Blog de Robert Duguet - juillet 2016

Grenoble : la coalition Eric Piolle  - Elisa Martin face à une nouvelle journée des tuiles…, par Robert Duguet

Rappel sur l’histoire ancienne de la ville : c’est à Grenoble que commence la révolution française le 7 juin 1788. La dite journée des tuiles fait référence à ce jour où ceux et celles qui allaient devenir des citoyens et non plus des sujets, juchés sur les toits du centre-ville, allaient balancer des tuiles sur la tête des gardes royaux… Cette émeute provoqua la réunion des Etats Généraux du Dauphiné, préface d’une révolution qui allait imposer la constituante souveraine et détruire les institutions d’ancien régime.

Petit rappel sur l’histoire récente : quelques semaines après le résultat électoral du Front de Gauche aux élections présidentielles de 2012, le PCF se livre à son sport favori : sauver des postes d’élus grâce à des accords locaux avec le PS. Cette orientation infirmait de fait l’acquis de la candidature de Jean Luc Mélenchon et vécu comme tel par des milliers de militants politiques, c’est-à-dire faire exister dans notre pays un grand mouvement d’opposition aux politiques austéritaires du gouvernement Hollande-Valls, soumis aux impératifs de l’Union Européenne. Une étape supplémentaire dans la décomposition  du Front de Gauche  est vécue avec les élections municipales où tous les cas de figure se présentent aux électeurs localement, tantôt le PCF fait alliance avec le PS, dans d’autres cas il continue la logique Front de Gauche avec le PG. Au milieu de cette pitoyable mascarade électoraliste, une campagne émerge, celle d’une alliance entre la liste écologiste conduite par Eric Piolle et le Parti de Gauche, campagne conduite sur une ligne radicalisée à gauche, l’essentiel des troupes militantes étant fournies pour les réunions et les nombreux porte à porte par la fédération de l’Isère du PG. Mélenchon donne la ligne : ce qui est fait à Grenoble peut être réalisé partout, disait-il à l’époque…

Voici le résultat…

Aujourd’hui, où en sommes-nous ? Les deux articles que nous publions dans ce blog font état de ce qui s’est récemment passé dans la ville de Grenoble. La majorité municipale engage sa responsabilité sur un plan de destruction d’un certain nombre de services publics, touchant l’équipement culturel de la ville et le service de santé scolaire ; ceci aura naturellement un impact sur l’emploi. Face à cette situation, 300 manifestants accompagnés des syndicats occupent la salle où avait lieu le conseil municipal du 11 juillet, parmi ces 300, bien des militants qui avaient fait la campagne de Piolle-Martin et assuré la victoire, à la fois contre la droite et contre la fédération de l’Isère du PCF, qui faisait le lit du PS. Le maire lève le camp. Il revient à la charge avec son plan d’austérité le 18 juillet, mais cette fois-ci l’ordre dit « républicain » règne à Grenoble ! C’est sous la protection d’importantes forces de polices, des policiers municipaux avec des chiens dressés, une compagnie de CRS qui boute les manifestants hors de la mairie, que la réunion entérinant le plan d’austérité se tient. On n’est pas allé jusqu’aux flash ball et aux grenades de désencerclement pour faire passer la loi El Khomery, mais Piolle-Martin sont dans la ligne de Valls.

Je précise que depuis de longs mois, quasiment aux lendemains de 2012, il y avait une opposition sourde entre les militants du PG de l’Isère et les élus PG autour d’Elisa Martin : ces derniers ne participant plus depuis longtemps aux réunions statutaires du parti. Je rappellerai que madame Elisa Martin, enseignante du public avant que d’être élue politique, s’était récemment prononcée pour que les enseignants pratiquent le bénévolat… toute une ligne… Mais la cerise sur le gâteau dans cette affaire c’est que la direction nationale du PG a mis en demeure les militants locaux d’accepter le plan d’austérité défendu par Piolle-Martin. Ce sont rien moins que trois secrétaires nationaux qui sont descendus dans l’Isère pour normaliser le parti en sommant les locaux d’accepter ou d’être mis sous tutelle du national. C’est une tradition au PG : quand il y a des divergences on exclut, on met sous tutelle, on dissout… Ce n’est pas seulement à l’Assemblée Nationale qu’on applique le 49-3 !

Qu’en pense Jean Luc Mélenchon ? Pour l’instant silence radio ! Pourtant ses « bons amis » (expression mélenchonienne) aimeraient bien qu’il dise ce qu’il en pense, lui qui a su les trouver pour organiser les estivales du Front de Gauche en 2012 et 2013…

Pour ma part je suis loin de traiter cette affaire grenobloise comme une affaire locale. Les militants de ma génération ont fait un certain nombre d’expériences électorales : il n’y avait pas plus à gauche que le parti de François Mitterand en 1980 : l’anticapitalisme était le prêt à porter de l’honnête homme socialiste. On a vu la suite… A quoi cela sert de faire des campagnes électorales très à gauche pour ensuite se voir resservir le même brouet imbuvable et… comble recevoir les coups de matraque.

Il y a eu la Grèce et l’expérience de Syriza, mouvement formé contre les politiques austéritaires de l’Union Européenne et contre le PASOK : à peine élu Tsipras se couche devant le IVème Reich Merkel et les exigences de l’Union Européenne. Le même processus se dessine en Espagne : construit sur le mouvement des indignés, Podemos est à la croisée des chemins. Sa représentation nationale est d’ores et déjà inféodée aux institutions post-franquistes et monarchistes que les partis de gauche (PSOE et PCE) ont toujours refusé de mettre en question au moment de la mort de Franco. Les dernières élections enregistrent du reste un recul du vote populaire en faveur de Podemos… Ne prenons pas « les gens d’en bas », comme dit Victor Hugo, pour des imbéciles : les secteurs les plus touchés par la crise du salariat et de la jeunesse ont bien compris ce qui s’est passé en Grèce…

Grenoble… c’est le modèle à appliquer, disait Mélenchon ! Alors oui, je pose la question, à quoi cela sert de faire une campagne électorale très à gauche pour ensuite voir ceux  que l’on a élu faire l’inverse de ce qu’ils avaient promis quand ils étaient dans l’opposition. D’autant, qu’une nouvelle fois, on veut nous embringuer dans cette élection présidentielle, cœur du système bonapartiste, où tous les dés sont pipés. Je suis assez indifférent au fait que Jean Luc Mélenchon fasse un meilleur score que François Hollande, prenne la tête d’un rassemblement de gauche radicale, si au bout du bout, ce sera pour faire la même politique que Tsipras. On n’ira pas à la République sociale par les institutions de la Vème : la présidentielle n’est pas la solution, elle est le problème. Le mouvement pour la constituante ne peut naître que d’une opposition sociale frontale aux institutions actuelles : au-delà de la question posée par la loi El Khomery, si le gouvernement a utilisé la force avec une telle obstination contre le mouvement social, c’est qu’ils ont bien compris que le fleuve était en train de sortir de son lit et qu’il était impératif de rétablir le jeu des institutions. C’est ce que font les sieurs Eric Piolle et Elisa Martin quand ils font adopter un plan d’austérité derrière une escouade de CRS.


Grenoble : le conseil municipal perturbé, empêché… et reporté sine die, par le site place Gre’net lisez la différence

Source : http://www.placegrenet.fr/2016/07/12/grenoble-conseil-municipal-perturbe-empeche-reporte-sine-die/97468


Des opposants au plan d’économies annoncé par l’équipe municipale d’Eric Piolle ont perturbé le conseil municipal lundi 11 juillet, avant de rapidement l’investir, faisant fuir la quasi-totalité des élus. But de la manœuvre ? Dissuader le maire de mettre en œuvre ses mesures d’austérité, comme la fermeture de bibliothèques… Vers 21 heures, celui-ci a fait déclarer l’annulation du conseil municipal. Les manifestants au plan de « sauvegarde des services publics locaux » ont pris possession du conseil municipal.

« Voyez comme on va vite, à Grenoble ! On fait de la démocratie directe à présent ! », fait mine d’en rire un élu écologiste, venu jeter un œil dans la salle du conseil municipal… Ce soir, les élus ont dû céder leur place sous la pression des manifestants, rentrés de force dans l’enceinte du conseil municipal. « C’est la deuxième fois que cela se produit. La première fois, c’étaient les salariés de GEG », note une bibliothécaire syndicaliste.   Lundi 11 juillet, s’est tenu le dernier conseil municipal avant la trêve estivale et vraisemblablement l’un des plus chauds de l’année, au sens propre comme au figuré. La cause de cette « mini révolution » ? Le « plan d’économies », annoncé sans préavis aux Grenoblois le 9 juin dernier, qui a vraiment beaucoup de mal à passer auprès d’un certain nombre d’habitants et de fonctionnaires de la Ville. Un plan d’austérité qui touche notamment le service de santé scolaire, des maisons des habitants et le réseau des bibliothèques. Celle de Prémol pourrait ainsi fermer définitivement ses portes le 15 juillet.

Invasion du conseil municipal en trois actes

Trois cents manifestants se sont retrouvés devant l’Hôtel de Ville sur le coup de 17 h 30, ce lundi, à l’appel des syndicats FO, CGT, Sud, de collectifs d’habitants, d’unions de quartier, de Nuit debout, ou bien encore du parti politique NPA.   Intervention, en amont du conseil municipal du 11 juillet 2016, de collectifs d’habitants et l’Intersyndicale… Puis rien ne s’est passé comme d’habitude. Objectif : se faire entendre, clamer leur hostilité farouche contre ce plan d’austérité et demander un moratoire… Les collectifs d’habitants, ainsi que l’intersyndicale de la Ville ont tout d’abord demandé et obtenu une audience, avant le démarrage du conseil, pour exprimer leurs revendications et livrer au maire les signatures recueillies suite aux pétitions lancées contre le plan d’austérité et, notamment, les fermetures de bibliothèques.   Deuxième acte du happening : des manifestants se sont introduits dans la partie du conseil municipal destinée au « public » et ont commencé à jouer leur partition.   En clair, perturber le conseil en tapant des pieds, en sifflant ou en criant des petites phrases peu tendres à l’encontre des élus : « La vraie commune, pas la fausse commune / Tous pourris, tous corrompus / Pour l’austérité, Piolle-Valls, même combat /  La mairie expulse, expulsons la mairie… »   Une poignée de manifestants s’est glissée dans la partie « public » du conseil municipal pour perturber les prises de parole.

Les prises de parole étant inaudibles, les élus se sont peu à peu éclipsés du conseil. Certains représentants de la majorité ont tenté en vain de raisonner la petite dizaine de perturbateurs.   Vers 19 h 30, troisième acte du happening : les manifestants restés à l’extérieur du conseil – non sans faire un maximum de raffut de leur côté – ont forcé, sans rencontrer de résistance, les portes du conseil municipal. Ils se sont alors assis en lieu et place des élus, continuant à taper des points sur les tables, et scandant des slogans… « De droite, de gauche, des écolos, l’austérité on la combat ! » 
 

« La plupart des personnes ici ont voté pour nous »    

À la clé, des scènes surréalistes dans cette salle de conseil municipal débordante de manifestants… Les uns annotent les étiquettes des élus posées sur les tables et en font des pyramides. 
 « Grand rassemblement contre la politique d’austérité de la mairie de Piolle » à Grenoble, le 11 juillet 2016. Des partisans de Nuit debout discutent avec Matthieu Chamussy, président du groupe d’opposition Les Républicains – UDI – Société civile. Un syndicaliste FO tente d’accélérer les choses. « On ne va pas rester toute la nuit ici, il faut demander l’annulation du conseil municipal », propose-t-il.   « La plupart des personnes ici ont voté pour nous », observe quant à lui un élu de la majorité. Il comprend leur colère mais ajoute : « Il suffit de les prendre un par un pour leur expliquer pourquoi nous devons faire ce plan. Nous devons faire preuve de pédagogie. »   Ce n’est pas de pédagogie dont semble pourtant avoir besoin les personnes mobilisées, ce soir, dans la salle, mais d’un dialogue avec le maire. Encore que… « Les conditions du dialogue ne sont pas réunies, certains ne veulent pas discuter, ils ne partiront pas tant que le plan de sauvegarde ne sera pas annulé. Or le plan ne peut être annulé ! », commente un proche du maire, discutant avec quelques manifestants.   D’intervention du maire, il n’y aura point. Eric Piolle ne reviendra pas devant les manifestants. C’est le directeur général des services qui viendra annoncer la suspension du conseil municipal. Dans un communiqué transmis à la presse dans la nuit, le maire de Grenoble fait savoir : « Je suis prêt à entendre les revendications de l’intersyndicale et des Grenoblois, pour autant, je condamne fermement la violence déployée et l’entrave au bon fonctionnement démocratique de notre assemblée. »     

 « C’était un vrai moment citoyen… »

Pour Julia, manifestante et présidente de l’association Les 2 A (Alliés Alpins), l’opération de ce soir est une réussite. Elle est venue en particulier pour défendre la bibliothèque Alliance. Elle qui voulait comprendre les motivations de cette « non-concertation » repart avec un début d’explication, formulée par un proche du maire : « Nous aurions mis les quartiers en concurrence ? C’étaient aux élus de prendre ces décisions. » La citoyenne grenobloise n’en démord pas : « Il y a cent autres solutions possibles plutôt que de fermer une bibliothèque. Donnez-nous les éléments et on pourra y réfléchir avec les élus et les agents. »   « Grand rassemblement contre la politique d’austérité de la mairie de Piolle ».

Place Gre’net Jean-Philippe est, lui aussi, satisfait de la soirée. « C’était un vrai moment citoyen. Les parents, comme moi, étaient là jusqu’au bout, portés, certes, par des manifestants plus professionnels. »   Lui aussi est venu à cause de la fermeture des bibliothèques : « Le périscolaire payant selon le quotient familial [l’une des mesures du plan, ndlr] cela ne me choque pas. Mais la fermeture des bibliothèques ? Cela n’a aucun sens… Tout le monde peut comprendre qu’on ferme deux hôpitaux pour en construire un plus grand et plus neuf. Mais ça ne marche pas pour les bibliothèques ! » Et d’espérer que l’exécutif grenoblois puisse changer d’avis à l’issue de ce conseil municipal particulièrement « extraordinaire ».


Eric Piolle, écologiste, élu maire de Grenoble sur une ligne de rassemblement gauche radicale, comportant un accord politique avec le PG et Jean Luc Mélenchon(!!!)

Elisa Martin, élue encartée Parti de Gauche, responsable nationale du PG, principale soutien de monsieur Piolle...

La mairie de Grenoble transformée en Fort Knox pour le conseil municipal

Source : https://www.francebleu.fr/infos/politique/la-mairie-de-grenoble-transformee-au-fort-knox-pour-le-conseil-municipal-1468871266

Le conseil municipal de Grenoble a pu se tenir Lundi 18 Juillet 2016, mais il avait été placé sous très haute surveillance. De nombreux policiers municipaux étaient mobilisés pour empêcher les manifestants, opposés au plan d'austérité du maire écologiste Eric Piolle, de pénétrer dans la salle du conseil municipal.
 
Contrairement au conseil municipal du Lundi 11 Juillet 2016 qui avait dû être annulé, celui du Lundi 18 Juillet 2016 a pu aller à son terme. Mais la mairie de Grenoble avait été transformée en un véritable camp retranché. De nombreux policiers municipaux avaient été mobilisés, dont certains avec des chiens. Le public qui a eu le droit de rentrer dans la salle du conseil municipal a été filtré, puis les portes de la mairie ont été fermées.
 
À l'intérieur, les élus ont observé une minute de silence, en mémoire des victimes de l'attentat de Nice. Puis l'opposition socialiste et les élus de droite ont pris la parole pour dénoncer ce que le maire a baptisé le plan de sauvegarde des services publics. Ce plan prévoit notamment la fermeture de trois bibliothèques, de deux maisons des habitants, une suppression d'une centaine d'emplois municipaux et des départs à la retraite qui ne seront pas remplacés.
 
À l'extérieur, les opposants à ce qu'ils appellent le plan d'austérité du maire hurlaient « ouvrez nous les portes ». D'autres avaient des sifflets, d'autres encore martelaient les vitres de leurs poings. Marianne avait déjà manifesté Lundi 11 Juillet 2016, « ils prônent la cogestion et la participation des citoyens quand cela les arrange. Empêcher ainsi des citoyens d'assister à un conseil municipal, c'est anti-democratique au possible ».
 
L'intersyndicale de la ville de Grenoble est sur la même longueur d'onde.
 
« Même du temps d’Alain Carignon, nous n’avions jamais vu cela. Regardez, ils ont même fait venir des chiens. Nous sommes abasourdis », lance un syndicaliste de la Confédération Générale du Travail (CGT) Force Ouvrière.
 
Le collectif contre la fermeture de trois bibliothèques de quartier distribue un tract avec dix propositions pour le maintien de ces lieux de culture, si importants dans les quartiers sensibles. « Beaucoup d'enfants fréquentent ces petites bibliothèques. Quand tout va mal, nous avons besoin de ces lieux de culture », explique la présidente de l’union de quartier Village Olympique.
 
Pendant ce temps, les élus déroulent l'ordre du jour de leur conseil municipal. Le maire Éric Piolle a redit que s'il était obligé de faire des coupes sombres dans le budgets de la ville, c'était à cause de l’état et de la municipalité précédente, la municipalité du Parti Socialiste de Michel Destot qui lui avait laissé des finances en mauvais état.
 
Les Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS) sont intervenues
 
Durant la séance, une vingtaine de CRS sont intervenues devant la mairie de Grenoble et ont bouté les manifestants en bas des marches.
 
Un jeune homme a été interpellé pour dégradation et placé en garde à vue.


Populisme de gauche, par Bernard Fischer

Samedi 16 Juillet 2016

Source : http://www.fischer02003.over-blog.com/2016/07/populisme-de-gauche.html

Le dernier mois du mouvement social français contre la loi travail confirme totalement mon dernier message du début du mois de juin 2016 relatif à la situation sociale et politique française. Plus exactement, elle confirme une nouvelle aggravation importante de la crise sociale et politique française.

Il y avait d’abord la tragi comédie du passage en deuxième lecture à l’assemblée nationale de la loi travail par l’utilisation du quarante-neuvième article de la constitution de la cinquième république française. C’était vraiment la répétition de l’histoire en farce.

Résumons. En première lecture à l’assemblée nationale, au mois de mai 2016, il y avait une motion de censure de droite et les frondeurs du Parti Socialiste tournaient un film dans lequel ils manifestaient de très faibles connaissances et compétences arithmétiques. Il leur fallait cinquante huit voix pour le dépôt d’une motion de censure de gauche, ils réunissaient seulement cinquante six voix et il leur manquait deux voix.

Deux mois plus tard, en deuxième lecture à l’assemblée nationale, il n’y a plus de motion de censure de droite et les frondeurs du Parti Socialiste tournent le même film, il leur manque à nouveau deux voix pour le dépôt d’une motion de censure de gauche. L’absence de motion de censure de droite est un aveu. La loi travail est bien une loi d’union nationale commune à la fausse gauche et à la vraie droite en application des directives de l’Union Européenne.

L’absence de motion de censure de gauche n’est pas non plus ni technique ni arithmétique, elle est totalement politique. Elle participe de l’idée selon laquelle il y aurait encore dans ce pays une droite et une gauche, le clivage entre la droite et la gauche existerait encore et serait encore pertinent, la gauche serait bien évidemment le Parti Socialiste et cette gauche serait non moins évidemment progressiste. Il n’y a plus depuis longtemps de distinction entre un gouvernement réactionnaire de droite et un gouvernement réactionnaire de gauche, mais il y aurait encore une distinction qualitative entre une opposition de droite et une opposition de gauche, entre une motion de censure de droite et une motion de censure de gauche.

La dénonciation du populisme est le sport national favori des médias et de l’extrême gauche française et le populisme serait forcément de droite, sinon d’extrême droite. Il y a des millions de populistes de gauche en Italie, en Grande Bretagne et en Espagne. Il y a des dizaines de milliers de messages populistes de gauche en italien, en anglais et en espagnol. Faisons du populisme de gauche en France, écrivons le en français.

L’autre question centrale du bilan du mouvement social français contre la loi travail, c’est la question de la violence, de la répression, de l’encadrement et du contrôle policier des manifestations.

Soyons clairs. L’obsession sécuritaire ne date pas du début du mouvement social contre la loi travail au mois de février 2016. Elle date de la proclamation de l’état d’urgence au mois de novembre 2015 et le dernier attentat de Nice est et sera la cause d’une nouvelle dérive sécuritaire.

Je l’écrivais précédemment et les dernières tentatives de manifestations en sont autant de confirmations et de démonstrations caricaturales supplémentaires. L’actuel gouvernement social-démocrate est bien le gouvernement le plus réactionnaire depuis la guerre d’Algérie, sinon depuis le régime de Vichy. Bernard Cazeneuve est le digne successeur de ses illustres prédécesseurs.

La dénonciation et la guérilla urbaine des autonomes contre les policiers de base n’est pas du tout une solution, c’est un problème supplémentaire, mais c’est un problème secondaire. Les deux acteurs principaux des manifestations contre la loi travail sont bien d’une part les organisateurs syndicaux et d’autre part les fonctionnaires de police en uniforme.

Le problème le plus important est le suivant. Nous sommes dans un pays dans lequel il n’y a plus d’opposition politique et cette situation transforme immédiatement le secrétaire général de la Confédération Générale du Travail (CGT) en leader de l’opposition politique anti gouvernementale.

L’acceptation par les organisations syndicales d’un encadrement policier des manifestations digne des pays totalitaires va dans le sens de la transformation des syndicats en des agents de l’état. Il n’y a pas beaucoup de place entre, d’une part, la transformation des syndicats en des agents de l’état ou bien, d’autre part, l’interdiction des manifestations et des syndicats et l’arrestation de leurs militants.

La troisième leçon du bilan du mouvement social contre la loi travail est la suivante. Les vieilles formes de mobilisation, les grèves et les manifestations, sont des impasses. Il faut et il y a de nouvelles formes de mobilisation. Il faut et il y aura une nouvelle opposition politique.            


La colère est immense, par Où va la CGT ? Fin de séquence, mais la guerre n'est pas finie

Source: http://www.ouvalacgt.over-blog.com/2016/07/fin-de-sequence-mais-la-guerre-n-est-pas-finie.html

Dimanche 3 Juillet 2016


« C’est une illusion de calme, la colère est immense », titre le journal le Monde après la manifestation du Mardi 28 Juin 2016, reprenant les paroles d’un manifestant. C’est exactement ce que nous ressentons tous.

Presque cinq mois après le début du mouvement, les manifestations se poursuivent à une échelle certes plus réduite, mais avec la même détermination et il y aura encore du monde dans les rues le Mardi 5 Juillet 2016. Les mots d’ordre se radicalisent et visent désormais spécifiquement le Parti Socialiste, Marisol Touraine vient encore d’en faire les frais à Carhaix lors de la visite de l’hôpital local, « P comme pourri, S comme salaud, à bas le Parti Socialiste », scande un manifestant, lui faisant tourner les talons. Dans les manifestations, le mot d’ordre « tout le monde déteste le Parti Socialiste » a également un franc succès.

Aujourd’hui, la mobilisation faiblit, mais la détermination politique grandit parmi le « noyau dur » qui reste sur le terrain. Les débats sont nombreux et vifs sur le monde de la loi travail, sur les perspectives et sur les élections de 2017. Nous sommes loin du découragement de l’après 2010, les leçons en sont tirées.

Nous pouvons donc nous attendre à une rentrée chaude et là ce ne sera pas une formule rituelle. Outre la loi travail, c’est le compte pénibilité, déjà minable, qui est en train d’être détricoté maille par maille par le mouvement des entreprises de France (MEDEF) avec l’appui du gouvernement.

Fin de séquence et fin d’une bataille, mais la guerre n’est pas finie.

Des syndicats au ralenti

La détermination n’est par contre plus au rendez-vous de nos dirigeants. On se rabat sur des objectifs au rabais, carrément réformistes, pour faire croire qu’on continue.

La votation citoyenne, imaginée pour remobiliser les indécis, est un échec. Sept cent quatre mille signatures officiellement selon la Confédération Générale du Travail (CGT), nous sommes très loin d'un million trois cent mille signatures de la pétition initiale lancée par Caroline de Haas. Rien d’étonnant, une pétition en fin de processus ne mobilise vraiment plus personne, on récolte peut-être des signatures, mais elles ne sont pas significatives d’un quelconque engagement, seulement d’une opinion, déjà largement faite. Les militants actifs ont déjà fait le travail et sont par ailleurs sur tous les fronts, ils ont donc zappé, seuls sont vraiment actifs les permanents syndicaux qui s’imaginent ainsi maintenir une pression qui n’existe plus.

Nous avons quand même constaté que la CGT a été beaucoup plus offensive pour cette pétition que pour organiser la solidarité financière aux grévistes ou la solidarité contre la répression.

D’ailleurs, sous la pression gouvernementale, les syndicats ont été amenés à accepter l’inacceptable, la manifestation circulaire à l’Arsenal Bastille à Paris le Jeudi 23 Juin 2016, les super contrôles et les multi-fouilles le Mardi 28 Juin 2016, les véritables interdictions de manifester à la Bourse du Travail de Paris le même jour. Le mot « dictature » revient de plus en plus souvent sur les lèvres des manifestants, c’est-à-dire la soumission y compris de la protestation des exploités à la loi des exploiteurs et le lien avec l'état d'urgence est sur toutes les lèvres. Au lieu de plier l’échine devant Manuel Valls, il aurait mieux valu aller carrément à l’interdiction pour marquer les camps et démasquer un peu plus le gouvernement.

Enfin, les négociations en cours avec Manuel Valls autour du deuxième article de la loi travail ne laissent présager rien de bon. Nous le disions dans un article précédent, le cœur de la loi, ce n’est pas la forme de la négociation collective, c’est la flexibilité et la précarité renforcées. Là, selon la CGT Force Ouvrière, le deuxième article serait assoupli « sauf pour ce qui a trait aux horaires de travail ». Autrement dit, sauf pour ce qui a trait à la flexibilité des horaires, cette arme fatale contre notre vie, au travail et en dehors. Le mot n’apparaît d’ailleurs même pas. Parler de recul du gouvernement dans ces conditions est quelque peu difficile.

Mais nous aurions bien tort de ne faire porter la responsabilité qu’aux directions syndicales.

Car au final, un syndicat réformiste, même combatif, reste un syndicat réformiste. La CGT même en pointe reste un syndicat dont le projet n’a plus rien à voir avec un contenu de classe, entre « développement humain durable » et « capitalisme à visage humain, social et solidaire ». L’aurait-on oublié ? Relisez les textes de congrès. Ne parlons même pas de la CGT Force Ouvrière.

Dans la situation présente, il faut reconnaître que le noyau dur, combatif et qui reste déterminé, durcit même sa critique politique contre le gouvernement et le capital, n’a pas la force de s’imposer, ni même de peser réellement sur l’avenir du mouvement. Reconnaître cette faiblesse n’a rien de défaitiste, c’est juste être réaliste et savoir adapter en conséquence son activité à la réalité du terrain.

D’autres épisodes viendront, probablement dès la rentrée.

Outre l’engagement politique qui reste la seule perspective constructive sur le long terme, nous avons déjà souligné les enjeux qui sont face à nous sur le terrain syndical.

Mener le débat de fond sur les revendications et les objectifs revendicatifs de la CGT, sur toutes les questions soulevées par la loi travail et plus généralement par le gouvernement, précarité, flexibilité, pénibilité et souffrance au travail. Remettre au premier plan la critique radicale du capitalisme et la nécessité de le mettre à bas autour des intérêts de la classe ouvrière.

Organiser le soutien aux grévistes d’un côté et aux victimes de la répression de l’autre côté, au premier chef sur une base locale et plus largement ensuite.

Construire des réseaux de solidarité et de combat dans la CGT et au plan intersyndical pour préparer les échéances futures qui viendront nécessairement dans les mois et les années à venir.


Conférence de fondation d’Unité Populaire, discours de Vangelis Goulas pendant la conférence fondatrice d’Unité Populaire en Grèce

Source : https://www.unitepopulaire-fr.org/2016/06/30/discours-de-vangelis-goulas-conference-dunite-populaire

Jeudi 30 Juin 2016


Un an après les moments magnifiques que nous avons vécus lors du non du peuple grec au référendum et après la tragédie qu’a été la trahison de la volonté populaire, nous nous trouvons ici pour bâtir sur des bases solides une proposition politique qui permettra au peuple grec de se libérer de l’étau des mémorandums, mais aussi pour se projeter au-delà, pour organiser la transition vers une société socialiste de notre temps.

Le non du peuple grec aux injonctions dictatoriales de l’Union Européenne est toujours d’actualité.

Parce que c’était le non du peuple grec, justement, et non celui des nouveaux adeptes du There Is No Alternative (TINA) de Margaret Thatcher, qui prétendaient que, sans se montrer résolus à entrer en rupture avec les institutions européennes, les rapports de force se modifieraient en Europe, et la Grèce échapperait au joug des mémorandums, ou bien ils pourraient changer grâce au pseudo-soutien des amis socialistes d'Alexis Tsipras, qui imposent actuellement en France des mesures extrêmement réactionnaires.

Si quelque chose est en train de changer en ce moment dans l’union européenne, c’est le personnel dirigeant et ses collaborateurs locaux, la sociale démocratie qui change de camp et passe à la réaction, alors que les chefs d’état ne sont plus rien d’autre que des gouverneurs coloniaux.

Et les derniers masques sont tombés. Nombreux en sont les exemples, le parti social-démocrate d'Allemagne (SPD), SYRIZA après sa mutation et le Parti Socialiste français sont en première ligne pour imposer l’austérité, dans une entreprise abominable de redistribution des richesses produites au profit du capital.

Face à cette offensive sauvage, le peuple réagit en tant qu’acteur. En première ligne du combat se trouvent les syndicats, mais d’autres mouvements nouveaux organisent la riposte de la société comme le mouvement des Nuits Debout en France.

La classe moyenne, brutalement prolétarisée, prend conscience que l'Union Européenne ne change pas et que l’euro et l'Union Européenne sont synonymes d’institutionnalisation du néolibéralisme et de consécration des politiques d’austérité.

Ils prennent conscience que nous nous trouvons confrontés à la fin d’une époque qui rend urgente la rupture avec un capital de plus en plus agressif et qui se sert de l’euro et des traités européens comme d’une machine de guerre.
Le peuple anglais l’a montré et au premier chef la classe ouvrière, isolée, de Grande Bretagne, lors du référendum, avec son formidable non à l'Union Européenne face aux pressions de toutes sortes exercées par la caste des dictateurs européens. Ce non n’était pas de gauche, mais il n’était certainement pas d’extrême-droite. Malgré les tentatives de récupération de l’extrême-droite, c'était clairement un non de classe.

C’était le non des milliers de mineurs chômeurs et de leurs familles, que Margaret Thatcher a jeté à la rue au nom de l’intégration européenne.

Tous les sondages indépendants en Europe montrent ce changement d’opinion des gens.

Malgré la sale campagne des médias, les peuples ne sont pas disposés à sacrifier leurs droits et leurs acquis sur l’autel de l'Union Européenne. C’est là que la gauche se doit d’intervenir avec un discours de classe clair.
La France a toujours été l’atelier de la politique sociale de l’Europe.

Actuellement, la classe ouvrière française se trouve en première ligne du combat pour empêcher l’adoption en France des injonctions mémorandaires, anti ouvrières et antidémocratiques.

Depuis quatre mois se déroulent grèves et mobilisations contre une loi que désapprouve, dans une proportion écrasante, une majorité des citoyens.

Face à eux, il y a une majorité pitoyable et un gouvernement de représentants aux ordres du capital allemands et français qui s’efforcent de prendre la société en otage à coup de décrets.

Comme ils ne sont pas parvenus à calomnier ni à épuiser la résistance des syndicats avec les chaînes télévisées et leurs informations trafiquées, ils adoptent la violence pour réponse, répression des manifestations, menaces d’interdiction et un état policier qui, en collaboration avec les médias, exerce une contrainte intolérable sur la justice et qui procède à des emprisonnements de syndicalistes avec des peines pour l’exemple.

La bête blessée lorsqu’elle est acculée dans un coin devient de plus en plus agressive.

L’oligarchie des structures supranationales se trouve dans une impasse stratégique.

Mais pour que la classe ouvrière et ses mobilisations parviennent à vaincre, il leur faut un plan alternatif qui aura pour priorité immédiate un combat patriotique de classe inflexible, dont l’objectif sera la souveraineté populaire et un combat pour l’hégémonie de la classe ouvrière. Un projet alternatif que nous avons l’ambition, camarades, de voir sortir de cette conférence.

Un projet pour un grand renversement ouvrier et populaire des politiques mémorandaires pratiquées par l’oligarchie économique et le système politique qui les soutient, en rupture avec l’eurosystème.

Les maillons essentiels en sont l’abrogation des mémorandums et des conventions de prêts, la suspension des paiements, avec l’objectif d’annuler la dette, la nationalisation des banques et des entreprises stratégiques et leur mise en fonctionnement, la sortie de la prison monétaire de la zone euro et l’affrontement global contre l’intégration européenne néolibérale.

Etant donné que, à l’intérieur de l’Union Européenne, il est impossible en pratique d’appliquer l’ensemble de notre programme de transition, il faut un référendum explicite contre le maintien dans une Union Européenne qui exclut toute perspective d’un changement progressiste.

Parmi les tâches des organisations membres de Laiki Enotita à l’étranger, figure la poursuite d’un enrichissement réciproque grâce aux combats de tous les autres peuples européens. Dans la conjoncture politique actuelle, la victoire du mouvement ouvrier français qui se profile à l’horizon constituera un levier incitatif pour le peuple grec. « Il suffit à un peuple de décider qu’il n’est pas esclave pour qu’il soit déjà libre », disait Etienne de la Boétie. A nous de passer maintenant à la contre-attaque, pour une classe ouvrière souveraine dans une Grèce souveraine et pour l’Europe des peuples libres, souverains et coopérant entre eux.


La Ve République contre le mouvement ouvrier, éditorial de la Tribune des travailleurs du 13 juillet 2016


Le 6 juillet, Valls a donc fait passer sa réforme El Khomri en force – pour la deuxième fois – à l’Assemblée nationale. Des dirigeants «de gauche» (du PCF, des frondeurs du Parti socialiste et d’autres encore) ont alors dénoncé le recours à l’article 49-3. Ce en quoi ils ont raison. Car cet article de la Constitution de 1958 donne au président de la République le pouvoir d’écarter tout amendement,  tout débat et même tout vote pour déclarer une loi adoptée !

Pour autant, le caractère antidémocratique de la Ve République ne se limite pas au 49-3.

Lorsqu’il s’empara du pouvoir, de Gaulle définit clairement l’objectif de sa Ve République : liquider la démocratie politique. Il s’agissait, en particulier, d’en finir avec le «régime des partis» et d’intégrer à  l’État des syndicats sommés de renoncer à défendre les intérêts particuliers des travailleurs au nom d’un prétendu «intérêt général» (façade derrière laquelle se cache les intérêts très particuliers de la classe capitaliste).

Mais, de 1958 à aujourd’hui, les tentatives de mettre effectivement en place ce système corporatiste se sont toutes heurtées à la résistance des travailleurs et de leurs organisations.

Ce qui donne à ce régime son caractère bonapartiste et corporatiste, certes, mais inachevé.
L’intense lutte de classe qui a marqué ce pays depuis des mois a vu de nouvelles tentatives d’associer le mouvement ouvrier au dialogue social, à la concertation, aux tables rondes. Mais poussées par les travailleurs, les militants et les délégués, les deux confédérations issues de la vieille CGT(1) sont restées, bon an, mal an, sur le terrain du «ni amendable ni négociable, retrait!».

Le 8 juillet, la loi étant adoptée, elles en appellent à son abrogation.

Ce refus de l’intégration est d’une grande importance.

Il reste que la loi a été adoptée. Ce qui pose tous les problèmes surgis de la tactique mise en œuvre : celle des journées d’action saute-moutons opposées de fait à l’appel au blocage du pays, à la grève reconductible jusqu’au retrait (voire, demain : jusqu’à l’abrogation).

Cette discussion se relie à une autre : comment comprendre que les dirigeants des organisations qui rejettent et combattent la loi El Khomri publient des circulaires se désolant du résultat du Brexit en Grande-Bretagne, l’une d’elles martelant que «c’est au sein de l’Union européenne que nous avons besoin d’être » et demandant à «l’Union européenne (d’)urgemment mettre en œuvre un programme ambitieux contre le dumping social »(2)?

Comme si l’Union européenne n’était pas faite pour imposer le «dumping social » en y intégrant les organisations!

Comme si elle n’était pas la mère de toutes les contre-réformes, y compris la réforme El Khomri !

Ce débat ne peut pas ne pas être mené. 1 600 signataires publics de l’appel «pour la rupture avec l’Union européenne, la rupture avec la Ve République, pour l’Assemblée constituante » le mettent à l’ordre du jour.

(1) CGT et CGT-FO, et avec elles: FSU, Solidaires et des  organisations de jeunes.
(2) Espace international confédéral de la CGT, 5 juillet 2016.

 


Après le Brexit, Jeremy Corbyn résiste, le parti travailliste se délite, par Philippe Bernard, correspondant permanent du Monde à Londres

Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/07/07/apres-le-brexit-jeremy-corbyn-resiste-le-labour-se-delite_4965640_3214.html

Le dirigeant travailliste met à profit les critiques du rapport de John Chilcot contre Tony Blair et la guerre en Irak pour attaquer ses opposants qui ont soutenu l'engagement britannique en 2003
 

Deux semaines après le choc du Brexit, le parti travailliste continue de s’enfoncer dans une crise interne dont nul n’entrevoit l’issue. Les partisans du leader contesté, Jeremy Corbyn, ont tenté d’utiliser l’occasion que leur a fournie la publication, Mercredi 6 Juillet 2016, du rapport de John Chilcot.
 
Ce document accable l’ancien premier ministre Tony Blair qu’ils haïssent pour sa décision de participer à l’invasion de l’Irak en 2003.
 
« Notre parti ne peut pas être dirigé par quelqu’un qui ne s’est pas repenti d’avoir soutenu la guerre », a lancé, Mercredi 6 Juillet 2016, lors d’un meeting à Londres, un dirigeant de Momentum, le mouvement qui soutient Jeremy Corbyn. Le propos visait la députée Angela Eagle, qui avait approuvé l’intervention en Irak en 2003 et qui proclame depuis plusieurs jours qu’elle s’apprête à défier Jeremy Corbyn, sans passer à l’acte. En fait, depuis la démission de la quasi totalité du « cabinet fantôme » et le vote de défiance de quatre vingt pour cent des députés du parti travailliste contre Jeremy Corbyn au lendemain du référendum, le parti semble se décomposer à vue d’œil.
 
La grande majorité des élus et beaucoup d’adhérents reprochent à Jeremy Corbyn, issu de l’aile gauche du parti traditionnellement eurosceptique, d’avoir insuffisamment fait campagne pour le maintien du Royaume-Uni dans l’Union Européenne. Presque chaque jour, ils réclament la démission du leader, mais celui-ci s’accroche. Elu au mois de septembre 2015 à la surprise générale avec une majorité de soixante pour cent grâce à un nouveau système de désignation qui fait la part belle aux sympathisants, il se prévaut de la légitimité de la base. Les députés, eux, estiment que leur réélection est en péril si la ligne très à gauche de Jeremy Corbyn, marquée notamment par un soutien de principe à l’immigration, est maintenue.
 
L’éventualité d’élections législatives anticipées à l’automne, après la désignation d’un nouveau premier ministre désireux d’obtenir un mandat populaire pour débuter les négociations de sortie de l’Union Européenne, inquiète les élus travaillistes et exacerbe leurs pressions pour obtenir le départ de Jeremy Corbyn. Ils lui ont proposé un poste honorifique de président comme porte de sortie honorable, mais se sont heurtés à un mur.
 
Les opposants envisagent de provoquer une nouvelle élection du leader, mais ils craignent de voir Jeremy Corbyn, fort du soutien de nombreux jeunes radicalisés, la gagner à nouveau. Chaque camp mobilise en incitant des sympathisants à adhérer sur internet. Depuis le référendum, le parti travailliste aurait ainsi gagné pas moins de cent mille membres nouveaux, cette ruée portant ses effectifs à cinq cent mille. « Jeremy Corbyn perd chaque jour des soutiens parmi les adhérents, mais il les remplace par de nouveaux venus. On dirait qu’il est en téflon », témoigne un député anonyme dans le Telegraph.
 
Mercredi 6 Juillet 2016, Jeremy Corbyn, qui était l’un des leaders du mouvement contre la guerre en 2003, a dressé implicitement un parallèle entre la justesse des protestations pacifistes de l’époque et la légitimité que lui donne aujourd’hui la base du parti. « Pendant que la classe gouvernante se trompait si cruellement en 2003, une large partie de notre peuple a eu raison de manifester », a-t-il déclaré.
 
Pendant sa campagne pour la tête du parti, voici un an, Jeremy Corbyn avait estimé à propos de Tony Blair que « s’il avait commis un crime de guerre, il devrait être poursuivi ». Mercredi 6 Juillet 2016, à la chambre des communes, il a été plus elliptique. « Tous ceux qui ont pris les décisions mises en évidence dans le rapport de John Chilcot sur l’engagement en Irak doivent subir les conséquences de leurs actes quelles qu’elles soient », a-t-il déclaré, visant implicitement Tony Blair.
 
Sans prononcer une seule fois le nom de l’ancien premier ministre honni, Jeremy Corbyn a enfoncé le clou en présentant des « excuses au nom de son parti pour la décision désastreuse de partir en guerre en Irak », puis il a passé la soirée en compagnie des familles des soldats tués. Le rappel du rôle du parti travailliste dans l’engrenage guerrier ne fait que jeter du sel sur une plaie béante plus récente, celle ouverte par l’échec au référendum. Pour l’heure, le parti travailliste ne tend pas la main aux quarante-huit pour cent d’électeurs qui ont voté contre le Brexit et qui sont effarés par ses conséquences. Le désarroi est tel que certains observateurs évoquent l’hypothèse de la scission du parti travailliste en vue de la création d’un nouveau parti résolument pro-européen.
 
Le chef du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, s’est excusé de la guerre en Irak au nom de son parti, lors d’une brève déclaration, Mercredi 6 Juillet 2016. Plus tôt, un rapport d’enquête mené par John Chilcot, a dressé un bilan accablant de l’intervention militaire de 2003 et a dénoncé une offensive non préparée et non nécessaire.
 
« Je veux aujourd’hui m’excuser au nom de mon parti pour la décision désastreuse de partir en guerre en Irak », a déclaré Jeremy Corbyn, pacifiste convaincu qui, il y a treize ans, avait voté contre la décision de l’ancien premier ministre travailliste Tony Blair d’envahir l’Irak.
 
Jeremy Corbyn a jugé que ce dossier montrait qu’il était important que Londres s’émancipe des Etats-Unis, pour éviter qu’une telle erreur se reproduise. « Comme l’a dit John Chilcot, la guerre n’était pas le dernier recours », a-t-il déclaré au parlement. « Franchement, il s’agissait d’un acte d’agression militaire lancé sous un mauvais prétexte, comme le dit la commission d’enquête ».

 


Une déclaration de Gérard Schivardi, Jean Markun et Daniel Gluckstein

Source: https://www.latribunedestravailleurs.fr/2016/07/15/une-declaration-de-g-schivardi-j-markun-d-gluckstein

Vendredi 8 Juillet 2016


 
Nous avons assumé nos responsabilités. Nous les assumerons, quelles qu’en soient les conséquences.
 
Dans les prochains jours, nous répondrons à une convocation du procureur de la république.
 
Cette convocation, dont nous ne pouvons savoir par avance quelles suites judiciaires elle pourrait avoir, est la conséquence d’une décision prise par les dirigeants du Parti Ouvrier Indépendant (POI).
 
Ceux-ci ont en effet rejeté l’accord de répartition à l’amiable des fonds détenus par le POI avant sa coupure en deux entités de taille sensiblement égale. Avertis par les commissaires aux comptes qu’en l’absence d’un tel accord avant le Jeudi 30 Juin 2016, le dossier serait transféré au procureur de la république, les dirigeants du POI ont persisté dans leur refus, conscients de prendre ainsi la décision de nous traîner devant la justice.
 
Depuis dix mois, nous avons, pour notre part, sur mandat du bureau national du Parti Ouvrier Indépendant et Démocratique (POID) réuni le 6 septembre 2015, confirmé par le vote des délégués au congrès de fondation du POID du 22 novembre 2015 et réaffirmé dans les réunions du bureau national du POID qui ont suivi, pris les mesures nécessaires à la préservation de ce qui était le patrimoine commun de tous les adhérents du POI avant l’éclatement. Nous avons tout tenté, jusqu’à la dernière minute, pour éviter l’irréparable. Jusqu’au dernier moment, jusqu’à l’envoi d’un chèque de cinquante-six mille huit cent euros représentant la moitié des sommes en litige, chèque qui nous fut renvoyé à la demande du POI.
 
Chacun le sait, car les faits sont publics, pas un centime n’a été prélevé sur ces fonds procédant d’une quelconque décision de notre part, les seules dépenses effectuées ont été celles décidées avant la scission du parti.
 
Chacun le sait car les faits sont établis, nous n’avons cessé de proposer que cette question soit réglée à l’amiable, dans une répartition égale.
 
Chacun doit le savoir, car les faits l’établissent, cette situation a été délibérément créée par les dirigeants du POI.
 
Nous répondrons à la convocation du procureur de la république avec la conscience nette de ceux qui ont agi conformément au mandat, dans le respect des traditions du mouvement ouvrier et de son indépendance vis-à-vis de l'état. Nous répondrons à cette convocation et nous établirons, à partir des faits, qu’aucune règle n’a été enfreinte.
 
Que ceux qui ont pris la responsabilité d’en appeler à la justice de l'état contre nous s’arrangent avec leur conscience.
 
Nous avons assumé nos responsabilités jusqu’à présent. Nous les assumerons quelles qu’en soient les conséquences.


 

Jean Jacques Marie, militant révolutionnaire et historien du trotskysme, membre fondateur et vice-président du CERMTRI (Centre d'Etudes et de Recherches sur les 
 Mouvements Trotskyste et Révolutionnaires Internationaux)

Une Assemblée générale du CERMTRI très particulière (25 juin 2016), par Jean Jacques Marie

2 juillet 2016


               

Pour la  première fois depuis que le CERMTRI existe, l’Assemblée générale du 25 juin 2016 a éliminé dix  membres sortants dont le président François de Massot, la trésorière Hélène Stern, deux des plus anciens membres CERMTRI, Jacqueline Bois et Adrien Lévy ,par ailleurs l’un de ses principaux donateurs (donateur du fonds Prudhommeaux), et des collaborateurs réguliers du CERMTRI comme Michel Barbe, Katia Dorey, Jean- Pierre Cassard, Dominique Gros . Dix nouveaux membres ont été élus à la place des dix éliminés.            

On pourrait voir là l’expression d’une volonté de renouvellement de membres du CERMTRI insatisfaits de son fonctionnement et désireux de l’améliorer. Mais deux faits, que nul présent à l’AG ne peut contester, invalident  cette hypothèse  :          

- au cours des débats aucune critique n’a été portée contre le bilan du président et de la trésorière ;aucune remarque, même anodine, n’a été faite sur leur gestion.            

- ensuite, la grande majorité des nouveaux candidats et des nouveaux élus n’avaient jamais participé à aucune activité du CERMTRI au cours des vingt dernières années malgré l’âge avancé de la plupart d’entre eux. Certains d’entre eux ont même découvert ses locaux à cette occasion. Aucun d’eux n’a  pris la parole au cours de l’AG ,aucun d’eux n’a dit le moindre mot pour motiver sa candidature, aucun deux n’a avancé la moindre proposition qu’il se serait engagé à défendre. C’est sans doute le premier exemple d’une élection où les candidats n’ont jamais ouvert la bouche pour avancer des raisons- réelles ou fabriquées – de leur candidature.   

Ceux d’entre eux qui ont été élus au CA sont restés aussi muets lors de sa réunion qui a suivi l’AG et n’ont alors non plus avancé la plus petite suggestion ou proposition. Seul  Serge Sebban a pris la parole pour annoncer sa candidature à la trésorerie sans la motiver en aucune manière…sinon par la nécessité de remplir un poste devenu vacant par l’élimination non motivée de sa titulaire.             

Par quel miracle des candidats qui n’ont jamais eu la moindre activité au CERMTRI, sont restés totalement muets et dont personne ne pouvait savoir pourquoi ils se présentaient ont-ils pu recevoir  trois fois , voire trois fois et demi plus de voix que les sortants éliminés sans la moindre explication ?    

L’explication du miracle est très simple. Alors que le nouveau président Michel Sérac avait déclaré que le CERMTRI ne devait surtout pas être le lieu où devraient se régler des différends politiques, tous ces nouveaux candidats muets élus sont tous membres d’une même organisation politique, le CCI.    

Jusqu’en 2015, les candidats ne se bousculaient pas au portillon, car un candidat  devait  représenter une continuité de l’histoire du trotkysme ou s’ engager plus ou moins fermement à travailler au CERMTRI ou pour lui(rédaction d’études ,traduction de textes en langue étrangères pour les Cahiers du mouvement ouvrier ou du CERMTRI ou pour les conférences, …et) toutes activités auxquelles la grande majorité des présents à l’AG du 25 juin et des nouveaux élus ont jusqu’ à ce jour été parfaitement étrangers ; enfin, loin de vouloir écarter un candidat pour son appartenance politique,  les divers responsables du CERMTRI depuis Louis Eemans et Pierre Levasseur ont tenté d’associer à son travail des militants étrangers à leur organisation politique .   

L’opération menée le 25 est donc contraire aux traditions qui ont permis au CERMTRI de fonctionner, fût-ce imparfaitement depuis quarante ans. Elle menace donc  sa continuité et son avenir. La première mesure prise après l’élection du nouveau CA, à savoir le changement brusque de la serrure du CERMTRI, que le Conseil d’Administration réuni juste après l’AG, le 25 juin en fin d’après-midi, n’a jamais évoqué, en est un signe patent.  

La serrure du CERMTRI

Comme le savent plusieurs camarades qui travaillent depuis longtemps au CERMTRI, j’ai entreposé dans ses locaux une douzaine de dictionnaires de langues étrangères diverses que j’utilise, entre autres, dans mon travail pour les Cahiers du mouvement ouvrier .

Ayant besoin de deux de ces dictionnaires pour un document destiné au prochain numéro de la revue, consacré à l’histoire des provocations contre le mouvement ouvrier, en particulier en Russie ; ayant oublié de les prendre samedi 25 juin au soir à la fin de l’AG , je me suis rendu au siège du CERMTRI, dont j’ai la clé depuis vingt ans, dimanche matin 26 juin à 9 heures 30 pour les  récupérer. Quelle n’a pas été ma surprise de constater qu’entre la fin de l’ AG et cette heure dominicale matinale, la serrure avait été changée et que je ne pouvais donc ouvrir la porte du local du CERMTRI, où sont entreposés les Cahiers du mouvement ouvrier,  dont je suis, je le rappelle, le co-fondateur avec Vadim Rogovine et le directeur.
 

Le nouveau conseil d’administration élu à la fin de l’AG n’ayant pas décidé ce changement de serrure, je me suis rendu à la réunion du bureau élu par le nouveau CA ,en particulier pour savoir quand ce  changement  avait été décidé , qui l’avait décidé, à  quels motifs et mobiles répondait  cette décision sans exemple dans les quarante ans d’histoire du CERMTRI et qui avait changé la serrure.  

Les réponses qui m’ont été fournies par le nouveau président Michel Sérac méritent d’être connues. Après la « déclaration menaçante » (sic !)  que, d’après lui, j’avais faite après la proclamation des résultats des votes au conseil d’administration( dont je joins la brève analyse que j’en donne), « on pouvait tout craindre » , d’autant a-t-il précisé, qu’une « importante somme en liquide » était entreposée dans le bureau. Devant la menace vague mais manifestement redoutable que je faisais ainsi peser sur les locaux du CERMTRI ( voire sa trésorerie ?  ) il fallait d’urgence opérer un changement de serrure ,effectué, m’a-t-il précisé, par un « serrurier polonais »( manifestation touchante d’internationalisme ).  

L’explication est surprenante. Lors de cette réunion du CA nouvellement, Michel Sérac a proposé que je sois (comme je l’étais jusqu’alors )l’un des deux vice-présidents du CERMTRI. J’ai décliné  cet honneur, qui m’aurait fait valider un vote aux considérants manifestement extérieurs au CERMTRI lui-même. Ainsi vers 18 heures 30 – 19 heures, la « déclaration menaçante » que j’avais prononcée n’empêchait pas mon maintien comme vice-président du CERMTRI et donc la possibilité pour moi d’entrer dans ses locaux  pour les besoins de mon activité concernant les Cahiers du mouvement ouvrier .  Quelques instants plus tard je représentais un danger si grave qu’il fallait d’urgence remplacer la serrure du local où je travaille depuis vingt ans .  Que s’est-il passé dans l’intervalle? 

 


   

Appel du mouvement en marche pour la démocratie, par Albert Daix
 
Samedi 16 Juillet 2016

Source : https://blogs.mediapart.fr/albertdaix/blog/160716/lappel-du-mouvement-en-marche-pour-la-democratie

Samedi 18 Juin 2016, des personnes ont entrepris depuis Marseille une marche à destination de Paris. Avec elles, quatre revendications, l'abrogation de la loi travail, l'arrêt des négociations des traités de libre-échange, la démission du gouvernement et un processus citoyen pour une nouvelle constitution, voici leur appel.
 
Appel à une nouvelle révolution française pour une constitution citoyenne
 
Citoyens et citoyennes de tous horizons, de France, d’Europe et du monde, ceci est un appel au ralliement autour des principes humanistes et universels que sont la démocratie, la république et les droits de l'homme et de la femme. La défense et le développement de ces principes fondamentaux qui devraient être ceux régissant les sociétés dans lesquels nous vivons est l’affaire de tous. Le moment est venu de nous rassembler sur ce qui nous unit plutôt que de nous cristalliser sur nos différences. Cette division provoquée et entretenue permet à un ordre établi de mieux régner et de nous distraire de la problématique fondamentale de nos sociétés, le contrôle et la prédation frénétique des grandes puissances de la finance et du commerce international contre nos démocraties. La démocratie appartient de droit mais pas encore de fait à chacun et chacune d’entre nous. Insistons sur ce droit fondamental pour toutes et tous dans toutes les nations qui se réclament d’un fonctionnement démocratique. Et aspirons à ce que le principe de démocratie réelle s’installe également dans les nations qui ne s’en réclament pas encore.
 
Aujourd’hui, partout dans le monde, la démocratie n’est exercée que sous sa forme représentative. À l’heure où beaucoup d’élus qui devraient nous représenter ont tant de fois démontré leurs connivences avec les pouvoirs de la finance et des multinationales ainsi que leur potentiel de corruptibilité, il n’est plus de confiance possible. Or la confiance est la condition essentielle du fonctionnement de la version représentative de nos démocraties. Il nous appartient donc d’initier une transition vers la démocratie dans sa version la plus fondamentale et finale, la démocratie directe, qui s’exerce par le peuple et pour le peuple.
 
La nouvelle révolution française que nous allons effectuer sera une lutte pacifique pour mettre un point final à ce mauvais rêve dans lequel la vie démocratique de chaque nation est conditionnée par la spéculation boursière et les aléas du commerce international. Nous allons nous réveiller et mettre fin au règne de la compétition, de l’égoïsme et de la confrontation pour rétablir les valeurs fondamentales que sont la paix, la coopération, la solidarité et la synergie. Nous allons ainsi mettre fin aux agressions constantes contre les individus, les salariés et les entreprises. Nous allons redevenir plus des citoyens et des citoyennes exerçant un pouvoir constant sur la société dans laquelle nous vivons et moins des consommateurs se sentant impuissants face à l’ordre établi. Nous allons mettre en place, développer et sécuriser le bon sens qui permettra de faire face aux enjeux du vingt et unième siècle, le bon sens humaniste, démocratique, social et écologique.
 
C’est dans cet objectif crucial et universel que nous faisons appel à nous tous citoyens et citoyennes de France, d’Europe et du monde à nous unir dans une grande marche démocratique qui partira de Marseille Samedi 18 Juin 2016 et se rendra à Paris pour occuper en masse le Champ de Mars jusqu’à ce que quatre exigences soient entièrement satisfaites, abrogation de la loi travail, rupture formelle et définitive avec les négociations du TTIP ou de tout traité de libre-échange avec les Etats-Unis, démission de tous les ministres du gouvernement actuel, premier ministre compris, et initiation d’un processus de constitution citoyenne. Un engagement officiel et par écrit du nouveau gouvernement de transition de favoriser tout le processus constitutionnel, rédaction citoyenne, référendum national puis application de la nouvelle constitution si celle-ci est approuvée par la majorité des votes exprimés.
 
Nous invitons les citoyens et citoyennes de toutes nations, qui ne sont plus représentés par leur gouvernement et non protégés par leur constitution, à entamer également une grande marche démocratique dans leurs pays.
 
Nous serons tous solidaires de toutes les marches démocratiques de tous les pays. Tous ensembles, nous allons procéder à un progrès fondamental dans la démocratie et dans l’épanouissement de chacun et de chacune. Et comme un chemin de mille pas commence par un premier pas, nous vous invitons toutes et tous à cette grande marche pour notre démocratie. Nous vous remercions pour votre attention.

 
            

L'Union Européenne n’est pas réformable, interview de Stathis Kouvelakis par Joseph Confavreux
 
Samedi 25 Juin 2016

Source : https://www.mediapart.fr/journal/international/250616/stathis-kouvelakis-l-ue-n-est-pas-reformable?onglet=full

Stathis Kouvelakis, enseignant en philosophie politique au King's College de Londres, ancien membre du comité central de Syriza, actuel membre d’Unité Populaire, analyse pour Mediapart les enjeux du Brexit.
Stathis Kouvelakis était membre du comité central de Syriza lors de la victoire de ce parti en Grèce en janvier 2015. Il fit ensuite partie de ceux qui, prônant une sortie de l’euro et une rupture franche avec les institutions européennes, ont décidé de faire scission avec le premier ministre Alexis Tsipras. Enseignant et vivant à Londres, il analyse pour Mediapart les conséquences du référendum britannique.
 
Joseph Confavreux. Quelle lecture faites-vous du vote en faveur du Brexit ?

Stathis Kouvelakis. Le premier constat est que l’Union Européenne perd tous les référendums qui se déroulent autour des propositions qui en émanent ou de l’appartenance à l’une de ses instances. Les défenseurs inconditionnels du projet européen devraient quand même commencer à se demander pourquoi. Mais c’est la première fois que la question du maintien ou du départ a été posée directement. Et le fait que l’un des trois grands pays européens choisisse la rupture avec l’Union Européenne signe, pour moi, la fin du projet européen actuel. Ce résultat révèle définitivement ce qu’on savait déjà, à savoir qu’il s’agissait d’un projet construit par et pour des élites, qui ne bénéficiait pas d’un soutien populaire.
 
Joseph Confavreux. Vous en réjouissez-vous ?
 
Stathis Kouvelakis. Oui, certes, ce rejet légitime de l’Union Européenne risque d’être confisqué par des forces de droite et xénophobes, comme la campagne britannique l’a montré. Mais, pour moi, il peut aussi s’agir d’une opportunité pour des forces progressistes en lutte contre l’Europe néo libérale et autoritaire, c’est-à-dire l’Union Européenne telle qu’elle existe. Je pense que des forces antilibérales de gauche peuvent plus facilement s’exprimer dans d’autres pays qu’en Grande-Bretagne, où il est vrai que la Left Leave Campaign a été très peu audible et a révélé une fracture entre la direction des principales forces de gauche, politiques et syndicales, et la base populaire et ouvrière, qui a dans sa grande majorité rejeté l’Union Européenne.
 
Le parti travailliste, notamment, est fracturé entre une large partie de son électorat d’un côté et ses élus et son appareil de l’autre, avec les cadres et les militants écartelés entre les deux. De surcroît, son dirigeant actuel, Jeremy Corbyn, est en réalité très hostile à l’Union Européenne, mais il a été contraint de faire campagne pour le maintien, compte tenu du rapport de force interne à l’appareil et au groupe parlementaire.
 
En février 2015, lorsque je faisais encore partie du comité central de Syriza, à l’occasion d’une grande réunion qui s’était tenue à Londres, au siège de la confédération des syndicats britanniques, pour fêter la victoire de notre parti en Grèce, Jeremy Corbyn, dont personne n’envisageait alors qu’il puisse prendre la direction du parti travailliste, était venu me parler en marge de la réunion, en me disant, « est-ce que vous avez un plan B ? Parce que l’Union Européenne va vous écraser, en commençant par attaquer votre système bancaire ».
 
Il m’a raconté le choc qu’il avait subi lorsqu’il était jeune militant et que le parti travailliste avait gagné les élections de 1974 sur un programme radical. Le système bancaire britannique avait immédiatement été attaqué, contraignant le Royaume-Uni à faire appel au Fonds Monétaire International (FMI) pour demander un prêt et à mettre en place des politiques austéritaires en échange. Il voulait que je le rassure sur le fait que nous avions un plan B et, moi qui appartenais à la minorité de la direction de Syriza, je ne pouvais que lui répondre qu’il fallait qu’il en parle avec Alexis Tsipras, pour tenter de le convaincre.
 
Cette anecdote montre qu’il ne se fait aucune illusion sur l’Union Européenne. Seulement, l’appareil  du parti travailliste et ses élus lui sont farouchement hostiles. Et on lui reproche désormais d’avoir fait un service minimum en faveur du maintien de la Grande Bretagne dans l'Union Européenne. Les mêmes médias, qui avaient appelé à voter pour le maintien de la Grande Bretagne dans l'Union Européenne, voudraient qu’il parte, alors même que le Brexit a gagné, parce qu’il n’en aurait pas fait assez.
 
Joseph Confavreux. Avez-vous été surpris de ce résultat ?
 
Stathis Kouvelakis. Non, ce qui m’a frappé pendant cette campagne britannique, c’est une impression de déjà-vu. J’ai eu la chance de vivre à la fois le référendum sur la constitution européenne de 2005 en France, celui de l’année dernière sur le plan d’austérité de Jean Claude Juncker en Grèce, et celui de cette année en Grande-Bretagne. À chaque fois, ceux qui défendent l’Union Européenne portent de moins en moins de discours positifs et emploient essentiellement des arguments fondés sur l’intimidation et la peur, en mettant en scène tous les maux qui s’abattraient sur le Royaume-Uni si les britanniques votaient mal. Wolfgang Schaüble et Jean Claude Juncker se sont faits menaçants, comme à l’accoutumé, et même Barack Obama a joué sa partition pour expliquer à quel point un Brexit serait catastrophique. En France, on a beaucoup focalisé sur le fait que la campagne pour le Brexit était animée par des personnages effectivement peu ragoûtants, de Boris Johnson à Nigel Farage. Mais les médias ont moins souligné que la campagne pour le maintien dans l'Union Européenne était porté par tout l’establishment content de lui-même, avec la City arrogante en première ligne, ce qui avait de quoi motiver le rejet de l’électorat populaire.
 
Joseph Confavreux. Une refondation démocratique de l’Europe, que beaucoup appellent de leurs vœux au lendemain du Brexit, vous semble-t-elle encore possible ?
 
Stathis Kouvelakis. De plus en plus de forces de gauche comprennent que l’Union Européenne n’est pas réformable dans un sens progressiste, avec un fonctionnement plus démocratique, parce qu’elle est conçue, dans son architecture intrinsèque, pour ne pas être réformable. Tout est verrouillé et, pour enseigner dans un département d’études européennes, je peux vous assurer que mes collègues spécialistes le savent. L’Union Européenne n’a pas été conçue pour fonctionner avec les règles de la démocratie parlementaire, dont on craint toujours la tentation « populiste ». Le vote britannique est donc une occasion à saisir pour toutes celles et ceux qui réfléchissent à un plan B et sont conscients que de véritables alternatives impliquent une rupture avec l’Union Européenne. Que ce soit Jean-Luc Mélenchon en France, Oskar Lafontaine et Sahra Wagenknecht en Allemagne, l’aile gauche de Podemos ou ceux qui ont quitté Syriza l’an dernier, toutes ces forces anti-libérales et progressistes doivent se saisir de ce moment, si elles ne veulent pas être gravement punies par une droite nationaliste et xénophobe qui capterait la colère populaire.
 
Joseph Confavreux. Mais, en Grèce, la gauche qui a fait scission avec Alexis Tsipras semble pourtant plutôt atone ?
 
Stathis Kouvelakis. Le dernier sondage de l'institut américain PEW sur l’europhilie, effectué sur un très large échantillon de populations européennes, a montré que plus de soixante et onze pour cent des grecs n’acceptaient plus l’Union Européenne et qu’un bon tiers souhaitait sortir de l’euro. Certes, le champ politique grec est bloqué et, suite à la capitulation d'Alexis Tsipras l’été dernier, le sentiment de défaite et de démoralisation reste fort. Mais on commence à voir des mouvements à gauche de Syriza, que ce soit Unité Populaire ou le mouvement lancé par Zoé Konstantopoúlou, gagner du terrain. Nous sommes à la veille de reclassements importants, à l’échelle de l’Europe, et face à un choix entre une radicalité qui sera soit de gauche et internationaliste, soit de droite et xénophobe. Si la gauche qui se veut hostile au néo libéralisme continue à répéter la litanie de « l'Europe sociale » et de la « réforme des institutions européennes », elle ne s’enfoncera pas simplement dans l’impuissance, elle sera tout bonnement balayée.
 
Joseph Confavreux. La manière dont la Grèce a été traitée l’été dernier a-t-elle joué dans le vote britannique ?
 
Stathis Kouvelakis. Nigel Farage, le dirigeant de l'United Kingdom Independance Party (UKIP), parti nationaliste et xénophobe, avait tenu au parlement européen des propos dans lesquels il accusait l’Union Européenne de se comporter de manière dictatoriale avec la Grèce. Il disait des choses qui auraient dû être dites par toute la gauche britannique et européenne. Le référendum britannique est juste un nouveau signe du rejet de l’Union Européenne, dont les électeurs comprennent qu’elle se situe au cœur du problème de la politique représentative actuelle, celui d’une élite européiste qui méprise les couches populaires et la notion même de souveraineté du peuple. Passivement toléré lorsque la situation économique paraissait fluide, le projet européen se délite lorsque celle-ci se dégrade et que le carcan des politiques d’austérité se durcit partout, sous l’impulsion et le contrôle tatillon des instances de l’Union Européenne. Le découpage spatial du vote britannique est saisissant. Il y a deux pays. La bulle de la City et du sud est du pays face à un autre pays, dont on ne parle jamais parce qu’on préfère évoquer le Londres branché et multi-culturel. Avant d’enseigner à Londres, j’exerçais dans une université de la banlieue de Birmingham, Wolverhampton. La différence est abyssale. Le centre-ville était en ruine. Dans cette Angleterre où la révolution industrielle a commencé, tout le monde se sent abandonné et condamné à une mort économique et sociale. Le parti travailliste a abandonné à leur sort des populations entières et laissé ainsi le champ libre à des partis comme l'UKIP. Ce qui est d’ailleurs paradoxal, parce qu’alors que le Front National a toujours su, en France, se parer d’un vocabulaire et d’atours pour « faire peuple », l'UKIP incarnait, à l’origine, tout ce dont les classes populaires anglaises se sont toujours moqué, un côté vieillissant, anglican, traditionnel, classes moyennes coincées et cent pour cent blanches, le conservatisme de grand-papa en somme. On imagine la colère et le sentiment d’abandon qu’il a fallu pour qu’un tel parti ait pourtant réussi à capter le vote des classes populaires.
 
Joseph Confavreux. Comment vous positionnez-vous face à la perspective de nouveaux référendums sur l’appartenance à l’Union Européenne dans d’autres pays d’Europe ?
 
Stathis Kouvelakis. L'Union Européenne n’est pas réformable et je pense qu’il n’existe pas d’autre solution que sa dissolution. Une vraie refondation de l’Europe signifie briser la cage de fer de l’austérité perpétuelle et du néo libéralisme autoritaire et cela passe par une rupture avec la machinerie institutionnelle de l’Union Européenne. Il faudra donc jouer le jeu des référendums, tout en empêchant les forces de la droite xénophobe et nationaliste de gagner l’hégémonie et de dévoyer la révolte populaire. La gauche de la gauche a pris beaucoup de retard, mais elle ne peut plus penser qu’elle parviendra, sans rupture avec l’Union Européenne, à changer le rapport de force à l’intérieur d’une machinerie spécialement conçue pour empêcher toute divergence et face à un rouleau compresseur dont on a vu comment il a pu écraser la Grèce.


Le Brexit ouvre la voie… A qui le tour?, par Jacques Cotta

Le 28 juin 2016

Source : http://la-sociale.viabloga.com/news/le-brexit-ouvre-la-voie


«… Dans tous les pays d’Europe le rejet de l’Union Européenne est chargé d’un contenu précis. En France, la loi El Kohmri qui se propose de liquider le droit du travail et les organisations syndicales, de nous ramener des décennies en arrière, n’est que l’application des directives européennes, comme cela a été le cas dans d’autres pays d’Europe sous des appellations différentes… (citation extraite de l’article) »

Au lendemain du vote des ressortissants britanniques en faveur du Brexit, nous assistons à un déferlement de déclarations qui visent à nier l’évidence. En 24 heures une pétition spontanée recueillerait plus de 3 millions de signatures pour qu’un nouveau vote soit organisé. Dans les hautes sphères de Bruxelles et Strasbourg, on ne cache pas la volonté de réitérer le coup d’état réalisé en 2005 contre la France, contre l’Irlande en 2008, pour obtenir par tous les moyens une décision conforme à la volonté de l’oligarchie contre le vote du peuple souverain. La manipulation va bon train. Jusqu’à l’absurde. Aujourd’hui en Grande Bretagne comme hier en Irlande ou en France, les télévisions toutes chaines confondues s’en donnent à cœur joie. Micro trottoir après micro trottoir, on entend dire par des correspondant envoyés en mission dans les rues de Londres que « l’heure est au regret », que « les votants pour le Brexit n’avaient pas compris que cela signifierait la sortie de l’UE » (sic), que « nombreux sont ceux qui ont voté pour le Brexit sans en vouloir la victoire » (re sic), que la majorité des votants pour le « leave » désirait seulement que « reamain ne l’emporte pas de façon trop écrasante » (re, re sic).

Evidemment la réalité est beaucoup plus simple.

Le vote des britanniques pour sortir de l’UE est d’abord celui des couches populaires, concentré dans les municipalités frappées par l’austérité. La crise politique qui touche le Labour en pleine décomposition n’est pas à chercher ailleurs. Ses électeurs, militants et sympathisants ont massivement voté contre la direction du parti en se prononçant pour le « Leave ».

Le vote des britanniques est une défaite majeure de toute l’oligarchie qui n’a pas lésiné pour faire pression en faveur du maintien dans l’UE. Outre Cameron et Corbyn qui sur place ont tenu le rôle que les sommets de Bruxelles attendaient d’eux, Obama, Merkel, Hollande, et autres connaissent une défaite à la hauteur de l’engagement qui a été le leur dans la campagne qui s’est déroulée en Grande Bretagne.

Le vote des britanniques est une défaite de la city et des banques. Une double défaite. D’abord électorale. Ensuite parce qu’apparaît clairement que la Grande Bretagne, contrairement à l’idée que les milieux d’affaires veulent propager, n’est pas seulement faite de salles de marchés.

Le vote des britanniques est enfin une défaite de l’UE sur tous les plans dont celui d’actualité qui concerne la politique européenne migratoire qui à travers l’accord avec la Turquie vise à renvoyer chez eux les centaines de milliers de migrants qui fuient les guerres provoquées par les grandes puissances.

La question posée par le Brexit est politique. Tous les gouvernements, toutes les forces de « droite » comme de « gauche » sont affolées par l’irruption du peuple anglais sur la scène de l’histoire. Les déclarations de Hollande, Merkel et Renzi réunis en catastrophe n’ont d’autre signification. Le « risque » comme l’indiquent tous les commentateurs réside dans l’idée qui pourrait être donnée à d’autres peuples d’Europe de reprendre aussi en main leur propre destinée. Le problème n’est pas de savoir qui des français, des allemands, des grecs, des portugais, des espagnols, des italiens, etc… prolongera la décision du peuple britannique, mais quand. La question de la souveraineté populaire, droit des peuples à décider de leur propre destinée, à maitriser leur propre avenir, est incontournable et les menaces économiques, les pronostics les plus noirs, les difficultés annoncées –parfois à juste titre- ne peuvent rien y changer.
Dans tous les pays d’Europe le rejet de l’Union Européenne est chargé d’un contenu précis. En France, la loi El Kohmri qui se propose de liquider le droit du travail et les organisations syndicales, de nous ramener des décennies en arrière, n’est que l’application des directives européennes, comme cela a été le cas dans d’autres pays d’Europe sous des appellations différentes. Alors que les différents parlements nationaux passent leur temps à transcrire dans leur droit national les directives et traités européens, les oppositions à leur politique posent comme une question objective l’abrogation des traités européens, la rupture avec la BCE, l’Euro et la souveraineté monétaire, les pactes d’austérité et de responsabilité dictés par l’union européenne.

Les élections qui viennent de se tenir en Espagne au lendemain du Brexit indiquent que les ambiguïtés sont mortelles. Les médias ne peuvent là encore rien y changer. Ainsi Podemos a été présenté comme un parti différent de tous les autres sur la question européenne, susceptible donc de rafler la mise électorale. Mais l’électeur espagnol n’a pas mordu à l’hameçon dont le leurre était trop visible. Podemos en effet n’a rien de différent de tous les autres sur l’essentiel. Certes ses rangs sont fournis de réels militants qui ont, sur le terrain de l’opposition aux expulsions par exemple, fait leur preuve depuis la crise de 2008. Mais l’orientation de sa direction qui se résume au discours classique « d’une autre Europe, démocratique et sociale » ne trompe plus personne. Podemos a été électoralement victime de ce qui aujourd’hui secoue les sommets du Labour en Grande Bretagne. Jeremy Corbyn qui s’est prononcé pour le maintien dans l’union européenne, a basé sa position sur la nécessité de « réformer l’Europe ». Mais les britanniques ont affirmé à juste titre, sur la base de l’expérience collective, que cette Europe autour de l’union européenne n’est en rien réformable. Avec le Brexit ils ont signé un arrêt de mort à tout ce personnel politique porte- parole de l’oligarchie politico économique.

Cela nous amène à la France et aux positions des « eurosceptiques », du moins des membres de « la gauche de la gauche » présentés comme tels.

Pierre Laurent s’est prononcé contre le Brexit comme hier il soutenait – au nom du réalisme - les efforts de Tsipras pour faire passer tous les plans de rigueurs et d’austérité voulus par la Troïka au nom de l’union européenne. Sans commentaire donc.

Plus intéressante est la position de Jean Luc Mélenchon ou encore de Gérard Filoche. Si le second demeure attaché à l’union européenne au nom de l’Europe à condition d’un tournant social et démocratique, vieille rengaine sur laquelle il n’est là aussi pas utile de revenir, le premier veut afficher une position plus élaborée. Jean Luc Mélenchon a d’ailleurs raison dans l’intention. Etant un des dix candidats (plus peut-être) qui désire briguer les suffrages des français au nom de la gauche de la gauche aux prochaines présidentielles, il ne pourrait que bénéficier d’un effort de démarcation qui permettrait de le distinguer.

Mais que dit Jean Luc Mélenchon ? S’il est élu président de la république, il s’engage à aller voir madame Merkel, à renégocier les traités avec elle, et à organiser un référendum en France sur l’appartenance à l’union au cas où celle-ci serait inflexible. Ce discours est-il vraiment original ? C’est à peu de choses près celui que tenait François Hollande lorsque briguant les suffrages des français aux dernières élections il posait comme condition à la bonne marche européenne la « renégociation du traité Merkosy ». On a vu la suite. C’est aussi la même position que celle d’Alexis Tsipras avant les élections grecques au nom de Syriza. On a aussi vu la suite. Il serait sans doute erroné d’avoir une vision policière et complotiste de l’histoire, faite de traitres qui promettent avant l’élection et font l’inverse de leurs promesses après. Sur le terrain européen la machine mise en branle fait peser des pressions considérables qui ne supportent pas les atermoiements et les petits pas. L’union européenne n’est pas réformable, c’est du moins l’histoire qui nous l’enseigne. Dans ce contexte, seule une position claire et sans ambiguïté, pour la sortie de l’union européenne peut être compréhensible et soulever une perspective d’avenir.

Contrairement à toute la propagande qui veut assimiler le Brexit en Grande Bretagne, ou des décisions similaires ailleurs, dans d’autres pays européens, à un repli sur soi, guidé par un sentiment xénophobe et arriéré, un refus d’ouverture aux autres, la rupture avec l’union européenne signifie pour les peuples la possibilité de reprendre en mains leurs propres affaires, de décider pour ce qui les concerne en toute liberté, sans que les choix ne soit dictés pour servir des intérêts qui leur sont étrangers. A l’union européenne, construction politique faite pour servir le capital financier, étrangère à l’Europe des peuples, la Grande Bretagne pourrait ouvrir la voie à une Europe des nations libres, décidant librement entre elles des coopérations, des échanges, des projets communs. Quelle autre voie en effet pour relever les grands défis en terme d’écologie, d’emploi, de développement, les grands défis humanitaires posés à l’Europe dans son ensemble que celle de la souveraineté populaire et nationale dans tous les domaines ?

 


Après la victoire du Brexit, le temps de la dislocation, par Cédric Durand

(membre des économistes atterrés)

Samedi 25 Juin 2016
 
Source : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article38292

Voici venu le temps de la dislocation. Sur fond de désastre économique, d’arrogance bureaucratique et de mépris pour les questions sociales, l’attrait pour le projet européen n’a cessé de reculer ces dernières années. Les forces centrifuges qui se sont accumulées prennent aujourd’hui le dessus. La sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne est le premier mouvement d’un processus de démembrement de l’Union Européenne qui, s’il n’est pas encore inéluctable, devient désormais très probable.
 
Aux difficultés dans lesquelles se débattait déjà ce proto-état vont maintenant s’ajouter l’onde de choc économique et financière du Brexit, les divisions sur l’attitude à suivre dans la mise en œuvre de celui-ci et les interprétations contradictoires sur la nouvelle direction à suivre, plus ou moins d’Europe pour ceux qui restent. Une alternative rhétorique qui masque une véritable impasse, accroître l’intégration est rigoureusement impossible dans un contexte où les opinions publiques sont de plus en plus défiantes vis-à-vis de l’Union Européenne et renoncer à faire un bond en avant dans l’intégration interdit de réparer des institutions puissamment dysfonctionnelles. Le piège du déficit démocratique se referme sur l’Europe du capital.
 
Le vote au Royaume-Uni est un vote de classe. Le poing de ceux et celles qui ont perdu dix pour cent de leurs salaires depuis 2008 s’écrase sur la figure du premier ministre David Cameron et celle de cercles patronaux unanimes dans leur soutien à l’Union Européenne. Que ce vote soit en partie motivé par des sentiments racistes et que l’extrême droite ait dominé le camp du non, ce sont des évidences. Mais l’incapacité à articuler un non de gauche, au-delà des petites formations comme le Socialist Worker Party (SWP) de Grande Bretagne et de rares structures syndicales, est un échec de toute la gauche britannique. C’est en particulier une occasion manquée pour le nouveau leader du parti travailliste et eurosceptique historique, Jeremy Corbyn, qui contribue un peu plus à jeter les classes populaires dans les bras de ses ennemis.
 
Cette nouvelle insurrection électorale est une manifestation de la recomposition politique à grande échelle en train de s’opérer dans le monde occidental, presque partout l’extrême centre, centre-droit comme centre-gauche, est mis en difficulté par des forces ou des personnalités aussi opposées politiquement que Donald Trump et Jeremy Corbyn, Podemos et Marine Le Pen. L’Union Européenne est l’incarnation archétypique du projet de l’extrême centre. Presque à l’arrêt dans les années 1970, l’intégration continentale ne progresse alors plus que par lente sédimentation des décisions de la cour de justice de l’Union Européenne. Sa relance dans les années 1980, qui conduit à la réalisation du marché unique puis à l’union économique et monétaire, coïncide avec l’affirmation de l’idéologie néo libérale et de l’hégémonie de la finance.
 
Produit de cette brève séquence historique, les institutions de l’Union Européenne en portent définitivement les stigmates. Incarnation institutionnelle presque parfaite du Zeitgeist de l’ère néo libérale, l’Union Européenne ne dispose pas de la profondeur historique qui lui permettrait de faire face au cycle de grandes turbulences enclenchées par la crise de 2008 et de se réarmer pour la nouvelle période. Privée de tout enracinement démocratique, elle ne dispose pas davantage de procédures de légitimation lui permettant de se réinventer. Espace de compromis entre partenaires gouvernementaux responsables, l'Union Européenne est le terrain d’une grande coalition permanente dont est exclue toute immixtion des peuples.
 
Cette permanence réduit en outre les vies démocratiques nationales à une mascarade puisqu’elle interdit, par construction, toute possibilité de politiques économiques et sociales substantiellement distinctes. Comment s’étonner dès lors que l’Union Européenne n’exerce plus aucun pouvoir d’attraction pour les citoyens britanniques qui restaient à ses marges ?
 
Après les référendums néerlandais et français de 2005, irlandais de 2008 et grec de 2015, le vote en faveur du Brexit confirme que le matraquage européiste est inopérant. S’aligner avec lui est mortifère pour la gauche, c’est laisser le champ libre à l’extrême droite. Comme l’indiquait une enquête récente de l'institut américain PEW, le rejet de l’Union Européenne se généralise. Les opinions défavorables sont archi majoritaires en Grèce, soixante et onze pour cent, et en France, soixante et un pour cent, mais également très élevées en Espagne, quarante-neuf pour cent, et en Allemagne, quarante-huit pour cent. Si l’on en reste aux seules questions économiques, elles sont majoritaires à l’échelle de l’ensemble de l’Union Européenne. Autre enseignement intéressant, le rejet de l’Union Européenne n’est pas monocolore. Plutôt de droite dans l’Europe du Nord, il est à l’inverse plutôt de gauche dans l’Europe du Sud.
 
L’Union Européenne n’est pas un champ de bataille, la gauche et les mouvements sociaux ne disposant d’aucune position significative à cette échelle. C’est l’hostilité à l’Union Européenne qui est aujourd’hui le terrain d’affrontement central et le lieu où la gauche doit défaire les courants xénophobes et autoritaires en articulant un projet de classe internationaliste.


La loi travail mérite un référendu, appel collectif

Source : http://www.convergencedesluttes.fr/petitions/index.php?petition=48

Mardi 28 Juin 2016


 
Ce gouvernement ne doit pas continuer à faire monter les tensions dans le pays. Nous le disons depuis des jours.
 
Pour imposer la loi travail, peut être croit-il donner l’impression de l’amender dans la confusion des départs en vacances, au début du mois de juillet 2016. Est-ce ainsi qu’on gouverne ? Il semble aux abois, à bout de nerfs. Il manie les provocations policières pour accuser les organisations syndicales et laisse faire quelques groupes violents, en marge des manifestations. Ses soutiens en viennent à calomnier les « mauvais syndicats », c’est-à-dire les syndicalistes qui ont le mauvais gout de continuer à résister. Leurs propos sont souvent teintés d’un mépris de classe manifeste. Décision sans précédent depuis des décennies, il vient d’interdire une manifestation syndicale, remettant ainsi en cause une liberté fondamentale.
 
Pourtant il faut débloquer la situation. Le projet de loi travail est aujourd’hui rejeté par l’opinion. Le gouvernement refuse pourtant de la retirer. Nous lui demandons alors cette chose simple, ouvrir un vrai débat public contradictoire sur ce projet. Cela avait été réalisé au moment de la consultation sur le traité constitutionnel européen, avec à la clef un référendum. Quels que puissent être les défauts de la forme référendaire, la situation présente est si fermée qu’il faut bien la débloquer. Nous demandons donc au président de la république, puisqu’il refuse de retirer le projet de loi travail, qu’il organise un référendum sur le projet présenté à l'assemblée nationale.
 
Il est grand temps que les propositions des organisations syndicales soient débattues. Le gouvernement craindrait-il que le projet de sécurité sociale professionnelle, de nouveaux rapports au droit du travail et de nouvelles modalités de négociation et de formation soient approuvés par le plus grand nombre ?
 
Heureusement, et contre lui, il a permis de faire entendre, au gré des manifestations, du mouvement des Nuits Debout et de multiples débats, des exigences et des critiques pertinentes sur l’organisation de la société, un peuple qui vaut mieux que cela et mieux que le silence qu’on lui veut lui imposer, un peuple debout.
 
N’entend-t-il plus les citoyens ? Qui l’a élu ? Peut-il gouverner sans le peuple et aussi contre la représentation nationale à coup de quarante neuvième article de la constitution, preuve qu’il n’a pas de majorité pour voter un tel texte ? Voter aux élections présidentielles n’est pas donner un passeport vers nulle part. Elire, même sous la cinquième république, n’est pas s’en remettre au bon vouloir d’un monarque républicain, qui s’affranchit de son programme. Elire n’est pas donner une carte blanche mais un mandat. Il n’en a reçu aucun pour imposer la loi travail.
 
Il y a eu trop de blessures et trop de mensonges qui accroissent la colère. Il doit cesser de côtoyer les risques de tragédie. Nous croyons, pour notre part, qu’une très large majorité de la population a parfaitement compris cette loi, pour favoriser de grands groupes financiers, il faudrait encore réduire les droits des salariés. Il n’y aurait plus au final un code du travail, mais des rapports de dépendance, entreprise par entreprise, des syndicats contournés et des individus moins payés, isolés, sommés de se soumettre ou renvoyés au chômage.
 
Les partisans de la loi travail arguent de sa modernité. Qu’ils la démontrent. Débattons. Et que tranchent les citoyens. Il est temps qu’un juge de paix advienne. En démocratie, c’est le peuple souverain. Il est temps que lui revienne le dernier mot. C’est pourquoi nous demandons l’organisation d’un référendum sur le projet de loi travail.
 
Premiers signataires
 
Etienne Balibar, Jacques Bidet, Patrick Chamoiseau, Pierre Cours-Salies, Annie Ernaux, Susan George, Pierre Joxe, Pierre Khalfa, Jean-Luc Nancy, Willy Pelletier, Aurélie Trouvé


La vérité sur l’attaque de l’hôpital Necker

vendredi 24 juin 2016.

Source : http://www.nuitetjour.xyz/gratuit/2016/6/16/la-vrit-sur-lattaque-de-lhpital-necker-et-les-conclusions-quon-peut-en-tirer-ditorial-en-accs-libre


 
Sur l’hôpital Necker, la vérité finit par sortir. Un journaliste du Monde avait diffusé en direct sur Périscope ce qui se passait autour de l’hôpital, et a retrouvé cela : une scène tellement rapide qu’elle n’avait pas d’abord attiré particulièrement l’attention. La grande "attaque d’un hôpital par les casseurs" si utile au gouvernement se résume à cela :

1. Un homme, absolument seul, sort de nulle part avec une masse, et donne un coup, un seul, à chaque vitre. Il agit très froidement, en "professionnel", sans perdre une seconde pour passer à la vitre suivante (vous nous direz ce que vous voyez, vous), le tout est exécuté en exactement dix secondes. Après quoi, l’homme à la masse s’éclipse immédiatement et disparaît.

Seul. Totalement. Professionnel. Totalement. Froid. Totalement. On dirait "Ocean 11". Pas une scène d’émeute. Personne ne connaît cet homme.

2. Complicité autour de lui ? Tout le monde constatera qu’en à peine cinq secondes, un homme assez âgé a vu la scène, et a le courage de courir vers l’homme à la masse (appelons-le comme ça), qui a déjà disparu quand il arrive (rappelons qu’il a tout fait en à peine dix secondes chrono). Là, à seize secondes dans la vidéo, il se retrouve devant quelqu’un d’autre, qui est en train de donner un coup de pied dans la vitre, et on l’entend très distinctement lui dire : "Eh, c’est un hôpital de gosses !". Sur quoi, le type arrête immédiatement et s’en va.

Aucun soutien de la part de personne autour de lui. C’est clair dans la vidéo. Au contraire, une intervention pour arrêter cela en quelques secondes dès que quelqu’un réalise ce qui se passe.Et aucune résistance ni discussion de la part de l’autre homme, celui qui est venu après coup donner un coup de pied dans la vitre, quand on lui dit que c’est un hôpital pour enfants. Il arrête tout de suite.

Quant à l’homme à la masse, qui était si déterminé à casser, on ne le voit plus. Il n’est pas là pour continuer ce qu’il a commencé. Son but (sa mission ?) s’arrêtait, semble-t-il, à ébrécher dix vitres en un temps record (dix secondes). Curieux émeutier quand même. On ne peut évidemment exclure qu’il le soit (auquel cas c’est en effet devenu un "professionnel de la casse"...). Mais on ne peut pas exclure non plus qu’il ne le soit pas. En tout cas, cela ne ressemble pas du tout à une scène d’émeute...

3. Nous en concluons qu’il est permis de s’interroger sur l’événement lui-même (mais la police a maintenant les moyens d’essayer de le mettre au clair avec la vidéo rendue publique par un journaliste du Monde) et de parler d’exploitation démesurée et très consciente par les politiciens et les grands média de cet acte d’un homme seul, exécuté en dix secondes chrono, et immédiatement interrompu par quelqu’un qui court pour s’y opposer en exprimant nettement - et courageusement - son désaccord, qui leur a suffi pour parler d’une attaque délibérée et concertée d’un hôpital par une foule d’émeutiers enragés (et sans doute mangeurs d’enfants), et même, tant qu’on y était, évoquer la responsabilité des syndicats là-dedans, alors qu’on voit bien qu’ils n’en ont aucune. Le cortège syndical devait encore être à ce moment-là à quelques kilomètres en arrière des lieux de l’action. Et depuis quand le service d’ordre de la CGT a-t-il la responsabilité d’assurer la sécurité de tous les hôpitaux de Paris ? Qu’un gouvernement trouve les moyens de se défausser sur les autres en pointant leur responsabilité imaginaire dans des événements sur lesquels ils n’ont aucune prise nous semble grave, et, pour tout dire, misérable...

4. Ce que nous pouvons en revanche affirmer, c’est que les policiers étaient très présents sur les lieux, comme le montre cette vidéo. On y voit distinctement un faux-tographe clairement policier en civil passer discrètement un talkie-walkie au chef (?) à une unité de policiers qui passe devant les vitres. (ici, nous avons évidemment enlevé l’URL de la vidéo)


Une Assemblée constituante est la seule source de légitimité, par André Bellon Président de l’Association pour une constituante et Alain Policar du Centre de recherches politiques de Sciences-Po (Cevipof)

Source : https://www.pouruneconstituante.fr/


La crise de la représentation et l’opprobre dont la classe politique fait l’objet ne peuvent trouver une réponse dans la volonté de généraliser le mécanisme des primaires pour désigner les candidats aux élections présidentielles. La première étape d’une profonde réforme de nos institutions, réforme dont chacun ressent l’urgence, tout particulièrement devant la montée des identitarismes de toutes sortes, consiste à faire de la volonté populaire la seule source de légitimité du pouvoir, c’est-à-dire concrètement à élire une Assemblée constituante en lieu et place de cette grande farce qu’est l’élection du président de la République au suffrage universel. Farce tragique, parce qu’elle contribue puissamment à dissimuler la réalité de l’extension de la misère et de la précarité.

On a souvent dit les Français attachés à ce mode de désignation. Rien n’est moins sûr. Il est dès lors grand temps d’attirer l’attention sur l’imposture, au regard des principes minimaux de la démocratie qu’elle représente. Cette imposture avait déjà été clairement perçue il y a près de 170 ans. Dans un discours prononcé devant l’Assemblée constituante le 6 octobre 1848, Jules Grévy s’inquiétait du caractère exorbitant des pouvoirs que l’on projetait de confier au président de la République. Ce dernier disposerait en effet de la « force matérielle » de l’ancien roi (c’est-à-dire la concentration des pouvoirs) et de la « force morale » nouvelle que confère le suffrage universel (« nouvelle », parce que le roi, dépositaire de la souveraineté historique, ne la possédait pas). La conscience du danger de la perversion bonapartiste, en tant que moyen de contourner les contre-pouvoirs, n’est donc pas nouvelle.

Notre régime politique est devenu une République autoritaire, exclusivement soucieuse de stabilité administrative, par nature méfiante à l’égard des subversions populaires. On a pu observer, notamment le 29 mai 2005, ce que le pouvoir politique avait fait de la volonté citoyenne. On n’en sera nullement étonné  : la logique profonde de notre Constitution est l’atrophie des oppositions par le jeu de la personnalisation et, corollairement, la mise à l’écart du Parlement. Cette logique entre en congruence avec la mondialisation capitaliste dont les conséquences les plus délétères sont l’oubli du rôle des conflits sociaux dans l’espérance démocratique.

L’objectif principal d’une constituante est donc de refonder la société autour de la réappropriation de ce bien collectif qu’est la vie publique. C’est retrouver l’esprit du projet jaurésien qui décrivait l’histoire du mouvement ouvrier comme celle de la participation des prolétaires à la construction, par la conquête de l’autonomie, de l’espace public. Le soutien actif du peuple aux choix politiques doit permettre non seulement de redonner son sens à la démocratie nationale mais aussi de configurer de nouvelles solidarités internationales.

Face à ces défis, l’urgence est bien de changer le système tout entier. C’est pourquoi nous appelons à remplacer la présidentielle par l’élection d’une assemblée constituante. Cet appel a déjà été signé par plus de 700 citoyennes et citoyens.

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