Blog de Robert Duguet - Juin 2018 /contact:

Julien Chuzeville, auteur du livre...

La conférence du 23 juin de Julien Chuzeville sur son livre « Un court moment révolutionnaire, la création du PCF », par Robert Duguet


Le samedi 23 juin, pour le compte de l’association qui anime les CMO (Cahiers du Mouvement Ouvrier), Julien Chuzeville présentait son livre « Un court moment révolutionnaire, la création du Parti Communiste Français » : né en 1979, l’auteur est un historien du mouvement ouvrier. Il a publié la première biographie du principal fondateur du PCF, Fernand Loriot (L’Harmattan, 2012), puis « Militants contre la guerre 1914-1918 » (Spartacus, 2014) et « Zimmerwald, l’internationalisme contre la première guerre mondiale » (Démopolis, 2015).

D’emblée l’auteur a cadré son propos de la manière suivante : au sein du mouvement ouvrier, il n’y a pas eu depuis les lendemains de la grande boucherie impérialiste de 1914-1918 de rupture de cette ampleur au sein du mouvement ouvrier, qui a déterminé toute l’histoire du siècle. D’une manière générale les socialistes - par socialistes nous entendons le parti ouvrier - avaient analysé et prévu la guerre qui allait venir, comme le résultat des contradictions d’intérêt entre les différents impérialismes. Mais déjà se profilent les contradictions entre les différents courants de la pensée socialiste : face aux positions pacifistes, Jaurès explique qu’en cas d’agression impérialiste contre la France, les prolétaires ont une patrie. Dans la crise qui monte avec l’approche de la guerre, Jaurès est sur la position d’unir toutes les composantes du parti qui a fait la synthèse de 1905 : unité dans la même organisation de tous les courants composant le socialisme français, unité des révolutionnaires et des réformistes. On connait la suite : la capitulation des partis français et allemands devant leur propre impérialisme et le naufrage de la 2ème Internationale.

Dès le début il y aura des oppositions dans la SFIO et dans la CGT à cette politique :  toutefois c’est autour du courant syndicaliste révolutionnaire qu’une opposition commencera à se constituer, mais dans des conditions militantes extrêmement difficiles à assumer pour ceux et celles qui choisiront cette voie. C’est le cas de Pierre Monatte et du noyau militant autour de la revue « La Vie ouvrière » : Monatte regroupe des anarcho-syndicalistes, des syndicalistes révolutionnaires et des socialistes qui s’opposent à la ligne de la direction de la SFIO. Ce qui lui vaudra d’être envoyé au front alors qu’il avait été réformé. Lors de son exil en France, Léon Trotsky discute avec cette opposition ouvrière. Ce sera en 1915 la conférence de Zimmerwald qui regroupera des cadres du mouvement ouvrier de plusieurs pays. La délégation russe est présente, dont Lénine et Trotksy. Dans cette situation où l’opposition semble si faible face au social-patriotisme, la révolution russe va représenter un appel d’air, qui à la fin de la guerre produira un véritable tsunami à l’intérieur des mouvements ouvrier des grands états capitalistes.

C’est dans ce contexte que le congrès de Tours actera une scission entre les tenants du patriotisme de guerre et les courants pacifistes ou révolutionnaires condamnant l’Union Sacrée. Le retour de la démocratie amplifiera les divergences. La droite du parti derrière Léon Blum s’opposera à rejoindre la 3ème Internationale, qui était née dans le prolongement d’un parti bolchévik exerçant désormais le pouvoir en Russie. Les Internationalistes issus du courant de Zimmerwald et du Comité pour la 3ème Internationale, principalement animé par celui qui sera le fondateur de la SFIC (Section Française de l’Internationale Communiste), Fernand Loriot, mène le combat pour rallier la majorité de la SFIO. Il est rejoint par les syndicalistes révolutionnaires, dont Alfred Rosmer et Pierre Monatte. Tous sont convaincus que commence le combat pour la révolution mondiale, la révolution russe n’étant que son avant-poste. Entre la droite de Blum et l’aile gauche se situe le courant centriste des longuetistes, pacifistes tout en ayant soutenu l’Union sacrée comme un mal transitoire. Pour Loriot, qui refuse les injonctions de la direction mondiale de l’Internationale, assumée par Zinoviev, d’aller tout de suite à la scission, il mène la bataille pour que la majorité du mouvement socialiste rejoigne l’Internationale. Les 21 conditions d’adhésion à l’Internationale Communiste, édictées par le 2ème congrès mondial, ont assez peu pesé dans la bataille du congrès de Tours. D’ailleurs les internationalistes ne reprenaient à leur compte qu’une partie des 21 conditions. Soulignons que si la majorité des militants ouvriers soutiennent de rejoindre la nouvelle internationale, la totalité du groupe parlementaire suivra la droite du parti et Léon Blum.

Toutefois à partir de 1921, date de l’échec de la deuxième vague révolutionnaire en Allemagne, la situation mondiale s’est modifiée : l’Internationale Communiste et la SFIC, qui deviendra le PCF, restent calés sur un diagnostic qui est désormais faux, celui de l’imminence de la révolution mondiale. Partout le capitalisme repart à l’offensive. Aussi bien par les dirigeants du parti français que par la direction de l’Internationale, le tournant mondial de la situation n’est pas compris : un seul militant communiste, ayant des compétences en économie, produit une série d’articles sur cette question, passe totalement inaperçu.

De la scission de Tours à 1923, le mouvement communiste en France est en fait un parti creuset où existent plusieurs courants de la démocratie ouvrière cherchant sa voie vers une perspective anticapitaliste et tirant le bilan du réformisme. On y débat démocratiquement entre militants ouvriers. L’Internationale considère que le parti français ne comprend pas la ligne de l’imminence de la révolution et qu’il faut des mesures administratives pour le faire avancer. La ligne de Zinoviev et de l’Internationalisme communiste pousse dès 1923 vers une mise au pas pour un parti plus centralisé et mieux soumis à une Internationale, qui est de fait construite et contrôlée par le parti bolchévik. Or dès 1918, il y a eu au sein du parti russe une opposition ouvrière, dont Alexandra Kollontai, la révolutionnaire féministe, fut la principale animatrice, réclamant le rétablissement de la démocratie dans les soviets et dans le parti. En 1923, Trotsky publie « Cours nouveau démocratique », et pose les bases de l’opposition de gauche contre la bureaucratisation du parti et de l’Etat soviétique. Arrivent dans le parti français un certain nombre d’émissaires de l’Internationale, sur la ligne d’une imminence révolutionnaire qui est désormais complètement fausse, et qui poussent à ce qui s’appelle la « bolchévisation ». Ce parti révolutionnaire naissant est en fait pris entre deux feux : sa marginalisation au sein du mouvement ouvrier alors que la vague révolutionnaire de l’après-guerre reflue et le début du rôle nocif que la bureaucratie stalinienne naissante, à travers l’internationale va jouer. Ceux qui avaient mené le bon combat depuis 1915, les Monatte, les Rosmer et surtout Loriot, seront chassés ou marginalisés, dès 1924.

Alors commence une autre histoire : pour reprendre le mot de Victor Serge, il sera bientôt minuit dans le siècle. Le principal enseignement que je tire de la présentation que ce jeune historien a fait de son livre porte essentiellement sur l’actualité de ce débat. Notre époque est marquée depuis plusieurs décennies par une décomposition sans précédent du mouvement ouvrier : nous sommes confrontés aujourd’hui à une situation qui est le produit de la quasi disparition ou implosion de la social-démocratie et des PC, les deux internationales qui ont structuré la représentation depuis 1914. L’ancien n’en finit pas de mourir, tandis que le nouveau n’est pas encore né. Il n’y a plus de modèle : va-t-on le regretter ? A la lumière des expériences gouvernementales faites par les partis censés représenter le salariat, ni le PS de Mitterand, ni sa version par le lambertiste Jospin, ni le PCF de Georges Marchais, ne nous laisseront de bons souvenirs. La question de la renaissance du mouvement communiste reste une perspective nécessaire, car l’enjeu est toujours entre le socialisme ou la barbarie. La question du mouvement « creuset » rassemblant les courants de la démocratie ouvrière contre le néo-libéralisme, stade actuel d’un capitalisme détruisant les acquis de civilisation, reste posée.

Il faudra chercher notre voie…

 


Cheminots et mouvement d’ensemble, bilan d’étape, par Vincent Présumey


Le 22 juin 2018

Source :  https://aplutsoc.wordpress.com/2018/06/22/cheminots-et-mouvement-densemble-bilan-detape/



Selon beaucoup de médias, la grève des cheminots agonise. Ce n’est pas vrai : le sentiment de fierté est très fort chez la plupart des cheminots, conjugué à la fatigue et aux pertes financières. S’ils n’ont pas tous fait grève tous les 3 jours pendant 2 jours depuis deux mois et demi, ils ont très majoritairement tous fait grève un jour ou l’autre, en comptant notamment sur la détermination des conducteurs et des contrôleurs qui ont « tenu » et souvent rebondi.

Ce qui est vrai est que leur résistance devrait étonner. Car annoncer à l’avance la grève deux jours tous les trois jours pendant trois mois, comme l’ont fait la CGT, l’UNSA et la CFDT rejoints de fait par SUD-Rail, n’était pas la meilleure manière de réunir les conditions de la victoire : voir à ce sujet notre article du 18 mars 2018, intitulé Vers la centralisation de la lutte des classes contre Macron, qui discutait précisément les aspects politiques et techniques de la question. Sans surprise, il a été confirmé, mais les cheminots ont largement tenu.

De plus, allant avec cette « tactique », trois questions politiques n’ont cessé et ne cessent de se poser dans la grève :

Dans ces conditions, l’énergie des cheminots a d’autres causes, des causes politiques profondes : la conscience de l’enjeu, et le sentiment justifié d’être soutenus.

Il ne s’agit pas là de l’écume des sondages et de la campagne médiatique permanente contre eux. Il s’agit des sentiments réels, profonds, parfois mal exprimés, de solidarité liés au besoin d’un débouché gagnant.

Une femme de ménage dans un collège, à la fin d’une réunion d’information syndicale, qui n’avait rien dit jusque-là, prend la parole pour dire « La grève à la SNCF emmerde surtout des smicards et nos gosses. » Cela commence mal, mais elle continue : « C’est trop long, pour gagner il faut faire court ». Et réfléchissant à haute voix elle ajoute : « Mais pour faire court faut faire tous ensemble, si c’était clair que c’est partant, on y irait tous, et à Paris chez Macron s’il faut. » Poursuivant cette réflexion une collègue ajoute : « Mais ça n’arrivera jamais. » Prononcés avec combativité ces derniers mots ne signifient pas seulement ce qu’ils semblent dire. Ils signifient que ça n’arrivera pas dans les conditions politiques actuelles avec les dirigeants qu’on a, mais que si on arrive à faire bouger les choses alors « ça » arrivera. « Il faudrait bien » dit le cuisinier. La doyenne de l’assemblée conclut : « mai 68 c’était pour de bon, il faut du pour de bon ». (1)

La lame de fond est toujours là, c’est elle qui a porté et fait tenir les cheminots, pour eux, chapeau bas. Epahds, entreprises diverses, et ces très nombreuses grèves à nouveau « invisibles » dans un nombre étonnant de centres EDF, la plus importante vague depuis des … décennies. Des milliers de militants notamment CGT qui sont dans l’état-d’esprit de continuer le combat et de chercher le débouché. La question politique de la grève tous ensemble dans tous les secteurs est et reste posée. (2)

Il ne s’agit pas par ces mots de minimiser la portée des coups que nous prenons. Ils sont d’une violence terrible. SNCF, menace sur tous les statuts à commencer par celui de la fonction publique, Parcoursup, accumulation de lois sur l’information et la sécurité qui forment un dispositif à la Orban-Salvelli …

Mais pourtant.

Mais pourtant, on disait que Macron avait choisi les cheminots pour être ce que les mineurs furent pour Thatcher. Hé bien ? Hé bien non.

Strictement rien n’est réglé et ceci permet d’ailleurs à certains de bluffer sur les résultats réels de la lutte à cette étape – car des discussions sur la convention collective une fois le statut cassé, ce n’est pas la sauvegarde du statut. Mais des dizaines d’indices le disent : rien n’est réglé et les cheminots pas plus que les autres ne sont battus. Ainsi par exemple du jugement de Bobigny déboutant la direction de la SNCF du prélèvement des jours de repos comme jours de grève (elle a fait appel). La question pour les cheminots n’est pas de continuer seuls à l’infini mais elle est bien de continuer d’une façon ou d’une autre afin de faire le pont vers l’ensemble du salariat.

Rien n’est réglé, au plan psychologique, c’est-à-dire politique, au plan, non certes du résultat des luttes, mais de ce que Marx appelait « l’union grandissante des travailleurs », Macron se trouve toujours devant un mouvement qui, lentement, monte. Ce qui donne toute son importance aux démonstrations de victoire possible comme à l’HP de Saint-Etienne-de-Rouvray.
Donc il n’y a pas de page à tourner. Et il ne faut surtout pas aborder la préparation d’échéances électorales éventuelles comme ce qui doit se substituer à la lutte. C’est l’inverse : c’est sous l’angle de la lutte pour réaliser l’unité pour battre, défaire et chasser Macron, plus que jamais, que débats et regroupements sont nécessaires. Voilà le plein sens de la journée qu’avec les camarades du Val d’Yerres et d’autres nous réaliserons fin septembre.

Notes:

(1) Dans un tout autre cadre, le congrès de la CFDT a donné des signes clairs de cette situation. Certes la CFDT est « bien tenue » et Laurent Berger et son staff management ont été largement réélus. Mais elle est en recul en nombre d’adhérents, officiellement repassée derrière la CGT. Surtout, la tonalité dans les couloirs, parfois à la tribune, et à la buvette, était « anti-Macron ». Ceci reflétait en partie les sentiments d’en bas, en partie le mécontentement d’une partie de l’appareil de ne pas être un « corps intermédiaire » souhaité par Bonaparte Jupiter, au point que Laurent Berger lui-même a dû prendre la posture du mécontent ou de l’éconduit. Un signe …

(2) La journée interprofessionnelle du jeudi 28 juin, répondant au souhait du congrès confédéral de FO dirigé contre J.C. Mailly, appelée par la CGT et FO avec le soutien de Solidaires et de sections départementales FSU, perçue comme arrivant après la bataille du rail et celle de Parcoursup et souvent fort limitée dans les actions envisagées, ne répond naturellement pas au besoin réel d’unité. La grève interprofessionnelle général dans l’unité contre Macron ne se fera pas en sourdine à la veille des congés payés.

 


La grève à Enedis et Grdf est extraordinaire…. par Jacques Chastaing

dimanche 24 juin 2018.

Source : https://lesmoutonsenrages.fr/2018/06/22/la-greve-a-enedis-et-grdf-est-extraordinaire/


 
C’est une grève massive, dynamique qui a commencé il y a plus de six semaines du côté de Marseille en appui et coopération à la grève des cheminots lorsque la fédération CGT de l’énergie a appelé à accompagner la lutte qui démarrait à la SNCF par une lutte dans l’énergie sur des revendications propres à l’énergie mais sur des modalités semblables à celle des cheminots et dans un esprit convergent pour la défense du service public. Déjà, cela a quelque chose d’extraordinaire. Mais il y a beaucoup plus.

Cet appel de la fédération CGT de l’énergie a été peu suivi dans les faits sinon essentiellement par les électriciens et gaziers des Bouches du Rhône qui ont tenu leur lutte longtemps. On aurait pu croire que les choses allaient s’arrêter là. Mais cela a généré de proche en proche une autre grève tout aussi importante que celle des cheminots, voire probablement encore plus. La première caractéristique de ce mouvement c’est sa force, son importance, sa détermination et probablement sa durée. En effet, depuis une dizaine de jours environ, surtout une semaine et encore plus ces derniers jours et certainement encore plus les jours à venir, les sites Enedis et GRDF de la distribution sont entrés dans la grève les uns derrière les autres, beaucoup de manière perlée, pour déboucher ensuite et de plus en plus rapidement aujourd’hui vers des grèves reconductibles ou illimitées avec blocage ou occupation, faisant de ce mouvement la plus grande grève dans l’énergie depuis dix ans.

Il est très difficile de chiffrer exactement le nombre de sites en mouvement, depuis ceux avec simple débrayage perlé ou ponctuel et ceux qui sont totalement bloqués voire occupés jour et nuit, parce que tout bouge très vite et change de jour en jour. Pour donner toutefois un ordre d’idée de l’importance du mouvement, j’ai compté pour ma part à ce jour près de 300 sites qui sont dans le mouvement général en cours et peut-être pas loin de 160 ou 170 qui sont bloqués ou occupés avec une extension très rapide de cette dernière forme de lutte dans les derniers moments.

Ce qui est formidable encore c’est que bien des grévistes électriciens ont fait passer en heures creuses des centaines de milliers d’usagers donnant une image de ce que pourrait être un véritable service public de l’énergie au service des usagers, tandis que d’autres ont organisé des coupures de courants ciblées aux impôts ou aux Conseils départementaux jusqu’à ceux qui ont coupé l’électricité, son et lumière, à un meeting de E. Philippe, montrant toute la force et la puissance de ceux qui travaillent et comment gagner la sympathie des usagers. Les grévistes viennent même de couper le gaz à Jupiter comme il est coupé à quantité de familles (voir communiqué ci-dessous de la CGT)

Enfin, ce qui est remarquable c’est que ce sont le plus souvent des jeunes qui sont à l’initiative de cette grève dont la CGT se montre solidaire plus qu’elle ne dirige véritablement le mouvement même si elle se trouve à sa tête et s’en fait le porte-parole à sa manière vu sa force dans ce secteur.

Les grévistes veulent pour l’essentiel une augmentation mensuelle de 200 euros et 4 NR, c’est-à-dire en gros une augmentation mensuelle de 400 euros, un mini de 1 800 euros, l’embauche des CDD et intérimaires, l’arrêt des suppressions de postes et emplois programmés pour les années à venir, la réinternalisation de tous les services externalisés ces derniers temps et enfin la nationalisation de tous les secteurs de l’énergie pour un véritable service public de l’énergie au service des usagers et pas des capitalistes. Ce mouvement se cherche depuis un certain temps et ne sort pas d’une situation de calme plat, puisque les électriciens et gaziers ont mené pas mal de luttes bien suivies et de longue durée ces deux dernières années avec notamment ce qui a été appelé les « mardi de la colère » pendant plusieurs mois début 2017 mais sans pour autant atteindre la même ampleur et détermination qu’aujourd’hui.

Le deuxième élément très particulier de cette grosse grève, au-delà de ses particularités intrinsèques, c’est la situation dans laquelle elle se déroule et le fait que malgré son importance, elle est très peu visible, très peu connue… En effet, sans même parler des médias qui font silence au niveau national sur ce mouvement, très peu de directions de syndicats ou de partis la font connaître, en tout cas au niveau où elle le mériterait. Ce silence assourdissant est révélateur de la peur profonde qu’inspire cette grève aux dirigeants politiques et économiques du pays. Et c’est ce qui est important à comprendre.

Car au-delà de ses caractéristiques propres ; vaste, massive, dynamique avec des jeunes ouvriers à la pointe du combat, elle a des revendications offensives, hardies, audacieuses et pas simplement défensives qui correspondent à tout ce que peuvent vouloir également tous les salariés du public, cheminots, hospitaliers, postiers, enseignants, étudiants, lycéens… qui voient avec colère mais aussi une certaine impuissance que le gouvernement est en train de démanteler tous les services publics du pays. Ce mouvement peut devenir pour eux tous, un étendard de ce qu’il faudrait faire, un encouragement fantastique à rentrer à son tour dans la lutte. Or, en plus, cette grande grève surgit non seulement quand il peut y avoir un accueil favorable des militants, salariés et usagers mais aussi et surtout au même moment où les cheminots connaissent la plus longue grève de leur histoire sans avoir pu pour leur part cristalliser la colère latente dans le pays contre la politique de Macron.

Or, deux grandes grèves, en même temps et qui défendent toutes deux le service public, c’est-à-dire avec une possibilité de convergence, c’est tout à fait autre chose qu’une seule.

C’est en effet un nouvel espoir pour de très nombreux salariés, usagers, citoyens qui commençaient à ne plus croire dans les possibilités de la grève des cheminots.

C’est pour ça que les médias font le silence le plus total sur ce mouvement. Il ne faut surtout pas pour eux que les gens sachent que cette grève existe afin de ne pas susciter un nouvel espoir comme il y en a eu un au début de la grève des cheminots, voire plus important encore, d’une part parce que ce n’est pas un seul mouvement comme les cheminots auquel devait faire face Macron mais deux dans des secteurs importants qui peuvent bloquer l’économie et d’autre part parce que les électriciens et gaziers ne font pas une grève perlée qui rend difficile la « coagulation » mais une grève reconductible avec occupation.

Dans les circonstances particulières de cette grève, le silence sur ce mouvement pourrait pousser logiquement vers des solutions corporatistes, qui sont toujours perdantes face à un gouvernement qui veut tout détruire et dont la tactique est de démolir chaque mouvement l’un derrière l’autre. C’est le but du silence : isoler la grève pour qu’il n’y ait pas d’agrégation avec les cheminots ni avec les autres professions ni encore avec les usagers, faire que chaque site s’installe dans les joies et la convivialité de l’occupation, coupé des autres sites, coupé de l’ensemble, un peu comme l’avaient fait les étudiants en avril/mai qui occupaient les facultés, mettaient toute leur énergie là-dedans et n’en avaient plus vraiment pour construire une coordination qui puisse entraîner, peser sur la situation actuelle et leur permettre de gagner.

Alors nous devons tout faire pour sortir cette grève du silence dans laquelle on essaie de l’enfermer, pour que les électriciens et gaziers en grève puissent aller jusqu’au bout de ce qu’ils veulent et gagner.

Aider les grévistes de l’énergie à faire connaître leur grève est un acte hautement politique, le plus politique du moment.

 


Macron à Quimper : une ville en état de siège, par Ensemble du Finistère

Samedi 23 juin 2018.

Source : https://www.ensemble-fdg.org/content/une-ville-en-etat-de-siege



 
Comme la veille à Saint Brieuc, la visite d’Emmanuel Macron à Quimper se sera déroulée dans une ville en quasi état de siège, avec une interdiction de circulation dans tout le centre ville depuis la gare jusqu’aux allées de Locmaria, le blocage de la manifestation contre la politique du gouvernement à hauteur du parking de la gare, l’interdiction faite à certains riverains de rejoindre leur logement dans le périmètre verrouillé par les forces de police.

La cerise sur le gâteau, aura été l’injonction faite aux syndicalistes réunis devant la gare de couper leur sono sous la menace d’une confiscation du matériel, la confiscation effective du mégaphone d’un militant présent, la prétention des autorités de l’Etat (transmise par la police) à imposer aux manifestants de faire silence au moment du discours du président et enfin la recherche des cheminots qui avaient eu l’aplomb de faire retentir les sirènes de leur train pendant l’intervention présidentielle. Du jamais vu à Quimper !

Ces pratiques en disent long sur la dérive autoritaire d’un pouvoir qui ne supporte aucune contestation et veut imposer sa politique de casse sociale par tous les moyens. Pour les organisations Attac Quimper, CGT, Sud Solidaires, CNT, FSU 29, Collectif antifasciste, Coordination nationale des hôpitaux et maternités, Comités de soutien à la ZAD de NDDL, NPA, Climat Social, EELV, Ensemble !, Fraternité Douarnenez et Quimper, France Insoumise, Génération.S Quimper, Nouvelle Donne Finistère, PCF, UDB, aujourd’hui, nos libertés publiques, en premier lieu la liberté de manifester, sont gravement en danger.

Malgré ces menaces inquiétantes, nos organisations sont déterminées à poursuivre et à manifester leur opposition à cette politique en faisant entendre partout la volonté populaire d’une société plus juste et plus solidaire.

 


Vers une suppression des retraites de reversion ? par Daniel Roucous

Source : L’Humanité

vendredi 22 juin 2018.


 



La réforme annoncée des retraites prévoit aussi de réformer la retraite de réversion voire de la supprimer. Pourtant, elle permet aujourd’hui à de nombreuses veuves de survivre et de réduire l’écart des retraites entre les hommes et les femmes. Explications chiffrées et rappel des conditions pour y avoir droit.

La question

« Doit-on maintenir les pensions de réversion ? » est la question posée dans le document remis aux syndicats par le Haut commissaire à la réforme des retraites.

La réponse à la question tient à quelques chiffres issus du rapport de juin 2018 – page 125 - du Conseil d’Orientation des Retraites Evolutions et perspectives des retraites en France :

- 3,8 millions de personnes perçoivent une retraite de réversion en 2018 dont 89% de femmes

- l’écart hommes/femmes des pensions de retraite (hors majorations pour trois enfants) est de 31% (en défaveur de celles-ci est-il besoin de le souligner) ramené à 25% pour celles qui perçoivent la retraite de réversion

- cet écart serait réduit à 10%... en 2070 ! Sauf si, d’ici là, s’applique enfin le code du travail : à travail égal salaire égal

- les femmes veuves (la moitié des retraités vivant seuls) ont un niveau de vie inférieur à 18% en moyenne aux autres retraités… retraite de réversion comprise. Les plus démunies sont les veuves d’ouvriers et de paysans dont la pension de réversion est la plus faible, du fait de la faible retraite perçue par leurs maris.

- un veuf vivant seul a perçu 2 205 euros bruts de retraite en moyenne par mois en 2015 contre 1 808 euros bruts pour une veuve seule… retraite de réversion comprise.

On peut avoir un aperçu de cette inégalité qui touche surtout les veuves d’ouvriers, de paysans, d’artisans et commerçants dans le tableau 2.28 page 94 du rapport annuel du COR - juin 2018

- le versement des pensions de réversion est chiffré par le COR à 33 milliards d’euros.

Ces chiffres montrent que la pension de réversion est importante pour les conjoints survivants. Sans elle c’est la pauvreté assurée en attendant l’égalité salariale hommes/femmes.

La réforme envisage soit de la capitaliser sous forme de partage des droits entre les deux conjoints (modèle allemand ou britannique) soit de la supprimer (modèle suédois) afin, dans les deux cas, que l’Etat n’ait plus à verser 33 milliards d’euros.

 


Brève du 18 juin...

Macron en représentation au Mont Valerien, là où sont tombés les 27 du groupe Manouchian, ça fait VOMIR NON!


 

Oleg Sentsov, cinéaste en grève de la faim depuis 1 mois

Lettre ouverte à Patrick Le Hyaric, Younous Omarjee, Marie-Christine Vergiat et Marie-Pierre Vieu


Publiée le 17 juin 2018 par Vincent Présumey



ainsi qu’aux 29 autres membres du groupe GUE/NGL du Parlement européen qui, le 14 juin, ont voté

CONTRE la libération d’Oleg Sentsov, cinéaste ukrainien en grève de la faim,
CONTRE la libération de Oyoub Titiev, responsable de Mémorial en Tchétchénie,
CONTRE la libération d’Alexandre Koltchenko, anarchiste de Crimée,
CONTRE la libération de l’ensemble des prisonniers politiques en Russie,
CONTRE le respect de l’éthique médicale envers les emprisonnés politiques,
CONTRE le non recours à l’alimentation forcée envers les grévistes de la faim, et
CONTRE le non recours à la torture.

 

Nous ne vous demandons aucune explication. Rien ne saurait justifier la honte de votre vote et le scandale montant qui désormais va vous escorter si vous ne revenez pas dessus.

Nous souhaitons donc que vous évitiez les justifications quelles qu’elles soient, depuis le fait de ne soit-disant pas attaquer la Russie – la motion contre laquelle vous avez votée défend les droits démocratiques du peuple russe -, au fait que vous ne seriez pas au courant de votre vote, en passant par le fait de ne pas mêler vos voix à celles des socio-libéraux et de la droite – vous les avez en l’occurrence mêlées à celles de toute l’extrême-droite européenne : lepéniste, UKIP, Jobbick, Aube dorée, Lega …

Votre responsabilité est grave et décisive, car votre vote contre les prisonniers de Poutine très exactement le 30° jour de la grève de la faim d’Oleg Sentsov et le 1° jour de la coupe du monde de football signe le refus de secteurs clefs des responsables des organisations de gauche et du mouvement ouvrier européen de défendre les libertés où que ce soit. Votre poids dans la balance va donc très au delà de vos 34 votes joints à ceux des fascistes et fascisants. Vous porteriez la responsabilité de la mort de Sentsov et de beaucoup d’autres.

Nous exigeons donc de vous que vous reveniez sur ce vote. Foin des règlements du Parlement européen, c’est tout de suite, c’est maintenant, que toutes affaires cessantes, il faut inverser le poids de toutes vos voix – et rejoindre vos camarades de groupe de Finlande, des Pays-Bas et de Suède qui ont voté pour.

Par cet acte seulement vous échapperez au déshonneur. Et vous pèserez dans la balance, de manière très importante, en faveur de la libération de Sentsov et de ses camarades.

Montrez que vous êtes de gauche. Montrez que vous êtes des élus responsables. Montrez que vous êtes des êtres humains. N’attendez pas !

 


« La guerre mondiale renaîtra si la révolution mondiale ne la prévient pas. »
Boris Souvarine (1919)

Conférence des Cahiers du mouvement ouvrier


le 23 juin 2018 de 14 heures à 17 heuresSalle du Maltais Rouge,  40, rue de Malte, 75011 Paris.  Métro : République ou Oberkampf

avec Julien Chuzeville, autour de son livre :
Un Court Moment révolutionnaire,
la création du Parti communiste en France (1915-1924)



Il a existé en France un parti révolutionnaire internationaliste regroupant plus de 50 000 adhérents, qui appelait à l’« organisation d’une véritable démocratie sur la base des soviets », à « la révolution mondiale », et à l’« organisation des États-Unis d’Europe ». C’était le Parti communiste du début des années 1920, à l’époque « Section française de l’Internationale communiste ».

Le PC est né de la scission du Parti socialiste en décembre 1920, au congrès de Tours, une nette majorité choisissant de rejoindre l’Internationale communiste. Ce choix s’explique en partie par le choc de la Première Guerre mondiale et l’intégration de dirigeants socialistes aux gouvernements de guerre. D’autre part, « le contexte d’intenses luttes sociales, de grèves massives en France, de tentatives révolutionnaires dans différents pays d’Europe, eut une influence décisive sur les résultats du congrès de Tours » (p. 10).

Trois dirigeants historiques fondateurs du mouvement communiste de 1915 à 1924, exclus après le début de stalinisation de l'Internationale... et qui avaient fait leurs classes dans le difficile et dangeureux combat contre le ralliement de la SFIO à l'Union Sacrée.

Pierre Monatte (1881-1960), syndicaliste révolutionnaire

Alfred Rosmer (877-1964) avec Léon Totsky au Mexique en 1938

Fernand Loriot (1870-1932)


Un document...

12 octobre 1932 Mort de Fernand Loriot, le militant qui sauva l’honneur du socialisme français entre 1914 et 1918
Hommage de Pierre Monatte à Fernand Loriot


Source : http://www.gauchemip.org/spip.php?article4952

Paru dans la « Révolution Prolétarienne » numéro 140 (25 novembre 1932)


 

Loriot est à l’hôpital Saint-Denis, il va très mal. J’apprenais cette nouvelle dans l’après-midi du Mercredi 12 Octobre 1932. Le même jour il mourait, à l’âge de soixante-deux ans.

Nous ne nous étions pas rencontrés, si je me souviens bien, depuis l’enterrement de Fulconis. Son visage creusé, sa taille plus voûtée m’avaient frappé. « Ça ne va pas fort, mais ça va mieux », m’avait-il dit. On ne s’était pas revu depuis. Nulle part on ne se rencontre plus difficilement qu’à Paris. Surtout quand les camarades de pensée ne sont pas entraînés par le courant comme après 1919, ou ne se tiennent coude à coude pour le remonter comme après 1914. Nous ne sommes pas à l’une de ces périodes. Chacun est plus ou moins tenté de rester dans son coin, pris par son travail et ses soucis. Loriot a toujours travaillé dur. Longtemps, il a dû accepter des travaux de comptabilité, après sa classe, pour faire face à ses charges. Même une fois sa retraite prise. Et le faire malgré une santé menacée.

Un dernier échange de lettres remonte à plusieurs mois. Je lui avais écrit au sujet d’un certain nombre d’inexactitudes, entre beaucoup, rapportées par Ferrat dans son « histoire du parti communiste français ». Sa réponse est datée du 23 mars 1932.

Nous n’étions guère nombreux Samedi 15 Octobre 1932, dans le cimetière de Pantin, derrière le cercueil de celui qui sauva l’honneur du socialisme français pendant la guerre et qui personnifia ici le communisme dans les années 1917-1920.

Ceux qui exploitent le monopole du socialisme comme ceux qui détiennent le monopole du communisme n’ont pas ressenti la perte d’un des leurs. C’est trop naturel.

Mais dans le monde entier, les hommes qui restèrent internationalistes pendant la guerre et se portèrent tout de suite à la défense de la révolution russe, ceux-là dans tous les pays, en Russie comme ailleurs, plus qu’ailleurs, et pas seulement parmi les opposants, déportés ou non, auront baissé le front à la nouvelle de la mort de Loriot.

Il sauva l’honneur

Oui, l’on peut dire de Loriot qu’il sauva l’honneur du socialisme français pendant la guerre. Ce n’est pas une fleur pour oraison funèbre. C’est la pure vérité. Il a eu le courage d’aller plus loin que Bourderon, et de poursuivre l’effort de Zimmerwald. Il l’a continuée même lorsque Louise Saumonneau, qui l’avait secondé jusqu’alors, se retira, effrayée à la perspective d’une scission du parti socialiste.

Il y avait deux branches dans le comité pour la reprise des relations internationales, une branche socialiste et une branche syndicaliste. Loriot appartenait plutôt à la première. Il était au parti socialiste avant-guerre. Les camarades de Puteaux ne l’ont pas oublié. Cela ne l’empêchait pas, bien sûr, de militer à son syndicat, mais il attachait plus de prix au parti qu’au syndicat, et c’est à la fin de sa vie seulement qu’il modifia son point de vue.

Bouët a rappelé dans l’« Ecole Emancipée » un fait peu connu. Au lendemain du congrès de Chambéry, en pleine tourmente des syndicats d’instituteurs et en pleine répression, c’est Loriot qui prit la fonction de trésorier dans le nouveau bureau fédéral constitué par le syndicat de la Seine. En 1913, au congrès de Bourges, Glay et ses amis, qui avaient appelé à la rescousse Laval, l’avocat de la fédération, préconisaient la dissolution et disaient à Chalopin qu’il n’aurait plus personne dans la Seine, qu’il serait révoqué, ainsi que tous ceux qui entreraient au bureau fédéral, le ministre en avait fait la menace. Du fond de la salle une voix s’éleva, celle du trésorier, en train de verser aux délégués leurs indemnités de chemin de fer, « tu ne seras pas seul, Chalopin, tu peux compter sur moi ».

Ce Loriot des jours héroïques, on devait le retrouver non pas au mois d’août 1915, comme l’écrit Bouët, mais certainement plus tôt. Il s’était laissé entraîner au début par la vague d’union sacrée.

Ses adversaires du parti lui ont souvent reproché un article écrit dans les premières semaines de guerre. Mais il s’était ressaisi très vite. J’en trouve le témoignage dans une lettre que m’écrivait Marie Guillot en janvier 1915, elle m’annonçait avoir vu Lapierre, celui du syndicat national, et appris par lui que non seulement lui-même mais Loriot et le vieux Murgier (le bûcheron) étaient disposés à lutter. Il faut dire que les marseillais, Lafosse, Audoye et leurs camarades, qui avaient la charge de l’« Ecole Emancipée » et qui la portèrent avec tant de mérite pendant toute la guerre, avaient tout de suite donné l’exemple de la résistance. Les militants de province et de Paris de la fédération de l’enseignement, ont sans doute discuté entre eux à ce premier congrès fédéral de guerre, tenu à la veille d’une conférence confédérale, ils ont mis au point leurs opinions. Loriot mettait un soin méticuleux à ces discussions. Mais il y avait déjà plusieurs mois qu’il était gagné.

En octobre-novembre 1914, Hélène Brion, dans les discussions du comité confédéral, on s’en rendra compte quand la CGT se décidera à publier les procès-verbaux du comité confédéral de cette époque, penchait déjà de notre côté. Elle, ni Loriot n’avaient pas attendu août 1915 pour se ranger parmi les pacifistes et les internationalistes.

Loriot travailla d’accord avec Merrheim jusqu’à la conférence des bourses et des fédérations qui se tint à Clermont en décembre 1917.

Cependant Merrheim, au cours de l’année 1917, s’occupait moins du comité pour la reprise des relations internationales. Une cassure s’était produite au sein de la section syndicaliste, certains éléments étaient partis pour former le comité de défense syndicaliste. Loriot m’a raconté que, n’ayant pas compris les raisons de cette cassure, il avait fait une démarche auprès du comité de défense pour tenter de le ramener, il y avait échoué, mais avait compris la difficulté d’un travail commun.

C’est aussi parce que Merrheim et Bourderon refusaient, en avril 1917, de répondre à la convocation en Suisse d’une nouvelle conférence internationale, que Loriot y partait. Cette conférence, il ne l’apprit que sur place, devait fixer l’attitude des révolutionnaires russes réfugiés en Suisse avant le refus des alliés de leur laisser traverser leur territoire pour rentrer.

Au cours de 1917, Loriot et Saumonneau doivent peu à peu assumer le travail du Comité de la reprise délaissé par Merrheim. Si bien qu’à partir de 1918 ils en sont les chefs de file. En juillet 1918, au congrès confédéral, Merrheim signe une trêve avec Jouhaux. Mais le même mois, au conseil national socialiste, la droite jusqu’au boutiste est battue.

La minorité syndicaliste, qui avait été jusqu’alors à la pointe de l’opposition à la guerre, va marquer un mouvement de recul, tandis que la minorité socialiste, rattrapant son retard, part avec élan. Les chemins de Loriot et de Merrheim s’écartent désormais. Dans le nouveau bureau du parti socialiste, Loriot prend la fonction de trésorier.

Du bolchevisme au syndicalisme

Au début de 1919, la guerre finie, avec le retour des démobilisés, le mouvement va-t-il faire peau neuve ? La tâche du comité de la reprise est achevée, une nouvelle commence.

La troisième internationale est le symbole de l’espérance révolutionnaire. Le comité se transforme et devient le comité de la troisième internationale, il garde ses deux sections, la syndicaliste et la socialiste. Louise Saumonneau ne veut plus du secrétariat, je le prends.

Nous partons pour une double expérience. Les socialistes comme Loriot adhèrent sans réserves au bolchevisme et en adoptent la conception du parti animateur et maître de toutes les autres organisations. Les syndicalistes révolutionnaires, sans adopter cette conception, mais d’accord sur les soviets, et la dictature du prolétariat, pensent pouvoir travailler avec le bolchevisme dans toute l’œuvre révolutionnaire.

Nous nous sommes souvent chamaillés, avec Loriot, il défendait avec ardeur son point de vue, nous défendîmes le nôtre. Mais nous avions tant de pensées communes et tant d’ennemis communs que nous ne pouvions cesser de nous regarder comme de bons camarades. En mai 1920, quand le gouvernement imagina un mystérieux complot pour expliquer et pour briser la deuxième grève des cheminots, nous fûmes fourrés à la Santé, Monmousseau et moi, Loriot et Souvarine qui avait rallié depuis le comité de la troisième internationale. Les deux sections du comité de la troisième internationale étaient ainsi pareillement à l’honneur.

C’est pendant notre séjour de dix mois à la Santé que se produisit à Tours la scission du parti socialiste. On discutera longtemps sur elle. Loriot, a-t-on dit, en avait non seulement accueilli l’hypothèse mais proclamé la nécessité. Le grand crime ! Un parti politique est un organisme basé sur des opinions, ce n’est pas comme le syndicat un organisme basé sur le fait d’être ouvrier, quand dans un parti les opinions se heurtent aussi violemment et sur des questions aussi essentielles que la guerre et la révolution, ce parti est forcé de se briser. Le parti socialiste s’est brisé à Tours. Dans sa large majorité il a rallié la troisième internationale. Il l’aurait ralliée dans une plus large majorité encore si la cassure s’était faite non derrière Frossard et Cachin mais derrière Longuet et Paul Faure. Que serait-il resté autour de Renaudel ? Et même telle que la scission s’était faite, le parti communiste pouvait facilement devenir le grand parti de la classe ouvrière française. Sans la crise ouverte dans le parti russe et dans l’internationale communiste, en 1924, par la mort de Lénine, il le serait devenu probablement. Sans quelque autre chose aussi, les mœurs de cliques que le bolchevisme a étalées partout depuis 1914 pointaient déjà dans l’ombre avec Souvarine. Sans tout cela le parti communiste aurait eu un autre destin. Le parti socialiste pourrait aujourd’hui chercher ses éléments ouvriers.

Peu après son retour de Moscou, où il avait participé au troisième congrès de l’internationale communiste, Loriot fut obligé, par son état de santé, de se mettre en marge du mouvement pour un temps. Il ne devait reparaître qu’en 1925 pour combattre la « bolchévisation ». Au congrès de Clichy, il put mesurer ce qu’était devenu le parti qu’il avait tant contribué à créer. Gouralsky, le délégué de l’internationale, lui proposa, ainsi qu’à Dunois, le marché traditionnel, signez une déclaration désavouant Hoeglund, Monatte et Rosmer et vous rentrez en grâce. Loriot et Dunois l’envoyèrent promener sans ménagement. C’est encore à ce congrès de Clichy que Loriot entendit cette menace de Treint, « nous vous combattrons par tous les moyens ». Ce « par tous les moyens », Loriot ne l’avait jamais pu digérer, il le rappelait à chaque instant.

En 1926, il ne reprit pas sa carte du parti. Cependant, il continua encore à militer avec le groupe de « contre le courant ». Mais un jour se rend compte que l’opposition de parti n’avait pas moins tort que le parti. C’est alors qu’il écrivit ici ses deux articles sur les « problèmes de la révolution prolétarienne ». Il déclarait avec fermeté :

« L’expérience de ces dix dernières années permet aujourd’hui de mesurer l’erreur de la thèse russe sur le parti communiste et ses tâches historiques ». S’il est quelqu’un qui a eu confiance dans le parti, une confiance raisonnée, passionnée, c’est bien Loriot. L’expérience la lui a fait perdre. Sans faux amour-propre il l’a proclamé et s’est rallié au syndicalisme révolutionnaire.

Le coup de pied de l’âne

Ce ralliement a permis à Frossard de montrer un talent de philosophe qui n’a d’égal qu’un ingénu cynisme.

« Depuis des années, a-t-il écrit de Loriot, il n’était plus question de lui qu’au sein de ces petits groupes de doctrinaires immobiles, aigris par de rudes déceptions, et qui passent leur temps à se décerner des certificats de clairvoyance politique sans même s’apercevoir que la vie les a dépassés et les dédaigne. A ces foyers où vacille une flamme pauvre, Loriot était venu prendre place, las sans doute, épuisé physiquement et moralement. »

Frossard préfère les foyers où brille une flamme riche. Pas de crainte qu’il soit prisonnier de ses idées. Quelles idées ? Celles d’avant-hier, d’hier, d’aujourd’hui, de demain, d’après-demain ? Il est tout prêt à en afficher de nouvelles pour jouer un rôle. Pour être quoi ? Député de la Guadeloupe ? Pour enfiler la défroque de Briand ou celle de Laval ? Du moment que celui-ci a pu être président du conseil, pourquoi lui, Frossard, ne pourrait-il en espérer autant ? Ce malin pourrait bien se tromper. Les beaux temps pour les renégats du socialisme touchent à leur fin. La bourgeoisie a ses hommes et le socialisme aura les siens, qui ne seront pas les mêmes. La fidélité à des idées sera bientôt mieux portée. Les sans-idées pourront s’apercevoir que la vie fait mieux que les dépasser et les dédaigner, elle les force à se rouler dans le crottin de la piste du cirque et s’amuse de leurs grimaces.

Ce Loriot, « plus maître d’école qu’instituteur, sans calcul et sans malice, dont le rôle n’était point à sa taille », n’a pas couru après ce rôle pas plus pendant la guerre qu’après, il ne l’a disputé à personne, il l’a pris uniquement parce que personne d’autre ne le prenait, parce que sa droiture, sa conscience et sa fidélité à ses idées lui commandaient de le prendre malgré les dangers qui pouvaient en résulter, le poteau pendant la guerre, l’assassinat politique aujourd’hui, pour les révolutionnaires qui refusent de penser par ordre.

 


La bataille du rail, vers la fin de l’unité syndicale

Source : http://www.revolutionpermanente.fr/Bataille-du-Rail-Vers-la-fin-de-l-unite-syndicale


 

Entre les tergiversations des fédérations des cheminots de la Confédération Française Démocratique du Travail (CFDT) et de l'Union Nationale des Syndicats Autonomes (UNSA) et la bataille ouverte publiquement entre les fédérations des cheminots de la Confédération Générale du Travail (CGT) et du Syndicat Unitaire et Démocratique (SUD), l'intersyndicale de la Société Nationale des Chemins de Fer (SNCF) semble battre de l'aile. La faute, avant tout, aux intérêts d'appareil des différentes organisations syndicale et alors que la bataille du rail est loin d'être terminée.
 
Ces derniers jours, les divergences et les manœuvres des différentes composantes de l’intersyndicale historique à la SNCF sont de plus en plus visibles, ce qui fait les choux gras de la presse dominante. Symptôme important de cette fissure l’unité de façade, car il s’agit d’un secret de polichinelle que de dire que les différentes directions syndicales ont des points de vue différents sur la grève, la déclaration publique de la fédération des cheminots de la CFDT, appelant à suspendre la grève pour les Trains Express Régionaux (TER) et les Réseaux Express Régionaux (RER) lors des épreuves du baccalauréat, sur demande expresse d’Edouard Philippe. De son côté, la fédération des cheminots de l'UNSA s’est émue non pas de la manœuvre en elle-même, mais plutôt de la méthode. « Ils reprennent unilatéralement une proposition que nous avions mise sur la table de l’intersyndicale la semaine dernière et qu’ils avaient eux-mêmes rejetée. Ce ne sont pas des méthodes », s’est ainsi offusqué un représentant de la fédération des cheminots de l'UNSA, sans doute agacé d’être doublé par la CFDT, qui cherche à entrer dans les bonnes grâces d'Emmanuel Macron.
 
La bataille fait également rage entre la fédération des cheminots de la CGT et Sud Rail. En effet, SUD Rail n'a pas été convié, Mercredi 13 Juin 2018, à une réunion de l’interfédérale, sous le prétexte de la mise en place, au début du conflit, d’un préavis de grève distinct et d’un désaccord sur la question des négociations de la convention collective. Sud Rail, de son côté, a depuis le début défendu la nécessité d’une grève reconductible, sans pour autant mener vraiment la bataille jusqu’au bout. Récemment, de nombreuses assemblées générales se sont prononcés pour bouger le calendrier malgré une forte pression, même de la part des appareils, à l’unité. En réalité, ce qui transparaît de cette situation, c’est que la fédération des cheminots de la CGT cherche avant tout à éviter un tête-à-tête avec Sud Rail, alors que les fédérations des cheminots de la CFDT et de l’UNSA guettent le meilleur moment pour sortir du conflit. Quant à Sud Rail, le tournant à gauche, qui a pris la forme d’une interpellation publique, enfin, de la stratégie mise en œuvre, s’apparente à une volonté de se positionner pour capitaliser sur une partie de la colère qui s’exprime à la base contre cette stratégie de la défaite et sur les méthodes bureaucratiques pour l’imposer.
 
Ce qui est particulièrement frappant, au milieu de ces manœuvres multiples, c’est de voir à quel point la grève en elle-même et plus largement les intérêts des cheminots grévistes, syndiqués ou non, sont relégués au second plan. Le fait que, lors de la fameuse réunion interfédérale du Mercredi 13 Juin 2018, un dispositif massif des Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS) ait été déployé pour empêcher les cheminots grévistes syndiqués et non-syndiqués, sous l’impulsion de l'assemblée générale inter gares, d’interpeller les directions syndicales pour réaffirmer le retrait du pacte ferroviaire sans condition ni négociation et la mise en place d’un nouveau plan de bataille face à un gouvernement qui reste intransigeant, est en ce sens hautement significatif.
 
Pour les directions syndicales, les intérêts d’appareil priment sur les intérêts des cheminots. Et c’est bien cela qui non seulement explique l’acharnement à transformer les assemblées générales en simples meetings syndicaux, sans prise en main réelle de la lutte par la base, mais aussi qui, aujourd’hui, est en train de fissurer une unité qui n’était que de façade depuis le départ.
 
Quoi qu’il en soit, la réalité de la grève aujourd’hui est également le fait que les cheminots ne lâchent pas et qu'ils restent déterminés et nombreux en grève pour le retrait du pacte ferroviaire. Cela reste le principal caillou dans la chaussure de tous ceux qui voudraient siffler la fin de la partie.

 


Les fédérations des cheminots de la Confédération Générale du Travail (CGT), de la Confédération Française Démocratique du Travail (CFDT) et de l'Union Nationale des Syndicats Autonomes (UNSA), refusent de recevoir des cheminots grévistes venus rencontrer l'intersyndicale.

Source : http://www.revolutionpermanente.fr/Venus-rencontrer-l-intersyndicale-la-CGT-la-CFDT-l-Unsa-refusent-de-recevoir-des-cheminots


 

La fédération des cheminots de la CFDT, on s’y attendait, a décidé d’écouter les appels d’Elisabeth Borne, ministre des transports, à la suspension de la grève pendant les épreuves du baccalauréat. Quatrième organisation syndicale de la Société Nationale des Chemins de Fer (SNCF), la fédération des cheminots de la CFDT, représentée par Didier Aubert, se réunissait Mercredi 13 Juin 2018 dans les locaux du comité d'établissement de la SNCF, avec Laurent Brun, secrétaire national de la fédération des cheminots de la CGT, et Roger Dillenseger, secrétaire général de la fédération des cheminots de l'UNSA, dans une interfédérale à laquelle la fédération des cheminots du Syndicat Unitaire et Démocratique (SUD), troisième organisation de la SNCF, n’a été conviée seulement dans un second temps. Au pied de l’immeuble, deux cent cheminots grévistes, dont de nombreux syndiqués de la CGT, de la CGT Force Ouvrière, de SUD Rail et non syndiqués, venus rencontrer leurs représentants, ont été accueillis par les forces de l’ordre.
 
Après un tour au sénat, la réforme du pacte ferroviaire a été de nouveau validée par l'assemblée nationale, Mercredi 13 Juin 2018. Edouard Philippe et Elisabeth Borne, ministre des transports, qui gèrent le dossier au niveau du gouvernement, n’entendent rien à ce qui est désormais la grève des cheminots la plus massive depuis 1995. Elisabeth Borne l’a énoncé ainsi, « la réforme est votée. A quoi bon continuer la grève ». La fédération des cheminots de la CFDT a aussitôt entendu l’appel. Elle s’est déjà prononcée pour la reprise du travail la semaine des épreuves du baccalauréat qui se déroulent dans la semaine du Lundi 18 Juin au Vendredi 22 Juin 2018, accompagnant ainsi le discours culpabilisateur du gouvernement contre les cheminots, là où c’est le gouvernement qui s’entête en refusant de lever le pacte ferroviaire. De fait, la fédération des cheminots de la CFDT et son représentant Didier Aubert contreviennent déjà au calendrier de l’intersyndicale, mais ils n’en était pas moins conviés à la réunion intersyndicale à laquelle a également participé, Mercredi 13 Juin 2018, Laurent Brun, secrétaire national de la fédération des cheminots de la CGT, première organisation syndicale de la SNCF, et Roger Dillenseger, secrétaire général de la fédération des cheminots de l'UNSA, deuxième organisation syndicale de la SNCF, là où SUD Rail, troisième organisation syndicale de la SNCF, n’était conviée que Mercredi 13 Juin 2018 à partir de 16 heures. Au centre de la discussion, il y avait la question de la négociation de la convention collective pour la future Société Anonyme de la SNCF et des conditions de travail au rabais pour les cheminots.
 
Deux cent cheminots grévistes, de toute appartenance syndicale et majoritairement non syndiqués, après une journée d’action et de manifestation dans les différentes gares parisiennes, avaient décidé de venir les rencontrer. Pour ces cheminots de l'assemblée générale inter gares, il s’agissait d’interpeller les directions syndicales qui ne jouent pas le jeu. « Les organisations syndicales sont juste en train de parler de la convention collective. Une convention collective qui, depuis les ordonnances d'Emmanuel Macron, peut sauter en un rien de temps grâce aux accords d’entreprise », analyse Anasse Kazib, militant de SUD Rail, retenu avec la quasi-totalité des cheminots par un cordon de policiers des Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS), au pied de l’immeuble du comité d'établissement de la SNCF dans lequel se réunissaient les représentants syndicaux. « Cela fait trente jours que nous sommes en grève si nous ne comptons que la grève perlée. Nous nous battons pour faire retirer ce pacte. Nous ne nous battons pas pour des miettes », explique-t-il.
 
L’accueil qui leur a été réservé leur laisse un goût amer. A l’exception de quatre d’entre eux qui sont parvenus à entrer dans le bâtiment et à interpeller les trois dirigeants syndicaux de la CGT, de la CFDT et de l'UNSA, le reste des cheminots s'est retrouvé gazé puis nassé pendant plus d’une heure par un cordon de CRS.
 
Seul Bruno Poncet du bureau fédéral SUD Rail, qui n’a été convié que Mercredi 13 Juin 2018 à partir de 16 heures, est venu saluer les grévistes, « le mandat des cheminots que nous avons eu, c’est le retrait du pacte ferroviaire. Ce retrait a été voté par quatre-vingt quatorze pour cent des personnels de la SNCF, y compris des cadres. C’est cela que nous défendons et les conditions de travail de nos collègues qui meurent dans des accidents ou qui se tuent de la souffrance au travail », faisant référence au cheminot Edouard qui a mis fin à ses jours dans la gare Saint-Lazare où il travaillait et aux cinquante-quatre cheminots qui se sont suicidés cette année.
 
Parmi les quatre qui sont parvenus à entrer, Xavier, cheminot gréviste, donne un bref compte-rendu de la discussion qu’ils ont eu avec les représentants. « Nous ne sommes pas tombés sur un super comité d’accueil », raconte-t-il au mégaphone et devant la presse, « ils nous ont méprisés et ils ne laisseront monter personne ». Sur la question du calendrier de la grève, Laurent Brun est resté intraitable. « Aucune remise en question, ils ne reviennent pas sur le calendrier et ils assurent que c’est parce que les cheminots n’étaient pas prêts à se mobiliser et à faire grève et que nous aurions déjà repris le travail si nous nous étions mis d’office en grève reconductible ». Dans la foule, un cheminot s’insurge, « nous serions au travail parce que nous aurions gagné ».
 
Mais ce qui marque le plus auprès des cheminots, c’est la non-prise en compte des motions des assemblées générales qui sont remontées auprès des fédérations et qui demandent un changement de calendrier pour pouvoir durcir le mouvement. « Ils assurent qu’ils n’ont reçu que trois ou quatre motions des assemblées générales » et il conclut en disant que « nous ne nous faisions pas beaucoup d’illusions, mais maintenant nous avons la certitude qu’entre discuter avec des cheminots et discuter avec Edouard Philippe et Elisabeth Borne, ils ont choisi leur camp », y compris du côté de Laurent Brun et de la fédération des cheminots de la CGT.

 


L'assemblée...

L’Espace Citoyen du Val d’Yerres tient une réunion sur les services publics, par Robert Duguet

Un camarade cheminot de Villeneuve Saint Georges intervenant...



Le samedi 8 juin à Yerres l’Espace Citoyen du Val d’Yerres tenait une réunion sur le thème des services publics en présence de 45 citoyens et militants. Dans notre vie militante, notamment celle de la génération d’après la grève générale de 1968, nous ne comptons plus le nombre de fois que nous sommes descendus dans la rue pour défendre les services publics. Les attaques étaient en général ciblées sur tel ou tel secteur…

Le problème pour l’ Espace Citoyen du Val d’Yerres, association qui intègre dans l’article 1 de ses statuts le point suivant -   « libérer la société de l’impasse dans laquelle l’a plongée le capitalisme… »- c’est bien de partir de cette volonté d’alimenter la discussion pour une alternative politique. Dans les semaines que nous vivons, marquées par une offensive tout azimuth du gouvernement Macron-Philippe-Collomb contre toutes nos conquêtes, il nous a semblé important d’alimenter la réflexion sur les services publics.

Tout d’abord la question d’où viennent-ils ?

Les services publics dits « à la française » se construisent à partir d’une offensive des forces du travail en 1945 contre une bourgeoisie qui, à 90% avait pactisé avec le régime collaborationniste de Pétain. « Plutôt Hitler que le Front populaire ! » Le magnifique film de Raoul Peck « le Jeune Marx », que nous avons visionné dans une réunion politique commune précédemment, met bien en lumière que le Capital n’est pas autre chose qu’un rapport social : toute l’histoire de la société bourgeoise depuis la naissance du capitalisme est déterminé par ce rapport antagonique du capital et du travail. L’extension des services publics, bien entendu certains existaient antérieurement, notamment dans l’application du programme républicain sous la IIIème république, est liée à une situation où les forces du travail étaient à l’offensive après la victoire contre le fascisme. Le programme du CNR (Conseil National de la Résistance) en a déterminé les points fondamentaux tout en limitant l’extension des Communs : si l’appropriation sociale des grands moyens de production a été suggérée dans le programme, la composition du CNR et la politique du gouvernement d’union nationale de Charles De Gaulle après l’effondrement du fascisme, va limiter les aspirations révolutionnaires à la nationalisations des grandes entreprises qui ont directement collaborer avec la machine de guerre nazie. Pas question de toucher à la nature de la propriété capitaliste.

La question de l’origine historique induit celle de leur avenir.

Pour l’union européenne et le MEDEF aujourd’hui, pour le néo-libéralisme qui organise une véritable prison des peuples, les services publics dits « à la française » sont une verrue qu’il faut extirper. Tout doit être soumis à la dite « concurrence libre et non faussée » définie depuis le traité de Maastricht. C’est ainsi que la libre concurrence au niveau du rail – dont on a vu les effets produits en Grande Bretagne – a pris pour cible le statut des cheminots. Rappelons que la SNCF a été crée en 1937 parce que les sociétés privées étaient incapables de répondre aux besoins de la population qui les utilisaient.
Les intervenants de notre réunion se sont donc inscrits dans cette discussion en apportant leurs propres interrogations dans le secteur qui est le leur. Dans la santé où la logique de la privatisation asphyxie l’hôpital public et empêche ce dernier de remplir ses missions. Dans l’école publique où les suppressions de poste, la baisse de qualification dans la formation des maîtres, la menace sur leurs statuts s’amplifient : dans cette destruction du service public d’éducation, le capital met en place des initiatives pour investir ce secteur comme un marché. Dans la justice où tout en ne donnant plus les moyens de fonctionner, on se dirige vers une judiciarisation de la vie publique à l’américaine. Dans le domaine du logement social où la politique en direction des offices HLM menace leur propre existence au profit du privé… Pour ne citer que ces quelques résumés d’intervention.

L’ensemble de cette politique déconstruit un modèle de civilisation : la question n’est pas comment demander à ce gouvernement de renoncer à ce qu’il applique – comme si Macron pouvait écouter nos revendications et y répondre – mais quelle société pourra préserver nos Communs.

Si après la manifestation du 26 mai bien des incertitudes planent quant à l’alternative opposer à Macron et au monde qu’il nous construit tout en détruisant la civilisation, la question posée reste bien celle-là. Nul doute que c’est à cela qu’il nous faut continuer à travailler.

 


 7 juin 2018 : les grèvistes du Rouvray bloquent le pont Mathilde à Rouen.

Sur la grève victorieuse de l’hôpital du Rouvray, par Arguments pour la Lutte sociale

Source : Arguments pour la lutte sociale, https://aplutsoc.wordpress.com/2018/06/12/sur-la-greve-victorieuse-de-lhopital-du-rouvray/


Le vendredi 8 juin, à l'hôpital du Rouvray, près de Rouen, un des trois plus grands hôpitaux psychiatriques de France, après un vote unanime de la plus forte assemblée du personnel depuis le début de la grève, la signature de la Directrice de l’Agence Régionale de Santé (ARS) a été obtenue sur un protocole de fin de conflit.

L’ARS s’engage à :

La plupart des médias ont titré sur la grève de la faim. Engagée par huit des grévistes, pendant 17 jours, dans le but d'attirer l'attention sur la mobilisation du personnel, la grève de la faim a largement entraîné les effets médiatiques escomptés. Certains médias se sont plus à souligner que "d’ordinaire, les professionnels de santé rechignent à ce type d’actions qui entrent en opposition avec leur éthique", d'autres agitant le taux de glycémie et l'état critique des grévistes de la faim. Quoiqu'on pense de cette forme d'action, on peut être sûr que la détermination des huit grévistes de la faim est née du mépris manifeste, de l 'ARS et du ministère Buzyn, persistant à ignorer la grève et les mobilisations du personnel du Rouvray après les quatre premières semaines de conflit. De notre point de vue, si le sensationnel doit l'emporter c'est, qu'outre la grève de la faim, les formes prises par la mobilisation du personnel de l’hôpital, intègrent de manière exceptionnelle tous les ingrédients d'une mobilisation réussie. Et ce jusqu'à la victoire de leurs revendications.

L'unité syndicale sur la revendication de 52 emplois n'allait pas de soi, c’est un résultat majeur qui a été obtenu au fil des mobilisations du personnel. Dans la grève, cette mobilisation a largement dépassé l'influence habituelle des organisations syndicales et s'est dotée de son comité de grève associant, avec elles, l'ensemble des grévistes à l'organisation de la grève. Comité de grève signant avec les quatre organisations syndicales de l'hôpital les appels et les comptes rendus des assemblées générales. Deux assemblées générales par jour rassemblaient plusieurs centaines de salariés : le matin celle du personnel décidait de la conduite de la grève et des négociations, l'après-midi une AG ouverte aux comité de soutien, et aux médias, faisait le point sur l'actualité de la lutte et organisait les solidarités et la communication.

La solidarité des syndicats et des salariés de tous les secteurs, en particulier des cheminots, a été très importante. Après une importante manifestation le lundi 4 juin dans Rouen, le jeudi 7 juin, les grévistes et les cheminots manifestent sur le boulevard industriel et le pont Mathilde, tôt le matin, bloquant la circulation routière en ville, les grévistes font ensuite le siège de l’Agence Régionale de Santé.

Le même jour en fin d’après-midi, les négociations commencent sérieusement. Les salariés réunis en assemblée générale tiennent au mode de fonctionnement démocratique qu'ils ont établi: « les décisions seront prises par l’assemblée générale au fur et à mesure de la négociation ». L'assemblée générale a déjà repoussé les propositions de la directrice de l’ARS, mardi. Elle avait annoncé 40 postes dont 10 pour les adolescents, 10 postes pour les détenus, qui n'étaient que des transferts d'emplois. Le lendemain, les salariés avaient été exaspérés par sa déclaration : « On ne peut pas négocier avec des gens qui n’en ont pas envie », avait déclaré la directrice. Les salariés ont, jusqu'à la victoire, contrôlé leur mouvement et les négociations. Cet exemple de démocratie et d'organisation, garanties d'une unité syndicale solide, peut se développer avec succès dans les hôpitaux publics, dans les EHPAD, partout où la politique d'austérité prétend supprimer des emplois, supprimer des lits, détruire la santé publique de proximité.

Le ministère de la santé, l'Agence régionale de la santé ont cédé sur les emplois : au Rouvray une brèche s'est ouverte. Et cela n'est pas dû à une hésitation du ministère de la santé sur le bien-fondé de sa politique en psychiatrie publique. C'est le domaine où depuis dix ans les gouvernements successifs ont supprimé le plus d'effectif. Cette victoire montre comment se construit un rapport de forces, comment se construit la solidarité interprofessionnelle sur une région, quelle est son efficacité quand elle est organisée ensemble par les grévistes, leur comité de grève, leur intersyndicale, leurs comités de soutien.

Les cheminots ont aidé les grévistes de l'hôpital, mais quelle meilleure aide apporter aux cheminots que des luttes victorieuses comme celle des salariés du Rouvray ?

 


Des dizaines de milliers de personnes ont formé une chaîne humaine de plus de 200 kilomètres dimanche au Pays basque espagnol, par Lavangardia

Source : http://www.lavanguardia.com/politica/20180609/444242873120/cadena-humana-derecho-decidir-euskadi.html


Commentaire :  Ils ont manifesté leur volonté pour le droit de voter sur l’indépendance de leur région. Beaucoup ne sont pas favorables à l’indépendance. Mais ils pensent que la population devrait avoir le droit de s’exprimer sur le sujet. (RD)


 

Plus de 100 000 personnes se sont déjà inscrites pour participer à la mobilisation qui se tiendra ce dimanche par le mouvement citoyen Gure Esku Dago pour défendre le droit de décider, avec lequel cette plateforme espère relier Bilbao, Vitoria et San Sebastian à travers une chaîne humaine.
Les porte-parole de Gure Esku Dago ont fait de ce samedi à Vitoria un nouvel appel à la participation des citoyens à la chaîne humaine convoquée pour ce dimanche, auquel participeront des personnalités éminentes telles que le PNV, EH Bildu, le CUP et ERC .

La mobilisation réunira Saint-Sébastien, Bilbao et Vitoria

Gure Esku Dado a de nouveau revendiqué le droit de décider et a souligné qu'il y a des "milliers et des milliers" de citoyens qui veulent être "souverains". La plate-forme a rappelé que ce dimanche annoncera le «Pacte citoyen», dans lequel 2.019 raisons sont recueillies pour réclamer la reconnaissance du droit de décider.

Jusqu'à présent, plus de 100 000 personnes se sont inscrites pour participer à la chaîne humaine avec laquelle Gure Esku Dago espère connecter les trois capitales d'Euskadi, dans lesquelles cette plate-forme se veut une "mobilisation sans précédent".

Les 122 kilomètres seront consacrés à la question catalane

De ce collectif, les citoyens ont été invités à «remplir les rues» pour défendre le droit de décider. La plateforme a annoncé que, outre l'organisation de cette mobilisation, elle essaiera de promouvoir un «pacte de pays» en faveur de la souveraineté.

La question catalane sera très présente dans cette initiative et le député d'Esquerra Republicana de Catalunya (ERC), Gabriel Rufián, sera dans le premier kilomètre de la chaîne, qui commencera à San Sebastian. Mireia Bayona de la CUP participera également.

Il y aura des représentants de l'ERC et de la CUP

En outre, la section correspondant au kilomètre 122, située dans le centre de Bilbao, sera consacrée à la Catalogne sous le nom de «Kilómetro solidario avec le peuple catalan et ses prisonniers et exilés politiques». À ce stade, il y aura des représentants de Òmnium Cultural et de l'Assemblée nationale catalane (ANC).

 


Une communauté en mouvement, Manifeste pour Madrid

Source : https://manifiestopormadrid.info/el-manifiesto/


 

Sept ans après le mouvement du 15 mai 2011, nous assistons à une réactivation de la mobilisation sociale. Le mouvement féministe a soulevé une vague de protestation transversale, avec une grande capacité pour mettre en question l'ordre économique en désignant comme principal problème de notre temps le conflit entre le capitalisme et la reproduction et la durabilité de la vie. Le féminisme n'est pas seul, les retraités, les travailleurs précaires ou les locataires du droit au logement mettent en évidence des lignes de conflit qui élargissent cette mobilisation.

Aucun des éléments importants qui ont provoqué la crise politique n'a trouvé de solution. La situation économique, malgré les discours triomphalistes qui parlent de reprise, reste ancrée dans le scénario ouvert par le krach financier.

Les niveaux de vie antérieurs à la crise n'ont pas été restaurés et on ne peut parler d'un horizon de stabilisation continue ou de bien-être pour la majorité sociale. Par conséquent, nous ne croyons pas ceux qui disent que nous devons rabaisser nos discours, ainsi que nos espoirs et nos paris pour le changement, parce que le climat serait différent.

Sortir de la crise signifierait que la précarité et que l'appauvrissement de la majorité de la population seraient normalisés. C'est un fait qui peut être vu dans les quartiers, dans les villages, dans les familles ou sur les lieux de travail. Les migrants, les femmes, les travailleurs, les personnes et les familles expulsées et les étudiants le savent. Les discours de la politique officielle continuent de s'opposer à la réalité.

Depuis l’émergence des partis et des candidatures municipalistes dans le cadre du cycle ouvert par le mouvement du 15 mai 2011 et l'écosystème des marées et des luttes contre les coupes budgétaires, nous avons assisté à un processus rapide d'institutionnalisation de la nouvelle politique. Cela a impliqué l'absorption des langues et des formes de la politique traditionnelle. En très peu de temps, nous sommes passés de « nous venons changer les institutions » à l’adoption du style modéré de responsabilité institutionnelle caractéristique de la gauche du bipartisme.

Il est évident qu'il y a un certain désenchantement, une forte baisse de la participation dans les espaces de la nouvelle politique, qui contraste avec la montée de nouvelles mobilisations. C’est le retour des votes de forme routinière et sans illusion. Cependant, les préoccupations des gens ont encore beaucoup à voir avec la crise du régime que le mouvement du 15 mai 2011 a mis au premier plan. Selon le dernier sondage du Centre d’Investigations Sociologiques (CIS), ce qui inquiète le plus la population après le chômage est la corruption des partis et des politiciens.

Cependant, pouvons-nous parler de défaite ? Rien de ce qui s'est passé n'a diminué nos possibilités ou fermé la situation pour toujours. Nous regardons autour de nous et nous voyons qu'il y a des forces pour continuer à essayer. Mais pour cela, nous devons générer un espace aussi large et varié que possible.

Il est clair que l'adversaire n'est pas seulement le Parti Populaire. Ciudadanos est une formation de droite sans complexes ni limites. Ciudadanos menace de nous conduire vers une nouvelle politique de droite. La formation orange n'a aucun scrupule à stimuler le ressentiment dans les quartiers avec des formes lepénistes et un programme néo libéral sans limite. C'est là que réside le véritable danger, atomiser la société, l'appauvrir, restreindre les libertés et agir pour une sortie autoritaire et antidémocratique de la crise. Il faut une alternative solide et plurielle contre la forte offensive en cours.

Un pari pour Madrid

Madrid est un laboratoire fondamental. La décomposition du bipartisme peut être le début de l'avancée inexorable de Ciudadanos ou le début de quelque chose de nouveau si nous sommes capables de construire une force plurielle, démocratique et radicalement transformatrice. C'est pourquoi nous pensons que nous devons nous unir. Il est nécessaire de construire l'unité populaire, une véritable confluence citoyenne par en bas, en essayant de fédérer différentes propositions, en respectant l'autonomie des parties mais en cherchant des points communs.

Cette proposition est, ni plus ni moins, ce qui a fonctionné à Ahora Madrid pour remporter la mairie, rassemblant les mesures programmatiques de la société organisée et garantissant des mécanismes pour que les décisions collectives soient appliquées. Des élections primaires ouvertes, proportionnelles et démocratiques sont fondamentales pour cette unité, pour ouvrir les portes des candidatures au peuple de Madrid et pour aller au-delà du monopole des partis sur la politique. Nous considérons qu'il s'agit d'une méthode qui peut être appliquée dans la communauté de Madrid et dans de nombreuses municipalités.

Nous avons une année pour y arriver. Une nouvelle vague de mouvement traverse la péninsule, la grève des femmes, la mobilisation des retraités, la nouvelle émergence du mouvement des sans-papiers, la vitalité du mouvement pour le droit au logement et son extension aux luttes des locataires et les nouveaux conflits du travail. Quelque chose de nouveau qui vient d’en bas. Une vague qui peut nous emmener loin. Partir de cette impulsion est fondamental pour reprendre la force qui nous a permis de prendre les institutions à partir de 2014 avec une proposition de changement radical. Nous sommes venus pour tout changer, nous ne sommes pas venus pour devenir un paysage de fond et des partenaires progressistes de pactes sans espoir.

Commençons à travailler à partir de tous les espaces possibles dans cette direction.

 


Le Reichsprotektor Reinhard Heydrich

10 Juin 1942 Lidice, symbole tchèque de la barbarie nazie, par Karel Kostal


Dimanche 10 juin 2018.


Source : http://www.gauchemip.org/spip.php?article18103


 

Le Reichsprotektor Reinhard Heydrich arrive à Prague en septembre 1941. Pour s’emparer au bénéfice du Troisième Reich de la production tchèque d’armement, qui représentait un tiers du total de la production occupée. En l’espace de quelques semaines, 400 personnes sont exécutées et plusieurs milliers de personnes déportées. Le 27 mai 1942, deux résistants envoyés par Londres, Jan Kubis, et Jozef Gabcik, un Tchèque et un Slovaque, ont attaqué et mortellement blessé Heydrich dans sa limousine, portant le numéro 3.

L’état d’urgence et un couvre-feu sont proclamés. « Tous ceux qui aideraient matériellement ou moralement les terroristes, tous ceux qui dissimuleraient des informations susceptibles de retrouver les assassins seraient exécutés avec leur famille. » Les « affiches rouges » annonçant des exécutions, nom, prénom, adresse, envahissent les villes. Le 10 juin, le commandement des SS ordonne la « destruction totale » ( terme de prédilection de la propagande nazie ) du village de Lidice, situé à 30 km de Prague. Les SS abattent 193 hommes et 7 femmes, 203 femmes sont déportées à Ravensbruck. Des 105 enfants, quelques-uns sont « jugés racialement aptes à la germanisation », et remis à des familles SS, les autres envoyés dans des camps. Seuls 153 femmes et 17 enfants reviennent après la guerre.

Kubis, Gabcik et cinq autres parachutistes furent attaqués par un détachement SS de 800 hommes, dans une église à Prague, où ils se cachaient. A l’issue de la bataille, ils se suicidèrent avec leurs dernières cartouches.

La presse nazie annonce : « Prague est une ville allemande et les Tchèques n’ont rien à y faire. » « La VI° armée de Paulus encercle Kharkov et fait 200 000 prisonniers. » « La route du Caucase est ouverte. » Pour nos parents, la fin du monde est proche.

Le village fut rasé, « effacé de la surface de la terre », encore une expression favorite de la propagande nazie. Mais il ne fut pas effacé de la mémoire des hommes. Il fut entièrement reconstruit après la Libération. Le Conseil général présente aujourd’hui aux touristes étrangers « le site de Lidice, l’Oradour-sur-Glane tchèque , deux ans avant Oradour », très simplement.

Le village de Lidice est jumelé avec Coventry, cette ville anglaise détruite par l’aviation nazie, dans la nuit du 14 au 15 novembre 1940. Le raid, qui a fait 568 morts, a été baptisé l’Opération Mondscheinsonate , « Sonate au clair de Lune », en référence à Beethoven. Les nazis étaient très esthètes. Reinhard Heydrich aimait à jouer le concerto pour violon du « juif Mendelssohn », après avoir signé les condamnations à mort.

 


PCF, être ou ne pas être ? par Robert Duguet


Au moment où le PCF prépare son congrès, Pierre Laurent vient de déclarer :

«  Nous sommes de toutes les mobilisations sociales ! Nous jouons un rôle sur le terrain, dans la proximité. Mais nous voulons revenir dans le jeu du débat national dont nous avons été effacés par l'élection présidentielle. Nous croyons à la modernité de l'idée communiste. Notre rôle est d'éveiller les consciences, de donner confiance quant à la possibilité de combattre ce pouvoir… »

C’est vrai ! On le constate ! Dans le Val d'Yerres, par exemple, les militants du PCF participent pleinement à la construction de l'Espace Citoyen... rassemblement de ceux et celles qui veulent construire une alternative politique de gauche à Macron...

Puis il ajoute à propos des élections européennes à venir:

« Il y a un grand espace possible pour une liste de combat contre les logiques libérales actuelles et les dérives populistes que l'on peut voir en Italie. Il y a de la place pour une liste de gauche qui porte les exigences du progrès social. Cette liste peut rassembler les autres forces de gauche. Nous n'attendrons pas les réponses des uns et des autres, mais nous sommes disponibles pour engager cette construction… 

…Nous avons désigné Ian Brossat, jeune maire adjoint de la ville de Paris, comme chef de file des communistes. Il mènera le travail de construction de cette liste avec les députés européens Patrick Le Hyaric et Marie-Pierre Vieu. »

Investi sur ce mandat du PCF, Ian Brossat se prononce dans L’Humanité (5 juin) pour « rompre avec les traités actuels », mais rejette toute « sortie de l’Union européenne ».

Problème: l’Union Européenne n’est rien d’autre qu’un ensemble d’institutions fondées sur les traités, particulièrement depuis Maastricht. Sur la question brûlante de la remise en cause du statut des cheminots, c’est elle qui dicte sa volonté à Macron. C’est elle qui impose l’ouverture à la concurrence et la liquidation des services publics, aujourd’hui la SNCF, demain la sécurité sociale et les retraites. Rompre avec les traités signifie rompre avec l’Union européenne elle-même, d’autant que le prétendu « parlement » européen, n’a aucun pouvoir sur l’exécutif  ; ou bien ne pas rompre et, de fait, appliquer les traités. Ou bien rompre et ouvrir la voie d’une construction indépendante contre le capitalisme…

Car la renaissance du mouvement communiste, qui ne concerne pas seulement le seul PCF, mais toutes les forces qui veulent vraiment s’opposer au saccage actuel et à la destruction de ce qui reste du programme du CNR, est à ce prix.

Les conditions de l’unité, c’est la rupture avec l’Union Européenne.

Rappel:

Services publics : une société plus juste, une chance pour tous

Débat à l’initiative de l’Espace Citoyen du Val d’ Yerres :

Le samedi 9 juin 2018, Ecole Saint-Exupéry – Yerres, à partir de 14H30

 


 

Communiqué de la deuxième Coordination Nationale Lycéenne (CNL) d’Ivry sur Seine

Source : https://tendanceclaire.org/contenu/autre/communique___odt-3.pdf

Ils sont bien nos petits jeunes et ils ont quelques leçons à donner aux grands syndicalistes...

"...Nous soutenons l’initiative de l'assemblée inter gares de Paris Nord, qui utilise la méthode de l’auto-organisation et qui dépasse les directions syndicales par la gauche. Nous serons avec les cheminots pour nous réapproprier notre grève, contre les directions syndicales du mouvement ouvrier qui se sont bureaucratisées et qui, au lieu de se battre à nos côtés, jouent l’intermédiaire entre nous et notre ennemi de classe, par le dialogue social. Elles empêchent la convergence des luttes et elles conservent un corporatisme inacceptable à ce stade de la lutte. Créons des comités de grèves et des assemblées générales inter-sectorielles partout, qui réuniront tous les secteurs en lutte, cheminots, lycéens, étudiants, postiers et tous les autres." (Extrait de la résolution)


Après la première CNL de ce mouvement qui s’est tenue Samedi 5 Mai et Dimanche 6 Mai 2018 à Bordeaux, nous nous sommes retrouvés à Ivry sur Seine, Samedi 26 Mai et Dimanche 27 Mai 2018. Étaient représentées les villes de Bordeaux, Périgueux, Auch, Paris, Montreuil, Villeneuve-le-Roi, Fontenay, Ivry, Metz, Toulouse et Nîmes. Le premier constat de Parcoursup est partout le même, un désastre, confirmé par les témoignages envoyés en masse sur le hashtag et à la page Parcoursupercherie créés par la coordination. Alors que la ministre Frédérique Vidal promettait à tous les lycéens une place dans une formation, nous avons pu se rendre compte que la réalité était toute autre. Il n’y a que six cent mille places dans les formations pour huit cent mille demandes. Les listes d’attente s’éternisent et les bugs se multiplient. La ministre Frédérique Vidal ne cesse de mettre en avant la supposée transparence de Parcoursup dans sa communication. Nous, lycéens surpris des résultats de Parcoursup, exigeons que ses paroles prennent acte avec la publication des algorithmes locaux.

Nous pouvons voir dans certaines banlieues des classes entières sans affectation. Les quartiers populaires sont les premiers visés par la sélection. Les perspectives de la mobilisation lycéenne sont posées, politiser la colère naissante dans les innombrables réponses négatives et en attente adressées aux lycéens et faire de tous les déçus des révoltés.

La lutte contre Parcoursup et la loi relative à l'Orientation et à la Réussite des Etudiants (ORE) à l’université doit converger avec celle des cheminots, en grève depuis le 3 avril 2018, car leur combat, central de par la puissance mobilisatrice de ce secteur, est identique au nôtre face à Emmanuel Macron qui attaque tous les secteurs du service public en même temps. Les postiers, les grévistes des catacombes et les travailleurs précaires sont eux aussi dans le mouvement, bien que leurs luttes soient moins médiatisées. Nous sommes aussi avec les professeurs de l'enseignement secondaire et supérieur qui mènent de leur côté un combat institutionnel contre la sélection, démissions et refus d’application de la loi.

Nous soutenons l’initiative de l'assemblée inter gares de Paris Nord, qui utilise la méthode de l’auto-organisation et qui dépasse les directions syndicales par la gauche. Nous serons avec les cheminots pour nous réapproprier notre grève, contre les directions syndicales du mouvement ouvrier qui se sont bureaucratisées et qui, au lieu de se battre à nos côtés, jouent l’intermédiaire entre nous et notre ennemi de classe, par le dialogue social. Elles empêchent la convergence des luttes et elles conservent un corporatisme inacceptable à ce stade de la lutte. Créons des comités de grèves et des assemblées générales inter-sectorielles partout, qui réuniront tous les secteurs en lutte, cheminots, lycéens, étudiants, postiers et tous les autres.

Enfin, face au même Emmanuel Macron, nous devons avoir le même combat. C'est ainsi que non seulement nous condamnons la répression intérieure dans le pays, que ce soit les violences policières contre les mobilisations actuelles, avec dernièrement l’interpellation de cent et un lycéens qui ont occupé le lycée François Arago par exemple, ou encore la politique nationaliste menée par Gérard Collomb avec la loi asile-immigration, mais nous condamnons également l’intervention militaire française en Syrie et le soutien du gouvernement à l'état d’Israël. Emmanuel Macron rencontre prochainement Benyamin Netanyahou, premier ministre d’Israël, comme si de rien n’était. Nous condamnons les actes de l'état israélien, envahisseur et colonialiste, soutenus par le gouvernement français qui s’inscrit dans la même dynamique en défendant ses intérêts économiques en bombardant des civils autour du globe.

Nous appelons à manifester suite à l’appel des organisations de jeunesse, Jeudi 31 Mai 2018 et Jeudi 7 Juin 2018, avec les cheminots et tous les autres secteurs en lutte. La prochaine CNL aura lieu à Toulouse, Samedi 9 Juin et Dimanche 10 Juin 2018 et nous invitons d’ores et déjà les villes mobilisées à nous contacter pour l’organisation. Pour nous comme pour tous les autres secteurs en lutte, notre réponse face aux attaques néolibérales doit être collective et déterminée.

 


Chute de Rajoy, gouvernement Sanchez en Espagne, Arguments pour la Lutte Sociale

Source : APLUTSOC, https://aplutsoc.wordpress.com/author/aplutsoc/

05 juin 2018


Rajoy est tombé de la corruption qui ronge son régime et son parti. Il est tombé aussi de n'avoir pu vaincre le mouvement démocratique et national des Catalans.

Quoi de plus amusant et irritant en même temps que ce concert journalistique sur la "coalition hétéroclite" qui aux Cortés a finalement bien été obligée de renverse Rajoy ? Qu'on en juge : le PSOE, Podemos, la Gauche unie (autour du PCE), le PNV basque jusque-là allié à Rajoy, et les députés du PDCat et de l'ERC catalans. Hétéroclite ?

Profondément logique en tous cas : les partis issus du mouvement ouvrier ou prétendant le remplacer (dans le cas de Podemos) et les partis nationaux basques et catalans ont dû s'unir pour renverser Rajoy. Si ces formations politiques respectaient leurs bases, sociales et nationales, ils se seraient unis pour cela depuis longtemps. Leur coalition n'apparaît "hétéroclite" que parce qu'ils y ont été contraints par une logique d'airain, celle de la crise de la monarchie post-franquiste.

Le gouvernement Sanchez va maintenant s'efforcer de protéger celle-ci. Mais l'aspiration au nettoyage de l’œuvre de Rajoy et de ce qu'il représente s'étend à toutes ses lois antisociales comme à sa répression antidémocratique notamment en Catalogne. Au lieu de protéger le régime, c'est sur les aspirations sociales et démocratiques qu'il faut miser, au lieu de permettre à Ciudadanos de restructurer un parti capitaliste offensif en Espagne. Ne pas leur en laisser le temps exige l'offensive, dans tout l’État espagnol, pour l'abrogation des lois anti-ouvrières et des oukazes anti-démocratiques de ces dernières années, ce qui conduit au renversement du régime monarchique post-franquiste.


Mobilisation autour de l’arrivée des migrants en Essonne, par Essonne Info

Source: https://www.essonneinfo.fr/91-essonne-info/122332/mobilisation-autour-de-larrivee-migrants-essonne


 

En Essonne, les habitants de Morsang-sur-Orge et de Sainte Geneviève des Bois s’organisent pour accueillir les migrants dans les meilleures conditions. Un appel à la mobilisation générale a été lancé sur les réseaux sociaux.
 
Lundi 4 Juin 2018 vers 9 heures 30, soixante-huit migrants ont rejoint le gymnase Auguste Delaune de Morsang sur Orge. Ils sont venus s’ajouter aux vingt-quatre migrants déjà présents depuis Vendredi Premier Juin 2018 suite à l’évacuation du campement parisien du Millénaire à la Porte d’Aubervilliers. « Il n’y en n’aura pas plus », assure Max, de l’association Habitat et Humanisme, avant de poursuivre, « Sainte-Geneviève-des-Bois en a accueilli à peu près autant. Tout va bien y compris avec les riverains et nous commençons les cours de français Mardi 5 Juin 2018 ».
 
Élu à Morsang-sur-Orge, artiste bénévole et engagé dans des causes humanitaires, Gaëtan Ziga a lancé, dès le lendemain de l’arrivée des migrants sur le département, un appel aux dons via Facebook, l’objectif étant de mettre à disposition de ces nouveaux arrivants le matériel nécessaire à leur installation, tables de jardin, serviettes de bain et gels de douches. Pour tous les dons, vous pouvez les déposer au gymnase Auguste Delaune, Allée des Pervenches à Morsang sur Orge. « Il faut être à l’écoute, échanger avec eux et leur apporter un peu de vie humaine. Chacun doit donner de son temps. Nous sommes une terre d’accueil et nous devons le rester », a-t-il précisé Lundi 4 Juin 2018 alors que le nouveau préfet Jean-Baptiste Albertini s’était lui aussi rendu Vendredi Premier Juin 2018 à Morsang sur Orge.
 
A l’occasion d’une réunion publique d’information proposée par la maire de Morsang-sur-Orge, le préfet de l’Essonne en avait en effet profité pour prononcer quelques mots au sujet de l’hébergement des personnes migrantes. « Le gymnase est un dispositif d’accueil, de prise en charge et d’orientation. Derrière le gymnase, il y a un dispositif qui est mis en place pour les orienter vers autre chose. Mais le temps de cette orientation, nous avons besoin de ces structures temporaires ». Les migrants resteront sur place jusqu’au Lundi 18 Juin 2018 avant d’être redirigés vers des structures adéquates à leur situation.

 


Le chanteur poète Marc Ogeret (1932- 2018)  nous a quitté… par Robert Duguet


Il n’aura pas de funérailles nationales, il payait ses impôts… Il y aura seulement sur son cercueil les œillets rouges symboles de sa fidélité à la Commune de Paris. Côté médias aux ordres, le service minimum : il chantait la révolution, les chants du mouvement ouvrier et surtout les poètes : il Interprètera Aragon mais aussi Jean Genet, Pierre Seghers, Luc Bérimont et Aristide Bruant. Le show biz n’aime pas ça ! Il fait partie de ces poètes-chanteurs, venu au succès, dans une époque de cabaret rive-gauche, où cela était encore possible.

Marc Ogeret naît à Paris en 1932. Son père travaille au service santé du ministère de la Guerre et sa mère est couturière. Il suit sa scolarité aux lycées Montaigne et Louis Le Grand. À 17 ans, il abandonne ses études et devient apprenti dans une fonderie. Puis il travaille chez IBM et chez Renault. Poussé par une bande d’amis qui montent une troupe de comédiens, il abandonne son poste. En 1950, il entre au Centre dramatique de la rue Blanche. Il y reste trois ans tout en faisant la manche avec sa guitare aux terrasses des cafés. Il interprète Léo Ferré, Félix Leclerc et Jacques Douai. Pierre Prévert le remarque et lui donne sa chance. Il le fait passer en 1956 dans son cabaret La Fontaine des Quatre Saisons, dans le programme de Philippe Clay. En 1957, Marc Ogeret chante chez Agnès Capri. Il devient l’un des interprètes majeurs de la chanson poétique. Il consacre ses premiers enregistrements à partir de 1960 aux poètes Marc Alyn, Pierre Seghers, Louis Aragon, Luc Bérimont, André Salmon, Paul Gilson… En 1962, il reçoit Le Grand Prix de l’Académie Charles Cros. En 1965, il chante à Bobino en première partie de Georges Brassens. Il interprète Aragon aux Trois Baudets en 1966.

Comme chez Jean Ferrat, il y a chez Ogeret une interrogation douloureuse sur le communisme. Ce n’est pas hasardeux qu’Ogeret ait beaucoup chanté et mis en musique Aragon. Pour lui rendre hommage j’ai choisi « Les Larmes se ressemblent » qui est un texte d’Aragon de 1963 faisant référence à l’époque, où après la guerre de 1914-1918, il était médecin auxiliaire en Alsace. Le refrain reprend le vers d’Aragon qui était alors un jeune homme :

« J’avais vingt ans je ne comprenais pas »

Dès que l’armée française entre en Alsace, puis en Sarre, partout elle se comporte en force de maintien de l’ordre bourgeois, ce que l’Empire allemand n’est plus capable de faire. Partout elle dissout « les conseils ouvriers » qui avaient fleuri après la victoire militaire. Entre bourgeoisies, on se comprend !

« J’avais vingt ans je ne comprenais pas »

Chanson très troublante sur son contenu politique…

 


Les larmes se ressemblent

 

Dans le ciel gris des anges de faïence
Dans le ciel gris des sanglots étouffés
Il me souvient de ces jours de Mayence
Dans le Rhin noir pleuraient des filles-fées

On trouvait parfois au fond des ruelles
Un soldat tué d'un coup de couteau
On trouvait parfois cette paix cruelle
Malgré le jeune vin blanc des coteaux

J'ai bu l'alcool transparent des cerises
J'ai bu les serments échangés tout bas
Qu'ils étaient beaux les palais les églises
J'avais vingt ans Je ne comprenais pas

Il me souvient de chansons qui m'émurent
Il me souvient des signes à la craie
Qu'on découvrait au matin sur les murs
Sans en pouvoir déchiffrer les secrets

Qui peut dire où la mémoire commence
Qui peut dire où le temps présent finit
Où le passé rejoindra la romance
Où le malheur n'est qu'un papier jauni

Comme l'enfant surpris parmi ses rêves
Les regards bleus des vaincus sont gênants
Le pas des pelotons à la relève
Faisait frémir le silence rhénan.

Louis Aragon.Le Fou d'Elsa (1963).

 


 

 

Services publics : une société plus juste, une chance pour tous

Débat à l’initiative de l’Espace Citoyen du Val d’ Yerres :

Le samedi 9 juin 2018, Ecole Saint-Exupéry – Yerres, à partir de 14H30


Les hommes qui ont constitué le CNR (Conseil National de la Résistance), dans la résistance au fascisme, ont défini un programme qui sera appliqué dans les années qui suivront la Libération fondé sur le principe révolutionnaire « de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins ». Riche ou pauvre, tout homme a le droit, en cotisant ou en payant l’impôt, de se soigner, d’instruire ses enfants, de se déplacer, de jouir d’une retraite, de défendre ses droits face au capital. Passé l’embellie des « trente glorieuses », la bourgeoisie française n’a eu de cesse de remettre en cause ce qu’elle avait dû concéder, compte tenu de ses compromissions avec le régime de Pétain et la collaboration.

Les services publics à la française sont en fait le résultat d’un rapport de force imposé au capital par une classe ouvrière à l’offensive. Le régime de Macron, aux ordres du MEDEF et de l’Union Européenne, a déclenché une guerre de mouvement contre ce qui reste de ces acquis, déjà sérieusement entachés par les prédécesseurs.

A travers la destruction programmée du statut des cheminots, c’est une remise en cause sans précédent de « la propriété des biens ou entreprises dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait » à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui avec le projet de privatisation de la SNCF. On voit aujourd’hui ce que cette politique a donné en Grande Bretagne : retard des trains, flambée des prix des billets, refus d’entretenir par les sociétés privées les infrastructures…

Le combat des cheminots est donc un  enjeu de société.

Nous considérons les services publics comme un « bien commun », contrairement à la politique de l’Union Européenne qui, ne parlant que de services d’intérêt général (SIG) ou de services d’intérêt économique général (SIEG), entend mettre fin aux monopoles et ouvrir à la concurrence les services publics.

Cette politique s’appelle « la libéralisation », mot dont la racine est « libéral, libéralisme », c’est à dire un projet de société où :

- la baisse des impôts sur le revenu va de pair avec les dépassements d’honoraires dans les hôpitaux
- La baisse des impôts sur le revenu entraîne les baisses d’effectifs en personnel dans les hôpitaux avec son corolaire : augmentation des risques et de l’insécurité
- Les hôpitaux et maternités « non rentables » sont fermés pour être regroupés en grands pôles à plus de 50 kms de votre domicile
- Les marchandises et produits dangereux sont transportés en camions plutôt qu’en train pour satisfaire les appétits des grandes sociétés privées de transport routier
- Un même trajet en train peut être facturé 4 ou 5 prix différents
- L’enseignement public voit ses budgets réduits à la portion congrue, obérant ainsi l’avenir de votre enfant dans des classes surchargées.

Le gouvernement Macron a fait le choix de cibler le statut – O combien chargé d’histoire – des cheminots. S’il parvient à ses fins, derrière c’est la sécurité sociale qui est visée, que l’on assèche par la baisse des cotisations, la destruction de la fonction publique d’Etat et une nouvelle « réforme » des retraites.

Au système d’enseignement public, garantissant pour tous la transmission des savoirs fondamentaux aux fins de former des citoyens libres de leurs choix, le modèle libéral veut imposer un formatage adapté aux besoins d’un système économique générant chômage, délocalisations, déqualification… Le cycle est bouclé avec la remise en cause de la laïcité et le discours intolérable tenu par le président de la République devant les évêques, remettant en cause le principe de séparation des églises et de l’Etat, ou loi de 1905.

Si ces lignes vous interpellent venez en discuter avec nous.

Pour nous la défense des « communs » participe de notre volonté de combattre pour une société non seulement qui en garantisse l’existence, mais qui débarrasse l’humanité du capitalisme. Dans le programme du CNR il était stipulé que les grands moyens de production et d’échange devaient passer sous le contrôle de la puissance publique. Les accords intervenus pour le partage du monde en 1945, n’ont pas permis d’aller au-delà de garantir ces acquis de civilisation. Ils donnent toutefois une idée de ce que peut devenir une société libérée du capitalisme.

La lutte contre Macron pose aujourd’hui cette question d’un choix de civilisation.

 


Leçons du 26 mai, par Patrick Fabiaz


 

L’affirmation d’un nouveau mouvement des quartiers populaires prenant la tête du cortège de tête en alliance avec sa composante autonome, notamment représenté par les antifa est une excellente nouvelle. La convergence entre jeunes précaires des quartiers populaires et jeunes intellectuels est pas important dans la construction de nouvelles alliances. Le fait que quoi qu’en pensent les mouvements ayant appelé à la marée populaire du 26 mai, cette reconnaissance ait eu lieu sans opposition et avec le soutien visible de milliers de manifestants est un aspect positif du Mai rampant ouvert depuis le printemps 2016.

La manifestation n’a pas été un échec contrairement à ce qu’en disent les médias dominants et les portes paroles du macronisme ; Outre que les chiffres de la police sont manifestement faux, que la manifestation était décentralisée contrairement à la Fête à Macron, le cortège de Paris était massif ( plus de 60 000 personnes ) , combatif, populaire, marquée par sa diversité. Ce n’est pas un recul mais un approfondissement de la mobilisation.

Toutes les composantes des luttes sociales et écologiques multiples étaient représentées, de la ZAD à Air France, de la SNCF aux sans papiers, des luttes contre les violences policières à la justice climatique, du soutien à la Palestine aux Postiers du 92, des étudiants et des lycéens en lutte conte Parcours Sup au DAL. La jeunesse des manifestants était une des caractéristiques de ce cortège. Ce renouvellement et cette transmission de témoin entre générations sont un fait important pour l’avenir.

Ce qui compte c’est le caractère novateur de l’unité populaire en construction. Le dépassement de la séparation entre syndicats, associations, partis politiques dégage des potentialités importantes dans la construction d’une alternative populaire. Le cadre unitaire de la marée populaire doit être préservée, étendue et décentralisée à la base au maximum.

Au delà du mot d’ordre « Stop Macron », la radicalisation antilibérale et anticapitaliste transparaissait clairement. Ce n’est pas un des moindres paradoxes du mouvement actuel que malgré le caractère défensif des revendications exprimées contre le démantèlement du service public, de la SNCF, des acquis des Jours Heureux …, ce qui est dominant c’est la demande d’une rupture avec l’ordre social dominant et non un simple retour à la situation des Trente Glorieuses. Le mouvement d‘autoémancipation se  cherche, hésite mais progresse dans cette direction.

La question médiatique est une question politique. Cette banalité de base est connue depuis longtemps. Mais aujourd’hui, nous avons semble t’il atteint un pont de non retour. Le 26 mai bashing a un objectif : minoriser à tout prix la manifestation, montrer l’isolement de secteurs en lutte, déconsidérer auprès de celles et ceux qui n’y étaient pas la possibilité même de convergence. Il est vrai que le mouvement est minoritaire, il est beaucoup moins isolé qu’il n’y parait du fait de ses orientations. Comment organiser une contre information efficace, créer nos propres médias, organiser les usagers des médias doit devenir un axe politique de la résistance.

Nous n’avons pas le récit de notre mouvement. Ce ne peut être le Front Populaire, mémoire d’une grève générale adossée à un gouvernement populaire venant de gagner l’élection. Cette référence ne peut être celle qui structure le mouvement. De plus, un Front nécessite un minimum d’accord entre de grandes organisations. Nous n’en sommes pas encore là. Le mot d’ordre d’Unité populaire nous semble plus adapté à ce stade adossé à celui de Zone à Défendre. Une zone c’est à la foi un territoire concret et politique, celui de NDDL mais aussi celui des services Publics modèle de civilisation, celui des biens communs que sont la santé, l’éducation, la culture, l’eau, la terre ou l’air, mais aussi la ZAD en tant que possibilité d’agir en commun, de capacité à agir là où on habite, où on se forme, on travaille.

La question européenne commence à être dans toutes les têtes. Ce qui vient de se passer en Italie démontre que si nous laissons abdiquer toute souveraineté populaire, ce qui reste de combattant-e-s sera broyé par le pouvoir financier et ses bras armées (Commission européenne, FMI, Banque mondiale, BCE…) ce qui veut dire aussi que nous devons penser notre stratégie de lutte du territoire à l’Europe et au monde. Les luttes actuelles à la SNCF ou dans l’éducation ne peuvent se résoudre simplement à l’échelle franco française. Il nous faut repenser comme à l’aube du mouvement ouvrier des stratégies à l’échelle transnationale.

 


Etat espagnol. « Démonter l’héritage de Rajoy, faire progresser les droits en encourageant la conflictualité », communiqué d’Anticapitalistas
Mariano Rajoy et Pedro Sanchez après la motion de censure


Source : https://alencontre.org/europe/espagne/etat-espagnol-demonter-lheritage-de-rajoy-faire-progresser-les-droits-en-encourageant-la-conflictualite.html


Enfin, le Parti populaire (PP) a été délogé du gouvernement central [1]. Sa faiblesse parlementaire [137 députés sur 350, alors qu’entre 2011 et 2015 le PP disposait d’une majorité absolue] et la situation intenable générée par le jugement du cas de corruption «Gürtel» [rendu le 24 mai, deux jours après que le Parlement a adopté le budget 2018, suite à un processus fastidieux de six mois] ont mis un terme à un gouvernement qui s’est montré l’exécuteur fidèle de politiques autoritaires, liberticides et antisociales.

Un gouvernement assiégé par la corruption, sans aucun crédit politique, image vivante de la dégradation accélérée du projet qu’incarne le PP. Ejecter du gouvernement le PP représente ainsi pour le «peuple de gauche» un soulagement, un clin d’œil d’espoir devant une urgence démocratique élémentaire. Anticapitalistas [courant d’opposition au sein de Podemos] défend la légitimité et la nécessité de cette motion de défiance [déposée par le PSOE], en étant bien conscient de ses limites et du fait qu’un gouvernement du PSOE ne représente pas une alternative réelle ni au régime de 1978, ni aux politiques d’ajustement structurel [austérité], ni aux diktats de l’UE. Des limites qui ont été clairement rendues visibles lors des sessions parlementaires. Parmi celles-ci, le fait que Pedro Sánchez [le dirigeant du PSOE qui sera le nouveau président du gouvernement] accepte un cadre budgétaire néolibéral qui déterminera la politique économique réelle de ce nouveau gouvernement. En outre a été affirmée une absence de remise en cause du cadre politique de recentralisation sur la question territoriale que maquillent à peine les mentions creuses à un dialogue [sur la question catalane faites par Sanchez lors de son intervention]. Enfin est répétée l’adhésion inébranlable aux Traités européens dans un contexte de crise larvée de l’UE, ainsi que l’illustre ces dernières semaines la situation en Italie.

Nous ne devons toutefois pas oublier quelle a été l’option – ainsi que le thème sur lequel s’exerçait la plus grande pression – de l’establishment, des médias au service du régime et de son principal représentant politique actuellement (Ciudadanos, qui compte 32 députés) dans cette conjoncture parlementaire: l’appel à des élections immédiates comme piste de décollage d’un «gouvernement orange» [couleur de Ciudadanos-C’s]. Heureusement, le résultat et le tour pris par la motion ont pour effet que C’s apparaisse comme l’autre grand acteur défait dans cette conjoncture. En ce sens, le fait qu’une défaite soit infligée aux droites ne peut être qu’un motif de joie.

S’ouvre désormais un nouveau temps politique aux différents possibles développements, mais dont le panorama est intéressant: un gouvernement faible [le PSOE ne compte que 85 députés] est toujours le meilleur scénario pour une offensive sociale dont l’objectif et de récupérer et conquérir des droits. En témoignant aucune confiance à un PSOE incapable de sortir des diktats des pouvoirs financiers ni des limites constitutionnelles (le PSOE en a une lecture des plus restrictives). Sans se faire d’illusions pour une gauche qui est convaincue que l’on peut «ajuster» certaines dérives du système (corruption, inégalités, crises territoriales) depuis l’Etat central. En ce sens, on ne peut écarter que le PSOE tente de développer une politique de recomposition partielle qui accepte certaines revendications portées par l’actuel cycle social et, de la sorte, puisse se présenter renforcé à de nouvelles élections.

Il en découle deux options comportant des tâches concrètes pour le mouvement populaire: soit ces revendications seront conquises par le mouvement même (ce qui nécessite un renforcement de son autonomie, de son auto-organisation et une prise d’initiative des mouvements, tel le mouvement féministe, celui des retraité·e·s ainsi que de passer à l’offensive sur les lieux de travail), soit il s’agira d’accaparement par les forces dites progressistes et l’effet sera d’éloigner encore plus la possibilité de nouvelles pratiques constituantes.

Au cœur de ce nouveau cycle, au milieu d’intenses turbulences financières internationales ainsi que du gonflement d’une nouvelle bulle immobilière dans l’Etat espagnol, la gauche parlementaire représentée par Unidos Podemos et les listes convergentes [En Marea, En Comú Podem, Compromís] doit miser sur une stratégie constituante et de construction d’une alternative politique qui s’écarte d’un double risque: d’un côté, de tomber dans une tactique faisant d’elle un simple soutien parlementaire et subalterne au PSOE face à la «peur de la droite»; de l’autre, mendier avec force l’entrée dans un gouvernement aux côtés du PSOE, ce qui signifierait la cooptation du «bloc du changement» en tant que force politique [Pablo Iglesias a toutefois déjà indiqué sa disponibilité à intégrer le nouveau gouvernement].

Nous nous trouvons dans un contexte où la «sortie de la crise» ne signifie pas, et de loin, une amélioration des conditions de vie de la classe laborieuse, mais bien une hausse des profits des grandes entreprises ainsi que le maintien de la précarité sur les lieux de travail et des conditions d’existence de la majorité de la population. C’est cette majorité sociale qui vit dans les quartiers, qui travaille, qui n’est pas visible pour une politique officielle dominée par l’horizon des classes moyennes, alors que c’est la majorité sociale mentionnée qui est la base potentielle d’une politique de transformation. Or, cette majorité, toujours ignorée par les porteurs d’illusions «progressistes», peut précisément occuper être sur le devant de la scène socio-politique.

Il s’agit donc de ne pas quitter la perspective antagoniste et l’élan nécessaire face à l’ensemble du régime et de ses partis. Il s’agit d’exercer une pression forte (dans les institutions et dans la rue) sur un gouvernement faible numériquement et faible quant à son projet. Il s’agit aussi de tenter d’affaiblir au maximum notre adversaire aujourd’hui le plus dangereux: Ciudadanos. Pour cela, la meilleure façon consiste à exiger le démantèlement immédiat des aspects les plus nuisibles du projet du Parti populaire: exiger une remise en cause de la «réforme» des lois du travail, de la loi muselière, de la LOMCE [loi portant sur l’éducation], de mettre un terme aux politiques d’exception en Catalogne, de renforcer les budgets en faveur des dispositions prévues par la Loi sur la dépendance [qui vise à assurer une autonomie individuelle aux personnes handicapées, dépendantes, etc.], de mettre immédiatement en œuvre les revendications féministes ou encore de respecter la mémoire historique anti-franquiste…

Toutes ces questions ne peuvent être reportées. Elles doivent être abordées sans biais de façon à ce que l’expulsion du gouvernement de Rajoy signifie aussi mettre un terme à ses politiques. Car, au-delà de la satisfaction momentanée provoquée par la défaite du gouvernement Rajoy, ce n’est que par l’affrontement et les conflits sociaux que nous pourrons nous diriger vers des avancées démocratiques et la conquête de nouveaux droits. (Communiqué publié le 1er juin 2018, traduction A l’Encontre)

___

[1] La motion de censure présentée par Pedro Sanchez au nom du PSOE a été adoptée par 180 voix, soit 4 suffrages de plus que la majorité nécessaire. 169 parlementaires du PP et de Ciudadanos ont voté contre. Il y a eu une abstention. En faveur de la motion de censure : PSOE 84, Unidos Podemos 67, ERC (Gauche républicaine de Catalogne) 9, PDeCAT (Parti démocrate européen catalan) 8, PNV (Parti nationaliste basque) 5, Compromis (coalition de la Communauté valencienne) 4, EH Bildu (coalition politique basque) 2, Nueva Canarias 1. Contre la motion : PP 134, Ciudadanos 32, UPN (Union du peuple navarrais) 2, Foro Asturias 1. (Réd. A l’Encontre)


Une citation de mélenchon tirée de son blog: « Pour l’heure, les vainqueurs de l’élection n’ont pas encore fait leur capitulation à la Tsípras. Je forme le vœu que l’alternative populaire en Italie soit tranchante et n’apparaisse d’aucune façon comme un renfort des « eurobéats » ni comme des hésitants ou des supplétifs de la bonne société italienne horrifiée par l’audace populaire en quête de souveraineté. »

Notes sur les dernières nouvelles italiennes, par Vincent Présumey.

Source: APLUTSOC, https://aplutsoc.wordpress.com/

 


 

L'Union Européenne, ou la prétendue union dite européenne, va de plus en plus mal malgré la rhétorique officielle sur les remèdes jupitéro-napoléniens du jeune docteur Macron, son héros de la dernière heure.

La crise politique italienne en est l'illustration la plus récente mais pas la seule loin de là. Elle combine le processus de décomposition politique propre, dans ses formes avancées, à l'Italie (liquidation des partis issus du mouvement ouvrier depuis maintenant deux décennies et tentatives récurrentes et inabouties de réformer le régime parlementaire tempéré par la corruption) et la crise des relations entre puissances impérialistes dans le monde et en Europe, aggravée depuis la crise financière de 2008, et non surmontée par la reprise économique conjoncturelle mondiale.

Sur le premier aspect, les développements de la crise de la représentation politique en Italie, nous renvoyons à notre précédent article : https://aplutsoc.wordpress.com/2018/03/11/la-situation-italienne-et-nous/

Les derniers développements : accord entre le mouvement "populiste" M5S – forme achevée et réussie de ce que Podemos et la FI ont dessiné en Espagne et en France, malgré ou à cause de sa rupture beaucoup plus avérée avec la "gauche" et le mouvement ouvrier – et la Lega - ancienne Ligue du Nord devenue électoralement dominante dans la moitié du pays sur un programme explicitement similaire à celui du FN français - pour former un gouvernement, puis blocage de l'accord par le président Matarella et appel à un gouvernement soi-disat "technique" pour naviguer à vue d'ici de nouvelles élections, donnent lieu à deux genres d'interprétations parfaitement symétriques et également erronées.

Selon les uns, Matarella s'efforcerait de sauver "l'Europe", "la démocratie" et aussi "les marchés", toutes choses censées marcher ensemble, en tentant de barrer la route à une poussée xénophobe, populiste, fascisante si ce n'est fasciste. Comme nous l'avons déjà expliqué, il n'y a pas de vague fasciste en Italie, mais une décomposition avancée des anciens partis et de leurs héritiers, les ligues plébiscitaires et les PME de la politique.

Selon les autres, Matarella, agent du "système" et de "l'oligarchie", aurait fait un "coup d'Etat" contre la démocratie et la souveraineté populaire, de peur que le gouvernement M5S/Lega ne prenne des mesures ... anticapitalistes, ou en tout cas "antilibérales" en faveur des retraites, d'un revenu minima universel, menaçant l'euro et "les marchés", voire le remboursement de la sacro-sainte "dette publique".

Et de même que Paris vaut bien une messe, les thuriféraires du soi-disant souverainisme démocratique italien estiment que si les migrants étaient les sacrifiés de cette grande rupture que populistes, régionalistes et post-fascistes italiens pourraient faire là où un Tsipras a tout renié en rase campagne, hé bien tant pis pour eux : fait-on des omelettes sans casser des œufs (1) ?

Sauf qu'avec ce genre de propos, nous sommes autant ou plus dans le registre des hallucinations et des fantasmes de ceux qui dénient la réalité constitué par la lutte des classes, que du côté de ceux qui imaginent une poussée fasciste que seul le vieil "européen" Matarella, tel le mage Gandalf devant le monstre souterain, retiendrait encore de tout renverser devant elle !

Pour revenir au réel de la lutte des classes, nous conseillons de lire l'étude suivante : https://www.mediapart.fr/journal/international/280518/le-duel-cottarelli-savona-signe-de-la-division-des-elites-economiques.

On y apprend, en résumé, que le ministre des Finances récusés par Matarella, Paolo Savona, est somme toute un vieux pote du premier ministre nommé à la tête du gouvernement "technique", Cotarelli allias les ciseaux. Savona est un bon disciple de Hayek et Friedmann pour qui l'euro ne pouvait pas marcher. Il a été dans la direction de l'équivalent italien du MEDEF et a déjà collaboré à plusieurs gouvernement. Vouloir faire passer cet individu pour une sorte de Keynes ou de Varoufakis prêt à toutes les audaces relève du comique. Derrière ces palinodies le fond de la question est le suivant : la bourgeoisie italienne hésite, ne sait plus où elle en est, quand à continuer à évoluer dans le carcan "européen", c'est-à-dire allemand, ou à prendre le risque d'en sortir.

Le problème pour les Italiens n'est pas de soutenir la ligne Matarella-Cotareli ou la ligne M5S/Lega. L'une et l'autre sont antisociales et cela avec violence. La pierre de touche de cette violence est d'ailleurs bien la question des migrants. La rupture hypothétique avec l'euro ne serait pas la rupture avec la violence sociale du capital. L'urgence politique en Italie est la reconstruction d'une représentation politique démocratique du monde du travail. La démocratie, ce n'est ni la dénonciation d'un coup d'Etat européiste, ni la dénonciation d'une menace souverainiste. La démocratie ce n'est pas Matarella et ce ne sont pas les tambouilles et carabistouilles, combinazione en italien, du M5S et compagnie. La démocratie c'est un gouvernement qui affronte les banquiers de Francfort aussi bien que leurs petits clients en goguette que sont les patrons petits et moyens de Lombardie et du Piémont, cette classe de prétendus "productifs" en fait parasitaire, qui vit des bas salaires, du travail au noir et des migrants qu'ils dénoncent.

Les développements les plus récents ont en outre montré l'impasse des gesticulations de l'avatar magistral et italien du populisme, le M5S. En choisissant l'alliance avec la Lega, puis en offrant à Matarella l'opportunité de son petit "putsh" pseudo-présidentiel, le M5S a créé les conditions d'une forte progression électorale de la seule Lega, alors que le premier a fait 33% et la seconde 14% aux dernières élections. Un scrutin dominé par le sentiment soi-disant "populiste", aspirations démocratiques dévoyées, qui conduirait à une toute puissance de la Lega, donnerait au capital italien la possibilité du gouvernement de tous les possibles : rester ou non dans l'euro, et négocier avec l'Allemagne une meilleure place dans la concurrence européenne, sur la base de l'écrasement du salariat, en commençant par les migrants.

Pour barrer la route à la Lega, il ne faut lui donner aucun satisfecit démocratique. Certes Matarella n'a aucune légitimité pour accepter ou refuser un gouvernement et la question constitutionnelle est donc ouverte. Mais depuis quand le vote du peuple italien aurait signifié qu'il fallait une combinazione M5S/Lega dont la première annonce politique consistante et significative n'était certes pas la sortie de l'euro ... mais un gouvernement sans franc-maçons ! ? Qu'on ne se moque pas du monde. Le peuple italien mérite une vraie démocratie, mais celle-ci requiert une représentation politique du monde du travail, affrontant le capital, rhénan comme lombard !

 

(1) On pense ici au candidat au poste de coach de J.L. Mélenchon sur la ligne "plus populiste que moi tu meurs", Denis Collin, qui dans son dernier billet avance la ligne suivante : en avant vers l'application frontale du programme M5S/Lega, "programme" tout entier dirigé contre la classe ouvrière et la démocratie et faisant semblant d'attaquer "l'oligarchie". De l'apologie de "l'Avenir en commun" à l'apologie de la Lega, pas si étonnant.


Page 29