Blog de Robert Duguet - Novembre 2018 /contact:

Christian Eyschen, responsable national de la Libre pensée... au secours de Mélenchon!

Quand le « frère » Eyschen défend le grand « frère » Mélenchon, par Robert Duguet

(ex-président de la fédération de l’Essonne de la Libre Pensée de 1981 à 1991)



François Koch, journaliste de l’express spécialisé sur ses enquêtes sur la franc-maçonnerie, lève un voile intéressant sur un chevalier blanc nommé Christian Eyschen, se portant au secours de Jean Luc Mélenchon. Ce dernier a fait l’objet d’une saisine de la justice maçonnique en « raison de sa violence physique ou verbale à l’égard de magistrats, de policiers et de journalistes. » Précisons pour nos lecteurs que la justice maçonnique est une institution interne à l’obédience du GODF, ayant pouvoir de juger si un « frère » a commis une faute grave contre les valeurs humanistes qui fondent son engagement et son serment. Cela n’a aucune conséquence naturellement sur la justice officielle : c’est un peu comparable à la commission des conflits dans un parti politique.

Ce qui m’intéresse dans cette affaire, et ce qu’elle révèle, c’est que François Koch écrit cet article, après l’affaire Pavageau, au moment où se déroule une crise majeure dans la Confédération Force Ouvrière.

Christian Eyschen est effectivement un militant issu de l’ex-OCI, permanent de FO à la CPAM des Hauts de Seine depuis les années 1980. Son itinéraire c’est surtout au départ le combat laïque : l’élection de François Mitterand à la présidence de la république en 1981, sera suivie dès 1982 par de violentes attaques des courants issus du christianisme social, qui colonisent le nouveau parti socialiste, contre la laïcité. Avec un cortège de plan de restructuration du collège et du lycée, les rapports Legrand et Prost, mettent en cause les fondements de l’école républicaine. Cette politique choque alors fortement la conscience de nos concitoyens, des livres s’écrivent, des manifestations se développent dans le pays, les comités d’action laïque agissent : beaucoup de militants ou d’électeurs socialistes n’acceptent pas la ligne que soutient leur parti : André Laigniel, député d’un département très laïque, mène la bronca dans le PS.

Christian Eyschen prend des responsabilités dans la Libre Pensée et devient président de la fédération des Hauts de Seine en 1981. Là je dirais que c’est l’aspect logique d’un engagement : c’est l’honneur du trotskysme d’avoir résisté sur la question laïque dans les années 1968-1981, notamment vis-à-vis des courants gauchistes. De même au moment du débat sur la loi Savary de 1982-1983 qui préconisait de faire éclater le service public en intégrant l’école confessionnelle, il y a eu de fortes mobilisations dans le pays. Cette bataille de la laïcité qui était fondée sur le serment de Vincennes de 1960 contre la loi Debré d’aide à l’enseignement confessionnel, nous l’avons perdue : le puissant mouvement laïc de notre pays organisé dans le CNAL (Comité National d’ Action Laïque), y a laissé sa peau. C’est sous un gouvernement « socialiste », intégrant les dérives de la FEN (Fédération de l’Education Nationale), que ce Waterloo contre la laïcité a pu avoir lieu. Les majorités de droite n’y étaient pas arrivé. Mitterand y est parvenu. Chacun peut constater aujourd’hui les dégâts occasionnés…

Après 1983 s’ouvre une autre période : toutes les organisations laïques, dans le sillage du syndicalisme enseignant et la FEN, vont être frappées. A l’époque la direction de l’OCI, Pierre Lambert et Alexandre Hébert, chefs historiques du courant lambertiste, n’avaient pas de critiques assez dure contre le courant de Jean Luc Mélenchon, qui s’organisait sur la gauche du PS et dont les cadres ont à l’époque mené la bataille laïque contre la loi Savary.  Par contre silence religieux sur le rôle joué par Lionel Jospin qui entérine alors le tournant de 1983 : or on sait aujourd’hui que jusqu’en 1986 ce dernier sera un homme de Lambert au sein du PS… L’OCI de l’époque, devenue PCI se dispose sur le combat laïque et engage des forces militantes importantes, notamment ses enseignants, dans une série d’associations du tissu laïque que structure le CNAL sur la revendication des « fonds publics à l’école publique, fonds privés à l’école privée », revendication qui était le cœur du serment de Vincennes : les syndicats enseignants, la fédération Cornec de l’époque aujourd’hui FCPE, la Libre Pensée, la Ligue des Droits de l’Homme, les DDEN (Délégués Départementaux de l’Education Nationale)… sont concernés.

Mais 1983, c’est aussi un tournant historique dans l’histoire du courant lambertiste : d’une stratégie de Front Unique Ouvrier au sein d’une structure syndicale unitaire, la FEN, constituée en 1947 sur la base du refus de l’éclatement du syndicalisme confédéré, la direction de l’OCI engage ses militants dans une scission au profit des syndicats enseignants de  Force Ouvrière.

Un tournant ? non ! Une trahison oui !

Le reste suit : outre l’abandon du combat syndical dans la FEN, laissant celle-ci à son adaptation au mitterandisme, les trotskystes du PCI quittent le combat dans les organisations constitutives du CNAL, sauf sans la Libre Pensée où ils sont en position d’en prendre la direction. Mais pour défendre quoi ? L’œuvre de Christian Eyschen et du groupe nantais consistera à faire passer dans la fédération nationale des libres penseurs un rouleau compresseur écrasant les oppositions : un dénommé Gérard Plantiveau, affidé d’Alexandre Hébert, expliquait à l’époque que le SNI, l’ex-syndicat des instituteurs, avait le projet de construire un parti fasciste dans le pays… Passons sur la perspicacité de l’intéressé! Une des premières conséquences de cette politique sera l’éclatement de la Fédération Nationale de la Libre Pensée, qui jusqu’alors rassemblait plusieurs courants du mouvement ouvrier sur les questions de défense de la laïcité. Donc effondrement des effectifs…

Avec le recul du temps, il apparait que toute cette opération, qui ne visait ni le renforcement de la Libre Pensée, ni celui des organisations laïques dans la périphérie du CNAL, n’a abouti qu’à un repli sur la confédération Force Ouvrière et à l’abandon du combat pour défendre le syndicalisme unitaire. Cela, c’est le premier étage de la fusée. La défense de Jean Luc Mélenchon de la part du « frère » Eyschen, intervient aujourd’hui sur un positionnement très contestable du chef de la France Insoumise. Pour Eyschen et ses affidés du POI, Mélenchon était un « traitre » quand il construisait une aile gauche dans le PS. Après la rupture avec le Front de Gauche en 2014, Mélenchon s’inscrit dans une dérive populiste, une rupture avec ce qu’il a défendu de 1976 à 2014, comme socialiste de gauche. Les nouveaux marqueurs idéologiques de Mélenchon ne s’appellent plus Jean Jaurès mais Chantal Mouffe, disciple catholique sociale de Carl Schmidt, constitutionnaliste allemand de l’Etat national-socialiste. C’est une rupture avec le mouvement ouvrier.

C’est à ce moment-là, que le POI lambertiste, entre dans l’organisation de Mélenchon la France Insoumise…

C’est à ce moment-là, que le POI monte une opération dans l’appareil de la Confédération Force Ouvrière, pour provoquer la démission de Pascal Pavageau : Marx Hébert, anarcho-syndicaliste et secrétaire de l’UD-FO du Finistère, nous livre tous les éléments de cette opération bureaucratique dans l’article que nous publions. C’est au moment où, les militants de FO désavouent la politique de Mailly et le mettent en minorité en avril 2018 au congrès confédéral, encouragent l’unité d’action avec la CGT contre la politique de Macron que le POI se fait l’instrument de ce coup de pied de l’âne, et ce quelques semaines avant les élections professionnelles. On sait l’impatience de l’exécutif de voir enfin la CFDT parader en première position de la représentativité syndicale.

Oui Marc Hébert a raison de dire que Mélenchon « demande aux syndicats de renoncer à la charte d’Amiens ». Le guide suprême de la France Insoumise « demande aux syndicats de renoncer à la charte d’Amiens », parce que rien ne doit s’opposer à l’intérêt général. La défense de l’intérêt général, c’est la défense de l’intérêt du capital contre nos conquêtes de civilisation.

Le POI part dans cette galère…

 


 

Marc Hébert, militant anarcho-syndicaliste, secrétaire de l'UD-Force Ouvrière du Finistère...

Coup de force á Force Ouvrière, par Marc Hébert (UD-FO du Finistère)

Source : http://www.uas-pelloutier.fr/


La Confédération est secouée par un séisme sans précédent: le Secrétaire Général victime d’un «complot» (utilisons le mot sans complexe) est acculé à la démission!

Pascal Pavageau a été élu Secrétaire Général de la Confédération en avril 2018 après que son prédécesseur, Jean-Claude Mailly n’ait obtenu que 44% de suffrages favorables sur son rapport d’activité (c’est-à-dire un désaveu total). Jean-Claude Mailly n’a jamais soutenu la candidature de Pascal Pavageau; bien au contraire: il lui a miné le terrain !

Avant même la clôture du Congrès, à laquelle Jean-Claude Mailly a refusé d’assister, ce dernier s’est répandu dans les médias en phrases assassines contre son successeur. Il a totalement vidé son bureau des dossiers en cours, laissant à son successeur un bureau vide.

De plus, une fronde a été organisée par ses soutiens toujours en place qui bénéficiaient de situations avantageuses et avaient activement fait campagne contre Pascal Pavageau.

La prise du mandat a donc été difficile, d’autant que des permanents mis à disposition par des Fédérations, ouvertement hostiles au nouveau Secrétaire Général et à son équipe, ont été remerciés par lui.

Le climat était donc très tendu au sein de la Confédération!

Au dernier congrès, la résolution générale a été adoptée à la quasi-unanimité et le CCN a élu Pascal Pavageau  à 96% des voix, provoquant la joie et la fierté des militants FO. Ceux-ci se sont sentis confortés et ragaillardis pour aller combattre les mesures de régressions sociales du gouvernement Macron-Philippe.

Mais, pour comprendre ce qui vient de se passer, il faut revenir sur le mode de vote au CCN pour désigner les membres de la C.E. confédérale: sont électeurs pour ce scrutin, les secrétaires d’UD et les secrétaires de Fédérations; le vote est un vote sur mandat, donc les secrétaires doivent voter selon le mandat de leur propre Commission exécutive ou administrative d’U.D. ou Fédé.

Étant un vote sur mandat, ce vote devrait être publié afin que les C.E. ou C.A. respectives puissent contrôler le respect du mandat.

Contrairement aux règles démocratiques, ce vote n’est jamais publié. Seuls les membres de la commission de dépouillement et assesseurs le connaissent.

Ainsi, pendant que les participants au Congrès se réjouissaient de la nouvelle orientation, les membres du CCN se réunissaient pour élire le Bureau confédéral et la Commission exécutive.

Or, comme nous l’avons constaté pendant le congrès, au cours de différentes interventions (notamment celles de P. Hébert, H. Raguin, F. Homez…) une alliance s’est formée entre métaux et POI: le mariage de la carpe et du lapin  au motif d’éviter la scission de l’organisation.

Nous avons vite compris que l’objectif était de faire cause commune pour l’élection de la C.E.

Comment cela est-il possible  demanderont certains camarades?

C’est très simple: comme le vote n’est pas publié, chaque secrétaire d’UD ou de Fédé peut voter comme il veut en fonction de son mandat ou, s’il est proche d’un courant, comme le «chef de courant»  (P. Hébert – F. Homez)  le demande. Ces derniers ne font pas voter pour une liste complète: sur 35 postes à pourvoir, les secrétaires proches de ces 2 courants votent alors pour une liste réduite aux noms des candidats «métallos» et «POI». En conséquence, ces candidats creusent l’écart avec les autres candidats qui reçoivent des votes dispersés. C’est ainsi que la C.E. confédérale est quasi-majoritairement tenue par ces 2 courants.

Cette situation est connue de tous et les «vierges effarouchées» qui stigmatisent Pascal Pavageau sur «son» prétendu fichage politique ne se trompent pas et tiennent leurs fiches à jour!

Elle plaçait Pascal Pavageau dans un étau: la C.E. confédérale majoritairement contre lui, une partie du Bureau confédéral en opposition ouverte contestant auprès des membres de la C.E. confédérale la répartition des responsabilités au sein du Bureau confédéral et des opposants salariés au sein de la Confédération.

D’autant que, dans ce contexte, il convient d’avoir en tête que le Secrétaire Général, P. Pavageau, s’est engagé au CCN de septembre 2018 à effectuer une expertise financière de la confédération. Ce qui, en clair, signifie que de graves «anomalies» financières ont été détectées et que si cela se confirme, elles pourraient entrainer la mise en cause des anciens responsables.

Et l’on ne peut s’empêcher de penser que les bénéficiaires éventuels de ces «anomalies» préfèrent très certainement éteindre toute expertise et éviter toute procédure en échange de la tête de Pascal Pavageau.

De plus, Pascal Pavageau souhaitait mettre à plat les comptes et régulariser les retards de cotisations de certaines Fédérations et U.D. qui n’hésitent pourtant pas à prendre la parole avec fermeté à la tribune des CCN et Congrès et à se faire élire à la C.E. confédérale.

Au vu de tous ces éléments, la cabale contre Pascal Pavageau prend un tout autre sens.

Le fameux fichier n’est qu’un prétexte, un coup médiatique (orchestré avec le gouvernement?) pour éliminer le nouveau Secrétaire Général de F.O., seul véritable opposant sur le plan syndical à la politique gouvernementale.

La révélation par le Canard enchaîné d’un document portant sur 126 responsables, secrétaires de Fédérations et Unions départementales, datant semble-t-il de 2016, n’a pas été effectuée sans arrière-pensée mais bien avec l’intention de dégager Pascal Pavageau.

Il s’agit d’un document privé, reprenant certes des informations personnelles, mais n’engageant que leur auteur et n’ayant pris de caractère public que suite à une effraction.

Pascal Pavageau a immédiatement rappelé qu’il n’avait pas avalisé un tel document ni naturellement ne l’avait commandité mais la meute de ses opposants s’étant fixé l’objectif de le faire sauter, a alimenté la polémique sur ce mémo obsolète datant de 2016.

Devant un tel acharnement, la demande de report de la tenue du Bureau confédéral et de la C.E. du 17 octobre faite par Pascal Pavageau était légitime pour lui permettre de rétablir les faits et de ramener à la sagesse, dans l’intérêt de l’organisation.

Au lieu de cela, par une déclaration commune, H. Raguin, Secrétaire Général FNEC- FP- FO – et F. Homez, Secrétaire Général FO Métaux, ont imposé le maintien des réunions du Bureau et de la CE: «nous demandons son maintien et quoi qu’il en soit, nous y serons le 17» et acculé Pascal Pavageau à la démission.

Cette réunion de la C.E. du 17 octobre a abouti à la mise en place d’une commission qui a pris les commandes de la Confédération  et mis le bureau sous tutelle.

«La C.E. désigne une commission chargée d’aider et d’assister le Bureau confédéral pour éradiquer ces méthodes et prendre toutes décisions utiles à cet objectif. Cette commission est composée de Franck Bergamini, Gabriel Gaudy, Frédéric Homez, Yves Kottelat, Michel Le Roc’h, Hubert Raguin et Jacques Techer. Elle siègera avec le Bureau confédéral jusqu’au prochain CCN. La C.E. décide la convocation d’un CCN extraordinaire les 21 et 22 novembre 2018 prenant acte de la démission du Secrétaire Général qui permettra à la représentation de toute l’organisation de juger, d’apprécier la mise en œuvre de ces mesures et de décider de la suite».

C’est un coup de force!

La création d’une telle commission n’est pas statutaire; elle n’est pas légitime!

Pourtant celle-ci n’hésite pas à prendre des «dispositions» qui sont bien loin de ramener la sérénité dans l’organisation. La circulaire du 30 octobre annonçant les «Décisions du Bureau confédéral élargi à la Commission de la C.E.» démobilise, décourage encore plus les militants.

L’annonce de la plainte «au nom de la Confédération pour constitution de fichiers et parallèlement de porter la Confédération partie civile», outre qu’elle est illégale et irrecevable, envenime la situation.

Enfin, cette circulaire confirme la réelle motivation de cette cabale: «la décision, de réaliser un état financier de la confédération. Le Bureau a décidé de saisir la Commission de contrôle à cette fin, conformément aux statuts, ainsi que de se faire appuyer par les experts comptables».

Exit l’audit financier par un cabinet indépendant de tous les comptes de la Confédération, y compris le secteur formation.

Tous, la main sur le cœur, déclarent qu’il n’y aura aucun changement de ligne, que les résolutions du Congrès seront défendues et qu’il n’y aura pas de changement d’orientation alors que, d’une part F. Homez s’est affiché en opposition avec ces résolutions et que d’autre part, les trotskistes, tendance POI, apportent leur soutien inconditionnel à J.L. Mélenchon (Informations Ouvrières n°526 du 24 octobre).

Rappelons que J.L. Mélenchon demande aux syndicats de renoncer à la Charte d’Amiens!

Il est essentiel de sauver le syndicalisme libre et indépendant qu’incarne la CGT-FO.

Il est essentiel que les résolutions du congrès d’avril 2018 soient respectées.

Il est essentiel que la direction de la confédération retrouve son indépendance par rapport aux courants qui la mettent sous tutelle.

L’expertise financière proposée par Pascal PAVAGEAU doit être effectuée par un cabinet indépendant.

Chaque membre des C.E., des C.A. des Fédérations et des UD devra veiller à ce que leur représentant au CCN soit mandaté suite à la réunion de leurs instances.

Les votes des membres du CCN pour l’élection de la C.E. à l’issue du congrès d’avril 2018 et du prochain CCN doivent être publiés.

 

Après-propos:

A l’heure où nous terminons cette édition, le Canard enchainé  du 7/11 sort un nouvel article sur FO: «Opération Kärcher à FO». Édifiant !!!

Tout comme l'article du Monde du 27/10. Ainsi que les lettres de Veyrier: sa lettre à Pavageau du 12/10, sa lettre de candidature du 6 /11. Pitoyable!

 


François Koch, journaliste à l'express et spécialiste sur les questions de Franc-Maçonnerie...

Mélenchon: une pétition de soutien, par François Koch

Christian Eyschen, auteur d'une pétition pro-Mélenchon

Le 31/10/2018

Source : http://blogs.lexpress.fr/lumiere-franc-macon/2018/10/31/melenchon-une-petition-de-soutien/?fbclid=IwAR3TSuHWFDd0UmV4UOv8-a3Gb_487irDsNJZ9tuqUUxZDLyHixNRIjsPpcs


 

Une virulente pétition de soutien à Jean-Luc Mélenchon circule au sein du GODF après la décision du Conseil de l’Ordre, prise le 26 octobre, de demander à la Chambre Suprême de Justice Maçonnique (CSJM) sa suspension temporaire, ce que j’ai révélé ici dès le 29 octobre. La majorité des conseillers de l’Ordre présents, 30 sur 33, reproche au leader de la France insoumise de ternir l’image de l’obédience en raison de sa violence physique ou verbale à l’égard de magistrats, de policiers et de journalistes.

Intitulée « Non à l’Inquisition en Franc-Maçonnerie ! », la pétition de soutien à Mélenchon est lancée par Christian Eyschen, 65 ans, permanent syndical FO à la CPAM des Hauts-de-Seine et vice-président de la Fédération Nationale de la Libre Pensée. C’est un militant lambertiste, aujourd’hui POI, courant trotskiste auquel appartenait le patron de La France Insoumise (LFI) de 1968 à 1976, avant de rejoindre le PS. Le POI a appelé à voter Mélenchon à la dernière présidentielle de 2017 et a apprécié que le candidat n’ait pas soutenu Macron contre Le Pen au second tour. Eyschen a rejoint le GODF en 1991, six ans après Mélenchon.

« Lancée dès le 29 octobre au soir, notre pétition a déjà recueilli 300 signatures dans 81 loges, affirme Christian Eyschen. J’ai informé notre frère Jean-Luc de cette initiative: il ne s’y oppose pas, bien au contraire. » Bien que l’exécutif du GODF demande la « suspension temporaire » de Mélenchon, la pétition traduit par « exclusion »… Eyschen considérant que c’est ce que souhaitent en réalité les conseillers de l’Ordre. Il y a probablement de sa part surtout une volonté de dramatisation. De sa part et peut-être aussi chez le principal intéressé qui prend très mal la décision qui le vise.

300 signatures en moins de 48 heures, c’est la preuve de l’existence d’un réseau pro-Mélenchon au sein du GODF, composé en petite partie de lambertistes. Mais 300 signataires sur 53.000 membres, ce n’est pas excessif. A part Christian Eyschen, aucun frère n’a pour l’instant accepté d’apporter son soutien à visage découvert.

Les 30 conseillers de l’ordre qui ont pris cette décision à l’encontre de Mélenchon savaient qu’elle ne ferait pas l’unanimité dans l’obédience. En assurant la discrétion sur leur projet de délibération, ils ont voulu évité de subir des pressions avant leur vote, des pétitions par exemple. On saura assez vite si la CSJM décide de suivre la demande de suspension temporaire de l’exécutif. Et qu’est-ce que cela change pour la vie interne à l’obédience. Voici le texte que m’a transmis Christian Eyshen.

« Non à l’Inquisition en Franc-Maçonnerie !

Les Sœurs et les Frères soussignés du Grand Orient de France, informés de la décision du Conseil de l’Ordre du GODF, de saisir  la Chambre Suprême de Justice Maçonnique pour traduire le Frère Jean-Luc Mélenchon afin de l’exclure de l’Obédience pour des questions totalement profanes qui n’ont rien à voir avec son appartenance maçonnique, sont profondément révoltés et indignés.

La Franc-Maçonnerie n’a rien à faire dans ce problème. Il s’agit de l’attitude d’un Élu de la République qui estime que son droit de citoyen est bafoué par une justice à deux vitesses. «Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir» disait déjà en son temps Jean de la Fontaine. Un Enfant de la Veuve peut ne pas partager le point de vue du Frère Jean-Luc Mélenchon en la matière, mais il est une autre chose que le Conseil de l’Ordre veuille l’exclure pour des raisons profanes.

Serions-nous revenus au temps de la Maçonnerie impériale, de la Maçonnerie d’Etat, où il ne fallait pas déplaire aux puissants, incarnés par le bras séculier du Pouvoir, de la Justice et de la Police ?

Pour les 4 Sergents de la Rochelle, et les Frères Joseph Proudhon, Michel Bakounine, Jules Vallès, Auguste Blanqui, Guiseppe Garibaldi, Paul Lafargue, Charles Longuet, Pierre Leroux,  Elie et Elisée Reclus, Fréderic  Desmons, Jean Zay, Pierre Brossolette, le colonel Eychenne fondateur de Patriam recuperare;

 Nous disons Non ! Honte au Conseil de l’Ordre !

 Nous appelons les Sœurs et les Frères du Grand Orient de France à manifester leur opposition à une telle mesure d’intolérance antimaçonnique. La Franc-Maçonnerie doit rester le Centre de l’Union et rassembler ce qui est épars. Toute affirmation dogmatique d’intolérance et de  pensée unique doit être bannie à jamais du Grand Orient de France.

Eyschen Christian, Vénérable Maître d‘Honneur de la Respectable Loge L’Homme libre – 32e REAA»

 


"Maréchal, nous voilà!"

HONTE!

Ca suffit, il faut qu'il parte maintenant! par Robert Duguet

Animateur de ce blog et fils de déporté résistant

 


Sans doute Macron vient une nouvelle fois de se tirer une balle dans le pied : il est effectivement coutumier du fait depuis que son régime est de plus en plus haï par nos concitoyens. Sa position sur l’hommage à rendre aux maréchaux de la grande guerre, incluant donc celui à Pétain, n’est pas le produit d’une démarche hasardeuse, une regrettable erreur de parcours : elle est le produit de toute une politique, où ce régime aux ordres du MEDEF et de l’Union Européenne, met en pièce le pacte social construit à la Libération et qui était contenu dans le programme du CNR (Conseil National de la Résistance). C’est par le sang et les larmes que nos aînés ont conquis les droits et libertés dont nous bénéficions encore un peu aujourd’hui.

Macron c’est quoi ?

J’en passe et des meilleures… tout cela est parfaitement compatible avec Pétain : Macron c’est la marionnette d’une bourgeoisie française qui a toujours préféré Hitler au Front Populaire ! Et qui n’a pas renoncé à sa volonté acharnée de reprendre ce qu’elle avait concédée après ses compromissions avec le fascisme.

Pétain, c’est quoi ?

Je suis originaire d’une région, Besançon, Montbéliard, Belfort, la Franche Comté : mon père a été un résistant de la première heure, à ce titre il a connu les risques de la clandestinité puis le dernier cercle des enfers, celui de la déportation : cela s’appelle Le Strudhof, Dachau, Allach, Ebensee, Mathausen… A Besançon, les nazis fusillaient les résistants dans l’enceinte de la Citadelle de Vauban : encadrés par la Wehrmacht, les condamnés défilaient dans la rue principale de la ville, assis sur leurs cercueils, pour l’exemple. On fusilla même un gamin de 16 ans, le petit Fertet, élève de terminale et membre d’un des premiers groupes de résistants.

Je n’ai jamais oublié dans ma vie de militant cette histoire.

Il y a des périodes de l’histoire où le mouvement ouvrier est à l’offensive et où il apparait comme la seule force en capacité de changer durablement les règles de vie dans une société libre et émancipée de l’exploitation capitaliste. La période qui suivit la seconde guerre mondiale était celle-là. Je n’entre pas ici dans la discussion de savoir si le socialisme pouvait être construit à l’issue de cette seconde barbarie. Aujourd’hui le mouvement ouvrier est considérablement affaibli, ce qui explique l’existence pitoyable d’un Macron.

Dans d’autres circonstances historiques, il y a belle lurette, que cet individu serait devant un tribunal d’exception !

Macron doit partir maintenant ! Ça suffit !


 


A vos agendas: L'Espace Citoyen du Val d'Yerres organise un débat public au cinéma le Buxy à Boussy Saint Antoine, le vendredi 7 décembre autour du film "Un peuple et son Roi" de Pierre Schoeller.


 

 


 

« …Contrairement à ce que raconte un Kuzmanovic, ce n'est pas la République française, mais c'est le prolétariat allemand qui a vaincu le second Reich ! »

11 novembre : lutte pour la vérité historique et pour renouer avec l'internationalisme prolétarien vont de pair ! par APLUTSOC



 

Dimanche prochain 11 novembre, Macron commémore l'armistice mettant fin aux combats de la première guerre impérialiste mondiale en invitant à Paris un grand nombre de chefs d'Etat  - les représentants d'une soixantaine de pays en tout-, à commencer par Trump et Poutine.

Officiellement l'accent serait plus mis sur la dimension de la "paix" que sur celle de la "victoire" dans la façon dont est organisée cette commémoration, ce que manifesterait l'absence de défilé militaire officiel. Ceci a notoirement contrarié les généraux, dont G. Kuzmanovic, récemment encore porte-parole de J.L. Mélenchon, s'est fait le porte-voix dans une tribune estimant que c'est, en somme, à nouveau capituler devant l'Allemagne que de ne pas faire défiler les tanks et les avions devant Macron, Trump et Poutine.

En réalité le simple fait que ce soit en France que tous les chefs d'Etats des pays qui furent belligérants en 1914-1918 soient conviés pour ce centenaire, suffit à signifier qu'il s'agit bien d'une apologie de l'impérialisme français, prétendument "victorieux" en 1918.

Ce mercredi 7 novembre le président Macron en "itinérance mémorielle"(sic !) a levé tout doute s'il y en avait : il est légitime de rendre hommage à tous les "maréchaux", dont Pétain, a-t-il déclaré, car il fut "un grand soldat qui nous a mené à la victoire". Dans la mémoire du combat des exploités, le Pétain de 1917 et le Pétain de 1940 sont un seul et même Pétain et comme lui tous les "maréchaux" de 14-18 sont des bouchers.

Les discours et éléments de langage officiels, abondamment diffusés dans beaucoup d'établissements scolaires au mépris de la liberté de consciene des élèves et des personnels, mèlent hypocritement l'apologie des "combattants de 14-18" qui auraient volontairement "accepté" leurs souffrances, à l'apologie de l'ordre diplomatique mondial contemporain tel que l'organisent l'Union Européenne, l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord et l'Organisation des Nations Unies, ordre appelé par antiphrase "la paix".

La bataille pour la vérité historique et le combat révolutionnaire pour la survie de l'humanité contre l'accumulation du capital sont liées : non, la première guerre mondiale n'a pas pris fin le 11 novembre 1918 sur le constat d'une supériorité militaire des "alliés" dont le plus gros contingent de chair à canon avait été fourni par l'impérialisme français !

La première guerre mondiale a pris réellement fin deux jours avant, lorsque, reprenant les aspirations de la révolution russe des ouvriers, des paysans et des nationalités opprimées, et des soldats, ouvriers et paysans de toute l'Europe, d'Amérique et des colonies, des centaines de milliers de manifestants à Berlin, formés en trois colonnes, ont pris d'assaut et se sont emparés des centres du pouvoir : la colonne conduite par le social-démocrate révolutionnaire Adolf Hoffman, député zimmerwaldien, a pris l'Hôtel de Ville, la colonne conduit par le social-démocrate révolutionnaire Emil Eichhorn a ouvert les prisons et pris la préfecture, et la colonne conduite par le social-démocrate révolutionnaire Karl Liebknecht, le drapeau viant de la révolution contre la guerre depuis son vote, seul, de rejet des crédits militaires au Reichstag en décembre 1914, a pris le palais impérial et le parlement.

Contrairement à ce que raconte un Kuzmanovic, ce n'est pas la République française, mais c'est le prolétariat allemand qui a vaincu le second Reich !

Les généraux de celui-ci, dont le futur parrain politique d'Adolf Hitler, Luddendorf, sont pour cette raison allés signer la fin des combats avec les généraux français et "alliés" afin de pouvoir préserver une force armée appelée à réprimer la révolution.

D'où le 11 novembre, qui n'a mis fin ni à la mobilisation - les soldats sont restés mobilisés jusqu'en juillet 1919 - ni aux combats dans les Balkans, et à l'envoi de corps expéditionnaire par l'infâme Clemenceau pour saigner les révolutions hongroise, russe et ukrainienne, contre qui se lévera la mutinerie des marins de la mer Noire !

Mener cette bataille, notamment à travers les actions engagées par les associations d'anciens combattants non bellicistes, pacifistes et libre-penseuses, pour la mémoire des centaines et des centaines de "fusillés pour l'exemple", exige la clarté dans les combats présents.

C'est pourquoi il est regrettable que les principaux appels à une manifestation dimanche 11 novembre à 14h Place de la République à Paris, ne parlent que de "Trump la guerre", alors que son ami et mentor Vladimir Poutine sera l'autre grand invité de M. Macron.

En 14-18 le combat contre la guerre impérialiste passait par l'action commune de la révolution russe, de la révolution allemande ou de l'insurrection irlandaise. Aujourd'hui le combat contre la guerre impérialiste passe par la lutte pour renouer le lien internationaliste de l'action commune des yéménites qui résistent aux bombardements saoudiens comme à l'obscurantisme d'al-qaida aussi bien que des "Houthis", et des syriens et kurdes contre Bachar el Assad et Erdogan.

Il ne saurait y avoir de combat anti-impérialiste qui s'en tienne à un seul impérialisme, fut-il dominant (d'autant plus que l'impérialisme des Etats-Unis est dans une crise grave). Le "campisme" conduit à choisir un camp impérialiste.

Nos ennemis de classe eux savent à quoi s'en tenir : Daniel Ortega, dictateur "de gauche" du Nicaragua, vient de féliciter le fasciste Jair Bolsonaro pour son élection soi-disant "démocratique" au Brésil !

 

Le collectif APLS appelle :

- à participer à la manifestation dimanche 11 place de la république à 14h indépendamment de ses initiateurs, en dénonçant Macron, Trump et Poutine,

- à participer la veille au même endroit à 18h 30 à la manifestation pour la libération de Oleg Sentsov et de tous les prisonniers politiques ukrainiens en Russie,

- à participer aux rassemblements organisés dans de nombreux départements, notamment à l'initiative de la Libre pensée, pour la "réhabilitation collective des fusillés pour l'exemple" de 1914-1918,

- à expliquer, expliquer et encore expliquer, dans toutes ces initiatives, la nécessité pressante de reconstituer l'internationalisme  prolétarien véritable, qui affronte tous les Etats et tous les gouvernements.

 


Local de FI avec Pompart et Corbières

Des Insoumis déçus appellent à « préserver » le programme de Mélenchon


 

Commentaire (RD): La crise de France Insoumise s’approfondit : sans nous situer dans le cadre du programme de FI, que les signataires de l’appel, continuent de défendre, ce texte prend ses distance avec une démarche de Mélenchon qui aujourd’hui se radicalise sur des positions populistes. La fermeture de « l’espace politique », qui offrait un cadre d’expression aux partis, mouvements ou réseaux dans la France Insoumise, le chef suprême vient de poser les scellés sur la porte. C’était une instance tout au plus consultative, ainsi que « le Roi en ses Conseils », pour reprendre une formulation d’ancien régime… Si Mélenchon ne reconnait plus la dialectique, du moins celle-ci va exercer son influence jusqu’à lui.

Les initiateurs de l’appel écrivent :
 
« La possibilité d'une alternative populiste, reposant sur la coagulation, entre autres, des luttes environnementales, sociales et sociétales a été théorisée par Chantal Mouffe. Nous ne partageons cependant pas toutes les prémisses de cette analyse. En effet, le peuple en soi n'est pas une multitude désincarnée. Bien qu'éclaté dans une économie segmentée et tertiarisée, le peuple au 21è siècle est formé à 90% par le salariat… »

Eh oui! la classe ouvrière existe et avec elle les "corps intermédiaires" que les populistes veulent écarter ou détruire (Brésil)

 


 

Tribune : Dans le JDD, des (ex)-militants et cadres de La France insoumise s'alarment de l'attitude de la direction du mouvement qui, à leur yeux, a été happée par la politique institutionnelle et le jeu médiatique. Pour réfléchir à la suite, ils vont lancer un site internet et organiser des conférences thématiques.

La tribune de ces (ex)-militants et cadres de La France insoumise :

 

Lors de l'élection présidentielle FI avait bâti son succès populaire et électoral en mettant sur pied un véritable mouvement d'éducation populaire. L'élaboration d'un programme écosocialiste et républicain cohérent, 1'Avenir en commun et, dans son sillage, la rédaction des livrets thématiques, avaient permis au candidat Jean-Luc Mélenchon et aux orateurs nationaux de LFI de ramener vers la politique des catégories d'électeurs qui avaient déserté la vie démocratique, monopolisée par des appareils partisans devenus de simples agences de placement de professionnels de la politique et d'aspirants au métier politique. De fait, l'électorat de Mélenchon a été le plus transclasse et le plus jeune, alors que celui de Macron était dominé par les CSP supérieures et les personnes âgées et que celui du FN fut le symétrique populaire de ce dernier. LFI avait su mobiliser par et pour les idées dans toutes les franges de la population. Hélas, une fois les élections de 2017 passées, ses porte-paroles et élus ont été happés par la politique institutionnelle et le jeu médiatique, délaissant ce qui a fait son succès : l'action programmatique.

Nous observons avec regret que le travail de fond est délaissé au profit d'opérations de communication, parfois dévastatrices.

Nous, orateurs nationaux, responsables de volets thématiques du programme, anciens candidats aux élections législatives, candidats démissionnaires de la liste européenne, membres de l'espace politique ou du comité électoral, militants féministes, syndicaux et associatifs, citoyens, observons avec regret que le travail de fond est délaissé au profit d'opérations de communication, parfois dévastatrices. Les groupes d'action constatent que le pouvoir, au sein du mouvement, est confisqué par une équipe d'animation et un comité électoral constitués sans transparence. Les militants découvrent que des accords électoraux sont conclus sans débat, ni mandat préalables. Les organisations parties prenantes du mouvement sont mises devant le fait accompli de la suppression de l'espace politique au sein duquel elles dialoguaient fraternellement. Cette verticalisation, assortie d'une centralisation et d'une personnalisation extrême du mouvement, contraires aux principes horizontaux annoncés, compromet la capacité de LFI à rassembler toutes les bonnes volontés, individuelles ou organisées.

Un grave problème de crédibilité

En l'état, il est peu probable que LFI, qui souffre d'un grave problème de crédibilité, parvienne à briser le plafond de verre et à incarner l'alternative politique à la pensée unique. De nombreuses forces citoyennes, pour l'heure éclatées, sont pourtant disponibles. Elles finiront, à plus ou moins long terme, par œuvrer ensemble, en bonne intelligence et dans le respect mutuel, à un rassemblement des forces du peuple. Le désastre écologique qui s'annonce et l'anomie sociale qui sévit nous commandent dès à présent de faire œuvre utile. Nous appelons les Insoumis, les militants syndicalistes, associatifs et politiques, les intellectuels et tous les citoyens ayant une sensibilité éco-socialiste et républicaine à se mettre en réseau pour constituer un espace de débat, Préservons l'avenir en commun;, ayant pour vocation de réfléchir aux modalités concrètes de la mise en œuvre de ce programme. Des conférences publiques seront organisées sur des sujets-clés : l'avenir de notre modèle social, 1'Europe, l'égalité, les dérives de la finance, la transition écologique, le féminisme, les mouvements de population, la politique extérieure de la France, etc. Ce travail sur le fond a pour vocation de façonner la boussole théorique et programmatique que nous mettrons à la disposition d'une politique qui ne manquera pas d'émerger, demain ou après-demain, autour d'un nouveau programme en commun.

Car la recomposition du paysage politique ne fait que commencer. Les clivages traditionnels ont volé en éclat, sous l'effet de la conversion au libéralisme économique des gouvernements qui se sont succédé depuis 1983. L'ordo-libéralisme est devenu la doctrine officielle de l'actuelle Union européenne, mise sur pied par les démocrates-chrétiens et les
Sociaux-démocrates, en coalition ou en alternance selon les États membres. En France, La République en marche rassemble désormais dans un même mouvement les libéraux des deux bords, issus de la gauche girondine et de la droite orléaniste. Ayant bradé son passé gaulliste, la droite s'en trouve réduite à sa portion congrue légitimiste, poreuse avec l'extrême droite poujadiste. En face, la défiance envers le PS et la marginalisation du PCF ont rendu caduque la traditionnelle stratégie d'union de la gauche. Pour sa part, l'écologie politique, bienvenue pour traiter l'urgence environnementale, s'est compromise dans des exécutifs ayant appliqué (ou appliquant) des politiques ordo-libérales. Dans ce paysage éclaté, le peuple est orphelin d'une représentation politique à même de faire prévaloir l'intérêt général face aux méfaits écologiques et sociaux du capitalisme financier.

L'avènement rapide au pouvoir d'un nouveau bloc réactionnaire [est plausible], en l'absence de l'alternative au macronisme que La France Insoumise aurait pu incarner.

La possibilité d'une alternative populiste, reposant sur la coagulation, entre autres, des luttes environnementales, sociales et sociétales a été théorisée par Chantal Mouffe. Nous ne partageons cependant pas toutes les prémisses de cette analyse. En effet, le peuple en soi n'est pas une multitude désincarnée. Bien qu'éclaté dans une économie segmentée et tertiarisée, le peuple au 21è siècle est formé à 90% par le salariat. Ceci contredit également l'hypothèse faite par les promoteurs du revenu universel, qui remettent en cause la centralité du travail salarié. Tant que la durée du travail pour tous est susceptible d'être abaissée a minima à mesure que la productivité croît, le travail peut rester le principal vecteur de l'intégration sociale et des droits sociaux qui lui attachés. Derrière le salariat, se trouve posée la question sociale de la maîtrise du surplus engendré par le travail, qu'il convient évidemment de désaliéner. C'est pourquoi l'éco-socialisme, entendu comme la maîtrise collective par la République sociale de la production et de la répartition des richesses, en faveur du progrès social et de la réconciliation de l'être humain avec la nature, est d'une brûlante actualité, en ce siècle où les inégalités explosent et où le dérèglement climatique sévit. Parce que le cadre actuel de la construction européenne entrave l'émergence d'une telle alternative, la renégociation des textes européens est indispensable pour en permettre l'avènement. Ce plan A ne saurait aboutir sans la menace crédible d'un plan B. Ce dernier doit par conséquent être solidement préparé et déclenché en cas d'échec des négociations.

Pour mobiliser le peuple, réclamer l'unité des gauches impliquées dans les politiques ayant entraîné ces désastres et désavouées par nos concitoyens est devenu inutile. Ces combats ne sont pas plus portés par la droite conservatrice et à l'extrême droite. Leur porosité rend néanmoins plausible l'avènement rapide au pouvoir d'un nouveau bloc réactionnaire, en l'absence de l'alternative au macronisme que La France Insoumise (LFI) aurait pu incarner.

Devant la précarité et la misère sociale, nous n'avons d'autre choix que de nous engager et de nous rassembler, d'investir les rues, les urnes et de tenter de développer la conscience collective. Nous avons tous une responsabilité dans ce combat. Nous sommes tous dotés d'un potentiel de lutte, de résistance, de solidarité et de partage. Puisse cette fraternité, au service de l'égalité, permettre au peuple de jouir enfin de la liberté.

 

Les signataires :

André Campagne, animateur du groupe d'action Sud Comminges
Laurent Courtois, syndicaliste SUD-Rail, ex-candidat aux élections législatives dans la 12ë circonscription du Nord
David Garcia, ex-candidat aux élections législatives dans la 6e circonscription de 1'Hérault<S><P54><F8>
Ninon Gillet, militante féministe, candidate démissionnaire de la liste LFI aux élections européennes
Lilian Guelfi, ex-membre du comité électoral
Liêm Hoang Ngoc, ancien député européen, ex-orateur national, chargé du chiffrage du programme présidentiel, ex-candidat aux élections législatives dans la 4e circonscription de Haute-Garonne
Mehdi Kemoune, ex-secrétaire général de la CGT Air France, ex-orateur national, ex-candidat aux élections législatives dans la 15e circonscription de Paris
Frédéric Lebaron, sociologue
Sophie Lechat, militante syndicale et associative, ex-candidate aux élections législatives dans la 8e circonscription de Haute-Garonne Marianne Nedyj, ex-membre du comité électoral
Frédéric Pierru, sociologue, ex-orateur national, rédacteur du livret Santé
Olivier Spinelli, ex-membre du comité électoral et de l'espace politique, ex-candidat aux élections législatives dans la 5e circonscription de la Somme
Dominique Théo, ex-tête de liste départementale de la Somme aux élections régionales dans les Hauts de France
Damien Thomas, directeur des Rencontres pour une culture populaire de Bordeaux, animateur du groupe d'action des Insoumis du centre-ville de Bordeaux, contributeur au livret Culture
Joël Villain, ex-président de 1'Assurance Mutuelle des Motards, contributeur au livret Education

 


Sahra Wagenknecht en compagnie...

Debout ! pour aller où ? par Robert Duguet
Quelques notes sur la situation allemande.



A l’image de Jean Luc Mélenchon, Sahra Wagenknecht, par ailleurs responsable du groupe parlementaire de Die Linke et compagne d’Oskar Lafontaine, crée le mouvement Aufstehen (Debout !), à partir d’un site internet : c’est un engagement, face à la montée inquiétante de la montée de l’extrême droite allemande, vers un populisme de « gauche ». Lors de la conférence de presse du mardi 4 septembre 2018, étaient partie prenante la maire sociale-démocrate de Flensburg Simone Lange, ex-candidate à la direction du SPD en avril ainsi que le cofondateur  du parti écologiste Ludger Volmer. Sahra Wagenknecht revendique 100 000 adhésions internet et le soutien de politiques, d’artistes et d’écrivains. Ce n’est pas exactement, compte tenu des institutions allemandes, le parallèle de la FI française, il s’agit d’aller vers un front politique qui rassemble le SPD, Die Linke et le Verts, en mesure d’obtenir une majorité contre Merkel et la démocratie chrétienne. Aufstehen est appelé de l’extérieur du mouvement ouvrier allemand et de ses composantes social-démocrates, SPD et Die Linke, à élaborer une stratégie de pression sur les partis politiques par les moyens d’une plateforme internet : Sahra Wagenknecht jure qu’elle n’a pas l’intention de concurrencer les partis institutionnels de la gauche et de créer un autre parti.

C’est un projet anti-AfD, le parti d’extrême droite, qui a défilé à Chemnitz aux côtés des groupes néonazis. La responsable d’Aufstehen déclare :

« Pour ceux qui en doutaient encore, les émeutes racistes de Chemnitz l’ont clairement montré, notre pays connaît une profonde crise démocratique, explique Wagenknecht. Ceci est dû avant tout à un déséquilibre social qui fait que ces dernières années, plus de 50 % de la population de ce pays a vu ses revenus et sa situation se dégrader. Il est urgent de réagir. »

Mais en refusant de manifester avec les opposants aux émeutes racistes de Chemnitz, Aufstehen va-t-il jouer sur une option anti-migrants de gauche, à l’image de la FI française.

Aufstehen, au-delà de la question migratoire, va-t-il pouvoir, de l’extérieur du mouvement ouvrier, dépasser les lignes d’opposition au sein des courants sociaux-démocrates et des verts, pour cela il faudrait construire une vraie opposition anticapitaliste qui réponde à l’impatience et la colère qui se développe dans la population laborieuse, donc une stratégie de front unique qui s’appuie sur les aspirations ouvrières : outre que je ne crois pas une seule minute aux mouvements « gazeux » qui naissent sur internet, pour l’instant Aufstehen a pris la mauvaise pente du populisme.  Tout au plus ce positionnement, des deux dirigeants qui ont été les chevilles ouvrières d’un courant social-démocrate de gauche, rencontre une opposition sérieuse au sein des Linke eux-mêmes, qui veulent garder leur fonctionnement de parti. Le danger est bien qu’Austehen mette en danger le parti lui-même et risque de le détruire. La sympathie que l’aile gauche du SPD pouvait nourrir à l’égard des Linke, ne se retrouve pas pour le mouvement Aufstehen. Par exemple la députée SPD de Hesse Andrea Ypsilanti, si elle estime juste avec Aufstehen de dire qu’il est urgent de réagir vis-à-vis du vide politique actuel à gauche, craint le caractère vertical et personnalisé du mouvement autour d’un leader. 

Tout comme, l’abandon de la ligne socialiste de gauche promue par les fondateurs du Parti de Gauche français en 2014, confirmant l’explosion du Front de Gauche, au profit du mouvement populiste et nationaliste France Insoumise, a amené la destruction du PG. Aujourd’hui le PG, qui a subi toutes les oukases bonapartistes de Mélenchon, ses fédérations dissoutes ou mises sous tutelle, est vidé de toute sa substance militante.

 


 

Un des six monuments aux morts que tous les gouvernements depuis 1920 ont toujours refusé d'homologuer...

Anniversaire de l'armistice de 1918... Que maudite soit la guerre!

Ecoutons la Chanson de Craonne interprétée par Marc Ogeret!


"Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée l'orage" Jean Jaurès

 

La chanson de Craonne

Quand au bout d'huit jours, le r'pos terminé,
On va r'prendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile.
Mais c'est bien fini, on en a assez,
Personn' ne veut plus marcher,
Et le cœur bien gros, comm' dans un sanglot
On dit adieu aux civ'lots.
Même sans tambour, même sans trompette,
On s'en va là haut en baissant la tête.

Refrain


Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes.
C'est bien fini, c'est pour toujours,
De cette guerre infâme.
C'est à Craonne, sur le plateau,
Qu'on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
C'est nous les sacrifiés !

C'est malheureux d'voir sur les grands boul'vards
Tous ces gros qui font leur foire ;
Si pour eux la vie est rose,
Pour nous c'est pas la mêm' chose.
Au lieu de s'cacher, tous ces embusqués,
F'raient mieux d'monter aux tranchées
Pour défendr' leurs biens, car nous n'avons rien,
Nous autr's, les pauvr's purotins.
Tous les camarades sont enterrés là,
Pour défendr' les biens de ces messieurs-là.

 

 

 

au Refrain

 

Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance,
Pourtant on a l'espérance
Que ce soir viendra la r'lève
Que nous attendons sans trêve.
Soudain, dans la nuit et dans le silence,
On voit quelqu'un qui s'avance,
C'est un officier de chasseurs à pied,
Qui vient pour nous remplacer.
Doucement dans l'ombre, sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes.

Refrain


Ceux qu'ont l'pognon, ceux-là r'viendront,
Car c'est pour eux qu'on crève.
Mais c'est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève.
Ce s'ra votre tour, messieurs les gros,
De monter sur l'plateau,
Car si vous voulez la guerre,
Payez-la de votre peau !

 

 

 

 


Ainsi que que toute une génération de jeunes gens, il partit la fleur au fusil (Ah! Dieu que la guerre est jolie!) Sous-lieutenant d'artillerie, il essuya l'épreuve du feu. Toutefois, s'il fut effectivement nationaliste, son oeuvre littéraire commencera à tracer le sillon des mouvements d'avant-garde artistiques qui marqueront l'après guerre, notamment le surréalisme. Trépané suite à ses blessures, il sera victime de l'épidémie de grippe espagnole de 1918. Le 11 novembre, jour même de l'armistice, il sera porté en terre dans les jardins du Père Lachaise. Mac Jacob dira: le XXème siècle, le siècle d'Apollinaire

La petite auto, par Guillaume Apollinaire

Guillaume Apollinaire, Calligrammes, 1918.


 

Le 31 du mois d'Août 1914
Je partis de Deauville un peu avant minuit
Dans la petite auto de Rouveyre
Avec son chauffeur nous étions trois
Nous dîmes adieu à toute une époque
Des géants furieux se dressaient sur l'Europe
Les aigles quittaient leur aire en attendant le soleil
Les poissons voraces montaient des abîmes
Les peuples accouraient pour se connaître à fond
Les morts tremblaient de peur dans leurs sombres demeures
Les chiens aboyaient vers là-bas où étaient les frontières
Je m'en allais portant en moi toutes ces armées qui se battaient
Je les sentais monter en moi et s'étaler les contrées où elles serpentaient
Avec les forêts les villages heureux de la Belgique
Francorchamps avec l'Eau Rouge et les pouhons
Région par où se font toujours les invasions
Artères ferroviaires où ceux qui s'en allaient mourir saluaient encore une fois la vie colorée
Océans profonds où remuaient les monstres
Dans les vieilles carcasses naufragées
Hauteurs inimaginables où l'homme combat
Plus haut que l'aigle ne plane
L'homme y combat contre l'homme
Et descend tout à coup comme une étoile filante
Je sentais en moi des êtres neufs pleins de dextérité
Bâtir et aussi agencer un univers nouveau
Un marchand d'une opulence inouïe et d'une taille prodigieuse
Disposait un étalage extraordinaire
Et des bergers gigantesques menaient
De grands troupeaux muets qui broutaient les paroles
Et contre lesquels aboyaient tous les chiens sur la route



Et quand après avoir passé l'après-midi
Par Fontainebleau
Nous arrivâmes à Paris
Au moment où l'on affichait la mobilisation
Nous comprîmes mon camarade et moi
Que la petite auto nous avait conduits dans une époque
Nouvelle
Et bien qu'étant déjà tous deux des hommes mûrs
Nous venions cependant de naître

 


France Insoumise, Kuzmanovic et le nationalisme

A propos des dérives patriotardes de Djorje Kuzmanovic "orateur national de la France insoumise", par la revue Regards

Source : http://www.regards.fr/idees/article/14-18-les-enjeux-d-une-commemoration


Nous republions un entretien avec Nicolas Offenstadt, spécialiste de la Grande Guerre, paru dans le numéro d’hiver 2013 de Regards. Chacun jugera sur pièces de la légèreté historique des propos de M. Kuzmanovic et du caractère inquiétant de l’orientation idéologique qui l’accompagne.
Dans le dernier numéro de Marianne, Djorje Kuzmanovic, "orateur national de la France insoumise", publie une tribune étonnante, intitulée "Pour une commémoration de la victoire de 1918 et contre le mépris de nos morts".
Il y défend l’idée que la cause de la guerre se trouve dans les « calculs erronés d’une petite élite allemande ». Il s’inscrit ainsi dans la pure tradition du patriotisme revanchard, contre lequel s’est dressé le cœur du mouvement ouvrier européen et dans lequel sombra la social-démocratie continentale, totalement compromise dans la guerre et ses politiques d’Union sacrée.
Pour mesurer les enjeux, de la commémoration de la première guerre mondiale, nous avons rencontré l’historien Nicolas Offenstadt, membre du conseil scientifique de la Mission du centenaire.

Regards. Comment se situe la commémoration en cours par rapport à toutes les précédentes ? N’y a-t-il pas le risque d’une commémoration classique, consensuelle et passe-partout ?

Nicolas Offenstadt. Le risque existe, bien sûr, mais je vois aussi la possibilité d’un événement qui mobilise les populations davantage encore que les États. Les quelque 1 200 projets habilités à ce jour par la Mission du Centenaire, sans compter les autres, donnent une image polycentrique, plurielle, où le théâtre pacifiste, l’initiative culturelle, la pratique enseignante côtoieront des formes plus traditionnelles. Au fond, la commémoration sera ce que les peuples décideront d’en faire et, à mes yeux, l’enjeu est d’en faire une histoire réellement populaire, à tous les sens du terme : une histoire de ceux « d’en bas » et une commémoration où s’associent spécialistes, citoyens, élus et institutions de tous types.

Dans la commémoration au sommet de l’État, je ne cache pas que m’inquiètent quelques signes, comme le récent discours présidentiel du 7 novembre à l’Élysée et du 11 novembre à Oyonnax. J’y ai senti l’attirance, à nouveau, pour une dimension répétitive placée sous le sceau du patriotisme. J’ai perçu aussi la possibilité d’un réel rétrécissement du champ d’observation, avec par exemple le retour vers les « héros de la Marne », ce qui nous renverrait vers cette commémoration franco-française et héroïque que Jean-François Copé appelle de ses vœux. J’ajoute que j’ai les plus vives réserves sur l’affirmation de la continuité du combat des « poilus » et de celui des résistants de la Seconde Guerre. Les Allemands de 1914 n’étaient pas les nazis et les soldats de la Première Guerre étaient des conscrits, qui se sont battus dans des conditions éprouvantes mais n’avaient pas choisi de la faire, tandis que l’engagement résistant relevait quasi exclusivement d’un choix assumé. La dimension fondatrice de la liberté ne fonctionne pas de la même manière en 1914 et dans la France occupée. A l’ignorer, on court le risque de s’engager dans de la mauvaise histoire, la énième redite du grand roman national.

Dans une période de crise, beaucoup peuvent être tentés par le regard consensuel et trouver, dans l’exaltation du sacrifice d’hier, le ciment qui fait justement défaut aujourd’hui. Ce n’est pas de l’histoire ; c’est de la courte vue politique. On a besoin d’autre chose.

Comment définiriez-vous la meilleure manière de conduire aujourd’hui une commémoration vraiment à la hauteur ?

J’attendais du Président de la République le lancement d’une réflexion de long souffle sur la guerre de 14-18 elle-même, et pas une continuation quasi à l’identique de la geste franco-française. Une commémoration digne de notre époque pourrait à mes yeux se déployer autour de quatre grandes exigences. Tout d’abord, nous aurions besoin d’une histoire qui soit pleinement l’occasion de débats publics. Tout le monde n’attend pas la même chose d’une commémoration, ne pense pas de la même manière le sens de ce qui doit faire l’objet d’initiative collective. La seule façon d’éviter le consensus mou, c’est d’assumer ces débats. Et pour qu’ils soient bien menés, rien n’est plus important que de parvenir à une véritable forme hybride de la commémoration où professionnels et citoyens discutent ensemble, par exemple à l’occasion d’initiatives publiques vers la population. Il est des sujets qui méritent de vrais débats, larges et non pas seulement académiques, par exemple le rôle du 11 novembre : je pense aussi à celui qu’aurait pu provoquer la mémoire des désobéissances et des fusillés, ou du moins, la place à accorder à ces questions dans la mémoire nationale. Il est vrai qu’au niveau local et associatif ces questions sont discutées.

Je pense en second lieu qu’il faut utiliser tous les outils culturels disponibles pour renouveler la panoplie des commémorations officielles. Je suis persuadé qu’il est nécessaire et possible de transformer les grands rituels en les démilitarisant et en les culturalisant. li n’y a pas que la gerbe au monument aux morts. On peut organiser des journées du cinéma, utiliser la production souvent très contemporaine des romanciers, chanteurs de hard rock ou de pop. Le groupe Indochine a sorti en 2009 un album étonnant, inspiré de lettres de poilus et intitulé La République des Meteors. C’est un remarquable outil pour faire réfléchir. J’ai un peu l’impression qu’on a raté le coche en 2008, au moment de la mort du dernier poilu, Lazare Ponticelli. On aurait pu donner toute sa dimension humaine et symbolique à ce parcours, en projetant des films, en sollicitant des gens de théâtre ; en fait, on a préféré la sempiternelle cérémonie militaire aux Invalides.

En troisième lieu, je tiens énormément à ce que l’on quitte l’horizon strictement français qui ne suffit pas à comprendre l’originalité fondamentale de ce conflit. Il fut vraiment le premier mondial et sa mémoire touche donc l’Afrique, l’Australie, le Canada, la Chine et tant d’autres. C’est un enjeu extraordinaire, à la fois universitaire, scolaire et citoyen, que de réintégrer ces mémoires, mais aussi de rappeler que la séquence de 1914-1918 fut aussi celle du génocide arménien, des révolutions russes de 1917 et, dans la foulée, de la vague révolutionnaire européenne. Se fixer seulement sur le poilu peut être un appauvrissement, dans la variante héroïsante et patriotique qu’affectionne la droite, mais aussi, à sa manière, dans la variante de gauche qui s’attache d’abord à valoriser le soldat écrasé par la machine de guerre, sacrifice des colonisés au service de la mère partie. Il faut rappeler le recrutement forcé, les violences pour conduire les colonisés à la guerre. Il ne faut pas taire les révoltes et leurs conséquences très dures. Sans compter l’exploitation des travailleurs chinois ou des Camerounais dans les possessions allemandes, etc.

Entre ceux qui voient dans les quelques semaines qui séparent Sarajevo de la guerre générale, l’enchaînement de méfiances et de malentendus venant de dirigeants « somnambules » et ceux qui, au contraire, y voient une sorte de fatalité historique, Les débats ne manquent pas. Qu’avez-vous envie de retenir pour votre part ?

Pas facile d’aller vite sur un sujet aussi complexe. En quelques mots, j’aurais surtout envie de dire qu’il ne faut surtout pas juger du déclenchement du conflit à l’aune de l’horreur qui a suivi. Ce qu’ont risqué les puissances centrales, ce n’était au départ qu’une guerre limitée, pas une guerre mondiale de cette ampleur. L’enjeu de départ concerne l’Autriche et la Serbie, et les deux protagonistes ne raisonnent d’abord que dans ce contexte particulier, même s’ils prennent de plus larges risques. Ajoutons par ailleurs que les anticipations des militaires portent sur une guerre courte, ou plutôt que chacun veut courte, comme si chaque état-major est alors persuadé que la rapidité d’exécution est la seule manière d’obtenir une victoire totale.

Enfin, je crois que, malgré l’existence ici ou là d’écrits d’apparence visionnaire, les acteurs du jeu de l’été 1914 n’ont pas vraiment idée de ce qu’est une guerre industrielle. L’horizon général des militaires de l’époque, c’est la logique offensive des décennies précédentes, c’est la dynamique de la cavalerie et de l’infanterie davantage que la puissance de feu. Il faut avoir tout cela en tête quand on aborde la séquence cruciale qui va du 28 juin au 4 août.

On reprend souvent l’expression d’ Éric Hobsbawm qui dit de la Grande Guerre qu’elle fut l’acte fondateur du « court XXe siècle ». Comment trai­teriez-vous personnellement de cette question ?

La guerre introduisit de fait un profond bouleversement. Ce fut la fin d’une société. La naissance de l’inflation a ainsi tué la rente et obligé la bourgeoisie à se mettre au travail, ce qui a accéléré les mutations industrielles. Ces années furent aussi celles de la naissance du communisme, parce qu’elles ont déstabilisé à mort l’empire russe et parce que l’expérience du feu a structuré une génération.

La fièvre révolutionnaire n’a significativement pas touché que la Russie, mais aussi, particulièrement, la Bavière où la Hongrie. L’effondrement du socialisme de 1914 est d’abord le fait de la guerre, alors que les décennies précédentes l’avaient plutôt conforté. De façon plus générale, la guerre a installé dans l’espace public un pacifisme, multiforme, qui n’est plus un mouvement marginal et plutôt intellectuel et culturel, mais un mouvement de masse qui a profondément marqué l’entre-deux-guerres et traversé le siècle. Enfin, il ne faut pas négliger l’aspect anthropologique du conflit, par la marque qu’il a imprimée sur la génération masculine du feu (huit millions de mobilisés pour la seule France), les familles et par les traces qui sont restées dans les générations suivantes. On est devant des mémoires familiales à la fois déchirées et très fortes. La transmission mémorielle est directe - c’est notamment le poids décisif des grands-pères - ou elle est indirecte, par le biais de l’écrit. En 1914, la percée des scolarisations élémentaires de masse a développé des sociétés de l’écrit. Nous en avons gardé, avec la masse des lettres échangées, la trace parfois traumatique qui balise encore notre univers mental. D’autant plus que c’est la génération des petits-fils qui est encore au pouvoir.

 


 

Les bons vœux d'Ortega à Bolsonaro

Managua, 29 octobre 2018


 

Monsieur Jair Bolsonaro

Président élu du Brésil

Monsieur le Président élu :

Nous saluons de manière très spéciale la journée électorale exemplaire que le peuple brésilien a mis en œuvre hier, consolidant la vocation de paix qui caractérise ce pays fraternel.

Nous saluons aussi votre élection comme Président du Brésil, en ayant confiance en Dieu et en lui demandant de tout notre cœur le meilleur pour ce cher peuple.

La région et le monde traversent des temps marqués par des grands défis. Comme frères et sœurs dans la grande patrie, nous nous reconnaissons mutuellement comme capables d’assumer ces défis et de travailler pour promouvoir une rencontre et un vivre-ensemble qui confortent les rêves de sécurité et de bien-être de nos peuples.

Depuis le Nicaragua, béni et toujours libre, nous vous faisons parvenir nos meilleurs vœux pour ce Brésil immense proche et admirable.

Daniel Ortega Saaverdra Rosario Murillo

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