Blog de Robert Duguet - juin 2016

Le mouvement actuel est considérable, par Charles Jérémie (ex-Charles Berg)
 
Vendredi 17 Juin 2016

Source: http://www.clubpolitiquebastille.org/spip.php?article168


 
L’interview de Julien Coupat dans Mediapart est intéressante. Au-delà même de ce qu’il déclare, d’une certaine manière, c’est l’expression « consciente du processus inconscient » de politisation et de radicalisation d’un secteur de la jeunesse. Il faut donc prendre au sérieux ce que, au-delà du groupe de Tarnac, ces jeunes expriment.
 
Dorénavant, il y a une certitude. Le mouvement qui dure depuis quatre mois avec la participation de millions qui ont manifesté, plusieurs dizaines de milliers ont fait grève, est l’événement majeur depuis 1968. Répétons que le mouvement ne mobilise pas l’écrasante majorité des salariés et des jeunes mais il est puissant, pugnace et volontaire. Le sentiment se fait jour que la lutte contre la loi travail est le début effectif de la bataille contre le système néo libéral dans sa totalité.
 
En cela, le mouvement est considérable.
 
Une fois encore, les salariés du privé et la majorité des fonctionnaires se sont tenus à l’écart, sympathisant mais passif. Sans prophétie, cela ne durera pas. Tôt ou tard, ils devront prendre leur place dans la bagarre.
 
C’est une question de vie ou de mort. Mais surtout, avec ces quatre mois de lutte, s’impose l’idée que pour vaincre il faut défaire l’adversaire totalement. Maintenant, dit un manifestant, « je rentre en résistance ». Il exprime un sentiment partagé. Si la droite se droitise, les salariés et la jeunesse opèrent par la lutte des classes un mouvement vers la gauche. La lutte a modifié la psychologie et le « moral » des salariés. Ils commencent à relever la tête.
 
Place à la jeunesse, elle arrive mais, là encore, soyons lucide, la masse des lycéens et étudiants ne se sont pas mobilisés. Mais des dizaines de milliers d’entre eux se sont engagés à la tête du mouvement. Participant ou non aux Nuits Debout, c’est l’arrivée d’une avant-garde générationnelle. Et c’est considérable.
 
Contrairement au Contrat Première Embauche (CPE) ou, après la victoire, il n’est resté que de futurs apparatchiks préparant leur carrière au Parti Socialiste.
 
Une partie de cette jeunesse a intégré les fondamentaux. Le Parti Socialiste, c’est la bourgeoisie. Les dirigeants syndicaux, malgré tout, marchent avec eux. La politique institutionnelle les fait vomir. À la manifestation du Jeudi 14 Juin 2016 avec Jacky nous avons assisté à la constitution du carré de tête, devant le cortège officiel. D’abord, des centaines, essentiellement des jeunes intermittents, le « meilleur » de la précarité, ils lancent des mots d’ordre offensifs contre la loi de François Hollande et contre le Parti Socialiste et ils revendiquent la grève générale, entonnant des chants révolutionnaires. Ils sont progressivement rejoints par des centaines de jeunes qui viennent, avec des drapeaux de la Confédération Générale du Travail (CGT), de la CGT Force Ouvrière ou du Syndicat Unitaire et Démocratique (SUD) à la main, prendre naturellement la tête de la manifestation. Une partie d’entre eux sera à la pointe des affrontements avec la police.
 
Les violences sont, j’y reviendrai, absurdes, contre-productives et finalement dangereuses pour constituer un mouvement de classe victorieux. Mais constatons d’abord que c’est la première fois depuis 1968 que les jeunes et les policiers s’affrontent sur une aussi longue période. « Tout le monde déteste la police » est aussi ridicule et faux que « CRS SS », mais cela a pris. Car, bien sûr, la police est prise comme l’expression de l’état.
 
Nul ne sait comment le gouvernement et les syndicats parviendront à mettre un terme et s’ils parviendront même à aboutir. La certitude, c’est que cela ne suffira pas. C’est un mouvement profond. Il va s’enraciner. Il prépare d’autres mobilisations. Aucun ministre ne pourra dorénavant mettre son nez dehors. Cette fois, ce n’est pas une formule, la lutte va se poursuivre d’autant que le pouvoir est aux abois et qu’il n’y a pas d’appétence pour la droite.
 
Il est donc possible, même probable, que cette bataille soit la première d’une guerre plus longue. Et encore possible que cette lutte s’inscrive dans un basculement général anti libéral dans de nombreux autres pays. N’oublions pas que tous les experts sérieux s’attendent à une nouvelle crise financière internationale.
 
Je reste prudent mais on ne peut exclure que cette lutte magnifique débouche sur une nouvelle période politique en France et à l’étranger. La presse n’a dit mot mais, comme à Paris, les salariés belges se sont mobilisés contre une loi de même type.
 
Qui veut l’emporter doit se rappeler que la force de la révolution, ce sont ses idées, ses convictions, les rêves qu’elle fait partager à la multitude et sa capacité à rassembler. Pour l’emporter, il faut que tout ou partie des forces de répression bascule dans le camp de la révolution. Dans le cas contraire, c’est l’écrasement d’Oviedo, Rosa Luxembourg assassinée, l’Italie des années 1920, le Portugal de Salazar et l’Espagne de Franco.
 
Pour vaincre Kerensky et Kornilov, il faut conquérir les régiments de soldats, officiers compris. Je n’ai jamais participé à une révolution, mais comme d’autres, j’en ai étudié un certain nombre. Si on parle « d’insurrection », il faut en parler sérieusement et ne pas oublier cette question stratégique.
 
L’interview de Julien Coupat dans Mediapart est non seulement intéressante, intelligente mais brillante, plus, séduisante. Je pense que des centaines de jeunes, notamment, se reconnaissent dans l’essentiel. Pour des raisons qui tiennent, probablement mais pas seulement, à mon âge, ce n’est pas mon cas. Une précision, les attaques policières et judiciaires contre les militants de Tarnac sont évidemment une provocation attentatoire aux libertés. Nous sommes solidaires de ces militants. C’est une opération de basse police qu’il faut combattre.
 
Julien Coupat explique que la mobilisation contre la loi du travail est autre chose que la lutte contre la loi elle-même. Bien sûr, mais il faut être précis, c’est la mobilisation contre la casse du code du travail qui débouche sur une mise en cause plus générale du système capitaliste, la mobilisation n’est pas idéologique. Elle cherche à vaincre et à faire reculer le gouvernement et le patronat. C’est la vigueur de la lutte des classes qui caractérise la situation sociale et politique. Ainsi la manifestation du Mardi 14 Juin 2016 était une formidable manifestation de classe contre la bourgeoisie.
 
Je comprends que des jeunes et des moins jeunes affrontent la police mais je ne suis pas d’accord avec ce qui devient une stratégie théorisée. L’objectif c’est de vaincre le patronat, la bourgeoisie et son gouvernement. Quand la police s’interpose, nous nous défendons. Mais l’objectif, ce n’est pas la police. De plus, quand l’affrontement se traduit pas des destructions systématiques des commerces et des abribus, je ne suis pas d’accord. Et je ne dis rien du caillassage des cars de militants syndicaux et bien sûr de l’incident de l’hôpital Necker. Et qu’on ne cherche pas de circonstances atténuantes. Les militants révolutionnaires ne sont pas condamnés à suivre et justifier tous les évènements.
 
Quand on jette des cocktails Molotov contre des Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS) et qu’on incendie des voitures de police, cela met actuellement en danger la mobilisation générale contre le gouvernement. C'est un cadeau au patronat et à François Hollande. Julien Coupat suggère qu’il s’agit là du développement inévitable et positif de la mobilisation anti gouvernementale. Au contraire, j’affirme que c’est un danger. À chaque fois qu’une minorité pour des objectifs « révolutionnaires » a prétendu agir de la sorte, l’échec était au bout de ce mouvement. Jamais, nous ne pouvons nous substituer à l’action des masses, jamais. Toute l’interview de Julien Coupat et de son camarade est sur cette ligne. Ils se trompent. J’ajoute que, quand l’appareil d'état le décidera, s’il le décide, il arrêtera les prétendus casseurs pour les envoyer, pour de longues années, en prison, justifiant par la même une véritable répression policière. On ne peut pas jouer avec le feu.
 
L’origine de l’apparition de cette mouvance ultra gauche, blanquiste et gauchiste a une double origine.
 
C'est premièrement le refus et l’insupportabilité de la politique des partis et des syndicats ouvriers ou prétendus tels, à partir bien sûr de l’insupportabilité matérielle, psychologique, politique, sociale et culturelle de la société capitaliste. Le néo libéralisme, nous n'en pouvons plus.
 
Si les directions syndicales avaient cessé de saucissonner le mouvement en multipliant les appels à des grèves tournantes, les unes après les autres, si la CGT, la CGT Force Ouvrière et SUD avaient appelé non à la grève générale qui ne se décrète pas, mais simplement au « tous ensemble », pendant vingt quatre ou quarante huit heures, voilà longtemps que le patronat et le gouvernement auraient capitulé. Ce qui illustre la force du mouvement, c’est que malgré la politique de Philippe Martinez et de Jean Claude Mailly, les salariés et les jeunes ne lâchent rien. Voilà pourquoi cette bataille ne peut pas être un échec. La politique des appareils provoque toujours l’apparition de mouvements ultra gauches.
 
Évidemment la mort du Parti Communiste Français (PCF), l’agonie du Parti Socialiste et le rejet de la politique institutionnelle nourrissent ces processus, car il n’y a pas de proposition alternative politique et organisationnelle.
 
Julien Coupat et ses camarades vont vers une illusoire « insurrection ». Avant l’heure, ce n’est pas l’heure. Les trotskystes ont également leur responsabilité, les organisations trotskystes, toutes les organisations, ont refusé de mener une campagne politique systématique et pédagogique pour le tous ensemble. La plupart des militants se sont réfugiés dans les syndicats appliquant, en la gauchisant, la politique des sommets syndicaux. Je ne stigmatise pas, je constate.
 
Le gauchisme, c’est toujours le prix à payer de l’opportunisme des sommets politiques et syndicaux, mais aussi de l’impuissance de l’extrême gauche.
 
Voilà à mon avis le type de discussions que nous devons mener avec cette fraction de la jeunesse en voie de politisation et de radicalisation.
 
Car il s’agit de discuter, pas de stigmatiser. D’autant que, pour cette fois, ce n’est qu’un début.


Le vieux monde est derrière nous, par Bernard Fischer

Source: http://www.fischer02003.over-blog.com/2016/06/le-vieux-monde-est-derriere-nous.html

Samedi 11 Juin 2016

C’est le moment d’un premier bilan du mouvement social contre la loi travail.

Ce mouvement commençait à la fin du mois de février 2016 par la signature massive d’une pétition électronique. Il continue aujourd’hui et il continuera au mois de juillet 2016.

Un certain nombre de commentateurs faisaient déjà une première périodisation du mouvement. Ils distinguaient trois étapes successives. Il y avait d’abord, au mois de mars 2016, le temps des journées d’action et des manifestations de masse. Il y avait ensuite, au mois d’avril 2016, le surgissement du mouvement des Nuits Debout. C’est enfin maintenant le temps des grèves reconductibles dans les raffineries et dans les transports.

Les formes traditionnelles de mobilisation montraient encore une fois leurs limites.

Les manifestations de masse posent très rapidement la question des violences policières et du cycle provocation répression. Les affrontements entre les fonctionnaires en uniforme et les casseurs ne vont pas dans le sens du combat contre les violences policières, ils vont à l’inverse dans le sens de la multiplication des violences policières. Il y a et il faut la multiplication des plaintes devant la justice et devant l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN). Il y a et il faut une campagne pour une loi d’amnistie sociale. La dénonciation des policiers de base ne sert à rien si on ne pose pas la question de la responsabilité de la hiérarchie policière et donc finalement du ministère de l’intérieur et du gouvernement. En ce sens, Bernard Cazeneuve est le digne successeur de ses illustres prédécesseurs, Marx Dormoy, Jules Moch et Raymond Marcellin.

Il en va de même de la question des grèves reconductibles. Les grèves particulières en général et la grève générale en particulier est le plus vieux fantasme du mouvement ouvrier et populaire français depuis plus d’un siècle. Il y a une abondante littérature relative à cette question. Le mouvement social inventait en 1995, il y a maintenant plus de vingt ans, le concept de grève par procuration. Nous y sommes toujours.

Le mouvement des Nuits Debout vient précisément de là, du constat d’impuissance et d’impasse, des insuffisances et de l’épuisement des formes traditionnelles de mobilisation. Dès le premier jour du mouvement des Nuits Debout, les médias et les militants espagnols le disaient et l’écrivaient, l’indignation arrivait enfin en France. Elle ne partira pas.

Quelles sont les perspectives immédiates du mouvement social contre la loi travail ?

Le mouvement social est trop faible, il n’a ni les moyens ni la volonté politique d’une perturbation massive du championnat d’Europe de football, cette énorme machine financière, économique, médiatique et sécuritaire.

C’est une certitude, le gouvernement utilisera une deuxième fois au mois de juillet 2016 le quarante neuvième article de la constitution pour le passage en force et l’adoption définitive de la loi travail. Y a-t-il la perspective d’une motion de censure de gauche, du vote de cette motion de censure par la droite et donc du renversement du gouvernement ? Au mois de mai 2016, en première lecture à l’assemblée nationale, il manquait deux voix pour cela et nous ne voyons pas depuis un mois beaucoup de progrès dans le sens de l’apprentissage de l’arithmétique.

Des sociologues du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) faisaient une enquête très sérieuse relative aux activistes du mouvement des Nuits Debout. Ils déconstruisaient d’abord la propagande médiatique relative à leur âge et à leur composition sociale. Mais surtout, ils posaient la question relative à l’éventuelle transformation du mouvement des Nuits Debout en un nouveau mouvement politique et ils obtenaient vingt pour cent de réponses positives. Les médias aboutissaient immédiatement à la constatation du caractère extrêmement minoritaire de cette position. Le problème est le suivant. Si les mêmes sociologues posaient la même question au mois de mai 2011 aux activistes du mouvement des indignés de la Puerta del Sol à Madrid, ils n’obtiendraient pas vingt pour cent, mais seulement un pour cent de réponses positives.

Après la fin de la mobilisation contre la loi travail, il y aura l’inscription durable du mouvement des Nuits Debout dans le paysage social et politique français.

Le scénario français suivra très certainement le scénario espagnol. Six mois après le surgissement du mouvement des indignés en Espagne au mois de mai 2011, il y avait déjà des premières candidatures d’activistes du mouvement des indignés, mais il y avait surtout la victoire de la droite aux élections législatives espagnoles du mois de novembre 2011. Trois ans plus tard, il y avait Podemos.

Il y a la perspective de la présentation de premières candidatures d’activistes du mouvement des Nuits Debout aux élections législatives des mois d’avril et de mai 2017. Il y aura un Podemos en France. C’est une certitude. Il arrivera après les élections du printemps 2017.


Appel pour la défense des libertés et du droit de manifester
 
Mardi 21 Juin 2016

Source : http://www.pardem.org/actualite/point-de-vue-du-pardem/406-appel-pour-la-defense-des-libertes-et-du-droit-de-manifester

Initiateurs de l’appel des trois cent trente-trois pour la levée de l’état d’urgence qui a rassemblé plus de dix mille signatures, nous étions à la tribune du meeting unitaire qui le 23 janvier 2016 réunissait plus de mille cinq cent personnes à Paris.
 
Les atteintes aux libertés démocratiques se font chaque jour plus pressantes, interdictions administratives individuelles de se rendre sur les lieux des manifestations sur la base de l’état d’urgence, multiplications des gardes à vue, des déferrements et des comparutions immédiates contre les militants, et menaces de réquisitions contre les grévistes.
 
Et maintenant, au lendemain des manifestations du Mardi 14 Juin 2016 pour le retrait de la loi travail à l’appel des organisations syndicales, ils enjoignent aux syndicats de ne plus organiser de manifestations, brandissant la menace de leur interdiction.
 
Les déclarations de Manuel Valls, de François Hollande, de Jean-Christophe Cambadélis et de Marisol Touraine, sont d’une extrême gravité.
 
En instrumentalisant les « casseurs », en faisant le rapprochement entre l’orphelin de deux policiers sauvagement assassinés et le bris des baies vitrées de l’hôpital Necker, le président de la république, le premier ministre et le premier secrétaire du Parti Socialiste, proposent de remettre en cause le droit de manifester en France.
 
Ils annoncent qu’ils vont bafouer un des droits de l’homme et du citoyen les plus fondamentaux, soumettant les libertés publiques à leur arbitraire.
 
Comme nous l’avons fait au mois de janvier 2016 en nous adressant à tous les citoyens, nous appelons à signer massivement ce texte pour la défense des libertés démocratiques.
 
Tous ensembles, nous affirmons notre refus d’une telle atteinte au droit démocratique de manifester.
 
Nous dénonçons cette provocation inadmissible.
 
Nous affirmons notre refus de nous laisser intimider et notre détermination à faire valoir tous nos droits démocratiques, gagnés de haute lutte.
 
Nous exigeons le respect du droit de manifestation.
 
Premiers signataires
 
Esther Benbassa, Denis Collin, Jacques Cotta, Daniel Gluckstein, Jean Jacques Karman, Noel Mamère, Jacques Nikonoff, Vincent Presumey, Danielle Simonnet


Appel initié par la Fondation Copernic
 
Ce gouvernement ne doit pas continuer à faire monter les tensions dans le pays.

Source : https://www.ensemble-fdg.org/content/appel-initie-par-la-fondation-copernic-ce-gouvernement-ne-doit-pas-continuer

Il est minoritaire sur son projet de loi. Et tout le monde a saisi qu’il devrait, pour le faire passer en cachette, donner l’impression de l'amender dans la confusion, au début du mois de juillet 2016.
 
Une très large majorité de la population a parfaitement compris la loi travail, pour de sombres calculs des institutions européennes en faveur des grands groupes financiers, il faudrait encore réduire les droits des salariés. Avec des droits passés à cette moulinette, il n’y aurait plus au final qu’un code du travail entreprise par entreprise, des syndicats contournés et des individus moins payés, isolés, sommés de se soumettre ou renvoyés au chômage.
 
Le gouvernement n’a pas de majorité à gauche pour imposer cette régression sociale majeure qui écrit l’histoire à l’envers. Et il doit se confronter à une intersyndicale et à des mobilisations qui, depuis trois mois, redonnent de l’espoir à des millions de salariés, de précaires, de jeunes et de sans-droits. Le mouvement des Nuits Debout en montre les potentialités.
 
Jouer des tensions et des violences policières, vouloir user les grévistes et tenter des coups de force au parlement, où cela va-t-il aboutir ? Nous sommes inquiets, comme beaucoup en ce moment. Faudra-t-il à ce gouvernement un mort comme lors de la loi Devaquet en 1986 ? Il vaudrait mieux, au plus vite, qu’il cesse de côtoyer les risques de tragédie.
 
Ou bien lui faudra-t-il une « nuit du 10 mai », comme en 1968 ?
 
Les analyses et les propositions pour améliorer le code du travail ne manquent pas, ni du côté des juristes, ni du côté des syndicalistes. Le gouvernement aurait déjà dû savoir les écouter et discuter.
 
Alors que son projet est partout rejeté, quel besoin de bomber le torse plus longtemps ? Pour en arriver où ?
 
Il serait plus sage de passer la main, que le premier ministre abandonne cette loi, qu’il démissionne si besoin et qu’il laisse reprendre autrement une discussion sur ce qui constitue une vraie question. Car oui, il faut discuter de réformes qui consolident les droits et réorganisent les relations sociales dans les entreprises, mais en faveur des salariés et des jeunes et pas en faveur des actionnaires.
 
Premiers signataires
 

Etienne Balibar, Annick Coupé, Thomas Coutrot, Eric Fassin, Bernard Friot, Samy Joshua, Pierre Khalfa, Razmig Keucheyan, Christian Laval, Michael Löwy, Philippe Marlière, Daniel Mermet, Ugo Palheta, Willy Pelletier, Catherine Samary, Francis Sitel, Aurélie Trouvé, Louis Weber, Pierre Zarka.


Après la manifestation du 14 juin, par Denis Collin

Source : La sociale, http://la-sociale.viabloga.com/news/apres-la-manifestation-du-14-juin

 

Brèves remarques

Mercredi 15/06/2016

Estimations

Un million ? Le chiffre est à l’évidence délirant.

Si on donne 1 m² par manifestant (en marche, il faut compter cela), un cortège d’un million de personnes demande 1 million de m² soit sur une avenue de 50 m de large un cortège long de 20 km ! Même si on tasse les manifestants à 2 par m², cela fait encore 10 km et comme le parcours Italie/invalides fait à peine 5 km et que toutes les rues parcourues ne font pas 50 m de large…

Inversement, le chiffre de la police apparaît tout aussi fou. Si le cortège faisait 5 km (les derniers partent quand les premiers arrivent), avec le même calcul on obtient quelque chose comme 250 000 manifestants. Ce qui est énorme et bien plus que toutes les autres manifestations depuis le début du mouvement contre la loi travail.

Casseurs

Les chaînes d’info en continu et les JT en font des tonnes sur les « casseurs ». S’ils n’existaient pas, il aurait fallu les inventer… ce qu’on a fait ! Comment expliquer que la police ait été incapable de les arrêter alors qu’ils précédaient le cortège et ont pu saccager en toute impunité. Soit le commandement des forces de police a été au-dessous de tout, soit les ordres de mansuétudes à l’égard des casseurs viennent de plus haut. Les mêmes questions depuis plusieurs mois.

Casseurs encore

Qui sont-ils ? Des « antifas » qui ressemblent comme deux gouttes d’eau aux fachos qu’ils prétendent combattre et d’ailleurs font leur boulot ? Des agents provocateurs soudoyés par quelque officine spécialisée en coups tordus ? Il y a en a certainement. Des jeunes révoltés mais décervelés ? Sans doute aussi. Ce genre de mélange explosif d’un discours « gauchiste », de fascination pour la violence et manipulations diverses contre les organisations du mouvement ouvrier, ça a donné en Italie 1919-1920 les « quadristi », troupes de choc de Mussolini.

Amalgames nauséeux

On apprend (comment ? Par qui ?) que l’enfant de trois ans du couple de policiers assassinés par le tueur islamiste Larossi Abdalla est hospitalisé à Necker. Les casseurs ont commencé de saccager Necker. Les casseurs faisaient partie de la manif contre la loi travail. Donc les syndicats sont responsables de la casse et ils sont donc responsables de l’attaque contre l’hopital Necker ; ils auraient dû avoir la « décence » d’annuler la manif en hommage aux policiers assassinés… Voilà le genre de prose dégueulasse (je ne trouve pas d’autre mot) que l’on trouve répandue sur internet et notamment dans les milieux proches du PS. L’instrumentalisation du malheur de ce petit enfant en vue de dénoncer le mouvement social ; il fallait le faire. Ils l’ont fait. Ils osent, c’est à ça qu’on les reconnaît.

Et maintenant ? Voici Rhodes, c’est là qu’il faut sauter !

Le succès incontestable de la manifestation du 14 juin peut se transformer en baroud d’honneur ouvrant sur des « négociations » avec les grandes confédérations afin d’attendre le vote définitif de la loi El Khomry au début de l’été. Le gouvernement aurait gagné, en douce, et à la rentrée on passerait à autre chose, l’élection présidentielle par exemple. Mais ce scénario n’est pas certain. Autour de la loi El Khomry, se sont greffés de nombreux mouvements revendicatifs sur les salaires notamment qui indiquent que les ouvriers commencent à relever la tête. L’automne pourrait n’être pas si calme que cela et la classe ouvrière pourrait bien venir troubler les petits jeux des prochaines élections qui concentrent l’attention de la caste.


Enquête parlementaire à propos des violences policières dans les manifestations, par Solidaires.org

Source : www.solidaires.org/Enquete-parlementaire-a-propos-des-violences-policieres-dans-les-manifestations

Lettre commune de la Confédération Générale du Travail (CGT), de la Fédération Indépendante et Démocratique Lycéenne (FIDL), de la Fédération Syndicale Unitaire (FSU), de la Ligue des Droits de l'Homme (LDH), du Syndicat des Avocats de France (SAF), de l'Union Syndicale Solidaire (USS), de l'Union Nationale des Etudiants de France (UNEF) et de l'Union Nationale Lycéenne (UNL), à Claude Bartolone, président de l'assemblée nationale, et aux présidents des groupes de l'assemblée nationale
 
Demande d’ouverture d’une enquête parlementaire, ou d’une mission d’information, sur les choix opérés par le ministère de l’intérieur quant au maintien de l’ordre durant les manifestations en lien avec la loi « visant à instituer de nouvelles libertés et de nouvelles protections pour les entreprises et les actifs » et sur le rôle joué par le ministère public durant cette période.
 
Mardi 21 Juin 2016
 
Lundi 6 Juin 2016 à Genève, plusieurs membres du Comité des Droits Economiques et Sociaux (CDES) de l'Organisation des Nations Unies (ONU) ont interpellé les représentants du gouvernement français lors du cinquante-huitième examen final de la France par le CDES de l'ONU pour dénoncer la répression syndicale et le climat social délétère en France. En cette période de fortes mobilisations contre le projet de loi travail, déjà quarante huit enquêtes judiciaires ont été ouvertes par l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN) pour des violences contre des manifestants. Le défenseur des droits s’est saisi d’enquêtes sur des violences commises par les policiers lors des manifestations.
 
Pour rappel aussi, le comité contre la torture de l’ONU a épinglé la France, lors de son rendu des recommandations le 13 mai 2016, sur l’usage excessif voire illégal de la force par la police. Il recommande entre autres des enquêtes indépendantes et transparentes sur ces problématiques.

Nous avons reçu de la part de nos militants et de nos sympathisants divers témoignages de comportements disproportionnés et illégitimes perpétrées par des fonctionnaires dépositaires de l’autorité publique. De nombreux militants racontent comment ils se voient délogés, pourchassés et visés par les forces de police sans qu’aucune infraction n’ait été commise, tout en observant que les casseurs arrivent à s’insérer dans les cortèges, voire en prendre la tête sans être arrêtés dans leur progression.
 
Plus largement, ces éléments mènent nos organisations à nous questionner sur la gestion de l’ordre public durant les manifestations. En effet, comme l’ont signalé des policiers syndiqués, les ordres semblent tarder dans des situations qui exigent une forte réactivité. De plus, comment expliquer que soient visés des groupes de manifestants sans discernement quand certains individus violents semblent volontairement contenus en tête de cortège des manifestations ? S’agirait-il d’une stratégie délibérée visant à accroitre les tensions durant les manifestations ? Enfin, nos organisations s’étonnent de la sévérité avec laquelle le parquet requiert certaines peines manifestement disproportionnées à l’encontre des manifestants.
 
Certaines réquisitions, pour des dossiers vides de preuve dans lesquels sont retenus à charge le fait de participer à l’organisation des manifestations ou d’être responsable syndical, conduisent des militants à être interdits de manifester, à de la détention provisoire, puis à des peines d’emprisonnement ferme. La participation aux manifestations ou l’appartenance syndicale semble devenir des circonstances aggravantes, au mépris des libertés fondamentales. Le rôle joué par le ministère public dans les procédures en lien avec ces mobilisations mériterait d’être révélé et clarifié.
 
Nous demandons l’ouverture d’une enquête parlementaire, ou d’une mission d’information, sur les choix opérés par le ministère de l’intérieur quant au maintien de l’ordre durant les manifestations en lien avec la loi « visant à instituer de nouvelles libertés et de nouvelles protections pour les entreprises et les actifs » et sur le rôle joué par le ministère public durant cette période.


Tribune pour un Brexit de gauche, par Joseph Choonara

(membre de la direction du Socialist Workers Party (SWP) de Grande Bretagne)
 
Mardi 21 Juin 2016

Source : http://www.npa2009.org/idees/international/tribune-pour-un-lexit-un-brexit-de-gauche


 

Le débat sur le référendum en Grande-Bretagne est dominé des deux côtés par des arguments pro-business et anti-immigrés. Dans ce contexte, le SWP de Grande Bretagne a développé des arguments pour une position indépendante de gauche, en faveur d’une sortie.
 
Il existe des raisons puissantes de s’opposer à l’Union Européenne. La plus évidente est la façon dont elle a traité plusieurs pays de l’Europe du Sud depuis le début de la crise économique.
 
L’Union Européenne a été en première ligne pour imposer l’austérité en Grèce et ailleurs. Lors de la dernière phase du programme de sauvetage grec, nous avons assisté au spectacle du gouvernement de Syriza, applaudi par l’Union Européenne, taillant en morceaux les retraites. Au moment même où la mesure était votée au parlement et soutenue par le parti de droite et le parti des grecs indépendants, dehors, sur la place Syntagma, la police anti-émeute attaquait les manifestants à coups de gaz lacrymogène. Cela illustre la version brutale de la mise en place du néo libéralisme par l’Union Européenne.
 
Prenez aussi par exemple le pacte fiscal qui impose des limites automatiques aux dépenses des gouvernements européens, ou bien la succession de traités de commerce néo libéraux, dont le TAFTA n’est que le plus infâme, négocié actuellement en secret par l’Union Européenne.
 
L’Europe forteresse
 

L’Union Européenne a toujours été un projet capitaliste. Mais aujourd’hui, l’Union Européenne fonctionne ouvertement dans les intérêts des grandes puissances européennes, des grandes sociétés et des banques. Loin d’assurer la paix en Europe, elle est empêtrée dans les rouages de l’impérialisme, comme en témoigne la poussée coordonnée par l’Union Européenne et l’Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) en Europe de l’Est.
 
Même la liberté de travailler et d’étudier à l’étranger, accordée par l’Union Européenne, ne l’est qu’à un prix important. La coordination des frontières de l’Europe a créé une Europe forteresse qui nie la liberté de circulation à celles et ceux qui n’ont pas la chance d’être des citoyens de l’Union Européenne.
 
Encore une fois, c’est la Grèce qui est en première ligne. Récemment, le gouvernement grec a évacué le camp de réfugiés non officiel d’Idomeni, qui se trouve sur la frontière macédonienne, interdisant aux journalistes de s’approcher du camp pendant que la police a forcé sa population à intégrer des camps officiels. L’action faisait partie du pacte avec la Turquie, accompagné d’un durcissement de la répression des migrants, tandis que, à l’heure actuelle, seuls cent soixante dix sept des deux millions sept cent mille syriens coincés en Turquie ont été accueillis en Europe.
 
L’Union Européenne peut-elle être réformée ?
 
Devant ce constat, le SWP de Grande Bretagne s’est joint à ceux qui s’identifient comme des opposants internationalistes à l’Union Européenne pour lancer Lexit, the Left Leave Campaign, la campagne pour une sortie de gauche.
 
Nous sommes confrontés à deux arguments venant de la part d’autres forces de la gauche. Le premier argument affirme que l’Union Européenne peut être réformée. Cette idée est défendue par le dirigeant de gauche du parti travailliste, Jeremy Corbyn. Bien qu’il ait été historiquement un opposant de l’Union Européenne, il a conclu un accord, assez tôt après son élection comme dirigeant, avec la droite du parti travailliste très majoritaire parmi les députés du parlement, pour faire campagne en faveur du vote pour rester dans l'Union Européenne.
 
Cependant, je n’ai pas encore entendu quelqu’un nous proposer une méthode pour réellement réformer l’Union Européenne. Celle-ci est remplie de bureaucraties non élues qui encadrent des institutions comme la commission européenne et la Banque Centrale Européenne (BCE). Les décisions clés de l’Union Européenne sont prises après des marchandages entre les différents gouvernements nationaux qui se réunissent dans le conseil européen.
 
Il n’existe aucun forum pan-européen, démocratique et crédible, qui puisse pousser pour des réformes. Le parlement européen, qui n’a même pas le droit de proposer des lois, ne peut certainement pas remplir cette fonction. Changer fondamentalement les choses signifierait la réécriture des traités de l’Union Européenne, ce qui nécessiterait un accord des vingt huit états membres.
 
Si la gauche gagnait dans les vingt-huit pays, nous ne réformerions pas l’Union Européenne, nous construirions des institutions authentiquement internationalistes pour promouvoir les intérêts des travailleurs.
 
Par ailleurs, la possibilité d’une marée montante de forces de gauche favorables à l'Union Européenne capable de transformer les institutions de l’Europe est morte dans les rues d’Athènes. Est-ce que Syriza est en train de remodeler l’Union Européenne ? Ou est-ce l’inverse ? Il est temps de commencer à traiter l’Union Européenne comme nous traitons le Fonds Monétaire International (FMI) ou l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), comme une institution capitaliste néo libérale que nous devrions abolir et non réformer. Cela signifie que les pays doivent voter pour la quitter.
 
Les conséquences d’un Brexit, l’affaiblissement du capital et de l’impérialisme
 
Le deuxième argument est qu’un vote pour le Brexit déplacerait le curseur de la politique vers la droite. Une sortie, nous dit-on, nous laisserait à la merci d’un gouvernement dirigé par Boris Johnson, le conservateur qui dirige la campagne pour le Brexit. Je ne vois pas bien pourquoi Boris Johnson est considéré comme pire que David Cameron. La gauche radicale est peut-être petite, mais réduire nos attentes au niveau de vouloir soutenir une aile du parti conservateur contre une autre pousse le pessimisme à un niveau encore jamais atteint.
 
De toute façon, un déplacement à droite est loin d’être inévitable. Le débat sur l’Union Européenne est en train de déchirer le parti conservateur. Le résultat en a déjà été l’annulation de beaucoup d’attaques récentes du gouvernement.
 
Si la Grande-Bretagne vote pour sortir de l’Union Européenne, cela affaiblira non seulement le capital et l’impérialisme, mais il provoquera aussi la démission de David Cameron comme premier ministre. Quel que soit son successeur, il ou elle héritera d’un gouvernement profondément divisé qui aura beaucoup de mal à rester au pouvoir. Cela donne la possibilité d’élections que Jeremy Corbyn devrait gagner, ce qui créerait un terrain bien plus favorable pour la lutte contre l’austérité et le racisme.
 
La gauche devrait se réjouir de cette perspective et chercher à formuler les arguments ­socialistes pour une sortie.


Pourquoi je souhaite la victoire du Brexit, par Raoul Marc Jennar
 
Mercredi 8 Juin 2016

Source : http://www.jennar.fr/?p=4948

Parlons clair. Je suis pour l’union des peuples d’Europe qui le souhaitent, mais sur un fondement totalement méprisé par l’Union Européenne, la souveraineté populaire, cette conquête historique de 1789 confirmée en 1945 par « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».
 
Rien à voir avec cette caricature qu’est l’Union Européenne où les principes fondamentaux de la démocratie sont bafoués, pas de séparation des pouvoirs, pas de contrôle de l'exécutif, le conseil des ministres de l’Union Européenne, par une assemblée parlementaire, pas de parlement digne de ce nom, c’est-à-dire en capacité d’avancer ses propres propositions, pleinement indépendant pour adopter des normes législatives et protégé efficacement contre l’influence perverse des lobbies. Un trait d’humour révélateur circule dans les milieux européens les plus lucides, si l'Union Européenne en tant que telle était candidate à entrer dans l’Union Européenne, sa candidature ne répondrait pas aux critères de démocratie exigés pour l’adhésion à l’Union Européenne.
 
Alors, me dira-t-on, plutôt que de détruire l’Union Européenne, réformons-là. J’ai cru à cela pendant de très nombreuses années. C’est sur cet espoir que je me suis opposé en 2005 au projet de traité constitutionnel européen. C’est dans cette même perspective que j’ai rassemblé un ensemble de propositions dans un livre intitulé « quelle Europe après le non », en 2007. Mais depuis, il m’a fallu déchanter. Le traité de Lisbonne qui est à quatre vingt dix neuf pour cent le projet de traité constitutionnel rejeté par les peuples de deux états qui ont eu la chance de pouvoir s’exprimer, illustre le mépris des dirigeants européens pour l’opinion des peuples qu’ils prétendent représenter. Et tous les traités qui ont suivi, semestre européen, le Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance (TSCG) et le Mécanisme Européen de Stabilité (MES), ont, à l’inverse des attentes démocratiques exprimées en France et aux Pays-Bas en 2005, renforcé les pouvoirs d’institutions européennes sur lesquelles les peuples n’ont aucun pouvoir, la commission européenne, la Banque Centrale Européenne (BCE) et la Cour de Justice Européenne. Le formidable déni de démocratie est aussi illustré par l’Eurogroupe, une structure aux pouvoirs considérables, mais sans aucune existence légale, et qui peut provoquer des souffrances immenses comme celles imposées au peuple grec. Pire encore, cette Union Européenne, qui prétend exprimer des valeurs, a montré qu’il n’existe pas de valeurs dès lors que les intérêts particuliers et les égoïsmes prévalent, au nom de l’union des peuples, on les met en concurrence les uns contre les autres et, au nom de prétendues valeurs, on viole les conventions internationales qui protègent les victimes de conflits ou de tyrannies. L’Union Européenne et ses supposées valeurs est aujourd’hui traversée de murs hérissés de barbelés et la liberté de circulation ne vaut que pour les travailleurs qu’on « détache » pour mieux les exploiter.
 
Ce refus de réformer l’Union Européenne a été formalisé par l’actuel président de la commission européenne, un homme qui pendant plus de quinze ans, à la tête du gouvernement luxembourgeois, a organisé l’évasion fiscale. Il s’est permis de déclarer « qu'il n’y a pas de vote démocratique contre les traités européens ». On ne peut mieux signifier que l’Union Européenne n’est pas réformable. En fait, elle a été conçue pour qu’il en soit ainsi. Elle s’est faite au nom des peuples, mais sans eux et très souvent contre eux.
 
Dès lors, il ne reste qu’une seule option, provoquer le démantèlement de ce monstre oligarchique qu’est l’Union Européenne pour construire une union des peuples qui le voudront sur les bases indiquées en début d’article. Pour y parvenir et hâter le processus, le Brexit offre une opportunité qui, j’en suis convaincu, aura plus d’efficacité que les rejets de 2005.
 
C’est peut-être paradoxal, mais la meilleure chance pour les peuples d’Europe qui voudront s’unir dans le respect des principes fondamentaux de la démocratie, c’est la sortie d’un pays qui, à bien des égards, est un des fondateurs de la démocratie parlementaire.


 

Un syndicat de policiers dénonce les consignes reçues pendant les manifs

05 juin 2016

Source : AFP

Le syndicat Alliance s'interroge sur les consignes de non-intervention reçues face aux casseurs. Et accuse le gouvernement de vouloir décrédibiliser les mouvements sociaux.

La charge est inattendue. Sur France Info, le secrétaire général du syndicat policier majoritaire Alliance, Jean-Claude Delage, s'est interrogé sur les consignes reçues par les policiers pendant les manifestations. Il s'interroge notamment sur la passivité imposée aux forces de l'ordre lorsque des casseurs sont en action.

"Attendre une heure"

Pourquoi les CRS n'interviennent-ils pas plus rapidement lorsque des groupes de personnes s'en prennent à des vitrines ou des équipements publics? Selon le patron d'Alliance, les policiers ne font qu'obéir aux ordres.
"Lorsque vous voyez des casseurs détruire les vitrines, saccager des panneaux publicitaires, se servir des tubes néons à l’intérieur pour attaquer les forces de l’ordre et que des policiers mobilisés sont en face d’eux et qu’ils doivent attendre une heure en face d’eux pour intervenir (…) on se demande bien pourquoi.​"
Celui qui appelle les policiers à manifester contre "la haine anti-flics" le 18 mai l'assure: "les policiers veulent interpeller les casseurs". Et d'ajouter:

"L’Etat doit prendre ses responsabilités, ne pas nous laisser attendre des heures face à des casseurs identifiés, qu’on pourrait même peut-être préventivement assigner à résidence dans le cadre de l’état d’urgence ou interpeller."
Quelle est la logique derrière ces ordres?

Pour Alliance, la stratégie de laissez-faire du gouvernement n'a qu'un objectif, jeter le discrédit sur l'ensemble de la mobilisation contre la Loi Travail.

"Je pense que ça vise aussi à discréditer le mouvement social et syndical parce qu’évidemment, lorsque des syndicalistes manifestent contre un texte et qu’il y a des casseurs qui cassent tout dans le quartier, que les riverains sont exaspérés et que la police ne peut pas rapidement intervenir, et bien ça discrédite aussi quelque part le mouvement social" estime Jean-Claude Delage.
Depuis son annonce par le gouvernement, le projet de Loi Travail a suscité une très vive contestation, traduite par des manifestations partout en France. Manifestations en marge desquelles ont été observés de violents affrontements avec les forces de l'ordre.


 

Page 6