Blog de Robert Duguet - Mars 2017 /contact:

Conférence de Jean Jacques Marie sur la Révolution Russe:

Dernière minute: l'administration de Paris 1 ayant refusé que cette conférence se tienne dans des locaux universitaire, les organisateurs ont dû se rabattre sur un lieu de réunion extérieur, soit:

Le Kaf-Conç, 114 rue de Tolbiac (métro Olympiades) à 19h comme prévu.



Macron, L'ombre portée de Hollande...colonne vertébrale du quinquennat passé et du parti socialiste, par Jacques Cotta

Mardi 21/03/2017

Source : http://la-sociale.viabloga.com/news/macron-l-ombre-portee-de-hollande


Depuis la déclaration des candidatures aux élections présidentielles, les commentateurs ont tenté de faire rentrer dans les cadres traditionnels les différents candidats. C’est ainsi qu’Emmanuel Macron s’est retrouvé affublé du qualificatif de gauche, comme Benoit Hamon, l’autre héritier du quinquennat socialiste. Raisonnement assez « logique » puisque l’un comme l’autre ont été ministres de François Hollande. L’un et l’autre seront restés fidèles à la politique du quinquennat qu’ils ont chacun à leur place impulsée. Il est d’ailleurs cocasse de voir aujourd’hui Hamon qui a été présenté comme le plus critique revendiquer une part d’héritage « hollandien », alors que Macron, le plus « important » et le plus proche de Hollande, tente de s’en défaire à tout prix. La référence à François Hollande, à ses différents gouvernements, à ses cinq années à l’Elysée peut à juste titre faire craindre un effet repoussoir sans appel. Aidé par des médias pour le moins complices, Emmanuel Macron, le candidat affirmé d’une mondialisation capitaliste sans limite, des banques, du CAC 40 et de l’union européenne, est présenté comme un produit neuf, « innovant », « imaginatif ».… En réalité Emmanuel Macron a constitué la véritable innovation, non de cette campagne électorale, mais du quinquennat passé. La politique de François Hollande – soutenue à l’époque de façon critique par les frondeurs de tout poil -  c’est Emmanuel Macron. Les débats « contradictoires » ou encore grandes messes calquées sur les institutions de la 5ème république, mettant en scène des « sauveurs suprêmes », éclairent, à l’image de celui qui a été suivi par une dizaine de millions de téléspectateurs sur TF1, la vacuité du discours politique d’un ancien ministre de l’économie dont les formules creuses ne devraient en toute intelligence pas faire illusion. Pour comprendre la réalité du personnage, il n’est pas inutile de revenir sur l’histoire. Mais qui est donc et que veut vraiment Emmanuel Macron ?

Macron aux origines

Mais d’où vient donc celui qui fait figure de jeune vieux dans cette campagne électorale ? Pour rédiger « l’imposteur[1] », livre consacré au président Hollande à mi-mandat présidentiel, je m’étais attaché à enquêter sur l’entourage du président, les couloirs de l’assemblée comme ceux de l’Elysée. Macron faisait alors figure de nouveau venu dans le monde socialiste. Une espèce d’Ovni dont le président lui-même vantait les mérites sans retenue. Macron devait permettre à François Hollande d’opérer une opération de charme envers les grands patrons du Cac 40 et de s’engager ouvertement dans une politique de l’offre destinée à servir comme rarement ils l’auront été les intérêts du capital financier. A l’époque, je notais :

« Emmanuel Macron, secrétaire général adjoint de l’Elysée qui a la haute main sur l’économie, le social et l’Europe est loué, adulé, admiré par une pléiade de grands patrons. Il rassure par sa seule présence les « inquiets » qui auraient pu prendre au mot le candidat Hollande lorsqu’il déclarait « la finance est mon ennemi ».  Car la finance, Macron, l’ancien banquier d’affaires chez Rothschild connaît. A peine introduit dans la banque par Serge Weinberg[2], « socialiste » très proche de François Pinault, il devient banquier associé, conseille Lagardère pour la vente de ses magazines internationaux ou encore la société Atos pour le rachat de Siemens IT, permet via son entregent à la banque d’être de la partie dans le rachat par Nestlé de la division nutrition de Pfizer pour un montant de 9 milliards d’euros. Les qualificatifs ne manquent pas. Macron est « notre relai, notre porte d’entrée auprès du président », que « j’ai vu chez Rothschild », qui va « rassurer tout le monde » se lâche Stéphane Richard, l’ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde[3], PDG de France Télécom Orange(…)

Les rencontres que je faisais alors pour cerner sa personnalité annonçait déjà la trajectoire qui aura mené l’ancien ministre de l’économie à devenir un des candidats du capital, représentant au mieux la politique indiquée par l’union européenne.

Ses « portraitistes[4] » sont unanimes. Il est « chaleureux », apparemment « décontracté », affiche un sourire « franc et amical », fait croire à l’interlocuteur qu’il est « son meilleur ami et le centre de son attention », s’attire des compliments sans retenu, du camp « adverse » notamment, de son prédécesseur du temps de Sarkozy comme de l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy, Jean Pierre Jouyet, par ailleurs ami proche de François Hollande, qui facilita le rapprochement entre les deux hommes. Emmanuel Macron connait François Hollande qui lui « apparaissait comme le meilleur candidat capable d’apaiser et de rassembler les français  depuis 2005. »
Macron neuf en politique, spontané, inventif, moderne ? La réalité est toute autre. C’est en expert que le « jeune vieux » avait rejoint François Hollande, non pour offrir ses services, mais pour orienter et mettre en musique la politique qui sévira durant cinq années, tant sur le plan économique –cadeaux au capital au détriment du travail- que sur le plan social –destruction des acquis- et européen –voix de l’union européenne pour la liquidation des nations, et donc de la nation française. La politique de l’offre adoptée ouvertement par Hollande au début du quinquennat, c’est Macron dont le passé est sans équivoque :

« Il est un des maitres d’œuvre du projet « hollandien ». Il a coordonné le groupe « d’économistes de la Rotonde[5] », « fait appel à de jeunes technos pour trouver les points de compromis et faire la synthèse[6] ». L’exercice n’est pas une première. Déjà en 2007 il utilisait les mêmes recettes dans la commission de l’ancien conseiller de François Mitterrand, Jacques Attali, célèbre pour les 316 mesures contenues dans le rapport à destination de Nicolas Sarkozy et qui pour les plus importantes sont aujourd’hui mises en œuvre à travers « la compétitivité », « la réduction de la dépense publique », « l’alignement sur les impératifs de Bruxelles », « la réforme des retraites ».… En fait, la nomination d’Emmanuel Macron au poste clé qu’il occupe à l’Elysée indique bien l’orientation hollandienne. Entre les deux hommes les rapports comme les points d’accord sont étroits. »

Déjà son activité débridée ne laisse point de doute sur ses intentions. Il est curieux d’ailleurs de voir aujourd’hui les anciens « frondeurs », tels Benoit Hamon, le candidat désigné par la primaire socialiste, jouer les surpris. Macron de « gauche » aurait viré à « droite ». S’il fallait une démonstration chimiquement pure sur l’absurdité des anciens clivages gauche-droite substitués aux programmes, aux réponses politiques, Macron et avec lui le parti socialiste tomberaient à pic. Voilà en effet ce qu’on pouvait savoir dès le début du quinquennat Hollande :
« Emmanuel Macron participe activement au think tank « En temps réel » aux côtés notamment des banquiers

Stéphane Boujnah et François Villeroy de Galhau[7], de patrons comme Philippe Crouzet ou Gilles de Margerie[8], d’hommes et de femmes de médias tels Laurent Joffrin ou Catherine Sueur[9], de représentants d’organisations patronales tel Bernard Spitz le président de la fédération française des sociétés d’assurances, ou encore de personnalités de la deuxième gauche, tels Nicole Notat, l’ancienne patronne de la CFDT ou Jean Pisani Ferry, sans oublier Pascal Lamy, l’ancien directeur général de l’OMC, Jean-François Rischard l’ancien vice-président de la banque mondiale et quelques autres… Parmi ses activités, des « colloques » et des « ateliers ». Un des derniers portait sur le « retour de la compétitivité en Allemagne dans les années 2000 et perspectives pour l’emploi en Europe et en France aujourd’hui ». L’occasion d’accueillir en grande pompe Peter Hartz, l’ancien conseiller du chancelier Gerhard Schröder, inspirateur des lois de régression sociale sur l’emploi, l’allongement du temps de travail, les retraites présentées ici comme des succès et permettant d’avancer « une série de propositions concrètes en faveur de l’emploi des jeunes en Europe ». En temps réel, le think tank d’Emmanuel Macron, s’est d’ailleurs félicité. « A la suite de cet atelier » indique l’association, « le magazine le Point a publié il y a quelques jours une interview de Peter Hartz intitulé « le miracle allemand, c’est lui ! » »…

La présence de Macron au sein du dispositif élyséen de François Hollande et l’importance qu’il y prend indiquent que les débats idéologiques ont fait long feu au parti socialiste, supplantés par des préoccupations beaucoup plus matérielles, sonnantes et trébuchantes. Ainsi Hamon et Macron qui sont censés s’affronter ont une filiation identique. Derrière Macron, Hamon, mais aussi Valls … et Hollande, se profile la deuxième gauche, celle conduite à l’époque par Michel Rocard. Dés 2012, dans l’imposteur, je notais concernant Macron :

« (…) Il fait aussi partie de la revue Esprit. Il est proche de Michel Rocard qui se confond d’ailleurs en compliment pour le jeune homme, louant « son ouverture d’esprit, antidote à la spécialisation ». Rocard, Macron, une trajectoire commune, le second comme son mentor épousant l’inspection des finances après être sorti cinquième de sa promotion de l’ENA. (…) Contrairement aux propos fondateurs de François Mitterrand en 1971, il semble que « celui qui accepte la rupture avec la société capitaliste » ne trouve plus son compte aujourd’hui au sein du parti socialiste. C’est avec plus de trente ans de retard que le socialisme français au pouvoir rejoint le modèle allemand de Gerhardt Schroeder, le Neue Mitte[10], et anglais de Tony Blair, le New Labour[11]. En 1959 le SPD allemand abandonne dans son congrès de Bad Godesberg toute référence au marxisme et rallie officiellement « l’économie sociale de marché ». En Allemagne comme en Grande Bretagne, politique de l’offre, rigueur, flexibilité, compétitivité des entreprises font alors office de doctrine. Il existait un obstacle apparent sur la voie des socialistes français pour emprunter avec les sociaux-démocrates allemands et anglais la « troisième voie ». L’égalitarisme est étranger aux traditions anglaises et allemandes, ce qui renvoie aux structures profondes et familiales de ces deux pays[12]. A l’inverse l’égalité en France est une vertu cardinale. C’est sans doute pourquoi il aura fallu ces trente années de décalage, ce pilonnage idéologique et politique, pour permettre à l’inégalité, affichée, admise, revendiquée là-bas de s’imposer avec le temps ici ».

Le « théorème de Schmidt » trouve un corollaire affirmé au nom de la modernité, « la gestion de l’économie n’est ni de gauche, ni de droite, elle est bonne ou mauvaise ». Voilà la philosophie affichée par Macron et mise en œuvre durant cinq ans par les gouvernements socialistes successifs de François Hollande.

Macron c’est Hollande…

Durant le quinquennat écoulé, trois orientations contradictoires aux engagements pris – même limités - auront éclairé la nature réelle de la politique socialiste. Sur la finance d’abord. Dénoncée comme « l’ennemi », jamais elle n’aura été aussi bien servie. Sur l’union européenne ensuite, dénoncée au point de nécessiter une renégociation du « traité Merkosy ». En quelques heures le dit traité sera validé par le nouveau président Hollande. Sur la morale ensuite. « L’affaire Cahuzac » et quelques autres rappellent ce qu’il en coûte d’endosser le costume type de la cinquième république.

Ce sont ces tournants apparemment contradictoires avec les objectifs affichés qui auront marqué la politique menée depuis cinq années, sanctionnée par la perte en 2017 de plus de la moitié des intentions de vote pour le candidat socialiste. Benoit Hamon incarne en effet la continuité exprimée dans la participation aux primaires du PS. Avec les quelques mesures phares qu’il a exprimées à cette occasion, c’est bien l’héritage qui contribue à le disqualifier. Emmanuel Macron qui se targue de n’être pas socialiste – mais de demeurer fidèle à François Hollande - incarne lui non l’attachement organisationnel, mais sur le fond la continuité politique. Car les réalisations catastrophiques du quinquennat écoulé, c’est d’abord et avant tout Macron, à qui il faut rendre justice. Le véritable héritier du Hollandisme, c’est lui, et nul autre.

La loi Macron, qualifiée à l’époque comme le moment clé du quinquennat par le président de la république lui-même, baptisée par les commentateurs de « loi fourre-tout » s’est attachée dans le détail à attaquer les acquis sociaux et le code du travail jusque dans le détail, ouvrant la voie à d’autres remises en question contenues notamment dans la loi El Khomeri. Il n’est pas inintéressant de constater d’ailleurs que Benoit Hamon qui aujourd’hui condamne Macron comme « un des candidats de l’argent » s’est contenté à l’époque avec ses amis « frondeurs » de réduire la loi Macron à la question du travail le dimanche, demandant à manuel Valls quelques compensations pour pouvoir voter la loi au parlement, ignorant par là même l’essentiel.

Sur toutes les questions concernant les acquis sociaux, politiques, démocratiques qui nous ramènent parfois au lendemain de la seconde guerre dans les réalisations qui ont suivi le conseil national de la résistance, le gouvernement socialiste a accompli avec Macron comme tête de proue ce que Nicolas Sarkozy cinq ans plus tôt n’était pas parvenu à réaliser. Méticuleusement les aspirations populaires et l’intérêt national ont été battus en brèche au profit du capital. CICE, Cadeaux par milliards aux entreprises, privatisations accélérées, liquidation de nos services publics, réduction des postes de fonctionnaires, précarité accrue au travail, mise à mal du CDI et du droit du travail, pacte dit de compétitivité, tout cela avec l’ANI, avec la diminution des pensions, avec l’attaque sans précédent contre les départements et les communes, avec la dislocation annoncée de l’éducation nationale, la réduction du champ d’action de la sécurité sociale sur laquelle lorgnent banque, fonds financiers, et capital privé, tout cela Sarkozy en rêvait, Hollande avec Macron s’est employé à le réaliser !

La politique préconisée hier par Emmanuel Macron est non seulement un concentré de l’ensemble de la politique qu’ont mis en œuvre les gouvernements socialistes successifs, mais elle a marqué d’une touche indélébile le quinquennat avec les résultats que l’on connaît. La seule divergence que Macron affirme avoir avec Hollande : « il fallait aller plus vite, plus fort ». Intéressant chez l’homme que les médias à l’unisson veulent présenter à tout prix comme nouveau, moderne, jeune…

… En pire, et ce n’est pas peu dire !

Les propositions faites dans la campagne actuelle ne valent pas tripette. Le débat est vicié, précisément pour éviter que n’apparaissent les continuités embarrassantes. Pourtant les quelques mesures phares présentées par Emmanuel Macron – outre les réactions de circonstance sur le dernier « attentat » en date, sur « les mesures de sécurité nécessaires », sur la « poursuite de l’état d’urgence », …- s’inscrivent très exactement dans la poursuite de ce qui a été engagé précédemment.

« Ubérisation » généralisée de la société, destruction jusqu’au bout du code du travail, liquidation de 150 000 postes de fonctionnaires, remise en cause de la sécurité sociale et ouverture plus encore aux assurances privées ou fonds de pension, diminution des retraites derrière la fameuse « retraite à points », allongement du temps de travail et départs différés… Voilà un faible aperçu de la politique préconisée par l’ancien ministre de l’économie de François Hollande.
Pourquoi donc une telle obstination ? Emmanuel Macron s’affirme comme le candidat « sérieux » des banques, du CAC 40 et surtout de l’union européenne après les déboires de François Fillon disqualifié par les histoires de costume, de famille et d’argent. C’est donc la politique de l’UE que défend et développe le candidat Macron. Cette politique qui a fait ses preuves, en Grèce notamment, en accablant toujours plus des millions de grecs rendus responsables de leur sort en lieu et place de la finance, permettant ainsi au FMI, à l’Union européenne, et à la commission européenne de mettre en place sous le sigle de la Troïka une politique et des mesures assassines contre les hommes, femmes et enfants grecs. C’est la Troïka que Macron compte incarner de fait en France. Là encore il y a totale continuité avec son passé hollandien. François Hollande en effet n’approuvait-il pas les plans d’étranglement des grecs imposés hier au nom d’un « mal nécessaire » ? C’est simplement ce que Hollande acceptait hier dans le conseil des chefs de gouvernements au sein de l’UE que Macron se propose de mettre en œuvre aujourd’hui.

Quelle Issue ?

La campagne électorale s’inscrit dans une crise sans précédent de la cinquième république. Outre François Fillon qui avait un boulevard pour l’emporter et qui semble être durablement disqualifié avec la batterie de casseroles qui lui est accrochée, aucun ne peut raisonnablement représenter une solution salvatrice pour les institutions. Il est prévisible que les partis traditionnels du système toutes tendances confondues ne parviennent pas à se relever de l’épreuve. La tentative Macron est dans ce contexte illusoire. Amalgame de « personnalités » quittant leur navire respectif, lorgnant sur le candidat comme des rats sur un bout de fromage, le mouvement d’Emmanuel Macron ne pourra représenter une recomposition nécessaire à la survie du régime. Pas plus que le Front national de Marine Le Pen, ou ce qui reste d’un parti socialiste exsangue, victime de sa politique et de son alignement, comme les autres, sur les impératifs de l’union européenne. Pour ce qui concerne Jean-Luc Mélenchon qui propose une constituante pour en finir avec la 5ème république, nul ne peut le choisir comme bouée de sauvetage d’un régime à l’agonie. Quelle que soit l’issue donc, la crise politique risque bien de s’affirmer dans une dimension jusque-là inégalée. Cela d’autant que la recherche d’un « sauveur suprême » occupe l’espace et à en croire tous les commentateurs devrait faire oublier la réalité de la vie, celle à laquelle sont confrontés des millions de travailleurs, jeunes, salariés, retraités préoccupés par la défense de leurs conditions d’existence.

L’avenir est donc imprévisible, tant sur le terrain électoral que sur celui de la lutte des classes directe. Des millions vont chercher à trouver un débouché. Quel que soit le résultat électoral, ne serait-il pas nécessaire dans ce contexte de prévoir pour les jours qui suivront l’échéance présidentielle la préparation d’assises de refondation d’une véritable formation politique sur un base républicaine et sociale, celle de la république sociale ? C’est à cet effet notamment que nous avons dans le cadre de la sociale rédigé et livré à la critique de la discussion notre manifeste « pour un 21ème siècle plus heureux ». C’est dans cette voie que nous sommes évidemment prêts à mettre toute notre énergie…

 


 

1500 militants à l'appel du POID au mur des fédérés contre l'Union Européenne et la Vème République... le drapeau était rouge et le chant l'Internationale...

Après le 18 mars, notes de réflexion, par Jacques Cotta.


Après la publication de l’article que j’ai écrit au lendemain de la manifestation du 18 mars, Jacques Cotta nous a envoyé ses réflexions sur la situation et comment pouvoir agir, au-delà des caractérisations que nous pouvons les uns et les autres produire. J’essaie d’y répondre. (RD)  

Chers amis,


Je m’inscris avec retard dans cette discussion qui pourtant est essentielle. Il s’agit d’essayer de comprendre les raisons pour lesquelles nous sommes tous à notre place dans une situation d’isolement très négative et très désagréable. Réduits à une position de commentateurs de la lutte des classes, nous n’avons pas prise sur des évènements qu’il nous faut en effet caractériser pour tenter d’y voir clair. Je vais donc tenter de souligner quelques faits sur lesquels nous n’avons pas à mon avis pris suffisamment le temps de nous arrêter. Quitte à souligner des contradictions qui sont les miennes -les nôtres- auxquelles il faut nous confronter. Tout cela n’est évidemment pas exhaustif. Il s’agit d’un début.

1/ Je fais partie des gens qui se sont félicités, après l’avoir préconisée durant des années, de la rupture à, l’époque d’une aile du parti socialiste conduite par JLM et Dolez pour fonder le PG. Nous avions à l’époque écrit une lettre ouverte à JLM et à Dolez (qu’on trouve toujours sur « la sociale »), Denis et moi-même, lettre demeurée sans réponse. Nous avions déjeuné avec JLM qui en substance nous demandait de rester à notre place: philo pour l’un, journalisme pour l’autre, politique pour lui. J’étais par ailleurs présent à la grande messe donnant officiellement naissance au PG derrière le périphérique parisien. En quelques heures je constatais que le nom du « parti » avait été décidé, son programme adopté, sa stratégie définie. Cela sans discussion, sans débat, sans échange, sinon les interventions des lieutenants d’alors adoubés par le chef. Je me souviens de Christophe Ramaux regrettant de me voir « regarder passer le train ».  Quelques temps plus tard, Ramaux comme d’autres étaient éjectés du PG… Je me souviens de Nikonoff cherchant des ponts avec JLM mais se heurtant à une fin de non-recevoir au prétexte que ses positions sur l’Europe étaient incompatibles. Je me souviens de Dolez, me demandant d’écrire un livre qu’il signerait, puis ne donnant plus de nouvelles lorsque je m’étonnais de la demande. Bref, nous avons je pense tous des exemples de ce type. Exemples dramatiques, car nous sommes dès lors plongés dans la situation suivante: d’un côté des aspirations qui pour s’exprimer plongent derrière JLM dont le talent est incontestable, hier dans le PG, dans le FDG ou encore aujourd’hui dans la « France insoumise » dont l’intérêt premier pour son initiateur est d’être une mouvance et non un parti, donc d’accepter le plus grand monde pourvu que le pouvoir demeure concentré dans les mains dignes de le recevoir.
Ce premier point pour  soulever quelques questions concernant le passé: nous avons tous une expérience différente, un passé différent. Christophe par exemple a fait un bout de chemin important avec le PG. Robert aussi. Quid aujourd’hui?
Nous avons été indiscutablement victime du fonctionnement du groupe JLM qui jamais n’a accepté que des «  semeurs de discordes » viennent prétendre débattre, élaborer. Pouvions-nous faire autrement? Aurions-nous raté une occasion pour peser?… Quelle est notre part de responsabilité? Il faut bien nous poser aussi ces questions, quitte à y répondre très vite…

2/ La question de l’isolement est liée étroitement aux rapports entre les classes. Nous avons par exemple à l’époque -nous étions dans les années 80- adhéré au parti socialiste. Il y avait de vraies sections, de vrais militants. Nous éditions un bulletin « contre le courant » que nous vendions de façon importante (plusieurs centaines par numéro). Nous avions prise avec la réalité, le débat, et ne laissions pas indifférents là où nous passions. La politique de Mitterrand-Mauroy a réglé son compte à ce parti socialiste qui s’est progressivement vidé. Nous en avons alors été de fait évincés, non administrativement, mais politiquement. Plus personne à qui s’adresser, donc plus de raison d’être.
De ces deux premiers points je tire une conclusion, assise sur l’expérience du passé: pour ne pas nous résoudre à nous raconter des histoires, à une stérilité démoralisante, il nous faut le contact avec des franges permettant de débattre, de confronter, de regrouper et d’agir. A défaut nous sommes réduis à commenter, commenter encore. Ce n’est pas inutile, mais les limites sont immédiates… Où donc nous plonger? et comment?

3/ Les travers de JLM sont malheureusement répandues. Parmi ceux avec qui nous pourrions partager quelques points de vue essentiels, il y a par exemple le POID. Nous avons là aussi une expérience commune, récente, sur l’état d’urgence où nous avons été le moteur d’une mobilisation réelle qui à l’époque a marqué. Mais ensuite? La direction du POID aurait bien vu que nous soyons la face « démocratique » du «  parti ». Ils nous ont proposé d’initier un nouvel appel, sur la question de la 5ème république et de l’UE. Nous avons discuté les formulations. Nous avons tenté d’infléchir pour que l’appel en question ne soit pas seulement susceptible d’intéresser les militants et la frange proche, mais le plus grand nombre. Fin de non-recevoir. On ne discute plus. Résultat, soit on adopte la ligne, soit on dégage.

Nous avons donc dégagé.

La question qui se pose là est légèrement différente. Autant la personnalité de JLM interdit toute avancée qui pourrait le mettre en question sur des sujets aussi minimes soient-ils. Autant la question était à mon avis évolutive avec ce deuxième appel POID. N’avons-nous pas fait preuve de sectarisme?

4/Nous avons sorti un manifeste au nom de la sociale, qui soit dit en passant se réduit pour son fonctionnement à Denis et moi-même. Grand titre donc pour une réalité beaucoup plus limitée. Où en sommes-nous des ventes? Pour la main à la main, j’ai personnellement vendu une quinzaine d’exemplaires. Ce qui en soi n’est rien et à la fois si nous savions où nous voulons aller serait beaucoup. Pour le Net, nous pouvons constater que le virtuel à la vie dure. Pas de vente. Rien.

Question donc. Ces résultats indiquent bien qu’hors de relations sociales précises, de combats engagés, le simple débat d’idées à des limites objectives que nous ne parvenons pas à dépasser.

5/Nombreux sont les groupes, organisations, ou autres qui préconisent comme le POID « l’unité et l’indépendance de la classe des travailleurs et pour la construction du parti ouvrier ». Et qui de façon aussi grotesque que grossière en appellent à l’unité Hamon Mélenchon comme si cela avait un sens… Chacun de ces groupes avec sa variante veut donc fonder un parti. Impasse totale. Cela est-il dû à la seule absence de programme, à la conception bureaucratique de chefs auto proclamés, ou bien aussi au fait que le parti en tant que catégorie ne répond plus aux aspirations saisissables? En un mot, le passé n’a t’il pas ratiboisé la perspective même de parti? Mais alors quoi? Qu’est-ce qui est susceptible de permettre un minimum de regroupement, à quelle condition?

6/Partons de la situation. Jamais les tensions n’auront été aussi fortes, au point que nul ne peut prédire ce que l’avenir immédiat va donner. Avenir électoral: outre Fillon qui a sérieusement du plomb dans l’aile, personne ne peut donner un nouveau souffle à la 5ème république. l’UMP (les LR), le PS, et la gauche de la gauche risquent fort de se retrouver explosés à l’issue de l’élection. Marine Le Pen ou Emmanuel Macron de feraient pas illusion bien longtemps. La crise explosive est devant nous. Cela d’autant que les tensions sociales sont bien présentes, les forces engagés dans le combat anti el Khomeri n’ayant pas été anéanties. C’est d’ailleurs ce qui explique l’existence et l’importance de la « France insoumise » et de la marche de Paris. La volonté du capital exprimée notamment par l’UE sur la question de la SS, des retraites, de l’emploi, du travail, des salaires, …, annonce des soubresauts explosifs.

Quel que soit le résultat électoral, la question d’un prolongement sur le terrain direct de la lutte des classes va se poser, et avec cette question celle d’une organisation (dont j’ignore les formes qu’elle pourra prendre) permettant de rassembler. Reprenons le cas JLM. Il peut dans l’effervescence électorale jouer sur sa seule personne, Mais demain, quel que soit le résultat, dans l’éventualité d’une explosion du PS et donc d’une recomposition dans les faits, il devra bien lui aussi se plier aux nécessités de rassemblement. Son programme fourre-tout, qui se mêle de tout sauf de l’essentiel, (la lutte implacable contre le capitalisme, les rapports sociaux, et donc les mesures immédiates à prendre pour le travail au détriment du capital) ne fera pas l’affaire. La question programmatique sera de fait au centre de toute possibilité de recomposition politique.

La question à ce stade est donc pour nous de savoir comment nous disposer pour en être, à la fois dans le mouvement pratique qui risque de se dégager, dans le mouvement programmatique permettant de contribuer à la colonne vertébrale de toute reconstruction.

J’ai quelques idées sur des initiatives que nous pourrions prendre dans les semaines qui viennent. A voir…

Bien à vous

 


18 mars la manifestation de France Insoumise dans une forêt de drapeau bleu, blanc, rouge et au chant de la marseillaise: le néopopulisme ce n'est plus le mouvement ouvrier...

Mettre au centre de l’élaboration programmatique, la démocratie, par Robert Duguet.



Jacques Cotta s’inquiète du fait que dans la situation actuelle nous n’arrivions pas à aller au-delà de la caractérisation d’une période historique. L’expérience durant grosso modo les vingt dernières années que nous avons vécu comme militants nous indique que chaque fois qu’un mouvement politique s’est dégagé à gauche des appareils du vieux mouvement ouvrier, il s’est le plus souvent enlisé ou les appareils petits ou grands ont repris la main pour l’enterrer. C’est une donnée objective de la situation contre laquelle jusqu'à maintenant il a été difficile d’agir. Pour agir, il faut un minimum d’éléments programmatiques, il faut savoir où l’on veut aller, donc il faut un parti. Est-on entrés dans la situation où nous pouvons collectivement élaborer pour agir ? Jacques pose la question, c’est aussi mon souci. Toutefois il est difficile de le faire sans caractériser les événements en cours. Je reviens sur un certain nombre d’éléments présents dans sa lettre.

D’abord la question centrale de la démocratie. Pas le joyeux bordel, mais la démocratie. Le mouvement Ensemble, qui est en fait orphelin du Front de Gauche, est devenu une foire d’empoigne où coexistent au moins trois courants sur la question de savoir s’il faut soutenir la candidature Mélenchon.

Jacques pose des questions relatives au processus de décomposition du parti d’Epinay, parti de François Mitterand. C’est important, d’autant que pour le moins cette crise s’accélère aujourd’hui. Qu’en restera t’il après la présidentielle ? Est-ce l’hallali ? Revenons sur le passé récent.

Marc Dolez a fait un petit tour de piste au moment de la lutte pour le non au referendum de 2005 sur l’Union Européenne. Puis, iI a abandonné bien vite de construire un courant « Forces Militantes », qui commençait à regrouper des cadres politiques sur une ligne de résistance à l’Union Européenne, lesquels portaient une exigence de fonctionnement démocratique du courant. Ceux qui posaient à l’intérieur de « Forces Militantes », dont moi à l’époque en tant que membre de la délégation nationale, seront vite mis sur la touche. Dolez n’était pas un chef, le chapeau était trop large pour lui mais il connaissait toutes les roueries bureaucratiques, léguées par sa propre histoire au sein du parti de Mitterand, et par ailleurs aussi l’influence de la franc-maçonnerie dans sa circonscription du nord. Lorsque le PG a été proclamé, Dolez s’est d’emblée couché devant Mélenchon, en acceptant de dissoudre son propre courant politique dans le PG. Pas de tendances, ni de fractions dans le PG, puisqu'une seule fraction, celle de Mélenchon, avait le droit d'exister. De ce fait les contradictions au sein du PG allaient très vite s’exprimer et se régler par les exclusions et les excommunications majeures. sur la démocratie, Dolez capitulera sans combat devant Mélenchon et se réfugiera dans sa circonscription. Une fois encore, la démocratie!

Les militants qui n’ont pas accepté d’agir et de penser dans les limites fixées par les règles de l’électoralisme, des institutions de la Vème république, n’ont eu aucune chance de gagner une place qui leur permette d’influer sur les « franges » sociales sur lesquelles nous voulons agir. Nous avons été déménagés, ou virés, ou isolés par les petits appareils censés représenter la nouvelle gauche. Et l’extrême gauche française, dans la diversité de ses tributs gauloises ne vaut pas mieux. Dont notre situation aujourd’hui, qu’il faut analyser comme un état en rapport avec la situation objective. Tant que la classe ouvrière recule, et qu’elle ne trouve plus de réponse dans les représentations du vieux mouvement ouvrier, ce dernier étant par ailleurs en complète décomposition, elle hésite à reprendre l’offensive ; est-ce que la lutte contre la loi El Khomri ouvre une situation de type nouveau, marquée par une volonté de résistance de la classe ouvrière. Pour l’instant, l’effet politiquement différé de cette avancée de la lutte des classes s’exprime chez Mélenchon dans la campagne présidentielle.

Examinons la composition de la marche de France Insoumise du 18 mars 2017 : 50% sont des personnes ou des militants de notre génération et 50% sont des jeunes gens qui viennent à la politique contre cette société. Entre les deux une génération, celle des 30-50 ans,  a été cassée par le mitterandisme. A l’heure qu’il est l’émergence de la jeunesse est un élément très important. Je pense que les militants de notre génération peuvent encore être des passeurs. « La Sociale » a mis l’accent sur la recomposition d’une pensée de l’émancipation sociale et sur ce point vous avez raison : toutes les tentatives ces vingt dernières années de faire exister des regroupements en dehors des appareils officiels du mouvement ouvrier n’ont pas abouti, ou sont retombées dans les ornières des petits appareils de l’extrême gauche. Une reconstruction programmatique ce ne sont pas trois intellectuels qui élaborent dans un coin le futur programme de transition sur lequel devront s’aligner les masses, mais une élaboration démocratique dont les hommes sont la chair et le sang. Les idées n’ont un sens que si elles sont saisies par des forces sociales. Nous appartenons à une génération, venue à la politique par la grève générale de 1968 et qui a rejoint la IVème Internationale, pour un certain nombre le courant lambertiste. Les déconvenues que nous avons connu ont conduit des militants, par ailleurs chevronnés, à rejeter la forme parti. Mais comment faire autrement pour associer des hommes et des femmes, dans une perspective commune, le socialisme, que par la forme parti ? Trotsky disait : « le parti c’est la compréhension commune des événements et des tâches ». Encore une fois la démocratie!

Sur Mélenchon, il faut être plus précis dans la caractérisation de ce qu’il est devenu aujourd’hui. Tant que nous étions dans la logique du Front de Gauche, c’est-à-dire d’un accord électoral entre plusieurs forces politiques issues du mouvement ouvrier, et en rupture avec la politique du PS, le combat dans ce regroupement restait possible. Il faut noter à ce sujet que le rassemblement de forces politiques, même limité par le cadre étroit de l’électoralisme, a fait litière au passage de la construction d’un parti du type de ce que fut conjoncturellement le NPA : c’est pas moins de trois composantes du NPA qui rejoindront le Front de Gauche. L’expression qu’on pouvait y avoir restait cadrée par des délimitations très précises, imposées par un accord entre le PCF et le PG : ainsi la principale revendication avancée par les nombreux militants qui participeront aux estivales du Front de Gauche à l’été 2012 était la construction de collectifs locaux sans obligation d’être membre d’une organisation politique ; les militants voulaient se saisir du cadre du Front de Gauche tout en voulant en faire un cadre permanent d’élaboration démocratique et d’action politique. Ils allaient au-delà des limitations imposées par l’électoralisme. Le PCF s’y est opposé formellement et le PG s’est débrouillé pour que la responsabilité de ce refus de répondre à cette aspiration démocratique repose sur le seul PCF. A partir de là, la décomposition du Front a commencé par là où il pêchait, à savoir l’électoralisme. Le PCF, en retournant s’allier avec le PS dans les élections locales, rendait la politique du Front totalement illisible pour nos concitoyens.

Durant l’été 2014 Mélenchon répond à la situation créée par l’implosion du Front de Gauche à travers un ouvrage intitulé « l’ère du peuple ». On passe d’une position politique qui restait sur le terrain du mouvement ouvrier, avec les limitations que les appareils constituant imposaient aux militants, à autre chose. Il y a d’un côté « la caste » ou « l’oligarchie » qui colonise l’Etat et de l’autre le peuple. Et à partir de là tout se décline. Ce n’est plus la lutte des classes qui est le moteur de l’histoire, et à travers cette lutte la seule classe en capacité de reconstruire la société sur d’autres bases que celles du capitalisme, la classe ouvrière. Donc la seule en fait en capacité de rassembler le peuple et de nous redonner un destin commun : de manière abstraite le peuple cela ne veut rien dire. Mélenchon passe en fait sur une position que ne renierait pas le général De Gaulle : pour l’un il y a « l’oligarchie », pour l’autre « le régime des partis ». Le candidat président est celui qui rencontre le peuple par-dessus « l’oligarchie » ou « le régime des partis ». La pensée politique de Mélenchon s’est entièrement coulée dans le modèle de la 5ème République bonapartiste et du gaullisme. On me rétorquera, mais il rassemble de nombreux salariés et une fraction de la jeunesse. Certes mais sur quelles bases et pour faire quoi ? Il occupe une place laissée vacante par les révolutionnaires et la crise de la IVème Internationale. La ligne politique sur laquelle Mélenchon dirige sa campagne est celle du néo-populisme, ce faisant il prend modèle sur ce qu’il se passe dans plusieurs pays, où l’on observe ces processus. Toutefois à la différence de ce qui peut se passer avec Podemos en Espagne, c’est que ce mouvement s’est construit relativement démocratiquement, même s’il connait aujourd’hui une vraie crise interne du fait des limites que veut y mettre sa direction. « France Insoumise » ne connaîtra jamais une vie démocratique et ce sont une poignée d’hommes et de femmes à la dévotion du chef qui le font fonctionner. Il faut dire les choses sans fard, le néo-populisme ce n’est plus le mouvement ouvrier. On est plus chez nous. En fonction de cette place laissée libre par une génération révolutionnaire, la nôtre, dont les élites pour moi ont entièrement fait faillite, Mélenchon rassemble. Au-delà de la présidentielle ? Les choses sérieuses commenceront après : la candidature Mélenchon fait apparaitre qu’une fraction de la jeunesse cherche une issue politique. Et là nous avons une carte à jouer.

Sur un autre registre, j’ai participé dans la matinée du 18 mars, à la manifestation tenue par le POID au mur des fédérés. Fêter la commune de Paris, tout de même, je préfère le faire avec des gens qui se réclament de la République Sociale et de Trotsky. Le rassemblement était convoqué sur une ligne de rupture avec l’Union Européenne et la Vème république. J’ai observé que la part de jeunes militants et de vieux de ma génération était exactement le même que dans la manifestation convoquée par « France Insoumise ». C’est intéressant. La rupture entre le courant qui constitue aujourd’hui  le POID et le courant lambertiste officiel (le POI) porte sur quoi ? En fait sur le lien qui existe aujourd’hui entre les confédérations ouvrières, particulièrement Force Ouvrière, et le gouvernement au service des intérêts capitalistes et de l’union européenne. Aujourd’hui nous devons prendre en compte que le POID est un courant qui construit. Reste à appréhender comment ils entendent traiter la question de la démocratie face à des aspirations qui commencent à s’exprimer. Jacques fait état d’une discussion avec eux sur la question d’un appel sur la question de l’Union Européenne et de la Vème république. Décevant, certes. Mais il faudra bien, que eux aussi, ils tirent le bilan du lambertisme. Toutes les formes politiques qui ont existé ces vingt dernières années à gauche des appareils se sont décomposées à partir du moment où ils tournaient le dos à l’aspiration des militants à contrôler leur activité. Le POID n’échappera pas à cette règle. C’est donc un enjeu pour nous et aussi pour eux. Encore la démocratie!

Jacques écrit en conclusion à propos de Mélenchon:

« Mais demain, quel que soit le résultat, dans l’éventualité d’une explosion du PS et donc d’une recomposition dans les faits, il devra bien lui aussi se plier aux nécessités de rassemblement. Son programme fourre-tout, qui se mêle de tout sauf de l’essentiel, (la lutte implacable contre le capitalisme, les rapports sociaux, et donc les mesures immédiates à prendre pour le travail au détriment du capital) ne fera pas l’affaire. »

« …Il devra se plier aux nécessités de rassemblement… » Plus Mélenchon se rapproche du pouvoir et plus il évolue sur la droite, et c’est chez lui un cours constant. Les qualités du tribun et le savoir-faire au niveau de l’organisation ne peut faire oublier le contenu de la politique défendue.  La période qui suivra la présidentielle risque plutôt de voir la décomposition du mélenchonisme.  

Reste ouverte la question posée par Jacques dans son propos, et maintenant que faire ? Personne n’y répond pour l’instant. Un capital apparait, une nouvelle émergence de la jeunesse exploitée, et il est inexploité dans le bon sens. Le mieux serait quand même que ceux qui partagent un certain nombre de point de vue sortent de leur retraite pour se voir et travailler ensemble. Non ?

 


Présidentielle, notes rapides sur Facebook, par Denis Collin


Le programme de Hamon est, nous dit-on, très proche de celui de Mélenchon. Si c'est vrai, alors je ne voterai pas non plus pour Mélenchon. Le programme de Hamon est beau comme du Hollande version le Bourget 2012. Et le fond de l'affaire est "attachement indéfectible à l'Union européenne et à l'euro". Hamon au pouvoir va "négocier" avec les autres pays de l'UE. Hollande nous a déjà fait le coup. Bon, d'accord Mélenchon ce n'est pas cela. Il veut renégocier tous les traités et nous promet un plan B le cas échéant un plan B. Mélenchon ce n'est pas Hollande mais plutôt Tsipras...
De Hamon à Macron, il n'y a pas loin: l'européisme forcené, le goût du communautarisme et de la mondialisation heureuse les rapproche (même si Hamon critique Macron aujourd'hui, élections obligent). Mais l'expérience Tsipras nous apprend que ceux qui veulent réformer l'UE finissent souvent par capituler en rase campagne devant les oukases de la Commission. Et je n'ai pas trop confiance en celui qui disait en 2012 que c'est du pétainisme de vouloir sortir de l'euro (#JLM2012).

Circonstances aggravantes pour Hamon: c'est un partisan fanatique de la réforme du collège et du modernisme version Vallaud-Belkacem. Rien que pour ça, jamais Hamon! Les discours sur l'unité et le baratin sur les masses qui ont choisi Hamon pour faire dégager Valls, non merci! Au moins Mélenchon promet d'abroger la réforme du collège et il y a quelques bonnes dans son programme (encore que je me méfie des détails où le diable vient toujours se cacher).
Bref, au final, je voterai peut-être pour Mélenchon, s'il faut vraiment voter. Mais cette élection n'offre en vérité aucune perspective sérieuse, aucune issue. Nous sommes au bout d'un processus et également au bout des impasses dans lesquelles nous a enfermés une certaine conception de la lutte politique qui devait passer par les canaux traditionnels, par les partis "de gauche", etc. Tout doit être remis à plat. Et quand une maison est vraiment trop en ruines, il vaut mieux passer le bulldozer et reconstruire du neuf. En s'armant de courage.

 


Mort d’Henri Emmanuelli, Jean-Patrick Clech

Source : http://www.anti-k.org/2017/03/23/mort-dhenri-emmanuelli/emmanuellimelenchon2/
http://www.revolutionpermanente.fr/

23 mars 2017 


Un oubli très important dans cette note biographique par Robert Duguet:

il joue un rôle central dans le mouvement d’opposition à la ligne de la direction du PS qui était pour le oui au referendum de 2005. Il dirige, avec Mélenchon, dans le cadre du courant « Nouveau Monde », le mouvement pour le non socialiste au nouveau traité européen : à la fin de l’été 2005 un rassemblement politique important a eu lieu à Périgueux auquel des centaines de militants socialistes se sont rendus. A l’issue de la magnifique campagne qui avait vu la victoire du non et des regroupements politiques qui s’opéraient à la gauche du PS, Emmanuelli s’est précipité dans le soutien à la pitoyable campagne électorale de Ségolène Royal tandis que Mélenchon partait chez Fabius. En 2005 sur la base de la campagne pour le non socialiste, tout était possible pour construire un parti rompant avec Solferino sur une base de masse. C’est la dernière fois en fait qu’une réaction politique de cette ampleur  existera dans le mouvement socialiste et dans son électorat : c’est là qu’il fallait faire la rupture, il y avait un autoroute. Ils portent la responsabilité l’un et l’autre d’avoir contribué à neutraliser l’alternative possible. Ajoutons qu’à Périgueux, Dolez, qui avait à sa disposition le courant « Forces Militantes » s’est couché : c’est une seconde nature chez lui.


La critique politique, concernant un homme politique va de soi, nous ne masquerons jamais nos divergences par des propos convenus ou de circonstances, elle s’arrête et s’efface devant la personne et nos mises au point ne nous empêchent pas de compatir à la peine de ses amis et de sa famille.

C’est avec beaucoup de trémolos que les « camarades » du PS ont tenu à saluer la mémoire d’Emmanuelli, décédé le 21 mars. Un homme de gauche, paraît-il. Ça dépend du point de vue.

Chez Edmond

Avant d’être socialiste, Emmanuelli était banquier. Pas au guichet. Au sommet. Le fait de pren- dre sa carte, dans le sillage du Congrès d’Epinay, ne l’a pas empêché, d’ailleurs, de continuer à exercer pour Edmond de Rothschild au service de qui il rentre en 1969. Jusqu’en 1977 il sera successivement attaché de direction à la Banque de l’Union parisienne puis directeur adjoint à la Compagnie Française de Crédit et de Banque. Pour un « adversaire du capital financiarisé », ça se pose là.

Jeune loup

A l’époque, après 1971, la stratégie miterrandienne consiste à recruter de jeunes cadres pro- metteurs issus des meilleures écoles de la bourgeoisie pour secouer le vieil appareil moribond de la SFIO qui ne fait plus peur à personne, et, surtout, aller arracher à la droite des circonscriptions. Il s’agit de la première étape de son grignotage progressif de la cartographie légis-lative qui culminera avec l’entrée de 285 députés socialistes au Palais Bourbon en juin 1981.

Mitterrand a très rapidement repéré Emmanuelli, dynamique et brillant. Il lui demande de retourner dans son Sud-Ouest natal pour reprendre au vieux chrétien-démocrates Jean- Marie Commenay la troisième circonscription des Landes. Pour cela, Mitterrand lui recommande de faire populo, de rappeler ses origines ouvrières et son père cégétiste pour mieux mettre hors-jeu les encombrants alliés du PCF de l’époque, et de faire bon usage de son franc-parler. Sa voix rocailleuse et sa gouaille font le reste. Il gagne les élections en 1978 alors qu’il n’a pas encore 33 ans. De là au premier gouvernement Mauroy, il n’y a qu’un pas.

Rigueur et austérité

Mitterrandien par fidélité autant que par conviction, Emmanuelli va rester au gouvernement jusqu’à ce que Chirac occupe Matignon lors de la première cohabitation, en 1986. Jusqu’à cette date, Emmanuelli aura été sous-ministre, d’abord des DOM-TOM puis secrétaire d’Etat chargé du Budget et de la Consommation, y compris après le tournant de la rigueur de 1983. A l’époque, les socialistes demandent aux travailleurs et aux classes populaires de se serrer la ceinture et, surtout, de ne pas moufter pendant la liquidation de pans entiers de l’industrie dans le Nord et dans l’Est. Emmanuelli souscrit des deux mains. Pour un « homme de gauche », ça se pose là.

Embuscades de Congrès

Emmanuelli continue, par la suite, d’évoluer au sein du PS, à coups de manœuvres et de volte- faces. Tour-à-tour opposé puis complice des fabiusiens, il s’allie à eux pour essayer de liquider Jospin, sans y réussir. Ce n’est qu’au cours de la seconde moitié des années 1990, après qu’on lui a donné le perchoir du Palais Bourbon, qu’il perd en 1993, qu’il se forge cette réputation de chef-de-file de la « gauche du PS » et de gardien du temple du mitterrandisme, caractéristique qu’il partage avec Jean-Luc Mélenchon, un autre allié de circonstance qui a salué sa mémoire. Le tournant social-libéral est déjà entamé par Jospin et Martine Aubry et il ne reste plus grand-chose à Emmanuelli pour se distinguer de ses adversaires.

Faux-amis

Hamon, qui a écrasé une larme en apprenant la nouvelle de son décès alors qu’il était en déplacement à Bruxelles, l’a qualifié de « grand frère ». Lorsqu’il était attaché d’Aubry, sous le premier gouvernement Jospin, en 1997, et plus encore lorsqu’il était à la tête du MJS, au début des années 1990 et qu’il réclamait, avec Régis Juanico, un « droit d’inventaire » du mitterrandisme (une façon, à l’époque, pour prendre un chemin de traverse, sur la droite), Hamon était loin d’être le « petit frère » d’Emannuelli. Ils étaient plutôt frères ennemis. Mais, au PS, surtout en phase de pré-Congrès (Grenoble en 2000, Le Mans en 2005, etc.), les passions sont changeantes.

Trafics d’influence

Epinglé, comme Juppé au RPR, dans le cadre des enquêtes sur le financement illégal du PS, Emmanuelli est condamné, en 1997 : deux ans de privation des droits civiques et à dix-huit mois de prison avec sursis. Ses petits camarades le font remplacer dans son fief électoral landais pour lui tenir la place au chaud. Pour quelqu’un ayant la carrure d’un « homme d’Etat », pour reprendre les termes d’Aubry dans son hommage, ça se pose là.

Rabiboché avec Hamon, qui, face au virage social-libéral assumé par le PS, ne pouvait pas exister s’il ne se positionnait pas, à son tour, « à gauche », Emmanuelli restait néanmoins un fervent partisan de Hollande qu’il avait supplié de se présenter à sa propre réélection en 2017. Sans doute avait-il à l’esprit, par fidélité encore une fois, les deux septennats de Mitterrand : catastrophiques pour le monde du travail et les classes populaires mais plutôt « globalement positifs » pour le CNPF, le Medef de l’époque qui était, déjà, présidé par un Gattaz.

Ses rejetons


Si l’on se penche sur les héritiers du personnage, la boucle est bouclée. Parmi les plus fidèles lieutenants d’Emmanuelli, il y avait Richard Ferrand, longtemps conseiller général et actuelle- ment député du Finistère. Ses camarades socialistes locaux le rappellent comme quelqu’un toujours prêt à faire la leçon à ceux qu’il ne considérait comme pas assez « à gauche ».

Ironie de l’histoire, Ferrand a été le premier socialiste à passer, avec armes et bagages, à En marche !, dont il aujourd’hui est le secrétaire général. En réalité, il n’a fait que fausser compagnie à un ancien de chez Rothschild pour aller dans les bras d’Emmanuel Macron. C’est aussi à ce que l’on laisse derrière soi qu’il est possible de juger ce que l’on a été.


 

À la mémoire de la Commune de Paris, par Vladimir Lénine

Samedi 15 Avril 1911

Source: https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1911/04/vil19110414.htm



Commentaires: En ces temps d’extrême confusion politique, savamment entretenue par ceux qui prétendent s’opposer au système bonapartiste de la Vème république, qui organisent des marches en prenant la date anniversaire du 18 mars et qui imposent à leurs militants le drapeau bleu-blanc-rouge et le chant de « la Marseillaise », symboles de la répression versaillaise contre le premier gouvernement ouvrier de l’histoire, il n’est pas inutile de relire ce qu’écrivait Lénine en 1911 sur la Commune de Paris. (RD)

V.L. Quarante ans se sont écoulés depuis la proclamation de la Commune de Paris. Selon la coutume, le prolétariat français a honoré par des meetings et des manifestations la mémoire des militants de la révolution du 18 mars 1871. A la fin du mois de mai, il ira de nouveau déposer des couronnes sur la tombe des communards fusillés, victimes de l’horrible semaine sanglante du mois de mai 1871 et jurer une fois de plus de combattre sans relâche jusqu’au triomphe complet de leurs idées, jusqu’à la victoire totale de la cause qu’ils lui ont léguée.
 
Pourquoi le prolétariat, non seulement français, mais du monde entier, honore-t-il dans les hommes de la Commune de Paris ses précurseurs ? Et quel est l’héritage de la Commune de Paris ?
 
La Commune de Paris naquit spontanément. Personne ne l’avait consciemment et méthodiquement préparée. Une guerre malheureuse avec l’Allemagne, les souffrances du siège, le chômage du prolétariat, la ruine de la petite bourgeoisie, l’indignation des masses contre les classes supérieures et les autorités qui avaient fait preuve d’une incapacité totale, une fermentation confuse au sein de la classe ouvrière qui était mécontente de sa situation et aspirait à une autre organisation sociale, la composition réactionnaire de l'assemblée nationale qui faisait craindre pour la république, tous ces facteurs, et beaucoup d’autres, poussèrent la population de Paris à la révolution du 18 mars 1871 qui remit inopinément le pouvoir entre les mains de la garde nationale, de la classe ouvrière et de la petite bourgeoisie qui s’était rangée de son côté.
 
Ce fut un événement sans précédent dans l’histoire. Jusqu’alors, le pouvoir se trouvait ordinairement entre les mains des grands propriétaires fonciers et des capitalistes, c’est-à-dire d’hommes de confiance à eux, constituant ce qu’on appelle le gouvernement. Mais après la révolution du 18 mars 1871, lorsque le gouvernement d'Adolphe Thiers s’enfuit de Paris avec ses troupes, sa police et ses fonctionnaires, le peuple devint le maître de la situation et le pouvoir passa au prolétariat. Mais dans la société actuelle, le prolétariat, économiquement asservi par le capital, ne peut dominer politiquement s’il ne brise les chaînes qui le rivent au capital. Et voilà pourquoi le mouvement de la Commune de Paris devait inévitablement revêtir une couleur socialiste, c’est-à-dire chercher à renverser la domination de la bourgeoisie et du capital et à détruire les assises mêmes du régime social actuel.
 
Au début, ce mouvement fut extrêmement mêlé et confus. Y adhéraient des patriotes qui espéraient que la Commune de Paris reprendrait la guerre contre les allemands et la mènerait à bonne fin.
 
Il était soutenu par les petits commerçants menacés de ruine si le paiement des traites et des loyers n’était pas suspendu, ce que le gouvernement leur avait refusé, mais que la Commune de Paris leur accorda. Enfin, au début, il bénéficia même en partie de la sympathie des républicains bourgeois qui craignaient que l'assemblée nationale réactionnaire, les ruraux et les hobereaux sauvages, ne restaurât la monarchie. Mais dans ce mouvement, le rôle principal fut naturellement joué par les ouvriers, surtout par les artisans parisiens, parmi lesquels une active propagande socialiste avait été menée durant les dernières années du second empire et dont beaucoup appartenaient même à la première internationale.
 
Les ouvriers seuls restèrent fidèles jusqu’au bout à la Commune de Paris. Les républicains bourgeois et les petits bourgeois s’en détachèrent bientôt, les uns effrayés par le caractère prolétarien, socialiste et révolutionnaire du mouvement et les autres lorsqu’ils le virent condamné à une défaite certaine. Seuls les prolétaires français soutinrent sans crainte et sans lassitude leur gouvernement. Seuls ils combattirent et moururent pour lui, c’est-à-dire pour l’émancipation de la classe ouvrière et pour un meilleur avenir de tous les travailleurs.
 
Abandonnée par ses alliés de la veille et dépourvue de tout appui, la Commune de Paris devait inéluctablement essuyer une défaite. Toute la bourgeoisie de la France, tous les grands propriétaires fonciers, toute la bourse, tous les fabricants, tous les voleurs grands et petits et tous les exploiteurs se liguèrent contre elle. Cette coalition bourgeoise soutenue par Otto von Bismarck, qui libéra cent mille prisonniers français pour réduire Paris, réussit à dresser les paysans ignorants et la petite bourgeoisie provinciale contre le prolétariat parisien et à enfermer la moitié de Paris dans un cercle de fer, l’autre moitié étant investie par l’armée allemande.
 
Dans certaines grandes villes de France, Marseille, Lyon, Saint-Etienne, Dijon et ailleurs, les ouvriers tentèrent également de s’emparer du pouvoir, de proclamer la Commune et d’aller secourir Paris, mais ces tentatives échouèrent rapidement. Et Paris, qui leva le premier le drapeau de l’insurrection prolétarienne, se trouva réduit à ses seules forces et voué à une perte certaine.
 
Pour qu’une révolution sociale puisse triompher, deux conditions au moins sont nécessaires, des forces productives hautement développées et un prolétariat bien préparé. Mais en 1871 ces deux conditions faisaient défaut. Le capitalisme français était encore peu développé et la France était surtout un pays de petite bourgeoisie, artisans, paysans et boutiquiers. Par ailleurs, il n’existait pas de parti ouvrier. La classe ouvrière n’avait ni préparation ni long entraînement et dans sa masse et elle n’avait même pas une idée très claire de ses tâches et des moyens de les réaliser. Il n’y avait ni sérieuse organisation politique du prolétariat, ni syndicats ou associations coopératives de masse.
 
Mais ce qui manqua surtout à la Commune de Paris, c’est le temps et la possibilité de s’orienter et d’aborder la réalisation de son programme. Elle n’avait pas encore eu le temps de se mettre à l’œuvre que le gouvernement de Versailles, soutenu par toute la bourgeoisie, engageait les hostilités contre Paris. La Commune de Paris dut, avant tout, songer à se défendre. Et jusqu’à la fin, survenue entre le 21 mai et le 28 mai 1871, elle n’eut pas le temps de penser sérieusement à autre chose.
 
Au demeurant, malgré des conditions aussi défavorables, malgré la brièveté de son existence, la Commune de Paris réussit à prendre quelques mesures qui caractérisent suffisamment son véritable sens et ses buts. La Commune remplaça l’armée permanente, instrument aveugle des classes dominantes, par l’armement général du peuple. Elle proclama la séparation de l'église et de l'état. Elle supprima le budget des cultes, c’est-à-dire l’entretien des curés par l'état. Elle donna à l’instruction publique un caractère tout à fait laïc et par là même porta un coup sérieux aux gendarmes en soutane. Dans le domaine purement social, elle n’eut pas le temps de faire beaucoup de choses, mais le peu qu’elle fit montre avec suffisamment de clarté son caractère de gouvernement ouvrier et populaire. Le travail de nuit dans les boulangeries fut interdit. Le système des amendes, ce vol légalisé des ouvriers, fut aboli. Enfin, la Commune de Paris rendit le fameux décret en vertu duquel toutes les fabriques, usines et ateliers abandonnés ou immobilisés par leurs propriétaires étaient remis aux associations ouvrières qui reprendraient la production. Et comme pour souligner son caractère de gouvernement authentiquement démocratique et prolétarien, la Commune de Paris décida que le traitement de tous les fonctionnaires de l’administration et du gouvernement ne devait pas dépasser le salaire normal d’un ouvrier et en aucun cas s’élever au-dessus de six mille francs par an.
 
Toutes ces mesures montraient assez clairement que la Commune de Paris s’avérait un danger mortel pour le vieux monde fondé sur l’asservissement et l’exploitation. Aussi la société bourgeoise ne put-elle dormir tranquille tant que le drapeau rouge du prolétariat flotta sur l’Hôtel de Ville de Paris. Et lorsque, enfin, les forces gouvernementales organisées réussirent à l’emporter sur les forces mal organisées de la révolution, les généraux bonapartistes, battus par les allemands et courageux contre leurs compatriotes vaincus, firent un carnage comme jamais Paris n’en avait vu.
 
Près de trente mille parisiens furent massacrés par la soldatesque déchaînée, près de quarante-cinq mille furent arrêtés dont beaucoup devaient être exécutés par la suite et des milliers furent envoyés au bagne ou déportés. Au total, Paris perdit environ cent mille de ses fils et parmi eux les meilleurs ouvriers de toutes les professions.
 
La bourgeoisie était contente. « Maintenant, c’en est fait du socialisme, et pour longtemps », disait son chef, le nabot sanguinaire Adolphe Thiers, après le bain de sang qu’avec ses généraux il venait d’offrir au prolétariat parisien. Mais ces corbeaux bourgeois croassaient à tort. À peine six ans après l’écrasement de la Commune de Paris, alors que nombre de ses combattants croupissaient encore au bagne ou languissaient en exil, le mouvement ouvrier renaissait déjà en France. La nouvelle génération socialiste, enrichie par l’expérience de ses aînés et nullement découragée par leur défaite, releva le drapeau tombé des mains des combattants de la Commune de Paris et le porta en avant avec assurance et intrépidité aux cris de « vive la révolution sociale, vive la Commune de Paris ». Et quelques années plus tard, le nouveau parti ouvrier et l’agitation qu’il avait déclenchée dans le pays obligeaient les classes dominantes à remettre en liberté les communards restés aux mains du gouvernement.
 
Le souvenir des combattants de la Commune de Paris n’est pas seulement vénéré par les ouvriers français, il l’est par le prolétariat du monde entier. Car la Commune de Paris lutta non point pour quelque objectif local ou étroitement national, mais pour l’affranchissement de toute l’humanité laborieuse, de tous les humiliés et de tous les offensés. Combattante d’avant-garde de la révolution sociale, la Commune de Paris s’acquit des sympathies partout où le prolétariat souffre et lutte. Le tableau de sa vie et de sa mort, l’image du gouvernement ouvrier qui prit et garda pendant plus de deux mois la capitale du monde et le spectacle de la lutte héroïque du prolétariat et de ses souffrances après la défaite, tout cela a enflammé l’esprit de millions d’ouvriers, fait renaître leurs espoirs et gagné leur sympathie au socialisme. Le grondement des canons de Paris a tiré de leur profond sommeil les couches les plus arriérées du prolétariat et donné partout une impulsion nouvelle à la propagande révolutionnaire socialiste. C’est pourquoi l’œuvre de la Commune de Paris n’est pas morte. Elle vit jusqu’à présent en chacun de nous.
 
La cause de la Commune de Paris est celle de la révolution sociale, celle de l’émancipation politique et économique totale des travailleurs et celle du prolétariat mondial. Et en ce sens, elle est immortelle.

 


Quelques réflexions après la marche de « France Insoumise » du 18 mars 2017, par Robert Duguet



Au lendemain de l’importante marche réalisée par France Insoumise à l’appel de son candidat à l’élection présidentielle Jean Luc Mélenchon, entre 70 000 et 130 000 participants peu importe, chacun s’accorde dans la sphère médiatique officielle de reconnaître que le pari est gagné. Indépendamment d’ailleurs de ce que j’ai pu écrire sur la candidature bonapartiste de Mélenchon – je ne reprends aucune de mes caractérisations – il faut analyser les réalités objectives : la réussite de la manifestation du 18 mars marque un tournant important de la campagne présidentielle.

Dans quel champ politique nous trouvons-nous ? A droite dans les cercles dominants du capital financier, il y a conflit entre ceux qui continuent à défendre la candidature Fillon et ceux qui veulent pousser Macron. Il y a un vrai danger pour le néo-libéralisme d’élire Macron, car cela signifie concrètement la destruction du parti qui assume de fait la continuité de la survie de la Vème République, les Républicains. L’éclatement de ce parti pivot des institutions verrait alors une fraction conséquente de l’électorat partir dans l’option ethnique de l’extrême droite. Pousser Fillon représente un vrai problème après l’éclatement des affaires de corruption. La Vème République n’a jamais été frappée, minée par une telle contradiction : en haut, dirait Lénine, on ne peut plus gouverner comme avant… c’est la première condition préfaçant l’émergence d’événements de nature révolutionnaire. L’opération Macron vise, par le moyen d’un second tour Macron/Le Pen, à réorganiser les bases politiques du régime en formant un nouveau « parti du président ». Opération pour le moins risquée qui peut aboutir à l’élection de l’extrême droite tout en libérant les forces sociales qui n’accepteront pas les conséquences de la politique de Macron sur les salaires, les services publics, le statut de la fonction publique, les retraites, les patrimoines des couches moyennes… tout le train de mesures réactionnaires qui pointent dans sa campagne. En bas, dirait encore Lénine, on ne veut plus, c’est la seconde condition préfaçant d’émergence d’une situation de nature révolutionnaire. Je m’excuse, en tant que militant n’ayant jamais cru à la possibilité de changer la société par les moyens dits démocratiques et institutionnels, de citer Lénine. Mais nous y sommes…

C’est dans cette situation précise qu’intervient la candidature Mélenchon. Incontestablement, et ce dans la foulée de ce qu’exprimait cette candidature en 2012, se regroupent aujourd’hui derrière lui  les forces sociales qui veulent en finir avec la politique néo-libérale de la droite classique, de Macron et du quinquennat de Hollande. Ce qui s’est manifesté dans le combat contre la loi El Khomri trouve son expression politiquement déformée dans le mouvement de la France Insoumise. La différence de taille entre Hamon et Mélenchon, c’est que le second n’a existé que par un mouvement créé par une rupture avec le PS, devenu aux yeux de ses fondateurs un parti cédant aux exigences du néo-libéralisme. Personnellement je n’ai pas partagé le point de vue de diverses composantes de l’extrême gauche française qui menait campagne pour l’unité Hamon-Mélenchon, et dernièrement pour que ce dernier se retire devant la candidature d’Hamon. Je dirais que sur ce point les « faits sont têtus », dirait un barbichu célèbre, la réussite de la manifestation du 18 mars rend totalement caduque la ligne politique de ceux qui menaient campagne pour l’unité Hamon-Mélenchon. C’est bien derrière Mélenchon que se regroupent ceux et celles qui veulent la rupture avec le système : imaginons un seul instant des militants qui se sont battu contre El Khomri ou contre Najat Vallaud-Belkacem se regrouper derrière Hamon ?. Et je ne retire rien que ce que j’ai écrit sur la caractérisation de la politique de Mélenchon. La signification de la consigne qui avait été donnée de limiter au maximum (impossible de les proscrire complètement) tout drapeau de partis politiques ou d’organisation du mouvement ouvrier, au profit d’une forêt de drapeaux tricolores, ainsi que de la lettre « phi », qui, comme l’a expliqué le candidat à la fin de son discours, signifie non « révolution », mais « harmonie » est aveuglante de signification. Et le chant de la Marseillaise à l’issue de la marche ! Un mouvement se met en marche qui pense avoir trouvé un drapeau, celui de la France Insoumise. Mais Mélenchon est assis sur une poudrière : sa clientèle après les mouvements sociaux de l’année ce sont les salariés et la jeunesse qui cherchent une issue politique. Il vient de déclarer que s’il est au second tour, gouverner avec « des socialistes », en modifiant pour ce faire le programme de la « France insoumise », serait tout à fait envisageable… Le mouvement « France Insoumise » s’est construit comme un petit appareil ultrabureaucratique, regroupant d’ailleurs très peu d’hommes et de femmes, du reste sur la liquidation du Parti de Gauche, pour rester indépendant du mouvement social qui le soutient. Quant à la perspective de la Constituante chez Mélenchon, si la situation politique n’était pas tragique, cela prêterait vraiment à éclater de rire : voyez-vous, la Constituante, c’est Mélenchon qui décide qui est digne de devenir un constituant… La vérité c’est que la politique de Mélenchon vise la constitution d’une VIème République, un succédané de la IVème république bourgeoise. La vérité c’est que cette politique, face aux affrontements sociaux qui montent dans le pays, est un contre-feu au mouvement de ceux et celles qui cherchent à définir le programme de la République sociale. Dire cela aujourd’hui aux militants qui agissent derrière France Insoumise, c’est sans doute s’exposer à se faire dire des choses désagréables, ce n’est pas grave, la vérité des faits s’imposera.

Un point que j’estime positif dans la situation politique actuelle… Le POID (Parti Ouvrier Indépendant Démocratique), qui a lancé le Mouvement pour la rupture avec l’Union Européenne et la Vème République, a tenu devant le mur des fédérés au Père Lachaise, dans la matinée du 18 mars, un meeting internationaliste, dont il est important de noter l’initiative. 1500 militants y ont participé. Si je ne partage pas le point de vue de la direction du POID, tout comme celui des Filoche, Présumey et autres militants issus du trotskysme, sur la nécessité de l’unité Hamon-Mélenchon, comme point d’appui dans la situation actuelle, tout ce qui relève de la volonté de faire exister un mouvement anticapitaliste dans la tradition de la Commune et de la République sociale, m’interpelle. Mais pour tous ces composantes issues du trotskysme, dieu que la rupture avec le mitterandisme est difficile. Les candidatures de Hamon, tout comme celle de Mélenchon, sur des registres différents ne se situent plus sur le terrain du mouvement ouvrier. La liquidation du Parti Socialiste, comme courant international du mouvement ouvrier social-démocrate, est aujourd’hui achevée : commencée à Epinay en 1971 sous la direction de Mitterand, elle connait aujourd’hui son point d’aboutissement. Dans cette élection le mouvement ouvrier n’est plus représenté, même si par ailleurs des forces sociales sont à l’œuvre derrière Mélenchon et de manière moins évidente derrière Hamon.

« Ni rire, ni pleurer, comprendre », disait Trotsky, reprenant le célèbre aphorisme de Spinoza. Alors peut-on continuer à faire comme-ci Mélenchon représentait une ouverture, pour ne pas s’opposer aux éléments sains qui le soutiennent ? L’heure est à une reconstruction programmatique. La rupture avec l’union européenne et la Vème république passe par une rupture avec le mitterandisme, dont Mélenchon, ce lamberto-mitterandiste, est la queue de comète. 


Démission collective des jeunes socialistes de Seine-Saint-Denis

Source : https://lagauchededemain.tumblr.com/?soc_src=mail&soc_trk=ma


Se libérer des partis pour être les acteurs de la gauche de demain.
 
Nous, jeunes socialistes de Seine-Saint-Denis et signataires de cet appel, avons pris la décision de démissionner collectivement de la fédération départementale de la Seine Saint Denis du Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS) et donc du Parti Socialiste. Cet appel est le point de rupture avec notre organisation mais c’est aussi le point de départ d’un travail libre au cœur d’une gauche cohérente et sincère.
 
Le quinquennat de François Hollande a débuté par une première trahison sur le Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance (TSCG). La gauche représentée au gouvernement n’a alors pas vu, ou voulu voir, que les réformes économiques et sociales à venir se feraient contre elle. Et pourtant trop peu d’élus se sont opposés à ces mesures, pourtant contraires aux valeurs qu’ils portaient, à l’instar de l’Accord National Interprofessionnel (ANI), du Crédit d'Impôt pour la Compétitivité et l'Emploi (CICE) ou du pacte de responsabilité. En votant la confiance aux gouvernements successifs, puis en s’enfermant dans un mutisme abstentionniste, la forte opposition attendue s’est transformée en soutien tacite. Ainsi, les derniers budgets, qui présentaient pourtant une réduction nette des dépenses publiques, ont été approuvés. Ceux que l’on appelait les frondeurs ont mené une fronde timide, en refusant de créer les conditions pour renverser les gouvernements de Jean-Marc Ayrault, de Manuel Valls et plus récemment de Bernard Cazeneuve.
 
Toutes ces contradictions et ces critiques fortes mais sans rupture ont mené à une impasse stratégique et politique de l’aile gauche socialiste. Largement minoritaire au dernier congrès du Parti Socialiste et toujours alliée aux libéraux pour les élections législatives de 2017, c’est presque avec la même majorité parlementaire que seront votées les lois de ce pays en cas de victoire. Quelle peut alors être la crédibilité du projet présidentiel, annoncé comme en rupture avec le quinquennat, si ce sont les mêmes personnes qui sont investies pour voter les lois ?
 
Notre organisation de jeunesse, le MJS, porte sa part de responsabilité dans ces événements. Son autonomie aurait dû nous amener à une véritable rupture, tant la distance entre nos idées et les actions portées par le gouvernement et le groupe parlementaire issus de nos rangs était grande. Malgré quelques signes d’opposition salutaires, le constat reste le même pour les frondeurs. Nous n’avons pas eu un mouvement de combat mais un mouvement complaisant. Des appels internes à la démobilisation subis par nos camarades qui manifestaient contre la loi travail est le meilleur exemple de cette logique d’agrément envers le gouvernement. Nous savons pourtant que, en perdant le combat de la rue, nous perdons ensuite le combat dans les urnes.
 
Frondeurs et jeunes socialistes, ce fut un temps notre cas, nous avons été touchés par la pression des partis qui amène à privilégier les négociations internes, souvent les postes, plutôt qu’au nécessaire sursaut politique, même lorsque les choses vont trop loin. C’est par ce mécanisme que les appareils partisans sont devenus synonymes pour les citoyens d’opacité et d’accords mesquins. Dépassés dans leur forme et incapables de se renouveler, nous faisons le constat d’une fin de cycle des partis actuels de la gauche. 2016 aurait pourtant pu être une belle année de réveil et de clarification politique.
 
Nous avons attendu une rupture avec le groupe socialiste à l'assemblée nationale et donc avec le Parti Socialiste. Une dizaine de frondeurs avaient la possibilité de créer un groupe parlementaire d’union, rouge, rose et vert.
 
Le gouvernement, sans groupe majoritaire, aurait alors dû trouver des compromis pour mener son action ou multiplier le recours au quarante-neuvième article de la constitution, accélérant ainsi sa chute. Cette séparation aurait été la simple traduction politique d’un clivage très ancré au sein des partis de gauche le séparant en deux camps, les tenants du libéralisme économique d’un côté, composant une forte partie du Parti Socialiste et les antilibéraux progressistes, plus présents dans les autres partis de gauche. Sur cette base antilibérale de progrès, la gauche unie aurait pu présenter un programme commun pour 2017, loin des sectarismes qui empoisonnent l’ambiance actuelle. Le programme commun aurait réuni communistes, écologistes et socialistes dans un objectif politique amenant notamment à restructurer la gauche autour de ce qui l’a toujours fait gagner, l’unité. Au lieu de cela, nous sommes divisés alors que les convergences programmatiques sont nombreuses. Voilà où nous a mené la stratégie qui privilégie les postes aux idées et à la défense de notre camp social. L'extrême droite est aux portes du pouvoir et nous gaspillons notre énergie dans un combat fratricide.
 
Nous actons donc d’une responsabilité collective et formulons notre désir de nous recentrer sur un militantisme de transformation sociale. Nous sommes des militants engagés dans la continuité de notre action de terrain et nous le resterons. Localement, nous soutiendrons des candidats divers mais en rupture avec le quinquennat qui se termine et qui expriment la volonté de rassembler la gauche sans les libéraux. Nous souhaitons construire, à notre niveau, un espace sain qui promeut la convergence des forces de gauche et qui accélère donc sa recomposition. Pour l’heure, nous n’avons pas prévu de rejoindre un parti politique. Nous garderons notre liberté jusqu’au moment où la gauche aura réussi à produire une organisation politique cohérente et dynamique. C’est donc déterminés et enthousiastes, résolument socialistes et sans sectarisme, que nous nous engageons dans cette aventure. A bientôt camarades, le moment venu, les forces de bonne volonté se retrouvent toujours.
 
Premiers signataires
 
Sophie Autissier, présidente de la fédération départementale de la Seine-Saint-Denis du MJS, Aubervilliers ; Nicolas Lescaut, secrétaire général de la fédération départementale de la Seine Saint Denis du MJS, Bagnolet ; Guillaume Bancourt, trésorier de la fédération départementale de la Seine Saint Denis du MJS, Montfermeil ; Raphaël Perrin, ancien animateur de la fédération départementale de la Seine Saint Denis du MJS, Aubervilliers ; Thierry Aronica, Saint-Denis ; Médérick Bastart, Neuilly-sur-Marne ; Thomas Charron, Stains ; Antoine Chicha, Villetaneuse ; Souleymane Diallo, La Courneuve ; Julie Février, Les Lilas ; Lina-Estelle Lou, Aubervilliers ; Ken Iwasaki, Epinay-sur-Seine ; Adrien Jion, Aubervilliers ; Camille Meza, Rosny-sous-Bois ; Charlène Mercier, Aulnay-sous-Bois ; Amazigh Mehdi Adjal, Aubervilliers ; Bilel Mir, Saint-Denis ; Anthony Plond, Sevran ; Johan Richer, Saint-Denis ; Zahoua Sahia, Neuilly-Plaisance ; Geneviève Seide, Saint-Denis ; Franck Sembin Apou, Noisy-le-Sec ; Karim Senouri, Aubervilliers ; Kaoutar Tiri, Sevran ; Abdoulay Thiam, La Courneuve ; Sarah Woribi, Tremblay-en-France


Charles Guingouin, chef des maquis du Limousin...

Appel des Résistants aux jeunes générations à commémorer l’anniversaire du programme du C.N.R. de mars 1944

Samedi 18 mars 2017.

« Le mot résister doit toujours se conjuguer au présent. » Lucie Aubrac

Le couple Aubrac...


 
Cet appel du 17 mars 2006 a été lancé à l’occasion du 60ème anniversaire du Programme du Conseil National de la Résistance (adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944).

Au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la Libération, nous, vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France Libre (1940-1945), appelons les jeunes générations à faire vivre et retransmettre l’héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle.

Soixante ans plus tard, le nazisme est vaincu, grâce au sacrifice de nos frères et sœurs de la Résistance et des nations unies contre la barbarie fasciste. Mais cette menace n’a pas totalement disparu et notre colère contre l’injustice est toujours intacte.

Nous appelons, en conscience, à célébrer l’actualité de la Résistance, non pas au profit de causes partisanes ou instrumentalisées par un quelconque enjeu de pouvoir, mais pour proposer aux générations qui nous succéderont d’accomplir trois gestes humanistes et profondément politiques au sens vrai du terme, pour que la flamme de la Résistance ne s’éteigne jamais :

Nous appelons d’abord les éducateurs, les mouvements sociaux, les collectivités publiques, les créateurs, les citoyens, les exploités, les humiliés, à célébrer ensemble l’anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance (C.N.R.) adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944 :

Comment peut-il manquer aujourd’hui de l’argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales, alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l’ Europe était ruinée ? Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l’ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l’actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie.

Nous appelons ensuite les mouvements, partis, associations, institutions et syndicats héritiers de la Résistance à dépasser les enjeux sectoriels, et à se consacrer en priorité aux causes politiques des injustices et des conflits sociaux, et non plus seulement à leurs conséquences, à définir ensemble un nouveau " Programme de Résistance " pour notre siècle, sachant que le fascisme se nourrit toujours du racisme, de l’intolérance et de la guerre, qui eux-mêmes se nourrissent des injustices sociales.

Nous appelons enfin les enfants, les jeunes, les parents, les anciens et les grands-parents, les éducateurs, les autorités publiques, à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. Nous n’acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés, contrairement au programme du Conseil national de la Résistance et aux ordonnances sur la presse de 1944.

Plus que jamais, à ceux et celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection :

" Créer, c’est résister. Résister, c’est créer ".

Les personnalités de la Résistance signataires de cet Appel du 8 mars 2004 (réunis suite à une invitation du mouvement ATTAC) sont :

* Lucie AUBRAC, enseignante, co-fondatrice du mouvement résistant « Libération », prend la tête d’un commando armé pour libérer son mari arrêté à Lyon par la Gestapo. A la Libération, elle est chargée de superviser l’installation des comités départementaux de Libération (notamment à Nantes).

* Raymond AUBRAC, ingénieur, co-fondateur de « Libération-Sud », membre de l’Etat-major de l’Armée secrète, arrêté deux fois, commissaire de la République à Marseille (préfet régional) lors de la Libération.

* Henri BARTOLI, reconnu "Juste parmi les nations" (pour avoir sauvé des Juifs), résistant alors qu’il est lycéen et étudiant, diffuse « Témoignage chrétien » clandestin et des faux-papiers, travaille au sein du CNR sur la politique économique d’après-guerre.

* Daniel CORDIER, parachuté en France occupée, principal adjoint et secrétaire de Jean Moulin, fondateur du CNR (Conseil national de la Résistance)

* Philippe DECHARTRE, résistant, membre des cercles de gaullistes historiques, plusieurs fois ministre et député après la guerre.

* Georges GUINGOUIN, décédé le 27 octobre 2005, instituteur, résistant dès l’été 1940, prend la tête des maquis de la région de Limoges (jusqu’à 20 000 combattants), ville qui est libérée sans attendre les Alliés, maire de Limoges après la guerre.

* Stéphane HESSEL, jeune allemand naturalisé français avant la guerre, rejoint de Gaulle en 1941, chargé de mission en France occupée, arrêté en juillet 1944 et déporté à Buchenwald puis Dora. Carrière d’ambassadeur après la guerre. Militant antiraciste.

* Maurice KRIEGEL-VALRIMONT, décédé le 2 août 2006, syndicaliste avant la guerre, membre du Comité militaire du CNR, responsable militaire de la libération de Paris avec Rol-Tanguy. Député communiste après la guerre.

* Lise LONDON, ancienne des Brigades Internationales dans l’Espagne républicaine, capitaine dans la Résistance, ancienne déportée à Ravensbrück, épouse d’Arthur London (ministre tchèque victime du stalinisme en 1952).

* Georges SÉGUY, ouvrier-imprimeur, résistant au sein des Francs-Tireurs et Partisans Français, arrêté en 1944, déporté au camp de Mauthausen, dirigeant syndicaliste après la guerre.

* Germaine TILLION, ethnologue spécialiste de l’Algérie avant la guerre, chef du réseau de Résistance du Musée de l’Homme, déportée à Ravensbrück, militante humaniste et anticolonialiste après la guerre

* Jean-Pierre VERNANT, décédé le 9 janvier 2007, grand historien spécialiste de la Grèce antique, étudiant antifasciste avant la guerre, résistant dès 1940, organisateur militaire, libérateur de Toulouse avec ses camarades.

* Maurice VOUTEY, résistant, déporté à Dachau puis dans les camps du Neckar. Actuellement secrétaire général de la Fédération nationale des déportés et internés résistants patriotes (FNDIRP). -⓪-

Appel des Résistants aux jeunes générations mis en ligne sur notre site en mars 2006.

Appel à la commémoration du 60e anniversaire du programme du C.N.R. de 1944


Raser les ruines et faire du neuf, par Denis Collin

Source : http://la-sociale.viabloga.com/news/raser-les-ruines-et-faire-du-neuf

Jeudi 9 mars 2017


Le programme de Hamon est, nous dit-on, très proche de celui de Mélenchon. Si c'est vrai, alors je ne voterai pas non plus pour Mélenchon. Le programme de Hamon est beau comme du Hollande version le Bourget 2012. Et le fond de l'affaire est : « attachement indéfectible à l'Union européenne et à l'euro ». Hamon au pouvoir va « négocier » avec les autres pays de l'UE pour sortir de la contrainte budgétaire. Hollande nous a déjà fait le coup. Bon, d'accord, Mélenchon ce n'est pas cela. Il veut renégocier tous les traités et nous promet un plan B le cas échéant. Mélenchon ce n'est pas Hollande mais plutôt Tsipras...

De Hamon à Macron, il n'y a pas loin: l'européisme forcené, le goût du communautarisme et de la mondialisation heureuse les rapprochent (même si Hamon critique Macron aujourd'hui, élections obligent). Mais, d’un autre côté, l'expérience Tsipras nous apprend que ceux qui veulent réformer l'UE finissent souvent par capituler en rase campagne devant les oukases de la Commission. Et je n'ai pas trop confiance en celui qui disait en 2012 que c'est du « pétainisme » (sic) que vouloir sortir de l'euro (#JLM2012).

Circonstances aggravantes pour Hamon: c'est un partisan fanatique de la réforme du collège et du modernisme version Vallaud-Belkacem. Rien que pour ça, jamais Hamon! Les discours sur l'unité et le baratin sur les masses qui ont choisi Hamon pour faire dégager Valls, non merci! Au moins Mélenchon promet d'abroger la réforme du collège et il y a quelques bonnes mesures dans son programme (encore que je me méfie des détails où le diable vient toujours se cacher).

Bref, au final, je voterai peut-être pour Mélenchon, s'il faut vraiment voter. Mais cette élection n'offre en vérité aucune perspective sérieuse, aucune issue. Nous sommes au bout d'un processus et également au bout des impasses dans lesquelles nous a enfermés une certaine conception de la lutte politique qui devait passer par les canaux traditionnels, par les partis "de gauche", etc. Tout doit être remis à plat. Et quand une maison est vraiment trop en ruines, il vaut mieux passer le bulldozer et reconstruire du neuf. En s'armant de courage.


François Ruffin, « être député, cela va me permettre de coincer les ministres », par Ismaël Halissat, envoyé spécial de Libération dans la Somme.
 
Dimanche 12 Mars 2017

Source : http://www.liberation.fr/elections-presidentielle-legislatives-2017/2017/03/12/francois-ruffin-etre-depute-ca-va-me-permettre-de-coincer-les-ministres_1555175


Le réalisateur de Merci Patron et figure du mouvement des Nuits Debout s’est lancé le nouveau défi de représenter les ouvriers à l'assemblée nationale. Libération l’a suivi en campagne.
 
François Ruffin a le sens du contre-pied. Quand, au début du mois de mars 2017, il fête le césar du meilleur documentaire pour son film Merci Patron et ses cinq cent mille entrées devant une salle bondée de trois cent personnes à Longueau, dans la Somme, le réalisateur commence par le récit de ses déprimes et de ses doutes. Il explique qu’il s’est un peu lassé de son bimestriel Fakir, créé en 1999, avant même d’intégrer une prestigieuse école de journalisme à Paris. Avec la statuette du césar posée devant lui, le journaliste revient sur la genèse de son documentaire et assure qu’il s’est lancé pour trouver « une autre raison d’être ». Soutenu par plusieurs partis à la gauche du Parti Socialiste, François Ruffin, quarante et un ans, a désormais un autre défi. Il est candidat aux élections législatives du mois de juin 2017. Sur son tee-shirt blanc, porté par-dessus une chemise à carreaux, il y a le slogan de sa campagne, Picardie Debout.
 
Le ton du soir tranche avec ses habituels coups de gueule médiatiques. Le dernier coup de gueule date de la cérémonie des césars à la fin du mois de février 2017. Devant le petit monde du cinéma français, salle Pleyel à Paris, François Ruffin éclate les codes du discours de remerciement. « Mon film parle de personnes licenciées car leur entreprise a été délocalisée en Pologne. Au moment où je vous parle, c’est une usine d’Amiens, l’usine Whirlpool, qui subit la même histoire. Cela dure comme cela depuis trente ans, parce que ce sont des ouvriers qui sont touchés et donc on n’en a rien à foutre ». François Ruffin propulse le sort de cette usine à l’antenne et termine son discours en invitant François Hollande à se « bouger le cul ». Une grande partie de la salle applaudit. Dans l’auditoire, le ministre de l'intérieur, Bruno Le Roux, affiche un sourire de façade.
 
Aujourd’hui, François Ruffin revient sur ses intentions. « Ma première action de campagne, c’était d’aller rencontrer les salariés de Whirlpool, parce que, avant cela, il n’y avait que le Front National qui tractait devant l'usine. Je suis arrivé là-bas avec une proposition de stratégie, mais il faut qu’il y ait de l’envie ».
 
« L’objectif pour moi est de réussir à faire de la politique pas seulement place de la République à Paris mais aussi en Picardie », récite le candidat François Ruffin. Il y a près d’un an, il était l’une des figures du mouvement des Nuits Debout. Ce mouvement, dont l’idée est née au détour d’une réunion sur son documentaire, débute sur la place de la République à Paris le 31 mars 2016. En se greffant à la mobilisation sociale contre la loi travail, les participants mettent en place une organisation horizontale, sans chef, ni représentant officiel. Chaque soir et pendant des heures, des prises de parole de deux minutes s’enchaînent.
 
Très vite, François Ruffin estime que ces interminables débats ne permettront pas de faire « émerger des propositions concrètes ». Au bout de trois semaines, il échafaude un improbable scénario pour reprendre la main. Dans une soirée à la bourse du travail de Paris, intitulée « l'étape d’après », il essaye d’obtenir un mandat pour convaincre la Confédération Générale du Travail (CGT) de faire déboucher sur la place de la République le cortège syndical du premier mai 2016. Ce qui devait être un pas vers la fameuse « convergence des luttes ».
 
Mais sa méthode fâche et plusieurs personnes présentes lui reprochent de se retrancher à l’écart de la place de la République pour tenter de court-circuiter le fonctionnement du mouvement des Nuits Debout. Les gens quittent la salle et la soirée se termine dans le brouhaha. François Ruffin arrache alors un serment et des images qui feront le buzz à ceux qui restent. Lever le poing en l’air et répéter que « je ne voterai plus jamais pour le Parti Socialiste », prémisse du lancement de sa campagne. « Je suis toujours entre le ridicule et le formidable. Enfin, formidable, c’est peut-être un peu trop fort », juge aujourd’hui François Ruffin.
 
Le journaliste François Ruffin détaille ce que pourrait représenter son élection. « Etre député, cela va me permettre de coincer les ministres dans les couloirs de l'assemblée nationale, les interpeller dans l’hémicycle, bosser des dossiers et en rendre compte dans Fakir ». Dans la première circonscription de la Somme, qui va d’Amiens à Abbeville, François Ruffin va affronter la sortante à ce poste, la socialiste Pascale Boistard. Elue en 2012, cette vallsiste a laissé son siège à l'assemblée nationale à son suppléant en 2014 lors de sa nomination comme secrétaire d'état en charge des droits des femmes, depuis un an, elle est chargée des personnes âgées et de l'autonomie. Dans un article de Fakir, bien avant d’être candidat, François Ruffin avait étrillé sa députée.
 
« Après deux heures d’échanges, deux heures quand même, j’étais troublé, rarement j’avais réalisé un entretien aussi vide », écrivait-il au mois de février 2015. Contactée, Pascale Boistard nous fait savoir qu’elle ne souhaite pas « commenter la campagne de ses adversaires ».
 
A droite, Stéphane Decayeux, vice-président du conseil départemental de la Somme, est investi par les Républicains. Le Front National, lui, choisit de lancer sa dernière recrue, le comédien Franck de Lapersonne.
 
Quelques jours après son meeting à Longueau, François Ruffin passe une tête dans l’émission des Grandes Gueules de Radio Monte Carlo (RMC).
 
Le candidat attend son tour, assis seul sur un canapé dans un couloir, presque penaud. En plateau, il est accueilli par un reproche. « Vous donnez de faux espoirs à ces gens. Il y a des manifestations tous les jours, cela sert à rien ». François Ruffin rétorque que « mon adversaire, c’est l’indifférence ». Pendant la publicité, alors que tout le monde continue de s’engueuler, François Ruffin grattouille sur un bout de papier. A la reprise, la discussion tourne rapidement autour du protectionnisme. Le candidat a du mal à dérouler ses idées et ressort lessivé. A peine le temps de dire au revoir, un chauffeur l’attend, direction la gare, pour un retour en Picardie.
 
La Somme a été un bastion du communisme et de ses innombrables divisions. Lors de précédentes élections, plusieurs listes étaient en concurrence. Pour réussir son pari, François Ruffin, non encarté, a rassemblé autour de sa candidature les sections locales du Parti Communiste Français (PCF), du Mouvement de la France Insoumise (MFI) et d’Europe Ecologie Les Verts (EELV). « C’est un département où il y a eu la guerre entre les communistes et ce n’est jamais bon. Il y a encore du travail à accomplir mais objectivement les choses bougent », commente le responsable de la fédération du PCF, Jacky Hénin. « En interne, cela commence à aller mieux depuis un an et demi », estime Zoé Desbureaux, vingt-cinq ans, membre du PCF et suppléante de François Ruffin. Michel, qui habite Abbeville et affiche quarante années de lutte au compteur, est du même avis.
 
Pour financer sa campagne, François Ruffin a mis de sa poche « trente mille euros à peu près ». Ce qui correspond aux dépenses remboursées par l'état pour les candidats qui dépassent le seuil de cinq pour cent des suffrages. Il doit trouver environ la même somme pour le financement du reste de sa campagne. « Si je n’arrive pas à dépasser ce score, c’est que je suis vraiment un gland. C'est sûr, je vais le faire ».
 
Dans son local de campagne, à Abbeville, vingt-cinq mille habitants environ, François Ruffin fait connaissance Jeudi 9 Mars 2017 avec des militants locaux. Un porte-à-porte avec cinquante personnes avait été organisé au lancement de sa campagne. « A ce moment-là, nous avons eu peur que ce soit seulement un truc de bobos, parce qu’il y a eu beaucoup de parisiens qui sont venus pour filer un coup de main », explique Mathilde, originaire de la Somme et engagée auprès de François Ruffin.
 
Sur les murs du local, des plans des quartiers sont accrochés. Un code couleur indique les zones à démarcher en priorité. « Ma notoriété n’est pas immense au niveau de la circonscription, je ne me fais pas d’illusion à ce niveau-là. Il y a encore des noms de villages que je découvre alors que j’ai fait du journalisme local pendant dix ans dans le coin. J’ai l’impression que nous n'arriverons jamais à tout couvrir ». Et même à Amiens, ville que François Ruffin connaît très bien, la tâche pourrait s’annoncer plus compliquée que prévu. Dix-huit ans à la tête de Fakir, « journal fâché avec tout le monde, ou presque », cela ne facilite rien. Les vieilles embrouilles refont vite surface. Dans un livre sur les quartiers du nord de la ville publié en 2006, François Ruffin décrivait le fonctionnement d’une société de sécurité, fondée par des habitants, comme le bras armé de la mairie dans le quartier. Un travail que lui reprochent encore certains riverains. Rapidement repéré lors d’une visite sur un marché du quartier nord, au début du mois de mars 2017, il a été expulsé manu militari.

 


Présidentielle: Montebourg appelle Mélenchon à se retirer pour «permettre à la gauche d’être au deuxième tour»

Source : AFP

16 MARS 2017


Renoncer pour permettre à la gauche de se hisser au second tour de la présidentielle. C’est le message qu’a lancé ce jeudi Arnaud Montebourg à Jean-Luc Mélenchon, l’appelant à abandonner la course à l’Elysée au profit de Benoît Hamon. « J’appelle au retrait de la candidature de Jean-Luc Mélenchon pour nous permettre d’être au deuxième tour, nous en avons besoin, nous sommes devant le mur de l’histoire », a déclaré sur France Inter le candidat malheureux à la primaire de la gauche élargie.

Montebourg craint de « perdre le Parti socialiste »

« Manuel Valls comme moi a été battu. L’engagement signé sur le papier était de soutenir le vainqueur. Je regrette que quand on signe un engagement on le transforme en chiffon de papier. C’est exactement ce que fait l’ancien Premier ministre, et il le fait en accentuant la dislocation de la gauche », a-t-il affirmé. « On a déjà perdu le Parti communiste, maintenant on va perdre le Parti socialiste, qu’est-ce qu’il restera en face pour défendre le monde du travail ? », a demandé Arnaud Montebourg.

L’un au profit de l’autre

Il appelle au retrait de Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France insoumise que les sondages placent cinquième au premier tour, derrière Benoît Hamon. Il estime que « son intelligence, son extrême culture et sa vision de la société française » devraient lui permettre de prendre cette décision. « Nous avons les moyens de convaincre l’un de s’effacer au profit de l’autre dans l’intérêt de la France », a ajouté Arnaud Montebourg. Ce dernier est chargé des relations internationales dans la campagne de Benoît Hamon.

 


Manifestation de petits producteurs à Abidjan...

Chute des cours du cacao: « bombe sociale » en Côte d’Ivoire

Source : https://www.anti-k.org, d’après l’AFP

08 mars 2017


La forte chute des cours mondiaux du cacao inquiète la filière française du commerce équitable français pour l’avenir des petits producteurs et des risques de grave tension sociale en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial.

« Les cours sont au plus bas, et ce brusque et inexpliqué retour du marché nous inquiète beaucoup, car il est très injuste pour les petits producteurs » a déclaré à l’AFP Christophe Eberhart, cofondateur de la société coopérative Ethiquable, spécialisée dans les produits de commerce équitable Nord-Sud pour la grande distribution.

Selon Joëlle Stoll, déléguée générale de la plateforme de commerce équitable qui fédère les acteurs de la filière, la chute des cours, perceptible depuis fin 2016, est une « bombe sociale » en Côte d’Ivoire, où « des centaines de containers sont bloqués invendus dans le port d’Abidjan ».

Le cours du cacao est tombé la semaine dernière sur le marché londonien au plus bas depuis trois ans et demi, à 1.533 livres sterling la tonne, et à 1.869 dollars la tonne à New York, son point le plus bas en huit ans et demi.

« Je ne comprends pas pourquoi les grandes multinationales du cacao, qui se sont réunies récemment à Amsterdam pour renforcer leurs engagements en matière de développement durable, ne se préoccupent pas d’abord de payer un prix équitable aux producteurs » a ajouté Mme Stoll.

La Caisse de compensation de l’Etat ivoirien a été sollicitée pour régler le différentiel aux producteurs, entre le prix de marché et le prix minimum que l’Etat leur a garanti depuis l’établissement de son nouveau système de régulation. Mais elle « s’essouffle » et n’a plus les moyens, a constaté M. Eberhart.

« Cela met en tension et en péril le système de régulation du premier producteur mondial, on ne sait pas s’il va survivre ».

Sur le terrain, les prix du cacao sont « désormais en-dessous des coûts de production », conduisant « à un appauvrissement généralisé ».

Le récent rapport de l’Organisation internationale du cacao (ICCO) a confirmé les risques de surplus de l’offre par rapport à la demande, avec un excédent prévu de 264.000 tonnes pour la saison 2016-2017 qui a débuté en octobre.

On estimait fin février à 350.000 tonnes de cacao la hausse inattendue de la production en Côte d’Ivoire. Des tonnes de cacao restaient invendues dans le pays ou dans les deux ports du pays: San Pedro et Abidjan.

Le gouvernement a annoncé mercredi que la situation était en train de se résorber.

« Cette semaine est la 4e semaine consécutive de baisse des stocks en région (-17%, -13%, -23%) », s’est félicité le porte-parole du gouvernement, Bruno Koné, qui a souligné « une baissse globale de 10% des stocks » au niveau des ports.

Refusant d’évoquer des chiffres en valeur absolue (quantités réelles), M. Koné a indiqué que « la situation pourrait être complètement traitée pour la fin du mois ».

« La pression reste forte. Tout est mis en œuvre pour décanter cette situation. Le gouvernement en fait une vraie priorité: nous savons l’importance du cacao dans notre économie, le nombre de personnes touchées par cette spéculation en Côte d’Ivoire. Tout est fait pour réduire le plus possible les difficultés que pourraient connaître nos parents paysans », a-t-il déclaré, soulignant que le gouvernement et la Caisse de cacao garantissaient un prix de 1.100 francs CFA (1,67 euros) par kg aux producteurs.

« Le gouvernement est déterminé à faire respecter le prix de 1.100. C’est la règle. Ceux qui n’appliqueraient pas ce prix seront sanctionnés. Il y n’aura pas de pitié », a martelé le ministre sur un ton ferme.

La presse a fait état de l’arrestation d’un gros acheteur alors que ce prix plancher de 1.100 francs CFA « n’est même plus respecté », selon le président du syndicat national des producteurs pour le progrès, Moussa Koné.

Le gouvernement fixe le prix payable au producteur mais aussi le prix de vente à l’exportation, actuellement de 1.850 francs CFA (2,80 euros). Celui-ci est actuellement plus haut que le prix à la Bourse de Londres.

Le cacao est vital pour l’économie ivoirienne. Ce secteur représente 15% du PIB, plus de 50% des recettes d’exportation et surtout, les deux tiers des emplois (directs et indirects) et des revenus de la population, selon la Banque mondiale.


Présidentielles, est-il si difficile de refuser d’y participer ? par Robert Duguet

« Un socialiste est plus que jamais un charlatan social qui veut, à l’aide d’un tas de panacées et avec toutes sortes de rapiéçages, supprimer les misères sociales, sans faire le moindre tort au capital et au profit ».
Friedrich Engels (1820-1895)


Ce blog considère utile de publier les analyses de la situation politique réfléchies et intelligentes qui peuvent aider à servir de boussole dans les événements actuels : en revanche, les articles signés par différents auteurs, voire même organisations, ne signifient pas qu’il y a pour moi accord sur les conclusions des uns ou des autres. Et, pour ce qui me concerne, le point de clivage dans l’immédiat portent sur la question de la participation au vote de la présidentielle de 2017.

On ne peut pas durant des décennies dénoncer les institutions réactionnaires du bonapartisme, ce « coup d’état permanent » contre la démocratie, cette 5ème république qui n’en finit pas de se décomposer avec son cortège de corruption gagnant tous les partis institutionnels, ses violences policières contre les salariés et la jeunesse, son torpillage systématique de tous les acquis sociaux et culturels du Conseil National de la Résistance, et en même temps continuer de présenter des candidats dans cette élection. Curieuse génération révolutionnaire que la mienne, qui a forgé sa pensée dans une grève générale qui fait vaciller le régime de De Gaulle, et qui s’est globalement perdue dans la gestion de ces institutions. D’un côté la lutte des places a remplacé la lutte des classes et une caste de petits marquis a fait carrière; ils s’appellent Jospin, Cambadélis, Weber… mais aussi Mélenchon. D’un autre côté, nous, les sans-grades, les militants qui descendent sur le trottoir pour diffuser les tracts et coller les affiches, tenir les réunions, organiser meeting et manifestations, ceux-là sont orphelins de partis et de socialisme. Est-il si difficile que cela d’affirmer qu’on ne peut pas subvertir ces institutions de l’intérieur ? Qu’aujourd’hui entrer dans le débat que nous impose le matraquage médiatique du matin au soir, c’est d’avance servir une cause perdue.

Denis Collin brocarde « les pleureuses de l’unité » et il a raison. Divers militants de la gauche radicale se prononcent pour l’unité entre le rocardien Hamon et Mélenchon, afin que « la gauche » soit présente au second tour de la présidentielle contre l’extrême droite. C’est du Filoche, du Présumey, et autres nostalgiques d’une lecture très particulière du front unique. Pour qu’un accord de front unique soit possible, entre anticapitalistes et réformistes, il faut que les réformistes s’engagent à défendre jusqu’au bout les revendications légitimes qu’ils reconnaissent comme telles dans leur propre programme. Où trouve-t’on cela dans la politique d’Hamon aujourd’hui ? La loi El Khomry, il a d’ores et déjà reculé sur la nécessité de son abrogation. Le salaire universel, c’est l’adaptation pure et simple à la destruction de l’emploi salarié. Ce n’est certainement pas avancer vers une perspective anticapitaliste par les voies légales et démocratiques, qui était le point de vue fondateur du parti d’Epinay.

On trouvera un point de vue pour le moins surprenant défendu dans l’éditorial du POID du 22 février sous la signature de Daniel Glückstein. On peut lire :

« … Hamon se propose de convaincre le gouvernement de grande coalition d’Allemagne de négocier un nouveau traité européen ; Mélenchon conclut l’exposé de son programme par l’engagement de renégocier les traités européens pour obliger la Banque centrale européenne à racheter les dettes de la France.
On leur souhaite bonne chance : depuis Tsipras en Grèce, on sait comment se déroulent les « négociations » avec l’Union européenne (le pistolet sur la tempe) et sur quoi elles débouchent.
On ne saurait donc affirmer que ces candidats sont, à ce stade, engagés sur la voie de la rupture avec l’Union européenne et la Ve République.
Il reste que sur une question essentielle, une unité, certes limitée, était possible. Elle reste possible. Qui lui tourne le dos prendra la responsabilité qu’au 8 mai au matin la loi El Khomri continuera de s’appliquer.
Il reste que sur une question essentielle, une unité, certes limitée, était possible. Elle reste possible. Qui lui tourne le dos prendra la responsabilité qu’au 8 mai au matin la loi El Khomri continuera de s’appliquer. »

Autrement dit, aux conditions d’un accord portant sur l’abrogation de la loi El Khomry, l’unité Hamon-Mélenchon serait possible et nécessaire. A l’heure qu’il est du reste le point de vue d’Hamon est en recul sur l’abrogation de la loi El Khomry. Le contenu objectif d’un accord Hamon-Mélenchon reviendrait ni plus ni moins qu’à tenter de remettre en selle le PS. Merci, on a déjà donné ! On ne joue plus !

Quant à trouver des vertus à la candidature Mélenchon, comme l’analyse Denis Collin, c’est un peu, il faut bien prendre une position dans cette présidentielle. On prend ce qui reste. Cela ne me convainc pas. Toute l’évolution théorique de Mélenchon le conduit aujourd’hui vers une forme de bonapartisme ou de chavisme étrangère au mouvement ouvrier, compatible d’ailleurs avec les institutions. L’effondrement du Front de Gauche l’a conduit sur cette position. Il y a le peuple d’un côté, et la caste dirigeante de l’autre (De Gaulle disait le régime des partis). Les classes sociales et leur place dans la production du travail social, qui est le point de départ de la méthode marxiste, tout cela disparait. Quant à voir dans son évolution une rupture avec le mitterandisme, je renvoie mon camarade Denis Collin, à la lecture qui m’a semblé pour le moins effarante, de l’ouvrage publié en septembre 2016, « Mélenchon, le choix de l’insoumission », de Marc Endeweld. Il se présente sous forme d’interview ; Mélenchon consacre près de 60 pages à sa fidélité à François Mitterand, jusqu’à trouver des justifications aux pages de sa vie les plus obscures (Collaboration et Guerres coloniales). On trouve notamment ce point de vue sur la 5ème République : avec les présidents de droite de la 5ème république après la disparition de Charles De Gaulle, c’était pas bien. Mais avec Mitterand c’était bien. De la bonne utilisation des institutions.

L’année qui s’écoule est aussi celle du centenaire de la Révolution d’Octobre. Nous ouvrons un dossier sur cette question en publiant un extrait des travaux d’historien de Nicolas Werth sur la révolution de Février 1917. En pleine guerre mondiale, au cours de laquelle les partis dits « socialistes » demandent aux prolétaires allemands d’aller crever la panse de leurs frères français, et réciproquement, alors même qu’un nommé Jules Guesdes représentant de l’aile prétendument marxiste de la SFIO entrait dans un cabinet d’union sacrée en 1916, la révolution se répand comme une trainée de poudre en Russie. En trois jours le flot révolutionnaire détruit les institutions d’une dynastie vieille de trois siècles. Chose tout à fait étonnante, dans ce type de situation, ce sont les révolutionnaires qui sont les plus surpris par la force du mouvement de l’histoire. Si demain nous avons un mouvement social débouchant sur une constituante et sur une reconstruction de la république, qui ne peut être qu’une république sociale, elle sera le produit de ce mouvement, elle en aura le contenu. En dehors de cette perspective qui est celle de la lutte des classes, il n’y a pas d’issue. Mai 2017 ne sera qu’une pitoyable pantomine.

Par contre nous serons très attentif aux regroupements, partis de l’activité de la base et répondant aux revendications des citoyens, qui pourront s’opérer lors des législatives qui suivront la présidentielle. Là il peut se passer des choses intéressantes. Un comité de campagne Picardie Debout qui rassemble aujourd’hui plus de six cent personnes au cœur d’une circonscription ouvrière, soutenu par Ensemble, Europe Ecologie Les Verts (EELV), le Parti Communiste Français (PCF) et le Mouvement de la France Insoumise, peut nous fournir quelques indices sur la situation après la présidentielle. Par ailleurs, si localement, le mouvement manque de clarté programmatique, cela a le mérite d’exister dans l’affligeant spectacle de cette présidentielle. A suivre.

 


Dents longues, jeune homme propre sous lui, qu'on dirait tout frais moulu d'une prépa HEC, c'est à dire creux de l'intérieur... mais une roue de secours pour les néo-libéraux et les liquidateurs de la social-démocratie...(RD)

Crise finale, par Bernard Fischer

Source : http://www.fischer02003.over-blog.com/2017/03/crise-finale.html

Mercredi 1er Mars 2017


La situation politique française connaît depuis plusieurs mois des évolutions rapides et spectaculaires et des bouleversements importants.

Dans une telle situation, l’existence d’une boussole politique et l’utilisation et l’application d’une stratégie politique sont d’autant plus importantes. Mais, précisément, la gauche et l’extrême gauche française n’ont plus ni de stratégie ni de boussole politique depuis longtemps.

Les deux formes d’expression les plus importantes de cette situation étaient bien évidemment l’organisation et les résultats des élections primaires de la droite au mois de novembre 2016 et de la gauche au mois de janvier 2017.

Les élections primaires de la droite voyaient l’élimination d’un ancien président de la république, Nicolas Sarkozy, et d’un ancien premier ministre, Alain Juppé, au profit d’un autre ancien premier ministre, François Fillon. Ce n’était pas la fin de l’histoire. Suite à des révélations du Canard Enchaîné, le Parquet National Financier (PNF) décidait l’ouverture d’une enquête préliminaire puis d’une instruction judiciaire contre François Fillon en raison de l’affaire des emplois fictifs de sa femme. Il recevait finalement une convocation d’un juge d’instruction en vue de sa mise en examen.

Les élections primaires de la gauche voyaient d’abord l’abandon par anticipation avant le début de la compétition de l’actuel président de la république François Hollande. Elle voyait ensuite l’élimination d’un ancien premier ministre, Manuel Valls, et d’un ancien ministre de l’économie, Arnaud Montebourg, au profit d’un ancien ministre de l’éducation nationale, Benoît Hamon.  

Le comble de la politique politicienne électoraliste appartenait aux écologistes français. Ils organisaient d’abord une élection primaire de l’écologie au mois d’octobre et au mois de novembre 2016. Cette élection primaire commençait par l’élimination de l’ancienne première secrétaire du parti et ancienne ministre du logement, Cécile Duflot, au profit de Yannick Jadot. Il y avait une évidence dès le premier jour. Les écologistes français n’avaient aucune intention de présentation de cette candidature au premier tour des élections présidentielles. C’était seulement un moyen de pression dans le cadre d’une négociation et d’un accord de répartition des circonscriptions pour les élections législatives entre le Parti Socialiste et Europe Ecologie Les Verts (EELV). Et c’était très exactement le résultat de ces négociations trois mois plus tard.

La campagne pour les élections présidentielles de cette année confirme et accélère les deux tendances les plus profondes de la vie politique française depuis des dizaines d’années.

C’est, premièrement, le glissement à droite et la crise finale de la sociale démocratie française, la transformation définitive du Parti Socialiste en un parti de droite de gestion néo libérale du capitalisme à cent pour cent.

Entre les deux tours des élections présidentielles de 2007, Ségolène Royal chantait la sérénade sous les fenêtres de François Bayrou et, en 2012, François Bayrou votait pour François Hollande au deuxième tour des élections présidentielles.

Contrairement aux apparences et au discours médiatique majoritaire, il n’y a pas de divergence fondamentale et il y a une profonde convergence et continuité politique entre Emmanuel Macron et François Hollande, le premier est l’héritier politique du second.

Le deuxième phénomène majeur de la campagne pour les élections présidentielles, c’est l’installation du Front National au centre de la vie politique française.

La totalité des organisations politiques françaises de droite comme de gauche n’oubliaient rien et n’apprenaient rien depuis 2002.

En 2002, l’immense majorité des militants et des organisations de la gauche et de l’extrême gauche française votaient et appelaient au vote pour Jacques Chirac contre Jean Marie Le Pen au deuxième tour des élections présidentielles.

De la même manière et pour la même raison, de plus en plus de responsables, de militants et d’électeurs de gauche voteront et appelleront au vote pour Emmanuel Macron dans les derniers jours de la campagne du premier tour et dans la campagne du deuxième tour des élections présidentielles.

La candidature de Benoît Hamon est la dernière tentative de sauvetage et de prolongation de l’agonie de la sociale démocratie française.

L’accord entre Benoît Hamon et Yannick Jadot n’apportera pas beaucoup de voix supplémentaires à Benoît Hamon. Par contre, elle accélérera le mouvement des responsables, des militants et des électeurs traditionnels du Parti Socialiste vers Emmanuel Macron.

Il en ira de même en cas d’éventuel accord entre Benoît Hamon et Jean Luc Mélenchon. La moitié des électeurs de Jean Luc Mélenchon ne le suivraient pas et cet éventuel accord précipiterait les responsables, les militants et les électeurs traditionnels du Parti Socialiste vers Emmanuel Macron. 

 


Préparons le premier tour social… C'est notre tour et il n'est pas présidentiel. Samedi 22 Avril 2017, c'est la rue qui impose son programme ! par CGT Goodyears Amiens Nord

Source : https://www.change.org/p/françois-hollande-l-appel-des-goodyear/u/19630787


Nous, salariés du privé comme du public, chômeurs, précaires, étudiants, toute la jeunesse, retraités et smicards, qui survivons avec le Revenu de Solidarité Active (RSA)
 
Nous, habitants des villes, des villages et des banlieues, qui votons avec ou sans conviction, la large majorité des abstentionnistes convaincus.
 
Nous, qui subissons le racisme, le sexisme, l’exclusion sous toutes ses formes, les licenciements, la justice des puissants et les violences répressives.
 
Nous, syndicalistes, militants poursuivis et condamnés, sans-papiers et migrants, tous les opposants à la loi travail.
 
Nous appelons la rue, vous toutes et tous, à vous mobiliser, créer et être acteur d’un événement inédit.
 
Imposons nos choix, crions haut et fort que nous comptons, que nous décidons et que nous serons une force incontournable du premier tour social.
 
Samedi 22 Avril 2017, soyons toutes et tous au rendez-vous avec notre avenir, celui de nos enfants, de nos petits-enfants, reprenons ce qui nous appartient et ne laissons pas notre devenir entre les mains d’une poignée qui décide depuis trop longtemps sans et contre nous.
 
Jamais une telle initiative n’a été entreprise la veille d’un premier tour d’une élection présidentielle. L’heure n’est plus au constat, unissons-nous le plus largement possible et agissons tous ensemble pour construire ce premier tour social.
 
Ce n’est qu’un point de départ vers une société où nous prendrons possession des outils de création de richesses.
 
Tous ensemble, écrivons les nouvelles pages de notre histoire sociale.
 
Samedi 22 Avril 2017, à Paris, place de la République, nous pourrons dire que nous y étions.
 
Rejoignez nous en signant cet appel

 


L'article du monde présente les positions du maire de Montreuil pour la présidentielle: avons-nous atteint avec cet appel à voter Macron le point omega de la décomposition politique du vieux mouvement ouvrier? A voir...(RD)

Patrick Braouezec votera pour Emmanuel Macron, le Monde

Source : http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/03/07/patrick-braouezec-je-voterai-pour-emmanuel-macron_5090214_3232.html

Mardi 7 Mars 2017


Par Patrick Braouezec, président du Front De Gauche (FDG) de la communauté des communes de Plaine Commune, dans le département de la Seine Saint Denis, maire de Saint-Denis de 1991 à 2004 et député du département de la Seine Saint Denis de 1993 à 2012. Membre du Parti Communiste Français (PCF) jusqu’en 2010, il a fait partie du mouvement des refondateurs du PCF.  

Chacun connaît mes convictions et mes engagements, de ma volonté de transformer le PCF à l’infaillible défense des sans-papiers et de tous les sans, à ma présence à côté des salariés dans leurs luttes, en passant par ma détermination à requalifier une ville et un territoire sans exclure quiconque. J’ai, en outre, travaillé constamment à construire une alternative de gauche fondée sur le potentiel du non au référendum de 2005 et sur l’expérience des forums sociaux de Porto Alegre.
 
Tout ceci aurait dû aboutir à une candidature unique de la gauche alternative en 2007. Il en a été décidé autrement. Nous payons aujourd’hui le résultat de cet échec. Et l’impossibilité d’une alliance entre Benoît Hamon et Jean Luc Mélenchon, malgré des appels à l’unité, comme l’appel des cent, dont j’étais un des initiateurs, est aussi l’héritage de cette période. C'est un nouvel échec.
 
Président de Plaine Commune, territoire populaire, je mesure les conséquences dramatiques d’un second tour entre la droite extrême et l'extrême droite pour la majorité de la population de ce territoire. J’ai conscience des effets désastreux d’un tel dénouement pour l’ensemble du pays.
 
Je fais miens les propos de Christiane Taubira, « est-ce que nous prenons la responsabilité de voir la situation sociale, économique et budgétaire, se détériorer et des personnes en prendre plein la figure pendant cinq ans ». Comme elle, je ne veux pas avoir à répondre à ceux qui nous diront « qu'ainsi vous nous avez livrés à ces gens-là ».
 
Le Lundi 24 Avril 2017, il sera trop tard pour avoir des regrets et dire que nous ne pensions pas que cela soit possible. Comme Daniel Cohn-Bendit, je pense qu’Emmanuel Macron est le seul candidat à permettre de ne pas se retrouver devant cette situation et d’éviter que les gens subissent une politique rétrograde. Face à cela, sa candidature offre un possible qui nécessite exigences et vigilance.
 
Mon vote n’est pas un ralliement au Mouvement En Marche. Les manques, les différences, voire les divergences, en matière d’écologie, de service public, de place des quartiers populaires ou de retraites, sont nombreux et mériteront éclaircissements, débats et confrontations. Ce n’est pas non plus un vote par défaut, car la candidature d’Emmanuel Macron ouvre un nouvel espace politique rompant avec des logiques d’appareil qui ont marqué la cinquième république, qui ont failli dans leurs actions et qui ont abouti à une déliquescence politique. Une sixième république est à construire urgemment.
 
C’est donc un choix raisonné faisant « l’analyse concrète d’une situation concrète ».
 
Ce soutien est sans illusion, mais porteur de perspectives. Emmanuel Macron est aussi, avec Benoît Hamon, le seul à prendre résolument la dimension des mutations du monde contemporain et notamment celles du monde du travail.
 
Vote de raison, mais vote d’engagement également, un engagement qui ne s’arrêtera pas le soir du Dimanche 7 Mai 2017. C’est pourquoi, dans le même temps, j’appelle à voter pour les candidats présentés par le PCF ou par le FDG aux élections législatives du Dimanche 11 Juin et du Dimanche 18 Juin 2017, de façon à créer les conditions pour que les voix de chacune et de chacun soient entendues et trouvent au sein de l'assemblée nationale l’écho de leurs aspirations.
 
Et la vie ne s’arrêtera pas le Dimanche 18 Juin 2017. Quelle que soit la composition de la prochaine assemblée nationale, les initiatives, les mobilisations et les luttes seront plus que jamais nécessaires. Je continuerai à contribuer à leur réussite comme à travailler pour que la nécessaire alliance de tous les progressistes se concrétise. Elle représente le seul rempart à la barbarie.
 
Ma position est sans doute symptomatique de ce monde actuel décrit par Edgar Morin, « un monde contradictoire, complexe et incertain ». Le projet d’Emmanuel Macron assume ces trois caractéristiques. C’est aussi son mérite, sa force et son intérêt.

 


Un nouveau parlementaire macroniste prend ses distances avec le Parti Socialiste, le Figaro

Source : http://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/2017/03/07/35003-20170307ARTFIG00262-un-nouveau-parlementaire-macroniste-prend-ses-distances-avec-le-ps.php


Après Christophe Castaner, François Patriat a décidé à son tour de se mettre en marge de sa formation politique. Le sénateur dit éprouver « un peu de tristesse mais un certain détachement ».
 
La fuite s'accélère. Après le député-maire de Forcalquier, dans le département des Alpes de Haute Provence, Christophe Castaner, Lundi 6 Mars 2017, un nouveau parlementaire macroniste a décidé Mardi 7 Mars 2017 de prendre ses distances avec le Parti Socialiste. Dans un courrier adressé à Jean-Christophe Cambadélis et révélé par le Figaro, le sénateur du département de la Côte d'Or, François Patriat, annonce qu'il « se met en marge du Parti Soocialiste et en marche aux côtés d'Emmanuel Macron ». Il précise faire ce choix en son nom personnel, et non en référence à un appareil replié sur lui-même.
 
Avec sa missive, François Patriat accuse ainsi réception de la lettre adressée par le patron de Solférino, où il somme les élus qui ont parrainé l'ancien ministre de l'économie de « ne plus se réclamer » de leur formation politique. « J'ai reçu ce matin, avec un peu de tristesse mais un certain détachement, la lettre-circulaire me menaçant d'exclusion », déplore-t-il, dénonçant cet « aveu de faiblesse sanctionnant ceux qui font preuve de loyauté à l'égard de leur idéal et de leurs convictions et non pas à des appareils politiques ».
 
« Ce week-end, j'ai souri en me voyant traité de frondeur dans la presse, alors que l'un des premiers d'entre eux aspire à la magistrature suprême sous les couleurs du Parti Socialiste », assène-t-il encore. Il rappelle notamment avoir savouré collectivement de très nombreuses et belles victoires et assumé seul les deux défaites qu'il a connues. Ironique, François Patriat s'étonne également de n'être pas récompensé pour la loyauté dont il a toujours fait preuve vis-à-vis de son camp pendant près de quarante ans.
 
Enfin, le sénateur, qui ne cache pas son admiration pour son champion, affirme qu'Emmanuel Macron est aujourd'hui le seul en capacité de l'emporter. « Sache que le seul critère qui a guidé ma décision de parrainer la candidature d'Emmanuel Macron est le choix de la conviction et d'une volonté de porter à la présidence de la république un candidat charismatique et visionnaire et de ne pas avoir à choisir entre une droite dure et l'extrême droite, qui risquerait de laisser le champ libre à toutes les régressions », conclut-il.

 


La place de la République résonne au son des casseroles, par Ramsès Kefi

Source : http://www.liberation.fr/france/2017/03/05/republique-resonne-au-son-des-casseroles_1553488

Commentaire: Un concert de casseroles ou casserolade (en espagnol cacerolazo ou cacerolada ) est une forme de protestation populaire pratiquée en France par les opposants à la monarchie de Juillet, puis à la fin de la guerre d'Algérie, et utilisée plus tard dans certains pays hispanophones — en particulier le Vénézuéla, le Chili...


Une manifestation contre l’impunité des élus a rassemblé un millier de personnes, venues à Paris faire du bruit et dénoncer une campagne hallucinante.
 
Un type trimballe une croix de Jésus, sur laquelle il a épinglé les trombines de tous les candidats à la présidentielle. L’homme, Thierry Paul Valette, dit qu’il a crucifié cette élection et parle d’un brunch qu’il aimerait organiser au mois de mai 2017 près de l’Elysée, pour protester contre les combines politiques. Michelle, une septuagénaire qui a tout entendu, nous demande de lui écrire son nom sur un bout de papier.
 
Puis elle tire de son sac une petite casserole pour faire du boucan, comme l’ont réclamé les organisateurs sur les réseaux sociaux. « Pas trop de bruit quand même, je pense aux riverains ».
 
Dimanche 5 Mars 2017, place de la République à Paris, il y avait la manifestation « pour le respect du peuple, de la justice et de la presse ».
 
C’était un contre-rassemblement à celui du Trocadéro, dans lequel François Fillon a été vilipendé et les juges ovationnés. Dont l'intitulé rappelle que les choses ne tournent vraiment plus rond.
 
Sur place, autour d’un millier de personnes s'étaient réunies, avec ou sans matériel de cuisine. On a écouté des militants de gauche, des curieux qui voteront blanc, des jeunes couples et Raphaël Glucksmann, le philosophe qui a largement relayé l’appel à manifester. Au micro, qui fonctionne très mal, il a répété son exemple préféré. Il y a quatre ans, une ministre allemande a dû démissionner après avoir été accusée d’avoir plagié sa thèse alors que, en France, jeter l’éponge pour un politique dans la tourmente est bien plus compliqué.
 
On a croisé des gens arrivés trop tard au Trocadéro, plus de place, périmètre bouclé, et qui se sont rabattus sur République. D’autres qui tapaient sur une boîte de conserve ou de Ricoré en bougeant la tête, comme s'ils faisaient de la vraie musique. Et une majorité qui se pose des questions plus profondes que les slogans contre la corruption, sur le mode « une fois que nous avons dit que les politiques étaient tous pourris, que fait-on ».
 
La place de la République s'est alors transformée en forum, genre Nuit Debout, où chacun a des théories pour la suite et une histoire personnelle avec la politique à raconter. Un quadragénaire se souvient ainsi comment son père est passé, au fil des élections présidentielles, du Parti Communiste Français (PCF) à la droite dure. Robert, retraité et ancien de la Confédération Générale du Travail (CGT), explique pourquoi il vote blanc depuis le referendum européen du mois de mai 2005. « C’est très bizarre, nous nous faisons avoir à chaque fois et nous en redemandons », avant de glisser, en regardant la foule, que « la France est un pays de droite, contrairement à ce que racontent ces bobos parisiens qui voient tout en blanc ou en noir ».
 
Amaury Gaillard se dit satisfait de la mobilisation. C’est lui qui a lancé la page Facebook du rassemblement, Mercredi Premier Mars 2017. Le jeune homme se décrit comme un ancien socialiste désormais « militant de gauche un peu perdu », prêt à remettre cela si les circonstances l'imposent, « c’est quand même hallucinant, deux candidats à l’Elysée sont dans le viseur de la justice ».

 


Les ténors du Parti Socialiste se pressent chez Emmanuel Macron, par Le Figaro

Source : http://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/2017/03/07/35003-20170307ARTFIG00341-les-tenors-du-ps-se-pressent-chez-macron.php


Après Bertrand Delanoë et Jean Yves Le Drian, plusieurs poids lourds du Parti Socialiste s'apprêtent à sauter le pas pour rejoindre le candidat du Mouvement En Marche.
 
Emmanuel Macron peut se réjouir. Tous les jours, le leader du Mouvement En Marche enregistre les ralliements de poids lourds du Parti Socialiste. Ce devrait être encore le cas Mercredi 8 Mars 2017 avec Bertrand Delanoë. L'ancien maire de Paris a prévu d'officialiser son soutien à Emmanuel Macron. Dans les prochains jours, ce sera au tour de Jean-Yves Le Drian, le très influent ministre de la défense.
 
L'équipe du candidat du Mouvement En Marche ne cache pas sa satisfaction de voir Jean Yves Le Drian se rallier à Emmanuel Macron. Il est un des très rares ministres à avoir vu sa cote progresser tout au long du quinquennat de François Hollande.
 
Mardi 7 Mars 2017, ce sont aussi Claude Bartolone, le président de l'assemblée nationale, Patrick Kanner, le ministre des sports, ou encore Juliette Méadel, la secrétaire d'état à l'aide aux victimes, qui ont fait état de leurs difficultés à se reconnaître dans la candidature de l'ancien frondeur Benoît Hamon, jugée bien trop à gauche.

 


 

60e anniversaire du Traité de Rome : de quoi sont-ils encore capables? Par Paul Jorion
Europe, Institutions européennes, Migrations 0…

Source : http://www.pauljorion.com/blog/

07 mars 2017

 


Comment passer dans une félicité enjouée le cap du 60e anniversaire de la signature du Traité de Rome, le 25 mars prochain ? Angela Merkel, François Hollande, Mariano Rajoy et Paolo Gentiloni ont hier accordé leurs violons pour jouer le grand air d’une Europe à la carte qu’ils prétendent portée par un élan nouveau. Tragediante, comediante !

« Sans un nouvel esprit européen, l’Union européenne sombrera dans la dilution et à terme dans la dislocation », s’est inquiété le président français. L’Europe va devenir un ensemble complexe à géométrie variable, soumis à toutes les contradictions politiques du moment, opérant un grand pas en arrière et laissant irrésolue la configuration de son noyau central. On retrouve la pusillanimité à laquelle nous sommes habitués dans les grands moments.

Mais cette volonté politique de noyer le poisson se heurte à forte contestation. Le conseil des gouverneurs de la BCE va se réunir mercredi et jeudi et il va s’y exprimer un désaccord grandissant entre Mario Draghi et Jens Weidmann, le président de la Bundesbank. Il devient difficile de justifier d’une même politique monétaire pour tous les membres de la zone euro. Devant s’inscrire dans le cadre de la doctrine, le président de la BCE doit argumenter pour ne pas prendre en compte la remontée de l’inflation près de son taux d’objectif, insistant pour en attendre des preuves durables et se référant à la volatilité des prix du pétrole et des produits alimentaires pour ne pas bouger.

Au niveau du Parlement européen, il est désormais question d’une union budgétaire qui a toutes les apparences d’un nouveau serpent de mer. S’il est adopté, son intitulé rappellera l’union bancaire de triste mémoire, inachevée pour cause de désaccord franco-allemand. Cette pièce manquante à la monnaie unique d’ailleurs fait déjà problème, deux formules distinctes et opposées étant défendues par les deux partenaires, comme les travaux menés en son sein l’ont confirmé.

Au cours de ceux-ci, l’eurodéputée socialiste française Pervenche Berès a défendu la constitution d’un Trésor européen, dirigé par un ministre des Finances membre de la Commission européenne. Pourvu de ressources propres, son budget serait sous le contrôle d’un parlement ad hoc. Tandis que le député CDU allemand Rainer Böge était partisan d’un modèle bâti sur la transformation du Mécanisme européen de stabilité (MES) en Fonds monétaire européen (FME), qui vise tout au contraire à « dépolitiser » la gestion des règles et des instruments de stabilisation de l’union monétaire, et à mettre sous tutelle un pays dont il assure la faillite organisée (on reconnait l’approche). Rien n’a changé : les mêmes clivages sont sous-jacents.

Les dirigeants européens se seraient bien vus devisant des avantages et inconvénients comparés de cette nouvelle Europe à la carte, avec le sentiment du devoir accompli vis à vis de la Grèce. Mais ils n’auront pas cette satisfaction, car les négociations s’éternisent à nouveau. Au lieu de se relever, la Grèce s’enfonce, difficile de le cacher ! Toujours négatifs, les chiffres de la croissance grecque du dernier trimestre 2016 que publie l’Elstat – l’Institut grec de statistiques – sont un pavé dans la mare. Selon ce dernier, la Grèce resterait en récession pour la huitième année, à l’exception d’un bref retour à la croissance en 2014.

Clé de voute du dispositif qui comprend également de nouvelles mesures d’austérité et un reprofilage de la dette, les estimations de la croissance ne tiennent pas la route. Comment donner alors une cohérence au compromis dont les derniers boulons étaient en train d’être serrés, si les excédents budgétaires se révèlent l’effet des mesures d’austérité et non de nouvelles recettes fiscales issues de la relance qui est censée en découler ? La tentative d’un compromis politique tordant le cou à la réalité économique va-t-elle pouvoir tenir dans ces conditions ?

Qu’ils fassent de l’économie ou de la politique, ils ont toujours tout faux ! Et quand ils tentent d’endiguer la vague montante de l’extrême-droite dont ils sont à l’origine, ils font pire encore. N’ayant pas attendu Donald Trump, l’Europe se barricade derrière ses frontières et tout est fait pour empêcher les réfugiés d’y trouver asile. La Cour de justice de l’Union européenne a tranché : les pays membres ont le droit de refuser un visa humanitaire à ceux qui espèrent obtenir un asile par ce biais. Car il faut être déjà sur le territoire de l’un d’entre eux pour y postuler, et chaque pays, a décidé la Cour, garde le contrôle de sa politique d’octroi de visas humanitaires. Affronter une traversée en mer reste la seule issue, à condition d’être recueilli après avoir franchi la limite des eaux territoriales de son pays de départ…

Ayant déjà tout pour plaire, il ne manquerait plus qu’ils soient corrompus…


Benoît Hamon et Jean Luc Mélenchon, deux gauches irréconciliables, par Denis Collin

Source :http://www.la-sociale.viabloga.com/news/hamon-et-melenchon-deux-gauches-irreconciliables

Lundi 27 Février 2017


C'est le question européenne qui constitue le fond de l'affaire et c'est ce que ne veulent pas comprendre les pleureuses de l'unité.
   
Ainsi les dés sont jetés. Il y aura deux candidats se réclamant de la gauche et, à moins d’événements extraordinaires, la bataille des élections présidentielles devrait se jouer entre les trois candidats principaux de la droite, Emmanuel Macron, François Fillon et Marine Le Pen. Nous pouvons déplorer cette situation et crier « unité de la gauche » en trépignant, la réalité sociale et politique s’impose et nul n’a le pouvoir magique de la transformer, fût-ce avec des pétitions, des suppliques et des objurgations en tous genres. Les candidatures de Jean Luc Mélenchon et de Benoît Hamon ne sont pas le résultat d’une guerre des egos, même si cet aspect existe, ni d’une volonté diabolique de l’un, de l’autre ou des deux de précipiter la défaite. Il y a des causes profondes.
 
En vérité, ce que cette situation met en lumière, c’est que la gauche n’existe plus. Formation transitoire, née au début du vingtième siècle de l’alliance de la bourgeoisie républicaine, les radicaux, et du mouvement ouvrier, formation ambiguë qui reposait sur l’idée d’une conciliation à long terme des intérêts de la bourgeoisie éclairée et des travailleurs, la gauche a toujours eu une existence mouvementée et fort incertaine.
 
La création du Parti Communiste Français (PCF) en 1920 est une fracture claire, vingt ans après l’affaire du capitaine Alfred Dreyfus. Le parti né de la révolution russe ne fait pas partie de la gauche, il s’oppose au cartel des gauches qui associe la Section Française de l'Internationale Ouvrière (SFIO) au parti radical. Aux vingt et une conditions d’adhésion à l’Internationale Communiste est ajoutée une vingt deuxième condition spécifique à la France, l’interdiction d’appartenir à la franc-maçonnerie, carrefour privilégié des rencontres entre les chefs socialistes et les bourgeois de toutes obédiences, union de la gauche dont l’influence parlementaire fut si importante. Il faudra attendre 1935 et la création du Front Populaire pour que se reconstitue la gauche. Et cette reconstitution ne survivra pas au pacte germano-soviétique et à la mise hors la loi du PCF. Dans les années qui ont suivi la Libération, un scénario semblable se reproduit. Après le gouvernement d’union nationale issu de la résistance, la guerre froide met le PCF hors de la gauche. Comme le dit Guy Mollet, les communistes ne sont ni à droite, ni à gauche. Ils sont à l'est. Face à Charles de Gaulle, là encore la gauche se brise. Alors que Guy Mollet avait été investi à la tête du Front Républicain en 1956 grâce au soutien du PCF, c’est le même Guy Mollet qui engage la guerre à outrance en Algérie et ouvre la voie à Charles de Gaulle et à une première saignée dans l’électorat communiste.
 
Et encore, je n’ai évoqué ici que les rapports entre le PCF, la SFIO et le parti radical. Jusqu’aux années 1970, les trotskistes se sont toujours clairement opposés à la gauche. Quand la Ligue Communiste d'Alain Krivine décide en 1972 de soutenir l'union de la gauche, nouvellement formée, elle se heurte à l’hostilité interne de militants comme Gérard Filoche qui dénonce l’alliance avec la bourgeoisie et à l’hostilité externe de la plupart des autres courants du trotskisme, Lutte Ouvrière, Organisation Communiste Internationaliste (OCI), Ligue Spartakiste et Contre le Courant. Sans parler non plus de tous ces courants ouvriers anarchisants ou anarcho-syndicalistes qui sont restés longtemps influents dans le mouvement ouvrier français.
 
Bref, l'union de la gauche n’a jamais été qu’un slogan politique et non le contenu de l’histoire sociale et politique dans ce pays. Certes, à la base, il y a toujours eu plus ou moins un sentiment vague de communauté d’aspirations politiques mêlant républicanisme, patriotisme et revendications sociales. Ce sentiment populaire très ancien dans notre pays croyait trouver une expression politique dans l’alliance des partis ouvriers et des radicaux laïcs et anticléricaux. Mais cette formule politique a surtout fonctionné comme le moyen de trahir les revendications populaires et de faire rentrer dans le rang le mouvement social. Les acquis sociaux de 1936 sont le produit de la grève générale qui contraint la bourgeoisie à faire appel à Léon Blum pour calmer le jeu.
 
Les acquis de la Libération sont le fruit du mouvement quasi-insurrectionnel de la Libération, mouvement qui a vu s’instaurer brièvement un véritable double pouvoir dans le pays. Le mouvement de mai et de juin 1968 ignore totalement l'union de la gauche qui avait pourtant mis Charles de Gaulle en ballottage en 1965 et ne lui avait laissé qu’un siège de majorité en 1967. Identifier le mouvement populaire avec ses exploiteurs politiques est une grave erreur.
 
Manuel Valls a dit deux choses très vraies, avant de vouloir devenir le candidat du Parti Socialiste. Il a dit, premièrement, qu’il fallait changer le nom du Parti Socialiste et se débarrasser de cette étiquette socialiste devenue vide de sens. Il a dit, deuxièmement, qu’il y a deux gauches irréconciliables. Que le Parti Socialiste ne soit plus socialiste, à quelque titre que ce soit, même celui du réformisme le plus plat, c’est évident. Je renvoie à l’ouvrage que Jacques Cotta et moi-même avons publié en 2001, l'Illusion Plurielle, aux éditions Jean Claude Lattès. Qu’il y ait deux gauches irréconciliables, c’est non moins évident et ce depuis au moins les années 1982 et 1983. François Mitterrand est élu en 1981 sur la base d’un programme formellement anticapitaliste. Il s’agissait même, disaient quelques ténors du Parti Socialiste, de sortir du capitalisme en cent jours, rien que cela. C’était, en tout cas, un programme à côté duquel celui de Jean Luc Mélenchon en 2017 semble très rose pâle. Il a fallu moins de deux ans pour que tout cela soit balayé. Jacques Delors impose dès l’automne 1981 une pause suivie d’un tournant de la rigueur en 1982 et en 1983 et finalement d’une réorientation radicale à droite avec le premier gouvernement de Laurent Fabius préposé au sale boulot, selon ses propres termes, de la liquidation des bastions de la classe ouvrière. Sur quoi tout cela s’est-il joué ? Tout simplement sur la question de l’Europe. Fallait-il adapter la politique de la France au système monétaire européen ou, au contraire, aller vers une autre politique, plus indépendante, éventuellement protectionniste et plus étatiste ? Nous le savons, Pierre Mauroy et Jacques Delors ont obtenu gain de cause et c’est le choix européen qui a balayé les derniers espoirs d’une gauche réformiste de transformation sociale. Chez François Mitterrand, ce ne sont d’ailleurs pas tant les raisons économiques qui l’ont emporté que les considérations géostratégiques et notamment son atlantisme invétéré, révélé au grand jour par l’accueil triomphal réservé à Ronald Reagan au sommet de Versailles en 1982 et par le fameux discours devant le parlement allemand, « les pacifistes sont à l’ouest et les missiles sont à l’est », apportant son soutien à la stratégie américaine visant à démanteler l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS).
 
Il n'y a rien de nouveau sous le soleil donc. Le rocardien Benoît Hamon est « indéfectiblement attaché à l’intégration européenne », selon sa déclaration sur France-Inter, le Lundi 27 Février 2017, tandis que Jean Luc Mélenchon a entrepris, à reculons, certes, de rompre, sans jamais le dire, avec son passé mitterrandiste. Il y a deux gauches irréconciliables donc, parce qu’il est impossible d’avancer, même timidement, dans la voie de la satisfaction des revendications sociales si nous restons indéfectiblement attaché à l’intégration européenne. Certes, comme nous l'avons montré il y a peu, le programme de Jean Luc Mélenchon est loin d’être satisfaisant et le soutien qu’on peut lui apporter ne peut guère être qu’un soutien critique et insoumis aux injonctions de communier dans le culte du chef. Mais entre le timide programme de Jean Luc Mélenchon et le hollandisme à peine repeint en rose de Benoît Hamon, il y a un fossé. Que des militants socialistes ou communistes se laissent prendre encore au vieux piège de l'union de la gauche sans comprendre ce qui est vraiment en cause est tout à fait étonnant. Gérard Filoche et ses amis font de fait campagne pour que Jean Luc Mélenchon se désiste au profit de Benoît Hamon. Mais si une telle éventualité, écartée aujourd’hui, semble-t-il, se réalisait, cela ne signifierait pas du tout une éventuelle victoire de la gauche, la défaite de ce candidat unique est presque assurée, mais la disparition du maigre espoir que se reconstitue un mouvement social populaire digne de ce nom en France.
 
Ce serait laisser la critique de l’Europe à Marine Le Pen qui parachèverait ainsi sa conquête des classes populaires et notamment des ouvriers. Vu des Catégories Socio Professionnelles (CSP) supérieures et du « boboland », Benoît Hamon fait certes un candidat de gauche présentable. Mais cette gauche-là a définitivement disparu du cœur et des pensées des classes populaires.
 
Elle incarne cette nouvelle petite-bourgeoisie satisfaite d’elle-même et de ses valeurs et si prompte à faire à tout le monde des leçons de morale insupportables. Se rallier à Benoît Hamon au nom de l’unité de la gauche et de l’efficacité, c’est tout simplement vendre son droit d’aînesse pour un plat de lentilles, dans lequel il y aura d’ailleurs plus de cailloux que de lentilles.
 
En 1977 et jusqu’en 1981, je me souviens avoir fait campagne pour l’unité dès le premier tour et donc pour l’unité en faveur du candidat socialiste. À l’automne 1980, je faisais signer pour le vote pour François Mitterrand dès le premier tour des élections présidentielles. Et effectivement dans les conditions de l’époque, la candidature de Georges Marchais, tout comme la ligne de la deuxième gauche de Michel Rocard, était une candidature de division au service de Valéry Giscard d'Estaing et de la bourgeoisie française. Aujourd’hui, la candidature de division, la candidature clairement contre Jean Luc Mélenchon est celle de Benoît Hamon.

Nos petits camarades filochards et autres devraient réfléchir au changement qu’induit le changement des situations avant de répéter bêtement des slogans vieux de quarante ans.


Du MDC au MRC, la désagrégation du chevènementisme, par Denis Collin

Le 27 février 2017


Il apparaît donc que faute de pouvoir se présenter, le candidat du MRC (ex-parti de Jean-Pierre Chevènement) va se rapprocher de Benoît Hamon. Certains de mes amis,  partis par défiance envers Mélenchon, s’étaient engagés derrière Bastien Faudot. Personnellement, je n’ai jamais cru à cette option. Il se trouve que j’ai une certaine expérience du courant chevènementiste. Je ne suis pas un historique du CERES, mais j’ai rejoint Chevènement au moment de la campagne pour le « non » au référendum sur le traité de Maastricht en 1992, après avoir quitté le PS au moment de la guerre du Golfe de 1991 que Chevènement avait condamnée. J’ai adhéré au Mouvement Des Citoyens que j’ai largement contribué à créer dans mon département. J’ai même été élu sur la liste du maire d’Évreux au titre du MDC en 1995. Le premier adjoint nous avait d’ailleurs rejoints. Les choses se sont gâtées avec la « gauche plurielle » que le MDC soutenait, y compris au plan gouvernemental avec la participation de Chevènement au gouvernement Jospin de 1997. Très vite les camarades MDC de mon département se sont demandés ce que nous étions allés faire dans cette galère puisque, avec les accords d’Amsterdam, Jospin reniait tous ses engagements sur la question européenne (engagements pourtant bien tièdes) et qu’il se lançait dans une politique de privatisations sans précédent, avec au premier chef la privatisation de France-Télécom. Nous avons donc écrit un texte en vue du congrès… Texte que la direction a rejeté en le qualifiant de « lambertiste » ; quand on connaît la composition du MDC-27 à l’époque ce qualificatif était on ne peut plus saugrenu… Cela ne nous a pas empêché de soutenir la candidature de Chevènement 2002… avec un comité « Pôle républicain » relativement important, rejoint par des militants syndicaux en vue. On sait comment l’affaire s’est terminée. Les minauderies de Chevènement en direction de Villiers et de la droite dite « nationale » ont passablement déboussolé les militants et au lendemain de l’élection de 2002, il ne restait plus rien de cette aventure.

Mon ami Cotta et moi-même avions rencontré à sa demande Chevènement après la publication de notre livre « L’illusion plurielle » en 2001. Le chef consultait… Nous lui avions donné notre avis : il était le représentant légitime du socialisme dans ce pays, il avait écrit le programme de Metz (1979) et il était donc le seul à pouvoir assumer la continuité de la gauche. Nous lui avions clairement dit que le cœur de cible de sa campagne ne devait pas être la droite gaulliste mais d’abord les ouvriers communistes en déshérence. Il n’a évidemment tenu aucun compte de notre avis et a fait tout le contraire. J’ai la faiblesse de penser que son erreur historique est là. Toute la suite de l’histoire du MRC est là-dedans : entre la chimère d’une alliance des « républicains des deux rives » et le ralliement de fait au PS (soutient à Royal en 2007) au mépris de tout principe politique : ce parti était condamné à la dislocation qui aboutit … au départ de son chef vers d’autres rives !

Je continue d’écouter attentivement Chevènement – bien que je croie qu’en ce moment il se trompe beaucoup. Mais son courant politique est voué à une prompte disparition.

Je termine par une remarque : à certains moments importants, guerre du Golfe de 1991 ou référendum de 2005, Mélenchon et Chevènement ont été proches. Mais on ne peut pas mettre deux coqs dans le même poulailler. L’existence d’un courant socialiste, républicain, hostile à l’OTAN et partisan de l’émancipation des peuples pouvait fournir la base d’un rapprochement qui n’a jamais eu lieu et n’aura pas lieu. Les deux « chefs » en portent la responsabilité.


 

Unité ou division ? Editorial de  Daniel Gluckstein

Editorial de la Tribune des travailleurs du 22 février 2017

 


À deux mois de l’élection présidentielle, tout serait-il joué ?

Examinons la situation du point de vue qui est le nôtre : la lutte de classe.

Dans la période écoulée, le centre de la lutte de classe fut la mobilisation pour le retrait de la réforme El Khomri. Une réforme dénoncée à juste titre dans et par les organisations ouvrières comme la porte ouverte au démantèlement de tous les droits.

Cette loi, trois candidats – Macron, Fillon, Le Pen – s’engagent à l’appliquer et à aller plus loin dans la destruction des droits ouvriers.

Deux candidats se sont déclarés favorables à l’abrogation.

À quelle condition les millions de travailleurs qui ont fait grève et manifesté pour le retrait de la réforme El Khomri pourraient-ils prendre cet engagement au sérieux ? À la condition de l’unité : un seul candidat sur le mandat d’abrogation.

Au lieu de quoi retentissent les clairons de la division.

Mélenchon vient d’écarter un accord avec Hamon, déclarant : « Je ne vais pas m’accrocher à un corbillard. » Hamon, sur le même registre, a répondu qu’il « ne courrait pas après Mélenchon ».

On pourrait bien sûr disserter sur les programmes : Hamon a mis de l’eau dans son vin, évoquant une réécriture de la loi Travail plutôt que son abrogation ; Mélenchon, lui, vient de faire connaître un ambitieux programme de relance économique.

Au-delà de ces différences, on retiendra un point commun : Hamon se propose de convaincre le gouvernement de grande coalition d’Allemagne de négocier un nouveau traité européen ; Mélenchon conclut l’exposé de son programme par l’engagement de renégocier les traités européens pour obliger la Banque centrale européenne à racheter les dettes de la France.

On leur souhaite bonne chance : depuis Tsipras en Grèce, on sait comment se déroulent les « négociations » avec l’Union européenne (le pistolet sur la tempe) et sur quoi elles débouchent.

On ne saurait donc affirmer que ces candidats sont, à ce stade, engagés sur la voie de la rupture avec l’Union européenne et la Ve République.

Il reste que sur une question essentielle, une unité, certes limitée, était possible. Elle reste possible. Qui lui tourne le dos prendra la responsabilité qu’au 8 mai au matin la loi El Khomri continuera de s’appliquer.

Répétons-le : l’abrogation de la réforme El Khomri imposée – directement ou indirectement – par la lutte de classe serait la voie la plus économique pour permettre à la classe ouvrière de reprendre l’initiative et d’ouvrir la voie à la rupture effective avec la politique anti-ouvrière qui a marqué cinq années de gouvernements Hollande (et les gouvernements précédents, les uns et les autres également soumis au capital financier).

Avant, pendant ou après l’élection, cette exigence s’imposera. La lutte de classe reste le moteur de l’histoire.

Sur cette perspective, construisant un parti ouvrier, nous préparons le rassemblement du 18 mars pour la rupture effective, totale, définitive, avec les institutions d’oppression et d’exploitation : l’Union européenne et la Ve République.


Jean-Luc Mélenchon et Bernard Frau font-ils ami ami ? par Houelle Jean Claude

Jeudi 2 Février 2017

Source: https://blogs.mediapart.fr/jchouelfreefr/blog/020217/jean-luc-melenchon-et-bernard-frau-font-ils-ami-ami

Ex-génération écologie, ex-fabusien(PS), ex-Pasqua-de Villiers, ex Modem et aujourd'hui chez Mélenchon...


Comment Jean-Luc Mélenchon sélectionne-t-il les candidats de la France Insoumise aux prochaines élections législatives ? Le cas de Bernard Frau, dans la quatrième circonscription de l'Eure, a fait tomber de l'armoire des membres du Parti de Gauche.
 
Un ami mélenchoniste sincère de la première heure en est tombé de l’armoire. Moi-même, j’ai cru à une mauvaise blague, un fake comme dirait Donald Trump. Et puis vérification faite, il semble bien qu’un comité Théodule de citoyens de base ait procédé à la désignation de son candidat aux prochaines élections législatives avec l’étiquette de la France Insoumise. Cette France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon dont le sérieux et la sincérité ne sauraient être mis en cause mais dont le jugement, concernant les futurs candidats se réclamant de lui, me semble particulièrement altéré.
 
Parlons clair. Bernard Frau sera le candidat de la France Insoumise dans la circonscription de Louviers au mois de juin 2017. Chers lecteurs de ce blog, vous avez bien lu. J’évoque le cas de Bernard Frau, dont il faut conter les mille méandres politiciens de cet opportuniste. Il suffit de lire le pedigree de cet homme multicarte pour s’interroger et se poser cette question. Comment Jean-Luc Mélenchon peut-il accepter d’accoler le nom de son mouvement et ses objectifs à un candidat aux convictions si élastiques ?
 
Bernard Frau a débuté sa carrière politique au sein de Génération Ecologie, le mouvement antédiluvien de Brice Lalonde dont tout le monde a oublié le nom. Avec cette étiquette, il est devenu maire d’une ville moyenne de Seine-Maritime. Il a enchaîné en devenant fabiusien donc socialiste. Mécontent du Parti Socialiste pour des raisons diverses liées à des candidatures refusées, Bernard Frau est allée faire un petit tour chez Charles Pasqua et Philippe de Villiers avant de rejoindre le Mouvement Démocrate (MODEM) dont il a été le candidat aux élections législatives de 2007. Je n’en suis pas tout à fait certain mais je ne serais pas étonné d’apprendre que Bernard Frau a tenté d’écrire une nouvelle page de son roman national auprès du Parti Radical de Gauche (PRG) de l’Eure. Même si ce parti ne compte que quelques membres, il ne s’est pas encombré de ce fardeau, trop lourd à porter.
 
En bisbille avec François Bayrou, donc, Bernard Frau a quitté le MODEM et poursuivi son tour de la mappemonde politique en rejoignant une improbable coalition écologique où il connut, comme à son habitude, un échec cuisant lors des dernières élections régionales de 2012. Le connaissant, j’imaginais qu’il tenterait le coup auprès d’Emmanuel Macron et son mouvement En Marche, mais la place était déjà occupée, Franck Martin ayant tiré le premier et distancé son ami de Pinterville. Que restait-il comme mouvement ou parti encore disponible lors des prochaines échéances ? Je vous le donne en mille, la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Bernard Frau déguisé en petit mutin, que voilà un candidat caméléon.
 
Comment Jean Luc Mélenchon en est-il arrivé là ? Si je comprends bien le fonctionnement de son mouvement, des comités composés de citoyens recrutés sur la base du volontariat ont étudié les candidatures des volontaires aux élections législatives du mois de juin 2017 et ils ont désigné le meilleur de leurs représentants ou le plus verbeux ou le plus expérimenté en campagnes politiciennes. Il va sans dire que dans ce domaine Bernard Frau est imbattable. Mais qu'en est-il de ses convictions profondes ?
 
J’avais cru comprendre que Jean-Luc Mélenchon et son entourage plaçaient haut les valeurs de la gauche sociale, écologique et solidaire. Si telle est vraiment la volonté de la France Insoumise, Bernard Frau ne répond pas aux exigences de ce mouvement ni à ses aspirations.
 
Jean-Luc Mélenchon ne lira sans doute pas ce billet de blog. Ce sera dommage mais quand même. Que penser des outils de sélection d’un mouvement qui dit avoir changé de logiciel, refusé les caciques et les chevaux de retour ? Quand n’importe quel Bernard Frau peut devenir le candidat d’une gauche radicale forcément morale, c’est que quelque chose cloche quelque part.


Hamon ? Ha non ! Il ne veut même plus abroger la loi El Khomri

Mardi 21 février 2017.

Source : http://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/carriere/vie-professionnelle/droit-du-travail/video-benoit-hamon-veut-une-nouvelle-loi-travail-et-non-plus-son-abrogation_2066009.html



Pour visionner la vidéo de l’émission de RTL dans laquelle benoit Hamon explique les aspects positifs de la loi EL Khomri et pourquoi il ne veut plus l’abroger, cliquer sur l’adresse URL portée en source (haut de page, couleur rouge).

Le candidat socialiste à l’élection présidentielle est revenu sur sa promesse d’abroger la loi El Khomri s’il était élu à l’Elysée.

Faut-il y voir un geste d’apaisement adressé aux socialistes réformateurs ? Invité du Grand Jury, dimanche 19 février, sur RTL, Le Figaro et LCI, Benoît Hamon a déclaré qu’il voulait une nouvelle loi Travail. Le candidat socialiste à l’élection présidentielle ne promet donc plus, comme il l’avait fait pendant la campagne de la primaire de la gauche, d’abroger la loi El Khomri, symbole de la fracture entre la majorité et les électeurs de gauche.

Compte personnel d’activité, droit à la déconnexion, garantie jeune... L’ancien "frondeur", qui avait signé la motion de défiance contre le gouvernement de Manuel Valls après le recours à l’article 49.3 pour faire adopter cette réforme controversée sans vote des députés, a listé les mesures qu’il entendait conserver dans la loi El Khomri.

Benoît Hamon veut "une nouvelle loi Travail" et non plus son abrogation

"Sans état d’âme"

Mi-janvier, le candidat tenait un tout autre discours. "Je commencerai par un geste très politique et très symbolique", déclarait-il devant l’Association des journalistes de l’information sociale (Ajis). "Sans état d’âme, j’abroge la loi travail", symbole, disait-il, "d’un déni de démocratie".

A l’époque, il jugeait que la garantie jeunes n’aurait "plus forcément vocation à exister" du fait de la mise en place d’un revenu universel, qui serait, dans une première étape, ouvert notamment aux jeunes de moins de 25 ans. Ce dispositif "serait finalement avalé par le revenu universel d’existence qui a une portée bien supérieure à la garantie jeunes", a-t-il affirmé.


Syndicalistes, nous marcherons le 19 mars, appel

France, Inégalités, genre, race, classes, Justice, Luttes, Police, Syndicats…

Source :https://blogs.mediapart.fr/marche19mars/blog

21 février 2017


Syndicalistes nous prendrons part à la Marche du 19 mars pour la justice et la dignité. Pourquoi ? Parce que nous n’entendons pas séparer antiracisme et question sociale. Une tribune signée par des militant.e.s CGT, SUD-Solidaires, CNT-SO, FSU.

Aujourd’hui, qu’il s’agisse d’islamophobie, d’antisémitisme, de négrophobie, de rromophobie, de stigmatisations anti-asiatiques…le racisme sous toutes ses formes prospère, nourri de dizaines d’années de politiques d’État réactionnaires et antisociales et puisant aux sources d’une domination coloniale et néo-coloniale passée et présente.

Aujourd’hui les discriminations, les stigmatisations, les violences, notamment policières (pouvant conduire jusqu’à la mort) frappent au quotidien jeunes et moins jeunes racisé.e.s dans les quartiers populaires…

Ce ne sont pas des « dérapages », des « bavures », mais bien la conséquence d’un racisme systématisé et banalisé. L’islamophobie tient une place particulière dans ce sinistre concert. Propagée par une stratégie consciente de l’extrême droite occidentale, elle s’appuie sur l’idée nauséabonde de « choc des civilisations » qui a favorisé les gains électoraux, de Le Pen à Trump.

Mais elle ne se cantonne pas à l’extrême droite : dès 1983 on a vu des ministres socialistes dénoncer les grèves des ouvriers de l’automobile en les accusant d’être manipulées par des « musulmans, des chiites, des religieux », les grévistes étant pour la plupart des travailleurs immigrés. C’est pourtant pour leurs droits d’ouvriers et leurs salaires qu’ils se battaient. Elle est devenue un invariant des diversions d’État face aux mobilisations sociales : depuis 2003, il n’est pas de mouvement social qui ne soit immanquablement suivi d’une affaire du « voile » ou du « burkini », orchestrée pour l’occasion en psychodrame national.

Nous voulons le dire ici avec force : le racisme, dans toutes ses dimensions, contribue à diviser toutes celles et tous ceux qui subissent une société d’injustice fondée sur la domination d’une classe sociale qui organise et profite du système capitaliste sur une autre qui produit les richesses et fait fonctionner la société quotidiennement par son travail.

Si les discriminations ne se réduisent pas à la domination sociale, elles s’articulent à celle-ci pour la renforcer. Combat social et antiraciste, loin d’être antagoniques, doivent se nourrir l’un l’autre. Il n’y a pas de place pour les divisions racistes dans nos luttes et nos résistances, et nous devons nous y opposer partout où elles se manifestent. Les alternatives élaborées dans nos mobilisations portent la revendication de l’égalité.

Sur les lieux de travail nous combattons les discriminations et mesures racistes. Bien des travailleurs et travailleuses racisé.e.s s’organisent d’ailleurs syndicalement. Nous sommes de longue date au côté des travailleurs et travailleuses sans papiers et dans les réseaux de solidarité avec les réfugié.e.s.Dans la société, dans les quartiers populaires, l’auto-organisation des victimes du racisme progresse. Les organisations syndicales n’ont pas à s’y substituer, mais elles doivent activement la soutenir. Les mobilisations pour la justice et la vérité pour Adama Traoré, pour la justice pour Théo Luhaka, ne faiblissent pas. La marche pour la justice et la dignité du 19 mars, initiée par les familles des victimes de violences policières est maintenant appelée par de nombreuses organisations. Une force, un front antiraciste et social peut se dessiner, c’est en tout cas une urgence à laquelle il faut s’atteler. Les syndicalistes doivent pour cela prendre une part active à la réussite de cette marche.

Parce que notre syndicalisme ne s’arrête pas aux portes des services et des entreprises mais qu’il porte résolument en lui une autre société, où l’égalité n’est pas négociable.

Nous marcherons le 19 mars.

Signatures :

Verveine Angeli (Solidaires), Jean-Baptiste Boissy (Fédération des sociétés d’études CGT), Matthieu Brabant (Ferc-CGT), Annick Coupé (Solidaires), Laurence De Cock (Snes-FSU), Fabien Delmotte (CNT-SO), Gaëlle Differ (Secrétaire fédérale SUD PTT), Hervé Falcetta (CGT Construction Bois Ameublement Toulouse), Anaïs Flores (SUD éducation 93), Guillaume Goutte (Syndicat des correcteurs CGT), Jean-Yves Lesage (Syndicat du Livre CGT), Alexis Louvet (CGT RATP Bus), Hugo Reis (Secrétaire fédéral SUD PTT), Théo Roumier (Solidaires Loiret)

Pour nous contacter ou nous rejoindre : syndicalistes19mars@gmail.com

Toutes les informations sur la Marche du 19 mars pour la justice et la dignité sur le blog dédié : https://blogs.mediapart.fr/marche19mars/blog


Keith Ellison, candidat à la direction du parti démocrate des Etats Unis, par Pierre Carrey

Source : http://www.liberation.fr/planete/2017/02/23/un-pro-sanders-pour-ranimer-les-democrates-americains_1550661


Le parti démocrate des Etats Unis, divisé et sonné par sa défaite contre Donald Trump, choisit Samedi 25 Février 2017 son nouveau leader. Parmi les favoris, le député du Minnesota, Keith Ellison, est le représentant d’une ligne bien ancrée à gauche. Mais ce n'est pas sûr que les caciques le suivent.
 
Keith Ellison a trois atouts pour devenir Samedi 25 Février 2017 le nouveau leader du parti démocrate des Etats Unis, il est de gauche, musulman et noir. Il a aussi trois handicaps, il est musulman, noir et de gauche. Dans l’Amérique de Donald Trump et des manifestations contre Donald Trump, chacun de ces critères vaut son poids de haines et de bulletins. Keith Ellison, cinquante trois ans, avocat de formation, élu depuis 2007 député du Minnesota, un état d’électeurs blancs et mâles dont on dit qu’ils filent républicains par revanche mal placée ou par exaspération d’une crise sociale qui dure, est rompu aux déchirements.
 
A dix neuf ans, il appelle des associations étudiantes à effacer un graffiti raciste sur les murs de l'université, la police s’en mêle et arrête un militant, Keith Ellison devient un porte-voix contre les brutalités.
 
En 2009, il squatte l’ambassade du Soudan à Washington pour protester contre ce gouvernement africain qui bloque l’aide alimentaire au Darfour. C'est lui qui termine au poste. Le premier, il s’est lancé dans la compétition pour devenir chairman des démocrates, à peine six jours après la gifle à Hillary Clinton.
 
Il entend recoudre le parti démocrate des Etats Unis, puis les Etats Unis. Qu’il ne découpe pas en tranches communautaires et électorales, mais qu’il prend comme un tout. Plutôt que de minorités, Keith Ellison parle de solidarité.

Dans son livre paru en 2014, il emploie des mots nouveaux ou oubliés, comme la « politique de la générosité et de l’intégration ». L’élu se fait fort de réunir « toutes les couleurs, toutes les cultures et toutes les religions ». Il est le tenant d’une ligne bien à gauche au sein d’un parti déporté sur la droite, seulement gauchi l’an passé, peut-être sous une fine couche d’illusion. Cet authentique libéral au sens américain du terme, candide, mais pas ramolli, utopiquement réaliste, est réfractaire au capitalisme sauvage, hostile à la peine de mort et à la prolifération des armes à feu.
 
Keith Ellison rappelle un peu ce que Barack Obama fut dans sa jeunesse et ce qu’il a un peu oublié à la Maison Blanche. Il emprunte d’ailleurs à l’ancien président quelques formules de discours, même s’il cite plus volontiers Martin Luther King, pacifiste incandescent. D’autres voient en lui un nouveau Jesse Jackson, le pasteur noir classé très à gauche, actif dans les années 1970 et 1980, un adversaire potentiel pour William et Hillary Clinton qui s’est retrouvé errant aux marges de son propre parti.
 
Depuis le mois de novembre 2016, Keith Ellison est parrainé par d’illustres figures de la gauche américaine, à commencer par Bernie Sanders, le candidat malheureux aux élections primaires du parti démocrate, Elizabeth Warren, la sénatrice qui monte sur le ring face aux républicains, ou le maire progressiste de New York, Bill de Blasio. La base militante pourrait s’en réjouir, mais ce sont les caciques qui voteront pour leur président Samedi 25 Février 2017 à Atlanta, partagés entre le fantasme d’un consensus fédérateur et la conscience que la crise financière de Wall Street, les violences contre les noirs et l’avènement de Donald Trump ont réveillé ce qui restait de gauche dans le pays.
 
Mais, au mois de décembre 2016, la droite qui crache a trouvé le scandale de Keith Ellison. La chaîne Fox News a armé son missile. Ce musulman, le premier de l’histoire à rejoindre la chambre des représentants, le premier donc à prêter serment sur le coran, un exemplaire de 1815 qui appartenait à Thomas Jefferson, fut accusé d’avoir soutenu Louis Farrakhan au début des années 1990, le leader du mouvement Nation of Islam, révolté contre la misère ou la drogue et coupable de propos antisémites. Par effet d’association, Keith Ellison a été repeint, à tort, en antisémite. Comme il l’a expliqué, il défend l’existence de deux états, Israël et la Palestine, mais vote des subventions au gouvernement de Tel-Aviv.
 
Keith Ellison se méfie moins des ordures de la droite que des détestations endémiques du camp démocrate. Mais il ne laisse pas passer les baisers empoisonnés de la bande à Donald Trump. Cette semaine, le président s’est fendu d’un tweet en personne, presque en forme de soutien, « une chose que je voudrais dire au sujet du député Keith Ellison, dans sa bataille pour le parti démocrate, c’est qu’il est celui qui a prédit de bonne heure que j’allais gagner ». C’était au mois de juillet 2015. Keith Ellison sentait l’Amérique gronder, ce que ses camarades démocrates ne sentaient pas.
 
Les compliments de Donald Trump a minima ne l’impressionnent pas. Il s’est dit partisan, Mercredi 22 Février 2017, de lancer contre lui une procédure d’impeachment à la première occasion.
 
Qu’il soit ou non élu à la tête du parti démocrate, Samedi 25 Février 2017, Keith Ellison pourrait peut-être briguer l’investiture pour les élections présidentielles de 2020. S’il est toujours là, il affronterait Donald Trump, son antithèse exacte. Celui qui défait les liens. Mais prudence, Keith Ellison le sait, ses partisans tout autant. Les prophètes de la gauche américaine ont souvent mal fini, entre reniements et disparitions subites des arcanes du pouvoir.


Le discours unitaire de Benoît Hamon et Jean-Christophe Cambadélis n’était qu’une posture électoraliste, par Gilles Alfonsi

24 février 2017

Publié sur le site de Cerises.

mercredi 1er mars 2017.

Source : https://www.ensemble-fdg.org/content/un-avenir-desirable-mais-insoumis-la-finance



 
"Au secours, la gauche plurielle revient !", avons-nous pensé alerter ces derniers jours ! Heureusement, tout le monde a vite compris que le discours unitaire de Benoît Hamon et Jean-Christophe Cambadélis n’était qu’une posture électoraliste. Rappelons que les années de gouvernement de la gauche plurielle, alliance du PS, du PCF et des Verts entre 1997 et 2002, furent notamment marquées par des privatisations massives. Elles aboutirent au premier tour de la présidentielle de 2002 à l’élimination au premier tour du candidat "socialiste" Lionel Jospin, à la marginalisation du PC, à la présence du Front national au second tour et à l’élection de Jacques Chirac.

Voilà qu’aujourd’hui le Parti communiste marie la carpe du soutien à Jean-Luc Mélenchon et le lapin d’un improbable "pacte pour une nouvelle majorité de gauche". Le PCF « appelle les candidats et les forces de gauche à intensifier leurs discussions jusqu’à conclure ensemble un pacte de majorité pour gouverner la France », proposant de débattre d’un "programme de rupture". On se perd en conjectures : s’agit-il pour le PCF d’une tactique habile (?) pour mettre le candidat "socialiste" sur la défensive et capter des voix ? Ou, plus simplement, s’agit-il d’aboutir à quelques accords législatifs lui permettant de sauver ou de reconquérir des sièges ?

Quoi qu’il en soit, il se trouve que Benoît Hamon baigne dans un océan de contradictions. Il souhaite l’abrogation de la loi El Khomri et la sortie du nucléaire (d’ici 2050), mais, vu ce que sont les investitures du Parti socialiste pour les élections législatives2, en cas de victoire, il n’aura aucune majorité pour faire voter ces lois. Il est ainsi largement tributaire de son parti et de ses candidats, parmi lesquels... Myriam El Khomri et Luc Cavournas, adorateur de « l’action protectrice et réformatrice » d’Hollande et Valls. Faute des ruptures que les frondeurs n’ont malheureusement pas accomplies, la candidature Hamon sert à limiter les dégâts pour le Parti socialiste, ce qui peut préparer une bonne vieille cure d’opposition, ce qui n’enlève rien au fait que sa victoire lors de la primaire exprimait des exigences positives. Benoît Hamon ne cesse de répéter qu’il entend incarner un avenir désirable. Attachons-nous à ce que cet avenir soit insoumis à la finance et notamment porteur d’une vision alternative de l’Union européenne.

 


La campagne de François Ruffin est lancée, par Ensemble

Source : https://www.ensemble-fdg.org/content/la-campagne-ruffin-est-lancee


C'est une première nationale. L'unité de toute la gauche de transformation sociale et écologique est désormais réalisée dans la première circonscription de la Somme. Vendredi 17 Février 2017, le lancement de la campagne de François Ruffin a eu lieu à Flixecourt. Soutenu par Ensemble, Europe Ecologie Les Verts (EELV), le Parti Communiste Français (PCF) et le Mouvement de la France Insoumise, le comité de campagne Picardie Debout a rassemblé plus de six cent personnes au cœur de la circonscription, dans la ville ouvrière symbole du paternalisme patronal de la fin du dix-neuvième siècle. Là où débute aussi le film Merci Patron et ou a débuté la fortune de Bernard Arnault.
 
Un départ en fanfare, en picard, en soutien aux salariés de Whirlpool, aux auxiliaires de vie du département, aux Bigard et aux Goodyear et un candidat en stand-up qui pointe les revenus du capital et l'unité du combat. Une candidature qui vise à « ne pas séparer écologie et social, car dans ces deux combats, nous affrontons le même ennemi ». Une campagne pour « lutter contre le fatalisme, la résignation et le marinisme », qui constate que « la frontière entre la droite et la gauche passe à l'intérieur du Parti Socialiste » et qui affirme que « le cœur de la gauche bat ici et pas ailleurs ». L’incarnation d’une posture enfin, celle de la marionnette du quartier Saint-Leu d'Amiens, la première zone industrielle de la ville, qui « donne des coups de pieds aux culs des notables et des bourgeois ».
 
Une dynamique pour un territoire qui a du potentiel, fruit d’un découpage électoral particulier même s'il ne s'agit plus de la circonscription du communiste Maxime Gremetz. Elle rassemble la moitié d'Amiens, l'ensemble d'Abbeville et englobe le Val de Nièvre. Il y a trente ans quelques vingt-cinq mille salariés de l'industrie textile y travaillaient et aujourd’hui encore la majorité des salariés de la zone industrielle d'Amiens y résident. Bref, elle est de gauche et la députée qui y a été élue en 2012, Pascale Boistard, actuelle secrétaire d'état de Bernard Cazeneuve après avoir été celle de Manuel Valls, espère bien échapper à la sanction.
 
Cette unité a été rendue possible par le capital symbolique entourant le candidat tout d’abord. François Ruffin est un activiste mi local, mi national. Il a fondé Fakir à Amiens, mais a développé un journal national depuis 2008. Il a participé à de nombreuses luttes locales et a déjà été actif dans une campagne électorale, la campagne contre Gilles de Robien en 2008.
 
Son film Merci Patron a permis à des tas de spectateurs de rigoler en démontrant que « les riches ne sont puissants que parce que l'on est à genou ». Il a été très actif dans le mouvement contre la loi travail et il a été une des chevilles ouvrières du Mouvement des Nuits Debout avant de répondre aux sollicitations de son entourage à se présenter sous condition d’unité de la gauche radicale.
 
Mais c’est surtout la dynamique citoyenne qui s’est avérée décisive pour faire de cette perspective de campagne une réalité. A commencer par les trois cent militants syndicaux, associatifs ou politiques, qui ont signé un appel de soutien à la candidature pour faire pression contre les organisations politiques. Mais aussi grâce aux relais que la dynamique a pu trouver dans certains secteurs du PCF, d’EELV ou du Mouvement de la France Insoumise. Ensemble a apporté son soutien à l’initiative depuis l’origine. Et enfin grâce aux centaines de militants désormais présents pour coller des affiches, distribuer des tracts, faire du porte à porte, organiser des tournois de football hebdomadaires ou préparer des fougasses dans la caravane de campagne.
 
Ensemble a largement œuvré pour la réussite de cette dynamique, avec les potentialités mais aussi les limites, absence de programme collectivement conçu et posture parfois de témoignage et refusant de faire des fausses promesses, qu'elle comporte. Si ce rassemblement a pour le moment une dimension profondément locale, il doit nous servir de point d'appui pour faire la démonstration que l’unité est possible pourvu qu’une dynamique citoyenne existe. Que l’ouverture du champ politique à des groupes issus du mouvement social bouleverse le ton et les codes politiques et, de ce fait, enjoint de nouveaux secteurs à entrer dans l’action. Que lorsque l’unité est actée, elle permet d'enclencher une dynamique permettant de reprendre pied à pied le terrain, en dépassant en nombre et en dynamisme l’ensemble de nos adversaires politiques.
 
Car si la candidature de François Ruffin permet une jacquerie électorale dans la Somme tant mieux, mais l’objectif est surtout de faire de cette exception la règle pour les élections législatives à venir.


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