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Georges Guingouin (1913-2005) : le héros rebelle, par Nicolas Vanderlick

27 octobre 2005, mort de Georges Guingouin, héros de la Résistance

Source : Article de l’hebdomadaire Rouge (10 novembre 2005)

Le 27 octobre 2005, Georges Guingouin disparaissait. Premier maquisard de France et libérateur de Limoges, il eut également à affronter la répression stalinienne.

Guingouin fut un résistant social, qui peut servir d’exemple à tous ceux qui luttent aujourd’hui pour « un juste développement humain ».

Le colonel Guingouin est avant tout connu pour ses hauts faits d’armes. Il sait organiser, entre 1940 et 1944, jusqu’à 20 000 hommes en Limousin et il livre notamment les combats héroïques au mont Gargan contre les unités hitlériennes du général Ottenbacher. Sans son action, qui fixe sur le sol limousin une division blindée entière, le débarquement de Normandie eut certainement été un échec, comme le reconnaîtra lui-même le commandant en chef des forces alliées d’alors, le général américain Dwight Eisenhower. Pour sa contribution à la libération de la France et de l’Europe, Guingouin se voit décerner l’acte de reconnaissance de la nation américaine, et De Gaulle le fait compagnon de la Libération, une distinction rarissime pour un communiste.

Car Guingouin n’est pas qu’un stratège et un patriote, c’est un communiste.

Natif de Magnac-Laval, dans la campagne haut-viennoise, il se définit lui-même comme un descendant du mouvement syndical et révolutionnaire du Limousin et de l’Occitanie. Il est fils de ce pays où les bergers lisent Marx, sous l’influence des maçons de la Creuse - des gueux crevant de faim qui, montant à Paris pour survivre, en ont rapporté le socialisme.

« Préfet du maquis »

C’est donc naturellement qu’il s’est tourné vers le Parti communiste (PCF). Il adhère en 1935 au rayon d’Eymoutiers(1), tout près de Saint-Gilles-les-Forêts, où il officie comme instituteur. Et c’est aussi naturellement, comme responsable de son rayon, qu’il prend le maquis, le 18 juin 1940 (sans avoir écouté la radio !), avec quelques-uns de ses camarades. Distributions clandestines de tracts sur le marché d’Eymoutiers, destructions de machines à faire des bottes de foin et sabotages de fabriques travaillant pour l’occupant : on ne compte plus les actions de « Lou Grand »(2) qui se proclame « préfet du maquis ». Cela ne plaît guère à l’occupant. Mais cela ne plaît pas plus au PCF qui, du fait du Pacte germano-soviétique, proscrit tout acte de résistance. Le parti tente de ramener à la raison « le fou qui vit dans les bois », sans succès. Puis, c’est une tentative de liquidation physique. Devant ce nouvel échec, on tente de le mettre au placard en lui proposant une promotion à la direction des Francs-tireurs partisans (FTP) du Puy-de-Dôme. Il refuse.

En juin 1944, alors que le parti estime que toute résistance valable doit être ouvrière et urbaine, et qu’il ordonne aux communistes, par la voix de Léon Mauvais, de prendre les villes, « Lou Grand » ne se soumet pas. Il sait qu’un assaut serait coûteux en vies humaines et que la ville risquerait d’être reprise et soumise à des représailles terribles. Cette nouvelle désobéissance lui est vivement reprochée. À ce moment-là, d’autres villes de la région seront prises par les maquisards, puis perdues, comme Tulle, où 99 otages sont pendus.

Encore une fois, les faits ont donné raison à Guingouin contre le parti

Et c’est sans effusion de sang qu’il prend Limoges, au mois d’août, après avoir encerclé la ville et négocié la reddition du général allemand Gleiniger.

À ce moment, Guingouin est au faîte de la gloire et le parti doit se résoudre à le soutenir, au moins publiquement. C’est ainsi que le PCF remporte les élections municipales de 1945 à Limoges, une ville tenue par les socialistes depuis 1912. L’ex-« préfet du maquis » s’installe donc à la mairie et met en pratique ses idées. Il finance de grands travaux (complexe sportif, cités ouvrières, voirie...) dans l’intérêt des classes populaires limougeaudes, et il encourage la vie associative (patronages laïques, « samedis rouges »). Pour faire face aux problèmes du logement, il crée un service municipal, chargé de réquisitionner des habitations privées, et il soutient l’occupation des casernes par les comités locaux, qui comptent y faire des appartements.

L’ancien maire, Léon Betoulle, qui, député, a voté, en 1940, les pleins pouvoirs à Pétain, ne désespère pas cependant de retrouver sa place. Et lorsque, deux ans plus tard, de nouvelles élections sont convoquées, Guingouin est battu, victime d’une union sacrée entre les staliniens et les socialistes. Le vœu du bourgeois attentiste Betoulle est exaucé. Mais cela ne suffit pas.

Ceux qui l’ont battu politiquement veulent l’abattre, le détruire, casser son prestige

C’est ainsi qu’il sera brisé, au sein du parti, par Duclos et Thorez(3). Comme Marty et Tillon(4), il est écarté des directions, avant d’être exclu, en 1952, comme « titiste »(5) et « ennemi de la pire espèce ». À l’extérieur, les socialistes déclenchent la curée. L’un d’eux, le normalien Jean Le Bail, publie dans Le Populaire du Centre une série d’articles intitulés « Limousin, terre d’épouvante ». Dans ce feuilleton, qui devient quotidien, le dirigeant de la SFIO(6) déterre des affaires classées, et il attribue chaque jour un nouveau crime à la Résistance.

Calomnie

À chaque fois, Guingouin est pointé du doigt. La balle est alors dans le camp de la justice, qui ouvre une instruction et emprisonne le libérateur de Limoges. C’est l’Affaire Guingouin(7) qui commence ! Le héros se retrouve en position d’accusé. On tente même de le « suicider » dans sa cellule de Brive. Il restera plusieurs jours entre la vie et la mort. On tente alors de le faire passer pour fou. Grâce à la détermination de ses proches et de deux jeunes avocats (Roland Dumas et Robert Badinter), il est libéré après quelques semaines. Il mettra tout de même cinq ans à se laver de l’injure et de la calomnie, jusqu’au moment où, en 1959, le procureur du tribunal de Lyon déclare « ne pas comprendre, en son âme et conscience, qu’on ait pu engager des poursuites contre Georges Guingouin ».

Instituteur jusqu’à sa retraite, Georges Guingouin s’est établi près de Troyes. Il revient cependant sur la terre limousine périodiquement, notamment pour assister aux cérémonies du mont Gargan. C’est de là qu’il lance, en 1992, son appel à voter « non » au traité de Maastricht. Dans ses entrevues avec des camarades du cercle Gramsci ou de la LCR de Limoges, il se revendique régulièrement de l’autogestion, se réclamant à la fois de Pierre Leroux qui, en 1845, avait créé la première coopérative en Creuse, de la féministe Pauline Roland ou de Rosa Luxemburg, pour sa critique de la bureaucratie. Analysant la situation actuelle, il s’exprime ainsi, en 2002, après la naissance des mouvements altermondialistes à la suite des rassemblements de Seattle, Gênes et Porto Alegre : « Il y a un foisonnement, c’est certain. Du moment qu’en haut, il y a un échec, à la base, il y a une recherche. Tout le problème, c’est de savoir quand les masses peuvent faire basculer la situation. Mais ça, personne ne le sait. »
Notes :

Notes:

1. Un rayon est l’équivalent d’une section du parti à l’échelle régionale.
2. Surnom donné du fait de sa grande taille.
3. Maurice Thorez, alors secrétaire général du PCF, a passé la guerre à Moscou.
4. André Marty, numéro 3 du PCF, et Charles Tillon, chef des FTP ayant organisé le parti dans la clandestinité, sont accusés de « déviationisme ».
5. Du nom de Tito, chef d’État yougoslave.
6. Section française de l’Internationale ouvrière.
7. Lire Michel Taubmann, L’Affaire Guingouin, éditions Lucien Souny, 19 euros.

 


L'historien trotskyste Pierre Broué (1926-2005), co-auteur de "Meurtre au maquis"

27 octobre 1943 Trotskistes Résistants assassinés par des Staliniens, par Waintrop Edouard

jeudi 27 octobre 2016.

Source : parti de gauche Midi Pyrénées : http://www.gauchemip.org/spip.php?article41

 


1) Point de Vue du PCF

Le 26 ou le 27 octobre 1943, quatre militants trotskistes : Pietro Tresso, Abraham Sadek, Pierre Salini et Jean Reboul, ainsi qu’un membre du PCF Jean Maraval sont exécutés dans le maquis Wodli par des résistants communistes. Encore aujourd’hui, il est difficile de savoir si cet assassinat est un meurtre politique téléguidé par Moscou (hypothèse corroborée par la personnalité de Pietro Tresso) ou un acte isolé dû à un sentiment de trahison causé par la défection d’un autre militant trotskiste, Albert Demazière. Il s’agit bien entendu d’une question extrêmement controversée entre opposants et partisans du communisme français.

2) Cinq meurtres sortent du maquis (article de Libération)

Un livre reconstitue l’assassinat en 1943, par les communistes, d’un des leurs et de quatre trotskistes

Dans les maquis, les communistes français ne se sont pas seulement attaqués aux nazis et aux collaborateurs, ils ont aussi éliminé physiquement quelques antinazis qui les gênaient, des trotskistes, des communistes oppositionnels. On le savait (1), on le disait parfois, mais discrètement. Aujourd’hui, avec Meurtres au maquis (2), qui raconte un de ces cas, en l’occurrence le destin tragique de quatre militants trotskistes et d’un communiste peu docile exécutés en 1943 par des Francs-Tireurs et Partisans (FTP), cette histoire n’est plus clandestine.

L’enquête de Pierre Broué et Raymond Vacheron noue plusieurs fils. Le premier, c’est la vie du plus connu des cinq assassinés : Pietro Tresso, alias « Blasco ». Tresso était l’un des fondateurs du Parti communiste italien, avec Gramsci et Bordiga. Il en fut exclu pour avoir soutenu Trotski contre Staline. Cette position le força ensuite à slalomer entre deux bandes de tueurs, ceux de l’Ovra fasciste et ceux du NKVD soviétique. Après des années de militantisme quasi clandestin, il fut arrêté par la police à Marseille au printemps 1943 et expédié à la prison du Puy-en-Velay, en Haute-Loire. Il y fut détenu avec des dizaines de staliniens et quatre de ses camarades, Albert Demazière, qui allait par miracle échapper à la mort, Abraham Sadek, Maurice Sieglmann, qui avait pris le pseudo de Pierre Salini, et Jean Reboul.

La seconde histoire que suivent Vacheron et Broué, c’est celle du Puy-en-Velay et de la Haute-Loire. Ils décrivent aussi bien l’inclination de certains pour Pétain que la montée en puissance de la Résistance après que les communistes s’y furent mis, , après l’attaque du Reich contre l’URSS. Ils reconstituent aussi la vie en prison des antinazis, leur activité politique et idéologique. La quarantaine dans laquelle ils maintiennent les prisonniers trotskistes. Ils suivent ainsi les directives meurtrières du parti : « Le trotskisme a cessé d’être un courant politique dans la classe ouvrière ["] [il est] devenu une bande forcenée et sans principes de saboteurs, d’agents de diversion et d’assassins agissant sur ordre des services d’espionnage des Etats étrangers. » Les militants communistes en prison se méfient donc des trotskistes, ils les retrouvent dans le maquis après une évasion massive de la centrale du Puy-en-Velay. Les FTP survivants l’ont répété : « On a eu la haine contre eux » Cette haine n’aurait pas suffi à elle seule à provoquer ce crime de sang-froid. Il a fallu que des dirigeants le planifient.

Un de ces leaders a été identifié par Broué et Vacheron comme étant Giovanni Sosso, alias « Capitaine Jean » ou « Jean Auber », dit aussi « le Grand Pierre » ou « Colonel Guillemot », un homme que les auteurs pensent être un agent soviétique : « Sosso présente un rapport sur la nécessité de lutter contre les trotskistes, ennemis de la révolution, traîtres et saboteurs" ils veulent empoisonner l’eau du camp. Il serait criminel d’hésiter », ajoutent les responsables du maquis. Le sort des trotskistes « hébergés » par les FTP est scellé. L’un d’entre eux, Demazière, réussit par hasard, sans avoir à quoi il échappe, à rejoindre Paris. Les autres ne le pourront pas. Un vétéran FTP contera : « Un jour, un maquisard leur a proposé de les accompagner à un autre camp pour rencontrer d’autres résistants. Quand ils arrivèrent près d’une baraque, les chefs des maquis les attendaient. Deux ont été exécutés dans une pièce de la maison, deux ont réussi à s’échapper, et c’est à l’extérieur qu’ils ont été abattus. L’état-major du camp a dit que les trotskistes avaient été éliminés car ils voulaient empoisonner l’eau du camp. » Le style rappelle la dénonciation des « hitlérotrotskistes » dans les années 30 par le journal l’Humanité ou les titres des quotidiens communistes dans les années 40 et 50 contre Slansky, Rajk et autres « vipères lubriques », qui seront fusillés ou pendus.

Les quatre ne seront pas les seuls à trinquer : il semble que Paul Maraval, un cheminot membre des Jeunesses communistes, trop anticonformiste et devenu copain avec les « trotskars », ait été aussi liquidé. Restait quand même deux énigmes, que Broué et Vacheron ont voulu éclaircir. La première est le silence qui a entouré l’affaire et qui a perduré. Si les raisons qui ont poussé un PCF à se taire semblent évidentes, on attendait plus de pugnacité de la part des camarades trotskistes des quatre fusillés. Broué et Vacheron expliquent bien pourquoi, après-guerre, ceux-ci n’ont pas fait plus de bruit : ils ont eu une peur physique de staliniens plus puissants et plus totalitaires que jamais. Et ils refusaient de faire le jeu politique de la droite.

Seconde énigme à élucider : qui a vraiment pris la décision d’éliminer Tresso et ses compagnons ? Sosso était sans doute un agent de haut niveau, mais il ne pouvait donner ce genre d’ordre sans en référer à un dirigeant politique. Broué et Vacheron blanchissent l’ancien député communiste Théo Vial-Massat, qui fut accusé par Barbara, la compagne de Tresso. Ils accusent, en revanche, Giulio Ceretti, un important responsable communiste international. Il aurait voulu se débarrasser d’un dirigeant révolutionnaire expérimenté qui, s’il revenait en Italie, pouvait menacer la toute-puissance du PCI. Ce n’est pour eux qu’une hypothèse, mais étayée.

Il existe deux partis politiques qui savent si elle est conforme à la réalité. Le PCF et le PDS, héritier du Parti communiste italien. Ils n’ont plus qu’à parler.

Notes:

1) Wilebaldo Solano, dirigeant du Poum espagnol, interné par Vichy, nous le répétait cet été (Libération du 8 août 1996). Il n’y a plus guère que les dirigeants du PCF pour faire semblant de ne pas le savoir.

(2) Meurtres au maquis, par Pierre Broué et Raymond Vacheron, en collaboration avec Alain Dugrand, Grasset, 260 pp., 126 F.

 


Vu du Royaume-Uni, Moi, Daniel Blake, le meilleur film de Ken Loach,  par Julien Guintard

Source : http://www.courrierinternational.com/article/vu-du-royaume-uni-moi-daniel-blake-le-meilleur-film-de-ken-loach


Le long-métrage du réalisateur britannique, Palme d’Or lors du dernier Festival de Cannes, sort Mercredi 26 Octobre 2016 en France. La presse britannique apprécie la force de ce long-métrage et en fait un classique instantané du cinéaste.
 
Ken Loach a commencé à filmer le Royaume-Uni bien avant l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher et, si tout se passe bien, il continuera de filmer son pays après le Brexit. À quatre-vingt ans, le réalisateur compte à son actif plus d’une trentaine de longs-métrages, récompensés par deux Palmes d’Or, dont la dernière en date obtenue cette année pour Moi, Daniel Blake. 
 
Ken Loach versus Woody Allen
 
Une si longue carrière expose à certains écueils. En effet, certains artistes, devenus de vénérables institutions au fil du temps, peuvent perdre le fil de leur propos ou leur pertinence.
 
Le Times s’en inquiète et propose un comparatif, « y a-t-il deux réalisateurs plus proches que Ken Loach et Woody Allen ? Nés à six mois d’intervalle dans des familles de la classe ouvrière de part et d’autre de l’Atlantique, ils se sont tous deux lancés dans le cinéma au cours des années 1960, Ken Loach avec Pas de Larmes pour Joy, Woody Allen avec Prends l’Oseille et Tire Toi, et ils ont produit une œuvre essentielle, importante et récompensée jusqu’à la fin des années 1990, après quoi ils ont commencé à sombrer dans une forme de répétition et d’auto parodie. Alors que les films de Woody Allen resservent continuellement le même ragoût familier de personnages bizarrement névrosés pris dans des relations amoureuses bancales, Ken Loach paraît perpétuellement partagé entre l’envie de raconter une histoire prenante, en s’appuyant sur des acteurs remarquables, et la tentation de saboter son histoire par des scènes lourdes d’agitation et de propagande où les personnages s’insurgent contre les injustices qui pèsent sur l’ouvrier sans reproche ».
 
Mais plutôt que de porter l’estocade, le critique du Times se ravise, « Moi, Daniel Blake, cependant, n’a rien à voir avec cela. C’est, au contraire, pour poursuivre le parallèle avec Woody Allen, le Blue Jasmine de Ken Loach, le travail passionné, émouvant et intelligent d’un réalisateur maestro à l’automne de sa carrière ».
 
Son film « le plus énervé »
 
Le Guardian partage cette lecture, « Ken Loach a beau avoir passé un demi-siècle à faire des films centrés sur la colère sociale, il est sur le point de sortir son film le plus énervé ».
 
« Moi, Daniel Blake est un Ken Loach sur l’histoire d’un menuisier de Newcastle qui n’est plus en état de travailler et qui doit faire face à une administration sociale qui ne l’écoute pas, qui l’humilie et qui le met plus bas que terre, donc c’est amusant, tellement amusant, tout le long », ironise le Spectator, le journal de référence des intellectuels et dirigeants conservateurs. « Oui, c’est ce genre de Ken Loach-là, mais comme ce Ken Loach est aussi plus puissant que la plupart des autres films, qu’il est redoutablement émouvant, j’ai pleuré, et qu’il est redoutablement touchant, j’ai pleuré à nouveau, vous allez devoir l’endurer. Le film est coécrit par Paul Laverty, collaborateur de longue date de Ken Loach, qui avait déclaré que l’un des points de départ de l’écriture de cette œuvre était le fait que le grand public croit que la fraude aux allocations sociales représente vingt-quatre pour cent des versements alors que les organismes l’estiment à 0,7 %. J’allais oublier. Le film est aussi redoutablement révoltant ». 
 
Ce n’est donc pas une surprise, prévient l’Evening Chronicle, le journal de Newcastle, si Jeremy Corbyn, le leader du parti travailliste, « s’est transformé en critique de cinéma pour faire la promotion de Moi, Daniel Blake ». Après avoir assisté à la première londonienne, Mardi 25 Octobre 2016, Jeremy Corbyn a posté un commentaire sur Facebook ne tarissant pas d’éloges à propos du film tourné dans le Tyneside. Il a notamment écrit que « s’il y a une seule chose à faire cette année, c’est d’aller voir Moi, Daniel Blake. C’est l’un des films les plus émouvants que j’aie jamais vu. Tant de gens souffrent de l’indignité montrée dans ce film auprès des services sociaux, en raison des décisions politiques désastreuses et injustes de ce gouvernement conservateur ».

 


Eric Coquerel, secrétaire national du PG

Grenoble : reprendre le fil d’un récit lucide et apaisé, par la direction nationale du PG

Source: site national du PG, https://www.lepartidegauche.fr/

Présentation de Robert Duguet:

Après avoir mis sous tutelle bureaucratique la fédération de l’Isère du parti de Jean Luc Mélenchon, parce que la majorité de ses militants exigeaient que les engagements de campagne municipale soient tenus et que le plan de liquidation d’un certain nombre de services publics soit abrogé, conformément à ce qu’exigeait la population, la direction national du PG récidive en soutien à la politique d’Eric Piolle – Elisa Martin.

Dans l’article que j’ai écrit courant septembre, intitulé « Mélenchon… une candidature bonapartiste de rupture avec le mouvement ouvrier », je consacrais un développement à la capitulation des élus PG de la ville de Grenoble qui s’engageaient dans le plan d’austérité programmé par le maire Eric Piolle. Je renvoie les lecteurs à cet article :

http://socialisme-2010.fr/blog2016/septembre2016.php#septembre21.

J’écrivais « Grenoble, c’est la France ! » D’une certaine façon Eric Coquerel me répond : « Parce que Grenoble ne concerne pas que Grenoble, mais le pays tout entier. » Effectivement nous sommes d’accord là-dessus, mais seulement là-dessus. J’écrivais :

 « Je ne crois pas qu’il y a d’un côté les problèmes locaux, où les élus prennent en charge l’austérité contre la population et d’un autre le mouvement « France Insoumise » qui défendra la candidature de Mélenchon en 2017 sur une ligne d’opposition aux restrictions budgétaires. Si Mélenchon se tait dans cette affaire c’est qu’il est d’accord avec la politique défendue par Eric Piolle et Elisa Martin contre ses propres militants. Grenoble c’est la France : ceux qui disent à la direction d’une grande ville que la seule politique possible, ce sont les restrictions budgétaires, nous préparent une politique nationale qui sera sur la même logique. Cela donne à penser sur le sens et le contenu de la candidature Mélenchon ! Il y a les discours et les effets de tribune et il y a la réalité de la politique menée. »

Alors que faut-il faire quand on prend la direction d’une grande ville et qu’on constate d’une part les restrictions budgétaires imposées par l’Etat et d’autre part la mauvaise gestion précédente ? Prendre en charge ce que l’Etat impose aux grenoblois et qu’ils refusent ou  s’appuyer sur le peuple. Eric Coquerel ne fait pas autre chose dans ce texte que ce qu’a fait Hollande quand il a accédé à la présidence de la république : je n’aime pas les financiers, disait-il et je renégocierai  les traités. Il a fait le contraire. Si la menace planait  de voir le préfet appliquer la politique de restriction budgétaire imposée par l’Etat, la seule réponse possible de ceux et celles qui prétendent lutter pour le socialisme était de dire : nous retournons vers les nôtres, les salariés, la jeunesse qui a soutenu notre politique quand nous étions dans l’opposition. Avec eux, nous allons déterminer ce que nous avons à faire, au lieu de faire ceinturer la mairie par des cordons de CRS. Maintenant, si le rapport de force ne nous permet pas de nous opposer aux restrictions budgétaires, nous dirons à monsieur le préfet, débrouillez-vous… nous nous sommes avec nos mandants et nous allons vous créer en core bien des problèmes!

Mais pour faire cela, il faut, il est vrai un peu de courage politique, et ne pas être centré sur sa petite carrière personnelle, sous les lambris dorés de la république (du moins ce qu’il en reste de la république !)

L'article de Coquerel-Simonnet:

Vendredi 14 Octobre 2016  par Corinne Morel Darleux, Didier Thévenieau, Benoit Schneckenburger, Secrétaires nationaux en Auvergne Rhône Alpes ; Danielle Simonnet et Eric Coquerel, Coordinateurs politiques du Parti de Gauche

On entend beaucoup de choses en ce moment sur Grenoble. Du vrai et du faux, des rumeurs, de la propagande, divers échos, une fois de la part des fans, une autre de la part des antis. Difficile d’y retrouver ses petits.

Nous nous sommes donc lancés dans une tâche à nos yeux essentielle : démêler les fils de ces différents récits et jeter les bases d’un point de vue lucide et apaisé, celui de celles et ceux qui se sont réjouis de cette victoire en 2014 et continuent de fonder un espoir dans cette ville et ses habitants. Des citoyens qui se sont rebiffés contre les pratiques éculées des sociaux-libéraux et de la droite, et ont gagné contre les deux, à la surprise générale, en portant aux manettes une alliance de gauche, écolo et citoyenne, construite autour du projet « Grenoble, une ville pour tous ».

Parce que Grenoble ne concerne pas que Grenoble, mais le pays tout entier. Et parce que quand on croit en l’avenir et que de surcroit on est laïque, la messe n’est jamais dite.

Quand nos camarades sont arrivés à la Mairie de Grenoble, ils y ont récupéré une situation dantesque. La gestion « socialiste » avait tout bonnement fait l’impasse sur 6 millions de salaires non provisionnés, oublié de comptabiliser les cérémonies des 60 ans de la Libération – étonnant pour une ville « compagnon de la Libération », englouti 12 millions pour une halle exclusivement dédiée au tennis pour le seul bénéfice des 300 licenciés grenoblois, et « omis » d’aller réclamer les recettes des privatisations de l’espace public aux organisateurs d’événements dans la ville, par exemple. A quoi est venue s’ajouter une nouvelle annonce de baisse par le gouvernement de 17 millions de dotations de l’Etat d’ici 2017, et un passage en métropole coûteux (merci la loi « MAPTAM »). Le tout en guise de cadeau d’arrivée, pour une ville qui était déjà la deuxième la plus endettée de France et dont la taxe foncière était, à 38%, la plus haute de sa strate.

Le truc, c’est qu’aucun d’entre eux n’avait promis de faire plus avec moins, « juste » de faire mieux. Là il fallait donc faire plus, mieux, avec beaucoup moins. Ce qui est en fait impossible. On a beau les soutenir, on n’en fait pas des super-héros (et nous avons dit que nous allions rester lucides). Ils ont donc décidé de faire autrement, il a fallu opter et faire des choix. Certains ont été difficiles, peut-être même y en a-t-il parfois eu de malheureux. Mais une chose est sûre : pour la première fois d’une longue tradition d’opacité dans les prises de décisions, de M. Carignon à M. Destot, les choses se sont faites en transparence. Formation en deux temps aux habitants sur les budgets publics, pétition pour dénoncer l’austérité, adresse au congrès des Maires de France, journée de sensibilisation et d’alerte avec la fermeture de l’ensemble des services publics le 25 novembre 2015, débats avec les agents de la mairie, journée spéciale gestion publique des déchets avec « la belle saison », conférences de presse et tribunes à répétition… Personne ne peut dire qu’il n’a pas été alerté depuis des mois sur la situation.

Restait un budget à boucler dans ce contexte d’ardoises laissées par les précédentes équipes, et la cure d’austérité imposée par la soumission du gouvernement à la « règle d’or » de Bruxelles. Un budget à boucler, oui : certes, ils auraient pu choisir la facilité et refuser dans ces conditions de boucler ce fichu budget. Mais s’ils l’avaient fait, pour aller jusqu’au bout d’une certaine radicalité, que ce serait-il passé ? La mise sous tutelle de la Ville, ce qui très concrètement veut dire que c’est le Préfet, et non l’équipe élue, qui aurait repris la main. Cela signifierait le gel de toutes dépenses publiques qui n’apparaissent pas obligatoires : donc en priorité des fermetures d’équipements et des baisses salariales des employés municipaux, des bouleversements d’une toute autre ampleur. Qui peut croire un seul instant que les habitants y auraient gagné ? Or quand on est élu, ce n’est pas pour démissionner face aux difficultés, mais pour y faire face. Et c’est donc ce qu’ils ont fait.

Les élu-e-s de Grenoble ont commencé par faire ce qu’ils avaient dit pendant la campagne : baisse des indemnités de 25%, vente de véhicules de fonction, baisse du nombre de postes de direction (3 postes payés environ 8.000 euros par mois par exemple, c’est parlant), traque des niches fiscales sur les résidences secondaires, budget communication divisé par deux : en bref, de l’éthique et de la justice sociale. Jusqu’ici, donc, rien que de très normal. Mais tout ça mis bout à bout ne faisait « que » 6 millions d’euros. Or il leur fallait en trouver 14, sur trois ans. Sachant que les banques ont refusé de leur prêter, et qu’ils avaient fait le choix de ne pas toucher aux impôts locaux, ni à la masse salariale des 3.000 agents de la Ville, ni des 1.400 agents du centre communal d’action sociale (CCAS), ni bien sûr à la subvention de 25 millions de ce CCAS. Et tout en investissant 60 millions dans les écoles de la ville, laissées dans un triste état par M. Destot.

Les choses se compliquent, hein… D’autant qu’en face, au même moment, c’est une vaste coalition qui se met en place, de tous bords, pour leur mettre des bâtons dans les roues, saper le travail, et appuyer là où ça fait mal. Pensez, qu’une ville de la taille de Grenoble puisse être dirigée par des élus qui ne sont issus d’aucun des rangs du bipartisme et de l’alternance, ça ne plaît pas au pouvoir. Ni à ceux qui étaient à leur place, ni à ceux qui s’y verraient bien. Quand en plus l’équipe refuse d’armer la police municipale, se retire du financement du projet véreux du Lyon-Turin, ou dénonce la publicité et le contrat avec JC Decaux, vous imaginez bien qu’elle ne se fait pas que des amis du côté de l’oligarchie, de l’argent et des lobbies.

Mais arrivés à ce point du récit, l’équipe continue vaillamment. Avec l’épuisement qui guette, des tensions naturellement, des yeux qui ont l’air d’être passés à la Javel, mais ils tiennent bon. Il faut encore trouver des économies, plusieurs millions. Le préfet alerte l’équipe municipale par un courrier officiel en mai 2016, pointant les risques lourds pour les finances municipales. Là, ils auraient pu refuser d’endosser la responsabilité des choix cornéliens à trancher, et laisser ce soin au préfet ou à la population : quartier contre quartier, équipement contre équipement. Des sortes de « primaires du budget » pour reprendre la mode du moment. Cela aurait été une sale compétition et un gros risque de pyromane de monter les habitants les uns contre les autres. Certains aiment bien ça, et y sont assez bons. Eux, ce n’est pas vraiment leur vision. Alors avec les cadres de la ville ils ont passé six mois à étudier différents scenari, étudié des pages et des pages de tableaux, gratté des fonds de tiroir, tout épluché, tout envisagé. Et pris leurs responsabilités.

Un plan de cent deux mesures a été présenté à Grenoble. Parmi celles-ci, certaines mesures ont meurtri. Pas seulement leurs responsables, pas seulement leurs usagers, mais aussi les élus en charge. Oui, soyons clairs : fermer 3 bibliothèques sur 14 fait mal. Même s’il s’agit des plus petites, même si leurs plages d’ouverture au public sont de 10 à 18 heures par semaine, même si des solutions de repli existent sur des bibliothèques jumelles situées à 500 mètres et que des projets de lectures publiques sont en discussion avec les habitants pour garder les lieux opérationnels. Et même si les moyens ainsi dégagés sont fléchés pour faire évoluer tout le réseau vers de nouveaux besoins sociaux, le numérique, développer un meilleur accueil en gardant Grenoble au top de la lecture publique en France (1 bibliothèque pour 14.000 habitants en 2017 contre 12.500 en 2016, alors que des villes comme Nantes ou Lyon sont à 1 bibliothèque pour 30.000 habitants).

Oui. Personne ne prétendait que ce serait facile. Nous savions dès le début que rien ne leur serait épargné. Mais le pire a été évité. Aucun bâtiment majeur ne sera fermé. Aucun service ne sera privatisé. Des alternatives sont déjà en train de se mettre en place dans chaque secteur, des logements sociaux vont être construits, l’extension de la tarification sociale à l’eau est en cours, après la régie métropolitaine de l’eau qui concerne 440.000 habitants en gestion publique. Un nouveau système inédit de concertation citoyenne, couplant pétition et référendum, est mis en place. Il permet aux citoyens qui se mobilisent de faire entendre leur voix quand ils estiment que la mairie prend une mauvaise décision. En ce moment par exemple, un vote est en cours sur la hausse des tarifs de stationnement en centre-ville, même si une grille au quotient familial a été créée pour les résidents, qui permet déjà à 40 % des automobilistes de payer moins cher.

Et les investissements vont continuer. Parce qu’un budget ce n’est pas que des chiffres, ce sont des choix éminemment politiques, avec des impacts sur la vie des gens, et que personne n’en est plus conscient.

En l’absence d’alternative nationale, des choix ont été faits de manière à maintenir la souveraineté des Grenoblois et de leur élus, celles et ceux qu’ils se sont choisis, face au risque de mise sous tutelle de l’Etat. Des choix faits de manière à pouvoir revenir à des politiques de développement, sans ruptures irrémédiables. De manière à préserver l’essentiel, insuffler de la justice sociale, rétablir éthique et transparence dans la gestion (ce qui on le voit aujourd’hui est une sacrée prise de risque, le faire en catimini comme dans d’autres collectivités aurait sans doute était plus aisé à gérer). Tenir bon contre les vents mauvais, tout en continuant à remplir les engagements d’une ville apaisée, résister en attendant que le cadre national change enfin (vous savez, « mon ennemi c’est la finance »).

Parce que si on veut être honnêtes jusqu’au bout, il faut aussi dire une chose clairement : Grenoble n’est pas la Grèce. Une ville n’est pas un Etat et ne peut pas quitter l’Union européenne, ni battre monnaie. Pas de Grexit possible ici ! Le plan B, à l’échelon municipal, c’était eux. Et ça reste eux. Mais maintenant, le plan B pour que ce système qui asphyxie les collectivités et nos services publics change, c’est nous tous, et ce que nous allons, collectivement, décider à l’échelle du pays en 2017 : l’austérité, la règle d’or de Bruxelles, le clientélisme et la soumission aux lobbies, les hauts salaires, les privatisations… Stop ou encore ?

Eux ont dit stop, et ils en payent le prix fort. A notre tour de les aider, à nous de nous y mettre, pour changer les règles du jeu et que reviennent les Jours Heureux. 2017, c’est demain. Réfléchissez…

 


Front social et politique unitaire, texte d'orientation produit par une composante du mouvement Ensemble


 
La situation française est marquée par une contradiction majeure. D'une part, la force et la créativité politique du mouvement social du printemps 2016 contre la loi travail, avec l'émergence du mouvement des Nuits Debout et la mobilisation de la jeunesse et du secteur privé, ouvre un espoir. Le rejet du néo libéralisme, l'irruption citoyenne et l'imaginaire mobilisé correspondent à l'attente sociale. D'autre part, l'absence d'alternative politique unitaire de gauche pèse sur la situation.
        
Parmi les forces de gauche et écologistes opposées à la politique du gouvernement, l’incapacité d'être unies pour le moment domine, comme pendant le mouvement lui-même. Ensemble se doit d’agir pour promouvoir un front politique et social, afin d’assumer la portée politique du mouvement.

Les thèmes de ce rassemblement, à l’image du mouvement social, doivent se conjuguer avec le pluralisme des moyens d’action et des cultures mobilisées, traditions du mouvement ouvrier, écologie, universalité et égalité des droits. Cette exigence peut se généraliser à toutes les campagnes et mobilisations de cet automne 2016, exigences sociales et démocratiques, luttes antiracistes, soutien aux migrants, égalité des droits et luttes écologistes. La concrétisation de ce front politique unitaire de gauche, plus large que le Front De Gauche (FDG), résistant à l’emprise libérale et en rupture avec la politique de François Hollande, s'il était rendu visible à l’échelle  nationale, permettrait de rendre évidente et attractive une solution politique commune pour les élections présidentielles et législatives de 2017. L'arc de force à rassembler pour une alternative à gauche se situe dans le mouvement d'opposition, de mobilisation et de censure de la loi travail et le refus des dérives issues de l'état d'urgence, de la déchéance de nationalité, des remises en cause de l'égalité des droits et de la lutte contre les discriminations et la xénophobie.
 
Les élections présidentielles structurent l’espace politique. L’après 2017 est inséparable de ce qui se passe avant 2017, le paysage d’après 2017 sera marqué par les luttes et les rapports de force d’avant 2017.
        
Mais en même temps, toute la vie politique actuelle, aussi bien à gauche qu’à droite, est embarquée dans une folie présidentialiste destructrice.
 
Quand de nombreux citoyens s’interrogent sur comment subvertir l’échéance de 2017 qu’on leur promet réduite à un duel entre la droite et l'extrême droite, il est nécessaire, tout en défendant nos orientations, de soutenir aussi une critique radicale du système institutionnel mortifère de cette république monarchique et autoritaire, dont les effets destructeurs sur le sens même de l’action politique sont de plus en plus évidents. A gauche, la crise politique multiforme, crise ouverte du quinquennat, possibilité d’éclatement ou de tensions vives au sein du Parti Socialiste, écartèlement d'Europe Ecologie Les Verts (EELV), état actuel du FDG, et l’apparition d’une force de contestation issue des mobilisations sociales et citoyennes, jeunesse, réseaux sociaux créatifs, syndicalisme et mouvement des Nuits Debout, ouvre une séquence nouvelle. Nous ne pouvons pas exclure un ressaisissement et que quelque chose se passe, qui rassemble, produise du sens et exige des constructions nouvelles. En ce début d'automne 2016, ce sont plutôt les forces de dispersion qui sont à l’œuvre au sein de la gauche opposée à la politique du gouvernement. Mais ne faut-il pas prendre en compte la prise de conscience des effets d’une séquence électorale qui se conclurait par un duel entre la droite extrême et l'extrême droite et ferait disparaître aussi toute alternative de gauche ?
 
Nous avons adopté au mois de juin 2016, à l'assemblée générale d'Ensemble, les axes d'orientation qui doivent guider notre action vers un nouveau front, alliance et coalition à gauche, incluant les forces politiques et les secteurs du mouvement social, élargi et   basé sur une dynamique citoyenne, un combat unitaire de rassemblement pour 2017 et après, des propositions de programme d'Ensemble pour cette politique de rassemblement, un texte d'orientation et une plaquette de propositions politiques, et une orientation de rassemblement et de candidatures unitaires pour les élections législatives. Ce  sont des points fondamentaux qui sont acquis en commun.
 
Le conseil national du Samedi Premier Octobre et du Dimanche 2 Octobre 2016 devrait poursuivre la démarche ayant abouti au texte de consensus de l'assemblée générale du mois de juin 2016 et continuer à travailler à une réponse unitaire et fédératrice, dotée d’un message attractif. Cette orientation est conforme au combat fondateur d’Ensemble depuis 2013. Des choix tactiques hâtifs, soutenir maintenant une candidature non unitaire tout en espérant ensuite reconstituer un pôle unitaire, nous amèneraient à prendre la responsabilité de  conclure à l’impossibilité d’une politique de rassemblement. Aucune voie efficace et durable n’est possible autour d’une force unique, d’une tradition unique et d'une seule personnalité, pas plus pour 2017 que pour l’après 2017. Une configuration isolationniste est devenue un obstacle à ce qui émerge des attentes de la société en mouvement.
 
D’ici à la fin de l'année 2016, il faut agir pour constituer partout des espaces de débat et d’action pour une alternative politique, et faire apparaître sur la scène politique nationale un collectif pluraliste de forces politiques, Parti Communiste Français (PCF), Ensemble, Parti de Gauche, France Insoumise, République Sociale, EELV et socialistes criques, de forces sociales et de forces citoyennes, avec des portes paroles nationaux. Le projet des élections primaires de la belle alliance du Parti Socialiste qui cherche à encadrer la solution politique à gauche en serait ainsi fortement marginalisé. Cette orientation peut prendre la forme de réunions publiques, de campagnes et d'initiatives marquantes engageant les forces politiques et citoyennes. La mise en évidence de mesures d’urgence communes serait un aiguillon important pour faciliter les rapprochements.
 
L'appel des cent demeure dans ce but un levier à faire progresser. Il est nécessaire que l’engagement de ses forces constitutives, et notamment l'apport des syndicalistes et des militants du mouvement social, doit être renforcé pour traduire une volonté d’aboutir. Si nécessaire, ce collectif peut lui-même se fondre dans un    cadre différent ou plus      large à la faveur des évolutions politiques. Il ne doit pas y avoir de routine autour d’un seul chemin. Le paysage politique est traversé de multiples tensions et peut donc évoluer. En tout état de cause, un cadre de ce type permettra des collectifs de préparation des élections législatives et une solution pour imposer des candidatures unitaires et pluralistes où chaque composante serait respectée. Il permettra de continuer à chercher si possible une solution de rassemblement pour les élections présidentielles et de continuer le dialogue avec Jean Luc Mélenchon et les autres forces. Si se dégage une candidature de large rassemblement, nous la soutiendrons. Si le rassemblement pour une candidature unitaire aux élections présidentielles venait à échouer, Ensemble, en tant que mouvement, pourrait décider, tout en restant dans le cadre du rassemblement collectif en construction à partir de l'appel des cent, de soutenir de manière indépendante la candidature de Jean Luc Mélenchon, ou d'appeler à voter pour lui, ou encore si aucune majorité ne se dégageait pour qu’Ensemble en tant que tel soutienne un candidat en particulier, les différentes positions s’exprimeront.
 
Ces choix ne peuvent être faits au conseil national du Samedi Premier Octobre 2016, suivi d’une consultation immédiate. Pour poursuivre le combat de rassemblement engagé, en tirer le bilan, continuer les dialogues avec Jean Luc Mélenchon et choisir quand une clarification des situations présidentielles à gauche sera plus avancée, ces choix et cette consultation doivent être organisée à la fin du mois de novembre 2016. C'est aussi la garantie pour maintenir l'unité du mouvement malgré des choix qui s’avèrent différents.


Espagne : le PSOE se suicide…

En Espagne, Mariano Rajoy en route vers la réélection, par Sandrine Morel, correspondante permanente du Monde à Madrid

Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/10/21/mariano-rajoy-en-route-vers-la-reelection_5017899_3214.html

Le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) pourrait décider de faciliter une nouvelle investiture du premier ministre pour éviter de troisièmes élections législatives.
 

Le président du Parti Populaire et chef du gouvernement espagnol par intérim, Mariano Rajoy, voit enfin son horizon s’éclaircir. Après dix mois de blocage politique, il est probable que le PSOE décide, Dimanche 23 Octobre 2016, à l’occasion d’un comité fédéral, de s’abstenir lors du prochain débat d’investiture pour permettre au Parti Populaire de gouverner. C’est en tout cas la logique du « moindre mal » que défend le président de la commission exécutive provisoire qui a pris les rênes du parti, Javier Fernandez.
 
Le PSOE est certes encore divisé entre ceux qui veulent maintenir le non à Mariano Rajoy coûte que coûte et ceux qui préfèrent le laisser gouverner pour éviter de nouvelles et périlleuses élections. Mais les défenseurs de l’abstention, qui avaient obtenu au début du mois d'octobre 2016 la tête de l’ancien secrétaire général Pedro Sanchez, continuent de gagner du terrain. « L’abstention ne me provoque pas d’urticaire si c’est la seule option pour éviter de troisièmes élections », a déclaré le numéro deux de la puissante fédération andalouse, Juan Cornejo.
 
Le secrétaire général de la fédération de Castille y Leon, Luis Tudanca, rejette cette option, estimant que les socialistes ne peuvent pas « ni activement ni passivement faciliter l’accession d’un gouvernement aussi corrompu et de droite. L’abstention serait le suicide du PSOE ». De leur côté, les socialistes catalans se disent prêts à briser les consignes de vote du parti pour maintenir le non à Mariano Rajoy. Silencieux, indolent, fidèle à lui-même, celui-ci attend son heure, il est souriant et détendu en public, malgré le procès pour corruption qui vise une quinzaine d’élus du Parti Populaire et pourrait confirmer un possible financement illégal du parti.
 
Le Lundi 24 Octobre et le Mardi 25 Octobre 2016, le roi Felipe VI convoquera les chefs de file des différents partis pour les sonder sur la possible tenue d’un nouveau débat d’investiture. Si les socialistes se sont mis d’accord sur l’abstention d’ici là, Mariano Rajoy sera reconduit à la tête du gouvernement espagnol.

 


Pas de Comprehensive Economic Trade Agreement (CETA) chez nous, par Nuit debout

Source: https://nuitdebout.fr/blog/2016/10/14/pas-de-ceta-chez-nous

Nous, personnalités publiques et citoyennes, nous opposons par cette tribune à la signature, la ratification et la mise en application de l’accord économique et commercial global (CETA) entre l’Union Européenne et le Canada. Nous appelons les chefs d'états des vingt-huit pays membres de l’Union Européenne et notre gouvernement à ne pas signer cet accord et nous appelons à la mobilisation citoyenne.
 
Le CETA est un traité commercial de libre-échange entre l’Union Européenne et le Canada engageant l’ensemble des pays de l’Union Européenne et des provinces canadiennes. Cet accord contesté doit être signé le 27 octobre 2016, lors de la venue du premier ministre canadien Justin Trudeau à Bruxelles, si les ministres des finances européens l’approuvent lors du conseil européen du 18 octobre 2016. Il passera ensuite par une ratification du parlement européen à la fin de l'année 2016 ou au début de l'année 2017, puis par celles des parlements nationaux.
 
Négocié depuis 2009 dans une atonie médiatique, le CETA est en réalité le prototype du plus célèbre Transatlantic Trade and Investment Partnership (TTIP), traité similaire entre l’Union Européenne et les Etats-Unis. Comme toute convention internationale, une fois ratifié, il primera sur les lois nationales et européennes des deux côtés de l’Atlantique.
 
Ce traité entraînera notamment la perte de souveraineté de la sphère judiciaire, via l’abandon du pouvoir des tribunaux des états et de l’Union Européenne, dans le jugement des litiges opposant les états membres aux entreprises et investisseurs privés, au profit d’arbitrages privés à travers la mise en place d’une cour de justice des Investissements sur le modèle ultra-controversé de l’ISDS, notoirement détourné par des multinationales pour s’attaquer aux choix politiques des états.
 
Il entraînera l'uniformisation par le bas des normes environnementales, sanitaires et sociales, en termes de santé et de droits sociaux notamment.
 
Il entraînera l'ouverture à une concurrence plus grande entre les pays membres de l’Union Européenne et les provinces du Canada.
 
Si l’accord national de chacun des vingt-huit états membres n’est pas acquis pour l’heure, l’accord décisionnel à venir du conseil européen semble déjà joué, malgré la résistance de certains gouvernements. Ce traité sera partiellement effectif pendant trois ans dès sa ratification par le parlement européen et par le parlement canadien et ce avant même les ratifications par les états membres, court-circuitant de facto la faculté d’opposition des parlements nationaux ou des provinces canadiennes.
 
Les états se verraient donc potentiellement contraints d’appliquer des accords que leurs représentants ont rejetés.
 
Moins d’un an après les accords de Paris lors de la conférence climatique, alors que la question climatique et la transition énergétique sont des enjeux contemporains majeurs, cet accord propose un nivellement par le bas des normes environnementales.
 
Au moment où l’Europe voit son modèle social menacé par la dérégulation, à travers les différentes lois travail, une nouvelle vague de libéralisation s’apprête à aggraver la course à la compétitivité dans un processus de mondialisation non contrôlée.
 
À l’heure où la représentation démocratique traverse une crise de légitimité, cet accord consacre explicitement la perte d’influence de la sphère législative au profit de grands groupes multinationaux dans les domaines clés de la politique économique.
 
Les scandales concernant les lobbys industriels et financiers se succèdent et s’accélèrent, Luxleaks, Panama Papers et constructeurs automobiles ne respectant pas les normes environnementales. Cet accord œuvre contre l’intérêt général en offrant une forme juridique plus conforme aux intérêts de grands groupes, ce qui convertira les infractions commises aujourd’hui en actes légaux demain.
 
Sur la forme, les négociations du CETA, comme celles du TTIP, ont été d’une opacité sans précédent, les citoyens européens n’ont pas eu l’occasion d’exprimer leurs avis sur ces questions ni même l’opportunité de s’en forger un, seules les institutions industrielles privées ont eu accès aux salles de négociation. Les parlementaires eux-mêmes sont mis devant le fait accompli. Dépouillés de leurs prérogatives, ils devront prendre une décision en quelques semaines sur un sujet dont les implications restent floues. Nos représentants devront ainsi engager l'état à long terme, sans avoir le temps du débat nécessaire à une prise de décision éclairée, ce qui constitue un détournement puissant de la démocratie représentative.
 
Sur le fond, ce traité est une étape de plus dans la mise en concurrence entre les peuples. Sous couvert de libre échange, il se traduira en pratique par une baisse successive des droits sociaux et des normes environnementales. En laissant libre cours à la gouvernance du marché et en instituant une justice ad hoc, cette convention favorise le moins disant social et environnemental, faisant ainsi obstacle à la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes.
 
Nous refusons de mettre en compétition nos acquis sociaux, nos systèmes de santé, nos systèmes éducatifs et l’ensemble des services et biens communs.
 
Notre démarche est citoyenne et transcende ici les clivages politiques. Nous avons des raisons différentes de nous opposer à ce traité, écologiques, sociales, économiques, politiques ou démocratiques.
 
Par-delà nos divergences, ce qui nous guide est la volonté de préserver nos biens communs.
 
Nous appelons donc notre gouvernement et les chefs des états membres de l’Union Européenne à ne pas accepter la ratification de ce traité lors du conseil européen du 18 octobre 2016.
 
Premiers signataires :
Pouria Amirshahi, François Asensi, Isabelle Attard, Clémentine Autain, Julien Bayou, Benoit Borrits, Jean-Jacques Candelier, André Chassaigne, Eric Coquerel, Sergio Coronado, Caroline De Haas, Karima Delli, Cécile Duflot, Gérard Filoche, Jacqueline Fraysse, Benoit Hamon, Yannick Jadot, Jean Lassalle, Patrick Le Hyaric, Marie Noëlle Lienemann, Noël Mamère, Jean Luc Melenchon, Michèle Rivasi, François Ruffin, Marie Christine Vergiat.


Jean-Luc Mélenchon ne veut plus faire chanter l'Internationale
 
Le candidat à la présidentielle songe à arrêter de faire entonner le chant révolutionnaire à la fin de ses meetings.

Source : http://www.rtl.fr/actu/politique/jean-luc-melenchon-ne-veut-plus-faire-chanter-l-internationale-7785259395

Jeudi 13 Octobre 2016

 

Commentaires:

Dans une mise à jour précédente de mon blog, j'écrivais un article intitulé "Mélenchon, une candidature bonapartiste de rupture avec ... le mouvement ouvrier". Plus d'Internationale à la fin des meetings, je ne doute pas que cela est mûrement réfléchi. Voilà un glissement qui indique clairement une direction. Sur cette pente là, de glissement en glissement, il n'a pas fini de nous surprendre... dans le mauvais sens. (RD)


 
Le fondateur du Parti de Gauche s'est prêté à une petite confidence devant quelques journalistes, parmi lesquels Olivier Bost de Radio Télévision Luxembourg (RTL), il songe à arrêter de faire chanter l'Internationale à la fin de ses rassemblements politiques. La décision semble mûrement réfléchie. Jean-Luc Mélenchon, candidat au premier tour des élections présidentielles de 2017, est à la tête d'un mouvement citoyen intitulé la France Insoumise. Cela passe beaucoup par les réseaux sociaux et la vidéo. L'objectif est bien sûr d'élargir sa base militante. Il revendique d'ailleurs quelque cent trente mille adhérents.
 
Ce week-end à Lille, il doit, par exemple, faire adopter une ébauche de programme par une partie de ces adhérents. Mille personnes ont été invitées.
 
Les deux-tiers ont été tirées au sort. Qui dit donc nouvelle forme de mobilisation dit nouveaux militants avec des cultures politiques différentes. Jean-Luc Mélenchon a constaté que beaucoup de ses militants ne connaissaient pas les paroles de l'Internationale. Les temps changent.

 


Appel citoyen pour Alep en Syrie
 
Arrêtez le massacre

Source : https://secure.avaaz.org/en/petition/Les_citoyens_Alep_Syrie_Arretez_le_massacre_1


Depuis le début de la guerre en Syrie, le régime syrien vise et bombarde de manière systématique des hommes, des femmes et des enfants, violant de manière flagrante le droit international humanitaire qui exige la protection des populations civiles en temps de guerre.
 
Cette situation dramatique atteint son paroxysme en ce moment même à Alep, où les habitants n’ayant nulle part où se cacher sont soumis à des bombes contre les bunkers, des bombes barils, des obus de mortier et des tirs d’artillerie.
 
Face à ce drame humanitaire qui se déroule sous nos yeux et contre le silence et l’oubli, des citoyens ont lancé, Jeudi 6 Octobre 2016, une mobilisation silencieuse et non violente pour dénoncer cette situation, éveiller les consciences et demander au régime syrien et à l’ensemble des parties prenantes au conflit de respecter le droit humanitaire, comprenant l’obligation de créer des convois humanitaires.
 
Pour manifester votre indignation et votre solidarité avec le peuple syrien, rejoignez-nous tous les jeudis à 19 heures à Paris, Place André Tardieu, Métro Saint François Xavier.
 
De là, nous nous déplacerons en petits groupes jusqu’à l’ambassade de Syrie, 20 Rue Vaneau, 75 007 Paris, devant laquelle nous allumerons et nous déposerons des bougies, en signe de soutien à la population syrienne et en mémoire de toutes celles et de tous ceux qui ont trouvé la mort, puis nous reviendrons Place André Tardieu.
 
Tant que la population syrienne continuera d’être la cible de ces massacres odieux, nous reconduirons cette mobilisation silencieuse et non violente tous les jeudis à la même heure et au même endroit.
 
Etant donné qu’il s’agit d’une mobilisation citoyenne, merci de ne pas apporter de signes d’appartenance, logos et banderoles, à une organisation particulière, parti politique ou syndicat.   
 
Premiers signataires

 
Sergio Coronado, Pierre Larrouturou, Eric Fassin, Noël Mamère, Pierre Tevanian, Marie Christine Vergiat, Pierre Khalfa, Roland Mérieux, Yves Quintal


 

Escalade militaire et criminelle du régime de Bachar al Assad et de ses alliés contre Alep et les zones libérées, par Joseph Daher
 
Mardi 4 Octobre 2016

Source : https://www.syriafreedomforever.wordpress.com/2016/10/04/lescalade-militaire-et-criminel-du-regime-assad-et-de-ses-allies-contre-alep-et-les-zones-liberees

 

 

La guerre du régime de Bachar al Assad et de ses alliés contre la population syrienne continue toujours et s’intensifie, particulièrement contre les quartiers libérés d’Alep, qui ne sont pas sous la domination du régime de Bachar al Assad, ni des groupes djihadistes comme l'Etat Islamique ou le Fatah al-Sham, ancien Jabhat al-Nusra, à nouveau assiégés et qui compte encore environ entre deux cent cinquante mille et trois cent mille personnes. Entre le 26 septembre et le 2 octobre 2016, encore plus de trois cent cinquante civils sont morts, dont une centaine d’enfants, dans les bombardements russes et du régime de Bachar al Assad contre Alep libre, tandis que sur le terrain les forces du régime avec l’aide de plusieurs milliers de combattants du Hezbollah et des milices confessionnelles fondamentalistes chiites encerclent et avancent sur les derniers quartiers sous le contrôle de l’opposition. L’armée syrienne a appelé Dimanche 2 Octobre 2016 dans un communiqué les groupes d’oppositions armées à évacuer les quartiers est d’Alep affirmant qu’elle garantirait la sécurité de leur passage et leur fournirait l’aide nécessaire. Pour rappel, depuis 2013, le régime de Bachar al-Assad largue des barils d’explosifs sur les secteurs libérés d’Alep, causant des milliers de victimes et des destructions massives.
 
Deux nouveaux hôpitaux, dont le plus grand hôpital des quartiers libres, ont dû suspendre leurs activités à la suite de bombardements. Seuls six établissements sont encore en activité dans les quartiers est d’Alep. Il faut savoir qu’il y a une politique délibérée du régime de Bachar al Assad et des forces russes de détruire les installations médicales dans les zones libérées. Il y a eu en effet trois cent quatre-vingt-deux attaques contre des installations médicales en Syrie entre le mois de mars 2011et le mois de juin 2016. Quatre-vingt dix pour cent des bombardements ont été menés par les forces du régime de Bachar al Assad ou de l’aviation russe. Ces forces ont également tué plus de sept cent travailleurs du personnel médical en Syrie. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la Syrie est le pays le plus dangereux pour les personnels soignants avec cent trente-cinq attaques contre des centres médicaux en 2015. En même temps, les centres de la défense civile, connus sous le nom des casques blancs, qui viennent en aide à la population civile sont également la cible des bombardements. Depuis la fin de la trêve, trois des quatre centres de la défense civile et dix-neuf de ses véhicules ont été détruits seulement à Alep. Cela a des conséquences désastreuses sur leur capacité d’intervention en urgence, cette capacité ayant été réduite de moitié alors que les bombardements s’intensifient.
 
Des membres de Médecins Du Monde (MDM) ont d’ailleurs lancé Dimanche 2 Octobre 2016 dans le quotidien le Monde un cri d’alarme sur la situation des quartiers libérés de l'est de la ville d’Alep, en Syrie. La tribune dénonce « un massacre de masse et l’abandon d’un peuple » et détaille le terrible quotidien de « la trentaine de médecins héroïques qui ont survécu et qui sont restés sur place malgré l’impossibilité d’exercer des soins adaptés, opérations réalisées à même le sol, faute de médicaments, et amputations de sauvetage réalisées sans anesthésie ».
 
Plusieurs manifestations et rassemblements ont eu lieu dans certaines zones libérées en solidarité avec Alep et condamnant Vladimir Poutine et Bachar al Assad comme criminels de guerres comme à Bosra Sham dans la province de Deraa et à Douma dans la province de Damas.
 
Dans d’autres régions du pays, les forces du régime de Bachar al Assad poursuivaient aussi des offensives militaires. Dans la province de Damas, la ville libérée de Douma a été la cible de raids intenses par l’aviation du régime de Bachar al Assad et par l’aviation russe. Soutenues par le Hezbollah et des milices fondamentalistes chiites afghanes et même iraniennes, les forces du régime se situent désormais à trois kilomètres à l’est de Douma, la plus grande ville de l’opposition de la Ghouta orientale.
 
En même temps, le groupe de l’État Islamique a revendiqué ces derniers jours des attentats-suicides, notamment dans la ville d’Hama contrôlée par le régime, faisant au moins deux morts et surtout dans un village proche d’Hassake dans laquelle au moins vingt-deux civils ont été tués et des dizaines d’autres blessés dans une attaque-suicide ayant visé un mariage.
Un kamikaze s’est fait exploser à l’intérieur d’une salle dans le village de Tall Tawil au nord d’Hassaké où se déroulait le mariage d’un combattant des Forces Démocratiques Syriennes (FDS).
 
La poursuite de la guerre par le régime de Bachar al Assad et ses alliés russes, iraniens, du Hezbollah et d’autres milices confessionnelles contre le peuple syrien rend en l’occurrence impossible tout retour à la paix dans les conditions actuelles. La Russie a d’ailleurs annoncé qu’elle enverrait encore davantage d’avions de combats pour intensifier sa campagne militaire en Syrie. Les discussions entre les gouvernements russes et américains pour une nouvelle trêve sont au point mort. Les États-Unis ont d’ailleurs annoncé Lundi 3 Octobre 2016 qu’ils suspendaient leurs pourparlers avec la Russie sur un cessez-le-feu en Syrie. Malgré la suspension de leurs tractations sur la Syrie, les États-Unis et la Russie vont continuer à échanger des informations à travers le mécanisme de « deconfliction » qui vise à éviter un incident entre leurs avions au-dessus de la Syrie.
 
Le problème des états occidentaux, voire de certains courants de gauche, dans leur politique dite réaliste, est de penser qu’on peut réussir à se débarrasser de l’Etat Islamique et de ses semblables, considérés comme ennemis principaux en Syrie et non le régime de Bachar al Assad responsable de la quasi majorité des cinq cent mille morts et des destructions depuis 2011, avec les mêmes éléments qui ont nourri leur développement, soit l’appui au maintien de régimes ou de groupes autoritaires et confessionnels et le soutien apporté à des politiques néo libérales et des interventions militaires.
 
Or il ne suffit pas de mettre fin militairement aux capacités de nuisance de l’Etat Islamique, au risque de le voir réapparaître à l’avenir comme ce fut le cas dans le passé, il s’agit de s’attaquer aux conditions politiques et socio-économiques qui ont permis leur développement. Il faut se rappeler que l’Etat Islamique, élément fondamental de la contre-révolution, a connu une avancée sans précédent à la suite de l’écrasement des mouvements populaires, en se nourrissant de la répression massive perpétrée par le régime autoritaire de Bachar al Assad et en attisant les haines religieuses.
 
Il s’agit donc de lutter contre les éléments qui permettent le développement de l’Etat Islamique et ses semblables et non les maintenir, tout en soutenant les mouvements populaires démocratiques et non confessionnels qui, malgré des reculs importants, se poursuivent à travers la région, défiant à la fois les régimes autoritaires et les organisations fondamentalistes religieuses. C’est le seul moyen d’éviter les erreurs du passé, la paix, ou une nouvelle Syrie, n’est pas possible avec Bachar al Assad et ses colistiers.

 


Dolores Ibarruri, dirigeante du PCE durant la guerre civile...

Santiago Carrilo, dirigeant du PCE durant la "dite transition démocratique"...

 

La direction du PCE doit réhabiliter les combattants antifranquistes exécutés, par Ramon Vila Capdevila, (dit Caracremada parmi les combattants et guerrilleros antifranquistes)

mercredi 12 octobre 2016.

Source : https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/150916/espagne-ce-passe-qui-ne-doit-pas-sombrer-dans-l-oubli?utm_source=facebook&utm_medium=social&utm_campaign=Sharing&xtor=CS3-66

Présentation :

Dans une lettre ouverte à son parti, le militant communiste espagnol Francisco Martínez-López, dit « El Quico », interpelle les dirigeants du PCE sur l’épuration violente durant les années de guérilla contre le franquisme. Il lui demande notamment de réhabiliter ceux qui en ont été victimes d’exécutions sommaires commanditées par la direction de ce parti.

La lettre ouverte que nous publions ci-dessous a été publiée pour la première fois en espagnol sur diario.es. En préambule, elle mérite un bref rappel historique.

Le coup d’état franquiste du 18 juillet 1936 plonge l’Espagne dans une terrible guerre civile. Mais, après la défaite du camp républicain en avril 1939, la guerre n’est pas finie : dans toute la péninsule et jusqu’au milieu des années 50, des foyers de guérilla antifranquiste continuent de se battre contre la dictature. Dès 1936, les premiers foyers de résistance armée naissent spontanément dans les zones tombées aux mains des franquistes (le León, la Galice, l’Andalousie). D’abord formés de groupes de fugitifs qui tentent d’échapper au massacre organisé par les fascistes, ces foyers sont renforcés par des combattants expérimentés de toutes obédiences (républicains, socialistes, communistes, anarchistes) quand tombe le front républicain du Nord (Pays Basque, Cantabrie, Asturies) et ces derniers se lancent dans des actions de guérilla offensive. Si certains de ces groupes restent isolés, d’autres parviennent à se fédérer et à élaborer des formes d’organisation régionales : ce sera notamment le cas de la Fédération de guérillas de León-Galice, fondée en 1942. C’est dans l’une de ces guérillas du Nord-Ouest de l’Espagne que Francisco Martínez López combat avec ses camarades jusqu’en 1951.

Les groupes armés de la Fédération sont pluralistes et doivent à leur naissance sur le terrain, de disposer d’une implantation populaire. Ils diffèrent, par conséquent, des structures qui, à partir de 1944, seront importées de l’extérieur, par le parti communiste espagnol (PCE) après que sa tactique d’invasion de l’Espagne par des groupes militaires venus de France eût tourné court. Le PCE opte alors pour la constitution d’une armée de guérillas à l’intérieur de l’Espagne et envoie, depuis l’exil, des cadres politico-militaires afin de constituer l’Ejército Guerrillero et prendre le contrôle des groupes de résistance préexistants.

Lettre ouverte d’un communiste espagnol à la direction de son parti

Ce passé qui ne doit pas sombrer dans l’oubli

Membre actif du parti communiste espagnol (PCE) depuis 1944, j’ai d’abord été activement impliqué (dès l’âge de onze ans) dans les services d’information républicaine, en tant qu’agent de liaison du mouvement de la Fédération de guérillas de Léon Galice. De 1947 à 1952, date à laquelle j’ai pu partir en exil en France, j’ai combattu en tant que guérillero dans la Segunda agrupación del Ejército Guerrillero de Galicia León. Secrétaire général du PCE en France de 1977 à 1990, membre du comité central de 1983 à 1991, je n’ai jamais cessé depuis de militer dans ma cellule, en France puis, à nouveau, en Espagne en tant que communiste fidèle à ses principes.

C’est à ces titres que j’attends de mon parti - le PCE – qu’il reconnaisse publiquement les méthodes répugnantes auxquelles il a eu recours pendant les années de guérilla et qu’il réhabilite tous ceux qui les ont subies et particulièrement les victimes d’exécutions sommaires commanditées par la direction de ce parti.

Combien de temps faudra-t-il encore attendre pour qu’il le fasse ?

En 2009, Victor García Fernández, alors âgé de soixante-trois, découvre que son père, Victor García García « El Brasileño », qu’il avait considéré jusqu’alors comme une victime de la répression franquiste, avait, en réalité, été assassiné près de Lalín en janvier 1948 sur les ordres du Comité Central du PCE, dirigé à ce moment-là par Dolores Ibárruri et Santiago Carrillo. Le corps d’ « El Brasileño » a été jeté en bordure du cimetière de la commune liée à la Paroisse de Moalde à Silleda non loin de Pontevedra. C’est là que son fils l’a découvert.

Quelques mois plus tard, il écrit une lettre aux membres du Comité central, par l’intermédiaire de Felipe Alcaraz, président du PCE. Il leur demande de lui exposer officiellement – puisqu’ils ont un accès direct aux archives de ce parti - les chefs d’accusation qui ont été imputés à l’époque à son père par la direction du PCE et qui ont amené ce dernier à prendre une décision aussi terrible [1].

Cette lettre, aujourd’hui encore, est restée sans réponse

« El Brasileño » a consacré sa vie à la lutte pour l’émancipation et la liberté des travailleurs : d’abord au Brésil, puis en Espagne, au moment de la Révolution des Asturies en 1934, durant la guerre civile, et enfin dans la guérilla du Nord-Ouest de l’Espagne entre 1942 et 1948. Lors de cette dernière période, il a mis sur pieds, avec des résistants de la région d’Orense et en lien avec les services secrets anglais, une filière d’évasion pour les alliés à travers l’Espagne en direction du Portugal. Et il a réorganisé le PCE et les activités antifranquistes à la frontière de la Galice et du Portugal.

Or, depuis la France, la direction du PCE a envoyé ses exécuteurs pour le discréditer politiquement, en essayant de salir sa réputation dans l’esprit de ses compagnons. Jusqu’au moment où il fut assassiné. Au mois de janvier 1948, un commissaire politique s’exclame, dans un rapport envoyé depuis l’Espagne au CC du PCE : « Nous avons enfin réussi à le capturer, ce chien ! ». Les documents conservés aux archives historiques du PCE rendent compte de cette véritable « chasse à l’homme » étalée sur plusieurs mois.

Ma lettre ouverte est d’abord un témoignage d’affection pour son fils, Victor García Fernández, et un acte de solidarité avec son combat pour que justice soit rendue à son père, Victor García García « El Brasileño ». L’exécution de ce dernier résume celle de tous ces résistants - communistes ou non –
qui, durant ces années de dictature, sont tombés, non pas sous les balles des fascistes, mais sous les balles de ceux qu’ils considéraient comme leurs compagnons et, dans le cas des guérilleros communistes, sous les balles de membres de ce parti dans lequel ils avaient placé toute leur confiance et toutes leurs espérances.

Ces assassinats ont été commis dans un contexte d’épuration politique

À la fin de la seconde guerre mondiale, les membres de la direction officielle du PCE - Santiago Carrillo, Dolores Ibarruri, Enrique Lister, Vicente Uribe - qui s’étaient réfugiés en URSS ou en Amérique Latine après le pacte germano soviétique de 1939 – décident de revenir en Europe pour reprendre le pouvoir au sein du PCE. Jesús Monzón, alors dirigeant de ce parti, est destitué. Entre 1944 et 1948, les purges assorties de fausses accusations se multiplient contre des hommes et les femmes qui étaient restés en Espagne pour combattre la dictature. Certains d’entre eux, comme Victor García García « El Brasileño » sont accusés de « monzonisme ». Des campagnes de calomnies se déchaînent alors dans les publications clandestines de la nouvelle direction du PCE : il s’agit de discréditer les anciens cadres du parti et de les couper des autres militants. En 1948, la persécution s’intensifie dans plusieurs zones de résistance et elle culmine avec l’élimination physique de ceux qui – selon les dires de la nouvelle direction du PCE – « deviennent gênants ». C’est ainsi que sont assassinés Victor García García « El Brasileño », mais aussi Gabriel Trilla et Teofilo Fernández (pour ne citer qu’eux et alors que la liste est longue).

Dans la guérilla où j’ai combattu avec le groupe de Manuel Girón, mes compagnons de la Segunda agrupación del Ejército Guerrillero de Galicia León et moi, nous nous sommes affrontés à ces hommes d’appareil que la direction du PCE en France avait envoyés en Espagne pour nous « redresser » - selon les mots employés dans les rapports envoyés au CC du PCE [2]. Autrement dit, pour nous imposer, avec la plus grande violence, une culture militariste totalement contraire à la culture de résistance qui nous unissait, dès 1936, aux paysans, aux mineurs, aux voisins, aux parents et amis qui formaient le réseau d’appui de notre mouvement de guérillas.

Nous avons fait directement l’expérience de ces mercenaires de l’épuration qui ont essayé de contrôler nos réseaux de résistance. Et surtout nous avons vu comment ils ont assassiné certains de nos compagnons guérilleros qui avaient donné leur vie pour défendre une Espagne libre. Tel fut le cas de Miguel Cardeñas et de Ceferino Alvarez « Bailarín », communistes assassinés le premier en septembre 1949 à Sotadeiro dans la province d’Orense et le second quinze jours plus tard au cours d’une marche dans la montagne en compagnie Saul Mayo et Emilio Villarino. Ceux-ci étaient mandatés par Manuel Soto « El Coronel Benito », lui-même envoyé dans le Nord-Ouest de l’Espagne depuis Paris pour usurper la direction de l’Ejército Guerrillero de Galicia León.

Nous avons eu des soupçons en voyant s’accumuler les morts de nos compagnons dans des circonstances qui restaient pour nous inexplicables ; ainsi la chute à Chavaga, dans la province de Lugo, de six compagnons parmi lesquels les responsables de la Segunda agrupación del Ejército Guerrillero de León Galicia : Evaristo Fernández « Roces » Guillermo Morán, Gregorio Colmenero « Porreto », Julián Albarca « Guardiña », ainsi que Maria Casanova et Ramón Casanava, les hôtes de maison où se produisit le combat.

Nous avons compris alors que notre groupe - le groupe de Manuel Girón – figurait lui aussi « sur la liste » de ceux qui gênaient et dont il convenait d’éliminer la culture de résistance autochtone, forte de son ancrage social. C’est pourquoi, nous avons décidé de couper les ponts avec ces nouveaux chefs de l’Ejército guerrillero et de nous réfugier dans des zones d’appui qu’ils ne connaissaient pas.

Après la mort de Manuel Girón, certains d’entre nous ont pu s’exiler en France. Nous avons alors demandé, en janvier 1952, lors d’une rencontre avec les responsables du PCE à Paris, d’indispensables explications sur ces hommes qui - au sein de l’Ejército guerrillero de Galicia León - prétendaient agir au nom de ce parti : Quels liens avaient avec la direction du PCE, les hommes qui perpétraient ces assassinats ? Qu’est-ce qui expliquait toutes ces « chutes » énigmatiques dans la guérilla depuis leur arrivée jusqu’à la fin de l’année 1950 ? Nos questions sont restées sans réponse. A l’heure qu’il est, j’attends toujours.

64 ans se sont écoulés depuis cette rencontre parisienne. 64 ans, ce n’est pas rien. Des années de lutte, d’exil, d’espérance.

64 ans qui n’ont pas effacé en moi le souvenir douloureux de ceux qui sont tombés sous d’autres balles que celles de l’ennemi franquiste. 64 ans à chercher, à tâtons dans un labyrinthe de mensonges et de silences – au sein de mon propre parti- les raisons de leur destin tragique. 64 ans d’attente pour que mon parti condamne des exécutions injustifiables et des actes qui, en totale opposition avec les valeurs qu’il défendait, ont bafoué la dignité de tant de compagnons qui ont perdu la vie dans leur combat contre la dictature, comme ils ont blessé, également, la dignité de ceux qui – comme moi – ont survécu en essayant de défendre des valeurs démocratiques.

Longtemps je me suis tu publiquement parce que des soupçons ne sont pas des preuves. Or des preuves existent. Je me suis tu aussi parce qu’il fallait donner la priorité absolue à la lutte contre la dictature et que, dans ce contexte, je craignais que mon témoignage ne soit utilisé pour fragiliser cette lutte. C’est en décembre 2000, dans l’ouvrage publié sous le titre Guérillero contre Franco [3], que j’ai dénoncé une première fois les épurations de compagnons dont j’ai été témoin dans la guérilla.

J’attends que le PCE le fasse à son tour. Et qu’on ne vienne pas me dire désormais que le silence sur les assassinats d’antifranquistes perpétrés par des membres de mon parti est indispensable à la dénonciation des massacres de masse dont fut coupable la dictature. Et qu’on ne vienne pas me servir cet argument inusable : que je ferais « le jeu de l’ennemi » ! C’est en abandonnant aux héritiers du franquisme et à tous ceux qui tentent de renvoyer les deux camps dos-à-dos le soin de révéler les pages sombres de notre histoire que l’on favorise leurs tentatives de discréditer notre combat.

Au cours de ces dernières années, j’ai écrit personnellement trois lettres à l’actuel secrétaire général du PCE, José Luis Centella, pour lui demander non seulement des explications sur les charges imputées jadis, par la direction du PCE, à Victor García García « El Brasileño », mais encore pour exiger que le PCE organise un hommage pour le réhabiliter. J’ai multiplié les appels téléphoniques : j’attends toujours une réponse. Est-ce au silence et au mépris que je me heurte une fois encore, comme lors de cette rencontre à Paris en 1952, quelques mois après mon exil en France ?

64 ans ont passé. 64 ans, ce n’est pas rien. Est-ce que ces 64 ans n’ont rien changé ? Qu’est-ce qui justifie aujourd’hui, en 2016, ce silence ? Est-ce que l’on continue à occulter la responsabilité et les motivations du PCE dans ces liquidations de résistants ? Comment notre défense de la mémoire historique du combat contre la dictature pourrait-elle être crédible si nous ne faisons pas – dans nos propres rangs et jusqu’au bout – ce travail authentique de mémoire ?

Les armes à la main, j’ai été un guérillero contre Franco. Depuis trente, je suis devenu, avec les mots pour seules armes, un guérillero de la mémoire démocratique. Avec mes compagnes et mes compagnons des guérillas de toutes les régions d’Espagne et l’association Archivo Guerra y exilio (AGE), nous avons multiplié les rencontres, les débats, les livres, les combats politiques pour transmettre l’expérience de la résistance armée au franquisme.

Mais quel sens pourrait avoir ce « travail de la mémoire » qui est le nôtre et auquel prétend le PCE, s’il enfouissait la mémoire de Victor García García « El Brasileño », celle de Miguel Cardeñas, celle de « Bailarín », celle des frères Díaz guérilleros de la Cuarta agrupación del Ejército Guerrillero de Galicia León, assassinés à la Coruña, celle de Francisco Corredor Serrano « El Gafas », celle de Francisco Blas Aguado « Pedro », celle de Juan Ramón Delicado González assassinés dans le Levante et celle de tant d’autres résistants assassinés pour avoir résisté à l’imposition dictatoriale d’un modèle d’organisation totalitaire [4] ?

Alors que je suis aujourd’hui âgé de quatre-vingt-onze ans, ma conscience de communiste m’amène à mener cette autre bataille : obtenir que ceux qui prétendent gérer le legs de la mémoire communiste répondent - pour la première fois - aux questions de Victor – le fils de Victor García García « El Brasileño » - à celles d’Iván – le fils de Juan Ramón Delicado González et à celles de tant d’autres qui n’ont jamais pu connaître la tendresse d’un père. Et à celles de ce jeune guérillero que j’ai été, qui venait d’échapper à la mort de justesse et qui est venu à Paris, en 1952, leur demander pourquoi son compagnon Miguel Cardeñas et ses autres compagnons étaient tombés sous les balles des « commissaires politiques » de son parti, le PCE.

Francisco Martínez-López « El Quico »

Notes :


[1] Sur l’enquête de Victor García Fernández, au sujet de la mort de son père voir l’article du Faro de Vigo du 22 mars 2009 http://www.farodevigo.es/portada-de... et le blog de Víctor García G. Estallino El Brasileño : http://blocs.tinet.cat/lt/blog/vict...

[2] Voir dans les Archives Historiques du PCE (AHPCE) : sección Nacionalidades y regiones, subsección Galicia León, informe de Galicia de principios de marzo de 1948. jacq 520-525.

[3] Francisco Martínez López « El Quico », Guérillero contre Franco. La guérilla antifranquiste du León 1936-1951. Paris, Editions Syllepse, décembre 2000, 175 p ; Guerrilleiro contra Franco, Vigo, A Nosa Terra, 2006 ; Guerrillero contra Franco. Guerrillero contra el olvido, La guerrilla antifranquista de León Galicia (1937–1952), La memoria cautiva de la guerrilla (1952–2011), Madrid, Latorre Literaria, 2011.

[4] Voir Josep Sanchez Cervelló Maquis, El puňo que golpeo al franquismo, Barcelona, Flor del Viento ediciones, 2003.

 


« Faisons front commun », un cas de résignation politique, par Laurent Lévy

Samedi 10 Septembre 2016

Source: https://www.ensemble-fdg.org/blogs/laurent-lvy


Dans cette tribune, Laurent Lévy, militant d’Ensemble, discute l’appel récemment paru, « faisons front commun ». Signé par des militants et des intellectuels, cet appel plaide en faveur de la candidature de Jean-Luc Mélenchon.
Un appel a été récemment publié sous la signature de divers militants et personnalités de gauche, issus principalement du courant « une ambition communiste » du Parti Communiste Français (PCF) et du mouvement Ensemble. Cet appel, intitulé « faisons front commun » pourrait se résumer ainsi, « même à contrecœur et malgré des divergences de détail, nous nous rallions à la candidature de Jean-Luc Mélenchon et nous entrons en campagne pour lui, sans toutefois accepter le cadre de la France Insoumise ».

Ce texte est aujourd’hui largement relayé et recueille des centaines de signatures, parmi lesquelles celles de certains des intellectuels parmi les plus stimulants dans le débat à gauche de la gauche ou encore des cadres d’organisations parties prenantes du Front De Gauche (FDG).

Nous comprenons bien les préoccupations des camarades du PCF qui sont à l’origine de cet appel. il s’agit pour eux d’éviter que la crise de la gauche ne débouche soit sur un repli identitaire de leur parti et la tentation d’une « candidature communiste », soit sur le soutien donné à telle ou telle candidature issue du Parti Socialiste. De telles préoccupations sont parfaitement honorables.

Pourtant, cette initiative a quelque chose de consternant dans la conjoncture politique et idéologique actuelle qui évolue à grande vitesse. Une telle position politique était sans doute la plus raisonnable au printemps dernier, même si l’on pouvait encore à l’époque espérer une candidature de rassemblement, dont Jean-Luc Mélenchon aurait le cas échéant pu être le porteur. Elle a cessé de l’être à mesure que Jean Luc Mélenchon explicitait la cohérence de son positionnement. C'est en effet avec une cohérence délétère dans le national-populisme qu’il s’avance chaque jour un peu plus, alors même que les questions qu’il agite, celles de l’identité et du souverainisme, sont, comme celles des conditions démocratiques d’une politique d’émancipation, de plus en plus déterminantes dans le débat public.
Le centre de sa campagne est désormais ce qu’il appelle « l’indépendantisme français ». Après avoir expliqué, en plein drame des migrants et réfugiés, qu’il était par principe hostile à tout droit d’installation et qu'Angela Merkel avait eu tort d’accueillir tant de réfugiés, autrement dit, qu’on aurait mieux fait, à ses yeux, de les laisser crever dans leur bled, après avoir dit que les salariés détachés « volaient le pain » de ceux qui sont déjà là et confirmé ce propos en y ajoutant qu’ils avaient le choix de ne pas se comporter en « bourreaux », après avoir expliqué que les femmes voilées qui prétendaient aller à la plage se livraient ainsi à une « provocation salafiste », nous y voici donc, l’ensemble de son discours fait système. Même lorsqu’il dit des choses « de gauche », par exemple contre les politiques néo libérales, il le fait en affirmant que c’est le « levier de la nation » qui peut seul permettre d’en sortir. À cette aune, son intéressant discours écologiste perd l’essentiel de sa portée. Et cela s’ajoute à d’autres positionnements, comme le soutien affiché à Bachar Al Assad et à Vladimir Poutine, son obsession coloniale pour la puissance maritime de la France ou ses lubies sur la « conquête de l’espace ».

Jean-Luc Mélenchon ne manque certes pas de qualités et il aurait pu être, comme il l’a été en 2012, un bon candidat dans le cadre d’une alliance à plusieurs voix, d’un front qui soit de gauche. Mais c’est là une perspective qu’il a, de son propre aveu, abandonnée.

D’où cette consternation à voir des camarades se proposer d’apporter leur contribution à ce que demain soit configuré dans des termes qui présenteraient ce discours national-républicain, en d’autres termes, social-chauvin, comme le cœur de l’alternative qu’il faudra construire demain. Car en réalité, le discours de Jean Luc Mélenchon, tel qu’il se déploie aujourd’hui, est quelque chose avec quoi on ne peut se borner à acter des désaccords. C'est quelque chose qu’il faut combattre.

Pourquoi donc ce choix, exprimé pour un bon nombre des signataires de ce texte malgré des divergences réelles et totales avec la démarche bonapartiste de Jean Luc Mélenchon comme avec son national-populisme ?

On peut envisager trois raisons, et identifier ainsi trois débats à mener avec les signataires de cet appel.

La première est une sous-estimation dramatique de l’état du débat public et de son évolution la plus récente. Après les attentats de Nice et de Saint-Étienne du Rouvray, le champ politico-médiatique s’est polarisé de manière radicale sur les questions identitaires, nationales et raciales, entrant en résonance avec le tournant autoritaire et antidémocratique opéré depuis de longs mois.

Cela est bien illustré par l’inflexion toujours plus accentuée des discours de la droite. Mais ce qui était traditionnellement la gauche n’est pas en reste et l’on voit la vitesse à laquelle la « gauche républicaine » dérive en ce sens, penser au « printemps républicain », aux gens qui ont dit de la décision du conseil d'état sur la police vestimentaire des plages, « c'est Munich », aux derniers propos de Jacques Julliard, qui qualifie les antiracistes de « collaborateurs » comme le fait Riposte Laïque, dont les militants sont eux-mêmes passés de cette même gauche républicaine à l’extrême-droite identitaire sans avoir eu besoin de changer un mot de leur discours sur la république.

Il y a lieu de s’inquiéter de tout ce qui peut, non seulement s’accommoder, mais aussi ne pas combattre cela avec la dernière énergie. Or, le moins que l’on puisse dire est que le discours de Jean Luc Mélenchon caresse dans le sens du poil cette évolution, si bien que le soutenir, c’est s’interdire de la combattre pied à pied.

La deuxième raison est l’idée fantasmatique qu’il serait possible de « peser » sur la campagne de Jean-Luc Mélenchon pour le voir tempérer son discours et renoncer à l’orientation parfaitement cohérente qui est aujourd’hui la sienne. Pourtant, l’ensemble même de son dispositif, centré sur les « groupes d’appui » de la France Insoumise à sa candidature, et dans lequel il refuse a priori que des forces constituées puissent s’investir est une réponse faite à l’avance à cette illusion, même son propre parti, le Parti de Gauche, est tenu à l’écart de sa campagne après avoir été tenu à l’écart de sa déclaration de candidature.

Imaginer Jean Luc Mélenchon, qui multiplie les déclarations dont il sait à l’avance qu’aucun de ses partenaires potentiels ne pourrait les assumer, changer de cap pour leur complaire est une totale illusion, qui méconnaît précisément la logique même de son choix bonapartiste solitaire, dont un autre aspect est un refus de principe de toute alliance à l’occasion des élections législatives.


La troisième raison
est l’incapacité de trop nombreux camarades à penser que l’on peut faire de la politique sans soutenir un candidat à l’élection présidentielle. C’est sans doute le point clé de toute cette affaire. Comme si toute expression politique. Comme si tout combat politique ne passant pas par le mot d’ordre « votez untel » était inenvisageable. Comme si, en somme, la politique était irrémédiablement piégée par les institutions.

Or, s’il est clair que la question du pouvoir peut difficilement être posée de façon purement extra-institutionnelle, il est tout aussi clair que cette question n’est pas posée du tout dans la conjoncture actuelle, où il s’agit d’intervenir politiquement sur fond d’échec historique de la gauche à proposer une alternative. Ce sont là les combats de demain et c’est en fonction de ce « demain » que les choix d’aujourd’hui doivent être faits.

En l’état de l’hégémonie d’une position autoritaire-identitaire, c’est elle qui doit être combattue au premier chef.
L’appel « faisons front commun » n’est ainsi rien d’autre que l’expression angoissante de la résignation politique.

 


 

 

Hommage à Robert Cruau, résistant communiste internationaliste (trostkyste) fusillé par les nazis le 6 octobre 1943 à Brest

Jeudi 6 octobre 2016.

Source : http://www.gauchemip.org/spip.php?article21390

 


A l’initiative du Comité départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant et Nantes et la Résistance en Loire Inférieure, un hommage public sera rendu à Robert Cruau, militant de la IV° internationale, facteur aux Centre de Chèques Postaux puis à la Recette Principale de Nantes, assassiné par les nazis à Brest le 6 octobre 1943. Né à Fégréac (44), le 12 mars 1921, Robert Cruau avait 22 ans.

C’est par les Auberges de jeunesses que Robert Cruau avait d’abord rejoint le PSOP (Parti Socialiste Ouvrier et Paysan de Marceau Pivert), puis la Quatrième internationale. Syndiqué à la Fédération postale CGT, il animait le groupe nantais du Parti Ouvrier Internationaliste qui, notamment,édita le journal clandestin des ouvriers de la région nantaise « Le Front Ouvrier », dont le numéro 1 (juillet 1943) affirme « Il faut que la défaite d’Hitler soit une victoire ouvrière et non la victoire des banquiers anglo-américains ». Ce journal clandestin, imprimé à Couëron, paraîtra jusqu’à la Libération.

Pour les communistes internationalistes (trostskystes), le combat contre les nazis devait unir travailleurs français et travailleurs allemands et la libération nationale être une révolution sociale.

Contraint de quitter Nantes pour échapper au STO (service du travail obligatoire, les nazis déportant les jeunes pour travailler en Allemagne au service des nazis), Robert Cruau rejoint Brest en mars 1943, accompagné notamment de deux militants rezéens d’une vingtaine d’années, les frères Georges et Henri Berthomé. Tous trois s’installent dans un même appartement et reprennent leurs activités militantes avec leurs camarades du Parti Ouvrier Internationaliste.

Ayant appris l’allemand, Robert Cruau pris la responsabilité de l’activité en direction des soldats allemands et notamment de la diffusion d’un journal en langue allemande, « Arbeiter und soldat », Travailleur et soldat, et l’édition d’une édition locale ronéotée à Brest.

Quelques mois plus tard, quelques dizaines de jeunes soldats allemands (27 indique André Calves, un des derniers survivants du groupe) rejoignaient la 4ème internationale, et éditait leur propre bulletin « Travail, Liberté et pain, journal pour le soldat et le travailleur à l’Ouest », tandis que les indications précises « sur l’emplacement des sas d’accès et de sorties des sous-marins » de la base navale de Brest, transmis par deux militants du POI, permettait à l’aviation britannique de frapper avec une grande précision cet équipement militaire ( cité dans « les rezéens dans la seconde guerre mondiale »).

Face à une telle activité, la répression nazi n’allait pas tarder. Trahis, tous les jeunes allemands anti-nazis ayant rejoint la Quatrième internationale à Brest furent immédiatement fusillés. « Faire de la propagande à des soldats allemands est le plus grand crime ! » affirme un officier de la Gestapo au cours des interrogatoires (propos rapporté par une sympathisante libérée de la prison de Rennes).

Arrêté le 6 octobre 1943, Robert Cruau est abattu par la Gestapo, sans doute en tentant de s’enfuir. Onze autre militants du groupe breton du POI furent déportés dans les camps de concentration nazis. Le rezéen Georges Berthomé, proche ami de Robert Cruau, n’en revint pas. Une rue de Rezé porte toujours son nom.

70 ans plus tard, tandis que l’extrême-droite relève la tête un peu partout en Europe, allant jusqu’à assassiner de jeunes militants à Paris et Athènes, nous ne devons pas oublier le souvenir héroïque de Robert Cruau et de ses camarades, français et allemands, et de toutes celles et tous ceux qui ont combattu contre le fascisme et le nazisme.

Pendant des décennies, la place des communistes internationalistes (trostkystes) dans la résistance au nazisme a été tue. L’effondrement du stalinisme, avec ses crimes odieux qui ont défiguré le socialisme, permet qu’aujourd’hui hommage leur soit rendu comme à tous les résistants anti-fascistes et à toutes les victimes du nazisme. Et que le sens de leur sacrifice soit enfin reconnu.

L’engagement de Robert Cruau et de ses camarades contre le nazisme, pour la défense des travailleurs et la fraternité des peuples, reste pour nous un exemple.

C’est pourquoi nous vous invitons à participer à l’hommage public qui lui sera rendu samedi prochain 5 octobre à 14h au cimetière de la Chauvinière à Nantes. Robert CRUAU est inhumé dans le carré des fusillés, section A2, rang 2, tombe n° 11 (à partir de l’allée centrale).


Non à l’usurpation de la laïcité, par Henri Pena-Ruiz

Auteur du Dictionnaire amoureux de la laïcité (Plon)

samedi 8 octobre 2016.

Source :  http://www.gauchemip.org/spip.php?article24855

La critique de l’islamisme politique et de ses crimes est juste, et nécessaire. Mais pas au nom d’un christianisme absous de ses violences millénaires par une mémoire sélective. Amnésique, l’extrême droite se situe dans la logique du choc des civilisations chère à Samuel Huntington. Elle affirme que les principes émancipateurs consignés dans le triptyque républicain seraient issus d’une tradition religieuse propre à l’Occident, alors qu’ils y ont été conquis dans le sang et les larmes, à rebours d’oppressions sacralisées par le christianisme institutionnel.

Faire dériver les trois principes de liberté, d’égalité et de fraternité du transfert aux autorités séculières de valeurs religieuses est une contrevérité. Pendant près de quinze siècles de domination temporelle, et pas seulement spirituelle, de l’Église catholique en Occident, jamais le christianisme institutionnalisé n’a promu les trois valeurs en question. Il les a bien plutôt bafouées. Ces valeurs, à l’inverse, sont nées d’une résistance à l’oppression théologico-politique. Qu’on en juge.

Liberté ? Le droit canon de l’Église n’a jamais fait figurer la liberté de conscience (être athée, pouvoir apostasier une religion, en changer, etc.) dans ses principes essentiels. Tout au contraire. La répression des hérétiques (les cathares, par exemple), des autres religions (protestante, juive, puis musulmane), de la science (Giordano Bruno, Galilée), de la culture (l’index des livres interdits supprimé seulement en 1962) ne procède pas d’une philosophie de la liberté mais d’une théologie de la contrainte. En 1864, un syllabus de Pie IX (encyclique Quanta cura) jette encore l’anathème sur la liberté de conscience.

Égalité ? L’Église a toujours considéré que l’inégalité était inscrite dans l’ordre des choses et voulue par Dieu. Elle a entériné et sacralisé le servage de l’ordre féodal, la monarchie absolue dite de droit divin, et même, avec le pape Léon XIII à la fin du XIXe siècle, la domination capitaliste. La répression des jacqueries paysannes se fit le plus souvent avec sa bénédiction. La seule égalité qu’elle a affirmée est celle des hommes prisonniers de leur finitude et de leur tendance au péché, et jamais elle n’en a fait la matrice d’une émancipation sociale ou politique. Ceux qui le tentèrent furent réprimés. La théologie de la libération, en Amérique latine, fut condamnée par Jean-Paul II. La collusion de l’ordre social et de la religion fut représentée par les soldats du Christ d’une noblesse peu soucieuse de ses serfs, à l’époque des croisades. Lors de l’affaire Dreyfus, l’Église n’a pas brillé dans la défense de la liberté et de l’égalité, et n’a guère mis en garde contre l’abjection de l’antisémitisme.

Fraternité ? Si en principe les hommes sont frères comme fils du Dieu chrétien, ils ne le sont que dans la soumission et non dans l’accomplissement, toujours stigmatisé comme « péché d’orgueil ». La transposition de la fraternité issue de la condition commune des êtres humains en tant qu’êtres mortels en fraternité sociale et politique est l’invention d’un concept tout nouveau. Elle doit bien plus au droit romain d’une humanitas que Cicéron tenait pour source de la République, qu’au décalque d’une fraternité de finitude.

La réécriture cléricale de l’histoire visant à faire d’une tradition religieuse particulière la source des principes universels de l’émancipation est devenue courante, malgré son évidente fausseté. Elle consiste à nier les apports du droit naturel (jusnaturalisme souligné par les historiens du droit) issu de l’Antiquité gréco-latine. Mais, surtout, elle fait l’impasse sur les luttes et les souffrances qui furent les vrais leviers de l’émancipation, en dessinant les idéaux qui, en creux, dénonçaient les oppressions.

L’opération séduction du Front national invoque la laïcité, mais ne la promeut nullement. Rien contre la loi Debré, qui détourne l‘argent public vers des écoles privées religieuses. Rien contre le concordat d’Alsace-Moselle, qui maintient des privilèges anachroniques pour des religions. Le maire de Béziers installe une crèche chrétienne dans sa mairie et il interdit les paraboles qui, entre autres, permettent de capter des radios du Maghreb… Un privilège antilaïque, d’un côté, une interdiction ciblée, de l’autre ! N’appelons pas laïcité le travestissement d’une discrimination !

Le processus de laïcisation, qui obligea le catholicisme à renoncer à sa domination multiforme sur la société, n’est pas réservé à une seule religion. Il peut concerner l’islam et le conduire à rejeter toute violence perpétrée en son nom. Nombre de ses fidèles prennent leurs distances avec l’intégrisme, dont ils sont souvent les premières victimes. Ils accomplissent ainsi le même geste critique que les chrétiens qui ont condamné les bûchers de l’Inquisition et vivent leur foi sans l’imposer aux autres. Il faut cesser d’essentialiser des données historiques. La culture, en son sens émancipateur, ce n’est pas la soumission à la tradition mais le courage de s’en affranchir. Le FN est aux antipodes d’une telle démarche.


Prise de position collective: transmis par Serge Goudard (Lyon)

Liberté pour Alexandr Koltchenko et Oleg Sentsov, activistes de Crimée, kidnappés et emprisonnés par l’Etat russe !

 

Poutine nest pas le bienvenu en France !


 

 

L’État  russe  a condamné  Alexandr Koltchenko  à  10  ans  d’emprisonnement  et Oleg Sentsov à 20 ans de la même peine. L’accusation de « terrorisme » qui a servi à couvrir ces ignobles décisions d’un tribunal qui exécute les ordres du pouvoir politique russe n’a aucun fondement. Depuis plusieurs mois, nos organisations ont lancé une campagne pour informer de la situation faite notamment à A. Koltchenko, militant qui se considère comme ukrainien, connu en Crimée pour ses  engagements  antifascistes, syndicaux, anarchistes,  écologistes  et  qui  a  participé,  dans  le camp clairement antifasciste, aux manifestations de la

Place Maïdan. Nous soutenons bien entendu aussi le cinéaste O. Sentsov, ainsi que et toutes celles et tous ceux qui sont victimes de la répression du régime de Poutine.

 

Alexandr Koltchenko et Oleg Sentsov sont condamnés à des années de camps de travail parce qu’ils luttent contre l’oppression exercée par l’Etat russe ; tant sur le territoire russe qu’en Crimée, celle-ci est inadmissible.

 

Koltchenko est étudiant et militant syndical ; il travaillait aussi comme postier, en parallèle de ses études. Il défend activement, par sa pratique, le droit de s’organiser librement, le droit de créer et faire vivre des organisations associatives, syndicales, écologistes ou politiques. Il fait partie des hommes et des femmes qui luttent contre l’extrême droite, qu’elle soit ukrainienne, russe ou autre. Parce qu’il lutte contre la corruption et pour l’égalité des droits entre tous et toutes, il est la cible des clans oligarchiques, en Russie et en Ukraine. A. Koltchenko milite pour le droit de chaque peuple à décider de son avenir.

 

A travers A. Koltchenko, ce sont les libertés démocratiques de tous et toutes que nous défendons. Notre démarche, comme celle d’A. Koltchenko, s’oppose donc à celles et ceux qui veulent restreindre ces libertés.

 

Poutine sera reçu en visite officielle par l’État français, mi-octobre.

 

La venue du dictateur russe ne doit pas être banalisée.

 

 



Pour la libération immédiate d’Alexandre Koltchenko, d'Oleg Sentsov,

Pour dénoncer leur enlèvement et leur détentionpar les autorités russes,

Pour exiger la libération immédiate de tous les prisonniers politiques,

Pour les libertés démocratiques dans tous les pays,

Manifestons, rassemblons-nous, lors de la venue de Poutine !

 

Organisations signataires : Ligue des Droits de l’Homme, Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme, Groupe de résistance aux répressions en Russie, Ukraine Action, Russie-Libertés, CEDETIM - Initiatives Pour un Autre Monde - Assemblée Européenne des Citoyens, Action antifasciste Paris-Banlieue, Collectif Antifasciste Paris Banlieue, Mémorial 98, Union syndicale Solidaires, CNT-f, CNT-SO, Emancipation, FSU, FSU 03, CGT Correcteurs, SUD éducation, SUD-PTT, Alternative Libertaire, Ensemble ! (membre du Front de gauche), L’Insurgé, NPA, Fédération Anarchiste, Critique sociale.                                                                                                  

 

26 septembre 2016

 

 


Ensemble ou presque, par Pierre Jacquemain

Jeudi 6 Octobre 2016

Source Revue Regards: http://www.regards.fr/web/article/ensemble-ou-presque

Partie prenante du Front De Gauche (FDG), Ensemble prône le rassemblement pour les élections présidentielles de 2017, mais se heurte à l’éparpillement des forces au sein de la gauche radicale. Et entre ralliement à Jean Luc Mélenchon ou position d’attente, les militants sont divisés.

Dans la galaxie de la gauche de la gauche, Ensemble, composante du FDG, fait figure d’exception. Ce petit mouvement qui revendique presqu’autant de militants et d’adhérents qu’Europe Ecologie Les Verts (EELV) ou le Parti de Gauche aurait pu faire émerger, lui aussi, une candidature pour rassembler en vue de l’échéance présidentielle. Que nenni, le week-end dernier, alors que se tenait le comité national du mouvement, de nombreux débats ont eu lieu, sans fixer pour le moment une ligne claire, et pour cause.

Alors que le mouvement est unifié sur la stratégie de large rassemblement de la gauche de transformation sociale et écologiste, la situation politique d’atomisation des forces qu’Ensemble voulait rassembler rend la tâche stratégique plus complexe. Jean-Luc Mélenchon est candidat, en campagne, et s’est installé dans le paysage politique comme leader de la gauche d’alternative. Le Parti Communiste Français (PCF) ne suit pas pour autant, mais ne tranche rien pour l’instant. Quant aux frondeurs, ils sont embarqués dans la primaire du Parti Socialiste. Et EELV fait bande à part avec sa primaire. Comment alors faire l’unité sans partenaires ? Quelle stratégie adopter pour les élections présidentielles dans ce contexte ?

La quête d’une alternative majoritaire à gauche

Les militants d’Ensemble cherchent toujours et encore la voie. Il y a ceux qui souhaitent rallier tout de go et sans préalable la candidature de Jean-Luc Mélenchon, nombreux parmi eux ont d’ailleurs déjà rejoint les insoumis. Il y a ceux qui plaident pour un soutien à Jean Luc Mélenchon, mais loin de toute logique de ralliement et en plaidant en faveur d’un cadre de campagne unitaire, position notamment défendue en interne par Clémentine Autain. Il y a ceux encore qui pensent qu’il est urgent d’attendre avant de faire un choix, comprendre urgent d’attendre la ligne qui sera fixée par le PCF, tout en attendant un signe d’ouverture, espéré, sinon attendu, de Jean Luc Mélenchon.

Il y a enfin ceux qui ne veulent pas entendre parler des élections présidentielles de mai 2017.

La force d’Ensemble tient précisément dans sa volonté de rassembler ceux et celles qui, à gauche, s’opposent à la politique du gouvernement. Un rassemblement, non seulement pour porter une alternative de transformation sociale et écologique, mais aussi pour être majoritaire à gauche. « Quelles que soient les options qui seront privilégiées, malgré les divergences, le comité national doit porter ce message de rassemblement. C’est notre ADN et nous devons le préserver, c’est notre force. Nous ne pouvons pas nous permettre de mettre en danger notre mouvement », insiste Myriam Martin, l’une des porte-parole d’Ensemble qui ajoute que « nous sommes les garants de l’unité nécessaire ».
Pour autant, elle n’apparait pas hostile à l’idée d’un soutien à Jean-Luc Mélenchon. D’ailleurs, dit-elle, « même s’il y aurait pu y avoir d’autres personnalités légitimes, je ne vois pas aujourd’hui quelle autre candidature nous pourrions soutenir. Mais il faut créer les conditions d’un large rassemblement autour de lui. Et pour cela, Jean-Luc Mélenchon doit s’ouvrir et tenir compte des sensibilités de chacun, ce qui a fait notre force en 2012 ».
Échapper au piège de la présidentielle

Même son de cloche pour ceux qui considèrent qu’il est urgent d’attendre.

L’enjeu, ce n’est pas nécessairement 2017, mais ce qui se passera au-delà de cette échéance, à gauche. Pour Roland Merieux, membre de l’Equipe d’Animation Nationale (EAN) d’Ensemble, « nous ne pouvons pas nous dédouaner de la question des élections présidentielles. Mais il faut bien reconnaitre que c’est un piège pour nous. Nous devons rassembler ceux qui se sont mobilisés contre la loi travail ou sur la déchéance de la nationalité et leur proposer un programme d’urgence sur la base de l’appel des cent ».

Et de poursuivre, « à la fin du mois de décembre 2016 ou au début du mois de janvier 2017, peut-être que nous devrons faire un choix, mais aujourd’hui, l’enjeu face à la catastrophe qui s’annonce avec la division et la multiplication des candidatures, c’est de tout faire pour que nous ayons un unique candidat face au camp gouvernemental qui se dit de gauche ». Roland Merieux n’exclut pas non plus que ce candidat puisse être Jean-Luc Mélenchon, mais un débat sérieux sur le fond et la forme de la campagne doit très vite s’engager, « l’objectif visé reste celui d’une candidature unitaire de rupture avec le social-libéralisme », ajoute-t-il.

Parce qu’au-delà de la pure stratégie, sur le fond, Jean Luc Mélenchon ne fait pas l’unanimité. Ces derniers temps, il en a même agacé plus d’un, « sur les travailleurs détachés, les migrants, le souverainisme, le populisme de gauche, l’Ukraine et Vladimir Poutine, nous ne sommes plus sur la même ligne qu’en 2012. Je ne dis pas qu’il a jeté à l’eau le programme de l’humain d’abord, mais il propose aujourd’hui un projet de refondation du mouvement progressiste qui n’est pas le nôtre », poursuit Francis Sitel, membre d’Ensemble.

En attendant Jean Luc Mélenchon

Enfin, pour Raphaël Qnouch, signataire de l’appel des militants d’Ensemble soutenant la candidature de Jean-Luc Mélenchon, pas de doute, « l’heure n’est plus à attendre et à tergiverser, mais à agir et rassembler dans la clarté. Une élection primaire de toute la gauche est une impasse pour notre camp, car nous n’avons rien de commun avec Manuel Valls, Emmanuel Macron ou François Hollande. A contrario, la candidature de Jean Luc Mélenchon est un premier pas concret pour rassembler tous ceux qui ne se résignent pas ».

Une position que de nombreux autres adhérents considèrent un peu précipitée, « nous ne sommes pas là pour adouber les uns ou les autres, nous sommes là pour construire une dynamique à vocation majoritaire », insiste Francis Sitel. Si le rôle d’Ensemble « reste modeste » selon Myriam Martin,

Parallèlement, le 15 octobre 2016, les insoumis seront réunis à Lille pour leur convention nationale de la France Insoumise. Il y sera notamment question du projet politique. Jean-Luc Mélenchon y prononcera un discours très attendu par ses anciens et ses futurs alliés. Parmi eux, nombreux croisent les doigts pour qu’il donne enfin des signes d’apaisement et d’ouverture en faveur de ses partenaires historiques.


Intervention du député européen d’Unité Populaire, Nikolaos Chountis, lors de la séance plénière du parlement européen, portant sur la situation économique de la Grèce et le futur des réformes structurelles du programme.

Source : https://www.unitepopulaire-fr.org/2016/10/07/n-chountis-lae-unite-populaire-au-parlement-europeen-vous-mentez-monsieur-moscovici


Níkolaos Chountís, ministre adjoint aux affaires européennes dans le premier gouvernement d'Alexis Tsípras du 27 janvier 2015 au 13 juillet 2015, est député européen d'Unité Populaire depuis le 20 juillet 2015.
 
S’adressant au commissaire compétent pour les affaires économiques, Pierre Moscovici, Nikolaos Chountis a fait la déclaration suivante.

Monsieur Moscovici, Vous mentez. Vous êtes venus pour enjoliver le troisième mémorandum  et la situation de l’économie grecque. Le gouvernement grec est aujourd’hui pour vous, le meilleur élève de l’Europe en matière de privatisations et d’austérité. Vous en êtes complice. Vous avez conduit quarante pour cent des citoyens grecs à vivre sous le seuil de pauvreté.
 
Au nom du service de la dette publique et de la croissance, les retraites et les salaires subissent une énième baisse alors qu’augmentent les impôts.
 
Le droit du travail est démantelé, le chômage a atteint des niveaux record.
 
Aux réactions sociales, le gouvernement grec répond par la répression et les gaz chimiques, comme on l’a vu hier contre les retraités. Vous me direz que cela advient à Paris aussi.
 
Vous êtes hypocrite et spéculateur car, avec le gouvernement grec, vous bradez le bien commun de mon pays. Les allemands se sont emparés des aéroports et les italiens se sont emparés des chemins de fer. Le transfert du footballeur Paul Pogba a coûté le double de ce rachat. Les chinois ont pris les ports et, maintenant, vos amis entrepreneurs français s’apprêtent à acquérir l’eau.
 
Vous avez donné le feu vert aux vautours des marchés financiers, afin qu’ils récupèrent les emprunts rouges et qu’ils jettent les citoyens grecs hors de chez eux.
 
Selon vos critères et ceux du système bancaire européen, des entreprises, de l’oligarchie grecque et du gouvernement grec désormais pro mémoranda, le programme est couronné de succès et il doit être achevé.
 
Pour le peuple grec, étranglé par les impôts et la pauvreté, pour la jeunesse grecque contrainte à l’exil, c’est un échec qui doit être renversé.
 
Honte à vous, Monsieur Moscovici, car vous être finalement venu nous dire que vous avez mué la Grèce en une colonie de la dette de la troïka et des marchés financiers.

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