Blog de Robert Duguet - mai 2016
Interview d’Hugo Melchior par Yves Juin


 
Ci dessous la première partie d’une longue interview d’Hugo Melchior par Yves Juin relative au mouvement social contre la loi travail. L’interview est disponible en totalité sur le site internet d’Ensemble à l’adresse ci-dessous.

Source: https://www.ensemble-fdg.org/content/soyons-fiers-de-ce-que-nous-avons-fait-depuis-2-mois-et-demi

Soyons fiers de ce que nous avons fait depuis deux mois et demi
 
Notre camarade Hugo Melchior est l'un des animateurs en vue du mouvement sur Rennes. Il a été victime d'une mesure d'interdiction de manifestation. Il a bien voulu répondre longuement à nos questions et tirer un premier bilan de deux mois et demi de lutte, au moment où se met en place un comité de soutien à toutes les victimes de la répression.

Yves Juin. Peux-tu nous expliquer pourquoi le préfet t'a interdit l'accès au centre-ville de Rennes pendant quinze jours et comment as-tu réagi ?
 
Hugo Melchior. Mardi 17 Mai 2016 vers 9 heures 30, deux membres de la Brigade Anti Criminalité (BAC) et un brigadier-chef de police sont venus chez moi pour me remettre en mains propres un procès-verbal signifiant mon interdiction de séjour de ce jour jusqu’au Lundi 30 Mai 2016 à 6 heures du matin dans le centre-ville de Rennes. Ils sont restés dix minutes à peine, le temps que je signe le procès-verbal. Il n’y a eu aucun problème de ce côté-là. J’ai également reçu une carte signifiant les délimitations géographiques de cette interdiction. Concrètement, cela veut dire que je ne peux pas, par exemple, me rendre à la gare pour prendre le train, ni aller à la mairie pour effectuer des démarches administratives et bien entendu, et c’est cela qui est visé prioritairement par cette mesure d’interdiction de séjour dans une partie du territoire de la commune de Rennes, participer à des manifestations de rue avec mes camarades contre la loi travail. Comble de l’ironie, le tribunal administratif que j’ai saisi par la médiation de mon avocate Vendredi 20 Mai 2016 dans l’espoir de faire casser cet arrêté préfectoral se trouve, lui-même, dans la zone interdite.
 
Ainsi, ma liberté d’aller et venir, pourtant considérée dans la constitution française comme une liberté publique fondamentale, liberté consubstantielle de la citoyenneté, mais d’abord de l’humanité, comme le stipule le treizième article de la déclaration universelle des droits de l’homme, est désormais subordonnée à cette interdiction de territoire, et cela jusqu’au Lundi 30 Mai 2016. Cette remise en cause de cette liberté fondamentale, avec celle de pouvoir manifester librement, découle d’un arrêté de la préfecture, acte administratif, et par là-même d’une décision du ministère de l’intérieur qui instrumentalise sans vergogne le contexte d’état d’urgence et la « menace terroriste » pour tenter d’entraver la vie quotidienne des militants politiques un peu trop insolents et agitateurs à son goût. Cet acte administratif est scandaleux par nature car, en y recourant, l’autorité vous met devant le fait accompli. Contrairement à un procès au pénal, il n’y a pas la possibilité de contester en amont la décision, ni de demander l’organisation d’un débat contradictoire.
 
En ce qui me concerne, encore une fois, il ne s’agit pas simplement d’une simple interdiction de manifester, d’une interdiction ponctuelle, seulement le temps des manifestations de rue contre la loi travail, comme ce fut le cas pour les militants de Paris concernés par des arrêtés préfectoraux. Il s’agit d’une interdiction absolue, permanente, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, qui concerne une zone spatiale étendue et qui s’étend sur une longue période, en l’occurrence quatorze jours. Si je devais contrevenir à l’arrêté et pénétrer dans la zone interdite pour aller manifester par exemple, je risque d’être appréhendé par la police, puis faire l’objet de poursuites sur le plan pénal avec la possibilité d’être condamné au maximum à six mois d’emprisonnement et sept mille cinq cent euros d’amendes, en application du treizième article de la loi du 3 avril 1955.
 
Pour justifier d’une telle mesure profondément liberticide et vexatoire à mon encontre, qui ne repose en réalité que sur des présomptions, le procès-verbal fait clairement référence à mon passé de militant révolutionnaire, puisqu’il est indiqué dans le procès-verbal que je suis « défavorablement connu pour des activités politiques passées ». En effet, j’ai commencé à militer en septembre 2005 au sein de la section jeune de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) à Rennes et j’ai été amené à jouer un rôle important dans tous les mouvements étudiants entre 2006 et 2010. Au cours de ces différentes mobilisations, je n’ai eu de cesse de vouloir me mettre au service du mouvement ouvrier et des luttes étudiantes et de proposer mes savoir-faire et mes ressources avec pour seul désir d’être utile à ma classe et à mon camp, celui des travailleurs, de tous les opprimés et de tous celles et ceux qui ne supportent plus la pourriture capitaliste et veulent rompre avec elle d’urgence. Actuellement doctorant en histoire, chargé de cours à la deuxième université de Rennes, j’ai de nouveau décidé d’assumer un engagement total au sein de mon université dans le cadre de la mobilisation contre la loi travail, qui constitue une nouvelle étape dans le processus de réorganisation néo libérale du travail en cours depuis les années 1980. En décidant d’entreprendre une telle réforme scélérate, que même la droite décomplexée au pouvoir n’avait pas osé mettre en œuvre, les décideurs socialistes ont démontré, une fois encore, qu’ils n’étaient rien d’autre que les gardiens intérimaires de l’ordre productif néo libéral.
 
De plus, il est souligné, dans ce procès-verbal, ma « participation à des manifestations ayant joué un rôle omniprésent dans l’organisation de manifestation ayant engendré un trouble à l’ordre public à Rennes ». Il est indéniable à nouveau que j’ai pris part à l’organisation, aux côtés d’autres militants du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), d’Ensemble et du Mouvement des Jeunes Communistes de France (MJCF), mais également d’étudiants non encartés, des nombreuses manifestations qui se sont succédé à Rennes, depuis le début du mois de mars 2016, contre la loi travail sur la ville de Rennes. Clairement, c’est cette activité militante quotidienne, débridée et intense qui a été visée par le ministère de l’intérieur cherchant, en s’attaquant à moi de la sorte, par cette mesure extra judiciaire, à faire un exemple et tenter de diffuser la peur au sein du secteur militant à Rennes. Le procès-verbal rappelle, enfin, mes déclarations sur les réseaux sociaux sur la question de la violence politique et par là-même le fait d’avoir assumé publiquement la nécessité de ne pas subordonner le répertoire d’actions au seul respect du cadre de la légalité et aux seules manifestations de masses, même si elles sont évidemment une condition nécessaire à l’inversion du rapport des forces en faveur du mouvement social. Il nous faut assumer le fait de recourir à des actions de blocage économique, à des grèves actives et prolongées, et de manière générale à tout ce qui peut contribuer, y compris les émeutes de rue, à rendre le climat intenable pour le gouvernement contre lequel nous nous battons depuis maintenant deux mois qui n’a de cesse de répéter qu’il ne cédera pas. C’est ce que j’appelle la « stratégie de la tension », c’est-à-dire la capacité d’articuler opportunément massification et radicalité. Si la violence seule et minoritaire est évidemment impuissante et peut-être même contre-productive, cette «  stratégie de la tension » se caractérise d’abord par le refus du légalisme et du pacifisme intégral. En effet, je considère qu’en dernière instance l’état n’a pas le monopole de la violence physique légitime et que nous devons être prêts à nous défendre physiquement et collectivement contre nos ennemis que sont les décideurs et de manière générale tous les militants de l’économie politique. Car, une fois pour toute, la politique n’est pas un pique-nique, ni un dîner de gala, encore plus quand l’on prétend défendre un projet politique révolutionnaire.
 
Quand j’entends les déclarations du candidat Jean-Luc Mélenchon, qui reprend sans vergogne la même rhétorique policière du Parti Communiste Français (PCF) de l’année 1968, renvoyant dos à dos la violence politique dont font usage certains militants politiques et celle de ceux chargés de sauvegarder l’ordre établi et la propriété capitaliste, j’ai la nausée. Il est profondément choquant de l’entendre dire que les fameux « casseurs » seraient des alliés objectif du pouvoir et par là-même, si on va jusqu’au bout de la réflexion, des ennemis du mouvement en cours.
 
Ainsi, il est certain qu’à défaut de pouvoir me poursuivre sur le plan pénal, le ministère de l’intérieur est obligé pour m’atteindre de recourir à l’arme de la coercition administrative et ainsi me faire payer le prix de mon engagement en faveur de la défense des droits collectifs des travailleurs remis en cause par ce projet de loi inique. On limite la liberté de circulation d'un individu au nom de sa « dangerosité potentielle » en tant que militant révolutionnaire, sans qu'on n'ait rien à lui reproché à part ses idées subversives.
 
Mais être attaqué de la sorte par l’état, quelle plus belle reconnaissance de la justesse de son engagement politique. Au moins, cela prouve que l’état sait reconnaître ses vrais ennemis, celles et ceux qui veulent subvertir radicalement la société capitaliste. J’espère vraiment que, Lundi 23 Mai 2016, la préfecture et le ministère de l’intérieur connaîtront un camouflet mémorable. En effet, si l'arrêté liberticide devait être cassé ce jour-là par le tribunal administratif, cela représenterait une défaite politique pour les décideurs qui comprendraient, alors, qu'on ne peut pas en toute impunité, sous couvert d’état d'urgence, user de méthodes exécutoires pour tenter d'entraver l’action des militants politiques.


Un tournant majeur dans la situation politique française, Interview de Stathis Kouvélakis

(militant révolutionnaire franco-grec et universitaire)

Source : http://www.revolutionpermanente.fr/Un-tournant-majeur-dans-la-situation-politique-francaise-Entretien-avec-Stathis-Kouvelakis

Question. Tu avais un des premiers à faire le constat, mi-novembre 2015, de la mort du Front De Gauche (FDG). Même si actuellement la mobilisation est loin d’être terminée, un second round étant en cours, tout cela aura des impacts sur la recomposition de la gauche de la gauche, de la gauche radicale et de l’extrême-gauche. Quels sont les scénarios et les hypothèses possibles, comment tu vois les choses, en lien notamment avec les élections présidentielles de 2017 et l’état actuel du gouvernement ?
 
Réponse. Le paysage de la gauche radicale et anticapitaliste en France est très problématique, du fait de l’échec des deux principaux paris qui se sont joués au cours de la période récente. Le premier est celui du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), le projet lancé par la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR), qui avait été la force politique motrice de la gauche radicale dans les années 2000, grâce notamment aux deux campagnes d’Olivier Besancenot et à ce qui s’était cristallisé autour à ce moment-là. Le second échec est effectivement celui du FDG, qui n’a jamais réussi à être autre chose qu’un cartel d’organisations et une alliance électorale au sommet. Il n’a jamais pu se construire en tant que véritable outil d’intervention dans les mobilisations et dans les luttes, permettre une véritable recomposition politique et œuvrer à la reconstruction d’un espace politique. A mon sens, le FDG était déjà moribond avant les attentats du mois de novembre 2015, les élections municipales et régionales avaient déjà révélé la persévérance du Parti Communiste Français (PCF) dans son rôle de force d’appoint du Parti Socialiste. Mais le coup de grâce, à mon sens, symboliquement, a été le vote de l’état d’urgence par la totalité des députés du PCF à l’assemblée nationale et leur participation à cette farce d’union nationale qui s’est mise en place à ce moment-là.
 
Il est trop tôt pour dire quelle est la tournure que les choses vont prendre, mais il y a en revanche une chose dont nous pouvons être certain, le mouvement social en cours signale un véritable tournant, dont l’impact sur le champ politique sera majeur. C’est une leçon que nous pouvons tirer de tous les mouvements comparables qui ont eu lieu ailleurs. Même dans le cas le plus défavorable, celui des Etats-Unis, où Occupy apparaissait comme quelque chose d’assez limité, dominé par une logique assez anti-politique, ou libertaire, dans un pays où il n’y a pas d’expression politique autonome du mouvement ouvrier et où il n’y en a jamais vraiment eu en réalité à une échelle significative, même là nous avons vu un impact, médié mais tout à fait important pour les normes étatsuniennes, avec la campagne de Bernie Sanders. Quant au sud de l’Europe, nous savons qu’il a donné lieu à des bouleversements politiques tout à fait majeurs. Mais ceux-ci ne surviennent pas de façon spontanée, il y a des acteurs qui prennent des initiatives et qui, dans une situation donnée, peuvent donner des résultats qui n’étaient pas envisageables antérieurement, s’inscrivant dans des possibilités qui n’existaient pas auparavant.
 
En France, maintenant, la situation ouvre des possibilités. D’une part, parce que le Parti Socialiste est extrêmement affaibli, ce mouvement contre la loi travail signe à mon avis la rupture définitive entre le Parti Socialiste et ce qui lui restait de soutien et de base sociale. Il est probable que nous assistons maintenant, mais seulement maintenant, à quelque chose comme une pasokisation du Parti Socialiste ou, en tous cas, à des phénomènes de décomposition, dont nous ne voyons pas comment le Parti Socialiste pourrait se sortir. Il en découle que les forces de la gauche qui se veulent antagonistes au Parti Socialiste sont à l’heure actuelle face à un défi majeur. Ces forces bien sûr existent à l’extrême-gauche, à condition de sortir de logiques sectaires ou groupusculaires. Elles existent aussi dans certaines des mouvances ou composantes du désormais défunt FDG, à condition toutefois qu’elles rompent avec toute logique subalterne par rapport au Parti Socialiste et au pouvoir, qu’elles comprennent ce qui est en train de se passer dans la rue et dans les mobilisations, et qu’elles se mettent à réfléchir sérieusement sur une alternative.
 
Je crois aussi, à un niveau plus programmatique, que c’est cela le défi auquel nous sommes confrontés à l’heure actuelle, nous ne pouvons pas nous satisfaire d’une plateforme antilibérale, avec des objectifs minimaux, et en réalité de nature parasyndicale. Ce qu’il faut, c’est une véritable alternative politique qui pointe les verrous et les nœuds de la situation actuelle et de la stratégie de l’adversaire. Cela veut dire par exemple qu’il faut absolument viser la fin du présidentialisme et de la cinquième république, mais aussi de l’Union Européenne, qui est la véritable machine de guerre du capital à l’échelle du continent. Sans rupture avec l’Union Européenne, nous n’arriverons à aucune solution, le désastre de Syriza en Grèce l’a démontré de façon définitive. Cette perspective implique aussi une véritable vision de reconstruction des rapports sociaux, dans une logique libérée de l’emprise du capital et réaliste, qui s’appuie sur des revendications transitoires, mais déterminée.

Nous ne sommes plus du tout à une étape où la défense et l’extension des services publics seraient suffisantes. Ce n’est pas du tout à la hauteur de ce qui est en train de se passer et des formes de la contestation, justement, qui ont émergé dans les secteurs les plus avancés du mouvement, mais aussi des formes sous lesquelles le capital a étendu de façon spectaculaire son emprise sur l’ensemble des rapports sociaux.
 
Question. Sur le terrain de cette alternative, il y a deux grosses expériences des dernières années qui sont symptomatiques des grands dangers qu’il y a à s’appuyer sur des mobilisations populaires, pour en produire une cristallisation ou un débouché politique, sans tirer certaines leçons d’expériences antérieures et tomber à une vitesse extrêmement rapide dans des travers tout à fait anticipables. Podemos dans sa spécificité et ce qu’est devenu son appareil politique dans la dernière période et, bien sûr, l’expérience, que tu connais de près, de Syriza, de sa capitulation et de l’échec de son projet politique, échec qui a été aussi rapide que l’espoir initial était intense. Il y a un enjeu vital à tirer un bilan complet de leurs logiques, notre but ne saurait être de reproduire le même genre d’illusions stratégiques pour une nouvelle fois aller droit dans le mur. Quels sont à tes yeux les anticorps sur lesquels il faudrait mettre l’accent ?
 
Réponse. Je tire, pour ma part, une triple leçon de l’échec de Syriza. La première, la plus évidente, est que toute politique à l’heure actuelle, même modestement antilibérale, a fortiori anticapitaliste, qui refuse la rupture avec l’Union Européenne, et ne se donne pas les moyens de mener cette rupture à bout, est condamnée à l’échec. Cette rupture n’est en rien synonyme de « repli national », comme s’obstinent à le répéter certains, car s’il n’y a pas une brèche qui s’ouvre quelque part, dans l’un des maillons de la chaîne, il ne pourra pas y avoir d’expansion et de perspective d’internationalisation de cette rupture. La seconde est que des stratégies purement parlementaires sont insuffisantes et ne peuvent, de même, que conduire à l’échec. Syriza, à partir de 2012, avant même d’accéder au pouvoir, a infléchi son approche et ses pratiques dans le sens d’une perspective purement parlementaire, et non d’une perspective marchant sur deux pieds, à la fois par l’impulsion de mobilisations faisant monter en intensité le niveau de confrontation sociale, et en obtenant des victoires électorales permettant de conquérir le pouvoir gouvernemental. En fait, accéder au gouvernement n’a de sens que si cela permet d’aller plus loin dans cette confrontation, en ayant en main quelques leviers essentiels pour approfondir la crise politique et ouvrir de nouveaux espaces à cette mobilisation populaire. Jean Luc Mélenchon de ce point de vue-là, avec sa « révolution citoyenne » qui s’opère uniquement par les urnes, est en décalage complet non seulement par rapport à certaines leçons théoriques fondamentales du passé, mais aussi par rapport à des situations très récentes.
 
Question. Une lubie très classique chez les forces réformistes ;
 
Réponse. Oui, une lubie très classique mais qui révèle dans le cas de Jean Luc Mélenchon une approche très superficielle des expériences mêmes auxquelles il se réfère, à l’appui de sa « révolution citoyenne », notamment en Amérique Latine, là où des forces anti libérales, ou progressistes, ont pu obtenir des victoires électorales successives. Certes, il y a bien eu ces victoires dans les urnes mais, dans tous les cas, pour y parvenir, des luttes populaires parfois insurrectionnelles ont été nécessaires, ne serait-ce que pour donner ces résultats limités. Au Venezuela, c’est le Caracazo de 1989, et ses centaines de morts, qui ont rendu possible l’expérience chaviste et, de même, en Bolivie, il a fallu une véritable insurrection populaire, avec des morts, pour qu’Evo Morales, avec toutes les limites que cette expérience peut avoir, parvienne au pouvoir.
 
La troisième conclusion que je tire concerne la forme parti à proprement parler. Ce à quoi j’ai assisté dans Syriza, et on assiste à quelque chose de parfaitement similaire avec Podemos, c’est qu’avant même d’accéder au pouvoir gouvernemental et aux fauteuils ministériels, à partir du moment est apparue la perspective de gagner un scrutin ou de connaître une forte poussée électorale, ces partis ont connu un processus d’étatisation « en amont ». Nicos Poulantzas avait là encore très bien vu cette possibilité dans ses derniers textes, lorsqu’il disait que cette étatisation était le principal risque d’une stratégie de guerre de positions et de conquête du pouvoir d’état, à travers justement ce binôme de mouvements sociaux et de majorité électorale.
 
Cette étatisation s’exprime concrètement par le fait que dans ces partis deviennent de plus en plus centralisés, la direction s’autonomise par rapport à la base et les militants pèsent de moins en moins dans le processus concret de prise de décision. La manière dont ces partis se conçoivent est de plus en plus celle d’appareils de gestion du pouvoir et non pas de production d’une politique de masse en en interaction avec les mouvements sociaux et les mobilisations populaires. Nous avons vu ces tendances à l’œuvre à l’intérieur de Syriza tout particulièrement à partir de 2012. Cela, ne veut pas dire qu’elles n’existaient pas auparavant, mais elles ont pris une ampleur tout à fait nouvelle à partir de ce moment-là, quand Syriza s’est trouvé aux portes du pouvoir gouvernemental. Et dans le cas de Podemos c’est encore plus rapide. Sans doute parce que Podemos ne vient pas d’un processus de recomposition du mouvement ouvrier et qu’il s’appuie sur des structures organisationnelles beaucoup plus faibles, donc d’autant plus sujettes à cette tendance à l’étatisation.

Pour la contrer, il faut expérimenter des formes organisationnelles et politiques qui permettraient, non pas d’abolir par un coup de baguette magique ces tendances, qui à mon sens sont absolument inhérentes aux conditions mêmes du champ politique tel qu’il existe dans nos pays, mais qui permettraient de les contenir et d’empêcher qu’elles ne prédominent.
 
Question. Cette logique d’étatisation préventive est notamment alimentée par, mais elle en est aussi une facette, une faiblesse qui est le manque d’enracinement de ce genre de recompositions politiques dans un ensemble d’anticorps, politiques évidemment mais aussi en particulier, au-delà de simples périodes de mobilisation, dans le principal levier capable de faire contre-pouvoir à ces logiques de dilution, qui est une base sociale, une base de classe beaucoup plus massive. L’une des leçons que nous pouvons tirer de cette dernière période, c’est que l’un des enjeux d’une alternative est justement de ne pas mettre sur le mettre plan, comme s’ils avaient la même importance, la logique d’intervention au plan des cristallisations politiques et l’enracinement dans la classe ouvrière, dans toute sa complexité. Sur le court terme c’est peut-être moins « efficace » en termes de « débouché » mais, sur la durée, cela semble être un anticorps vital pour éviter de tomber dans le même genre de raccourcis et donc d’échec.
 
Réponse. Je suis d’accord jusqu’à un certain point avec cette analyse car elle pointe l’une des faiblesses de ces constructions politiques de type Syriza ou Podemos, qui est leur implantation limitée, voire inexistante dans le cas de Podemos, dans la classe et le mouvement ouvrier. Mais le problème reste pour moi un problème de pratiques politiques, de formes d’organisation et de stratégie, et pas seulement d’implantation sociologique.
 
Question. C’est évident, la question n’est pas seulement d’être implanté dans la classe ouvrière, mais de savoir quelle politique nous y défendons.
 
Réponse. En effet, car ces processus d’étatisation « en amont » ont existé dans les années 1970 dans des partis communistes, là où la question de l’accès au pouvoir gouvernemental par la voie électorale s’est posée, c’est-à-dire en France et en Italie. Et là nous avions des partis avec des implantations tout à fait massives, c’était des partis hégémoniques au sein du mouvement ouvrier. Ce qui n’a pas du tout empêché le PCF avec le programme commun et le Parti Communiste Italien (PCI) au cours de la période dite du compromis historique, de se couler dans le moule de cette étatisation. Ce sont ces réalités que Nicos Poulantzas avait d’ailleurs soulevées quand il développait ses analyses, conscient du risque que les partis communistes suivent dans une large mesure, dans leur matérialité même, l’évolution des partis sociaux-démocrates et ouvriers de la période antérieure.
 
Je crois qu’il faut concevoir le terrain de la construction organisationnelle et partidaire, comme un champ d’expérimentation mais aussi bien sûr comme un champ de confrontation et de lutte pour que des formes politiques nouvelles puissent apparaître. Celles-ci ne pourront à mon sens, je le répète, abolir ces tendances, qui sont tout à fait structurelles. N’importe quelle construction politique de masse qui opère à l’intérieur du cadre d’un champ politique qui reste structuré par le champ électoral, des rapports de représentation et des institutions parlementaires, se trouvera confrontée à des problèmes, donc à des tendances, de ce type.
 
Mais je suis d’accord pour parler d’anticorps, je crois que c’est là-dessus qu’il faut travailler, en termes d’approches stratégiques, de formes organisationnelles et d’enracinement profond dans la société, la classe ouvrière et les groupes sociaux subalternes tels qu’ils sont aujourd’hui et non pas tels qu’ils ont été structurés dans le passé.
 
Question. Nous sommes d’accord sur l’ampleur du débat qu’il y a à mener et nous ne manquerons pas d’occasions et de motifs pour le reprendre plus avant dans la période à venir. Mais dans l’immédiat et pour conclure cet entretien, une dernière chose, suite à une de ses premières interventions dans le mouvement des Nuits Debout, Frédéric Lordon avait été questionné par quelqu’un lui demandant s’il était un révolutionnaire ou un réformiste et il avait répondu, en résumé, que la question n’était pas pertinente. Comment toi tu répondrais à cette question ?
 
Réponse. Je crois que c’est une question qui a du sens, bien sûr, mais il faut s’entendre sur ce qu’on entend, en l’occurrence, par le mot réformiste. Dans le contexte actuel, ce n’est pas seulement la perspective révolutionnaire qui apparaît comme défaite, en termes historiques, après l’effondrement de l’union soviétique et la fin de ce que nous avons appelé le court vingtième siècle, c’est aussi la stratégie réformiste. Les partis sociaux-démocrates à l’heure actuelle sont des partis sociaux libéraux qui gèrent le néo libéralisme et ne proposent nullement un véritable compromis social, certes dans le cadre du capitalisme, mais avec des acquis et des avancées, en faveur du monde du travail tel que cela a pu être le cas au cours des trois ou quatre décennies après la seconde guerre mondiale. Le réformisme aussi est en crise à l’heure actuelle.
 
Je crois toutefois qu’il faut aller plus loin, en réalité, j’inverserais le mode traditionnel de formulation du problème. Je crois que pour qu’il y ait du réformisme, et il y aura toujours du réformisme dans le système capitaliste, il y aura toujours des fractions, et même des courants organisés et des groupes subalternes, qui croiront en la possibilité d’améliorer les choses dans le cadre du système, il faut qu’il y ait également une perspective révolutionnaire crédible. Je crois en d’autres termes que la perspective réformiste est une perspective dérivée de l’existence d’une perspective révolutionnaire.

C’est parce qu’il y a eu pour toute une période historique, comme possibilité concrète, à l’échelle mondiale, la vision d’un avenir post-capitaliste, d’une perspective de renversement du système fondée sur le rapport de forces issu de la victoire de l’octobre russe et des révolutions anticoloniales, qu’il y avait un réformisme qui disait que sans aller jusque-là, nous pouvons néanmoins obtenir un certain nombre de choses sans bouleverser le système. Aujourd’hui, nous sommes dans une situation où, comme l’a dit Fredric Jameson, « il est plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme ». C’est devenu le « sens commun » de notre époque et c’est cela, en fin de compte, qui bouche en même temps, plus exactement, qui rend impensable la fois la perspective révolutionnaire, mais aussi une véritable perspective réformiste. Ce qu’il faut aujourd’hui, ce sont de nouvelles expériences victorieuses pour les classes subalternes, qui vont permettre de poser, en termes concrets et effectifs, à la fois une hypothèse révolutionnaire et une hypothèse réformiste.


Le dialogue inattendu entre policiers et manifestants du mouvement des Nuits Debout, par reporterre.net

Source : http://www.reporterre.net/Le-dialogue-inattendu-entre-policiers-et-manifestants-de-Nuit-debout

Mercredi 18 Mai 2016, alors que la manifestation « contre la haine anti-flic » rassemblait place de la République à Paris les principaux syndicats des forces de l’ordre, un étonnant dialogue s’est noué entre deux policiers de la Fédération de la Police de la Confédération Générale du Travail (CGT) et des participants du mouvement des Nuits Debout.
 
Regards croisés sur les violences en manifestation.
 
Leurs drapeaux rouges passent presque inaperçus au milieu des étendards bleus d’Alliance, syndicat majoritaire de la police nationale, déployés Mercredi 18 Mai 2016 de 11 heures à 14 heures place de la République. On ne les entend pas quand Jean-Claude Delage, secrétaire général du premier syndicat policier, évoque la « chienlit des groupes ultra-radicalisés violents » sous de bruyants applaudissements.
 
Peu après 14 heures, Axel Ronde, secrétaire général de la CGT Police Île-de-France, et Alexandre Langlois, secrétaire général de la CGT Police, s’éclipsent de l’esplanade soigneusement bouclée par des barrières pour aller à la rencontre de participants du mouvement des Nuits Debout, devant le boulevard de Magenta. « Ils ont pris contact avec nous pour nous demander si on voulait bien les rencontrer », explique Axel Ronde à Reporterre. « Nous avons répondu oui, évidemment. Nous imaginions ce rassemblement comme un moment de rencontre entre policiers et citoyens ».
 
Cela n’a pas été le cas. Triple contrôle policier pour accéder à l’espace enclos autour de la statue, passants et journalistes sans carte de presse refoulés, « comment Michel Cadot, le préfet de police de Paris, a-t-il pu autoriser un rassemblement policier dans ce lieu », s’insurge un homme aux longs cheveux gris. « C’est à nous, nous l’occupons depuis des semaines ». « C’est une privatisation de l’espace public. En parallèle, le collectif Urgence Notre Police Assassine (UNPA) a été interdit de rassemblement », critique un autre. « C’était une provocation », estime un troisième. La présence sur la place de la députée du Front National du Vaucluse Marion Maréchal-Le Pen et de son collègue Gilbert Collard, député du Front National du Gard, ne passe pas, « vous vous rendez-compte que ce rassemblement s’apparente à un meeting du Front National ».
 
Mais très vite, les participants aux rassemblements de la Nuit Debout parisienne entrent dans le vif du sujet dans la discussion avec le syndicaliste policier qui a été vers eux. Les témoignages de violences policières affluent . Un jeune homme à la barbe bien taillée remonte son pantalon, dévoilant la bande de gaze qui lui enveloppe le bas de la jambe. « Un éclat de grenade de désencerclement est entré dans ma jambe à cinq centimètres de profondeur. Elle a été lancée à hauteur d’homme et a éclaté à trente centimètres de moi, à un moment où nous étions encerclés autour de la station de métro Solférino », témoigne-t-il. « J’ai pris vingt et un jours d’arrêt de travail ».
 
Mâchoire endolorie et cicatrice de brûlure
 
Un autre jeune homme s’est pris « des coups de genou sur le crâne et la mâchoire par des policiers », lors d’un sit-in devant l’assemblée nationale. Une jeune femme montre la cicatrice qu’elle porte à la joue gauche, souvenir d’une grenade reçue le Jeudi 28 Avril 2016. « La police interdit qu’on reparte avec des preuves, des déchets de grenades de désencerclement par exemple, précise le jeune homme blessé à la jambe. Les manifestants se font systématiquement fouiller et les indices sont confisqués ». L’interrogation est unanime, comment de telles violences policières peuvent-elles avoir lieu ?
 
Pour Alexandre Langlois, si on trouve « toujours des gens irresponsables », les principaux coupables sont les donneurs d’ordres.
 
« Les groupes violents sont clairement identifiés avant les manifestations. Pourtant, rien n’est fait », dénonce-t-il. « Parfois, nous voyons des manifestants s’équiper de casques et d’armes juste devant nous et aucun ordre n’arrive. Le 8 avril 2016, on a poussé une Compagnie Républicaine de Sécurité  (CRS) pour que des personnes violentes puissent rejoindre la place. Évidemment, le soir même, c’est parti en vrac. Après, tout ceci est instrumentalisé au niveau politique ».
 
Pour autant, les interdictions de manifester délivrées par la préfecture de police ne sont pas la solution, estime le représentant de la Fédération de la Police de la CGT, « cela excite les tensions parce que, soit ces gens-là n’ont rien fait, et nous n’avons pas à interdire à quelqu’un de manifester. Soit ils ont déjà commis un acte dangereux et répréhensible par la loi. Dans ce cas, il faut les déferrer devant la justice ». En attendant, « nous pourrions imaginer un système où les gens sont fouillés et où les armes de destination sont confisquées, comme avant les concerts », imagine le syndicaliste.
 
« Encercler une foule, cela ne devrait plus exister »
 
Les ordres ne sont pas toujours adaptés, poursuit Alexandre Langlois, « encercler une foule, cela ne devrait plus exister. C’est dans les manuels et même les livres d’histoire, toutes les manifestations qui ont dérapé, c’est à cause de nasses dont les gens ne pouvaient plus sortir ».
 
Mais là encore, la responsabilité des policiers est limitée, juge le syndicaliste, car « les collègues sur le terrain n’ont pas de vision d’ensemble. Si les donneurs d’ordres leur demandent de bloquer une rue, ils ne savent pas si toutes les autres rues sont bloquées ». Pour ce qui est de l’usage des armes, le commandement serait également en cause, considère-t-il, « normalement, les réponses sont graduées, mais actuellement certains donneurs d’ordres ne respectent malheureusement pas ce principe. Ce qui entraîne des blessés des deux côtés et attise les tensions ».
 
Le syndicaliste a assisté au procès de son collègue jugé pour avoir brutalisé un élève du lycée Henri Bergson, et l’audience l’a conforté dans ses convictions. « Notre collègue, âgé de vingt-six ans, n’avait suivi aucune formation en maintien de l’ordre. Pourtant, on l’a habillé comme un CRS et on l’a confronté à une situation de stress à laquelle il n’avait pas été formé », raconte Alexandre Langlois. « Cela n’excuse pas son geste. Mais c’est lui qui va être jugé, alors que son supérieur va pouvoir continuer à mettre des collègues inexpérimentés dans cette position ».
 
Face à ces dérapages, « il faut écrire aux donneurs d’ordres », appelle Alexandre Langlois. Dubitatif, un participant aux rassemblements de la Nuit Debout parisienne intervient, « mais pourquoi la police accepte-t-elle de se soumettre à ces normes ? Pourquoi ne porte-t-elle pas plainte elle-même ». « A partir du moment où l’on a une arme sur le côté, il faut refuser les ordres absurdes et illégaux », renchérit un autre.
 
« Il y a des collègues qui ont peur »
 
Ce n’est pas toujours facile, réplique le syndicaliste, « il y a des collègues qui ont peur. On retrouve cette situation dans de nombreux secteurs professionnels, où des gens ne peuvent plus supporter leurs donneurs d’ordres mais continuent à travailler pour eux en essayant de faire du mieux qu’ils peuvent localement ». Car la placardisation menace les fonctionnaires un peu trop rétifs. « Quand on m’a demandé de réaliser des perquisitions administratives suite à la proclamation de l’état d’urgence, j’ai accepté mais j’ai également prévenu que j’allais rédiger un rapport expliquant pourquoi ces opérations étaient scandaleuses et totalement illégales », témoigne Alexandre Langlois. « Du coup, j’ai été retiré du dispositif ».
 
Pas question pour autant d’abandonner le combat. « J’espère faire changer les choses en interne. Si tout le monde déserte le bateau, il n’y aura plus personne pour le faire avancer. C’est un rapport de force, il ne faut pas abandonner », insiste le syndicaliste qui évoque un « mouvement en train de se créer », en contact avec le mouvement des Nuits Debout et « à construire dans la durée », sans en dire plus. Il entrevoit toutefois « une bonne nouvelle, la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) et la cour de justice européenne commencent à réagir et à condamner régulièrement la France pour ces violences. Le défenseur des droits a également critiqué l’usage de certaines armes et préconisé l’interdiction des Flash-Ball au mois de juillet 2015 ». « Mais son avis n’est que consultatif », regrette un participant aux rassemblements de la Nuit Debout parisienne.
 
La discussion s’achève dans une ambiance détendue. Deux jeunes femmes remercient les policiers d’avoir accepté de nouer le dialogue.
 
« Nous voulions même vous distribuer des tracts de la lettre du préfet Maurice Grimaud ». « Nous avons compris que vous étiez des camarades, engagés comme nous », apprécie le jeune homme blessé à la jambe. « En fait, c’est ton collègue d’Alliance qu’il faudrait là et qu’il voit avec ses yeux tous ceux qui se sont fait éborgner et blesser. Si tu as son numéro, c’est le moment ».


Un CRS témoigne : "J’ai l’impression d’être devenu un pion politique"
… Un CRS raconte son ras-le-bol après un an et demi d’opérations de maintien de l’ordre.

Source : http://www.lejdd.fr/Societe/Un-CRS-temoigne-J-ai-l-impression-d-etre-devenu-un-pion-politique-784991

"J’ai de la chance, j’habite près d’une grande forêt." Vissé sur son canapé, Pascal (le prénom a été modifié), la quarantaine, une taille de géant, se fige un court instant. Puis confesse : "J’y vais souvent me promener en famille. Ça permet d’évacuer le stress, de retrouver un peu de calme." Dans une vitrine à côté de lui, des médailles disposées en évidence encerclent un fanion rouge sur lequel est inscrite la devise des CRS : "Servir". De préférence sans discuter.

Lire aussi notre témoignage de Charlotte, 26 ans, de Nuit debout : "Sans sommation, il m'assène cinq ou six coups de matraque"

Lui, a décidé de sortir un peu du bois. Comme un besoin de vider son sac pour éviter l’ulcère. Avec une condition : garder l’anonymat. Le gradé doit bientôt prendre du galon, il ne veut pas prendre le risque d’une sanction disciplinaire. Depuis janvier 2015, il est en première ligne. Du renforcement du plan vigipirate, après les attentats de janvier, à la mise en place de l’état d’urgence après ceux de novembre, en passant par les mouvements sociaux contre la loi El Khomri… Un an et demi d’opérations de maintien de l’ordre et aujourd’hui un énorme ras-le-bol. Pas contre la "haine anti-flic", comme le scandent certains syndicats de police qui appellent à la mobilisation le 18 mai. Mais contre les donneurs d’ordre.

Depuis le début des conflits autour de la loi Travail, il les accuse de jouer avec le feu. Alors que le gouvernement a dégainé mardi l’article 49.3 pour passer en force son texte et que de nouvelles journées de mobilisations sont attendues partout en France, Pascal confie ses inquiétudes au JDD. Et, révèle en filigrane, un sentiment de défiance de plus en plus croissant dans les rangs des forces de l’ordre.

"Du ni fait ni à faire"

Il en est persuadé : de nombreux débordements auraient pu être évités depuis deux mois. Aussi bien la casse que les blessés côté policiers… Et les violences sur des civils, même si lui préfère le terme de "dommages collatéraux". Comme lors du 1er-Mai, où les ordres ont été donnés de couper le cortège en cours de route pour isoler un groupe de casseurs. Dans le cortège saucissonné, bon nombre de manifestants se sont retrouvés pris au piège sous les gaz lacrymogènes. "Du ni fait ni à faire", tranche le CRS.

D’autant que certaines bandes pourraient être interpellées bien avant. Comme pendant la manifestation du 9 avril. Ce jour-là, son équipe est en faction à proximité de la place de la République, où un cortège de manifestants doit prendre le départ vers la place de la Nation. Vers 13h30, il reçoit un appel. Un groupe cagoulé s’apprête à prendre la tête du cortège. "On les connaît bien, ce sont des ultras connus des services de renseignement", précise le CRS. Encore maintenant, il enrage de la gestion des événements : "On avait un signalement précis. On s’est dit qu’on n’allait pas les laisser passer… On n’a jamais reçu l’ordre”, rapporte-t-il. "Au lieu de ça, on les a laissés progresser tranquillement. Ce jour-là, un collègue officier a été blessé gravement à la jambe par un tir de mortier."

"On interpelle juste pour les images du 20 heures"

Un scénario qui se répète au fil des manifs. "Ces gars-là sont entre 200 et 300 maximum", fulmine le gradé. "Il suffirait de les interpeller avant le départ des cortèges, pas la peine d’être un grand tacticien pour comprendre ça", souffle-t-il. Blasé, il compare la situation avec les forces de l’ordre allemandes qui, le 30 avril, ont procédé à près de 400 arrestations en marge d’un rassemblement du parti populiste AfD. Une opération qu’il juge impossible actuellement en France faute de courage politique. "Ici, on interpelle juste pour les images du 20 Heures, pour faire croire qu’il y a de la fermeté de la part du gouvernement."

Une situation qu’il interprète comme une volonté de pourrir le mouvement. "Une manifestation qui se passe bien, on parle du fond. Quand vous avez des casseurs, on se focalise sur les violences et les vitres cassées." Et de s’interroger : "Est-ce que le gouvernement est assez vicieux pour faire ça?" Une question à laquelle il se gardera de répondre.

"On était comme des sauveurs"

Ce qu’il sait en revanche c’est qu’à ce rythme, la situation peut vite devenir très inconfortable. Dans son propre entourage, des voix l’interpellent. "Certains ne comprennent plus ce que je fais", lâche-t-il, désabusé. Avant de reconnaître : "J’ai l’impression d’être devenu un pion politique."

Un virage à 180 degrés par rapport à l’après Charlie et aux scènes de communion du 11-Janvier. "Les gens avaient oublié ce que ça pouvait être un attentat d’ampleur. Face à la peur, on était comme des sauveurs", se rappelle le CRS. Un état de grâce limité. "Assez vite, tout le monde est retourné dans son train-train. Il fallait être naïf pour croire que ça allait durer."

Selon lui, l’image protectrice a commencé à s’écorner avec la seconde vague d’attentats de novembre. Un électrochoc sans 11-Janvier. "A ce moment, j’ai senti un basculement dans la tête des gens", avance le fonctionnaire de police. "Ils se sont rendus compte qu’on ne pouvait pas tout empêcher. On aura beau s’entraîner, on ne peut pas leur dire : 'Dormez sur vos deux oreilles.' L’incertitude s’est installée." Voire plus chez certains?

"Tout le monde déteste la police"

A ses yeux, la défiance est une part inhérente du métier. "On provoquera toujours du rejet chez certains, c’est comme la pluie et le beau temps", phosphore le CRS. Mais avec le climat sécuritaire de l’état d’urgence, l’opposition donne l’impression d’être montée d’un cran. Dans les cortèges, le slogan d’hier "CRS avec nous" a laissé place au refrain "Tout le monde déteste la police". Rien de bien nouveau, nuance le gradé, qui reste prudent sur la thèse d’une banalisation de la "haine anti-flic". "En Mai 68 c’était 'CRS = SS'. Les slogans, ça va, ça vient… jusqu’au prochain attentat", résume-t-il froidement.

"Mais pour les nouvelles recrues, c’est différent", prévient Pascal. "Ils arrivent dans un climat explosif sans forcément voir le bout du tunnel. Ils me demandent : 'C’est ça être CRS?'"

Sans compter la fatigue. Un an et demi après Charlie, elle n’a jamais été aussi grande. Lui assure tenir le coup mais averti : "J’ai des jeunes collègues qui ont déjà demandé leur mutation." Et la menace est bien présente. Dans moins d’un mois débute l’Euro 2016. "On se prépare comme jamais auparavant", glisse le gradé les yeux dans le vide.


Autain menace de porter plainte contre Valls sans « excuses » de sa part, par Libération

lundi 23 mai 2016.

Source : http://www.liberation.fr/france/2016/05/22/autain-menace-de-porter-plainte-contre-valls-sans-excuses-de-sa-part_1454344


 
Clémentine Autain, porte-parole d’Ensemble, a affirmé dimanche à l’AFP qu’elle porterait plainte contre Manuel Valls, si le Premier ministre ne lui présentait pas ses « excuses » pour les « propos mensongers » tenus à son encontre sur radio J.

« Je vais porter plainte contre Manuel Valls s’il ne présente pas ses excuses », a affirmé Mme Autain. « Il faut que cela cesse », a-t-elle insisté.

Le Premier ministre, actuellement en Israël et les Territoires palestiniens jusqu’à mardi, a dénoncé, dans une interview à Radio J, « l’islamo-gauchisme », « ces capitulations, ces ambiguïtés avec Les Indigènes de la République, les discussions avec Mme Clémentine Autain et Tariq Ramadan, ambiguïtés entretenues qui forment le terreau de la violence et de la radicalisation ».

« Ces propos sont mensongers. Je n’ai jamais rencontré personnellement Tariq Ramadan, ni partagé de tribune avec lui. Ces accusations ineptes visent à dire que moi-même, et à travers moi ma famille politique, seraient le terreau du terrorisme », a dénoncé Mme Autain.

« Il est le Premier ministre et doit donc garantir le débat démocratique » au lieu de l’« évacuer, par les mensonges et les insultes. Nous posons la question sur ce qui est efficace pour combattre le jihadisme ».


L’incendie de Fort McMurray, crime écologique des exploitants d’énergie fossile, par Noël Mamère

Source : http://reporterre.net/L-incendie-de-Fort-McMurray-crime-ecologique-des-exploitants-d-energie-fossile

11 mai 2016


L’incendie monstrueux qui a dévasté la forêt boréale de l’Alberta canadien n’est pas une catastrophe naturelle, insiste notre chroniqueur, mais bien un énième crime contre l’environnement perpétré par « la folie et l’avidité d’entreprises capitalistes pétrolières ».

L’incendie de Fort McMurray, au Canada, est présenté dans les médias « mainstream » comme un incendie de forêt de plus parmi tant d’autres, certes d’une amplitude beaucoup plus forte mais, somme toute, à l’échelle de cet immense pays. Cette fable a été dénoncée dans ces colonnes par Hervé Kempf, mais il faut enfoncer le clou. Nous ne sommes pas devant une catastrophe « naturelle ». L’incendie n’est peut-être pas lié directement à l’exploitation des sables bitumineux (les « tar sands », en anglais, les « sables sales », en français) mais celle-ci en a accéléré le développement. Avec le réchauffement climatique — effet, entre autres, de l’exploitation des sables bitumineux — les incendies n’ont jamais été aussi fréquents. Face à un climat de plus en plus sec, le plan de prévention des incendies n’est plus adapté, car il a été pensé à une époque où le climat était plus humide et où l’eau n’était pas encore captée par les puits de ce pétrole non conventionnel.

Toutes les études montrent que les régions les plus proches du pôle Nord (ce qui est le cas de la forêt boréale du Canada) sont les plus affectées par le réchauffement, créant ainsi des conditions idéales pour que se déclenchent des incendies qui augmentent en superficie chaque année. La saison des feux de forêt s’allonge sans cesse, du début du printemps jusqu’à l’automne. L’exploitation des sables bitumineux a donc engendré cette situation prévisible depuis longtemps.
D’ailleurs, en 2011, le gouvernement canadien, dirigé par l’ultralibéral Harper, s’était retiré du protocole de Kyoto pour pouvoir continuer à exploiter sans entraves les sables bitumineux.

Le leurre médiatique et diplomatique de la COP21

1.800 milliards de barils de bitume, soit l’équivalent de l’ensemble des réserves de pétrole conventionnel dans le monde, gisent sous le sol de l’Alberta. Pourquoi s’en priver, estiment des entreprises comme BP, Shell et Total, installées à Fort McMurray ? Qu’importent les dégâts irréparables en termes de déforestation, qu’importe la destruction des écosystèmes, qu’importent les déchets toxiques entassés en dépit du bon sens et qui affectent la santé des populations indigènes dont le mode de vie est depuis longtemps ravagé par cette nouvelle ruée vers l’or noir.

La priorité, pour les exploitants d’énergie fossile, est de continuer à engranger des profits tant qu’il en est encore temps. Dans cette affaire, nous sommes face aux conséquences directes du « Capitalocène », une ère commencée avec les débuts de la révolution industrielle. La folie et l’avidité d’entreprises capitalistes pétrolières est directement à l’origine de cette destruction cataclysmique de la forêt boréale. Bien que très loin géographiquement, elle nous concerne tous et toutes directement.
À la lumière de ce nouveau crime écologique, on peut légitimement s’interroger sur le leurre médiatique et diplomatique de la COP21, qui n’a rien dit dans sa résolution finale sur la continuation sans entraves de l’exploitation des énergies fossiles. Les États et les banques continuent allègrement à massacrer la planète sans se soucier des générations futures et de la Terre où nos enfants et nos petits-enfants vivront.
Il faut traduire en justice les responsables de ces crimes et constituer un tribunal international des crimes contre l’environnement, qui doivent être considérés comme des crimes contre l’humanité. Mais, en tant que citoyens, nous devons organiser le désinvestissement des industries fossiles, du pétrole, du charbon et du gaz, exiger l’interdiction des subventions directes et indirectes à ces industries par les États et les collectivités territoriales. Plus de 5.000 milliards par an sont investis dans ces armes de destruction massive de la planète. Pour sauver la banquise, il faut se sauver des banquiers !


Nouveau seuil atteint dans le processus de décomposition du PCF, par Evariste

Source :http://www.gaucherepublicaine.org/chronique-devariste/nouveau-seuil-atteint-dans-le-processus-de-decomposition-du-pcf/7398018

mercredi 11 mai 2016

 

Les résultats du vote en vue du prochain congrès du PCF sur le texte du conseil national et sur les quatre textes alternatifs ont été rendus publics.

14.942 voix (51,2 % des exprimés) pour le texte du conseil national qui devient la base commune amendable dans la deuxième phase du congrès pour la phase finale début juin. Deux départements ont donné plus de 80 % à ce texte (Corse du Sud et Côtes d’Armor).

6.910 voix (23,68 % des exprimés) pour les partisans du Front de gauche (texte alternatif 1). Ce texte est majoritaire de façon absolue dans 6 départements dont la Vendée avec 67 %.

1.575 voix (5,4 % des exprimés) pour le texte Alternative 2 mené par le groupe trotskiste La Riposte (elle-même filiale d’un petit groupe international Tendance marxiste internationale). Ce courant dépasse 15 % dans 3 départements dont la Côte d’Or avec plus de 21 %.

3.755 voix (12,87 % des exprimés) pour le texte Alternative 3 des bastions municipaux orthodoxes (Pas-de-Calais, Vénissieux, les amis de JJ Karman, etc.). Ce courant dépasse 30 % dans 5 départements avec 45 % dans les Ardennes et plus de 78 % dans le Pas-de-Calais.

2001 voix (6,86 % des exprimés) pour le texte ultra-orthodoxe réuni au tour de Dang Tran. Ce texte fait plus de 20 % dans 8 départements, plus de 30 % dans 5 départements, avec 47 % dans l’Aisne et plus de 75 % en Haute-Saône.
Analyse concrète du scrutin interne du PCF

D’abord sur le plan général, la chute des cotisants officiels est acté (64.000 en 2013, 51.000 en 2016). La chute des votants également (34.600 en 2013, 29.183 en 2016). La chute d’influence du texte du conseil national est manifeste (73 % en 2013, 51,2 % en 2016), d’autant plus que les quatre textes alternatifs sont opposés au texte aujourd’hui base commune. Nous sommes revenus en 2003 avec une configuration à peu près équivalente. Nous y reviendrons plus loin.

Notons aussi que dans certains départements (Hautes Alpes, Ardèche, Corse du sud, Gers, Indre, Lot, Haute-Marne, Moselle, Sarthe, Vosges, Territoire de Belfort), les blancs et nuls oscillent entre 6,8 % et 10 % des inscrits !

Si on regarde maintenant les votants de la base commune, ce sont pour une bonne part, les votes issus des bases électives du PCF existantes grâce à une alliance dès le premier tour avec le PS. Mais comme il est probable que le PS va continuer sa propre décomposition, l’avenir de ce courant du PCF suivra probablement celui de son allié principal.

Si on regarde le deuxième courant du PCF (Alternative 1) en importance qui représente ceux qui se déclare favorable au Front de gauche, notons que cette déclaration arrive à un moment où le Front de gauche n’existe plus sauf dans les nostalgies de certains. Né d’une volonté commune de Marie Georges Buffet (alors secrétaire nationale du PCF) et de Jean-Luc Mélenchon, il s’est concrétisé par une alliance entre le PCF et le PG (parti né dans cette circonstance) qui a été élargi ensuite à des petits groupes politiques. Cette alliance n’existant plus, parler aujourd’hui du Front de gauche est ne pas passer par la case « analyse concrète de la situation concrète ».

Alors que Pierre Laurent a tenté tous les contacts possibles avec Taubira, avec les frondeurs, avec Hulot, avec le PS via son accord pour les primaires socialistes, le manque de détermination de ses interlocuteurs et la réaction majoritaire de la base communiste l’ont obligé à déclarer que le PCF ne pourrait pas participer à une primaire avec le président sortant. Le vide stratégique est criant.

De son côté, Jean-Luc Mélenchon a vite compris que s’il attendait avant de se déclarer candidat, il ne pourrait plus le faire, d’autant que nous savons aujourd’hui que les règles de la présidentielle se sont durcies. Mélenchon a aujourd’hui derrière lui un millier de groupes d’appui et 100.000 citoyens qui soutiennent sa candidature. Et comme la nature a horreur du vide, les intentions de vote autour de sa candidature sont plutôt bonnes. Il organise le 5 juin prochain, dernier jour du 37e congrès du PCF congrès, un rassemblement qui pourra accueillir les déçus du congrès du PCF. Le courant pro-Front de gauche, regroupé dans l’Alternative 1 va probablement se diviser entre ceux qui tenteront un nouvel accord avec la direction nationale alors que les textes initiaux sont peu conciliables, ceux qui quitteront le PCF et un certain nombre qui rejoindront la candidature de Jean-Luc Mélenchon sans que ces choix ne soient exclusifs entre eux.

Le troisième texte (Alternative 2) très critique du texte de la base commune a fait le choix stratégique trotskiste de devenir un courant critique interne des partis communistes.

Les deux autres textes (Alternative 3 et 4) sont des vieux courants orthodoxes du PCF, qui n’ont pas fait leur deuil du communisme soviétique, qui déclinent donc globalement de congrès en congrès mais dont ledéclin est masqué par le déclin du PCF lui-même.

Une des raisons de la décomposition réside dans la confusion et les impasses théoriques et pratiques
Comme on le voit, aucun de ces courants n’est une force propulsive pour nous mener vers une transformation sociale et politique en rupture avec le système dominant. D’autant, que leur stratégie n’est toujours pas connue (comment peut-on rassembler politiquement sans une stratégie claire ?), et que leur ligne politique est confuse sur de nombreux points.

D’abord sur l’Union européenne et la zone euro. Que ce soit la base commune ou l’Alternative 1, leur position est toujours le plan A à savoir la croyance que la mobilisation et le simple volontarisme politique suffisent à transformer l’euro néolibéral en euro social et que de la même façon, les traités pourraient devenir des traités sociaux. Nous savons pourtant que ces traités ne peuvent pas être changés vu que la règle est l’unanimité des pays pour l’obtenir (il sera long pour certains de comprendre le pourquoi de l’élargissement à certains pays comme Malte par exemple) et que le parlement européen n’a pas de pouvoirs législatifs même s’il a certains pouvoirs de co-décision ce qui est loin d’être la même chose. Le déclenchement par les syndicats grecs d’une grève générale de 48 heures contre le gouvernement grec ne les fait pas vaciller sur leur soutien inconditionnel à la politique du gouvernement grec.

Certains cependant dans l’Alternative 1 sont favorables au plan B à savoir la sortie de la zone euro par un simple volontarisme politique négligeant par-là les lois tendancielles du capitalisme qui ne permettront une sortie du carcan de la zone euro que dans une situation de crise paroxystique à condition d’être organisé et de s’y être préparé nationalement et internationalement.

Un deuxième point de confusion divise les deux principaux courants du PCF. C’est celui du relativisme culturel, du soutien au communautarisme, au clientélisme, au financement public des cultes notamment catholique, de leur complaisance avec l’islamisme en lieu et place des principes de la République sociale avec son universalisme, sa laïcité, son acceptation de toutes les religions (donc y compris l’islam bien sûr) et du refus de toute complaisance avec tous les racismes et discriminations sans exception aucune.

Un troisième point de difficulté réside dans la croyance des deux principaux courants du PCF que l’on peut rassembler le peuple sans se poser la question : « pourquoi la classe populaire ouvrière et employée a utilisée le vote Front de gauche ou PCF en 5e choix (après l’abstention majoritaire mais aussi derrière le FN, LR, PS) ? ».

Un quatrième point de difficulté réside dans le fait que le PCF (comme hier le Front de gauche d’ailleurs) est resté dans le tabou de la propriété et ne s’inscrit pas dans la ligne du fondateur du journal l’Humanité qui écrivait en 1898 dans « Socialisme et Liberté » : « Quand le prolétariat socialiste aura été porté au pouvoir par les événements, par une crise de l’histoire, il ne commettra pas la faute des révolutionnaires de 1848 : il réalisera d’emblée la grande réforme de la propriété. » Jaurès parlait de la propriété des moyens de production et non de la propriété d’usage.

Un cinquième point de difficulté réside dans le fait que le PCF (comme hier le Front de gauche) préfère en rester à l’information propagandiste en refusant les processus d’éducation populaire. On comprend cela car il est difficile de produire un processus d’éducation populaire avec de la confusion sur la ligne et sur la stratégie !

Un sixième point de difficulté, mais qui découle de ce qui précède, est que si le PCF (comme le Front de gauche d’ailleurs) a bien un programme, il n’a pas de modèle politique alternatif qu’il puisse articuler avec les propositions immédiates. Jean Jaurès appelait cela l’articulation de la double besogne via la stratégie de l’évolution révolutionnaire. Il préconisait de reprendre le modèle politique de la République sociale inventé par les révolutionnaires de 1848.

Mais nous ne sommes pas à la fin de l’histoire car il n’y a pas de fin de l’histoire. De nombreux points positifs ont surgi récemment des mouvements sociaux et politiques pour qui sait les regarder autrement que par l’entremise de TF1, France 2, BFM ou de Itélé.
Nous y reviendrons dans d’autres articles de Respublica mais aussi dans les discours des intervenants de Respublica et du Réseau Education Populaire. Hasta la victoria siempre !

 


Non, Bernard Cazeneuve, nos étudiants n’ont pas à payer votre dérive sécuritaire, appel

Source : http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/05/11/non-m-cazeneuve-nos-etudiants-n-ont-pas-a-payer-votre-derive-securitaire_4917607_3232.html

11 mai 2016

 

Le Jeudi 28 Avril 2016, vers minuit, place de la République à Paris, un certain nombre d’étudiants de l'Ecole Normale Supérieure des Beaux Arts (ENSBA) ont été les victimes d’une agression, gratuite mais manifestement préméditée, d’une rare violence. Les coupables, comme l’attestent de nombreuses images accessibles à tous, sont les agents d’une Compagnie Républicaine de Sécurité (CRS). Aucune provocation de la part des étudiants ne motivait ces voies de fait et ils n’eurent pas le temps, assaillis par surprise, d’y opposer de véritable résistance. Des films, des photographies, des certificats médicaux et le procès-verbal de leur plainte auprès de l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN) démontrent la gravité des faits. Leur contexte est connu, la police avait décidé de façon unilatérale de vider coûte que coûte la place de la République pour mettre fin au rassemblement de la Nuit Debout parisienne. Le seul tort des étudiants brutalisés, et des amis venus leur prêter main-forte, était d’y construire un « château commun » avec des matériaux de fortune.
 
Or cette intervention artistique dans la ville, à la fois généreuse, festive et pacifique, avait été décidée collectivement à l’école. Elle avait été non seulement encouragée, mais accompagnée par plusieurs d’entre nous, sur la place, le jour même. Ce saccage et ce tabassage atteignent donc l'ENSBA dans son ensemble. Ils bafouent ses principes et compromettent sa mission, proposer un enseignement ouvert sur le monde extérieur et assurer la protection des étudiants et de leur travail.
 
Mais cette bavure n’est pas isolée, loin de là. Depuis les premières manifestations du mois de mars 2016, les violences policières se sont multipliées et aggravées continûment. Tous les jours nous parviennent de nouveaux témoignages, de nouvelles preuves et de nouvelles protestations émanant d’enseignants, de parents d’élèves, de militants et de simples manifestants. Nombreuses sont les images filmées qui montrent des fonctionnaires de police frappant des manifestants, parfois mineurs, déjà menottés ou à terre. Même dans les rangs de la police on reconnaît que ces dernières semaines ont connu un niveau de violence dans la répression, et de sévérité sur son versant légal, jamais atteint depuis des décennies. La composition et l’usage de l’armement des CRS et des gendarmes mobiles jouent sur les ambiguïtés de la loi et y contreviennent de fait. Enfin, la stigmatisation des « casseurs » repose sur un mensonge grossier. Un étudiant qui se protège le nez contre les gazages à bout portant et une lycéenne qui se protège la tête contre les matraquages ne sont coupables de rien. À ce ciblage arbitraire, la foule bigarrée nassée pendant des heures boulevard Diderot le jour de la fête du travail a eu raison de répliquer « nous sommes tous des casseurs ».
 
En réalité, le gouvernement dont vous faites partie, Bernard Cazeneuve, projette dans cette figure fantasmatique le reflet de sa propre radicalisation répressive. Il flatte le bas instinct de la xénophobie en infligeant aux réfugiés un traitement plus cruel et des conditions de vie plus honteuses que chez tous nos voisins européens. Et voilà qu’aujourd’hui, pour imposer une loi rétrograde que même sa majorité parlementaire refuse de voter, il monte encore d’un cran dans la surenchère policière et il s’en prend aux plus jeunes. Nous, enseignants et personnels de l'ENSBA de Paris, refusons que nos étudiants paient le prix de cette dérive sécuritaire. Nous nous déclarons choqués par les violences qu’ils ont subies et solidaires de la plainte qu’ils ont déposée.
 
Nous demandons à l’IGPN de diligenter une enquête et de sanctionner les fonctionnaires incriminés. Nous appelons toutes les victimes des violences policières de ces derniers jours dans toute la France, jeunes et vieux, lycéens, étudiants, militants et simples passants, à se constituer partie civile eux aussi et nous espérons que le cas présent, par l’écho qu’il peut rencontrer, les y encouragera. Contre l’intimidation systématique, les gazages massifs, les matraquages arbitraires, les brimades et les tirs tendus de flash-balls, nous réaffirmons le droit à manifester, à construire des abris pour y débattre et à investir l’espace public pour le réinventer.

 


Témoignage d’une StreetMedic lors de la manifestation du 1er Mai 2016 à Paris

3 mai 2016

Source: https://paris-luttes.info/temoignage-d-une-streetmedic-lors-5552


Retour sur le premier mai 2016 vu du coté répressif. Avec ses lots de blessés et de membres brisés par les flics, mais aussi marqué par une solidarité sans faille. Un communiqué collectif sera publié très bientôt. En attendant, je tenais à écrire ce témoignage pour que ce que l’on a vécu durant la journée de mobilisation du 1er mai contre la loi travail soit rendu public rapidement.

Cette manifestation a été, de mon point de vue, une des plus violemment réprimées depuis le début du mouvement. Néanmoins, c’est aussi lors de cette journée que j’ai pu assister à des pratiques collectives de solidarité, d’une ampleur et d’une force que je n’avais jamais connues auparavant.

En tant que StreetMedic, nous avons eu à soigner, rassurer, prendre en charge d’innombrables blesséEs. Et quels que soient nos efforts de comptabilité, nous ne pouvons avoir accès qu’à un nombre restreint des victimes de la police, tant les affrontements sont massifs et étendus. Nous avons vu et soigné des blesséEs graves, des tirs tendus au flashball, aux grenades lacrymogènes, aux grenades de désencerclement. Des tirs au visage, dans les yeux, les mains, sur les membres, sur tout le corps. Nous avons vu des doigts à demi sectionnés, de la peau brulée, des personnes sous le choc, terrorisées.

De manière générale, les blesséEs nous arrivent par salves. La première fois, c’était dans une grande nasse avant d’arriver à Nation : 4 blesséEs graves, beaucoup d’autres plus légerEs. Nous avons dû improviser un triage, dans un poste de soin avancé malgré les affrontements tout proches.

Là, j’ai vu les manifestantEs nous protéger, faire barrage de leur corps lorsque les charges de CRS sont arrivées sur nous. Beaucoup de personnes sont restées là, à se mettre en danger, à prendre le risque de se faire arrêter, matraquer, tirer dessus. Par solidarité. Et c’est cette attitude, qui a continué de me marquer tout au long de la journée.

Plus tard, à Nation, nous avons pris en charge une personne dont une artère avait été sectionnée au niveau de la cheville, par un tir tendu de la police. Elle avait donc une hémorragie pulsatile, ce qui la rendait indéplaçable, pour pouvoir maintenir un point de compression. Nous sommes donc restéEs avec elle, à la soigner au centre de la place, pendant que les grenades lacrymogènes pleuvaient partout et que les tirs tendus sifflaient. Rapidement, d’autres blesséEs nous ont été amenéEs.

Un périmètre de sécurité formé par une trentaine de personnes s’est établi autour de nous.
Nous agitions un grand drapeau StreetMedic dans l’espoir que la police ne charge pas et laisse parvenir jusqu’à nous les secours que l’on avait appelés pour évacuer les blesséEs les plus lourdEs.

Mais une pluie ininterrompue de grenades lacrymogènes s’est mise à pleuvoir sur notre petit périmètre. Nous étions quasiment les dernierEs sur la place. J’étais aveuglée et asphyxiée. Une main comprimant l’artère d’unE des blesséEs, l’autre protégeant sa tête des tirs. Mais même les deux mains immobilisées, sans rien voir et sans pouvoir respirer, je savais que l’on me protégeait.

Toutes ces personnes, StreetMedics, manifestantEs, inconnuEs sont restéEs autour de nous et ont gardé la ligne. Certaines ont placé leurs corps au-dessus de nous pour faire barrage aux palets de lacrymogène brulants qui tombaient en pluie sur nous. L’une d’entre elles a d’ailleurs vu son sac commencer à flamber. Mais elles sont toutes restées jusqu’à la fin.

Je ne veux pas faire ici une apologie de martyr, et je pense que nous auront beaucoup à nous questionner sur la façon que nous avons eu de nous mettre en danger, physiquement, nous, manifestants, et particulièrement les StreetMedics.

Mais à l’issue de cette journée, je tenais à dire à quel point j’ai été touchée par la solidarité collective, massive dont j’ai été témoin, et ce, tout au long de cette journée. J’ai vu des manifestantEs de tendances très différentes prendre soin les uns des autres. Individuellement, en groupes ou en tant que cortèges. Et ce, malgré un degré de répression intense et soutenu.

De mon point de vue de StreetMedic, cette journée a été un bain de sang. Nos interventions tiennent de plus en plus de la médecine de guerre. Mais paradoxalement, le sentiment le plus fort, le plus présent chez moi à l’issue de cette journée, c’est la gratitude, un sentiment fort de cohésion, de solidarité, de force, de convergence et de détermination. La preuve en acte que nous, étudiantEs, travailleurs, chômeurs, précaires nous pouvons être plus fortEs face aux patrons, à l’état, à sa police.

La solidarité est une arme inestimable.

 


Tout est mis en place pour que ça dégénère, entretien avec Alexandre  Langlois secrétaire général de la CGT police

Source : http://www.humanite.fr/tout-est-mis-en-place-pour-que-ca-degenere-606373

Petit à petit à travers maints témoignages se fait jour le choix politique du pouvoir confronté à un mouvement social qui s'ancre et qui bénéficie toujours du soutien de l'opinion.

Par Maud Vergnol Huma du 4 mai.

Entretien. Gardien de la paix au renseignement territorial, secrétaire général de la CGT police, Alexandre Langlois dénonce une volonté délibérée de « dégoûter les manifestants ». Il raconte les coulisses des violences.

Comment analysez-vous les violences policières qui ont marqué les dernières manifestations contre la loi El Khomri?

Alexandre Langlois Tout est mis en place pour que les manifestations dégénèrent. Côté renseignement, on constate depuis une dizaine d’années une double évolution, avec des manifestants beaucoup plus pacifiques qu’avant, mais des casseurs toujours plus violents, organisés de manière quasi paramilitaire. Certains de ces groupes sont identifiés avant qu’ils intègrent les manifestations. Mais aucune consigne n’est donnée pour les interpeller en amont.

Vous parlez d’une « volonté délibérée » que les manifestations dégénèrent. Comment cela se traduit-il pour vous, sur le terrain?

Alexandre Langlois Prenons l’exemple du 9 avril. En fin de journée, nous savons qu’un groupe de casseurs dangereux vient d’arriver gare du Nord pour aller perturber Nuit debout, à République. Une compagnie de CRS se trouve sur leur passage, prête à intervenir. Mais l’ordre leur est donné par la préfecture de se pousser dans une rue adjacente! Les collègues leur signalent l’imminence de l’arrivée du groupe de casseurs. Mais ordre leur est confirmé de les laisser gagner place de la République, avec les conséquences que l’on connaît! Par contre, quand il s’est agi d’aller protéger le domicile privé de Manuel Valls, ce soir-là, cette fois les ordres ont été clairs…

Au-delà des casseurs, comment expliquez-vous les ruptures de cortèges, l’usage systématique de gaz lacrymogènes, voire les brutalités policières gratuites?

Alexandre Langlois C’est important de rappeler que, dans les manifestations, tous les collègues sur le terrain n’interviennent que sur ordre. Si certaines, comme le 1er Mai, se terminent en « souricière » place de la Nation, c’est que l’ordre en a été donné. Le message qui est passé, c’est « casseurs venez, vous pourrez agir en toute impunité, et manifestants ne venez plus avec vos enfants, car c’est dangereux pour vous ». Et à la fin de la journée, les médias ne parlent que des violences, et surtout plus des raisons pour lesquelles les citoyens manifestent. Le pouvoir politique instrumentalise la police, qui sert de bouc émissaire. Cela permet au gouvernement de faire diversion.

Comment les policiers vivent-ils cette situation?

Alexandre Langlois Nous sommes épuisés. Les collègues souffrent d’une perte de sens de leur métier. Aujourd’hui, on leur demande du rendement statistique et d’exécuter des ordres qu’ils jugent incompréhensibles ou injustes. La police est déshumanisée. On compte un suicide en moyenne par semaine dans notre profession. À la CGT police, nous défendons l’idée d’une force publique à l’usage du peuple, celle de la déclaration des droits de l’homme de 1789, une « force pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée ».


Disputes, dissensions et diffamations autour du mouvement des Nuits Debout, par Matthieu Mondoloni

Source: http://www.franceinfo.fr/actu/societe/article/disputes-dissensions-et-diffamation-autour-de-nuit-debout-785985

Vendredi 29 Avril 2016


 
Alors qu'ils occupent la place de la République à Paris depuis bientôt un mois, les militants du mouvement des Nuits Debout cherchent désormais à donner un nouvel élan à leur mouvement. Mais depuis quelques jours, deux courants s’opposent fortement sur la suite à donner à la mobilisation et ce jusque sur le terrain judiciaire.
 
Insultes, accusations et diffamations, deux camps s’opposent aujourd’hui au sein du mouvement des Nuits Debout. Deux visions politiques et une question au cœur des débats, le mouvement des Nuits Debout est-il un mouvement ouvert à tous ?
 
Au coeur de cette querelle, notamment, on trouve la gestion du site internet et des réseaux sociaux du mouvement. Ce qui pourrait sembler anecdotique ne l’est pas du tout. Le mouvement des Nuits Debout, c’est quelques centaines de personne chaque soir place de la République, mais c’est surtout plus de cent soixante mille abonnés à la page facebook ou au compte twitter. C’est toute une communauté qui s’est fédérée et se fédère encore autour des réseaux sociaux. Un puissant outil de mobilisation qui relaye les événements, les ateliers ou les assemblées générales qui se tiennent depuis la fin du mois de mars 2016. Un outil que se disputent aujourd’hui deux camps.
 
D’un côté, le Media Center du mouvement des Nuits Debout, composé d’une quinzaine de personnes, qui se charge de poster sur les réseaux sociaux ou d’administrer le site internet. De l’autre, des militants du collectif pour la convergence des luttes. L’un d’eux a dénoncé, récemment lors d’une assemblée générale, une véritable entreprise de récupération avec une société qui se ferait de l’argent sur le dos du mouvement. La vidéo de sa prise de parole a été vue près de douze mille fois en quelques jours.
 
« Ces gens-là », ce sont les employés et le fondateur de la société Raiz, une petite start-up aux modestes locaux nichés dans le sous-sol d’un immeuble du douzième arrondissement de Paris. Elle emploie quatre personnes, dont une seule à temps plein, explique son fondateur et dirigeant, Baki Youssoufou, trente sept ans. Depuis plusieurs jours, il est la cible des critiques les plus dures, accusé notamment de gagner de l'argent avec le site www.nuitdebout.fr, et son numéro de téléphone et son adresse ont été publiés sur Internet. Depuis, il raconte les coups de fils anonymes et les insultes de la part de certains militants.
 
« Je ne peux pas accepter ces méthodes », explique Baki Youssoufou.

« J'ai décidé de porter plainte. Pas contre le mouvement ou un collectif, mais contre ceux qui ont fait fuité mon numéro de téléphone et ceux qui me diffament. Je suis cité nommément dans cette vidéo qui tourne dans laquelle on m'accuse de gagner de l'argent. Vous pensez vraiment que je peux gagner de l'argent avec un site politique et engagé ? Si j'ai acheté le nom de domaine www.nuitdebout.fr, c'est simplement pour éviter que d'autres, mal intentionnés, ne le fassent », se justifie celui qui se décrit comme un militant et un web-activiste de la première heure.
 
Deux visions politiques
 
Pour lui, ces attaques sont un prétexte. Leurs vraies raisons sont politiques, poursuit Baki Youssoufou. Derrière cette querelle sur le contrôle des réseaux sociaux, se cache un autre enjeu. Celui de l'avenir à donner au mouvement.
 
Car il y a en fait aujourd’hui deux visions du mouvement des Nuits Debout qui s’affrontent, deux camps qui ne partagent pas les mêmes buts. Le premier, auquel appartiennent Baki Youssoufou et les membres du Media Center, prône une vision ouverte et non partisane du mouvement. Tout le monde doit pouvoir venir écouter, discuter et débattre place de la République. Le second se veut plus politisé. C’est la ligne défendue par l’économiste Frédéric Lordon, l’une des figures emblématiques du mouvement des Nuits Debout. Mercredi 20 Avril 2016, il a pris la parole lors d’une réunion pour donner sa vision du mouvement.
 
Tout le monde n'est pas le bienvenu dans le mouvement des Nuits Debout.
Une allusion notamment à la venue d’Alain Finkielkraut qui avait été chassé de la place de la République il y a une quinzaine de jours. Entre ces deux camps, la rupture est réelle. Les insultes fusent et les débats sont tendus.
 
Avec leur idée d’ouvrir le plus possible le mouvement, grâce notamment aux réseaux sociaux, les membres du Media Center sont accusés de faire entrer les loups dans la bergerie. Les loups, ce sont les militants d’extrême droite, des crypto fascistes, des rouges bruns et des sympathisants de Dieudonné ou d’Alain Soral. Eux se défendent en parlant d’animation citoyenne.
 
Deux jambes, un seul mouvement
 
Leila Chaibi, membre du Parti de Gauche, préfère elle tempérer les propos des uns et des autres. Et surtout recentrer le débat. « Ces débats et ces divergences de points de vue sont sains », explique celle qui fait partie des premiers à avoir lancé le mouvement des Nuits Debout. Ce sont en fait les deux jambes d'un même mouvement. « L'important, c'est de réfléchir ensemble à la suite et à ce que nous ferons demain. Et de ne pas oublier notre premier objectif, le retrait du projet de loi travail. Après, l'appétit viendra en mangeant. D'autres combats suivront ».
 
Les deux jambes de ce mouvement sont au moins d’accord sur un point, le mouvement des Nuits Debout ne doit pas s’inscrire dans le calendrier électoral. Pas de parti, pas de candidats en 2017, disent-ils. L'important aujourd'hui, c'est de faire converger les luttes, de se rassembler et de s'unir.


L’amiral Laurent Mérer dénonce « l’horreur » en Palestine

Publié par Gilles Munier le 26 Avril 2016 (facebook)

Installé en Cisjordanie avec son épouse pour trois mois, l’amiral Laurent Mérer, ancien préfet maritime de l’Atlantique aujourd’hui en retraite, s’insurge contre l’abomination de ce conflit.

Après avoir commandé des navires et des régions maritimes, qu’est-ce qui vous a donné envie de vous engager dans une mission personnelle, en Palestine, avec votre épouse ?

C’est un engagement pour la paix. Nous cherchions à faire quelque chose de pragmatique, utile et sur le terrain. Le Defap, service protestant des missions étrangères, nous a proposé ce programme international du conseil œcuménique des églises pour la Palestine. Il a été créé au début des années 2000, après la deuxième Intifada.

Vous sentiez-vous, auparavant, concernés par le sort des Palestiniens ?

Pas particulièrement. Pour nous, ce sujet faisait partie du bruit de fond de la politique internationale. Je n’en savais finalement pas grand-chose. Ce qui nous a séduits c’est que ce programme répondait concrètement à une demande des Églises chrétiennes palestiniennes.

Depuis deux mois que vous êtes sur place, vous découvrez l’horreur…

Ce qui se passe ici est révoltant. C’est ni plus ni moins un peuple qui vole la terre d’un autre peuple et dénie son existence. Ces colonies qui se répandent comme le cancer sont totalement illégales. N’importe quel satrape d’Afrique ou d’Asie qui se comporterait ainsi serait traîné devant la Cour pénale internationale. On tire sur des gamins et 200 m plus loin, la vie continue. C’est l’horreur ! Et on a envie de le crier.

Pourquoi, dans ce cas, la cause palestinienne ne mobilise-t- elle pas plus ?

Ce conflit dure depuis 1967. C’est terrible mais on a fini par s’y habituer. Et puis en France, la cause palestinienne a été accaparée par des mouvements d’extrême gauche qui n’ont pas forcément de crédibilité auprès du grand public. Par ailleurs, il y a en face l’État d’Israël qui est un peuple malin, intelligent, bosseur et déterminé. Les Israéliens sont extrêmement habiles dans la propagande.

Vous dites qu’ils font passer les Palestiniens pour des terroristes alors qu’ils ne sont que des résistants…

Exactement. Lorsque nous étions occupés par les soldats allemands en 1940, ceux qui leur tiraient dessus étaient considérés comme des héros. C’étaient les résistants. Les Palestiniens sont des résistants qu’Israël fait passer pour des terroristes. Et cela marche très fort car dans l’esprit européen, terroriste = musulman = Daech. Or nous sommes dans un pays occupé depuis cinquante ans.

En quoi consiste votre mission au quotidien ?

Moi, je suis à Hébron qui est un endroit sensible. Nous facilitons l’accès des enfants aux écoles à proximité des colonies, les passages aux check-points (points de contrôle) … Ma femme, elle, est à Jérusalem. Sa mission est plutôt concentrée sur les lieux de culte puisque les Israéliens entravent l’accès des fidèles aux mosquées et aux églises. Elle travaille aussi dans une zone appelée le grand Jérusalem où se trouvent des bédouins expulsés de leurs pâturages. Israël leur mène une vie totalement impossible pour les décourager.

Il y a aussi les fréquentes démolitions de maisons.

Pour construire, les Palestiniens doivent demander l’autorisation à Israël qui refuse dans la majorité des cas. Ils construisent à leurs risques et périls. Si la maison est repérée, elle est immédiatement rasée ! Il y a aussi les démolitions punitives. J’en ai vécu une contre un jeune qui a été accusé, sans encore être jugé, de tentative d’agression. Une nuit, trois cents soldats ont encerclé l’habitation de sa famille et ils ont tout cassé avec des masses. Sinon, ils peuvent aussi obstruer une maison le temps d’un procès. C’est cela, la justice ici.

Discutez-vous avec ces soldats ?

Bien sûr, je discute avec eux. C’est important. Mais il faut bien comprendre que ce sont des gamins de 18-19 ans qui ne savent pas toujours très bien ce qu’ils font là. Leur niveau de réflexion par rapport à leur engagement et leur mission n’est pas toujours très élevé. Beaucoup sont franco-israéliens. J’en ai rencontré un qui a grandi à Belleville, à Paris. Tous, garçons et filles, sont armés jusqu’aux dents. S’ils tirent aussi facilement sur les autres enfants, notamment lorsqu’ils se font caillasser, c’est surtout parce qu’ils ont peur.

Il est difficile d’imaginer que ces pratiques sont celles d’un pays démocratique.

C’est ce que nous vivons tous les jours. Et on ne comprend pas que nos pays occidentaux soient aussi complaisants à l’égard de pratiques dont nous ne pourrions même pas imaginer qu’elles se passent chez nous. Or, ces exactions sont menées par un État qui se dit démocratique. C’est totalement incompréhensible.

Ce qui est incompréhensible c’est qu’en cinquante ans, ce conflit n’a jamais trouvé d’issue ?

Tout le monde est un peu complice. Les pays arabes alentour n’ont jamais soutenu les Palestiniens parce qu’ils jouent leur propre agenda. Quant à la communauté internationale, elle a trop peur d’Israël et de ses relais si puissants en Europe et aux États-Unis. Dire la moindre chose, c’est risquer d’être taxé d’antisémitisme. Les Israéliens jouent sur du velours avec ça. Mais cela ne veut pas dire que tous approuvent. L’autre jour, j’ai lu un article d’un journaliste israélien qui disait : « Chers compatriotes, pendant que vous dormez, on tue des gosses. Moi, citoyen israélien, je suis complice. Vous êtes complices. Et nous serons redevables devant l’Histoire. »

On dit souvent qu’il s’agit d’un conflit religieux. Mais au nom de quel Dieu pourrait-il être justifié ?

C’est une querelle de territoires, pas de religions. Et puis il ne faut pas oublier qu’il y a des chrétiens ici, même si beaucoup sont partis. Pour Israël, les chrétiens sont gênants parce qu’ils empêchent que le conflit puisse passer pour une querelle juifs-musulmans, qui serait plus vendable à l’opinion internationale. Or il faut dire les choses telles qu’elles sont. Israël a métastasé la Palestine.

Vous qui avez pourtant été engagé sur de nombreux théâtres extérieurs, on a le sentiment que cette mission est la plus difficile que vous ayez vécue ?

Je n’avais jamais eu de contacts si directs avec des combattants. Ici, j’ai été une fois dans la ligne de mire. Cela ne m’était jamais arrivé. Mais surtout, je n’avais jamais vu des hommes et des femmes traités comme des bêtes. Lorsqu’on le vit, on n’est plus pareil après. Comment ce peuple, qui a vécu une abomination comme la Shoah, peut-il faire cela ?

*Source et titre original : L’ex-militaire dénonce « l’horreur » en Palestine (Ouest France – 24/4/16)


Document d'histoire:

L'anarcho-syndicalisme du début du vingtième siècle, par Où va la CGT ?

Source : http://www.ouvalacgt.over-blog.com/article-2837973.html

Lundi 29 Mai 2006

 


 
Nous republions ci-dessous un texte de 1926 pour continuer à alimenter le débat sur l'anarcho-syndicalisme et le sens général à donner à l'activité syndicale.
 
Ce document a été publié par Alexandre Losovsky, dirigeant de l'Internationale Syndicale Rouge (ISR), au début de son livre « le mouvement syndical avant, pendant et après la guerre ». Il est certes daté, mais encore riche d'enseignements et on remarquera que l'on retrouve quelques caractéristiques portées aujourd'hui, non seulement par celles et ceux qui se revendiquent explicitement de l'anarcho-syndicalisme, mais aussi par d'autres camarades dans la Confédération Générale du Travail (CGT), le Syndicat Unitaire et Démocratique (SUD) ou ailleurs. La deuxième tendance, qui est l'antipode du trade-unionisme, est connue sous le nom d'anarcho-syndicalisme. Si le trade-unionisme est lié aux pays anglo-saxons, l'anarcho-syndicalisme est lié aux pays latins. En France, patrie de l'anarcho-syndicalisme, il a pris son développement maximum et c'est là qu'a surgi sa théorie, qui a rallié dans les pays latins les sympathies d'un nombre important d'ouvriers.
 
Quels sont les traits essentiels de l'anarcho-syndicalisme ? Les trade-unionistes, comme on l'a vu, se préoccupent exclusivement des intérêts étroitement corporatifs et des intérêts de telle ou telle catégorie du travail.
 
L'anarcho-syndicalisme, et c'est ce qui représente, certainement, le progrès qu'il a réalisé, envisage des intérêts généraux de la classe ouvrière. Ce fut jadis une réaction très saine d'une certaine partie du prolétariat contre l'opportunisme et le réformisme régnant dans les organisations syndicales et politiques. Ainsi, le premier trait distinctif de l'anarcho-syndicalisme, c'est qu'il a posé des problèmes concernant l'ensemble de la classe ouvrière et la lutte, non pour l'amélioration du système capitaliste, mais pour la destruction de ce système.
 
Un second trait qui caractérise les tendances anarcho-syndicalistes dans le mouvement ouvrier international, c'est leur caractère anti politique Les anarcho-syndicalistes mettent au premier plan, dans la lutte sociale, les syndicats. A l’exception des syndicats, il n'y a, selon eux, aucune organisation capable de vaincre le capitalisme. Tous les partis politiques, affirment les anarcho-syndicalistes, des partis bourgeois jusqu'aux socialistes, ou même communistes, sont, au point de vue social, des organisations mixtes, cependant que les syndicats sont des organisations purement ouvrières. Le parti est une union de citoyens, le syndicat est une union de producteurs. Le parti peut grouper aussi bien des ouvriers et des individus issus d'autres classes. Le syndicat, lui, n'englobe que des ouvriers. Les anarcho-syndicalistes en tirent le principe selon lequel le syndicat doit avoir la priorité sur le parti.
 
Le syndicat devient ainsi l'instrument principal de la révolution sociale.
 
D'autre part, selon les théoriciens et les praticiens de l’anarcho-syndicalisme, tels que Georges Sorel, Hubert Lagardelle et Victor Griffuelhes, les syndicats sont, pour la classe ouvrière, non seulement un point d'appui dans la lutte pour la destruction de la société capitaliste, mais aussi la cellule d'où sortira la société future.
 
Selon les anarcho-syndicalistes, non seulement le syndicat fera la révolution, mais encore il réalisera l'édification de la société nouvelle, il se chargera d'organiser la production, il la réglera dans toutes les branches d'industrie et il administrera toutes les branches de l'économie nationale.
 
Telle est la philosophie sociale de l'anarcho-syndicalisme. Mais ce n'est pas tout.
 
Une autre particularité de l’anarcho-syndicalisme, c'est qu'il a intégralement hérité de l'anarchisme sa théorie de l’état, l’état, quel que soit sa forme et son contenu, est un mal. La structure organique de l’état, par elle-même, est un instrument d'exploitation de l'homme par l'homme et cette exploitation a toujours pour victime les travailleurs.
 
C'est pourquoi, dès la veille de la guerre, quand la question de la dictature du prolétariat était posée d'une façon abstraite et théorique, les anarcho-syndicalistes se prononçaient contre cette dictature qui, selon eux, devait perpétuer le régime de l'exploitation du travail. Les anarcho-syndicalistes sont anti étatistes, en revendiquant la destruction de l’état, ils se figurent la nouvelle société, après la révolution sociale, comme un corps où les syndicats joueront un rôle directeur, cette société « anarchique », c'est-à-dire sans état, sera réglée uniquement par les syndicats et elle ne se préoccupera que des problèmes concernant la production et la répartition.
 
Mais allons plus loin. Tout ce qui a été dit concerne l'avenir. Mais, dans le présent, par quoi se distinguent les anarcho-syndicalistes des autres théoriciens et praticiens syndicaux et que proposent-ils ?
 
L'anarcho-syndicalisme a mis en avant, en cours de lutte, certaines méthodes qui l'ont distingué des autres tendances. Avant tout, il accorde une grande importance aux minorités agissantes et, au fond, selon les anarcho-syndicalistes, cette minorité agissante doit, dans beaucoup de cas, remplacer la masse. L'anarcho-syndicalisme, en somme, se défie des masses, autant que les anarchistes. C'est l'individu qui joue le rôle prépondérant, non seulement la minorité agissante assume l'initiative et entraîne à sa suite la masse, mais elle peut accomplir l'œuvre d'édification sans le concours des masses, ce remplacement de la masse par une minorité agissante est l'une des particularités caractéristiques de la philosophie anarcho-syndicaliste.
 
C'est en partant de ce principe qu'il faisait figurer dans la lutte de tous les jours des éléments que nous ne rencontrons chez aucune autre tendance.
 
Les anarcho-syndicalistes introduisent dans la lutte un élément d'aventurisme, ce qui apparaît surtout dans le rôle exagéré qu'ils attribuent aux grèves. Organisant des grèves le plus souvent possible, ils ont même formé ce terme spécial de « gymnastique révolutionnaire », ils estiment que la grève est toujours un « bien ». Ils affirment que la grève profite toujours à la classe ouvrière, car elle entraîne un certain nombre d'ouvriers dans le mouvement et exacerbe les relations sociales et la lutte entre les classes.
 
Les anarcho-syndicalistes ne connaissent ni les longs et minutieux travaux de préparation, ni l'étude des conditions objectives où doit se dérouler la grève, ni l'appréciation réaliste des forces en présence et du rôle de la masse, ainsi que des rapports entre la masse et la minorité agissante. Ils se figurent que la révolution sociale surgira soudainement en l'absence même des prémisses d'organisation politiques, ou autres.
 
C'est là l'origine de la théorie de la grève libératrice qui peut éclater à n'importe quel moment et pour n'importe quelle raison. Les théoriciens de l'anarcho-syndicalisme prêtaient une importance décisive à l'initiative de proclamer la grève générale. Le reste devait s'accomplir par le mouvement spontané des masses. L'expérience de plusieurs grèves organisées en France, d'après la recette anarcho-syndicaliste, conduisit à des défaites cuisantes et obligea les leaders à se préoccuper des nombreux et graves problèmes du mouvement ouvrier.
 
Enfin, ils mettent en avant l'idée du sabotage ou de ce que nous appelons la terreur économique en tant que moyen d'action sur les entrepreneurs. Ils se prononcent également contre les caisses syndicales fortes, en se plaçant à ce point de vue que les syndicats sont, sous ce rapport, semblables aux hommes, qui a beaucoup d'argent n'est guère disposé à la lutte. Si le syndicat a beaucoup d'argent dans sa caisse, il aura peur de le perdre, il cessera d'être combatif et il cessera d'être prêt aux grèves.
 
Tels sont les traits sommaires de ce qu'on peut appeler la tendance anarcho-syndicaliste du mouvement syndical mondial, tendance qui caractérise les pays latins et surtout la France, l'Espagne, le Portugal, l'Argentine et le Mexique.
 
En Italie, cet autre pays latin, le mouvement syndical a évolué selon un type différent.
 
Nous avons présenté plus haut le mouvement anarcho-syndical pur. Mais, en réalité, des tendances différentes se heurtaient dans son sein. Une partie se rapprochait des théories de Karl Marx, ses partisans n'acceptaient pas l'idéologie anarchiste et ils se nommaient syndicalistes révolutionnaires.

 

Elle se rapprochait par le fait, sinon théoriquement, de l'aile gauche du mouvement ouvrier. Le syndicalisme de ce type n'était pas homogène. Il avait plusieurs théories qui se rapprochaient plus ou moins de l'idéologie anarchiste.

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