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Oscar René Vargas...

Solidarité avec le mouvement populaire du Nicaragua. Pour la levée immédiate du mandat d’arrêt visant Oscar René Vargas


 

La rébellion civique et pacifique qui s’est manifestée au Nicaragua depuis le 18 avril 2018 est réprimée avec force par le gouvernement du président Daniel Ortega et de la vice-présidente Rosario Murillo, son épouse.

Selon l’Association nicaraguayenne pour les droits humains (ANPDH), la police nationale et les paramilitaires, placés sous le commandement de l’exécutif, ont assassiné 448 personnes. «L’opération nettoyage», formule officielle, a marqué une nouvelle étape dans la volonté d’étouffer tout mouvement de protestation. Entre le 23 et le 25 juillet 2018, 137 personnes, en majorité des jeunes, sont jugés, accusés de «terrorisme», «crime organisé», «assassinat»… Quelque 500 opposant·e·s ont été enlevés; la majorité d’entre eux sont considérés comme «disparu·e·s», une dénomination qui renvoie aux pires heures des dictatures en Amérique centrale et du Sud.

Criminaliser et incriminer les protestataires ainsi que ceux et celles qui les soutiennent participe des méthodes dictatoriales du gouvernement Ortega-Murillo. Selon le site d’information indépendant Confidencial (24 juillet), une enquête indique que 79% des interrogés sont en faveur d’élections libres et anticipée, une forme de rejet du binôme dictatorial Ortega-Murillo.

Oscar René Vargas a souligné: «Le gouvernement cherche à décapiter les mouvements sociaux et à arrêter les leaders locaux et tous ceux et celles qui critiquent la violence utilisée contre le peuple.» Oscar René Vargas – sociologue, économiste, auteur de nombreux ouvrages sur le Nicaragua et l’Amérique centrale – est l’objet d’un mandat d’arrêt émis par le pouvoir nicaraguayen. Il explique cette décision de la sorte: «Je ne suis membre d’aucune organisation, mais j’ai émis de nombreuses déclarations caractérisant le gouvernement comme une dictature et ses méthodes comme similaires à celles qui ont été une des particularités des régimes dictatoriaux. En outre, j’ai participé aux marches populaires de protestation.»

Oscar René Vargas (1946) a été parmi les cofondateurs du FSLN et a protégé Daniel Ortega contre la répression somoziste. Au cours du premier gouvernement Ortega, dans les années 1980, il occupa un poste d’expert et donna des cours à l’Académie militaire de l’armée sandiniste. Il a donné des cours dans diverses universités du Nicaragua. Ses prises de position critiques face au binôme gouvernemental sont publiques depuis quelques années.  Dès la diffusion de l’information selon laquelle un mandat d’arrêt était pris contre lui, un appel à la solidarité a été lancé par des milieux universitaires au Nicaragua. Il demande la levée de la décision visant René Oscar Vargas.

Nous nous rallions à cet appel, dans l’esprit du sandinisme originaire qui est à l’opposé de l’ortéguisme. Les signataires de ce texte, en Europe et en Amérique du Sud, appuient de même les revendications avancées par Oscar René Vargas et les mouvements sociaux. Autrement dit la libération sans condition de tous les prisonniers politiques; l’information par les autorités aux divers organismes de défense des droits de l’homme actifs au Nicaragua de la situation effective des personnes dites disparues; le désarmement de «l’armée irrégulière» mise sur pied par ce gouvernement familial et clanique; une enquête internationale indépendante sur les diverses facettes de la répression, avec les sanctions qui doivent en découler; la constitution d’un gouvernement de transition – dont les membres n’aient qu’un mandat délimité, comme l’a réclamé publiquement Oscar René Vargas – ouvrant sur des élections libres et le départ d’Ortega-Murillo.

Les signataires de cet appel l’inscrivent dans une solidarité d’ensemble avec le mouvement populaire de résistance, toujours actif malgré un terrorisme d’Etat.

Envoyez vos signatures à l’adresse mail suivante : éditions@page2.ch

 


Daniel Ortega et Rosario Murillo...

Solidarité avec le peuple du Nicaragua
 
Vendredi 27 Juillet 2018

Source: https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/240718/solidarite-avec-le-peuple-du-nicaragua


Des dizaines de personnalités, dont certaines s'étaient mobilisées en faveur du processus révolutionnaire au Nicaragua dans les années 1980, appellent le régime actuel à cesser sa répression. Elles mettent en garde les gauches mondiales contre l'aveuglement envers un gouvernement censément progressiste, dont elles espèrent la démission avant l'organisation d'élections libres.

Texte de l'Appel:
 
Militants de la solidarité internationale ou citoyens attachés pour des raisons professionnelles ou familiales au Nicaragua, pour bon nombre d’entre nous engagés auprès de la révolution sandiniste de 1979 et sa défense face à la contre-révolution armée par les États-Unis, nous affirmons notre solidarité avec le peuple du Nicaragua.
 
Depuis l’émergence du mouvement populaire il y a trois mois et le début de la répression du gouvernement de Daniel Ortega et de Rosario Murillo, plus de trois cent personnes ont péri et le nombre de blessés est estimé à près de deux mille. La répression s’abat contre les leaders et les acteurs du mouvement populaire de la part d’un gouvernement utilisant des méthodes dont la brutalité rappelle les pires dictatures latino-américaines, groupes para-militaires lourdement armées agissant de concert avec la police, assassinats ciblés et enlèvements. Les divers rapports des organisations de défense des droits de l’homme, y compris le Haut-Commissariat pour les Droits de l'Homme (HCDH) de l'Organisation des Nations Unies (ONU), confirment l’ampleur de cette répression.
 
Le peuple nicaraguayen, qui a affronté durant près de quarante ans la dictature somoziste et dans les années 1980 l’impérialisme nord-américain, mérite tout notre soutien. L'indignation, la douleur et le sentiment de frustration historique sont aggravés par le fait qu'une telle aberration politique provient de dirigeants et d’un gouvernement qui se revendiquent de gauche.
 
En réalité, le régime de Daniel Ortega et de Rosario Murillo, se drapant derrière une phraséologie anti-impérialiste, a surtout reposé sur une alliance avec l’oligarchie nicaraguayenne, le capital international, y compris les États-Unis, et les secteurs les plus réactionnaires des églises. Il a avant tout été au service de l’ancienne oligarchie et d’une nouvelle caste liée à la famille de Daniel Ortega et à l’appareil d'état qu’elle contrôle. Il est complice de la dégradation du patrimoine écologique du pays et il est artisan du bradage de la souveraineté nationale au profit de capitaux étrangers dans le cadre du projet de canal inter océanique. Après avoir progressivement dénaturé la nature démocratique des institutions, il est désormais engagé dans une dramatique dérive.
 
Les forces de gauche du monde entier ne doivent pas, pour des raisons géo politiques mal comprises, rester aveugles ou se faire les complices d'une répression qu'elles dénoncent énergiquement et avec raison lorsqu’elle s'exerce notamment au Honduras voisin. Depuis quelques jours, la grève générale contre la hausse des prix des transports dans ce pays et des manifestations étudiantes ont été violemment réprimées.
 
Difficile de dire lequel des deux chefs d'état s’inspire de l'autre, ce qui est certain c'est que le sentiment de pouvoir agir en toute impunité est un puissant encouragement à la fuite en avant vers toujours plus d’autoritarisme et au musèlement des aspirations démocratiques des populations.
 
Nous condamnons les massacres organisés par le régime de Daniel Ortega et de Rosario Murillo et ses sbires et nous soutenons les revendications du mouvement populaire, l’arrêt des violences, une enquête internationale sur la répression et les crimes commis et des sanctions contre leurs responsables, la démission du gouvernement actuel et de la direction de la police, la formation d'un gouvernement de transition avec une large participation des mouvements sociaux et l’organisation d’élections libres.
 
Nous appelons au développement de la nécessaire solidarité internationale avec le peuple du Nicaragua.
 
Premiers Signataires :
 
Olivier Besancenot, Martine Billard, Sergio Coronado, Pierre Cours-Salies, Alain Cyroulnik, Olivier Delbeke, Claude Deleville, Robert Duguet, Didier Epsztajn, François Gèze, Charlotte Girard, Jérôme Gleizes, Jeannette Habel, Odile Hélier, Samy Johsua, Pierre Khalfa, Alain Krivine, Myriam Martin, Robi Morder, Corinne Morel Darleux, Richard Neuville, Christine Poupin, Philippe Poutou, Vincent Présumey, Jean Puyade, Michèle Riot Sarcey, George Sarda, Patrick Silberstein, Danielle Simonnet, Eric Toussaint, Charles André Udry

 


Premiers de cordée!...

La défense de la démocratie exige l’unité pour chasser Macron

Publié le 22 juillet 2018 par aplutsoc, Arguments pour la lutte sociale et le 24 juillet par le blog de Robert Duguet


Spectaculaire affaire Benalla-Macron, aussi caricaturale qu’on aurait pu l’imaginer. Un très proche du président de la V° République, envoyé faire le nervis contre des manifestants et des citoyens, une immense zone d’ombre autour de lui, au-dessus de lui.

Pourquoi maintenant ? Pour les mêmes causes profondes qui font que la victoire à la coupe du monde de foot ne lui a pas procuré de « répit » dans « l’opinion ».

En un an, Macron a fait baisser le niveau réel des salaires, retraites et aides sociales, plongé des centaines de milliers de jeunes et leurs familles dans le désarroi de Parcoursup, affaibli les services publics, asphyxié les hôpitaux publics et les communes, augmenter dramatiquement le nombre de réfugiés noyés en Méditerranée …

Mais en un an, Macron n’a pas réussi à battre en profondeur le salariat, actifs, jeunes, chômeurs, retraités. En profondeur, et toujours plus quand on va vers les couches les plus pauvres et les plus exploitées, c’est le refus, c’est la colère, c’est la conscience que toute lutte partielle, non seulement toute grève, mais toute protestation, tout murmure, tout regroupement, est un début d’affrontement avec le système politique en place.

En un an, Macron n’a par conséquent pas réussi à ancrer solidement dans le pays un « parti du président » ayant une assise réelle. Sa Société du 10 décembre (la bande de prévaricateurs et de malfrats qui entourait le modèle de tous les petits Bonaparte français que fut Napoléon III ! ) a été construite à la façon d’une start-up, et il en était fier.

Elle vient de lui exploser à la figure. Première conséquence : le pseudo débat parlementaire sur la révision constitutionnelle est suspendu. Comme « Jupiter » n’est plus, et ne sera plus, la refondation de la V° République, cœur de son « projet », prend un coup dans l’aile. Il s’agit donc de la crise du régime.

Et alors que « Jupiter » n’est plus, « Manu » doit maintenant casser les retraites et la Sécurité sociale. La mère de toutes les batailles sociales n’a pas eu lieu, elle arrive, dans le cadre de la réouverture en grand de la crise du régime !

Les salariés qui veulent se défendre et les militants ouvriers doivent intervenir de manière indépendante dans cette crise au sommet qui affecte cet État qui n’est pas le leur, et qui a pour forme la V° République que Macron devait sauver et relancer.

Nul doute qu’ils ne resteront pas passifs. Sans intervention d’en bas, que serait l’issue de la crise ?

Sans intervention d’en bas, soit la crise se traîne jusqu’aux prochaines échéances électorales nationales, les Européennes de 2019, et, sur fond d’abstention massive, une décomposition généralisée à l’italienne prévaut, qui ne serait porteuse d’aucune issue pour la majorité.

Soit la crise au sommet s’accélère et les vieilles forces de la V° République, LR flanqué du RN et de divers groupes dits « souverainistes », tentent de rafler la mise.

Il n’y aura pas de recomposition d’une force démocratique représentant le salariat sans intervention d’en bas, et l’intervention d’en bas appelle la bataille et le débat politiques pour réaliser l’unité pour chasser Macron et renverser le régime capitaliste de la V° République.

L’intérêt des exploité(e)s et des opprimé(e)s est un dénouement rapide causé par leur intervention. C’est là une possibilité réelle dont il faut assurer la victoire.

L’unité c’est la grève tous ensemble pour battre le pouvoir exécutif du capital. Tel est le contenu politique des luttes partielles actuelles, tel est le mobile politique de la grève générale. Pour la lutte sociale et syndicale, pour l’unité, pour les échéances électorales, c’est cette discussion là et nulle autre qui prévaut.

Voila pourquoi le blog Arguments Pour la Lutte Sociale, avec d’autres partenaires, après deux premières rencontres ce printemps, invite le plus largement possible à une


rencontre-débat sur une journée le samedi 29 septembre 2018 au local Le Maltais rouge, 40 rue de Malte Paris 11°.

 

Sans douter qu’à cette date la situation politique et sociale se sera avancée vers la recherche d’un dénouement, nous proposons une discussion en trois temps :

Comment construire la grève générale et l’unité pour chasser Macron ?

Quelle perspective démocratique défendre au niveau national et européen, contre la V° République, et contre les institutions dites européennes aussi bien que les politiques de Brexit et autres « axes » à la Salvini ?

Pour les participants le souhaitant, quelles initiatives et mesures d’organisation prendre en commun ?

 


Appel :

Solidarité avec le peuple du Nicaragua


 

Militant.e.s de la solidarité internationale ou citoyens attachés pour des raisons professionnelles ou familiales au Nicaragua, pour bon nombre d’entre nous engagés auprès de la Révolution sandiniste de 1979 et sa défense face à la contre-révolution armée par les États-Unis, nous affirmons notre solidarité avec le peuple du Nicaragua.

Depuis l’émergence du mouvement populaire il y a trois mois et le début de la répression du gouvernement Ortega-Murillo, plus de 300 personnes ont péri et le nombre de blessés est estimé à près de 2000. La répression s’abat sur les leaders et acteurs du mouvement populaire de la part d’un gouvernement utilisant des méthodes dont la brutalité rappelle les pires dictatures latino-américaines (groupes para-militaires lourdement armées agissant de concert avec la police, assassinats ciblés, enlèvements). Les divers rapports des organisations de défense des droits de l’homme, y compris le Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les Droits de l’Homme confirment l’ampleur de cette répression.

Le peuple nicaraguayen, qui a affronté durant près de 40 ans la dictature somoziste et dans les années 1980 l’impérialisme nord-américain, mérite tout notre soutien. L'indignation, la douleur, le sentiment de frustration historique sont aggravés par le fait qu'une telle aberration politique provient de dirigeants et d’un gouvernement qui se revendiquent de gauche.

En réalité, le régime Ortega-Murillo, se drapant derrière une phraséologie anti-impérialiste, a surtout reposé sur une alliance avec l’oligarchie nicaraguayenne, le capital international (y compris des États-Unis) et les secteurs les plus réactionnaires des Églises. Il a avant tout été au service de l’ancienne oligarchie et d’une nouvelle caste liée à la famille Ortega et à l’appareil d’État qu’elle contrôle. Il est complice de la dégradation du patrimoine écologique du pays et artisan du bradage de la souveraineté nationale au profit de capitaux étrangers dans le cadre du projet de canal interocéanique. Après avoir progressivement dénaturé la nature démocratique des institutions, il est désormais engagé dans une dramatique dérive.

Les forces de gauche de par le monde ne doivent pas, pour des raisons géopolitiques mal comprises, rester aveugles ou se faire les complices d'une répression qu'elles dénoncent énergiquement et avec raison lorsqu’elle s'exerce notamment au Honduras voisin (depuis quelques jours, la grève générale contre la hausse des prix des transports dans ce pays et des manifestations étudiantes ont été violemment réprimées). Difficile de dire lequel des deux chefs d’État s’inspire de l'autre, ce qui est certain c'est que le sentiment de pouvoir agir en toute impunité est un puissant encouragement à la fuite en avant vers toujours plus d’autoritarisme et au musellement des aspirations démocratiques des populations.

Nous condamnons les massacres organisés par le régime d'Ortega-Murillo et ses sbires et soutenons les revendications du mouvement populaire : l’arrêt des violences, une enquête internationale sur la répression et les crimes commis et des sanctions contre leurs responsables, la démission du gouvernement actuel et de la direction de la police, la formation d'un gouvernement de transition avec une large participation des mouvements sociaux et l’organisation d’élections libres.

Nous appelons au développement de la nécessaire solidarité internationale avec le peuple nicaraguayen.

Pour signer :

envoyer vos nom, prénom, localité, qualité à l'adresse mail suivante :

solidarite.peuple.nicaragua@gmail.com

 


Lettre à sa fille Aube (extraits), par André Breton

(De L'amour Fou, folio Gallimard)

« J’aimais en vous tous les petits enfants des miliciens d’Espagne, pareils à ceux que j’avais vus courir nus dans les faubourgs de poivre de Santa Cruz de Tenerife. Puisse le sacrifice de tant de vies humaines en faire un jour des êtres heureux ! »

Suite aux articles publiés sur la liberté en art


Lorsque Aube Breton nait le 20 décembre 1935, le poète André Breton imagine quelques mois après cet événement, dans un texte célèbre de « l’Amour Fou », sa fille parvenue à l’âge de femme. La guerre civile en Espagne commence en juillet 1936. Poème plein de ferveur sur l’amour paternel alors que s’écrit une des pages les plus tragiques du 20ème siècle. La publication de ces extraits d’André Breton fait suite aux articles publiés le 17 juillet sur le Manifeste de Mexico : on n’enferme pas la poésie dans un cadre doctrinal préétabli, faut-il celui des Manifestes Surréalistes et de la prétendue « écriture automatique ». Dans ce texte, comme dans bien d’autres chez André Breton, la poésie l’emporte sur le doctrinaire : la maitrise absolue de la langue littéraire, produit d’un long travail en recherche de qualité, l’emporte sur le jeu surréaliste. (RD)


Chère Écusette de Noireuil,

Au beau printemps de 1952 vous viendrez d’avoir seize ans et peut-être serez-vous tentée d’entrouvrir ce livre dont j’aime à penser qu’euphoniquement le titre vous sera porté par le vent qui courbe les aubépines… Tous les rêves, tous les espoirs, toutes les illusions danseront, j’espère, nuit et jour à la lueur de vos boucles et je ne serai sans doute plus là, moi qui ne désirerais y être que pour vous voir. Les cavaliers mystérieux et splendides passeront à toutes brides, au crépuscule, le long des ruisseaux changeants. Sous de légers voiles vert d’eau, d’un pas de somnambule une jeune fille glissera sous de hautes voûtes, où clignera seule une lampe votive…

...Ils ne tiendront pas leur promesse puisqu’ils ne feront que vous éclairer le mystère de votre naissance. Bien longtemps j’avais pensé que la pire folie était de donner la vie. En tout cas j’en avais voulu à ceux qui me l’avaient donnée. Il se peut que vous m’en vouliez certains jours. C’est même pourquoi j’ai choisi de vous regarder à seize ans, alors que vous ne pouvez m’en vouloir. Que dis-je, de vous regarder, mais non, d’essayer de voir par vos yeux, de me regarder par vos yeux.
…Ma toute petite enfant qui n’avez que huit mois, qui souriez toujours, qui êtes faite à la fois comme le corail et la perle, vous saurez alors que tout hasard a été rigoureusement exclu de votre venue, que celle-ci s’est produite à l’heure même où elle devait se produire, ni plus tôt ni plus tard et qu’aucune ombre ne vous attendait au-dessus de votre berceau d’osier. Même l’assez grande misère qui avait été et reste la mienne, pour quelques jours faisait trêve. Cette misère, je n’étais d’ailleurs pas braqué contre elle : j’acceptais d’avoir à payer la rançon de mon non-esclavage à vie, d’acquitter le droit que je m’étais donné une fois pour toutes de n’exprimer d’autres idées que les miennes. Nous n’étions pas tant… Elle passait au loin, très embellie, presque justifiée, un peu comme dans ce qu’on a appelé, pour un peintre qui fut de vos tout premiers amis, l’époque bleue. Elle apparaissait comme la conséquence à peu près inévitable de mon refus d’en passer par où presque tous les autres en passaient, qu’ils fussent dans un camp ou dans un autre. Cette misère, que vous ayez eu ou non le temps de la prendre en horreur, songez qu’elle n’était que le revers de la miraculeuse médaille de votre existence : moins étincelante sans elle eût été la Nuit du Tournesol….

…Cette aspiration aveugle vers le mieux suffirait à justifier l’amour tel que je le conçois, l’amour absolu, comme seul principe de sélection physique et morale qui puisse répondre de la non-vanité du témoignage, du passage humains.

J’y songeais, non sans fièvre, en septembre 1936, seul avec vous dans ma fameuse maison inhabitable de sel gemme. J’y songeais dans l’intervalle des journaux qui relataient plus ou moins hypocritement les épisodes de la guerre civile en Espagne, des journaux derrière lesquels vous croyiez que je disparaissais pour jouer avec vous à cache-cache. Et c’était vrai aussi puisqu’à de telles minutes, l’inconscient et le conscient, sous votre forme et sous la mienne, existaient en pleine dualité tout près l’un de l’autre, se tenaient dans une ignorance totale l’une de l’autre et pourtant communiquaient à loisir par un seul fil tout-puissant qui était entre nous l’échange du regard. Certes ma vie alors ne tenait qu’à un fil. Grande était la tentation d’aller l’offrir à ceux qui, sans erreur possible et sans distinction de tendances, voulaient coûte que coûte en finir avec le vieil « ordre » fondé sur le culte de cette trinité abjecte : la famille, la patrie et la religion. Et pourtant vous me reteniez par ce fil qui est celui du bonheur, tel qu’il transparaît dans la trame du malheur même. J’aimais en vous tous les petits enfants des miliciens d’Espagne, pareils à ceux que j’avais vus courir nus dans les faubourgs de poivre de Santa Cruz de Tenerife. Puisse le sacrifice de tant de vies humaines en faire un jour des êtres heureux ! Et pourtant je ne me sentais pas le courage de vous exposer avec moi pour aider à ce que cela fût.

Qu’avant tout l’idée de famille rentre sous terre! Si j’ai aimé en vous l’accomplissement de la nécessité naturelle, c’est dans la mesure exacte où en votre personne elle n’a fait qu’une avec ce qu’était pour moi la nécessité humaine, la nécessité logique et que la conciliation de ces deux nécessités m’est toujours apparue comme la seule merveille à portée de l’homme, comme la seule chance qu’il ait d’échapper de loin en loin à la méchanceté de sa condition. Vous êtes passée du non-être à l’être en vertu d’un de ces accords réalisés qui sont les seuls pour lesquels il m’a plu d’avoir une oreille. Vous étiez donnée comme possible, comme certaine au moment même où, dans l’amour le plus sûr de lui, un homme et une femme vous voulaient…

… Je vous souhaite d’être follement aimée.

 


Alexandre Benalla, un ami très particulier...

Affaire Benalla : Tout va converger contre la personne du chef de l’Etat !
Tout ce qui permet d’amplifier la crise du régime est à prendre !
Il faut virer Macron ! par Robert Duguet


 

Parmi tout ce qui s’écrit d’intelligent sur l’affaire Benalla, on soulignera ici deux documents. L’un est la lettre hebdomadaire de Médiapart qui souligne dans sa conclusion qu’il n’est pas exclu que cette affaire disqualifie radicalement sa présidence. On se trouverait alors face à une crise de régime – les humiliations imposées à la population laborieuse (CSG, statut des cheminots, santé) servant de détonateur –  dans laquelle le mouvement social s’engouffrera. Les arguties juridiques selon lesquelles un CRS a mission de défoncer le crâne d’un manifestant, dès lors où sa hiérarchie lui en intime l’ordre, mais un chargé de mission de l’Elysée n’a pas cette autorisation, c’est parait-il l’Etat de droit.

Dans les prises de position des responsables politiques on note naturellement une sanction exemplaire contre Benalla, c’est le moins qu’on puisse avancer, ou encore la démission du néo-socialiste Collomb, mais on ne touche pas à la clé de voute, à savoir le cœur des institutions, la présidence. Il faut poser les problèmes au niveau auquel ils doivent être posés : feu sur le quartier général! feu sur Macron !

Secondement le deuxième document que je vous encourage à regarder, c’est la vidéo de 3,30 minutes d’un journaliste de BFMTV sur la voiture de fonction allouée par l’Elysée de manière permanente à Benalla, voiture équipée de toute la technologie dont sont équipés les hauts responsables nationaux de la police. Les détails précis sont croustillants… Conclusion du journaliste de BFM, en 30 ans de carrière je n’ai jamais vu cela.

https://www.youtube.com/watch?v=y8op43m4x9Q

Un point cependant n’est pas dit ici : Benalla bénéficie à l’Elysée d’un vaste appartement de fonction, celui qui avait été mis à disposition de la fille adultérine de Mitterand, Mazzarine… Benalla, relation privée et chargé de mission? On va où comme cela?

Au commencement de l’enquête était Benalla… puis on découvre que sur le terrain se trouvait aussi un autre compère, Vincent Crase, pour remplir les mêmes missions… Y en avait-il d’autres ? Il faut aller au bout de l’analyse : c’est l’Elysée qui a été au cœur des provocations policières contre la manifestation ouvrière du 1er mai ! C’est contre Macron que les coups doivent porter !

Ceux qui ont conçu les institutions de la Vème République sur le plan du droit, ont établi un système de protection de la personne du Bonaparte : ce sont les fusibles. Le président doit toujours se préserver. Il peut rebondir en changeant son premier ministre ou en dissolvant l’assemblée nationale : en tant qu’homme d’Etat bourgeois, Macron est le plus mauvais président de la Vème République. Il a joué comme un adolescent immature avec les manettes du pouvoir, attaquant la population laborieuse tout azimut, et n’a tiré sa force, dans les premiers mois de son quinquennat, que de ceux – partis ou syndicats – qui respectent sa légitimité. Il est aujourd’hui complètement exposé.

Frappons !

 


A propos de l’affaire Benalla, par la rédaction de Mediapart

Source: Médiapart, lettre hebdomadaire

Samedi 21 juillet
 



Voici donc deux collaborateurs de la présidence de la République, Alexandre Benalla et son acolyte, surpris dans leurs méfaits : faux policiers mais vrais cogneurs de manifestants. Il n’est pas exclu que ces irréguliers abrités par l’Élysée soient plus nombreux. Il n’est pas exclu non plus que leurs méfaits soient aussi plus nombreux comme le montre leur aisance à s’imposer aux forces de police sur le terrain, leur capacité à faire interpeller les manifestants victimes de leurs coups et leurs relais au sein de la Préfecture de police pour obtenir des informations.

La présidence Macron aura donc aussi privatisé le maintien de l’ordre. Premier défilé syndical de la Fête des travailleurs à avoir été démembré et empêché, au prétexte des casseurs près du pont d’Austerlitz, ce 1er Mai aura aussi connu cette innovation : des personnels de l’Élysée infiltrés sur ordre au cœur du dispositif policier qui n’ont pas hésité à jouer les agents provocateurs. Et qui,  malgré la connaissance presque immédiate de leur comportement en haut lieu, étaient protégés depuis plus de deux mois et demi par tout l’appareil d’État, depuis son sommet, la Présidence, jusqu’à ses ministères, celui de l’Intérieur, et ses administrations, la Préfecture de police. Difficile de trouver un précédent sinon le climat barbouzard de l’après-68 quand l’État lui-même organisait parfois la violence qu’il prétendait combattre.

Les images filmées le 1er Mai place de la Contrescarpe, dans le cinquième arrondissement de Paris, montrent en action des nervis  et non pas des serviteurs de la République. Un nervi, du pluriel de l’italien « vergo » qui signifie vigueur, c’est un homme de main. De ceux qui font facilement le coup de poing et qui sont utiles aux coups de force politiques. Fascinés par la sécurité, ces amateurs sortis du rang singent les professionnels sans en accepter les contraintes. Pour eux, l’ordre se passe aisément de la loi et le désordre leur sert souvent de marche pied. Fiers à bras se moquant des règles et des conventions, ambitieux passés sans transition des services d’ordre militants au palais présidentiel, bénéficiant dès lors de passe-droits, la protection élyséenne générant le raccourci administratif, ils illustrent cette voyoucratie nichée dans la part d’ombre d’une politique saisie par l’obsession du pouvoir.

Dévoilant la tentation macronienne d’un service de sécurité privé à l’Élysée, l’affaire Benalla arrive heureusement à temps pour empêcher que cet abus de pouvoir prolifère. Mais elle révèle que ce président élu sur la promesse d’une « révolution démocratique profonde » en est la négation incarnée. Près de deux ans après que ces mots aient été imprimés dans un livre dont le titre, Révolution (XO Éditions), semble aujourd’hui sorti d’une nouvelle d’Orwell où le mensonge serait proclamé vérité, on peine à croire qu’y était écrit aussi que « la responsabilité est précisément ce qui, me semble-t-il, peut contribuer à restaurer un peu de cette morale collective dont nous avons tant besoin ». Emmanuel Macron y affirmait que « l’ultime responsabilité est politique » et que, dans ce registre, « certaines fautes vous disqualifient radicalement ». Il n’est pas exclu que les fautes de son protégé disqualifient radicalement sa présidence.

 


Que nous dit l’affaire Benalla du régime, de l’Elysée? par Jacques Cotta
Les violences de nervis élyséens, des faits d'une grande gravité

Source : http://la-sociale.viabloga.com/

Le 20 juillet 2018


 
En Afrique on connait de longue date les milices privées chargées de liquider les opposants. En Amérique Latine, on connait aussi les escadrons dont la mission est l’assassinat, l’enlèvement, la violence contre tout contestataire, tout manifestant… En Grèce, qui n’a pas en mémoire les sinistres barbouzes des colonels, dont Costa Gavras donne un aperçu dans son film « Z »? Et en France?

L’affaire du garde du corps de Macron, Alexandre Benalla, est-elle en fait l’affaire Benalla ou bien plutôt l’affaire Macron? Ne s’inscrit-elle pas, toute proportion gardée, dans cette triste lignée, cette application du pouvoir personnel où plus rien ne doit pouvoir se mettre en travers de l’autocrate et de la caste au pouvoir?

On connait maintenant les faits, non grâce à l’administration élyséenne qui s’est bien gardée de saisir la justice - comme la loi pourtant l’exige - mais grâce à un simple internaute présent sur les lieux qui a publié les images de son téléphone portable prouvant l’identité du nervis, l’usurpation de fonction (port de casque et brassard de policier), les coups et blessures volontaires contre de prétendus manifestants, et pour couronner le tout, des menaces de mort à l’encontre de celui qui a immortalisé la scène. Dans causeur.fr, Regis de Castelnau indique fort précisément le nombre d’infractions au code pénal commises par le nervis de l’Elysée, et par l’administration élyséenne au plus haut niveau qui loin d’alerter la justice, a couvert la sortie musclée d’hommes du président.

Benalla, un illuminé isolé, ou le sommet d’un iceberg, ou encore le membre d’une bande organisée? Pour désamorcer la bombe, avec beaucoup de retard, Roger Bruno Petit, ancien journaliste qu’on avait connu avec un autre sens de l’humour lorsqu’il officiait dans le service politique ou le service des sports de France 2, a évoqué un deuxième cas. Celui de Vincent Crase, autre collaborateur de l’Elysée, autre proche d’Emmanuel Macron, qui aurait également été mis à pied pendant deux semaines après les faits évoqués. Benalla, Crase, et à qui le tour?

Derrière ces faits, il y a le sentiment d’impunité partagé par les proches d'Emmanuel Macron, à l’image des tares déjà connues du maitre des lieux: narcissisme, mépris des « petits », violence verbale , attitude provocante… Et la mise en garde à vue de Thierry Solere, fidèle macronniste, soupçonné de fraude fiscale, vient donner un contenu aux faits du moment. Entre les méthodes des serviteurs et le fond politique, il y a toujours un lien.

C’est un régime aux abois, un régime qui veut tout concentrer, un régime sans limite et autodiscipline que l’affaire Benalla-Macron vient révéler.

Benalla un fusible? Ou bien un révélateur qui devrait mettre dans l’œil du cyclone judiciaire, politique et démocratique son patron, Patrick Strzoda, un ancien préfet au bord de la retraite et aujourd’hui directeur de cabinet de Macron, et le patron du patron, le maitre des lieux, Emmanuel Macron en personne…

 


Marseille Non à la privatisation des écoles !

Marseille, 16 octobre 2017.

Source: POID, https://latribunedestravailleurs.fr/2018/07/19/marseille-non-a-la-privatisation-des-ecoles/



Le conseil municipal vote pour la création d’un partenariat public-privé (PPP) , au lieu d’investir les fonds publics, pour démolir 31 groupes scolaires et construire 28 groupes scolaires et 6 nouvelles écoles. Il privilégie ainsi les intérêts des promoteurs immobiliers : un loyer de 41 millions d’euros sera versé pendant vingt-cinq ans par la mairie au groupe auquel sont cédés les locaux, soit un milliard d’euros ! Le groupe privé pourra en sus utiliser la superficie foncière autour des bâtiments scolaires pour des « opérations immobilières connexes » !

Un « collectif citoyen » soutenu par Génération.S, le PCF, le PS, LFI, Ensemble Marseille, le PG, Réinventons la gauche… a lancé une pétition : « L’école publique n’est pas à vendre ! » Dénonçant les mauvais choix de la mairie, il revendique d’autres choix, dont la gestion publique du projet et de la maintenance des écoles. Pour cela, il propose de demander un prêt auprès de la banque européenne et un autre à l’Etat.

La France insoumise invite aussi les parents d’élèves et les habitants à organiser une « cagnotte solidaire » pour rénover eux-mêmes l’école maternelle de « la Viste Bousquet ». Jean-Luc Mélenchon appelle, sur sa page Facebook, à un « grand week-end citoyen » pour repeindre l’école, réhabiliter le jardin et effectuer des petits travaux pour « prendre le pouvoir sur la vie de tous les jours »…

Pour le POID, c’est à la commune et l’Etat de prendre ses responsabilités. La commune doit investir sans avoir à emprunter sur le marché bancaire ou à la BCE. L’État doit lui donner les moyens de construire et rénover les écoles avec des prêts à taux zéro.

Et ce n’est certainement pas aux parents d’assumer la responsabilité de la « rénovation » des écoles.  « Non, c’est à la commune et au gouvernement » dit le POID qui mène campagne pour l’unité pour :

« • un plan d’urgence immédiat de construction et de rénovation des écoles ;
• l’obtention d’un prêt à taux zéro auprès de l’État ;
• l’annulation du partenariat public-privé. »

 


L’UD.CGT du 94 s’adresse à la confédération et aux membres du CCN

Créteil, le 16 juillet 2018


                                                                                                                    
Cher-e-s Camarades, 

Il me revient la responsabilité de vous faire part de notre consternation devant le choix fait par la CGT de participer à la réunion des huit premier-ères dirigeant-e-s d’organisations syndicales de salarié-e-s et du patronat ainsi qu’à la grande messe organisée par le monarque Emmanuel 1er le 17 juillet prochain à l’Elysée.

Au vue du contexte dans lequel nous sommes, caractérisé par des milliers de licenciements, par un accroissement de la pauvreté et du chômage, par des attaques inédites sur le droit du travail, par un laminage sans précédent des services publics et de la protection sociale, par un racket et un détournement historique de nos richesses aux seuls bénéfices des actionnaires, des stars du CAC 40 et des foyers les plus riches, nous qualifions cette décision syndicale nationale comme une pure folie !

Qu’avons-nous à faire et à dire, honnêtement, avec celles et ceux que nous combattons quotidiennement sur les lieux de travail ?! Qu’il s’agisse aussi bien d’ailleurs des licencieurs que de « centrales syndicales qui co-élaborent et cautionnent ces choix économiques au nom du modernisme et de la fatalité ! Comment pouvons-nous penser un seul instant élaborer un « agenda social » avec ces destructeurs de vie et ces champions du renoncement ?! Ce n’est pas sérieux et cela relève d’un important déficit de direction ! C’est une mauvaise farce que de prétendre que nous allons sauver, par ce biais, le fameux « paritarisme » et le vertueux « dialogue social » derrière lesquels s’abritent tous les blablateurs et professionnels du syndicalisme qui n’ont produit, en réalité, que misère, reculs civilisationnels et désespérance !

Quant à la réunion de demain à l’Elysée, qu’en attendons-nous très sérieusement ?!  Qui, de la direction confédérale, peut objectivement en attendre encore quelque chose d’ailleurs ?!
Après les ordonnances sur le code du travail, l’adoption à la hussarde de la contreréforme ferroviaire, les confirmations récentes de dizaines de millier de suppressions d’emplois dans la fonction publique, après l’ISF, la suppression de la taxe sur les dividendes, la CSG ou les APL, après que Macron ai confirmé son cap et sa détermination à aller au bout du mandat que lui ont confié ses amis de la finance international et du Medef, cette décision de notre CGT d’y participer (malgré tout dépasse tout entendement possible ! Venant du prince, ce véritable subterfuge intervenant après nous avoir méprisés et massacrés, ne servira, en vérité, qu’à faire avaliser sa politique destructrice par les fameux « partenaires sociaux ». 

Contenir les colères, faire miroiter, avec la complicité de pseudo-syndicalistes, des débouchés possibles dans le cadre d’une répartition des miettes, voilà, en réalité, à quoi servira ce « sommet social » de l’Elysée.

D’aucune sorte et d’aucune façon qu’il soit, nous n’avons à légitimer ou à être associés à la contre-révolution conservatrice en marche ! Jamais, au grand jamais, nous n’avons à pactiser ou à chercher je ne sais quelle alliance avec les forces obscures du grand patronat !

Macron, le Medef et les syndicats accompagnateurs de l’austérité sont les ennemis des salarié-e-s, des jeunes, des retraité-e-s et des privé-e-s d’emplois. Nous les combattons chaque jour avec nos tripes, nos salaires de misère, les menaces qui pèsent sur toutes et tous et nos trop faibles moyens. Mais coûte que coûte, nous les combattons et les combattrons toujours pour vivre mieux et autrement des fruits de notre travail. Cela s’appelle l’antagonisme de classe et l’heure n’est certainement pas à la ranger dans les rubriques de l’Histoire.

A celles et ceux qui auraient encore des doutes ou des illusions chez nous, au nom de toutes et tous nos camarades et des milliers de salarié-e-s qui ont perdu plusieurs journées de salaires derrière une stratégie syndicale qui interroge, nous affirmons avec force que ce n’est certainement pas dans ces rencontres feutrées et accords de sommet que nous parviendrons à stopper et à infléchir en quoi que ce soit la feuille de route guerrière du monarque ! C’est bien dans les boîtes et dans la rue, dans la clarté idéologique et dans l’évitement de toute confusion possible, que nous parviendrons à recréer de l’espoir et à organiser l’action la plus large et la plus massive possible. Du syndicat à la confédération, il serait bien plus efficace que chacune et chacun, que chaque dirigeant-e de la CGT reste donc bien arrimer à son poste de combat.

Vous l’aurez compris, cher-e-s camarades, nous sommes en total désaccord avec ces décisions nationales et nous nous posons la question : sur quoi et sur quelle analyse s’appuient cette orientation confédérale ? Que disent les fédérations ? Pourquoi n’avons-nous pas d’ailleurs le compte-rendu de cette réunion avec les fédérations ? Ne pouvions-nous pas consulter le CCN sur des rendez-vous institutionnels aussi majeurs et lourds de sens politique ?

Est-ce au seul bureau confédéral d’apprécier et de décider d’un tel choix lui-même fondé sur aussi peu d’avis d’organisation de la CGT ?

A l’évidence, c’est de tout cela qu’il nous faudra discuter à la rentrée et jusqu’au 52ème congrès de la CGT.

C’est notre modeste avis et notre humble contribution aujourd’hui. Fraternellement, 

Pour la CE de l’UD CGT du Val-de-Marne
Cédric QUINTIN 
Secrétaire général

 


Pascal Pavageau, nouveau secrétaire de FO.

Où va la Confédération FO?

17 juillet 2018


Le journal du POID (Parti Ouvrier Indépendant Démocratique) informe:

"Avant la réunion organisée par Macron avec l’ensemble des responsables patronaux et syndicaux, Pascal Pavageau, secrétaire général de Force Ouvrière déclare: « FO ne vient pas signer un « contrat social » avec le président. S’il s’agit de poursuivre la logique de casse des droits collectifs, ce sera sans nous ! Il faut qu’il y ait un avant et un après 17 juillet 2018. La politique du « Je marche seul » menée depuis un an par le président sur le social, c’est un zéro pointé». Il annonce avoir invité les douze organisations syndicales et de jeunesse à se réunir fin août pour construire un mouvement interprofessionnel à l’automne, peut-être en octobre. Il s’agit d’arrêter cette politique mortifère sur le plan social. »"

Pourquoi ne pas AJOUTER: si le président veut continuer à casser le modèle social, "sans nous" Force Ouvrière, cela signifie que le syndicat doit refuser de sièger dans une instance qui n'a pas d'autre but que de continuer la casse sociale. Les camarades qui dirigent la CGT du 94 n'ont ils pas raison d'intervenir pour dire: il ne faut pas y aller et appeler à la mobilisation contre ce régime.(RD)

 


 

Vague populiste hystérique savamment entretenue par le pouvoir au moment du Mondial, Macron se déchaine...

Mélenchon s'adapte à la vague qui monte?...

Retraite : La grande bataille avec Macron va commencer, par Jean Luc Mélenchon

Source : https://melenchon.fr/2018/07/09/la-grande-bataille-avec-macron-va-commencer/

Jeudi 12 juillet 2018.



Bravo au journal L’Humanité pour avoir levé le lièvre à temps ! Sébastien Jumel (PCF) d’abord, puis Adrien Quatennens (LFI) ensuite avaient repéré l’amendement de « la République en marche » qui voulait tuer la Sécurité sociale. L’Humanité a réagi au vol et permis que le combat commence aussitôt. Focalisé sur la réussite du discours de lundi du Président, la majorité a dû reculer séance tenante. C’est une victoire et il faut la mettre au crédit du journal communiste. Pour autant, nous ne baissons pas la garde. Car nous savons que la retraite à points est au coin du bois. Ce sera la mère de toute les batailles car c’est le cœur de la Sécurité sociale qui est en jeu, de son esprit, de son organisation, comme matrice d’une contre organisation de la société. Le coup de l’amendement est un indice très parlant de la direction que prend la charge libérale Macroniste.

C’est à mes yeux le coup de trop. Il pulvérise le pacte social jusqu’au cœur des classes moyennes et moyennes supérieures sans lesquelles un pouvoir du type de celui de Macron ne peut subsister. Il faut donc aiguiller précisément le prochain tir sur le cœur du dispositif adverse. Il faut montrer que tout le monde va y perdre. Les classes moyennes qui vont voir toute leur progression de carrière effacée d’un trait de plume, puisque le système des meilleures années de référence sera aboli, devraient s’en alarmer dès qu’elles auront compris l’arnaque.

Donc, cette fois-ci, la base sociale de la contre-offensive sera plus large. Plus large que contre les ordonnances qui ne frappaient « que » les employés et ouvriers du secteur privé. Plus large que dans la bataille SNCF qui ne mettait en joue « que » les agents du service public. Cette fois-ci, toute la structure sociale est concernée. C’est pourquoi j’ai pris bien en amont le problème du plan stratégique. À Marseille j’ai appelé à la formation d’un comité national de défense de la Sécu autour des syndicats. Il s’agit de régler d’entrée de jeu, au seuil de la lutte, les deux écueils qui nous ont bloqués aux précédentes étapes : la division des syndicats et le cloisonnement entre les syndicats et les forces associatives et politiques.

Depuis le 26 mai et la marée citoyenne, nous avons surmonté le cloisonnement entre syndicats, associations et politiques. Depuis le 28 juin, l’unité syndicale est entrée dans une nouvelle étape. Tout cela ne doit pas avoir été fait en vain. Et cette bataille mérite mieux que les hésitations coutumières et les tergiversations qui nous ont cloués au sol dans les batailles précédentes. La Sécurité sociale, c’est le cœur du cœur. Il faut faire face. Ce doit être le terrain sur lequel nous devons bloquer l’offensive anti-sociale de Macron.

 


Universitaire et militant du NPA...

André Breton et Léon Trotsky aux pieds du volcan Popocatépetl en 1938, par Michaël Löwy
 

Mercredi 11 juillet 2018

Source: https://npa2009.org/idees/culture/1938-andre-breton-et-leon-trotsky-aux-pieds-du-volcan-popocatepetl


 

Lors de la prochaine université d’été du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), notre camarade Michael Löwy animera un atelier autour de la rencontre entre Léon Trotsky et André Breton en 1938. Nous lui avons demandé de rédiger un court texte qui, sans résumer l’atelier, donne une idée de ce que sera sa tonalité et son contenu.

L'article de Michaël Löwy
 
Il y a quatre vingts ans, pendant l’été 1938, l'aigle et le lion se sont rencontrés au Mexique, aux pieds des volcans Popocatépetl et Ixtacciualtl. Une rencontre surprenante entre deux personnalités apparemment situées aux antipodes, l'héritier révolutionnaire des Lumières et l'artiste installé sur la queue de la comète romantique, le fondateur de l’Armée rouge et l'initiateur de l’aventure surréaliste. Leur relation était assez inégale. André Breton vouait une énorme admiration pour le révolutionnaire russe, tandis que Léon Trotsky, tout en respectant le courage et la lucidité du poète, avait quelques difficultés à comprendre le surréalisme, sans parler de ses goûts littéraires, qui le portaient plutôt vers les grands classiques réalistes du dix neuvième siècle. Et pourtant, le courant est passé, le russe et le français ont trouvé un langage commun, l’internationalisme et la révolution.
 
De cette rencontre, du frottement de ces deux pierres volcaniques, est issue une étincelle qui brille encore, le manifeste pour un art révolutionnaire indépendant. Un document communiste libertaire, antifasciste et allergique au stalinisme, qui proclame la vocation révolutionnaire de l’art et sa nécessaire indépendance par rapports aux états et aux appareils politiques.
 
L’idée du document est venue de Léon Trotsky, tout de suite acceptée par André Breton. Il fut rédigé a quatre mains, après de longues conversations, discussions, échanges et sans doute quelques désaccords, et il porta les signatures d’André Breton et de Diego Rivera, le grand peintre muraliste mexicain à l’époque fervent partisan de Léon Trotsky. Diego Rivera et Léon Trotsky vont se brouiller peu après. Ce petit mensonge inoffensif était dû à la conviction du vieux bolchevik qu’un manifeste sur l’art devrait être signé uniquement par des artistes. Le texte avait une forte tonalité libertaire, notamment dans la formule, proposée par Léon Trotsky, proclamant que, dans une société révolutionnaire, le régime des artistes devrait être anarchiste, c’est-à-dire fondé sur la liberté illimitée. Le manifeste garde, quatre vingts années plus tard, une étonnante actualité, mais il n’en souffre pas moins de certaines limites, dues à la conjoncture historique de sa rédaction. Par exemple, les auteurs dénoncent, avec beaucoup d’acuité, les entraves à la liberté des artistes imposées par les états, notamment mais pas seulement totalitaires. Mais, curieusement, il manque une discussion et une critique des entraves qui résultent du marché capitaliste et du fétichisme de la marchandise.
 
Le manifeste se concluait par un appel à créer un mouvement large, incluant tous ceux et toutes celles qui se reconnaissaient dans l’esprit général du document. Ainsi fut fondée la Fédération Internationale pour l'Art Révolutionnaire Indépendant (FIARI), qui a réussi à rassembler non seulement les partisans de Léon Trotsky et les amis d'André Breton, mais aussi des anarchistes et des écrivains ou artistes indépendants. La FIARI avait une publication, la revue Clé, dont le rédacteur était Maurice Nadeau, à l’époque jeune militant trotskiste avec beaucoup d’intérêt pour le surréalisme. Maurice Nadeau sera l’auteur, en 1946, de la première histoire du surréalisme.
 
Le gérant de la revue était Léo Malet et le comité national de la revue était composé d'Yves Allégret, André Breton, Michel Collinet, Jean Giono, Maurice Heine, Pierre Mabille, Marcel Martinet, André Masson, Henry Poulaille, Gérard Rosenthal et Maurice Wullens. Parmi les autres participants on trouvait Gaston Bachelard, Georges Henein, Michel Leiris, Roger Martin du Gard, Albert Paraz, Henri Pastoureau, Benjamin Péret, Herbert Read, Diego Rivera et Léon Trotsky. Ces noms donnent une idée de la capacité de la FIARI à associer des personnalités politiques, culturelles et artistiques assez diverses. La revue Clé n’a connu que deux numéros en deux livraisons, le premier numéro au mois de janvier 1939 et le deuxième numéro au mois de février 1939. La FIARI a été une belle expérience marxiste libertaire, mais de courte durée. Au mois de septembre 1939, le début de la seconde guerre mondiale a mis fin, de facto, à la FIARI.
 
Note :

En 1965, notre ami Michel Lequenne, à l’époque un des dirigeants du Parti Communiste Internationaliste (PCI), a proposé au groupe surréaliste une refondation de la FIARI. Il semble que l’idée n’a pas déplu à André Breton, mais elle fut finalement rejetée par une déclaration collective, en date du 19 avril 1966, signée par Philippe Audoin, Vincent Bounoure, André Breton, Gérard Legrand, José Pierre et Jean Schuster, pour le mouvement surréaliste...


A propos de l’article de Michaël Löwy (NPA)

La FIARI (Fédération Internationale d'Artistes Révolutionnaires et Indépendants), et le Manifeste de Mexico (1938), par Robert Duguet



Ces propos font suite à un article de Michaël Löwy, qui animera lors de la prochaine université d’été du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), un atelier autour de la rencontre entre Léon Trotsky et André Breton en 1938. Les vertus d’historien de cet intellectuel et militant du NPA m’avaient particulièrement surpris dans le mauvais sens : il avait consacré un long article à la « gauche révolutionnaire » de Marceau Pivert, où il expliquait que beaucoup de militants qui se reconnaissaient dans ce courant révolutionnaire de la SFIO, étaient issu du Christianisme social. Quand on connait un peu l’histoire du courant pivertiste, c’est une contre-vérité flagrante. Michaël Löwy a dû confondre le parti de Blum et celui de Mitterand…


Dans le Manifeste de Mexico il n’est nullement question d’une référence à « l’anarchisme », conception politique et courant du mouvement ouvrier qui serait adapté au domaine de la création artistique ; c’est quelque peu une extrapolation de Michaël Löwy, avec laquelle je ne suis pas d’accord. Mais entrons dans la discussion…

Revenons sur l’idée centrale du Manifeste, et qui relève de l’autorité incontestée de Trotsky, qui lui avait approfondi depuis sa jeunesse ce qui déterminait la « vocation » artistique ou littéraire, puisqu’il se destinait à la littérature : l’engagement révolutionnaire l’a porté vers des horizons plus larges que la révolte littéraire. L’art authentique, celui qui ne se contente pas de répéter les formes anciennes, résulte des aspirations profondes de la conscience, tout en s’exprimant dans les formes de l’art. Cette aspiration ne peut être que révolutionnaire puisqu’elle entre en contradiction avec les formes sociales, ou rapports imposés à l’homme par la civilisation bourgeoise à l’âge de son crépuscule. Aussi bien chez Trotsky, qui a fréquenté les membres de l’école freudienne à Vienne durant six mois, que chez André Breton et les surréalistes, cette démarche intègre l’apport de la psychanalyse, comme découverte visant à l’explication de la psychologie humaine sur des bases matérialistes. La question n’est pas que l’artiste cale sa démarche sur l’engagement en direction de tel ou tel parti, fut-il anarchiste, mais qu’il réagisse dans ses nerfs et son cœur face à l’obstacle que lui renvoie les formes sociales dominantes, et donc qu’il soit d’une fidélité absolue à son « moi » profond.

Le manifeste proclame :

« Nous estimons que la tâche suprême de l’art à notre époque est de participer consciemment et activement à la préparation de la révolution. Cependant l’artiste ne peut servir la lutte émancipatrice que s’il est pénétré subjectivement de son contenu social et individuel, que s’il en fait passer le sens et le drame dans ses nerfs et que s’il cherche librement à donner une incarnation artistique à son monde intérieur… »

L’art a besoin de liberté. Trotsky défend le mot d’ordre : toute licence en art ! Breton, lui, est réservé sur cette question. Il ajoute : toute licence, sauf contre la révolution prolétarienne ! Et Trotsky impose, toute licence y compris contre la révolution prolétarienne ! En fait il y a une ambiguïté dans la position de Breton qui voudrait bien que le surréalisme soit le partenaire privilégié du mouvement révolutionnaire. C'est une discussion que Trotsky connait bien: il avait consacré dans les années révolutionnaires toute une série d'articles sur les écoles littéraires en Russie, avant, pendant et après la révolution d'Octobre. Ces articles seront plus tard regroupés sous le titre "Littérature et Révolution". Il a sur ce plan largement influencé la politique de la direction du parti bolchévik: en littérature Lénine n'y entendait pas grand-chose. Malgré l'admiration qu'il avait pour le grand poète lyrique Serge Essénine, il s'est toujours opposé à ce que le parti bolchévik reconnaisse telle ou telle école littéraire, qui dans les années post-révolutionnaires ont proliférées dans la jeune république soviétique. Les imaginismes, courant littéraire d’Essénine, demandaient une reconnaissance du pouvoir soviétique. La démarche de Trotsky est la même vis à vis de Breton et du surréalisme...

En fait la FIARI est essentiellement tournée contre la conception d’un art prolétarien, contre les principes élaborés à Moscou par les policiers de Staline, qui subordonnent l’écrivain ou l’artiste à des normes qui sont élaborées en dehors de ses propres convictions. Si le Manifeste de la FIARI n’envisage pas l’utilisation de l’art par le marché capitaliste, c’est que aussi bien Breton que Trotsky étaient entièrement investis dans le combat contre le rôle entièrement réactionnaire joué par l’appareil stalinien à l’échelle internationale. Nous sommes en 1938 : le Parti Communiste Espagnol, puissamment aidé par les policiers de Staline, a détruit l’avant-garde révolutionnaire espagnole sur le front de la guerre civile. Ils se sont faits les auxiliaires du franquisme dans le camp républicain.

A l’issue de la boucherie impérialiste de 1914-1918, le surréalisme après le nihilisme de dada donne une forme doctrinale par les manifestes à cette révolte d’une jeunesse intellectuelle qui sort des tranchées et qui déconstruit le champ littéraire et artistique officiel : l’écriture automatique exprime cette révolte des forces de l’inconscient social contre ces modèles du passé. Ce mouvement artistique, qui au reste ne correspondait pas du tout aux goûts de Trotsky, a été porté par la vague révolutionnaire des années 1918-1920. L’attraction que représentait la révolution d’octobre victorieuse pousse les surréalistes à se rapprocher de la revue marxiste Clarté puis du PCF. Une étoile est née au ciel d’Orient, la Komintern ! Dans la période qui suit et qui est marquée par une recomposition des forces exprimant les intérêts du capitalisme, puis par le début de la contre-révolution thermidorienne en URSS, les écrivains et artistes de valeur qui avaient rejoint le groupe surréaliste, vont progressivement s’éloigner. Le cadre – il faut le dire – doctrinal que fixe Breton dans les Manifestes et qui verra ce dernier prononcer des excommunications majeures à l’encontre de ceux qui s’éloignaient de la ligne, ne correspondra plus aux besoins de la période. Connaissant bien le domaine de la poésie, les poètes de valeur reconnaitront l’apport du coup de semonce du surréalisme, mais la plupart reprendront leur cheminement propre. Toutefois il n’y a pas un poète reconnu du XXème siècle qui n’ait été profondément marqué par la bourrasque surréaliste, y compris parmi d'éminents réactionnaires ou de bons staliniens comme Aragon. Quant à l’écriture automatique, si elle représente cette volonté de rompre avec les formes préétablies, la construction d’une œuvre littéraire ou poétique obéit à un travail artistique ou littéraire dans le domaine de la qualité. Et cela ne relève pas d’un automatisme facile, y compris dans les poèmes de Breton.

Le surréalisme est mort pour la révolution, comme la FIARI, dernier soubresaut avant le cataclysme de 1939. Aujourd’hui la création poétique – je parle de ce que je connais – est d’une pauvreté navrante. En fait les derniers grands poètes qu’a connu le XXème siècle ont existé dans le prolongement de la dernière secousse révolutionnaire, celle de la Libération. Il n’appartient à aucun parti – là l’initiative vient d’un intellectuel du NPA – de faire revivre la FIARI, ce serait forcément une construction artificielle. Il y manque deux conditions essentielles : des événements de nature révolutionnaire et des artistes indépendants d’accord pour se lier à la renaissance du mouvement communiste. Nous en sommes très loin…

 


André Breton, Diégo Rivera et Léon Trotsky, Mexico 1938.

La mission de la F.I.A.R.I., par Léon Trotsky

22 décembre 1938


Mon cher Breton,

J'approuve de tout cœur l'initiative que vous avez prise avec Diego Rivera de créer la F.I.A.R.I., fédération internationale d'artistes authentiquement révolutionnaires et indépendants, et pourquoi ne pas ajouter : une fédération d'authentiques artistes. Il est temps, il est grand temps ! Le globe terrestre devient une caserne impérialiste boueuse et fétide. Les héros de la démocratie, avec à leur tête l'incomparable Daladier, mettent toute leur énergie à ressembler aux héros du fascisme (ce qui n'empêche pas les premiers de se retrouver en camp de concentration chez les seconds). Plus un dictateur est ignare et borné, plus il se sent appelé à régenter l'évolution de la science, de la philosophie et de l'art. La servilité moutonnière du monde intellectuel est également très significative de l'état de pourrissement de la société contemporaine. La France ne fait pas exception.

Nous ne parlerons pas des Aragon, des Ehrenbourg [1] et autres petits bourgeois ; nous n'allons pas qualifier les messieurs qui, avec le même enthousiasme écrivent la biographie de Jésus-Christ et celle de Joseph Staline [2] (ceux-là, leur mort même ne les a pas amnistiés). Nous passons sur le triste, pour ne pas dire honteux déclin de Romain Rolland. Mais il faut s'attarder sur le cas de Malraux [3]. J'ai observé avec intérêt ses premiers pas en littérature. Déjà alors, une certaine pose marquait fortement son œuvre. On était souvent choqué de sa manière froide et raffinée de se mettre en quête de l'héroïsme des autres. Mais on ne peut nier qu'il ait du talent. Sa manière d'aborder les plus grandes épreuves humaines, les combats héroïques, les souffrances extrêmes, le sacrifice de soi, était empreinte d'une force indiscutable. On pouvait croire - personnellement je voulais l'espérer - que le souffle de l'héroïsme révolutionnaire donnerait plus de profondeur à l'inspiration de l'écrivain, le débarrasserait de sa pose, et ferait de Malraux un poète représentatif de l'époque des catastrophes. Qu'est-il advenu ? L'artiste est devenu reporter du G.P.U. ; il produit de l'héroïsme bureaucratique, d'une longueur et d'une largeur déterminées (il n'y a pas de troisième dimension).

Pendant la guerre civile, j'ai dû mener un combat acharné contre les rapports d'opérations inexacts ou mensongers, dans lesquels des chefs s'efforçaient de dissimuler leurs erreurs, leurs échecs, et leurs défaites derrière un torrent de phrases générales. La production actuelle de Malraux est, elle aussi, faite de rapports mensongers sur les champs de bataille (Allemagne, Espagne). Le faux est néanmoins bien plus repoussant lorsqu'il se pare d'une forme artistique. Le destin de Malraux est symbolique pour toute une couche d'écrivains, presque pour toute une génération : les gens mentent en raison de leur " amitié " fictive envers la Révolution d'Octobre. Comme si la révolution avait besoin de mensonges !

L'infortunée presse soviétique, évidemment sur ordre venu d'en haut, se lamente avec force ces derniers jours sur la " pauvreté " de la création scientifique et artistique en U.R.S.S. et reproche aux écrivains soviétiques leur manque de sincérité, d'audace, et d'envergure. On n'en croit pas ses yeux : le boa faisant au lapin un sermon sur l'indépendance et la dignité individuelles. Tableau absurde et ignominieux, et cependant bien digne de notre époque !

Le combat pour les idées de la révolution en art doit reprendre, en commençant par le combat pour la vérité artistique, non pas comme l'entend telle ou telle école, mais dans le sens de la fidélité inébranlable de l'artiste à son moi intérieur. Sans cela, il n'y a pas d'art. " Ne mens pas ! ", c'est la formule du salut. La F.I.A.R.I. n'est pas, bien sûr, une école esthétique ou politique et ne peut le devenir. Mais la F.I.A.R.I. peut ozoniser l'atmosphère dans laquelle les artistes ont à respirer et à créer. En effet, à notre époque de convulsions et de réaction, de décadence culturelle et de barbarie morale, la création indépendante ne peut qu'être révolutionnaire dans son esprit, car elle ne peut que chercher une issue à l'insupportable étouffement social. Mais il faut que l'art en général, comme chaque artiste en particulier, cherche une issue par ses propres méthodes, sans attendre des ordres de l'extérieur, en refusant les ordres, et qu'il méprise tous ceux qui s'y soumettent. Faire naître cette conviction commune parmi les meilleurs artistes, voilà la tâche de la F.I.A.R.I. Je crois fermement que ce nom passera dans l'Histoire.

Notes

[1] Louis Aragon (1890-1982), poète et romancier, ancien surréaliste, venu au P.C. à l'époque stalinienne, avait été l'ami de Breton, mais était devenu sa bête noire. Iliya Ehrenbourg (1891-1967), romancier et journaliste, avait été, notamment en Espagne, une des plumes dociles de Staline.

[2] Trotsky fait allusion à Henri Barbusse (1873-1935) qui avait connu la notoriété avec le Prix Goncourt pour son roman de guerre Le Feu. Il avait adhéré au P.C. en 1923 et écrit ensuite un Staline. Un Monde nouveau vu à travers un homme et une Vie de Jésus.

[3] André Malraux (1901-1976), prix Goncourt en 1934 pour La Condition humaine, avait donné de l'argent pour La Vérité, puis visité Trotsky à Saint-Palais et protesté contre son expulsion de France. La rupture s'était faite au moment des procès de Moscou dont il affirma que Trotsky faisait " une affaire personnelle "...

 


 

Urgence pour Sentsov, Koltchenko et les autres prisonniers politiques ukrainiens de Poutine


Source : https://collectifkoltchenko.blogspot.com/2018/07/urgence-pour-sentsov-koltchenko-et-les.html



Le 13 juillet 2018, deux jours avant la finale de la Coupe du monde de football, ce sera le 61ème jour de grève de la faim du réalisateur ukrainien Oleg Sentsov, ce sera également son anniversaire : 42 bougies qu'il soufflera en tant que prisonnier politique de Vladimir Poutine. Il a, à ce jour, perdu plus de 15 kg.

Poutine détient dans son goulag d'autres prisonniers politiques, dont nombre ont été soumis à la torture. Parmi eux également Alexander Koltchenko, connu en Crimée pour ses engagements antifascistes, syndicaux, anarchistes, écologistes, et condamné par l’État russe lors du même procès que Sentsov. L’accusation de « terrorisme », qui a servi à couvrir ces ignobles décisions d’un tribunal qui exécute les ordres du pouvoir politique russe, n’a aucun fondement. Ils ont été torturés et condamnés parce qu'ils luttent contre l'oppression exercée par l’État russe, tant sur le territoire russe qu'en Crimée.

Sentsov ne combat pas pour sa propre libération. Il a annoncé qu'il ferait grève de la faim tant que tous et toutes les prisonnier-e-s politiques ukrainien-ne-s détenu-e-s en Russie et en Crimée ne seraient pas libérés. Au delà c'est contre le tyran Poutine qu'il combat : "Nous sommes peut-être destinés à devenir des clous dans le cercueil du tyran. J'aimerais être un de ces clous. En tout cas, sachez que ce clou-là ne pliera pas."

Pour la libération immédiate d'Oleg Sentsov, d'Alexandr Koltchenko et de tous les autres prisonniers politiques ukrainiens en Russie, et pour les libertés démocratiques dans tous les pays :

 ♦ nous invitons le 13 juillet 2018, à 19h, place Igor Stravinski (Paris, à coté de Beaubourg), tous les hommes et toutes les femmes qui considèrent que le combat de Sentsov est juste, qui demandent la libération immédiate de Koltchenko et Sentsov, et au-delà la libération rapide de tous et toutes les prisonnier-e-s ukrainien-n-es poursuivi-e-s pour des raisons politiques en Crimée et en Russie, et tous ceux qui comprennent que, pour la démocratie dans tous les pays, Vladimir Poutine est dangereux

♦ nous invitons les rédactions et journalistes commentant la coupe du monde à prendre leur responsabilité et à profiter du fort audimat pour faire connaître lors de cette dernière semaine de coupe du monde les cas de Koltchenko et de Sentsov, et d'exiger leur libération

 ♦ nous appelons les diplomates, leaders et officiels (français notamment) à cesser de cautionner les exactions de l’État russe et à refuser d'assister à la Coupe du monde. Ainsi Macron ne doit pas aller voir le match en Russie mardi 10 juillet et doit œuvrer pour une victoire : celle de sauver des vies, et notamment celle de Sentsov en exigeant sa libération immédiate

 ♦ nous appelons à amplifier la solidarité internationale afin de dénoncer l'enlèvement et la détention de Koltchenko et Sentsov, et exiger leur libération immédiate


Collectif Koltchenko : Ligue des Droits de l’Homme, Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme, Groupe de résistance aux répressions en Russie, Ukraine Action, Russie-Libertés, CEDETIM - Initiatives Pour un Autre Monde - Assemblée Européenne des Citoyens, Action antifasciste Paris-Banlieue, Collectif Antifasciste Paris Banlieue, Mémorial 98, Union syndicale Solidaires, CNT-f, CNT-SO, Emancipation, FSU, FSU 03, CGT Correcteurs, SUD éducation, SUD-PTT, Alternative Libertaire, Ensemble !, L’Insurgé, NPA, Fédération Anarchiste, Critique sociale


Le cinéaste Oleg Sentsov...

Lettre de neuf députés européens de la Gauche Unitaire Européenne (GUE) à Valentin Chizhov, représentant permanent de la Fédération de Russie auprès de l’Union Européenne, Par Lola Sanchez Caldentey, Miguel Urban Crespo, Tania Gonzales Penas, Barbara Spinelli, Curzio Maltese, Estefania Torres Martinez, Marie-Christine Vergiat, Marie-Pierre Vieu et Xavier Benito Zinuaga.

Source : https://aplutsoc.wordpress.com/2018/06/30/sentsov-va-t-il-mourir-sauverons-nous-sentsov/

Jeudi 28 Juin 2018


 

Nous souhaitons vous alerter quant au sort et à la situation préoccupantes du cinéaste Oleg Sentsov et du militant syndicaliste Oleksandr Koltchenko condamnés le 25 août 2015 par un tribunal militaire et détenus en Russie.

De nombreuses personnalités de différents horizons et organisations de défense des droits de l'homme ont déjà pris position pour demander leur libération. Parmi lesquelles les Organisations Non Gouvernementales (ONG) Amnesty International et Human Rights Watch (HRW), le philosophe Slavoy Zizek ou encore le cinéaste Ken Loach pour ne citer qu’eux.

Le 14 mai 2018, le cinéaste Oleg Sentsov a entamé une grève de la faim qui fait craindre pour sa vie.

Le contexte de guerre en Crimée dans lequel se sont déroulées leurs arrestations fait peser de nombreux doutes sur la procédure et les charges retenues. En témoigne par exemple l’accusation d’appartenance à l’organisation d’extrême-droite Pravyi Sector contre d’Oleksandr Koltchenko, pourtant militant antifasciste.

Les fortes tensions associées au conflit ukrainien laissent penser que le traitement réservé à Oleg Sentsov et à Olekandr Koltchenko est avant tout politique.

Alors que tous les yeux sont rivés sur la Russie au travers de la coupe du monde de football qui réserve un accueil formidable aux équipes ainsi qu’aux passionnés du ballon rond, il serait dramatique d’offrir aux opinions publiques le spectacle d’une grande nation bafouant les principes fondamentaux des droits de l'homme.

Pour cette raison nous souhaitons nous associer à leur demande de libération immédiate.

 


Le couple Maduro chavez...

Amérique latine : quand Mélenchon pédale dans la semoule, par Saintupery

4 juillet 2018  

Blog : Le Blog de Saintupery


Marc Saint-Upéry, journaliste, traducteur, éditeur, auteur de Le Rêve de Bolivar. Le défi des gauches sud-américaines (La Découverte, Paris, 2007), résident depuis 1997 à Quito, Équateur.

Pour le leader de La France Insoumise, il n’y a pas de dérive autoritaire au Venezuela et l’ex président équatorien Rafael Correa est une victime innocente. Entre la situation apocalyptique du pays de Chávez et la vague de révélations sur la décomposition du régime de Correa, l’entêtement de Mélenchon n’est plus simplement une erreur, mais une ignominie qui tient du véritable suicide idéologique.

Dans son entretien du 2 juillet 2018 avec Mediapart, Jean-Luc Mélenchon assène une affirmation extrêmement surprenante : « Il n’y a pas de dérive autoritaire au Venezuela, mais une lutte rendue explosive par les États-Unis et l’extrême droite locale. »

Voyons un peu ce qu’en disent les Vénézuéliens eux-mêmes, et pas n’importe quels Vénézuéliens (on sait que pour Jean-Luc Mélenchon, tous ceux qui ne sont pas chavistes sont « d’extrême-droite »), mais des dizaines d’anciens ministres, fonctionnaires et dirigeants ayant longtemps accompagné le processus « bolivarien » avant de jeter l’éponge face à la terrible décadence qu’il connaît aujourd’hui.

Ainsi, par exemple, pour le général Clíver Alcalá Cordones, compagnon d’armes de Chávez lors de la rébellion militaire du 4 février 1992, « le pays est gouverné par un clan de criminels. C’est une petite élite programmée pour piller les richesses du pays et détruire le pouvoir d’achat du peuple. […] La vérité est criminalisée et quiconque est en désaccord avec le pouvoir et a une opinion divergente de ce que décide ce gouvernement abusif et autoritaire est pourchassé comme un criminel. […] Je me demande aujourd’hui pourquoi Chávez a permis aux criminels incompétents qui gouvernent actuellement le pays d’être dans une position de pouvoir accumuler d’immenses fortunes. »1

Diantre ! Mais Alcalá est un militaire, sa pensée manque sans doute de subtilité et il ne s’est pas confronté aux problèmes de la gestion. Voyons ce qu’en dit Víctor Álvarez, ex ministre de l’Industrie et du Commerce de Chávez : « Les gens qui pâtissent aujourd’hui des ravages de la pénurie, de la spéculation et de l’inflation en concluent que “si cette calamité est le socialisme, je préfère le capitalisme”. Il faudra du temps pour que les gens simples du peuple recommencent à croire au socialisme. »2

Aïe, ça ne s’arrange pas. Tournons-nous donc plutôt vers un véritable intellectuel, Nicmer Evans, politologue bolivarien, fondateur du parti Marea socialista (courant « chaviste critique » ayant abandonné le parti au pouvoir, le PSUV, en 2015) : « La puissante capacité de terrorisme d’État développée par le gouvernement Maduro a réussi à engendrer la peur et repose sur une série de systèmes de contrôle. […] Il s’agit d’un gouvernement mafieux. »3

Ouh la la, mais qu’est-ce que c’est que ce délire ? Bon, il s’agit sans doute d’excentriques isolés qui ont perdu la tête ou sont rongés par le ressentiment. Demandons plutôt son avis à un collectif de vétérans particulièrement autorisés de la « Révolution bolivarienne », composé par : Ana Elisa Osorio (ancienne ministre de l’Environnement de Chávez), Héctor Navarro, (ayant occupé successivement les portefeuilles de l’Éducation, de la Culture et des Sports, de l’Enseignement supérieur, de la Science, de la Technologie et de l’Innovation, et de l’Énergie électrique de Chávez, Gustavo Márquez Marín (ancien ministre du commerce) et Oly Millán Campos (ministre des Communes et la Protection sociale, puis de l’Économie populaire). De quoi nous parlent-ils dans un texte rédigé à l’occasion des élections du 20 mais dernier ? De la « catastrophe autoritaire qui détruit le Venezuela », de la « séquestration des institutions dans lesquelles nous nous trouvons », du « cauchemar maduriste dans lequel nous vivons » et de « la perpétuation au pouvoir du gouvernement le plus corrompu de toute notre histoire ».4

Tous payés par la CIA !

Je ne vois qu’une seule explication possible : tous ces gens-là doivent être payés par Washington, la CIA ou l’opposition « d’extrême-droite » pour raconter de telles horreurs. Si ce n’était pas le cas, cela voudrait dire que Jean-Luc Mélenchon se trompe ou nous ment – or, pour le coup, on sait bien que c’est impossible.

Mieux vaut sans doute s’adresser à un militant de base engagé sur le terrain social, le camarade César Romero, de Marea Socialista, intervenant il y à peine quelques semaines dans un événement de la Fondation Rosa Luxemburg (liée au parti allemand Die Linke) à Quito. Pour Romero, le gouvernement de Nicolas Máduro est « un État complètement autoritaire, répressif [qui] viole les droits politiques, sociaux et constitutionnels […] Tout ce qui ne sert pas le gouvernement est défini par le pouvoir comme “de droite”, tu deviens aussitôt un ennemi, un contre-révolutionnaire, un agent de la CIA, etc. […] Le comportement mafieux de l’État » s’enracine dans « un processus de cooptation et de démantèlement du tissu social du pays » et une « criminalisation de la critique qui remonte au moins à 2005 ou 2006 [NdT : donc bien avant Maduro] ». « Il ne s’agit plus du rentisme démocratique bourgeois des années 1970 », conclut Romero, mais d’un processus qui « va vers la barbarie ».5

Trop c’est trop !!! Et puis qu’est-ce que c’est que cette nostalgie de la « démocratie bourgeoise » ? Réfugions-nous donc plutôt dans les pages du Monde diplomatique, édition Cône Sud. Ces vaillants journalistes progressistes qui ont la mémoire des horreurs des dictature de Pinochet et Videla ne se laisseront certainement pas tromper par les sirènes de l’« extrême-droite ». Que nous disent-ils dans leur numéro de mai dernier ? Que la situation au Venezuela « se caractérise par l’aggravation du contexte de récession économique, de misère sociale, de militarisation du pouvoir, d’autoritarisme et de corruption »6 ; que « la consolidation d’un pouvoir de facto incarné par une assemblée constituante “souveraine” qui […] se consacre à gouverner sans contrepoids, ne sert qu’à masquer une profonde décadence politique, économique et institutionnelle, accompagné par une érosion des garanties constitutionnelles et une répression politique ».7

Décidemment, nous sommes entourés de traîtres et on ne peut plus se fier à personne. Heureusement que Jean-Luc Mélenchon, l’incorruptible, le seul que la CIA ne pourra jamais acheter, l’homme qui connaît le Venezuela mieux que des millions de Vénézuéliens, résiste et proclame la vérité à tous vents : il n’y a pas de dérive autoritaire au Venezuela.

Au secours de l’« ami » Correa

Jean-Luc Mélenchon est également préoccupé par l’Équateur de (feue) la « Révolution citoyenne ». Outre la mention du thème dans le même interview (« En Équateur, je désapprouve formellement la politique de coup de force judiciaire de la présidence [NdE : exercée par le successeur et ex allié de Correa, Lenín Moreno] »), il s’est fendu d’une vidéo en espagnol pour apporter son soutien à son « ami » Rafael Correa, aujourd’hui menacé d’un procès pour avoir commandité le kidnapping en Colombie d’un homme politique opposant à son gouvernement.8

Pour Jean-Luc Mélenchon, la « Révolution citoyenne » est un modèle de gestion progressiste et Correa ne peut qu’être a priori innocent de ce dont l’accuse une justice qui serait manipulée par son successeur et dauphin désigné. Ce dernier, Lenín Moreno, un membre éminent du propre parti de Correa, Alianza País, a en effet « trahi » la cause et s’est retourné contre son prédécesseur – suivi en cela, curieusement, par au moins les deux tiers des membres d’Alianza País, plus des deux tiers des autorités locales corréistes et près de 65 % de l’électorat.9

Là aussi, pour trancher, ne vaut-il pas mieux se tourner vers des figures éminentes de la gauche équatorienne ? La situation en Équateur est moins dramatique, plus complexe et plus nuancée qu’au Venezuela, on devrait donc y trouver des opinions plus tempérées chez les vétérans des batailles progressistes. Laissons par exemple la parole à Juan Cuvi, ex dirigeant du groupe guérillero Alfaro Vive Carajo dans les années 1980 et ancien membre de l’Assemblée constituante pour le mouvement Alianza País.

Dans une série d’articles sur le bilan du corréisme, il écrit ce qui suit : « L’impact du régime de Correa sur les organisations sociales et sur la gauche équatorienne a été plus dévastateur que toutes les expériences [gouvernementales] précédentes. Une rhétorique progressiste habilement gérée par les officines de marketing du pouvoir, et qui a même réussi à s’attirer reconnaissance et soutiens internationaux, a neutralisé et réduit à néant les mouvements sociaux qui, pendant des décennies, avaient défendu une alternative à l’horizon du capitalisme. La modernisation autoritaire du capitalisme et la transnationalisation de l’économie mise en œuvre pendant le gouvernement de Correa exigeaient une société subordonnée et passive face à la suprématie de l'État. »10

Cuvi souligne qu’« après la défaite d’Alianza País lors des élections locales de 2014, la dérive du régime a vu s’accentuer les positions autoritaires, notamment face aux protestations des mouvements sociaux. La répression du mouvement indigène et des groupes écologistes a été systématique, en particulier dans le cadre des conflits territoriaux liés aux projets d’extraction minière. Acculé par la pénurie budgétaire, le gouvernement s’est ouvertement et frontalement aligné sur les intérêts des multinationales chinoises et canadiennes, allant jusqu’à violer les normes constitutionnelles [NdT : édictées par ses propres partisans] de protection de la nature. Dans le cadre de cette répression, près de 800 activistes sociaux et environnementaux ont été poursuivis et persécutés ; certains ont fini en prison, accusés de sabotage et de terrorisme. »11

Pendant une décennie, explique Cuvi, « des personnages obscurs et de petites cliques voraces se dissimulant derrière un discours de gauche ont préparé le terrain au pillage massif des fonds publics […].12 Le pouvoir discrétionnaire et l’autoritarisme du régime étaient les armes les plus efficaces pour faciliter la corruption et consolider l’impunité. Une fois la stratégie élaborée, il s’est mis en place un système d’opacité financière qui n’a été démasqué que lorsque ses principaux acteurs ont dû céder la place, et lorsque les caisses de l’État se sont avérées vides. »13

« Imprégnés d'un messianisme vulgaire, conclut Cuvi, les fonctionnaires de Correa se croyaient intouchables, éternels. Ils ne comprennent pas et acceptent encore moins que la société fasse pression pour les chasser de leurs postes. Ils ne comprennent pas qu’on leur demande des comptes. »14 Apparemment, Jean-Luc Mélenchon ne le comprend pas non plus.

J’habite depuis plus de vingt ans à Quito, et je peux vous garantir que si vous posez la question aujourd’hui à n’importe quel dirigeant ou militant de la vraie gauche en Équateur – indigènes, syndicalistes, écologistes, féministes et militants de tous les partis, du centre-gauche à la gauche radicale, de la social-démocratie au maoïsme en passant par la gauche alternative indigène de Pachakutik –, ils vous diront exactement la même chose que Juan Cuvi.15

Des mensonges qui ne servent à rien

Jean-Luc Mélenchon crie à la manipulation judiciaire et prétend faire passer Correa pour un martyr en le comparant à Lula, alors que la situation politique et juridique en Équateur n’a strictement rien à voir avec celle du Brésil – à commencer par le fait que Lula avait laissé une totale autonomie à la justice brésilienne et à la Police fédérale, dans un strict respect de la séparation des pouvoirs.16 Correa, de son propre aveu, contrôlait totalement le système judiciaire équatorien, qui ne se retourne désormais contre lui qu’enfin libéré de la peur du caudillo et contraint par la masse des révélations scandaleuses qui s’accumulent chaque jour.

Aujourd’hui, en Équateur, ce sont les mêmes nervis, barbouzes, juges corrompus et délinquants sans foi ni loi dont Correa avait truffé son appareil de sécurité et de propagande pour espionner et harceler les opposants qui, sentant le vent tourner et cherchant des réductions de peine pour leurs crimes (ou bien visant à se refaire une virginité pour ce qui est des juges), mettent sur la sellette le commanditaire suprême des basses œuvres du régime : l’ancien président en personne. Pourquoi fallait-il croire hierles sbires du régime quand ils calomniaient, intimidaient, traînaient en justice et emprisonnaient au nom de Correa les activistes sociaux et les journalistes indépendants, et ne pas les croire aujourd’hui quand ils révèlent toute la noirceur des mécanismes de contrôle et de répression mis en œuvre par leur ancien maître ?

Jean-Luc Mélenchon n’a évidemment pas de réponse à cette question. Il joue les justiciers pour voler au secours de son « ami » Correa, mais pendant des années, il n’a pas levé le petit doigt lorsque des dizaines d’étudiants, de militants indigènes, d’écologistes, étaient traînés devant les tribunaux aux ordres du régime et condamnés à des peines iniques.17 La plupart de ces sentences arbitraires vont heureusement désormais pouvoir être soumises à des procédures de révision et de réparation qui mettent à nu les pratiques obscènes de la magistrature corréiste.

Outre leur caractère tout simplement délirant, les mensonges de Jean-Luc Mélenchon constituent une énorme imprudence de sa part et une véritable menace pour sa crédibilité et son avenir politique. On se demande d’ailleurs bien en quoi ils servent les objectifs souvent louables qu’il prétend défendre en France et en Europe.

Entouré de sycophantes qui alimentent ses fantasmagories latino-américaines, convaincu sans la moindre preuve de l’innocence de ses « amis » d’outre-Atlantique, Mélenchon semble totalement incapable d’appréhender le niveau de misère et de « barbarie » – selon la pertinente caractérisation de César Romero –  dans lequel menace de s’enfoncer encore plus profondément le régime de Maduro. Il n’arrive pas non plus à comprendre que le nombre de squelettes enfermés dans les placards de la « Révolution citoyenne » en Équateur – placards aujourd’hui enfin entrouverts par une justice qui a cessé d’être à genoux – va lui réserver de très mauvaises surprises. S’il voulait en savoir plus, il lui suffirait de consulter par exemple les électeurs de La France Insoumise dans ce pays andin (ils sont plusieurs centaines parmi les expatriés locaux) : il en apprendrait alors assurément des vertes et des pas mûres sur le compte de son « ami » Correa.18

Mais Jean-Luc Mélenchon ne le fera pas, Jean-Luc Mélenchon ne s’abaisse pas à parler avec des gens de terrain – qu’il soient militants ou chercheurs –, Jean-Luc Mélenchon a la science infuse, Jean-Luc Mélenchon sait que le Venezuela de Maduro est une démocratie progressiste exemplaire et que Rafael Correa est un héros innocent, parce que Jean-Luc Mélenchon est en communication directe avec la musique sublime des sphères intergalactiques où évolue le vaisseau-mère de son épopée messianique. Il n’a donc que faire de la vulgarité des faits empiriques ou de la souffrance des millions d’individus réels sacrifiés sur l’autel du caudillisme autoritaire et de la gestion mafieuse de ses « amis » latino-américains.

Reste une dernière question : si Jean-Luc Mélenchon nous ment aussi effrontément sur ces réalités lointaines, sur quoi est-il capable de nous mentir lorsqu’il parle de l’Europe, de la France, ou de son propre mouvement ?


Notes:

1 Carlos Díaz, « Clíver Alcalá Cordones : “Narcotráfico penetró al gobierno” », La Razón, mai 2018,https://www.larazon.net/2018/05/cliver-alcala-cordones-narcotrafico-gobierno/.

2 Andreína García Reina, « Víctor Álvarez: “El aparato productivo fue barrido” », La Razón, février 2016,https://www.larazon.net/2016/02/victor-alvarez-aparato-productivo-fue-barrido/.

3 Carlos Díaz, « Nicmer Evans : “En Venezuela, gobiernan las mafias” », La Razón, mai 2018,https://www.larazon.net/2018/05/nicmer-evans-venezuela-gobiernan-mafias/

4 Plataforma en Defensa de la Constitución, « ¡A votar todas y todos para sacar a Nicolás Maduro! », Rebelión, 14-05-2018, http://www.rebelion.org/noticia.php?id=241475.

5 « “El gobierno de Maduro aplica un ajuste a su economía o negocia una salida política”. Entrevista a César Romero »,La Línea de Fuego, 20-06-2018, https://lalineadefuego.info/2018/06/20/el-gobierno-de-maduro-aplica-un-ajuste-a-su-economia-o-negocia-una-salida-politica-entrevista-a-cesar-romero/. Pour un panorama général de la situation du Venezuela convoquant les meilleurs chercheurs , voir « Venezuela, 1998-2018. Le pays des fractures », Les Temps Modernes, n° 697, janvier-février-mars 2018, et « Venezuela : el ocaso de la revolución », Nueva Sociedad, n° 274, mars-avril 2018. Voir aussi l’excellent site francophone barril.info, et notamment la synthèse de Manuel Sutherland, « La ruine du Venezuela n’est due ni au “socialisme” ni à la “révolution” », 11-05-2018, https://www.barril.info/fr/actualites/venezuela-crise-socialisme-revolution-petrole-importations?lang=fr,

6 José Nantanson, « Democraduras », Le Monde diplomatique, édition Cône Sud , n° 227, mai 2018.

7 Pablo Stefanoni, « Transiciones pos-progresistas », Ibid.

8 Sur les dessous de cette sombre affaire, voir « La verdad de Raúl Chicaiza, el agente que denuncio a Correa », Plan V, 24-06-2018, http://www.planv.com.ec/historias/sociedad/la-verdad-raul-chicaiza-el-agente-que-denuncio-correa, et Génesis Anangonó, « Claves para entender el caso de Fernando Balda », http://contexto.gk.city/ficheros/claves-entender-el-caso-fernando-balda/que-es-el-caso-balda. Les premiers indices et témoignages recueillis sont extrêmement défavorables à Rafael Correa, dont tout le monde sait par ailleurs en Équateur qu’il était coutumier de l’usage d’« auxiliaires » musclés et de toute une panoplie de menaces pour intimider ses opposants, en particulier quand il nourrissait un désir de vengeance personnelle à leur égard.

9 En 2016, Rafael Correa avait fait voter par le parlement, de manière assez controversée, un amendement constitutionnel qui introduisait la possibilité de la réélection indéfinie, ce afin de pouvoir se présenter de nouveau en 2017. Il avait toutefois dû renoncer à une réélection immédiate en raison de l’impopularité massive de cette prétention. En février 2018, consulté par le nouveau président, 64,3 % des électeurs équatoriens ont voté pour l’élimination définitive de toute possibilité de réélection, barrant la route du retour au pouvoir de Correa et manifestant ainsi leur rejet de ses aspirations autocratiques.

10 Juan Cuvi, « El repliegue del populismo », Plan V, 15-02-2018, http://www.planv.com.ec/ideas/ideas/el-repliegue-del-populismo.

11 Ibid.

12 La Commission civique anti-corruption équatorienne estime que pendant les mandats successifs de Rafael Correa, entre 30 et 40 milliards de dollars ont été dérobés dans les caisses du gouvernement, soit l’équivalent d’une année du budget général de l’État (Cuvi, art. cit.). Il est pour l’instant impossible de tirer un bilan définitif de ces malversations, parce que les affaires et les scandales impliquant les plus proches collaborateurs de Correa ne cessent de se succéder et que l’abîme de la corruption corréiste s’approfondit pratiquement chaque semaine sous nos yeux.

13 Juan Cuvi, « Copro-cracía correísta », Plan V, 28-02-2018, http://www.planv.com.ec/ideas/ideas/copro-cracia-correista.

14 Juan Cuvi, « Gustavo Jalkh enfrenta a su peor enemigo », Plan V, 5-04-2018,http://www.planv.com.ec/ideas/ideas/gustavo-jalkh-enfrenta-su-peor-enemigo.

15 Pour ce qui est du bilan économique et social en trompe-l’œil de Rafael Correa, voir Sunniva Labarthe, « Équateur : quand le jaguar perd ses dents. Image internationale et contestations locales de la “Révolution citoyenne” », Recherches Internationales, n° 107, avril-juin 2017, et Sunniva Labarthe, Marc Saint-Upéry, « Guerre des chefs et troisième tour électoral en Équateur », Problèmes d'Amérique latine, n° 106-107, mars 2017. Pour un accès en ligne aux données pertinentes, voir Sunniva Labarthe, Marc Saint-Upéry, « Équateur : les “post-vérités” de Pierre Carles et Nina Faure », Mediapart, 5-12-2016, https://blogs.mediapart.fr/saintupery/blog/051216/equateur-les-post-verites-de-pierre-carles-et-nina-faure, et Sunniva Labarthe, Lucie Laplace, « France insoumise: Correa, un “parrain” encombrant au bilan fort contesté », Mediapart, 31-08-2017, https://blogs.mediapart.fr/sunniva/blog/310817/france-insoumise-correa-un-parrain-encombrant-au-bilan-fort-conteste.

16 Il est non seulement possible mais totalement cohérent de dénoncer le traitement judiciaire douteux de Lula suite au putsch parlementaire et à la vague réactionnaire au Brésil (en se gardant toutefois d’idéaliser les gouvernements de Lula et Dilma Roussef) et, simultanément et avec la même vigueur, de mettre à nu les mensonges et l’échec catastrophique de la « révolution bolivarienne » au Venezuela ou le miroir aux alouettes de la « Révolution citoyenne » en Équateur. Cf. Sunniva Labarthe, Marc Saint-Upéry, « Amérique latine : le retour du balancier », in Bertrand Badie, Dominique Vidal (dir.), L’État du Monde 2018. En quête d’alternatives, La Découverte, Paris, 2017.

17 Il n’a bien entendu pas eu un mot pour soutenir sa compatriote Manuela Picq, universitaire féministe et écologiste franco-brésilienne férocement tabassée par la police et expulsée de l’Équateur par Correa en 2015 en raison de sa solidarité avec les luttes du mouvement indigène équatorien.

18 Lors d’un voyage à Quito il y a quelques années, Jean-Luc Mélenchon n’a pas hésité à expliquer à un sympathisant local du Front de Gauche (un Français résident de longue date) lui exprimant ses fortes réserves sur le régime de Correa qu’il se noyait dans les détails et que ce qui était important, c’était les « fondamentaux ». Car nous l’avons compris, partout et toujours, Jean-Luc Mélenchon a une connaissance immédiate des « fondamentaux » du fait de sa participation mystique à l’esprit de l’Histoire – pas comme nous, pauvre piétaille ignorante, qui dépendons bêtement de l’observation empirique et de la systématisation théorique contrôlée.

 


Macron chanoine... la matraque de Collomb dans la poche, avec sa tête de premier de la classe, la soutane lui va comme un gant...

Macron récidive contre la laïcité, par Laurent Maffeïs

Mercredi 4 juillet 2018.

Source : https://heuredupeuple.fr/macron-recidive-contre-la-laicite/


 
Le président Macron était mardi 26 juin à Rome pour être « institué » Chanoine honoraire de Latran, après avoir rencontré le Pape. Cette distinction n’est pas seulement un titre, comme une décoration parmi d’autres que recevraient tous les présidents. C’est un acte par lequel le Chef de l’Etat confirme la place de la France au sein de l’Eglise catholique. En effet matériellement le président ne se voit pas seulement affubler d’un titre religieux : il prend possession d’une stalle (un banc) dans l’église Saint Jean de Latran, qui n’est autre que la cathédrale de la ville de Rome, siège mondial de l’Eglise catholique. Il acte ainsi son intégration à la communauté trés hiérarchisée que constitue l’Église de Rome depuis deux millénaires.

Héritée de l’ancien régime, cette cérémonie a été conçue dés le départ comme le moyen de manifester politiquement une soumission renforcée de la France à l’Église. Son origine est marquée par les guerres de religion puisque le premier souverain français à être ainsi enrôlé comme chanoine de Latran fut Henri IV ... après sa reconversion au catholicisme. A l’époque, c’était une manière pour l’Église de Rome de manifester sa revanche politique sur la Réforme et son contrôle religieux sur la France.

On peine donc à voir aujourd’hui quel peut être l’intérêt historique d’entretenir un tel souvenir qui a divisé la France dans le sang. L’intronisation du président comme chanoine de Latran n’a tout simplement aucun sens légitime en République. Ce n’est d’ailleurs même pas une tradition puisque certains présidents (François Mitterrand et François Hollande) l’ont refusé. Ceux qui s’y soumettent au contraire ne font qu’entretenir un cléricalisme de contrebande au sommet de l’Etat, en violation de la Constitution qui garantit la laïcité de la République, et de la loi qui garantit la « séparation » entre l’Église et l’État.

Macron a aussi affirmé à cette occasion « la volonté de la France d’approfondir les relations de confiance avec le Saint-Siège ». Il noue ainsi un mystérieux pacte politique avec une entité religieuse sans légitimité étatique ni géopolitique. Déjà en avril dernier, il avait prétendu « réparer » le « lien abimé entre l’Église et l’État », en violation directe de la loi de 1905. Sans parler de la mystique monarchique que lui et son entourage entretiennent, manière de suggérer qu’il ne tient pas seulement son pouvoir du peuple. Ces violations en récidive de la laïcité imposent aux citoyens et à leurs représentants une vigilance particulière pour l’avenir. D’autant que la laïcité n’est pas qu’une affaire de l’Etat. C’est un bien précieux pour toute la société, évitant que les interdits ou les dissensus religieux n’interfèrent dans l’espace public. Jamais acquise, la laïcité n’existe que grâce aux citoyens qui la font vivre. Pour tous, elle est le plus sûr et égalitaire garant de la liberté de croire ou de ne pas croire. Et donc de vivre ensemble en paix.

 


Quelques remarques sur l’interview de Julia Salazar, par Arguments pour la Lutte Sociale

Source : aplutsoc, https://aplutsoc.wordpress.com/2018/07/11/quelques-remarques-sur-linterview-de-julia-salazar/
Le 10 juillet 2018



 

Le système des primaires aux États-Unis n'est pas comparable à ce que l'on appelle "primaires" en France, et où que ce soit en Europe d'ailleurs. Depuis plus d'un siècle, il a fonctionné comme une remarquable machine à intégrer et associer des millions de citoyens s'imaginant ainsi prendre part au pouvoir, pour accoucher invariablement de candidats de Wall Street, de part et d'autre entre "Républicains" et "Démocrates". En raison de la crise structurelle du capitalisme en général et de l'impérialisme nord-américain en particulier, ce système a implosé en 2016. Des candidats non contrôlés par l'establishment ont gagné les primaires. Côté républicains, ce fut Trump, non contrôlé mais lui-même grand capitaliste, donc c'est passé. Coté démocrates, ce fut Sanders, probable vainqueur réel au vu des fraudes et empêchements de vote massifs à New York et en Californie notamment, mais il a évité l'affrontement jusqu'au bout. Du coup, H. Clinton a fait élire Trump.

Contre Trump, dans une société en ébullition, l'implosion des primaires continue. On peut le dire maintenant : la brèche ouverte par Sanders ouvre maintenant les vannes à la victoire de plusieurs candidats ouvertement socialistes aux primaires démocrates et en mesure de gagner les élections dans les États. Ce sont généralement des candidates, jeunes et ayant souvent des parents immigrés, portoricains ou latinos. Elles sont membres des Democratic Socialists of America, le "PS" américain historique, qui est passé de quelques milliers à des dizaines de milliers d'adhérents et a quitté, notons-le, l'Internationale dite socialiste.

Ce phénomène avait commencé en Pennsylvanie notamment, à Pittsburgh et Allentown. Mais avec Alexandria Ocasio-Cortez il a provoqué un choc national : elle a déboulonné un baron démocrate par le déplacement massif des habitants pauvres du Bronx et de Queens à New York. Quoi qu'en dise Nancy Pelosi et quoi que hurlent les trumpistes affolés par le rouge, elle a soudain donné un visage à l'alternative à Trump, Sanders étant d'ailleurs âgé. Julia Salazar arrive après elle, visant la primaire de Brooklyn Nord.

Si vous lisez son interview, vous verrez qu'elle est non seulement issue de la classe ouvrière, mais que c'est une authentique militante lutte de classe, formée à l'action directe par une grève des loyers, et pour qui le plus important, ce sont les grèves.

Et elle affirme que le but est une "politique socialiste indépendante" et qu'on ne "redressera" pas le Parti démocrate. Elle ajoute même qu'il faut construire un "mouvement" maintenant, sinon on restera "réformiste", ce qui pour elle semble synonyme de "progressiste", c'est-à-dire acceptant le capitalisme, par opposition à ce qu'elle affirme comme son "socialisme", qui, lui, met en cause le capitalisme.

Mais elle affirme en même temps que la méthode, dans beaucoup d'endroits (pas forcément partout), consistant à investir les primaires démocrates est la plus efficace pour aller dans ce sens dans l'immédiat.

Traditionnellement, beaucoup de courants politiques dans le monde, chez nous et aux États-Unis, considèrent qu'il faut justement sortir du soutien au parti démocrate et affirmer la nécessité d'un parti ouvrier indépendant aux États-Unis. Il convient de réfléchir à la position pragmatique de Julia Salazar et, sans aucun doute, de milliers de militantes et de militants comme elle.

Remarquons que le parti démocrate n'est pas un parti au sens européen, mais une institution (de la bourgeoisie capitaliste), et qu'on peut souvent s'y présenter sans adhésion formelle. Le parti ouvrier indépendant, qui aurait pu émerger vers 1937 (rooseveltiens et staliniens l'ont empêché) et encore vers 1946, lors de la grande vague de grèves de l'après-guerre, n'est toujours pas là, et avec la crise du système nous avons eu ce phénomène d'implosion des primaires, qui continue.

Il n'est pas venu tout seul, car Sanders ne sort pas de nulle part, mais bien de l'histoire du mouvement ouvrier et du socialisme étatsunien. Les dirigeants "ouvriers" adversaires traditionnels d'un parti ouvrier indépendant ont aussi été les adversaires les plus efficaces de Sanders dans les primaires démocrates, soutenant Clinton, à savoir les dirigeants syndicaux AFL-CIO.

La position de Julia Salazar parait tout à fait légitime et efficace : la brèche est ouverte, il faut l'élargir, partout où c'est possible – et manifestement cela l'est, pas n'importe où : à New York ! - il faut utiliser les primaires démocrates pour faire élire des socialistes démocratiques indépendants - chaque mot compte. Ce qui ne signifie pas soutenir le parti démocrate et appeler à voter partout pour lui !

 


Le Parti de Gauche quitte le Parti de la Gauche Européenne (PGE), par Michel Soudais

Source: https://www.politis.fr/articles/2018/07/le-parti-de-gauche-quitte-le-parti-de-la-gauche-europeenne-39077/


Réunis en congrès ce week-end, le parti fondé par Jean-Luc Mélenchon ne veut plus appartenir au même parti européen qu’Alexis Tsipras, devenu le représentant de la ligne austéritaire en Grèce.

Au dernier jour de leur congrès, les délégués du Parti de Gauche ont acté leur sortie du PGE dans une déclaration approuvée Dimanche Premier Juillet 2018 par deux cent huit voix pour, deux voix contre et trois abstentions. Moins connu que le Parti Populaire Européen (PPE) ou le Parti Socialiste Européen (PSE), le PGE est, au même titre qu’eux, un parti politique européen. Créé en 2003, il regroupe une trentaine de partis communistes, rouges et verts, socialistes ou démocratiques de gauche, de dix-sept états membres de l’Union Européenne et quatre pays à l'extérieur de l'Union Européenne. Le Parti de Gauche, apparu à la fin de l'année 2008, avait rejoint formellement le PGE au mois de décembre 2010 à son troisième congrès, date à laquelle le communiste Pierre Laurent en avait pris la présidence.

À l’issue du congrès suivant, à la fin de l'année 2013, le Parti de Gauche avait temporairement suspendu sa participation au PGE pour protester contre la reconduction à la tête de ce parti européen de Pierre Laurent, alors que ce dernier participait à la campagne électorale du Parti Socialiste aux élections municipales à Paris, avant de le réintégrer pour la campagne pour les élections européennes de 2014 dont le candidat du PGE à la présidence de la commission européenne était Alexis Tsipras.

La déclaration adoptée Dimanche Premier Juillet 2018 rappelle que « le Parti de Gauche a interpellé l’exécutif du PGE sur le maintien de SYRIZA à l'intérieur du PGE », sans succès. Le Parti de Gauche a donc pris acte du refus de sa demande et il a acté sa sortie du PGE, considérant que « la période appelle plus que jamais à la clarification face à la politique austéritaire de l’Union Européenne » et que « toute application de cette politique par un parti membre du PGE déconsidère toute prise de position anti austéritaire des autres partis membres, tout en permettant à l’extrême droite d’apparaître comme la seule issue au système ».

Illustrant lui-même l’ambiguïté qui lui est reprochée, le premier ministre grec et leader de SYRIZA a fait part, Jeudi 28 Juin 2018, dans un tweet, de sa participation à Bruxelles à la rencontre des leaders du PSE préparatoire au conseil européen des chefs d'état et de gouvernement. Une réunion à laquelle participait également Olivier Faure, premier secrétaire du Parti Socialiste français, ainsi que Pierre Moscovici, commissaire européen aux affaires économiques et financières, à la fiscalité et aux douanes, et à ce titre un des bourreaux de la Grèce.

« À un an des élections européennes, il n’est plus possible de mêler dans le même parti européen des adversaires et des artisans de l’austérité », estime le Parti de Gauche dans sa déclaration. « SYRIZA est devenu le représentant de la ligne austéritaire en Grèce au point d’avoir attaqué le droit de grève, fait baisser drastiquement les pensions de retraite et privatisé des secteurs entiers de l’économie, toutes mesures contre lesquelles nos partis se battent dans chacun de nos pays ».

La décision du Parti de Gauche de quitter le PGE était devenue inéluctable depuis le lancement par Jean-Luc Mélenchon et ses amis, à l’automne 2015, des sommets du plan B auxquels les partis communistes membres du PGE, à commencer par le Parti Communiste Français (PCF), n’ont jamais accepté de participer. Les contacts noués lors de ces sommets ont permis au Mouvement de la France Insoumise (MFI), à l'intérieur duquel le Parti de Gauche est totalement engagé, de nouer des alliances avec d’autres partis européens autour d’une plateforme commune, « maintenant le peuple ».

Constitué autour du MFI en France, de Podemos en Espagne et du Bloco de Izquierda au Portugal, sur la base de la sortie des traités européens, ce groupe, qui ambitionne de constituer un groupe en 2019 au parlement européen, a été rejoint, Mercredi 27 Juin 2018, par l’Alliance Rouge et Verte au Danemark, le Parti de Gauche en Suède et l’Alliance de Gauche en Finlande. Lundi 2 Juillet 2018, alors que le PCF a invité les représentants de la gauche à se réunir en vue de la construction d'une liste aux élections européennes la plus large possible, Jean-Luc Mélenchon tient une réunion publique à Madrid avec le leader de Podemos, Pablo Iglesias.


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