Blog de Robert Duguet - Mai 2018 /contact:

4000 manifestants à Paris ce 13 mai pour « l’unité pour chasser Macron »

Publié le 13 mai 2018 par aplutsoc (Arguments pour la Lutte Sociale)


 

C’est une manifestation significative qui a été réalisée ce dimanche 13 mai à Paris à l’appel du Mouvement pour la rupture avec la 5eme République et l’Union Européenne.

Impulsé par le POID (Parti Ouvrier Indépendant Démocratique), ce mouvement avait donné rendez-vous à 14H Place de la République pour une manifestation nationale basée sur le mot d’ordre « Un an, çà suffit ! Unité pour chasser Macron ! ».

Outre ce mot d’ordre, les principaux slogans lancés par la sono et repris par la foule étaient « Ce n’est pas les étudiants qu’il faut sélectionner, c’est le gouvernement qu’il faut virer ! » « Oui les cheminots ont raison : non à la privatisation !».

Dans le meeting final tenu à l’entrée du cimetière du Père Lachaise, à deux pas du Mur des fédérés, de nombreux orateurs reflétant l’écho rencontré par les initiateurs ont apporté des messages de différents secteurs en lutte contre la politique anti-sociale de Macron : grévistes SNCF, étudiants mobilisés à Rennes 2 ou Nanterre, syndicalistes relatant leur expérience (dont les secrétaires respectifs des UL CGT et FO de Dreux!) dans la lutte contre les patrons et les ordonnances de Macron, syndicaliste hospitalière illustrant les effets de la politique de restructuration des hôpitaux sur le droit des femmes à accoucher en toute sécurité près de leur domicile, enseignant dénonçant la politique de sélection à l’entrée de l’université et de casse du baccalauréat comme premier diplôme universitaire national, sans-papiers de la région parisienne, élus ou militants du PCF, de la FI, dénonçant les effets de la destruction des services publics, élu paysan dénonçant le très faible montant des retraites des petits agriculteurs dont Macron s’est évertué à bloquer une mesure d’augmentation des pensions adoptée pourtant très largement par le sénat et l’assemblée nationale…

Enfin en conclusion, Daniel Gluckstein, secrétaire du POID a ironisé sur la dernière sortie de Macron sur « la république trouvant refuge à Versailles » : Macron fait bien parti du camp des Versaillais massacreurs de la Commune et les manifestants du jour étaient dans le camp des Communards fusillés, instaurateurs de la République sociale, la République ouvrière.

S’il est à regretter que le POID n’a pas cherché significativement à sortir de ses plate-bandes et s’est contenté d’envoyer formellement des invitations à l’ensemble des organisations de gauche, sans plus, donc sans retour, pour autant la masse des militants réunis pour l’occasion, dont nombre d’entre eux sont des responsables et animateurs de syndicats, constitue une force non négligeable pouvant peser dans la situation présente en aidant à la réalisation de l’unité contre Macron, par la grève générale.

L’axe de la manifestation portait sur l’impossibilité de subir encore quatre ans Macron et sa politique destructrice, personne parmi les travailleurs, les jeunes, les usagers des services publics, ne pouvant se permettre le luxe de la régression sociale.

C’est cette orientation qu’il faut insuffler aux prochaines échéances : dès aujourd’hui avec les cheminots, le 22 mars avec toute la Fonction publique, le 26 mai lors de la « marée populaire » en gestation au niveau d’un certain nombre d’organisations.

Le 26 mai, la poussée vers une « marée » reflète la recherche du front unique. Cette « marée populaire » aurait d’autant plus de poids qu’elle prendrait la forme d’une manifestation nationale, elle doit être fécondée de cette nécessité : la seule façon de battre et de stopper Macron, c’est de réaliser l’unité pour le chasser.

La rédaction d’APLS avait appelé à cette manifestation et y était présente.

OD,
le 13-05-2018.

 


Adolphe (le bien prénommé) Thiers, bourreau de la République Ouvrière.

Macron, héritier des Versaillais

Vendredi 11 mai 2018

Source : Les amis de la Commune : http://www.commune1871.org/?Macron-heritier-des-Versaillais

« Versailles, c’est là où la République s’était retranchée quand elle était menacée ».


 

Dans le documentaire publié lundi soir sur France 3, Emmanuel Macron évoque sa réception de Vladimir Poutine à Versailles. Propension monarchique, lui suggère-t-on ? En aucun cas, répond-il : « Versailles, c’est là où la République s’était retranchée quand elle était menacée ».

Réponse sidérante… Le seul événement qui correspond à l’affirmation présidentielle a lieu le 18 mars 1871. Au petit matin, des troupes régulières dépêchées par le gouvernement d’Adolphe Thiers cherchent à s’emparer des canons de la Garde nationale parisienne regroupés sur la butte Montmartre. Alertés, les Parisiens s’assemblent pour les empêcher de le faire. La troupe fraternise avec la foule. C’est le début de la Commune de Paris. Le même jour, à 15 heures, le gouvernement décide de quitter Paris, avec toutes les forces armées et les fonctionnaires. Le lieu de repli est Versailles. Le 2 avril, l’armée de Versailles lance l’offensive sur Paris. Du 21 au 28 mai, elle se livre au massacre des insurgés parisiens. Plusieurs milliers y perdent la vie lors de la « Semaine sanglante ».

La République menacée ? Le gouvernement qui se réfugie à Versailles a été nommé le 17 février, alors que la France est occupée par les armées allemandes, à l’issue d’élections législatives qui ont donné une majorité écrasante à des monarchistes adversaires de la République. Paris de son côté a choisi d’élire 36 députés républicains (sur 43), qui sont hostiles à la capitulation décidée par la nouvelle majorité. Si Paris se soulève, c’est à l’initiative de républicains, pour des raisons à la fois sociales et patriotiques. Les monarchistes de l’Assemblée pactisent avec l’Allemagne, dont l’unité vient d’être proclamée… à Versailles ; les républicains de Paris s’y opposent. Telle est l’une des causes du conflit. Les communards ne menacent pas la République : ils veulent la protéger de ceux qui la récusent et tournent le dos à ses valeurs.

En choisissant cet aspect symbolique pour valoriser Versailles, Emmanuel Macron fait ce qu’aucun Président de la République n’avait osé faire, quand bien même beaucoup d’entre eux n’eurent aucune sympathie pour la Commune. Il tourne aussi le dos à l’imaginaire de la gauche. Tous, à gauche, ne furent pas des partisans de la Commune. Beaucoup la critiquèrent, parce qu’ils la jugeaient trop radicale, malvenue ou prématurée. Mais la plupart condamnèrent la répression atroce que lui réserva le gouvernement de Versailles. Les républicains, même les plus à gauche, se divisèrent à propos de la Commune, mais bien peu auraient osé affirmer que les communards menaçaient la République.

Par ce détour de phrase d’apparence anodine, le Président actuel déplace de façon inquiétante l’imaginaire officiel de l’histoire française. Les républicains d’autrefois se plurent bien souvent à valoriser la continuité étatique de la monarchie centralisée et de la République. Ils n’allèrent pas jusqu’à encenser le gouvernement de Versailles. Ils tentèrent d’en justifier les actes par l’état d’urgence du moment ; ils n’en firent pas un modèle de sursaut républicain.

Le 29 novembre 2016, l’Assemblée nationale votait une résolution qui réhabilitait enfin les communardes et communards durement frappés pendant et après la Semaine sanglante. Elle souhaitait aussi que la Commune soit mieux connue et que ses valeurs soient mises en avant. En choisissant de glorifier le Versailles des soixante-douze jours de la Commune, Emmanuel Macron dit le peu de cas qu’il fait de la volonté majoritaire exprimés par les représentants. Il s’éloigne un peu plus de la gauche. Il tourne le dos à toute une tradition républicaine. Il laisse bien mal augurer de ce que pourrait être, du côté du pouvoir, la commémoration du cent-cinquantenaire prochain de la Commune de Paris. Notre association, pour sa part, veillera à ce que lui soit donné tout son éclat, avec l’appui de tous ceux qui savent que la République s’étiole quand elle oublie les idéaux démocratiques et sociaux qui la fondent.

Les Amies et Amis de la Commune de Paris - 1871.

 


Dans la fonction publique, comme dans l'enseignement,
Défendre le statut
Assez de concertation avec le gouvernement ! par la tendance syndicale FSU Emancipation


 

En application du plan CAP 2022, le gouvernement engage la marche à la casse du statut de la Fonction publique corrélativement à l'externalisation, à la privatisation de pans entiers de services publics. Les "concertations" avec les syndicats ont déjà commencé et vont s'étaler sur plusieurs mois. Dans le même temps  s'ouvrent d'autres concertations dont le but est de conduire à la liquidation du Code des pensions.

Et dans la droite ligne des projets de Macron, Blanquer a annoncé de nouvelles attaques contre le statut des personnels enseignants. Il compte pour cela s'appuyer sur la "concertation".
Face à de telles menaces, l’unité doit se réaliser contre Macron et ses plans. Ce qui commence par exiger le retrait de ses projets, par rompre les "concertations". L'unité sur ces bases ouvrirait la voie à la mobilisation et à la grève afin de mettre en échec la politique de ce gouvernement.

Défendre le statut des fonctionnaires
 
Le gouvernement a remis aux directions syndicales un document d'orientation intitulé "Refonder le contrat social avec les agents publics" ainsi qu'un calendrier de "discussions" qui, sur la base de ce plan, devraient avoir lieu en mai/juin, puis en septembre/octobre. L'objectif du gouvernement est clairement affirmé : il s'agit de "moderniser" le statut, autrement dit de le déconstruire afin d'accompagner les régressions inscrites dans le programme “action publique 2022” : "réduire de trois points la part de la dépense publique dans le PIB d'ici 2022", supprimer 120000 postes de fonctionnaires.

Dans ce but, le gouvernement veut s’attaquer frontalement au statut de fonctionnaire : remise en cause des commissions paritaires (réunies seulement en cas de recours), individualisation des rémunérations (maintien du gel du point d'indice et salaire au mérite), élargissement du recours aux contractuels ("plus de liberté, d’initiative et de responsabilité" pour les employeurs publics), mise en cause du concours et de la qualification acquise (formation "tout au long de la vie" en lien avec "l'accompagnement"), plans de départs "volontaires".

Des "échanges" gouvernement-syndicats ont déjà eu lieu et un premier groupe de travail a été convoqué pour le 3 mai… Et, c'est sur ces objectifs qu'en juin, Darmanin a aussi convoqué des "négociations sur les salaires" (accorder quelques mesures aux uns sur la base de régressions imposées à tous) !

Le "nouveau monde" de Macron, c'est un monde sans statut. Le statut des fonctionnaires doit disparaitre après celui des cheminots.

Face à une telle offensive, comment défendre le statut des fonctionnaires en acceptant de participer aux concertations sur la mise en œuvre du plan “action publique 2022”?  Un tel programme n’est ni amendable ni  négociable. La  responsabilité du  syndicat est  d'exiger  le  retrait  du  plan “action publique 2022”, de rompre les concertations avec le gouvernement.

Défendre le code des pensions

Alors que les contre réformes Balladur (1993), Fillon (2003), Hollande (2014) ont imposé des régressions sur la durée et le taux des cotisations, sur le calcul des pensions, c'est maintenant un véritable bouleversement que veut imposer Macron. Le système des retraites des salariés du privé et le code des pensions doivent disparaître. Le patronat pourra ainsi s’approprier tout ou partie du salaire mutualisé qui finance les retraites par répartition du privé, organise la solidarité entre salariés actifs et salariés retraités. Et l'État mettra fin au salaire continué que perçoivent les fonctionnaires de l’État.

Si le gouvernement n’a pas tranché entre le système par comptes notionnels (comme en Suède) ou la retraite par points (comme en Belgique), les deux systèmes s'inspirent de la même philosophie.

Le "nouveau monde" de Macron se construit avec une "retraite à la carte" : la masse financière ne doit pas augmenter et "l'équilibre" doit se faire en faisant varier le montant des pensions selon la conjoncture économique, selon le   nombre de pensionnés, et l'espérance de vie pour chaque génération. Cela conduira inéluctablement le salarié à retarder "volontairement" l'âge de départ et à constituer une "épargne retraite individuelle" additionnelle. Les "fonds de pensions" et autres organismes de ce type auront de beaux jours…

Et c'est sur ces bases que les "concertations" avec le gouvernement ont commencé.

Comment peut-on combattre en défense du code des pensions (et des retraites des salariés du privé) en acceptant de se soumettre aux "concertations" du gouvernement dont le seul objectif est d'obtenir la caution des syndicats ?

La défense les acquis en matière de retraite, la défense du code des pensions imposent, d'exiger le retrait  des  projets  de  Macron  et  de  refuser  de  participer  aux  "concertations" prévues  par  le gouvernement.

Défendre le statut des personnels enseignants
 

Le "nouveau monde" de Macron est celui qu'il a défini sur TF1 : "De la maternelle à l'université, on change tout, comme ça n'était pas arrivé depuis Jules Ferry".

Avec le lycée modulaire, la transformation du bac national en diplôme "maison", la casse des horaires et des programmes nationaux, c'est l'organisation de la classe qui est appelée à disparaître et donc la notion d'effectifs (et de dédoublements).

Le lycée doit devenir un supermarché dans lequel chaque jeune sera responsable de son "parcours individuel". La sélection à l'entrée de l'université n'en sera que plus facile. Malheur à ceux qui se seront trompés dans le "libre choix" des spécialités en lien direct avec les attendus des universités ! Malheur aussi aux disciplines qui ont peu de valeur sur le marché du Supérieur !

Les horaires rabotés à 26 heures en seconde, la marge d'autonomie réduite d'une demi-heure, les spécialités propres selon le contexte local permises par l'autonomie, l'affaiblissement de la spécificité technologique… sont autant d'exemples qui annoncent une explosion du cadre national de l'enseignement public. Avec un système différent selon les régions, les établissements… Cela conduira à la mise en concurrence entre les disciplines, entre les enseignants et à la suppression de nombre de postes.

L'annonce de la fermeture des CIO et du transfert aux régions des services d’information et d’orientation scolaire,  les menaces qui pèsent sur les Psy en illustrent pleinement la politique de casse de l'Enseignement public et du statut des personnels.

Une telle dislocation impose aussi une "évolution" profonde du métier d'enseignant et une mise en cause du statut : "individualisation" des droits, des conditions de travail, du salaire…

Blanquer entend faire “évoluer” le statut, engager une grande réforme du recrutement des enseignants. Il a, récemment, multiplié les allusions au recrutement local (cf. dissocier concours et recrutement, lequel serait soumis aux chefs d’établissement). Il veut s'attaquer aux conditions de travail, à l'indemnitaire, aux règles du mouvement, développer la mobilité professionnelle avec la mise en œuvre du Compte personnel de formation (CPF), accroître la soumission des enseignants en renforçant l'accompagnement… Et pour y parvenir, il veut, une fois de plus associer les syndicats en les conviant à des négociations sur ces bases.

 


 

Compte-rendu de la réunion du 28 avril 2018  –  Contributions


Introduction

Les initiateurs de la réunion du 28 mai 2018 avaient lancé l’invitation sur la base d’un appel intitulé
« Libre débat pour une alternative politique » (voir texte ci après).

La réunion, tenue dans le local du Maltais Rouge à Paris, a été suivie par 13 camarades. Le POID s’était excusé de ne pas pouvoir répondre à l’invitation.

Après une introduction par Vincent Presumey reprenant l’appel intitulé « Libre débat pour une alternative politique », la discussion a comporté des interventions des camarades suivants : Bernard Fischer, Emile Fabrol, Jean-Marie Poutchinski, Laurent Degousée (pour Front Social), Christian Berthier (Association pour une Constituante), Robert Duguet, Jacques Capet, Jean Puyade, Pierre Millot.

 

La déclaration suivante a été adoptée par les participants à la réunion :

"Les participants à la réunion-débat du 28 avril pour une alternative politique ont eu une riche discussion qui sera prochainement rendue publique en vue de construire un espace de discussion pour cette alternative.

Dans l’immédiat le besoin le plus pressant monte des nombreuses luttes sociales actuelles : il consiste dans la nécessité rapide d’un Tous ensemble appuyé sur la grève, interprofessionnel, uni et généralisé, chaque secteur apportant ses revendications. Une telle initiative renforcera la mobilisation sociale et permettra d’avancer dans la perspective politique de s’unir pour chasser Macron."

Chacun a été invité à envoyer sa contribution pour rendre compte de la discussion et décision a été prise de se retrouver pour une nouvelle réunion les 2 ou 16 juin prochains (date à confirmer).

 

Libre débat pour une alternative politique

Tous les secteurs du salariat, actifs, chômeurs et retraités, et la jeunesse, sont en train de chercher voies et moyens pour affronter le pouvoir exécutif "macronien".

Celui-ci en effet, après avoir remporté une première victoire contre les droits sociaux et démocratiques par ses ordonnances contre le code du travail, a désigné les cheminots comme la cible à abattre, au compte du capital dans son ensemble.
   
Mais une lame de fond s'est progressivement levée à partir des mouvements des EHPAD et des retraités, notamment.
   
C'est  cette lame  de fond qui  a  donné  un caractère général, c'est-à-dire un caractère politique d'affrontement avec le pouvoir, à la grève appelée par la majorité des fédérations de la fonction publique le 22 mars dernier, et elle s'est du même coup étendue et approfondie.
   
C'est cette lame de fond qui, en faisant en sorte que les cheminots ne soient pas isolés, a conféré force et puissance au début de leur grève le 3 avril.
   
C'est cette lame de fond qui porte la mobilisation progressive de la jeunesse étudiante et lycéenne, qui a été confrontée à plusieurs agressions et provocations d'extrême-droite suite au 22 mars.
   
C'est  à  présent  cette  lame  de  fond  qui  soulève  les questions politiques  essentielles  : combattre l'ensemble de la politique de Macron, construire dans l'unité et dans la lutte une alternative, réaliser l'unité dans la grève. Ces besoins politiques sont liés entre eux.
   
Nous n'en sommes donc plus au moment de la prise de conscience de la généralité des attaques menées par ce gouvernement et ce président et l'assemblée-bidon qui les accompagne, même s'il existe des inégalités d'un secteur à un autre. En attaquant tous azimuts, l'exécutif macronien de la V° République suscite le besoin politique d'une lutte sociale se généralisant en se centralisant contre lui.
   
Il en va de l'avenir des enfants et des jeunes à commencer par leur droit aux études, il en va du traitement accordé aux vieux, il en va de ces éléments de civilisation que sont le droit du travail, les services publics, les statuts de la fonction publique et de la SNCF, la protection sociale, la laïcité, et cette défensive devient offensive en exigeant l'extension des services publics et non leur atrophie, la hausse des salaires, retraites, pensions et minima sociaux et non leur baisse réelle.
   
Les données d'un affrontement général, d'une explication d'ensemble classe contre classe, majorité contre minorité capitaliste, se mettent en place. Nous n'allons pas plus vite que la musique en disant cela : notre propos n'est pas d'accélérer à tout pris l'affrontement, qui aura lieu, qui germe et qui monte, notre propos concerne les conditions de sa victoire, ou non.
   
Car non seulement l'exécutif macronien de la V° République annonce et assume un avenir bouché pour le plus grand nombre, fait de petits boulots, d'ubérisation et de non-droits, mais, comme l'indiquent les nombreux "incidents" liés à l'ultra-droite depuis l'affaire de Montpellier du 23 mars dernier, il nourrit la pire réaction : sa victoire conduirait soit à l'arrivée au pouvoir de cette dernière, soit à l'installation d'un macronisme pérenne et autoritaire dans une société brisée.
   
Il est évident que l'immense majorité n'en veut pas et que ce qui est, de plus en plus, à l'ordre-du-jour, n'est pas ce mauvais scenario, mais l'affirmation démocratique de l'affrontement social nécessaire et salutaire.
   
Le blog Arguments pour la lutte sociale et deux camarades, Robert Duguet et Philippe de Maistre, membres fondateurs d’une association qui était en octobre en voie de se constituer : l’Espace Citoyen du Val d’Yerres (91), ont participé le 22 octobre à une rencontre sur le thème : "constituer  une  perspective  politique,  nécessairement  pluraliste  et  démocratique,  qui représente les salariés, actifs, chômeurs, retraités, jeunes, alternative à Macron, pour le chasser lui et la V° République.", à laquelle avaient notamment participé des représentants du courant ayant depuis constitué la Gauche démocratique et sociale, composé surtout d'anciens militants du PS.
   
Constituer  une  telle  perspective  politique,  cet  objectif  n'a-t-il  pas  plus  d'actualité, d'urgence, à présent ?

Sans aucun doute.
   
Et ce n'est pas un objectif séparé de celui visant à réaliser l'unité, la centralisation et donc la généralisation des luttes sociales contre le patronat et l'exécutif. Les cheminots seuls n'y arriveront pas et ils ne seraient pas entrés en grève avec une telle force s'ils avaient été isolés. La question de la vraie grève générale, courte et unie, se pose à présent, et elle pose à son tour la question : chasser Macron, et quoi ensuite ?
   
Les journées d'action interprofessionnelles annoncées (dont de larges secteurs vont bien sûr se saisir) ne répondent pas à ces questions. Mais plus les forces, courants et militants se situant sur le terrain du mouvement ouvrier et du débat démocratique s'associeront, débattront publiquement des perspectives et affirmeront leur volonté à construire, sur la base des mobilisations, l'alternative politique démocratique à ce pouvoir et à ce régime, plus se renforceront les chances d'un mouvement général et centralisé pour gagner.
   
C'est pourquoi nous invitons ceux et celles qui, tout en participant aux combats sociaux du moment, veulent avancer sur cette question, à une assemblée-débat le samedi 28 avril, de 14h à 17h à la salle de réunion du "Maltais rouge", 40 rue de Malte Paris 11° (métro République ou Oberkampf). Nous remercions d'ailleurs l'association qui gère cet espace car trouver un lieu de réunion à Paris est un vrai problème démocratique, qui a contribué à retarder notre initiative.

Notre invitation s'adresse à toutes et à tous :

"débordement général" pour "faire la fête à Macron" le 5 mai prochain.

Nous savons bien qu'à partir de nos seules forces nous n'allons pas par miracle associer les milliers et les milliers concernés par ces enjeux, mais, sans aucune exclusive, notre invitation s'adresse tout particulièrement aux courants politiques ou syndicalistes qui, d'une façon ou d'une autre,  mettent  en  avant  la  nécessité  de  l'unité  pour  chasser  Macron  sans  s'aligner  sur  le calendrier électoral officiel (présidentielle en 2022, municipales en 2020 et européennes en 2019 !) et saisissent ou tendent à saisir comme une question politique à traiter maintenant celle de l'unité et de l'alternative à Macron et à la V° République et donc le débat sur le régime, la constituante, le gouvernement démocratiques nécessaires :

Macron" et à "l'unité pour une alternative à gauche",

Nous proposons de donner à la réunion du 28 avril le caractère d'une réunion-débat dans laquelle chaque courant ou organisation représenté pourra, pour commencer, présenter ses positions et propositions en une courte intervention liminaire de 10 mn. Le but est d'avoir un débat politique de fond, en prise sur le réel : ni prise de tête, ni happening, mais libre débat entre militants ouvriers, ça urge aujourd'hui !

1) Contribution de Vincent Presumey

Macron veut terminer toutes les contre-réformes. Il n'a qu'une faible assise propre dans le pays en dehors de sa classe, mais justement à cause de cela il veut aller vite. Ses atouts se concentrent dans les deux faces du problème politique des directions du mouvement ouvrier qui font obstacles :

- d'une part, les interminables calendriers d'action des directions syndicales (à ne pas confondre avec les syndicats comme tel, dont la place est fondamentale),

- d'autre part, le vide politique à gauche dont la FI n'est pas la solution, mais la forme présente construite sur un projet de rupture avec tout l'héritage du mouvement ouvrier.

Dans ces conditions, une lame de fond monte dans le pays mais sa caractéristique est d'être lente, relativement indépendante et d'éprouver les obstacles au fur et à mesure. Basée sur les luttes réelles médiatiquement invisibles, elle a vraiment commencé avec les Ehpad et les retraités, et est en train de gagner la jeunesse. C'est elle qui a donné force et confiance initiales aux cheminots et non pas la tactique "géniale" de leurs principales fédérations.

D'une certaine façon, le mouvement des masses est rusé voire ironique : il ne fait pas ce qu'il est censé faire selon les commentateurs, puisque quand tout le monde nous prédit soit mai 68 répété, soit  la  grève  perlée  jusqu'à  ce  que  mort  s'ensuive  ( "un  mai  68  perlé",  comme  dit  y  aspirer Mélenchon, c'est-à-dire la défaite par épuisement !), ce qui se déroule sous nos yeux fait penser, de manière originale dans l'histoire des luttes de classe en France, à l' "hiver du mécontentement" britannique vers 1979, mais en version printemps.

Ceci doit nous inspirer confiance mais sans exagération car le moment présent très précis, avec les faiblesses du mouvement étudiant et la répression qui vise la possibilité pour la jeunesse de s'auto- éduquer en faisant des AG, l'accord signé à Carrefour, la durée de la grève à la SNCF ... dessinent un ressac (que, depuis, le déroulement du 1° mai a confirmé).
Le blog APLS a appelé à la présente réunion dans l'état d'esprit suivant : un débat sur comment réaliser l'unité pour chasser Macron, agrégeant un maximum de courants du mouvement ouvrier, est une nécessité pour donner une perspective politique au mouvement social actuel et donc lui permettre d'avancer. La richesse de notre propre débat cet après-midi est prometteuse. Nous devons combiner deux niveaux dans le rythme de la réflexion et de l'action :

- le besoin immédiat du mouvement d'un Tous ensemble rapide, généralisant et centralisant les grèves. C'est là la forme concrète de la grève générale, entendue non comme grève reconductible illimitée, mais comme concentration de l'action de classe, liant toutes les revendications en un affrontement politique. Ajoutons que ce besoin immédiat requiert aussi l'exigence de rupture avec le "dialogue social", avec notamment au moment présent l'exigence que soit formulé, écrit, explicité, le mot d'ordre de retrait du plan ferroviaire (tous les cheminots grévistes font grève pour ça), et que toutes les fédérations de fonctionnaires refusent la pseudo concertation pour casser les statuts.

- mais gagner sur les revendications et contre les contre-réformes c'est battre Macron, battre Macron c'est le chasser, et du coup l'autre niveau de réflexion s'impose lui aussi comme une nécessité : quoi mettre à la place ? Se combinent ici les aspirations démocratiques contre la V° République et la reconstitution  de  formes  non  capitalistes  d'association  humaine.  Soyons  œcuménique  (si  j'ose dire ! ) : le mouvement réel comporte la petite commune et son maire parfois "divers droite" qui veut garder école et bureau de poste, comme il comporte la ZAD où des jeunes et moins jeunes cherchent à préserver l'humus de manière non marchande, et entre les deux il comportera si il va de l'avant, de manière centrale et unificatrice, les comités de grève élus intégrant en leur sein les organisations syndicales ; de cette manière, en relation avec la nécessité de casser l’État du capital, une assemblée constituante n'est pas une formule un peu abstraite, mais un débouché politique, à soumettre au débat.

Nous devons intervenir, et le blog APLS s'y efforcera, pour le Tous ensemble affrontant Macron dans les prochaines semaines, au delà du 1° mai et du 5 mai qui ne résoudront rien par eux-mêmes (mais permettent de nombreux débats), avec la rencontre des fédérations de cheminots le 7 mai, la manif du POID qui a le mérite d'exister en posant la question de chasser Macron, la grève Fonction publique le 22 mai et, au même moment, le déploiement des dégâts de Parcoursup. Et au delà de cet intervalle de nous retrouver, de manière élargie, pour poursuivre, approfondir et amplifier regroupement et débat.

2) Contribution de Robert Duguet après la réunion du 28 avril 2018

Je suis cofondateur de l’ « Espace Citoyen du Val d’Yerres », association née de la volonté de regrouper « celles et ceux qui veulent réfléchir et participer à l'élaboration des principales mesures qui  permettraient  de  sortir  de  la  crise  économique,  sociale  et  écologique  dans  laquelle  le capitalisme a plongé l'humanité » (1).

A ce titre, avec les deux camarades du bureau de l’association qui ont participé à notre réunion du 28 avril à Paris, je peux dire que la discussion démocratique et franche qui s’est engagé entre les participants, enrichit notre réflexion et recoupe nos préoccupations dans la situation politique actuelle.

Plus la volonté du salariat s’exprime contre la politique du gouvernement de Macron pour détruire les acquis sociaux, les services publics dont le statut des cheminots est un segment - ajoutons la sélection à l’université qui voit la jeunesse étudiante chercher à centraliser son action - plus nous constatons que la division politique s’approfondit. Diverses initiatives politiques vont se déployer dans  le  courant  du  mois  de  mai :  5  mai  à  partir  de  l’appel  de  Lordon  et  Ruffin,  13  mai  la manifestation de commémoration de la grève générale de 1968 à l’appel du POID, sur la ligne Unité pour chasser Macron, 30 avril meeting place de la République à l’appel de plusieurs organisations de gauche sauf la France Insoumise… Certains camarades disent : il faut être partout. A titre personnel,  je  pense  que nous  avons  un  devoir  de  clarification  politique.  Il  faut  être  là  où  la discussion pour réaliser l’unité et définir un projet alternatif à la politique de Macron se mène.

Sorti du PS sur une ligne social-démocrate de gauche, qui avait permis en son temps la constitution du Front de Gauche, Jean Luc Mélenchon et son courant France Insoumise, rejoint depuis l’été 2014 les positions populistes sur lesquelles il y aurait beaucoup de chose à dire : citons entre autres la  question  des  « corps  intermédiaires »  ou  mise  en  cause  des  prérogatives  des  organisations syndicales dans la tradition bonapartiste : moi et le peuple ! (Voir ce que Vincent a écrit sur la question) Les timides écarts du Front de Gauche de 2012 pour aller vers une 6ème  république et une constituante, qui en l’occurrence n’était pas souveraine dans la conception du PG (Parti de Gauche), font place aujourd’hui à une position de respect de la 5ème république et de ses échéances électorales.

Des drapeaux rouges et de l’Internationale dans les cortèges de 2012 on passe aujourd’hui aux forêts de drapeaux bleu-blanc-rouge aux accents de la marseillaise. Mélenchon se dispose comme le recours bonapartiste à Macron : mais combattant aujourd’hui par la force des choses la politique de Macron,  les  contradictions  se  développent  au  sein  de  son  mouvement :  voir  les  positions  de Clémentine Autain ou de François Ruffin. Dans la situation présente je considère pour ma part que la position de France Insoumise est l’obstacle principal à l’émergence d’un mouvement politique de masse anticapitaliste.

Si la question d’une république sociale et d’un pouvoir constituant qui pose les bases d’une autre société libérée du capitalisme en crise (voir intervention d’Emile et de Jean sur la ZAD), n’est pas perçue directement aujourd’hui par les salariés et la fraction de la jeunesse en lutte contre Macron, c’est pourtant sur cette question qu’il faut, malgré et contre la division, agir. Pour cela nous avons besoin d’un cadre de réflexion et d’élaboration, un espace politique, respectueux des appartenances des uns et des autres.

Pour ma part j’approuve la proposition de constituer cet espace politique, qui ne peut dans ma conception se limiter aux frontières d’un club de réflexion (comme la période précédente a pu en voir  se  développer)  mais  qui  pose  forcément  la  question  de  la  recomposition  politique  du mouvement ouvrier.

(1) article 1 des statuts.

3) Contribution de Jean-Marie Koutchinski

Au sortir de notre rencontre je m'interrogeais sur qu'est ce qui amène à ne pas se satisfaire de la riposte syndicale dans les conditions du moment, quand je parle de ne pas se satisfaire, cela s'adresse plus particulièrement à la CGT et pourtant c'est cette organisation qui permet d'organiser la lutte face aux attaques de la droite. Je ne développe pas .

Hier présent à la manif [du 1er mai] , on n'a pu voir une offensive bien plus importante sur la CGT , il faut la discréditer par tous les moyens possibles POUR FAIRE PASSER LES ACTES ANTI SOCIAUX. Ce n'est pas la CFDT qui est visée , tranquille dans ses fauteuils de cinéma...

Au delà de qui porte la responsabilité des heurts d'hier, poser la question c'est y répondre , mais je n'ai pas vu de message de soutien vis à vis de la CGT, de ses militants, elle est bien seule et c'est erreur de classe de ne pas réagir.

Alors dans ces conditions, dire que Martinez est prêt à des compromissions, sur la base de se rendre le 7 mai, c'est faire le jeu des réformistes qui pensent le syndicat comme accompagnant le patronat, comme des partenaires et non adversaires .

Oui bien sûr, j'aimerais un rapport de force favorable aux transformations sociales, l'économie de marché est vécue comme une bonne chose, notamment chez les jeunes, les jeunes salariés voir sans emplois.

Pas de mise en cause du système, c'est une construction pas à pas pour gagner une autre répartition de la valeur ajoutée, nous en sommes loin, c'est pourquoi nous avons besoin d'un projet politique pour mettre en mouvement une réelle alternative sans attendre les échéances électorales, gagner la bataille des idées, non pas dans une démarche programmatique, mais pour démontrer le besoin de dépasser le capitalisme et la crédibilité d'une autre façon de penser l'économie, une économie humaine.

Pour le moment force est de constater qu'il est difficile de se mettre autour d'une table pour élaborer sans tirer la couverture à soi, sans domination, c'est ce que demandent les citoyens que nous sommes.

C'est de cela que le mouvement syndical a besoin, c'est l'urgence.

Ce n'est pas mon compte rendu, mais l'expression de ma pensée, j'avais hésité à vous la communiquer, je le fais car je suis convaincu qu'il faut continuer à parler .

Amicalement

4) Contribution de Christian Berthier (Association Pour une Constituante)

Pour  APC  (  Christian  Berthier)  l'invite  de  Robert  est  particulièrement  opportune  s'adressant ( extraits) "aux courants qui...mettent en avant la nécessité de ..chasser Macron sans s'aligner sur le calendrier électoral officiel ...et tentent de  saisir comme une question politique à traiter maintenant celle de l'unité et de l'alternative à Macron et à la V° République et donc le débat sur le régime, la constituante, le gouvernement démocratiques nécessaires."

Dans le conflit ferroviaire, comme dans tous les autres, il  n'est pas possible d'épargner Macron. Électoralement minoritaire, il revendique et exerce tous les pouvoirs d'une constitution permettant un "coup d'état permanent" contre la majorité du peuple... mais aussi contre les élus politiques et sociaux de tous niveaux et leurs assemblées élues.

De plus, le réseau ferroviaire, ses personnels  est un des moyens essentiels de communication et d'échanges entre les citoyens, les familles, les productions et services de tous types qui permettent la vie du peuple sur le territoire français. Idem pour les collectivités.

Il en est de même  concernant les autres États-nations en Europe.

Pendant  des  années,  le  pouvoir  central  a  tenté  d'impliquer  les  organisations,  syndicats  et associations de tous types dans des concertations qui ont profondément déçu ces derniers et leurs membres.  Les  compétences  générales  des  collectivités  ont  été  centralisées,  rognées,  voire supprimées  dans  tous  les  domaines  concernant  directement  la  vie  des  familles  et  des  PME. L'abstention croissante, voire massive, en est la conséquence sur les plans politiques et associatifs. Le taire maintenant relève du déni conscient, voire intéressé.

C'est en se mettant en avant sur tous les terrains que le Président lui-même  pose plus que jamais la question de sa vraie légitimité et de sa capacité à permettre la satisfaction des besoins "matériels et moraux" du peuple et des revendications. Diluer ou émietter les revendications et exigences du peuple  ne  ferait  "en  même  temps"  que  enhardir  le  pouvoir  et  aggraver  encore  la  situation économique et sociale de la Nation.

Christian Berthier

5) Contribution de Pierre Millot

Qu’il s’agisse de la défense d’un hôpital, de refuser l’augmentation de la CSG sur les retraites, de combattre la sélection des lycéens ou les suppressions d’emploi, etc., dans chaque discussion, les salariés, les retraités, les jeunes désignent les responsables : Macron et son gouvernement.

L’objectif de chasser Macron s’impose comme la condition pour que cessent les attaques contre les lois qui protègent les salariés et contre les services publics qui constituent leur seul bien.

Mais la division politique, la division syndicale, organisées par les partisans de la concertation et du dialogue social, aussi bien que par les partisans du respect de la durée du mandat présidentiel, constituent des obstacles sérieux et, pour le moment, efficaces, à la réalisation de cette aspiration largement partagée : chasser Macron. La division est de fait le principal soutien du président des riches. La question de l’unité pour chasser Macron est donc centrale.

La mobilisation sociale, la mobilisation des jeunes, ont amené plusieurs  organisations à  prendre des initiatives qui se présentent comme cherchant à coordonner et centraliser les luttes.

Le Front social propose :

•    d’impulser des grèves partout où c’est possible ;
•    de les coordonner et de les faire converger.

Autant de conditions nécessaires auxquelles il manque la  perspective politique explicite d’en finir sans attendre 2022 avec Macron.
La France Insoumise appelle à une « manif pot au feu » pour « faire la fête à Macron » ou, parfois, pour « dire stop à Macron ». Toutes choses qui peuvent s’accommoder de la présence de Macron aux  manettes  de  la  pire  politique  anti-ouvrière  de  la  Vème  République  jusqu’à  la  fin  du quinquennat.

Le POID propose de manifester « pour chasser Macron », ce qui a le mérite d’être clair. Mais la surface du seul POID qui n’a pu créer une dynamique unitaire, ne peut permettre d’espérer que cette initiative modifiera objectivement le rapport de force politique. D’autant que la préparation de cette manifestation fait l’impasse sur la question de la grève générale.

Aucune manifestation, aucune grève n’aura le pouvoir de chasser Macron. Seule la grève générale peut en être le moyen. Elle se construira malgré les directions confédérales, malgré les directions politiques, à partir de la centralisation et de l’extension des luttes. Elle se nourrira de la perspective politique  qui exprime le mieux le besoin d’en finir avec des années de politique anti-ouvrière : unité pour chasser Macron, unité pour porter au pouvoir un gouvernement issu de la grève générale, de la centralisation nationale des comités de grève, intégrant les organisations qui auront soutenu la grève générale.

Un   gouvernement   qui   rétablira   les   travailleurs   dans   leurs   droits,   restaurera   les   libertés démocratiques, répondra aux revendications de la jeunesse et convoquera une Constituante pour que soit tournée la page de la Vème République.

6) Contribution de Bernard Fischer

Cela y est. Nous y sommes. C’est le cinquantième anniversaire du mouvement du mois de mai
1968.

Les comparaisons entre, d’une part, le mouvement du mois de mai 1968 et, d’autre part, l’actuel mouvement social sont surabondantes. En 2018 comme en 1968, c’est la place centrale du mouvement étudiant. C’est l’imprévisibilité du mouvement, le coup de tonnerre dans un ciel apparemment bleu. C’est la faiblesse sinon la disparition des organisations syndicales et politiques traditionnelles dans le mouvement étudiant. C’est l’auto organisation du mouvement dans les assemblées générales étudiantes. C’est l’extraordinaire actualité des mots d’ordre du mouvement étudiant du mois de mai 1968. C’est enfin la répression policière.

Le plus important mouvement social dans ce pays  depuis des  dizaines d’années surgissait au printemps de cette année. Les deux composantes les plus importantes de ce mouvement social sont la grève des cheminots et le mouvement étudiant.

La grève des cheminots est une grève classique et les journées d’action de la grève des cheminots sont des journées d’action classique. L’intersyndicale des fédérations de cheminots de la Confédération Française Démocratique du Travail (CFDT), de la Confédération Générale du Travail (CGT), de l’Union Nationale des Syndicats Autonomes (UNSA) et de l’Union Syndicale Solidaire (USS), impose son calendrier de journées d’action pratiquement sans aucune contestation. Les assemblées générales des cheminots quand elles existent sont numériquement faibles et elles ne décident de rien, sinon de l’application du plan de l’intersyndicale. La fédération du rail du Syndicat Unitaire et Démocratique (SUD) est dans l’intersyndicale et, en même temps, elle appelle à la grève reconductible. Sa présence dans l’intersyndicale ne sert à rien et son appel à la grève reconductible est inaudible.

Il en va de même de la CFDT. La fédération des cheminots de la CFDT est dans l’intersyndicale et, en même temps, il n’y a pas de rupture entre la fédération des cheminots de la CFDT et le bureau confédéral de la CFDT. L’issue la plus probable est la rupture de l’intersyndicale dans le sens d’un accord entre le gouvernement et le bureau confédéral de la CFDT.

La situation du mouvement étudiant est exactement le contraire par rapport à la situation de la grève des cheminots. Il y a un puissant mouvement étudiant, même s’il est minoritaire.

La forme la plus importante du mouvement étudiant est l’occupation et le blocage partiel ou total d’au moins une dizaine d’universités, pour certaines d’entre elles depuis plus de deux mois. Il n’y a aucune centralisation nationale des informations relatives au mouvement étudiant. C’est une distinction importante et fondamentale, c’est une évolution négative importante du mouvement étudiant de 2018 par rapport au mouvement étudiant des années 1970 et 1980. Il y avait à l’époque un syndicat étudiant fort, c’était l’Union Nationale des Etudiants de France (UNEF). En 2018, il y a l’impression selon laquelle l’UNEF n’existe tout simplement plus.

La question centrale de l’actuel mouvement social est la question de la convergence des luttes.

C’est d’abord la question de la convergence des luttes sociales. La forme la plus élémentaire de cette convergence des luttes sociales est la participation des cheminots à des assemblées générales étudiantes et la participation des étudiants à des manifestations des cheminots.

C’est aussi la question de la convergence des luttes syndicales et politiques. Cette question est une question formelle. Depuis des années, des manifestations syndicales passent devant des points fixes des organisations politiques. Plus récemment, des manifestations politiques passent devant des points fixes des organisations syndicales. La CGT, l’USS, le Mouvement de la France Insoumise (MFI), le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), le Parti Communiste Français (PCF), Ensemble et d’autres organisations syndicales et politiques  appellent à une manifestation  nationale à Paris, Samedi 26 Mai 2018. C’est positif.

Enfin, nous entendons de temps en temps dans les manifestations le mot d’ordre de « Macron, un an cela suffit », comme un lointain écho du célèbre mot d’ordre du mouvement du mois de mai 1968, « de Gaulle, dix ans cela suffit ».

Ce mot d’ordre n’est pas le mot d’ordre central du mouvement social. Le mouvement social est un mouvement social réel et ce n’est pas un mouvement social idéal. Le mot d’ordre de « Macron, un an  cela  suffit  »  n’appartient  à  aucune  petite  organisation  de  l’extrême  gauche  française  en particulier. En ce début du mois de mai 2018, les mots d’ordre de grève générale et d’élection d’une assemblée nationale constituante sont ou seraient des incantations, mais nous sommes dans une situation d’évolution extrêmement rapide de la situation politique et sociale dans ce pays.

7) Contribution de Jacques Capet

J’ai d’abord exprimé mon accord avec l’essentiel des interventions précédentes, particulièrement avec ce qu’a dit le syndicaliste de Sud Commerce, militant comme moi du Front Social. Je suis personnellement retraité de la métallurgie, syndiqué à la CGT à Nanterre.

J’ai ensuite marqué une différence avec quelques propos favorables à l’élection d’une Constituante ou à une 6ème  République. Je suis depuis 1958 opposé à la 5ème, même si mon opposition a évolué avec  les  décennies,  notamment  depuis  que  je  me  suis  rallié,  sur  le  tard,  au  marxisme révolutionnaire. Mais je ne pense pas pertinent de faire des institutions un thème majeur de la conflictualité.

D’abord parce que pour la majorité des travailleurs, la Constitution n’est pas la cause de tous les maux : Le problème n’est pas dans les tables de la loi mais dans le législateur et surtout dans le Président.  Beaucoup  considèrent  qu’il  y  a  eu  des  périodes  positives  pour  eux  sous  la  5ème République. Je pense au contraire que même dans les premiers mois de la présidence Mitterrand, le ver du Coup d’État permanent était dans le fruit, mais c’est ainsi.

Ensuite parce que, même si l’insatisfaction ou la colère des masses vis-à-vis de nos institutions devenait plus importante, il y aurait très probablement des divergences sur les modalités du changement de régime et sur les grandes lignes des nouvelles institutions et de toute façon la polarisation sur ces questions se ferait aux dépends de la lutte contre le patronat et les banques.

Bien sûr, si le gouvernement organisait un référendum constitutionnel, il faudrait se déterminer en fonction de la ou des questions posées. A moins que, comme en 68, la consultation référendaire soit destinée essentiellement à casser un mouvement populaire fort, auquel cas il faudrait, comme en 68, obliger le Pouvoir à remballer son référendum…

Bien que la question de la sortie de l’euro et/ou de l’Union européenne n’ait pas été évoquée entre nous samedi, comme elle est mise en avant par une partie de notre camp social, j’ai tenu à dire que pour moi ce serait une erreur d’en faire une question prioritaire. Certes, les classes dirigeantes ont mis en place les institutions européennes non seulement pour renforcer le camp capitaliste face au bloc de l’Est, mais aussi pour contrecarrer les politiques économiques et sociales trop progressistes de certains pays dont la France et c’est leur rôle majeur depuis la fin de l’URSS. Mais avec la poussée souverainiste de droite et d’extrême-droite, nous n’avons aucun intérêt à mettre en avant cette  question  où  nous  risquons  d’apparaître  comme  des  comparses  marginaux  de  Le  Pen  et Dupont-Aignan. Si d’aventure on nous soumet un référendum sur le sujet et si nous ne pouvons pas comme en 68 le faire avorter, il faudra bien répondre en nous démarquant aussi nettement des racistes que des défenseurs naïfs ou hypocrites de l’« Europe sociale ».

Si une victoire électorale d’une Gauche décidée à appliquer des mesures économiques et sociales intéressantes amenait Bruxelles ou la BCE de Francfort à essayer de nous mettre des bâtons dans les roues, il serait évidemment vital de rejeter L’UE, ses pompes et ses œuvres.

Mais dans l’état actuel de la lutte des classes, priorité absolue à l’affrontement contre la grande bourgeoisie !

8) Contribution du Front Social transmise par Laurent Degousée

Lire le tract du Front Social au format PDF

 


Services publics: une société plus juste, une chance pour tous
 
Débat à l'initiative de l'Espace Citoyen du Val d' Yerres :

Le samedi 9 juin 2018, Ecole Saint-Exupéry – Yerres, à partir de 14H30


 

Dans une situation où les couches les plus profondes du salariat se mettent en mouvement contre la politique du gouvernement Macron, il nous a semblé important de convoquer une réunion publique sur ce qui forme à nos yeux, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, une conquête de civilisation, les services publics.

Les hommes qui ont constitué le CNR (Conseil National de la Résistance), dans la résistance au fascisme, ont défini un programme qui sera appliqué dans les années qui suivront la Libération fondé sur le principe révolutionnaire « de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins ». Riche ou pauvre, tout homme a le droit, en cotisant ou en payant l'impôt, de se soigner, d'instruire ses enfants, de se déplacer, de jouir d'une retraite, de défendre ses droits face au capital. Passé l'embellie des « trente glorieuses », la bourgeoisie française n'a eu de cesse de remettre en cause ce qu'elle avait dû concéder, compte tenu de ses compromissions avec le régime de Pétain et la collaboration.

Les services publics à la française sont en fait le résultat d'un rapport de force imposé au capital par une classe ouvrière à l'offensive. Le régime de Macron, aux ordres du MEDEF et de l'Union Européenne, a déclenché une guerre de mouvement contre ce qui reste de ces acquis, déjà sérieusement entachés par les prédécesseurs.

A travers la destruction programmée du statut des cheminots, c'est une remise en cause sans précédent de « la propriété des biens ou entreprises dont l'exploitation a ou acquiert les caractères d'un service public national ou d'un monopole de fait » à laquelle nous sommes confrontés aujourd'hui avec le projet de privatisation de la SNCF. On voit aujourd'hui ce que cette politique a donné en Grande Bretagne : retard des trains, flambée des prix des billets, refus d'entretenir par les sociétés privées les infrastructures…

Le combat des cheminots est donc un enjeu de société.

Nous considérons les services publics comme un « bien commun », contrairement à la politique de l'Union Européenne qui, ne parlant que de services d'intérêt général (SIG) ou de services d'intérêt économique général (SIEG), entend mettre fin aux monopoles et ouvrir à la concurrence les services publics.

Cette politique s'appelle « la libéralisation », mot dont la racine est « libéral, libéralisme », c'est à dire un projet de société où :

- la baisse des impôts sur le revenu va de pair avec les dépassements d'honoraires dans les hôpitaux
- La baisse des impôts sur le revenu entraîne les baisses d'effectifs en personnel dans les hôpitaux avec son corolaire : augmentation des risques et de l'insécurité
- Les hôpitaux et maternités « non rentables » sont fermés pour être regroupés en grands pôles à plus de 50 kms de votre domicile
- Les marchandises et produits dangereux sont transportés en camions plutôt qu'en train pour satisfaire les appétits des grandes sociétés privées de transport routier
- Un même trajet en train peut être facturé 4 ou 5 prix différents
- L'enseignement public voit ses budgets réduits à la portion congrue, obérant ainsi l'avenir de votre enfant dans des classes surchargées.

Le gouvernement Macron a fait le choix de cibler le statut – O combien chargé d'histoire – des cheminots. S'il parvient à ses fins, derrière c'est la sécurité sociale qui est visée, que l'on assèche par la baisse des cotisations, la destruction de la fonction publique d'Etat et une nouvelle « réforme » des retraites.

Au système d'enseignement public, garantissant pour tous la transmission des savoirs fondamentaux aux fins de former des citoyens libres de leurs choix, le modèle libéral veut imposer un formatage adapté aux besoins d'un système économique générant chômage, délocalisations, déqualification… Le cycle est bouclé avec la remise en cause de la laïcité et le discours intolérable tenu par le président de la République devant les évêques, remettant en cause le principe de séparation des églises et de l'Etat, ou loi de 1905.

Si ces lignes vous interpellent venez en discuter avec nous.

Pour nous la défense des « communs » participe de notre volonté de combattre pour une société non seulement qui en garantisse l'existence, mais qui débarrasse l'humanité du capitalisme. Dans le programme du CNR il était stipulé que les grands moyens de production et d'échange devaient passer sous le contrôle de la puissance publique. Les accords intervenus pour le partage du monde en 1945, n'ont pas permis d'aller au-delà de garantir ces acquis de civilisation. Ils donnent toutefois une idée de ce que peut devenir une société libérée du capitalisme.

La lutte contre Macron pose aujourd'hui cette question d'un choix de civilisation.
 

 

Débat à l'initiative de l'Espace Citoyen du Val d' Yerres :

Le samedi 9 juin 2018, Ecole Saint-Exupéry – Yerres, à partir de
 
14H30

 


5 mai: le bus de France Insoumise, très au dessus du peuple...

La manifestation pot-au-feu vire à l’aigre, par Abel Mestre

Source : http://www.lemonde.fr/la-france-insoumise/article/2018/05/08/la-manifestation-pot-au-feu-vire-a-l-aigre_5295937_5126047.html


 

Certains militants de terrain, proches de François Ruffin, dénoncent l’omniprésence du Mouvement de la France Insoumise (MFI) pendant la manifestation du Samedi 5 Mai 2018.
 
Le pot-au-feu peut laisser un goût amer. C’est ce que ressentent plusieurs militants de terrain qui ont participé à l’organisation de la fête à Emmanuel Macron, Samedi 5 Mai 2018, qui a réuni trente huit mille neuf cent personnes, selon le comptage du cabinet Occurence pour un collectif de médias dont le Monde, à Paris. Ils mettent en cause l’omniprésence du MFI ce jour-là.
 
Le mouvement populiste de gauche a, en effet, fait feu de tout bois lors de cette manifestation impulsée par François Ruffin, député du MFI. Des centaines de pancartes estampillées du sigle du MFI ont été distribuées.
 
Un bus à impériale, où se trouvaient les cadres du MFI, sauf François Ruffin, dominait les différents chars représentant Emmanuel Macron.
 
Jean-Luc Mélenchon, lui, n’a pas su se contenter de l’unique intervention prévue, le député a repris la parole à l’arrivée du cortège à la place de la Bastille.
 
Un sentiment de récupération affleure donc chez beaucoup de militants, souvent proches du journal Fakir fondé par François Ruffin. Deux d’entre eux ont ainsi signé un texte intitulé « descendez du bus » qui n’épargne pas le MFI. Pour les deux auteurs, « le bus du MFI est un restaurant trois étoiles, une espèce de lieu gastronomique réservé à certains, un bus impérial ».
 
Ils ajoutent que « nous avions beau nous époumoner contre le trône d’Emmanuel Macron, voilà que les importants et les mégalomanes de l’insoumission se présentaient fiers comme des coqs sur un bus gigantesque, entourés par un cordon de sécurité. Ils ont préféré la distance et la hauteur, bien loin du peuple que soi-disant ils chérissent tant. Ils ont préféré être les empereurs de la journée ». Ils concluent que « le seul absent de cette mascarade politicienne était le véritable maître d’œuvre de cette journée. François Ruffin. Qui comme nous, les exploités volontaires qui soutenons ses combats, doit être écœuré et furieux de la tournure qu’ont pris les événements ».
 
Ce texte, qui circule dans les réseaux militants, devrait être suivi d’un autre dans les prochains jours, pour éviter que la marée humaine du Samedi 26 Mai 2018, appelée par des associations, des syndicats et des partis de gauche, à l’exception du Parti Socialiste, ne prenne la même tournure. Du côté du MFI, on balaie les critiques et Jean Luc Mélenchon refuse de répondre, estimant que le faire serait tomber dans des provocations et un jeu pervers. François Ruffin, député du MFI, a envoyé un message aux camarades fakiriens, qu’il a transmis au Monde. Le journaliste y écrit que « nous avons un adversaire qui se trouve à l’Elysée. Cheminots et étudiants mènent la bataille et, en leur nom, dans ce mouvement, nous n’avons qu’une mission, que Fakir, que ses responsables et que les contacts dont nous disposons, servent à rassembler toujours plus large dans la joie à l’écart des rancunes et pas à diviser ». Pour que le prochain pot au feu ne tourne pas à l’aigre.

  


Le baiser de Juda...

La tension monte entre François Ruffin et Jean-Luc Mélenchon
 
Mercredi 9 Mai 2018

Source : http://www.bfmtv.com/politique/la-tension-monte-entre-francois-ruffin-et-melenchon-1440868.html
 



Des militants proches de François Ruffin n'ont pas apprécié l'omniprésence du Mouvement de la France Insoumise (MFI) dans la fête à Emmanuel Macron, Samedi 5 Mai 2018. Ils dénoncent une récupération.
 
L'échange en dit long. Samedi 5 Mai 2018, à l'arrivée du cortège de la fête à Emmanuel Macron, Adrien Quatennens et François Ruffin, députés du groupe parlementaire du MFI, discutent et le ton est tendu.
 
« Déconne pas François. Faut que tu te ramènes là, les militants t'attendent au bus du MFI, ils ne comprennent pas ce que tu fais et pourquoi personne ne te voit », lance Adrien Quatennens.
 
La réponse du fondateur de Fakir est sans appel, « foutez-moi la paix ».
 
Une discussion, rapportée par Adrien Quatennens au Figaro, qui reflète les tensions entre le fondateur de Fakir et les proches de Jean-Luc Mélenchon.
 
Car François Ruffin l'avait annoncé. Cette manifestation n'était pas celle du MFI, ni d'un quelconque parti politique. La tête du cortège avait été réservée à différents représentants de professions en grève et pas à des politiques. Pourtant, lors du défilé, force est de constater que le MFI est partout. Des centaines de pancartes ornées du symbole du MFI sont distribuées. Jean-Luc Mélenchon et sa garde rapprochée défilent sur un grand bus à impériale qui domine les autres véhicules du défilé quand François Ruffin, lui, est sur un petit bus qui passe inaperçu. Il n'apparaît donc pas sur la photographie de famille de fin de manifestation.
 
Jean-Luc Mélenchon, lui, avait prévu de prendre la parole une unique fois durant le défilé. Finalement, il la prendra une seconde fois en arrivant à la place de la Bastille. L'ambiance glaciale est symbolisée par une photographie du leader du MFI embrassant un François Ruffin au visage fermé, dissimulant à peine son agacement.
 
« Ils ont préféré la hauteur, bien loin du peuple »
 
Trop de signes qui, pour des militants, montrent la récupération de la manifestation par le MFI. Deux d'entre eux, proches du journal Fakir fondé par François Ruffin, font circuler un texte intitulé « descendez du bus », dont le Monde publie des extraits, « nous avions beau nous époumoner contre le trône d’Emmanuel Macron, voilà que les importants et que les mégalomaniaques de l’insoumission se présentaient fiers comme des coqs sur un bus gigantesque, entourés par un cordon de sécurité. Ils ont préféré la distance et la hauteur, bien loin du peuple que soi-disant ils chérissent tant ». Ils concluent en écrivant que « le seul absent de cette mascarade politicienne était le véritable maître d’œuvre de cette journée, François Ruffin. Qui comme nous doit être écœuré et furieux de la tournure qu’ont pris les événements ».
 
Du côté du MFI, on minimise la portée du texte, ainsi que l'échange entre François Ruffin et Adrien Quatennens. « Ce sont des trucs du Journal Du Dimanche (JDD) », balaie Alexis Corbière sur La Chaîne Info (LCI), Lundi 7 Mai 2018. « François Ruffin est un homme formidable, extrêmement inquiet à la veille de la manifestation. Il était en tête de manifestation, il avait ce rôle d'organisateur et il a pris la parole tout à fait normalement ». Tout en concédant que « François Ruffin a son style, Jean-Luc Mélenchon a le sien et moi j'ai le mien ».
 
L'apaisement avant Samedi 26 Mai 2018
 
De son côté, selon le Monde, le député de la Somme a lui aussi appelé à l'apaisement en demandant à ses proches de « rassembler toujours plus large dans la joie et à l'écart des rancunes ». Les regards sont désormais tournés vers la manifestation du Samedi 26 Mai 2018.
 
« Il ne faut pas qu’elle soit captée par des organisations », estime Alexis Corbière, « il faut qu’elle soit au service d'un mouvement plus large et citoyen. Même si on n'est pas adhérent d'un parti, même si on n'est pas membre d'un syndicat, il faut qu'on se sente à l'aise, même si les partis ont leur rôle et même si les organisations syndicales ont aussi leur rôle ».

Cette bonne volonté sera-t-elle suivie des faits ? La prochaine assemblée générale d'organisation de la mobilisation le dira. Elle doit se tenir cette semaine à la Bourse du Travail de Paris.

 


"Le voici Néron, ivre de brûler Rome, brûler une civilisation. Brûler cette civilisation sociale que les luttes d’hier ont conquise; que les militants d’hier par leurs sacrifices, leurs peines, ont conquise; que, tous mêlés, les militants ouvriers d’autrefois ont conquise." Christian de Montlibert

Prendre le pouls de la situation, par Robert Duguet

07 mai 2018


La situation politique est complexe, il faut essayer de l’aborder en partant des rapports de force réels et toujours en fonction de l’objectif : la perspective politique que nous voulons construire.

Où voulons-nous aller ?

Discutant avec mes amis de « l’espace citoyen du Val d’Yerres », pour ma part, je ne défendrai pas plus la direction de la CGT contre Mélenchon, et encore moins la position de Mélenchon, reprenant les attaques précédentes de type bonapartistes sur les « corps intermédiaires » contre la direction de la CGT. Je ne ferai pas le choix d’un appareil contre l’autre. Il faut poser le stéthoscope sur le grand corps d’un corps social qui est entré en mouvement, et se garder de juger, comme nous l’expliquait brillamment Rosa Luxembourg, sur les vagues de la surface de l’océan et comprendre ce qui se noue dans les grands fonds.

C’est vrai que le gouvernement attaque la CGT, parce qu’elle reste un cadre d’organisation important du mouvement ouvrier et Macron veut un corps social sans syndicats. Même De Gaulle a échoué sur cet écueil et Macron n’est pas De Gaulle. Nous disions dans les années 1970 que la constitution de la Vème république était un bonapartisme inachevé. Aux ordres du MEDEF et de l’Union Européenne, ce petit missi dominici de l’Etat bourgeois gère les affaires comme le conseil d’administration d’un groupe bancaire. Il voudrait bien achever le travail et il ne tient aujourd’hui que par la légitimité que lui reconnaissent les appareils syndicaux ou politiques.

Dans ce vide de représentation le gouvernement monte des provocations policières qui ne rencontrent pas pour l’instant de contre-feu. Ainsi la provocation montée par Collomb, digne héritier de Marcel Déat, contre la manifestation du 1er mai : on laisse faire et on intervient après. Dans la représentation syndicale et politique, personne ne met en lumière la présence de policiers infiltrant les manifestations. La CGT n’est plus en mesure aujourd’hui, et avec elle le mouvement ouvrier, d’assurer la protection des manifestations, non pour des raisons paramilitaires d’organisation de service d’ordre, mais en raison de la crise du vieux mouvement ouvrier.

Même si on estime que la CGT est un pôle d’organisation important qui se renforce dans les luttes actuelles, pour autant faut-il soutenir la stratégie de la grève perlée qui est typiquement celle des journées d’action. Les grèves de 1995 ont vaincu le plan Juppé, non pas sur la stratégie des « temps forts » mais sur la puissance de la grève. Les « temps forts » n’ont fait qu’accompagner. La grève perlée permet-elle de vaincre ? Les cheminots bénéficient pour l’instant d’un environnement de soutien de la population et des autres secteurs en lutte. La question du Tous ensemble reste posée.
Macron attaque la CGT et pas Mélenchon. C’est manifestement faux aujourd’hui ! Le gouvernement attaque Mélenchon, non pour son ralliement au populisme, mais pour ce qu’il est susceptible de mettre en mouvement. La rédaction de BFMTV s’est déchainée contre la manifestation de Ruffin du 5 mai. Les choses sont compliquées. Les salariés, la jeunesse sont prêts à se saisir de tout ce qui peut se présenter comme offrant une perspective politique. Comme parlementaires, Mélenchon et le groupe de la FI attaquent Macron sur le contenu des réformes, ce qui conduit d’ailleurs le mouvement à se diviser sur la question de l’unité. Ruffin c’est pas tout à fait Mélenchon ! Clémentine Autain c’est le refus des invectives contre les autres courants du mouvement ouvrier ! Coquerel, ce n’est pas sûr du tout qu’il soit d’accord sur tout avec le leader maximo ! En avançant malgré tout contre Macron, la France Insoumise se fissure… Comme quoi le populisme n'est pas soluble dans la reconstruction d'une perspective politique...

Il faut maintenant essayer d’apprécier ce qui est avancé pour le 26 mai. Plusieurs organisations veulent « travailler à une marée populaire pour l'égalité, la justice sociale et la solidarité partout en France ». La date définitive du samedi 26 mai sera confirmée, ou pas, le 13 mai. Ce 13 mai le POID, commémorant le début de la grève générale de 1968 contre De Gaulle, appelle à manifester sous le mot d’ordre « Unité pour chasser Macron ». C’est un élément de la situation : le mot d’ordre d’unité pour chasser Macron monte dans la conscience des salariés et de la jeunesse, et je doute que cela soit sur les perspectives électorales européennes ou encore de l’échéance présidentielle de 2022. C’est maintenant qu’il faut le stopper.

Qu’est-ce que la proposition du 26 mai signifie aujourd’hui ? Sinon qu’il y a une aspiration dans le pays, à la fois pour un tous ensemble, et en même temps pour une perspective politique « pour l’égalité, la justice sociale et la solidarité ». Hier Martinez n’était pas d’accord, aujourd’hui il est d’accord pour une manifestation nationale ou des manifestations départementales qui seront par la force des choses politiques. Hier Mélenchon attaquait « les corps intermédiaires » qui l’empêchaient de prendre la tête, telle Jeanne d’Arc avec son étendard pour bouter Macron.  Aujourd’hui sa position est plus que mesurée sur la place des organisations syndicales. Tant en ce qui concerne la direction de la CGT que celle de FI, cela signifie que le mouvement s’approfondit dans le salariat et donc que les représentations s’adaptent à la nouvelle situation.


Discussion à poursuivre…

 


Une analyse sur ce qui s'est passé au congrès confédéral national de Force Ouvrière, par APLUTSOC

Source: https://aplutsoc.wordpress.com/2018/05/06/la-poussee-vers-lunite-daction-contre-macron-et-les-patrons/


Au congrès confédéral de la CGT-FO à Lille, le rapport d'activité présenté par le dirigeant sortant J.C. Mailly n'a été adopté qu'à 50,54% des mandats. Chacun comprend très bien qu'un tel score signifie en réalité un rejet frontal et largement majoritaire par tout ce que FO compte de syndicalistes authentiques.

Plusieurs interventions ont porté dans ce congrès le souffle de la lutte des classes contre le dialogue social au sommet ayant fait passer les ordonnances de Macron contre le droit du travail et continuant à produire ses effets. Saluons notamment les interventions de Jean-Louis Basset, des Cheminots du Rhône, Alexandre Tott de Florange, Nadine Hourmant, secrétaire de l'UD du Finistère, de la volaillerie Doux en liquidation judiciaire, qui a souligné l'absence d'aide et de solidarité du dirigeant confédéral envers ses collègues et sa section syndicale, et Marc Hébert, animateur de l'Union des Anarcho-Syndicalistes, courant syndical ayant appelé à voter contre le rapport d'activité, seul à condamner, sous le chahut orchestré, le fait que J.C. Mailly est maintenant nanti d'un mandat de représentant de ... FO au Comité Économique et Social Européen.

L'absence d'enjeu de pouvoir quant à la "succession", Pascal Pavageau étant pré-désigné sans adversaire – et s'étant prudemment démarqué de la fièvre macronienne de Mailly dans l'année écoulée – a fait que les tensions et clivages de ce congrès confédéral, plus encore que lors de la succession de Bergeron en 1989, ont directement traduit la lutte des classes : il ne s'agissait pas de choisir entre deux fractions de l'appareil (choix parfois nécessaire), mais d'être pour ou contre la collaboration à la mise en place de la casse du code du travail, pour ou contre le "dialogue social', pour ou contre l'unité d'action syndicale, pour ou contre l'unité des travailleurs contre Macron et les patrons.

Aux interventions signalées ci-dessus et à quelques autres, ont d'ailleurs répondu les traîne-savates soi-disant "métallurgistes" prêts à signer n'importe quoi, chantant la comptine d'un prétendu réformisme qui ne conduit à aucune réforme et uniquement à de la casse.

Cette confrontation traduisant directement la lutte des classes en plein congrès confédéral a été niée, dans une intervention quatre fois plus longue que celle de tout autre délégué avec la connivence de la tribune, par Patrick Hébert, dirigeant du "Parti Ouvrier Indépendant", en fait au nom de ces 35 membres sur 40 de la commission exécutive qui, le 4 septembre, refusaient de condamner Mailly, ce à quoi ils allaient être contraints à la fin de ce même mois de septembre 2017 : certes Mailly depuis un an, on ne peut plus être d'accord, a-t-il expliqué, mais fondamentalement tout le monde est d'accord à FO, pour dire que le droit du travail est menacé, et donc, tremblez bourgeois, il faut envisager de proposer aux autres confédérations une journée de grève interprofessionnelle !

Il s'agissait de ressouder les délégués en niant le clivage radical du congrès, pour protéger l'appareil que la lutte des classes, l'aspiration des syndiqués à se défendre, a mis à mal ces derniers mois parce qu'il a essayé d'aller trop loin, trop vite, dans la complicité avec Macron, menaçant le caractère syndical, donc indépendant, de l'organisation.

Sur la base de la protection ainsi fournie sous la phrase pseudo-tonitruante des protecteurs de l'appareil, celui-ci recommencera, n'en doutons pas ; mais pour l'heure il est sous surveillance et pour les militants, la journée interprofessionnelle cela veut dire la grève tous ensemble pour battre Macron et cela doit se réaliser !

Préservation de l'outil syndical contre ses propres dirigeants, réalisation de l'unité d'action contre Macron et les patrons en défense du syndicat et contre les dirigeants, voila finalement la riche leçon d'un congrès important, leçon qui devra fructifier, tout de suite et pas qu'à FO !

 


Appel de la Coordination Nationale des Universités (CNU), collectif

Source : http://www.snesup.fr/article/appel-de-la-coordination-nationale-des-universites

La CNU est organisée à l’initiative de la Fédération de l'Enseignement, de la Recherche et de la Culture (FERC) de la Confédération Générale du Travail (CGT), du Syndicat National de l'Enseignement SUPérieur (SNESUP) de la Fédération Syndicale Unitaire (FSU), la Fédération de l'Education du Syndicat Unitaire et Démocratique (SUD) et le SNPREES de la CGT Force Ouvrière.

Elle est soutenue par l'Union Nationale des Etudiants de France (UNEF).


La CNU réunie à Paris, Samedi 5 Mai 2018, a rassemblé des représentants de trente-huit établissements de l'enseignement supérieur et de la recherche.
 
La CNU appelle à la grève illimitée jusqu’au retrait de la loi relative à l'Orientation et à la Réussite des Etudiants (ORE), à l’arrêt de la répression policière dans les universités et à la mise en œuvre d’un plan d’urgence pour la rentrée 2018.
 
La CNU s’élève solennellement contre l’attitude du gouvernement et de trop nombreux présidents d’université qui, au bout de plus de trois mois de conflit ouvert, ignorent la résistance légitime et n’ont d’autre réponse que la répression, au moins une trentaine d’interventions de la police, souvent violentes et disproportionnées, sur les campus en quelques semaines et dans toute la France, ce qui ne s’était jamais vu. Nous avons là le signe à la fois de la surdité, de la précipitation et d’un mépris à l’égard de la jeunesse et de la communauté universitaire.   
 
Cette généralisation des interventions policières sur les campus constitue une grave remise en cause des franchises universitaires qui manifeste la volonté de l'état d’imposer par la force sa politique d’exclusion et de ségrégation sociale à la jeunesse.
 
Outre l’impossibilité technique et humaine de l’appliquer, la loi ORE, imposée autoritairement à la communauté universitaire, est la seule réponse du gouvernement face à un déficit structurel d’investissement. En effet, le nombre de postes de titulaires est en baisse, tandis que celui des contractuels a triplé ces dix dernières années. Sur la même période, la dépense moyenne par étudiant à l'université n’a cessé de diminuer et, s'il n'y a pas de changement, elle ne cessera de diminuer compte tenu de l’augmentation démographique, il y aura cent mille étudiants en plus d’ici 2020.
 
La loi ORE constitue une nouvelle attaque contre le service public de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (ESR). Elle a légitimement suscité chez les lycéens, les étudiants et les personnels, un rejet des principes sélectifs qui la guident, des inégalités accrues entre les établissements et les territoires auxquelles elle conduira et des modalités de sa mise en œuvre.
 
Nous ne protestons pas simplement contre un dispositif de candidatures à l’inscription à l'université, mais contre une série de réformes qui font système et qui vont transformer profondément l'université comme service public et bien commun, réformes du lycée, du baccalauréat et de la licence, remise en cause des statuts des personnels, privatisation de la formation professionnelle et de l’orientation et menaces sur le cadrage national des diplômes et sur le montant des frais d’inscription à l'université.
 
La CNU demande l’arrêt immédiat des interventions des forces de police sur les campus, le respect par les présidents d’université des franchises universitaires, la fin du recours à des sociétés privées de sécurité et la démission des présidents d’université qui ont participé à la répression policière du mouvement.

La CNU demande le retrait de la loi ORE, l’abandon des dispositifs du type Parcoursup et l’abandon du projet de refonte de l’arrêté licence.

La CNU demande, après le retrait de la loi ORE, l’ouverture de négociations ainsi que la prise en compte des revendications des personnels et des étudiants pour que le service public de l'ESR réponde aux besoins de la jeunesse.

La CNU demande le maintien du baccalauréat comme diplôme national et premier grade universitaire garantissant à tout bachelier le droit de s’inscrire dans la formation et l’établissement de son choix. La CNU demande l’élaboration d’un plan d’urgence pour les universités avec une augmentation des dotations budgétaires et du nombre de postes de titulaires d’enseignants, de chercheurs et de personnels BIATOSS, condition nécessaire pour l’ouverture de places supplémentaires en premier cycle. Ce plan d’urgence sera financé par la réaffectation aux universités des sommes dédiées au CIR et des crédits annoncés pour le service national universel. Il permettra, en outre, l’alignement des dépenses par étudiant sur celles dont bénéficient les élèves dans les classes préparatoires aux grandes écoles.

La CNU demande la titularisation de tous les contractuels et de tous les vacataires sur mission permanente.

La CNU demande la défense et l’amélioration du statut des personnels de la fonction publique d'état.
 
Considérant que le rôle des universités est aujourd’hui gravement atteint par leur paupérisation croissante, par la remise en cause du libre accès à l’enseignement supérieur, par le tri social et les inégalités territoriales ainsi que par l’attaque systématique contre la fonction publique et ses missions, la CNU appelle à la grève illimitée et reconductible, avec cessation réelle d’activité.

La CNU appelle à la non tenue des examens et à la rétention des notes.

La CNU appelle à accroître les mobilisations contre les réformes en cours en participant massivement aux assemblées générales, aux manifestations et aux autres initiatives locales ou nationales.

La CNU appelle à soutenir les personnels qui refusent de mettre en oeuvre Parcoursup sous toutes ses formes, commissions, classements et algorithmes.

La CNU appelle à débattre collectivement et à prendre toute mesure utile pour que la question des examens ne soit pas instrumentalisée et ne pénalise aucune étudiant, report, rétention des notes, validation universelle et opposition à toute forme de délocalisation des examens. La CNU rappelle que les jurys d’examen sont souverains.

La CNU appelle à déposer des recours juridiques contre l’ensemble des irrégularités commises au sein des universités.

La CNU appelle à organiser dans chaque université une cérémonie de création d’une nouvelle université, pose de la première pierre, qui aura pour vocation d’accueillir les cent mille bacheliers qui seront refusés dans le supérieur à la prochaine rentrée.

La CNU appelle à construire la convergence des luttes en prenant contact avec les autres secteurs professionnels mobilisés, en participant aux mouvements du Lundi 14 Mai et du Mardi 15 Mai 2018 notamment.
 
La CNU soutient la journée nationale de mobilisation dans l’éducation et l’enseignement supérieur, Mercredi 16 Mai 2018, et la journée nationale de mobilisation et de grève dans la fonction publique, Mardi 22 Mai 2018.
 
La CNU se réunira à nouveau Samedi 19 Mai 2018 à Paris.
 


Comment se fait-il qu'ils portent tous un brassard ? par Révolution Permanente

Source : http://www.revolutionpermanente.fr/1er-Mai-a-Paris-la-verite-sur-certains-manifestants-cagoules-tout-de-noir-vetus


 

Mardi Premier Mai 2018 à Paris, la vérité sur certains manifestants cagoulés, tout de noir vêtus
 
A Paris, de l'autre côté du pont d'Austerlitz, beaucoup de manifestants ont attendu sur le boulevard de l'Hôpital, plusieurs heures et sans succès, l'arrivée du traditionnel défilé du Mardi Premier Mai 2018, finalement cassé en deux avant la gare d'Austerlitz. Mais faute de voir arriver les cortèges, c'est un tout autre spectacle qui s'est donné à voir. Celui d'un incroyable dispositif policier, d'une cinquantaine de camions de Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS) parqués dans les locaux de l'hôpital de la Salpêtrière, d’autres stationnés dans les rues adjacentes, mais aussi et surtout l’irruption de groupes de dizaines de personnes encagoulées, voire casquées, tout de noir vêtus, munis de sacs visiblement non contrôlés, et se rendant, à grand enjambées, au contact de la tête de cortège. Qui étaient-ils ? Petit indice, ils portaient tous une petite oreillette et serraient chaleureusement la main des policiers en uniforme.
 
Les médias ont fait des gorges chaudes des dégradations visibles sur le premier tronçon du boulevard de l’Hôpital. La question n’est pas de nier la casse du Mac Donald's ni l’incendie des deux concessionnaires qui se situaient, par ailleurs, sous un immeuble d’habitation, ni même la casse du mobilier urbain, à savoir une partie des panneaux de publicité Decault.
 
Néanmoins, ces fameuses dégradations ont été bien moindres que celles qui ont voulu nous être vendues par les médias qui décrivaient un Paris sens-dessus-dessous, moindres également par rapport à d’autres moments récents de manifestations. Bien moindres, bien entendu, que le saccage généralisé du territoire de la Zone A Défendre (ZAD) de Notre Dame Des Landes (NDDL) opéré sur ordre du gouvernement, ces derniers temps.
 
Pour ce qui est des acteurs et des actrices, il ne s’agit pas non plus de nier le fait que se trouvaient, devant le cortège syndical, plusieurs centaines de manifestants décidés à en découdre. Le chiffre de mille deux cent, communiqué par la préfecture de police, est largement fantaisiste et vise à alimenter les fantasmes et à faire les gros titres de la presse. L’enjeu n’est pas non plus, ici, de discuter de l’impact des formes de manifestation et d’action de la mouvance autonome visant à cibler, spécifiquement, des symboles.
 
Ce qui est plus intéressant, c’est de s’interroger sur la façon dont, au cours de la manifestation, plusieurs dizaines de manifestants ou qui se présentaient en tant que tels, à première vue, ont pu descendre le boulevard de l’Hôpital, après avoir échangé des signes de connivence et des poignées de main avec les officiers commandant les escadrons de CRS.
 
Selon le Monde, dans son édition du Jeudi 3 Mai 2018, le cortège de tête se caractérise comme un groupe affinitaire pour partie constitué de manifestants appelés Blacks Blocs en raison de leur tenue entièrement noires, masques ou cagoules compris. Pour les camarades qui étaient présents en amont de la manifestation, si l’on s’en tient à cette définition, plusieurs de ces individus ont été vus. Des photographies en témoignent.
 
Évoluant par petits groupes et très mobiles, commentant, de façon très crue, ceux et/ou ce qu’il fallait péter ou démonter. De qui ou quoi parlaient-ils ? Des manifestants ou du mobilier urbain ? Pourvus de lourds sacs-à-dos, qui n’avaient pas été fouillés. Munis de casques de moto, qui pendaient à leur ceinture. Habillés en noir, certains arborant même un keffieh palestinien. Cagoulés, dès qu’ils approchaient le bas du boulevard, ou masquant leur visage d’une écharpe. Tous, ou presque, avec une oreillette, plus ou moins habilement cachée sous un bonnet. Et ce n’est qu’au moment de passer à l’action légale, à savoir matraquer et interpeller, après s’être fondus dans la foule, qu’ils passaient leur brassard orange siglé police.
 
Quel qu’ait été le nombre des manifestants au bout du pont d’Austerlitz, Mardi Premier Mai 2018 à 15 heures 30, ce sont plusieurs dizaines d’autres, déboulant de derrière les cordons de CRS, voire de derrière les grilles de l’hôpital de la Pitié-Salpétrière, qui ont multiplié les provocations et les incidents, Mardi Premier Mai 2018 en milieu d’après-midi.
 
Le Monde, toujours très professionnel et objectif dans la façon dont il délivre les informations, souligne que les Blacks Blocs avaient promis une journée d’enfer. De façon tout à fait légale, la préfecture de police, quant à elle, avait déclaré, dès le Lundi 30 Avril 2018, qu’elle serait sans pitié et qu’il y aurait des affrontements. Et Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, a réitéré le propos, puisque lors des prochaines échéances sociales, le gouvernement a assuré sa volonté de séparer les manifestants de ceux qui cassent, en cassant, précisément, les cortèges en deux ou en trois et en empêchant que ne s’exprime la contestation sociale. Qui sont les véritables casseurs, tout de noir vêtus ou en costume cravate ?

 


Andrès Nin, cofondateur du POUM, assassiné par la police de Staline...

3 mai 1937 à Barcelone : Les gardes d’assaut staliniens attaquent anarchistes, poumistes et ouvriers républicains. La guerre d’Espagne ne peut plus être gagnée, par François Duval

jeudi 3 mai 2018.

Source : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article6128

Commentaire: un point important manque à cette analyse, qui nous est apporté par les récentes recherches historiques. Le livre de Pierre Broué, Staline et la révolution espagnole, met en lumière que même l'orientation du PC espagnol - gagner la guerre et faire la révolution ensuite - fut une pure imposture et trahison : Staline s'est emparé de l'or de la république espagnole contre des armes, la plupart de la première guerre mondiale dont des fusils qui étaient hors d'état de fonctionner.(RD)


Le film de Ken Loach, « Land and Freedom », a permis de briser un peu le mur du silence entourant un épisode occulté de la guerre d’Espagne : la liquidation violente, non par les fascistes mais par le camp républicain lui-même, d’une des expériences les plus avancées de pouvoir populaire.

En juillet 1936, la riposte au coup d’État de Franco, général fasciste allié à Hitler et Mussolini, ne fut pas tellement le fait du gouvernement républicain de Front populaire mais, pour l’essentiel, celui des masses ouvrières et paysannes influencées par l’organisation syndicale anarchiste, la Confédération nationale du travail (CNT). Elles se soulevèrent, notamment en Catalogne, et mirent en échec les putschistes sur une partie du territoire. Pour conduire la guerre antifranquiste, des représentants de la CNT entrèrent au gouvernement républicain. En Catalogne, la CNT, mais aussi le Parti ouvrier d’unification marxiste (Poum, communiste antistalinien) entrèrent au gouvernement régional, la Generalidad.

Pour autant, malgré les consignes d’ordre et de modération des pouvoirs publics républicains, les travailleurs mirent spontanément en œuvre de très importantes mesures de collectivisation des terres, des transports et de l’industrie. Ce mouvement fut particulièrement massif en Catalogne, la principale région industrielle, avec la création d’une pyramide de comités d’usine, comités locaux et régionaux, qui assuraient, de fait, la gestion de l’économie et de la société, ainsi que les tâches de défense grâce à l’organisation de milices ouvrières. Grâce à son implantation militante et à son influence, la CNT y détenait de fait le pouvoir.

Pourtant, les vieilles institutions légales continuaient d’exister et de se reconstruire, avec l’aide du Parti communiste espagnol, qui utilisait l’aide soviétique pour asseoir son emprise sur l’État. Son orientation était de « gagner la guerre d’abord, faire la révolution ensuite ». Mais, selon lui, pour « gagner la guerre », il fallait éviter d’effrayer, par des mesures révolutionnaires, les petits propriétaires et de perdre l’appui (très limité) de la France et de l’Angleterre. Il déploya donc tous ses efforts - y compris la répression contre les anarchistes et les poumistes - pour revenir en arrière sur la collectivisation, restaurer la discipline et dissoudre les milices au profit de l’armée et de la police « régulières ».

Défaite

Le 3 mai 1937, les gardes d’assaut - dirigées par les staliniens - tentèrent de s’emparer du central téléphonique de Barcelone, alors contrôlé par les travailleurs et la CNT, qui pouvaient ainsi écouter les conversations téléphoniques gouvernementales. Les forces gouvernementales furent repoussées ; les travailleurs alertés se rendirent alors dans les locaux de la CNT et du Poum pour s’armer, et ils dressèrent de nombreuses barricades. À partir de ce moment-là, alors que les travailleurs armés étaient maîtres de la ville, les dirigeants de la CNT (suivis par ceux du Poum) recherchèrent le compromis : retrait des barricades, libération des prisonniers, mise en place d’un nouveau gouvernement régional. Le gouvernement accepta le « compromis », sans évidemment la moindre intention de le respecter. Puis, il fit venir des renforts d’autres provinces, alors même que la CNT refusait les offres de service des milices anarchistes désireuses de se porter au secours des travailleurs de Barcelone. Résultat : ces derniers finirent par quitter les barricades, se démobilisèrent et devinrent rapidement victimes de la sévère répression gouvernementale.

De nombreux militants anarchistes et poumistes furent emprisonnés.

Andrès Nin, principal dirigeant du Poum, fut séquestré, torturé, puis assassiné par les services secrets soviétiques.

Andrès Nin kidnappé, torturé et assassiné par les sbires de Staline (16 au 20 juin 1937)

Le Poum fut mis hors la loi. Le gouvernement central espagnol abrogea les mesures de collectivisation et prit directement en main la police et la défense en Catalogne. De fait, les journées de mai, à Barcelone, scellèrent la défaite de la Révolution espagnole, mais aussi la déroute du camp républicain face à Franco. Contrairement à la stratégie revendiquée par le Parti communiste, le refus de la révolution signait aussi la défaite dans la guerre contre les fascistes.

Conciliation

La lutte contre le franquisme et pour la révolution sociale, menée par les masses espagnoles à partir de juillet 1936, constitue une expérience très riche, notamment parce que les différentes stratégies y ont été soumises à l’épreuve de la pratique. Parmi bien d’autres possibles, on en retiendra essentiellement deux leçons. La première concerne l’attitude des courants réformistes. En principe, ils prétendent parvenir aux mêmes objectifs que les révolutionnaires, mais sans rupture et par d’autres moyens : légaux, parlementaires, pacifiques. En fait, ils craignent par-dessus tout la mobilisation et l’activité autonome des couches populaires. En période de calme social, ils se gardent bien de construire la mobilisation.

Mais lorsque la mobilisation, malgré eux, s’est développée et pose des questions politiques de fond, ils font tout pour un « retour à l’ordre » aussi rapide que possible, gâchant ainsi même la possibilité de réformes ambitieuses. Ainsi, en France : Juin 36, la Libération, Mai 68. L’issue est parfois tragique, comme le coup d’État de Pinochet contre l’Unité populaire chilienne. Mais il arrive aussi que les réformistes eux-mêmes organisent la contre-révolution et écrasent dans le sang le mouvement révolutionnaire. Ainsi, les sociaux-démocrates allemands, au lendemain de la Première Guerre mondiale, réprimèrent les ouvriers et assassinèrent Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. Ainsi, les staliniens à Barcelone, en 1937.

Deuxième leçon : l’importance de la capacité d’initiative des révolutionnaires et, à l’opposé, le coût extrêmement lourd auquel se paient toute hésitation et toute tergiversation lorsque la situation politique pose effectivement la question de la prise du pouvoir. L’immense majorité des militants du Poum et de la CNT étaient d’authentiques révolutionnaires. En première ligne contre les fascistes, organisant la mobilisation populaire contre les possédants dans les villes et les campagnes, ils se battaient consciemment pour la révolution et pour une autre société ; pour les uns, elle avait le visage du communisme démocratique débarrassé des monstruosités du stalinisme et, pour les autres, celle du communisme libertaire, de la libre association des travailleurs sans patrons et sans État. Il n’empêche : au moment décisif, tant la direction de la CNT que celle du Poum - qui s’étaient liées les mains en participant à des gouvernements de coalition avec des forces dont l’objectif principal était le rétablissement de l’ordre ancien - furent incapables de mener les travailleurs en armes à la victoire. Elles cherchèrent jusqu’au bout la conciliation, refusèrent d’organiser l’affrontement et contribuèrent même au désarmement des combattants. Avec le résultat tragique que l’on sait. Comme les autres révolutions défaites, la Catalogne rouge et noire de 1937 rappelle qu’une révolution qui s’arrête au milieu du gué creuse sa tombe.


 

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