Blog de Robert Duguet - Mars 2018 /contact:

À l’occasion du deux centième anniversaire de la naissance de Karl Marx


LES CAHIERS DU MOUVEMENT OUVRIER

invitent à leur conférence à l’AGECA
177, rue de Charonne
(métro Alexandre-Dumas et Charonne)

le samedi 7 avril, de 14 heures à 17 heures :


Jean-Numa Ducange, historien,

François de Massot, ancien président du CERMTRI

J. N. Ducange est le préfacier de la nouvelle édition (sortie en mars 2018) de l’édition allemande de la biographie de Karl Marx, publiée en 1918 pour le centième anniversaire de la naissance de Marx, écrite par le social-démocrate allemand de gauche Franz Mehring, mort le 29 janvier 1919, deux semaines après l’assassinat de ses camarades Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg.

Cette édition est enrichie d’un énorme appareil critique rédigé par Gérard Bloch (1920-1997), militant trotskyste, auteur de la traduction et des notes de l’édition de 1984. Tout son travail n’avait pu être intégralement publié alors. C’est chose faite avec la nouvelle édition de 2018.

Cet appareil critique, outre les précisions, les corrections, les ajouts suscités par les découvertes faites depuis la rédaction de la biographie de Mehring, débusque les innombrables falsifications dont l’œuvre de Marx a inlassablement été l’objet afin d’en atténuer, d’en déformer, d’en caricaturer voire d’en nier la portée à la fois scientifique et révolutionnaire.

François de Massot ,militant trotskyste, ancien président du CERMTRI, qui a milité plus de trente ans aux côtés de Gérard Bloch, évoquera la mémoire de son camarade.

 


Gérard Bloch, enseignant à Orsay, 1960

La conception marxiste de l’Etat : Marx et la Commune, Mehring et la révolution russe, extrait de la biographie de Mehring dans le tome 1, par Gérard Bloch


 

Présentation par Robert Duguet : Pour inciter nos lecteurs à participer à cette réunion des CMO (Les Cahiers du Mouvement Ouvrier) et surtout pour qu’ils lisent cette nouvelle édition du Marx de Frantz Mehring, traduite, annotée et commentée par le militant trotskyste Gérard Bloch (1920-1987), nous avons fait le choix de publier un extrait de la biographie de Mehring rédigée par Gérard Bloch sur la question de l’Etat. La Commune est pour Marx « la forme enfin découverte par le prolétariat de l’émancipation du travail », son apport incontournable – point de vue qui a entrainé dans le mouvement ouvrier et dans la gauche par la suite un tombereau de révisions idéologiques - c’est qu’elle pose d’emblée que la vieille machine de l’Etat bourgeois doit être détruite de fond en comble. Afin que dans un processus constituant la classe des producteurs construise sa propre organisation construisant la société humaine sur d'autres bases....

Mehring, dirigeant issu de l’aile gauche de la social-démocratie allemande, avant même que Lénine à la tête d’une révolution socialiste victorieuse ne généralise cette position dans « l’Etat et la Révolution », fait une critique impitoyable de ceux qui veulent ressusciter la social-démocratie d’avant 1914. Il s’agit d’une aile de la gauche social-démocrate – le parti indépendant -, qui avait rompu mais qui voulait en fait retrouver le train-train social-démocrate de la belle époque.

En relisant cette note de Gérard Bloch, j’ai trouvé que nous étions très proches de l’actualité. Comment peut-on aujourd’hui sauver tout ce que le mouvement ouvrier a acquis dans son histoire – marqué par les secousses révolutionnaires du Front Populaire de 1936, des combats dans la résistance au nazisme et la situation révolutionnaire qui a suivi la libération en 1945, la grande grève générale de 1968 contre le Gaullisme – sans aujourd’hui poser la question de l’Etat. Le crépuscule de la société néo-libérale voit aujourd’hui ce pitoyable Macron, petite main du MEDEF et de l’Union Européenne, s’attaquer tout azimut à tous nos acquis de civilisation.

Qu’est ce qui lui permet de le faire ? Quel Etat sauvera nos services publics ? Telle est bien aujourd'hui la question centrale à poser! Sachons tirer les leçons que Marx tirait de la Commune et Mehring de la révolution russe, première révolution socialiste de l'histoire humaine.

 


 

[Un article],… le plus important, intitulé Marx et la Commune (88), est consacré à la théorie de l'Etat ouvrier, réexaminée à la lumière de l'Etat issu de la révolution d'Octobre. On le verra dans le présent livre (89) : lorsqu'il a rédigé le passage concernant l'Adresse sur La Guerre civile en France de Marx (rappelons que la première édition allemande de cette biographie est parue au printemps de 1918, mais que l'auteur a dû y mettre la dernière main un an plus tôt), Mehring ne comprenait pas encore le rapport que Marx - tirant pour la théorie de l'Etat ouvrier les leçons de la Commune - établissait entre, d'une part, la nécessité pour la classe ouvrière de détruire immédiatement et de fond en comble, au cours même de sa conquête du pouvoir, l'ancien appareil répressif de l'Etat bourgeois et, de l'autre, celle d'édifier un nouvel instrument de pouvoir, essentiellement différent, l'Etat ouvrier, qui, en même temps, était déjà, par son essence même, la négation de l'Etat, et auquel s'appliquerait la théorie du dépérissement graduel (90).

Citons plutôt [cet] article de Mehring paru le 10 juin 1918 :

« [Marx] n'a jamais... tenu pour sa tâche de mesurer de nouvelles révolutions à d'anciennes formes ; il examinait au contraire chaque révolution sous l'angle de savoir si elle apportait des découvertes de nature à favoriser la lutte émancipatrice du prolétariat, sans se préoccuper de savoir si, de ce fait, telle ou telle ancienne formule devait être mise au rancart. Il est bien connu et souvent mentionné qu'il a pris en charge sans examen, au compte de l'Internationale, les actes de la Commune de Paris après la chute de celle-ci ; il est moins connu qu'il a, pour cela, abandonné une thèse qu'il avait défendue pendant plus de vingt ans. (...) Mais Marx savait exactement ce qu'il faisait ; il était parvenu, grâce à l'histoire de la Commune de Paris, à reconnaître qu'il ne suffisait pas, comme il l'avait encore demandé dans le Manifeste communiste, de s’approprier telle quelle la machine d'Etat et de la faire fonctionner pour les fins de la classe ouvrière (91). L'ancien pouvoir d'Etat, qui ne vit plus que comme une excroissance parasite consumant le corps de la nation, doit tout d'abord être éliminé, et être remplacé par une organisation démocratique de la base au sommet. Le "véritable secret" de la Commune, comme le dit Marx dans son fameux ouvrage sur l'insurrection parisienne, « le voici : c'était essentiellement un gouvernement de la classe ouvrière, le résultat de la lutte de classe des producteurs contre la classe des appropriateurs, la forme politique enfin trouvée qui permettait de réaliser l'émancipation économique du travail » (92). Marx s'en est tenu par la suite à cette attitude et, dans les préfaces des éditions ultérieures du Manifeste communiste, il a constamment souligné que la position développée dans ce texte quant à la conquête du pouvoir l'Etat par les classes laborieuses devait être modifiée d'après l'expérience de la Commune. (...)

« Si Marx a salué avec enthousiasme ce point de départ [que fut la Commune, on peut aisément se représenter ce qu'il penserait du gouvernement soviétique, qui a déjà résolu, d'une manière sans précédent dans l'histoire universelle, et pour les masses innombrables d'un grand peuple, le problème de gouverner et d'être gouverné en même temps. (...) Il semble bien que Marx ait touché juste lorsqu'il a cru découvrir enfin dans le projet de constitution de la Commune de Paris la forme qui permettait de réaliser l'émancipation économique du travail. Car, sans que l'on puisse parler d'aucune espèce d'imitation, les soviets, qui se sont développés sous les exigences impérieuses de l'heure, se rencontrent pour l'essentiel avec les idées de la Commune. Les soviets, c'est la dictature du prolétariat, assez élastique pour que toutes les couches des classes laborieuses y aient le champ libre, et malgré cela si peu entravée dans sa capacité d'action qu'elle surpasse tous les gouvernements révolutionnaires du passé dans la judicieuse détermination avec laquelle elle exécute ses mesures révolutionnaires... »

Le quatrième article de cette série nous intéresse moins ici que la lettre ouverte aux bolcheviks, en date du 3 juin 1918 et publiée par la Pravda du 13 juin, qu'écrivit Franz Mehring, en tant que doyen du groupe Spartakus. Il faut préciser ici que les dirigeants centristes de la « Communauté du travail social-démocrate », issue de l'opposition d'un certain nombre de députés à la politique de guerre de la majorité, avaient réuni à Gotha, à Pâques 1917, la conférence de fondation du parti social-démocrate indépendant. Spartakus, avec l'accord de Mehring, avait alors décidé d'entrer dans le nouveau parti tout en conservant l'intégralité de ses principes et malgré l'opposition, notamment d'une minorité de militants spartakistes et du groupe des radicaux de Brême, ce qui suscita d'ailleurs une violente polémique.

Dans sa lettre ouverte du 3 juin 1918, Mehring fut alors le premier des dirigeants spartakistes à reconnaître que l'entrée du groupe Spartakus dans le parti indépendant avait été une erreur. Il s'y livrait à une critique implacable de ce dernier parti : « Ils veulent retrouver leur vieille social-démocratie ailemande, telle qu'elle était avant le 4 août 1914. Ils veulent revenir à l' "ancienne tactique éprouvée" avec les "brillantes victoires" d'élections générales en élections générales et les batailles victorieuses contre le "révisionnisme" de congrès du parti en congrès du parti. Ce but caractéristique de la social-démocratie indépendante n'est rien d'autre qu'une utopie et, de plus, une utopie réactionnaire. Ce à quoi elle prétend revient à déterrer un cadavre et à le farder pour lui donner une vie nouvelle... » (93). Mehring dénonçait ensuite la campagne menée par un certain nombre d'indépendants, au premier rang desquels Karl Kautsky, devenu membre de ce parti, contre les bolcheviks : « Il est au plus haut point caractéristique de ce parti qu'il honore en la personne de Kautsky un saint prophète, encore qu'il doive savoir, du moins depuis le 4 août 1914, que ce savant maître d'école ne possède pas la moindre trace de l'esprit révolutionnaire de Marx. » (94). Le groupe Spartakus, en revanche, ne s'était jamais dissimulé qu'« après l'effroyable débâcle du 4 août 1914, il était possible et nécessaire de reconstruire de fond en comble l'Internationale, et que rien d'autre ne l'était. (...) Nous ne nous sommes trompés que sur un point : lorsque, après la fondation des indépendants, nous nous sommes joints à eux organisationnellement - en préservant l'indépendance de nos positions, bien entendu - dans l'espoir de pouvoir les pousser en avant. Cet espoir, il nous a fallu l'abandonner. » (95).

Cette lettre ouverte valut à Mehring un nouveau débordement de haine de la part de Kautsky, qui écrivit contre lui une brochure à tirage restreint destinée aux cadres du parti indépendant et intitulée Franz Mehring et la Social-démocratie allemande. Non content d'y reprendre contre lui l'ensemble des accusations formulées par les révisionnistes en 1903 à propos de la prétendue vénalité de Mehring en 1878-1880, il attribuait l'élimination de celui-ci de Die Neue Zeit en 1913 à des motifs purement personnels tenant au caractère de Mehring ; le plus frappant, dans ce texte, est l'absence totale de la politique.

A l'automne de 1918, Franz Mehring, qui a été nommé le 25 juin membre de l'Académie socialiste pour les sciences sociales fondée à Moscou, tente encore une fois de répondre dans la presse légale aux calomnies diffusées par Kautsky contre le pouvoir des soviets. Cet article, intitulé Marx et les Bolcheviks, interdit par la censure, ne paraîtra que neuf ans plus tard. Le nouvel ambassadeur soviétique (96), à son poste en avril 1918 - et qui, le 5 novembre, se voit ordonner de quitter dans un délai de six heures le territoire du Reich pour avoir été pris avec une grande quantité de matériel de propagande - rend souvent visite à Mehring durant son bref séjour à Berlin.

Mehring eut encore le temps de publier quelques articles dans le nouveau quotidien spartakiste lancé après la révolution de Novembre, Die Rote Fahne [Le Drapeau Rouge], mais il fut empêché par la maladie de participer au congrès de fondation du parti communiste allemand. La nouvelle de l'assassinat de Karl Liebknecht et de Rosa Luxemburg, perpétré le 15 janvier 1919 par les soudards des corps francs sur l'ordre du gouvernement social-démocrate d’Ebert, Scheidemann et Noske, hâta la fin de Franz Mehring, qui survint le 29 janvier 1919.


Notes :

(88) Ibidem, pp. 767-770.

(89) V. la sect. III du ch. 14 ainsi que la n. (*) de la sect. Il du ch. 15 à propos du « dépérissement de 1'Etat ».

(90) Répétons-le : aucun marxiste de l'époque de la IIe Internationale n'a interprété correctement la théorie de l'Etat, telle que Marx l'a formulée dans l'Adresse sur La Guerre civile en France et dans le peu d'écrits qu'il y a consacré ensuite. En janvier1917 encore, dans ses recherches sur la théorie de 1'Etat chez Marx et Engels, au cours , desquelles il a dû, on le sait, se livrer à un véritable travail d'archéologue avant de pouvoir rédiger L'Etat et la Révolution, Lénine n'avait pas complètement élucidé ce point . Nous y reviendrons dans la note (*) indiquée à la note précédente. L'Etat et la Révolution n'ayant été publié qu'à l'automne de 1918, Mehring n'en a certainement jamais eu connaissance. Mais, comme on va le voir, il a, seul, éclairci un point décisif alors que beaucoup d'autres ont eu beau lire et relire L’Etat et la Révolution, ils ne l'ont, apparemment, jamais compris.

(91) V. Marx-Engels, Préface à l'édition allemande de 1872 du Manifeste du Parti Communiste. En Allemand, MFW, t. 4, p. 574 ; en français, Ed. Costes, pp. 42-43 ;

(93) Lettre ouverte de Franz Mehring aux bolcheviks, titre éd. Reproduit dans Mehring, Schriften, t. 15, pp. 773-777, ici pp. 774-775.

(94) Ibidem, p. 775.

(95) Ibidem, p. 776.

(96) Le pauvre Josef Schleifstein ne parvient pas (op. cit., p. 75) à trouver le nom de cet ambassadeur, qui s'était signalé, dès son arrivée, en refusant de présenter ses lettres de créance à l'empereur d'Allemagne, en invitant à sa première réception les principaux dirigeants des indépendants et des groupes révolutionnaires, enfin en recevant Liebknecht le jour de sa sortie de prison pour lui remettre un télégramme de félicitations de Lénine. Venons en aide à Schleifstein. Le nom, imprononçable en RDA, de ce premier ambassadeur des Soviets en Allemagne, était celui d'Adolf Abramovitch Joffé, ami intime de Trotsky, futur cadre de l'Opposition de gauche et qui, gravement malade, hors d'état de se rendre à l'étranger recevoir les soins nécessaires parce que Staline interdisait son départ, se suicida le 16 novembre 1927 à Moscou en laissant à Trotsky une lettre célèbre...

 


 

Appel intersyndical


Jeudi 22 mars à Montpellier  des hommes  cagoulés  et armés  de lattes  de bois ont fait irruption  dans un amphithéâtre de l’UFR de droit et de science  politique  de l’université de Montpellier  occupée  par une cinquantaine d’étudiant·es. Ils ont frappé, menacé, insulté  les étudiant·e·s  présent·e·s, en blessant quatre  qui ont dû recevoir des soins. Il apparaît  que le directeur  de l’UFR de droit a, a minima, laissé faire cette agression  sur des jeunes placés sous sa responsabilité, voire en aurait été complice. Ces faits et les déclarations qui les ont suivis ont soulevé l’indignation et il a été contraint  de démissionner dès samedi midi. Des plaintes  ont été déposées et toute  la lumière doit être faite sur ces violences et leurs auteurs, les responsabilités doivent être clairement établies. Le doyen et un enseignant ont depuis été mis en garde à vue et suspendus. Nos organisations seront  très attentives au fait que l’enquête aille à son terme et établisse l’ensemble des responsabilités. La ministre doit le garantir.

Lundi 26 au soir à la sortie  d’une AG à Lille 2 des étudiant·es ont été  agressés  par un groupe  se re- vendiquant de l’extrême droite. Vendredi 23 mars dernier ce sont les élèves et les personnels du lycée autogéré de Paris qui ont été victimes d’une agression par un groupuscule d’extrême droite. Dans la nuit du 28 au 29 mars, des étudiant.e.s et lycéen.ne.s  qui occupent  la faculté  de Strasbourg  ont été sauva- gement  agressé.e.s  par des individus se revendiquant du Bastion Social, grouspuscule d’extrême droite.

Tous ces faits absolument intolérables interviennent alors que depuis des semaines, dans plusieurs uni- versités, étudiants et personnels avec leurs syndicats combattent les réformes modifiant les conditions d’accès à l’université ainsi que la nature  du baccalauréat. Depuis des semaines, ils exigent  le retrait  de ces réformes  : ils ne veulent  pas du basculement de société  qu’implique la sélection à l’entrée à l’uni- versité, la destruction du baccalauréat comme  premier  grade  universitaire.  Ils veulent  conserver  les diplômes  nationaux.  Ils ont raison. Leur mobilisation, leur combat  sont les nôtres. Nous les soutenons totalement.

Face à la multiplication de ces agressions  odieuses,  nous  sommes  solidaires  avec les  jeunes  et  les personnels agressé·es  et nous les assurons  de notre solidarité. La violence, les injures racistes, sexistes et  homophobes sont  inacceptables et  condamnables. L’extrême droite  et  ses  militant·es  portent des valeurs et des propositions qui sont à l’opposé de notre vision d’une éducation émancipatrice, éclairée et ouverte  aux débats  d’idées.
Nous reprenons à notre compte la déclaration des syndicats de Montpellier qui affirment après l’agres- sion ignoble  commise  par un commando  d’extrême droite  contre  des étudiants mobilisés  pour leurs légitimes  revendications :   « nos organisations ne reculeront pas, elles  poursuivront jusqu’au bout  le combat  pour exiger  le retrait  de la loi ORE, aux côtés  des étudiants, dans  l’unité, comme  c’est le cas depuis maintenant 3 mois. »

Nous constatons que ces derniers jours les mobilisations dans les universités  s’amplifient : 3000 en AG à Montpellier, 2000 à Toulouse, des centaines à Nantes, à Tolbiac… Nous soutenons totalement ce mou- vement  et appelons à l’amplifier.

Nous rappelons également à la ministre de l’enseignement supérieur  de la recherche  et de l’innovation et au ministre  de l’éducation nationale que les lycéen·ne·s et les étudiant·es ont le droit de se mobili- ser. Ils et elles peuvent  se réunir, diffuser des tracts, afficher leurs opinions, se mobiliser dans et devant leurs établissements. Le recours répété aux forces de l’ordre pour vider les amphis ou dégager  les en- trées des établissements ne peut pas être la réponse  à leurs revendications.

Avec les étudiants, les personnels mobilisés, nous affirmons : la loi ORE, Parcoursup  et la réforme  du bac et du lycée instaurent la sélection à l’entrée à l’université, cassent  les diplômes nationaux, creusent les  inégalités sociales  et  territoriales. Nous exigeons  leur  retrait  et  appelons les  enseignant·es, les personnels, les étudiant·es et les lycéen·nes  et leurs parents  à amplifier les mobilisations.  Le 22 mars, les personnels de l’enseignement supérieur, les étudiant·es ont porté ces revendications aux côtés des fonctionnaires, des cheminot·es. Le service public est attaqué de manière similaire, par exemple  dans le rail ou la santé. Il est notre bien commun et nos organisations appellent à soutenir  les mobilisations en cours et à venir pour le défendre.

Nous appelons les personnels, les étudiants à se réunir pour en débattre et pour exiger le retrait  de la loi ORE et pour un service public de l’enseignement supérieur  ouvert  à toutes  et tous les bacheliers, gratuit, formateur  et émancipateur et nous soutiendrons toutes  les initiatives.  Les AG, les Heures d’in- formation syndicale se multiplient en ce moment  même et sont de plus en plus nombreuses. Il faut les amplifier et mettre  en débat  les moyens à mettre  en œuvre pour bloquer les réformes destructrices du gouvernement.

Des préavis de grève sont déposés pour permettre les mobilisations locales et la convergence avec d’autres salarié·es en lutte.

Nos organisations informent que le 3 avril débute le mouvement des cheminots dont les AG vont discuter des modalités de reconduction de la grève. Cette discussion nous concerne. L’interfédérale se réunira le 3 avril en fin de journée pour faire le point sur les mobilisations et débattre des suites.

 


Appel de la Coordination Nationale Étudiante (CNE) de l’université de Toulouse Le Mirail

Source: https://www.facebook.com/UEToulouse/posts/1303751936393454


Face à la sélection et à la casse de nos droits, construisons un mouvement de grève nationale dans les universités.
 
Nous, étudiants mobilisés de trente-huit établissements d’enseignement supérieur, réunis en CNE, Samedi 24 Mars 2018, à Toulouse, avons été accueillis par les étudiants et personnels de l'université de Toulouse Le Mirail en grève depuis trois mois contre la fusion et le plan étudiant ainsi que par les lycéens mobilisés de Toulouse.
 
Emmanuel Macron prétend qu’il n’y a pas de colère, pourtant cinq cent mille personnes étaient dans la rue Jeudi 22 Mars 2018. Le gouvernement a décidé de détruire l'ensemble de nos acquis et notre droit à une éducation publique, gratuite et ouverte à tous. Déjà malmené depuis des années, le système éducatif que nous connaissons va radicalement changer avec les réformes qui nous sont promises ou qui sont en cours d’application.
 
Avec la loi relative à l'Orientation et à la Réussite des Etudiants (ORE), dite loi de Dominique Vidal, le gouvernement institutionnalise la concurrence entre les universités et il instaure un véritable tri social renforçant les inégalités. La réforme du baccalauréat acte la mise en concurrence des établissements et la fin du caractère national du diplôme. La casse de la licence va supprimer la compensation et les rattrapages en mettant en place un contrôle continu intégral. Nous appelons à la démission de toutes les présidences d’établissements qui se positionneraient pour l’application de ces réformes.
 
Les projets de fusion et autres grands établissements visent à imposer des universités managériales dont le seul but est le rayonnement international, la compétitivité des formations d'excellence et de la recherche au détriment du savoir pour tous et de la démocratisation de l'enseignement supérieur.
 
Toutes ces attaques s’inscrivent dans un contexte de casse générale de l’ensemble du service public et de l’éducation. Pour nous, il s’agit de construire une riposte à la hauteur des enjeux. En effet, c'est l'ensemble des secteurs qui vont subir la politique d’un gouvernement au service des plus riches et du patronat. Les annonces concernant la réforme du statut de la fonction publique, du statut des cheminots, de l'assurance chômage et de la sécurité sociale, les suppressions de poste et les licenciements collectifs, sont autant de raison de se mobiliser pour l’ensemble de notre camp social face à une attaque sans précédent.
 
La dynamique enclenchée Jeudi 22 Mars 2018 doit s'amplifier et se matérialiser dans les semaines à venir et nous devons œuvrer à une véritable convergence. C’est dans ce sens que nous appelons à faire du Mardi 3 Avril 2018 une date de convergence entre les étudiants, les cheminots et l’ensemble des secteurs en lutte contre la casse du service public. nous nous positionnons ainsi pour toute action de convergence avec les travailleurs et les organisations syndicales. C'est le moment où jamais pour se mobiliser et se donner les moyens de construire un rapport de forces commun avec les salariés afin d'obtenir satisfaction sur nos revendications.
 
Face à la contestation naissante dans les universités, le gouvernement envoie la police sur les campus et a mis le Mirail sous tutelle. Nous dénonçons ces violences et la répression que subissent les étudiants mobilisés d'autant qu'elles visent à briser la contestation légitime des étudiants pour sauvegarder leurs droits et en gagner de nouveaux. Dans le même sens, nous exprimons toute notre solidarité envers les camarades de Montpellier, victimes de la violence fasciste perpétrée par une milice introduite sur le campus de la faculté de droit avec la complicité du doyen. Après sa démission, nous demandons justice. Nous appelons à une date de mobilisation contre la répression que subissent les étudiants mobilisés, Jeudi 29 Mars 2018. Aussi, nous actons un accord de principe pour l’organisation immédiate d’actions sur nos facs ou nos villes en cas de nouvelles interventions.
 
Dans l’immédiat, nous revendiquons l'abrogation de la loi ORE, le maintien de l’arrêté licence, un plan d’investissement massif à hauteur des besoins dans l’enseignement supérieur et la recherche, la titularisation des personnels précaires et le retrait de la réforme du baccalauréat.
 
Nous revendiquons aussi le soutien aux universités qui veulent sortir des processus de fusion, le retrait de la réforme du rail et de toutes celles qui touchent les hôpitaux et les services publics, le retrait de la loi asile et immigration et la régularisation de tous les étudiants sans-papiers.
 
Une prochaine CNE aura lieu Dimanche 8 Avril 2018 à l'université de Nanterre. Ce sera l'occasion de préparer la date de mobilisation nationale du 19 avril 2018. Nous espérons qu'un grand nombre d'universités y seront représentées pour construire le mouvement le plus large et unitaire possible.

 


Déclaration du groupe parlementaire du Mouvement de la France Insoumise (MFI)

Source : https://lafranceinsoumise.fr/2018/03/29/marche-blanche-declaration-groupe-france-insoumise/



Mercredi 28 Mars 2018, lors de la marche blanche en hommage à Mireille Knoll, nous étions dix députés du MFI, présents en groupe et en écharpe, avec d’autres élus de notre mouvement.
 
Nous avons été violemment pris à partis par plusieurs dizaines d’individus formellement identifiés comme appartenant à la Ligue de Défense Juive (LDJ). Nous avons été bousculés et menacés, plusieurs personnalités venues en protection comme le rabbin Gabriel Farhi ou Gérard Miller ont été frappées et les injures homophobes et sexistes se sont déchaînées.
 
Finalement, la police présente nous a demandé de quitter les lieux et nous avons accepté de le faire pour la préservation de leur sécurité.
 
Nous dénonçons l’attitude irresponsable de Gérard Collomb qui, par les propos tenus le matin même sur France Inter, a contribué à jeter de l’huile sur le feu. En tant que ministre de l'intérieur, il s’est montré ensuite incapable d’assurer la protection nécessaire au déroulement serein du rassemblement.
 
Nous déplorons aussi l’inaction de François de Rugy, président de l'assemblée nationale. Alors qu’il se tenait à quelques mètres de nous lorsque nous étions molestés, il est délibérément resté en retrait. Alors que notre groupe parlementaire était, aux côtés des sept autres, signataire de l’appel de l'assemblée nationale à participer à cet hommage, pourquoi a-t-il refusé d’assumer son rôle de garant de notre institution ?
 
Nous dénonçons le rôle trouble qu’a joué le président du Conseil Représentatif des Institutions juives de France (CRIF) en nous désignant comme cibles, alors-même que la famille de la victime appelait à la participation de tous à ce rassemblement.
 
Il porte ainsi la responsabilité des agissements de la LDJ à notre égard. Il a été noté que les mêmes ont organisé l’intégration pacifique de Marine Le Pen dans le cortège.
 
Nous rappelons que la LDJ est une organisation reconnue comme violente, interdite dans de nombreux pays dont Israël, et que sa dissolution a déjà été étudiée dans un passé récent par le gouvernement. Nous demandons à ce qu’elle soit effective et que soit mis un terme aux activités de ce groupuscule violent.
 
Les députés du MFI tiennent à remercier tous ceux qui leur ont témoigné leur soutien à l’occasion de cet incident grave et inacceptable et notamment Richard Ferrand, président du groupe de la République En Marche (REM) à l'assemblée nationale, qui a quitté la marche quand il a été informé du traitement dont nous étions l’objet, l’Union des Etudiants Juifs de France (UEJF), le rabbin Gabriel Farhi, Sylvain Attal, le Parti Communiste Français (PCF), le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), SOS Racisme ainsi que de nombreuses autres personnes, anonymes ou non, attachées à défendre les valeurs de notre république. Nous réitérons nos condoléances à la famille de Mireille Knoll et notre détermination à lutter contre l’antisémitisme.

 


Escalade de la répression en Catalogne, par Ensemble

Source : https://www.ensemble-fdg.org/content/escalade-de-la-repression-en-catalogne


Depuis le 20 septembre 2017, date de début de l’opération Anubis tentant d’empêcher la tenue du référendum d’autodétermination du premier octobre 2017, la répression n’a cessé de s’amplifier en catalogne.
 
Le 16 octobre 2017, un juge d’instruction de l’Audience Nationale ordonnait l’emprisonnement pour sédition des deux leaders des principales associations indépendantistes, le leader de l'Assemblée Nationale Catalane (ANC), Jordi Sánchez, et le leader de l'Omnium Culturel, Jordi Cuixart.
 
Le 30 octobre 2017, le procureur général mettait en accusation l’ensemble des membres du gouvernement catalan devant l’Audience Nationale et du bureau du parlement devant le Tribunal Suprême. Parallèlement, le pouvoir madrilène suspendait les institutions catalanes, dissolution de la présidence, du gouvernement et du parlement, en vertu de l’article cent cinquante-cinq de la constitution espagnole et convoquait de nouvelles élections pour le 21 décembre 2017.
 
Vendredi 23 Mars 2018, le tout puissant juge Pablo Llarena du Tribunal Suprême espagnol ordonnait l’inculpation de cinq membres du gouvernement et du parlement, qui avaient été libérés au mois de novembre 2017, et il relançait un Mandat d'Arrêt Européen (MAE) contre six dirigeants qui avaient opté pour l’exil en Belgique en Ecosse et en Suisse, dont Marta Rovira, secrétaire générale d'Esquerra Republicana de Catalunya (ERC), qui avait refusée de se rendre devant le juge, Vendredi 23 Mars 2018. C’est dans le cadre de ce mandat que Carles Puigdemont a été arrêté Dimanche 25 Mars 2018 à la frontière par la police allemande, avec la collaboration des services secrets espagnols, tout près de la frontière danoise.
 
Vendredi 23 Mars 2018, à l’initiative des Comités de Défense de la République (CDR), il y avait de nombreuses protestations citoyennes contre ces inculpations dans l’ensemble de la Catalogne. Mais avec l’arrestation du président de la Catalogne en exil, les manifestations convoquées par l’ANC, l'Òmnium cultural et les CDR, ont pris une autre ampleur, mobilisations dans les capitales provinciales et au-delà, ainsi que l’organisation de barrages routiers et autoroutiers. L'autoroute entre l'Espagne et la France a été fermée pendant sept heures. Des heurts ont eu lieu à Barcelone et à Lérida où les Mossos d'Esquadra et la police espagnole ont fortement réprimé. Près d’une centaine de blessés sont à dénombrer dans toute la Catalogne. A Barcelone, des véhicules de la police ont foncé à vive allure contre les manifestants. Dans les jours qui viennent, la mobilisation va se poursuivre dans les pays catalans, y compris dans la Communauté de Valence et les Baléares, et au-delà.
 
Depuis plusieurs mois, la répression n’a cessé de s’abattre contre les indépendantistes, outre les dirigeants, qui risquent jusqu’à trente ans de prison pour rébellion et sédition, ce sont des dizaines de militants, notamment des membres des CDR pour leur participation aux actions lors des grèves générales du 3 octobre 2017 et du 8 novembre 2017, qui sont poursuivis et qui risquent entre un et cinq ans de prison dans le cadre de la loi liberticide Mordaza. La dérive autoritaire du pouvoir espagnol a atteint ces derniers mois des sommets inacceptables pour un pays dit démocratique.
 
Depuis l’instauration de l’article cent cinquante-cinq de la constitution espagnole en Catalogne, le Parti Populaire, Ciudadanos et le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) n’ont cessé d’entraver le retour au fonctionnement normal des institutions catalanes. Ils n’ont pas reconnu le résultat des élections démocratiques du 21 décembre 2017 et ils ont œuvré sans relâche pour empêcher coûte que coûte la formation d’un gouvernement catalan indépendantiste. Ils ont successivement bloqué l’investiture de Carles Puigdemont à la fin du mois de janvier 2018, celle de Jordi Sánchez et enfin celle de Jordi Turull, Samedi 24 Mars 2018. Les déclarations des dirigeants de ces partis sont assez éloquentes. Pedro Sánchez, le leader du PSOE justifie l’arrestation de Carles Puigdemont en estimant que « personne n’est au-dessus de la loi ». Albert Rivera, le leader de Ciudadanos, se félicite que « la fugue du golpiste s’achève ». Fernando Martínez-Maillo, leader du Parti Populaire dit que « ce n’est pas possible d’être un fuyard permanent ». Il est permis de s’interroger sur la stratégie à moyen terme du bloc des défenseurs de l'article cent cinquante-cinq. Entend-il vraiment rétablir les institutions catalanes ?
 
Une fois de plus, l’Union Européenne a montré son vrai visage par la voix de Jean-Claude Juncker, qui a réitéré son « appui total à l’ordre institutionnel espagnol ». Après la mise au pas des grecs et l’abandon des kurdes à leur triste sort, l’Union Européenne refuse de reconnaître les aspirations des catalans au droit à l’autodétermination. L'Union Européenne refuse même de reconnaitre la souveraineté du parlement catalan démocratiquement élu et qu'il lui revient d'élire le président du gouvernement catalan, comme il est établi par la constitution espagnole que le gouvernement de Mariano Rajoy piétine jour et nuit. Un de ses états membres, l’Allemagne, vient de collaborer avec les services secrets espagnols pour arrêter Carles Puigdemont et pourrait l’extrader.
 
Ces derniers mois, Ensemble s’est solidarisé avec le peuple catalan en reconnaissant son droit à l’autodétermination, en exigeant le respect du vote populaire et en condamnant la répression qui n’a cessé de s’exercer en Catalogne.
 
Ensemble appelle à la mobilisation en France et à l’organisation de rassemblements le plus large possible pour dénoncer la répression dont sont victimes les dirigeants indépendantistes et le peuple catalan et pour exprimer notre solidarité avec les démocrates espagnols et catalans qui refusent la destitution des institutions représentatives de la Catalogne
 
Ensemble demande la libération immédiate de Carles Puigdemont et de tous les prisonniers politiques, la levée de tous les chefs d’accusation lancés à leur encontre, la possibilité pour tous les exilés de revenir au pays y jouir des libertés inhérentes à la démocratie et la fin de l’application de l’article cent cinquante-cinq de la constitution espagnole.

 


Marta Rovira i Vergés, née à Vic le 25 janvier 1977, est une avocate et personnalité politique espagnole, secrétaire générale de la Gauche républicaine de Catalogne depuis septembre 2011…

Lettre de Marta Rovira

Le chemin difficile de l'exil pour Marta Rovira

Vendredi 23 Mars 2018

Source: http://www.elmundo.es/cataluna/2018/03/23/5ab4c83f22601d711f8b461b.html


 

Je prends aujourd’hui un chemin difficile, un chemin que, malheureusement, beaucoup d'autres qui nous ont précédés ont dû prendre, le chemin de l'exil.

Je ne peux pas cacher la profonde tristesse que je ressens lorsque je m'éloigne de tant de personnes que j'aime et que j'aime beaucoup. De nombreuses autres luttes partagées pendant des années avec des personnes qui sont animées par un seul objectif, changer la société dans laquelle ils vivent, la rendre plus juste, des personnes dignes. Arrêter de voir les paysages qui m'entourent depuis mon enfance et de marcher à travers les villes où j'ai vécu.

Je ressens de la tristesse, mais il aurait été beaucoup plus triste de vivre réduite au silence intérieurement. Sentir ma liberté d'expression censurée par les tribunaux qui intimident et qui appliquent des critères politiques flagrants. Chaque jour et chaque heure, sentir ma liberté limitée par des menaces judiciaires arbitraires. Je ne me sentais pas libre. Je ne me reconnaissais pas. Ces dernières semaines, j'ai vécu dans une prison interne.

L'exil sera un chemin difficile, mais c'est la seule façon de retrouver ma voix politique. C'est la seule façon de me dresser contre le gouvernement du Parti Populaire, qui persécute tous ceux qui sont en faveur du vote et qui punit quiconque tente de changer l’ordre établi. Un gouvernement qui est prêt à en finir avec l’état de droit et les libertés civiles pour atteindre ses objectifs politiques.

J'ai une fille, Agnès. Les mères savent comme je l'aime et comme le sentiment de lui donner tout ce que je peux lui donner est fort. L'exil me permettra d'agir comme une mère et elle mérite tout, beaucoup.

Je veux te dire une dernière chose. Ne laisse pas l'angoisse s'emparer de toi. L'analyse d'une réalité antidémocratique et profondément injuste ne doit pas conduire au ressentiment, contre personne ni contre rien. Ce n'est que par le respect et l’amour envers tous les citoyens et toutes les opinions que nous obtiendrons des changements radicaux et profonds. Ce n'est que grâce à un travail commun que nous réussirons à créer une république pour tous.

Comme le dit Oriol Junqueras, « dans les jours qui vont venir, restez forts et unis, transformez l'indignation en courage et persévérance et la colère en amour. Pensez toujours aux autres et à ce que nous devons refaire. Insistez pour que je persiste, merci pour tout votre soutien. Je vous aime. Nous le ferons ».

Je vous écris maintenant, comme cela, avec sincérité et liberté. C'est ainsi que je pourrais agir maintenant en tant que secrétaire générale d'Esquerra Republicana de Catalunya (ERC), un parti que j'aime, qui a tant donné au pays et qui doit encore lui donner beaucoup plus.

Vive la liberté, la justice, l'égalité et la fraternité.

Vive une république catalane pour tous.

 


 

Front national et Ligue de défense juive : deux extrêmes droites pour une même haine, Grégory Marin

30 mars 2018

Source : l’Humanité


Elle expulse Jean-Luc Mélenchon de la manifestation, mais protège Marine Le Pen… La Ligue de défense juive, au nom de la lutte contre l’islam, amalgame antisionisme et antisémitisme et cultive sa proximité avec le FN.

Il est piquant, quoique alarmant, d’entendre la quarantaine de gros bras – pour certains casqués – assurant le service « d’ordre » de la manifestation en hommage à Mireille Knoll, mercredi soir, hurler des « Collabos ! » à l’encontre des cadres de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon en tête, avant de les sortir manu militari du cortège. Car la Ligue de défense juive (LDJ), qui appliquait ainsi les consignes tacites du Crif, défendra plus tard la présence de Marine Le Pen, la présidente du Front national, et du député FN Gilbert Collard. Les défenseurs de « l’État hébreu » d’Israël et l’héritière du parti cofondé en partie par d’anciens Waffen SS et collaborateurs avec les nazis (1) main dans la main contre les islamistes ? On se pince…

La LDJ, bras armé de l’extrême droite israélienne en France, n’était pas programmée pour un compagnonnage avec le Front national. C’est l’entremise d’un homme, Jean-Claude Nataf, qui a scellé l’alliance de circonstance. Dans les années 1980, il milite au Betar, un mouvement de jeunesse sioniste, avec… Francis Kalifat, l’actuel président du Crif. Si, officiellement, le conseil et la LDJ n’ont « pas de rapports », expliquait Nataf à Libération en juillet 2014, « quand ils organisent quelque chose, nous (l’autoproclamé Service de protection de la communauté juive – NDLR) sommes sur place pour sécuriser ». Dans les années 1990, Le Pen, entre « point de détail » et rapprochement avec les pays arabes (le président du FN est reçu en pleine guerre du Golfe, en 1990, à Bagdad, par Saddam Hussein), n’a pas bonne presse chez les juifs extrémistes. Il faut attendre le début des années 2000 et l’apparent changement de logiciel frontiste, optant pour un discours anti-islam et « anti-racaille », pour que des contacts se nouent. Étonnamment, via un proche de Marine Le Pen, Philippe Péninque, un ancien du GUD vu mercredi aux côtés de Nataf. Interrogé par le Parisien après le meurtre d’un bijoutier juif à Paris en avril 2011, Nataf imaginait les juifs de France « de plus en plus pour un vote protestataire en faveur du Front national ».

Interdite aux États-Unis, mais aussi en Israël, la Ligue de défense juive sévit encore dans l’Hexagone, à l’inverse d’autres « organisations criminelles fascistes » (les Jeunesses nationalistes révolutionnaires et Troisième Voie, dissoutes en 2013), rappelait le député PCF Jean-Jacques Candelier en 2014, à l’occasion d’une violente « descente » de la LDJ contre des militants pro-Palestiniens, à Paris. Le PCF réclamait alors la « dissolution administrative » de ces « barbares dont le seul but est de créer un amalgame entre judaïsme et sionisme ». La demande, à laquelle s’est associée hier la FI, est toujours d’actualité.

Note:

(1) Léon Gaultier, ancien milicien engagé dans la Waffen SS ; Victor Barthélémy, fondateur de la Légion des volontaires français ; François Brigneau et Roland Gaucher, miliciens, ont participé, avec Jean-Marie Le Pen, à la création du FN en 1972.


France Après le 22 mars, par aplutsoc  (Arguments pour la Lutte Sociale)



De 400.000 à 500.000 manifestants – et déjà 202.000 d'après le recensement des organisations de retraités une semaine auparavant (1) – dans toute la France, environ 60.000 à Paris (2) une fois fonctionnaires et cheminots réunis, mais surtout le sentiment, parmi les manifestants, parmi les grévistes, dans la population, que cette fois-ci quelque chose commence, que ce jeudi 22 mars a été saisi comme occasion réelle du regroupement politique de la majorité sociale, contre l'exécutif du mépris et de la casse, qui appauvrit les retraités, bouche l'avenir des jeunes et veut liquider les statuts, de la fonction publique comme des cheminots.

C'est ce contenu politique, signifiant union grandissante des travailleurs, qui a donné son allant, son entrain, et son espoir, à la journée du 22 mars qui n'a donc pas été du tout une journée d'action "ordinaire" de plus.

Par conséquent, la situation se tend. Président, premier ministre et ministres y vont de leurs propos anti-grèvistes et menaçant – tout en lâchant la promesse d'un recul sur la hausse de la CSG concernant les couples de retraités dont les revenus cumulés passent au dessus du "seuil" de 1830 euros mensuels. Un aspect important de la situation politique doit ici attirer notre attention : le "Rassemblement National", nouveau nom du FN, et la nébuleuse de groupes qui font le pont du RN aux LR de Wauquiez ("Patriotes", UPR, DLF ...) tentent de se montrer dans des manifestations, et sont souvent, heureusement, expulsés, tentent de la jouer "sociale" tout en dénonçant "immigration" et "immigrationnistes", en même temps que les provocations physiques apparaissent, la plus grave s'étant produite à Montpellier, à la fac de droit, contre des étudiants mobilisés pour le droit aux études, contre Parcoursup, occupant un amphi, attaqués par un commando de nervis sous la direction du "doyen", un dénommé Pétel conduit à la démission le surlendemain, ce qui ne règle pas tout loin de là. Notons le bien : le "macronisme" n'efface en rien l'extrême-droite, et derrière le "macronisme", se tient l'extrême-droite.

Il n'est, de plus, en rien déplacé de noter de la même manière que l'extrême-droite islamiste elle aussi déteste population et travailleurs. L'attentat du super-U près de Carcassonne a fait quatre morts, dont un militaire au comportement héroïque qui s'était substitué à une otage. Tous ces morts, y compris ce dernier, sont nôtres. La meilleure riposte est de continuer vers l'unité, vers la grève, vers l'affrontement social.

Alors, après ce puissant 22 mars, quelles perspectives ?

La direction de la CGT avait décidé, la veille, de rendre public et de diffuser un appel à la suite, sous la forme d'une journée d'action interprofessionnelle le jeudi 19 avril.

Un autre débat s'amorce sur une proposition qui circule en provenance de la "France insoumise", dont les dirigeants n'ont pas pu, comme en septembre dernier, opposer leur propre agenda au développement de la lutte sociale depuis janvier : il faudrait, parait-il, un grand rassemblement un week-end, pour que ceux qui "ne peuvent pas faire grève", petits patrons inclus si l'on comprend bien, puissent venir aussi dire que "Macron, un an ça suffit" (3)

L'action interprofessionnelle, plus précisément la grève tous ensemble, c'est là ce qui est nécessaire. Mais la date annoncée ainsi par avance est lointaine et, qui plus est, fixée dans une période de vacances scolaires sur la majorité du territoire, y compris la région parisienne, alors que la mobilisation de la jeunesse qui mûrit est une donnée importante du rapport de force.

Il convient, nous semble-t-il, d'éviter les éternelles polémiques "pour" ou "contre" la "convergence des luttes". Avant et pendant le 22 mars, la dirigeante de la FSU, Bernadette Groison, s'est illustrée en déplorant que la "visibilité" de la fonction publique soit affaiblie, ce jour là, par les cheminots ! Inversement, pas mal de militants se sentent très "radicaux" en déclinant les mots "convergences des luttes" à l'encontre des "intérêts catégoriels". Soyons clairs : la meilleure chose dont on besoin des revendications catégorielles, particulièrement celles des fonctionnaires, des enseignants et des cheminots portant sur leurs statuts, c'est d'y aller tous ensemble. Et ceci est mal nommé "convergence des luttes" : il s'agit d'ores et déjà d'une lutte commune, ce que les manifestants du 22 mars ont tous compris. Les propos de B. Groison vont en l'occurrence à l'encontre des intérêts catégoriels bien compris des syndicats de la FSU et des fonctionnaires en général. Oui, pour gagner, pour le rapport de force, il nous faut, d'une façon ou d'une autre, la grève unie et tous ensemble !

Les conditions de celle-ci sont réunies à la base : les revendications sont là. Le besoin de s'unir aussi, ainsi que le besoin, identique, de se centraliser. C'est ainsi que serait oh combien nécessaire une centralisation contre le ministre de tous les mouvements départementaux vigoureux qui s'affirment, dans toute la France, contre les fermetures de classes et d'écoles et pour le maintien des petites écoles, à la campagne comme à la ville !

Cette union doit s'imposer aux syndicats. Cela veut dire aussi négocier quand il y a quelque chose à négocier, c'est-à-dire les revendications, mais pas quand il n'y a rien, c'est-à-dire le programme du gouvernement. Aucune fédération de la fonction publique, en particulier la FSU et les fonctionnaires CGT et CGT-FO, ne doit persister à "négocier" avec le secrétariat d’État à la fonction publique qui exige l'accord pour le contrat au lieu du concours !

D'ici le 19 avril va s'amorcer la grève des cheminots, qui va, début avril, se développer comme grève véritable avec assemblées générales et reconduction, sous couvert de grève perlée tous les trois jours, ou qui va avorter. Doit-on attendre de voir venir ? Où ne doit-on pas plutôt agir en même temps qu'eux, dans tous les secteurs ?

Voila les questions posées. Elles sont politiques, en ce sens que l'indépendance syndicale exige cette action unie et centralisée, et en ce sens qu'elles concernent toutes et tous.

C'est pourquoi nous participerons à l'assemblée-débat appelée par le Front social sur la question de comment construire cette "convergence des luttes" qu'il nous semble plus conforme à la réalité d'appeler le Tous ensemble, le 7 avril prochain, et c'est pourquoi nous allons nous donner les moyens d'organiser une réunion-débat d'ici début mai à laquelle seront invités les courants politiques issus du mouvement ouvrier se posant la question de comment affronter Macron, maintenant.

Dernière minute:  on apprend que la direction confédérale de la CGT appellerait aussi à une "journée d'action" le 3 avril, jour où doit commencer la grève des cheminots. Dans ce cas, il faut la grève interprofessionnelle nette et claire ce jour là, sans annoncer à l'avance d'autres dates au gouvernement : il s'agit de gagner, non ?

 


Notes :

Cette recension ici:https://docs.google.com/spreadsheets/d/1u3H5olxkrwPbd9UVQJ8uGwOjm2zQx4yZIB7RM-b7nJE/edit#gid=228271691

Un "nouveau comptage" fait par des "observateurs médiatiques indépendants" s'est, sur Paris, immédiatement décrédibilisé par un décompte d'une précision pathétique, se tenant consciencieusement à quelques centaines de manifestants de moins que les chiffres préfectoraux !
 La version "gauche" de cette manifestation du week-end nous est donnée par Jacques Cotta, déjà spécialisé dans la présentation "de classe" de la ligne anti-immigrés de Mélenchon et Kuzmanovic : ce serait un terrrrrrrrible rassemblement contre la V° République ... sans grève et le week-end (et avec les copains souverainistes, et avec des patrons petits et moyens, et sans "no-borders" !!!). Quitte à manifester un week-end, nous manifesterons, en effet, avec les camarades du POID, qui ne tentent pas, eux, de faire passer des vessies pour des lanternes en appelant, en fonction de leurs possibilités, au dimanche 13 mai sur le mot d'ordre de la réalisation de l'unité pour chasser Macron et en finir avec la V° République.

 


« Le droit de l’enfant, c’est d’être mis en état, par une éducation rationnelle et libre, de juger peu à peu toutes les croyances et de dominer toutes les impressions premières reçues par lui.
Ce ne sont pas seulement les impressions qui lui viennent de la famille, ce sont celles qui lui viennent du milieu social que l’enfant doit apprendre à contrôler et à dominer. Il doit apprendre à dominer même l’enseignement qu’il reçoit. Celui-ci doit être donné toujours dans un esprit de liberté ; il doit être un appel incessant à la réflexion personnelle, à la raison. Et tout en communiquant aux enfants les résultats les mieux vérifiés de la recherche humaine, il doit mettre toujours au-dessus des vérités toutes faites la liberté de l’esprit en mouvement.
C’est à cela que l’enfant a droit. Il ne dépend pas de nous de lui épargner des crises, des conflits, des contradictions qui travaillent toute l’humanité et dont nous-mêmes avons souffert. Mais il faut que sa raison soit exercée à être enfin juge du conflit. C’est parce que seul l’État démocratique n’est pas nécessairement le prisonnier de telle ou telle doctrine, c’est parce que seul il peut élever au-dessus des partis pris de religion, de race ou de classe, l’idée de la liberté, la raison toujours active, que je suis convaincu de plus en plus que le monopole d’enseignement de l’État est aujourd’hui la garantie nécessaire du droit de l’enfant. »

Jean Jaurès, discours publié dans L’Humanité du 2 août 1904.

Notes de réflexion pour un débat à venir de l’Espace Citoyen du Val d'Yerres sur les services publics, par Robert Duguet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

« [L’Espace Citoyen] regroupe celles et ceux qui veulent réfléchir et participer à l'élaboration des principales mesures qui permettraient de sortir de la crise économique, sociale et écologique dans laquelle le capitalisme à plongé l'humanité », dit l’objet social de notre association. Sur la question des services publics et de la nécessité non seulement de sauver ce qui reste à sauver mais aussi de fonder sur ce qu’ils sont, à savoir des acquis de civilisation, la nécessité de reconstruire la société sur la base des Communs.

La bourgeoisie française est engagée depuis maintenant un peu plus de 50 ans dans une réforme de l’Etat, visant à remettre en cause et détruire les bases de l’Etat providence construit à partir des rapports sociaux imposés par le mouvement propre des forces du travail à l’issue de la seconde guerre mondiale. Le programme du CNR (Conseil National de la Résistance) définit les contours de la république à reconstruire : à 90% les secteurs clés du capitalisme français se sont compromis dans le régime de Vichy, puis pour une part dans le national-socialisme. De Gaulle s’avale le programme « socialisant » du républicain Jean Moulin, parce qu’il a besoin vis-à-vis des alliés, d’une légitimité internationale, donnée par l’entrée dans le CNR des organisations représentatives du mouvement ouvrier. Puis il renonce au pouvoir face à la montée ouvrière de 1945-1946 ; il ne peut mettre en œuvre le programme qu’il définit d’emblée dans le discours de Bayeux, d’un état fort, concentrant tous les pouvoirs dans la personne du chef de l’Etat et régulant les conflits sociaux. Ce qu’il fera en 1958 à la faveur de la crise algérienne, en imposant la constitution la plus réactionnaire et antidémocratique de l’histoire du pays depuis la révolution de 1789…

En quoi consiste cette réforme de l’Etat ?

Je prends un exemple à travers une expérience syndicale et politique de militant dans l’Education Nationale de 1970 à 2007. Dès les colloques de Caen et d’Amiens en 1966, la bourgeoisie française pose la question de l’adaptation de l’Education Nationale à son appareil de production. En 1972 le projet du démocrate-chrétien Fontanet veut fonder l’enseignement secondaire sur cette adaptation au système économique, où la culture générale et la transmission des connaissances ne sont plus l’essentiel de ce qui justifie un enseignement républicain. Fontanet traçait les contours d’une école totalement alignée sur le modèle américain. Le ministre est remercié par les manifestations lycéennes de 1974. Les rapports de force sous Giscard étaient en faveur du salariat, le PS était en pleine croissance électorale…

La conception républicaine, dans la tradition de Condorcet et de la grande révolution bourgeoise, posait la nécessité de l’instruction publique et de la transmission de connaissances scientifiques et incontestées, pour former des citoyens. Sans la liberté de se former soi même un jugement, fondée sur l’acquisition du savoir, il n’y a pas de citoyen éclairé, donc pas de démocratie. Les libéraux républicains qu’étaient les fondateurs comme Jules Ferry ou Ferdinand Buisson limitaient bien sûr l’instruction publique des enfants du peuple au secteur de l’école élémentaire, le but étant de former un prolétariat qualifié dont le développement industriel avait besoin. Dans cette période du développement de l’économie capitaliste et de conquête des marchés, il y a un accord entre la bourgeoisie républicaine et le mouvement ouvrier qui poussera les feux dans le sens de ses intérêts de classe. Le combat pour l’instruction publique devient un enjeu de la lutte sociale pour le socialisme. De plus, contrairement à l’ensemble des grands états européens qui resteront dans des constitutions concordataires, l’enseignement sera laïcisé et ce processus s’étendra aux institutions publiques et culminera avec la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905.

La réforme de l’école se fonde aujourd’hui sur l’adaptation au capitalisme en crise : ce n’est plus la transmission des savoirs fondamentaux qui est au centre mais l’adaptation à l’utilité économique du capital. L’élève est d’abord un futur producteur de plus-value : il n’est point indispensable qu’il fasse ses humanités, que ce cursus soit sanctionné par un examen, le baccalauréat, qui lui donne la possibilité éventuelle d’entrer à l’université. Les projets éducatifs en cours visent à substituer à la culture générale un formatage utilitaire pour entrer dans « l’horreur économique ».

Cette accélération de la destruction de l’école républicaine s’est considérablement accentuée avec la montée au pouvoir du PS après 1981. Un certain nombre de réformes portées par la droite sous Giscard avaient été remisées compte tenu des oppositions frontales qu’elles suscitaient. C’est le glissement de la social-démocratie (pas seulement française) vers le social-libéralisme qui a amplifié les réformes de destruction de l’enseignement républicain. Sans oublier l’épouvantable défaite laïque de 1984. Curieusement d’ailleurs ce sont d’anciens militants ou responsables « gauchistes » qu’on va retrouver sous Mitterand dans les allées des ministères pour dénoncer les savoirs encyclopédiques, défendre l’autonomie des établissements, remettre en cause l’enseignement par matières etc… et autres inepties dont on recueille aujourd’hui les fruits pourris. (voir un interview récent de Geismar par exemple…)

Je pourrais prolonger l’analyse à partir d’exemples précis. L’idée sur laquelle je veux insister est la suivante. Nous sommes en face d’un Etat, qui n’est plus protecteur dans le sens où l’entendait la conception républicaine, qui d’ailleurs avait été reprise et développée par le mouvement ouvrier. Jaurès dit : « le prolétariat entre dans la définition de la république… » Un Etat protecteur est un Etat qui sur l’ensemble de son territoire garantit à tous une égalité de traitement pour l’enseignement, la santé, la sécurité, les transports, les services rendus aux citoyens dans le cadre de la commune, cellule de base de la République… j’en oublie certainement au passage. Macron, dans la continuité de Hollande et du social-libéralisme, continue à dépouiller l’Etat de ce qu’il nous doit en retour des contributions versées.  Il rend ces fonctions aux intérêts privés qu’elles que soient les dégâts que cela occasionne dans la population en réduisant l’Etat à ses fonctions régaliennes.

Un débat sur les services publics ne peut faire l’impasse sur la question suivante : de quel Etat avons-nous besoin pour défendre les Communs ? Nous sommes entrés dans cette période du crépuscule de la société capitaliste, où la bourgeoisie détruit les formes parlementaires de l’Etat et tout ce qui relevait de la gestion des acquis de civilisation, au profit de formes de plus en plus autoritaires et antidémocratiques, tout en abandonnant les Communs aux intérêts privés. Les populismes, qu’ils soient de gauche ou de droite, sont les fruits pourris de cette situation. Quelle représentation politique appuyée sur quelle classe sociale est en mesure d’apporter une réponse aujourd’hui ? La réflexion sur les services publics ne peut que déboucher sur cette interrogation.

 


 

Meeting pour la libération des emprisonnés politiques à l'initiative du POID

Motion adoptée par le meeting du 1er mars 2018 à Paris sur proposition de la tribune


 

Nous, citoyens, travailleurs, jeunes, militants du mouvement ouvrier et démocratique de l’Etat espagnol et de France, réunis dans un meeting public à paris, jeudi 1er mars, faisons nôtre l'appel lancé par des militants de dix-sept pays d'Europe :

« Libération immédiate de tous les emprisonnés politiques! Abandon de toutes les poursuites judiciaires ! Liberté pour le peuple catalan de choisir ses propres représentants ! Bas les pattes devant la République catalane ! »

Après avoir entendu les interventions

De Joan Lluis Bozo, metteur en scène de théâtre, TeatRe amb R de Republica (Catalogne);

D'Eutalia Reguant, conseillère municipale à Barcelone, ancienne députée de la CUP Crida Constituent au Parlement catalan;

De Felipe Zorita, militant ouvrier, ancien prisonnier politique sous le franquisme (Pays basque/Euskadi);

De Maître Patrick Baudouin, avocat, Président d'honneur de la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH);

De Maître Claire Dujardin, membre du Syndicat des avocats de France (à titre personnel) ;

De Patrick Farbiaz, Ecologie sociale ;

De Daniel Gluckstein, Parti ouvrier indépendant démocratique;

De Dominique Guillot, syndicaliste (à titre personnel);

Et de José Nicol,  syndicaliste, à titre personnel);

Et après avoir entendu les messages de solidarité d’Allemagne, de Grande-Bretagne, d'Irlande, d’Italie, du Pérou,  de Roumanie et de Turquie;

Nous déclarons solennellement:

Nous ne laisserons pas la répression de la monarchie espagnole s'abattre sur le peuple catalan et sur ceux qui dans tout I’Etat espagnol combattent pour le droit des peuples et la République.

Nous ne laisserons pas Macron,  Merkel, May, Trump et la Commission européenne soutenir la répression en notre nom.

Nous sommes partisans inconditionnels du droit des peuples disposer d'eux-mêmes, donc du droit du peuple catalan, par son vote souverain du 1er octobre à se libérer de la monarchie et à constituer librement sa  République catalane.

Nous affirmons que la cause de la République catalane est la cause de tout le mouvement ouvrier et démocratique dans l’Etat espagnol, en France comme dans toute l'Europe, et que nul ne devrait y déroger.

C'est pourquoi nous décidons de nous constituer en délégation internationale contre la répression en Catalogne, ouverte à toutes celles et tous ceux qui partagent les termes de cet appel: nous nous rendrons à Madrid, comme en Catalogne, pour rencontrer les prisonniers politiques dans leur prison, ainsi que les victimes de la répression afin de témoigner, sur la base des faits, devant l'opinion publique ouvrière et démocratique internationale.
                                         
appel.catalogne@gmail.com


Catalogne. Réflexions sur la conjoncture et éléments de réponseJordi Sanchez demande de sortir de prison pour accéder à la présidence du «govern», par Martí Caussa

Source A l’encontre : Article publié sur le site de Viento Sur, en date du 6 mars 2018; article original en catalan traduction A l’Encontre.

 



En Catalogne, les deux nouvelles les plus importantes de la première semaine de mars ont été, d’une part, le pas en arrière de Carles Puigdemont lorsqu’il a proposé Jordi Sánchez comme candidat à la présidence de la Generalitat et, d’autre part, le refus de la CUP [Candidature d’unité populaire] de le soutenir. L’investiture est donc toujours bloquée [par manque de majorité parlementaire].
Le recul de Puigdemont constitue une reconnaissance du fait qu’il n’y a pas un rapport de forces suffisant pour le nommer président et pour mettre en place la République. Et la solution alternative proposée par JuntsxCat [Ensemble pour la Catalogne] et ERC [Esquerra Republicana de Catalunya] était de combiner un gouvernement autonomiste présidé par Sánchez et un Conseil de la République à Bruxelles.

Une telle solution aurait exigé que la CUP accorde au moins deux voix pour pouvoir élire Sánchez au second tour (dans l’hypothèse où la Cour constitutionnelle ne l’en empêche pas). Mais les anti-capitalistes (CUP) ne sont prêts qu’à s’abstenir, car ils ne veulent pas soutenir un gouvernement autonomiste: ils veulent que la République proclamée le 27 octobre devienne effective et que les lois de la transition soient appliquées.


La position de la CUP n’est pas un obstacle absolu à l’investiture de Sánchez dans la mesure où la négociation reste possible et que Carles Puigdemont et Antoni Comín pourraient renoncer à leur position de députés et céder la place à deux suppléants. Mais cette situation constitue un indicateur des divergences au sein du mouvement indépendantiste. Ces divergences ne se limitent pas aux partis, comme le montre la décision de l’Assemblée nationale catalane (ANC) d’appeler à une manifestation le 11 mars pour exiger que le nouveau gouvernement « obéisse au mandat du 1er octobre et mette en œuvre la loi de transition et les institutions de la République ».


Ce débat porte donc non pas sur des personnes mais sur des orientations politiques fondamentales, que Vicent Partal (journaliste de renom) a résumées comme suit: « le grand débat de fond qui se cache derrière la négociation est le suivant: faut-il agir directement et créer la République, ou faut-il essayer de construire ce qui est possible à partir du régime d’autonomie, et donc accepter les règles imposées par le coup d’Etat? ». Je pense que le débat fondamental est effectivement occulté et que, pour le rendre visible, trois questions centrales doivent être abordées: Qu’est-ce qui a échoué? Où en sommes-nous réellement aujourd’hui? Quelle orientation stratégique faut-il adopter pour avancer vers la République? Je pense que si ce débat avait lieu, le dilemme soulevé par Vicent Partal serait simplifié.

Trois débats nécessaires
À mon avis, il faut commencer par analyser ce qui s’est réellement passé le 1er octobre et les jours suivants.

Nous savons depuis longtemps que le facteur fondamental du succès du 1er octobre est que les gens qui voulaient organiser un référendum – et qui le voulait effectivement – n’étaient pas tous des indépendantistes. Nous savons également que le gouvernement n’avait pas planifié l’occupation et la défense des bureaux de vote. Et les nouvelles déclarations faites devant le juge Llarena [voir sur l’attitude de ce juge l’article de Miguel Salas publié sur ce site en date du 9 mars 2018] nous ont également confirmé que le gouvernement avait décidé d’arrêter la votation le 1er octobre à midi. Par contre nous ne savons toujours pas qui était favorable à ces mesures et qui a – heureusement – résisté. Nous savons aussi que le gouvernement a célébré le résultat du référendum, mais qu’il avait des doutes quant à ce qu’il devait faire de la victoire. La grève générale du 3 octobre ne fut pas non plus une initiative du gouvernement catalan, même s’il y était favorable. Une semaine plus tard, la combinaison entre l’indécision, les divergences et la peur de se voir submergé par le mouvement ont poussé le gouvernement à serrer les freins pour ne pas perdre le contrôle.

Dans une longue et intéressante interview accordée sur le site RAC-1, Carles Puigdemont a déclaré qu’il avait commis une erreur le 10 octobre en proclamant la République et la mettant en veilleuse quelques secondes plus tard, parce qu’il faisait confiance aux promesses de dialogue faites par l’Etat central. Maintenant, il pense qu’il aurait été possible de proclamer la République et de « défendre la position ». Il me semble que c’est là le début d’une réflexion intéressante, mais incomplète, il faut en effet aller plus loin et dire comment on aurait pu défendre cette position. C’est un point fondamental si on ne veut pas répéter la même erreur à l’avenir.

Compte tenu de ce que tout le monde connaît maintenant de la réaction de l’État espagnol (et de ce qu’il était possible de prévoir avant le 1er octobre), il est clair qu’une déclaration d’indépendance et l’activation des lois de transition n’auraient pas suffi, car ce ne sont que des mots et des documents. Il n’aurait pas non plus suffi de demander aux Mossos [police catalane] de protéger le gouvernement et le Parlement car, dans le cas peu probable où ils auraient obéi massivement, cette force était trop restreinte face à celle qu’aurait pu mobiliser l’Etat (sans avoir besoin de recourir à l’armée).

Pour défendre efficacement la République, il aurait fallu non seulement davantage de voix en sa faveur, mais également un soulèvement pacifique et massif de la population – au-delà les plus de deux millions de personnes qui ont voté 1er octobre – ainsi qu’une solidarité face à la répression des peuples dans l’ensemble de l’État espagnol. Mais préparer quelque chose de ce genre n’a jamais traversé l’esprit du gouvernement. Et s’il l’avait improvisé au dernier moment, il n’est pas certain que cela aurait été couronné de succès, car toute sa politique avant le 1er octobre avait contribué gêner plutôt qu’à faciliter un soulèvement démocratique de cette ampleur. Cela à la fois en raison de sa politique économique contraire aux intérêts des classes populaires (par exemple, les récents budgets) et de son manque de radicalité démocratique (par exemple, en rompant la promesse de lancer la phase participative du processus constitutif avant le référendum).
Les jours avant et après le référendum du 1er octobre, beaucoup de gens pensaient qu’on était en train d’initier une révolution démocratique, mais il est clair que le gouvernement n’avait aucune intention de faire quelque chose de ce genre. Ce qu’il voulait c’était de ne faire qu’une démonstration de force contrôlée qui lui permettrait de négocier avec l’État, en ayant le soutien des institutions européennes. Le roi [Felipe VI], Mariano Rajoy et l’appareil d’Etat ont mieux évalué la situation, ils ont agi plus rapidement et plus fermement: avec l’article 155, les mobilisations «españolistas» et les forces policières et judiciaires.

Dans l’entretien susmentionné sur le site RAC-1, Carles Puigdemont reconnaît que le 27 octobre il n’y avait plus un rapport de forces pour rendre effective la République. Nous pouvons maintenant raisonnablement soupçonner qu’il n’en a jamais eu l’intention. Celui qui a dit cela le plus clairement a été Artur Mas [président de la Catalogne de décembre 2010 à janvier 2016] dans les déclarations faites devant le juge Llarena: selon lui. tous les députés qui avaient voté pour la Déclaration unilatérale d’indépendance (il faisait référence aux députés JuntsxCat et ERC, car le député de la CUP, Mireia Boya a explicitement dit le contraire) « savaient qu’il n’avait pas de véritable issue » … Pour prouver qu’il s’agissait d’une simple « action parlementaire » symbolique, l’ex-président a d’ailleurs souligné dans ses déclarations devant le juge de la Cour suprême, que le gouvernement de la Generalitat ne s’est pas réuni par la suite pour prendre une décision. « Dans le monde de la politique, il y a une composante symbolique et esthétique. Les arguments sont exagérés ou gonflés pour mieux les présenter devant l’opinion publique. S’agit-il d’une tromperie ou d’une exagération? Cela peut le devenir ». Maintenant, nous savons aussi que la dispersion du gouvernement n’était pas le résultat de plans conçus et approuvés auparavant. Pourquoi ne pas analyser courageusement toutes ces lacunes et ces erreurs ? Ce serait certainement la meilleure garantie pour ne plus jamais les répéter.
On ne veut pas non plus clairement reconnaître la situation qui a été créée le 27 octobre. Lorsque les intervieweurs de RAC-1 demandent à Carles Puigdemont si la République est réelle, il répond avec une sorte de devinette: elle l’est dans l’esprit de beaucoup de Catalans; elle l’est d’un point de vue institutionnel parce qu’elle a été déclarée au Parlement et validée lors de deux élections; mais il n’y a pas de structures de la République.

La réalité est que nous n’avons qu’une déclaration symbolique de la République et que la démission du gouvernement et des institutions face à l’article 155 décrété par l’adversaire a entraîné une défaite importante. La dignité de la non-capitulation défendue à la fois depuis la prison et depuis Bruxelles ne supprime pas cette défaite. La victoire électorale du 21 décembre, même si elle démontre une nouvelle fois la volonté de la majorité du peuple catalan et le caractère antidémocratique de l’Etat, ne suffit pas à compenser la défaite du 27 octobre.

Seule une mobilisation massive pourra surmonter cette défaite en forçant à libérer les prisonniers, en permettant le retour des exilés et l’élimination de toutes les conséquences de l’article 155. Une telle mobilisation se situerait dans le cadre d’une lutte pour davantage de démocratie et de droits sociaux pour l’ensemble du peuple catalan. Elle pourrait regrouper les indépendantistes et les non-indépendantistes dans la lutte pour la République, sans renoncer à la désobéissance et aux mesures unilatérales lorsque cela est nécessaire pour garantir l’aboutissement des revendications.

Ni autonomisme ni mettre le turbo

Or, ni JuntsxCat ni l’ERC ne soutiennent une telle orientation. Leur proposition situe la lutte pour la libération des prisonniers, le retour des exilés et le retrait de l’article 155 dans le cadre de la normalisation d’un gouvernement autonome en combinaison avec la pression internationale depuis le Conseil de la République. Ils espèrent ainsi qu’ils pourront à l’avenir améliorer les conditions de négociation avec l’Etat (Puigdemont reconnaît que son exil pourrait durer des années). Ce n’est pas une voie réaliste pour aller vers la République catalane, car elle ne corrige aucune des faiblesses mentionnées ci-dessus et qui se sont révélées avant et après le 1er octobre.

Mais cette critique ne signifie cependant pas qu’il soit possible de mettre le turbo comme le réclament l’article cité par Vicent Partal, la CUP ou la direction de l’ANC. Pour pouvoir aller de l’avant, nous devons accepter avec réalisme la situation actuelle et trouver un point de départ. Il faut admettre que ce point de départ ne réside pas dans l’activation des lois de transition, ni même dans la réintégration du président et du gouvernement légitimes.

Il faut ouvrir le débat sur une voie vers la République qui évite les fausses sorties de l’autonomisme et de mettre le turbo. Il s’agit d’admettre que nous avons un problème et qu’il existe des désaccords, mais il faut éviter les disqualifications. Des idées dans ce sens ont déjà commencé à émerger et il vaut la peine d’y réfléchir, même si nous ne sommes pas d’accord avec elles. Je vais en citer deux
Roger Palà [journaliste et un des éditeurs de CRITIC] a écrit: « L’indépendance est à une croisée des chemins: soit on continue à nourrir les thèses de la pensée magique, soit on prend des décisions basées sur le pragmatisme. Rien n’indique que la République proclamée en octobre puisse devenir immédiatement effective. Rien n’indique non plus qu’elle n’existe pas au-delà des désirs légitimes de centaines de milliers de personnes… D’un point de vue rationnel, le fait de récupérer l’auto-gouvernement – même si c’est sous la pression interventionniste d’un Parti populaire débridé – peut être le point de départ nécessaire pour reprendre des forces et se réarmer avec des idées.»
L’autre citation, plus polémique, est de Joan Tardà [membre d’ERC]: « Cependant, l’indépendantisme ne réussira que s’il comprend qu’il doit accumuler des forces (nous avons répété à maintes reprises «nous ne sommes pas assez nombreux»… Le républicanisme doit converger avec les forces politiques qui défendent également le référendum contraignant, dirigées par Xavier Domènech [coordinateur de Catalunya en Comú-Podem] et doit ouvrir des voies d’un dialogue franc… avec le Parti socialiste catalan (PSC) d’un Miquel Iceta, qui doit décider si on refuse ou si on accepte un retour en arrière en ce qui concerne les droits et les libertés ».

Je ne pense pas qu’on puisse trouver des voies de dialogue avec les dirigeants du PSC tant qu’ils continueront à défendre l’article 155 (mais cela reste possible avec leurs bases). Mais il est clair que « nous ne sommes pas suffisamment nombreux » et que donc la convergence dans l’action avec les Communes est essentielle, ceci pour lutter contre l’article 155, pour défendre la démocratie et les revendications sociales ou pour promouvoir le débat constituant (c’est ce que Jaume López a rappelé récemment: voir son article publié sur ce site en date du 22 janvier 2018).

Je pense qu’on peut accepter que le gouvernement effectif qui peut exister dans l’immédiat soit de nature autonomiste, à condition que, dans le même temps, la lutte pour défendre les besoins économiques, sociaux, démocratiques et culturels de la population soit engagée dans le but de conquérir la République. Ce qui me semble décisif, c’est de promouvoir un plan de lutte des mouvements et des entités sociaux, mais qui n’attend pas ce que dira le gouvernement, Par contre, qui formule des revendications, qui encourage la désobéissance et l’action unilatérale quand cela est nécessaire, qui conduise vers une mobilisation plus massive et auto-organisée que celle du 1er octobre, avec un contenu national, démocratique et social et qui travaille désormais activement à la solidarité active des peuples de l’Etat espagnol (sur la base de l’opposition au régime monarchique et en faveur de la défense de la République) et de l’Europe. Cela semble difficile et l’est certainement, mais nous avons déjà fait l’expérience que, parfois, les choses qui sont présentées comme faciles – comme le passage à l’indépendance « depuis la loi à la loi » – sont les moins réalistes.

 




Les deux militants de la CUP animant le débat...

Deux réunions au tableau d’honneur en faveur de la Catalogne libre et républicaine, par Robert Duguet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



La première a été prise le 1er mars à l’initiative d’un parti politique d’obédience trotskyste, le POID (Parti Ouvrier Indépendant et Démocratique). Il se situait sur la ligne d’une mobilisation unitaire pour la libération des emprisonnés politique de la résistance catalane au pouvoir central de Madrid : à la tribune intervenaient Loan Lluis Bozzo, metteur en scène de théâtre à Barcelone ; Eulalia Reguant, conseillère municipale de Barcelone ; Felipe Zorita, ancien prisonnier politique sous le franquisme, Maître Patrick Baudouin ; avocat et président d’honneur de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, Maître Claire Desjardin, avocate, membre du syndicat des avocats de France ; Patrick Farbiaz, écologie sociale ; Daniel Glückstein pour le POID ; Dominique Guillot, syndicaliste ; José Nicol, syndicaliste. Ce sont environ 400 citoyens qui se sont rendus à ce meeting à la Bellevilloise à Paris. Le meeting s’est rallié à l’appel de militants de 17 pays d’Europe exigeant :
« Libération de tous les emprisonnés politiques ! Abandon de toutes les poursuites judiciaires ! Liberté pour le peuple catalan de choisir ses propres représentants ! Bas les pattes devant la République catalane ! »

La deuxième initiative s’est tenue à la Bourse du travail de Paris à l’appel du CDR (Comité de Défense de la République en Catalogne) de Paris le jeudi 8 mars : 270 militants étaient présents, dont 2/3 appartenant à la diaspora catalane en Ile de France. Il convient de revenir quelque peu sur ce que sont les CDR : malgré les impasses politiques dans lesquelles les représentations officielles de la gauche française nous ont conduit sur une génération, n’empêchent pas les militants ou élus qui ont exercé des responsabilités, de voir la question de la Catalogne à travers la tambouille parlementaire, y compris celui de la Généralité de Barcelone, ou le jeu des appareils politiques. Rosa Luxembourg comparait la politique officielle aux vagues de l’océan qui se déploient à la surface : il faut surtout s’intéresser à ce qu’elles traduisent et à ce qui se passe dans les grands fonds.

Les CDR se sont organisés en Catalogne, via les réseaux sociaux dans la plupart des localités pour défendre les urnes lors du referendum organisé le 1er octobre. Puis ils se sont transformés en comités de grève lors du 3 octobre. Et suite à la proclamation officielle, il se sont organisés en Comité de Défense de la République, au moment où les partis de la bourgeoisie catalane reculaient déjà devant le processus révolutionnaire qui veut l’abolition de la monarchie postfranquiste et manœuvrent pour renoncer à leurs propres tâches historiques. Les CDR sont l’expression de l’irruption d’un peuple sur la scène de l’histoire qui s’érige en acteur politique et ne délègue plus l’ensemble de l’orientation qu’ils veulent voir mis en œuvre à la démocratie représentative bourgeoise. Ce que nous avons souvent été habitués à faire. Ils ne sont pas là pour défendre tel ou tel gouvernement catalan, ou quelque coalition de partis, ils sont là pour défendre le projet politique qui a été voté à la majorité. Ils sont le processus constituant.

Les militants du mouvement ouvrier français que nous sommes doivent comprendre ce processus en voie de se constituer et se l’assimiler. Le soutien à la République catalane est une tâche impérative que nous avons à traduire dans des actes ; non seulement parce qu’il concerne la Catalogne et le mouvement pour une fédération des peuples de la péninsule ibérique, mais parce qu’il permet de comprendre par quelles voies la confrontation avec Macron et son gouvernement de coquins doit passer. Sans un processus constituant, ce qui suppose un mouvement de masse des opprimés et de la jeunesse, il n’y a aujourd’hui que les impasses qu’une vieille gauche en état de disparition d’un côté et que l’écueil du populisme dit de « gauche » de l’autre.

Revenons à la constitution du CDR de Paris : alors que, dans les années qui ont suivi la grève générale de 1968, toutes les organisations de gauche s’insurgeaient contre la mise en cause des droits démocratique des minorités nationales contre la dictature franquiste de Madrid, aujourd’hui l’opinion dominante dans le corps malade de la gauche est majoritairement pour l’Etat espagnol. Mélenchon aura même été jusqu’à écrire que le franquisme, à sa façon, aura contribué à constituer l’Etat espagnol. La gauche française continue sur sa ligne de défense de l’accord historique de 1978 du pacte de la Moncloa, où les directions du mouvement ouvrier espagnol passaient un compromis avec les restes du franquisme. Ce qui est mis sous le boisseau finit toujours par s’imposer un jour ou l’autre : « bien creusé, vieille taupe ! »

On ne peut que saluer la constitution d’un tel CDR, d’emblée représentatif et qui déclare ceci :

« Voilà pourquoi ici en France, nous avons ressenti le besoin de créer un Comité de Défense de la République Catalane. Nous voulons nous battre contre cette manipulation médiatique qui a pour objectif de modeler l’opinion publique et de faire taire les aspirations d’émancipation des peuples. Pour cela nous sommes en train de construire un blog et de nous implanter au sein des réseaux sociaux afin de pouvoir créer une plateforme de contre-information capable de diffuser de l’information de première main sur la Catalogne. Nous sommes convaincus que donner un accès à l’information de qualité aux gens est le premier pas indispensable pour qu’ils soient en mesure de choisir le bon camp. »

 


 

La situation italienne et nous, par Vincent Presumey 

Source:https://aplutsoc.wordpress.com/2018/03/11/la-situation-italienne-et-nous/


En France les élections législatives italiennes du 4 mars dernier ont suscité des commentaires divers dont le point commun est le plus souvent une certaine obscurité. Entre l'idée d'une sorte de vague brune, de second fascisme aux visages multiples, et celle d'un triomphe du "dégagisme" aux accents "anti-néolibéraux" voire d'une ambiance "gauche radicale" d'autant plus énigmatique que la gauche proprement dite semble être en voie de disparition en Italie, le moins que l'on puisse dire est que les représentations de la crise italienne ne sont pas claires.

Un point apparaît avec évidence : la crise italienne a pris, en temps réel, dans la journée du dimanche 4 mars, le relai de la crise allemande en tant qu'épicentre de la crise européenne, puisqu'en Allemagne les 450 000 membres du SPD ont, à 66% sur 78% de votants, accepté la "grande coalition", pas par adhésion mais par trouille d'élections anticipées. Les commentaires vont donc bon train sur l' "agonie de la social-démocratie en Europe", ce qui ne veut strictement rien dire et fait fi des situations nationales réelles dans l'ensemble de l'Europe. En tout cas, le problème pour des militants ouvriers soucieux de construire un débouché n'est pas de trinquer une énième fois à la mort de la "social-démocratie", mais de construire ce débouché, justement.

En outre, il est faux de croire que l'Allemagne ne serait plus l'épicentre de la crise européenne qu'elle est devenue ces derniers mois : la formation de la Groko (grande coalition) va au contraire y aviver toutes les contradictions.

Les résultats.

Ces élections ont vu une participation de près de 73%, ce qui, dans les normes italiennes, représente un tassement de la participation.

La coalition dite de "centre droit" arrive en tête avec environ 37% des voix, mais en son sein le parti considéré aujourd'hui comme "institutionnel" du vieux singe Berlusconi, Forza Italia, passe avec 14% derrière la Lega de Matteo Salvini, ancienne Ligue du Nord rénovée sur une ligne de type "Front national" français, à 17%, les deux autres formations de la coalition, Fratele d'Italia, qui a recyclé la flamme tricolore de l'ancien MSI néofasciste, à 4,3%, et Noi con Italia, conglomérat de groupes chrétiens et libéraux-conservateurs, à 1,3%, étant plutôt pires dans le même registre.

Mais le courant politique, hors coalitions, qui a la majorité relative est le Mouvement "5 Etoiles", M5S, avec près de 33%. C'est en fait lui le vainqueur, et non pas le "centre droit".

Le "centre gauche" agrégé autour du Parti Démocrate, PD, au pouvoir ces dernières années, fait près de 23%, 19% pour le seul PD, ce qui est un effondrement, en particulier par rapport à son dernier score national, 40% aux élections européennes de 2014.

Viennent ensuite le mouvement Libere e Uguali, associant notamment des formations issues de diverses scissions plus ou moins "sociétales" du PD, avec pas mal d'anciens caciques du PC italien, ambitionnant de refaire une gauche "à gauche du PD" : à 3,5%, pari perdu. Les divers "Parti communistes" et autres refondateurs communistes maintenus font environ 2,25%. Le nouveau mouvement Potere al Popolo (dont l'organisation sœur du NPA fait partie) atteint à peine plus de 1% ce qui est considéré comme décevant par rapport à sa dynamique de campagne, bien que ses portes-paroles s'affirment contents. La Gauche révolutionnaire, groupant deux tendances trotskystes (liées, l'une à la tendance du Parti Ouvrier argentin, l'autre à celle de La Riposte en France), fait un score marginal qu'elle ne nie d'ailleurs pas (0,1%).

Enfin, les fascistes ouverts et affichés de CasaPound et Forza nuova font environ 1%, ce qui est, de leur point de vue, une apparition sur la scène électorale. Mais nous avons vu, et nous allons y revenir, que les thématiques fascisantes ou "populistes" vont bien au delà.

Un apparent paradoxe.

Il y a paradoxalement deux forces sociales pour lesquelles ces résultats sont des mauvaises nouvelles.

L'une est l'Union Européenne et les composantes du capitalisme italien et de l'Etat italien qui ont de longue date misé sur elle.

L'autre est la classe ouvrière. Justement, quelques jours avant le scrutin, le 28 février, les directions de la CGIL, de l'UIL et de la CISL ont signé avec le patronat (la Confindustria) un accord qui, notamment, soumet toute hausse de salaire à la hausse de la productivité, systématisant les aspects négatifs de l'accord signé en Allemagne par IG Metal pour mettre un terme aux grèves déclenchées par le même IG Metal, et généralise les "avantages d'entreprises" (Welfare aziendale), en lieu et place des hausses de salaires et des systèmes plus étendus de protection sociale. On a beaucoup parlé de fascisme et de populisme le 4 mars, mais, le 28 février, nous étions dans le corporatisme. La camisole de force des accords syndicats-patronats et l'absence de représentation politique du monde du travail sont les deux revers de la même médaille.

Il n'empêche que la crise de la bourgeoisie capitaliste se développe pour ainsi dire en roues libres et peut ouvrir des brèches aux vraies combats sociaux. Mais pour y comprendre quelque chose, il nous faut maintenant faire un rapide retour en arrière.

Retour historique : du compromis de Yalta au compromis historique.

Il faut d'abord saisir la faiblesse structurelle de l'Etat capitaliste italien, comparativement à tous les autres grands pays d'Europe occidentale. La nation italienne est ancienne mais l'unité nationale fut tardive et faite par en haut. Le seul régime national fort, assis solidement sur ses propres bases, fut le fascisme qui, pour autant, acheva son parcours en croupion de l'impérialisme allemand.

Le caractère révolutionnaire de la chute du fascisme, causé par l'insurrection populaire avant le débarquement allié à partir de 1943, et l'échec de la restauration monarchique après-guerre, ont créé en Italie les conditions d'un régime parlementaire obligé de s'étayer, ou d'être étayé plus ou moins de bon gré, par des forces extérieures à son appareil d'Etat et à la bourgeoisie nationale italienne constituée comme telle : d'où l'importance de l'ancrage dans l'Union Européenne, le rôle de l'OTAN, mais aussi celui du Vatican et celui de l'appareil stalinien, ainsi que la corruption organique liée à la Mafia, la Camora et la N'drangheta et les officines telles que la "loge P2", le réseau "Gladio", etc.

En particulier, de tous les Etats capitalistes d'Europe occidentale, l'Italie fut celui qui fut le plus nécessairement étayé par l'appareil stalinien, seul rempart contre la révolution prolétarienne en 1943-1944 – et initialement contre ses propres militants issus des traditions maximalistes et bordiguistes : le capitalisme parlementaire italien est issu du tournant de Salerne où Togliatti, au compte de Staline, appelait à l'unité nationale. Du coup, le PCI s'est construit avec un appareil doté d'un ancrage et d'une autonomie nationaux sans équivalent ailleurs en Europe également, ce qui lui a permis de se "déstaliniser" et de se libéraliser le premier. En fait, en même temps que toute participation gouvernementale directe était exclue par la guerre froide, il fut l'opposition officielle toute puissante et le pilier de l'ordre social pendant quatre décennies.

Le "compromis historique", théorisé par Enrico Berlinguer dans les années 1970, exprimait une pratique remontant au retour de Palmiro Togliatti de Moscou en 1944. Le pouvoir gouvernemental était dans ce cadre exercé par la Démocratie chrétienne, appuyée sur l'Eglise catholique. Ainsi s'exprimait en Italie l'ordre de Yalta-Potsdam, contesté par de puissantes luttes sociales et ouvrières tout au long de la décennie 1970 - le "mai rampant" -, mais qui parvient à les surmonter à partir de 1980. Cet équilibre "Don Camillo-Peppone" a en même temps défavorisé les tentatives récurrentes de réforme institutionnelle visant à instaurer un exécutif fort, à la française façon 1958.

La liquidation réussie des partis issus du mouvement ouvrier.

A la fin des années 1980, l'affaiblissement structurel de l'appareil d'Etat mis en cause par de grands scandales de corruption, le reflux des luttes ouvrières de la décennie précédente qui avaient cependant approfondi les conquêtes sociales, la nécessité pour le capital d'un Etat fort, et la fin de la guerre froide et de l'URSS, produisirent la poussée jusqu'à son terme de la "stratégie" du "compromis historique » : la transformation du PCI en PDS (Parti Démocratique de la Gauche) puis en PD (Parti Démocrate), sur une orientation à la Blair-Macron, et avec fusion avec l'essentiel de la Démocratie chrétienne en pleine décomposition.

Les courants communistes maintenus, à partir de Ridondazione communista, se situant sur le terrain du maintien de l'ancien, n'ont jamais constitué une alternative à cet achèvement, et par ailleurs, dès la fin des années 1980, les socialistes et socio-démocrates, pris en étau et eux-mêmes au cœur de la corruption du parlementarisme mafieu, étaient liquidés comme force politique.

L'Italie fut donc le premier pays d'Europe occidentale où la liquidation des partis politiques bureaucratiques structurant le mouvement ouvrier fut effectuée, par eux-mêmes : pendant qu'en France divers experts avisés annonçaient, avec une régularité de métronomes, que le PS était devenu un "pari démocrate à l'américaine", l'appareil de l'ancien parti stalinien, puis eurocommuniste, italien, menait à bien une telle conversion d'une main de maître.

En 1998, le nouveau grand parti du capitalisme italien, né de la fusion de l'ancien PCI et de la Démocratie chrétienne, arrivait au pouvoir.

Mais la crise structurelle de l'Etat continue.

Cependant, l'autre volet de la transformation politique du pays conforme aux intérêts capitalistes, à savoir l'instauration d'un Etat plus fort, n'aboutit pas : même si l'on parle de "deuxième république" depuis 1990, en raison de l'implosion et du processus de fusion des deux grands partis de la guerre froide, les réformes institutionnelles n'ont essentiellement porté que sur les modes de scrutin, et la constitution de 1946 reste fondamentalement en vigueur : le parlementarisme bâtard tempéré par la corruption reste en place.

En outre, la convergence des deux anciens grands partis rivaux a libéré des espaces sur sa droite. Silvio Berlusconi, au pouvoir en 1994-1995 puis en 2001-2005 et en 2008-2011, à la tête d'un nouveau parti de droite libérale "décomplexée", Forza italia, allié aux anciens fascistes d'Alleanza Nazionale et à la Ligue du Nord, formation petite-bourgeoise réactionnaire issue de l'autonomisme padouan, a tendu à dessiner une sorte de "bonapartisme à l'italienne", qui en est resté au niveau des gesticulations de matamore.

Lentement mais sûrement, les partis dominants, tous capitalistes, engendrent des scissions, des variantes plus ou moins, et de plus en plus, décomposées.

Les cinq étoiles ... et la sixième.

Sur ce terreau surviennent, en 2009, les rassemblements de masse d'un mouvement nouveau lancé par Beppe Grillo, un humoriste blogueur anti-corruption, le M5S.

Les cinq "étoiles" sont : la gestion publique de l'eau, la gestion publique des déchets (qui est perçue comme une déclaration de guerre à la mafia), les transports publics gratuits, la wifi pour tous, et la transition énergétique. A ces "cinq piliers de la foi" s'en ajoute un sixième, dessiné depuis le début et plus ou moins accentué selon les moments, surtout dans la dernière période : les migrants dehors !

Ce mouvement se fait fort de liquider la corruption structurelle de l'Etat – il tient les mairies de Rome et de Turin depuis 2016 et s'y est plongé tout entier. C'est le premier mouvement de masse européen à prétendre rassembler le "peuple" tout entier contre "l'oligarchie". L'oligarchie englobe la finance, les médias, la mafia, ainsi que les syndicats. La référence aux théorisations "populistes" de Mouffe et Laclau est présente depuis le début.

Il est donc judicieux, nonobstant les évidentes différences nationales, de rapprocher Cinque Stelle de Podemos puis de la France insoumise. La principale différence est que Cinque Stelle n'apparaît pas comme ayant des racines à gauche ni dans le mouvement ouvrier, quitte à rompre avec lui. Mais c'est que le M5S survient dans un contexte où les partis politiques issus du mouvement ouvrier se sont déjà liquidés comme tels.

En outre, cette différence apparait comme très relative dans le mode de fonctionnement, tout aussi "gazeux" que celui que J.L. Mélenchon préconise pour la FI : tant que les chefs ne sont pas contestés et qu'ils peuvent imposer ce qu'ils veulent à tous les niveaux, chaque groupe ou réseau peut lui même faire ce qu'il veut. Cette liberté consiste dans la possibilité de varier les positions à l'infini, tant qu'on ne touche pas à la propriété capitaliste. Renationalisations, privatisations, décroissance, sortie de l'euro, maintien dans l'euro, remboursement accéléré de la dette "publique", non remboursement de celle-ci, furent les positions successives ou simultanées du M5S. Une constante : la défense des petites et moyennes entreprises, c'est-à-dire de leurs patrons.

Mais électoralement il est clair, et ceci encore très fortement en 2018, que le M5S a capté ce qu'autrefois on appelait l'électorat "de gauche", celui en déshérence des petits partis laïques et des socialistes, et celui de l'ancien PCI en dehors de son bastion toscan qui vote PD.

La montée du M5S va avec la crise économique montante elle aussi depuis 2008. Celle-ci a pour effet de mettre en cause l'ancrage dans l'Union Européenne du capitalisme italien qui s'était jusque-là pleinement appuyé sur la CEE puis sur l'UE.

La crise s'approfondit.

La chute de Berlusconi, dans une ambiance ignominieuse, en 2011, puis la récurrence des crises gouvernementales et parlementaires, répétées depuis, ramènent au premier plan l'instabilité structurelle de l'Etat, nullement résolue malgré les reculs des droits des salariés. Le régime politique est plus que jamais un "régime des partis" façon IV° République française, sauf que ces partis en sont de moins en moins et sont de plus en plus des ligues plébiscitaires, des PME au service de leur patron, ou des montages douteux temporaires.

Deux sauveurs plébiscités par "l'Europe" ont été asséchés durant ces années : Mario Monti (au pouvoir en 2011-2013), et Matteo Renzi, modèle pour notre Macron, jeune homme dynamique du capital à la tête du PD et "rénovateur" entendant "faire bouger les lignes", en 2014-2016.

Matteo Renzi a à son tour tenté de réformer l'Etat, en touchant directement à la constitution, et il a échoué au référendum de décembre 2016 -59% de Non. Il faut dire que la question posée, dans des termes littéralement incompréhensibles (visant à affaiblir la seconde chambre législative pour amorcer un renforcement du pouvoir central), traduisait déjà l'enlisement, et se réduisait en fait à une question de confiance dans le chef du gouvernement.

Renzi démissionne mais le PD reste au pouvoir (gouvernement Gentiloni) en refusant des élections anticipées : il vient de le payer.

Ce qui s'est donc vraiment passé.

Ce contexte permet de comprendre que nous n'assistons pas à proprement parler à une "vague brune", encore moins à une "vague anti-néolibérale'", ni à une combinaison des deux même si dans la confusion ambiante les discours se mélangent, mais à une décomposition accentuée de la représentation politique du capital et de la petite bourgeoisie, en l'absence de représentation politique même très mauvaise de la majorité, celle du salariat. Désormais asphyxié et non plus étayé par l'UE le capital italien est menacé par la bombe des dettes bancaires officielles et supposées. Il hésite et n'a pas de ligne politique claire par rapport à l'euro, ce qui se traduit par exemple dans les palinodies du M5S, qui prétend former le gouvernement et hésite entre se tourner vers la Lega ou vers le PD. Bref, les combinazione, les "tambouilles et carabistouilles" pour parler la langue du prétendu "populisme" à la française, ne sont pas atténuées, mais démultipliées, par la progression du "populisme".

Celle-ci revêt plusieurs visages. Celui du M5S est une baudruche susceptible de verser dans plusieurs directions, exceptée celle des intérêts de la majorité prolétarienne. Celui de la coalition de "centre-droit" est beaucoup plus facile à comparer à des références franco-françaises : c'est en somme un mixte de Laurent Wauquiez et des filles et petite-nièce Le Pen.

La couche du prolétariat qui a le plus immédiatement à craindre de ces combinazione, ce sont les migrants. Le M5S a exactement la même ligne que celle de la direction de la FI en France (cf. notre article sur le "tweet" de M. Kuzmanovic) : OK pour accueillir les malheureux, on n'est pas raciste n'est-ce pas, mais sitôt qu'on les a rafraîchis, une fois les papiers ou leur absence vérifiée, hop, dehors, car il ne faut pas d'immigration économique, c'est un luxe que l'Italie ne peut pas se payer. C'est très exactement ce discours qui fournit le point de convergence entre le M5S et l'extrême-droite, et même dans le cas d'une coalition gouvernementale M5S-PD cette thématique serait reprise.

Nous devons combattre pour que de l'Italie nous n'ayons point à dire : De te fabula narratur, "c'est ton histoire qu'elle raconte". Car l'Italie nous montre qu'une fois blairisés ou macronisés les restes de "la gauche" l'histoire continue, la crise s'approfondit encore, à l'infini, sans issue, et que le "populisme" ne se range pas parmi les solutions, mais au cœur du problème. Le combat pour la rupture de l'accord syndicats-patronat du 28 février et la reconstitution de fronts de lutte sociale indépendants peuvent malgré tout progresser à nouveau rapidement, tant les besoins sont présents à la base et le spectacle de tous les partis et machins prétendant ne pas en être est peu ragoûtant. En France, il nous faut nous unir dans les grèves et les luttes et politiquement, contre Macron, non pas pour refaire "la gauche", mais pour construire la représentation politique de la grande majorité. Telle est notre leçon italienne.

 


Soutenir la journée d'action du Jeudi 22 Mars 2018,

Communiqué d'Ensemble
 
Samedi 10 Mars 2018  

Source : https://www.ensemble-fdg.org/content/communique-de-ensemble-soutenir-le-22-mars


 

Jeudi 22 Mars 2018, les cheminots et les salariés de la fonction publique seront ensemble dans la grève et dans la rue pour exprimer un même refus de l’offensive gouvernementale contre les services publics et les travailleurs qui les font vivre.
 
Leur défaite serait une catastrophe, permettant à Emmanuel Macron d’accentuer son offensive libérale. A contrario, un succès de la mobilisation qui commencera le Jeudi 22 Mars 2018 signifierait la possibilité de mettre un coup d’arrêt aux mesures sociales de ce gouvernement.
 
Dans cette situation, il est essentiel que la gauche qui n’a pas renoncé, celle qui a combattu la loi travail de 2016 et les ordonnances d'Emmanuel Macron, se rassemble pour soutenir la mobilisation du Jeudi 22 Mars 2018 et ses suites nécessaires.
 
Au sein de cette gauche, des appels à l’unité se font jour, comme celui d’Olivier Besancenot. Il convient de vérifier qu’il y a un accord pour se rassembler autour de celles et de ceux qui s’opposeront, dans la grève et dans la rue, à la politique antisociale de ce gouvernement.
 
Ensemble pense que cet accord est possible.
 
C’est pour cela que nous proposons une réunion unitaire de toutes les organisations, partis et mouvements politiques, qui souhaitent manifester ensemble leur solidarité à la mobilisation de défense des services publics.

 


Cher(e)s signataires de l'appel "Ne touchez pas au Baccalauréat",

Cher(e)s signataires du "Manifeste pour la reconquête d'une école qui instruise",



 

Le secrétariat d'animation du Manifeste s'est réuni le 3 mars dernier et a discuté de la préparation de la rencontre nationale du 17 mars autour de l'appel "Ne touchez pas au Baccalauréat". Vous trouverez par ailleurs en pièce jointe le Bulletin n°8 du Manifeste qui vient d'être édité. Vous pourrez y lire, en plus de l'appel et du communiqué-invitation qui vous a récemment été transmis, diverses contributions sur les enjeux des réformes en cours, sur les positions du Manifeste, sur l'enseignement de l'histoire, ainsi que le compte rendu d'une rencontre départementale.

"Impossible de laisser faire" avions-nous écrit dans notre communiqué du 20 février consécutif notamment à l'annonce par le ministre Blanquer de son projet de "réforme" du Baccalauréat et du lycée.

Et pour cause !

Depuis son lancement, le Manifeste pour la reconquête d'une école qui instruise s'est fixé un objectif : aider à clarifier les enjeux, aider à briser le consensus pour aider à la mobilisation.

Notre rencontre nationale se tiendra dans un contexte particulier. Le gouvernement multiplie les attaques tous azimuts contre nos droits et les piliers de la civilisation : le Bac et la sélection à l'université, mais aussi les services publics, la SNCF, le code du travail, la sécurité sociale et les hôpitaux... De nombreuses mobilisations de jeunes comme de salariés ont lieu, d’autres sont annoncées. Plusieurs syndicats de la fonction publique notamment appellent à une grève nationale le 22 mars.

Notre rencontre aura pour objet de réaffirmer la revendication qui nous rassemble : "Ne touchez pas au Baccalauréat ! Non au contrôle continu". Elle aura pour objet de réaffirmer qu'en défendant le Baccalauréat, nous défendons un acquis, nous défendons le droit pour les jeunes d'étudier dans la filière universitaire de leur choix, nous défendons l'existence de diplômes nationaux reconnus dans les conventions collectives, nous défendons le droit pour les jeunes générations d'avoir accès à une instruction basée sur des programmes et horaires nationaux...

Mais elle aura aussi pour objet, à partir de notre regroupement, de décider des initiatives à prendre pour défendre le bac et être ainsi partie prenante du mouvement d'ensemble qui cherche à résister à l'offensive généralisée en cours contre tous les droits et les acquis.

Vous le voyez : que de bonnes raisons pour vous de participer à cette rencontre du 17 mars. Pour rappel, elle aura lieu dans l'amphithéâtre du Campus Jourdan situé au 48 boulevard Jourdan, 75014.

Et si - cas extrême - vous ne pouvez pas participer physiquement, pourquoi ne pas participer financièrement sur la cagnotte mise en ligne ?... l'argent collecté servira à aider ceux qui viennent de province à payer leur transport et sera intégralement utilisé.

A samedi 17 !

Bien cordialement,

Le secrétariat d'animation du Manifeste

PS : Si vous voulez des bulletins n°8 sous forme papier, pouvez-vous nous en passer commande d'ici la fin de la semaine que nous puissions les faire imprimer et vous les livrer - contre paiement - lors de la rencontre ?

 


Jean Claude Mailly déclare forfait, par Pierre Jacquemain

Source : http://www.regards.fr/web/article/jean-claude-mailly-declare-forfait


 

À en juger par son passage sur France Inter, Mardi 6 Mars 2018, le secrétaire général de la Confédération Générale du Travail (CGT) Force Ouvrière ne croit plus en la lutte contre les réformes du gouvernement. S’il ménage ce dernier, est-ce pour ménager son propre avenir ?
 
Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. À en croire le grand entretien du Mardi 6 Mars 2018, sur France Inter, du secrétaire général de la CGT Force Ouvrière, c’est ce que nous serions en mesure de penser des réformes en cours, imaginées et rédigées sous les ors de la république.
 
Des ors que, visiblement, Jean-Claude Mailly affectionne tout particulièrement puisqu’il avoue lui-même avoir un contact régulier et constructif avec le chef de l'état, « un dialogue est possible avec Emmanuel Macron. C’est très cash mais ce n’est pas le ni oui ni non comme avant ».
 
Comprenne que pourra. S’il reconnaît quelques points de désaccord ici et là avec l’actuelle majorité, de toute manière « il n’y a pas d’alternative », lance-t-il. Donc pas d’autres choix que d’avancer. Et d’acquiescer sans broncher, doit-on comprendre.
 
Il n’y a pas d’alternative parce que selon le syndicaliste il n’y aurait pas non plus « d’opposition crédible » dans le pays. Jean-Luc Mélenchon appréciera. Et cela n’est pas tout. Interrogé par Léa Salamé sur la mobilisation à venir concernant la réforme de la Société Nationale des Chemins de Fer (SNCF) et plus généralement sur l’ensemble des réformes, l’apprenti devin dit « ne pas sentir les salariés avoir envie de descendre massivement dans la rue de manière interprofessionnelle », tout en concédant être « prudent en termes de météorologie sociale ».
 
Sans doute Jean-Claude Mailly se souviendra-t-il longtemps de cette séquence, très largement critiquée par les auditeurs et sur les réseaux sociaux pour sa complaisance à l’égard du pouvoir en place. Nicolas Demorand lui lancera même que « vous êtes plus réformistes que les réformistes ».
 
Voilà plusieurs mois déjà que la stratégie de Jean-Claude Mailly à l’égard du gouvernement laisse les commentateurs politiques pantois. Ainsi a-t-on entendu le leader de la CGT Force Ouvrière saluer régulièrement le travail de l’actuelle ministre Murielle Pénicaud, cheville ouvrière des réformes en cours. « Il se cherche une autre posture, c’est un peu illisible », a-t-on même entendu sur l’antenne de Radio Télévision Luxembourg (RTL).
 
Pourtant, en se projetant quelques semaines en avant, la lecture pourrait s’avérer bien plus lisible. Après quatorze années comme leader de la CGT Force Ouvrière, Jean-Claude Mailly quittera son mandat actuel de secrétaire général au mois d'avril 2018. Lors de la loi travail de Murielle Pénicaud, par rapport à laquelle il s’était montré fort peu exigeant, plusieurs mauvaises langues le projetaient en mission gouvernementale, voire à la tête du Bureau International du Travail (BIT), ce qu’il a démenti.
 
Il a redit Mardi 6 Mars 2018 à France Inter son intention de travailler à l’avenir sur l’implantation syndicale à l’étranger et sur l’insertion des jeunes.
 
Le message est passé. Il n’y a pas de doute que tout cela a d’ores et déjà été négocié, dealé, concerté et consulté, et tout autre chose qu’un syndicaliste habitué des ors de la république sait faire.
 
Mardi 6 Mars 2018, vu le ton, les mots et l’humeur choisis par Jean-Claude Mailly pour aborder une fois encore les contre-réformes en cours, les militants de la CGT Force Ouvrière ont dû se sentir bien seuls, presque abandonnés. L’avenir dira s’ils ont été trahis. Ils se réjouiront sans doute d’avoir compris à travers ce discours si poli que l’atterrissage de leur patron est assuré.
 
Au cours de ce grand entretien sur les ondes du service public, Jean-Claude Mailly a également lancé que « nous ne pouvons pas laisser entendre que les difficultés de la SNCF soient liées au statut du cheminot ».
 
Et même s’il n’est pas le seul, nous sommes désormais en droit de laisser entendre que les difficultés du syndicalisme français sont en partie liées à l’abandon par Jean-Claude Mailly, en bout de course, de la défense des travailleurs. Triste sort pour ceux et celles qui luttent aujourd’hui.

 


 

Billet d’étape sur la situation politique, 1er mars 2018, par aplutsoc (Arguments pour la Lutte Sociale)

Sources: https://aplutsoc.wordpress.com/author/aplutsoc/



 

L'annonce par le gouvernement du recours aux ordonnances contre le statut des cheminots et ce qui reste de caractère public à la SNCF doit-elle être interprétée comme une manifestation de force de celui-ci ? Pas forcément. Il est clair que le mécontentement monte en profondeur dans le pays. L'exécutif sait que le temps lui est compté et qu'il doit "montrer les biceps". Cette décision, qui confirme la concentration des pouvoirs et l'inanité totale du parlement, peut être à cet égard mise en parallèle avec l'évacuation de Bure, destinée à "compenser" le recul sur l'implantation de l'aéroport de Notre-Dame des Landes. Manifestation de force ? Plutôt de fébrilité devant une situation qui peut lui échapper.

Mais coup de force, assurément. La clameur des éditorialistes ne trompe pas : ils se rangent en ordre de bataille pour en découdre. Macron cherche-t-il sa "grève des mineurs" pour la jouer Thatcher ? Soyons clairs : les cheminots constituent une force sociale mais ne gagneront pas tout seuls et la détermination affichée à faire plusieurs semaines de grève ne répond pas par elle-même à la menace, laquelle concerne tout le salariat, toute la jeunesse : l'ouverture des voies ferrées à la concurrence, la fin d'un statut qui, combiné à des salaires tout à fait modérés et de lourdes astreintes, a longtemps permis que les trains arrivent à l'heure et ne déraillent pas, va avec l'attaque massive et globale contre les contrats à durée indéterminée, contre la fonction publique, contre la protection sociale, contre le droit aux études.

Est donc posée la question d'un mouvement d'ensemble et cette question est hautement politique. D'ores et déjà, les appels intersyndicaux du mois de mars, avec les EHPAD et services aux personnes âgées ainsi que des organisations de retraités le 15 mars, et la grève de la fonction publique combinée à la manifestation CGT des cheminots et d'autres appels dans d'autres secteurs le 22 mars, permettent un premier regroupement des forces. Stopper et défaire cet exécutif demeure, avec la question du Tous ensemble et celle de la centralisation de l'affrontement social, inséparables. Voilà dessiné le cadre du débat et de l'action principaux des prochaines semaines.

Complément sur la FI dans cette situation.

Depuis une dizaine de jours, on note l'accélération de signes de décomposition politique flagrants du côté des sommets de la "France insoumise". Ceci n'est en rien contradictoire avec les assez bonnes évaluations de J.L. Mélenchon dans les sondages, bénéficiant de l'absence, pour l'heure, d'alternative à Macron, car il ne constitue pas une alternative, mais a fixé une partie des espoirs d'y arriver.

Faute d'éléments certains, nous ne commenterons pas les affaires qui sortent sur les comptes de campagne. Force est de constater que les sommets de la FI n'ont pas besoin d'être victimes du "bashing", comme ils disent, pour se "basher" eux-mêmes. En quelques jours nous avons donc vu J.L. Mélenchon affirmer que Laurent Wauquiez avait dans l'ensemble raison dans ses propos démagogiques et violents tenus à l'occasion d'un cours se voulant universitaire, et qu'il serait la cible de la « CIA médiatique », et même des « agents des communautés » (quelles sont ces « communautés » ???), et le média dénommé Le média, émanation de la FI, présenté comme l'alternative aux "médias dominants", d'une part, connaître une crise intestine violente avec licenciement de fait à la clef, d'autre part, proclamer sa décision de censurer les images de la Ghouta et donner pour figure de l'objectivité un faux journaliste pro-Bachar flirtant avec l'antisémitisme : voir ...

https://lundi.am/Le-Media-sur-la-Syrie-naufrage-du-journalisme-alternatif

Tout ce que nous avons pu dire et sur quoi nous avons pu alerter, suscitant parfois des réactions indignées se voulant raisonnables, sur les risques de dérive "ni droite ni gauche" du national-populisme choisi par J.L. Mélenchon, est de plus en plus confirmé. Après Alep, la Ghouta : cet engagement international a la gravité de ce qu'aurait été un engagement pour Pinochet en 1973.

Mais il faut préciser que cette dérive semble concerner avant tout les sommets. Car les "insoumis" de base ont au moment actuel de toutes autres préoccupations. Comme l'immense majorité des salariés et des jeunes, ils pensent à la SNCF, à la sélection en Fac, aux plans "sociaux", aux services publics, et à comment participer à l'unité qui se cherche. Car l'unité réelle, qu'on l'appelle ou non "unité de la gauche", est celle-là même que des millions recherchent et rechercheront le 15 mars, le 22 mars et au-delà. C'est la dynamique du bon vieux mouvement ouvrier, de la lutte des classes, qui n'a rien à voir ni avec les "tambouilles politiciennes" ni avec le national-populisme (tout à fait compatibles l'un avec l'autre par contre ! ), qui est en train de monter, et c'est cela qui intéresse les militants, les sympathisants, et bien au-delà.

Tout se passe donc comme si les sommets de la FI, en apesanteur par rapport à cette réalité, partaient en vrille. Parient-ils sur l'échec des prochains affrontements sociaux pour pouvoir ensuite récupérer déçus et échaudés sur cette ligne soi-disant "anti-système" susceptible de toutes les dérives ? Pour éviter cela, unissons-nous dans les luttes qui arrivent. Et sans rien taire de ce qui concerne la Ghouta !

 


Stèle érigée le long des voies de l'East Coast Main Line à la mémoire des victimes de l'accident de Hatfield

Démantèlement de la SNCF : avec 30 ans de retard, Macron va-t-il répéter les mêmes erreurs que les Britanniques ? par Olivier Petitjean

dimanche 4 mars 2018.

Source : http://multinationales.org/Demantelement-de-la-SNCF-avec-30-ans-de-retard-Macron-va-t-il-repeter-les-memes


 



Le gouvernement envisage d’accélérer la libéralisation du rail et la transformation, sinon le démantèlement, de la SNCF. Les recettes proposées sont les mêmes que celles qui ont été appliquées aux autres entreprises publiques, de France Télécom à EDF, et qui n’ont bénéficié ni aux salariés ni aux usagers. L’exemple de la libéralisation des chemins de fer britanniques, initiée dans les années 1990 et marquée par une succession de faillites et de scandales, devrait pourtant inciter à la prudence. Au Royaume-Uni, un mouvement pour la ré-appropriation de ce service public par les usagers et les salariés prend de l’ampleur.

Le 15 février, Jean-Cyril Spinetta, ancien PDG d’Air France et ancien président d’Areva, a rendu public un rapport sur l’avenir de la SNCF et du rail en France. Ce 19 février, le gouvernement vient d’ouvrir une période de concertation sur ce nouveau chantier, en recevant direction de l’entreprise publique et syndicats. Transformation de la SNCF en société anonyme, ouverture à la concurrence des lignes ferroviaires, voire de la gestion du réseau, fin programmée du statut de cheminot, suppression des dessertes jugées non rentables… Les préconisations du rapport Spinetta n’ont rien pour surprendre, tant elles correspondent aux « recettes » appliquées précédemment à d’autres entreprises publiques, de France Télécom à EDF, en passant par La Poste. Elles ont immédiatement été reprises à son compte par le gouvernement, qui a annoncé l’ouverture d’une période de concertation en vue de leur mise en œuvre.

La « réforme » – sinon le « démantèlement » – du service public ferroviaire serait rendue nécessaire et inéluctable par la dette de la SNCF et les exigences européennes de libéralisation du rail – l’ouverture à la concurrence étant fixée en 2020 pour les lignes nationales de transport de passagers. Ceux qui poussent ce projet – parmi lesquels il faut compter la direction de la SNCF elle-même – feraient pourtant bien de regarder ce qui se passe de l’autre côté de la Manche.

Le rail britannique est libéralisé dès les années 1990. British Rail, l’ancien service public, est alors divisé en plusieurs morceaux avant d’être vendu. Le réseau ferroviaire est séparé de la gestion des lignes, elles-mêmes réparties en plusieurs concessions régionales. Moins connu : la flotte des trains est confiée à des entreprises séparées, qui les louent au prix fort aux opérateurs des lignes, assurant à leurs actionnaires des millions de profits garantis d’année en année.

Hausse de 23 % des billets de train depuis la privatisation

C’est la privatisation du réseau ferroviaire – envisagée en filigrane pour la France par le rapport Spinetta, qui propose la transformation de SNCF Réseaux en société anonyme – qui en Grande-Bretagne a dégénéré le plus rapidement. Les problèmes de coordination et de perte d’expertise ont entraîné de nombreux incidents, qui ont culminé avec la catastrophe ferroviaire de Hatfield en 2000, laquelle a coûté la vie à quatre personnes. Le gouvernement s’est trouvé contraint de renationaliser le réseau dès 2002, et n’a jamais tenté de le privatiser à nouveau.

La gestion des lignes elles-mêmes est également marquée par des faillites et des scandales à répétition. Selon un sondage réalisé en 2017 pour la campagne We Own It (« Ça nous appartient »), qui milite pour la renationalisation ou la remunicipalisation des services publics au Royaume-Uni, 76% des Britanniques interrogés se déclarent en faveur d’un retour du système ferroviaire sous contrôle 100% public. Bien que les prix du train au Royaume-Uni soient parmi les plus chers d’Europe, ces services continuent d’être largement financés par les contribuables, tout en assurant des profits confortables à leurs opérateurs. Selon les chiffres mêmes du ministère britannique des Transports, les prix du train ont augmenté de plus de 23 % depuis la privatisation en valeur réelle (c’est à dire compte tenu de l’inflation). Les équipements ont vieilli. Et les firmes qui opèrent les lignes font l’objet des mêmes critiques sur la ponctualité des trains, les nombreuses annulations, les conflits sociaux, les wagons bondés et la qualité du service que la SNCF en France.

Des entreprises privées qui laissent tomber les lignes qu’elles gèrent

Tout récemment, Virgin Trains et le groupe de transport Stagecoach, les deux entreprises privées qui ont obtenu la gestion de l’East coast main line – partie du réseau reliant Londres à Édimbourg en longeant la côte Est – ont annoncé qu’elles abandonneraient leur concession trois ans avant la fin du contrat. Et qu’elles ne payeront pas les redevances qu’elles devaient verser à l’État. Apparemment, la concession n’était pas aussi profitable que ces entreprises l’avaient espéré. Cet abandon représente un manque-à-gagner de plus de 2 milliards de livres (2,25 milliards d’euros) pour le trésor public britannique. Ironie de l’histoire : l’East coast main line a été gérée directement par le gouvernement de 2009 à 2014 suite à la défaillance successive de deux prestataires privés. Elle a été re-privatisée en 2015. Ces événements n’ont pas empêché le ministère britannique des Transports de confier – et sans mise en concurrence – le contrat de concession d’une autre ligne ferroviaire, InterCity west coast, aux deux mêmes entreprises, Virgin et Stagecoach.

Le gouvernement britannique se trouve ainsi régulièrement contraint, du fait de la défaillance des acteurs privés, de renationaliser aux frais du contribuable des services qu’il avait privatisés. Un scénario qui n’est pas sans rappeler le sauvetage et la renationalisation des banques durant la crise financière de 2008. Faut-il transformer ces renationalisations involontaires en entreprises ou régies publiques pérennes ? Beaucoup commencent à se poser la question. Ils ont été rejoints par le Labour (parti travailliste) qui, sous l’égide de Jeremy Corbyn et de son numéro deux John McDonnell, a adopté pour les élections de juin 2017 un programme radical de renationalisation des services publics, suscitant l’opprobre des milieux d’affaires et de l’aile néolibérale du parti. Ce programme semble avoir trouvé un écho dans l’électorat, puisque le Labour est passé à deux doigts d’une victoire surprise et reste en position de l’emporter en cas d’élections anticipées.

La Grande-Bretagne, laboratoire européen de la privatisation

Des années Thatcher aux années Blair, le Royaume-Uni est le pays européen qui a mené le plus loin la privatisation et la libéralisation des services publics. Eau, rail, télécommunications, gaz et électricité, poste, transports urbains, prisons… Il n’y a guère que le service public national de la santé, le NHS, qui ait résisté jusqu’à présent. Les autorités britanniques ont aussi massivement développé les montages financiers de type « partenariat public privé » pour construire écoles, hôpitaux et autres infrastructures. La vague néolibérale a gagné l’intérieur même de l’État : un grand nombre de fonctions administratives de base – la gestion de certaines aides sociales, la collecte de la redevance télévisée, les services de probation, les demandes d’asile… - sont aujourd’hui confiées à des entreprises privées. Les marchés de sous-traitance administrative absorberaient aujourd’hui l’équivalent de 250 milliards d’euros, soit le tiers des dépenses publiques britanniques !

Cette politique a fait la fortune d’hommes d’affaires et d’entreprises qui se sont spécialisées sur ce créneau et vu leur chiffre d’affaires exploser en quelques années. Elle a aussi donné lieu à des scandales à répétition – comme la gestion des allocations handicapés par l’entreprise française Atos et à des faillites retentissantes. Mi janvier, l’entreprise de BTP Carillion, à laquelle le gouvernement britannique et les collectivités locales ont confié de nombreux chantiers d’infrastructures, a soudainement déclaré faillite, laissant les pouvoirs publics et des milliers de travailleurs sur le carreau. Avant de mettre la clé sous la porte, les actionnaires et les dirigeants de Carillion se sont copieusement servis. Le scénario pourrait se répéter avec Capita, une firme spécialisée dans les services financiers qui s’est enrichie en multipliant les contrats de sous-traitance à partir des années 1990. Elle aussi vient soudainement d’annoncer des difficultés financières.

« Remettre ces industries entre les mains de ceux qui les font fonctionner et les utilisent »

Cette succession d’événements et l’audace du Labour de Jeremy Corbyn ont changé le sens du vent. « C’est incroyable à quel point la situation et le débat public sur la privatisation et la nationalisation ont changé en seulement un an », se félicite Cat Hobbs, animatrice de la campagne We Own It. Au point que même le Financial Times, peu suspect de sympathies envers le Labour, a publié un bilan sans complaisance des privatisations au Royaume-Uni, admettant que le recours au secteur privé n’est pas toujours adapté et qu’une régulation gouvernementale plus active apparaît nécessaire pour empêcher les abus.

Du côté des travaillistes, on n’entend pas se contenter d’aménagements marginaux. « Face à l’ampleur des problèmes, nous devons aller aussi loin que le gouvernement travailliste dans les années 1940 [qui avait créé ou nationalisé les grands services publics britanniques au sortir de la Deuxième guerre mondiale],voire encore plus loin », affirmait récemment Jeremy Corbyn, lors d’un événement sur les « modèles alternatifs de propriété » organisé par son parti [1].

S’ils revendiquent l’objectif de renationaliser ces services, les leaders actuels du Labour assurent qu’ils n’entendent pas en revenir aux monopoles centralisés et bureaucratiques d’antan. Ils envisagent des services publics plus décentralisés, donnant un large rôle au secteur coopératif, et gérés de manière plus démocratique. « Nous devons remettre ces industries entre les mains de ceux qui les font fonctionner et les utilisent au quotidien, les travailleurs et les usagers. Personne ne sait mieux qu’eux comment les gérer », déclare John McDonnell, numéro deux du parti. « Nous devons être aussi radicaux que Thatcher l’a été en son temps. »

Quand les privatisations britanniques profitent aux entreprises publiques françaises
Les privatisations britanniques ont largement profité aux entreprises étrangères, en particulier françaises : Atos ou Steria pour la sous-traitance administrative, Vinci, Bouygues et Eiffage pour les partenariats public-privé, Sodexo pour les prisons, EDF pour l’énergie… Côté transports, des filiales de la RATP gèrent des lignes de tramway à Manchester et de bus à Londres. Keolis, filiale privée de la SNCF – à 70%, les 30% restant appartenant au fonds de pension public québécois, la Caisse des dépôts et placements –, est déjà présente sur plusieurs concessions au Royaume-Uni, notamment la plus importante, « Thameslink, southern and Great northern » (Nord et sud de Londres), marquée récemment par des conflits sociaux [2], et « Southeastern » (Sud-est du pays). Paradoxe : ces nouveaux marchés issus des anciens services publics sont souvent dominés par des entreprises qui sont la propriété de l’État français, et qui font chaque année traverser la Manche à de généreux dividendes tirés de la gestion des services privatisés britanniques.

Pendant que la Grande-Bretagne se lançait corps et âme dans des privatisations tous azimuts, les dirigeants français suivaient en effet une tout autre stratégie : celle de transformer les anciens monopoles publics – Air France, France Télécom, EDF-GDF, La Poste, SNCF, etc. – en entreprises commerciales sous le contrôle plus ou moins dilué de l’État, tirant profit de leur situation de rente en France et de la protection du gouvernement pour s’étendre à l’étranger… y compris en acquérant les services privatisés par d’autres pays. Cela explique sans doute pourquoi les dirigeants français ne se sont toujours opposés que très mollement aux politiques d’ouverture à la concurrence impulsées depuis Bruxelles. C’est exactement le modèle poursuivi depuis une dizaine d’années par la direction de la SNCF (lire notre enquête) et que le rapport Spinetta vient valider aujourd’hui en proposant la transformation de l’entreprise ferroviaire en société anonyme.

Notes


[1] L’auteur de cet article a participé à cette conférence, tenue à Londres le 10 février 2018, à l’invitation du Labour, pour présenter le travail de l’Observatoire des multinationales sur la remunicipalisation.
[2] Lire l’enquête réalisée par Corporate Watch.

 


Des dizaines de villes inventent une politique d’accueil des migrants, par Martin Bodrero

Source: https://www.reporterre.net/A-Grande-Synthe-elus-et-associatifs-ont-reflechi-a-un-accueil-digne-des



Jeudi Premier Mars et Vendredi 2 Mars 2018 s’est tenue à Grande-Synthe la première convention nationale sur l’accueil et les migrations.
 
Des élus aux associatifs, tous les acteurs de l’aide aux migrants ont jeté des ponts entre les initiatives locales, cherchant à construire un réseau des villes accueillantes.
 
Quelques instants de flottement et, finalement, une personne se lance, « je m’appelle Marie et je suis élue à la ville de Strasbourg ». Une deuxième personne enchaine, « je travaille pour la fondation Generali, l’assureur privé », puis une troisième personne, « je suis présidente d’une association qui héberge des migrants ». Au Palais du Littoral, à Grande-Synthe, plusieurs cercles de chaises en plastique ont été formés. À chaque fois, ils sont cinq ou six à échanger leurs opinions et à se raconter leurs expériences. On trouve des membres d’associations, des élus et des employés du secteur privé. Tous sont acteurs et actrices de l’aide aux personnes migrantes. Catherine Bassani est conseillère municipale à Nantes, « en France, chacun travaille dans son couloir avec ses œillères. La question de la migration est un problème transversal. Je viens ici pour chercher des solutions transversales et pour faire des liens avec des gens qui ne travaillent pas avec moi d’habitude ».
 
Pendant deux jours, ils ont été plus de huit cent personnes à avoir répondu présent pour cette première convention nationale sur l’accueil et les migrations. La première journée a été consacrée à des ateliers de construction et la deuxième journée a été consacrée à des tables rondes. « L’idée est d’échanger des expériences inspirantes en matière d’accueil et de réfléchir aux réussites et aux échecs », explique Karen Akoka. Sociologue au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), elle animait l’un des ateliers. « Il faut que chacun des participants reparte dans son territoire avec de bonnes idées concrètes et inspirantes », dit-elle. Sur internet, un site collaboratif doit permettre de retrouver le contenu des échanges.
 
Échanger de bonnes pratiques pour construire des ponts entre les actions locales, c’est le leitmotiv de cette convention nationale. L’événement s’est monté en quelques mois sous l’impulsion de Damien Carême, le maire de Grande-Synthe. C’est lui qui, il y a deux ans, avait ouvert sur sa commune le premier camp humanitaire de France, deux cent treize maisonnettes qui ont accueilli plus d’un millier de personnes migrantes. Depuis, le camp a brulé, mais l’initiative est devenue un symbole et elle a été suivie de l’ouverture du centre humanitaire de la Chapelle, à Paris, en 2016.
 
Plusieurs élus ont répondu à l’invitation de la convention, mais peu d’entre eux dirigent de grandes villes. Parmi les maires des dix plus grandes villes de France, seul Éric Piolle, le maire de Grenoble, est présent à Grande-Synthe. La maire de Paris, Anne Hidalgo, était annoncée, mais elle n’a pas fait le déplacement. Pour Éric Piolle, le rôle des villes est pourtant déterminant « face à l’impasse de la politique du gouvernement et alors que nous sommes à un croisement de société entre accueil de l’autre et enfermement sur nous-mêmes ».
 
Sur scène, dans les couloirs et en coulisse, pendant deux jours, Damien Carême a été au cœur de cette convention nationale et le maire de Grande-Synthe n’a cessé de le répéter, « il y a quelque chose qui bouge dans l’opinion. Un mouvement qui à terme doit obliger l'état à prendre sa part dans le processus d’accueil ».
 
Philippe Bouyssou est maire d’Ivry-sur-Seine, une commune de la banlieue sud de Paris. Il a ouvert sur son territoire un centre d’hébergement d’urgence des migrants qui accueille quatre cent personnes. « Nous, les villes, nous ne pouvons pas tout faire, nos dotations sont constamment réduites et nous n'avons pas les moyens de tout assumer à la place de l'état. Nous ne sommes pas là pour le remplacer, mais pour lui mettre la pression », explique-t-il, « lorsque Damien Carême met en place un camp humanitaire sur sa commune, le premier en France, ou lorsque Anne Hidalgo installe un camp porte de la Chapelle à Paris, ils obligent l’état à prendre position et à agir ».
 
La politique du gouvernement a été de toutes les discussions ces deux derniers jours. Entre la circulaire de Gérard Collomb, qui permet le contrôle d’identité des personnes à l’intérieur des centres d’hébergement d’urgence et la future loi asile immigration, les associations et les élus présents à la convention dénoncent un basculement vers le tout répressif en matière de migration. Difficile de faire sans la force publique, estime pourtant Anouk Flament, chercheuse à l’Institut d’Etudes Politiques (IEP) de Lyon, elle a soutenu sa thèse sur les politiques des villes en matière d’intégration des migrants, « avec Damien Carême, il y a un leadership politique en faveur d’une coordination des villes et nous pouvons espérer qu’il arrive à convaincre plusieurs autres maires et élus locaux, mais toutes les initiatives d’accueil qui ont réussi en Europe se sont construites en coopération avec l’état, au moins au niveau local, avec les régions ou les préfectures ».
 
L’état et la politique du gouvernement, c’est le député de la République En Marche (REM) du Val-d’Oise Aurélien Taché qui l’a incarné, Vendredi 2 Mars 2018. Auteur d’un rapport listant soixante douze propositions pour une meilleure politique de l’intégration, il est le seul représentant de la majorité à être présent.
 
À la tribune, il est apostrophé par des membres d’associations, « vous venez nous vendre le visage social d’Emmanuel Macron, mais pendant ce temps Gérard Collomb réprime à tout-va ». Le député tient la position du gouvernement, « il y a effectivement des choses qu’il faut mettre dans la future loi asile et immigration pour mieux accueillir, mais la France peut être plus pragmatique dans ce domaine. Nous devons faciliter l’asile, mais aussi le retour des personnes déboutées chez elles », affirme le parlementaire. À la tribune, l’ancien candidat socialiste à la présidentielle Benoît Hamon le reprend, « il y a des propositions qui peuvent nous convenir dans votre rapport, mais pour un gentil Aurélien Taché qui est avec nous, nous avons quand même un gros Gérard Collomb, un gros Édouard Philippe et un gros Emmanuel Macron qui pèsent dans l’autre sens ».
 
Dans son discours de conclusion de cette première convention nationale, Damien Carême a répété son souhait de voir émerger un réseau d’associations et de villes capables de proposer un accueil digne.
 
L’un des intervenants de la convention, le sociologue spécialiste des questions de migration Michel Agier a rappelé lui une phrase prononcée par Jacques Derrida. C’était en 1995 à Strasbourg lors d’une rencontre pour tenter d’organiser, déjà, un réseau de villes capables de mieux accueillir les exilés. « À quel point en France des villes et des associations peuvent-elles être efficaces sans l’état voire contre l’état », avait demandé le philosophe. Vingt ans plus tard, la question n’a pas trouvé de réponse, mais un mouvement de fond semble être lancé avec déjà un prochain rendez-vous. Ce sera à la fin du mois de mai 2018, à Paris, pour la restitution des états généraux des migrations, le résultat d’une année de concertation entre plus de cinq cent associations avec un objectif, construire, elles aussi, un réseau national.

 


Noël Mamère démissionnaire du Média...

Deux nouvelles journalistes quittent le Média, par lexpress.fr

Source : https://www.lexpress.fr/actualite/medias/deux-nouvelles-journalistes-quittent-le-media_1989500.html


 

Selon le Monde, Catherine Kirpach et Léa Ducré auraient quitté la rédaction. Une polémique de plus pour la web télévision proche du Mouvement de la France Insoumise (MFI).
 
Embourbé dans les polémiques, le Média n'en a pas fini avec les défections. Après l'éviction inattendue d'Aude Rossigneux, le départ de Noël Mamère, puis la prise de distance d'une dizaine de soutiens de la web télévision proche du MFI, ce sont deux autres journalistes qui ont quitté la rédaction du Média, assurent Samedi 3 Mars 2018 nos confrères du Monde.
 
Ancienne de La Chaîne Info (LCI), Catherine Kirpach faisait notamment partie des présentatrices du journal télévisé, vitrine du site, et elle était l'une des plus expérimentées de la rédaction. Selon la journaliste du Monde, son départ serait lié au traitement par Claude El Khal, correspondant au Liban du Média, du conflit syrien. 
 
Ce dernier avait expliqué en plateau qu’il refusait de diffuser des photographies et des vidéos des massacres de la Ghouta orientale, en raison de l'impossibilité d'en vérifier les sources.
 
Prétextant une pneumonie non guérie, elle aurait alors, selon le Monde, évité de se rendre le soir même sur le plateau en compagnie du correspondant, puis « elle a fait part à son tour à Sophia Chikirou, directrice générale du Média, de son départ de la chaîne ». 
 
Quelques jours auparavant, la journaliste avait pourtant cosigné le communiqué de la rédaction se défendant de tout licenciement d'Aude Rossigneux et dénonçant le règlement de compte de la journaliste. 
 
Léa Ducré, ancienne pigiste à Libération, aux Inrocks ou encore au Monde Diplomatique, a confirmé Samedi 3 Mars 2018 au Monde, avoir « mis fin à sa période d'essai ».
 
Sophia Chikirou, directrice générale du Média et ancienne directrice de la communication du candidat Jean-Luc Mélenchon, contactée par le Huffington Post, n'a pas souhaité réagir. Une source interne confirme cependant au site d'information le départ de Léa Ducré.


Printemps de Prague 5 janvier au 21 août 1968, par Karel Kostal

Lundi 26 février 2018.

 


 

On ne saura jamais qui le premier a prononcé l’expression « Printemps de Prague », à propos des événements qui se déroulaient en Tchécoslovaquie à partir de janvier 1968. Le Printemps de Prague désignait initialement le célèbre festival de la musique classique qui avait lieu dans la capitale tchécoslovaque depuis 1945.

En janvier 1968, la Tchécoslovaquie est considérée comme le « dernier bastion du stalinisme ». Le président de la République et premier secrétaire du Parti communiste tchécoslovaque Antonin Novotny est considéré comme plus stalinien que Kadar en Hongrie.

Le 5 janvier 1968, Antonin Novotny est démis de ses fonctions de premier secrétaire du PCT, à l’issue d’une réunion du CC presque ordinaire. Il garde sa fonction de Président de la République. Il est remplacé par un certain Alexander Dubcek, de nationalité slovaque, que personne ne connaît à l’étranger. Les journaux français ne savent pas orthographier son nom. La société tchécoslovaque cependant se met en marche, le « printemps de Prague « commence.

Neuf mois plus tard, le 21 août, les dirigeants soviétiques se voient obligés d’envoyer contre ce mouvement parfaitement pacifique 600 000 soldats et 50 000 véhicules de combats, l’équivalent grosso modo de l’armée soviétique engagée dans la bataille de Stalingrad. La démocratie commençait à ce moment-là à menacer le flanc occidental de l’URSS post-stalinienne elle même. Dans l’histoire de l’Europe de l’après-guerre on ne trouverait pas d’autre exemple d’un revirement aussi brusque. Que s’est-il passé ?

Les traditions émancipatrices démocratiques, ouvrières, socialistes, communistes tchécoslovaques, tchèques et slovaques, déterminent la nature de ce mouvement et expliquent sa puissance, mais c’est surtout le contexte européen et mondial qui a permis au printemps tchécoslovaque de s’épanouir. D’autres « printemps » ont fleuri en 1968 sur le sol européen : en France, en Pologne, en Yougoslavie, en Italie, en Allemagne, et aussi au Mexique, sur les campus universitaires américains et dans d’autres lieux. Et Moscou a connu son bref été, avant de replonger dans les froides ténèbres.

Il semble que l’Histoire ait voulu rassembler toutes ces circonstances, pour placer la Tchécoslovaquie au centre du mouvement émancipateur européen des années 1960. Le regretté Pierre Broué a intitulé son livre d’histoire sur cet événement capital : « Le Printemps des peuples commence à Prague ». Ouvrage militant par excellence, il prend pour référence historique les révolutions européennes de 1848. Le printemps des peuples commence à Paris et à Prague en même temps et se poursuit parallèlement.

La Tchécoslovaquie était entre les deux guerres une démocratie parlementaire du type de la Troisième République, perdue au milieu des régimes fascistes et semi fascistes européens. Le parti communiste était un parti de masse, les syndicats étaient puissants. La Tchécoslovaquie était réputée être un « pays de mécréants ». Et ce pays de 12 millions d’habitants était dans les années 30 la dixième puissance industrielle mondiale. Dans la deuxième moitié des années 1960, la certitude était fondée sur des preuves évidentes que la Tchécoslovaquie était « mûre pour le socialisme », « le vrai, démocratique », disait-on, a gagné les esprits.

Nous sommes 23 ans après la guerre, 15 ans après la mort de Staline, 12 ans après les révolutions hongroise et polonaise, 12 ans après le 20ème congrès du PC soviétique. La Tchécoslovaquie sort de la terreur stalinienne. Le pays sort des pénuries de l’après-guerre. Les hommes commencent à manger à leur faim, à vivre dignement, après une longue période de privation. Cela donne des idées politiquement incorrectes, c’est bien connu. C’est la « démocratie » qui est désormais au centre des préoccupations des hommes, ce n’est plus le pain quotidien, qui manquait souvent auparavant.

Les Tchèques et les Slovaques revendiquent la « démocratie. Quelle démocratie ? On parle avant tout de « démocratie socialiste ». La Tchécoslovaquie n’est pas un pays « socialiste », mais ce n’est plus un pays capitaliste. La bourgeoisie en tant que classe a été expropriée en 1945, par les nationalisations de l’ensemble des moyens de production, avant même la prise du pouvoir par l’appareil stalinien en février 1948. Aux dernières élections libres au printemps 1946, le parti communiste a obtenu près de 40 % des suffrages. C’est un pays de transition entre capitalisme et socialisme. A présent, il s’agit de « démocratiser » la société tout entière. D’autres parlent tout simplement de « faire triompher les libertés démocratiques dans une société socialiste ». », ou encore de « faire triompher le socialisme démocratique », « le socialisme dans la liberté »,.tout simplement. La fraction des « réformateurs » au comité central s’apprête à lancer l’idée d’un « socialisme à visage humain ».

La Tchécoslovaquie était dans les années 1960 une société sans classe. L’aspiration démocratique, antibureaucratique, antistalinienne n’a pas poussé au rétablissement du capitalisme. Le retour au capitalisme est-il possible, est-il envisageable dans une société sans classe, où la majorité écrasante exige le « socialisme dans la liberté » ?

La première révolte ouverte contre le régime a lieu en juillet 1967, au 4ème congrès des écrivains tchécoslovaques. L’Union des écrivains était un organisme officiel, affilié au comité central du PC, et dans lequel les écrivains communistes, partisans du socialisme démocratique, étaient majoritaires. L’hebdomadaire de l’Union des écrivains, Literalni Noviny, tirait à 160 000 exemplaires. L’écrivain Ludvik Vaculik affirme à la tribune du congrès : « Aucun problème humain n’a été réglé dans notre pays depuis 1948 ». C’est une « provocation », qui aurait entraîné des arrestations de masse quelques années auparavant. Novotny, qui ne reçoit aucun soutien de la base militante, doit se contenter d’exclure plusieurs écrivains du parti communiste. La première défaite des forces conservatrices est consommée.

La première manifestation étudiante a lieu à la cité universitaire de Prague en novembre 1967. Les étudiants, qui protestent contre les coupures de courant, descendent dans la rue au cri « Vive la lumière », « Vive les lumières ». Ils reçoivent des coups de matraques sur la tête.Un groupe de cinéastes de la « nouvelle vague » tchèque est là, et huit jours plus tard, les images passent au cinéma. Encore un « complot », une « conspiration », pour déjouer, pour court-circuiter la censure, la surveillance policière, pour tester le régime.

La crise au sein de l’équipe dirigeante s’aggrave. Brejnev, qui arrive de Moscou, par sa fameuse déclaration à l’aéroport : « eto vase dielo », « c’est votre affaire », ouvre sans s’en apercevoir une brèche géante dans le pouvoir du Kremlin. Le stalinien Novotny est limogé le 5 janvier 1968 , remplacé par Alexander Dubcek. Le Printemps commence. Quelques jours plus tard, le Viêt Công déclenche l’offensive du Têt. L’Amérique a perdu la guerre.

A partir de février, une mobilisation générale est décrétée spontanément, le pays se couvre de meetings. Ça commence plutôt gentiment : « Toute la vérité sur la situation économique du pays ». Mais rapidement, une autre revendication fait son apparition, plus redoutable : « Toute la vérité sur la répression policière et les procès politiques des années 50 ». Le maître mot à cette époque-là est « réhabilitation . Réhabilitation des victimes de la répression stalinienne, réhabilitation des victimes des procès politiques des années 50, réhabilitation des hommes et femmes injustement condamnés. » Bientôt, des victimes de la répression et les survivants des procès vont monter à la tribune. Les victimes demandent « justice », les responsables des crimes de la période stalinienne sont nommément désignés, beaucoup sont encore au pouvoir à Prague et à Moscou. Situation intenable pour le Kremlin.

Entre temps, la censure est abolie, mieux, elle est « interdite » par la loi. C’est un événement inédit dans l’histoire des pays de l’Est. Le regretté Jiri Pelikan, nommée à la tête de la télévision peu de temps après, applique à la lettre cette « interdiction ». Tous les citoyens tchécoslovaques pourront suivre sur écran en directe les meetings, la défaite américaine au Vietnam et bientôt les événements de mai en France, et, aussi hélas, l’assassinat de Martin Luther King.

Peu de temps après, Novotny est obligé de démissionner de sa fonction de président de la République, également sous la pression de la rue. Le gouvernement reçoit des milliers de « résolutions », prises de position, qui exigent que Novotny s’en aille : Ces messages viennent des usines, des hôpitaux, des écoles, des facultés, des syndicats, des unités de l’armée. Et surtout, des cellules du parti communiste. Le PCT, qui est une organisation de masse de plusieurs centaines de milliers de membres, est en train de rompre avec son passé stalinien. Novotny est remplacé par le général Svoboda, ancien commandant en chef de l’armée tchécoslovaque en URSS pendant la deuxième guerre mondiale, « héros de l’Union soviétique ».

En juin, le Manifeste des 2000 mots, bientôt signé massivement, appelle à la création de « comités d’actions » indépendants, afin de « faire triompher la démocratie en Tchécoslovaquie ». Ce texte pose pour la première fois le problème de pouvoir politique de citoyens, en dehors de l’appareil stalinien, dans un pays contrôlé par la bureaucratie du Kremlin.

A l’est, les nuages obscurcissent le ciel, on sent que l’orage est sur le point d’éclater. La calomnie d’une envergure inouïe est lancée par la presse moscovite. La diffamation devient un facteur politique de premier ordre. Le Kremlin dénonce le printemps tchécoslovaque comme un « complot impérialiste ».La police politique du régime est-allemand organise sur le territoire tchèque des « découvertes » d’armes « d’origine impérialiste ». Le Kremlin et l’état-major du pacte de Varsovie prépare une intervention militaire dès le mois de mars 68, seule capable de stoppe la marche irrésistible de la démocratie.

Un autre événement inédit dans l’histoire des pays de l’Est a lieu au début de l’été à la frontière occidentale. Les groupes du génie de l’armée tchécoslovaque arrivent début juillet à la frontière tchéco-allemande et commencent à démolir le rideau de fer. L’opération est décidée et supervisée par la direction politique de l’armée tchécoslovaque et le général Vaclav Prchlik en personne. Le département politique de l’armée, pourtant entre les mains des « anciens » du front Est de la deuxième guerre mondiale, satisfait ainsi la jeunesse tchécoslovaque qui revendique la liberté de voyager. La jeunesse du monde entier profite de ce trou dans le rideau de fer à la frontière bavaroise, pour arriver en masse à la rencontre de cette grande nouveauté qu’on appelle « socialisme dans la liberté ». L’été 1968 est pluvieux, l’essentiel se passe dans les tavernes pragoises. L’été 1968 sera court...

Le journaliste communiste Jiri Hochman écrit le 31 juillet 1968 : « Nous sommes en train d’approcher de la destruction du pouvoir de cette caste, maintenant presque héréditaire, qui est attachée par mille liens de corruption et d’intérêt mutuels à ses propres équivalents à l’étrangers. Nous ne mettons pas en danger le socialisme. Bien au contraire. Nous mettons en danger la bureaucratie qui est en train, lentement mais sûrement, d’enterrer le socialisme à l’échelle du monde ». La ruée de 600 000 hommes en armes lâchés par le Kremlin le 21 août allait donner raison aux militants conscients.

Tous les militants connaissent aujourd’hui, dans les grandes lignes, le déroulement de l’intervention des cinq armées du Pacte de Varsovie, et l’extraordinaire sursaut d’unité nationale autour des dirigeants tchécoslovaques, Dubcek, Svoboda, Smrkovsky, Cernik, Cisar, Kriegel, arrêtés comme des malfaiteurs, la participation à cette résistance passive et pacifique de masse de l’armée dans sa totalité, des forces de police, des milices ouvrières. La complicité de toute une population pour cacher les militants menacés, pour égarer et désorienter les envahisseurs, l’extraordinaire propagande spontanée pour inquiéter, démoraliser, désintégrer les troupes de l’occupant par l’emploi combiné d’arguments politiques et d’humour, tout cela n’est pas près de disparaître de nos consciences.

Il fallait bien une résistance aussi gigantesque pour que les dirigeants du Kremlin renoncent à trouver leur « Kadar tchèque », et qu’ils réussissent cette opération qu’au printemps 1969, en la personne de Gustave Husak. Si la « normalisation » de Husak a été une infamie sans nom, elle est cependant difficilement comparable avec celle de Kadar, qui commence son règne en dressant plusieurs milliers de potences, dès le lendemain de l’intervention soviétique, le 4 novembre 1956.

Il faut le rappeler, quarante ans après. Le 29 juin 1968, les communistes russes Piotr Grigorendko, Ivan Iakimovitch, Alexis Kosterine, Serguei Pissarev, V. Pavlintchouk écrivaient « Aux communistes de Tchécoslovaquie, au peuple tchécoslovaque tout entier ! ». « Nous avons le plus grand respect et la plus grande confiance à l’égard des communistes de Tchécoslovaquie, à l’égard des travailleurs et de toutes les forces socialistes de votre pays ». Le 22 juillet 1968, l’ouvrier débardeur Anatole Martchenko écrivait : « La lutte décidée pour sauvegarder le régime socialiste en Tchécoslovaquie n’est pas la tâche des seuls communistes tchécoslovaques, c’est notre tâche à tous ». « Vive la démocratisation en Tchécoslovaquie ». « J’ai honte pour mon pays, qui assume une fois de plus le rôle infâme de gendarme de l’Europe ». Ils sont tous arrêtés et emprisonnés, est-il besoin de le rappeler ? Le 25 août, ils étaient sept, Larissa Bogoraz, Constantin Babitski, Vadim Delaunay, Vladimir Dremliouga, Pavel Litvinov, Victor Fainberg, Natalia Borganevskaia, sur la Place Rouge, à déployer leurs mots d’ordre : « Vive la Tchécoslovaquie libre et indépendante » ( en langue tchèque ), « Honte aux occupants », « Bas les pattes devant la Tchécoslovaquie socialiste », « Pour votre et notre liberté ». Savons-nous aujourd’hui ce que signifie d’avoir manifesté à Moscou, alors que chaque parole non autorisée valait des années de goulag ? Si nous ne le savons pas, nous ne pouvons juger le geste de ces sept citoyens soviétiques, le 25 août 1968, sur la Place Rouge. Et pendant que la jeunesse pragoise écrivait sur les murs de la capitale tchèque : « Lénine réveille-toi, ils sont devenus fous », Ivan Iakhimovitch écrivait : « Léninisme oui, stalinisme non ! »

Au printemps de 69, les jours du printemps de 68 sont comptés. La campagne de suicide par le feu en Tchécoslovaquie, commencée le 16 janvier, avec le suicide de l’étudiant pragois Jan Palach, en signe de protestation contre la violation répétée de la démocratie, pousse toute une population à descendre dans la rue, dans l’ultime sursaut d’unité nationale, à portée de canons soviétiques. L’engrenage fatal tournait par à-coups. Il semblait parfois que sous la pression de l’opinion démocratique européenne son rythme se ralentît, mais bientôt de nouveaux mouvements l’agitaient. Les Tchèques et les Slovaques sont désormais seuls.

Les diffuseurs de tracts « Vive l’héroïque peuple tchécoslovaque, vive l’amitié soviéto-tchécoslovaque », rédigés par Piotr Grigorenko et Ivan Iakimovitch, sont arrêtés à Moscou et disparaissent tous courant février mars 69. Au moment où la foule pragoise pleure son printemps et Jan Palach, Ivan Iakhimovich s’apprête à livrer son ultime message devant ses juges, avant de disparaître pour de longues années : « Les puissants de ce monde sont forts parce que nous sommes à genoux. Levons-nous ! ».

J’estime que nous n’avons pas suffisamment médité ce message que le militant communiste russe Iakhimovitch nous a délivré il y a quarante ans.


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