Blog de Robert Duguet - mars 2016

Code du travail et organisations syndicales : première partie

La CFDT encore et toujours, par Jacques Cotta

Source: La sociale, http://la-sociale.viabloga.com/

Sommaire

Le scénario qui se dessine pour la loi El Khomril n’a pas grand-chose de surprenant. Il met en scène principalement François Hollande, son gouvernement, le parti socialiste et la CFDT. La presse avait donné le ton en qualifiant de « syndicats réformistes » ceux qui ont pour tâche d’avaliser la contre-réforme El Khomri dont le premier point indique que les droits fondamentaux des personnes sont limités « par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise ». En d’autres termes il s’agit de codifier la subordination totale des droits des salariés à l’intérêt de l’entreprise. Face aux premières résistances qui se sont manifestées sur le terrain social, le gouvernement par la voix de Manuel Valls a indiqué qu’il se donnait un délai de quinze jours pour « revoir sa copie ». Ce délai dépassé, il apparaît que la philosophie générale du texte n’a pas changé, malgré toutes les déclarations, notamment du secrétaire général de la CFDT qui voit de multiples raisons pour se rallier au texte gouvernemental. Depuis des années la CFDT s’est affirmée comme la béquille indispensable de tous les gouvernements qui appliquent lorsqu’ils ne la devancent pas la politique de l’Union Européenne. Une vision policière de l’histoire fera reporter la responsabilité de cette situation sur quelques responsables qui imposeraient au compte de leurs propres intérêts leur volonté. Mais cela est un peu court et ne permet pas de comprendre l’origine de la politique cédétiste, sa nature, sa portée réelle et surtout de conclure sur la véritable nature de cette centrale. S’agit-il d’une organisation syndicale ouvrière classique, avec ses contradictions, ses courants, ses oppositions internes ? S’agit-il d’un syndicat « jaune » qui endosse le gilet syndical pour mieux liquider en toute circonstance importante les intérêts matériels et moraux des salariés ?

Pour plusieurs de mes livres j’avais été confronté à la CFDT et mené une enquête de proximité sur ces questions et plus, sur les relations réelles entre cette centrale, ses principaux responsables, et les organisations gouvernementales, PS en tête. J’en livre ici quelques extraits qui permettent de saisir à sa juste valeur le rôle et la nature de la CFDT dans l’affaire qui est en train de se jouer sous nos yeux.

PS, CFDT et deuxième gauche : lorsque le chef se lâche !

L’implantation du parti socialiste dans les organisations syndicales a toujours été liée à l’importance de ses courants. Historiquement, ses militants se sont répartis à la CGT, à FO ou à la CFDT. (…) . Peu à peu, c’est la CFDT qui a pris le dessus, au point d’avoir des relations très privilégiées avec l’appareil socialiste, aujourd’hui avec le gouvernement et les différents ministères.

De la mobilisation des retraites à la confection de l’ANI (pour arriver aujourd’hui à la « réforme » du droit du travail), dans chaque période de conflit social, au moins depuis les années 90, la question de savoir les raisons pour lesquels ce syndicat est amené à rompre le front syndical et à casser l’unité des salariés est régulièrement posée. (…) Pour tenter d’y voir clair j’avais essayé de rencontrer François Chérèque du temps où il dirigeait encore la centrale[1]. J’avais eu vent d’une réunion planifiée au « cercle interallié » avec l’organisation patronale « Ethic » dirigée par Sophie Dementon. J’étais d’autant plus intrigué que c’était à la demande du secrétaire général de la CFDT que l’invitation qui m’avait été lancée dans un premier temps avait au dernier moment été annulée. Le patron de la CFDT voulait « dialoguer avec cette assemblée patronale sans la présence de journaliste, en privé ». C’est donc en toute discrétion, avec une complicité interne, que j’ai pu assister à ce petit déjeuner fort instructif, installé au fond de la salle[2].

Curieux d’abord, j’étais de plus en plus stupéfait par le discours tenu par le responsable de la CFDT sur « les réformes à mener ». D’autant qu’avec l’assistance satisfaite, le jeu des questions réponses allait bon train[3]. On était alors sous la présidence de Nicolas Sarkozy mais les thèmes abordés et le ton utilisé auraient pu s’inscrire dans le quinquennat Hollande, à la virgule prés.

« L’économie est poussive », « le premier des problèmes concerne l’investissement » car nous « n’avons pas décliné les objectifs de Lisbonne », « les réformes de la recherche, des régimes sociaux, des retraites, de l’assurance maladie, de la santé, des hôpitaux n’ont pas été accomplies » assénait le leader de la CFDT. Après avoir fait siennes l’ensemble des mesures qui ont pesé dans le vote Non du peuple français le 29 mai 2005[4], François Chèréque abordait ensuite « l’organisation du marché du travail », « les problèmes d’emplois liés à l’existence d’une trop grande rigidité pour les entreprises ». Question méthode de travail, il dénonçait « la culture du conflit », condamnait « la CGT qui pousse à la grève dans les ports de Marseille », ou « FO qui fait la loi chez les communaux », « la nécessité d’imposer une CFDT qui aujourd’hui y a des problèmes ». Déjà les objectifs concernaient l’obligation de ne « pas opposer la flexibilité à la rigidité », de privilégier « les syndicats à la base car là, la flexibilité s’organise et s’impose d’elle-même ». Il annonçait ce que François Hollande allait accomplir une fois au pouvoir. Et ajoutait : « La protection sociale sera le gros morceau. Il faut finir le travail sur les retraites après ce qui a été commencé sur les régimes spéciaux, aborder la question du contrat de travail, enfin la sous-traitance dossier difficile »…

Pragmatique, l’ex leader syndical revendiquait l’efficacité. Chèréque ministre ? « Non je suis beaucoup plus utile à la place que j’occupe. Je peux faire de la pédagogie ». Avant d’illustrer. En mettant la gauche « face à ses contradictions », on aboutit au discours de Villepinte où « la candidate socialiste[5] fait de la dette sa priorité et reconnaît l’économie de marché. Mais pour cela, il faut être là où je suis ».

Un peu d’histoire

(…) C’est dans la CFDT elle-même, ce qu’elle est, ses relations au pouvoir, son histoire, qu’il faut chercher, pour tenter d’y voir clair et pour comprendre le rôle que tient aujourd’hui la CFDT en relation avec le gouvernement Hollande en place et le parti socialiste.

Dans les années 70, le socialisme français tel qu’il se reconstruit est très marqué par la présence des chrétiens sociaux issus de la mouvance cédétiste. Les responsables de la CFDT occupent déjà le terrain.  Et L’homme en vogue se nomme déjà Chérèque, mais il s’agit de Jacques, le père de François. Acteur du passage de la CFTC à la CFDT dont il fut aussi permanent et secrétaire général adjoint, il traverse 1968 puis l’occupation de « Lip » qui met l’autogestion à l’ordre du jour, et adhère au parti socialiste après les assises du socialisme organisées par Michel Rocard en octobre 1974 dans la même période que jacques Delors. Sous le second gouvernement Rocard de 1988 à 1991, il est promu ministre délégué à l’aménagement du territoire et à la reconversion industrielle. Durant cette période éclatent de grands conflits sociaux, dans la sidérurgie notamment. La Lorraine, particulièrement frappée est la région de Chérèque père. « Il faut retirer les hauts fourneaux de la tête des sidérurgistes lorrains » assène alors l’ancien syndicaliste préfet puis ministre. Il accepte et accompagne la restructuration de la sidérurgie lorraine et les plans sociaux soldés par des milliers de suppressions d’emplois. Il prône le « réalisme », vante les « solutions de remplacement » et appelle « les ouvriers qui ne veulent pas crever » au sens des réalités.

Ainsi, au fil des années, la CFDT s’est révélée être un éclaireur parfait.  Elle permet de percevoir ce que sera la politique du PS. Les déclarations de ses secrétaires généraux ont dans les faits valeur d’annonce. Les grands tournants de la politique socialiste dans les services publics ? L’état-major CFDT-PTT rédige la loi Quilès qui ouvrira la voie à la privatisation du téléphone. Le plan Juppé des retraites soutenu par Nicole Notat en 1995 contre des millions de manifestants et de grévistes ? Elle ne fait que dire tout haut ce que les responsables socialistes pensent alors en silence et qu’ils confirmeront deux ans plus tard au pouvoir. L’ANI dernièrement et l’accord avec le Medef ? Au point de départ de l’élaboration du texte, il y a la CFDT qui se retrouve au point d’arrivée à la demande du gouvernement socialiste pour le « valider ». Le compte personnalisé d’activité, la dislocation des collectifs, pivot de la réforme El Khomri …, c’est aussi la CFDT.

La CFDT concentre la conception générale que le PS a de la « politique sociale » : la gestion des pauvres et des exclus en lieu et place de l’émancipation des travailleurs. Les exemples abondent. L’apparition des restos du cœur sous la gauche indique bien la substitution de la charité privée à la place de l’égalité et du droit au travail. Comme la création d’aides et d’allocations –le RSA par exemple sous Martin Hirsch- assistance d’appoint, en lieu et place d’un salaire lié à un vrai travail. L’entreprise n’est plus le lieu de création de richesses où des intérêts conflictuels s’affrontent, capital d’un côté et travail de l’autre, mais un lieu, une communauté où peuvent être partagées des valeurs purement morales. Ce nouveau discours qui s’éloigne de l’esprit de revendication nous ramène au discours du patronat paternaliste et chrétien. Il vise entre autre à éviter que le système explose sous le coup des injustices et des inégalités qu’il produit, à éviter que saute le couvercle de la « cocotte-minute » sociale.

La Charité contre l’émancipation

La position singulière de la CFDT dans le syndicalisme français, ses relations au parti socialiste tourné vers la recherche d’une « troisième voie » à la sauce SPD allemand ou New Labour anglais n’ont rien de bien original. Elles apparaissent aujourd’hui au grand jour car le parti socialiste étant au pouvoir, le roi est nu ! Mais la question a toujours traversé le mouvement ouvrier français et international. L’antagonisme entre le catholicisme social et le socialisme a toujours marqué l’histoire sociale, le premier étant voué à ré évangéliser des milieux ouvriers, se posant en adversaire du second jugé « athée, destructeur des valeurs chrétiennes ». Dés 1920, la CFTC, ancêtre de la CFDT[6] affirme qu’état et syndicats sont complémentaires. Là où le syndicalisme ouvrier défend son indépendance à l’égard de tout état et de tout gouvernement, le syndicalisme chrétien prône la participation et la complémentarité.

 Débat d’histoire ? Pas vraiment à l’aune de l’actualité récente. Cette remise en perspective permet de comprendre que les positions parfois incompréhensibles de la CFDT pour le plus grand nombre des salariés qui aspirent à l’unité pour leurs revendications ne dépendent pas de tel ou tel responsable, mais sont génétiquement liées à l’organisation elle-même.

Quel rapport entre le syndicalisme chrétien et le syndicalisme ouvrier ?

Le premier veut corriger les effets néfastes du capitalisme. Il s’agit de l’aménager. Le pauvre n’a pas de manteau, qu’importent les causes de son dénuement. C’est sa pauvreté qui nous intéresse et qu’il faut soulager… Le second recherche les causes du mal pour l’obtention des revendications. Le capitalisme ? Il faut donc l’affronter et non l’aménager, s’attaquer aux rapports sociaux qui concentrent les inégalités.

Le premier se veut porteur de l’intérêt général et à ce titre s’autorise la cogestion avec les politiques. Ceux-ci l’ont bien compris. Lorsque les députés socialistes félicitent la méthode qui a présidé à l’ANI, ils s’adressent aux syndicats en général qu’ils aimeraient voir à l’image de la CFDT, transformés en organisateurs et gestionnaires de la vie sociale et à ce titre en élaborateurs et rédacteurs d’une loi qui remet en cause le droit du travail et les acquis sociaux gagnés de longues luttes. Le second se considère responsable des mandats et des revendications des travailleurs, et à ce titre préserve son indépendance vis-à-vis de tous les pouvoirs.

Le premier considère selon l’encyclique que « le travail de l’un et le capital de l’autre doivent s’associer entre eux puisque l’un ne peut rien sans le concours de l’autre » lorsque le second estime que « le travail des uns réalisent le capital des autres ».

En optant pour le programme du catholicisme social adapté à la société postmoderne, contre la tradition socialiste, le PS a rompu avec son histoire et s’est engagé dans une autre perspective. En tournant le dos à ses fondements il aurait rejoint sur le terrain politique la modernité, aurait fait preuve de capacité d’adaptation à un monde en perpétuel mouvement, comme la CFDT l’aurait fait sur le terrain syndical. Mais la modernité a des accents trompeurs. Sur chaque question, la CFDT fait valoir de timides avancées sectorielles – réelles ou fantasmées - pour accepter et promouvoir un recul généralisé. Les discours justifiant l’accord avec le MEDEF sur l’ANI sont illustratifs. N’est-ce pas parce que la loi prévoit par exemple «des droits rechargeables pour les chômeurs », c'est-à-dire la possibilité de garder des droits à l’assurance chômage non utilisés sous certaines conditions[7], qu’il faut accepter une régression  sur la flexibilité, les licenciements, les garanties collectives et individuelles, le blocage des salaires, l’allongement du temps de travail, les mutations d’office ? Et n’est-ce pas avec un argument jumeau – ne pas être rangé dans le camp de la Grèce ou de l’Espagne en crise, bref « éviter le pire » - que sur le plan politique le gouvernement joue une musique qui n’a pas grand-chose à envier sur le fond au flamenco espagnol ou au sirtaki grec ?

La CFDT, un des pivots du gouvernement socialiste

Si la CFDT a eu des rapports privilégiés avec tous les gouvernements, c’est aujourd’hui avec le parti socialiste que les liens semblent les mieux établis, jusque dans le fonctionnement même des institutions. Ainsi, les responsables de la CFDT rencontrent une fois leur mandat terminé une oreille attentive des pouvoirs politiques et économiques porteurs du système. Les responsables nationaux d’abord.

Après avoir quitté ses fonctions à la tête de la CFDT, François Chèréque a été nommé inspecteur général des affaires sociales. Il est également président du think-tank social libéral proche du parti socialiste, Terra Nova. C’est donc très officiellement, par la position qu’il occupe, qu’il se trouve au centre de l’élaboration politique du parti du pouvoir. La fondation qu’il dirige s’assigne en effet l’objectif d’une « rénovation intellectuelle de la social-démocratie », la « refondation idéologique de la matrice idéologique de la gauche progressiste », « l’expertise » et l’élaboration de « solutions politiques opérationnelles ». Sur quelle orientation ? Parmi les personnalités proches de Terra Nova, on trouve une série de d’acteurs de la vie économique, banquiers et grands patrons, mais également du monde politique, tels Michel Rocard ou encore Anthony Giddens, homme clé du New Labour et théoricien de la « troisième voie » en Grande Bretagne.

Avant François Chèréque, c’est Nicole Notat qui dirigeait la CFDT[8]. Nicole Notat célèbre pour le soutien qu’elle a apporté au plan Juppé en 1995 a aussi connu derrière sa responsabilité syndicale une carrière fulgurante. Dès 2002 elle se trouve à la tête de Vigeo, société européenne d’évaluation des performances sociales et environnementales des entreprises. Parmi les actionnaires, on trouve 35 entreprises, en majorité françaises mais également Mc Donalds ou la « Royal bank of scotland », 7 gestionnaires financiers ou fonds de pension dont Eulia ou encore 8 syndicats. Le rêve de « l’alliance capital-travail » cher au « syndicalisme chrétien responsable » enfin réalisé[9]. Pour l’influence, elle préside depuis le 1er janvier 2011 le club « Le Siècle » qui rassemble les dirigeants des grandes sociétés françaises. Nommée par le conseil européen, elle est également membre du groupe de réflexion sur l’avenir de l’Europe. Elle participe aussi au conseil d’administration de la Coface[10], et au conseil de surveillance du Monde SA. Enfin, en janvier 2013, elle apporte son concours direct au gouvernement de François Hollande en devenant chef de file du groupe de travail « Promouvoir et valoriser l'entrepreneuriat responsable » des futures assises de l'entrepreneuriat, sous l'égide de la ministre Fleur Pellerin. Nicole Notat au cœur donc d’une des priorités du président Hollande.

Comme François Chérèque, Nicole Notat instrumentalise son passé « syndical » et maintient un lien étroit de « conseil » avec le pouvoir en place issu de l’élection de François Hollande à la présidence de la république.  Jean Kaspar l’avait précédée. Après quatre années à la tête de la CFDT il se retrouve conseiller social à l’ambassade de France à Washington puis consultant en stratégies sociales et gérant de « J.K. consultant à Paris ». Outre ses liens avec la Fondation pour l'innovation politique, cercle de réflexion lié à l’UMP, il a participé à la « commission pour la libération de la croissance française » ou encore « commission Attali » du nom de son président, l’ancien conseiller de François Mitterrand, mise en place par Nicolas Sarkozy. Ainsi, il souligne deux urgences, la maitrise des finances publiques comme socle de la croissance et le renforcement de la compétitivité pour l’emploi avec notamment transfert d’une partie des cotisations sociales sur la TVA, ce que le gouvernement Hollande aura réalisé avec le « crédit impôt compétitivité emploi » une fois arrivé au pouvoir. Kaspar conseiller occulte de Hollande ?

Avant lui, c’était Edmond Maire[11]qui fut ensuite président de Villages Vacances Familles -devenu Belambra club après avoir été privatisé en juillet 2006 - avant de présider une société d’investissement pour la création d’entreprises. Tous les ex dirigeants de la CFDT avant Maire ont gardé des liens étroits avec le parti socialiste et tous, à l’exception d’Eugène Descamps qui en fut responsable jusqu’en 1971 se sont ensuite retrouvés à la tête d’entreprises privées ou ont été nommés à des postes de haute responsabilité dans des organismes publics.

Est-ce par conviction ou par prudence que le dernier venu, Laurent Berger, demeure dans la continuité (…) appelant d’ailleurs à manifester pour le soutien de la loi socialiste, « la réforme clé » du quinquennat de François Hollande.

La CFDT à tous les étages

Jusqu’à récemment en effet, la question était posée de savoir qui se trouvait à la tête des organisations syndicales. La CGT et le parti communiste, quels liens au lendemain de la chute du mur de Berlin, de l’effondrement de l’Union soviétique ? Force Ouvrière, les socialistes et les trotskystes, historiquement opposés au stalinisme et à la subordination du syndicat à quelque parti politique, « intégriste » de l’indépendance vis-à-vis des pouvoir et des partis, quelle réalité aujourd’hui ? Et la CFDT, quelles relations avec le PS et la deuxième gauche à sa tête ? Mais aujourd’hui ces questions sont déplacées, au moins pour la CFDT. La question n’est pas de savoir si une aile du parti socialiste en a pris la direction, mais bien de savoir si la CFDT elle-même n’a pas pénétré les sphères du pouvoir au point d’y insuffler sa vision, et son orientation.

Incroyable en effet, depuis l’élection de François Hollande ont été promues, à tous les niveaux de responsabilité de l’état, des « personnalités » de la deuxième gauche et des membres de la CFDT. La liste est longue, aussi je ne retracerai ici que quelques parcours significatifs, sans être trop exhaustif mais avec la précision suffisante, demandée notamment par le député socialiste dubitatif sur le sens de cette question, Marcel Rogemont[12].

Commençons par Jean Pisani Ferry. Cet ancien conseiller de Dominique Strauss Kahn, président délégué du conseil d’analyse économique, expert pour la commission européenne et pour le fond monétaire international, est une des figures de la deuxième gauche. Il a accumulé titres et postes, a été membre du conseil d’administration du think tank « Notre Europe » fondé par Jacques Delors en 1996, a été aussi directeur du think-tank « Bruegel », financé par des états de l’Union Européenne[13] et de grandes multinationales,[14] où il a fréquenté Jean Claude Trichet le président de la banque centrale européenne, et Mario Monti le commissaire européen. Delors, Trichet, Monti… Jean Pisani Ferry côtoie la « crème » des institutions européennes. Sous sa direction, Bruegel publie un document sur un mécanisme européen pour résoudre les crises de dette souveraine en Europe[15]. Ce mécanisme revient à ce que la Troïka mettra en place en Grèce notamment, asphyxiant le peuple grec et le pays lui-même[16]. Le 1er mai 2013 François Hollande nomme Jean Pisani Ferry commissaire général à la stratégie et à la prospective[17], un poste dans une des institutions clés de la cinquième république qui a pour mission de concourir à la détermination des grandes orientations et des objectifs de la Nation et de prévoir les réformes à venir.  Mais il ne s’arrête pas en si bon chemin. Il le nomme également à la présidence du « comité de suivi du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi ».

Après Jean Pisani Ferry, les énarques et inspecteurs des finances de la CFDT sont à l’honneur. Pour piloter le débat sur la transition énergétique, la ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie fait appel à Thierry Walh pour « établir un diagnostic sur la situation de notre pays au regard des engagements pris, il y a cinq ans, dans le cadre du Grenelle de l’environnement ». Aux élections à la commission administrative paritaire du corps des inspecteurs des finances, Thierry Walh était suppléant sur la liste CFDT de Anne Paugam. Cette dernière, élue CFDT, hérite de la direction générale de l’agence française au développement, opérateur pivot de l’aide publique au développement, poste stratégique. Thierry Whalh préside également la commission pour la création du commissariat général à l’égalité du territoire.

Parmi les membres de la commission Walh, un autre inspecteur des finances cédétiste au curriculum vitae bien rempli. Philippe Jurgensen s’est vu confier des missions également de première importance, comme « la compétitivité ou la simplification des aides publiques ». Aux côtés de Jurgensen dans la même commission, Anousheh Karvar, l’ancienne secrétaire nationale de la « CFDT cadres ». Inspectrice au sein de l’inspection générale des affaires sociales elle s’est vue confier par le ministre du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle et du dialogue social une mission d’évaluation de la politique de la formation professionnelle des demandeurs d’emploi.

Toujours issu de l’inspection des finances, le cédétiste Matthieu Guerlain s’est fait appeler par le premier ministre Jean Marc Ayrault comme conseiller technique en charge de la modernisation de l’action publique.

Au cabinet de Cécile Duflot, qui a été ministre de l’égalité des territoires et du logement, l’ancien responsable CFDT à l’ENA, Alexis Masse, est nommé conseiller pour la ville et l’égalité des territoires.

Pour diriger son service de presse, le président de la république lui-même a choisi de piocher dans le « syndicalisme chrétien » en choisissant l’ancienne journaliste à l’hebdomadaire de la CFDT, Marylène Courivaud.

Guillaume Llorach, ancien permanent à la CFDT a été recruté comme attaché parlementaire au cabinet du ministre délégué à la ville lorsque celui-ci était François Lamy alors que Pascal Canfin qui a fait ses armes comme chargé de mission à la CFDT du Nord Pas de Calais s’est retrouvé ministre délégué auprès du ministre des affaires étrangères Laurent Fabius après avoir été député vert européen.

Tous les ministres ont puisé dans les cadres de la CFDT. La porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, a appelé au ministère des droits des femmes Laurence Laigo, l’ex secrétaire nationale de la CFDT, en qualité de conseillère en charge de l’innovation sociale et des politiques européennes. L’ex responsable nationale de la CFDT se voit également confier « la prospective en lien avec les acteurs de la société civile et les intellectuels ».

Parmi d’autres postes clés confiés ainsi à la CFDT, un des plus récents concerne la présidence de la « plateforme RSE » - plateforme nationale d’actions globale pour la responsabilité sociétale des entreprises - mise en place par le premier ministre en Juin 2013, qui échoie à Patrick Pierson, un secrétaire national de l’organisation syndicale. Une de ses tâches consiste à chercher « comment améliorer la transparence et la gouvernance des entreprises en réponses aux attentes de la société et de la finance responsable tout en intégrant les évolutions normatives européennes et internationales ». Tout un programme…

Dans la même veine, la présidence du conseil d’administration de l’agence de l’environnement et de la maitrise de l’énergie est attribuée à Bruno Léchevin. Ancien conseiller spécial du président de la commission de régulation de l’énergie, délégué général du médiateur national de l’énergie, commissaire de la commission de régulation de l’énergie, membre du haut conseil du secteur public, et avant tout cela agent EDF-GDF au centre de distribution mixte de Lyon, Bruno Léchevin avait commencé ses débuts syndicalo-politiques à la Jeunesse ouvrière chrétienne qu’il préside de 1974 à 1978, continué à la fédération gaz électricité de la CFDT dont il est secrétaire fédéral de 1983 à 1988, enfin au bureau national cédétiste où il siège durant dix ans. Un exemple chimiquement pur qui nous fait voyager de l’engagement politique et syndical chrétien jusqu’aux fonctions octroyées par le gouvernement de François Hollande et Jean-Marc Ayrault avec détour d’usage par les rangs de la CFDT.

Autre progression remarquable, celle de Liliane Le Pinvidic Guevel qui fait ses débuts dans la centrale syndicale au bas de l’échelle, comme secrétaire syndicale de la fédération générale agro-alimentaire. Elle se retrouve ensuite conseillère technique en charge des affaires réservées au cabinet de la ministre de la réforme de l’état, de la décentralisation de la fonction publique, Marylise Lebranchu.

Avant ses « frasques » et « indélicatesses » qui lui ont valu de perdre son ministère, Jérome Cahuzac, si prompt à demander aux français de se serrer la ceinture lorsqu’il « jouait » de la fraude fiscale, avait succombé à la règle. Ainsi, Laurent Martel, autre inspecteur des finances CFDT avait été nommé conseiller technique fiscalité au cabinet du ministre. Lorsque Bernard Cazeneuve arrive au ministère, Laurent Martel reste mais change d’attribution au sein du cabinet, devenant conseiller budgétaire union européenne, agriculture et défense.

Autre inspectrice des finances CFDT, autre nomination. Aurélie Lapidus est devenue conseillère auprès du secrétaire général des affaires européennes, service rattaché auprès du premier ministre. Même trajectoire, même destinée. Sandra Desmettre s’est vue appelée par le ministre du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social Michel Sapin pour occuper le poste de conseillère technique en charge de l’insertion dans l’emploi, de l’emploi des jeunes et des séniors.

N’en jetez plus

Les élus parisiens de la CFDT n’ont pas échappé à l’appel d’air socialiste. Olivier Fraisseix par exemple, ancien représentant du personnel cédétiste à la mairie de Paris se retrouve conseiller chargé du budget, de la réforme de l’état et de la décentralisation au cabinet du président de l’assemblée nationale pendant que Martine Laborde-Chiocchia, ancienne candidate CFDT des administrateurs civils se retrouve nommée chef de service du rapport public et des programmes à la cour des comptes, et que Gaspard Gantzer, collaborateur de Terra Nova et ancien conseiller politique auprès du maire de Paris devient conseiller de presse et de la communication  au cabinet du ministre des affaires étrangères Laurent Fabius.

Parmi les cédétistes proches du pouvoir, intégrés aux rouages, la plupart ont été appelés. D’autres ont pris l’initiative. Parmi ces derniers, Jacky Bontems, l’ancien numéro 2 de la CFDT, un des hommes clés du dispositif Hollande qui a œuvré dans l’ombre au compte du Président et du premier ministre. Pour combler le déficit social des futurs gouvernants, plus d’un an avant les présidentiels, le numéro 2 de la CFDT, ancien proche de Nicole Notat comme de François Chérèque fait offre de service. La réponse est immédiate. Hollande d’abord, Ayrault ensuite. Début 2011, il fait jouer son carnet d’adresses pour rassembler quelques amis de confiance. Marc Deluzet, un autre de la CFDT aura le rôle de « sparring-partner » du futur président sur les questions sociales. Bontems, lui, devient à la fois organisateur et conseiller occulte qui a la mainmise sur la question sociale. Le fondateur du « réseau 812 », contraction de deux dates qui ont vues l’élection d’un président socialiste -1981 et 2012- c’est lui. Il se fixe l’objectif d’assurer « une veille et une réflexion contributive sur les sujets économiques et sociaux » et la « rénovation du pacte social ». Les orientations de la CFDT, avouées ou pas, sont portées au cœur de la démarche et de la réflexion sociale du gouvernement. Il a été un des préparateurs de la conférence sociale de juillet 2012 à laquelle il participe au grand étonnement d’ailleurs d’autres syndicalistes car officiellement, il n’avait rien à y faire.

A la tête de « 812 » il est rejoint par un autre cadre de la « CFDT », l’ancien responsable de l’union régionale ile de France, Joseph Le Corre. Le réseau mis en place rédige des notes au président, au premier ministre ou encore au ministre du travail. « 812 » n’est pas sectaire. On trouve à son sommet à côté des responsables de la CFDT donc, des « membres de la société civile », mais aussi des patrons… Tout ce beau monde pour traiter les affaires sociales et les préoccupations des salariés ! Mais il fallait sortir de l’ombre, acquérir une fonction officielle. L’initiateur du « réseau 812 », ancien N°2 de la CFDT, est donc nommé au commissariat général à la stratégie et à la prospective où il retrouvera Jean Pisani Ferry, un des hommes pivots de la deuxième gauche.

Jusqu’à la caricature

Mais les nominations de la CFDT dans les rouages de l’état et les sphères du pouvoir ne s’arrêtent pas là. Parmi les candidats CFDT aux élections à la commission administrative paritaire interministérielle des administrateurs civils, les nominations tombent comme des mouches. La liste CFDT a constitué en effet un véritable vivier. Il serait fastidieux de les citer tous, ainsi que les fonctions qu’ils occupent depuis l’élection de François Hollande (…). Notons juste, parmi ces membres de la CFDT la promotion de Maya Atig, nommée Directrice générale adjointe de l’Agence France Trésor à la direction générale du Trésor du ministère de l'Économie et des Finances, de Armelle Daumas qui se retrouve Directrice Générale adjointe de l'Agence du Patrimoine Immatériel de l'Etat en février 2013 ou encore de Jean-Marc Frohard, nommé Secrétaire Général de la Direction de l'Information Légale Administrative, service rattaché auprès du premier ministre. Il y a aussi Eloy Dorado qui devient Directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse Île-de-France et Outre-mer, Jean-Yves Gacon directeur de projets à la mission d'appui aux contrats de partenariat public-privé du Ministère de l’économie et des finances ou encore Coralie Waluga, nommée directrice Générale des Services de l'école normale supérieure et qui aura laissé un souvenir particulier aux étudiants lorsqu’accompagnée d’un huissier de justice, elle vient s’opposer à l’occupation de la cantine de Normale sup organisée en solidarité avec des employés précaires[18]. Par décret du Président de la République en date du 23 septembre 2013, elle change d’affectation et est nommée sous-préfète de l'arrondissement de Saint-Dizier. Il y a aussi Virginie Darpheuille, appelée par le maire de Paris d’alors, Bertrand Delanoë, comme Directrice adjointe de cabinet ou encore Manuel Bougeard qui décroche le titre de plus jeune directeur de cabinet du gouvernement. Ironie de l’histoire, il est chargé des personnes âgées chez Michèle Delaunay.

Enfin, difficile de clore les relations du pouvoir et du parti socialiste avec la CFDT sans évoquer cet incroyable ministère des affaires sociales et de la santé, chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion. Absolument inouï ! Madame la ministre Marie-Arlette Carlotti a choisi ses collaborateurs pratiquement tous au sein de la CFDT. Dix sur douze, qui dit mieux ? Christophe Pierrel, chef de cabinet, CFDT. Comme Christine Laconde, directrice de cabinet. CFDT aussi Delphine Prady conseillère politiques de solidarité, comme Vartan Arzoumanian, conseiller communication et presse, ou encore Benoît Payan conseiller politique, Guillaume Macher,  conseiller en charge des discours et de la prospective, Jérémy Boroy, conseiller accessibilité et éducation, Benjamin Foissey conseiller affaires parlementaires, Céline Jaeggy-Roulmann conseiller emploi et formation professionnelle et enfin Vanessa Maurin, conseillère technique en charge des associations et de la prise en compte du handicap.

Les relations institutionnelles entre le gouvernement, le parti socialiste et la CFDT sanctionne la victoire de la deuxième gauche et l’engagement du PS, plus de dix ans après les autres partis socialistes, dans la recherche illusoire et autodestructrice d’une « troisième voie à la française ». Mais si pour la CFDT la situation est à court terme prometteuse, elle risque de se révéler à plus long terme dangereuse. Immédiatement, cette organisation syndicale qui se trouve à la fois hors et dans le gouvernement peut espérer être l’interlocuteur privilégié du pouvoir, sa courroie de transmission indispensable pour faire passer lois et réformes sociales. Mais à plus long terme ne risque-t-elle pas de se faire emporter dans le déclin et la chute annoncée ?

Leurs heures sont comptées

Dans tous les domaines les plus cruciaux, le capital financier en rêvait, Hollande est en passe de le réaliser. Mais le moment de régler l’addition approche. Les socialistes les plus lucides devraient réaliser, après les différentes élections qui se sont déroulées, jusqu’aux dernières élections législatives partielles, que le divorce avec leur électorat est consommé.

Le pari de Manuel Valls est partiellement en voie de se vérifier. Si nul ne peut délimiter aujourd’hui les contours d’une prochaine recomposition, il est vraisemblable que le parti socialiste est en train de vivre ses derniers instants. Le gouvernement Hollande Valls, un des plus réactionnaires de ces dernières décennies, a suscité un sentiment de rejet tel que rien ne semble plus pouvoir le sauver. Avec lui ses béquilles prendront sans doute le même chemin. Le visage de la CFDT apparaît au grand jour avec le soutien systématique apporté à toutes les réformes réactionnaires du gouvernement socialiste.

Syndicat soumis aux impératifs de l’union européenne, complice des différents gouvernements socialistes dans l’application des politiques et lois si précieuses au capital et au MEDEF, la CFDT devrait en toute logique connaître le sort de ses alliés politiques, du moins si face à lui un « front syndical de classe » se fait entendre pour la défense des intérêts matériels et moraux des salariés.


Code du travail et organisations syndicales: deuxième partie

Quand El Khomri se réclame de la flexisécurité, de la sécurité sociale professionnelle… Et la CGT dans tout ça… par Jacques Cotta

Le 25/03/2016

Source: La sociale, http://la-sociale.viabloga.com/


La loi El Khomri qui remet en cause le code du travail pose assez clairement le dispositif politique sur lequel compte s’appuyer le gouvernement Hollande Valls pour atteindre son but. La pièce maitresse est la CFDT et quelques autres syndicats qualifiés pour l’occasion de « réformistes » en opposition à la CGT, FO, l’UNEF, la FSU et Solidaires qui réclament l’abandon pur et simple d’un texte jugé inamendable. Celui-ci en effet dès son premier article indique qu’il s’agit de soumettre le salarié à l’intérêt de l’entreprise, ce qui indique clairement que tout acquis social qui pourrait être considéré contraire au dit intérêt pourrait être légitimement supprimé.  Dans le « premier volet » concernant ce sujet http://la-sociale.viabloga.com/news/code-du-travail-et-organisations-syndicales-premiere-partie, m’appuyant sur des enquêtes menées pour la rédaction de plusieurs de mes livres – « 7 millions de travailleurs pauvres » ou encore « l’Imposteur » - j’ai abordé les raisons pour lesquelles la CFDT permet toujours aux contre-réformes gouvernementales d’être appliquées. Toute vision policière qui limiterait le sujet aux intérêts de quelques chefs qui vendraient leur âme pour un plat de lentilles serait limitée. C’est dans l’histoire, dans les gênes de la CFDT qu’il faut chercher pour comprendre, en interrogeant sur la véritable nature de cette organisation. Dans ce second volet, je voudrais poser une question : la CFDT seule a-t-elle les moyens de jouer le rôle qu’elle occupe ? Certes ses liens au parti socialiste, à la « deuxième gauche », ses références au catholicisme social sont autant d’éléments qui en font le syndicat rêvé pour l’application des directives européennes et de la politique réactionnaire du parti socialiste. Mais cela est-il suffisant ? La place qu’occupe la CFDT serait incompréhensible si on ne revenait pas sur les fluctuations qui ont traversé durant tout un temps la CGT, lorsque l’unité avec la CFDT était un dogme indiscutable. Certaines des orientations de la CGT ont en effet ouvert la porte avec celles de la CFDT, au nom d’un syndicalisme de propositions, aux contre réformes du gouvernement et en l’occurrence à la loi El Khomri qui reprend à son compte plusieurs de leurs propositions. Il ne s’agit pas ici de renvoyer tout le monde dos à dos, d’autant que les engagements pour rejeter la loi El Khomri tranchent sans ambiguïté. Mais l’inscription dans le temps d’une unité syndicale – comme elle existe aujourd’hui entre la CGT, la CGT-FO, Solidaires par exemple - sur une ligne qui défende sans concession les intérêts matériels et moraux des salariés du public comme du privé, demande que la discussion sur le bilan de chacun soit tiré en toute clarté. Pour aider cette discussion je reprends ci-dessous quelques extraits du livre « Un CDD sinon rien » que j’avais consacré à ces sujets en 2012.  

L’état des lieux


(…) si le Contrat à durée indéterminée a su conjuguer durant des années la volonté du patronat soucieux de s’attacher la main d’œuvre et celle du salariat attentif aux perspectives de carrière, notamment dans les grandes entreprises, si ce type de contrat concerne encore les trois quarts de l’emploi, il ne progresse plus. Les Contrats à durée indéterminée à temps plein étaient en 2007 au niveau de 1982. C’est le contrat à durée déterminée qui lui est substitué. En 2008  par exemple, 61% des intentions d’embauche adressées par les employeurs à l’URSSAF étaient des Contrats à Durée Déterminée de moins d’un mois, c'est-à-dire installés dans la précarité[1]. Le contrat à durée déterminée qui en 2007 concernait 14,4% de l’emploi demeure minoritaire, mais il devient la norme de recrutement. Dans les embauches des entreprises de plus de 10 salariés, sa part s’élève à 75%[2]. Depuis 1980, les Contrats à durée déterminée ont été multipliés par 4, les stages et contrats aidés par 3, le travail à temps partiel prenant une place importante dans les nouveaux statuts de l’emploi. Une fois sur deux, un Contrat à durée déterminée débouche l’année suivante sur un autre Contrat à durée déterminée et une fois sur cinq sur le chômage. De façon structurelle, « ces emplois constituent un mode de recrutement de plus en plus souvent retenu par les entreprises dans leur gestion de la main-d’œuvre, même pour les postes qualifiés[3] » au détriment des conditions faites aux salariés. Mais il y a plus. Ces contrats portent souvent sur du « temps partiel », nouvelle différentiation dans le statut de l’emploi. Lorsque les statistiques indiquent une recrudescence des embauches, « la reprise passe essentiellement par des emplois à temps partiels, ce qui est d’autant plus inquiétant qu’il s’agit souvent de contrats de courte durée[4] ».

(…) la suppression du Contrat à durée indéterminée dans le secteur privé au profit du contrat à durée déterminée va dans le sens de la flexibilité demandée par les employeurs, officiellement pour « ajuster leur volume d’emplois aux variations de l’activité », plus exactement pour faire là aussi du travail et des salaires la principale variable d’ajustement afin de préserver les profits des directions générales ou des actionnaires, notamment dans des conjonctures fluctuantes. Ce sont en effet les garanties officiellement liées au contrat de travail à durée indéterminée, inscrites dans la loi, qui sont visées, entre autre la nécessité de motiver « par une cause réelle et sérieuse » les licenciements, individuels ou collectifs, la prise en compte par le code du travail et le système de sécurité sociale des risques du travail.

Derrière les arguments du MEDEF, du PS, des LR : la loi et le code du travail

L’irruption du contrat à durée déterminée en lieu et place du contrat à durée indéterminée place d’ailleurs bon nombre d’employeurs qui y trouvent avantage dans une totale illégalité. Le code du travail indique en effet qu’ « un contrat de travail est par principe un contrat à durée indéterminée[5] ». Il stipule que le contrat à durée déterminée ne peut être conclu que pour l’exécution d’une tâche précise et temporaire, dans certains cas particuliers tels que « les emplois à caractère saisonniers ou pour lesquels, dans certains secteurs définis par décrets (…) il est d’usage constant de ne pas recourir au Contrat à durée indéterminée en raison de la nature de l’activité exercée et du caractère par nature temporaire de ces emplois[6] ». Enfin, le contrat à durée déterminée, quel que soit son motif, « ne peut avoir ni pour objet, ni pour effet, de pourvoir durablement un emploi lié à l’activité normale et permanente de l’entreprise[7] ». Il ne peut en conséquence, théoriquement, constituer un outil permanent de gestion des entreprises.

Le contrat à durée déterminée, censé permettre « une meilleure flexibilité du travail », présente donc un risque pour les entreprises qui y ont recours. A tout moment un salarié peut revendiquer le recours au contrat à durée indéterminé, dès lors qu’il établit l’illégalité dans laquelle se trouve son employeur au regard du code du travail. C’est la raison pour laquelle le statut du travail, le contrat régi par le code, le code du travail lui-même sont souvent disqualifiés par les représentants patronaux, le MEDEF ou L’UIMM par exemple, au nom d’une trop grande complexité, nécessitant donc une refonte pour définir un contrat de travail qui serait « plus adapté à la situation économique », « plus souple », « plus flexible », « plus simple ».

Au point de départ, la CGT et la fameuse « sécurité sociale professionnelle »

Quelques temps seulement après avoir reçu les grands patrons au Fouquet’s pour fêter son élection à la présidence de la République, Nicolas Sarkozy a inscrit à l’ordre du jour la question du « contrat de travail unique » qu’il avait évoquée durant la campagne électorale en 2007. L’ambition affichée est alors de répondre au souci des employeurs en rassemblant sous un même contrat de travail les différentes formes existantes, permettant ainsi à la fois la flexibilité désirée et l’absence de recours juridique de la part des employés. Les propositions présidentielles s’appuient sur une série de travaux qui depuis une dizaine d’années traitent partiellement cette question, du « contrat d’activité » avec un groupement d’employeurs[8] issu du rapport Boissonnat aux rapports officiels qui ont fleuri en 2003 et 2004[9] en passant par la fameuse « sécurité sociale professionnelle » introduite par la CGT en 2002. Selon les propositions de la centrale syndicale, les droits ne seraient plus attachés au contrat de travail, mais à la personne, donc transférables d’une entreprise à une autre, et opposable à chaque employeur : « droit à la formation continue », à « la santé », à « la retraite », à « l’emploi », à « la carrière », à « la démocratie sociale ». En 2006, la CFDT se mêle du sujet et demande « des garanties collectives » visant « la sécurisation des parcours professionnels », la « validation des acquis d’expérience », « l’extension du droit individuel de formation », « la continuité des protections sociales complémentaires », « l’équivalence des droits entre les différentes branches professionnelles » …  Ni le gouvernement, ni le MEDEF, pourtant si prompts en général à user de l’argument des déficits pour s’opposer à toute mesure sociale, n’aborde alors la question du financement de ces droits pour leur éventuelle mise en œuvre. Là n’est pas l’essentiel. Derrière ces propositions se trouve la remise en question du statut du travail, les droits des salariés étant déconnectés du contrat de travail et de l’emploi occupé. Dans les propositions présidentielles « pour un contrat de travail unique » dont les garanties dépendraient de l’ancienneté dans l’emploi, le principal réside dans « l’assouplissement des règles de licenciement ». C’est dans ce contexte que les débats aujourd’hui en cours sur la « flexisécurité » engagés tant par le pouvoir politique que par la CGT ou la CFDT, et par les organisations patronales, prend tout son sens. Portée par la commission européenne et par l’OCDE, la « flexisécurité » est censée officiellement combiner la flexibilité du marché du travail à la sécurisation des trajectoires des personnes. Mais la réalité est toute autre, éclairée par les organisations patronales qui s’engouffrent dans le débat. A la veille des élections présidentielles de 2012, l’Union des industries des métiers de la métallurgie, le bailleur de fond historique du MEDEF rendu célèbre en 2007et 2008 par la mise en examen de Denis « Gautier Sauvagnac[10] », lançait un « manifeste » en direction des futurs candidats. Sous la bannière de « la compétitivité », il est question de « réforme de la protection sociale » et « d’accroissement de la flexibilité ». Ainsi, la « flexisécurité » se propose « d’ajuster temporairement la durée de travail et les rémunérations des salariés à la hausse comme à la baisse en fonction de la conjoncture ». Dans la même veine, l’assurance chômage est jugée « trop généreuse pour les travailleurs temporaires », les « intermittents du spectacle » et les « salariés qualifiés ».

Le Danemark a bon dos

De droite comme de gauche, les partisans de la « flexisécurité » prennent appui sur les expériences danoises ou néerlandaises en omettant les conditions particulières propres aux pays concernés[11]. De plus, contrairement au discours officiel, la flexibilité, présentée comme une nécessité pour les salariés eux-mêmes, ne crée pas d’emploi. Outre-manche par exemple, le taux de chômage a été d’autant plus important que la flexibilité était forte. La baisse du chômage, souvent présentée comme le produit d’un modèle, est souvent due à la baisse du nombre d’actifs plus qu’à une recette qu’il s’agirait de généraliser. De même, le chômage de masse est le produit d’un système en crise et non d’un trop grand « laxisme » dont jouiraient les salariés. Ainsi, selon l’OFCE de 2008 à 2010, le chômage est passé de 7,4% à 10,2% et selon l’UNEDIC l’année 2009 a connu la destruction de 591 000 emplois salariés dans le secteur marchand et 639 000 chômeurs supplémentaires, soit 1800 de plus chaque jour ou encore plus d’un par minute.

L’accord interprofessionnel de modernisation du marché du travail  du 11 janvier 2008 a été présenté comme la première étape de la « flexisécurité à la française[12] ». Un contrat de travail dérogatoire, le « contrat à objet défini », ouvrant la voie à des recrutements pour une durée limitée de 18 à 36 mois de salariés normalement en CDI, fait son apparition. Les jeunes ingénieurs en Contrat à durée déterminée, voilà une première. La durée d’essai du CDI, sans aller aux deux ans du Contrat Nouvelle embauche, est allongée. Une nouvelle rupture de contrat est envisagée, la rupture conventionnelle, à côté de la démission ou du licenciement, l’indemnité de rupture équivalant à un cinquième de mois par année d’ancienneté. La sécurisation est ainsi très limitée, notamment par rapport aux discussions menées au conseil économique et social de mai 2007[13]. Le solde des heures de formation acquises devient transférable et le salarié reste couvert par sa protection complémentaire de santé durant un tiers de la durée d’indemnisation chômage avec un minimum de trois mois. Enfin, les chômeurs sous peine de se voir radiés et de perdre leurs allocations devront accepter une baisse de leurs « prétentions salariales » et un élargissement de la zone de recherche. Leurs droits sont fragilisés. Au bout d’un an par exemple, ils ont obligation d’accepter « toute offre compatible avec leur qualification », et rémunérée à hauteur du revenu de remplacement après un an d’inscription au chômage. De plus, ils ont obligation d’accepter une heure de déplacement aller et une heure retour pour se rendre sur leur lieu de travail.

Le salarié jetable comme un kleenex usagé

Ainsi, au stade actuel, la parade patronale pour remédier au contrat de travail qui contraint l’employeur et accorde des droits statutaires au salarié demeure en gestation. Dans l’attente d’une modification en profondeur des relations sociales touchant des millions de salariés du privé, j’ai découvert la solution actuelle qui satisfait déjà sur bien des aspects les aspirations patronales. J’avais rendez-vous à Roissy avec Abderrafik et Marie-Odile, deux intérimaires « d’expérience » dont la connaissance du sujet est liée à la fois à leur propre parcours professionnel et à leur activité permanente à la tête du comité d’entreprise de Manpower.

-L’intérim pour les patrons, c’est aujourd’hui le statut rêvé. Tu délègues totalement à une boite extérieure la gestion de ton personnel, explique le premier avant que la seconde surenchérisse.

-Tu as besoin d’un employé une journée, tu téléphones et le lendemain le mec t’est livré ! L’adaptabilité au carnet de commande comme on dit ! Maintenant, le sort du type concerné, tout le monde s’en fout ! A lui de jongler pour s’en sortir avec le strict minimum.

Discours syndical ou triste réalité ? J’avais voulu confronter mes confidents à un membre de la direction. Nous nous étions donc rendu dans une agence où le responsable acceptait, chose assez rare, de nous rencontrer et de livrer le point de vue patronal sur la fourniture de main d’œuvre que mes guides assimilaient volontiers au fil de leurs explications à une nouvelle forme d’esclavage moderne.

Notes:

[1] Acoss stat, n°80, avril 2009, http://tinyurl.com/acoss80

[2] Selon la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques

[3] « 50 ans de mutations de l’emploi », Olivier Marchand, direction des statistiques démographiques et sociales, INSEE, Septembre 2010.

[4] Gaby Bonnand, président de l’UNEDIC cité par le quotidien « Libération » en date du 25 mai 2011.

[5] Art. L1221-2 du code du travail.

[6] Art. L1242-2 du code du travail.

[7] Art. L1242-1 du code du travail.

[8] « Le travail dans 20 ans », rapport de la commission Boissonnat, commissariat général du plan, paris, Odile Jacob, 1995.

[9] L’idée d’un contrat unique, un CDI déréglementé, vient entre autre des rapports : « protection de l’emploi et procédure de licenciement » -Blanchard et Tirole- Rapport au conseil d’analyse économique, octobre 2003 ; « Les freins à la croissance économique en France » -Camdessus- Rapport au ministre de l’économie, des finances et de l’industrie- Mars 2004 ; « De la précarité à la mobilité, vers une sécurité sociale professionnelle » -Cahuc et Kramaz- Rapport au ministre de l’économie, des finances, de l’industrie et au ministre du travail, de l’emploi et de la cohésion sociale- Décembre 2004.

[10] Suspecté d’avoir sorti environ 20 millions d’euros en espèce des caisses de l’Union des industries des métiers de la métallurgie entre 2000 et 2007, Denis Gautier-Sauvagnac est alors mis en examen pour abus de confiance, recel d’abus de confiance et travail dissimulé. Selon Denis Gautier-Sauvagnac ces sommes servaient à « fluidifier les relations sociales ». Elles alimentaient une caisse destinée aux entreprises en cas de grève… Voir « Riches et presque décomplexés », Jacques Cotta, Fayard, 2010.

[11] Les entreprises concernées sont souvent de petites PME à forte valeur ajoutée où la mobilité souvent choisie est permise par un haut niveau de formation et une protection sociale parmi les plus élevées du monde. De plus l’ampleur de la redistribution limitant les inégalités, l’importance du secteur public et la vigueur de la négociation collective à tous les niveaux sont la clé de voute du système. Voir « Le travail en France, Données, Analyses, débats » - Institut de recherches économiques et sociale- Les éditions de l’atelier- Paris 2009.

[12] Revue de l’OCDE, Novembre 2008. « L’accord du 11 janvier 2008 sur la modernisation du marché du travail : une tentative d’évaluation ».

[13] Avis sur « la sécurisation des parcours professionnels » adopté par le conseil économique et social du 30 mai 2007.


Podemos, courant sous tension, par François Musseau

(Correspondant permanent de Libération à Madrid)
 

Source, http://www.liberation.fr/planete/2016/03/13/podemos-courant-sous-tensions_1439374

Dimanche 13 Mars 2016


 

Le parti de gauche a exclu tout compromis avec le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE). Une stratégie qui n’est pas du goût de tous les militants, reprochant aussi au mouvement d’être trop centralisé.
 
Démission de neuf membres de l’antenne madrilène, mutinerie dans la plupart des groupes régionaux affiliés, du Pays Basque à la Galice, fortes dissensions au sein même de la direction nationale et remise en question du leadership de Pablo Iglesias, Podemos, cette formation qui a bouleversé l’échiquier politique espagnol au cours des deux dernières années et qui a fait une entrée fracassante au parlement avec soixante-neuf députés à l’issue des élections législatives du Dimanche 20 Décembre 2016, connaît une crise qui met en danger son irrésistible ascension. Une forte désaffection populaire apparaît, alors même que ce mouvement, apparu dans le sillage du mouvement des indignés du 15 mai 2011, s’est précisément construit sur le ras-le-bol de la vieille classe politique.
 
Témoin de cette impopularité, qui commence à rogner son électorat, un sondage publié Dimanche 13 Mars 2016 par l’institut Metroscopia selon lequel, en cas de nouvelles élections aujourd’hui, le « parti violet » n’obtiendrait que dix-sept pour cent des suffrages, contre vingt-deux pour cent lors du scrutin du mois de décembre 2015. Troisième force politique qui collait de près le PSOE, Podemos descendrait derrière Ciudadanos, une autre formation récente, des centristes libéraux qui, de leur côté, ont le vent en poupe.
 
Stratégie de confrontation
 
Lancé en janvier 2014, en haut de l’affiche depuis son très bon score aux élections européennes cinq mois plus tard avec huit pour cent des voix et cinq députés, Podemos, ce parti embryonnaire vivant dans l’effervescence permanente, est déjà l’objet de profondes déchirures internes. La division la plus grave oppose son leader charismatique, le politologue à la queue-de-cheval Pablo Iglesias, et son numéro deux, Iñigo Errejón, chef de la campagne électorale. Politologue lui aussi, issu de la même université Complutense, à Madrid, ce dernier se montre davantage conciliant et modéré. Or, depuis que les dirigeants espagnols tentent, en vain pour l’instant, de former un gouvernement depuis des élections législatives ultra disputées qui ont donné un parlement éclaté entre quatre forces, Pablo Iglesias a fait montre d’une sévère intransigeance, voire d’une notoire agressivité à l’égard de possibles alliés.
 
Or, du bon vouloir de Podemos dépend la solution à l’actuelle impasse institutionnelle, le fringuant socialiste Pedro Sánchez, chargé de former une majorité, refuse de s’allier avec le conservateur et chef du gouvernement sortant, Mariano Rajoy, incarnation de la vieille politique et éclaboussé par une série de scandales de corruption, le premier sujet de préoccupation des espagnols, selon les derniers sondages, devant le chômage et la mauvaise situation économique. Pedro Sánchez, qui s’est trouvé pour allié un troisième jeune dirigeant, Albert Rivera, le leader de Ciudadanos, a absolument besoin du soutien ou, au pire, de l’abstention de Podemos, afin d’obtenir son investiture au parlement. Or, Pablo Iglesias lui a plusieurs fois claqué la porte au nez et opposé un no cinglant, lorsqu’il ne lui a pas lancé une offre difficilement acceptable en vertu de laquelle Podemos entrerait avec fracas dans un gouvernement socialiste, en s’arrogeant la vice-présidence, le ministère de l'intérieur, et donc le contrôle des services secrets, ainsi qu’une demi-douzaine de portefeuilles clés. Une offre agrémentée de l’exigence d’un référendum d’auto détermination en Catalogne, une requête impensable pour le PSOE. « La stratégie de Pablo Iglesias est limpide », dit le politologue Antonio Elorza. « Il entend réaliser le sorpasso, le dépassement, comme en Grèce, ringardiser le PSOE et, à la faveur de nouvelles élections législatives à la fin du mois de juin 2016, devenir la principale référence de la gauche espagnole ».

Sauf que cette stratégie de confrontation provoque des remous au sein de la jeune formation. Iñigo Errejón, le numéro deux est, lui, partisan d’une « entente constructive avec le PSOE », dans le but, comme au Portugal depuis le mois de novembre 2015, « de constituer une grande coalition progressiste qui mettrait fin à la politique d’austérité et aux coupes budgétaires assassines de la droite ».

 


Pablo Iglesias destitue Sergio Pascal suite à la démission des responsables de Podemos à Madrid

Source : http://www.publico.es/politica/iglesias-destituyo-pascual-favorecer-ocurrieran.html

Des sources de la direction nationale croient que le parti « va réagir normalement » et qu’Inigo Errejón « va assumer ses responsabilités »
 
La destitution de Sergio Pascual, secrétaire à l’organisation de Podemos et numéro trois de la formation, a été annoncée Mardi 15 Mars 2016 par surprise par le leader de Podemos, Pablo Iglesias, quelques heures après la lettre de Pablo Iglesias aux militants et aux cercles, en raison des « responsabilités » de Sergio Pascual dans les démissions de la formation à Madrid qui ont fait « beaucoup de mal » à Podemos.
 
En ce sens, donc, la gestion « déficiente » des démissions dans la direction de Podemos à Madrid a été la première cause de la destitution de Sergio Pascual, proche du numéro deux de la formation violette et porte-parole de la formation au parlement, Inigo Errejón.
 
Cependant, comme l’a appris Publico de source de la direction nationale, le secrétaire à l’organisation de la formation n’a pas empêché la démission du secrétaire à l’organisation de Madrid, Emilio Delgado, et de neuf autres dirigeants, mais il l’a favorisé et, selon les mêmes sources, ce n’était pas acceptable.
 
La crise dans l'organisation de Madrid « a fait beaucoup de mal » à la formation, reconnaît la direction de Podemos, et c’est le secrétariat à l’organisation qui doit gérer les problèmes régionaux pour éviter les démissions, ce que Sergio Pascual n'a pas réussi à faire et, selon des sources confirmées par la direction de la formation violette, qu’il a favorisées.
 
Grande pression médiatique
 
La direction nationale de Podemos comprend que ce qui est arrivé à Madrid « a plus à voir avec la dynamique des groupes de travail plutôt qu’avec des débats politiques », se référant à l'interprétation faite par certains médias à propos de la division supposée entre les personnes les plus proches du numéro deux du parti, Inigo Errejón, et du secrétaire général, Pablo Iglesias.
 
Selon ces sources, ce qui s’est passé à Madrid était une « reconfiguration du travail interne » proposée par le secrétaire général régional, Luis Alegre, qui n’a pas convaincu son numéro deux, Emilio Delgado, qui a démissionné, et après lui neuf autres dirigeants. Sergio Pascual, selon les sources consultées par Publico, loin de chercher à diminuer les divergences et à rapprocher les positions, a favorisé la démission d’Emilio Delgado et des neuf autres dirigeants.
 
La direction nationale est convaincue que la crise dans le parti, « jusqu’à maintenant », n’aura pas plus de conséquences, bien qu’elle soit consciente du fait que la destitution provoquera « une forte pression médiatique ». De plus, elle estime que, après ces épisodes, le parti peut sortir plus fort, « l’organisation va continuer à travailler et tout le monde va réagir avec bon sens », disent les sources du parti de Pablo Iglesias à Publico. « Quelles que soient les positions des uns et des autres, le plus important, c’est Podemos ».
 
À cet égard, le rôle et le travail du numéro deux et porte-parole de Podemos au parlement ne fait pas de doute, « Inigo Errejón va augmenter et assumer ses responsabilités ».
 
Le parti serre les rangs autour de Pablo Iglesias
 
Carolina Bescansa, Irene Montero et Rafael Mayoral, tous les trois membres de la direction de Podemos, ont montré publiquement leur soutien à Pablo Iglesias pour retirer à Sergio Pascual sa responsabilité de secrétaire à l’organisation. Rafael Mayoral et Carolina Bescansa, cofondateurs de Podemos, ont serré les rangs autour de leur leader pour destituer Sergio Pascual en raison de sa « mauvaise gestion » des problèmes régionaux de l'organisation, en particulier à Madrid.
 
« Il faut faire des changements dans le domaine de la politique de l'organisation », a déclaré Rafael Mayoral devant le congrès, rapporte Europa Press, et il a fait valoir que cette décision a été prise par Pablo Iglesias comme responsable de la gestion de son équipe de confiance, le conseil exécutif de Podemos, dont Sergio Pascual faisait partie depuis sa création au mois de novembre 2014. Rafael Mayoral a expliqué que les députés et les membres du conseil citoyen, l’instance de direction entre les assemblées, n’ont pas pu résoudre les problèmes qui sont arrivés pendant des mois au niveau régional dans plusieurs communautés.
 
Ce qu’a fait Pablo Iglesias avec Sergio Pascual, a ajouté Carolina Bescansa, a été de « corriger la situation qui se produisait » parce que, selon elle, Sergio Pascual n’a pas fait le « travail correct pour éviter » la démission en bloc des dix membres de Podemos à Madrid. « C’est normal d'assumer ses responsabilités. C’est normal de corriger », a déclaré la députée et membre de la direction de Podemos à Telecinco.
 
Pour sa part, la porte-parole adjointe de Podemos au congrès, Irene Montero, également chef du cabinet du leader de Podemos, a défendu la nécessité de destituer le secrétaire à l’organisation, Sergio Pascual, en raison de la « perte de confiance » du secrétaire général dans la « mauvaise gestion » du secrétaire à l’organisation. « Sa démission est la conséquence d’une gestion inadéquate et inefficace dans les régions. Cela fait partie d’une organisation politique normale que, quand il y a un problème d'organisation, on essaie de le résoudre par une démission », a-t-elle dit en insistant sur le fait que Pablo Iglesias avait perdu la confiance de Sergio Pascual comme « responsable des problèmes régionaux » en raison de sa « mauvaise gestion ».


Les anticapitalistes de Podemos face à la scission du courant majoritaire, par Antoine

Source : https://blogs.mediapart.fr/antoine-montpellier/blog/240316/espagne-le-point-sur-la-crise-de-podemos
  

Anticapitalistas se réjouit de la nomination, qui est à confirmer, ce qui n'est pas gagné, de Pablo Echenique au poste de secrétaire à l’organisation de Podemos en comptant qu'il va garder le cap de ce qu'il défendait pour la vie interne du parti à Vistalegre. Il reste à vérifier ce que sera ou pas cette disponibilité à démocratiser réellement Podemos car sur ce point il avait, comme dit plus haut, mis de l'eau dans son vin.
 
Anticapitalistas accepte de fait de faire contrepoids, aux côtés de Pablo Iglesias, à la poussée d’Inigo Errejon. D’autant qu’il n'hésite pas à dire qu’il n’a pas renoncé à mener une bataille interne qu’il estime rester dans le cadre normal du débat interne. Le silence et la disparition médiatique d'Iñigo Errejón, qui contraste avec sa surexposition politique habituelle, montrent que la destitution de Sergio Pascual par Pablo Iglesias, avec qui il ne s'affiche plus, ne passe pas.
 
A relever, toujours du côté d’Anticapitalistas, qu'il profite de la situation pour prendre au mot le souci nouveau chez Pablo Iglesias de mettre en avant les cercles et, par là, de le reconnecter au peuple. En Andalousie, Teresa Rodríguez et ses camarades viennent, par exemple, d'annoncer leur décision de mettre Podemos en phase avec tout ce que compte la région comme secteurs sociaux mobilisés, en particulier le très combatif Syndicat Andalou des Travailleurs (SAT) de Diego Cañamero et la très radicale Candidature Unitaire des Travailleurs (CUT) de Juan Manuel Sánchez Gordillo, qui est aussi membre du SAT. Ces derniers, deux prestigieux lutteurs sociaux, le second étant connu aussi pour être le maire de la « commune » de Marinaleda, se sont toujours montrés très critiques envers l'électoralisme de Podemos, même s’ils ont appelé à voter pour lui. Il est symptomatique qu’Anticapitalistas parle de sa volonté de construire une « marée sociale » et non électoraliste. Une marée, c’est un nom immédiatement connecté à la forme que prirent, dans la foulée du mouvement des indignés, des mobilisations thématiques des femmes, des chômeurs et des émigrés, et sur les lieux de travail, dans la santé et dans l’éducation. Dans le contexte actuel où les deux sous-fractions de la fraction de Pablo Iglesias sont en dispute féroce mais convergent pour axer Podemos sur les processus électoraux, même s’ils ne veulent pas d’élections en ce moment car il y a risque que s’y profile un net recul du parti, il est important que Podemos Andalousie associe sa réorganisation interne à la critique politique ouverte formulée en ces termes par le secrétaire à l'organisation, « nous avons créé une fissure électorale dans le régime, mais ce n'est pas suffisant. Il ne faut pas mettre ses espérances dans le bulletin de vote, mais dans quelque chose d'autre. Nous avons déjà voté et nous n'avons pas encore récupéré les droits que nous avons perdus. La troïka va recommencer à serrer la vis et de nouvelles coupes sombres sont dans les tuyaux. Il faut préparer les gens à cette situation et accumuler des forces sur le terrain social ».
 
Pour renforcer cette option sociale de sa politique, Podemos Andalousie prévoit de modifier sa structure interne en créant de nouveaux organes décentralisés, les conseils de coordination des cercles des régions et des sous-régions andalouses. Leur objectif est « l'auto-organisation sociale ». Façon de prendre les devants et de mettre haut la barre de la réorganisation interne de Pablo Echenique au niveau national. Si l'on ajoute que Podemos Andalousie émet une critique, jusque-là inexistante chez lui, du recours aux élections primaires qui scande la vie du parti, on voit que l'onde de choc de la crise est en train de bousculer les lignes de force établies jusque-là, bien au-delà de l’Andalousie. Mais n’oublions pas que l’Andalousie, la plus grande, et de loin, communauté autonome, c’est le symbole de la rupture ouverte entre Podemos et le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) qui gouverne la région et donc l’anti-schéma commun à Pablo Iglesias et à Inigo Errejon de tenter l’alliance avec le PSOE à Madrid. L’Andalousie c’est aussi, en lien avec ce qui précède, le fief de la fraction la plus droitière du PSOE avec une Susana Díaz qui attend l’échec d’investiture gouvernementale de son camarade Pedro Sánchez pour postuler à diriger le parti, bouclant ainsi la démonstration que, contre ce que défend Podemos au parlement, il est illusoire de penser sortir les socialistes de leur rôle de piliers du régime. On remarquera au passage que ceux-ci ont renouvelé en Andalousie la majorité pour gouverner grâce à un accord avec Ciudadanos, modèle que Pedro Sánchez, tout divergent qu’il est avec Susana Díaz, reconduit à Madrid contre les offres de Podemos de passer à gauche avec eux.
 
Un rendez-vous concerne tous les débats internes de Podemos car il confirme que le mouvement social cherche à se relancer, le 28 mai 2016 aura lieu une nouvelle édition des marches de la dignité, très connotées par le mouvement du 15 mai 2011.
 
Une radicalité électoraliste menacée par un prochain échec électoral
 
La contradiction majeure que connaissent les partisans de Podemos de faire une alliance au sommet avec les socialistes, c’est que cette tactique semble scier la branche électoraliste sur laquelle elle repose, les derniers sondages donnent Podemos et ses alliés locaux en net recul, près de quatre points en moins, alors que le PSOE progresse d’un point, que le Parti Populaire perd trois points et surtout que Ciudadanos connaît une importante poussée de six points des intentions de vote en sa faveur. Il doublerait Podemos pour devenir la troisième force électorale. Izquierda Unida, le Front De Gauche (FDG) espagnol laminé par les succès de Podemos, progresse également de deux points mais il part de très bas. Une tactique parlementaire qui, d’une part, finit pas bénéficier au Podemos de droite, au détriment du Podemos de gauche, et à Ciudadanos, promu par le système pour anticiper sur un effondrement du Parti Populaire et, d’autre part, rapproche la droite de la majorité absolue. Ciudadanos pourrait s’allier au Parti Populaire ou s’abstenir pour qu’il gouverne si celui-ci vire Mariano Rajoy de la présidence de gouvernement, voilà qui ressemblerait à un douloureux échec de Pablo Iglesias et de l’ensemble de la direction de Podemos.
 
Echec qui pourrait accentuer les tensions internes. Par où l’électoralisme vérifie qu’il mène souvent à échouer dans les urnes, voire le FDG en France. Dans les communautés autonomes, Podemos conserverait, toujours selon le dernier sondage, ses positions dans le cas du maintien de ses alliances avec les forces régionales mais il reculerait quand il se présenterait seul, à l’exception du Pays Basque. Voilà qui n’est guère rassurant pour la direction de Podemos à la veille de probables nouvelles élections législatives appelées à retrouver la gouvernabilité du pays que les élections du Dimanche 20 Décembre 2015 ont mise à mal.
 
L'affaiblissement du courant majoritaire ouvre des espaces pour réorienter Podemos. Rien n'est joué. Mais le sens du mot Podemos reprend une nouvelle signification où c'est par rapport à Podemos lui-même qu'il s'agit de pouvoir faire autre chose.
 
Dans son dernier livre, Ada Colau, la maire de Barcelone formée dans la lutte contre les expulsions de logements et ayant reçu l’appui de Podemos pour prendre la capitale catalane, toujours très haut dans les sondages, n’est pas tendre avec Pablo Iglesias. Ce qui ajoute aux difficultés que connaît actuellement Podemos et pas seulement en Catalogne où, au demeurant, l’objectif avoué d’Ada Colau est de créer un parti fédérant et absorbant toute la gauche, Podemos compris. Avec, comme objectif second, la création d’un destin national pour Ada Colau qui entrerait probablement en collision avec la stratégie de Pablo Iglesias et le destin personnel politique qu’il se donne.

 


Répression policière pour tenter d'interdire les réunions des coordinations étudiantes... voilà ce que les héritiers de Jules Moch promettent à la jeunesse qui se lève.

24 mars Mobilisation et manifestations

Appel de la coordination nationale étudiante du 19 mars

Jeudi 24 mars 2016.

 


 

Nous, mandaté-e-s des assemblées générales de plus de soixante établissements d’enseignement supérieur, réuni-e-s en coordination nationale le 19 mars, poursuivront jusqu’au bout le combat pour le retrait pur et simple de la Loi Travail. Loin d’être une attaque isolée, la Loi Travail fait suite à une longue série de contre réformes mises en place par les gouvernements successifs, qui n’ont eu de cesse de détruire un par un nos acquis sociaux, de développer la précarité, de s’attaquer aux services publics et de dévaloriser nos diplômes.

La Loi Travail est une attaque d’une ampleur considérable, car elle remet en cause tous les droits sociaux des salarié-e-s (35h, protection garantie par le droit du travail, CDI...). Nous ne sommes pas de la chair à patrons ! La baisse de la rémunération des heures supplémentaires, la simplification des licenciements, des barèmes ridicules d’indemnisation en cas de licenciement abusif, le basculement vers la prédominance des accords d’entreprise (inversion de la hiérarchie des normes), et toutes les autres mesures de la loi sont inacceptables et nous ramènent des dizaines d’années en arrière !

D’aucuns nous disent qu’en tant qu’étudiant-e-s, nous ne connaissons rien au travail, mais pourtant plus d’un-e étudiant-e sur deux est déjà salarié-e. Nous savons ce qu’est la réalité du monde du travail et la précarité. Nous, étudiant-e-s et salarié-e-s valons mieux que ça !

De plus, ce projet de loi précarise encore plus les femmes, les personnes racisées ou LGBTIQ, qui subissent déjà les temps partiels, les heures supplémentaires, un travail dévalorisant. Le mécanisme de négociation des droits au sein de chaque entreprise annulera des lois censées « défendre » l’égalité des droits.

La mobilisation a commencé très fort, avec plus de 500 000 personnes dans la rue le mercredi 9 mars. Elle a obligé le gouvernement à reculer sur la question des apprenti-e-s, tout en maintenant le contenu profond de la loi. C’est pourquoi nous exigeons toujours le retrait sans négociation ni amendement de la Loi Travail. Si certaines organisations (CFDT, Fage…) négocient des changements à la marge (dont la garantie jeune, une mesure inadmissible qui revient à du travail offert aux entreprises), ce n’est pas en notre nom !

Le 17 mars, nous sommes à nouveau descendu-e-s dans rue, beaucoup plus nombreux (plus de 150 000) dans des cortèges dynamiques résultants de la convergence construite entre étudiant-e-s et lycéen-ne-s, qu’il faut renforcer. Nous avons ainsi montré que nous ne sommes pas dupes des manœuvres du gouvernement et que ce n’est pas avec des modifications à la marge du projet de loi qu’on nous arrêtera.

Le gouvernement semble quant à lui avoir compris le message, intensifiant la répression avec des fermetures d’universités pour empêcher les étudiant-e-s de se réunir et de s’organiser. C’est une remise en cause intolérable de nos droits de grève et de réunion. Dans certaines universités, ces fermetures administratives ont été accompagnées de graves violences policières, avec le déploiement de CRS à l’intérieur même de nos campus, appelés par les président-e-s d’universités. Cela a été notamment le cas à Tolbiac (Paris 1), Strasbourg, Lyon… Nous condamnons cette répression et exigeons la libération immédiate et l’arrêt des poursuites contre tou-te-s nos camarades interpellé-e-s.

Pourtant, le gouvernement est loin de nous faire plier. Notre mouvement a démarré puissamment sur des dizaines d’universités, mais la colère qui s’est exprimée est encore loin de s’être entièrement traduite dans les assemblées générales et dans la rue. C’est pourquoi la principale tâche du mouvement dans les jours qui viennent est celle de la massification par un travail d’explication sur les conséquences de la Loi Travail pour les jeunes et la structuration de la mobilisation dans chaque filière et département de nos universités. Pour cela, il est indispensable d’arrêter le fonctionnement normal des activités dans nos établissements, en construisant la grève à côté des enseignant-e-s et des personnel-le-s et en la généralisant sur tous les campus. La grève est notre meilleure arme puisqu’elle permet à tou-te-s les étudiant-e-s de se libérer du temps pour s’adresser aux autres étudiant-e-s mais aussi aux lycéen-e-s et aux salarié-e-s. Nous appelons les assemblées générales à mener un travail de convergence avec les salarié-e-s qui les entourent.

Il est nécessaire de construire un mouvement de grève reconductible illimitée dans la jeunesse et dans le monde du travail afin de faire reculer le gouvernement. Nous appelons donc l’ensemble des jeunes et des salarié-e-s, ainsi que leurs organisations, à rejoindre ces journées de grèves et à poser des préavis reconductibles.

Nous exigeons :

Nous appelons tous les secteurs à s’unir afin de faire aboutir nos revendications. Nous appelons tou-te-s les salarié-e-s, chômeur-euses, retraité-e-s, étudiant-e-s, lycéen-ne-s dans la rue :

Seule la lutte paye ! Nous la mènerons jusqu’au retrait total de la Loi Travail !

Université Paris 8 Saint-Denis, le 19 Mars 2016


Monde ouvert
«  Il n'y a pas une loi qui pose problème, mais toute une société qui est au bout du rouleau… », collectif étudiant

Mercredi 16 Mars 2016

Source: Médiapart, https://blogs.mediapart.fr/jjmu/blog/160316/monde-ouvert

Les structures s’affolent et nous affolent. Devenons donc raisonnables. Rompons avec les pouvoirs qui nous rendent tous fous et dépendants, sous influences de la production et de la consommation, et ouvrons enfin nos frontières, donnons-nous le droit, rendons son hospitalité à l’asile, sa paix à la justice, ses nourritures à la terre et leurs ressources à toutes les personnes, travaillant ou pas.
 
Cours annulés, manifestations sauvages, tags, casse, gaz lacrymogènes, gouvernement en stress et universités en grève, quelque chose est en train de naître. « Nous » sommes en train de naître.
 
Nommer ce qui est en train de naître du nom de ce qui l’a précédé, c’est tenter de le tuer. Ramener ce que nous avons vécu dans la rue Mercredi 9 Mars 2016, ce qui bouillonne depuis des semaines, ramener la rage qui gronde partout à l’ « ombre du Contrat Première Embauche (CPE) » et tous les laïus que nous avons entendus la semaine dernière, c'est une opération de neutralisation. Quel rapport y a-t-il entre le discours syndical et les lycéens qui taguaient Mercredi 9 Mars 2016 « le monde ou rien » avant de s’attaquer méthodiquement à des banques ? Aucun, ou juste une misérable tentative de récupération menée par des zombies.
 
Jamais les organisations syndicales, jamais les politiques n’ont été si visiblement à la traîne d’un mouvement. S’ils sont si fébriles dans leur volonté de tout encadrer, c’est justement parce que tout pourrait bien leur échapper.
 
Ce qui s’est passé est simple, une bande de youtubeurs ont additionné leurs like, ils ont parlé hors de tout encadrement et de toute « représentativité » et ils ont appelé à descendre dans la rue. Une femme qui ne représente qu’elle-même a lancé une pétition contre la loi travail et, parce que ce qui était dit sonnait juste et rencontrait un sentiment diffus et un écœurement général, nous sommes descendus dans la rue et nous étions nombreux. Les organisations ont suivi. Le risque de ne pas suivre était trop grand pour elles. Si elles ne le faisaient pas, leur mandat était caduc. Ceux qu’elles prétendent représenter auraient pris la rue sans elles, sans qu’elles puissent placer devant eux leurs banderoles de tête, sans qu’elles puissent sortir leurs gros ballons rouges, sans qu’elles puissent recouvrir nos voix de leurs mauvaises sonos, de leurs slogans grossiers et de leurs discours d’enterrement. Elles auraient été à poil. Les chefs ont donc suivi, comme toujours.
 
Il n'y a pas une loi qui pose problème, mais toute une société qui est au bout du rouleau
 
Nous sommes la jeunesse. Mais la jeunesse n’est pas la jeunesse, elle est plus qu’elle-même. Dans toute société, la jeunesse est l’image de l’élément disponible. La jeunesse est le symbole de la disponibilité générale. Les jeunes, ce n’est rien. Ce sont seulement ceux qui ne sont pas encore tenus par un patron, des crédits ou un curriculum vitae.
 
Tenus, et donc enchaînés, du moins tant que la machine sociale continue de fonctionner. Les discours médiatiques sur la menace d’un « mouvement de la jeunesse » visent à conjurer la menace réelle et la menace réelle, c’est que l’ensemble de ce qui est disponible dans cette société, l’ensemble de ceux qui n’en peuvent plus de la vie qu’on leur fait vivre et l’ensemble de ceux qui voient bien que ce n’est pas juste cette loi qui pose problème, mais toute cette société qui est au bout du rouleau, s’agrègent. S’agrègent et prennent en masse. Car elle est innombrable, de nos jours, la masse des incrédules.
 
Le mensonge social, la farce politique ne prennent plus. C’est cela, le gros problème qu’a ce gouvernement. Et pas seulement lui, qui peut bien être assez con pour encore vouloir voter à gauche, à gauche de la gauche et à gauche de la gauche de la gauche, quand on voit ce que cela a donné en Grèce l’été dernier ? Un gouvernement de gauche radical surtout dans l’application de l’austérité.
 
Eh les vieux, vous n’avez pas été trahis, vous vous êtes juste laissés tromper.
 
Eh, les vieux, eh, nos vieux, vous dites que vous vous sentez trahis. Que vous avez voté pour un parti de gauche et que la politique menée ne correspond pas à vos attentes. Vous parlez de « reniement ». Mais vous étiez où en 1983 ? Les années 1980, les années fric, Bernard Tapie au gouvernement, Libération qui titre « vive la crise », cela ne vous dit rien ? Nous, nous n'étions pas là mais, entre-temps, vos défaites sont devenues nos cours d’histoire. Et quand on les écoute, ces cours, on se dit qu'Emmanuel Macron ne fait que terminer le boulot commencé en 1983. C’est le même programme depuis lors. Il n’a pas changé. Vous n’avez pas été trahis. Vous vous êtes juste laissés tromper.
 
Vous avez préféré cultiver vos illusions. Ce ne sont pas les actes des socialistes qui ont trahi leurs discours. Ce sont juste ces discours qui ont servi, à chaque élection, à vous enfumer pour pouvoir continuer à mettre en œuvre le même programme, pour poursuivre la même offensive. Une offensive de trente cinq ans, menée avec constance, sur tous les plans en même temps, économique, sécuritaire, social, culturel et existentiel.
 
Cette loi, nous n'en discuterons pas
 
Ce qui est en train de naître a peu à voir avec la loi travail. La loi travail, c’est juste le point de renversement, l'attaque de trop, trop arrogante, trop flag et trop humiliante.
 
La loi renseignement, la loi Macron, l'état d'urgence, la déchéance de nationalité, les lois antiterroristes, le projet de réforme pénale et la loi travail, tout cela fait système
 
C’est une seule entreprise de mise au pas de la population. La loi de Myriam el Khomri, c’est juste la cerise sur le gâteau. C’est pour cela que cela réagit maintenant et que cela n’a pas réagi contre la loi Macron. À la limite, si nous descendons dans la rue contre la loi travail, ce n'est pas parce qu’elle concerne le travail. C’est parce que la question du travail, c’est la question de l’emploi de la vie et que le travail, tel que nous le voyons autour de nous, c’est juste la négation de la vie, la vie en version merde.
 
Nous ne sommes plus dans les années 1960, vos trente glorieuses, remettez-vous en, nous ne les avons jamais connues. Personne d’entre nous ne croit qu’il va se « réaliser » dans le taf. Ce dont nous nous défendons maintenant, c’est que le peu de vie qui nous est laissé après le taf, en dehors du taf, ne soit réduit à néant. Le petit jeu des organisations syndicales et des partis pour limiter le terrain du conflit à la question de la loi travail et à la négociation avec le gouvernement, c’est seulement une façon de contenir notre désir de vivre et d’enfermer tout ce qui les excède dans la sphère étouffante de leurs petites intrigues.
 
Syndicats et partis, pas besoin d'être devin pour voir, d'ores et déjà, qu'ils nous lâcherons en rase campagne au moment décisif, nous ne leur en voulons pas.
 
C’est leur fonction. Par contre, ne nous demandez pas de leur faire confiance. C’est pas parce qu’on est jeune qu’on est né de la dernière pluie. Et puis arrêtez de nous bassiner avec vos vieux trucs qui marchent pas, la « massification », la « convergence des luttes » qui n’existent pas, les tours de paroles et le pseudo-féminisme qui vous servent juste à contrôler les assemblées générales, à monopoliser la parole et à répéter toujours le même discours. Franchement, c’est trop gros. La question, c’est pas celle de la massification, c’est celle de la justesse et de la détermination.
 
Chacun sait que ce qui fait reculer un gouvernement, ce n’est pas le nombre de gens dans la rue, mais leur détermination. La seule chose qui fasse reculer un gouvernement, c’est le spectre du soulèvement et la possibilité d’une perte de contrôle totale.
 
Même si nous ne voulions que le retrait de la loi travail, il faudrait quand même viser l'insurrection
 
Taper fort, se donner les moyens de tenir en respect la police, bloquer le fonctionnement normal de cette société et attaquer des cibles qui font trembler le gouvernement. La question de la « violence » est une fausse question. Ce qui est décrit dans les médias comme « violence » est vécu dans la rue comme détermination, comme rage, comme sérieux et comme jeu. Nous, c’est cela que nous avons éprouvé Mercredi 9 Mars 2016 et qui a quelques raisons de faire flipper les gouvernants, il y avait du courage parmi nous, la peur s’était dissipée et nous étions sûrs de nous. Sûrs de vouloir marcher sur la tête de ceux qui nous gouvernent.
 
Sur la tête de ceux qui, toute l’année, nous marchent sur la gueule.
 
Taper fort, taper juste, la bataille de Solférino
 
Contrairement à ce que nous disent les apprentis bureaucrates de l’Union Nationale des Etudiants de France (UNEF) ou du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), taper fort n’est pas ce qui va nous « isoler des masses », si les cibles sont justes. C’est au contraire cela qui va faire que tous ceux qui sont à bout vont nous rejoindre et cela fait du monde.
 
La question que pose la loi travail, c’est la question de la politique menée par le Parti Socialiste depuis trente-cinq ans, c’est de savoir si oui ou non ils vont pouvoir mener à terme leur campagne de plusieurs décennies. C’est aussi la question de la politique en général.
 
Qu’un mouvement se lève à un an d’une campagne présidentielle, qui généralement impose le silence et l’attente à tous, en dit long sur la profonde indifférence, voire l’hostilité, qu’elle suscite déjà. Nous savons tous que les prochaines élections ne sont pas la solution, mais font partie du problème.
 
Ce n’est pas par hasard que spontanément, Mercredi 9 Mars 2016, les lycéens de Lyon ont cherché à atteindre le siège du Parti Socialiste et se sont affrontés à la police pour frapper cet objectif. Et ce n’est pas par hasard que des sièges du Parti Socialiste à Paris et à Rouen ont été défigurés.
 
C’est cela que, de lui-même, le mouvement vise. Plutôt que de s’enferrer dans des négociations pièges à con, ce qu’il faut attaquer, partout en France, à partir du Jeudi 17 Mars 2016, ce sont donc les sièges du Parti Socialiste. À Paris, il faut que ce soit la bataille de Solférino. Pour la suite, eh bien, on verra. Va falloir la jouer fine. Mais l’enjeu est colossal.
 
Ils reculent, attaquons...


Combat de chefs à Podemos, par Sandrine Morel

(correspondante permanente du Monde à Madrid)
 
Pablo Iglesias a limogé le numéro trois du parti de gauche qui baisse dans les sondages
 

Source : http://www.lemonde.fr/international/article/2016/03/17/espagne-combats-de-chefs-a-podemos_4884757_3210.html

Le communiqué émanant du secrétaire général de Podemos, Pablo Iglesias, est arrivé dans la nuit du Mardi 15 Mars 2016 à 23 heures 30. Un texte bref et sec annonce le limogeage du numéro trois du parti de la gauche anti-austérité espagnol, Sergio Pascual. Pablo Iglesias récupère les fonctions du secrétaire d’organisation responsable des relations avec les régions. Au sein de Podemos, c’est la surprise. La décision a été prise unilatéralement, sans convoquer l’organe de direction du parti. En cause, « une gestion déficiente dont les conséquences ont endommagé grièvement Podemos dans un moment délicat, celui des négociations pour la formation d’un gouvernement de changement ».
 
Quelques jours plus tôt, dix personnes ont, en effet, démissionné de la direction régionale du parti à Madrid, critiquant le manque de projets du dirigeant local, Luis Alegre, homme de confiance de Pablo Iglesias.
 
Cette crise locale vient s’ajouter à celles que connaît le parti en Galice et en Catalogne et celles dont il se remet tout juste au Pays Basque et dans la Rioja, où des luttes de pouvoir et des démissions en cascade ont provoqué des situations d’intérim prolongé.
 
Visant à mettre fin à ces tensions locales, le limogeage décidé par Pablo Iglesias est aussi une manière de renforcer son pouvoir au sein du conseil exécutif de Podemos, face à son numéro deux, Inigo Errejon, proche de Sergio Pascual et représentant l’aile modérée au sein de Podemos, alors que les négociations se poursuivent pour tenter de former un gouvernement dans un pays sans majorité depuis les élections législatives du Dimanche 20 Décembre 2015. Podemos a voté contre l’investiture du chef de file du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE), Pedro Sanchez, au poste de premier ministre, tout en continuant de négocier.
 
« Le parti n’est pas seulement une machine pour défier l’hégémonie de l’adversaire, pour accéder et pour exercer le pouvoir, mais c’est aussi un instrument au service des gens », a défendu Pablo Iglesias dans une lettre aux militants envoyée quelques heures avant celle de la destitution de son numéro trois, intitulée « défendre la beauté ». Semblant préparer les militants à un possible échec des négociations avec Pedro Sanchez, il en profite pour attaquer les thèses d’Inigo Errejon, selon lequel Podemos doit être « une machine de guerre électorale ».
 
Si tous les courants qui existent au sein de Podemos refusent pour le moment de soutenir l’accord signé le mois dernier entre le PSOE et Ciudadanos, les positions divergent sur la stratégie à adopter. Alors que les anticapitalistes prônent l’abandon des négociations avec le PSOE, les proches d’Inigo Errejon défendent une position plus conciliante et ouverte au dialogue. Entre les deux, Pablo Iglesias et les siens, au ton plus virulent, se posent en garants de « l’essence des origines de Podemos ».
 
Podemos est confronté à un dilemme. Doit-il faire des concessions en soutenant un gouvernement socialiste, ou rester ferme, au risque de favoriser la tenue de nouvelles élections et de subir un sérieux revers dans les urnes ? Selon un sondage, paru le Dimanche 13 Mars dans le quotidien el Pais, Podemos perdrait quatre points, passant de vingt et un pour cent à dix sept pour cent des suffrages. Beaucoup d’anciens électeurs socialistes, qui ont voté pour Podemos, n’ont guère apprécié le ton intransigeant utilisé contre le PSOE. Pedro Sanchez et Pablo Iglesias doivent se rencontrer dans les prochains jours, mais le PSOE est inquiet. Il craint que l’affaiblissement d’Inigo Errejon n’éloigne la possibilité d’un accord de gouvernement.
 
A la crise interne et à la déception de certains électeurs s’ajoute un autre défi pour Podemos, la fragilité des pactes scellés avec des mouvements locaux en Galice, en Catalogne et à Valence. Dans ces trois régions, ces accords lui ont permis de devancer le PSOE.  Mais, en cas de nouvelles élections, ces alliés pourraient créer un parti distinct de Podemos afin d’obtenir leur propre groupe parlementaire, affaiblissant ainsi davantage les forces de Pablo Iglesias.    


Une nouvelle tempête se prépare, par Antonis Ntavanellos

(gauche ouvrière et internationaliste (DEA) et Unité Populaire)

Source: https://www.npa2009.org/actualite/international/grece-une-nouvelle-tempete-se-prepare

Samedi 19 Mars 2016


 
Quelques mois seulement après les élections du 20 septembre 2015, Alexis Tsipras alors triomphant s’était tourné vers les partis vaincus pour demander leur aide, montrant ainsi sa difficulté à gérer une crise sociale et politique aiguë.
 
Quelques mois plus tard, Vendredi 4 Mars 2016, Alexis Tsipras a solennellement convoqué le conseil des chefs politiques, les dirigeants des partis parlementaires. Officiellement, l’agenda était la crise des réfugiés. En réalité, tout le monde sait que l’objet de la discussion était l’organisation d’un élargissement de la base parlementaire du gouvernement SYRIZA ANEL, peut-être vers un gouvernement d’unité nationale, avec le principal parti de droite de la Nouvelle Démocratie. En effet, le gouvernement s’épuise à un rythme accéléré et se trouve face à un double problème, les difficultés de l’application du troisième mémorandum et la crise des réfugiés.
 
Le premier test qui attendait Alexis Tsipras après la mutation de SYRIZA et la signature de l’accord honteux du 13 juillet 2015 avec les prêteurs et les euro directions, était son obligation d’appliquer une contre-réforme sauvage du système de sécurité sociale. Mise en avant par le ministre de travail Georgios Katrougalos, elle aurait comme résultat la désintégration du système public de sécurité sociale et l’entrée massive des entreprises privées dans le secteur des retraites et des soins. Ces projets ont provoqué de grandes mobilisations des agriculteurs et des professions indépendantes, premières victimes de la contre-réforme. Le gouvernement a essayé d’éviter les mobilisations des ouvriers, après le succès de la grève générale du 4 février 2016, en faisant la promesse que les retraites des salariés ne seront pas touchées. Tout le monde sait que cette promesse est fausse.
 
Un gouvernement qui recule sur tous les fronts
 
Pour le moment, nous sommes dans une phase de suspension des mobilisations. Les directions des agriculteurs et des indépendants ont reculé après les promesses d'Alexis Tsipras d’organiser un dialogue.

Mais le gouvernement qui doit présenter la loi sur la sécurité sociale, à la fin du mois de mars 2016 ou au début du mois d'avril 2016, va devoir faire face à une nouvelle mobilisation générale.
 
Un gouvernement qui bat en retraite sur les questions économiques recule aussi sur tous les fronts, dont celui du racisme, les réfugiés continuent à se noyer en mer Égée et ceux qui passent sont hébergés dans des conditions misérables, devenues encore pires après la décision des pays des Balkans de fermer le couloir des Balkans vers l’Union Européenne. Alexis Tsipras a aussi demandé à l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) que sa flotte militaire assume la mission de repousser les réfugiés vers la Turquie, relançant l’antagonisme entre la Turquie et la Grèce pour le leadership de la région. Aujourd’hui, l’antiracisme est donc étroitement lié à la lutte contre l’impérialisme et contre la guerre.
 
Le gouvernement d'Alexis Tsipras ne peut pas gérer la combinaison de ces problèmes et une nouvelle crise politique profonde s’ouvre. Unité Populaire a été battue dans les élections du 20 septembre 2015 mais conserve un grand nombre de militants ayant l’expérience de l’organisation des luttes. DEA milite en son sein. En vue de la conférence fondatrice d'Unité Populaire, probablement au mois de mai 2016, nous menons ouvertement la bataille pour une politique véritablement radicale de la gauche anticapitaliste, mais aussi pour la constitution démocratique et l’élargissement d'Unité Populaire. Le Red Network que nous co-animons organise des discussions partout dans le pays où nous défendons la nécessité de rassembler toute la gauche anticapitaliste, d’Antarsya aux groupes radicaux qui ont quitté SYRIZA mais ne participent pas à Unité Populaire. Nous discutons d’un programme transitoire nécessaire pour faire face à l’Union Européenne et défendre la nécessité d’une perspective socialiste.
 
Mais nous avons conscience que nous n’avons pas le luxe du temps et que les événements s’accélèrent vers une grande crise sociale et politique.


 

Appel européen en soutien aux travailleurs britanniques qui voteront pour quitter l'Union Européenne

Source : http://www.la-sociale.viabloga.com/news/appel-europeen
 
Mercredi 9 Mars 2016


 
Alors que les mobilisations s'amplifient pour le retrait de la loi gouvernementale qui veut liquider le droit du travail, c'est la politique de François Hollande, de Manuel Valls et de l'Union Européenne que, par centaines de milliers et par millions, les travailleurs, jeunes, retraités et salariés, veulent mettre en échec. Voila pourquoi ce combat est indissociable de celui que mènent les travailleurs britanniques qui pour retrouver leur souveraineté veulent gagner le référendum pour la sortie de l'Union Européenne. En signant le texte ci-dessous que notre site soutien activement, il est possible de lier leur combat à celui que nous livrons ici, pour la préservation de nos acquis, contre la politique de gouvernement de François Hollande et de Manuel Valls qui appliquent, lorsqu'ils ne la devancent pas, la volonté de l'Union Européenne.
 
Nous sommes des travailleurs, des jeunes et des militants syndicalistes et politiques de toutes tendances du mouvement ouvrier et de tous les pays du continent européen, membres ou non de l’Union Européenne.
 
Un référendum est convoqué le 23 juin 2016 en Grande-Bretagne, avec une question à l’ordre du jour, « rester » dans l’Union Européenne ou « la quitter ».
 
Nous saluons et appuyons les syndicats, les sections du parti travailliste et les militants ouvriers britanniques qui, malgré les consignes de la direction du parti travailliste et des sommets de la Confédération Européenne des Syndicats (CES), ont décidé d’appeler à voter pour « quitter » l’Union Européenne le 23 juin 2016.
 
De la Grèce au Portugal, de la Pologne à l’Allemagne, nous avons depuis des années, fait l’expérience de ce que signifient les traités européens fondés sur la « concurrence libre et non faussée », les directives et les plans dictés par l’Union Européenne ou par la troïka et mis en œuvre par chacun des gouvernements, quelle que soit leur couleur politique.

Nos peuples et les travailleurs de toute l’Europe ont subi cette politique, que leur pays soit membre de l’Union Européenne ou qu’il soit sous « partenariat d’association », déréglementation, casse des codes du travail, des droits ouvriers, des retraites, de la sécurité sociale et des conventions collectives, privatisation et destruction des services publics, coupes dans les budgets au nom de la dette et remise en cause de toute forme de souveraineté nationale et populaire.
 
Nous constatons que l’Union Européenne, imbriquée dans l’Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN), soutient les interventions militaires étrangères qui jettent sur les routes de l’exil des millions de réfugiés.
 
Nous constatons que lors du sommet européen des 18 et 19 février 2016, le premier ministre britannique et la commission européenne ont scellé un accord qui aggravera encore la mise en concurrence des travailleurs entre eux.
 
Au nom de cet accord, tout travailleur originaire d’un pays de l’Union Européenne, émigré en Grande-Bretagne, sera privé pendant quatre ans de tous les droits sociaux arrachés par la classe ouvrière britannique. Ce qui ne pourra amener qu’à une concurrence entre travailleurs, à une nouvelle offensive pour baisser le « coût du travail » des travailleurs britanniques et à favoriser un climat xénophobe réactionnaire.
 
Contre cette « Union Européenne » qui tente par tous les moyens de dresser les travailleurs les uns contre les autres au plus grand profit des capitalistes et des banquiers, nous opposons l’union des travailleurs et des peuples de toute l’Europe pour la défense et la reconquête de leurs droits, de la souveraineté et de la démocratie.
 
Avec les cinq cent soixante-dix huit délégués réunis à la conférence annuelle de l'union locale de Trondheim de la confédération syndicale norvégienne (LO), nous soutenons les travailleurs britanniques qui voteront pour « quitter l'Union Européenne et lutter main dans la main avec les travailleurs d’Europe et du monde entier ».
 
Une victoire des travailleurs britanniques le 23 juin 2016 sera un point d’appui pour tous les travailleurs qui, dans tous les pays, s’opposent par leur propre lutte de classe aux plans de destruction de l’Union Européenne et des gouvernements qui appliquent sa politique.
 
Premiers signataires

AllemagneMatthias Cornely, délégué IG Metall ; Peter Kreutler (vice-président Afa Düsseldorf, Ver.di membre de la direction de la conférence des délégués du personnel du secteur 6 (Fonctionnaires nationaux et territoriaux) de Düsseldorf ; Dr Cornelia Matzke (ancienne députée au 1er Parlement régional de Saxe après 1989, Ver.di) ; Norbert Müller (Ver.di, AfA, Francfort/Main) ; Peter Saalmüller (Ver.di, SPD) ; Klaus Schüller, membre du SPD, syndicaliste EVG ; Anna Helena Schuster (Ver.di, déléguée du personnel) ; Birgit Schutz (Syndicat NGG de la restauration, membre du conseil d'entreprise, AfA Düsseldorf) ; Holger Pfeiffer (Ver.di, délégué du personnel) ; H.W. Schuster (Ver.di, délégué du personnel, Président de l'AfA Düsseldorf) ; Autriche  Matthias B. Lauer, président national de la Commission chrétienté et social-démocratie du SPÖ, membre du Conseil national du Parti SPÖ, membre du syndicat GPA-djp. Belarus  Youri Glouchakov, Mouvement social Biélorusse « Razam » Belgique  Olivier Horman, délégué syndical services publics fédéraux ; Roberto Giarrocco, délégué syndical services publics locaux ; Jean Haselbauwer, président de la Commission des Pensionnés FGTB-Verviers ; Serge Monsieur, délégué syndical services publics intercommunaux ; Jacques Aghion, professeur émérite Université de Liège ; Svetlana Roudyk, citoyenne Jean-Marc De Coninck, délégué syndical enseignement ; Gaëtan Coucke, enseignant ; Laurence  Vansnick, enseignante ; Djazia Chaib, enseignante ; Laura Moraga, enseignante ; Antonio Bernardi, retraité Mittal Liège ; Pierre Marlhioux, ex-membre du Bureau exécutif Setca/Bbtk  Bruxelles-Hal-Vilvoorde ; Claire Thomas, déléguée syndicale services publics - enseignement BosnieEmina Busuladžić, syndicat « Solidarnost » Bulgarie  Todor Jekov, membre du Comité national du Parti ouvrier et paysan bulgare (BRSP) ; Wenceslaw Kyrpachev, Union Bulgare “L’Ouvrier” France   Alain Aucouturier, syndicaliste ; Daniel Auzeby, syndicaliste ; Sylvie Bégoin, mathématicienne ; Christophe Bitaud, militant anarcho-syndicaliste ; Thierry Bonus, syndicaliste ; Francis Brum, retraité; Rémi Candelier, syndicaliste; Didier Carrez, Enseignant Maire-adjoint ; Denis Collin, Philosophe ; Jacques Cotta, journaliste ; Elisabeth Dès, Médecin ; Marie-Pierre Frondziak, Philosophe ; Dominique Gerin, conservatrice honoraire des Bibliothèques ; Daniel Gluckstein, secrétaire national du POID ; Patrick Griesbach, syndicaliste allemand, vice-président du Comité de Défense des Travailleurs Frontaliers de la Moselle; Christopher Halleur, syndicaliste ; Thierry Laurent, syndicaliste ; Didier Le Strat ; Jean Markun, secrétaire national du POID ; Hugues Miller, syndicaliste territorial ; José Nicol, syndicaliste postier ; Emmanuel Poisson, syndicaliste, Nogent le Rotrou ; Michel Risacher, syndicaliste Jean-Jacques Rodriguez, syndicaliste ; Bernard Saas, syndicaliste ; Gérard Schivardi, secrétaire national du POID, Arsène Schmitt, président du Comité de Défense des Travailleurs Frontaliers de la Moselle ; Grèce Dimitris Vassiliou (LAE/Unité populaire, Argolide) ; Giorgos Kapsouros (LAE/Unité populaire, Argolide) ; Sakis Karamanos (LAE/Unité populaire, Argolide) ; Eleftheria Bogri ; Apostolos Kouikoglou ; Jiannis Karajiannis ; Dimitris Balaskas ; Sotiria Lioni ; Andreas Guhl (LAE/Unité populaire, Argolide, Ergatika Nea) ; Hisaia Karachaliou ; Irini Morou ; Dimitris Papaioannou (LAE/Unité populaire, Argolide) ; Dimos Drougas (LAE/Unité populaire, Argolide) ; Giorgos Ikonomou ; Dimitra Birbanagou ; Hongrie  Anyiszonyan Klàra, retraitée de la chimie ; Somi Judit, enseignante retraitée Irlande  Manus Bree, syndicaliste SIPTU (à titre personnel) ; Ciaran Campbell, organisateur régional Nord et Ouest, MANDATE, à titre personnel et au nom du syndicat Brian Forbes, syndicaliste Mandate (à titre personnel) Italie   (*à titre personnel) Davide Ascoli, chercheur Université de Turin Luigi Brandellero, ouvrier, rédaction Tribuna Libera, Turin Valeria Busicchia, enseignante, militante syndicale UIL-école* Alessandra Cigna, déléguée syndical CGIL-école, Turin * Ugo Croce, artisan, rédaction Tribuna Libera, Turin Kristian Goglio, enseignant, membre direction CGIL-école Turin * Dario Granaglia, ouvrier, délégué syndical FIOM-CGIL, Turin * Monica Grilli, enseignant, déléguée syndical CGIL-école * Daniele Grego, enseignant, délégué syndical CISL-école* Gianni Guglieri, ouvrier, délégué syndical UIL-TEC, Turin * Andrea Monasterolo, ouvrier, membre direction FILTCEM-CGIL, Cuneo * Alberto Pian, enseignant, formateur, Turin Elisabetta Raineri, enseignante, délégué syndicale CISL-école, Turin * Lorenzo Varaldo, directeur d'école, candidat à la mairie de Turin (2006, 2011) pour la liste « Non à l’UE » Vanna Ventre, enseignante, rédaction Tribuna Libera, Turin Delia Fratucelli, membre direction SLC/CGIL* Angelo Lobito, membre direction FIOM usine Mirafiori-Fiat, Turin* Pasquale Loiacono, délégué syndical FIOM usine Mirafiori-Fiat, Turin * Sergio Palazzo, membre direction syndicale usine Pirelli, Settimo Torinese, Turin* Alessandro Casella, membre direction FP-CGIL, Turin* Serafino Puccio, membre direction FLC-CGIL Turin* Edoardo Boni, employé Simona Rebecchi, enseignante MoldavieMouvement marxiste « Résistance populaire » NorvègeJohan Petter Andresen, membre du bureau du mouvement « Non à l’UE » Portugal  Rui Rodrigues, militant SNESUP (syndicat national de l'enseignement supérieur) Gonçalo Morais, militant SPGL (syndicat des enseignants du grand Lisbonne, CGTP) José Santana Henriques, CESP/CGTP, retraité Jorge Torres, membre de la CT (Commission des Travailleurs) Saika Pack RussieBoris Kagarlitsky, directeur de l’Institut sur la mondialisation et les mouvements sociaux (IGSO) Serbie  Branislav Markus, président du Forum social de Zrenjanin SlovénieDimitar Anakiev, président de l’Association des travailleurs effacés (ZID) SuèdeJan-Erik Gustafsson, président du Mouvement populaire “Non à l’UE” TchéquiePetr Schnur, vice-président du Mouvement tchèque pour la paix TurquieŞadi Ozansü, president du Parti de la Fraternité ouvrière (IKP) Yaşar Avcı, member du comité exécutif du Parti de la Fraternité ouvrière (IKP) Fulya Ayata, member du Comité exécutif du Parti de la Fraternité ouvrière (IKP) Burcu Kıvrak Gücer, membre du syndicat des employés des services publics sociaux et de santé (SES) Birsen Yeşilkanat Kaya, syndicaliste santé (Sağlık-iş) Kamil Sarı, syndicaliste enseignement et recherche (Eğitim-sen) Cemal Bilgin, president de l’Association de solidarité des travailleurs de la sous traitance (Taşiş-der) Mahir Sarı, syndicaliste enseignement et recherche (Eğitim-sen), Esin Umut Kaçmaz, membre de la Commission jeunes du Parti de la Fraternité ouvrière (IKP) Alperen Orhan, membre de la Commission jeunes du Parti de la Fraternité ouvrière (IKP) Deniz Bikriç membre de la Commission jeunes du Parti de la Fraternité ouvrière (IKP) Furkan Safak, université d‘Istanbul Ukraine  Sergey Mygal

 

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Vingt-huit adhérents quittent le Front De Gauche (RDG) du Pays de Morlaix

Source : http://www.ouest-france.fr/bretagne/morlaix-29600/pays-de-morlaix-vingt-huit-adherents-quittent-le-front-de-gauche-4080378

Seize des vingt-huit anciens adhérents du FDG du Pays de Morlaix ont expliqué leur démarche, Lundi 7 Mars 2016, à Morlaix.
 
Ils sont en désaccord avec le positionnement du FDG lors des dernières élections départementales et régionales. Ils ont claqué la porte, Mercredi 2 Mars 2016.
 
Plus de trois ans après la création de l’association du FDG du Pays de Morlaix, en décembre 2012, le constat est amer.
 
Vingt huit adhérents sur quarante six ont voté pour la dissolution de l’association et dix huit ont voté contre lors d’une assemblée générale extraordinaire, Mercredi 2 Mars 2016.
 
Cette majorité n’étant pas suffisante, ils ont décidé de quitter l’association qui compte cinquante huit adhérents en tout.
 
Tous déplorent que « le FDG est devenu une coquille vide, dirigée par les partis fondateurs dont certains ne jouent que leur propre intérêt à court terme ».
 
Des tensions sont notamment apparues lors des campagnes pour les élections départementales et régionales. « Nous sommes tristes de cette décision, c’est la fin d’une histoire », confient les anciens adhérents.
 
Ils assurent que « nous ne partons pas pour aller ailleurs ou créer un autre mouvement. Nous continuerons à nous engager en tant que citoyens ».

 


 

Le PCF s’apprête à soutenir un candidat issu des rangs socialistes face à un candidat issu du Front de gauche, par Karine-Gabrielle Bertrand

Jeudi 10 mars 2016.

Source : http://www.regards.fr/web/article/pcf-et-front-de-gauche-l-etincelle


 
Alors que le Parti communiste s’apprête à se ranger derrière le vainqueur d’une primaire à gauche, fût-il socialiste, un appel est lancé pour sauver le Front de gauche de ce qui signerait sa fin. Mais les fractures sont profondes…

« Le Front de gauche est un échec », affirme le porte-parole du PCF, Olivier Dartigolles. Ah non, « Le front de gauche est congelé », réplique Jean-Luc Mélenchon. « Vite un micro-onde », lui répond Franck Mouly, un militant communiste parmi les initiateurs d’une pétition en faveur du Front de gauche. La bataille sur le devenir du Front de gauche est bien inégale. Que pèseront les pétitionnaires face aux forces entropiques de la direction du PCF et des proches de Jean-Luc Mélenchon ?

Front de gauche, l’impasse du cartel

Créé en 2010 à l’initiative de Marie-George Buffet et de Jean-Luc Mélenchon, le Front de gauche n’a pas su répondre aux espoirs dont il était porteur : le constat est largement partagé. Le diagnostic aussi est commun : il aurait fallu s’ouvrir après le succès de la présidentielle de 2012. Mais voilà, cela n’a pas été le cas et le Front de gauche est devenu un cartel d’organisations à visée électorale.

Ce qui a interdit le dépassement du cartel est profond. Le PCF, très atomisé, a pour ciment interne l’objectif de se continuer en tant que parti. Conséquence : ni partage véritable des postes électifs, ni perte de souveraineté au bénéfice d’un Front de gauche ouvert à tous. De son côté, Jean-Luc Mélenchon et le Parti de gauche se sont aussi méfiés d’un élargissement du Front de gauche : ils n’avaient pas envie d’une fusion-acquisition par le PCF, surpuissant en nombre de militants.

Au-delà de ces enjeux de pouvoir et d’appareils, de rivalités de personnes aussi, le Front de gauche n’a jamais su allier deux stratégies présentées comme irréductibles : affirmer une identité politique de rupture avec les politiques austéritaires vs conserver les bases électives et les implantations locales. Ce week-end, une nouvelle escalade dans la tension va être franchie.

Le PCF pour la primaire… et un candidat socialiste ?

Réunis en Conseil national, les dirigeants communistes sont appelés à valider la stratégie de Pierre Laurent en faveur de la primaire de toute la gauche. Pour qui sait lire la langue communiste, le texte soumis à l’approbation du parlement communiste est explicite :

« Il s’agit de relancer une dynamique d’intervention populaire, pour qu’un candidat de gauche puisse représenter les intérêts et les aspirations populaires dans cette échéance et qu’il puisse les faire triompher du néo-libéralisme et du néonationalisme (…) C’est pourquoi nous n’avons pas fermé la porte au processus de primaire de gauche. Dans les circonstances actuelles, cette démarche, a ouvert le débat à gauche. Un débat dont, dès les premiers mois du quinquennat, nous n’avions cessé, parfois bien seuls, de réclamer l’ouverture. Aujourd’hui, nous y sommes (…) Faire renoncer Hollande, Valls et consorts par l’émergence d’une autre voie à gauche, que nous voulons rendre incontournable. La réussite de ce processus passe par une démarche réellement collective, populaire et citoyenne. Le PCF est prêt à s’y engager (…) Une candidature commune qui bouscule la donne, qui relance une gauche de rupture avec la politique suivie depuis 2012, de rupture avec l’austérité et les recettes libérales. Et une gauche qui créé la surprise et gagne. »

Mieux, le PCF s’engage sur la voix du soutien de candidatures aux législatives issues de cette primaire. « Le PCF entend présenter ou soutenir dans toutes les circonscriptions des candidat-e-s afin de faire élire des femmes et des hommes porteurs d’orientations politiques résolument de gauche ». « Cette construction est liée à la présidentielle », précise le projet de résolution.

On résume : Valls et Hollande ne sont pas récusés à priori par le PCF. Le parti de Pierre Laurent s’apprête à soutenir un candidat issu des rangs socialistes face à un candidat issu du Front de gauche. Il s’apprête contre toute sa tradition à soutenir des candidats uniques de la gauche aux législatives.

Contre-feu en faveur du Front de gauche

Des questions se posent alors. Que fera Pierre Laurent si Emmanuel Macron ou Emmanuel Valls gagnent la primaire ? Que fera-t-il si, comme c’est très probable, il n’y a pas de primaire de toute la gauche ? Que vont dire les militants communistes de cette intéressante perspective de se ranger derrière un socialiste même super frondeur ? Autant de questions qui montrent l’incertitude de cette stratégie, qui pourrait plonger le PC dans la tempête et pourrait même contraindre Pierre Laurent à être lui-même candidat.

Dans cette situation assez navrante, Patrice Cohen-Seat, l’ancien bras droit de Marie-George Buffet, et Franck Mouly, tentent un contre-feu. Auteurs d’un texte en ligne, ils réunissent en quelques jours plus de 2.000 signatures. Son objet est dans son titre « Rallumer l’étincelle du Front de gauche » [1]. Signés par de nombreux communistes, ce texte recueille l’appui d’intellectuels comme Razmig Keucheyan ou Lucien Sève, de syndicalistes comme le cheminot CGT Marc Thiberville ou d’artistes comme Gérard Mordillat et Annie Ernaux, ou encore de dirigeants en vue d’Ensemble ! comme Pierre Khalfa.

Ces signataires affirment : « Après des mois d’atermoiements et d’hésitations, le Front de gauche risque de périr des divisions stratégiques et des compétitions de personnes ou d’organisations ». les pétitionnaires poursuivent : « Le Front de gauche doit vivre et se transformer pour devenir le moteur d’un large rassemblement, une grande force populaire et citoyenne, capable de bousculer un jeu politique désespérant et de redonner un sens à l’idée de gauche. » « Exprimons partout avec force notre volonté de dépasser ce qui nous divise pour affronter tous ensemble les échéances à venir. Vite, faisons-nous entendre ! » C’est tout le mal qu’on leur souhaite.

 


Appel juif pour le BDS : Pétition adressée à Manuel Valls, Premier ministre

Source : http://www.ujfp.org/

La guerre menée par l’État d’Israël contre le peuple palestinien n’est ni raciale, ni religieuse, ni communautaire : c’est une guerre coloniale.

Depuis des décennies, le peuple palestinien subit l’occupation, la colonisation, le blocus, la fragmentation, la négation de tout droit, l’emprisonnement massif, les destructions de maisons, les exécutions extrajudiciaires, le vol de la terre et de l’eau, les pires discriminations…

Le fait d’être juif/ve n’implique aucune obligation d’allégeance à Israël ni à sa politique criminelle.

Je suis juif/ve et avant tout attaché-e aux droits, aux libertés et à la justice pour tous.

A ce titre, j’appelle :

Je refuse la justice d’exception qui veut criminaliser le BDS et museler la solidarité envers les droits des Palestinien-ne-s.

Pour signer la pétition sur Change.org

Premiers signataires  :

Eitan Altman
Eliane Bennarosh
Rony Brauman
Sonia Dayan-Herzbrun
Sonia Fayman
Georges Federmann
Gisèle Felhender
Jean-Guy Greilsamer
Georges Gumpel
Éric Hazan
Samy Johsua
Marcel-Francis Kahn
Hubert Krivine
Laurent Lévy
Daniel Lévyne
Gus Massiah
Jean-Claude Meyer
Maurice Rajsfus
André Rosevègue
Catherine Samary
Michèle Sibony
Pierre Stambul


Etat espagnol. Vers la création d’une grande coalition sociale?

Source :  Alencontre le 10  mars 2016

Inutile de «l'interpeller», il se situe (dans et) du côté des rangs de l'oligarchie

Inutile de «l’interpeller», il se situe (dans et) du côté des rangs de l’oligarchie

Déclaration d’Anticapitalistas

Suite à l’échec des deux sessions d’investiture de Pedro Sánchez (du PSOE, Part socialiste ouvrier espagnol), Anticapitalistas [courant de Podemos] est convaincu qu’il est nécessaire d’enclencher une nouvelle dynamique politique et sociale. Ces deux votes [1] ont démontré que les seules majorités qui semblent arithmétiquement réalisables sont les suivantes: ou un gouvernement de coalition entre les forces des élites dominantes et en faveur de l’austérité ou un virage du PSOE en direction d’un gouvernement d’un type nouveau qui cherche une coalition large avec Podemos, bénéficiant de la neutralité des partis nationalistes catalans et basques.

• Cependant, après l’accord régressif conclu entre le PSOE et Ciudadanos ainsi que le rapport des forces parlementaires actuel, nous considérons qu’il est politiquement stérile de continuer à situer le PSOE dans une possible formation d’un «gouvernement fort pour le changement».

L’insistance de la direction du PSOE d’utiliser son accord avec Ciudadanos C’s ) comme document de base pour des négociations avec d’autres forces politiques invalide, de fait, la création d’un gouvernement de transformation et de conquête des droits pour la majorité laborieuse. Anticapitalistas considère que, à compter de maintenant, il est plus opportun d’assumer qu’un tel gouvernement, alternatif à celui d’une «grande coalition» [entre le PP, le PSOE et C’s], n’est actuellement pas possible.

Le PSOE s’est défini définitivement au cours des dernières semaines: il ne peut être un allié fiable pour un processus, aujourd’hui nécessaire, de changement de fond des structures sociales et économiques. Sa loyauté est dirigée vers la Troïka (FMI, BCE, Commission européenne), avec les politiques économiques néolibérales et qui visent à la continuité de ce qui a été réalisé jusqu’ici [l’austérité], ainsi qu’envers la restauration d’un régime politique à bout de souffle. Le processus de changement ouvert par le 15M [15 mai 2011, début du mouvement des «Indignés»] est un processus vivant, avec ses difficultés et ses reflux. Il ne peut progresser sans luttes et il ne peut jamais être subordonné à la logique de la «réduction des espérances». Nous ne sommes pas allés aussi loin pour nous satisfaire du «moindre mal», lequel supposerait «un plus grand mal»: l’assimilation du bloc du changement à la logique gestionnaire du «non, ce n’est pas possible» [retournement du slogan «oui on peut», populaire dans les mouvements sociaux, du nom de Podemos].

• Donner encore du crédit à l’idée d’un «gouvernement du changement» de la part du PSOE génère des attentes infondées et pourrait créer des fausses illusions. Et, surtout, laisse de côté ce qui devrait être la tâche fondamentale de Podemos et des listes de convergences [qui réunissent différentes forces politiques outre Podemos dans certaines régions comme la Catalogne, le Pays valencien, la Galice, etc.] à partir de maintenant: nous préparer à affronter de nouvelles élections où le discours du «Changement» devra être bien plus net et plus clair si nous voulons faire échouer la «rechange» [du régime, le remettre à flot] qui est en cours, ou faire face au nouveau gouvernement qui pourrait sortir de l’opération en cours visant à former une «grande coalition».

Ces nouvelles élections, possibles [en juin 2016], devraient être organisées précisément autour de l’objectif suivant: accumuler la force nécessaire sur le terrain social et électoral pour déborder les projets de réforme du régime et, de cette façon, placer au centre du débat politique l’horizon de processus constituants ainsi que la démocratisation de l’économie : abrogation de la [contre-]réforme du travail, socialisation des secteurs stratégiques comme la banque ou les compagnies électriques, introduction, sous des formes à déterminer, du contrôle des travailleurs dans les entreprises, un revenu de base. Eléments clés qui puissent culminer en un nouveau pacte confédéral entre les peuples et qui permettent d’avancer en direction d’une nouvelle configuration institutionnelle où le pouvoir soit exercé toujours plus à partir d’en bas.

• Les membres d’Anticapitalistas sont convaincus que le défi auquel doivent faire face les forces du «bloc du changement» est immense. D’un côté, il nous revient d’intensifier une dynamique de contestation visant à défaire une éventuelle «grande coalition». De l’autre, il importe de se préparer pour éviter la fermeture du cycle politique ouvert par le 15M. Cela signifie qu’il est nécessaire de continuer à élargir le champ social et politique des forces du changement.
En définitive: nous devons nous préparer pour obtenir une meilleure position devant un scénario qui sera plein de dangers, mais aussi de possibilités pour ceux qui se proposent une rupture du régime de 1978 et du cadre totalistarismo austéricidaire.

• En ce sens, la grande coalition que préparent les élites, les oligarchies et les institutions européennes pourrait se former sur la passivité sociale qui faciliterait une dynamique politique de restauration [du régime]. Face à ce danger, nous considérons que seule une nouvelle dynamique de mobilisation peut modifier la dynamique politique en vigueur. Une dynamisation orientée vers la création d’un sentiment de stabilité dans le cadre d’une économie qui, loin de la fameuse reprise, continue à produire du chômage, de la pauvreté et de la précarité. Face à cela, les forces du changement doivent promouvoir une grande coalition sociale qui cherche à perturber le scénario politique et social.

• En définitive, au sein d’Anticapitalistas, nous considérons qu’il est nécessaire de changer de phase maintenant. Cela nécessite, d’un côté, de cesser d’interpeller un PSOE incapable de rompre avec les élites et le néolibéralisme. Et, de l’autre, de développer une dynamique qui soit alternative à celle des élites, une dynamique qui élargit la base sociale du bloc du changement, organisant les classes populaires.

Alors que les partis du régime bâtissent leur grande coalition, les forces du changement, sur la base de leur diversité et pluralité, doivent progresser vers la construction d’un bloc social à même de prendre la direction du pays, de façon à ce que le capital ne gouverne plus jamais. (Communiqué d’Anticapitalistas publié le 9 mars 2016, traduction A L’Encontre).

Notes 

[1] Le vendredi 4 mars 2016, après l’échec de Mariano Rajoy, Pedro Sanchez, leader du PSOE, suite à un accord avec Ciudadanos, a échoué une deuxième fois lors du vote devant les Cortès, Les élus du PP et de Podemos – qui avait dénoncé l’accord entre le PSOE et Ciudadanos – ont refusé l’investiture du chef de file des «socialistes» avec 131 «oui» contre 219 «non». (Rédaction A l’Encontre)


Voici un texte sur l'évolution du langage ..... Signé Martina Chyba, parent d’élève. Ah non, re-pardon… Martina Chyba, «génitrice d’apprenant».

Ce n'est pas nouveau : souvenez-vous , il y a quelques années nous avions eu droit à une expression que j'ai adorée : " le technicien de surface " .....pour désigner la personne qui fait le ménage dans une grande surface !
Et bien , ça continue ....lisez le texte ci-dessous sur les nouvelles expressions .....réjouissant !!!!!!!

Une nouvelle leçon de vocabulaire

Amatrice inconditionnelle de la novlangue pédante, bureaucratique et politiquement correcte, je me dois de partager mes dernières découvertes. Déjà cet été, j’ai adoré les campings qui ne veulent plus qu’on les appelle les campings parce que ça suscite instantanément dans l’esprit des gens l’image de Franck Dubosc en moule-boules ou de Roger et Ginette à l’apéro avec casquette Ricard et claquettes Adidas. Donc les professionnels de la branche demandent que l’on dise désormais «hôtellerie en plein air». Haha.

J’ai aussi appris que je n’étais pas petite mais «de taille modeste» et qu’un nain était une «personne à verticalité contrariée». Si, si.

Mais rendons à César ce qui lui appartient, l’empereur du genre reste le milieu scolaire et ses pédagos à gogo. J’étais déjà tombée de ma chaise pendant une soirée de parents quand la maîtresse a écrit sur le tableau que nos enfants allaient apprendre à manier «l’outil scripteur» au lieu de tenir un crayon. Je me suis habituée au fait que les rédactions sont des «productions écrites», les courses d’école des «sorties de cohésion» et les élèves en difficulté ou handicapés des «élèves à besoins éducatifs spécifiques».

Mais cette année, sans discussion aucune, la mention très bien est attribuée au Conseil supérieur des programmes en France et à sa réforme du collège. Z’êtes prêts? Allons-y.

Donc, demain l’élève n’apprendra plus à écrire mais à «maîtriser le geste graphomoteur et automatiser progressivement le tracé normé des lettres». Il n’y aura plus de dictée mais une «vigilance orthographique». Quand un élève aura un problème on tentera une «remédiation».

Mais curieusement le meilleur est pour la gym… oups pardon! pour l’EPS (Education physique et sportive). Attention, on s’accroche : courir c’est «créer de la vitesse» nager en piscine c’est «se déplacer dans un milieu aquatique profond standardisé et traverser l’eau en équilibre horizontal par immersion prolongée de la tête» et le badminton est une «activité duelle médiée par un volant». Ah! c’est du sportif, j’avais prévenu, Les précieuses ridicules de Molière, à côté, c’est de l’urine de jeune félidé (je n’ose pas dire du pipi de minet).

Alors, les amis, ne perdons pas ce merveilleux sens du burlesque et inventons une nouvelle catégorie : la «personne en cessation d’intelligence» autrement dit, le con. 

Pourquoi apprendre le français ? C'est aussi simple que ça.

Monsieur Larousse arrêtez d'imprimer des dicos!!!!!

Nos jeunes , eux , utilisent les SMS !!!!!!.........


Léon XIII, le pape "Réformateur"...

Quelques ajouts au texte de Robert Mascarell ou encore le huitième jour Dieu créa la CFDT, par Robert Duguet

(Nous publions deux articles concernant les carrières des anciens responsables de la CFDT, nous y ajoutons ces quelques réflexions personnelles…)

Tous ces éléments sont très intéressants, ils démontrent à partir de faits incontestés et incontestables le processus d’intégration d’une confédération ouvrière à l’appareil d’état. Plus exactement la CFDT, qui a joué sur du velours contre la CGT dirigée alors par le PCF après 1968, en intégrant en son sein des éléments venus de l’extrême gauche française, a été construite dans un but bien précis. Formellement sécularisée au moment de la rupture avec la CFTC confessionnelle, elle s’est présentée aux salariés comme une confédération plus à gauche que la CGT. En fait, elle n’a jamais reniée sa véritable origine, celle d’une organisation construite sur les principes du Christianisme social et de l’encyclique « Rerum Bovarum » de Léon XIII, ceux d’une hiérarchie catholique qui a approuvé jusqu’el 1943 le programme de la révolution nationale de Philippe Pétain, de la charte du travail imposant ses structures verticales où siègent côte à côte les représentants du monde du travail et ceux du capital. J’exagère ? Je me souviendrai toujours d’une interview d’Edmond Maire dans les années 1970 qui déclarait : « lorsque je négocie avec un patron, je n’oublie jamais que j’ai en face de moi un frère en Jésus Christ ».

Concernant Nicole Notat, il faut ajouter l’épisode de ses positions entièrement favorables au projet de réforme des retraites d’Alain Juppé qui devait déboucher sur une des plus grandes grèves de la fonction publique, avec le soutien du privé, le mouvement social de 1995. Lorsque cette dernière avait cru bon de se rendre à une des premières grandes manifestation, elle devait se confronter à la haine des militants de sa propre confédération, à tel point qu’il a fallu l’exfiltrer rapidement de la manifestation. Cette ancienne institutrice de l’école confessionnelle, dame catéchisme, allait se trouver contrainte de réapprendre à courir vite…

Sur François Chérèque, président du think-tank social-libéral Terra Nova, autre métastase issue de la gauche chrétienne, où l’on retrouve des intellectuels issus de la revue personnaliste d’Esprit, c’est encore le fil de la continuité. En 1940, les fondateurs, dont principalement Emmanuel Mounier, étaient à Vichy. D’où vient Emmanuel Macron de cette même matrice avec le soutien de Terra Nova.

Ajoutons aujourd’hui Anousheh Karvar, ancienne responsable de la formation intiale et continue à la CFDT, a été nommée directrice adjointe de Myriam Elkhomri, ministre du travail. Elle a été secrétaire nationale de la CFDT cadres, vice-présidente de l’observatoire des cadres, trésorière confédérale, avant de rejoindre l’inspection générale des affaires sociales…

Tout ce joli personnel de la Vème république finissante se retrouvent sous les arcanes de l’association Terra Nova, de Michel Rocard à Emmanuel Macron et de François Chérèque à Anousheh Karvar pour travailler activement à cette nouvelle charte du travail qu’on veut nous imposer. A l’issue de la guerre un groupe de personnalistes avaient créé un courant qui s’intitulait « Reconstruction » et qui reprenait à son compte les principes sociaux du Christianisme, tout en s’ouvrant aussi bien à des croyants qu’à des non-croyants, comme la revue Esprit à tous les « hommes de bonne volonté ». Quelques années plus tard ce courant nourrira le mouvement syndical qui aboutira à l’apparente déconfessionnalisation de la CFDT, née en 1964. Rien de bien nouveau sous le soleil du corporatisme, c’est toujours le même brouet. Le pape Léon XIII qui défendait dans « Rerum Novarum » l’association Capital-Travail appelait cela notre appartenance « au corps mystique du Christ »

Mais je précise par rapport à l’article de Robert Mascarell que ces secrétaires reconvertis ne sont pas seulement des carriéristes, en ce sens qu’il « pensent à la meilleure manière d’atterrir lorsqu’ils seront plus [secrétaires de la CFDT] ». Car dans les autres confédérations ouvrières la corruption et la distribution de prébendes existent, pour attacher les appareils syndicaux aux politiques gouvernementales de gauche et de droite qui ont été menées depuis 30 ans. Il s’agit d’un projet précis de reconstruction de la société sur les bases du corporatisme néo-fasciste, très bien résumés par la formule citée :

"Quand le MEDEF aura obtenu le rétablissement de l'esclavage, la CFDT négociera sur le poids des chaînes !"
J’y ajouterai ce paragraphe qu’il faudrait placer en conclusions du livre de la Genèse (La Bible) :
« Et le huitième jour Dieu créa la CFDT ! »


Les carrières juteuses des anciens secrétaires de la CFDT, par Robert Mascarell

Source: https://blogs.mediapart.fr/robertmascarell3gmailcom/blog

Depuis quelques semaines, la CFDT se signale à l’attention de l’opinion publique, par :

Tant d’actualité aussi négative pour les salariés, à mes yeux, m’a incité à aller voir ce qui pouvait expliquer que cette centrale syndicale signe régulièrement des accords dans le dos des salariés et se livre de plus en plus à des attaques frontales contre la CGT.

Pour ce faire, j’ai cherché à savoir quel avait été le parcours des secrétaires généraux des organisations syndicales représentatives (CFDT, CFTC, CGC, CGT, FO) depuis les années 60 jusqu’à aujourd’hui, après qu’ils aient quitté leurs fonctions à la tête de leur centrale syndicale.

Là, je suis allé de stupeur en stupeur.

Hormis ceux de la CFDT, tous les ex-secrétaires généraux ou présidents des autres confédérations syndicales sont restés dans leur organisation ou dans des associations qui leur sont proches. Bref, ils n’ont pas fait carrière.

A l’inverse, tous les ex-dirigeants de la CFDT, à l’exception d’Eugène Descamps, qui fut secrétaire général de la CFDT jusqu’en 1971, se sont retrouvés à la tête d’entreprises privées ou ont été nommés à des postes de hautes responsabilités dans des organismes publics.

A noter qu’Eugène Descamps a été, et de loin, le secrétaire général de la CFDT le plus unitaire. Il n’y a donc pas de hasard à ce que cet homme soit demeuré fidèle à ses engagements syndicaux, une fois déchargé de responsabilité.

Mais, voyons quel fut le parcours de ses successeurs, dans les mêmes circonstances.

Commençons par le premier, Edmond Maire. Il fut secrétaire général de la CFDT de 1971 à 1988. Par la suite, il a été président de Villages Vacances Familles, devenu Belambra Clubs après avoir été privatisé en juillet 2006, puis président de la société d’investissement solidaire France Active (association d’insertion et d’aide à la création d’entreprise).

Edmond Maire a été remplacé, de 1988 jusqu’en 1992, par Jean Kaspar.

De 1993 à 1996, celui-ci a été conseiller social à l'ambassade de France à Washington. Il est, depuis
10 ans, consultant en stratégies sociales et gérant de « J.K consultant » à Paris. Il est par ailleurs vice- président de l'Observatoire social international et lié à Entreprise et Personnel, un club RH (ressources humaines) regroupant plusieurs grandes entreprises françaises. Il est aussi intervenant
expert pour Entreprise & Personnel, APM (Association Progrès du Management) et GERME (Groupes d'Entraînement et de Réflexion au Management des Entreprises). Il est conseiller de la Fondation pour l’innovation politique. La Fondapol est un cercle de réflexion libéral, fondé par l’UMP, dirigé par Dominique Reynié (un des habitués de l’émission de la 5 « C dans l’air »). Jean Kaspar a aussi été membre de la Commission Attali mise en place par Nicolas Sarkozy. Le 19 mars 2012, il a été nommé président de la Commission du Grand Dialogue de La Poste par Jean-Paul Bailly, le P D-G.

J’en arrive maintenant à Nicole Notat. Elle fut secrétaire générale de la CFDT de 1992 à 2002.

Dès 2002, elle a été portée à la tête de Vigeo, société européenne d'évaluation des performances sociales et environnementales des entreprises. Parmi les actionnaires on y trouve toutes les grandes banques françaises, de grandes sociétés, des fonds de pension.

Depuis le 1er janvier 2011, elle préside le célèbre club Le Siècle, dont font partie tous les dirigeants des grandes sociétés françaises. Elle est membre du groupe de réflexion sur l’avenir de l’Europe, nommée par le Conseil européen. Elle est membre du conseil d’administration de la Coface (Compagnie française d'assurance pour le commerce extérieur) et du conseil de surveillance du Monde SA. Bref, tout va bien pour elle. Et, il ne s’agit-là que d’un résumé de ses fonctions.

Passons maintenant au petit dernier, François Chérèque, secrétaire général de la CFDT jusqu’en décembre 2012.

Rassurez-vous, ça commence bien pour lui. Le 3 janvier 2013, il a été nommé inspecteur général des Affaires sociales. Il est également président du think-tank social-libéral Terra Nova. N’en doutons pas, ce n’est qu’un début. Le jeune homme ira bien plus haut et plus loin. Comme ses prédécesseurs, il a bien préparé le terrain, du temps où il était secrétaire général de la CFDT.

M’est avis que son successeur, Laurent Berger, a bien compris la leçon. Je dirais même plus, il l’a vite apprise.

En l’espace d’un mois, il a trouvé le moyen d’accepter de signer un accord scélérat dans le dos des salariés, alors qu’il sait parfaitement que son organisation, même avec l’apport de la CFTC et de la CGC, ne représentent que 38,70 % des voix des salariés, alors que les deux syndicats non signataires, la CGT et FO, pèsent 49,79 %. Et que si on y ajoute les voix des syndicats Sud-Solidaires et FSU, non conviés à la négociation, mais résolument contre l’accord, nous arrivons à 55,67 % des voix des salariés contre.

A la CFDT, on appelle ça, respecter la démocratie.

Mais Laurent Berger ne s’en n’est pas tenu là. Cette semaine, il a donné un coup de poignard dans le dos de la CGT, l’accusant d’être coresponsable, avec l’employeur, de la décision de fermeture de l’entreprise Goodyear à Amiens.

On ne m’ôtera pas de l’idée que, alors qu’ils sont en poste à la tête de leur confédération, les secrétaires généraux, depuis Edmond Maire, mais surtout depuis Jean Kaspar, pensent à la meilleure manière d’atterrir lorsqu’ils ne le seront plus. Il s’agit, pour eux, de donner des gages à leurs futurs employeurs. Ce sont des carriéristes. C’est la raison pour laquelle, systématiquement et de plus en plus, la CFDT accepte de signer l’inacceptable, sans tenir compte de l’avis de la majorité des salariés.


L'ancien secrétaire général de la CFDT vient d'être intronisé inspecteur général des affaires sociales. Il percevra 7 257,55 euros net par mois.

Source : Le Point.fr , publié le 23/01/2013

 

François Chérèque répétait à l'envi qu'on ne le verrait jamais assumer une fonction politique. Pourtant, le voilà, lui, ancien secrétaire général de la CFDT, récemment intronisé inspecteur général des affaires sociales, nommé lundi par Jean-Marc Ayrault superviseur du plan quinquennal de lutte contre la pauvreté. Il évaluera la pertinence des aides dévolues aux 4,7 millions de Français qui vivent avec moins de 803 euros par mois. Principales mesures : relèvement de 10 % du RSA d'ici à 2017, hausse du plafond de la CMU complémentaire (750 000 nouveaux bénéficiaires), allongement à 12 mois de la durée moyenne des contrats aidés... Ce plan, financé par des redéploiements budgétaires, coûtera 2,5 milliards d'euros par an à partir de 2017. Sa nomination fait déjà grincer des dents ducôté des syndicats. "Cela ne donne pas une image d'indépendance syndicale", a critiqué Jean-Claude Mailly (Force ouvrière).

Rattaché à l'IGAS (Inspection générale des affaires sociales), l'un des corps administratifs les plus prestigieux, François Chérèque percevra 7 257,55 euros net par mois (primes et indemnités incluses). La CDFT, qu'il a quittée en novembre dernier, lui versait un salaire de 4 500 euros net par mois sur 13 mois. L'ex-leader syndical, âgé de 56 ans, est aussi depuis peu président du « think tank » Terra Nova qui ne lui verse aucun salaire. François Chérèque se plaît en cumulard.


Appel : Rallumons l’étincelle du Front de gauche


Voici un texte d’appel suivi par 106 signataires pour l’essentiel cadres du PCF ou élus PCF. Dans mon intercommunale les militants se réclamant du Front de Gauche et qui souhaitent rallumer l’étincelle (pauvre Lénine l’étincelle ou l’Iskra en russe était le journal du Parti Bolchevik dans la clandestinité !) ont cru bon d’illustrer leur présentation avec la photo que nous reproduisons ici. Sincèrement ceux et celles qui n’auraient pas compris où va ce Front de Gauche 2ème version, il y a dans cette photo plus que l’exposé d’un programme…(RD)

Texte de l'appel:

Nous, militantes et militants des organisations qui composent le Front de gauche, nous, citoyennes et citoyens engagés dans ce rassemblement d’un nouveau genre que nous avons patiemment construit depuis près de huit années, nous n’acceptons pas de voir réduit à néant ce qui constitue encore pour des millions de gens un peu de l’espoir qui a déserté la gauche et la politique.

Scrutin après scrutin, lutte après lutte, nous avons progressivement construit les bases d’une nouvelle gauche, courageuse, antilibérale, innovante, écologiste et défendant les libertés. Nous avons réussi à construire entre nous du commun, une culture, des pratiques. Ensemble, nous nous sommes donnés des élu-e-s. Nous avons conservé ou conquis des positions dans des villes, des départements et des régions. Nous avons surtout ranimé une flamme, et redonné enfin un prolongement politique à l’espoir d’un autre monde possible. Nous n’oublions pas ce qui s’est levé, de La Bastille au Prado : ensemble, nous sommes une force.

Mais à l’approche d’un moment politique essentiel pour notre pays, c’est la désunion qui prend une fois de plus le dessus. Après des mois d’atermoiements et d’hésitations, le Front de gauche risque de périr des divisions stratégiques et des compétitions de personnes ou d’organisations. Nous ne nous résignons pas à cette situation qui réduirait tous nos efforts à néant. Le Front de gauche doit vivre et se transformer pour devenir le moteur d’un large rassemblement, une grande force populaire et citoyenne, capable de bousculer un jeu politique désespérant et de redonner un sens à l’idée de gauche.

Nous appelons les organisations du Front de gauche et leurs directions à réagir pour lancer le mouvement. Dans tout le pays, tenons des assemblées citoyennes auxquelles nous inviterons toutes celles et tous ceux qui ont pris part aux combats du Front de gauche, ou qui veulent les rejoindre. Exprimons partout avec force notre volonté de dépasser ce qui nous divise pour affronter tous ensemble les échéances à venir. Vite, faisons-nous entendre !

 


La présidentielle n'est pas la solution, elle est le problème, par André Bellon

Source : Blog d’André Bellon, pour que vive la souveraineté populaire !


Ce texte est une analyse imposée par la présidentielle de 2017. Il est utile en ce moment où resurgissent, une fois de plus, toutes les contradictions et toutes les incertitudes sur cette élection. Il est plus que temps de sortir du piège.
Une de plus !

Depuis 1965, date de la première élection présidentielle, on ne compte plus les candidats qui ont déclarés vouloir redonner le pouvoir au peuple, se situant peu ou prou dans la filiation du fameux « coup d’Etat permanent » de François Mitterrand, puis de son slogan de campagne : « L’objectif de la droite, garder le pouvoir, mon seul objectif, vous le rendre ».

A-t-on vraiment envie de continuer ce jeu stupide et manipulateur ? N’est-il pas temps de se débarrasser des illusions concernant la Présidentielle ? Doit-on une nouvelle fois s’épuiser à chercher un hypothétique candidat miracle qui transformerait à lui seul la nature antidémocratique de la présidentielle ? Doit-on participer à des primaires censées révéler cette personne extraordinaire ? Va-t-on, au contraire, admettre enfin que la présidentielle n’est pas la solution, mais le problème ?

Parce qu’elle personnalise, elle réduit les débats politiques à un bruit de fond, elle embrigade et transforme les électeurs en supporteurs, elle ne donne pas un élu titulaire d’un mandat, donc véritablement légitime. Finalement, elle revient à donner un chèque en blanc… avec les résultats que l’on connaît. La présidentielle est, plus que jamais, un des principaux obstacles à la nécessaire reconstruction de la démocratie.

La France a besoin de réaffirmer l’importance du collectif et, prioritairement, de retrouver son propre peuple, titulaire de la souveraineté. Lui seul est capable de faire face aux défis qui s’accumulent depuis des décennies et auxquels chaque candidat prétend pouvoir faire face.

On peut penser que le pays a besoin d’un leader ; mais on ne peut pas alors se plaindre des dérives antidémocratiques inhérentes aux sociétés qui confient leur destin à un chef, éclairé ou pas. Le peuple n’a pas besoin de guide, il a besoin d’être respecté et d’exercer collectivement son pouvoir.

On peut militer pour des primaires, « citoyennes » ou pas, mais c’est refuser, une nouvelle fois, d’affronter le vrai problème. Les primaires, par essence, consistent à valider la règle absurde de la personnalisation du pouvoir. En toute analyse, et compte tenu de l’expérience, comment peut-on sérieusement prétendre utiliser la présidentielle pour faire l’inverse de son objet naturel, prétendre se placer en dehors d’un jeu dont, en même temps, on accepte les principes en se présentant ? Et pourquoi prendre un tel risque ?

Nombreux sont ceux qui considèrent le combat pour la souveraineté populaire comme utopique, ou qui ne comprennent pas que vouloir le rétablissement de celle-ci grâce à l’élection présidentielle relève du conte de fée. Pourquoi le candidat futur serait-il plus sincère que tous les autres, d’horizons divers dans le passé, qui ont fait tant de promesses non tenues précisément parce qu’ils avaient le pouvoir de ne pas les tenir ? C’est la nature de la présidentielle que d’accorder une confiance d’enfants à des personnes que rien n’oblige à l’honorer sauf la croyance qu’on met en eux.

Si on pense au contraire que la démocratie est nécessaire en cette période troublée, il faut impérativement sortir du piège présidentiel et rappeler que c’est aux citoyens eux-mêmes de se saisir de ce bien collectif qu’est la vie publique. Les responsables devront émerger de ce mouvement et en être à la fois les porte-paroles et les garants. Pas le contraire.

Certains estiment qu’il est trop tard pour poser le problème de la présidentielle alors qu’ils s’obstinent à ne pas le poser quel que soit le moment. Il n’y a ni bon, ni mauvais moment, il y a un objectif permanent. La prochaine échéance présidentielle ouvre un espace, certes bizarre, de discussion. Pourquoi ne pas s’en saisir tout en refusant d’entrer dans le jeu ? Au-delà des choix électoraux des uns et des autres, l’Association pour une Constituante refuse de s’inscrire dans cette compétition absurde : elle entend l’utiliser comme une caisse de résonnance.

Nous nous trouvons à un tournant fondamental. La France, l’Europe, le monde sont en crise. Chaque peuple peut apporter sa pierre pour donner un sens humaniste à un lendemain plus qu’incertain. L’élection d’une Assemblée Constituante en France est le moyen pacifique et constructif pour sortir de l’ornière. Elle sera la concrétisation institutionnelle de ce renouveau de la souveraineté populaire qui émergera des cercles locaux où les citoyens pourront exprimer leurs exigences. Contre les figures imposées par un système dégénérescent, agissons pout la recréation de la volonté individuelle et collective.


Le député Pouria Amirshahi quitte le Parti Socialiste

samedi 5 mars 2016.

Source : Entretien dans Le Monde, Hélène Bekmezian Journaliste au Monde.
 


Député des Français de l’étranger, Pouria Amirshahi a été l’un des premiers « frondeurs » du Parti socialiste à l’Assemblée à s’opposer à la ligne économique du gouvernement. A 43 ans, l’ancien président de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF), entré au PS en 1987, claque la porte du parti et annonce qu’il ne se représentera pas en 2017.

Vous avez décidé de quitter le Parti socialiste, pourquoi ?

Je quitte le PS et le monde des partis en général, rhizomes d’un système institutionnel à bout de souffle. Ils sont devenus des machines électorales sans grande conviction, sans promesse d’avenir heureux pour le pays. Ils sont au mieux incapables, au pire dangereux comme par exemple le Front national. Notre système, confiscatoire de pouvoirs et de richesses, mène à l’abîme démocratique, social ou écologique.

Et les partis semblent ne pas pouvoir faire grand-chose quand ils ne sont pas carrément dans le renoncement ou la complicité. Le mien est sans ressorts, sans idées malgré de nombreuses bonnes volontés avec qui je continuerai de partager des espaces de réflexion et d’action. Il y a chez nous comme ailleurs une caste de technocrates et de possédants de plus en plus puissants, et c’est contre cela que la gauche et les authentiques républicains doivent lutter.

Et pour vous, ce n’est pas ce que fait le gouvernement de François Hollande ?

La France n’est pas gouvernée par l’aile droite du PS, mais par des néoconservateurs, dans tous les domaines, à quelques exceptions près… D’ailleurs, leurs alliés sont désormais issus du bloc réactionnaire : déchéance de nationalité, état d’urgence, surenchère pénale, droit du travail. Depuis 2012, la succession de renoncements donne le vertige : cela a débuté avec le traité européen. Sur le contrôle bancaire ou les insolentes rémunérations, le gouvernement a vite cédé. Le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi [CICE] et le pacte de responsabilité ont légalisé le vol de l’argent public dont on dit pourtant qu’il est si rare. 40 milliards d’euros donnés sans conditions, sans que les salariés aient vu le début d’une amélioration substantielle de leur niveau de vie ! Le mépris est vécu directement par beaucoup de nos compatriotes, les ouvriers, les jeunes et bien d’autres. S’ajoute à cela le choix de gouverner par la peur… D’où mon opposition.

Pourtant, vous avez également décidé d’abandonner la députation et de ne pas vous représenter en 2017…

Il me reste plus d’un an de mandat et je continuerai d’agir avec la même éthique et la même énergie. Mais je ne veux pas m’accrocher absolument à un mandat. Ma circonscription est passionnante, les gens sont d’une grande richesse pluriculturelle. J’y ai été « bien » élu en 2012, avec 62 % des voix, mais après cinq ans de mandat, je souhaite retourner à la vie professionnelle, ce qui ne coupera pas mon appétit militant !

C’est un constat d’échec ?

Au contraire ! J’ai agi, comme beaucoup de députés. Pour la francophonie, dont j’estime qu’elle est stratégique dans la mondialisation ; contre le commerce des armes ; pour l’égalité entre tous les Français, quelles que soient leur couleur ou leur ascendance. J’ai agi pour les Français de l’étranger, dans bien des domaines. Aujourd’hui, ils existent vraiment dans la représentation. Enfin, nous avons initié un processus d’émancipation parlementaire face au pouvoir exécutif.

Quelle autre forme va prendre votre engagement ?

Sous peine de destruction généralisée de nos écosystèmes et de mise en danger de notre commune humanité, il faut poser aujourd’hui les fondements d’un modèle viable et doux. Défendre des causes communes entre citoyens, défendre les biens communs tant négligés, stopper la destruction des espèces vivantes, encourager de nouvelles formes de propriété sociale d’entreprise… Voilà le plus important.

Cela se traduit notamment par la mise en valeur de toutes ces femmes et de tous ces hommes qui luttent ou mènent des expériences qui fonctionnent : c’est la raison d’être du Mouvement commun que j’ai fondé avec d’autres. C’est aussi le propos de Cyril Dion et de Mélanie Laurent, par exemple, dans le documentaire Demain, si rafraîchissant.

En quoi le Mouvement commun est-il différent d’un parti politique ?

Il ne se présente pas aux élections. Il s’intéresse moins à l’avenir d’un camp qu’à celui de tous.

Vous passez donc outre la présidentielle ?

Qui croit que la présidentielle, a fortiori celle de 2017, va régler les problèmes graves démocratiques, économiques, écologiques et sociaux, auxquels nous sommes confrontés ? Il ne faut pas compter que sur les politiques pour faire de la politique. Le temps de la reconquête est un temps long : je ne crois pas qu’une élection seule suffise à transformer les rapports d’inégalités parce que les démocraties se sont trop affaiblies. Réunir les bonnes volontés, inoculer les solutions positives dans la société, réinventer nos démocraties et les règles de représentation, introduire la proportionnelle pour contraindre aux compromis et, pourquoi pas, une dose de tirage au sort. Les défis collectifs ne manquent pas.

En attendant, soutenez-vous le mouvement contre l’avant-projet de loi sur le droit du travail ?

Oui, par conviction d’abord et par intérêt en tant qu’ex et futur travailleur. La démarche pétitionnaire va-t-elle se transformer en vrai mouvement le 9 mars ? Nul ne le sait encore, mais je vois se dessiner une beauté sociale : l’idée de se réapproprier son présent.


Quand Mélenchon, candidat obstiné à la présidentielle de 2017, se met à dévisser sérieusement, ce n'est jamais dans le détail: voici une de ses dernières... vers des milices de jeunes patriotes pour faire la chasse aux terroristes?

Le candidat à l'élection présidentielle estime que les patrouilles de soldats dans les rues sont inefficaces et souhaite généraliser la conscription pour les assigner à d'autres tâches.

Source :http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/citations/2016/02/28/25002-20160228ARTFIG00193-terrorisme-melenchon-veut-enroler-les-jeunes-dans-une-garde-nationale.php

Je me lance

«La menace terroriste il faut la traiter avec sérieux, sans gesticuler et en étant efficace», estime Jean-Luc Mélenchon invité sur iTélé ce dimanche soir. Et s'il est des «gesticulations» qui ne trouvent pas grâce à ses yeux, ce sont les patrouilles de militaires dans les rues des grandes villes françaises, instaurées dans le cadre du plan Vigipirate et renforcées depuis les attentats du 13 novembre. Selon le candidat à la prochaine élection présidentielle, les forces de l'ordre et de sécurité ont besoin de «plus de présence humaine», un apport qui serait dévolu à faire de l'infiltration, de la filature ou de la surveillance. Et pour libérer des forces à cet effet, le fondateur du Parti de gauche propose de rétablir une forme de conscription des jeunes Français dans le cadre d'une garde citoyenne dont les contours restent à préciser.
«Les militaires dans les rues, j'ai l'honneur de vous dire que tout ceci ne sert à rien à part épuiser nos hommes et le matériel pour rien, car l'armée dans la rue ça ne change rien au problème de la menace terroriste», estime l'eurodéputé. «Sans vouloir inquiéter ceux qui nous écoutent, les points de faiblesse de la France ne sont pas dans les marchés de Noël, les points décisifs sont à d'autres endroits que l'on connaît et pour lesquels il faut un personnel nombreux pour assurer la surveillance et la protection», ajoute-t-il. «Tous les spécialistes de la sécurité savent que ça remplit la fonction de rassurer les populations, mais l'efficacité militaire et antiterroriste est égale à zéro. Par contre, l'épuisement des hommes, le nombre d'heures gaspillées pour rien… Ces gens-là sont des professionnels de la chose militaire, c'est un gâchis de les utiliser à cette tâche qui n'est pas la leur, de la même manière que si l'on envoyait un policier faire la sécurité à l'étranger ou d'être parachuté».
Des conscrits pour la sécurité intérieure

Ce constat posé, Jean-Luc Mélenchon avance une proposition: «Je suis pour que tout les jeunes Français et toutes les jeunes françaises soient appelés à participer à ce que l'on appellera ou une garde nationale ou une garde républicaine, et fassent le don du temps, naturellement rémunérés pour ça, à un moment de leur vie, par exemple à la fin de leurs études». Dans la bouche d'un responsable de la gauche radicale, où l'antimilitarisme reste une valeur de consensus, la proposition peut au premier abord surprendre. Elle n'est pourtant pas totalement neuve pour Mélenchon qui s'inspire d'une idée de son ancien bras droit, François Delapierre, décédé en juin 2015. Comme évoqué sur France 3 le 1er février dernier, il souhaite voir cette garde de conscrits consacrée aux «tâches de sécurité et de sûreté intérieures». «Hier, on mobilisait pour aller à l'armée. Je ne serais pas hostile au fait que l'on mobilise pour aller dans une garde nationale qui aurait des tâches de cette nature», avait déclaré Jean-Luc Mélenchon.

Face à l'explosion de la menace terroriste en 2015, l'idée de rétablir un service militaire ou un dispositif similaire trotte dans l'esprit de nombreux responsables politiques. Dans Le Figaro du 23 novembre dernier, Xavier Bertrand, alors candidat Républicain à la présidence de la région Nord-Picardie, réclamait un service obligatoire de 6 mois. Dans une enquête publiée le 1er décembre 2015, un collectif de 80 parlementaires étiquetés souverainistes de droite et de gauche s'était aussi prononcé pour le rétablissement de la conscription, selon LCP. Une version alternative de cette idée a également soulevé une polémique à Béziers le lendemain. Le maire proche du FN, Robert Ménard, avait alors annoncé la formation d'une garde municipale composée d'anciens militaires, gendarmes, policiers et pompiers, placée sous l'autorité non de l'armée mais des forces de police. Un projet interrompu un mois plus tard sur décision du juge des référés du tribunal administratif de Montpellier.

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