. Nous demandons aujourd'hui aux organisations syndicales de se positionner clairement du côté des exploité.e.s, de soutenir notre lutte et d'y prendre part en appelant à une grève générale reconductible dès janvier 2019 afin de permettre à tous les salarié.e.s d'exercer leur droit de grève et de pouvoir se joindre à la lutte.

 


Contre les violences policières et la répression des manifestations et de la colère populaire

Source: https://www.npa2009.org/communique/contre-les-violences-policieres-contre-la-repression-des-manifestations-et-de-la-colere

Jeudi 3 Janvier 2019


 

Le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) est révolté par le degré atteint par les violences policières et par la répression judiciaire inédite  que subit le mouvement des Gilets Jaunes, comme l’a dénoncé par exemple Amnesty International. La nouvelle interpellation d’Éric Drouet, fortement médiatisée, vise à faire témoigner de la détermination du pouvoir à se donner les moyens d’interdire les manifestations, même s’il y a peu de manifestants. Elle est à coup sûr en train de faire de ce personnage aux positions confusionnistes un symbole des victimes du pouvoir d'Emmanuel Macron.

Un peu partout dans le pays, les violences policières ont fait au moins une morte et des dizaines de  blessés graves. Des tirs de Lanceurs de Balles de Défense (LBD) ou de grenades de désencerclement arrachent des mains, crèvent des yeux et brisent des mâchoires. Ils blessent, souvent gravement, des personnes qui, en général, n’ont rien fait d’autre que de se trouver dans un rassemblement ou une manifestation des Gilets Jaunes. Des matraquages en règle ont lieu et les images de violences policières contre des manifestants isolés, et souvent à terre, se multiplient.

Si l’on ajoute à cela les nombreuses violences policières contre les lycéens et l’humiliation infligée aux élèves de Mantes-la-Jolie, nous sommes amenés à conclure que la répression policière constitue un outil majeur auquel ont recours Emmanuel Macron et son gouvernement contre la contestation sociale justifiée et salutaire dont ils font l’objet. L’achat par le pouvoir d’un stock inédit de grenades lacrymogènes, et l’acquisition récente de quatre cent cinquante LBD multi-coups et de mille deux cent quatre vingt nouveaux LBD mono-coups, montrent bien que la violence et la répression voulues par le gouvernement sont appelées à s’aggraver dans un proche avenir.

Le NPA dénonce l’utilisation de plus en plus systématique des arrestations préventives, héritage de Nicolas Sarkozy, qui permet de placer en garde à vue sur simple présomption. Les chiffres sont affolants. Entre le Samedi 17 Novembre et le Lundi 17 Décembre 2018, quatre mille sept cent cinquante personnes ont été placées en garde à vue, dont trois mille trois personnes en province, trois mille sept cent quarante sept personnes subissent des poursuites judiciaires, dont six cent quatre vingt dix sept personnes en comparution immédiate, qui ont abouti à l’emprisonnement de deux cent seize personnes, dont cent quatre vingt dix en province.

Il y a urgence à lancer une vaste campagne unitaire pour dénoncer cette politique et imposer une amnistie générale et sans condition pour toutes les victimes de la répression policière et judiciaire exercée par le gouvernement d'Emmanuel Macron.

Il y a urgence à lancer une campagne unitaire pour exiger l’abandon et l’interdiction de toutes les armes dites non-létales, mais dont l’utilisation conduit à des mutilations ou à des morts, telles que les LBD et les grenades de désencerclement.

Il y a urgence à lancer une campagne unitaire pour que la lumière soit totalement faite sur les chaînes de commandements responsables des violences policières ayant abouti à des blessures de manifestants.

Le NPA prend dès maintenant tous les contacts nécessaires avec les organisations démocratiques et du mouvement ouvrier pour réaliser une campagne unitaire de masse sur ces questions, en solidarité notamment avec les victimes de cette répression.

 


La langue française la plus belle au monde
Elle en prend un sérieux coup !!!


J’ai reçu ce petit texte… Commentaire de Robert Duguet

Si le sale boulot fait par les énarques de l’Education Nationale, j’entends ces hauts fonctionnaires embusqués sous les lambris d’une république qui n’en est plus une, qui n'ont pas vu un élève depuis bien longtemps, n’avaient pas largement détruit l’école républicaine et laïque, ce texte serait drôle à pisser de rire. La place de ces individus dont la fonction aura été de vendre l’école républicaine aux intérêts du néo-libéralisme, n’est pas dans un hôpital psychiatrique, comme l'indique l'auteur qui ne manque pas d'humour. Dans le cadre de la reconstruction d’un enseignement public digne de ce nom, on peut imaginer que seront sanctionnés les salopards qui ont délibérément servi leurs maîtres néo-libéraux : pour Macron et sa bande de coquins c’est le tribunal d’exception :

"Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est pour le peuple, et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs". (Déclaration des droits de l’Homme de 1793)

Les gilets jaunes le mettent en œuvre !

Pour ces chers énarques, leur place est un statu de Maître Auxiliaire dans un collège de banlieue déshéritée ou de village, où ils purgeront une peine de quelques années pour réapprendre aux enfants du peuple les bases élémentaires du savoir :

Et autres éléments de base du savoir que les élèves ne maitrisent plus, résultat de toutes les contre-réformes (de droite et de gauche) appliquées depuis 30 ans. On a aujourd’hui des élèves de classes préparatoires qui ne maitrisent plus leur langue maternelle…

Allez, les stylos rouges, au combat…

 


 

Encore un bel exemple de l’esprit pervers de nos énarques de l’éducation nationale

Qu'est-ce qu'un Bloc mucilagineux à effet soustractif ?

Hé, les vieux il faut que nous retournions à l’école.

Faudra soumettre ce thème à l'académie Française.....

C'est excellent !!!!!! Lisez ce texte, vous allez vous régaler !!!....

L’éducation nationale fait des progrès dans la transmission de la langue française
 « Bloc mucilagineux à effet soustractif »...cela veut dire quoi?

Il est vrai que les femmes de ménage étaient devenues des « techniciennes de surface » et les aveugles des « non-voyants » (ben voyons), et les sourds depuis longtemps des malentendants…

Et contrairement à ce que l'on pourrait penser, il ne s'agit pas d'une "évolution de la langue", mais de "prospective positive modernisée d'un mode de communication oral... ! "

Déjà cet été, j’ai adoré les campings qui ne veulent plus qu’on les appelle campings parce que ça suscite instantanément dans l’esprit des gens l’image de Franck Dubosc en moule-boules ou de Roger et Ginette à l’apéro avec casquette Ricard et claquettes Adidas.

Donc les professionnels de la branche demandent que l’on dise désormais « hôtellerie en plein air »…

Ha ha, ça change tout !!!

J’ai aussi appris que je n’étais pas petite mais « de taille modeste » et qu’un nain était une « personne à verticalité contrariée ». Si, si ! 

Mais rendons à César ce qui lui appartient, l’empereur du genre reste le milieu scolaire et ses pédagos à gogo.

Pour suivre à la lettre nos nouveaux enseignements... Voilà qui devrait ravir les amoureux de la langue Française...

J’étais déjà tombé de ma chaise pendant une soirée de parents quand la maîtresse a écrit sur le tableau que nos enfants allaient apprendre à manier « l’outil scripteur » au lieu de tenir un crayon.

Je me suis habituée au fait que les rédactions sont des « productions  écrites »,

les sorties en groupe des « sorties de cohésion »   et les élèves en difficulté ou handicapés des « élèves à besoins éducatifs spécifiques».

Mais cette année, sans discussion aucune, la palme est attribuée au Conseil supérieur des programmes en France et à sa réforme du collège.

 Z’êtes prêts ?.. Allons-y. 

Donc, demain l’élève n’apprendra plus à écrire mais à « maitriser le geste graphomoteur et automatiser progressivement le tracé normé des lettres ». 

Il n’y aura plus de dictée,

mais une « vigilance orthographique ».

Quand un élève aura un problème on tentera une

« remédiation ». 

Mais curieusement le meilleur est pour la gym…Oups pardon !!! pour l’EPS  (Education physique et sportive). 

Attention, on s’accroche : courir c’est « créer de la vitesse », nager en piscine c’est « se déplacer dans un milieu aquatique profond standardisé et traverser l’eau en équilibre horizontal par immersion prolongée de la tête », et le badminton est une « activité duelle médiée par un volant ».

Ah ! C’est du sportif,  j’avais prévenu !...

Les précieuses ridicules de Molière, à côté, c’est de l’urine de jeune félidé (je n’ose pas dire du pipi de chat). 

Alors, les amis, ne perdons pas ce merveilleux sens du burlesque et inventons une nouvelle catégorie : la « personne en cessation d’intelligence », autrement dit, le con. 

Signé Martine Meunier, mère d’une élève. Ah ! non, re-pardon… Martine Meunier « génitrice d’une apprenante ». 

Ben oui, un "outil scriptutaire", c'est un stylo, un "référentiel bondissant", c'est un ballon, et, pour finir et revenir à l’objet de ce courriel, un "bloc mucilagineux à effet soustractif", c'est… une gomme !

*Je pense que les "zzzélites" qui ont inventé de telles conneries (pardon: dires de personne en cessation d’intelligence!) n’en resteront pas là avant d’être tous en hôpital psychiatrique pour, voyons, voyons…
ah ! oui j’y suis : « remédiation de cessation d’intelligence »

 



Je hais le nouvel an, par Antonio Gramsci.



Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je hais ces nouvel an à échéance fixe qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. On finit par croire sérieusement que d’une année à l’autre existe une solution de continuité et que commence une nouvelle histoire, on fait des résolutions et l’on regrette ses erreurs etc. etc. C’est un travers des dates en général. On dit que la chronologie est l’ossature de l’Histoire; on peut l’admettre. Mais il faut admettre aussi qu’il y a quatre ou cinq dates fondamentales que toute personne bien élevée conserve fichée dans un coin de son cerveau et qui ont joué de vilains tours à l’Histoire. Elles aussi sont des nouvel an. Le nouvel an de l’Histoire romaine, ou du Moyen Âge, ou de l’Époque moderne. Et elles sont devenues tellement envahissantes et fossilisantes que nous nous surprenons nous-mêmes à penser quelquefois que la vie en Italie a commencé en 752, et que 1490 ou 1492 sont comme des montagnes que l’humanité a franchies d’un seul coup en se retrouvant dans un nouveau monde, en entrant dans une nouvelle vie. Ainsi la  date devient un obstacle, un parapet qui empêche de voir que l’histoire continue de se dérouler avec la même ligne fondamentale et inchangée, sans arrêts brusques, comme lorsque au cinéma la pellicule se déchire et laisse place à un intervalle de lumière éblouissante. Voilà pourquoi je déteste le nouvel an. Je veux que chaque matin soit pour moi une année nouvelle. Chaque jour je veux faire les comptes avec moi-même, et me renouveler chaque jour. Aucun jour prévu pour le repos. Les pauses je les choisis moi-même, quand je me sens ivre de vie intense et que je veux faire un plongeon dans l’animalité pour en retirer une vigueur nouvelle. Pas de ronds-de-cuir spirituels. Chaque heure de ma vie je la voudrais neuve, fût-ce en la rattachant à celles déjà parcourues. Pas de jour de jubilation aux rimes obligées collectives, à partager avec des étrangers qui ne m’intéressent pas. Parce qu’ont jubilé les grands-parents de nos grands parents etc., nous devrions nous aussi ressentir le besoin de la jubilation. Tout cela est écœurant.

(Antonio Gramsci, 1er janvier 1916 sur l’Avanti!, édition de Turin, rubrique « Sotto la Mole ») Traduit par Olivier Favier.

 


Le deuxième appel des gilets jaunes de Commercy

 


Je vous appelle à signer l'appel ci-dessous...

 

Pour la Libération des prisonniers politiques catalans


 

Voilà plus d’un an maintenant que sont maintenus en détention provisoire Jordi Sànchez et Jordi Cuixart, respectivement présidents de l’Assemblée Nationale Catalane (ANC) et d’Omnium Cultural. Ils sont accusés de sédition et de rébellion, « charges retenues qui sont sans fondement et doivent être abandonnées », selon Amnesty International. Amnesty International demande leur libération immédiate, « ce maintien en détention constituant une restriction disproportionnée de leurs droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique ».

Sept autres dirigeants politiques sont aussi en détention provisoire, punis pour avoir mis en œuvre leur mandat électoral, le référendum du Premier octobre 2017 : Oriol Junqueras (vice-président) et Jordi Turull, (porte-parole du gouvernement), Joaquim Forn (ministre de l’Intérieur), Raul Romeva (ministre des Affaires extérieures, des Relations institutionnelles et de la Transparence), Jordi Rull (ministre chargé du Territoire et du développement durable), Dolors Bassa (ministre du Travail, des Affaires sociales, de la Famille) ainsi que Carme Forcadell, ancienne présidente du Parlement catalan.

Plusieurs autres élus et politiques catalans ont choisi l’exil : Carles Puigdemont, président du gouvernement de la Generalitat, Toni Comín (ministre de la Santé), Clara Ponsatí (ministre de l’Enseignement), Meritxell Serret (ministre de l’Agriculture, de l’Élevage, de la Pêche et de l'Alimentation) et Lluís Puig (ministre de la Culture), ainsi que Marta Rovira et Anna Gabriel, députées.
712 maires ont été mis en examen pour avoir mis à disposition des électeurs des locaux municipaux le Premier octobre. Les cinq membres du bureau électoral, qui avaient démissionné avant même le référendum, ont récemment été inculpés pour désobéissance et encourent des peines de plus de 2 ans de prison.

Sont également inculpés des dizaines de militants républicains catalans pour avoir participé à l’organisation des manifestations pacifiques contre la répression policière et pour avoir demandé la proclamation de la République Catalane lors des grèves générales des 3 et 8 octobre 2017. Plus de 2 ans de prison ont été demandés aussi pour 14 des personnes qui s’étaient enchaînées devant le palais de justice de Barcelone le 23 février 2017.

Des droits fondamentaux sont ouvertement bafoués : droit d’autodétermination, droit de se réunir, de manifester et de s’organiser pour l’exercer. Cette politique répressive anti-démocratique se base en partie sur la manipulation de la loi antiterroriste dite loi Mordaza. Déjà condamnés ou mis en examen, des rappers, des humoristes, pour avoir critiqué les agissements de la royauté. Aucun dialogue démocratique digne de ce nom ne saurait être entamé sans que ne soient libérés toutes celles et tous ceux qui sont poursuivis pour avoir exercé leurs droits civiques.

 

Adresse : petitionlibcat@gmail.com      Prénom, Nom, adresse,  profession, date, signature

 


En Andalousie, l’extrême droite est bien le faiseur de majorité, par le Monde

Source : https://www.lemonde.fr/international/article/2018/12/28/en-andalousie-l-extreme-droite-confirme-son-role-de-faiseur-de-majorite_5402851_3210.html


 

La candidate de la formation de centre droit Ciudadanos Marta Bosquet a été élue, Jeudi 27 Décembre 2018, à la présidence du parlement régional grâce à l’appui du parti Vox.

Une page vient de se tourner en Andalousie. Grâce au soutien de Vox, le petit parti d’extrême droite qui a fait une entrée en force lors des élections régionales du Dimanche 2 Décembre 2018, la droite a pris pour la première fois la présidence du parlement andalou. Vox confirme ainsi son rôle de faiseur de majorité qui devrait permettre au Parti Populaire et à Ciudadanos de gouverner la région la plus peuplée d’Espagne, qui était aux mains du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) depuis trente-six ans.

Lors du scrutin du Dimanche 2 Décembre 2018, le PSOE, bien qu’arrivé en tête, avait obtenu le pire résultat de son histoire, avec trente-trois députés et vingt-huit pour cent des voix. Le Parti Populaire andalou était arrivé en deuxième position, avec vingt-six sièges, devant Ciudadanos, avec vingt et un sièges. Mais c’est l’irruption inattendue de Vox, de ses douze députés et de ses onze pour cent des voix, qui a bouleversé le paysage politique local. Pour la première fois depuis le rétablissement de la démocratie en Espagne, après la mort du dictateur Francisco Franco en 1975, un parti d’extrême droite entrait dans un parlement régional.

Bien décidés à déboulonner le PSOE de son fief, les conservateurs et les centristes ont scellé un accord pour gouverner l’Andalousie qui donnera, au mois de janvier 2019, la présidence de la région à Juan Manuel Moreno, le leader du Parti Populaire andalou. Mais, n’ayant pas à elles seules une majorité absolue dans un parlement régional de cent neuf députés, les deux formations devront donc compter sur les élus de Vox.

Un premier pas vers la constitution de cette coalition sans précédent a été franchi, Jeudi 27 Décembre 2018, à l’occasion de l’élection du président du parlement. La formation d’extrême droite a apporté son soutien à Marta Bosquet, candidate de Ciudadanos. En échange, l’un des députés de Vox, Manuel Gaviria, est devenu l’un des six membres du bureau de l'assemblée régionale qui siège à Séville. Le parti d’extrême droite avait répété ces dernières semaines qu’il ne serait pas un obstacle pour le changement en Andalousie. Il n’avait pas demandé à entrer au sein du nouvel exécutif, mais il n’avait pas non plus confirmé qu’il voterait en faveur d’un gouvernement rassemblant le Parti Populaire et Ciudadanos.

Vox semble décidé à vendre cher son soutien. « Les négociations pour former un gouvernement en Andalousie avec le Parti Populaire et Ciudadanos ne font que commencer », a déclaré son secrétaire général, Javier Ortega, précisant qu’il ne participait pas à l’accord conclu par les deux partis, « les tractations aborderont tous les sujets, point par point ».

Sur le plan national, Vox, né en 2013, est opposé à l’immigration illégale et à l’indépendantisme catalan. Il veut supprimer l’autonomie des régions au nom des économies budgétaires et de la défense de l’unité de l’Espagne. Il demande aussi l’abolition de la loi contre les violences faites aux femmes, que le parti considère comme une loi discriminatoire contre les hommes.

Un rapprochement en Andalousie pourrait préfigurer d’autres alliances à droite, dans les régions ou à l’échelle nationale. Pour le président du Parti Populaire de l'état espagnol, Pablo Casado, il n’est que « le préambule de ce qui va se passer lors des élections municipales » du 26 mai 2019. « Si un accord est possible entre les partis constitutionnalistes qui défendent l’unité de l’Espagne en Andalousie, pourquoi ne le serait-il pas dans d’autres régions », a déclaré le leader du parti conservateur.

Selon les estimations de l’institut de sondage Metroscopia publiées Mercredi 19 Décembre 2018, Vox pourrait recueillir vingt-neuf députés sur trois cent cinquante au parlement espagnol lors d’hypothétiques élections générales. Ciudadanos, de son côté, a plus de mal à gérer un soutien de l’extrême droite. Son secrétaire général, José Manuel Villegas, a affirmé que son parti n’acceptera pas de changer le pacte conclu avec le Parti Populaire qui propose d’alléger la pression fiscale et de dépolitiser l’administration. Le PSOE n’a pas hésité, lui, à exploiter les contradictions de l’accord. « Sans l’extrême droite, ils n’ont pas de gouvernement. Pourquoi le cachent-ils ? Ont-ils honte », a dénoncé la présidente sortante d’Andalousie, Susana Diaz.

Le pacte andalou pourrait poser problème au parti centriste, notamment en Catalogne où il est la principale force d’opposition contre les indépendantistes. Manuel Valls, qui se présente à la mairie de Barcelone et dont la plateforme bénéficie du soutien de Ciudadanos, a préféré prendre ses distances.

« L’irruption de l’extrême droite, même si elle répond au résultat des urnes, est une mauvaise nouvelle pour l’Espagne et pour l’Europe », a assuré l’ancien premier ministre français sur Twitter, « tout accord de programme ou de gouvernement avec Vox serait une erreur politique et une incongruité morale ».

 


Dérives populistes dans le mouvement ouvrier, hier et aujourd'hui

Un livre de Robert Duguet

La grande crise des années 1930 conduisait hier au deuxième cataclysme mondial ; dans le mouvement ouvrier se développeront des courants populistes, dont les plus importants protagonistes finiront dans la collaboration avec Vichy et le nazisme. Passée l'embellie des 30 glorieuses, la social-démocratie, d'une manière générale le réformisme, a cessé de garantir aux populations laborieuses les conquêtes de civilisation acquises à la fin de la guerre. 
La dérive populiste, déjà inscrite dans une aile du nouveau parti socialiste de 1971, se manifeste aujourd'hui avec force : ironie de l'histoire qui voit un Jean Luc Mélenchon, qui a combattu durant 30 ans pour défendre l'identité socialiste, rallier aujourd'hui des positions populistes et nationalistes. L'histoire bégaie ?

Lire une présentation plus précise...


 

 

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