Blog de Robert Duguet - Juillet 2017 /contact:

Léon Trotsky dans son dernier exil à Mexico. A ses côtés Alfred Rosmer, un des fondateurs de la IIIème Internationale, membre du bureau politique du parti communiste-SFIC (futur PCF) entre 1922 et 1924, proche de Trotsky à partir de son exclusion en 1924, historien du mouvement ouvrier.

Les syndicats à l'époque de la décadence impérialiste, par Léon Trotsky

L’intégration des organisations syndicales au pouvoir de l’Etat

Oeuvres : août 1940

 



 

Présentation:

L’Histoire bégaie ? par Robert Duguet


Après cette longue séquence électorale, la situation voit d’ores et déjà le curseur se déplacer sur les relations conflictuelles qui se nouent entre le mouvement social et les mesures archi-réactionnaires que prend le gouvernement Macron. La politique de concertation des confédérations syndicales – concertation qui n’a aucune justification puisque les attaques du gouvernement visent la destruction de tous les acquis du mouvement ouvrier – empêche la mobilisation unie. On peut s’interroger sur cette obstination des syndicats et sur ce qui fonde cette tendance à entrer dans cette dépendance vis-à-vis de l’état capitaliste, et in fine à l’intégration dans les rouages d’un état en transition depuis 1958 vers le corporatisme et un régime de plus en plus autoritaire. Macron ou une nouvelle charte du travail, dont les principes ont servi de fondement aux régimes autoritaires ou fascistes du XXème siècle ? L’histoire bégaie ?

Franck Marsal, militant communiste, souligne dans l’article que nous reproduisons dans ce blog, combien le populisme est étranger à ce qui fonde le combat de tous ceux et celles qui n’ont pas renoncé au combat pour remettre en cause le système capitaliste, dont le néo-libéralisme est la forme actuelle. Et combien le populisme peut mener à toutes les aventures. Cela a déjà eu lieu n’est ce pas ? Et cela a coûté beaucoup de sang et de larmes pour la génération de nos aînés.

Combat pour une recomposition qui évite l’aventure du populisme, mais aussi quicombatte ll’intégration des syndicats dans l’appareil de l’Etat : les syndicats sont notre propriété à nous salariés. Le dernier texte que rédigea Léon Trotsky, avant de tomber sous les coups d’un agent de Staline en août 1940, est à relire attentivement.  Il explique de manière tout à fait lumineuse, quelques semaines avant que le monde ne soit plongé dans l’horreur de la seconde guerre mondiale, comment le réformisme naturel des syndicats dans cette période où le capitalisme ne peut plus rien concéder aux masses opprimées, les portent à s’intégrer dans l’appareil des états capitalistes. La référence à la IVème Internationale, organisation fondée par Trotsky et ses camarades en septembre 1938, est à resituer dans son contexte historique. Je doute à l’heure qu’il est que les organisations se réclamant du trotskysme, totalement éclatées entre plusieurs sectes qui passent le plus clair de leur temps à s’affronter entre elles,  n’offrent aujourd’hui une solution d’alternative anticapitaliste. Le cœur de l’analyse reste vérifié et doit être intégré dans notre compréhension pour reconstruire une alternative.

 


Texte de Trotsky

Il y a un aspect commun dans le développement ou, plus exactement, dans la dégénérescence des organisations syndicales modernes dans le monde entier : c'est leur rapprochement et leur intégration au pouvoir d'Etat.

Ce processus est également caractéristique pour les syndicats neutres, sociaux-démocrates, communistes et anarchistes. Ce fait seul indique que la tendance à s’intégrer à l’Etat n’est pas inhérente à telle ou telle doctrine, mais résulte des conditions sociales communes pour tous les syndicats.

Le capitalisme monopolisateur n'est pas basé sur la concurrence et sur l'initiative privée, mais sur un commandement central.

Les cliques capitalistes, à la tête de trusts puissants, des syndicats, des consortiums bancaires, etc., contrôlent la vie économique au même niveau que le pouvoir d'Etat et, à chaque instant, elles ont recours à la collaboration de ce dernier. A leur tour les syndicats, dans les branches les plus importantes de l'industrie, se trouvent privés de la possibilité de profiter de la concurrence entre les diverses entreprises. Ils doivent affronter un adversaire capitaliste centralisé, intimement lié au pouvoir de l'Etat. De là découle pour les syndicats, dans la mesure où ils restent sur des positions réformistes - c’est à dire sur des positions basées sur l'adaptation à la propriété privée - la nécessité de s'adapter à l'Etat capitaliste et de tenter de coopérer avec lui.

Aux yeux de la bureaucratie du mouvement syndical, la tâche essentielle consiste à " libérer " l'Etat de l'emprise capitaliste en affaiblissant sa dépendance envers les trusts et en l'attirant à lui. Cette attitude est en complète harmonie avec la position sociale de l'aristocratie et de la bureaucratie ouvrière qui combattent pour obtenir quelques miettes dans le partage des sur-profits du capitalisme impérialiste.

Dans leurs discours, les bureaucrates travaillistes font tout leur possible pour essayer de prouver à l'Etat - démocratique - combien ils sont dignes de confiance et indispensables en temps de paix, et plus spécialement en temps de guerre. Par la transformation des syndicats en organismes d'Etat, le fascisme n'invente rien de nouveau, il ne fait que pousser à leurs ultimes conséquences toutes les tendances inhérentes au capitalisme.

Les pays coloniaux et semi-coloniaux ne sont pas sous la domination d'un capitalisme indigène, mais sous celle de l'impérialisme étranger. Cependant, ceci n'écarte pas, mais renforce au contraire, le besoin des liens directs, journaliers et pratiques, entre les magnats du capitalisme et les gouvernements coloniaux et semi-coloniaux qui, en fait, dépendent d'eux.

Dans la mesure où le capitalisme impérialiste crée dans les pays coloniaux et semi-coloniaux une couche d'aristocratie et de bureaucratie ouvrière, celle-ci sollicite le soutien de ces gouvernements comme protecteurs et tuteurs et parfois comme arbitres.

Cela constitue la base sociale la plus importante du caractère bonapartiste et semi-bonapartiste des gouvernements dans les colonies, et en général dans les pays " arriérés ". Cela constitue également la base de la dépendance des syndicats réformistes vis-à-vis de l'Etat.

Au Mexique, les syndicats ont été transformés par la loi en institutions semi-étatiques et ont, par conséquent, acquis un caractère semi-totalitaire. L'étatisation des syndicats, suivant la conception des législateurs, fut introduite dans l'intérêt des travailleurs, dans le but de leur assurer une influence dans la vie gouvernementale ou économique. Mais dans la mesure où le capitalisme impérialiste étranger domine l'Etat national et où il lui est possible de renverser la démocratie instable et de la remplacer immédiatement par une dictature fasciste ouverte, dans cette mesure, la législation se rapportant aux syndicats peut facilement devenir une arme dans les mains de la dictature impérialiste.

Mots d’ordre pour l’indépendance des syndicats

De ce qui précède, il semblerait facile à première vue de conclure que les syndicats renoncent à être eux-mêmes à l'époque impérialiste, qu'ils ne laissent presque plus de place à la démocratie ouvrière qui, dans les bons vieux temps, quand le libre-échange dominait sur l'arène économique, constituait le contenu même de la vie intérieure des organisations ouvrières. On pourrait également estimer qu'en l'absence de démocratie ouvrière, il ne peut y avoir de lutte ouverte pour exercer une influence sur les membres des syndicats et que, de ce fait, l'arène principale du travail révolutionnaire au sein des syndicats disparaît. Une telle position serait fondamentalement fausse. Nous ne pouvons pas choisir le champ et les conditions de notre activité selon nos seuls désirs ou aversions. Il est infiniment plus difficile de lutter pour influencer la masse ouvrière dans un Etat totalitaire et semi-totalitaire que dans une démocratie. Cette remarque s'applique également aux syndicats dont la destinée reflète l'évolution des Etats capitalistes. Mais nous ne pouvons pas renoncer à travailler avec les ouvriers en Allemagne simplement parce que le régime totalitaire y rend un tel travail extrêmement difficile. Pour la même raison, nous ne pouvons renoncer à la lutte dans les organisations du travail obligatoire créées par le fascisme. A plus forte raison, nous ne pouvons pas renoncer à un travail systématique au sein des syndicats d'un régime totalitaire ou semi-totalitaire simplement parce qu'ils dépendent directement ou indirectement de l'Etat ouvrier ou parce que la bureaucratie prive les révolutionnaires de la possibilité de travailler librement dans ces syndicats. Il est nécessaire de conduire la lutte sous toutes ces conditions concrètes qui ont été créées par le développement précédent, y compris les fautes de la classe ouvrière et les crimes de ses chefs.

Dans les pays fascistes et semi-fascistes, tout travail révolutionnaire ne peut être qu'illégal et clandestin. Il est nécessaire de nous adapter nous-mêmes aux conditions concrètes existant dans les syndicats de chaque pays afin de mobiliser les masses, non seulement contre la bourgeoisie, mais aussi contre le régime totalitaire régnant dans les syndicats eux-mêmes et contre les leaders qui renforcent ce régime.

Le mot d'ordre essentiel dans cette lutte est : indépendance complète et inconditionnelle des syndicats vis-à-vis de l'Etat capitaliste. Cela signifie : lutte pour transformer les syndicats en organes des masses exploitées et non en organes d'une aristocratie ouvrière.

Le second mot d'ordre est : démocratie dans Ies syndicats.

Ce second mot d'ordre découle directement du premier et présuppose pour sa réalisation la complète liberté des syndicats vis-à-vis de l'Etat impérialiste ou colonial.

En d'autres termes, à l'époque actuelle, les syndicats ne peuvent pas être de simples organes de la démocratie comme à l'époque du capitalisme libre-échangiste, et ils ne peuvent pas rester plus longtemps politiquement neutres, c'est-à-dire se limiter à la défense des intérêts quotidiens de la classe ouvrière. Ils ne peuvent pas être plus longtemps anarchistes, c'est-à-dire ignorer l'influence décisive de l'Etat sur la vie des peuples et des classes.

Ils ne peuvent pas être plus longtemps réformistes, parce que les conditions objectives ne permettent plus de réformes sérieuses et durables. Les syndicats de notre époque peuvent ou bien servir comme instruments secondaires du capitalisme impérialiste pour subordonner et discipliner les travailleurs et empêcher la révolution, ou bien au contraire devenir les instruments du mouvement révolutionnaire du prolétariat.

La neutralité des syndicats est complètement et irrémédiablement chose passée et morte avec la libre démocratie bourgeoise.

Nécessité du travail dans les syndicats

De ce qui précède, il découle clairement qu'en dépit de la dégénérescence continuelle des syndicats et de leur intégration progressive à l'Etat impérialiste, le travail au sein des syndicats non seulement n'a rien perdu de son importance, mais reste comme auparavant, et devient dans un certain sens même, révolutionnaire. L'enjeu de ce travail reste essentiellement la lutte pour influencer la classe ouvrière. Chaque organisation, chaque parti, chaque fraction qui prend une position ultimatiste à l'égard des syndicats, c'est-à-dire qui en fait, tourne le dos à la classe ouvrière, simplement parce que ses organisations ne lui plaisent pas, est condamnée à périr. Et il faut dire qu'elle mérite son sort.

Dans les pays arriérés

Du fait que dans les pays arriérés le rôle principal n'est pas joué par le capitalisme national mais par le capitalisme étranger, la bourgeoisie nationale occupe une situation sociale inférieure à ce qu'elle devrait être par rapport au développement de l'industrie.

Dans la mesure où le capital étranger n'importe pas de travailleurs mais prolétarise la population indigène, le prolétariat national joue rapidement le rôle le plus important dans la vie du pays. Dans ces conditions, le gouvernement national, dans la mesure où il essaie de résister au capital étranger, est contraint de s'appuyer plus ou moins sur le prolétariat.

D'autre part, les gouvernements de ces pays qui considèrent comme inévitable et comme plus profitable pour eux-mêmes de marcher la main dans la main avec le capital étranger, détruisent les organisations ouvrières et instaurent un régime plus ou moins totalitaire.

Ainsi, la faiblesse de la bourgeoisie nationale, le manque de traditions du gouvernement démocratique, la pression de l'impérialisme étranger et le développement relativement rapide du prolétariat ôtent toute base à un régime démocratique stable. Les gouvernements des pays arriérés, c'est-à-dire coloniaux et semi-coloniaux, prennent dans l'ensemble un caractère bonapartiste au semi-bonapartiste. Ils diffèrent les uns des autres en ce sens que les uns tentent de s'orienter dans une direction démocratique en cherchant un appui chez les ouvriers et les paysans, pendant que d'autres installent une forme de dictature militaire et policière. Cela détermine également le sort des syndicats : ou bien ils sont placés sous la tutelle de l'Etat, ou bien ils sont soumis à une cruelle persécution. Cette tutelle correspond aux deux tâches antagoniques auxquelles l’Etat doit faire face : soit se rapprocher de la classe ouvrière tout entière et gagner ainsi un appui pour résister aux prétentions excessives de l'impérialisme, soit discipliner les travailleurs en les plaçant sous le contrôle d'une bureaucratie.

Le capitalisme monopolisateur et les syndicats

Le capitalisme monopolisateur est de moins en moins prêt à admettre à nouveau l'indépendance des syndicats. Il exige de la bureaucratie réformiste et de l'aristocratie ouvrière, qui ramassent les miettes de sa table, qu'elles soient toutes les deux transformées en sa police politique aux yeux de la classe ouvrière. Si cela ne se réalise pas, la bureaucratie ouvrière est supprimée et remplacée par les fascistes. Alors tous les efforts de l'aristocratie ouvrière, au service de l'impérialisme, ne peuvent la sauver plus longtemps de la destruction.

A un certain degré de l'intensification des contradictions de classe dans chaque pays et des antagonismes entre les nations, le capitalisme impérialiste ne peut plus tolérer une bureaucratie réformiste (au moins jusqu'à un certain point) que si cette dernière agit directement comme actionnaire, petite mais active, dans les entreprises impérialistes, dans leurs plans et dans leurs programmes, au sein même du pays aussi bien que sur l'arène mondiale. Le social réformisme doit être transformé en social impérialisme dans le but de prolonger son existence et rien de plus car, dans cette voie, il n'y a en général aucune issue.

Cela signifie-t-il qu'à l'époque impérialiste, il ne peut exister, en général, de syndicats indépendants ? Poser la question de cette façon serait fondamentalement erroné. Impossible est en effet l'existence de syndicats réformistes indépendants ou semi-indépendants. Tout à fait possible est l'existence de syndicats révolutionnaires qui non seulement ne sont plus des soutiens de la police impérialiste, mais qui se fixent comme tâche de renverser directement le système capitaliste. A l'époque de l'impérialisme décadent, les syndicats ne peuvent être réellement indépendants que dans la mesure où ils sont consciemment dans l'action des organes de la révolution prolétarienne. Dans ce sens, le programme transitoire adopté par le dernier Congrès de la IVéme internationale est non seulement le programme d'activité du parti mais, dans ses lignes essentielles, également le programme de l'activité syndicale.

Dans les pays coloniaux et semi-coloniaux

Le développement des pays arriérés présente un caractère combiné. En d'autres termes, le dernier cri de la technologie, de l'économie, et de la politique impérialiste se combine dans ces pays à l'état arriéré et primitif traditionnel. Cette loi peut être observée dans les sphères les plus diverses du développement des pays coloniaux ou semi-coloniaux, y compris celle du mouvement syndical. Le capitalisme opère ici dans sa forme la plus cynique et la plus ouverte. Il transporte sur un terrain vierge les méthodes les plus perfectionnées de sa domination tyrannique.

En Angleterre

Dans tout le mouvement syndical mondial on a pu observer, durant la dernière période, un glissement à droite et la suppression de la démocratie intérieure. En Angleterre, le mouvement minoritaire dans les syndicats a été écrasé (non sans l'intervention de Moscou) ; les leaders syndicaux sont aujourd'hui, spécialement sur le terrain de la politique étrangère, des agents fidèles du parti conservateur.

En France

En France, il n'y avait pas de place pour une existence indépendante des syndicats staliniens. Ils s'unirent aux soi-disant anarcho-syndicalistes sous la direction de Jouhaux et, comme résultat de cette unification, il y eut un déplacement général du mouvement syndical, non vers la gauche, mais vers la droite.

La direction de la CGT est l'agence la plus directe et la plus ouverte du capitalisme impérialiste français.

Aux Etats-Unis

Aux Etats-Unis, le mouvement syndical est passé au cours de ces dernières années par une période très mouvementée. La montée du CIO met en évidence les tendances révolutionnaires qui se manifestent dans les masses travailleuses. Cependant, remarquable et significatif au plus haut degré est le fait que la nouvelle organisation syndicale de gauche, à peine fondée, tombait sous la coupe de l'Etat impérialiste. La lutte entre les dirigeants de l'ancienne fédération et ceux de la nouvelle se réduit dans une large mesure à une lutte pour parvenir à la collaboration avec Roosevelt et son cabinet pour obtenir leur appui.

En Espagne

Non moins significatif, bien que dans un sens différent, est le développement ou la dégénérescence des syndicats espagnols.

Dans les syndicats socialistes, tous les éléments dirigeants qui dans une certaine mesure représentaient l'indépendance du mouvement syndical, furent mis à l'écart. Quant aux syndicats anarcho-syndicalistes, ils furent transformés en instruments de la bourgeoisie républicaine.

Leurs leaders devinrent des ministres conservateurs bourgeois. Le fait que cette transformation eut lieu pendant la guerre civile n'amoindrit pas sa signification. La guerre est une continuation de la politique. Elle en favorise les développements, met à nu leurs caractères fondamentaux, détruit tout ce qui est pourri, faux, équivoque, et maintient seulement ce qui est essentiel. Le glissement des syndicats vers la droite est dû à l'exacerbation des contradictions sociales et internationales. Les leaders du mouvement syndical sentaient, comprenaient, ou on leur avait fait comprendre, que ce n'était plus le moment de jouer à l'opposition. Chaque mouvement d'opposition au sein du mouvement syndical, et spécialement au sommet, menace de provoquer un formidable mouvement de masses et de créer ainsi des difficultés à l'impérialisme national. Cela motive le glissement des syndicats vers la droite et la suppression de la démocratie ouvrière dans les syndicats, l'évolution vers le régime totalitaire, caractéristique fondamentale de la période.

En Hollande

Nous devons également évoquer le cas de la Hollande où non seulement le mouvement syndical réformiste fut un appui pour l'impérialisme, mais où la soi-disant organisation anarcho-syndicaliste passa également sous le contrôle du gouvernement impérialiste. En dépit de ses sympathies platoniques pour la IVème Internationale, Sneevliet, le secrétaire de l'organisation, avait, comme député au parlement hollandais, pour premier objectif d'éviter que les foudres du gouvernement ne s'abattent sur son organisation syndicale.

Au Mexique

La nationalisation des chemins de fer et des champs de pétrole au Mexique n’a évidemment rien de commun avec le socialisme.

C'est une mesure de capitalisme d'Etat dans un pays arriéré qui cherche à se défendre de cette façon d'une part contre l'impérialisme étranger, et d'autre part contre son propre prolétariat. La gestion des chemins de fer et des champs de pétrole sous le contrôle des organisations ouvrières n'a rien de commun avec le contrôle ouvrier sur l'industrie, car, en fin de compte, la gestion est entre les mains de la bureaucratie ouvrière, qui est indépendante des travailleurs, mais en retour complètement sous la dépendance de l'Etat bourgeois. Cette mesure de la part de la classe dirigeante vise à discipliner la classe ouvrière, et à la faire travailler davantage au service des " intérêts communs " de l'Etat qui semblent se confondre avec les intérêts de la classe ouvrière elle-même. En réalité, toute la tâche de la bourgeoisie consiste à liquider les syndicats en tant qu'organes de la lutte des classes et à les remplacer par la bureaucratie syndicale comme organe de direction de l'Etat bourgeois sur les ouvriers. Dans ces conditions, la tâche de l'avant-garde révolutionnaire consiste à conduire la lutte pour la complète indépendance des syndicats et pour l'introduction du contrôle ouvrier véritable sur la bureaucratie syndicale qui a été transformée en administration des chemins de fer, des entreprises de pétrole, etc.

L'anarchisme

Les évènements de la dernière période qui a précédé la guerre ont révélé avec une clarté particulière que l'anarchisme qui, du point de vue théorique, n'est jamais qu'un libéralisme poussé à l'extrême, ne fut dans la pratique qu'un mouvement de propagande s'exerçant paisiblement dans le cadre de la république démocratique dont il cherchait la protection.

Si nous faisons abstraction des actes terroristes individuels, etc., l'anarchisme, comme mouvement de masse et d'action politique, n'a exercé qu'une activité propagandiste sous la protection pacifique de la légalité.

Dans les moments de crise, les anarchistes ont toujours fait le contraire de ce qu'ils avaient préconisé dans les périodes calmes.

Ce fait fut signalé par Marx en relation avec les événements de la Commune de Paris, et il se reproduisit à une beaucoup plus grande échelle dans l'expérience de la révolution espagnole.

Des syndicats démocratiques dans le vieux sens du terme, c'est-à-dire des organismes dans le cadre desquels différentes tendances s'affrontent plus ou moins librement au sein d'une même organisation de masse, ne peuvent plus exister longtemps.

Tout comme il est impossible de revenir à l'Etat démocratique bourgeois, il est impossible de revenir à la vieille démocratie ouvrière. Le sort de l'un reflète le sort de l'autre. Il est un fait certain que l'indépendance des syndicats, dans un sens de classe, dans leur rapport avec l'Etat bourgeois, ne peut être assurée, dans les conditions actuelles, que par une direction complètement révolutionnaire qui est la direction de la IVème Internationale. Cette direction, naturellement, peut et doit être rationnelle et assurer aux syndicats le maximum de démocratie concevable dans les conditions concrètes actuelles. Mais sans la direction politique de la IVème Internationale, l'indépendance des syndicats est impossible.

Août 1940

 


23 juillet 1943 : Le Résistant Marcel Langer est guillotiné à Toulouse, par Alain Raynal,  Journaliste.

Marcel Langer « L’ouvrier métallo, héros de la 35e brigade FTP-MOI »

dimanche 23 juillet 2017.



Sources  : une biographie de Marcel Langer par l’historienne Rolande Trempé. Hommage à la 35e brigade FTP-MOI, Marcel Langer, ouvrage collectif édité par le Comité de quartier Saint-Michel à Toulouse. Toulouse, 1940-1944, de Jean Estèbe, Éditions Perrin.

Immigré polonais et militant communiste, ancien lieutenant des Brigades internationales,  il est guillotiné par  les autorités de Vichy, condamné à mort  par la section spéciale de la cour d’appel de Toulouse à l’issue d’un procès qualifié de « monument d’iniquité » (1)  par les historiens.

Sortant de sa cellule pour être guillotiné, rapporte le procès-verbal d’exécution, il s’écrie  : « Vive la France  ! À bas les Boches  ! Vive le Parti communiste  ! » Au même moment, les détenus des cellules voisines entonnent la Marseillaise. C’est au petit matin du 23 juillet 1943, à 5 h 40 précisément, que Marcel, Mendel de son prénom polonais, Langer est guillotiné dans la prison Saint- Michel à Toulouse.

Cinq mois plus tôt, le 5 février 1943, il est arrêté gare Saint-Agne, à Toulouse, alors qu’il réceptionne une valise remplie de dynamite portée par une jeune étudiante résistante, Marie, arrivant d’Ariège. Durement interrogé, torturé, il ne fournit aucun nom et ne donne aucun renseignement à la police française sur l’origine et la destination de ces explosifs.

Lors du procès intenté par les services de Vichy, le procureur Lespinasse demande la peine de mort à l’issue d’un réquisitoire scandaleux de sévérité contre l’origine et les engagements de l’inculpé. L’accusateur français ajoute du zèle dans sa soumission à l’égard de l’occupant allemand. Ce Lespinasse insiste sur la nécessité de punir ce « sans-patrie » pour l’exemple. Pour « éviter » soi-disant des prises d’otage par les nazis. « Vous êtes juif, étranger et communiste, trois raisons pour moi de réclamer votre tête », aurait même déclaré le magistrat. Les frères de combat de Marcel Langer le vengent quelques mois plus tard en exécutant le procureur collabo. Jusqu’à la Libération, plus aucun magistrat toulousain ne va demander la peine de mort pour motif politique. Les autorités de Vichy restent sourdes aux demandes de grâce formulées par Me Arnal. L’avocat choisi par les membres de la MOI (Main-d’œuvre immigrée) assure une défense courageuse et tenace.

Dans une lettre de prison rédigée dans les derniers jours de mars 1943 à ses camarades, Marcel Langer indique que son moral est bon, qu’il est bien traité. « Sachez que 95 % du personnel pénitentiaire me manifeste ouvertement leurs sentiments anti-hitlériens. » Il sait que l’exécution approche. « Si je dois mourir, écrit-il, je saurai dans mes derniers instants prendre une attitude digne d’un ouvrier révolutionnaire. » L’ouvrier antifasciste poursuit  : « N’oubliez pas que le 1er mai qui approche est pour moi une date historique. Il y aura vingt ans que j’ai adhéré au mouvement révolutionnaire prolétarien. Toujours actif, dans les premiers rangs au combat, je n’ai jamais reculé devant aucun danger. Cela me donne à penser que je pourrais être un exemple pour d’autres. »

« Marcel Langer est le représentant exemplaire de ces combattants qui ont consacré une vie à la défense des libertés menacées par le fascisme », souligne Rolande Trempé en ouverture de la biographie consacrée au héros combattant de la MOI. Après l’exécution de son chef, la 35e brigade prend le nom de brigade Marcel-Langer. Elle va s’honorer par de très nombreux et courageux actes de résistance contre l’occupant à Toulouse et dans toute la région. Une cinquantaine de jeunes résistants communistes – pour la plupart juifs d’Europe centrale et orientale, antifascistes italiens, guérilleros espagnols – renforcent ses rangs jusqu’en avril 1944, avant que le groupe ne soit démantelé par la police française.

Retour sur un itinéraire de combat à travers le Proche-Orient et l’Europe pour l’émancipation humaine, pour la liberté, et contre le fascisme.

Mendel Langer naît en Pologne, à Szezucin, le 13 mai 1903. Il est le fils d’Alter Langer et de Rosa Eiger ; les persécutions antisémites marquent sa jeunesse.

La famille émigre en Palestine en 1920. Le père est membre du Bund, parti socialiste juif. Le frère aîné devient un militant actif du mouvement sioniste. Mendel adhère au Parti communiste palestinien. Arrêté puis emprisonné pour activité communiste par les Britanniques, il vient en France, à Paris, puis à Toulouse, à partir de 1931, où il travaille comme fraiseur-ajusteur. Militant communiste, il adhère à une section de la MOI, organisation alors créée au sein de la CGTU (Confédération générale du travail unitaire) pour réunir les travailleurs immigrés.

En 1936, c’est l’engagement en Espagne dans les Brigades internationales. D’abord dans une brigade polonaise, puis dans la 35e division de mitrailleurs, dans laquelle il est nommé lieutenant après un passage au quartier général d’Albacète.

Il épouse en juin 1937 une jeune Espagnole, Cecilia Molina. De cette union naît seize mois plus tard une petite Rosa. Avec la défaite des républicains, il retourne en France. Il est interné dans les camps d’Argelès puis de Gurs d’où il s’évade pour rejoindre Toulouse.

De nouveau ouvrier métallo aux Ateliers de construction mécanique du Midi, il reprend contact avec ses anciens camarades de la MOI, entrés dans la clandestinité. Avec l’occupation en 1942 de la zone Sud par les Allemands, la MOI devient un mouvement de résistance militaire affilié aux FTP (francs-tireurs et partisans). Marcel Langer dirige, le premier, la 35e brigade formée dans la région toulousaine et nommée ainsi en souvenir de la 35e division des Brigades internationales.

Marcel Langer a été un pionnier, souligne Serge Ravanel, ancien commandant des FFI de la région de Toulouse et compagnon de la Libération, pour le 40e anniversaire de la 35e brigade. « Son sang, que la guillotine française avait répandu, fut le levain qui fit germer dans la région de Toulouse des générations de résistants. Gloire à ces hommes audacieux qui surent créer l’espoir à une époque où le pays se trouvait dans une situation dramatique, ayant non seulement perdu la guerre et se trouvant occupé, mais ayant perdu son moral et doutant de lui-même, ils surent l’aider à relever la tête. »

Aujourd’hui, après des années de mobilisation du comité de quartier Saint-Michel et d’associations d’anciens résistants, la station de métro située à Toulouse devant la prison où il fut guillotiné porte désormais le nom de Marcel Langer.

Comité de quartier Saint Michel Toulouse.


 

Relevé de conclusion de l’Assemblée citoyenne du val d’Yerres



Conformément à la décision de notre assemblée  du 20 juin le groupe de travail chargé de préparer des propositions pour constituer une nouvelle assemblée citoyenne ( Le nom pourra être modifié) s’est réuni le lundi 10 juillet en présence de Frank Boulle, Alexendre Dumont, Robert Duguet, Annick et Eric Moustard, Nicole et Philippe de Maistre, Pascal Folio.

 Voici le relevé de conclusions de cette séance de travail

- Nous constatons qu’aucune force politique ne peut ni ne doit prétendre représenter ou rassembler seule la gauche.

-  Vue la recomposition politique en cours à gauche nous proposons de tourner la page de " L’assemblée citoyenne du Front de Gauche.

- Sur la base de cette expérience positive dans le Val d'Yerres

- Nous réaffirmons la nécessité de refonder un espace politique démocratique  de débat et d’action ouvert à tous : adhérents ou pas d’un parti politique ,syndicalistes, militants associatifs, écologistes

 - En vue de constituer localement de  manière autonome et décentralisée le rassemblement majoritaire des forces qui se réclament de la gauche de transformation sociale ,humaniste et écologique
.

- Autour d’un projet de société pour l’émancipation  des citoyens-nes et la libération de la domination du capitalisme néo-libéral.

- Pour formaliser cet espace commun indépendant nous nous constituerions en association.

- Alexandre Dumont prépare un projet de statut.

-  Une assemblée générale constitutive se tiendrait au mois d’octobre

-  Le groupe de travail se réunira le 20 septembre pour faire le point de l’avancée du projet

Merci de nous faire part de vos avis concernant ce projet .Vous pouvez correspondre par la boite mail que nous avons créée à cet effet.

 


Les Communistes Unitaires sont une composante d'Ensemble...

Pour un processus citoyen large et ouvert, par les communistes unitaires

Source: http://www.communistesunitaires.net/articles/pour-un-processus-citoyen-large-et-ouvert



Texte issu de l'assemblée générale de l'Association des Communistes Unitaires du 25 juin 2017.
 
Nous entrons dans une période nouvelle de recomposition politique. L'ACU affirme vouloir participer à la construction d'une dynamique politique nouvelle à visée émancipatrice permettant la réappropriation du politique par le peuple.
 
La séquence électorale passée a bouleversé le paysage de la représentation politique. C'est l'aboutissement de trente-cinq ans d'alternance entre les deux blocs que constituaient le Parti Socialiste et la droite républicaine, alternance bousculée non pas par le Front National comme nous avions pu le craindre, mais par la République En Marche (REM), Objet Volant Non Identifié (OVNI) politique au service d'un homme et de la bourgeoisie. Emmanuel Macron a capté les attentes de changement en critiquant le système, en prétendant incarner l'irruption de la société civile dans la vie politique en dépassant un système fondé sur les partis et en réussissant le tour de force de faire rentrer près de trois cent nouveaux députés à l'assemblée nationale.
 
Mais tout change pour que rien ne change et ce sont les mêmes politiques au service de la classe des possédants qui seront menées, explosion du code du travail, nouvelle attaque contre le système des retraites, étatisation de la sécurité sociale pour mieux la privatiser et pérennisation de l'état d'urgence.
 
Jean-Luc Mélenchon et le Mouvement de la France Insoumise (MFI) ont eux aussi saisi les enjeux d'une nécessaire rupture à la fois avec le Parti Socialiste et avec les pratiques politiques traditionnelles, entraîné des femmes et des hommes qui ne s'impliquaient pas dans les vieilles organisations. Cinq cent mille soutiens et sept millions de voix, la campagne électorale a mis en mouvement des dizaines de milliers de personnes et elle a contribué à l'élection de trente députés.
 
Incontestablement, une dynamique politique a émergé.
 
Nous y voyons de la part des électeurs et des militants, l'espoir d'inventer de nouvelles formes d'engagement, la possibilité de rassembler en dépassant les logiques de la politique traditionnelle et la valorisation de l'implication de chacun. Le programme de l'avenir en commun, prolongement du programme du Front De Gauche (FDG), et les livrets thématiques ont été enrichis de nombreuses contributions.
 
Cependant, nous devons nous interroger sur la nature et les limites de cette dynamique. Comment combattre les effets de la personnalisation de la vie politique, contradictoire avec une démarche autogestionnaire ? Comment dépasser les logiques de ralliement, rassembler dans la diversité, favoriser la mise en commun plutôt que la discipline et  prendre en compte le pluralisme comme une richesse ? Agir pour l'émancipation, c'est aussi agir par l'émancipation.
 
Le problème posé à l'ACU ou à Ensemble n'est pas tant de rallier le MFI que de porter notre propre démarche et de contribuer, avec notre identité, à un processus large et à un mouvement citoyen avec les forces dont le MFI et les citoyens qui le souhaiteront sans attendre les propositions des autres formations.
 
L'aspiration à faire de la politique de manière beaucoup plus autonome et à s'affranchir des modes d'organisation traditionnels et le besoin de se projeter dans une société libérée des rapports d'exploitation et de domination sont les deux axes qui doivent nourrir notre proposition de nouvelle force politique à visée émancipatrice.
 
Avec les récents scrutins, la crise de la politique s'est encore accentuée et l'écart entre les aspirations présentes dans la société française et les projets de la majorité gouvernementale va encore se creuser. Emmanuel Macron est un président aux pieds d'argile. Entre abstention, non-inscrits ou mal inscrits, deux tiers des français se sont abstenus au premier tour des élections législatives et des millions d'autres ont exprimé leur refus des politiques néolibérales. Il existe donc une immense défiance vis à vis du système politique et une contestation des logiques institutionnelles. L'ACU avec Ensemble entend contribuer aux résistances unitaires, notamment à la mobilisation contre la loi travail et la guerre sociale annoncée par Emmanuel Macron et son gouvernement, avec toutes les forces sociales et politiques qui le souhaiteront. Il s'agit aussi qu'au-delà des résistances s'affirme et s'amplifie dés à présent la dynamique pour une alternative de transformation sociale, écologique et démocratique, et une visée de dépassement du capitalisme. Il s'agit de construire une mise en cohérence qui devienne un dénominateur commun à tous les mouvements, favorisant un imaginaire collectif qui permette de prendre l’initiative plutôt que d'être toujours contre. Ce travail reste à faire.

 


Populistes et communistes, par Franck Marsal

Ci joint un lien vers une partie du Blog de JLM du 10 juillet et un texte paru sur le site https://histoireetsociete.wordpress.com/2017/07/17/populistes-et-communistes/

À propos du mouvement « La France Insoumise » : http://melenchon.fr/2017/07/10/a-propos-du-mouvement-la-france-insoumise-2/




Je vais parler de la France Insoumise, (mais pas que). Je voudrais d’abord apporter une précision de méthode. La France Insoumise est un mouvement nouveau, dans lequel s’engagent avec énergie et volonté peut-être des dizaines de milliers de « gens ». C’est leur choix. En tant que nouvelle organisation, certains regardent avec un peu de mépris ce qui existait avant eux, oubliant même ce qu’ils lui doivent.

Ceci est normal. En tant que communistes, nous devons préserver les conditions d’un dialogue serein, du rassemblement pour l’action commune, et de l’échange d’idées et d’expérience. C’est le ton de cet article. Un dialogue sans détour, dans lequel je m’efforce de prendre au sérieux ce que dit et fait la FI, et où j’exprime clairement mes positions. C’est aisé et intéressant, car, reconnaissons-le à Jean-Luc Mélenchon, il explique clairement ses intentions et motivations.

Jean-Luc Mélenchon considère la France Insoumise et son leadership comme s’imposant de fait à tous. Il l’a proclamé à la tribune de l’assemblée : son mouvement se prétend « l’alternative globale au monde existant ». Souvent, il donne pour consigne à ses « volontaires » de ne pas discuter avec nous. Ainsi, dans nombre de circonscriptions fut même refusée une simple réunion pour discuter d’un éventuel accord. Parfois, il utilise la provocation, comme lorsqu’il accusa les communistes d’être « la mort et le néant ». Ceci a la même fonction, empêcher le dialogue. C’est simplement le signe d’une confiance insuffisante dans la solidité de son « mouvement » et dans la capacité de ses soutiens à « faire de la politique ».

Tout en prenant au sérieux ce que dit et produit la France Insoumise, en expliquant pourquoi nous n’en sommes pas, nous devons saisir les possibilités de dialogue et d’actions communes, refuser de céder aux provocations. Car, nous n’avons aucune raison de craindre la confrontation d’idées entre communistes et populistes.

Franck MARSAL

Communistes et populistes

La France Insoumise, les « cartels », et le populisme.

Changer le vocabulaire influe sur la manière de penser. Les communicants du néo-libéralisme nous y ont habitué. Jean-Luc Mélenchon également. Ainsi, la France Insoumise n’est pas un parti, mais un « mouvement ». Il n’a ni dirigeant, ni adhérents, mais une « équipe animatrice » et des « volontaires ».

Le Front de Gauche est ainsi devenu (depuis que JLM a proclamé son échec) un « cartel ». Il était difficile de trouver une expression qui fasse davantage repoussoir. Le mot évoque trafic de drogue et grandes alliances industrielles : bien trouvé. Grâce ce mot on rejette en bloc l’idée du rassemblement, la nécessité de parler avec les autres et au fond, les formes démocratiques. Se parler, c’est déjà faire « cartel ».

Cela pose quand même quelques difficultés à certains, qui ont un peu plus d’expérience politique. Ainsi, dans une déclaration du 13 juillet dernier, un certain nombre de dirigeants et de militants, pardon « d’animateurs » d’Ensemble (Olivier Mollaz, Myriam Martin, Guillaume Floris, Manue Johsua, Capucine Larzillière, Emre Öngun, Ingrid Hayes, Pierre-François Grond) ont publié une déclaration « mi-chèvre mi-chou », intitulée « La France insoumise, pour construire une nouvelle force émancipatrice ». Ils y affirment vouloir rejoindre la France Insoumise.

Après s’être félicités des succès électoraux du printemps pour le mouvement, les camarades, pardon « animateurs » proposent « un processus constituant»:

« (…), aucune force pérenne ne saurait se construire ni s’enraciner sans agglomérer les expériences militantes syndicales, associatives, politiques dont le patrimoine et le capital vivant sont décisifs pour fortifier l’acquis et surmonter les pièges et les difficultés qui ne manqueront dans notre combat contre l’oligarchie capitaliste. Nous avons besoin dans le pot commun du meilleur du socialisme, du communisme, de l’écologie politique, du syndicalisme, du féminisme, de l’altermondialisme, de l’anticapitalisme. Un processus constituant, qui est de la responsabilité de l’équipe animatrice de France insoumise, permettrait à nos yeux de réaliser cet objectif et de regrouper des forces aujourd’hui disponibles, porteuses de cette diversité d’expériences. »

En clair, cela signifie un processus démocratique, dans lequel chacun pourrait donner son avis sur la manière dont la France Insoumise doit être structurée.

Ceci a été bien noté par Laurent Lévy, un autre « animateur » d’Ensemble qui ne souscrit pas à cet appel à rejoindre la FI. Il note que pour parvenir à un tel processus constituant « il ne saurait être question de nous borner à regarder ce que les choses vont devenir, pour décider ensuite de nos choix : il est légitime – et c’est même en un sens la seule chose envisageable dans une logique d’engagement militant – de chercher à contribuer d’emblée aux processus constituants à venir que nous souhaitons. (…). Mais cela suppose d’avoir d’une part une orientation, et d’autre part des interlocuteurs et interlocutrices.  »

S’agissant du besoin « dans le pot commun du meilleur du socialisme, du communisme, de l’écologie politique, du syndicalisme, du féminisme, de l’altermondialisme, de l’anticapitalisme. » et de la nécessité d’agglomérer « les expériences militantes syndicales, associatives, politiques », il constate que « cette idée juste – et qui correspond exactement aux raisons d’être d’Ensemble ! – n’est pas encore, à ce stade, une évidence dans le discours public des animateurs et animatrices de France Insoumise. Sans en avoir débattu publiquement, non seulement avec elles et eux, mais avec les militant-e-s de ce mouvement, cela risque fort de rester en l’état. »

Et de conclure : « Il n’entre sans doute dans les intentions de personne de se plier a priori à tels ou tels diktats qui pourraient être formulés ; il n’en est qu’au plus fort nécessaire de proposer un débat public sur les formes, conditions et modalités d’un tel processus constituant. »

Jean-Luc Mélenchon a tranché par avance ces débats dans une déclaration datée du 10 juillet intitulée « A propos du mouvement La France Insoumise ». D’abord, il commence par un recadrage de ses propres troupes : « j’ai dû constater des tentatives de création sauvage de structures collectives par secteur d’activité telle que « jeunesse », « syndicalistes », « élections sénatoriales », etc. Il s’agissait à l’évidence de tentatives d’appropriation du mouvement et de son label.  Elles n’ont aucune légitimité, aucun accord de ma part ni de celle d’aucun des membres de l’équipe nationale qui a animé le mouvement jusqu’à ce jour. »

Donc, pas d’initiatives de secteur au niveau national, mais également, on garde le contrôle sur l’aspect local : « Mais c’est mon devoir de prendre toutes les dispositions possibles pour éviter là encore une appropriation qui conduirait inévitablement à un rétrécissement du mouvement autour de ceux qui se sentiraient d’ores et déjà investis d’une responsabilité de candidat. J’ai trop vu dégénérer de grands élans en petits marigots et chefferies locales pour ne pas me sentir aujourd’hui en devoir de nous en prémunir. »

Il faut noter là encore le choix des mots : Il s’agit très probablement de militants locaux qui souhaitent structurer l’action sur leur ville, et aborder les enjeux municipaux, même si les élections sont dans trois ans. Et bien, entre « chefferies locales » et « petits marigots » les voici rhabillés pour l’été.

Puis vient la question de la structure du mouvement et de ce qui la sous-tend :

« Avant toute chose je veux rappeler qu’il ne saurait être question de transformer « La France insoumise » en parti politique. Il s’agit d’être et de rester en mouvement. Une sorte de label commun. (…) Toutes les propositions que j’ai entendues ou vu arriver jusqu’à moi ne font que reproduire les anciennes structures et préoccupations du passé, liées à la forme spécifique d’un parti politique. »

Exit donc le processus constituant, le débat public, … puisque tout ce qui a été dit jusqu’ici est nul et non avenu, « des préoccupations du passé, liées à la forme d’un parti » … Alors, comment cela va-t-il fonctionner ? Réponse :

« La France insoumise  n’est pas un cartel de partis et ne le sera jamais car nous avons fait l’expérience cruelle des limites d’un tel système. Elle ne sera pas non plus elle-même un parti comme je viens de le dire. Il faut donc accepter qu’existe un temps de transition dont on ne connaît pas à cet instant la date de la fin. »

« Pour la convention de Lille, nous avions innové avec pragmatisme. « L’assemblée représentative du mouvement » qui était alors naissant était composée de divers collèges. Il y avait, on s’en souvient, la moitié de participants tirés au sort. Mais dans l’autre moitié il y avait notamment ce que nous avions appelé « l’espace politique ». Celui-ci réunit depuis le premier jour des représentants des groupements politiques qui voulaient appuyer la campagne et le développement de « la France insoumise » (…) Ce cadre nous a apporté ce que le mouvement n’était pas en état de produire et qu’il eût été dangereux pour sa cohésion de solliciter. Je pense ici à la capacité d’expertise politique, de propositions d’actions, et de mise à disposition de militants et de cadres politiques chevronnés. »

Donc, non seulement, il n’y aura pas de processus constituant, mais le cadre général de la structure est déjà défini dans ses grandes lignes et ce pour une durée indéterminée avec quatre niveaux hiérarchiques :

1. Les « volontaires » font le travail sur le terrain. Ils participent aux conventions à condition d’être tirés au sort (50 % des délégués de la 1ère convention de Lille ont été désigné sur cette base) ;

2. Les membres de l’espace politique sont les militants considérés comme « chevronnés ». Ils vont directement à la case « Convention nationale », sans passer par la case « tirage au sort »  ils ont également la possibilité d’écrire des textes collectifs comme :  texte de l’espace politique;

3. L’équipe d’animation nationale, dirige concrètement le « mouvement », le cas échéant par des commissions qu’elle nomme et qui sont chargées par exemple des investitures électorales ;

4. Jean-Luc Mélenchon, probable propriétaire (avec d’autres?) du label « La France insoumise » et détenteur du financement électoral public, animateur du « média » de la FI qui est son blog perso.

Jean-Luc Mélenchon donne ensuite une explication théorique très intéressante de cette organisation :

« Les questions que je viens d’aborder relèvent d’un registre particulier à mes yeux. C’est celui de la théorie. La thèse centrale de L’Ère du peuple est que le peuple est le « nouvel » acteur de l’histoire. Il est défini par sa situation sociale réelle, c’est-à-dire son mode d’existence quotidien autour des réseaux. De même que le parti est la forme d’organisation vouée à une classe sociale, le mouvement est la forme d’organisation liée à l’existence du peuple, aux pulsations de son activité, aux formes spécifiques de son auto-organisation. »

Ce petit paragraphe confirme que ces modalités d’organisation ne sont pas le fait d’une situation particulière, mais relève bien de choix de principes, de même que le vocabulaire, et la posture politique générale vis à vis des organisations politiques de la gauche, l’aspiration à les remplacer toutes par un unique mouvement, sous la conduite d’un unique chef.

C’est là la vieille tradition du populisme, à peine relookée. Le peuple, sujet unique de l’histoire, le mouvement, structure unique d’organisation « liée au peuple, aux pulsations de son activité », le lyrisme et le guide. Bon, dès lors, la question qu’il faut se poser, c’est « est-ce pertinent ? » Cela permet-il de répondre aux enjeux de la période que nous traversons, aux défis qui nous sont posés ?

Voici la réponse apportée par Jean-Luc Mélenchon :

«  Je l’ai annoncé sans fard à la tribune de l’Assemblée nationale au nom de notre groupe parlementaire : nous ne voulons pas seulement être l’opposition au gouvernement mais l’alternative au monde qu’il incarne. Cela signifie que nous avons la certitude de voir s’écrouler sous nos yeux non seulement un gouvernement mais davantage encore le « monde » qu’il incarne c’est-à-dire tout ce catéchisme libéral qu’il veut porter à son comble. Le Macronisme se présente comme une tentative générale de passage en force. Mais la base sociale des bénéficiaires de ce passage en force est extrêmement étroite. À supposer qu’elle lui soit vraiment acquise, ce qui n’est pas démontré, la France des start-ups et de l’uberisation, représente en réalité un secteur social marginal du pays. Le harcèlement médiatique et la « communication » ne peuvent suffire à compenser la faiblesse intrinsèque d’un tel groupe social. »

Dans ce paragraphe, Jean-Luc Mélenchon se porte à lui-même la contradiction. En effet, puisque le peuple (une entité « au-dessus des classes », qui incarne l’ensemble de la nation) est en train de se constituer dans la France insoumise, la base sociale du Macronisme ne peut être qu’étroite. Ce n’est pas ce que nous reconnaissons comme adversaire depuis Marx, la classe capitaliste, la bourgeoisie. Macron, c’est seulement la « France des Start-ups et de l’Ubérisation ».

Mais comment ce « secteur marginal du pays » peut-il incarner seul « le monde que nous avons la certitude de voir s’écrouler sous nos yeux » ? Comment peut-on sérieusement soutenir qu’il suffit d’abattre « le secteur social marginal des start-ups » pour voir s’écrouler le monde d’oppression et d’exploitation, le chômage, la paupérisation, le racisme, la dislocation des services publics, … ? Le MEDEF, les grands groupes financiers et monopolistes, les grandes familles capitalistes ne soutiennent-il pas ce gouvernement ? Ne sont-ils pas ouvertement ou discrètement représentés dans ces cabinets ? Macron n’a-t-il pas obtenu l’onction de la très large majorité du courant pro-libéral du PS et d’une large fraction des Républicains, dont est issu son premier ministre ?

Peut-on sérieusement envisager de vaincre ce gouvernement sans devoir combattre en même temps la classe capitaliste dans son ensemble ? Pense-t-on que le MEDEF regardera impuissant le pouvoir échapper à ses amis ? Que les médias, qui appartiennent à des grands groupes alliés à Macron, ne le soutiendront pas face à un mouvement populaire ?

Or, si à l’inverse, ce n’est pas un petit groupe social néo-libéral que nous devons affronter, mais la (numériquement petite mais politiquement et économiquement puissante) classe capitaliste, comment dire que les classes sociales ne sont plus les « acteurs de l’histoire » ? Comment rejeter l’idée de organiser de manière efficace, en parti structuré, la classe qui est à même de mener dans la durée ce combat plus difficile, la classe des salariés ?

L’expérience de l’histoire nous enseigne que les erreurs de principe se traduisent par de graves défaites lorsqu’on passe à la pratique. Comment ne pas penser à l’exemple grec de Syriza. Ce « mouvement » de la gauche dite radicale se faisait fort d’imposer aux grands états capitalistes d’Europe, une renégociation de la dette. Ils ont suscité un immense espoir, connu une ascension électorale fulgurante. Ils n’ont pas cherché à mobiliser la classe ouvrière grecque. Ils se sont satisfaits d’un soutien électoral. Sans préparation, ils ont dû capituler face à la puissance du chantage des capitalistes européens et mondiaux.

La situation que nous vivons est bien une situation d’affrontement de deux classes sociales, celle des capitalistes d’un côté (les propriétaires des grands groupes, banques, médias, leurs fondés de pouvoir dans la société), et celle des salariés, ce qui produisent, dans les entreprises tout ce qui fait notre société.

Il est vrai que cette classe des salariés au fil de l’expansion économique et technologique qu’a connue le capitalisme après 1945 a en partie perdu sa conscience de classe. Pendant plusieurs décennies, chaque génération vivait un peu mieux que celle de ses parents. On se sentait moins prolétaire. On préférait se voir dans la « classe moyenne ». Et même si aujourd’hui, à la faveur de la crise, la paupérisation a repris le dessus, si la classe moyenne est en fait en train de redevenir une classe prolétaire, la conscience de cela n’est pas complètement claire pour beaucoup.

Surtout, les grands bastions, où l’on avait à la fois la fierté de contribuer à l’édification du pays et la combativité qui permettait d’arracher des statuts et des acquis avantageux, ont disparu sous l’effet de la modernisation ou ont été délocalisés. Alors, la fierté d’être un prolétaire, d’être le producteur de la société, et d’être en même temps une unité d’une classe vaste et puissante a été affaiblie également.

Face à cette situation, le populisme peut paraître un raccourci bien commode. Plus besoin d’expliquer le capitalisme, pas besoin de reconstruire patiemment une conscience de classe. Il suffit d’en appeler à la citoyenneté, à la république. Ceux qui ont gardé de la social-démocratie toutes sortes de généralités bien-pensantes sont à leur aise. Mais en histoire, les raccourcis se transforment vite en impasse. L’histoire fourmille malheureusement de ces mouvements, superficiels, si vite montés, si vite défaits et entraînant avec eux dans la défaite toute une génération.

Le combat que nous devons mener n’est pas spécifiquement français. L’ensemble des pays du monde, à des degrés et sous des formes différentes sont soumis aux mêmes défis et aux mêmes difficultés. Il n’est pas non plus nouveau. Dans les années 20 et 30, l’Europe a connu un arrêt de l’expansion économique, une dépression durable, une crise sociale qui a bien des points communs avec ce que nous constatons à l’échelle du monde aujourd’hui.

Les capitalistes sont sortis de la seconde guerre mondiale très affaiblis en Europe, en Afrique et en Asie, sur les principaux théâtres d’opération. S’appuyant sur la force économique des USA et sur l’expansion économique qui a repris, ils ont patiemment reconstitué leurs forces. Ils ont affaibli et là où ils ont pu, détruits les organisations de classe combatives qui s’étaient développées dans la période 1917 – 1945, sous l’impulsion de la révolution russe et de la lutte contre le fascisme. Ils ont blacklisté le marxisme et réimposé leur idéologie. Ils ont pu peu à peu grignoter le niveau de vie et tous les droits sociaux dont les classes populaires bénéficiaient.

C’est un combat long et difficile qui est devant nous. C’est une lutte de classe qui se déroule à l’échelle internationale. Il est dangereux de faire croire qu’on peut gagner ce combat avec une vision populiste, en faisant confiance à quelques chefs éclairés, en négligeant les enseignements de l’histoire.

Il est cependant logique, dans cette période, que le mouvement populaire se trouve dans une confusion relative. De nombreux liens sociaux ont été brisés. Les situations sociales et économiques sont très diverses et l’idéologie dominante pousse à la division. Regrouper sous une bannière commune l’ensemble des salariés et des couches populaires n’est pas une évidence pour tout le monde. Même le mouvement syndical est très divisé, en presque une dizaine de confédérations concurrentes, combatives, conciliatrices, ou variant entre ces postures.

Dans ces conditions, la question du rassemblement, sur la base d’un programme de revendications largement acceptable est un enjeu clé. Il faut réapprendre à travailler ensemble, à confronter honnêtement les idées et les propositions, à tirer ensemble les enseignements des batailles communes.

L’illusion de rassembler par l’autorité d’un seul homme, fut-il très bon orateur, est dangereuse. Ce qu’il nous faut, c’est le respect de la diversité et des cadres de débats honnêtes. La France Insoumise ne souhaite pas et ne peut pas être ce cadre-là. Par sa prétention hégémoniste, elle empêche le dialogue. Par sa vision populiste, elle n’apporte pas les éléments de compréhension adéquats de la situation et des enjeux.

 


Richard Boyd-Barret, député irlandais...

Emmanuel Macron n’est pas fort. Son régime est le plus instable depuis le début de la cinquième république en 1958 ? par Denis Godard

Source : https://autonomiedeclasse.wordpress.com/2017/07/20/macron-nest-pas-fort-son-regime-est-le-plus-instable-depuis-le-debut-de-la-5eme-republique-en-1958

Dimanche 9 Juillet 2017
 



 


Introduction à un meeting de Marxism 2017 à Londres, en compagnie de Richard Boyd-Barrett, député irlandais de People before Profits, de Christine Bucholz, députée allemande de die Linke, et de Maria Syllou, dirigeante du parti socialiste des travailleurs (SEK) de Grèce.
 
Je vais commencer en cassant le discours dominant sur Emmanuel Macron et la France.
 
Emmanuel Macron n’est pas nouveau. Comme vous le savez il a été banquier et ministre de l’économie.
 
Emmanuel Macron n’est pas propre. En quelques semaines, trois de ses ministres clef ont dû quitter le gouvernement à cause d’accusations de corruption. Et l’actuelle ministre du travail est attaquée aussi.
 
Macron n’est pas modéré. Il a prévu de supprimer plus de cent mille postes dans la fonction publique et il prépare une deuxième loi travail. Mais, politiquement aussi, Emmanuel Macron n’est pas une sorte de libéral. Il a déjà annoncé une nouvelle loi antiterroriste renforçant l'état policier et, symboliquement, il a invité Donald Trump au défilé militaire du Vendredi 14 Juillet 2017.
 
Mais surtout Emmanuel Macron n’est pas fort. Son régime est le plus instable depuis le début de la cinquième république en 1958.
 
Oui il a gagné une large victoire aux élections législatives avec trois cent soixante dix députés sur cinq cent soixante dix sept députés. Mais ses candidats ont obtenu seulement seize pour cent des votes des inscrits au premier tour des élections législatives. Au deuxième tour des élections législatives, l’abstention a battu des records. Nous pouvons estimer que moins d’une personne sur quatre au-dessus de dix-huit ans et vivant en France, inscrits, non-inscrits ou étrangers, a exprimé un choix quel qu’il soit.
 
Et c’est sans parler du manque de cohésion de son nouveau et hétéroclite mouvement et de son groupe parlementaire.
 
Ce manque de légitimité prend tout son sens dans la perspective annoncée de nouvelle crise financière dans une situation où la position du capitalisme français sur le marché global s’est particulièrement affaiblie depuis dix ans vis-à-vis des autres pays développés.
 
Cela devrait être un avertissement pour tous et toutes dans un contexte où un parti d'extrême droite, le Front National, a obtenu onze millions de voix au deuxième tour des élections présidentielles.
 
Cependant si les crises politiques et l’instabilité sont certaines, le développement de l'extrême droite n’est pas une fatalité. Parce qu’il y a une autre face à l’instabilité qui est le haut niveau de combattivité de notre classe.
 
Tout le monde a entendu parler du fort mouvement de l’année dernière, non seulement les journées nationales de grèves et de manifestations mais aussi les places occupées, les manifestations sauvages, les affrontements avec la police et la radicalisation politique.
 
Cela ne s’est pas arrêté avec la campagne électorale. Un camarade a estimé que, du mois de janvier 2017 au mois de mars 2017, il y a eu un million de journées de grèves, principalement locales, souvent invisibles dans les médias nationaux, un niveau sans précédent durant une campagne électorale.
 
Il y a eu l’audience pour les mouvements contre les violences policières autour du cas d’un jeune noir, Adama Traoré, tué par la police au mois de juillet 2016, prenant un nouvel écho avec le viol d’un autre jeune homme, Théo Luhaka, par la  police au mois de février 2017.
 
Après le destruction du camp de la jungle de Calais,  les migrants ont été dispersés dans différents lieux mais cela a diffusé le mouvement de solidarité sur tout le territoire. Et ces mouvements contre les violences policières et le racisme ont convergé en une manifestation de quinze mille personnes à Paris le 19 mars 2017, c'est encore un fort résultat dans une période électorale.
 
Il faut ajouter au moins deux événements significatifs.
 
Le premier est le grand mouvement de révolte dans la colonie française de Guyane qui a finalement gagné après plusieurs semaines de lutte contre l'état français. Il y a même eu une manifestation qui a regroupé dix pour cent de la population, l'équivalent d’une manifestation de six millions de personnes en métropole.
 
Le second, moins massif, mais politiquement significatif, est le fait qu’il y a eu des manifestations, principalement menées par de jeunes activistes contre les meetings du Front National pendant la campagne, avec plusieurs milliers de manifestants à Nantes, à Bordeaux et à Paris. En Corse, de jeunes activistes sont même allés perturber le meeting à l’intérieur.
 
Nous pourrions aussi parler des sept millions de voix et des meetings de masse réalisés par Jean Luc Mélenchon qui ont en partie exprimé la radicalisation, au travers un profil radical contre l’austérité.
 
Ce qui signifie qu’il n’y a pas de lune de miel pour Emmanuel Macron. Tout cela met la pression contre les directions syndicales et la Confédération Générale du Travail (CGT) a appelé à une journée de grève et de manifestation le 12 septembre 2017.
 
Nous devons dire que la grande faiblesse dans la situation est l’état de la gauche organisée, organisationnellement et politiquement. La crise du Parti Socialiste est une bonne nouvelle. Même leur candidat aux présidentielles, Benoît Hamon, a décidé de quitter le parti pour construire son propre mouvement.
 
La figure dominante à gauche est maintenant Jean-Luc Mélenchon. Mais il y a de gros problèmes avec lui.
 
Dans le processus de sa campagne il a affaibli les organisations politiques qui le soutenaient au profit d’un mouvement très anti-démocratique et centré sur lui-même. Politiquement, il a quasiment abandonné les références à la lutte de classe pour un profil nationaliste, proclamant même qu’il était un patriote et argumentant même que la seule solution pour les migrants était de rester chez eux car la France ne pouvait pas les accueillir. Significativement il a abandonné les drapeaux rouges et l’Internationale dans ses meetings pour le drapeau français et la Marseillaise.
 
Soyons clairs, il n’y aura pas de perspectives pour notre classe et pour une véritable gauche sans la construction de l’unité de classe. Dans un pays où un tiers de notre classe est arabe ou noire cela implique un positionnement clair contre le racisme, non seulement en paroles ou en théorie mais aussi en actes, un positionnement clair contre l’islamophobie, les violences policières et une solidarité totale avec les migrants.
 
La France est actuellement l’exemple que l’instabilité, les crises politiques et le développement de confrontations, seront des aspects communs pour nous tous. Même si les conditions subjectives dans lesquelles nous opérons sont différentes d’un pays à un autre.
 
Cela créera d’immenses dangers, mais aussi d’énormes opportunités pour les révolutionnaires. Ce qui signifie que nous avons besoin de construire une cohérence stratégique comme condition à l’agilité tactique nécessaire pour saisir ces opportunités.

 


 

Non aux amalgames, communiqué du MRAP

 

 Paris le 7 juillet 2017


 

Le président Emmanuel Macron a invité le Premier ministre Benyamin Netanyahou à la commémoration du 75ème anniversaire de la rafle du Vel d'Hiv.

Le MRAP s'inquiète d'une telle confusion entre la communauté juive et Israël. Si , pour le MRAP le devoir de mémoire concernant la rafle du Vel d'Hiv des  16 et 17 juillet 1942 (13 000 hommes, femmes et enfants ont été arrêtés par la police française, internés à Drancy puis déportés à Auschwitz) est indispensable , ce devoir ne saurait être associé aux dirigeants israéliens qui mènent une politique criminelle, en violation du droit international, à l'encontre du peuple palestinien. Le Président Macron est sourd aux appels de tous les partisans de la paix qui réclament des sanctions contre le gouvernement israélien en particulier la suspension de l'accord entre l'Union Européenne et Israël.

Cette invitation est d'autant plus inquiétante qu'elle fait suite à l'adoption, par le Parlement européen,  le jeudi 1er juin , d'une motion semant la confusion entre antisémitisme et critique de l’Etat d’Israël. Cette motion appelle à adopter la définition « IHRA » ( association internationale pour le souvenir de l’holocauste ) de l’antisémitisme, assimilant, de façon ambiguë , la critique de la politique de l’Etat d’Israël à l’antisémitisme.

Pour le MRAP, la critique légitime de la politique d'un Etat, quel qu'il soit,  ne saurait être assimilé à une quelconque forme de racisme et relève de la démocratie. Le MRAP réaffirme la lutte indispensable contre l'antisémitisme comme de tout autre forme de racisme mais l'instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme est à la fois une insulte à ses victimes et une menace contre la liberté d’expression.

 


Loi Travail : dérèglementation, flexibilité et précarité à tous les étages, communiqué de la CGT


Le cycle des 6 rencontres bilatérales d’une heure entre la Cgt et le ministère du travail est terminé.

Le gouvernement siffle la fin du premier acte  en ayant dévoilé  son projet à  dose homéopathique et sans préciser si les organisations syndicales seront associer à la suite.

A nous de nous imposer dans le débat !

Les mesures envisagées  sont  toutes  régressives  et taillées sur mesure pour satisfaire aux exigences patronales : plus de flexibilité, plus de précarité, moins de salaire…

Il s’agit aussi de brouiller les repères collectifs, jusque-là communs à tous et consignés dans le code du travail et les conventions collectives, et   instituer un contrat de travail, avec des règles différentes dans chaque profession.

Ainsi, tous les CDD, les contrats d’intérim, seraient règlementés au niveau de la branche voire dans certains secteurs par accord d’entreprise. Si on y ajoute le contrat de chantier, élargi à toutes les professions sous le nom de « contrat d’opération », c’est la précarité additionnée à la précarité, la précarité à vie.

Un accord de branche pourrait, par exemple, décider de  maintenir les 10% de prime de précarité  en vigueur aujourd’hui dans la Loi, pour un salarié en CDD  à condition d’accepter plus de 2 renouvellements de ce type de contrat.

Plus de précarité et pour plus longtemps en échange du maintien de droits déjà acquis, quelle belle contrepartie !

En cas de licenciement, le salarié (comme son employeur) pourrait être exonéré fiscalement sur ses indemnités de départ s’il accepte une rupture conventionnelle mais pénalisé fortement s’il va aux Prud’hommes.

Quand on sait que 92% des contentieux aux prud’hommes concernent des licenciements abusifs, on comprend aisément que le patronat vient d’obtenir le droit de licencier sans  contrainte.

Le gouvernement envisage également de déréglementer le travail de nuit, de remettre en cause les primes d’habillage/déshabillage, le passage de consignes prévus dans le temps  de travail effectif pour certaines conventions collectives …

Payer moins cher le quart d’heure supplémentaire effectué par une hôtesse de caisse dans une enseigne d’alimentation, chacun comprendra que c’est une mesure cruciale pour lutter contre le chômage de masse !

Ce projet de loi est nuisible pour le monde du travail, il doit être combattu ! La CGT propose de faire du 12 septembre une grande journée de grève  interprofessionnelle pour imposer un code du travail de progrès social.

Montreuil, le 18 juillet 2017

 


 

Les rapports entre Maillys et Mélenchon à la lumière de l’arrivée du POI dans France Insoumise, par Robert Duguet




La loi Macron, c’est le retour au XIXème siècle.

Nous sommes au pied du mur avec la politique de Macron : rappelons le cœur du dispositif. Les accords nationaux interprofessionnels et les conventions collectives de branche disparaissent dans son projet de société. Un droit du travail par entreprise s’appliquera: durée du travail, les repos et les congés, droits et libertés dans l’entreprise, le contrat de travail, le droit disciplinaire, la rupture du contrat de travail, les prud’hommes, les représentants du personnel, les syndicats, la négociation collective, les conflits collectifs… Il s’agit de donner une « autonomie » complète aux employeurs qui consultent et négocient quand ils ont décidé de le faire. Le MEDEF réclame de pouvoir licencier quand il le veut. Le refus du salarié d’accepter telle ou telle disposition concernant ses droits en entreprise entraîne son licenciement avec impossibilité de saisir les prud’hommes.

La loi Macron met un point final aux principes du droit social, tels que ceux-ci était sortis des rapports de force entre le mouvement ouvrier et le capital à l’issue de la seconde guerre mondiale et de la lutte pour détruire le fascisme européen. Le programme du CNR (Conseil National de la Résistance) partiellement appliqué par les premiers gouvernements d’après 1945, introduisait dans la République démocratique bourgeoise reconstruite des éléments de socialisme. La loi Macron, c’est le retour au XIXème siècle.

Macron conforté par la politique de la CFDT et de Jean Claude Mailly

Après la défaite électorale des partis qui ont institué (Les Républicains, ancêtres du RPR) ou soutenu (Parti Socialiste) la Vème république bonapartiste de De Gaulle, il y a un vide béant dans lequel peut s’engouffrer un mouvement social de grande ampleur : les députés d’en marche forment une majorité fragile d’opportunité qui peut se fracturer à tout moment. A la rentrée de septembre la question première sera celle de lever les obstacles qui entravent la mobilisation sociale : aujourd’hui la politique de Macron ne tient debout que par une fausse négociation engagée par deux confédérations. En première ligne celle de la CFDT de Laurent Berger, fidèle à son projet néo-corporatiste d’association Capital Travail, mâtiné de Christianisme social. Aujourd’hui s’y ajoute la position de Jean Claude Mailly, au nom de la CGT-FO, qui explique qu’une vraie négociation se déroule avec le gouvernement. Il déclare tout de go qu’Emmanuel Macron et Edouard Philippe s’y prennent bien mieux que Hollande et Valls, car eux ils négocient avec « les partenaires sociaux ». Il affirme que les soi-disant «CDI de projet» ne sont pas un réel danger et il accepte par avance les mesures annoncées à l’encontre des prud’hommes.

Maillys désavoue les Union départementales-FO qui, comme à Paris, ont manifesté fin juin aux côtés de la CGT, de la FSU et de Solidaires en les présentant comme des initiatives «isolées», alors qu’il y a une vraie opposition dans cette confédération à la loi Macron. Cette tentative d’accrocher la CGT-FO à la politique de Macron voir monter une opposition, sans nul doute majoritaire, parmi les syndicats et les militants : d’autant qu’un militant ou adhérent FO normalement constitué voit là une position diamétralement opposée aux principes qui, historiquement, ont constitué la spécificité de la confédération FO : une centrale réformiste attachée à la négociation salariale nationale et par branches professionnelles, la loi venant concrétiser l’accord entre le patronat et la classe ouvrière…

Notre intérêt aujourd’hui, c’est que les directions confédérales rompent le soi-disant dialogue social au sommet et engagent une bataille pour l’unité et le tous ensemble à l’automne.
Cet obstacle n’est pas syndical, il est éminemment politique ! Et il éclaire d’une lumière inattendue les rapports entre l’appareil confédéral FO et le leader de la France Insoumise, Mélenchon.

Trois positions dans Force Ouvrière...

Dans le nid de contradictions qui mine l’appareil Force Ouvrière, on discerne trois positions : celle de Jean Claude Mailly, au nom de l’appareil lui-même, qui rompt avec les principes de 1947 et entre dans une logique d’intégration corporatiste à l’Etat. Celle de l’UD de Loire-Atlantique, qui historiquement a représenté l’opposition dite «anarcho-syndicaliste», sous la direction de l’UAS (Union des Anarcho-syndicalistes) et d’Alexandre Hébert, aux origines de FO, avant de devenir dès les lendemains de la grève générale de 1968,  la composante «combative» des majorités confédérales. Dans ce soutien à la majorité confédérale, l’OCI (Organisation Communiste Internationaliste), dont le dirigeant était Pierre Lambert, cette organisation a gagné pour ses cadres politiques toute une série de responsabilités syndicales et autres postes de permanents. Le POI est devenu avec le temps l’infanterie de l’appareil confédéral. La troisième position est celle d’un certain nombre d’UD-FO et de militants, dont celle en particulier du Finistère, qui condamne la politique de Mailly. Aujourd’hui trois choses sont interdites par la direction confédérale : critiques adressées à Mailly, le mot « retrait » concernant les ordonnances Macron et la revendication de la convocation d’un CCN (Conseil Confédéral National) extraordinaire début septembre. Mailly proposant un CCN le 20 septembre… soit au lendemain de l’adoption des ordonnances par le parlement ! La prise en charge de cette politique par le POI a déjà coûté très cher à cette organisation issue du trotskysme, puisqu’un certain nombre de cadres et militants lambertistes, sur la question de l’indépendance vis à vis de l’appareil confédéral, sont exclus et ont formé il y a deux ans le POID (Parti Ouvrier Indépendant Démocratique), emportant une bonne moitié des forces militantes.

Quel rôle le POI tiendra t'il dans France Insoumise?

Le soutien du POI aux candidats de France Insoumise présentés dans les élections législatives de juin dernier, et soutien s’il vous plait inconditionnel, n’avait pas manqué alors de nous surprendre. On en comprend, à la lumière de ce qui se passe dans Force Ouvrière, les véritables ressorts. Le journal du POI, Informations Ouvrières, prépare son entrée-dissolution dans la France Insoumise de Mélenchon. Précisons que chez Mélenchon, on ne rentre pas par effraction pour y construire un courant ou une fraction : on est d’accord ou on est mis sous tutelle ou exclu, selon le degré de mise en cause du leader maximo. Il y a donc un véritable accord politique entre le POI, qui protège la politique de Mailly et Mélenchon. Ce fait donne un éclairage tout à fait particulier et nouveau sur le projet politique de France Insoumise.

Refus de remettre une gauche de transformation sociale en ordre de bataille, en associant dans un même front tous ceux qui veulent combattre la politique de Macron, ils n’en veulent pas. Ils nous l’ont prouvé dans les législatives. Tourner la page du Front de Gauche en faisant un front politique sur le principe un adhérent-une voix, ils n’en veulent pas. Mélenchon a passé sa campagne en polémiquant contre les frondeurs d’un côté, et contre le PCF d’un autre, c’est-à-dire en se donnant tous les moyens de ne pas être au second tour de l’élection présidentielle.
Alors, à quoi sert France Insoumise ? Réfléchissons précisément à cette question, si nous voulons reconstruire une gauche radicale de rassemblement, démocratique et combattant contre le néo-libéralisme, cette forme actuelle du capitalisme. Mélenchon et Mailly, dont le POI lambertiste devient à tous deux la garde prétorienne, sont aujourd’hui l’opposition de sa majesté, l’un abandonne ce qui avait constitué historiquement FO comme centrale réformiste pour avancer sur la pente escarpée du corporatisme, l’autre avance sur la voie d’un populisme avec des accents de nationalisme tout à fait inquiétants. Oubliée la constituante et la 6ème république ! Cette dérive est loin d’être achevée. Ceux et celles qui avaient vu dans Mélenchon l’homme du recours pour reconstruire une force politique contre le néo-libéralisme vont essuyer bien des déconvenues. Rien ne sert de se fermer les yeux : « chercher la vérité, et la dire ! » disait Jaurès.

 


Position de la Commission Exécutive de la Fédération Nationale des Transports et de la Logistique FO/UNCP



La Commission Exécutive de la Fédération Nationale des Transports et de la Logistique FO/UNCP réunie le 29 juin 2017 prend acte de l’élection de Monsieur Emmanuel MACRON, à la Présidence de la République, avec 18.5% des électeurs inscrits au 1er tour, elle prend également acte du résultat des élections législatives avec plus de 50% d’abstention au 1er tour et 57% au 2ème tour.

La CEF (Commission exécutive) fait le constat que l’adhésion au programme du Président MACRON est largement minoritaire soit moins de 2 Français sur 10 dans ce pays.

Donc pour la CEF il est hors de question de détériorer notre Code du Travail, nos Institutions Représentatives du Personnel, la Sécurité Sociale, l’Assurance Chômage, les Retraites, les Régimes spéciaux, les Statuts de la RATP ainsi que ceux de la Fonction Publique.

La CEF s’oppose à la suppression des cotisations chômage ainsi que celles de la sécurité sociale qui conduirait inévitablement à la fin du paritarisme et la privatisation de la sécurité sociale. Tout transfert de cotisations vers la CSG n’est donc pas acceptable pour la CEF.

Pour la CEF, seule la résolution du Comité Confédéral National en date du 7 avril 2017 compte et elle s’applique à toutes et tous : ABROGATION DE LA LOI TRAVAIL.

La CEF rappelle son attachement indéfectible à la Charte d’Amiens, LIBRES ET INDEPENDANTS NOUS SOMMES, LIBRES ET INDEPENDANTS NOUS RESTERONS QUEL QU’EN SOIT LE PRIX.

OUI à une négociation constructive et loyale, NON à une mascarade !

La Commission Exécutive Fédérale appelle à la mobilisation le 12 septembre 2017.

NON AUX ORDONNANCES, NON AU 49.3 SOCIAL.

OUI AU MAINTIEN DES DROITS COLLECTIFS.


Position de l’UD FO du Finistère

APPEL DU 12 SEPTEMBRE 2017

La politique de Macron et de son gouvernement ne vise qu’à détruire les droits collectifs et à imposer la politique du patronat et de la finance : code du travail cet été, assurance chômage à l’automne, retraites en janvier 2018 !

L’UD FO du Finistère n’est pas dupe et dénonce le simulacre de « dialogue social » de Macron qui veut faire passer à coup d’ordonnances une loi de destruction massive des droits des salariés.

Valls, El Khomri, Macron
La loi Travail I El Khomri – Macron inverse la hiérarchie des normes : négociation entreprise par entreprise, à des conditions inférieures à celles des conventions collectives et du code du travail. Ainsi chaque patron impose aux salariés ce qui l’arrange en termes de salaire, majoration des heures supplémentaires, durée légale du travail, contrats… La loi prévoit le recours au référendum patronal, c’est du chantage à l’emploi !

Plus encore, avec la diminution du suivi médical des salariés, c’est marche ou crève !

Dans la continuité de ce processus de destruction massive, Macron a prévu encore d’aggraver la loi Travail I, en plafonnant les indemnités prud’homales, en mettant fin au CDI par le recours aux contrats de chantier, en facilitant les licenciements, en fusionnant les instances représentatives dans les entreprises (CE, DP, CHSCT, Délégués syndicaux).

Et d’autres conquêtes sont dans le viseur du gouvernement :

Porter un coup mortel à la sécurité sociale, ancienne conquête ouvrière qui prenait en charge le malade du début de la maladie à sa guérison.
Supprimer les retraites par répartition et les régimes particuliers en les fusionnant pour mettre en place un régime universel de retraite par points. Cela entraînerait, selon le Conseil d’orientation des retraites, une baisse drastique du montant des retraites de 30 %, faisant la part belle à la capitalisation et à la finance (banques et assurances).
Casser le statut de la fonction publique, poursuivre les suppressions d’emplois des fonctionnaires et ainsi supprimer les uns après les autres tous les services publics de proximité rendus à la population.
Il y a urgence à arrêter cette casse du code du Travail et de toutes les conquêtes ouvrières !

Nous ne lâcherons rien !

Pas plus aujourd’hui qu’hier !

Et encore moins demain !

La mobilisation de l’UD FO du Finistère reste de mise sur la période estivale !

Abrogation des lois El Khomri, Rebsamen, Macron.


Val d’Yerres, une réunion de militants politiques après la séquence électorale pour continuer le combat, par Robert Duguet




Lundi 10 juillet nous nous sommes réunis à Yerres pour tirer un premier bilan après la législative de juin et pour envisager l’avenir : que faire, comme disait quelqu’un de célèbre ? Etaient présents une dizaine de camarades de l’ancienne assemblée citoyenne à l’initiative de Philippe De Maistre.

La première partie de la discussion a porté sur le bilan de la séquence électorale, présidentielle et législative. La spécificité de l’ex-assemblée citoyenne du Val d’Yerres (Front de Gauche) en fait a été portée par une équipe de militants du PCF. Le PG, lorsqu’il existait, n’y a participé que de manière épisodique, à mon grand regret à l’époque. Il n’y a pas eu de vraie volonté politique de faire vivre une assemblée ouverte à tous les citoyens qui voulaient renforcer le Front de Gauche sans pour autant appartenir à un parti politique. Certes le PCF  a une responsabilité, mais le PG de Mélenchon, n’a pas eu aussi une volonté de renforcer le FDG et de le faire vivre comme cadre de regroupement d’un front politique au-delà des questions électorales. Au moment de la candidature Mélenchon à la présidentielle, le PG était exsangue, par la volonté de son chef, restaient que quelques ambitions strictement électoralistes, dont Jérome Flament est le représentant le plus médiocre. C’est en fait les militants de l’Assemblée citoyenne qui ont porté la campagne du premier tour de Mélenchon. Plusieurs camarades du PCF, dont Philippe de Maistre et Françoise Quainquart, dont d’autres militants plutôt compagnons de route du PCF, ont rejoint alors la France Insoumise.

La campagne législative qui a suivi a été pour tous une véritable douche froide : rappelons le caractère particulier de la situation politique dans la circonscription : Nicolas Dupont Aignan passe un accord électoral avec Marine Le Pen. Alors qu’il s’est toujours réclamé d’un certain gaullisme social, du moins formellement, il a scandalisé de nombreux concitoyens. Des manifestations de masse se sont déroulées à Yerres. Une démarche de rassemblement à gauche, impliquant tous ceux et celles qui se mobilisaient dans la circonscription, était possible. Là comme ailleurs France Insoumise a joué cavalier seul en refusant le rassemblement et en se positionnant comme le seul facteur de la recomposition. L’ensemble des camarades qui se sont donc réunis le 10 juillet n’ont pas accepté cette démarche, du reste au niveau national, il faudra que France Insoumise nous explique pourquoi de 19%, on passe à 12%, avec au second tour un taux d’abstention qui grimpe à 56%. La réunion a échangé sur cette question et souhaite prendre des dispositions pour prendre son indépendance vis-à-vis de France Insoumise.

Si je veux rester au plus près de la discussion qui s’est menée, je dirai que nous voulons mettre en place un espace politique qui permette à tous ceux et celles qui veulent comprendre d’abord puis s’investir dans le combat contre les mesures qui vont être prises contre le salariat, la jeunesse précarisée, les retraités. Cet espace intégrerait les partis politiques, certes, comme forces de proposition, mais le principe d’un citoyen-une voix s’appliquerait. La question d’un mouvement politique du type de celui que représente Podemos en Espagne a été posée dans le débat par plusieurs camarades…

La discussion est restée ouverte sur la question de savoir comment on allait s’organiser : faut-il une association ? Si oui, cela ne peut se faire que si on est en capacité de définir précisément l’objet de cette association. Une association locale ? En fait ce que nous avons discuté relève de problèmes nationaux. La page du Front de Gauche est tournée. France Insoumise est-il le cadre approprié pour rassembler une gauche contre le néo-libéralisme destructeur de nos acquis ? En fait nos concitoyens se détournent de toutes les tambouilles d’appareils politiques. Nous avons besoin d’un cadre où la démocratie la plus large soit respectée pour discuter et régler les problèmes. France Insoumise manifestement n’est pas ce cadre. Il faut je pense rester prudent sur une concrétisation organisationnelle trop précise aujourd’hui. Les camarades ont posé la question d’une assemblée constitutive au mois d’Octobre qui serait préparée par une réunion préparatoire en amont en septembre.

Si je veux être précis sur ce que j’ai entendu, voilà à peu près ce que j’en ai compris. Cela me semble être une démarche qu’il faut appuyer.

PS : La question de la nature de France Insoumise n’a que peu été discutée dans la réunion, c’est pourquoi j’ajoute ce post-scriptum personnel. Je me suis gardé d’écrire que France Insoumise se voulait être une force de recomposition « à gauche », puisque Mélenchon part d’une démarche de type populiste et nationaliste : il y a d’un côté « le peuple » et de l’autre « la caste » ou « l’oligarchie ». Pour moi je l’analyse comme une vraie rupture avec les valeurs sur lesquelles s’est constitué le mouvement ouvrier. Que l’on soit « réformiste » ou « révolutionnaire » ou « écologiste », le salariat est la classe porteuse d’un avenir possible pour l’humanité. D’une classe sociologiquement majoritaire, le projet d’en faire une classe politique pour gouverner la société et la reconstruire sur d’autres bases que celles que nous impose le néo-libéralisme, crépuscule du capitalisme, reste notre souci premier. Si on jette par-dessus bord, au nom d’une carrière personnelle,  cet objectif central, on glisse alors sur un autre terrain… Il faudra élaborer précisément sur cette question.


Ensemble et le Mouvement de la France Insoumise (MFI), de quelques inquiétudes et des moyens de les lever, par Francis Sitel

Source: http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article41533
 
Vendredi 14 Juillet 2017




Les échanges, écrits et oraux, des derniers jours paraissent confirmer les raisons des inquiétudes qui existent pour Ensemble, mais aussi les possibilités de surmonter celles-ci.
 
Inquiétude que des choix de portée stratégique soient opérés en fonction de considérants tactiques.
 
Beaucoup d’arguments échangés dans le débat actuel sont de nature tactique, autour de la question des investissements militants, et d’autres sont d’ordre stratégique, dès lors qu’on évoque un changement d’époque, ou qu’on juge obsolètes les questions de l’unité, ou de l’organisation sous forme de parti.
 
Si le débat sur ces deux ordres de problèmes est utile, le danger est de prendre des décisions stratégiques au nom d’arguments tactiques. Rappelons ce sur quoi nous serons nécessairement d’accord. D’abord qu’une réflexion stratégique ne peut être bornée à un cadre purement français, il faut prendre en compte que nous sommes confrontés à plusieurs ondes de choc internationales, état du capitalisme, dérèglement climatique et plus généralement crise écologique, signification de l’élection de Donald Trump, signification du Brexit pour l’Union Européenne et déstabilisation du Moyen-Orient avec ses effets, guerre, terrorisme et mouvement de population. Ensuite que cette réflexion ne saurait être surdéterminée par les résultats d’une séquence électorale, certes fort importante, mais aussi très spécifique, du fait des logiques de type bonapartiste qui l’ont dominée.
 
Tous considérants qui invitent à prendre le temps et à se donner les moyens d’approfondir nos analyses en prenant en compte ces données dans toute leur ampleur et complexité.
 
Inquiétude de voir que les appels à rejoindre le MFI ne s’accompagnent guère d’analyses un peu travaillées sur les raisons du succès de ce mouvement et même de ce qu’est actuellement ce même mouvement dans sa diversité, dans ses forces et dans ses faiblesses.
 
Ne faut-il pas prendre en considération ce qu’on pourrait pointer comme une double nature du MFI ?
 
D’une part, le MFI a été le vecteur de la campagne de Jean Luc Mélenchon et, à ce titre, il a cristallisé une puissante mobilisation de gauche, permise par les axes sociaux et écologistes développés par le candidat et forte dans les villes populaires et dans la jeunesse, et il a capté une part de la puissante volonté qui s’est manifestée au cours de cette campagne de rejet du Parti Socialiste et de renouvellement de tout le personnel politique ainsi que des formes du débat et d’engagement politique. D’où la force du vote en faveur de Jean Luc Mélenchon et la place prise par le MFI.
 
D’autre part, le MFI ne peut être totalement dissocié du projet politique au service duquel il a été constitué. Ce projet est d’abord présidentialiste, construit depuis 2012 avec l’objectif de gagner les élections présidentielles par la conquête de l’hégémonie sur la gauche. De ce point de vue, le pari objectivement gagné, pour reprendre la formule d’Eric Coquerel, ce sont aussi les défaites et les crises additionnées du Parti Socialiste, du Parti Communiste Français (PCF), d’Europe Ecologie Les Verts (EELV) et d’Ensemble. Et cela en fonction d’une orientation prenant ses distances avec la référence à la gauche pour développer un discours empreint de populisme, de nationalisme et d’autoritarisme.
 
Le paradoxe, permis par la prégnance des logiques bonapartistes lors de cette campagne, est que le succès électoral de Jean Luc Mélenchon, et à un moindre degré celui du MFI lors des élections législatives, a été rendu possible par un audacieux équilibre entre la mobilisation de la gauche plutôt anti sociale libérale que radicale et une orientation marquée de populisme, d’où l’invention dudit populisme de gauche.
 
Au sortir de la séquence, il y a un fait incontestable. Le MFI représente un capital politique important, sur le plan militant, matériel et symbolique, mais cristallisé autour de la figure de Jean Luc Mélenchon. D’où une inconnue quant au devenir possible du MFI en tant que mouvement politique. Des tensions sont prévisibles dès lors que le MFI est appelé à muter de mouvement ayant porté la campagne de Jean Luc Mélenchon au premier tour des élections présidentielles, puis sous le patronage de ce dernier celle des candidats pour les élections législatives, en mouvement politique pérenne appelé à se définir par rapport à la gauche.
 
Nous pouvons penser que le MFI est appelé à devenir une composante de la gauche en cours de redéfinition. Mais tant que cette décantation n’est pas réalisée, il est trop rapide de décréter que le MFI a d’ores et déjà gagné l’hégémonie sur la gauche. Alors qu’on ne sait pas ce qu’est appelée à devenir cette gauche, qui restera nécessairement diverse, ni même si le MFI ambitionnera une telle hégémonie définie par rapport à la gauche.
 
Il serait raisonnable à cette étape de considérer que le MFI présente un grand intérêt et une importance décisive pour toute perspective de recomposition à gauche et pour tout projet de construction d’une force de transformation sociale, écologique et démocratique.
 
Un tel jugement, qui peut être largement partagé, suffit pour reconnaître l’importance de l’intervention des militants qui sont investis dans le MFI et pour chercher à préciser de quelle manière Ensemble se doit d’intervenir positivement en direction du MFI.
 
En revanche, moins raisonnable est l’agitation consistant à dire qu'il faut qu’Ensemble intègre le MFI. En effet un tel mot d’ordre peut renvoyer à des options très différentes. Il y a la dissolution d’Ensemble dans le MFI. Il y a le projet d’un investissement militant dans le MFI pour y constituer un courant anticapitaliste sur le modèle d’Anticapitalistas au sein de Podemos, sans préciser si l’on songe à une telle entrée comme négociée avec le MFI ou résultant de la somme d’insertions individuelles. Il y a un investissement de type entriste, avec la volonté de défendre au sein du MFI des méthodes de fonctionnement démocratique et le pluralisme politique. Il y a plus prudemment la volonté d’engager avec le MFI un débat sur ce que pourrait être un mouvement effectivement pluraliste et démocratique.
 
Le moyen de lever les inquiétudes est de prendre le temps de clarifier entre ces diverses options et de s’intéresser au devenir réel du MFI.
 
Inquiétude quant à une possible inversion des normes de notre militantisme.
 
Soit on considère comme décisive l’existence d’Ensemble, comme mouvement politique, avec ses capacités, certes limitées mais non négligeables, d’élaboration, de débat et d’action, pour envisager quelles interventions possibles en direction du MFI. Soit on inverse les termes du problème, en posant l’impératif d’intégrer le MFI, en fonction duquel on envisage à quoi peut éventuellement servir Ensemble et ce que pourrait être son devenir.
 
Il semble que cette seconde approche lorsqu’elle est défendue soit justifiée moins par les qualités du MFI que par les défauts d’Ensemble. Certaines réflexions actuelles sont dominées par un dénigrement, voire un ressentiment à l’égard d’Ensemble. Cela renvoie aux difficultés auxquelles Ensemble a été confronté tout au long de sa courte existence. Mais aussi à un phénomène qu’il convient d’aborder de front, le sentiment qu’Ensemble aurait fait la démonstration de son inutilité.
 
Cette question demande à être débattue clairement et sérieusement. Elle résulte d’un état de fait au sortir de cette incroyable campagne électorale. Ensemble a soutenu la candidature de Jean Luc Mélenchon, mais en a tiré moins de bénéfices que de divisions aggravées en son sein et des frustrations. Est-ce de la faute d’Ensemble, ou d’une partie d’Ensemble, celle qui aurait traîné des pieds, qui aurait manqué d’enthousiasme ? Certains camarades le pensent.
 
Pourtant, les désaccords très profonds qui existent au sein d’Ensemble à propos des positions défendues par Jean Luc Mélenchon n’ont pas empêché Ensemble en tant que mouvement de soutenir sa candidature, de proposer qu’un cadre pluraliste soit mis sur pied et qu’une campagne commune soit menée. Jean Luc Mélenchon ne voulait pas de cela. On peut penser qu’il a eu tort, mais on ne saurait relativiser ni la cohérence ni la détermination de ses choix, tout centrer sur lui et affirmer l’hégémonie du MFI. Il est clair qu’au terme de sa campagne il ne s’interroge pas pour savoir où étaient les six cent cinquante mille voix qui pense-t-il lui ont fait défaut, mais considère que les sept millions de voix obtenues confortent la validité du choix qu’il a fait.
 
Une explication honnête et sérieuse est également nécessaire quant à ce qu’a été l’expérience du Front De Gauche (FDG) et à propos du bilan d’Ensemble. Cela en vue de clarifier quelques questions, sans obligation de tomber d’accord au terme de l’échange.
 
Quelles étaient les attentes des uns et des autres par rapport au FDG et pour Ensemble ?
 
Quelles explications apportons-nous à l’échec du FDG ? Ainsi qu’à propos des limites qui sont celles d’Ensemble ?
 
Des désaccords existent entre nous, mais il convient de les formuler, et non les laisser à l’état de non-dits, justifiant des faits accomplis et des choix non débattus.
 
Cette fois encore cette réflexion n’a pas à être surdéterminée par les seuls choix d’ordre électoral faits au cours de la dernière période.
 
Le projet fondateur d’Ensemble est d’une tout autre portée, en termes de défense de thèmes sociaux, démocratiques, écologistes, féministes et internationalistes. Ensemble a-t-il démérité de ce point de vue ? Quant à la perspective de constitution d’une force politique nouvelle répondant aux intérêts des exploités et des dominés, elle a subi des échecs, les conditions de sa défense ont incontestablement changé, discutons-en. En évitant les emballements pouvant conduire à une désagrégation non voulue du capital que porte Ensemble.


Loi travail XXL : Appel à Résistance de l’Hérault



Le projet de loi d’habilitation, enregistré le 29 juin 2017, permet d’avoir une idée assez précise du contenu des ordonnances.

Extraits choisis :

– La loi ne fera plus la loi, les accords nationaux interprofessionnels et les conventions collectives de branche non plus. Un droit du travail par entreprise s’appliquera à tous les champs : durée du travail, les repos et les congés, droits et libertés dans l’entreprise, le contrat de travail, le droit disciplinaire, la rupture du contrat de travail, les prud’hommes, les représentants du personnel, les syndicats, la négociation collective, les conflits col- lectifs,… Il s’agit de donner une « autonomie » complète aux employeurs qui consultent et négocient quand ils veulent.

– La relative sécurité du travail : c’est fini ! casser le contrat de travail par accord d’entreprise, licencier les salariés qui refusent la modification de leur contrat portant sur une diminution des heures de travail avec un accord de réduction du temps de travail, soit une mobilité forcée avec un accord relatif à la « mobilité professionnelle et géographique » ; soit une augmentation de la durée du travail et/ou baisse de salaires avec un accord d’entreprise relatif à la « préservation ou au développement de l’emploi » ou au « maintien de l’emploi ». Le refus du salarié entraîne son licenciement avec impossibilité de saisir les prud’hommes. La suppression de « irrégularité du licenciement » et « licenciement sans cause réelle et sérieuse », permet de pouvoir licencier n’importe qui, n’importe quand…

Un état d’urgence permanent pour réprimer la contestation sociale : la loi antiterroriste en préparation autorise les préfets à interdire à une personne d’être « dans tout ou partie du département » s’il y a « des raisons sérieuses de penser » qu’elle cherche « à entraver l’action des pouvoirs publics ». À savoir que depuis 2015 sur les 618 mesures individuelles d’interdiction de séjour, 438 ont concerné des manifestants contre la loi travail : la boucle est bouclée !

La fameuse modernité n’est qu’un retour au 19ème siècle à la grande satisfaction des patrons

Collectivement, nous pouvons faire plier ce gouvernement !

Rejoignons massivement la mobilisation et la grève intersyndicale du 12 septembre 2017.

Tous les droits sociaux arrachés pendant un siècle seront anéantis Les libertés entravées par un état d’exception permanent

Ne nous laissons pas humilier

Ne nous laissons pas dépouiller de nos acquis

Licenciements facilités

Précarité généralisée

Variation imposée du temps de travail et des salaires

Fin de la représentation syndicale

Etat d’urgence permanent

Tout le pouvoir aux patrons

Appel à Résistance: 34pelaresistance34@gmail.com

SIGNATAIRES : Assemblée citoyenne des circonscriptions 1 et 8,

CGA 34, CGT Educ’Action 34, CGT Précaires Montpellier, CNT, ESS34, Ensemble ! 34,

La Collective 34, NPA 34, PG 34, PCF 34, FI, SudChimie 34, SudEducation 34, SudPTT 34


Une Gaza plus isolée et plus désespérée, extraits du rapport de l’ONU de Roger Piper.

Source : A l’encontre

13 juillet 2017



 

«Les conditions de vie des deux millions d’habitants de la bande de Gaza se détériorent davantage et plus vite» que prévu, alerte un nouveau rapport des Nations Unies publié mardi.

Contrôlée par le Hamas depuis 2007 dans un contexte de conflit politique intra-palestinien, la bande de Gaza est, de fait, administrativement séparée de la Cisjordanie. Israël a cherché à isoler le Hamas en limitant les mouvements de biens et de personnes à l’intérieur et hors de l’enclave palestinienne, avec l’appui de l’Egypte de Sissi.

Produit par l’équipe-pays des Nations Unies dans le territoire palestinien occupé, le rapport fait le point sur certains indicateurs clés identifiés par une précédente étude de l’ONU de 2012 qui prévoyait que Gaza deviendrait «inhabitable» d’ici 2020 si aucune des tendances sous-jacentes n’étaient inversées.

Intitulé «Gaza – 10 ans après», le rapport montre que « la bande de Gaza a poursuivi sa trajectoire de “dé-développement”, dans certains cas de manière plus rapide que nous ne l’avions prévu à l’origine», a déclaré le Coordinateur humanitaire et pour les activités de développement dans le territoire palestinien occupé, Robert Piper, dans un communiqué de presse.

Le manque d’approvisionnement en énergie – 90 mégawatts disponibles ces derniers jours contre les 450 mégawatts nécessaires – est le signe le plus évident et récent de la détérioration des conditions de vie à Gaza, qui s’est ajouté à toute une série de problèmes chroniques et aigus qui font depuis partie de la vie «normale» quotidienne des Gazaouis.

Selon le nouveau rapport, le produit intérieur brut réel (PIB) par habitant à Gaza a baissé et l’offre de services de santé a également continué de diminuer. L’accès aux matériaux, qui sont nécessaires pour permettre à l’économie, à l’infrastructure et aux services de base de Gaza de se remettre du conflit de 2014, reste très restreint.

Le rapport appelle Israël, l’Autorité palestinienne, le Hamas et la communauté internationale à prendre des mesures permettant des investissements plus durables pour le développement, un renforcement des secteurs productifs à Gaza, une amélioration de la liberté de circulation des personnes et des biens, ainsi que le respect des droits de l’homme et du droit humanitaire international.

«L’alternative sera une Gaza plus isolée et plus désespérée», a averti M. Piper.

«La menace d’une escalade renouvelée et plus dévastatrice augmentera et les perspectives de réconciliation intra-palestinienne diminueront – et avec elles, les perspectives de paix entre Israël et la Palestine», a-t-il ajouté. [Faut-il ajouter, comme l’écrit, entre autre Gideon Levy – voir article publié sur ce site en date du 21 juin 2017 – qu’une offensive contre Gaza sert, avec régularité, à conforter la politique du gouvernement Netanhayou – réd. A l’Encontre]

Grâce notamment à l’ampleur des services fournis par l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), Gaza a pu maintenir des normes d’éducation élevées. Mais la durée moyenne quotidienne des cours pour les étudiants ne dure pas plus de quatre heures.

Bien qu’une projection antérieure indiquant que l’aquifère côtier deviendrait inutilisable d’ici 2016 ait été repoussée pour la fin de l’année 2017, le rapport souligne que la seule source d’eau disponible de Gaza devrait être épuisée d’ici 2020, à moins que des mesures correctives immédiates ne soient prises.

Piégés dans cette «triste réalité», les habitants de Gaza tentent bien que mal de vivre dans des conditions qualifiées par le rapport «de plus en plus misérables » .

«L’aide humanitaire actuelle, en particulier via les services de l’UNRWA, aide à ralentir cette chute, mais cette orientation vers le bas reste évidente», a déclaré M. Piper.

Lundi 10 juillet, les Nations Unies et des organisations non gouvernementales – accompagnées de neuf membres de la communauté diplomatique représentant l’Australie, le Canada, l’Union européenne, l’Allemagne, la Turquie et le Royaume-Uni – ont effectué une visite de terrain à Gaza pour voir de première main l’impact cumulatif de 10 années d’isolation et de divisions internes. (Centre d’actualités de l’ONU, le 11 juillet 2017)


Les deux voyous se mettent à l'ouvrage et nous on fait quoi, face à un gouvernement et une majorité politique illégitime...

N’acceptons pas un code du travail amputé par les ordonnances ! texte du tract édité par les militant-es de la France Insoumise, militant-es du PCF de la vallée d’Yerres, syndicalistes et citoyen-nes appelant à la résistance.



 

Le libéralisme « macronien », veut mettre en vrac les acquis sociaux que nous avons mis un siècle à obtenir, pour donner encore plus de profit aux requins de la finances et du MEDEF.

Ces futurs projets de réforme concernent non seulement le droit du travail, mais vont bien au-delà de ce qui a été annoncé.

Grâce aux ordonnances, le passage en force, rapide va dégrader les conditions de travail de tous. Le couple Gattaz-Macron va mettre plus de flexibilité et de précarité, alors que notre pays est dévasté par le chômage. Les licenciements seront facilités.

La méthode est d’agir par un « simulacre de concertation » plaçant ainsi les Organisations Syndicales au pied du mur sans véritables négociations. Des questions essentielles sont au cœur des réformes envisagées. Temps de travail, travail de nuit, salaires, plafonnement des indemnités de licenciement, référendum d’entreprise à l’initiative de l’employeur, fusion des instances représentatives du personnel, remise en cause de l’insertion professionnelle des jeunes, réforme de l’assurance chômage et de l’assurance maladie avec la suppression des cotisations salariales via l’augmentation de la CSG !

L’augmentation de 1.7% de la CSG n'épargnera pas les retraités et affaiblira encore leur pouvoir d'achat.
Le Service public est également impacté par la réforme de la Fonction publique. La suppression de 120 000 postes alors que les hôpitaux sont exsangues, que notre système éducatif ne lutte plus contre l'échec scolaire, que le nouveau pouvoir nous parle de « sécurité » alors que dans le même temps on a diminué les effectifs des forces de police : 105 511 en 2007 et 99706 en 2014, (sources Mediapart).

Le gouvernement veut faire baisser le coût du travail pour mieux licencier. Il veut la fléxibilité sans la sécurité pour les salarié-es. Le rêve de « Maître Puntila- Gattaz et son valet-Macron », est de revenir depuis toujours sur ce qui a été acquis en 1936 et 1945, lors des périodes de fortes poussées sociales. Ils veulent poursuivre leurs mauvais coups pendant la période estivale par une régression de l'assurance chômage. Quant aux libertés publiques, avec l'Etat d'urgence, ils vont faire passer dans le droit commun des mesures exceptionnelles liées à cette situation qui deviendront ainsi permanentes. Les députés de résistance que deviennent les groupes parlementaires France insoumise et PCF-GDR vont s'opposer vigoureusement à cette politique mais le mouvement social devra être à la hauteur de l'ampleur de ces projets d'une extrême gravité.

Nous, militant-es de la France Insoumise, militant-es du PCF de la vallée d’Yerres, syndicalistes et citoyen-nes appelons à la résistance l’ensemble des salarié-es du privé et de la fonction publique. Sans plus attendre, mobilisons-nous contre ce « RAID » lancé sur ce qui a fait notre système social, envié par beaucoup de nos voisins.
Venez nous rejoindre pour discuter, et agissons ensemble.

 


Une analyse du programme social écrit par Macron, par Richard Abauzit

Militant syndical, inspecteur du travail retraité.

Macron, derviche tourneur autour d’un axe fixe

Source : http://www.anti-k.org/2017/07/08/une-analyse-du-programme-social-ecrit-par-macron/

Les extraits du programme de Macron, disponible sur Internet  (http://en-marche.fr/emmanuel-macron/le-programme), sont en italiques.



Du contenu social de son programme écrit

« En même temps » ; « Je suis d’accord avec vous » … et ses allers retours sur la plupart des questions importantes, le tout noyé dans un verbiage technocratique. Avec Macron, on pourrait penser que rien n’est figé et partant que quelques progrès pourraient être grappillés sous la présidence d’un président si ouvert à tous les changements.

Oui, on pourrait sauf si l’on n’est ni amnésique ni analphabète.

Tous les actes politiques de Macron, sans exception, sont ceux de la régression sociale. Et ils ont l’autonomie de pensée d’une photocopieuse délivrant à tour de bras des copies des exigences du conseil d’administration des multinationales (la Commission Européenne) et de son bras local (Le Medef et l’Institut Montaigne) : de la co-rédaction du rapport Attali qui faisait pour Sarkozy la liste des dérèglementations, demandées par ladite Commission, à la loi qu’il a signée directement (loi Macron) et à celles qu’il a dû par souci de faisabilité politique laisser signer à Rebsamen (https://blogs.mediapart.fr/richard-abauzit/blog/260515/rebsamen-jusquau-bout-de-lani) et à El Khomri (https://blogs.mediapart.fr/richard-abauzit/blog/120616/loi-uberel-khomri-48-reculs-avant-le-senat), Macron force le respect, à voir tant d’énergie et de constance déployées au service de ses commanditaires. On ne peut d’ailleurs attribuer à rien d’autre qu’à cet attachement à ne pas les décevoir l’annonce tactiquement risquée de faire passer par ordonnance en trois mois une loi travail puissance dix.

Ceux qui ont suivi l’histoire et le contenu des trois lois précitées (lois Macron, Rebsamen et El Khomri) n’ont aucun mal à décrypter le programme de Macron pour les présidentielles, celui qui est écrit, et à y distinguer ce qui n’est que la reprise de régressions déjà intervenues dans ces lois (une photocopieuse manque de mémoire), ce qui relève de dispositions prévues par les projets de loi mais que la lutte avait permis de faire retirer, et enfin de nouvelles et très importantes régressions.

La grille de lecture de ce programme est la même depuis les débuts du capitalisme : on retrouve invariablement les trois mêmes objectifs TGV, Travailler plus longtemps (faire travailler plus longtemps), Gagner Moins (raboter les salaires), Virer plus vite et à pas cher. Le tout en s’assurant la plus grande impunité.

Quel sera le contenu de l’ordonnance, déjà écrite, qui doit intervenir dès le mois de juillet ? On peut imaginer que, compte tenu du délai, l’essentiel tiendra dans la reprise des grands « principes » de la commission Badinter, destructeurs du droit existant (https://blogs.mediapart.fr/richard-abauzit/blog/280116/rapport-badinter-peine-de-mort-pour-le-droit-du-travail), que la lutte contre la loi travail avait permis de faire retirer.

Travailler plus

1/ Reprendre la tentative inachevée de la loi travail sur la durée légale

Le programme Macron reprend l’idée qui structure toutes les règlementations urbi et orbi depuis que le capitalisme financiarisé étend son règne sur l’ensemble de la planète : une loi floue, réduite à quelques grands principes n’induisant aucune obligation, des règles fixées par accords (si possible par accord collectif d’entreprise plutôt que par accord de branche et mieux encore par « accord » individuel du salarié), et à défaut d’accords, un plancher bien bas de droits minima qu’on qualifiera volontiers d’ « universels » pour transformer un recul en progrès.

Sur la durée légale (35 h), la lettre de mission d’El Khomri pour Badinter insistait bien sur le grand soin qu’il devait prendre à ne pas entrer en contradiction sur ce point avec les volontés gouvernementales. L’affaire était délicate car il fallait à la fois mettre à bas la durée légale du travail tout en affirmant le contraire. Le résultat fut, dans les premières moutures de la loi travail jusqu’au mois d’avril 2016 où il fut retiré, un projet d’article de loi maintenant la durée légale et une introduction au code du travail faite de grands principes destinés à structurer toute sa réécriture (prévue pour deux années) qui supprimait la durée légale discrètement : elle était remplacée par une « durée normale » que des accords d’entreprise pourraient modifier (« La durée normale du travail est fixée par la loi. Celle-ci détermine les conditions dans lesquelles les conventions et accords collectifs peuvent retenir une durée différente. Tout salarié dont le temps de travail dépasse la durée normale a droit à une compensation »). Une grossière manœuvre que le Conseil d’Etat avait relevée mais non censurée.

On verra dans l’ordonnance express prévue par Macron pour cet été si la manœuvre revient. La chose est probable car Macron a déjà annoncé que l’ordonnance édicterait les grands principes du droit du travail destinés à être mis en musique par des accords.

2/ Des apprentis à vie

Le contrat d’apprentissage sera supprimé (« le contrat d’apprentissage est trop rigide ») et fusionné avec le contrat de professionnalisation.

A quel âge ? Tout petits déjà : « nous développerons les périodes de pré-apprentissage ».

A quel niveau ? Toute la fac : « Demain, l’alternance pourra se faire sur les trois années de la licence professionnelle »

Et jusqu’à quand (la limite aujourd’hui est de 25 ans et, à titre « expérimental » depuis la loi travail, de 30 ans) ? No limit : « Nous ferons converger les deux contrats d’alternance qui existent aujourd’hui en un contrat unique, souple, adapté à la demande des entreprises et des branches, sans borne supérieure d’âge ».

3/ Plus d’heures supplémentaires

« Nous rétablirons les exonérations de cotisations sociales sur les heures supplémentaires »

4/ Des services publics extensibles

« Nous élargirons les horaires d’ouverture des services publics pour les adapter aux contraintes des usagers : certains services publics ouvriront le samedi et en soirée »

« Nous ouvrirons les bibliothèques en soirée et le week-end »

Gagner moins

1/ Avancer sur la suppression des salaires minima de branche

Dans les grands principes qui doivent continuer à relever de la loi, le programme Macron ne cite dans la partie « Dialogue social » de son programme que « durée légale du travail, salaire minimum, égalité professionnelle… ». Les salaires minima conventionnels au-dessus du SMIC qui sont la hantise de l’Union européenne (conventions collectives supprimées en Grèce, décimées en Espagne) ne sont pas mentionnés. Mais le programme Macron prévoit de passer de 700 conventions collectives actuellement à un nombre compris entre 50 et 100 (« nous pouvons viser d’en avoir entre 50 et 100 »). Et il semble bien que, contrairement à aujourd’hui, les salaires minima seront fixés par accord d’entreprise, la branche n’intervenant qu’à défaut : « C’est seulement à défaut d’accord d’entreprise que la branche interviendra. Ainsi, les conditions de travail et les salaires notamment seront négociés au plus près du terrain ».

2/ Avancer sur la dilution du SMIC

La formulation utilisée pour la définition du SMIC par la commission Badinter (« Un salaire minimum est fixé par la loi »), retirée discrètement en avril 2016 lors de l’examen de la loi travail, pourrait revenir. Elle faisait l’impasse sur les critères actuels de fixation : l’obligation de le réévaluer en fonction du coût de la vie, et celle de garantir une augmentation au moins égale à la moitié de celle des salaires réels moyens (sans même parler des « coups de pouce » annuels que le gouvernement, bras courts et poches profondes, oublie depuis des lustres).

3/ Des apprentis à vie (voir A 2) à pas cher

« Nous unifierons la grille de rémunération des alternants et confierons aux branches le soin d’augmenter par accords les montants des planchers fixés par la loi »

4/ Des chômeurs moins indemnisés

Plus de radiation :

« Si plus de deux emplois décents, selon des critères de salaire et de qualification, sont refusés ou que l’intensité de la recherche d’emploi est insuffisante, alors les allocations seront suspendues »

Des indemnités chômage dont le montant ira decrescendo au fur et à mesure de la reprise de l’assurance chômage par l’Etat, privé des cotisations sociales destinées à son fonctionnement, le début de la fin de l’assurance chômage solidaire :

« Parce qu’il assume en dernier ressort la responsabilité du chômage et de la précarité, l’État prendra en charge le système d’assurance-chômage »

Une prise en charge supplémentaire, les démissions de salariés (sous certaines conditions) :

« Ce droit ne sera utilisable qu’une fois tous les cinq ans. En contrepartie, l’insuffisance des efforts de recherche d’emploi ou le refus d’offres raisonnables entraîneront la suspension des allocations »

Une autre prise en charge supplémentaire, l’assurance chômage pour tous :

« Les artisans, les commerçants indépendants, les entrepreneurs, les professions libérales, et les agriculteurs disposeront, comme les salariés, de cette protection »

5/ Une Sécurité sociale en miettes

Des salaires socialisés (cotisations sociales versées à la Sécurité sociale) qui retournent par dizaine de milliards d’euros dans les poches des patrons :

« Aujourd’hui, pour beaucoup d’employeurs, il est difficile d’embaucher parce que le coût du travail pour les salariés peu qualifiés est trop élevé »

« Nous rétablirons les exonérations de cotisations sociales sur les heures supplémentaires »

« Nous simplifierons la vie des entreprises, en transformant le CICE en allégement permanent de cotisations sociales de 6 points »

« Nous faciliterons l’embauche des salariés peu qualifiés, en atteignant zéro charge générale au niveau du SMIC » « Pour les entreprises, c’est une baisse de charges de près 1800 euros par an et par salarié »

« La majeure partie des contributions actuelles des entreprises pour la formation sera progressivement converti en droits individuels pour les actifs »

Des salaires socialisés (cotisations salariales) qui ne seront plus versés à la sécurité sociale, non totalement compensées par une hausse de la CSG :

« Demain, nous ferons moins peser la protection sociale sur le travail pour soutenir leur pouvoir d’achat » « Nous augmenterons le revenu net de chacun, en réduisant les cotisations sociales » « Ces mesures seront financées par une hausse de moindre ampleur de la CSG »

Le début de la fin des régimes de retraites spécifiques et l’instauration d’un régime unique (par points) beaucoup moins favorable aux salariés du privé et du public, injuste, non solidaire, totalement individualisé, et ouvrant la voie à un régime de retraite par capitalisation :

« Nous créerons un système universel de retraites où un euro cotisé donne les mêmes droits, quel que soit le moment où il a été versé, quel que soit le statut de celui qui a cotisé » « Il faudrait regrouper l’ensemble des régimes sociaux en un seul, commun aux salariés, employeurs et indépendants » « Les cotisations, aux régimes de base comme aux régimes complémentaires, qu’elles soient versées sur les bases de revenus ou acquises au titre de la solidarité (pour les chômeurs par exemple) seront inscrites sur un compte individuel et revalorisées chaque année selon la croissance des salaires. Ainsi, chaque euro cotisé accroîtra de la même manière la pension future »

« Le total des droits accumulés sera converti au moment de la retraite en une pension, à l’aide d’un coefficient de conversion fonction de l’âge de départ et de l’année de naissance. L’allongement de l’espérance de vie est donc pris en compte en continu »

« On saura que, quand des personnes ont une retraite plus élevée, c’est qu’elles-mêmes, leurs employeurs, ou l’Etat au titre de la solidarité, ont cotisé davantage »

« Les taux de cotisation pourront rester différents. Par exemple, les indépendants pourront continuer à cotiser moins que les salariés et à avoir en conséquence une pension de retraite moindre : ils ont souvent constitué, en parallèle, une épargne qui peut être par exemple leur fonds de commerce et servira à leur assurer un revenu »

Diminution des cotisations versées par les indépendants et petits entrepreneurs qui passeront du RSI à la Sécurité sociale (« Nous supprimerons la caisse qui gère le Régime Social des Indépendants (RSI) pour l’adosser au régime général ») :

« Nous réduirons nettement les cotisations sociales qui pèsent sur les indépendants (professions libérales, commerçants, artisans, agriculteurs…) : 500 euros de moins par an pour un revenu de 3000 euros nets par mois »

« Nous supprimerons les charges des microentreprises (nouveau nom des auto-entrepreneurs) la première année et doublerons les plafonds pour permettre à plus d’entreprises de bénéficier de cette mesure et du régime fiscal de la microentreprise »

Virer plus vite et à pas cher

 1/ Le rêve patronal enfin à portée

Une mesure déjà tentée par Macron ministre, mais si scandaleuse qu’elle avait été annulée par le Conseil constitutionnel :

« Nous réduirons l’incertitude sur les coûts de licenciement » « Nous instaurerons un plafond et un plancher pour les indemnités prud’homales pour licenciement sans cause réelle et sérieuse »

2/ Une dissolution de la procédure prud’homale

« Nous créerons, dans chaque département, un tribunal de première instance qui fusionnera l’ensemble des tribunaux locaux spécialisés de première instance. Ce tribunal traitera l’ensemble des matières dans des pôles dédiés : pénal, social, affaires familiales, commercial, civil »

« Nous ramènerons le nombre de modes de saisine de 15 à 2 pour les procédures civiles. Aujourd’hui, chaque juridiction, chaque contentieux, a sa propre procédure. Cette complexité ne permet pas un accès fluide au juge. Elle génère des lenteurs, et peut même être source de nullités. Nous fusionnerons donc les procédures civiles en deux : une avec avocat obligatoire pour les affaires complexes, et l’autre sans avocat obligatoire pour les contentieux du quotidien »

« Nous favoriserons la création de plateformes de règlement amiable des litiges qui lorsqu’elles seront tenues par des professionnels associant avocats huissiers ou notaires pourront conclure des accords ayant la force d’un jugement »

3/ Des démissions bienvenues

Les salariés démissionnaires pourront toucher le chômage. Que du miel pour les employeurs qui devaient dépenser énergie voire monnaie pour se débarrasser de salariés refusant de céder aux pressions pour obtenir cette démission.

 

Mille sucreries

Et autres mesures de désarmement des travailleurs

 

1/ Sous couvert d’ « égalité des chances »…

« Lorsqu’une entreprise, où qu’elle soit située, embauchera un habitant des quartiers prioritaires de la politique de la ville en CDI, elle bénéficiera d’une prime de 15 000 euros, étalée sur les trois premières années : ce sera comme si elle ne payait plus de charges. En CDD, la prime sera de 5000 euros sur les deux premières années »

2/ Une formation professionnelle sous totale dépendance patronale :

« Nous ferons converger les contrats existants et impliquerons pleinement les branches professionnelles dans la définition des programmes et l’organisation des formations »

« Les formations professionnelles doivent être davantage basées et conditionnées par les exigences des métiers et filières professionnelles et l’excellence de celles-ci porter sur l’employabilité »

« Nous rendrons publics les taux d’insertion professionnelle et le salaire à l’issue des formations en apprentissage en vue d’une labellisation des CFA et des lycées professionnels »

3/ Dissolution des représentants du personnel

Toutes les entreprises (les moins de 200 salariés avant la loi travail, les moins de 300 salariés après la loi travail) pourront, sur décision de l’employeur, réduire le nombre de représentants du personnel, le nombre de réunions, le nombre d’heures de délégation et dénaturer leurs anciennes attributions en fusionnant délégués du personnel, comité d’entreprise et comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail dans une délégation unique du personnel :

« Une instance unique de représentation reprenant l’ensemble des attributions des comités d’entreprises, délégués du personnel et CHSCT sera mise en place dans toutes les entreprises et tous les groupes sans limitation de plafond »

Les employeurs pourront contourner entièrement les organisations syndicales majoritaires en décidant seuls de recourir à un référendum auprès des salariés :

« Tout accord d’entreprise résultera soit d’un accord majoritaire avec les syndicats, soit d’un référendum à l’initiative de l’employeur ou des syndicats sur la base d’un accord minoritaire »

Des représentants des salariés désarmés idéologiquement :

« Nous renforcerons la formation des représentants des salariés. Au-delà des compétences en droit social, ces formations doivent aussi porter sur les enjeux spécifiques de la gestion d’une entreprise, pour que syndicats et employeurs parviennent à mieux se comprendre et aboutir à des solutions communes plutôt que de confronter des positions stériles »

Des syndicats dépendants financièrement :

« Nous permettrons à chaque salarié d’apporter des ressources financées par l’employeur au syndicat de son choix »

4/ Dissolution de l’inspection du travail

A la longue liste des mesures de casse de ce service public (loi et décret Sapin du 14 juin 2013 et du 30 mars 2014, loi Macron du 6 août 2015, loi Rebsamen du 17 août 2015, loi travail du 8 août 2016, ordonnance du 7 avril 2016, décret du 12 avril 2017 qui créé un « code de déontologie pour les inspecteurs du travail), Macron ajoute le déclin de son rôle dans la sanction des discriminations :

« Nous demanderons au Défenseur des Droits, en partenariat avec des associations et les partenaires sociaux, de favoriser des campagnes de testing, de contrôles aléatoires et imprévus à grande échelle, et de rendre publics les résultats » « Nous renforcerons les prérogatives du Défenseur des Droits en matière d’accompagnement des personnes discriminées afin qu’il assure pleinement son rôle de médiateur entre la victime et l’entreprise pour une résolution plus rapide du litige »

5/ Une haute administration triée par le CAC40

« D’ici la fin 2017, les directeurs d’administration centrale et les principaux dirigeants des organismes publics seront nommés ou confirmés au terme d’une procédure transparente, après revue de compétences et entretien »

« Nous recruterons un quart au moins des directeurs d’administration centrale en dehors de la fonction publique sur la base d’appels à candidatures ouverts visant à identifier les meilleures compétences techniques et managériales »

6/ Des services publics définitivement transformés en entreprises et voués à la désespérance

« Chaque service accueillant du public (hôpital, école, tribunal, caisse d’allocations familiales…) devra afficher, trimestriellement au moins, ses résultats en termes de qualité de service sur la base d’indicateurs concrets (délai de traitement d’un dossier, qualité de l’accueil au guichet, taux de remplacement des enseignants à l’école…). Les usagers seront associés à leur définition »

« Nous demanderons à chaque lycée professionnel et université de publier ses résultats (débouchés, salaires, etc.) sur les 3 dernières années »

« Nous mettrons fin à l’évolution uniforme des rémunérations de toutes les fonctions publiques afin de mieux prendre en compte les spécificités de chacune »

« Les ministres seront comptables du respect des objectifs de dépense publique qui leur auront été assignés. Ils auront le choix des moyens pour les atteindre (investissement, réorganisations, évolution des effectifs, rationalisation des achats…). Une loi fixera pour la durée du quinquennat les objectifs de dépense de chaque grand secteur d’administration. Les ministères qui dépassent leurs objectifs se verront reverser une partie des gains réalisés »

« …le secteur public est trop fermé sur lui-même. L’action publique gagnerait à s’ouvrir beaucoup plus à l’expérience de profils variés issus de la sphère de l’entreprise, du monde associatif, de la recherche ou des organisations internationales »

« Nous introduirons plus de souplesse dans la gestion des carrières avec des rémunérations plus individualisées et la promotion des mobilités »

Des services publics réduits à des interfaces informatiques :

« D’ici 2022, 100% des démarches administratives pourront être effectuées depuis Internet »

« Nous redéploierons les effectifs de la fonction publique pour créer des postes dans les services qui répondent à l’évolution des besoins des citoyens. Nous les réduirons là où des réorganisations et le numérique permettent de rendre le même service avec un moins grand nombre d’agents »

« Nous réduirons le nombre d’agents publics de 120 000 emplois sur la durée du quinquennat. Cela correspondra à un volume de 50 000 postes non-renouvelés dans la fonction publique d’Etat et d’environ 70.000 dans la fonction publique territoriale »

« Nous lancerons un plan pour la justice numérique. Nous permettrons notamment de dématérialiser toutes les procédures concernant des litiges inférieurs à 4000 euros »

« Nous établirons dans chaque département un tribunal de première instance qui sera le guichet unique permettant un accès facilité au juge »

« Les procédures en matière pénale seront progressivement numérisées du début de l’enquête jusqu’au jugement définitif »

« Nous mettrons à la disposition des gestionnaires publics les moyens de financer et de conduire des réorganisations génératrices de gains d’efficacité et de qualité de service »

Des services publics transformés en fournisseurs d’études de marché :

« Les administrations chargées d’autoriser des activités (l’ouverture d’un hôtel, ou l’obten­tion d’une licence de chauffeur privé, …) devront mettre à disposition leurs données. Face aux géants étrangers, des nouvelles start-ups pourront ainsi s’adresser par exemple à tous les hôteliers pour leur offrir de nouveaux services »

Des universités toujours plus « autonomes » :

« Elles pourront recruter leurs enseignants et définir leurs formations »

7/ Hormis la retraite, un statut des fonctionnaires prétendument non touché… mais « en même temps »… :

« Nous renforcerons la mobilité dans et vers la fonction publique » « Le statut des fonctionnaires ne sera pas remis en cause, mais il sera modernisé et décloisonné, par un assouplissement du système rigide des corps » « Nous mettrons en particulier fin au système des grands corps en les rapprochant de corps existant et exerçant des fonctions similaires »

Fin progressive du statut de fonctionnaire pour ceux qui ne sont ni soldat, ni flic, ni juge :

« Nous développerons le recrutement sur contrat dans les fonctions non-régaliennes, afin de permettre au service public d’attirer des professionnels d’expérience en fonction des besoins »

8/ Suppression du statut de contractuels de la fonction publique

Pas pour les titulariser… :

« Nous alignerons le statut des contractuels publics sur le droit du travail commun »

9/ Institutionnalisation de la guerre de tous contre tous

Tout à sa campagne électorale, Macron n’a peut-être pas vu qu’une de ses propositions était déjà mise en œuvre par le gouvernement auquel il a participé, pendant sa présence (loi Rebsamen et loi El Khomri) et tout récemment (décret n°2017-351 du 20 mars 2017) : le fichier de données personnelles « Compte Personnel d’Activité » est déjà logé auprès de la Caisse des dépôts et consignations et celui dénommé « Portail numérique des droits sociaux » l’est auprès de la Caisse Centrale de la Mutualité Sociale Agricole. Ces fichiers organisent le marché des travailleurs, leur mise en concurrence et la destruction progressive de la Sécurité sociale, en individualisant les droits (https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/201216/le-compte-personnel-d-activite-lurgence-du-debat-citoyen).

« Nous créerons un compte citoyen en ligne (site et application), qui rassemblera sur une même interface tous les droits, notamment ceux liés à la santé, à la trajectoire professionnelle, à la formation, à la situation fiscale, aux droits civiques »

10/ Des départements supprimés ou rendus exsangues

« Nous supprimerons au moins un quart des départements, là où ils peuvent être rapprochés de l’une de nos grandes métropoles »

« En concertation avec les élus, nous simplifierons l’administration territoriale en confiant aux services des métropoles les compétences des conseils départementaux où elles se situent »

« Nous apporterons un soutien à la performance des collectivités locales et un appui à leur modernisation »

11/ Des services publics-privés pour les employeurs

La mise en œuvre d’une disposition déjà prévue dans la loi travail… :

« Un site Internet unique donnera à chaque TPE ou PME les obligations légales et conventionnelles qu’elle doit respecter en fonction de sa situation »

… avec une nouveauté, l’assurance impunité :

« Les réponses fournies en ligne seront valables face à l’administration »

12/ ISF maintenu, mais plus pour tous

L’Impôt Sur la Fortune devient « Impôt sur la Fortune Immobilière », les revenus mobiliers échapperont demain à cet impôt. Enfin !

« L’Impôt de Solidarité sur la Fortune ne concernera plus l’investissement qui sert l’économie (actions, parts, titres d’entreprises) »

13/ Un Impôt sur les sociétés réduit

Il passera de 33 à 25 %. Aujourd’hui les grandes entreprises qui optimisent ne paient en réalité que 8%. Combien paieront-elles demain ?

Une dernière, pour la route : lors du contact auditif avec les salariés en grève de Whirlpool, Macron avait demandé à son entourage un « hygiaphone » pour leur parler plus fort. Sans doute sa méconnaissance de l’objet idoine, le mégaphone, n’explique pas tout. En effet, dans les « incivilités » que le candidat Macron promet d’éradiquer figurent les « crachats » qui seront punis « d’amendes immédiates et dissuasives ».

Dans le même temps, pour illustrer le nouveau « droit à l’erreur pour tous » qu’il veut instituer, il cite le cas d’un malheureux employeur en affirmant qu’ « aujourd’hui, un employeur qui oublie de déclarer à l’URSSAF la prime de Noël qu’il verse à ses salariés est condamné à une amende ». Sans doute est-ce là le monde imaginaire qui se raconte dans les « casse-croûte » à la Rotonde.

Avec Macron, cet employeur « pourra demain faire valoir son droit à l’erreur ». Car il faut qu’on se le dise : « L’administration sera d’abord là pour conseiller avant de sanctionner, la sanction étant limitée aux manquements délibérés, répétés ou particulièrement graves ». C’est ce qui se disait, au milieu du XIXème siècle, au début de l’inspection du travail.

 


Quelques remarques sur le positionnement des syndicats face au Gouvernement, par Alain Chicouard

Le 4 juillet 2017.




« Ne pas laisser seule la CFDT... »

M. Michel Noblecourt est le  ''spécialiste'' attitré  des questions syndicales du Monde. Il a généralement l'avantage de dire les choses sans détour. C'est le cas dans ses déclarations publiées les 21 et 28 juin. Jamais avare de compliments sur la CFDT  et sur sa stratégie d'accompagnement des contre-réformes, il  expose franchement que la CFDT seule risque fort de n'être pas suffisamment efficace pour appuyer les futures ordonnances Pénicaud qui - quels que soient les rideaux de fumée - seront une aggravation de la loi El Khomri.

Continuité entre la loi El Khomry et la réforme Macron....

Il rappelle une donnée centrale (qui n'est pas un scoop, mais que d'aucuns souhaiteraient mettre sous le tapis) : « Il y a en effet une continuité entre la loi El Khomri et la réforme Macron du code du travail dans la mesure où il s’agissait dans l’un et l’autre cas de donner la primauté aux accords d’entreprise. Mais la loi El Khomri ne concernait que le temps de travail. Cette fois il s’agit d’étendre cette forme de « flexisécurité » à tout le champ de la négociation sociale. »

Déclarations de J-C. Mailly.

Pourtant, depuis l'élection de Macron et la formation du gouvernement Macron, le secrétaire général de Force Ouvrière, Jean-Claude Mailly, a multiplié les interventions qui sont -  indépendamment des précautions de langage- ni plus ni moins que des offres de service... Dans ses éditos à FO-Hebdo ou dans ses déclarations à la presse, il se félicite que « la concertation va dans le bon sens » et que « des choses ont déjà bougé » sur la réforme du code du travail (Le Monde – 29 juin).

Noblecourt va à l'essentiel : « Les syndicats, à ce stade, sont plutôt bienveillants, à l’exception de la CGT. Cela tient à deux raisons : ils ont d’abord le sentiment que le gouvernement se prête vraiment au jeu de la concertation et qu’ils peuvent faire bouger les lignes. »

Concernant FO, il précise :"FO, après avoir bataillé contre la loi El Khomri, souhaite revenir dans le jeu contractuel". En clair : Mailly cherche un accord avec Macron-Pénicaud, même s'il est très clair que "l'objectif reste d'accorder la primauté aux accords d'entreprise, mais sans "tuer" la branche''... Donc la mesure majeure de la loi El Khomri inversant les normes et privilégiant l'accord d'entreprise demeurera et même sera très certainement aggravée. Resteront à la ''branche'' certaines prérogatives pour faire passer la pilule et obtenir l'imprimatur de Mailly.

Le grand changement.

A ce sujet, Noblecourt souligne le « grand changement » :

« Le grand changement par rapport à la contestation de la loi El Khomri, c’est qu’il y a une rupture du front CGT-FO. La première a d’ores et déjà choisi une stratégie de harcèlement, qu’elle n’est pas sûre de pouvoir mener à bien, à travers des manifestations à répétition. La seconde joue à fond la carte de la concertation, en pensant qu’elle pourra faire bouger des lignes. FO a déjà obtenu, ce qui est fondamental pour elle, la réhabilitation de la branche pour encadrer, dans une certaine mesure, les négociations d’entreprise. »

La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a indiqué sans faux fuyant sa stratégie pour obtenir l'aval de la CFDT et et l'UNSA, mais aussi et surtout de FO. D'une part, elle ne masque nullement qu'il s'agit bien de casser le Code du Travail :

« Soit on a un code du travail qui, en gros, n'est fait que pour embêter 95% des entreprises et sanctionner les 5% qui ne se conduisent pas dans les règles ; soit nous inventons un système qui permet plus de marges de manœuvre avec des filets de sécurité » (Le Monde – 2 juillet).

Il est difficile d'être plus clair. En bref : faire passer ce qui est décisif : inverser les normes en mettant les accords d'entreprise au premier plan, notamment « pour le détail de l'organisation et du temps de travail » (id.).

D'autre part, elle affiche sa volonté de « dialogue » avec les syndicats (dans le but de lier aussi fortement que possible les directions syndicales à ses contre-réformes) en mettant en avant le maintien de certaines prérogatives pour les branches...

Concertation sur la réforme Macron-Pénicaud ou refus et rejet de cette réforme ?

Compte tenu de tous ces éléments, comment réagiront les syndicats et les syndiqués de FO? Pas si facile de passer de l'exigence de l'abrogation de la loi El Khomry à l'approbation – franche ou plus probablement feutrée -  des futures ordonnances Macron-Pénicaud... Ainsi, par ex., l' UD-FO du Finistère

Quant à la CGT, Noblecourt s'inquiète beaucoup moins des mises en garde de Martinez que du fait que, "dans la centrale, les fédérations les plus radicales ont le vent en poupe"... Certes le bureau confédéral de la CGT a annoncé une manifestation pour le 12 septembre, ce qui ne semble pas terroriser la Ministre :

« La concertation est intense, les huit organisations syndicales font des propositions, nous tentons de trouver ensemble les solutions les plus intelligents. Et comme l'issue n'est pas écrite, les discussions vont se poursuivre tout l'été. La CGT a annoncé une manifestation le 12 septembre ? Mais elle est aussi à toutes les tables de discussion. Et puis on est en démocratie : les gens ont le droit de s'exprimer, c'est la vie ! » (id.)

Tel est bien l'enjeu de l'heure : poursuivre une « concertation » en trompe l'oeil qui n'a d'autre objectif que d'obtenir, sous une forme ou une autre, l'aval des directions syndicales pour l'aggravation de la loi El Khomry ou lutter pour exiger l'abrogation de la loi El Khomry et pour défendre le Code du Travail...

Une chose est sûre : le gouvernement, malgré la recherche d'associer les ''bonnes volontés'', n'est pas au bout de ses peines pour parvenir à ''casser le code du travail"...

 


Deux millions d’êtres humains soumis à une «expérimentation» relevant du crime, Par Gideon Levy
Gaza: juin 2017, deux heures d’électricité par jour…

Source : https://alencontre.org/moyenorient/palestine/israel-gaza-deux-millions-detres-humains-soumis-a-une-experimentation-relevant-du-crime.html

Gideon Levy est chroniqueur et membre du comité de rédaction du quotidien israélien Haaretz. Il a rejoint Haaretz en 1982. Lauréat du prix Olof Palme pour les droits de l’homme en 2015, il a obtenu le prix Euro-Med Journalist en 2008, le prix Leipzig Freedom en 2001, le prix Israeli Journalists’ Union en 1997 et le prix de l’Association of Human Rights in Israel en 1996. Il a publié, en 2010, aux éditions Verso, The Punishment of Gaza. (Réd.)


L’une des plus grandes expériences impliquant des êtres humains jamais réalisées est en train de se dérouler actuellement sous nos yeux, et le monde entier regarde les bras croisés.

Ce projet vient d’atteindre son paroxysme dans l’indifférence générale. Il s’agit d’une expérience sur des êtres humains pour laquelle aucune des institutions scientifiques internationales n’a obtenu l’approbation de la déclaration d’Helsinki [1]. Son but? Examiner les comportements humains dans des situations de tension extrême (de stress extrême) et de privations.

Il ne s’agit pas d’un groupe expérimental de quelques dizaines, centaines, ni de milliers ou dizaines de milliers, ni même de centaines de milliers des personnes. Les sujets de cette expérience ne sont pas moins de 1,9 million (Gaza) d’êtres humains.

Jusqu’à présent, ils ont réussi d’une façon stupéfiante à résister à cette épreuve. Evidemment, on a certes constaté quelques turbulences dans la cocotte-minute à l’intérieur de laquelle ils sont confinés, mais elle n’a pas encore explosé. La bande de Gaza est sous observation afin de déterminer quand et comment elle finira par exploser. Ce n’est visiblement qu’une question de temps.

Voici comment est présentée cette expérience par Israël, l’Autorité palestinienne (AP de Mahmoud Abbas) et l’Egypte de l’ex-maréchal et président Sissi: qu’arrive-t-il quand quelque deux millions d’êtres humains sont privés d’électricité presque tout le temps, de jour comme de nuit? Que leur arrive-t-il en hiver et au printemps, et surtout maintenant que frappe la terrible chaleur de l’été au Moyen-Orient?

Cette expérience, comme toutes celles de ce genre, s’échelonne en une succession de phases. On va faire cuire la grenouille dans de l’eau chauffée, progressivement, jusqu’à ébullition.

Deux heures d’électricité par jour. Et pourquoi pas une seule heure…

Pour commencer, Gaza fut privée d’électricité pendant environ huit heures sur 24, puis environ douze heures, et maintenant le temps de privation d’électricité a été porté à un tel niveau que les deux millions d’habitants de Gaza n’en disposent qu’environ 2 heures et demie sur 24. Examinons-en maintenant les effets sur les sujets. Voyons comment ils réagissent. Et que se passe-t-il quand on leur accorde l’électricité pendant seulement une heure par jour? Ou pourquoi pas une heure par semaine? Cette expérience n’en est qu’à ses débuts et personne ne peut prévoir comment elle va tourner.

Le lieu de cette expérience compte parmi les lambeaux de terre les plus maudits de la planète. La bande de Gaza (40 kilomètres de long, entre 5,7 et 12,5 kilomètres de large, une superficie totale de 365 kilomètres carrés) est l’un des endroits le plus densément peuplés au monde. La CIA estime qu’en juillet 2016 sa population avait atteint environ 1,8 million d’habitants. L’Autorité palestinienne parlait, elle, de deux millions de résidents, dès octobre 2016.

En tout cas, un million d’entre eux sont considérés comme réfugiés ou petits-enfants de réfugiés, dont la moitié environ vit toujours dans les camps. Comparés aux autres camps de réfugiés ailleurs dans le monde arabe, on estime ceux de Gaza comme les plus misérables, à l’exclusion peut-être des camps de réfugiés palestiniens, au Liban et en Syrie. Les réfugiés à Gaza ont été expulsés d’Israël ou ont fui ce pays en 1948, et représentent un cinquième de l’ensemble des réfugié·e·s palestiniens dans le monde.

Cette population n’a que rarement connu de période significative de tranquillité, de sécurité ou d’un minimum de bien-être économique. Sa situation n’a jamais été pire ni plus désespérée qu’en ce moment. Un rapport de l’ONU a déjà conclu que, dans encore deux ans et demi environ, donc d’ici 2020, la bande de Gaza ne sera plus habitable, en grande partie du fait des difficultés croissantes que pose son approvisionnement en eau. Aujourd’hui, l’expérience suit son cours, et les nouvelles restrictions d’électricité exacerbent le terrible sort de ces êtres humains.

Neutraliser la seule «centrale électrique»

Au cours de la dernière décennie, cette bande de terre brutalisée s’est aussi transformée en cage – la plus grande cage de la planète.

Gaza est encerclée: au nord et à l’est, par Israël, au sud par l’Egypte et, à ses confins à l’ouest, par la mer, où les militaires israéliens exercent un contrôle absolu. Depuis que le Hamas a pris le contrôle de Gaza, Israël, en collaboration avec l’Egypte, a ordonné un siège. Siège qui s’est légèrement atténué au fil des années, mais qui n’en reste pas moins un, surtout quand il s’agit de franchir la frontière pour entrer et sortir de Gaza. Il lui est aussi pratiquement interdit d’exporter ses marchandises.

Gaza dispose d’une seule centrale électrique, incapable de générer toute l’électricité consommée. Cette centrale, lancée en 2002, avec une capacité de production d’environ 140 mégawatts, est limitée par la faible capacité de son réseau à transporter l’électricité. En 2006, elle ne produisait que 90 mégawatts, et devait dépendre des 120 mégawatts supplémentaires fournis par Israël, au prix fort, évidemment.

A l’époque où elle produisait 43 % de la consommation électrique de Gaza, Israël fit sauter cette centrale, suite à l’enlèvement du soldat israélien, Gilad Shalit, lors de l’été 2006. Elle fut reconstruite. Elle a pu atteindre une capacité d’environ 80 mégawatts. Mais son fonctionnement est entièrement soumis au bon vouloir d’Israël, fournisseur exclusif en carburant et pièces de rechange.

Au début du siège, Israël a commencé par restreindre la quantité de diesel fourni. Les besoins de Gaza varient entre 280 et 400 mégawatts d’électricité, selon la saison. Environ un tiers du total nécessaire, plus ou moins 120 mégawatts, provenait d’Israël, entre 60 et 70 mégawatts étaient produits par la centrale. Gaza souffrait d’un manque chronique d’électricité, avant même les restrictions les plus récentes. Depuis des années, les Gazaouis sont quotidiennement privés d’électricité pendant plusieurs heures.

Le 11 juin 2017, le cabinet de sécurité d’Israël a décidé de couper l’approvisionnement en électricité à Gaza, conformément à la demande du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, déclenchant la crise actuelle, la pire jusqu’à présent. C’est la lutte entre Abbas et le Hamas, actuellement au pouvoir à Gaza – lutte dans laquelle Israël collabore d’une façon parfaitement méprisable avec l’Autorité palestinienne – qui a créé la situation actuelle. En l’espèce, les adversaires ne peuvent se répartir entre «gentils» et «méchants» : ce sont tous des méchants.

Environ deux semaines après la décision prise par le cabinet de sécurité, Israël a encore réduit ses approvisionnements et fourni huit mégawatts de moins, sur les 120 accordés précédemment. Par conséquent, certaines régions de Gaza, à l’ouest et au sud particulièrement, ne disposent que d’environ deux heures et demie d’électricité par 24 heures. J’ai bien dit, deux heures et demie d’électricité par jour.

On peine à concevoir la vie quotidienne, dans cette chaleur oppressante, avec seulement deux heures et demie d’électricité dans la journée. Comment imaginer conserver la nourriture? On frémit à la pensée de toutes ces tâches ordinaires à accomplir sans électricité. Imaginez toutes ces personnes hospitalisées dont la vie dépend de l’électricité : c’est affreux.

Récemment, dans un article paru dans Haaretz (le 4 juin) de Mohammed Azaizeh, qui travaille pour Gisha, une organisation israélienne de défense des droits de l’homme, a décrit ce qui se passait à l’Hôpital d’Al-Rantisi à Gaza.

Au service pédiatrie, les enfants sont placés sous respirateur, mais comme l’électricité n’est disponible que quelques heures par jour, leur vie tient désormais au bon fonctionnement d’un générateur – qui parfois tombe en panne. Le directeur de l’hôpital, Dr Muhammad Abu Sulwaya donne une description catastrophique de son établissement. La situation est évidemment similaire dans tous les autres à Gaza.

De la sévère restriction d’électricité, à la rareté extrême de l’eau…

Ainsi les habitants de Gaza deviennent à nouveau victimes des cyniques machinations politiques ourdies à leurs frais. Les luttes débridées pour le pouvoir et les batailles d’ego entre Abbas et le Hamas, entre l’Egypte et le Hamas et entre Israël et tous les autres, ont des conséquences qui frappent jusqu’aux appareils pour la respiration des enfants du service pédiatrie à Al-Rantisi.

Qui peut dire comment cela finira? Les adversaires ne savent que camper toujours plus obstinément sur leurs positions et le monde fait preuve d’apathie. A cause du manque d’électricité, l’eau propre manque et les égouts débordent d’eaux non traitées qui inondent les rues. Gaza a l’habitude d’une telle situation, mais même l’incroyable et incomparable résilience des Gazaouis a ses limites.

Israël porte la plus grande partie de la responsabilité de cette situation, à cause du siège qu’il impose, mais n’est certainement pas le seul coupable.

L’Autorité palestinienne (AP) et l’Egypte sont parties prenantes à part entière dans ce crime. J’ai bien dit «crime». Nous sommes en 2017 et priver des millions d’êtres humains de l’accès à l’électricité revient à les priver d’oxygène et d’eau. Israël porte une responsabilité criante parce que Gaza est toujours partiellement sous occupation israélienne. Israël a certes rappelé ses militaires et ses colons de la bande de Gaza, mais il conserve la seule responsabilité de beaucoup d’autres aspects de la vie à Gaza. Cela rend Israël responsable de la fourniture d’électricité aux habitants de Gaza.

L’Autorité palestinienne porte aussi une lourde responsabilité pour la situation actuelle, car elle abuse aussi de son propre peuple. De même l’Egypte, qui aime se donner l’image flatteuse de «sœur des Palestiniens», alors même que son propre rôle dans le siège de Gaza est intolérable.

Gaza se meurt, lentement. Ses souffrances n’intéressent personne ailleurs. Personne à Washington, Bruxelles, Jérusalem ou au Caire, ni même à Ramallah (siège de l’AP). Aussi incroyable que cela puisse paraître, visiblement personne ne se soucie du sort de deux millions de personnes, abandonnées aux ténèbres la nuit et à la chaleur oppressante des journées d’été, avec nulle part où se tourner et pas le moindre espoir. Aucun. (2 juillet 2017)

 


Note:

[1] La Déclaration d’Helsinki a été adoptée en 1964 – et complétée ainsi que révisée par la suite à plusieurs reprises – par l’Association médicale mondiale. Ces trois principees initiaux sont: «• Dans la recherche médicale, le devoir du médecin est de protéger la vie, la santé, la dignité et l’intimité de la personne. • La recherche médicale sur des êtres humains doit se conformer aux principes scientifiques généralement reconnus. • Elle doit se fonder sur une connaissance approfondie de la littérature scientifique et des autres sources pertinentes d’information ainsi que sur une expérimentation appropriée réalisée en laboratoire et, le cas échéant, sur l’animal.»


À Hambourg, la société civile conteste le sommet du G20 et le néo-libéralisme, par Martin Bodrero et Laury-Anne Cholez

Source : https://reporterre.net/A-Hambourg-la-societe-civile-conteste-le-sommet-du-G20-et-le-neo-liberalisme



Ville hôte du G20 Vendredi 7 Juillet et Samedi 8 Juillet 2017, Hambourg, en Allemagne, s’est transformée en forteresse pour cadrer les nombreuses manifestations prévues par les opposants. Entre événements pacifistes et rassemblements radicaux, la question de la violence fait débat dans un climat de restriction des libertés publiques.
 
Des hélicoptères sillonnent le ciel, près de vingt mille policiers patrouillent dans les rues. Des canons à eaux sont déployés au moindre rassemblement. Depuis plusieurs jours, la seconde cité d’Allemagne est sous tension, transformée en une véritable forteresse pour accueillir le sommet du G20. Une situation que subissent ses habitants. « Ils auraient pu aller n’importe où ailleurs, à la campagne, par exemple, pour parler de leurs affaires tranquillement. Pourquoi le faire ici ? Ce n’est pas cool. Depuis deux semaines, il y a des policiers et des barrières partout. Tous les magasins sont fermés à cause de ces satanés politiques », explique Daniel, rencontré dans une des manifestations quotidiennes organisées par les anti-G20.
 
À côté de lui, une femme porte une pancarte qui résume le but du rassemblement, « je préfère danser plutôt que d’aller au G20 ». Elle aussi ne supporte plus la militarisation de sa ville. « La vie s’est arrêtée. Nous ne pouvons même plus utiliser normalement les transports en commun à cause des barrages, c’est vraiment pénible ». Si elle dénonce la criminalisation de ceux qui manifestent, elle ne craint pas de subir des violences policières malgré les nombreuses échauffourées de ces derniers jours. « Je connais mes droits et je sais ce que je peux faire. Ce qui me rend furieuse, c’est de marcher et de voir des policiers partout et d’être surveillée à chaque coin de rue ». Pour Jutta Sundermann, ancienne membre de l'Association pour la Taxation des Transactions financières et pour l'Action Citoyenne (ATTAC) qui milite contre Monsanto au sein de l’Organisation Non Gouvernementale (ONG) allemande Action Agricole, la tenue de ce sommet à Hambourg est une très mauvaise idée. « Après les débordements qui ont eu lieu à Gênes en 2001, les organisateurs avaient promis de ne plus faire ce genre de sommet dans une aussi grande ville. D’autant que Hambourg est un endroit où les alternatives sont bien vivantes ».

Elle regrette aussi le manque de dialogue entre les autorités et les organisateurs des rassemblements. « En 2007, à Rostock, lors du sommet du G8, nous avions parfaitement coopéré avec la mairie et le gouvernement, tout s’était très bien passé. Ce n’est absolument pas le cas ici ».
 
Jutta Sundermann n’est pas la seule à dénoncer les atteintes à la démocratie qui se multiplient depuis plusieurs jours. L’équipe d’avocats de la legal team d’Hambourg fustige notamment le démantèlement des campements, où dorment habituellement les opposants au G20. Mardi 4 Juillet 2017, le camp de l'Emil-Wendt-Park a été évacué par les forces de l’ordre à coups de gaz au poivre. Le même jour, celui d’Elbpark Entenwerder, un autre quartier de la ville, a dû être abandonné à cause du harcèlement policier. Les militants ont tenté d’installer des camps spontanés dans les nombreux espaces verts d’Hambourg, sans succès.
 
Les autorités utilisent les arrêtés contre la mendicité pour justifier les expulsions systématiques. « C’est une dramatique violation de nos droits démocratiques, comme nous le craignions », s’insurge Mathias Wisbar, un avocat hambourgeois membre de la legal team. Son confrère Martin Klingner réclame même la démission du chef de la police locale.
 
Les opposants ont installé leur quartier général au cœur du stade Millerntor, l’antre du club anarchiste et antiraciste du Football Club Sankt Pauli, une enceinte mythique située au centre du quartier éponyme, le cœur du Hambourg contestataire. Dans les gradins, on peut lire des inscriptions telles que « pas de football pour les fascistes » ou encore « personne n’est illégal ».
 
Fidèle à sa tradition politique, le stade accueille les conférences de presse organisées par les militants anti-G20. Le but clairement affiché est de lutter contre les rumeurs et la désinformation, encourager le fact-checking et promouvoir un journalisme critique face aux faits rapportés par les médias mainstream. Pour pallier le démantèlement des campements, le président du club de football a également proposé d’offrir deux cent couchages pour les participants venus de toute l’Europe. Les habitants d’Hambourg sont également nombreux à ouvrir leur porte ou à proposer une place dans leur jardin. Des hébergements de dernière minute sont répertoriés sur un compte Twitter baptisé « sans sommeil à Hambourg ».
 
Trouver un toit et passer une bonne nuit de sommeil est indispensable pour tenir le rythme du programme particulièrement dense des mobilisations, qui ont débuté Dimanche 2 Juillet 2017 avec la Protest Wave, une marche et un défilé de canoës le long de l’Elbe, le fleuve qui traverse la ville, pour défendre la démocratie et le climat et lutter contre les inégalités sociales. Au-delà de l’action dans les rues, les militants contre le G20 ont aussi choisi de mettre en avant la réflexion, avec l’organisation d’un Global Solidarity Summit, un cycle de conférences et de débats qui met en valeur les nombreuses alternatives à la politique menée par les leaders des grandes puissances mondiales. « Ici, nous sommes plutôt dans le domaine de la pensée. Nous pouvons offrir des solutions pour changer le système. Des idées différentes de celles proposées par le G20, qui ne sont pas en faveur d’un monde meilleur », explique Joachim Heier, coordinateur et membre d'ATTAC en Allemagne. Parmi les intervenants, Vandana Shiva, la célèbre militante écologiste indienne, connue pour son combat contre les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM), qui a pris la parole durant la séance d’ouverture. Elle a choisi de lire un extrait du fameux ouvrage Indignez Vous, de Stéphane Hessel, « la non-violence doit être le principe de base de toute action et l’avènement d’une économie non violente et de structures étatiques non violentes doivent être la principale revendication ».

Justement, le recours à la violence pour protester contre les politiques d’austérité imposées par le G20 est une question délicate, qui divise parfois les militants. « Personnellement, je trouve que c’est un peu idiot d’avoir recours à la violence, car, en face, la réponse est toujours plus brutale », remarque Jutta Sundermann. « À la télévision et dans les journaux, on présente ceux qui se réunissent ici comme des casseurs. Mais je ne pense pas que ce soit cela. La police a détruit des camps pourtant autorisés par la justice, ce qui a entraîné une certaine violence dans les esprits », affirme de son côté Jürgen Janz, militant d'ATTAC en Allemagne.
 
Dans le quartier de Sankt Pauli, les commerçants ont collé des affiches pour montrer leur opposition au G20 et, surtout, pour demander aux manifestants d’épargner leurs vitrines.
 
La première grande manifestation attendue par de nombreux militants d’extrême gauche avait lieu Jeudi 6 Juillet 2017. Son nom était Welcome to Hell. Elle a donné lieu à des affrontements violents, la police empêchant la manifestation, rassemblant plus de dix mille personnes, d’avancer vers le lieu où doit se tenir le sommet des chefs d'état.
 
Avec un tel titre, Welcome to Hell, il n’est pas étonnant que la presse et les autorités craignent des problèmes à chaque manifestation, mais Andreas Blechschmidt, l’un des organisateurs, justifie cette appellation, « les politiques néolibérales et le capitalisme promu par les dirigeants du G20 font de la vie de millions de personnes un véritable enfer. La violence, c’est celle de Vladimir Poutine, de Donald Trump et de Recep Tayyip Erdogan. Ils sont à la source de toutes les brutalités qui ont lieu dans le monde ». Il espère que ces stigmatisations ne vont pas occulter aux yeux du grand public les revendications politiques portées par ce mouvement, « il est parfois nécessaire de protester de façon radicale pour prouver fermement notre désaccord envers ce système inique ».

 


André Breton et Léon Trotsky au Mexique en 1938...

Loin d'Orly, par André Breton

Source : Cahiers Léon Trotsky n° 47 pages 96-97

Document d'histoire.



 

A l'heure ou "Monsieur K"-comme ils disent- pose le pied sur le sol de ce pays, irrésistiblement ma main se dirige vers le Journal d'exil de Léon Trotsky, qui vient de paraitre.

Jamais mieux, jamais en termes plus concrets qu'en ce jour et à cette lumière de premier printemps sur Paris ne s'est posé le problème de l'histoire et de la contradiction dramatique qui réside en elle. Dans la mesure où elle se connait pour réelle et irréversible, elle tend à s'accorder une valeur absolue et dernière; dans la mesure où elle véhicule des intentions manifestes qui avortent ou dont la réalisation est sans cesse reculée, elle ne peut se saisir que comme contingente. De ce double fait, elle reste penchée sur son propre abîme.

"Les trous de drapeaux méditant" - rouge et or pour quelques jours - n'ont jamais pris, au fronton des édifices, un sens plus ambigu qu'aujourd'hui. Affectivement, pour ma part, il m'est impossible de les abstraire de ce dont ils ont été l'emblème et mon regard participe de celui que Trotsky - malgré tout -eût pour eux. Et cependant comment faire pour que n'y grouille pas l'immonde Vychinski des « procès », pour que s'y lavent les mains d'un « Mornard », que la paix soit sur Budapest qui crie justice?

Pour Marx comme pour Hegel, comme pour nous, l'histoire toute entière n'est autre que la relation des efforts de la liberté pour venir au jour et y progresser lucidement. Une telle vue est, naturellement, toute panoramique : elle couvre ce que nous pouvons embrasser du développement des sociétés. Bien moins sereine et soutenue d'un éclairage autrement vif est celle, parcellaire, que nous portons sur les évènements qui se déroulent dans le cadre de notre vie. A plus forte raison si, pour la première fois au cours des siècles, l'avenir de l’espèce se trouve menace et si d'autant les perspectives de réparations s'amenuisent.

Pour parvenue qu'elle soit à l'état volatil, comme tout le reste, la liberté est ce dont nous demeurons le plus avides, le plus anxieux. Certes la condition nouvelle, accablante, qui est faite à la pensée (privée de l'assurance de sa perpétuation) plus que jamais concentre l'attention sur tels individus de premier plan, « hommes pratiques et politiques » que Hegel jugeait en mesure d'influencer le cours de l'histoire. Elle prête aussi un relief sans précèdent à leurs luttes. Mais, en dépit des pouvoirs fabuleux dont certains disposent, encore une fois toute l'histoire contredit l'idée que l'avantage reste aux liberticides.

Les idéaux de 93 ont survécu à la bourrasque de Thermidor et à l'épaisse foulée napoléonienne. C'est sur cette certitude apaisante que j'ouvre le Journal d'Exil à ce passage du testament de Trotsky (27 février 1940):

« Pendant quarante-trois années de ma vie consciente je suis resté un révolutionnaire; pendant quarante-deux de ces années, j'ai lutté sous la bannière du marxisme. Si j'avais à tout recommencer, j'essaierais certes d'éviter telle ou telle erreur, mais le cours général de ma vie resterait inchangé. Je mourrai révolutionnaire prolétarien, marxiste, matérialiste dialectique, et par conséquent intraitable athée ...

Natacha vient juste de venir à la fenêtre de la cour et de l'ouvrir plus largement pour que l'air puisse entrer plus librement dans ma chambre. Je peux voir la large bande d'herbe verte le long du mur, et la lumière du soleil sur le tout. La vie est belle. Que les générations futures la nettoient de tout mal, de toute oppression et de toute violence, et en jouissent pleinement. »

En ce 23 mars 1960, salut à Léon et Nathalie Trotsky.

15 avril 1960.

 


 

Lettre de Jérome Flament, au nom de France Insoumise, à Robert Duguet suite à publication de l'article "Le vent se lève"

Lien vers l'article "Le vent se lève"


Bonjour Robert,

Merci pour avoir partagé ces notes avec nous qui lisons en copie.

Je proposerai aux initiateurs des groupes d'appui de la France Insoumise, que cet échange soit partagé avec les insoumis des villes de Brunoy, Crosne, Montgeron, Vigneux et Yerres qui sans relâche, ont soutenus dans l'action et par leurs votes, nos candidats durant les campagnes présidentielle ET législative comme la charte et le programme l'Avenir en commun les y invitait.

L'analyse qui est faite ici dépasse celle des résultats de la 8e circonscription de l'Essonne. Chacun pourra en conscience, tirer les enseignements qui lui sont propres. Le résultat que je retiendrai pour ma part est celui du 1er tour de ces deux élections à l'heure ou le choix démocratique est largement possible, y compris celui du vote blanc. L'abstention restant effectivement notre principale ennemie.     

Un questionnement bien plus large est alors posé dès la première ligne et je cite "procéder à une réflexion politique et idéologique utile pour l’avenir". Un appel est donc lancé et le recevant, nous ne pouvons que l'amplifier en y ajoutant la nécessité d'une réflexion d'action politique puisque c'est l'objectif qui est le notre depuis le 10 février 2016. Nous sommes le 30 juin 2017... alors oui, il est temps d'agir.

Loin de souhaiter lancer ici un débat idéologique, je suis certain que les militants de la France Insoumise sont aujourd'hui plus que jamais disposés a envisager l'avenir dans un esprit d’ouverture, de bienveillance et de volonté de se projeter dans l’action, d'autant que les 12% obtenus au premier tour de l’élection législative dans notre circonscription, ont placés la France Insoumise comme première force d’opposition humaniste, sociale et écologique.

Nicolas Dupont Aignan et Antoine Pavamani ont été qualifiés au second tour uniquement par les votes qui se sont portés sur leurs noms le 11 juin. Autre chose était possible et chacun pouvait agir pour en décider autrement.

Cela ne s'est pas produit et nous en tirerons les leçons au delà des personnes et des clivages historiques et volontairement organisés qui n'intéressent en rien les électeurs.

Pour l'avenir, pour tous ceux qui en feront le choix et pour mettre fin à ce que j'appellerai les "divergences cognitives en politique", je rappellerai simplement la mention de la charte des groupes d'appui de la France Insoumise qui dispose que "Les membres de partis, clubs, associations, réseaux, sont bienvenus dans ce mouvement collectif, s’ils sont prêts à en respecter le pluralisme et la priorité donnée à l’action citoyenne."

Le programme l'Avenir en commun a réuni 7 millions de voix et beaucoup ont choisi de dépasser les personnes pour se concentrer sur le contenu et sur sa centralité humaniste, sociale et écologique.

En conclusion et je reprends le message qui était le nôtre dès le 10 février 2016 et qui reste adressée au plus grand nombre : Si pour vous le programme de la France Insoumise est celui qui porte un espoir pour l'avenir ; Si l'objectif d'être une force collective de résistance humaniste, sociale, écologique et culturelle est celui qui doit être poursuivi pour l'avenir ; Alors pour l'avenir, unissons nous et gagnons ensemble la bataille des idées et des urnes.

Amitiés,

Jérôme FLAMENT  


Réponse aux responsables locaux de France Insoumise, par Robert Duguet


Les camarades de France Insoumise ont répondu à mon article…


J’avais à titre personnel envoyé des notes de réflexion politique à un certain nombres de correspondants qui s’étaient reconnus dans la démarche que nous avions initié pour une candidature unitaire de rassemblement à gauche contre les accords passés avec le FN par le député sortant et candidat à la présidentielle Nicolas Dupont Aignan.

Cette requête s’appuyait sur un mouvement massif dans la circonscription, vous le savez bien,  et je ne doute pas un seul instant qu’une candidature s’appuyant sur ce mouvement et construite démocratiquement par l’implication et l’ouverture aux citoyens, au minimum n’aurait pas permis la réélection de Nicolas Dupont Aignan. Peut-être même que nous aurions remporté la victoire. Voir sur ce point la magnifique campagne de terrain menée dans la Manche par François Ruffin. Donc, je considère, qu’au-delà de ma personne, vous répondez avec ce courrier, à ceux et celles qui se sont reconnus dans cette démarche. C’est bien tard ! En général il vaut mieux commencer une discussion avant de mener bataille. En fait France Insoumise avait choisi de partir au combat sous sa propre bannière.

Vous écrivez : « L'analyse qui est faite ici dépasse celle des résultats de la 8e circonscription de l'Essonne ». En général une campagne législative est destinée à élire la représentation nationale, c’est mieux de penser en termes d’orientation politique et non de bordures de trottoir. Toutefois je vous répondrai que la ligne stratégique que vous avez unilatéralement choisie, à l’encontre de notre proposition de candidature unitaire,  est une ligne nationale. Et dans bien des circonscriptions beaucoup d’interrogations se sont exprimées de la part de nos concitoyens vis-à-vis de cette stratégie nationale. Qu’entre le 1er tour de la présidentielle et le 1er tour de la législative France Insoumise perde 7 points, devrait vous interroger sur la responsabilité politique de votre direction nationale. Quant à ajouter que « l’abstention (reste) notre principale ennemie », il semble que votre chef bien aimé ait été beaucoup plus percutant dans l’analyse : il a dit (le chef) :« insurrection civique ». Au moins sur ce point il a raison : si on étudie les résultats nationaux dans les bureaux de vote des quartiers populaires, il y a abstention massive du salariat et de la jeunesse précarisée. Comment y répond-on ? Il vaudrait mieux commencer à réfléchir sérieusement comment nous allons combattre la politique de Macron dans un contexte qui est celui d’une remontée de la poussée à gauche en Grande Bretagne, en Espagne… et d’une crise institutionnelle sans précédent en France : le suffrage universel, sur fond d’abstention massive, a balayé les partis qui ont fondé ou étayé la Vème République (LR et PS). Alors commençons à discuter sérieusement si l’on prétend reconstruire une représentation politique qui réponde aux intérêts du salariat et de la jeunesse.

Vous ajoutez :

« Loin de souhaiter lancer ici un débat idéologique, je suis certain que les militants de la France Insoumise sont aujourd'hui plus que jamais disposés à envisager l'avenir dans un esprit d’ouverture, de bienveillance et de volonté de se projeter dans l’action, d'autant que les 12% obtenus au premier tour de l’élection législative dans notre circonscription, ont placés la France Insoumise comme première force d’opposition humaniste, sociale et écologique. »

Oui ! le débat idéologique on sait que c’est un domaine réservé au leader maximo : les militants sont l’infanterie, ils doivent se contenter de coller les affiches et distribuer les tracts…

Quant à votre résultat sur la circonscription : 12% pour France Insoumise, dites-vous ? Ni la gauche (du moins ce qu’il en reste), ni l’extrême gauche ne sont en capacité de partir de la valeur réelle des courants politiques. Dans notre circonscription au premier tour, dans une situation (comme dit César) d’ « insurrection civique », examinons les résultats en fonction de leur poids réel :

Nicolas Dupont Aignan dans un rapport Inscrits/exprimés représente au premier tour 14,7% du corps électoral. Le petit déplacement de voix vers lui au second tour émane de la population de la ville de Yerres, population très largement de seniors : Dupont ayant mis en avant pour le second tour qu’il s’opposerait aux mesures Macron contre les retraités en particulier. Ce qui lui permet de sauver de justesse son siège. Victoire à la Pyrrus, tout aussi illégitime que la fausse majorité de Macron.

Là comme ailleurs la représentation est en inadéquation totale entre le pays réel et la représentation nationale, rendant celle-ci largement illégitime.

Quant à France Insoumise, partir au combat dans le cadre de la division, c’est 5,90% en réalité. Résultat à apprécier du point de vue d’une stratégie qui ne permettait absolument pas de répondre aux attentes des citoyens.
Votre réponse manifesterait un esprit d’ouverture (surtout laissons de côté la discussion « idéologique », dites-vous) se concluant par la phrase suivante :

« Pour l'avenir, pour tous ceux qui en feront le choix et pour mettre fin à ce que j'appellerai les "divergences cognitives en politique", je rappellerai simplement la mention de la charte des groupes d'appui de la France Insoumise qui dispose que "Les membres de partis, clubs, associations, réseaux, sont bienvenus dans ce mouvement collectif, s’ils sont prêts à en respecter le pluralisme et la priorité donnée à l’action citoyenne. »

Autrement dit, vous êtes pour le rassemblement, à condition naturellement que les prétendants commencent à entériner votre charte politique. En d’autres termes on continue sur la même ligne, celle qui mène aux défaites. Face à la cascade de mesures que tentera de prendre le gouvernement Macron, je ne doute pas que les citoyens voudront discuter du fond « idéologique » pour reconstruire une gauche digne de ce nom : les positions de Jean Luc Mélenchon, depuis sa rupture avec le Front de Gauche, dérivent aujourd’hui sur une orientation populiste et nationaliste. C'était le fond de mon article.

Vous n'y répondez pas...

 


 

Le vent se lève, par Robert Duguet

« Le vent se lève, il faut tenter de vivre » Paul Valéry, le Cimetière marin

 


Quelques jours après cette longue séquence électorale, il me semble nécessaire de procéder à une réflexion politique et idéologique utile pour l’avenir.

Y compris si nous souhaitons être efficaces localement, il faut situer le débat premièrement à l’échelle de l’avenir du pays et secondement prendre en compte les rapports de force qui se dessinent à l’échelle de l’Europe, particulièrement en Grande Bretagne et en Espagne. Bref, il faut sortir d’une démarche qui ne pense la politique que lorsqu’il faut se situer dans les élections et dans un repli hexagonal. La montée de Jérémy Corbyn dans le parti travailliste britannique contre les blairistes, la réorientation stratégique de Pablo Iglesias au sein de Podemos vis-à-vis de la prise en main du PSOE par son aile gauche, et le choix de pousser à gauche Pedro Sanchez contre le parti libéral au pouvoir, témoignent d’une situation nouvelle contre le néo-libéralisme à l’échelle européenne. Il faut appréhender la situation française dans ce cadre de réflexion : c’est une défaite historique des partis qui ont qui ont fondé ou étayé les institutions réactionnaires de la Vème république. Défaite des républicains, héritiers lointains du gaullisme ; défaite du mitterandisme et du parti d’Epinay. La majorité qui sort des ruines ne doit pas faire illusion ; elle n’existe que par l’absence d’une alternative anticapitaliste.

Quand je lis les articles qu’écrivent un certain nombre de militants de la gauche radicale française, je suis surpris par ces éléments qui ne sont pas pris en compte et, pour ce qui est de la situation française, par une caractérisation relativement fausse de ce que représente le gouvernement Macron et sa majorité présidentielle. L’élément central, à savoir une abstention massive des salariés et de la jeunesse précarisée, grimpant jusqu’à 56% lors du second tour de la législative, traduit le fait que ce gouvernement n’a aucune légitimité pour imposer le programme de destruction des acquis sociaux. Mais aussi que le mouvement social a du mal à se porter en avant du fait qu’il ne s’estime plus représenté dans les institutions et dans la vie. De plus la décomposition du système politique et institutionnel de la Vème république se poursuit malgré les efforts inouïs déployés par les medias aux ordres pour occulter ces profonds processus en court. Une trentaine de députés proches de Macron ont déjà eu affaire à la justice dans le passé, quatre ministres sont contraints à la démission dès la constitution du deuxième gouvernement, dont l’innommable Bayrou… Ce gouvernement ne va tenir que par la volonté de ceux, partis traditionnels de gauche en crise ou en voie de disparition, qui en reconnaisse la légitimité et qui donc hypertrophie sa prétendue puissance de nuisance.  Y compris Jean Luc Mélenchon qui déclarait dans son blog du 28 mai que l’exigence d’« un gouvernement de cohabitation dirigé par La France insoumise » correspond à « la ligne d’action du mouvement ». Oubliée la Constituante et la 6ème république ! Ce gouvernement ne va tenir aussi que par la volonté des confédérations ouvrières d’en reconnaître la légitimité et de négocier. Négocier quoi ? Laurent Berger, responsable de la centrale jaune CFDT donne le la : Monsieur Macron, a-t-il déclaré, il faut partager le pouvoir. Diable ! Partager le pouvoir pour un syndicaliste pour faire quoi ! Il faudrait que Mailly nous explique ce qu’il est en train de « négocier » de positif dans le silence feutré des cabinets ministériels.

La difficulté de la situation politique tient au fait que nous sommes en face de deux impasses.

A l’heure où je rédige ces notes me parvient l’appel lancé par le collectif de Démocratie et Socialisme, animé par Gérard Filoche, Jean Yves-Lalanne, Claude Touchefeu. Appel lancé en direction de toutes les composantes se réclamant de la « gauche » : de Clémentine Autain à André Chassaigne, de Philippe Poutou à Jean Luc Mélenchon, de Pierre Laurent à Arnaud Montebourg. Il s’agit une nouvelle fois de nous replacer dans le sillage du Parti d’Epinay, dont le résultat dans ces élections annonce l’avis de décès. Aucune des contradictions politiques qui se sont fait jour dans ces élections ne sont posées par cette démarche prétendument inspirée du Front de Classe.
Quant à l’alternative proposée par France Insoumise, elle pose un autre type de problème. En rompant avec le Front de Gauche de façon brutale et sans aucun respect pour les nombreux militants qui s’étaient investis dans sa politique, Mélenchon entre dans une autre logique. En refusant de continuer l’expérience du Front de Gauche et de l’ouvrir à autre chose qu’un cartel d’appareils électoraux, il s’est donné tous les moyens de ne pas être au second tour de l’élection présidentielle. Nul doute que s’il avait entrainé le char dans le bon sens, il aurait été investi incontestablement comme le représentant du Front dans l’élection présidentielle… Mais, pour ce faire, il fallait entrer dans une logique de pratique démocratique…

En fait le choix idéologique fait à l’été 2014 dans l’ouvrage intitulé « l’ère du peuple » pose les principes de la campagne présidentielle de 2017 : il y a le « peuple » et son combat contre « l’oligarchie » ou « la caste ». Le candidat-président parle au « peuple » directement par-dessus la tête de « l’oligarchie ». Remplacez « l’oligarchie » par « le régime des partis » et vous retrouvez la position gaullienne traditionnelle, inspirée du nationalisme intégral de Charles Maurras. Mélenchon s’inspire aujourd’hui de Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, idéologues du « populisme de gauche ». La rupture avec le Front de Gauche, (quelles que soient par ailleurs les défauts et limites néo-réformistes du cartel, défauts et limites que Mélenchon lui-même a défendu), est une rupture avec les traditions du mouvement ouvrier. J’aimerais bien qu’on me dise ce qui différencie « le populisme des gauche » du populisme de droite.
Vincent Présumey écrit à juste titre :

« L'idéologie (est) empruntée à Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, c'est le « populisme de gauche »…
Premièrement, qu'on ne parle plus (ou alors juste par une habitude qui va s'effacer peu à peu) de lutte de classe, de classes sociales, de salariat et de travailleurs : le clivage fondamental oppose « le peuple » (également appelé « les 99% ») à « l'oligarchie », appelée aussi « la caste ».
Deuxièmement, « le peuple » est une nation - la nation française – et son identification comme peuple repose sur une thématique et une symbolique nationales, qui doivent se substituer aux thèmes et symboles issus du mouvement ouvrier. C'est ainsi que pendant que de faux naïfs dissertent contre « les gauchistes » qui n'ont pas compris que « le drapeau tricolore » et « le drapeau rouge » ne s'opposent pas, J.L. Mélenchon, lui, donne des consignes pour que dans ses rassemblements le drapeau rouge soit éliminé progressivement au profit du tricolore.
Troisièmement, « le peuple » doit se « construire » par un mouvement qui associe les individus-citoyens, mouvement dont le contenu premier n'est pas social, mais symbolique et national, reposant sur deux facteurs clefs de mobilisation et de dynamisme. »… E. Laclau avait vu celle-ci, en Argentine, dans le général Péron, dont il était un partisan »

Le populisme est un nationalisme.

Quant à établir un parallèle entre Podemos et  France Insoumise, même si les fondateurs de Podemos défendent une position populiste, l’histoire de Podemos est totalement différente. Ce mouvement en Espagne vient du mouvement des indignés et il s’est organisé sur une échelle de masse, comportant à travers ses instances de base, une vraie référence à la démocratie sociale. Podemos s’appuie sur une réaction motivée par le mouvement propre de la classe ouvrière et de la jeunesse espagnole précarisée. Podemos est passé par la case démocratie, ce qui n’est pas le cas de Mélenchon.
Je redis ce que j’ai défendu dans les articles de mon blog depuis plusieurs années : Mélenchon n’a jamais saisi les opportunités qui auraient pu conduire à l’émergence d’un courant de rupture avec la Vème république, avec le néo-libéralisme européen et donc à terme avec le capitalisme. La campagne pour le non socialiste de 2004-2005 se termine chez Mélenchon par un accord avec Fabius puis par la synthèse de congrès. C’est seulement en 2008 que Mélenchon avec PRS fait le choix d’une rupture minoritaire et absolument pas discutée dans le PS avec les militants qui voulaient en découdre. La base politique de la rupture est très étroite et elle ne vise que des objectifs électoraux. Le dernier grand mouvement politique des militants pour se réapproprier leur parti, c’est 2004-2005 : en fait le non au traité européen était majoritaire. Il y avait là un boulevard pour construire un mouvement politique de masse, mais il fallait passer par la case « démocratie » et cela Mélenchon n’en voulait pas. Quitter le PS à chaud sur la base du mouvement pour le non au traité européen. Il n’en voulait pas. Il le fera à froid en 2008, pour verrouiller d’emblée un parti, le PG, dont il ne voulait pas une construction démocratique. D’ailleurs à quand la disparition définitive du PG au profit d’une France Insoumise qui n’a aucune réalité comme organisation.

A partir de là on peut décliner ce qui dérive du nationalisme : large rassemblement social associant le capital et le travail autour d’un destin national du peuple français, opposition entre les bonnes PME bleu-blanc-rouge et les mauvaises mutinationales étrangères, chauvinisme qui conduit le leader maximo à dire que son « amour de la France est physique et pour ainsi dire charnel » ou encore l’exaltation de la Marseillaise et son « …sentiment amoureux que l’hymne national délivre et répand entre la chair et l’os… » J’en passe et des meilleures, notamment sur les questions internationales…
Le choix stratégique fait par Mélenchon pour les élections législatives se fonde sur ce populisme gaullien : le refus de déployer une force dans les localités sur la ligne de l’unité a conduit à centrer l’offensive contre les positions électives du  PCF. Derrière l’offensive contre le PCF c’est la question de la rupture avec le mouvement ouvrier qui est posée. Je ne prendrai que deux exemples : dans la 18ème circonscription de Paris, la candidature de Caroline de Haas se situait sur une ligne de rassemblement contre El Khomri. De Haas réalise 13,5% au premier tour et FI 16,5%. L’unité permettait d’élire une députée de gauche contre El Khomri et contre la loi travail version Macron. France Insoumise a refusé toute alliance politique avec les unitaires : résultat, c’est un macroniste qui l’emporte. Merci France Insoumise ! Dans notre circonscription, la 8ème de l’Essonne, le député sortant Nicolas Dupont Aignan essuie une campagne de mobilisation sans précédent contre l’alliance qu’il vient de passer avec Marine Le Pen dans la présidentielle. FI refuse toute alliance avec le PCF et les quelques militants et élus du PS qui n’ont pas sombré dans le macronisme, alors qu’il y avait une forte demande de citoyens de base pour une candidature de rassemblement. Une campagne quasiment perdue pour Dupont Aignan se termine par une courte victoire (52%). Merci France Insoumise ! Par contre dans la 1ère circonscription de l’Allier, à Moulins, une campagne militante en amont conduit à regrouper la gauche sur un programme largement discuté autour du candidat présenté par le PCF le mieux à même de gagner la circonscription, malgré le taux d’abstentions populaires.

Mélenchon sauve sa cohorte d’acier en présentant ses 17 députés, comme une victoire politique. La cohorte d’acier d’ailleurs n’est pas aussi unifiée que cela (Ruffin, Autain). Le résultat de France Insoumise aux législatives est une défaite, la défaite d’une orientation populiste, nationaliste et sectaire. Une nouvelle impasse qu’il faudra bien dépasser.
« Le vent se lève, il faut tenter de vivre » écrivait le poète Valéry, alors que la peste brune en 1922 commençait à gagner des positions dans cette Europe capitaliste. Comprendre le développement social et y prendre sa place c’est surtout réfléchir et refuser les impasses. Ni retour vers le parti d’Epinay très bien exprimée d’ailleurs par Filoche, ni reconstruction sur la base des principes du populisme. Le populisme mène à tout, y compris aux aventures autocratiques.

 


Benoît Hamon lance son mouvement et quitte le PS par Nadia Sweeny

Politis

2 juillet 2017



 

« Enfin ! » se sont exclamés nombre de ses militants. Benoît Hamon a franchi le pas : « J’ai décidé de quitter le Parti socialiste », a-t-il annoncé lors de son discours teinté d’humour, sur l’estrade surplombant la pelouse de Reuilly où il lançait son « mouvement du 1er juillet ». Applaudissements, avant la conclusion : « L’histoire des partis a fait son temps. » Après trente ans de vie commune, « ce n’est pas un divorce, tient-il tout de même à préciser, je pars sans colère : mais pour donner de la crédibilité à ce mouvement il fallait que je mette un terme à mon appartenance au PS ».

Auparavant, il avait remercié tout en dérision « le président Jupiter » pour la clarification qu’il a opérée dans les rangs de son désormais ex-parti. « Certes, nous partons moins nombreux, plus léger, mais plus robustes », Benoît Hamon entame donc une nouvelle étape de sa vie politique, refusant même de se porter candidat aux sénatoriales de septembre pour ne pas « aller chercher une élection de confort ».

Fini le parti, place donc au mouvement. Avec peut-être un brin en retard sur ceux qui ont, selon son analyse, « remplacé » le PS – la République en marche et la France insoumise – le candidat déçu de la présidentielle veut bâtir « une nouvelle maison commune ».

Répondant à cet appel « pour refaire la gauche », ils étaient d’ailleurs plusieurs milliers à déambuler sous un soleil inattendu entre les barnums, et participer aux débats lancés autour de l’écologie, des contre-pouvoirs citoyens ou encore de l’éducation populaire.

Dans une ambiance à mi-chemin entre la Fête de l’Humanité et Nuit debout, de nombreuses personnalités, proche de l’ancien député, ont fait le déplacement. Les écologistes Cécile Dufflot et Yannick Jadot, les socialistes Guillaume Balas, Dominique Bertinotti, Stéphane Troussel ou encore Barbara Romagnan ont directement participé à l’organisation. D’autres, à l’instar de François Lamy, Pouria Amirshahi, ou Marie-Noëlle Lienemann, se faufilaient plus discrètement dans la foule. « Je suis toujours présente lorsqu’un mouvement de gauche se crée », explique la sénatrice PS de Paris. « Benoît Hamon a raison de capitaliser la dynamique de sa campagne vue la fragmentation de la gauche qui perdure, mais il ne faut pas que cela se fasse contre qui que ce soit. Il faudra converger, insiste la sénatrice de l’aile gauche du PS. Hamon et Mélenchon : ce sont des identités tactiques, il faut les dépasser pour créer des identités politiques. J’ai vu Georges Marchais et François Mitterrand s’allier, alors Hamon et Mélenchon… »

En attendant, l’ancien député, qui n’épargne pas le leader de la France insoumise dans ses discours, a donné rendez-vous à « la grande famille de la gauche », « dans les combats sociaux » à venir ».

 


Pour un processus citoyen large et ouvert

Source: http://www.communistesunitaires.net/articles/pour-un-processus-citoyen-large-et-ouvert

Texte issu de l'assemblée générale de l'Association des Communistes Unitaires du 25 juin 2017.




 
Nous entrons dans une période nouvelle de recomposition politique. L'ACU affirme vouloir participer à la construction d'une dynamique politique nouvelle à visée émancipatrice permettant la réappropriation du politique par le peuple.
 
La séquence électorale passée a bouleversé le paysage de la représentation politique. C'est l'aboutissement de trente cinq ans d'alternance entre les deux blocs que constituaient le Parti Socialiste et la droite républicaine, alternance bousculée non pas par le Front National comme nous avions pu le craindre, mais par la République En Marche (REM), Objet Volant Non Identifié (OVNI) politique au service d'un homme et de la bourgeoisie. Emmanuel Macron a capté les attentes de changement en critiquant le système, en prétendant incarner l'irruption de la société civile dans la vie politique en dépassant un système fondé sur les partis et en réussissant le tour de force de faire rentrer près de trois cent nouveaux députés à l'assemblée nationale.
 
Mais tout change pour que rien ne change et ce sont les mêmes politiques au service de la classe des possédants qui seront menées, explosion du code du travail, nouvelle attaque contre le système des retraites, étatisation de la sécurité sociale pour mieux la privatiser et pérennisation de l'état d'urgence.
 
Jean-Luc Mélenchon et le Mouvement de la France Insoumise (MFI) ont eux aussi saisi les enjeux d'une nécessaire rupture à la fois avec le Parti Socialiste et avec les pratiques politiques traditionnelles, entraîné des femmes et des hommes qui ne s'impliquaient pas dans les vieilles organisations. Cinq cent mille soutiens et sept millions de voix, la campagne électorale a mis en mouvement des dizaines de milliers de personnes et elle a contribué à l'élection de trente députés.
 
Incontestablement, une dynamique politique a émergé.
 
Nous y voyons de la part des électeurs et des militants, l'espoir d'inventer de nouvelles formes d'engagement, la possibilité de rassembler en dépassant les logiques de la politique traditionnelle et la valorisation de l'implication de chacun. Le programme de l'avenir en commun, prolongement du programme du Front De Gauche (FDG), et les livrets thématiques ont été enrichis de nombreuses contributions.
 
Cependant, nous devons nous interroger sur la nature et les limites de cette dynamique. Comment combattre les effets de la personnalisation de la vie politique, contradictoire avec une démarche autogestionnaire ? Comment dépasser les logiques de ralliement, rassembler dans la diversité, favoriser la mise en commun plutôt que la discipline et  prendre en compte le pluralisme comme une richesse ? Agir pour l'émancipation, c'est aussi agir par l'émancipation.
 
Le problème posé à l'ACU ou à Ensemble n'est pas tant de rallier le MFI que de porter notre propre démarche et de contribuer, avec notre identité, à un processus large et à un mouvement citoyen avec les forces dont le MFI et les citoyens qui le souhaiteront sans attendre les propositions des autres formations.
 
L'aspiration à faire de la politique de manière beaucoup plus autonome et à s'affranchir des modes d'organisation traditionnels et le besoin de se projeter dans une société libérée des rapports d'exploitation et de domination sont les deux axes qui doivent nourrir notre proposition de nouvelle force politique à visée émancipatrice.
 
Avec les récents scrutins, la crise de la politique s'est encore accentuée et l'écart entre les aspirations présentes dans la société française et les projets de la majorité gouvernementale va encore se creuser. Emmanuel Macron est un président aux pieds d'argile. Entre abstention, non inscrits ou mal inscrits, deux tiers des français se sont abstenus au premier tour des élections législatives et des millions d'autres ont exprimé leur refus des politiques néolibérales. Il existe donc une immense défiance vis à vis du système politique et une contestation des logiques institutionnelles. L'ACU avec Ensemble entend contribuer aux résistances unitaires, notamment à la mobilisation contre la loi travail et la guerre sociale annoncée par Emmanuel Macron et son gouvernement, avec toutes les forces sociales et politiques qui le souhaiteront. Il s'agit aussi qu'au delà des résistances s'affirme et s'amplifie dés à présent la dynamique pour une alternative de transformation sociale, écologique et démocratique, et une visée de dépassement du capitalisme. Il s'agit de construire une mise en cohérence qui devienne un dénominateur commun à tous les mouvements, favorisant un imaginaire collectif qui permette de prendre l’initiative plutôt que d'être toujours contre. Ce travail reste à faire.

 


Ensemble doit continuer, par Sylvie Larue
 
Vendredi 30 Juin 2017

Source : https://www.ensemble-fdg.org/content/ensemble-doit-continuer



 

Par leur interpellation, des camarades jugent qu’Ensemble doit rejoindre au plus vite le Mouvement de la France Insoumise (MFI). D’où leur demande d’une consultation pour décider rapidement.
 
Pour notre part, nous sommes déterminés à ce qu'Ensemble se maintienne comme mouvement indépendant et pour ce faire redéfinisse son projet dans une situation politique marquée à gauche par le succès du MFI.
 
Nous pensons que ce choix est largement partagé au-delà des différences antérieures.
 
Ce débat de fond est indispensable. La tâche de l'heure est de définir les conditions permettant de le mener au mieux.
 
Ensemble résulte de l’engagement de courants politiques porteurs de traditions différentes, de personnes à titre individuel et de collectifs dont nombre d’entre eux lui préexistaient.
 
Personne ne peut disposer du devenir des collectifs.
 
D'autant que le choix à faire, loin de se borner à une option seulement interne à notre mouvement, est en lien avec les aspirations de centaines de milliers de personnes, celles de l’ensemble des militants de toutes les composantes de la gauche politique, sociale, écologiste, féministe et associative. Nous devons contribuer à rassembler dans la clarté après les séquences électorales. Cela s’adresse à toutes celles et à tous ceux, du MFI aux anciens militants du Parti Socialiste, des écologistes aux militants du Parti Communiste Français (PCF), et à toutes celles et à tous ceux sans appartenance partisane. Ce débat sera public.
 
Convaincus de l'utilité d'Ensemble et soucieux de renforcer celle-ci, il nous paraît impératif que ce débat s'accompagne d'initiatives en vue de participer aux efforts pour faire force face au nouveau pouvoir politique, à la droite et à l'extrême droite.
 
Faire force suppose de multiples contacts avec le souci de favoriser une dynamique de type nouveau. L’urgence l’impose pour s’opposer aux ordonnances au sujet du droit du travail, comme aux effets liberticides de l’état d’urgence maintenu, mais elle n’est pas moindre pour imposer l’égalité entre les femmes et les hommes qui ne peut rester une promesse électoraliste, pour développer en actes une politique écologiste, pour une véritable égalité des droits et pour faire reculer les discriminations sexistes comme xénophobes et racistes.
 
Nous devons poursuivre des discussions pour élaborer un socle social européen.
 
Cela demande une présence dans de multiples initiatives en prêtant attention aux propositions et aux réalisations qui auront lieu dans les prochains mois. Cela implique les espaces les plus larges, notamment les suites de l'appel des cent et du front commun, comme celles auxquelles inviteront des groupes du MFI et sans doute d’autres manifestations militantes associatives, syndicales et citoyennes. Au-delà même des divergences à analyser et à discuter avec le MFI, ce mouvement s’avère être un partenaire incontournable pour une construction d’une gauche debout.
 
Une réelle recomposition, une réelle reconstruction et un mouvement politique nouveau, exigent de définir des axes de transformations ouvrant la voie à une révolution démocratique. Cela est possible. Nous contribuerons à tous les débats locaux ou nationaux allant dans ce sens. Le travail collectif d’élaboration que cela implique ne pourra pas se clore par une simple consultation pour ou  contre entrer dans le MFI.
 
Il nous faut donc établir un calendrier d’actions et de réflexions de notre collectif national du mois de juillet 2017 jusqu’à une autre étape à la fin du mois de septembre 2017.
 
Nous pourrons, ainsi, vérifier et décider des contours à maintenir et à changer dans notre mouvement et dans ses investissements politiques.
 

Premiers signataires
 
Etienne Adam, Louis Aminot, Janie Arnéguy, Pierre Cours-Salies, Alexis Cukier, Bruno Della Sudda, Didier Epsztajn, Karl Ghazi, Sylvie Larue, Laurent Lévy, Philippe Marlière, Roland Mérieux, Richard Neuville, Patrick Silberstein, Cécile Silhouette, Francis Sitel, Pierre Zarka

 


La résistible ascension d’Emmanuel Badinguet, par Denis Collin

Source : http://la-sociale.viabloga.com/news/la-resistible-ascension-d-emmanuel-badinguet

01 juillet 2017



La bourgeoisie, elle aussi, a constaté que la constitution de la cinquième république n’était plus adaptée à l’étape actuelle de la mondialisation capitaliste. L’émergence d’un proto-état européen sous le contrôle direct de la finance suffirait à lui seul pour ringardiser la République de De Gaulle. En 1958, en pleine crise du colonialisme, De Gaulle s’est imposé contre les partis politiques. Macron nous fait lui aussi le coup du césarisme. Sauf qu’il ne s’appuie pas sur des légionnaires, mais sur des DRH. Sa bande de « va-à-la-soupe en courant » est gérée comme une entreprise. Nous n’avons pas à faire à un césarisme militaire, mais à un césarisme patronal. L’état géré comme une entreprise, nous arrivons au comble du capitalisme. Un capitalisme total qui s’est soumis tous les secteurs de la vie sociale: vie quotidienne, culture, éducation, politique…rêves? Avouons que Marx lui-même ne l’avait pas imaginé. Nous allons constater qu’une société humaine ne peut pas fonctionner suivant les seules règles du capitalisme. En tout cas, si les êtres humains ne sont pas capables de s’en débarrasser, la planète elle a déjà dit stop!

On pensait que Macron était simplement un produit de marketing promu par les BNP (Berger, Niel, Pigasse), par Drahi et par la crème du capital financier et médiatique. Ce qu’on avait mal estimé c’est la nature du projet politique. On savait que la ligne Macron était l’ubérisation de l’économie, la destruction du code du travail avec toutes les autres conséquences de la « concurrence libre et non faussée ». Mais on aurait dû comprendre que ce coup de force social, cette révolution contre l’État social modèle 1945 nécessitait une aggravation sans précédent du caractère bonapartiste autoritaire de la Ve République. Du défilé des Champs Élysées en véhicule militaire jusqu’à la réunion du congrès de lundi prochain, les symboles et les actes définissent une ligne :

– l’ordre (militarisé) avec la mise en place d’une unité spéciale de « lutte contre le terrorisme » – c’est-à-dire en fait vouée à « l’ordre intérieur » placée directement sous le contrôle du président – et non sous la responsabilité du ministère de l’Intérieur et de la Justice ;

– le projet d’intégration de l’état d’urgence à la loi ordinaire, autrement dit faire de l’état d’urgence la règle normal de la république, ce qui implique de nouveaux coups portés à la séparation des pouvoirs et l’octroi à l’exécutif et à l’administration de pouvoirs incompatibles à toute conception libérale de l’organisation des pouvoirs publics ;

– les ordonnances pour détruire le droit du travail veulent mettre à bas tout l’édifice du droit social dans ce pays, patiemment construit depuis plus d’un siècle et demi ;

– la convocation du congrès pour la communication du président le lundi 3 juillet s’inscrit dans la ligne d’inflexions successives qui visent à supprimer tout ce qui pouvait rester de parlementaire dans la constitution. En définissant devant les parlementaires, sans débat, les grandes orientations du gouvernement, Macron met en cause l’article 20 de la constitution qui stipule que « Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation. Il dispose de l’administration et de la force armée. Il est responsable devant le Parlement dans les conditions et suivant les procédures prévues aux articles 49 et 50. » Macron entérine la position de Sarkozy qui définissait le premier comme son « collaborateur ».

L’organisation même de l’exécutif concentre tous les pouvoirs à l’Élysée. Les conseillers du président et ceux du premier ministre sont les mêmes. Il y a une fusion entre l’Élysée et Matignon et donc Philippe est un hologramme de Macron. Rien d’autre. La création d’une force spéciale placée directement sous le contrôle du PR va dans le même sens.

Dans la presse, on assiste à un nettoyage sournois mais efficace : les ruptures de contrat dont Natacha Polony a été la victime en sont un signe parmi d’autres. On signale des cas de censure assez nombreux dans la presse écrite : les Échos, par exemple, ont censuré une chronique bien modérée du social-démocrate Michel Broué. Face à ces menaces, la plupart des journalistes redoublent de zèle. Il y a encore 10 ans que le président de la république se fût proclamé « jupitérien » aurait fait hurler de rire la France entière. Aujourd’hui, presque rien ! Quelques jours plus tard, le ministre de l’économie, M. Le Maire s’est lui-même qualifié d’Hermès, le messager des dieux ! Plus rien n’arrête ces gens-là. On en arrive à se demander quand Emmanuel Macron proposera de ceindre la couronne impériale. Il pourrait prendre le nom de Napoléon IV…

La vraie nature du régime s’éclaire singulièrement. Il s’agit d’un régime bonapartiste – pour reprendre la qualification de Marx – ou encore de ce césarisme qui était la hantise de tous les républicains d’antan. Quand De Gaulle fonde la Ve république, il a une idée directrice : le pouvoir c’est la rencontre d’un homme et de la nation, via l’élection plébiscitaire du président. Tous les autres pouvoirs n’ont aucun autonomie réelle et son de simples relais de « l’homme de la nation ». Tout cela est déjà clairement explicité dans le discours de Bayeux de juin 1946. Le régime réellement mis en place en 1958 ne correspondait pas exactement à ce projet. Il avait fallu composer : la SFIO par Guy Mollet interposé voulait bien de la nouvelle constitution mais sans détruire tout parlementarisme. Michel Debré définissait le régime comme un « régime mixte ». Mais ce régime recèle en lui des contradictions que les périodes de cohabitation ont bien montré : dans ces périodes il fonctionne pratiquement comme un régime parlementaire presque « normal ». C’est pourquoi la première grande manœuvre pour en finir avec caractère mixte a l’opération Chirac-Jospin de 2001 : réduction du mandat présidentiel à 5 ans et inversion du calendrier électoral de telle sorte que l’assemblée nationale ne soit que la projection de l’élection présidentielle et que soit écarté le risque de la cohabitation. La présidence de Sarkozy a renforcé cette orientation, notamment avec la possibilité d’un discours direct du président au congrès – au paravent le président ne pouvait qu’envoyer des messages et présence physique du président devant les parlementaires a une portée symbolique et politique forte. En quelques jours, le pouvoir macronien a donné une nouvelle impulsion à cette marche vers le régime du « pouvoir personnel », c’est-à-dire vers un régime bonapartiste, autoritaire dont le pilier n’est plus la représentation national mais l’appareil d’État concentré entre les mains de l’exécutif.

Depuis les années 80, on plaint dans ici et là du triomphe du libéralisme. Si les capitalistes ne rencontrent plus guère de limites à leurs ambitions, il ne s’agit nullement de libéralisme. Plus que jamais l’État est au main du capital financier – tout comme Marx l’avait analysé en 1852 après le coup d’État de Louis Bonaparte. Mais cette mainmise du capital financier implique la liquidation de toutes les formes même les plus innocentes du libéralisme politique classique. Il ne s’agit pas d’une question purement française. Les mêmes tendances au « pouvoir personnel » se manifestent un peu partout. Aux États-Unis, c’est Trump qui se heurte à la constitution américaine et au caractère fédéral très décentralisé du pouvoir politique. Trump s’inscrit dans une direction politique où l’on trouve aussi Poutine et Erdogan, mais aussi les tendances d’un Matteo Renzi pour limiter drastiquement le parlementarisme italien et achever ce que Berlusconi n’avait pas pu mener à bien. Macron prend sa place dans ce tableau. Mais rien n’indique qu’il pourra mener à terme son entreprise. En dépit de l’unanimisme médiatique, la majorité des citoyens n’est pas encore prête à crier « Vive l’Empereur ».

 


Document d'histoire du père Hugo: ce texte est éminemment actuel, contre tous les apprentis bonapartes!

La statue de Victor Hugo à Besançon

Banquet-anniversaire des proscrits après la prise de pouvoir de Napoléon 3 ou Badinguet 1er, par Victor Hugo

Source: textes politiques, R.Laffont, Politique, pages 463-466.



24 février 1854

 

Citoyens,

Une date, c'est une idée qui se fait chiffre ; c'est une victoire qui se condense et se résume dans un nombre lumineux, et qui flamboie à jamais dans la mémoire des hommes.

Vous venez de célébrer le 24 Février 1848 ; vous avez glorifié la date passée ; permettez-moi de me tourner vers la date future.

Permettez-moi de me tourner vers cette journée, sœur encore ignorée du 24 Février, qui donnera son nom à la prochaine révolution, et qui s'identifiera avec elle.

Permettez-moi d'envoyer à la date future toutes les aspirations de mon âme.

Qu'elle ait autant de grandeur que la date passée, et qu'elle ait plus de bonheur !

Que les hommes pour qui elle resplendira soient fermes et purs, qu'ils soient bons et grands, qu'ils soient justes, utiles et victorieux, et qu'ils aient une autre récompense que l'exil !

Que leur sort soit meilleur que le nôtre !

Citoyens ! que la date future soit la date définitive !

Que la date future continue l'œuvre de la date passée, mais qu'elle l'achève !

Que, comme le 24 Février, elle soit radieuse et fraternelle ; mais qu'elle soit hardie et qu'elle aille au but ! qu'elle regarde l'Europe de la façon dont Danton la regardait !

Que, comme Février, elle abolisse la monarchie en France, mais qu'elle l'abolisse aussi sur le continent ! qu'elle ne trompe pas l'espérance ! que partout elle substitue le droit humain au droit divin ! qu'elle crie aux nationalités : debout ! Debout, Italie ! debout, Pologne ! debout, Hongrie ! debout, Allemagne ! debout, peuples, pour la liberté ! Qu'elle embouche le clairon du réveil ! qu'elle annonce le lever du jour ! que, dans cette halte nocturne où gisent les nations engourdies par je ne sais quel lugubre sommeil, elle sonne la diane des peuples !

Ah ! l'instant s'avance ! je vous l'ai déjà dit et j'y insiste, citoyens ! dès que les chocs décisifs auront lieu, dès que la France abordera directement la Russie et l'Autriche et les saisira corps à corps, quand la grande guerre commencera, citoyens ! vous verrez la révolution luire. C'est à la révolution qu'il est réservé de frapper les rois du continent. L'empire est le fourreau, la République est l'épée.

Donc, acclamons la date future ! acclamons la révolution prochaine ! souhaitons la bienvenue à cet ami mystérieux qui s'appelle demain !

Que la date future soit splendide ! que la prochaine révolution soit invincible ! qu'elle fonde les États-Unis d'Europe !.

Que, comme Février, elle ouvre à deux battants l'avenir, mais qu'elle ferme à jamais l'abominable porte du passé ! que de toutes les chaînes des peuples elle forge à cette porte un verrou ! et que ce verrou soit énorme comme a été la tyrannie !

Que, comme Février, elle relève et place sur l'autel le sublime trépied Liberté-Égalité-Fraternité, mais que sur ce trépied elle allume, de façon à en éclairer toute la terre, la grande flamme Humanité !

Qu'elle en éblouisse les penseurs, qu'elle en aveugle les despotes !

Que, comme Février, elle renverse l'échafaud politique relevé par le Bonaparte de décembre, mais qu'elle renverse aussi l'échafaud social ! Ne l'oublions pas, citoyens, c'est sur la tête du prolétaire que l'échafaud social suspend son couperet. Pas de pain dans la famille, pas de lumière dans le cerveau ; de là la faute, de là la chute, de là le crime.

Un soir, à la nuit tombante, je me suis approché d'une guillotine qui venait de travailler dans la place de Grève. Deux poteaux soutenaient le couperet encore fumant. J'ai demandé au premier poteau : Comment t'appelles-tu ? il m'a répondu : Misère. J'ai demandé au deuxième poteau : Comment t'appelles-tu ? Il m'a répondu : Ignorance.

Que la révolution prochaine, que la date future, arrache ces poteaux et brise cet échafaud.

Que, comme Février, elle confirme le droit de l'homme, mais qu'elle proclame le droit de la femme et qu'elle décrète le droit de l'enfant ; c'est-à-dire l'égalité pour l'une et l'éducation pour l'autre !

Que, comme Février, elle répudie la confiscation et les violences, qu'elle ne dépouille personne ; mais qu'elle dote tout le monde ! qu'elle ne soit pas faite contre les riches, mais qu'elle soit faite pour les pauvres ! Oui ! que, par une immense réforme économique, par le droit du travail mieux compris, par de larges institutions d'escompte et de crédit, par le chômage rendu impossible, par l'abolition des douanes et des frontières, par la circulation décuplée, par la suppression des armées permanentes, qui coûtent à l'Europe quatre milliards par an, sans compter ce que coûtent les guerres, par la complète mise en valeur du sol, par un meilleur balancement de la production et de la consommation, ces deux battements de l'artère sociale, par l'échange, source jaillissante de vie, par la révolution monétaire, levier qui peut soulever toutes les indigences, enfin, par une gigantesque création de richesses toutes nouvelles que dès à présent la science entrevoit et affirme, elle fasse du bien-être matériel, intellectuel et moral la dotation universelle !

Qu'elle broie, écrase, efface, anéantisse, toutes les vieilles institutions déshonorées, c'est là sa mission politique ; mais qu'elle fasse marcher de front sa mission sociale et qu'elle donne du pain aux travailleurs ! Qu'elle préserve les jeunes âmes de l'enseignement, – je me trompe, – de l'empoisonnement jésuitique et clérical, mais qu'elle établisse et constitue sur une base colossale l'instruction gratuite et obligatoire ! Savez-vous, citoyens, ce qu'il faut à la civilisation, pour qu'elle devienne l'harmonie ? Des ateliers, et des ateliers ! des écoles, et des écoles ! L'atelier et l'école, c'est le double laboratoire d'où sort la double vie, la vie du corps et la vie de l'intelligence. Qu'il n'y ait plus de bouches affamées ! qu'il n'y ait plus de cerveaux ténébreux ! Que ces deux locutions, honteuses, usuelles, presque proverbiales, que nous avons tous prononcées plus d'une fois dans notre vie : – cet homme n'a pas de quoi manger ; – cet homme ne sait pas lire ; – que ces deux locutions, qui sont comme les deux lueurs de la vieille misère éternelle, disparaissent du langage humain !

Qu'enfin, comme le 24 Février, la grande date future, la révolution prochaine, fasse dans tous les sens des pas en avant, mais qu'elle ne fasse point un pas en arrière ! qu'elle ne se croise pas les bras avant d'avoir fini ! que son dernier mot soit : suffrage universel, bien-être universel, paix universelle, lumière universelle !

Quand on nous demande : qu'entendez-vous par République Universelle ? nous entendons cela. Qui en veut ? (Cri unanime : – Tout le monde !)

Et maintenant, amis, cette date que j'appelle, cette date qui, réunie au grand 24 Février 1848 et à l'immense 22 septembre 1792, sera comme le triangle de feu de la révolution, cette troisième date, cette date suprême, quand viendra-t-elle ? quelle année, quel mois, quel jour illustrera-t-elle ? de quels chiffres se composera-t-elle dans la série ténébreuse des nombres ? sont-ils loin ou près de nous, ces chiffres encore obscurs et destinés à une si prodigieuse lumière ? Citoyens, déjà, dès à présent, à l'heure où je parle, ils sont écrits sur une page du livre de l'avenir, mais cette page-là, le doigt de Dieu ne l'a pas encore tournée. Nous ne savons rien, nous méditons, nous attendons ; tout ce que nous pouvons dire et répéter, c'est qu'il nous semble que la date libératrice approche. On ne distingue pas le chiffre, mais on voit le rayonnement.

Proscrits ! levons nos fronts pour que ce rayonnement les éclaire !

Levons nos fronts, pour que, si les peuples demandent : – Qu'est-ce donc qui blanchit de la sorte le haut du visage de ces hommes ? – on puisse répondre : – C'est la clarté de la révolution qui vient !

Levons nos fronts, proscrits, et, comme nous l'avons fait si souvent dans notre confiance religieuse, saluons l'avenir !

L'avenir a plusieurs noms.

Pour les faibles, il se nomme l'impossible ; pour les timides, il se nomme l'inconnu ; pour les penseurs et pour les vaillants, il se nomme l'idéal.

L'impossible !

L'inconnu !

Quoi ! plus de misère pour l'homme, plus de prostitution pour la femme, plus d'ignorance pour l'enfant, ce serait l'impossible !

Quoi ! les États-Unis d'Europe, libres et maîtres chacun chez eux, mus et reliés par une assemblée centrale, et communiant à travers les mers avec les États- Unis d'Amérique, ce serait l'inconnu !

Quoi ! ce qu'a voulu Jésus-Christ, c'est l'impossible !

Quoi ! ce qu'a fait Washington, c'est l'inconnu !

Mais on nous dit : – Et la transition ! et les douleurs de l'enfantement ! et la tempête du passage du vieux monde au monde nouveau ! un continent qui se transforme ! l'avatar d'un continent ! Vous figurez-vous cette chose redoutable ? la résistance désespérée des trônes, la colère des castes, la furie des armées, le roi défendant sa liste civile, le prêtre défendant sa prébende, le juge défendant sa paie, l'usurier défendant son bordereau, l'exploiteur défendant son privilège, quelles ligues ! quelles luttes ! quels ouragans ! quelles batailles ! quels obstacles ! Préparez vos yeux à répandre des larmes ; préparez vos veines à verser du sang ! arrêtez-vous ! reculez !. – Silence aux faibles et aux timides ! l'impossible, cette barre de fer rouge, nous y mordrons ; l'inconnu, ces ténèbres, nous nous y plongerons ; et nous te conquerrons, idéal !

Vive la révolution future !

 


La question de l’unité de la gauche est une question centrale.

 

Elle ne peut se réaliser que sur la base d’orientations partagées qui tournent le dos à la politique du gouvernement néo-libéral Macron-Philippe ou des gouvernements précédents.

Il ne peut y avoir de neutralité, d’abstention positive face à ce gouvernement.

Les bilans des expériences précédentes doivent être tirés. Ils ne constituent pas un préalable, mais la nécessité de cadres ouverts doit être prise en compte pour la construction d’une offre politique nouvelle.

Ouvrir la perspective d’une coalition de la gauche démocratique, sociale, écologiste.

Pour que cette création soit rendue possible, il faut :

Un engagement des principaux courants de la gauche et de l’écologie opposés à Macron. Cet engagement n’est possible, en l’état, que si chaque force a des garanties de maintien de son indépendance.
Ce serait un premier pas vers la constitution d’une fédération rose-rouge-verte.

Pour que cette coalition puisse devenir le cadre de recomposition, il faut :

Une déclinaison locale de la dite coalition
Une politique unitaire permettant de mener des batailles politiques en commun et d’élargir la coalition
La possibilité d’adhésions directes à cette coalition
À défaut de gagner la bataille pour une coalition de toute la gauche démocratique, écologiste, sociale, c’est un autre paysage qui peut se constituer fait de confusion, de divisions et de nouvelles défaites. Nous n’avons pas le droit de prendre ce risque. Nous devons avancer pour bâtir l’outil nécessaire à des avancées sociales, écologistes, démocratiques pour le salariat, la jeunesse, les retraités : c’est-à-dire pour l’écrasante majorité de la population.

Pour construire une dynamique unitaire, il y a besoin de mener des batailles politiques communes. Celles-ci peuvent prendre plusieurs formes et se mener sur différents fronts.

La première campagne commune tombe sous le sens : contre les ordonnances, nous appelons à construire une opposition majoritaire au projet de Macron.

Nous nous inscrivons pleinement dans les initiatives en cours : initiatives politiques, syndicales, associatives ou citoyennes. Toutes doivent converger pour permettre une issue positive.

Cette campagne contre les ordonnances et plus globalement contre le big-bang anti-social voulu par Macron s’engage maintenant. Le temps est compté. La mise en place de collectifs unitaires doit être rapide avec des échéances à proposer pour rythmer cette campagne : en juillet avant le vote de la loi d’habilitation, en septembre avec des réunions publiques, des meetings unitaires et une démarche participative qui pourrait déboucher sur une votation citoyenne.

Les questions des élections européennes comme des prochaines municipales vont structurer la vie politique et permettre de construire une alternative majoritaire à gauche.

Avec toutes les forces qui le souhaitent, nous proposons de préparer ces batailles dès maintenant.

Les élections européennes de 2019 peuvent être un facteur de division renouvelée.

Elles peuvent aussi permettre de construire une large coalition. La politique du gouvernement soutenant les recommandations de la Commission européenne (réformes structurelles, baisse des déficits…) peut constituer le champ d’une campagne unitaire pour une autre Europe anti-austéritaire ayant le social au cœur, combattant la pauvreté partout où elle s’est développée.

Quant aux municipales, des contacts peuvent être pris localement pour reconquérir les municipalités passées à droite en 2014 ou conserver celles qui sont dirigées par la gauche. À ce titre, il sera nécessaire de constituer des listes de l’alternative de gauche en lien avec les quartiers populaires et sur la base de projets co-construits en termes de mesures sur les questions sociales et environnementales.

Voilà trois axes de batailles politiques communes qui permettent de construire, dans l’action concrète, une force nouvelle tout en débattant des solutions et des moyens à mettre en œuvre pour une politique alternative.

Débattons, dès maintenant, ensemble des conditions et moyens pour engager ce processus.

À toutes et tous, nous adressons nos chaleureuses salutations avec l’espoir de nous retrouver prochainement dans nos villes, nos campagnes, nos banlieues comme au plan national.

Pour le Conseil national de la Gauche démocratique et sociale :

Gérard Filoche, Jean Yves-Lalanne, Claude Touchefeu

Cette lettre ouverte est notamment adressée à :

Clémentine Autain, André Chassaigne, Éric Coquerel, David Cormand, Alain Coulombel, Benoît Hamon, Yannick Jadot, Lucien Jallamion, Pierre Laurent, Marie-Noëlle Lienemann, Jean-Claude Mamet, Myriam Martin, Emmanuel Maurel, Jean-Luc Mélenchon, Arnaud Montebourg, Christian Paul, Jean-François Pélissier, Christine Poupin, Philippe Poutou, François Ruffin, Danielle Simmonet, Marie-Christine Vergiat, Marie-Pierre Vieu…

 


la technique de la nasse...

L’état d’urgence détourné pour restreindre le droit de manifester

Source: https://www.amnesty.fr/liberte-d-expression/actualites/droit-de-manifester-en-france


Depuis novembre 2015 et les terribles attentats qui ont touché la France, l’état d’urgence a été instauré et renouvelé à cinq reprises. Alors que son objet est de prévenir de nouvelles attaques, les mesures de l’état d’urgence ont été utilisées pour interdire 155 manifestations. Tous les 3 jours environ, une manifestation est interdite en France sous ce prétexte. Par ailleurs, 639 interdictions individuelles de manifester ont été ordonnées par les préfectures en France, sous l’argument de prévenir les violences lors des manifestations, alors que le plus souvent il n’existait que peu ou pas d’éléments démontrant que ces personnes auraient participé à des violences.

L’Etat n’a pas été en mesure de prouver pour chacune de ces interdictions qu’elles visaient à prévenir une menace spécifique, qui ne pouvait être évitée qu’en limitant un droit pourtant fondamental. De telles mesures, sans lien démontré avec la lutte contre la menace terroriste, ont un impact démesuré sur le droit des personnes à exercer leur liberté d’expression pacifique.

Ainsi, de nombreuses personnes interdites de manifester avaient simplement été présentes lors de manifestations ayant donné lieu à des actes de violences par des manifestants, mais rien ne permettait de leur reprocher la participation aux dites violences.

639 mesures d’interdictions individuelles de manifester ont été prises contre des personnes dont 21 dans le cadre des manifestations liées à la COP21, et 574 dans le cadre des manifestations contre la loi travail.

Les nasses, cette pratique qui vise à confiner des manifestants pour les empêcher de manifester ou de rejoindre une manifestation © Yann Lévy / Hans Lucas

Nous avons aussi pu constater un usage récurrent de certaines pratiques de maintien de l’ordre contraires au droit international.

Par exemple, la fouille systématique et la confiscation d’outils de premiers secours, tels que les sérums physiologiques, les lunettes qui ne peuvent pas être considérées comme des armes par destination, empêchent les personnes de se soigner. Le fait que du matériel de premier secours ait été confisqué aux street medics est aussi choquant, car ce matériel peut être indispensable pour prodiguer des soins de première urgence. :

"À chaque fois on leur expliquait qu’on avait besoin de ce matériel pour prodiguer les premiers secours aux manifestants qui, par exemple, se sentaient mal à cause des lacrymogènes. Ils nous répondaient qu’on ne devait pas venir en manifestation si on avait peur que les lacrymogènes puissent être utilisés ". Annaliese, une Street-Medic (secouriste) à Nantes.

Des stratégies de maintien de l’ordre peuvent aussi mener à une hausse des tensions et limiter de manière disproportionnée le droit de manifester. Par exemple, l’usage fréquent et prolongé des nasses, cette pratique qui vise à confiner des manifestants pour les empêcher de manifester ou de rejoindre une manifestation, est une atteinte disproportionnée au droit de manifester, en particulier lorsque les personnes « nassées » sont des manifestants pacifiques. Pourtant, il existe des stratégies de maintien de l’ordre qui visent à diminuer les tensions plutôt qu’à les attiser.

Un usage disproportionné et arbitraire de la force

Témoignage d'Aubépine, victime de violences policières

https://www.youtube.com/watch?v=5bJf9SGbS9E

Notre recherche, confortée par l’observation de plusieurs manifestations, nous a permis de constater le recours par les forces de l’ordre à un usage disproportionné de la force. Selon des témoignages concordants recueillis auprès des streets medics, des bénévoles qui soignent les personnes blessées au cours de manifestations, plus de 1000 personnes auraient été blessées rien qu’à Paris lors des manifestations contre la loi travail. Bien sûr, les actes de violence de la part de certains manifestants à l’encontre des forces de l’ordre doivent aussi être condamnés. Toutefois, ils ne peuvent justifier une violence disproportionnée de la part des forces de l’ordre.

Ces pratiques d’usage de la force, outre qu’elles peuvent avoir des conséquences dramatiques pour les personnes touchées, peuvent également, selon de nombreux témoignages, avoir un impact sur le droit de manifester en lui-même, les personnes ayant peur de revendiquer leurs droits en participant à des manifestations.

"Je manifeste depuis mon jeune âge et je n’ai jamais vu une telle agressivité des forces de police. Je suis une femme de 50 ans, cadre dans le secteur privé et pacifique."

Sandrine, manifestante à Rennes.

Elle rajoute « et je veux démentir les autorités qui disent que la police ne s’en est prix qu’aux casseurs lors des manifestations du printemps 2016 ».

Plus de 1000 personnes auraient été blessées rien qu’à Paris lors des manifestations contre la loi travail © Yann Levy / Hans Lucas

Des journalistes intimidés et violentés
Les violences à l’encontre de journalistes et autres travailleurs des médias lors des récentes manifestations ont fait le tour de la presse.

L’usage de la violence de la part des forces de l’ordre contre des personnes filmant ou documentant des manifestations est particulièrement inquiétant car il remet en cause le droit à une information libre. Même en cas de violence, il est du devoir des autorités de permettre aux journalistes de mener à bien leur travail.

Je n’ai pas d’autres explications que d’avoir été visé volontairement car je filmais l’interpellation violente d’un manifestant. Il n’y avait pas d’autres manifestants autour de moi, ils étaient à au moins 20/30 mètres à l’arrière et ils étaient en train de se disperser.

Joël, réalisateur indépendant

Manifester est un droit, pas une menace
Une manifestation doit toujours être considérée comme légale a priori, à moins que l’Etat puisse avancer des éléments précis justifiant son interdiction.

De plus, les actes de violences commis pendant une manifestation ne peuvent être imputés qu’à leurs auteurs et ne suffisent pas à qualifier une manifestation de violente.

Ainsi, toute intervention des forces de l’ordre ne doit viser que les individus responsables des violences. Il est du devoir de l’Etat de reconnaitre que les manifestations sont un usage légitime de l’espace public et il doit justifier d’une certaine tolérance envers les éventuelles perturbations non violentes qui pourraient avoir lieu. Pourtant, depuis l’instauration de l’état d’urgence, un glissement dangereux s’est opéré : des stratégies de maintien de l’ordre sont mises en place qui impactent fortement des droits fondamentaux dans l’objectif de prévenir des risques qui pourraient avoir lieu, sans aucune preuve concrète et solide que des événements dangereux pour la nation vont en effet arriver et que la seule solution pour y faire face est la restriction d’un ou de plusieurs droits fondamentaux. Cette logique dangereuse est celle de l’état d’urgence.

Il est temps de mettre un terme à cette dérive : manifester est un droit, pas une menace.

 


Gaza : en route vers un nouveau massacre, pire que les précédents, par Gideon Levy 

Source : Haaretz -15 juin 2017

Article publié le 15 juin 2017 dans Haaretz sous le titre Who’s in Favor of Massacre ?  -  Traduction : Luc Delval



Une heure supplémentaire chaque jour sans électricité à Gaza, et ce sera le signal : des roquettes Qassam. Israël, une fois encore sera la victime, et le massacre commencera.

Israël et Gaza ne sont pas face à une nouvelle guerre, ils ne prennent pas la direction d’une autre “opération” ou d’un “round” de plus. Cette terminologie trompeuse est destinée à induire en erreur et à faire taire les derniers scrupules de conscience.

Ce qui est en cause actuellement, c’est le risque d’un nouveau massacre dans la Bande de Gaza. Contrôlé, mesuré, pas trop massif, mais malgré tout c’est bien d’un massacre qu’il s’agit. Quand des officiers, des politiciens et des commentateurs israéliens parlent du “prochain round”, ils parlent du prochain massacre.

Il n’y aura pas de guerre à Gaza, parce qu’il n’y a personne à Gaza pour combattre contre l’une des armées équipées des armements les plus puissants au monde, et cela même si le commentateur des questions militaires à la télévision, Alon Ben David, affirme que le Hamas est capable d’aligner quatre divisions.

Les habitants de Gaza sont les sujets d’une expérience conjointement menée par l’AP et Israël : peuvent-ils survivre avec une heure d’électricité par jour ? Est-ce que 10 minutes ne suffiraient pas ?

Il n’y aura pas davantage la moindre bravoure (israélienne) à Gaza, car il n’y a aucune bravoure à attaquer une population sans défense. Et,bien entendu, il n’y aura ni moralité ni justice à Gaza, car il n’y a ni moralité ni justice dans le fait de se lancer à l’assaut d’une cage scellée pleine de prisonnier qui n’ont même aucun endroit vers où fuir, s’ils en avaient la possibilité.

Donc, appelons un chat un chat : c’est bien d’un massacre qu’il s’agit. Et c’est de cela qu’ils parlent actuellement en Israël. Qui est pour un massacre, et qui est contre ? Serait-il “bon pour Israël” ? Contribuera-t-il à sa sécurité et à ses intérêts, ou pas ? Provoquera-t-il la perte du pouvoir par le Hamas, ou non ? Sera-t-il favorable aux intérêts électoraux du Likoud ou pas ? Israël a-t-il le choix ? Bien entendu que non !

Toute attaque contre Gaza se soldera par un massacre. Rien ne peut le justifier, parce qu’un massacre est injustifiable. Nous devons donc nous demander : sommes-nous pour un nouveau massacre à Gaza ou non ?

Les pilotes sont déjà à l’échauffement sur les routes, tout comme les artilleurs et les femmes soldats qui manipulent des joysticks [pour piloter à distance les drones de l’armée – NDLR]. Une heure supplémentaire chaque jour sans électricité à Gaza, et ce sera le signal : des roquettes Qassam. Israël, cette fois encore sera la victime, et des millions d’Israéliens se réfugieront dans des abris une fois de plus. “Nous sommes sortis de Gaza et regardez comment ils nous récompensent. Oh le Hamas, ces assoiffés de guerre, les plus cruels d’entre eux tous…”.

Mais quel autre moyen reste-t-il à Gaza pour rappeler au monde son existence et sa détresse inhumaine, hormis les roquettes Qassam ? Ça fait trois ans qu’ils étaient tranquilles, et voilà qu’ils sont les sujets d’une recherche menée conjointement par Israël et l’Autorité Palestinienne [de Ramallah] : une grande expérience menée sur des cobayes humains. Est-ce qu’une heure d’électricité par jour suffit pour une existence humaine ? Peut-être que dix minutes seraient suffisantes ? Et qu’arrive-t-il à des humains sans électricité du tout ? L’expérience est en cours, les scientifiques retiennent leur souffle. Quand la première roquette tombera-t-elle ? Quand le massacre commencera-t-il ?
Il sera plus affreux que les deux précédents, parce que l’histoire nous apprend que chaque “opération” israélienne à Gaza est pire que la précédente. L’opération “Plomb durci” (fin 2008-début 2009) a causé 1.300 morts palestiniens, dont 430 enfants et 111 femmes, alors que l’opération “Bordure protectrice” (durant l’été 2014) s’est soldée par 2.200 morts, dont 366 enfants (180 d’entre eux étaient des nourrissons ou des tout petits) et 247 femmes.

Bravo pour l’augmentation du nombre de victimes. Notre force grandit d’une “opération” à la suivante. Avigdor Lieberman a promis que cette fois ce sera une victoire décisive. En d’autres termes, le massacre sera cette fois plus horrifiant que tous les précédents, si du moins il est possible de prendre au sérieux quoi que ce soit qui sorte de la bouche de ce Ministre de la Défense.

Il ne sert à rien de s’étendre longuement sur les souffrances des habitants de Gaza : tout le monde s’en fiche, en tout état de cause. Pour les Israéliens, Gaza était et reste un nid de terroristes. Il n’y à là-bas personne qui leur ressemble.

L’occupation est finie, ha ha ha. Tous les résidents de Gaza sont des meurtriers. Ils construisent des “tunnels terroristes” au lieu d’inaugurer des usines high-tech. Enfin, comment expliquez-vous que le Hamas n’ait pas développé Gaza ? Comment osent-ils ? Comment se fait-il qu’ils n’ont pas construit une industrie en état de siège, une agriculture en prison et de la haute technologie dans une cage ?

Ce sont là les mensonges que nous racontons à propos de Gaza. Et encore un autre mensonge que nous racontons : nous allons renverser le pouvoir du Hamas. Or, tout à la fois c’est impossible et Israël ne le souhaite pas.

Le nombre des morts clignote, comme d’habitude, sur nos écrans ; sans plus avoir de signification pour quiconque. Des centaines d’enfants massacrés, qui peut imaginer une chose pareille ? Le siège n’est pas un siège, et même l’idée d’une seule heure de coupure de l’alimentation en électricité à Tel Aviv dans la chaleur étouffante de l’été ne provoque pas le moindre soupçon d’empathie envers ceux qui vivent sans électricité du tout, à une heure de Tel Aviv.
Alors, continuons à vaquer à nos affaires – la Gay Pride Parade, les réductions pour l’accès au logement des jeunes familles, l’instituteur pédophile… Et quand des Qassam tomberont, nous ferons semblant d’être abasourdis, et dans le cadre de notre sacro-sainte autovictimisation nos bons pilotes prendront leur envol à l’aube, en route vers le prochain massacre.

 


Mourir par massacre ou par manque d’électricité ?  par Haidar Eid

Source : Middle East Eye  -  Traduction : MR pour ISM (International Solidarity Movement)  -  publié le 21 juin 2017 sur le site CAPJPO-EuroPalestine

* Haidar Eid est professeur agrégé au département de littérature anglaise, de l’Université al-Aqsa, à Gaza, et militant indépendant, partie prenante de la campagne BDS lancée par la société civile palestinienne.



 

Comme partout ailleurs dans le monde, l’électricité à Gaza donne accès à l’eau potable et aux soins médicaux. Avec elle, nous pouvons mettre les aliments au réfrigérateur en été, avoir de la chaleur en hiver et être relié les uns aux autres et au monde extérieur. Cela peut sembler très anodin – l’électricité a été coupée à Gaza – mais c’est une condamnation à mort pour les près de 2 millions de Palestiniens qui vivent comme moi dans la bande sous blocus israélien.

En fait, couper l’électricité à Gaza est de facto une déclaration de guerre contre la population civile et une forme illégale de châtiment collectif.

Pour ceux qui ne connaissent pas bien la situation, aujourd’hui, le débat entre les Gazaouis est de savoir si une attaque militaire directe – l’usage de bombes et d’armes à feu menées par Israël-apartheid, - est une meilleure façon de mourir que par un génocide progressif, l’intensification du blocus qui est imposé à notre minuscule bande depuis 10 ans.
Pensez-y : y a-t-il des citoyens, dans un autre pays du monde, qui débattent de leur meilleure façon de mourir ?

Les moyens et les fins de l’Autorité Palestinienne.

Israël-apartheid maintient un blocus médiéval mortel sur Gaza depuis 2007, quand le Mouvement de résistance islamique Hamas a pris le contrôle de la petite Bande après avoir légitimement remporté les élections législatives de 2006.

Ce blocus a été imposé parce que presque toutes les grandes puissances de la région, dont l’Autorité palestinienne (AP) dirigée par le Fatah, ont rejeté le choix démocratique des Palestiniens.

Le siège a encore empiré récemment, lorsqu’en avril, Mahmoud Abbas, le président de l’AP, a demandé à Israël de couper la fourniture d’électricité à la Bande de Gaza pour exercer une pression sur le Hamas.

Cette demande fait suite, également en avril, à sa décision de réduire les salaires des fonctionnaires civils basés à Gaza de 30 pour cent. Il devrait être évident pour tout lecteur que les résidents de Gaza ne sont pas seulement des dirigeants du Hamas mais aussi des Palestiniens ordinaires. C’est le peuple qui endure ces coupes de salaires et d’électricité.
Après dix ans de blocus, la situation ici à Gaza est pire qu’elle ne l’a jamais été.

Des hôpitaux, dont Al-Shifa à Gaza-ville, ont cessé d’opérer, même dans les cas urgents.

En raison des coupures d’électricité, 90 pour cent de l’eau fournie est maintenant impropre à la consommation, ce qui accroît le risque de maladie propagée par l’eau polluée.
L’ Autorité palestinienne a réduit ses versements mensuels pour l’électricité de 30 pour cent. Israël a donc autorisé la fourniture de seulement 40 Mégawatts de puissance à Gaza, sachant pertinemment qu’il faut 400 Mégawatts pour que Gaza couvre le minimum de ses besoins vitaux.

Des avertissements répétés

Ce n’est comme si le monde n’avait pas été prévenu – à maintes reprises.

A la mi-mai, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a mis en garde contre l’effondrement imminent de la bande de Gaza. Enseptembre 2015, les Nations Unies ont averti que Gaza pourrait être « inhabitable » d’ici à 2020. A l’époque, le rapport indiquait clairement que le PIB de Gaza avait chuté de 15 pour cent en 2014 et que le chômage avait atteint le niveau record de 44 pour cent, avec 72 pour cent des ménages souffrant d’insécurité alimentaire. Le rapport concluait que le recul de développement avait été accéléré par l’attaque israélienne sur Gaza de 2014.

Ce mois-ci, les Nations Unies ont reconnu que sans action immédiate, la crise de l’électricité entraînerait « l’effondrement des services vitaux, la santé, l’eau, l’assainissement et les services municipaux. » Mais étrangement, les Nations Unies ne semblent pas maîtriser le droit international puisque l’ONU finit par accuser les Palestiniens sous occupation pour cette crise, et non l’occupant israélien.

Richard Falk, ancien rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens, a qualifié le siège sur Gaza de « violation flagrante et massive du droit humanitaire international » et de « crime contre l’humanité ». Ilan Pappe, historien israélien éxilé en angleterre,parle également de « génocide progressif ».

Ce qui est devenu routinier

Génocide, car des Gazaouis meurent tous les jours, mais ils meurent de maladie causées par le blocus. A cause de l’eau non potable ou de l’impossibilité d’une opération qui leur aurait sauvé la vie, de famine parce que les cultures ne se développent pas faute d’une irrigation suffisante, ou des bébés meurent parce qu’on ne peut pas les maintenir au chaud dans les premiers jours de leur vie.

Mais ces façons de mourir ne font pas la une de l’actualité.

Les morts gazaouis ne font pas la une des médias parce qu’elles sont devenues la routine quotidienne depuis dix ans. Seul Israël profite de ce silence, et seuls les Gazaouis paient le prix de ce silence.

Le monde extérieur doit comprendre qu’il n’y a pas grand-chose que nous, ici à Gaza, puissions faire contre ce blocus médiéval, à part appeler nos soutiens à intensifier leur appel au boycott, au désinvestissement et aux sanctions (BDS) contre Israël. La moindre victoire du mouvement BDS participe à la survie de Gaza.
La communauté internationale a été totalement incapable d’assumer ses responsabilités. POINT. Les belles paroles et la rhétorique vide ne maintiennent pas en vie un enfant palestinien qui pleure pour avoir du lait. Elles ne fournissent pas non plus un traitement à un malade en phase terminale.
Nous n’avons qu’une lueur d’espoir, la même que celle que les Sud-Africains ont vue avant nous : une campagne soutenue de boycott, de désinvestissement et de sanctions contre Israël-apartheid, jusqu’à ce qu’il respecte le droit international.
                                                                             

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