Blog de Robert Duguet - Novembre 2018 /contact:

Appel des gilets jaunes de Commercy pour des ASSEMBLEES POPULAIRES partout: relayons cet appel!

 


La méthode des cahiers de doléances…, par Robert Duguet


 

Le mouvement des gilets jaunes a envoyé aux médias et aux députés un communiqué comprenant une quarantaine de revendications. (Lire ci-dessous)

Mouvement social Soutenu à l’heure qu’il est par plus de 80% du peuple français, il renoue avec la méthode des cahiers de doléances qui préparera les conditions politique de l’explosion de 1789 et de la liquidation de la monarchie de droit divin. Un certain nombre de représentants officiels du mouvement ouvrier de ce pays, partis ou syndicats, ne veulent y voir que les éléments d’extrême-droite, Rassemblement National de Marine Le Pen ou souverainistes à la Dupont Aignan qui cherchent à greffer sur ses aspirations sociales un débouché populiste à l’italienne.

Ces craintes liées aux derniers conforts d’une aristocratie ouvrière – positions confortables sous les lambris de la République - pour l’instant ne veulent pas prendre en compte que ces couches du salariat et de la petite bourgeoisie ruinée sont totalement abandonnées à leur sort. J’entendais hier sur la radio le témoignage d’un agriculteur sur sa situation matérielle, expliquant qu’il arrivait à comptabiliser jusqu’à 80 heures de travail par semaine, sans pouvoir dégager un salaire pour le faire vivre, lui et sa famille : mieux, pour ce mois de novembre, il ajoutait que c’était sa propre mère retraitée qui avait fait les courses d’alimentation du ménage. Combien de ces hommes et femmes, revêtant le gilet jaune sont aujourd’hui dans une situation aussi dégradante.

Alors oui, si on lit ce catalogue de revendications, certains ne manqueront pas de souligner le caractère parfois contradictoire de ce qui est revendiqué : un peuple, lassé par les stratégies des journées d’actions syndicales et les défaites successives essuyées depuis 1995, se met en mouvement avec toutes ses illusions, ses faiblesses idéologiques et organisationnelles. D’autant que le mouvement ouvrier officiel ne joue plus sa fonction de formateur de ce qu’on appelait autrefois la conscience d’appartenir à une classe sociale, en capacité de reconstruire la société sur des bases émancipées de l’exploitation capitaliste. Dans ce clair-obscur, pour reprendre l’image d’Antonio Gramsci, peuvent surgir de nouveaux monstres, si le mouvement ouvrier ne reprend pas l’initiative ; sa place est dans l’accompagnement du mouvement des gilets jaunes et la convergence. Il me semble que c’est là la ligne à construire.

Hélas, il semble que certains courants d’extrême gauche soient frappés par une myopie qui confine à l’imbécilité. Ainsi la Tribune des Travailleurs, organe du POID (Parti Ouvrier Indépendant Démocratique) de la semaine dernière caractérisait le mouvement des gilets jaunes comme globalement manipulé par les fascistes. Le principal dirigeant de ce parti, Daniel Glückstein écrit : « Sous le gilet jaune, l'ouvrier reste un ouvrier, et le patron un patron. Sans parler de ceux dont la chemise brune dépasse sous le gilet jaune… » Et il ajoute en note : « Uniforme des SA, sections d'assaut du parti hitlérien en Allemagne dans les années 1920 et 1930. » Voici donc la grande majorité des gilets, si l’on suit la logique de l’éditorial, transformés en sections d’assaut de Röhm. Suit une page entière de témoignages individuels recueillis dans la presse locale (quelles sources !) traduisant des propos ou actions racistes, antisémites. Prenez une manifestation ouvrière de la CGT, ou de FO et interviewez à titre individuel des participants : il y en aura certainement qui vous dirons qu’ils ne supportent plus leurs voisins de palier parce qu’ils cuisent leurs merguez sur la terrasse le dimanche matin en écoutant trop fort de la musique arabe. Cette présentation non seulement n’est pas sérieuse, elle traduit une orientation qui n’a pas grand-chose à voir avec le trotskysme. Avec Daniel Glückstein, on était très habitué à des citations très précises de l’orthodoxie marxiste. Ajoutons celle-ci de 1916, soit un an avant la grande révolution russe. C’est Lénine qui parle :

« …quiconque attend une révolution sociale pure ne vivra jamais assez longtemps pour la voir. Il n’est qu’un révolutionnaire en paroles qui ne comprend rien à ce qu’est une véritable révolution. La révolution socialiste en Europe ne peut pas être autre chose que l’explosion de la lutte de masse des opprimés et des mécontents de toute espèce. Des éléments de la petite bourgeoisie et des ouvriers arriérés y participeront inévitablement. Sans cette participation, la lutte de masse n’est pas possible, aucune révolution n’est possible. Et, tout aussi inévitablement, ils apporteront au mouvement leurs préjugés, leurs fantaisies réactionnaires, leurs faiblesses et leurs erreurs. Mais objectivement, ils s’attaqueront au capital et l’avant-garde consciente de la révolution, le prolétariat avancé, qui exprimera cette vérité objective d’une lutte de masse disparate, discordante, bigarrée et à première vue sans unité, pourra l’unir, l’orienter, conquérir le pouvoir, s’emparer des banques, exproprier les trusts haïs de tous, bien que pour des raisons différentes, et réaliser d’autres mesures dictatoriales dont l’ensemble aura pour résultat le renversement de la bourgeoisie et la victoire du socialisme… »

Jusqu’où ira ce mouvement ? Nul ne le sait à l’étape actuelle. L’année 1788 a été celle des Cahiers de Doléances, mouvement d’un peuple écrasé par une crise économique et sociale, qui débouche sur la Constituante, mouvement par lequel le peuple souverain redéfinit par lui-même le cadre du pacte social. Il y aura les ouvriers de 1848, la Commune, le Front Populaire, la Libération puis 1968. Les aspirations sociales de la grande révolution, œuvres toujours inachevées par la victoire des possédants, vivent dans notre conscience collective.

Sommes-nous à ce moment de rupture ?

Zéro Sans Domicile Fixe (SDF), retraites et salaire maximum, découvrez la liste des revendications des Gilets Jaunes

Le mouvement a envoyé aux médias et aux députés un communiqué comprenant une quarantaine de revendications, Jeudi 29 Novembre 2018.

Les revendications des Gilets Jaunes dépassent désormais officiellement la seule question des prix du carburant. Dans un long communiqué envoyé aux médias et aux députés, Jeudi 29 Novembre 2018, la délégation du mouvement liste une série de revendications qu'il souhaite voir appliquées.

« Députés de France, nous vous faisons part des directives du peuple pour que vous les transposiez en loi. Obéissez à la volonté du peuple. Faites appliquer ces directives », écrivent les Gilets Jaunes. Des porte-paroles de la délégation doivent être reçus, Vendredi 30 Novembre 2018 à 14 heures, par le premier ministre, Edouard Philippe, et le ministre de la transition écologique, François de Rugy.

Augmentation du Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance (SMIC) à mille trois cent euros nets par mois, retour à la retraite à soixante ans ou abandon du prélèvement à la source, la liste comprend de nombreuses mesures sociales, mais également des mesures concernant les transports, comme la fin de la hausse des taxes sur le carburant et la mise en place d'une taxe sur le fuel maritime et le kérosène. Vous trouverez ci-dessous cette liste non exhaustive de revendications.

 


Le relevé des doléances...

 

 


Si vous habitez l'Essonne, l'Espace citoyen du Val d'Yerres, dont je suis co-fondateur, vous invite à cette soirée...


Le cinéaste Pierre Schoeller....

A propos du film, « Un peuple et son Roi »

La Révolution n’est pas encore cicatrisée* , entretien avec Pierre Schoeller, par Fabien Baumann et Bernard Génin

Source : Revue de cinéma : Positif



Fabien Baumann et Bernard Génin  : Alors qu’on fête le cinquantenaire de Mai  68, pourquoi avoir choisi la Révolution française pour parler de notre identité ?

Pierre Schœller : La sortie du film en 2018 est due à des dynamiques de production qui n’ont pas d’intentions anniversaires. La production a été périlleuse… Reste la question : pourquoi revenir sur cette histoire passée ? Mes raisons sont personnelles. Il y a l’idée d’une continuation des thèmes de L’Exercice de l’État : le pouvoir, l’identité politique, notre rapport profond à ce politique. Et le fait que, dans L’Exercice de l’État, le peuple et les personnages féminins n’étaient pas aussi présents que je l’aurais voulu. J’ai vu dans Un peuple et son roi l’occasion de quitter le contemporain en donnant un grand coup de barre vers un monde qui a disparu, dont on n’a que des traces. Je sortais d’un film dur, métallique, à la lucidité un peu sombre. Je me suis demandé si cette noirceur prenait son origine dans nos fondamentaux politiques – ce rapport au gouvernement, à l’engagement, au courage, à tous ces thèmes que notre histoire travaille. Donc nos origines : la Révolution française. Au départ, j’imaginais un film sur la Terreur. C’était il y a sept ans… J’ai beaucoup lu, je suis tombé sur des choses passionnantes, surprenantes : des scènes d’espérance, des conquêtes… Aller vers des personnages plus solaires m’a fait du bien : 1789, 1793, ce sont des années épiques, enivrantes, un peuple qui s’invente une souveraineté. J’ai mené énormément de recherches dans des ouvrages généraux, puis des monographies et des archives. Je n’ai pas inventé les propos de mes personnages : les discours, même les dialogues, ce sont leurs mots.

Pour tout ce qui se dit à l’Assemblée nationale, soit… Mais dans les ateliers, dans la rue ?

Là, c’est inspiré de courriers, d’articles… Bien sûr, il y a de la fiction. Mais, par exemple, Reine Audu, jouée par Céline Sallette, est une figure historique populaire, même si sa biographie reste lacunaire. Elle était l’une des meneuses de la marche d’octobre. Elle était à la prise de la Bastille, elle a combattu aux Tuileries… Pauline Léon (Julia Artamonov) est aussi une figure historique. Le personnage de Clémence, qui danse sous les plumes aux Tuileries, m’a été inspiré par des textes : les insurgés avaient éventré les édredons, et la cour du palais des Tuileries était jonchée de plumes, de cadavres et de cendre.

Pourquoi n’entend-on pas la Marseillaise ?

On devait. Dans le scénario, j’avais sélectionné un très beau couplet peu connu sur les enfants. Mais, pour que ce soit parfait, il aurait fallu des chœurs de Provençaux, avec l’accent, et on ne les avait pas. Il y a d’autres manques : on ne montre pas non plus le serment du Jeu de paume, Valmy n’est pas évoqué…

Comment avez-vous opéré vos choix ?

Le projet initial, c’est deux films. Le premier, consacré au destin du roi, en trois actes : l’émergence d’une monarchie constitutionnelle, sa chute et la naissance de la République. Donc de l’été 1789 au 21  janvier 1793, jour d’exécution du Capet. Mon nom de code pour construire le scénario était « un peuple actif  ». Je me suis concentré sur des moments emblématiques où le peuple intervenait, avait un poids sur le cours de la Révolution. Mon travail a consisté à trouver des figures fictionnelles et à les intégrer. À tramer l’intime et le politique, l’anonyme et l’illustre, le personnel et le collectif… Or l’histoire officielle néglige souvent la part d’intervention populaire dans la Révolution. Un peuple et son roi est un peu conçu comme un opéra, où se succèdent de grands tableaux. Je ne voulais pas faire appel à une structure narrative du XIXe siècle, un récit hugolien ou balzacien avec des figures allégoriques. Le voyage à travers le temps semblait plus intéressant si l’on allait le plus possible vers les personnages, la culture populaire. J’ai même essayé à un moment d’insérer des caricatures, des dessins. Je voulais que cette pluralité des points de vue, des âges, des conditions sociales donne l’impression que tout un peuple et toute une société sont traversés par la Révolution.

Comment avez-vous abordé la figure du roi ?

Il n’a que quelques scènes et peu de dialogues, mais il est au cœur du film et on démarre sur lui. J’ai cherché à montrer qu’il n’est pas la victime de la Révolution française et que Marie-Antoinette n’en est pas la grande sacrifiée, la grande martyre. Ils sont partie prenante. Ils agissent, trahissent, soutiennent, concèdent, construisent aussi le destin de la Révolution. Ce n’est pas le roi contre la Révolution ou la Révolution contre le roi. Au début, l’idée de régénération du royaume chemine avec elle, comprenant des tensions, des conflits… J’aime traiter de sujets dont l’image n’est pas clairement établie. Zéro défaut, que j’ai tourné pour Arte, traitait de la condition ouvrière, un sujet opaque, dans une zone d’ombre très forte. Pourquoi l’ouvrier au cinéma ou à la télé est-il toujours un ouvrier crépusculaire, un perdant, un sacrifié ? Qui travaille encore sur les chaînes de montage ? Qui coexiste avec les robots ? Quelle est la condition ouvrière d’aujourd’hui ? Versailles abordait l’extrême pauvreté. Là encore, je me confrontais à un discours établi. Avec L’Exercice de l’État, c’était très dur, parce qu’il me fallait, pour que le film existe, créer un espace fictionnel dans un champ saturé d’anecdotes et d’histoires. Aujourd’hui encore, j’aborde un sujet politique et historique, la Révolution française, qui n’est pas du tout cicatrisé, refroidi. C’est une histoire encore tendue entre les historiens, une histoire fondamentale dans nos gènes, notre imaginaire…

Quelles ont été vos directives à Laurent Lafitte, votre Louis  XVI, une grande réussite du film ?

Il n’avait que sept jours de présence (intense) sur les quarante-cinq jours de tournage. Je lui ai dit deux choses. D’abord, Louis est un homme de pouvoir et, dans les yeux d’un homme de pouvoir, on ne sait pas ce qu’il y a. Ensuite, ce roi est profondément croyant et, comme homme politique, il a conscience de ce qu’il fait. Laurent s’est débrouillé, y est allé avec son instinct de comédien. Il a trouvé des choses sur le plateau qui lui appartiennent totalement. Il a un grand pouvoir de concentration, assez proche d’Olivier Gourmet. Lui aussi arrive dans le jeu avec quelque chose de très construit. Après, ils donnent…

Dans la scène de l’exécution, le filmez-vous en contre-plongée pour le statufier ?

Non, c’est surtout le regard du peuple sur lui.

Mais il est isolé sur fond blanc !

C’est lui devant l’éternité, le ciel, le divin…
La scène de l’exécution était entièrement storyboardée mais, quand j’ai découvert les rushes, ce moment où Laurent s’avance et vient parler, ce que cela produit à l’image m’a surpris car je ne l’avais pas vu venir ! Ça m’a tout de suite fait penser au Mépris de Godard, ces plans sur fond de ciel qui font appel à l’Odyssée. Je me suis dit : c’est très bien, il y a un côté un peu mythique.

On peut aussi penser à Henry Fonda, dans La Poursuite infernale. À travers ce qui est un western, tout à coup, Ford, en isolant Fonda devant le ciel, parle de la loi et de Dieu…

Ah ? Ça me va très bien, j’adore Ford !

Et cette plongée verticale sur le corps de Louis XVI, est-ce Dieu voyant son représentant sur terre se faire décapiter ?
C’est une lecture (rires), mais je n’aurais pas celle-là… parce que je ne sais pas très bien ce qu’est le point de vue de Dieu. Pour moi, il s’agissait de rompre l’horizontalité par la verticalité, d’introduire une césure dans la perception : la bascule de la mort du roi… Au scénario, le plan devait être suivi d’un travelling en plongée sur Basile (Gaspard Ulliel) et Françoise (Adèle Haenel) déambulant dans la foule, pas très loin du finale des Enfants du paradis.

Comment est née la scène où le roi est interpellé en rêve par ses ancêtres ?

Elle m’a été inspirée par un pamphlet. Pour les caricatures et les pamphlets, il n’y avait pas que Le Père Duchesne, tout le monde en faisait. Y compris les nobles les plus réactionnaires. J’ai trouvé ces scènes de moquerie dans Les Cahiers de Brabant et de Navarre ; la moitié des dialogues vient de là.

Ce n’est pas la première fois que vous filmez les rêves de puissants…

Oui, c’est à rapprocher du discours de Malraux que le personnage de Michel Blanc écoute en boucle dans L’Exercice de l’État. Ça me permettait d’avoir un axe vertical dans la problématique, sur le rapport au temps, de plonger dans les références historiques, les couches d’archives. Le personnage de Blanc est rattaché à l’idéal du résistant, à l’art oratoire. Pour le roi, on entre dans une autre dimension. On montre que ce qui vacille, ce n’est pas seulement Louis XVI, c’est une généalogie. Des siècles de féodalité, des siècles d’histoire.

Il y a plusieurs allégories  : le jeu sur la lumière et les Lumières, le cheval poursuivi dans le manège qu’on retrouve aux Tuileries…

Je suis un cinéaste qui ne se réfrène pas dans ses envies de cinéma ! La difficulté, c’est de les incorporer au récit. Ici, il y a surtout le soleil, les explosions solaires…
Je me demandais comment exprimer le sentiment de ce peuple de Paris qui vit des choses inouïes, qu’il n’imaginait pas, et qui, en plus, se répètent, se développent. La Révolution française, ce n’est pas les grèves contre la loi El  Khomri, quelques semaines de révolte étudiante ou une crise de régime, mais sept années de séismes, de fondations, de guerre civile… Il fallait un langage visuel fort pour exprimer cette dimension-là. J’ai pris le parti de jouer avec la lumière. Il y a un jeu de mots caché entre le verrier, la philosophie des Lumières, l’apparition du soleil… Quand les révolutionnaires disent  : « Que Paris soit encore l’étonnement de l’univers ! », ils se réfèrent à l’histoire romaine, ils sont eux-mêmes démiurges de ce qu’ils sont en train de faire. Il y a un universalisme dans leur projet. Ça ne me dérange pas du tout quand Robespierre énonce  : « On replonge le roi dans le néant. » Le néant, ce n’est pas l’oubli, ce n’est pas le tribunal de l’histoire. C’est le néant. Il y a là une présence cosmologique.

Le plan rouge nuit, scintillant, quand le roi meurt, a justement quelque chose de cosmologique. On y voit comme des galaxies…

Ce plan des scintillements, nous l’avons fait entre nous, le chef opérateur Julien Hirsch et moi. C’est artisanal, purement mécanique. On a fait couler du faux sang sur une plaque de verre éclairée. Ensuite, on inverse pour que cela remonte  : les microbulles dans le faux sang créaient des effets d’étoiles… L’idée, c’était celle d’un voile de conscience qui peu à peu s’éteint, comme quand vous fermez les yeux et que vous avez cette présence rouge de la lumière. Je voulais un mystère visuel qui raconte ce passage dans le vortex, la métamorphose d’un monde à un autre…

Vous n’aimez pas trop les images de synthèse, mais, pour la foule finale, elles étaient indispensables…

Oui. Pour le plan de la Bastille aussi, qui est un mélange de numérique et de prises de vues. Les destructeurs de la Bastille sont sur un praticable construit en extérieur, pour avoir le soleil. Car c’est un vrai dévoilement de soleil ! Nous avons pratiqué la même sectorisation de l’image pour le plan des lavandières. Les comédiennes sont filmées sur un fond vert, avec un arrière-plan numérique. C’est visuellement fort, magnifique, lumineux, mais pas simple à intégrer à la mise en scène. Car l’élaboration des plans est incroyablement longue, il faut beaucoup de versions avant d’y arriver. En plus, vous découvrez la réalité du plan très tard, en cours de montage images. Nous avons tourné la scène des lavandières à côté de Melun, dans le port de Tomery qui était un quai de déchargement. Tout l’avant-plan est donc réel  : le sol, les pierres… et c’est la Seine de 2017 qui joue la Seine de 1789 !

Avez-vous visionné des films sur la Révolution avant de tourner Un peuple et son roi ?

Oui, pour certains décors, certaines actions. Le Napoléon de Gance, très impressionnant. Le Livre noir, d’Anthony Mann, remarquable dans son style. J’ai étudié la filmographie de Robespierre, de Louis XVI… Et il n’y a rien de plus beau que les films russes pour les foules. Mais aussi Amadeus, Molière, pour l’énergie. Si vous avez une énergie de récit très forte, vous oubliez la reconstitution. L’énergie du récit crée son propre monde… Pareil pour les costumes : si vous avez des personnages forts, vous oubliez le costume, même s’il sert aussi à construire un personnage. Ce qui complique les films sur la Révolution, c’est que les idéologies y sont très présentes. C’est pour cela que les historiens ne sont pas satisfaits, ils ne peuvent pas s’appuyer sur le cinéma. Je sais que le film est attendu au tournant…

Comment avez-vous travaillé les chansons ?

Pour moi, le film est une aventure de cinéma comme il y en a peu dans le cinéma français, terriblement exigeante en charge de travail. Néanmoins, au milieu de tout cela, il fallait garder de la spontanéité, de la réactivité, de l’aisance. Pour la chanson de Céline Sallette, l’air est improvisé. Nous avons travaillé avec Marie-Jeanne Rodière, conseillère et professeur de chant. J’ai dit à Céline que je voulais découvrir sur le plateau ce chant de la Bastille. Il n’y a pas eu d’enregistrement avant ou après. Tous les chants sont nés a  capella, sur le plateau. C’est un film qui, dans son récit, s’est parfois dessiné à la dernière minute. Pour les sources lumineuses, j’avais demandé à Julien Hirsch qu’on se passe le plus possible d’électricité. Il y a quelques exceptions, en cas de force majeure, mais la lumière du film est naturelle ; elle naît des bougies, des torches, du feu, du four…

Robespierre nommé par erreur Roberts Pierre, est-ce historique ?

Oui, les gens ne connaissaient pas bien les noms. Et surtout, pour jeter l’opprobre sur quelqu’un, on lui collait un S, d’où Roberts Pierre. En plus Roberts Pierre rappelait un autre personnage historique, Robert-François Damiens, qui fut écartelé pour avoir tenté de tuer Louis XV.

Les costumes nous mettent dans l’époque. Mais la musique nous en sort…

C’est une musique orchestrale, mélodique, qui a, par moments, une couleur épique ou romantique… Dans un récit, il y a toujours une part intemporelle qui appartient à l’intime, à l’émotion… Une émotion n’est pas datée. J’ai demandé à mon frère Philippe une musique qui donne du souffle, de l’ampleur, du mouvement, qui ouvre parfois une perspective émotionnelle et narrative. Par exemple, cette musique au glass harmonica attribuée au soleil et qui revient au moment de la sphère, avec les mains… Il y a une musique très rythmique, saccadée, sur la première partie de 1789, et une musique plus lyrique sur Basile et Françoise… La musique de l’exécution du roi est importante aussi dans la construction de la scène. Nous sommes partis d’une référence à Ligeti. Une seule musique n’est pas écrite par Philippe, c’est le chant sur la mort de Margot, extrait des Vêpres de Rachmaninov.

Le rôle des femmes est très affirmé…

Vous trouvez  ?… Je plaisante. Les femmes sont le cœur de l’histoire, de l’Histoire avec sa grande hache  ! Les femmes allaient aux  Cordeliers, elles étaient en tribunes à l’Assemblée nationale, elles ont combattu, elles se sont mobilisées, ont payé de leur vie les épisodes sanglants. Pour la fête de la Fédération, elles terrassent le Champ-de-Mars. Et surtout, leur marche d’octobre  1789 sur Versailles a été un événement incroyable… Certes, je ne cite pas Olympe de  Gouges ou Madame Roland, devenues iconiques, mais qui sont un peu l’arbre qui cache la forêt. On connaît le père Duchesne et sa « grande colère ». Mais on sait moins qu’il y a eu aussi la mère Duchesne ! On est dans un monde d’hommes, dans la définition du pouvoir politique. Mais la vie politique n’est pas qu’entre les mains des hommes. Et, durant les années qui précèdent la Révolution, on assiste à une montée en force de la lutte contre l’illettrisme. Le peuple a soif de lecture, de découverte, de débats. Et les statistiques montrent que la progression est plus forte parmi la population féminine !

Dans la littérature d’époque ou les films sur la Révolution, Marie-Antoinette fait office de sex-symbol. Vous, vous érotisez les femmes du peuple…

Oui, cet aspect charnel était important. Le film charrie toutes les dimensions de la vie. Avant de repartir dans le flot politique, il fallait au film de vrais et beaux moments d’abandon. Je tenais à ce sentiment de présent, qu’on découvre avec les personnages les événements politiques aussi bien qu’intimes dans la fragilité de l’instant. La sensualité, on ne la voit pas venir, elle fait irruption dans l’Histoire. 

* Propos recueillis à Paris, le 25 juin 2018.

 


J’appelle à signer cette pétition…

Pour la Libération des prisonniers politiques catalans


 

Voilà plus d’un an maintenant que sont maintenus en détention provisoire Jordi Sànchez et Jordi Cuixart, respectivement présidents de l’Assemblée Nationale Catalane (ANC) et d’Omnium Cultural. Ils sont accusés de sédition et de rébellion, « charges retenues qui sont sans fondement et doivent être abandonnées », selon Amnesty International. Amnesty International demande leur libération immédiate, « ce maintien en détention constituant une restriction disproportionnée de leurs droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique ».
Sept autres dirigeants politiques sont aussi en détention provisoire, punis pour avoir mis en œuvre leur mandat électoral, le référendum du Premier octobre 2017 : Oriol Junqueras (vice-président) et Jordi Turull, (porte-parole du gouvernement), Joaquim Forn (ministre de l’Intérieur), Raul Romeva (ministre des Affaires extérieures, des Relations institutionnelles et de la Transparence), Jordi Rull (ministre chargé du Territoire et du développement durable), Dolors Bassa (ministre du Travail, des Affaires sociales, de la Famille) ainsi que Carme Forcadell, ancienne présidente du Parlement catalan.

Plusieurs autres élus et politiques catalans ont choisi l’exil : Carles Puigdemont, président du gouvernement de la Generalitat, Toni Comín (ministre de la Santé), Clara Ponsatí (ministre de l’Enseignement), Meritxell Serret (ministre de l’Agriculture, de l’Élevage, de la Pêche et de l'Alimentation) et Lluís Puig (ministre de la Culture), ainsi que Marta Rovira et Anna Gabriel, députées.

712 maires ont été mis en examen pour avoir mis à disposition des électeurs des locaux municipaux le Premier octobre. Les cinq membres du bureau électoral, qui avaient démissionné avant même le référendum, ont récemment été inculpés pour désobéissance et encourent des peines de plus de 2 ans de prison.

Sont également inculpés des dizaines de militants républicains catalans pour avoir participé à l’organisation des manifestations pacifiques contre la répression policière et pour avoir demandé la proclamation de la République Catalane lors des grèves générales des 3 et 8 octobre 2017. Plus de 2 ans de prison ont été demandés aussi pour 14 des personnes qui s’étaient enchaînées devant le palais de justice de Barcelone le 23 février 2017.

Des droits fondamentaux sont ouvertement bafoués : droit d’autodétermination, droit de se réunir, de manifester et de s’organiser pour l’exercer. Cette politique répressive anti-démocratique se base en partie sur la manipulation de la loi antiterroriste dite loi Mordaza. Déjà condamnés ou mis en examen, des rappers, des humoristes, pour avoir critiqué les agissements de la royauté. Aucun dialogue démocratique digne de ce nom ne saurait être entamé sans que ne soient libérés toutes celles et tous ceux qui sont poursuivis pour avoir exercé leurs droits civiques.

 


 

Prénom, Nom, adresse, date, signature

Envoyer à
petitionlibcat@gmail.com
et
jeanpuyade@yahoo.fr

 


Nous voulons un référendum pour la démission d'Emmanuel Macron

Source: http://referendumpourlademissiondemacron.wesign.it/fr


 

Le mouvement des Gilets Jaunes exprime, depuis le Samedi 17 Novembre 2018, le ras-le-bol d'un peuple qui n'en peut plus d'être taxé, humilié, exploité et méprisé, par un pouvoir toujours plus distant de sa réalité.

Nous, Gilets Jaunes mobilisés depuis le Samedi 17 Novembre 2018 dans les blocages et présents en nombre dans les manifestations du Samedi 24 Novembre 2018, appelons celles et ceux qui ne sont rien, les humiliés, les exploités et les indignés, à signer cet appel afin d’exiger un référendum pour la démission du président de la république Emmanuel Macron.

Inconséquence politique, échec économique, casse sociale, rupture du pacte républicain, atteinte à l’égalité des chances, politique de la peur, stratégie de la division, lois liberticides, pratiques autocratiques du pouvoir, favoritisme, manipulations médiatiques, ingérences judiciaires et collusion avec le monde des affaires et les forces de l’argent, nous avons tous toutes nos raisons pour nous opposer à Emmanuel Macron.

Mais celui que nous ne pouvons plus appeler notre président, effrayé par le peuple, prend grand soin de le tenir à l'écart, muselant au besoin sa parole derrière des cordons de Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS).

 Nous, simples citoyens, vigilants et inquiets, en conscience et indépendamment de tout parti ou syndicat, appelons toutes celles et tous ceux qui en ressentent l'envie à exiger sans haine, sans arme et sans violence, un référendum pour la démission d'Emmanuel Macron.

 


Supplément video: la fédération CGT-FO transports appelle à rejoindre le mouvement des Gilets Jaunes et la manifestation de samedi à Paris:

 


Interview de son secrétaire, Patrice Clos, candidat à la direction nationale de la confédération

 

Source: https://www.youtube.com/watch?v=Tvp_pwGZf9k

 


 

Avant la manifestation du 24 et après la mobilisation du 17

Le moment de la situation et les responsabilités des organisations ouvrières (18-11-2018).

Publié le 18 novembre 2018 par aplutsoc (Arguments pour la Lutte Sociale)


 

Ce samedi 17 novembre, des centaines de milliers de personnes (284 000 selon le ministère de l’Intérieur, seul porte-parole du pouvoir exécutif en cette journée), dans leur écrasante majorité des prolétaires souvent peu organisés, des (tout) petits entrepreneurs, commerçants, artisans, paysans, « auto-entrepreneurs », des chômeurs, des retraités, se sont rendues sur 2000 à 3000 barrages routiers plus ou moins filtrants.

Nous avons eu en France une mobilisation massive, à 99% spontanée, de secteurs de la classe ouvrière et de la petite bourgeoisie tentant d’ouvrir une brèche dans une situation où leurs conditions matérielles se dégradent sans issue visible, une brèche politique avec un mot d’ordre commun qui n’est ni plus ni moins que Macron démission.

Une partie de ces couches sociales mobilisées, cela souvent pour la première fois, souhaite poursuivre demain et, surtout, la semaine prochaine, et se confrontent ou se confronteront donc à la nécessité de la grève. Ce qu’ils disent : que ceux d’en bas ne veulent plus.

Ce constat politique ne modifie strictement rien au fait que le cadre initial de ce mouvement était confusionniste et infiltré en haut, en bas et de tous côtés par l’extrême-droite dans toutes ses formes, RN, « souverainistes », complotistes, etc. Il était parfaitement possible de se porter à la rencontre des manifestants et « bloqueurs » sans se situer dans ce cadre politique, sans aucun appel commun confusionniste, tout au contraire en combattant pour la décantation entre l’immense majorité et les composantes réactionnaires et patronales. A notre modeste échelle, nous l’avons fait, et nous savons que d’autres équipes militantes ici et là l’ont fait elles aussi.

Le moyen de la décantation : la nécessité de la grève générale pour défaire et chasser le pouvoir exécutif.

Car c’est bien une immense colère, sans précédents comparables possibles dans l’histoire de la V° République, envers l’exécutif, envers Macron, qui habite aussi bien les « gilets jaunes » que l’immense majorité de la population. Des mois et des mois de mépris affiché et de coups portés à tous les droits sociaux, à la jeunesse, aux services publics : de tout cela tout est retenu, rien n’est pardonné, tout doit être abrogé.

Par conséquent, prendre la mesure exacte de la situation présente, et des responsabilités qu’elle implique, c’est dire la chose suivante : si les confédérations ouvrières, si la CGT et la CGT-FO, appelaient le salariat à la grève unie, pour battre Macron, pour le retrait de toutes les mesures antisociales, cet appel apporterait le débouché et permettrait la victoire, maintenant – dans le moment présent.

Ceci n’aurait rien à voir avec un quelconque « ralliement » aux « gilets jaunes », mais leur donnerait une issue, assurerait l’éloignement de l’immense majorité d’entre eux d’avec les manipulateurs d’extrême-droite et les officines patronales, et ouvrirait la voie à l’action commune du salariat. Martinez ne veut pas défiler avec le RN : bien entendu ! Mais ce dont il s’agit maintenant, c’est de montrer que ce ne sont pas le RN, ni LR, qui battront Macron. Il faut le battre, le défaire et le chasser.

Réunissons-nous, aidons les groupes qui veulent agir à débattre, à s’assembler, à s’organiser démocratiquement. La principale question politique est celle-là : celle de la grève unie, du vrai tous ensemble.

La rédaction, 18-11-2018.

 


« quiconque attend une révolution sociale pure ne vivra jamais assez longtemps pour la voir. Il n’est qu’un révolutionnaire en paroles qui ne comprend rien à ce qu’est une véritable révolution. La révolution socialiste en Europe ne peut pas être autre chose que l’explosion de la lutte de masse des opprimés et des mécontents de toute espèce. Des éléments de la petite bourgeoisie et des ouvriers arriérés y participeront inévitablement..."

Les Gilets Jaunes, Vladimir Lénine et la direction de la Confédération Générale du Travail (CGT) par Marxiste.org

Mardi 20 Novembre 2018

Source : https://www.marxiste.org/actualite-francaise/politique-francaise/2436-les-gilets-jaunes-lenine-et-la-direction-de-la-cgt


 

La mobilisation des Gilets Jaunes marque une étape importante dans le développement de la lutte des classes en France. Sans parti, sans syndicat et sans organisation préexistante, des centaines de milliers de personnes ont participé à des actions de blocage, balayant d’un revers de main les pseudo-concessions et les menaces du gouvernement. Ils sont soutenus par une grande majorité de la population. Leur détermination est à la hauteur de leur colère et de leurs souffrances. Ils brûlent d’indignation contre un gouvernement qui ne cesse d’accroître la pression fiscale contre les travailleurs, les retraités et les classes moyennes, pendant que les plus riches bénéficient de toutes sortes d'allègements de charges, de subventions et d'autres ristournes fiscales. Les Gilets Jaunes ont parfaitement compris que l’argument de la transition écologique n’est qu’un nouveau prétexte pour piller la masse de la population au profit d’une poignée de parasites richissimes.

Ce mouvement est politiquement et socialement hétérogène. Naturellement, la politique réactionnaire du gouvernement frappe non seulement le salariat, mais aussi les artisans, les petits commerçants, les petits paysans, les professions libérales, les retraités et d’autres couches sociales intermédiaires. L’hétérogénéité sociale et politique du mouvement des Gilets Jaunes signale précisément sa profondeur. Ce n’est pas une mobilisation de la seule avant-garde ouvrière et des travailleurs les plus conscients et les plus organisés. C’est un mouvement de masse qui, soudainement, soulève des couches sociales habituellement inertes. Bien sûr, nul ne peut dire jusqu’où il ira. Mais ce qui est clair, c’est qu’un mouvement de cette nature est caractéristique du début d’une révolution. Sur l’île de La Réunion, le mouvement a déjà pris un caractère insurrectionnel.

Les militants de gauche qui font la fine bouche, face à la confusion du mouvement, doivent réfléchir à ce qu’écrivait Vladimir Lénine en 1916 :

« quiconque attend une révolution sociale pure ne vivra jamais assez longtemps pour la voir. Il n’est qu’un révolutionnaire en paroles qui ne comprend rien à ce qu’est une véritable révolution. La révolution socialiste en Europe ne peut pas être autre chose que l’explosion de la lutte de masse des opprimés et des mécontents de toute espèce. Des éléments de la petite bourgeoisie et des ouvriers arriérés y participeront inévitablement. Sans cette participation, la lutte de masse n’est pas possible, aucune révolution n’est possible. Et, tout aussi inévitablement, ils apporteront au mouvement leurs préjugés, leurs fantaisies réactionnaires, leurs faiblesses et leurs erreurs. Mais objectivement, ils s’attaqueront au capital et l’avant-garde consciente de la révolution, le prolétariat avancé, qui exprimera cette vérité objective d’une lutte de masse disparate, discordante, bigarrée et à première vue sans unité, pourra l’unir, l’orienter, conquérir le pouvoir, s’emparer des banques, exproprier les trusts haïs de tous, bien que pour des raisons différentes, et réaliser d’autres mesures dictatoriales dont l’ensemble aura pour résultat le renversement de la bourgeoisie et la victoire du socialisme ».

Toutes choses égales par ailleurs, ces quelques lignes de Vladimir Lénine caractérisent bien le mouvement des Gilets Jaunes. Dans le même temps, elles indiquent le rôle que devraient jouer les organisations syndicales et politiques du mouvement ouvrier, dans de telles circonstances. Elles devraient unir et orienter la lutte des masses vers la conquête du pouvoir et le renversement du capitalisme. A cet égard, le décalage est flagrant et abyssal entre ce qu’écrivait Vladimir Lénine, il y a un siècle, et ce que font aujourd’hui la plupart des dirigeants du mouvement ouvrier. Dans les faits, ils ne dirigent rien. Pire encore, ils tournent le dos au mouvement des Gilets Jaunes, quand ils ne l’attaquent pas.

Par exemple, le dirigeant de la Confédération Française Démocratique du Travail (CFDT), Laurent Berger, a qualifié ce mouvement de totalitaire. En sa qualité d’agent de la bourgeoisie au sein du mouvement ouvrier, Laurent Berger ne rate jamais une bonne occasion de défendre l’ordre établi, c’est-à-dire la domination, totalitaire en un sens, des banques et des multinationales.

Qu’en est-il du côté de Philippe Martinez, qui dirige la confédération syndicale la plus puissante et la plus militante ? Le renversement de la bourgeoisie et la victoire du socialisme sont à des années-lumières de ses intentions, ce qui est très regrettable, car les problèmes des masses ne pourront pas être réglés dans le cadre du capitalisme. Ceci étant dit, quelle position défend Philippe Martinez ? Il dit comprendre la colère légitime des Gilets Jaunes, mais il refuse d’impliquer son organisation dans ce mouvement, car il ne veut pas voir la CGT défiler à côté du Front National. Dans le même temps, pourtant, il reconnaît que l’extrême droite y est minoritaire. En fait, elle y est même marginale, comme force organisée. Puis, alors que la revendication initiale et centrale des Gilets Jaunes est l’annulation de la hausse des taxes sur les carburants, Philippe Martinez ne reprend pas et ne défend pas cette revendication. Par contre, il saisit l’occasion pour demander au gouvernement de revaloriser largement le Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance (SMIC), de façon à ce que les travailleurs puissent, entre autres, s’acheter des véhicules propres.

Cette position est complètement erronée et complètement déconnectée de la situation réelle. Bien sûr, il faut lutter pour une augmentation du SMIC et des salaires en général. Mais cette revendication ne contredit et n’exclut en rien la revendication qui est au cœur du mouvement des Gilets Jaunes, lequel ne mobilise pas seulement des salariés, mais aussi des artisans, l’annulation de la hausse des taxes sur les carburants. Au lieu de lui opposer la revendication d’une augmentation des salaires, la direction de la CGT devrait reprendre à son compte la revendication centrale et juste du mouvement des Gilets Jaunes, tout en défendant son programme général en faveur du pouvoir d’achat, y compris, bien sûr, l’augmentation générale des salaires.

La CGT devrait expliquer que « la hausse des taxes sur les carburants n’a rien à voir avec l’écologie. C’est du pillage au profit des multinationales, car l’argent des hausses de taxes finira dans les caisses des grands patrons, sous forme de subventions et de cadeaux fiscaux. Si le gouvernement a besoin de quelques milliards d’euros pour boucler son budget, qu’il les prenne dans les coffres des multinationales et qu'il ne les prenne pas dans les poches du peuple ». Au lieu de tenir ce discours simple et clair, Philippe Martinez croit distinguer le chapeau du grand patron derrière les casquettes des Gilets Jaunes et il appelle à la méfiance. C’est lamentable.

En refusant de s’engager dans la lutte pour la baisse des taxes sur le carburant, la direction de la CGT abandonne ce terrain à la droite et à l’extrême droite, dont les démagogues professionnels ont découvert, ces derniers jours, qu’ils sont contre ces taxes et qui le font savoir bruyamment. Heureusement, des militants et des structures de base de la CGT n’ont pas tenu compte des consignes de Philippe Martinez. Ils se sont mobilisés avec les Gilets Jaunes. Des liens se sont créés et des actions communes ont même été menées. C’est la voie à suivre.

Par ailleurs, comment la direction de la CGT compte-t-elle s’y prendre pour arracher au gouvernement et donc au patronat l’augmentation du SMIC qu’elle réclame de trois cent  euros ? En organisant une nouvelle journée d’action sans lendemain, malgré l’échec patent de la stratégie des journées d’action, ces dix dernières années ? Nous supposons et nous ne savons pas. Pour le moment, fort d’un mouvement de masse auquel il refuse de participer, Philippe Martinez exige des augmentations de salaire. Comprenne qui pourra.

Nous l’avons souvent souligné. La stratégie des journées d’action syndicale est une impasse. Elle a mené à la défaite des grands mouvements sociaux de 2010, de 2016 et de 2017, entre autres. La crise du capitalisme français est si profonde que, dans sa course aux contre-réformes, le gouvernement d'Emmanuel Macron ne reculera pas face à des journées d’action, aussi massives soient-elles. Et donc, désormais, pour que notre classe remporte une victoire sérieuse, il faudra le développement d’un mouvement de grèves reconductibles dans un nombre croissant de secteurs économiques.

Voilà précisément ce que la bourgeoisie et son gouvernement redoutent, que le mouvement des Gilets Jaunes joue le rôle de détonateur d’un mouvement de grèves reconductibles. C’est le moment que choisit Philippe Martinez pour déclarer « sans moi, je ne manifeste pas aux côtés du Front National ». C’est absurde. Ce que le mouvement des Gilets Jaunes démontre très clairement, c’est l’exaspération et la combativité croissante de larges couches de travailleurs. Par conséquent, au lieu de disserter dans le vide sur le Front National et les salaires, la direction de la CGT devrait tout faire pour soutenir ce mouvement et s’appuyer sur son élan pour mettre à l’ordre du jour une offensive générale de la classe ouvrière contre toute la politique réactionnaire du gouvernement. Pour commencer, la direction de la CGT devrait appeler à participer massivement à la manifestation des Gilets Jaunes prévue à Paris Samedi 24 Novembre 2018. Alors, Laurent Wauquiez, Marine Le Pen et les autres démagogues bourgeois ne tarderaient pas à déserter le mouvement, c’est-à-dire à tomber leur masque.

 


"Elections, pièges à cons",  par Corinne Darleux?

corinne@lespetitspoissontrouges.org

Corinne Morel Darleux, née le 1er octobre 1973 à Paris, est coordinatrice des assises pour l’écosocialisme au Parti de gauche, conseillère régionale d'Auvergne-Rhône-Alpes et membre du bureau de la Fondation Copernic et du Mouvement Utopia.
L'extrait ci-dessous explique-t-il pourquoi Corinne Morel-Darleux n'a pas figuré in-fine sur la liste des Européennes ?

 


 

Ces éléments forgent une conscience éclairée et viennent bousculer pas mal d’habitudes, dans la pratique comme dans le discours politique : celle par exemple de parler d’un « peuple » qui en réalité n’est pas constitué, ou de « transition écologique » alors que c’est une véritable révolution qu’il faudrait. De même que je me refuse à induire l’idée qu’on pourrait encore rester sous les fameux +1,5°C ou changer le système par une stratégie de conquête du pouvoir ou de révolution citoyenne. Soyons clairs, je ne dénigre pas celles et ceux qui continuent ce combat : je l’ai porté, j’ai défendu ces positions et j’y ai cru sincèrement. Mais il me semble aujourd’hui  que ce système électoral est faussé, plus ou moins gangrené selon les pays, manipulé par les réseaux sociaux, les médias ou les lobbies – et même désormais la justice : regardez le « lawfare » au Brésil, où le juge Moro, celui qui a organisé l’empêchement de Lula, est désormais Ministre de Bolsonaro ! J’espère sincèrement me tromper, mais partout c’est de plus en plus clair, il me semble : ils ne nous laisseront jamais gagner.

Et quand bien même ce serait le cas, serions-nous préservés de l’attrait de la monarchie présidentielle ? Saurions-nous sortir des griffes des traités européens, éviter la faillite morale et politique qu’a connue Tsipras en Grèce ? Contourner les médias d’actionnaires ? Eviter les coups de corne des lobbies planétaires ? Mettre en place une fiscalité révolutionnaire et sortir du capitalisme tout en conservant notre capacité à financer les investissements nécessaires ? J’en suis moins certaine aujourd’hui. Peu importe mes doutes, vous allez me dire, et c’est vrai : ça vaudrait le coup d’essayer, c’est certain… Si on en avait le temps. Or je me sens de plus en plus inconséquente – mais une fois encore, c’est très personnel – à dire à la fois que la situation est grave et la riposte urgente, et « en même temps » à jouer le jeu lent et pipé du changement par les élections.

Enfin, il faut dire une chose clairement, du moins en être conscient : le processus électoral nous coupe les ailes. Certes, une campagne est un accélérateur de conscience. Mais je doute, après en avoir vécu sept, que cette conscience fraîchement acquise, principalement à l’occasion du spectacle qu’est la présidentielle, soit toujours durable. Elle touche moins massivement et rapidement les consciences en tout cas que le rythme et l’ampleur auxquelles les conditions matérielles d’existence les étouffent. Autre point rarement évoqué et pourtant crucial : le système de désignation de candidats, quel qu’il soit, provoque des dégâts énormes, détourne les énergies et exacerbe la compétition interne.(c'est moi qui souligne) La recherche de suffrages mobilise une énergie folle, or je voudrais rappeler que le mythe réconfortant de David contre Goliath sort de la Bible… Tout ça nous coûte extrêmement cher en fraternité humaine et en temps. Et puis insidieusement, pour gagner des voix, la tactique prend le pas sur le projet, l’élargissement des bases électorales nécessite de « s’allier » ou de « fédérer » plus largement. Et tout le monde a bien compris qu’on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens.

Bref, je ne suis pas loin de reprendre à mon compte le cri libertaire d’« élections, piège à cons » . Je vais continuer à militer, et à voter, mais je veux attirer l’attention sur le fait que tout miser sur les élections c’est autant de forces que nous ne mettons pas à changer radicalement les choses ici et maintenant. Je ne jette pas la pierre à ceux qui s’y consacrent, mais pour moi aujourd’hui ce n’est plus la priorité où placer mes énergies, je n’en ai plus envie et je crois réellement que nous n’avons plus le temps.

 


 

A propos de la crise que traverse la CGT-FO...

UNION DÉPARTEMENTALE des Syndicats Confédérés
Confédération Générale du Travail
FORCE-OUVRIÈRE du FINISTÈRE

5, rue de l’Observatoire – 29200 Brest
Tél. 02 98 44 15 67 – Fax : 02 22 44 26 14 – udfo29@wanadoo.fr

 

Nadine HOURMANT
Secrétaire Générale
Union Départementale F.O.29


Motion de la Commission Exécutive de l’Union Départementale FO du Finistère.

Les membres de la CE de l’Union Départementale FO du Finistère, réunis le 19 novembre 2018, dénoncent la récupération et l’utilisation de l’affaire dite des fichiers par des tendances organisées au sein de la Confédération. L’une de ces tendances est clairement identifiée comme parti politique (le POI), l’autre est dite réformiste.

Les uns avec les autres ont agi avec célérité pour pousser le Secrétaire Général Confédéral à la démission et s’arroger des places au sein du bureau confédéral en dehors des statuts confédéraux. Il apparaît aujourd’hui qu’ils ont agi pour préserver des intérêts financiers particuliers -pour certains illégaux et répréhensibles devant la Loi- dont ils bénéficient depuis plusieurs années au sein de la Confédération.

Nous savions ces « camarades » prêts à toutes les compromissions ; ils l’avaient montré en soutenant Mailly, y compris lorsqu’il trahissait les intérêts de la classe ouvrière. On les voit aujourd’hui prêts à détruire la Confédération pour servir leurs intérêts propres. Au sein de la Confédération, les « camarades » Homez et Raguin se sont faits les relais de Macron, Pénicaud et L. Berger pour obtenir la tête de Pascal Pavageau. Ils sont, objectivement, des ennemis de la classe ouvrière.

Pour les membres de la CE de l’UD-FO 29, des mesures d’urgence s’imposent concernant les finances de la Confédération. Toute la lumière doit être faite sur la manière dont est utilisé l’argent perçu par la Confédération. La gestion du Centre de Formation des Militants Syndicaux doit être rendue parfaitement transparente. Les démentis fébriles sur les comptes de la Confédération envoyés à la presse et aux adhérents ne convainquent évidemment personne. La décision anti-statutaire d’un contrôle interne sur les comptes de la Confédération, quand bien même à l’aide d’experts comptables (partenaires habituels de la Confédération), n’est finalement que la volonté affichée de fermer les yeux et de poursuivre les malversations financières révélées aujourd’hui. La CE de l’UD-FO du Finistère exige un audit financier totalement indépendant.

La CE de l’UD FO du Finistère réaffirme son soutien indéfectible à Pascal Pavageau. Elle considère qu’il reste le plus à même de garantir la pérennité de la Confédération CGT-FO et d’en refaire enfin un réel outil de défense de la classe ouvrière. C’est ce qu’il a mis en œuvre durant les six premiers mois de son mandat. C’est bien lui qui a rendu les positions de la Confédération CGT-FO audibles et qui a porté les revendications en défense des droits collectifs des salariés, des retraités et des privés d’emploi.

Au vu de la violence des attaques subies, Pascal Pavageau a été contraint de démissionner et de ne pouvoir poursuivre le mandat du Congrès de Lille. La CE De l’UD FO du Finistère lui demande de venir rendre compte de son mandat au CCN des 21 et 22 novembre. Elle refuse la démission de Pascal Pavageau et lui demande de garder son mandat de Secrétaire Général en vue d’appliquer la résolution du congrès de Lille. A défaut, la CE de l’UD du Finistère donne mandat à la Secrétaire Générale de voter pour Patrice Clos, candidat au poste de Secrétaire Général de la Confédération CGT-FO.

Le positionnement de Patrice Clos pour la mise à plat totale des livres de comptes de la Confédération, CFMS compris et son orientation de syndicaliste réellement libre et indépendant sont la garantie d’une application des résolutions du Congrès de Lille d’avril 2018. Voter pour l’un ou l’autre des deux autres candidats au poste de Secrétaire Général de la Confédération serait un blanc-seing donné à la poursuite des malversations et compromissions qui avaient cours jusqu’en avril 2018. La CE de l'UDFO 29 demande la publication du vote de chaque membre du CCN.

Adopté à l'unanimité des membres de la CE
19 novembre 2018

 


"...Qu’on se comprenne bien, nous ne préconisons en rien un enseignement pacifiste et révolutionnaire de l’Histoire, mais un enseignement laïque qui donne les éléments nécessaires à la formation de l’esprit critique pour que les consciences se forment elles-mêmes..."

 

Voici l’intervention faite par Vincent Présumey, secrétaire de la FSU de l'Allier, au 10° rassemblement de Rocles pour la réhabilitation de tous les fusillés pour l’exemple de 1914-1918


 

Chers amis, compagnons, citoyens, camarades,

Voici plusieurs années que dans ce rendez-vous militant pour la réhabilitation de tous les fusillés pour l’exemple de la boucherie impérialiste (appelons les choses par leur nom !) de 1914-1918, nous évoquons ce qu’il est convenu d’appeler la mémoire, mais pas la mémoire officielle, celle, majoritaire, du peuple, des familles, des exploités et des opprimés pour qui la boucherie ne fut pas une victoire, mais bien une boucherie, et dans lequel nous rappelons l’histoire, scientifique et sérieuse, dans laquelle la prétendue victoire portait en elle, comme la nuée l’orage, une autre guerre et la réaction nationaliste, et nazie, et donc la suite du grand déclin et de la grande brutalisation de l’Europe capitaliste.

Voici plusieurs années que nous disons ces vérités, et que dans le monde alentour tantôt il est beaucoup question, tantôt il est fort peu question, de ce moment hélas fondateur de tous nos combats présents.

Cette année, le moins que l’on puisse dire est qu’on en entend parler !

Nul ne peut en effet ignorer que l’industrie commémorative bat son plein en associant dans la plus totale confusion les notions de « victoire » et de « paix », de « mémoire » et d’« histoire ». Dans cette foire mémorielle, le meilleur existe mais le pire ne manque pas.

Demandez mon poilu, mon beau poilu, il est beau, il n’est pas très frais (c’est un poilu), il a écrit des lettres de poilu à sa femme de poilu, demandez mon poilu ! A chaque collectivité son estrade à poilus, c’est la grande foire aux poilus, et dans cette compétition, écoles, collèges et lycées sont invités à ne pas être en reste, puisque, comme l’écrit le ministère dans sa circulaire sur le 11 novembre, « la transmission de la mémoire est l’une des missions de l’Ecole ».

Réfléchissons une seconde à cette affirmation : c’est en instruisant et, en l’occurrence, par l’enseignement de l’Histoire, que, par surcroît et inévitablement, l’école doit contribuer à la construction et à la transmission de la mémoire. Lui confier la mission de cette transmission relève, par contre, de la plus totale confusion et ne peut que conduire à des dérives, consistant à orchestrer une mémoire officielle et à porter atteinte à la liberté de conscience.

Dérives que ces opérations de mobilisation générale à l’échelle d’un collège, où tout le monde doit se mettre en rang devant le drapeau – c’est dans l’Allier -, ou que ces séances de déguisement collectif d’enfants en poilus faisant la guerre, cependant qu’il s’est trouvé un Directeur académique, dans un autre département (l’Indre), pour prétendre interdire la chanson de Craonne dans une commémoration municipale !

Qu’on se comprenne bien, nous ne préconisons en rien un enseignement pacifiste et révolutionnaire de l’Histoire, mais un enseignement laïque qui donne les éléments nécessaires à la formation de l’esprit critique pour que les consciences se forment elles-mêmes.

Et puisque nous parlons de dérives dans l’Éducation nationale, n’oublions pas les dérives cléricales de certaines municipalités allant jusqu’à organiser une messe municipale le 11 novembre, ce qui nous ramène dans l’Allier en l’occurrence à Commentry demain matin…

Tout cela étant dit, rendons à César, si j’ose dire, ce qui revient à César : l’épicentre de toutes ces dérives est au sommet de L’État, à la présidence de la V° République dont le titulaire en pleine « itinérance mémorielle », nous dit-on, vient d’exhiber le summum de la confusion, en célébrant la mémoire d’un « grand soldat » nommé Philippe Pétain, dont les exploits de « grand soldat » n’auraient point, selon lui, été gâchés par quelques funestes initiatives prises par la suite !

Disons clairement que le « grand soldat » a été un boucher, comme ses collègues Foch, Joffres, Galieni, Franchet d’Esperey et autres Nivelles, un organisateur du massacre européen dans les tranchées de Verdun et un fusilleur de résistants à la guerre, comme le politicien Clemenceau. Et qu’à ce titre, il y a continuité politique et continuité humaine, ou, disons, inhumaine, de cette action de « grand soldat » Pétain à la suite de sa carrière au service de l’État impérialiste français, comme massacreur dans le Rif marocain où il utilisa le gaz moutarde de 14-18, comme ambassadeur auprès de Franco, puis comme chef de l’« État français », collaborateur en chef avec Hitler, persécutant les résistants de 1940 comme il avait persécuté les internationalistes de 1914, livrant les Juifs à l’État impérialiste du national-socialisme allemand, laissant dépérir des dizaines de milliers de handicapés mentaux dans les hôpitaux français… Oui il y a continuité, l’histoire de Pétain est un bloc, c’est le bloc de la réaction, de la régression, de la contre-révolution dont 1914 est l’année fondatrice.

Et disons enfin, puisque nous en sommes au centenaire du 11 novembre 1918, que cette date là n’est pas exactement celle de la fin de la première guerre mondiale dont tout le monde savait au moins depuis deux jours qu’elle était terminée, car, le 9 novembre, des centaines de milliers de manifestants allemands, formés en trois colonnes conduites par les social-démocrates révolutionnaires Hoffman, Eichhorn et Liebknecht, avaient pris d’assaut et s’étaient emparés de tous les lieux de pouvoir à Berlin, renversant le second Reich. De plus, les soldats ont dû rester « sous les drapeaux » encore de longs moins au-delà du 11 novembre.

Voilà un fait historique, occulté dans ce qu’il est convenu d’appeler la « mémoire », qu’il est bon de faire connaître à la veille du grand raout organisé par M. Macron au nom de la « paix » et tout en commémorant une prétendue victoire, où sont invités les Trump et les Poutine, les Poutine et les Trump, ces figures de la guerre dont le capitalisme d’aujourd’hui porte visiblement en lui comme la nuée l’orage, comme disait Jaurès.

Et voila pourquoi le combat pour la réhabilitation de tous les fusillés pour l’exemple de 1914-1918 n’est pas terminé, pourquoi il va continuer, et pourquoi, commémoration ou pas commémoration, « devoir de mémoire » ou pas « devoir de mémoire », il va, lui, continuer et s’amplifier, au nom de l’histoire et au nom du combat de tous opprimés pour l’émancipation de l’humanité, pour que nos enfants aient un monde vivable, sans guerre ni exploitation.

 


Annick Coupé, syndicaliste...

"...On ne combattra pas cette défiance, ni l’instrumentalisation par l’extrême droite, ni le risque d’anti fiscalisme, en pratiquant la politique de la chaise vide ou en culpabilisant les manifestants. Il s’agit bien au contraire de se donner les moyens de peser en son sein et de gagner la bataille culturelle et politique à l’intérieur de ce mouvement contre l’extrême droite et les forces patronales qui veulent l’assujettir..."

Les Gilets Jaunes sont aussi le produit d’une succession d’échecs du mouvement social, par Annick Coupé, Patrick Farbiaz, Pierre Khalfa et Aurélie Trouvé

Source : https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/11/20/les-gilets-jaunes-sont-aussi-le-produit-d-une-succession-d-echecs-du-mouvement-social_5386065_3232.html

Mardi 20 Novembre 2018


 

La colère sociale a trouvé avec le mouvement des Gilets Jaunes une expression inédite. Le caractère néo poujadiste et anti fiscaliste qui semblait dominer il y a encore quelques semaines et les tentatives d’instrumentalisation de l’extrême droite et de la droite extrême ont été relativisés par la dynamique propre du mouvement, qui s’est considérablement élargi, et la conscience que les taxes sur l’essence étaient la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Quelques dérapages homophobes ou racistes, certes marginaux mais néanmoins détestables, et des incidents quelquefois graves n’en ternissent pas le sens. Ce mouvement d’auto-organisation populaire fera date et c’est une bonne nouvelle.

Le mouvement des Gilets Jaunes est d’abord le symptôme d’une crise généralisée, celle de la représentation politique et sociale des classes populaires. Le mouvement ouvrier organisé a longtemps été la force qui cristallisait les mécontentements sociaux et leur donnait un sens et un imaginaire d’émancipation. La puissance du néo libéralisme a progressivement affaibli son influence dans la société en ne lui laissant qu’une fonction d’accompagnement des régressions sociales.

Plus récemment, le développement des réseaux sociaux a appuyé cette transformation profonde en permettant une coordination informelle sans passer par les organisations. L’arrogance du gouvernement d'Emmanuel Macron a fait le reste avec le cynisme des dominants qui n’en finit pas de valoriser les premiers de cordée, contre ceux qui fument des clopes et qui roulent au diesel.

Les Gilets Jaunes sont aussi le produit d’une succession d’échecs du mouvement social. Ces échecs se sont accentués depuis la bataille de 2010 pour les retraites jusqu’à celles de la loi travail et de la Société Nationale des Chemins de Fer (SNCF) et ils ont des raisons stratégiques toutes liées à l’incapacité de se refonder sur le plan politique, organisationnel et idéologique, après la guerre froide, la mondialisation financière et le refus de tout compromis social par les classes dirigeantes. Nous sommes tous comptables, militants et responsables de la gauche politique, syndicale et associative, de ces échecs.

Dans cette situation mouvante, la réponse de la gauche d’émancipation doit être la politisation populaire. C’est sur ce terreau qu’il nous faut travailler à la refondation d’une force ancrée sur des valeurs qui continuent à être les nôtres, égalité, justice fiscale, sociale et environnementale, libertés démocratiques et lutte contre les discriminations. Le mouvement des Gilets Jaunes se caractérise par une défiance généralisée vis-à-vis du système politique, en particulier vis-à-vis des partis et des syndicats.

On ne combattra pas cette défiance, ni l’instrumentalisation par l’extrême droite, ni le risque d’anti fiscalisme, en pratiquant la politique de la chaise vide ou en culpabilisant les manifestants. Il s’agit bien au contraire de se donner les moyens de peser en son sein et de gagner la bataille culturelle et politique à l’intérieur de ce mouvement contre l’extrême droite et les forces patronales qui veulent l’assujettir.

Deux questions sont posées par ce mouvement, celui de la misère sociale grandissante, notamment dans les quartiers populaires des métropoles et les déserts ruraux ou ultra périphériques, et celui de la montée d’une crise écologique et climatique qui menace les conditions d’existence même d’une grande partie de l’humanité et en premier lieu des plus pauvres.

Il faut répondre à ces deux questions par la conjonction entre un projet, des pratiques sociales et une perspective politique liant indissolublement la question sociale et la question écologique, la redistribution des richesses et la lutte contre le réchauffement climatique. L’ancrage d’une gauche émancipatrice dans les classes populaires est la condition première pour favoriser une coalition majoritaire pour la justice sociale et environnementale.

 


 

Christian Eyschen, responsable national de la Libre pensée... au secours de Mélenchon!

Quand le « frère » Eyschen défend le grand « frère » Mélenchon, par Robert Duguet

(ex-président de la fédération de l’Essonne de la Libre Pensée de 1981 à 1991)



François Koch, journaliste de l’express spécialisé sur ses enquêtes sur la franc-maçonnerie, lève un voile intéressant sur un chevalier blanc nommé Christian Eyschen, se portant au secours de Jean Luc Mélenchon. Ce dernier a fait l’objet d’une saisine de la justice maçonnique en « raison de sa violence physique ou verbale à l’égard de magistrats, de policiers et de journalistes. » Précisons pour nos lecteurs que la justice maçonnique est une institution interne à l’obédience du GODF, ayant pouvoir de juger si un « frère » a commis une faute grave contre les valeurs humanistes qui fondent son engagement et son serment. Cela n’a aucune conséquence naturellement sur la justice officielle : c’est un peu comparable à la commission des conflits dans un parti politique.

Ce qui m’intéresse dans cette affaire, et ce qu’elle révèle, c’est que François Koch écrit cet article, après l’affaire Pavageau, au moment où se déroule une crise majeure dans la Confédération Force Ouvrière.

Christian Eyschen est effectivement un militant issu de l’ex-OCI, permanent de FO à la CPAM des Hauts de Seine depuis les années 1980. Son itinéraire c’est surtout au départ le combat laïque : l’élection de François Mitterand à la présidence de la république en 1981, sera suivie dès 1982 par de violentes attaques des courants issus du christianisme social, qui colonisent le nouveau parti socialiste, contre la laïcité. Avec un cortège de plan de restructuration du collège et du lycée, les rapports Legrand et Prost, mettent en cause les fondements de l’école républicaine. Cette politique choque alors fortement la conscience de nos concitoyens, des livres s’écrivent, des manifestations se développent dans le pays, les comités d’action laïque agissent : beaucoup de militants ou d’électeurs socialistes n’acceptent pas la ligne que soutient leur parti : André Laigniel, député d’un département très laïque, mène la bronca dans le PS.

Christian Eyschen prend des responsabilités dans la Libre Pensée et devient président de la fédération des Hauts de Seine en 1981. Là je dirais que c’est l’aspect logique d’un engagement : c’est l’honneur du trotskysme d’avoir résisté sur la question laïque dans les années 1968-1981, notamment vis-à-vis des courants gauchistes. De même au moment du débat sur la loi Savary de 1982-1983 qui préconisait de faire éclater le service public en intégrant l’école confessionnelle, il y a eu de fortes mobilisations dans le pays. Cette bataille de la laïcité qui était fondée sur le serment de Vincennes de 1960 contre la loi Debré d’aide à l’enseignement confessionnel, nous l’avons perdue : le puissant mouvement laïc de notre pays organisé dans le CNAL (Comité National d’ Action Laïque), y a laissé sa peau. C’est sous un gouvernement « socialiste », intégrant les dérives de la FEN (Fédération de l’Education Nationale), que ce Waterloo contre la laïcité a pu avoir lieu. Les majorités de droite n’y étaient pas arrivé. Mitterand y est parvenu. Chacun peut constater aujourd’hui les dégâts occasionnés…

Après 1983 s’ouvre une autre période : toutes les organisations laïques, dans le sillage du syndicalisme enseignant et la FEN, vont être frappées. A l’époque la direction de l’OCI, Pierre Lambert et Alexandre Hébert, chefs historiques du courant lambertiste, n’avaient pas de critiques assez dure contre le courant de Jean Luc Mélenchon, qui s’organisait sur la gauche du PS et dont les cadres ont à l’époque mené la bataille laïque contre la loi Savary.  Par contre silence religieux sur le rôle joué par Lionel Jospin qui entérine alors le tournant de 1983 : or on sait aujourd’hui que jusqu’en 1986 ce dernier sera un homme de Lambert au sein du PS… L’OCI de l’époque, devenue PCI se dispose sur le combat laïque et engage des forces militantes importantes, notamment ses enseignants, dans une série d’associations du tissu laïque que structure le CNAL sur la revendication des « fonds publics à l’école publique, fonds privés à l’école privée », revendication qui était le cœur du serment de Vincennes : les syndicats enseignants, la fédération Cornec de l’époque aujourd’hui FCPE, la Libre Pensée, la Ligue des Droits de l’Homme, les DDEN (Délégués Départementaux de l’Education Nationale)… sont concernés.

Mais 1983, c’est aussi un tournant historique dans l’histoire du courant lambertiste : d’une stratégie de Front Unique Ouvrier au sein d’une structure syndicale unitaire, la FEN, constituée en 1947 sur la base du refus de l’éclatement du syndicalisme confédéré, la direction de l’OCI engage ses militants dans une scission au profit des syndicats enseignants de  Force Ouvrière.

Un tournant ? non ! Une trahison oui !

Le reste suit : outre l’abandon du combat syndical dans la FEN, laissant celle-ci à son adaptation au mitterandisme, les trotskystes du PCI quittent le combat dans les organisations constitutives du CNAL, sauf sans la Libre Pensée où ils sont en position d’en prendre la direction. Mais pour défendre quoi ? L’œuvre de Christian Eyschen et du groupe nantais consistera à faire passer dans la fédération nationale des libres penseurs un rouleau compresseur écrasant les oppositions : un dénommé Gérard Plantiveau, affidé d’Alexandre Hébert, expliquait à l’époque que le SNI, l’ex-syndicat des instituteurs, avait le projet de construire un parti fasciste dans le pays… Passons sur la perspicacité de l’intéressé! Une des premières conséquences de cette politique sera l’éclatement de la Fédération Nationale de la Libre Pensée, qui jusqu’alors rassemblait plusieurs courants du mouvement ouvrier sur les questions de défense de la laïcité. Donc effondrement des effectifs…

Avec le recul du temps, il apparait que toute cette opération, qui ne visait ni le renforcement de la Libre Pensée, ni celui des organisations laïques dans la périphérie du CNAL, n’a abouti qu’à un repli sur la confédération Force Ouvrière et à l’abandon du combat pour défendre le syndicalisme unitaire. Cela, c’est le premier étage de la fusée. La défense de Jean Luc Mélenchon de la part du « frère » Eyschen, intervient aujourd’hui sur un positionnement très contestable du chef de la France Insoumise. Pour Eyschen et ses affidés du POI, Mélenchon était un « traitre » quand il construisait une aile gauche dans le PS. Après la rupture avec le Front de Gauche en 2014, Mélenchon s’inscrit dans une dérive populiste, une rupture avec ce qu’il a défendu de 1976 à 2014, comme socialiste de gauche. Les nouveaux marqueurs idéologiques de Mélenchon ne s’appellent plus Jean Jaurès mais Chantal Mouffe, disciple catholique sociale de Carl Schmidt, constitutionnaliste allemand de l’Etat national-socialiste. C’est une rupture avec le mouvement ouvrier.

C’est à ce moment-là, que le POI lambertiste, entre dans l’organisation de Mélenchon la France Insoumise…

C’est à ce moment-là, que le POI monte une opération dans l’appareil de la Confédération Force Ouvrière, pour provoquer la démission de Pascal Pavageau : Marx Hébert, anarcho-syndicaliste et secrétaire de l’UD-FO du Finistère, nous livre tous les éléments de cette opération bureaucratique dans l’article que nous publions. C’est au moment où, les militants de FO désavouent la politique de Mailly et le mettent en minorité en avril 2018 au congrès confédéral, encouragent l’unité d’action avec la CGT contre la politique de Macron que le POI se fait l’instrument de ce coup de pied de l’âne, et ce quelques semaines avant les élections professionnelles. On sait l’impatience de l’exécutif de voir enfin la CFDT parader en première position de la représentativité syndicale.

Oui Marc Hébert a raison de dire que Mélenchon « demande aux syndicats de renoncer à la charte d’Amiens ». Le guide suprême de la France Insoumise « demande aux syndicats de renoncer à la charte d’Amiens », parce que rien ne doit s’opposer à l’intérêt général. La défense de l’intérêt général, c’est la défense de l’intérêt du capital contre nos conquêtes de civilisation.

Le POI part dans cette galère…

 


 

Marc Hébert, militant anarcho-syndicaliste, secrétaire de l'UD-Force Ouvrière du Finistère...

Coup de force á Force Ouvrière, par Marc Hébert (UD-FO du Finistère)

Source : http://www.uas-pelloutier.fr/


La Confédération est secouée par un séisme sans précédent: le Secrétaire Général victime d’un «complot» (utilisons le mot sans complexe) est acculé à la démission!

Pascal Pavageau a été élu Secrétaire Général de la Confédération en avril 2018 après que son prédécesseur, Jean-Claude Mailly n’ait obtenu que 44% de suffrages favorables sur son rapport d’activité (c’est-à-dire un désaveu total). Jean-Claude Mailly n’a jamais soutenu la candidature de Pascal Pavageau; bien au contraire: il lui a miné le terrain !

Avant même la clôture du Congrès, à laquelle Jean-Claude Mailly a refusé d’assister, ce dernier s’est répandu dans les médias en phrases assassines contre son successeur. Il a totalement vidé son bureau des dossiers en cours, laissant à son successeur un bureau vide.

De plus, une fronde a été organisée par ses soutiens toujours en place qui bénéficiaient de situations avantageuses et avaient activement fait campagne contre Pascal Pavageau.

La prise du mandat a donc été difficile, d’autant que des permanents mis à disposition par des Fédérations, ouvertement hostiles au nouveau Secrétaire Général et à son équipe, ont été remerciés par lui.

Le climat était donc très tendu au sein de la Confédération!

Au dernier congrès, la résolution générale a été adoptée à la quasi-unanimité et le CCN a élu Pascal Pavageau  à 96% des voix, provoquant la joie et la fierté des militants FO. Ceux-ci se sont sentis confortés et ragaillardis pour aller combattre les mesures de régressions sociales du gouvernement Macron-Philippe.

Mais, pour comprendre ce qui vient de se passer, il faut revenir sur le mode de vote au CCN pour désigner les membres de la C.E. confédérale: sont électeurs pour ce scrutin, les secrétaires d’UD et les secrétaires de Fédérations; le vote est un vote sur mandat, donc les secrétaires doivent voter selon le mandat de leur propre Commission exécutive ou administrative d’U.D. ou Fédé.

Étant un vote sur mandat, ce vote devrait être publié afin que les C.E. ou C.A. respectives puissent contrôler le respect du mandat.

Contrairement aux règles démocratiques, ce vote n’est jamais publié. Seuls les membres de la commission de dépouillement et assesseurs le connaissent.

Ainsi, pendant que les participants au Congrès se réjouissaient de la nouvelle orientation, les membres du CCN se réunissaient pour élire le Bureau confédéral et la Commission exécutive.

Or, comme nous l’avons constaté pendant le congrès, au cours de différentes interventions (notamment celles de P. Hébert, H. Raguin, F. Homez…) une alliance s’est formée entre métaux et POI: le mariage de la carpe et du lapin  au motif d’éviter la scission de l’organisation.

Nous avons vite compris que l’objectif était de faire cause commune pour l’élection de la C.E.

Comment cela est-il possible  demanderont certains camarades?

C’est très simple: comme le vote n’est pas publié, chaque secrétaire d’UD ou de Fédé peut voter comme il veut en fonction de son mandat ou, s’il est proche d’un courant, comme le «chef de courant»  (P. Hébert – F. Homez)  le demande. Ces derniers ne font pas voter pour une liste complète: sur 35 postes à pourvoir, les secrétaires proches de ces 2 courants votent alors pour une liste réduite aux noms des candidats «métallos» et «POI». En conséquence, ces candidats creusent l’écart avec les autres candidats qui reçoivent des votes dispersés. C’est ainsi que la C.E. confédérale est quasi-majoritairement tenue par ces 2 courants.

Cette situation est connue de tous et les «vierges effarouchées» qui stigmatisent Pascal Pavageau sur «son» prétendu fichage politique ne se trompent pas et tiennent leurs fiches à jour!

Elle plaçait Pascal Pavageau dans un étau: la C.E. confédérale majoritairement contre lui, une partie du Bureau confédéral en opposition ouverte contestant auprès des membres de la C.E. confédérale la répartition des responsabilités au sein du Bureau confédéral et des opposants salariés au sein de la Confédération.

D’autant que, dans ce contexte, il convient d’avoir en tête que le Secrétaire Général, P. Pavageau, s’est engagé au CCN de septembre 2018 à effectuer une expertise financière de la confédération. Ce qui, en clair, signifie que de graves «anomalies» financières ont été détectées et que si cela se confirme, elles pourraient entrainer la mise en cause des anciens responsables.

Et l’on ne peut s’empêcher de penser que les bénéficiaires éventuels de ces «anomalies» préfèrent très certainement éteindre toute expertise et éviter toute procédure en échange de la tête de Pascal Pavageau.

De plus, Pascal Pavageau souhaitait mettre à plat les comptes et régulariser les retards de cotisations de certaines Fédérations et U.D. qui n’hésitent pourtant pas à prendre la parole avec fermeté à la tribune des CCN et Congrès et à se faire élire à la C.E. confédérale.

Au vu de tous ces éléments, la cabale contre Pascal Pavageau prend un tout autre sens.

Le fameux fichier n’est qu’un prétexte, un coup médiatique (orchestré avec le gouvernement?) pour éliminer le nouveau Secrétaire Général de F.O., seul véritable opposant sur le plan syndical à la politique gouvernementale.

La révélation par le Canard enchaîné d’un document portant sur 126 responsables, secrétaires de Fédérations et Unions départementales, datant semble-t-il de 2016, n’a pas été effectuée sans arrière-pensée mais bien avec l’intention de dégager Pascal Pavageau.

Il s’agit d’un document privé, reprenant certes des informations personnelles, mais n’engageant que leur auteur et n’ayant pris de caractère public que suite à une effraction.

Pascal Pavageau a immédiatement rappelé qu’il n’avait pas avalisé un tel document ni naturellement ne l’avait commandité mais la meute de ses opposants s’étant fixé l’objectif de le faire sauter, a alimenté la polémique sur ce mémo obsolète datant de 2016.

Devant un tel acharnement, la demande de report de la tenue du Bureau confédéral et de la C.E. du 17 octobre faite par Pascal Pavageau était légitime pour lui permettre de rétablir les faits et de ramener à la sagesse, dans l’intérêt de l’organisation.

Au lieu de cela, par une déclaration commune, H. Raguin, Secrétaire Général FNEC- FP- FO – et F. Homez, Secrétaire Général FO Métaux, ont imposé le maintien des réunions du Bureau et de la CE: «nous demandons son maintien et quoi qu’il en soit, nous y serons le 17» et acculé Pascal Pavageau à la démission.

Cette réunion de la C.E. du 17 octobre a abouti à la mise en place d’une commission qui a pris les commandes de la Confédération  et mis le bureau sous tutelle.

«La C.E. désigne une commission chargée d’aider et d’assister le Bureau confédéral pour éradiquer ces méthodes et prendre toutes décisions utiles à cet objectif. Cette commission est composée de Franck Bergamini, Gabriel Gaudy, Frédéric Homez, Yves Kottelat, Michel Le Roc’h, Hubert Raguin et Jacques Techer. Elle siègera avec le Bureau confédéral jusqu’au prochain CCN. La C.E. décide la convocation d’un CCN extraordinaire les 21 et 22 novembre 2018 prenant acte de la démission du Secrétaire Général qui permettra à la représentation de toute l’organisation de juger, d’apprécier la mise en œuvre de ces mesures et de décider de la suite».

C’est un coup de force!

La création d’une telle commission n’est pas statutaire; elle n’est pas légitime!

Pourtant celle-ci n’hésite pas à prendre des «dispositions» qui sont bien loin de ramener la sérénité dans l’organisation. La circulaire du 30 octobre annonçant les «Décisions du Bureau confédéral élargi à la Commission de la C.E.» démobilise, décourage encore plus les militants.

L’annonce de la plainte «au nom de la Confédération pour constitution de fichiers et parallèlement de porter la Confédération partie civile», outre qu’elle est illégale et irrecevable, envenime la situation.

Enfin, cette circulaire confirme la réelle motivation de cette cabale: «la décision, de réaliser un état financier de la confédération. Le Bureau a décidé de saisir la Commission de contrôle à cette fin, conformément aux statuts, ainsi que de se faire appuyer par les experts comptables».

Exit l’audit financier par un cabinet indépendant de tous les comptes de la Confédération, y compris le secteur formation.

Tous, la main sur le cœur, déclarent qu’il n’y aura aucun changement de ligne, que les résolutions du Congrès seront défendues et qu’il n’y aura pas de changement d’orientation alors que, d’une part F. Homez s’est affiché en opposition avec ces résolutions et que d’autre part, les trotskistes, tendance POI, apportent leur soutien inconditionnel à J.L. Mélenchon (Informations Ouvrières n°526 du 24 octobre).

Rappelons que J.L. Mélenchon demande aux syndicats de renoncer à la Charte d’Amiens!

Il est essentiel de sauver le syndicalisme libre et indépendant qu’incarne la CGT-FO.

Il est essentiel que les résolutions du congrès d’avril 2018 soient respectées.

Il est essentiel que la direction de la confédération retrouve son indépendance par rapport aux courants qui la mettent sous tutelle.

L’expertise financière proposée par Pascal PAVAGEAU doit être effectuée par un cabinet indépendant.

Chaque membre des C.E., des C.A. des Fédérations et des UD devra veiller à ce que leur représentant au CCN soit mandaté suite à la réunion de leurs instances.

Les votes des membres du CCN pour l’élection de la C.E. à l’issue du congrès d’avril 2018 et du prochain CCN doivent être publiés.

 

Après-propos:

A l’heure où nous terminons cette édition, le Canard enchainé  du 7/11 sort un nouvel article sur FO: «Opération Kärcher à FO». Édifiant !!!

Tout comme l'article du Monde du 27/10. Ainsi que les lettres de Veyrier: sa lettre à Pavageau du 12/10, sa lettre de candidature du 6 /11. Pitoyable!

 


François Koch, journaliste à l'express et spécialiste sur les questions de Franc-Maçonnerie...

Mélenchon: une pétition de soutien, par François Koch

Christian Eyschen, auteur d'une pétition pro-Mélenchon

Le 31/10/2018

Source : http://blogs.lexpress.fr/lumiere-franc-macon/2018/10/31/melenchon-une-petition-de-soutien/?fbclid=IwAR3TSuHWFDd0UmV4UOv8-a3Gb_487irDsNJZ9tuqUUxZDLyHixNRIjsPpcs


 

Une virulente pétition de soutien à Jean-Luc Mélenchon circule au sein du GODF après la décision du Conseil de l’Ordre, prise le 26 octobre, de demander à la Chambre Suprême de Justice Maçonnique (CSJM) sa suspension temporaire, ce que j’ai révélé ici dès le 29 octobre. La majorité des conseillers de l’Ordre présents, 30 sur 33, reproche au leader de la France insoumise de ternir l’image de l’obédience en raison de sa violence physique ou verbale à l’égard de magistrats, de policiers et de journalistes.

Intitulée « Non à l’Inquisition en Franc-Maçonnerie ! », la pétition de soutien à Mélenchon est lancée par Christian Eyschen, 65 ans, permanent syndical FO à la CPAM des Hauts-de-Seine et vice-président de la Fédération Nationale de la Libre Pensée. C’est un militant lambertiste, aujourd’hui POI, courant trotskiste auquel appartenait le patron de La France Insoumise (LFI) de 1968 à 1976, avant de rejoindre le PS. Le POI a appelé à voter Mélenchon à la dernière présidentielle de 2017 et a apprécié que le candidat n’ait pas soutenu Macron contre Le Pen au second tour. Eyschen a rejoint le GODF en 1991, six ans après Mélenchon.

« Lancée dès le 29 octobre au soir, notre pétition a déjà recueilli 300 signatures dans 81 loges, affirme Christian Eyschen. J’ai informé notre frère Jean-Luc de cette initiative: il ne s’y oppose pas, bien au contraire. » Bien que l’exécutif du GODF demande la « suspension temporaire » de Mélenchon, la pétition traduit par « exclusion »… Eyschen considérant que c’est ce que souhaitent en réalité les conseillers de l’Ordre. Il y a probablement de sa part surtout une volonté de dramatisation. De sa part et peut-être aussi chez le principal intéressé qui prend très mal la décision qui le vise.

300 signatures en moins de 48 heures, c’est la preuve de l’existence d’un réseau pro-Mélenchon au sein du GODF, composé en petite partie de lambertistes. Mais 300 signataires sur 53.000 membres, ce n’est pas excessif. A part Christian Eyschen, aucun frère n’a pour l’instant accepté d’apporter son soutien à visage découvert.

Les 30 conseillers de l’ordre qui ont pris cette décision à l’encontre de Mélenchon savaient qu’elle ne ferait pas l’unanimité dans l’obédience. En assurant la discrétion sur leur projet de délibération, ils ont voulu évité de subir des pressions avant leur vote, des pétitions par exemple. On saura assez vite si la CSJM décide de suivre la demande de suspension temporaire de l’exécutif. Et qu’est-ce que cela change pour la vie interne à l’obédience. Voici le texte que m’a transmis Christian Eyshen.

« Non à l’Inquisition en Franc-Maçonnerie !

Les Sœurs et les Frères soussignés du Grand Orient de France, informés de la décision du Conseil de l’Ordre du GODF, de saisir  la Chambre Suprême de Justice Maçonnique pour traduire le Frère Jean-Luc Mélenchon afin de l’exclure de l’Obédience pour des questions totalement profanes qui n’ont rien à voir avec son appartenance maçonnique, sont profondément révoltés et indignés.

La Franc-Maçonnerie n’a rien à faire dans ce problème. Il s’agit de l’attitude d’un Élu de la République qui estime que son droit de citoyen est bafoué par une justice à deux vitesses. «Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir» disait déjà en son temps Jean de la Fontaine. Un Enfant de la Veuve peut ne pas partager le point de vue du Frère Jean-Luc Mélenchon en la matière, mais il est une autre chose que le Conseil de l’Ordre veuille l’exclure pour des raisons profanes.

Serions-nous revenus au temps de la Maçonnerie impériale, de la Maçonnerie d’Etat, où il ne fallait pas déplaire aux puissants, incarnés par le bras séculier du Pouvoir, de la Justice et de la Police ?

Pour les 4 Sergents de la Rochelle, et les Frères Joseph Proudhon, Michel Bakounine, Jules Vallès, Auguste Blanqui, Guiseppe Garibaldi, Paul Lafargue, Charles Longuet, Pierre Leroux,  Elie et Elisée Reclus, Fréderic  Desmons, Jean Zay, Pierre Brossolette, le colonel Eychenne fondateur de Patriam recuperare;

 Nous disons Non ! Honte au Conseil de l’Ordre !

 Nous appelons les Sœurs et les Frères du Grand Orient de France à manifester leur opposition à une telle mesure d’intolérance antimaçonnique. La Franc-Maçonnerie doit rester le Centre de l’Union et rassembler ce qui est épars. Toute affirmation dogmatique d’intolérance et de  pensée unique doit être bannie à jamais du Grand Orient de France.

Eyschen Christian, Vénérable Maître d‘Honneur de la Respectable Loge L’Homme libre – 32e REAA»

 


"Maréchal, nous voilà!"

HONTE!

Ca suffit, il faut qu'il parte maintenant! par Robert Duguet

Animateur de ce blog et fils de déporté résistant

 


Sans doute Macron vient une nouvelle fois de se tirer une balle dans le pied : il est effectivement coutumier du fait depuis que son régime est de plus en plus haï par nos concitoyens. Sa position sur l’hommage à rendre aux maréchaux de la grande guerre, incluant donc celui à Pétain, n’est pas le produit d’une démarche hasardeuse, une regrettable erreur de parcours : elle est le produit de toute une politique, où ce régime aux ordres du MEDEF et de l’Union Européenne, met en pièce le pacte social construit à la Libération et qui était contenu dans le programme du CNR (Conseil National de la Résistance). C’est par le sang et les larmes que nos aînés ont conquis les droits et libertés dont nous bénéficions encore un peu aujourd’hui.

Macron c’est quoi ?

J’en passe et des meilleures… tout cela est parfaitement compatible avec Pétain : Macron c’est la marionnette d’une bourgeoisie française qui a toujours préféré Hitler au Front Populaire ! Et qui n’a pas renoncé à sa volonté acharnée de reprendre ce qu’elle avait concédée après ses compromissions avec le fascisme.

Pétain, c’est quoi ?

Je suis originaire d’une région, Besançon, Montbéliard, Belfort, la Franche Comté : mon père a été un résistant de la première heure, à ce titre il a connu les risques de la clandestinité puis le dernier cercle des enfers, celui de la déportation : cela s’appelle Le Strudhof, Dachau, Allach, Ebensee, Mathausen… A Besançon, les nazis fusillaient les résistants dans l’enceinte de la Citadelle de Vauban : encadrés par la Wehrmacht, les condamnés défilaient dans la rue principale de la ville, assis sur leurs cercueils, pour l’exemple. On fusilla même un gamin de 16 ans, le petit Fertet, élève de terminale et membre d’un des premiers groupes de résistants.

Je n’ai jamais oublié dans ma vie de militant cette histoire.

Il y a des périodes de l’histoire où le mouvement ouvrier est à l’offensive et où il apparait comme la seule force en capacité de changer durablement les règles de vie dans une société libre et émancipée de l’exploitation capitaliste. La période qui suivit la seconde guerre mondiale était celle-là. Je n’entre pas ici dans la discussion de savoir si le socialisme pouvait être construit à l’issue de cette seconde barbarie. Aujourd’hui le mouvement ouvrier est considérablement affaibli, ce qui explique l’existence pitoyable d’un Macron.

Dans d’autres circonstances historiques, il y a belle lurette, que cet individu serait devant un tribunal d’exception !

Macron doit partir maintenant ! Ça suffit !


 


A vos agendas: L'Espace Citoyen du Val d'Yerres organise un débat public au cinéma le Buxy à Boussy Saint Antoine, le vendredi 7 décembre autour du film "Un peuple et son Roi" de Pierre Schoeller.


 

 


 

« …Contrairement à ce que raconte un Kuzmanovic, ce n'est pas la République française, mais c'est le prolétariat allemand qui a vaincu le second Reich ! »

11 novembre : lutte pour la vérité historique et pour renouer avec l'internationalisme prolétarien vont de pair ! par APLUTSOC



 

Dimanche prochain 11 novembre, Macron commémore l'armistice mettant fin aux combats de la première guerre impérialiste mondiale en invitant à Paris un grand nombre de chefs d'Etat  - les représentants d'une soixantaine de pays en tout-, à commencer par Trump et Poutine.

Officiellement l'accent serait plus mis sur la dimension de la "paix" que sur celle de la "victoire" dans la façon dont est organisée cette commémoration, ce que manifesterait l'absence de défilé militaire officiel. Ceci a notoirement contrarié les généraux, dont G. Kuzmanovic, récemment encore porte-parole de J.L. Mélenchon, s'est fait le porte-voix dans une tribune estimant que c'est, en somme, à nouveau capituler devant l'Allemagne que de ne pas faire défiler les tanks et les avions devant Macron, Trump et Poutine.

En réalité le simple fait que ce soit en France que tous les chefs d'Etats des pays qui furent belligérants en 1914-1918 soient conviés pour ce centenaire, suffit à signifier qu'il s'agit bien d'une apologie de l'impérialisme français, prétendument "victorieux" en 1918.

Ce mercredi 7 novembre le président Macron en "itinérance mémorielle"(sic !) a levé tout doute s'il y en avait : il est légitime de rendre hommage à tous les "maréchaux", dont Pétain, a-t-il déclaré, car il fut "un grand soldat qui nous a mené à la victoire". Dans la mémoire du combat des exploités, le Pétain de 1917 et le Pétain de 1940 sont un seul et même Pétain et comme lui tous les "maréchaux" de 14-18 sont des bouchers.

Les discours et éléments de langage officiels, abondamment diffusés dans beaucoup d'établissements scolaires au mépris de la liberté de consciene des élèves et des personnels, mèlent hypocritement l'apologie des "combattants de 14-18" qui auraient volontairement "accepté" leurs souffrances, à l'apologie de l'ordre diplomatique mondial contemporain tel que l'organisent l'Union Européenne, l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord et l'Organisation des Nations Unies, ordre appelé par antiphrase "la paix".

La bataille pour la vérité historique et le combat révolutionnaire pour la survie de l'humanité contre l'accumulation du capital sont liées : non, la première guerre mondiale n'a pas pris fin le 11 novembre 1918 sur le constat d'une supériorité militaire des "alliés" dont le plus gros contingent de chair à canon avait été fourni par l'impérialisme français !

La première guerre mondiale a pris réellement fin deux jours avant, lorsque, reprenant les aspirations de la révolution russe des ouvriers, des paysans et des nationalités opprimées, et des soldats, ouvriers et paysans de toute l'Europe, d'Amérique et des colonies, des centaines de milliers de manifestants à Berlin, formés en trois colonnes, ont pris d'assaut et se sont emparés des centres du pouvoir : la colonne conduite par le social-démocrate révolutionnaire Adolf Hoffman, député zimmerwaldien, a pris l'Hôtel de Ville, la colonne conduit par le social-démocrate révolutionnaire Emil Eichhorn a ouvert les prisons et pris la préfecture, et la colonne conduite par le social-démocrate révolutionnaire Karl Liebknecht, le drapeau viant de la révolution contre la guerre depuis son vote, seul, de rejet des crédits militaires au Reichstag en décembre 1914, a pris le palais impérial et le parlement.

Contrairement à ce que raconte un Kuzmanovic, ce n'est pas la République française, mais c'est le prolétariat allemand qui a vaincu le second Reich !

Les généraux de celui-ci, dont le futur parrain politique d'Adolf Hitler, Luddendorf, sont pour cette raison allés signer la fin des combats avec les généraux français et "alliés" afin de pouvoir préserver une force armée appelée à réprimer la révolution.

D'où le 11 novembre, qui n'a mis fin ni à la mobilisation - les soldats sont restés mobilisés jusqu'en juillet 1919 - ni aux combats dans les Balkans, et à l'envoi de corps expéditionnaire par l'infâme Clemenceau pour saigner les révolutions hongroise, russe et ukrainienne, contre qui se lévera la mutinerie des marins de la mer Noire !

Mener cette bataille, notamment à travers les actions engagées par les associations d'anciens combattants non bellicistes, pacifistes et libre-penseuses, pour la mémoire des centaines et des centaines de "fusillés pour l'exemple", exige la clarté dans les combats présents.

C'est pourquoi il est regrettable que les principaux appels à une manifestation dimanche 11 novembre à 14h Place de la République à Paris, ne parlent que de "Trump la guerre", alors que son ami et mentor Vladimir Poutine sera l'autre grand invité de M. Macron.

En 14-18 le combat contre la guerre impérialiste passait par l'action commune de la révolution russe, de la révolution allemande ou de l'insurrection irlandaise. Aujourd'hui le combat contre la guerre impérialiste passe par la lutte pour renouer le lien internationaliste de l'action commune des yéménites qui résistent aux bombardements saoudiens comme à l'obscurantisme d'al-qaida aussi bien que des "Houthis", et des syriens et kurdes contre Bachar el Assad et Erdogan.

Il ne saurait y avoir de combat anti-impérialiste qui s'en tienne à un seul impérialisme, fut-il dominant (d'autant plus que l'impérialisme des Etats-Unis est dans une crise grave). Le "campisme" conduit à choisir un camp impérialiste.

Nos ennemis de classe eux savent à quoi s'en tenir : Daniel Ortega, dictateur "de gauche" du Nicaragua, vient de féliciter le fasciste Jair Bolsonaro pour son élection soi-disant "démocratique" au Brésil !

 

Le collectif APLS appelle :

- à participer à la manifestation dimanche 11 place de la république à 14h indépendamment de ses initiateurs, en dénonçant Macron, Trump et Poutine,

- à participer la veille au même endroit à 18h 30 à la manifestation pour la libération de Oleg Sentsov et de tous les prisonniers politiques ukrainiens en Russie,

- à participer aux rassemblements organisés dans de nombreux départements, notamment à l'initiative de la Libre pensée, pour la "réhabilitation collective des fusillés pour l'exemple" de 1914-1918,

- à expliquer, expliquer et encore expliquer, dans toutes ces initiatives, la nécessité pressante de reconstituer l'internationalisme  prolétarien véritable, qui affronte tous les Etats et tous les gouvernements.

 


Local de FI avec Pompart et Corbières

Des Insoumis déçus appellent à « préserver » le programme de Mélenchon


 

Commentaire (RD): La crise de France Insoumise s’approfondit : sans nous situer dans le cadre du programme de FI, que les signataires de l’appel, continuent de défendre, ce texte prend ses distance avec une démarche de Mélenchon qui aujourd’hui se radicalise sur des positions populistes. La fermeture de « l’espace politique », qui offrait un cadre d’expression aux partis, mouvements ou réseaux dans la France Insoumise, le chef suprême vient de poser les scellés sur la porte. C’était une instance tout au plus consultative, ainsi que « le Roi en ses Conseils », pour reprendre une formulation d’ancien régime… Si Mélenchon ne reconnait plus la dialectique, du moins celle-ci va exercer son influence jusqu’à lui.

Les initiateurs de l’appel écrivent :
 
« La possibilité d'une alternative populiste, reposant sur la coagulation, entre autres, des luttes environnementales, sociales et sociétales a été théorisée par Chantal Mouffe. Nous ne partageons cependant pas toutes les prémisses de cette analyse. En effet, le peuple en soi n'est pas une multitude désincarnée. Bien qu'éclaté dans une économie segmentée et tertiarisée, le peuple au 21è siècle est formé à 90% par le salariat… »

Eh oui! la classe ouvrière existe et avec elle les "corps intermédiaires" que les populistes veulent écarter ou détruire (Brésil)

 


 

Tribune : Dans le JDD, des (ex)-militants et cadres de La France insoumise s'alarment de l'attitude de la direction du mouvement qui, à leur yeux, a été happée par la politique institutionnelle et le jeu médiatique. Pour réfléchir à la suite, ils vont lancer un site internet et organiser des conférences thématiques.

La tribune de ces (ex)-militants et cadres de La France insoumise :

 

Lors de l'élection présidentielle FI avait bâti son succès populaire et électoral en mettant sur pied un véritable mouvement d'éducation populaire. L'élaboration d'un programme écosocialiste et républicain cohérent, 1'Avenir en commun et, dans son sillage, la rédaction des livrets thématiques, avaient permis au candidat Jean-Luc Mélenchon et aux orateurs nationaux de LFI de ramener vers la politique des catégories d'électeurs qui avaient déserté la vie démocratique, monopolisée par des appareils partisans devenus de simples agences de placement de professionnels de la politique et d'aspirants au métier politique. De fait, l'électorat de Mélenchon a été le plus transclasse et le plus jeune, alors que celui de Macron était dominé par les CSP supérieures et les personnes âgées et que celui du FN fut le symétrique populaire de ce dernier. LFI avait su mobiliser par et pour les idées dans toutes les franges de la population. Hélas, une fois les élections de 2017 passées, ses porte-paroles et élus ont été happés par la politique institutionnelle et le jeu médiatique, délaissant ce qui a fait son succès : l'action programmatique.

Nous observons avec regret que le travail de fond est délaissé au profit d'opérations de communication, parfois dévastatrices.

Nous, orateurs nationaux, responsables de volets thématiques du programme, anciens candidats aux élections législatives, candidats démissionnaires de la liste européenne, membres de l'espace politique ou du comité électoral, militants féministes, syndicaux et associatifs, citoyens, observons avec regret que le travail de fond est délaissé au profit d'opérations de communication, parfois dévastatrices. Les groupes d'action constatent que le pouvoir, au sein du mouvement, est confisqué par une équipe d'animation et un comité électoral constitués sans transparence. Les militants découvrent que des accords électoraux sont conclus sans débat, ni mandat préalables. Les organisations parties prenantes du mouvement sont mises devant le fait accompli de la suppression de l'espace politique au sein duquel elles dialoguaient fraternellement. Cette verticalisation, assortie d'une centralisation et d'une personnalisation extrême du mouvement, contraires aux principes horizontaux annoncés, compromet la capacité de LFI à rassembler toutes les bonnes volontés, individuelles ou organisées.

Un grave problème de crédibilité

En l'état, il est peu probable que LFI, qui souffre d'un grave problème de crédibilité, parvienne à briser le plafond de verre et à incarner l'alternative politique à la pensée unique. De nombreuses forces citoyennes, pour l'heure éclatées, sont pourtant disponibles. Elles finiront, à plus ou moins long terme, par œuvrer ensemble, en bonne intelligence et dans le respect mutuel, à un rassemblement des forces du peuple. Le désastre écologique qui s'annonce et l'anomie sociale qui sévit nous commandent dès à présent de faire œuvre utile. Nous appelons les Insoumis, les militants syndicalistes, associatifs et politiques, les intellectuels et tous les citoyens ayant une sensibilité éco-socialiste et républicaine à se mettre en réseau pour constituer un espace de débat, Préservons l'avenir en commun;, ayant pour vocation de réfléchir aux modalités concrètes de la mise en œuvre de ce programme. Des conférences publiques seront organisées sur des sujets-clés : l'avenir de notre modèle social, 1'Europe, l'égalité, les dérives de la finance, la transition écologique, le féminisme, les mouvements de population, la politique extérieure de la France, etc. Ce travail sur le fond a pour vocation de façonner la boussole théorique et programmatique que nous mettrons à la disposition d'une politique qui ne manquera pas d'émerger, demain ou après-demain, autour d'un nouveau programme en commun.

Car la recomposition du paysage politique ne fait que commencer. Les clivages traditionnels ont volé en éclat, sous l'effet de la conversion au libéralisme économique des gouvernements qui se sont succédé depuis 1983. L'ordo-libéralisme est devenu la doctrine officielle de l'actuelle Union européenne, mise sur pied par les démocrates-chrétiens et les
Sociaux-démocrates, en coalition ou en alternance selon les États membres. En France, La République en marche rassemble désormais dans un même mouvement les libéraux des deux bords, issus de la gauche girondine et de la droite orléaniste. Ayant bradé son passé gaulliste, la droite s'en trouve réduite à sa portion congrue légitimiste, poreuse avec l'extrême droite poujadiste. En face, la défiance envers le PS et la marginalisation du PCF ont rendu caduque la traditionnelle stratégie d'union de la gauche. Pour sa part, l'écologie politique, bienvenue pour traiter l'urgence environnementale, s'est compromise dans des exécutifs ayant appliqué (ou appliquant) des politiques ordo-libérales. Dans ce paysage éclaté, le peuple est orphelin d'une représentation politique à même de faire prévaloir l'intérêt général face aux méfaits écologiques et sociaux du capitalisme financier.

L'avènement rapide au pouvoir d'un nouveau bloc réactionnaire [est plausible], en l'absence de l'alternative au macronisme que La France Insoumise aurait pu incarner.

La possibilité d'une alternative populiste, reposant sur la coagulation, entre autres, des luttes environnementales, sociales et sociétales a été théorisée par Chantal Mouffe. Nous ne partageons cependant pas toutes les prémisses de cette analyse. En effet, le peuple en soi n'est pas une multitude désincarnée. Bien qu'éclaté dans une économie segmentée et tertiarisée, le peuple au 21è siècle est formé à 90% par le salariat. Ceci contredit également l'hypothèse faite par les promoteurs du revenu universel, qui remettent en cause la centralité du travail salarié. Tant que la durée du travail pour tous est susceptible d'être abaissée a minima à mesure que la productivité croît, le travail peut rester le principal vecteur de l'intégration sociale et des droits sociaux qui lui attachés. Derrière le salariat, se trouve posée la question sociale de la maîtrise du surplus engendré par le travail, qu'il convient évidemment de désaliéner. C'est pourquoi l'éco-socialisme, entendu comme la maîtrise collective par la République sociale de la production et de la répartition des richesses, en faveur du progrès social et de la réconciliation de l'être humain avec la nature, est d'une brûlante actualité, en ce siècle où les inégalités explosent et où le dérèglement climatique sévit. Parce que le cadre actuel de la construction européenne entrave l'émergence d'une telle alternative, la renégociation des textes européens est indispensable pour en permettre l'avènement. Ce plan A ne saurait aboutir sans la menace crédible d'un plan B. Ce dernier doit par conséquent être solidement préparé et déclenché en cas d'échec des négociations.

Pour mobiliser le peuple, réclamer l'unité des gauches impliquées dans les politiques ayant entraîné ces désastres et désavouées par nos concitoyens est devenu inutile. Ces combats ne sont pas plus portés par la droite conservatrice et à l'extrême droite. Leur porosité rend néanmoins plausible l'avènement rapide au pouvoir d'un nouveau bloc réactionnaire, en l'absence de l'alternative au macronisme que La France Insoumise (LFI) aurait pu incarner.

Devant la précarité et la misère sociale, nous n'avons d'autre choix que de nous engager et de nous rassembler, d'investir les rues, les urnes et de tenter de développer la conscience collective. Nous avons tous une responsabilité dans ce combat. Nous sommes tous dotés d'un potentiel de lutte, de résistance, de solidarité et de partage. Puisse cette fraternité, au service de l'égalité, permettre au peuple de jouir enfin de la liberté.

 

Les signataires :

André Campagne, animateur du groupe d'action Sud Comminges
Laurent Courtois, syndicaliste SUD-Rail, ex-candidat aux élections législatives dans la 12ë circonscription du Nord
David Garcia, ex-candidat aux élections législatives dans la 6e circonscription de 1'Hérault<S><P54><F8>
Ninon Gillet, militante féministe, candidate démissionnaire de la liste LFI aux élections européennes
Lilian Guelfi, ex-membre du comité électoral
Liêm Hoang Ngoc, ancien député européen, ex-orateur national, chargé du chiffrage du programme présidentiel, ex-candidat aux élections législatives dans la 4e circonscription de Haute-Garonne
Mehdi Kemoune, ex-secrétaire général de la CGT Air France, ex-orateur national, ex-candidat aux élections législatives dans la 15e circonscription de Paris
Frédéric Lebaron, sociologue
Sophie Lechat, militante syndicale et associative, ex-candidate aux élections législatives dans la 8e circonscription de Haute-Garonne Marianne Nedyj, ex-membre du comité électoral
Frédéric Pierru, sociologue, ex-orateur national, rédacteur du livret Santé
Olivier Spinelli, ex-membre du comité électoral et de l'espace politique, ex-candidat aux élections législatives dans la 5e circonscription de la Somme
Dominique Théo, ex-tête de liste départementale de la Somme aux élections régionales dans les Hauts de France
Damien Thomas, directeur des Rencontres pour une culture populaire de Bordeaux, animateur du groupe d'action des Insoumis du centre-ville de Bordeaux, contributeur au livret Culture
Joël Villain, ex-président de 1'Assurance Mutuelle des Motards, contributeur au livret Education

 


Sahra Wagenknecht en compagnie...

Debout ! pour aller où ? par Robert Duguet
Quelques notes sur la situation allemande.



A l’image de Jean Luc Mélenchon, Sahra Wagenknecht, par ailleurs responsable du groupe parlementaire de Die Linke et compagne d’Oskar Lafontaine, crée le mouvement Aufstehen (Debout !), à partir d’un site internet : c’est un engagement, face à la montée inquiétante de la montée de l’extrême droite allemande, vers un populisme de « gauche ». Lors de la conférence de presse du mardi 4 septembre 2018, étaient partie prenante la maire sociale-démocrate de Flensburg Simone Lange, ex-candidate à la direction du SPD en avril ainsi que le cofondateur  du parti écologiste Ludger Volmer. Sahra Wagenknecht revendique 100 000 adhésions internet et le soutien de politiques, d’artistes et d’écrivains. Ce n’est pas exactement, compte tenu des institutions allemandes, le parallèle de la FI française, il s’agit d’aller vers un front politique qui rassemble le SPD, Die Linke et le Verts, en mesure d’obtenir une majorité contre Merkel et la démocratie chrétienne. Aufstehen est appelé de l’extérieur du mouvement ouvrier allemand et de ses composantes social-démocrates, SPD et Die Linke, à élaborer une stratégie de pression sur les partis politiques par les moyens d’une plateforme internet : Sahra Wagenknecht jure qu’elle n’a pas l’intention de concurrencer les partis institutionnels de la gauche et de créer un autre parti.

C’est un projet anti-AfD, le parti d’extrême droite, qui a défilé à Chemnitz aux côtés des groupes néonazis. La responsable d’Aufstehen déclare :

« Pour ceux qui en doutaient encore, les émeutes racistes de Chemnitz l’ont clairement montré, notre pays connaît une profonde crise démocratique, explique Wagenknecht. Ceci est dû avant tout à un déséquilibre social qui fait que ces dernières années, plus de 50 % de la population de ce pays a vu ses revenus et sa situation se dégrader. Il est urgent de réagir. »

Mais en refusant de manifester avec les opposants aux émeutes racistes de Chemnitz, Aufstehen va-t-il jouer sur une option anti-migrants de gauche, à l’image de la FI française.

Aufstehen, au-delà de la question migratoire, va-t-il pouvoir, de l’extérieur du mouvement ouvrier, dépasser les lignes d’opposition au sein des courants sociaux-démocrates et des verts, pour cela il faudrait construire une vraie opposition anticapitaliste qui réponde à l’impatience et la colère qui se développe dans la population laborieuse, donc une stratégie de front unique qui s’appuie sur les aspirations ouvrières : outre que je ne crois pas une seule minute aux mouvements « gazeux » qui naissent sur internet, pour l’instant Aufstehen a pris la mauvaise pente du populisme.  Tout au plus ce positionnement, des deux dirigeants qui ont été les chevilles ouvrières d’un courant social-démocrate de gauche, rencontre une opposition sérieuse au sein des Linke eux-mêmes, qui veulent garder leur fonctionnement de parti. Le danger est bien qu’Austehen mette en danger le parti lui-même et risque de le détruire. La sympathie que l’aile gauche du SPD pouvait nourrir à l’égard des Linke, ne se retrouve pas pour le mouvement Aufstehen. Par exemple la députée SPD de Hesse Andrea Ypsilanti, si elle estime juste avec Aufstehen de dire qu’il est urgent de réagir vis-à-vis du vide politique actuel à gauche, craint le caractère vertical et personnalisé du mouvement autour d’un leader. 

Tout comme, l’abandon de la ligne socialiste de gauche promue par les fondateurs du Parti de Gauche français en 2014, confirmant l’explosion du Front de Gauche, au profit du mouvement populiste et nationaliste France Insoumise, a amené la destruction du PG. Aujourd’hui le PG, qui a subi toutes les oukases bonapartistes de Mélenchon, ses fédérations dissoutes ou mises sous tutelle, est vidé de toute sa substance militante.

 


 

Un des six monuments aux morts que tous les gouvernements depuis 1920 ont toujours refusé d'homologuer...

Anniversaire de l'armistice de 1918... Que maudite soit la guerre!

Ecoutons la Chanson de Craonne interprétée par Marc Ogeret!


"Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée l'orage" Jean Jaurès

 

La chanson de Craonne

Quand au bout d'huit jours, le r'pos terminé,
On va r'prendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile.
Mais c'est bien fini, on en a assez,
Personn' ne veut plus marcher,
Et le cœur bien gros, comm' dans un sanglot
On dit adieu aux civ'lots.
Même sans tambour, même sans trompette,
On s'en va là haut en baissant la tête.

Refrain


Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes.
C'est bien fini, c'est pour toujours,
De cette guerre infâme.
C'est à Craonne, sur le plateau,
Qu'on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
C'est nous les sacrifiés !

C'est malheureux d'voir sur les grands boul'vards
Tous ces gros qui font leur foire ;
Si pour eux la vie est rose,
Pour nous c'est pas la mêm' chose.
Au lieu de s'cacher, tous ces embusqués,
F'raient mieux d'monter aux tranchées
Pour défendr' leurs biens, car nous n'avons rien,
Nous autr's, les pauvr's purotins.
Tous les camarades sont enterrés là,
Pour défendr' les biens de ces messieurs-là.

 

 

 

au Refrain

 

Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance,
Pourtant on a l'espérance
Que ce soir viendra la r'lève
Que nous attendons sans trêve.
Soudain, dans la nuit et dans le silence,
On voit quelqu'un qui s'avance,
C'est un officier de chasseurs à pied,
Qui vient pour nous remplacer.
Doucement dans l'ombre, sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes.

Refrain


Ceux qu'ont l'pognon, ceux-là r'viendront,
Car c'est pour eux qu'on crève.
Mais c'est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève.
Ce s'ra votre tour, messieurs les gros,
De monter sur l'plateau,
Car si vous voulez la guerre,
Payez-la de votre peau !

 

 

 

 


Ainsi que que toute une génération de jeunes gens, il partit la fleur au fusil (Ah! Dieu que la guerre est jolie!) Sous-lieutenant d'artillerie, il essuya l'épreuve du feu. Toutefois, s'il fut effectivement nationaliste, son oeuvre littéraire commencera à tracer le sillon des mouvements d'avant-garde artistiques qui marqueront l'après guerre, notamment le surréalisme. Trépané suite à ses blessures, il sera victime de l'épidémie de grippe espagnole de 1918. Le 11 novembre, jour même de l'armistice, il sera porté en terre dans les jardins du Père Lachaise. Mac Jacob dira: le XXème siècle, le siècle d'Apollinaire

La petite auto, par Guillaume Apollinaire

Guillaume Apollinaire, Calligrammes, 1918.


 

Le 31 du mois d'Août 1914
Je partis de Deauville un peu avant minuit
Dans la petite auto de Rouveyre
Avec son chauffeur nous étions trois
Nous dîmes adieu à toute une époque
Des géants furieux se dressaient sur l'Europe
Les aigles quittaient leur aire en attendant le soleil
Les poissons voraces montaient des abîmes
Les peuples accouraient pour se connaître à fond
Les morts tremblaient de peur dans leurs sombres demeures
Les chiens aboyaient vers là-bas où étaient les frontières
Je m'en allais portant en moi toutes ces armées qui se battaient
Je les sentais monter en moi et s'étaler les contrées où elles serpentaient
Avec les forêts les villages heureux de la Belgique
Francorchamps avec l'Eau Rouge et les pouhons
Région par où se font toujours les invasions
Artères ferroviaires où ceux qui s'en allaient mourir saluaient encore une fois la vie colorée
Océans profonds où remuaient les monstres
Dans les vieilles carcasses naufragées
Hauteurs inimaginables où l'homme combat
Plus haut que l'aigle ne plane
L'homme y combat contre l'homme
Et descend tout à coup comme une étoile filante
Je sentais en moi des êtres neufs pleins de dextérité
Bâtir et aussi agencer un univers nouveau
Un marchand d'une opulence inouïe et d'une taille prodigieuse
Disposait un étalage extraordinaire
Et des bergers gigantesques menaient
De grands troupeaux muets qui broutaient les paroles
Et contre lesquels aboyaient tous les chiens sur la route



Et quand après avoir passé l'après-midi
Par Fontainebleau
Nous arrivâmes à Paris
Au moment où l'on affichait la mobilisation
Nous comprîmes mon camarade et moi
Que la petite auto nous avait conduits dans une époque
Nouvelle
Et bien qu'étant déjà tous deux des hommes mûrs
Nous venions cependant de naître

 


France Insoumise, Kuzmanovic et le nationalisme

A propos des dérives patriotardes de Djorje Kuzmanovic "orateur national de la France insoumise", par la revue Regards

Source : http://www.regards.fr/idees/article/14-18-les-enjeux-d-une-commemoration


Nous republions un entretien avec Nicolas Offenstadt, spécialiste de la Grande Guerre, paru dans le numéro d’hiver 2013 de Regards. Chacun jugera sur pièces de la légèreté historique des propos de M. Kuzmanovic et du caractère inquiétant de l’orientation idéologique qui l’accompagne.
Dans le dernier numéro de Marianne, Djorje Kuzmanovic, "orateur national de la France insoumise", publie une tribune étonnante, intitulée "Pour une commémoration de la victoire de 1918 et contre le mépris de nos morts".
Il y défend l’idée que la cause de la guerre se trouve dans les « calculs erronés d’une petite élite allemande ». Il s’inscrit ainsi dans la pure tradition du patriotisme revanchard, contre lequel s’est dressé le cœur du mouvement ouvrier européen et dans lequel sombra la social-démocratie continentale, totalement compromise dans la guerre et ses politiques d’Union sacrée.
Pour mesurer les enjeux, de la commémoration de la première guerre mondiale, nous avons rencontré l’historien Nicolas Offenstadt, membre du conseil scientifique de la Mission du centenaire.

Regards. Comment se situe la commémoration en cours par rapport à toutes les précédentes ? N’y a-t-il pas le risque d’une commémoration classique, consensuelle et passe-partout ?

Nicolas Offenstadt. Le risque existe, bien sûr, mais je vois aussi la possibilité d’un événement qui mobilise les populations davantage encore que les États. Les quelque 1 200 projets habilités à ce jour par la Mission du Centenaire, sans compter les autres, donnent une image polycentrique, plurielle, où le théâtre pacifiste, l’initiative culturelle, la pratique enseignante côtoieront des formes plus traditionnelles. Au fond, la commémoration sera ce que les peuples décideront d’en faire et, à mes yeux, l’enjeu est d’en faire une histoire réellement populaire, à tous les sens du terme : une histoire de ceux « d’en bas » et une commémoration où s’associent spécialistes, citoyens, élus et institutions de tous types.

Dans la commémoration au sommet de l’État, je ne cache pas que m’inquiètent quelques signes, comme le récent discours présidentiel du 7 novembre à l’Élysée et du 11 novembre à Oyonnax. J’y ai senti l’attirance, à nouveau, pour une dimension répétitive placée sous le sceau du patriotisme. J’ai perçu aussi la possibilité d’un réel rétrécissement du champ d’observation, avec par exemple le retour vers les « héros de la Marne », ce qui nous renverrait vers cette commémoration franco-française et héroïque que Jean-François Copé appelle de ses vœux. J’ajoute que j’ai les plus vives réserves sur l’affirmation de la continuité du combat des « poilus » et de celui des résistants de la Seconde Guerre. Les Allemands de 1914 n’étaient pas les nazis et les soldats de la Première Guerre étaient des conscrits, qui se sont battus dans des conditions éprouvantes mais n’avaient pas choisi de la faire, tandis que l’engagement résistant relevait quasi exclusivement d’un choix assumé. La dimension fondatrice de la liberté ne fonctionne pas de la même manière en 1914 et dans la France occupée. A l’ignorer, on court le risque de s’engager dans de la mauvaise histoire, la énième redite du grand roman national.

Dans une période de crise, beaucoup peuvent être tentés par le regard consensuel et trouver, dans l’exaltation du sacrifice d’hier, le ciment qui fait justement défaut aujourd’hui. Ce n’est pas de l’histoire ; c’est de la courte vue politique. On a besoin d’autre chose.

Comment définiriez-vous la meilleure manière de conduire aujourd’hui une commémoration vraiment à la hauteur ?

J’attendais du Président de la République le lancement d’une réflexion de long souffle sur la guerre de 14-18 elle-même, et pas une continuation quasi à l’identique de la geste franco-française. Une commémoration digne de notre époque pourrait à mes yeux se déployer autour de quatre grandes exigences. Tout d’abord, nous aurions besoin d’une histoire qui soit pleinement l’occasion de débats publics. Tout le monde n’attend pas la même chose d’une commémoration, ne pense pas de la même manière le sens de ce qui doit faire l’objet d’initiative collective. La seule façon d’éviter le consensus mou, c’est d’assumer ces débats. Et pour qu’ils soient bien menés, rien n’est plus important que de parvenir à une véritable forme hybride de la commémoration où professionnels et citoyens discutent ensemble, par exemple à l’occasion d’initiatives publiques vers la population. Il est des sujets qui méritent de vrais débats, larges et non pas seulement académiques, par exemple le rôle du 11 novembre : je pense aussi à celui qu’aurait pu provoquer la mémoire des désobéissances et des fusillés, ou du moins, la place à accorder à ces questions dans la mémoire nationale. Il est vrai qu’au niveau local et associatif ces questions sont discutées.

Je pense en second lieu qu’il faut utiliser tous les outils culturels disponibles pour renouveler la panoplie des commémorations officielles. Je suis persuadé qu’il est nécessaire et possible de transformer les grands rituels en les démilitarisant et en les culturalisant. li n’y a pas que la gerbe au monument aux morts. On peut organiser des journées du cinéma, utiliser la production souvent très contemporaine des romanciers, chanteurs de hard rock ou de pop. Le groupe Indochine a sorti en 2009 un album étonnant, inspiré de lettres de poilus et intitulé La République des Meteors. C’est un remarquable outil pour faire réfléchir. J’ai un peu l’impression qu’on a raté le coche en 2008, au moment de la mort du dernier poilu, Lazare Ponticelli. On aurait pu donner toute sa dimension humaine et symbolique à ce parcours, en projetant des films, en sollicitant des gens de théâtre ; en fait, on a préféré la sempiternelle cérémonie militaire aux Invalides.

En troisième lieu, je tiens énormément à ce que l’on quitte l’horizon strictement français qui ne suffit pas à comprendre l’originalité fondamentale de ce conflit. Il fut vraiment le premier mondial et sa mémoire touche donc l’Afrique, l’Australie, le Canada, la Chine et tant d’autres. C’est un enjeu extraordinaire, à la fois universitaire, scolaire et citoyen, que de réintégrer ces mémoires, mais aussi de rappeler que la séquence de 1914-1918 fut aussi celle du génocide arménien, des révolutions russes de 1917 et, dans la foulée, de la vague révolutionnaire européenne. Se fixer seulement sur le poilu peut être un appauvrissement, dans la variante héroïsante et patriotique qu’affectionne la droite, mais aussi, à sa manière, dans la variante de gauche qui s’attache d’abord à valoriser le soldat écrasé par la machine de guerre, sacrifice des colonisés au service de la mère partie. Il faut rappeler le recrutement forcé, les violences pour conduire les colonisés à la guerre. Il ne faut pas taire les révoltes et leurs conséquences très dures. Sans compter l’exploitation des travailleurs chinois ou des Camerounais dans les possessions allemandes, etc.

Entre ceux qui voient dans les quelques semaines qui séparent Sarajevo de la guerre générale, l’enchaînement de méfiances et de malentendus venant de dirigeants « somnambules » et ceux qui, au contraire, y voient une sorte de fatalité historique, Les débats ne manquent pas. Qu’avez-vous envie de retenir pour votre part ?

Pas facile d’aller vite sur un sujet aussi complexe. En quelques mots, j’aurais surtout envie de dire qu’il ne faut surtout pas juger du déclenchement du conflit à l’aune de l’horreur qui a suivi. Ce qu’ont risqué les puissances centrales, ce n’était au départ qu’une guerre limitée, pas une guerre mondiale de cette ampleur. L’enjeu de départ concerne l’Autriche et la Serbie, et les deux protagonistes ne raisonnent d’abord que dans ce contexte particulier, même s’ils prennent de plus larges risques. Ajoutons par ailleurs que les anticipations des militaires portent sur une guerre courte, ou plutôt que chacun veut courte, comme si chaque état-major est alors persuadé que la rapidité d’exécution est la seule manière d’obtenir une victoire totale.

Enfin, je crois que, malgré l’existence ici ou là d’écrits d’apparence visionnaire, les acteurs du jeu de l’été 1914 n’ont pas vraiment idée de ce qu’est une guerre industrielle. L’horizon général des militaires de l’époque, c’est la logique offensive des décennies précédentes, c’est la dynamique de la cavalerie et de l’infanterie davantage que la puissance de feu. Il faut avoir tout cela en tête quand on aborde la séquence cruciale qui va du 28 juin au 4 août.

On reprend souvent l’expression d’ Éric Hobsbawm qui dit de la Grande Guerre qu’elle fut l’acte fondateur du « court XXe siècle ». Comment trai­teriez-vous personnellement de cette question ?

La guerre introduisit de fait un profond bouleversement. Ce fut la fin d’une société. La naissance de l’inflation a ainsi tué la rente et obligé la bourgeoisie à se mettre au travail, ce qui a accéléré les mutations industrielles. Ces années furent aussi celles de la naissance du communisme, parce qu’elles ont déstabilisé à mort l’empire russe et parce que l’expérience du feu a structuré une génération.

La fièvre révolutionnaire n’a significativement pas touché que la Russie, mais aussi, particulièrement, la Bavière où la Hongrie. L’effondrement du socialisme de 1914 est d’abord le fait de la guerre, alors que les décennies précédentes l’avaient plutôt conforté. De façon plus générale, la guerre a installé dans l’espace public un pacifisme, multiforme, qui n’est plus un mouvement marginal et plutôt intellectuel et culturel, mais un mouvement de masse qui a profondément marqué l’entre-deux-guerres et traversé le siècle. Enfin, il ne faut pas négliger l’aspect anthropologique du conflit, par la marque qu’il a imprimée sur la génération masculine du feu (huit millions de mobilisés pour la seule France), les familles et par les traces qui sont restées dans les générations suivantes. On est devant des mémoires familiales à la fois déchirées et très fortes. La transmission mémorielle est directe - c’est notamment le poids décisif des grands-pères - ou elle est indirecte, par le biais de l’écrit. En 1914, la percée des scolarisations élémentaires de masse a développé des sociétés de l’écrit. Nous en avons gardé, avec la masse des lettres échangées, la trace parfois traumatique qui balise encore notre univers mental. D’autant plus que c’est la génération des petits-fils qui est encore au pouvoir.

 


 

Les bons vœux d'Ortega à Bolsonaro

Managua, 29 octobre 2018


 

Monsieur Jair Bolsonaro

Président élu du Brésil

Monsieur le Président élu :

Nous saluons de manière très spéciale la journée électorale exemplaire que le peuple brésilien a mis en œuvre hier, consolidant la vocation de paix qui caractérise ce pays fraternel.

Nous saluons aussi votre élection comme Président du Brésil, en ayant confiance en Dieu et en lui demandant de tout notre cœur le meilleur pour ce cher peuple.

La région et le monde traversent des temps marqués par des grands défis. Comme frères et sœurs dans la grande patrie, nous nous reconnaissons mutuellement comme capables d’assumer ces défis et de travailler pour promouvoir une rencontre et un vivre-ensemble qui confortent les rêves de sécurité et de bien-être de nos peuples.

Depuis le Nicaragua, béni et toujours libre, nous vous faisons parvenir nos meilleurs vœux pour ce Brésil immense proche et admirable.

Daniel Ortega Saaverdra Rosario Murillo

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