Blog de Robert Duguet - Octobre 2017 /contact:

APPEL A SE RENCONTRER

Publié le 10 octobre 2017 par Arguments Pour la Lutte Sociale
Et le dimanche 15 octobre par le blog de Robert Duguet

Présentation : Arguments pour la lutte sociale avec d’autres camarades dont le blog de Robert Duguet, http://socialisme-2010.fr/blog2016/ organisent une première réunion nationale – après des réunions locales sur lesquelles nous reviendrons

Le dimanche 22 octobre 2017 à 14H au CAIRN (18 rue Victor Massé 75009 Paris).
Nous contacter !

Tél: 06 32 71 06 97 Mail: rduguet@wanadoo.fr

 

Appel

Dans une situation où les acteurs militants sont éclatés en de multiples réseaux, clubs ou organisations, personne n’est en droit de se poser en seule alternative, mais il faut oser appeler au regroupement.

La démocratie, comme l’écrivait et le défendait Rosa Luxembourg, d’accord sur ce fondement avec Jean Jaurès, c’est d’abord et avant tout le droit de celui qui pense différemment. Il faut poser les bases d’une confrontation démocratique des points de vue. Jamais les paroles de l’Internationale n’ont été aussi actuelles :

« Il n’est pas de sauveur suprême, ni dieu, ni césar, ni tribun
Producteurs, sauvons-nous nous même… »

Macron a été élu sur la base d’une défaite historique des partis – LR et PS – qui ont étayé et prolongé les institutions anti-démocratiques de la Vème république, nées du coup d’État de 1958. Ils ont prolongé la vie des institutions anti-démocratiques nées du coup d’État de 1958, et Macron veut ressusciter celles-ci, avec une présidence « jupitérienne » qui vise à en finir, cette fois-ci une fois pour toutes, avec la civilisation du Code du travail, des services publics et de la Sécurité sociale, née en France des rapports de forces entre classes sociales il y a plus d’un demi-siècle (1936, 1945, 1968..) En permettant aux patrons de changer le contrat de travail quasiment à leur guise, il veut baisser le niveau des salaires réels et imposer à la jeune génération un avenir de précarité, dans un monde que le capital voue de plus en plus à la guerre et à la crise climatique.

Mais la base de Macron pour réaliser ce coup de force est très étroite. N’est pas De Gaulle qui veut, même si on passe pour Jupiter. La majorité des composantes de la société n’adhèrent pas à ses plans. Le salariat, actifs, chômeurs et retraités, a commencé à se regrouper et cherche les voies de l’unité pour se défendre et l’affronter. LREM n’est pas à cette étape constitué en parti dominant stable de la V° République dont l’appareil d’État (comme l’indique l’affaire du général De Villiers) et les élus locaux confrontés à l’offensive de casse des communes et des départements (comme l’indiquent les sénatoriales) ne lui sont pas acquis. Tout pas en avant de la résistance ouvrière concrète peut inverser la situation. La voie de l’action nécessaire est aujourd’hui indiquée par les chauffeurs routiers FO et CGT.

Au crépuscule de la V° République se combine le crépuscule des organisations qui ont structuré pendant des décennies le mouvement ouvrier, et qui lui avait permis d’exister comme classe en capacité de reconstruire la société sur d’autres bases, aujourd’hui en décomposition. Qu’il s’agisse de la social-démocratie ou des partis issus de la 3ème internationale dont le modèle était le bloc soviétique. Dans ce climat de déroute surgissent de nouveaux monstres : les mouvements populistes.
Le populisme s’affirme d’emblée comme niant les classes sociales et le rôle différent qu’elles jouent dans la confrontation sociale. Le populisme nie la place spécifique que tient le mouvement ouvrier, comme mouvement de la seule classe en capacité, de par sa place dans le procès de production du travail social, de reconstruire la société humaine sur d’autres bases. Mais, tout comme Macron, il n’a pas trouvé à ce jour de base sociale large. Les dizaines de milliers de manifestants du 23 septembre ne sont pas venus pour « construire un peuple » mais pour chercher l’efficacité et donc l’unité contre Macron.

Les militants et groupes soussignés mettent en débat la question pressante qu’impose cette situation : constituer une perspective politique, nécessairement pluraliste et démocratique, qui représente les salariés, actifs, chômeurs, retraités, jeunes, alternative à Macron, pour le chasser lui et la V° République.

Cette tache va avec le débat collectif contradictoire sur un programme pour le siècle qui a commencé, fondé sur la démocratie la plus large pour notre temps, qu’on l’appelle nouveau projet socialiste, nouveau manifeste communiste ou autrement.

30-09-2017.

Premiers signataires :

Robert Duguet
Olivier Delbeke
Vincent Présumey

 


Catalogne : comment les Comités de Défense du Referendum s’organisent secrètement pour les manifestations et initiatives à venir :

Dans l'assemblée secrète de tous les comités pour la Défense du Référendum (CDR) de la Catalogne, El Confidencial

Source : https://www.elconfidencial.com/espana/cataluna/2017-10-15/cdr-comite-defensa-referendum-cup-sabadell_1461056/


Les figures les plus importantes de la résistance dans les rues de toute la Catalogne se sont réunies Samedi 14 Octobre 2017 dans un local indépendantiste dans la périphérie de Sabadell. Il n'y a pas eu de consensus.

« Nous ne savons rien, si vous êtes un voisin, allez voir la mairie et un conseiller municipal de la CUP pourra peut-être vous dire quelque chose ». Samedi 14 Octobre 2017 dans le milieu de la matinée, la police municipale de Sabadell, la cinquième plus grande ville de Catalogne, ne sait pas que, dans quelques heures, la première assemblée de tous les Comités pour la Défense du Référendum (CDR) de la Catalogne aura lieu à Sabadell.

C'est logique, car l’heure et le lieu exact ne sont publiés par aucun site. Les organisateurs, le CDR de Sabadell, dépendant de la CUP locale, ont pris soin que seuls les invités connaissent l'appel. Les CDR sont des plateformes citoyennes développées par la CUP quelques jours avant le référendum du premier octobre 2017 pour garantir le vote.

C’était ceux qui ont dormi dans les bureaux de vote et qui ont organisé les manifestations contre l’intervention de la police qui se sont multipliées dans les rues des principales villes de Catalogne.

Dans les dernières semaines, ils ont connu une croissance exponentielle en nombre comme en répartition géographique et on croit qu'au moins une centaine de districts de la région ont leur propre CDR, dont la structure est basée sur les Comités de Défense de la Révolution du castrisme.

La grande assemblée se tient dans une zone industrielle des vieilles usines à la périphérie de Sabadell, dans un local indépendantiste de la CUP, Samedi 14 Octobre 2017 à 17 heures. Le soleil frappe fort sur les participants faisant la queue à la porte. « Vous êtes beaucoup plus que nous ne le pensions, nous nous attendions à moins de la moitié de participants », crie l'un des organisateurs aux personnes rassemblées. « Nous allons devoir ouvrir les portes pour que tout le monde entre, mais nous vous rappelons qu’il faut trois représentants maximum de chaque CDR sans journalistes, sans photographies ni tweets ».

A mesure que se remplit la salle, le bar « alternatif et populaire » du local, intitulé Mambo à l'entrée, se vide. À côté du comptoir, d’affiches appelant à la libération d’Alfon, le militant de Valence arrêtés et emprisonné après la grève générale du 14 novembre, 2012, de plusieurs exemplaires de la revue Directa, une revue de la CUP, et d'autres calendriers et dépliants relatifs à la lutte, s’assoient deux femmes. L'une des deux est Sophie, une journaliste française qui vient couvrir l’assemblée et qui a accordé une pré-interview. Mais, alors que l’assemblée elle-même commence, elle reste à l’extérieur pour boire une bière. « Il a été décidé qu’il n’y ait aucun média et ce serait une injustice d’y aller quand nous avons dit à la télévision catalane elle-même qu’elle ne pouvait pas le faire », lui ont expliqué les organisateurs.

Le responsable des comités de Sabadell a répondu à leurs questions avant l’assemblée, bien sûr, avec une certaine prudence. Par exemple, lorsque Sophie demande pourquoi ils désirent tant l'indépendance, la porte-parole reste un peu hésitante jusqu'à ce qu’elle réponde finalement « pour pouvoir parler dans ma langue librement ». La française répondit avec un peu d'incrédulité qu'elle ne pensait pas que c’était si difficile. « Tout est un peu comme cela », admet-il, ne voulant pas dire beaucoup de détails pour que cela n’apparaisse pas comme une indiscrétion à leurs hôtes. Les organisateurs lui ont même demandé de changer de trottoir, arguant que le microphone de sa caméra pourrait capter les déclarations de l'intérieur.

À l'intérieur, la chaleur est écrasante, près de quarante degrés. Il y a deux cent personnes dans un petit auditorium de quartier. Il y a des représentants de quatre-vingt CDR de toute la Catalogne, Gérone, Manresa, Masnou, Sants, Les Franqueses, Badalona, ​​Esplugues, Nou Barris, Tarassa et Casteldefells, qui répondent à des profils divers. La majorité sont des jeunes antifascistes d’une vingtaine d’années, y compris des rastas avec des dreadlocks, mais aussi des retraités et des militants de toutes sortes d’âge et de situation. Il y en a même un avec une chemise de Marinaleda. Les points de l'ordre du jour sont lus, ils sont variés, mais presque tous sont venus ici pour coordonner la stratégie citoyenne contre l’éventuelle activation du cent-cinquante-cinquième article de la constitution.

Ils fonctionnent avec les codes popularisés par le mouvement du 15 mai 2011, comme le geste dévissant une ampoule et la revissant d'une manière extravagante pour exprimer leur soutien ou celui que les joueurs de football utilisent pour demander le changement quand ils veulent aller vite. Quand ils veulent intervenir, ils lèvent une pancarte avec le nom de leur quartier et ils attendent que le bureau leur donne la parole. L'assemblée commence par un rappel à l’ordre idéologique qui sera respecté pendant les trois heures de l’assemblée, « je vois des militants de l’Omnium, de la CUP et de l’ERC, nous avons chacun un père et une mère, mais nous ne sommes pas ici pour défendre des positions politiques, je vous supplie d’éviter de mentionner des partis politiques. Nous sommes ici parce que nous sommes capables de mobiliser la rue, comme nous l'avons fait après le référendum, et nous voulons canaliser nos actions ».

L'assemblée discute sur un ton cordial de camaraderie, avec des références constantes à la résistance non-violente, mais sans oublier la résistance comme un moyen d'obtenir l'indépendance. Seul le représentant de Calella, un homme d'âge moyen, brise le calme, « j’ai une proposition d'action très claire, mais je ne peux pas la dire ici parce qu’elle est clandestine. Ceux qui sont prêts à passer quelques jours loin de la maison et à risquer leur l'intégrité, qu’ils viennent me parler après l’assemblée », dit-il avant d'être réprimandé par les organisateurs, « ne vient pas ici pour faire des propositions clandestines ».

L'un des problèmes les plus brûlants est la conversion des CDR en Comités de Défense de la République Catalane, la majorité des CDR voit cela comme une évolution logique, mais certains ne sont pas pour, parce qu'ils défendaient le « droit de vote des catalans » mais, dans leurs rangs, il y a beaucoup de personnes qui ne sont pas indépendantistes. Les nuances terminologiques sont cruciales dans cette assemblée, comme c'est logique quand un groupe hétérogène de citoyens tente de concevoir une république à partir de zéro.

Ce sont précisément ces échanges sur les nuances, sur les détails et sur la position de chaque groupe sur des questions comme l’invocation de brigades internationales de rue, une autre grève générale ou la possibilité d'inclure des activités culturelles dans les campements pour prolonger les manifestations,  qui font monter la température dans les assemblées.

Ces échanges, même avec des gants blancs, comprennent des contributions qui font pencher les débats dans un sens ou dans un autre. Il y a des questions techniques, « pour voir si nous appellerons les gens dans la rue sans savoir comment les protéger ou comment couper l'accès à la police ». Il y a des questions passionnées, « des concerts de casseroles dans les municipalités dès que le cent-cinquante-cinquième article sera activé, que l’on entende tout le temps », dit le responsable de Villanova i la Geltru, le seul qui intervient en espagnol après des dizaines d’interventions. Le CDR de San Andreu veut aller un peu plus loin, « que ferons-nous si, avec le cent-cinquante-cinquième article ou plus tard, nous intervenons sur des questions cruciales, comme la santé ou l'éducation ».

Le débat commence à décliner vers la troisième heure. Au fond de l'auditorium, on s’approche du bar pour une bière et un cigare et à la fin les forces sont divisées, il y a presque autant de personnes à l'extérieur qu’à l'intérieur du local.

L’assemblée n’est pas parvenue à un consensus, au-delà de réaffirmer que les manifestations postérieures au premier octobre 2017 étaient très importantes et qu’elles recommenceront si le cent-cinquante-cinquième article est activé.

Tous sont convoqués Samedi 21 Octobre 2017 dans un nouveau lieu secret, pour continuer d'armer la structure avec plus de pouvoir pour mobiliser les rues de Catalogne. Et pourtant, quand on les voit descendre dans la rue et se disperser en petits groupes, vers la station de Can Feu-Grácia, ils ne paraissent pas plus que des citoyens.


80ème anniversaire de la Révolution espagnole, par Stéphane Julien

Article paru dans La Révolution prolétarienne N° 794 (septembre 2016):

Source : La Bataille Socialiste ; https://bataillesocialiste.wordpress.com/


La situation de la Catalogne ravive dans la conscience de son peuple des blessures qui n'ont jamais été refermées. L'attitude de la monarchie post-franquiste contre le droit des peuples à disposer de leur destin, la ligue de toutes les puissances attachées à la survie du néo-libéralisme et de cette Europe, prison des peuples, les a tout simplement ravivées. L'article qui suit, que nous avions publié en 2016 pour le 80ème anniversaire de la révolution espagnole, dernière révolution écrasée avant le cataclysme de la seconde guerre mondiale, a toute sa place dans l'actualité. (RD)

Cet été [2016], c’était le 80ème anniversaire de la Révolution espagnole, une révolution dans un pays voisin, suivie de près par nos anciens de la R.P., tout particulièrement Lazarévitch [1] et Louzon [2]. Cette révolution ne fut pas qu’une guerre laboratoire avant la Seconde Guerre mondiale mais joua un rôle important dans la gauche politique et syndicale internationale, révélant notamment le rôle contre-révolutionnaire du stalinisme et les faiblesses de l’anarchisme, courant majoritaire dans la classe ouvrière catalane.

La Révolution ouvrière de juillet 1936

L’Espagne comptait en 1936 autour de 25 millions d’habitants. C’était un pays avec un retard d’industrialisation (surtout hors Catalogne et Pays basque) et une tradition de violence d’État contre les luttes ouvrières. Depuis 1931 c’était une République. Une République qui n’avait pas mis en œuvre l’indispensable réforme agraire. Un Front populaire avait remporté les élections de février. Ce Front électoral avait été largement construit et soutenu sur un mot d’ordre d’amnistie des prisonniers politiques, notamment les survivants de l’insurrection des Asturies en 1934. Les forces les plus réactionnaires du pays organisèrent alors un coup d’État militaire dirigé par Franco en juillet. Le gouvernement fut incapable d’y faire face mais les travailleurs contre-attaquèrent efficacement. A Barcelone, les ouvriers, principalement les militants de la C.N.T. (centrale anarcho-syndicaliste), mirent l’armée en déroute en quelques heures.

« Les ouvriers anarchistes, socialistes, poumistes, et eux seuls presque sans armes, ont sauvé Madrid et Barcelone, et avec les deux capitales c’est le pays tout entier qui serait sauvé si le gouvernement n’était effrayé par le caractère socialiste que prend aussitôt la défense de la République. Les ouvriers ne se sont pas jetés sur les mitrailleuses par amour des chefs républicains – qu’ils ont déjà vus à l’œuvre de 1931 à 1933 – mais parce que la foi révolutionnaire les anime. Il est tout de suite évident que la lutte n’est plus cette fois entre les démocrates impuissants d’Azaña et les généraux rebelles mais entre le socialisme et le fascisme. Les grands exploiteurs, industriels et féodaux agrariens qui ne se font pas d’illusions ont tous passé chez Franco. Et Mussolini aussi le comprend. Il envoie immédiatement du renfort, contribue à assurer le libre passage entre le Maroc et l’Espagne franquiste, ce qui permet à Franco de constituer cette troupe de choc, légionnaires et tirailleurs marocains, sans laquelle il aurait été contraint de capituler rapidement. » (Alfred Rosmer, Préface à  Le Stalinisme en Espagne, 1938)

L’appareil d’État s’effondra à l’été 1936 entre l’insurrection militaire et l’insurrection populaire. Les travailleurs prirent les armes, exproprièrent, s’organisèrent en comités et milices syndicales. Mais l’appareil d’État se reconstitua rapidement, en intégrant les dirigeants ouvriers tout en organisant les transferts d’autorité. En Catalogne, la C.N.T. maîtresse de la rue laisse le pouvoir au gouvernement régional (la Généralité). Le comité central des milices et le gouvernement de la Généralité étaient composés des mêmes forces politiques dans les mêmes proportions, celles d’un Front populaire élargi à la C.N.T. et au P.O.U.M., un parti marxiste révolutionnaire. Des leaders de la C.N.T. entrèrent dans le gouvernement de Francisco Largo Caballero en novembre 1936.

Nombre d’exploitations, usines et services, tout particulièrement en Catalogne, furent collectivisés, souvent sous l’autorité du syndicat. Un air de liberté et de fraternité flotta indiscutablement. Un recueil de documents sur les collectivisations, préfacé par Augustin Souchy, fut publié dès 1937 L’œuvre constructive de la Révolution espagnole. Mais il ne fut pas mis en place les prémices d’une économie non-marchande (sauf peut-être en Aragon)  et divers décrets allaient s’efforcer de reprendre en main ces initiatives.

Une guerre internationale

Alors que les franquistes bénéficièrent aussitôt du soutien des fascistes, Léon Blum, chef du gouvernement de Front populaire en France annonça une politique de «non-intervention». Les tendances de gauche de la S.F.I.O. organisèrent cependant dès 1936 un Comité d’Action Socialiste pour l’Espagne (CASPE). En lien avec la C.N.T., Solidarité internationale antifasciste organisa de nombreux meetings réunissant anarchistes, trotskystes et socialistes de gauche. Des colis et convois furent envoyés. Plusieurs militant-e-s français rejoignirent l’Espagne et s’engagèrent, notamment dans la milice du P.O.U.M.. Hippolyte Etchebéhère, du groupe Que Faire ?, ami du couple Rosmer, mourut au combat sur le front en août 1936. Au moins 34 libertaires français sont morts en Espagne en 1936 [3].

Deux options étaient défendues dans le camp antifasciste : « La guerre d’abord, la révolution ensuite » ou « La guerre pour défendre la révolution ». De fait, c’est la guerre qui dévora la révolution, à commencer par le chantage aux armes. Alors que l’Espagne républicaine était isolée, l’U.R.S.S. accepta de lui vendre des armes, en contrepartie d’un transfert de la plus grande partie des réserves en devises de la Banque d’Espagne vers Moscou en septembre 1936 et d’une pression constante pour éradiquer l’extrême-gauche au profit d’une ligne d’Union nationale : le P.O.U.M. fut exclu du gouvernement de la Généralité, le Comité Central des Milices Antifascistes fut dissous, les milices furent militarisées, les collectivisations remises en cause. J. Comorera, ministre stalinien du Ravitaillement, lança une « guerre du pain » avec la formule : « plus de pain et moins de comités ». Les hommes du Guépéou furent placés, ses prisons secrètes prêtes à la répression.

Les journées de mai 1937

Une provocation fut orchestrée à Barcelone avec la tentative de prise de contrôle du central téléphonique, des barricades furent levées contre la police stalinienne mais les dirigeants de la C.N.T. intervinrent pour qu’on cesse le combat et reprenne le travail. Les minorités révolutionnaires (Amis de Durruti [4], P.O.U.M.) durent renoncer. Ce fut la fin de toute perspective révolutionnaire.

« D’une part, donc, la supériorité militaire de la C.N.T. s’avéra, en ces journées, éclatante, mais, d’autre part, la C.N.T. refusa, à tout moment, d’employer cette supériorité pour s’assurer la victoire. C’est que, en effet, ce que, avant tout, ne voulait pas la C.N.T., c’était remporter la victoire. La C.N.T. était prête à tout, à tous les abandons, à tous les renoncements, à toutes les défaites, à condition de ne pas avoir la victoire. Pourquoi cela ? Parce que, après avoir remporté une victoire militaire, une victoire de force, sur le bloc bourgeoiso-stalinien, après avoir vaincu au cours d’une bataille de rues ses alliés ou soi-disant alliés de la veille, les Companys, les Dencas, les Antonov, elle n’avait plus alors d’autre alternative que de prendre le pouvoir, le prendre seule et officiellement. Or, fidèle à la politique qu’elle a obstinément suivie depuis le 19 juillet. la C.N.T. ne veut pas être, ouvertement, au pouvoir. » (La Révolution Prolétarienne, 10 juin 1937)

La police espagnole et les agents du Guépéou organisèrent la terreur contre les révolutionnaires. Andreu Nin, Kurt Landau, Camillo Berneri et bien d’autres furent assassinés. Le P.O.U.M. fut interdit, ses dirigeants emprisonnés. Beaucoup de militants se réfugièrent dans l’anonymat du combat au front. Une grande partie de la gauche internationale, y compris des anarchistes français [5], ferma les yeux sur cette répression et les renoncements qui l’avaient permise.

N’ayant plus de Révolution à défendre, et face à des fascistes toujours mieux armés par l’Allemagne et l’Italie, l’Espagne avança vers la défaite totale. Barcelone tomba en janvier 1939, Madrid en mars. Un exode de masse, la Retirada, emmena 500.000 réfugié-e-s vers la frontière française. Les « rouges » qui ne purent pas pu fuir furent exterminés en masse. Franco resta dictateur du pays jusqu’à sa mort en 1975.


 

Notes

[1] Une compilation d’articles de Nicolas Lazarévitch parus dans la R.P., A travers les révolutions espagnoles, était parue en poche en 1972 mais le livre est depuis longtemps épuisé.
[2] Son article La contre-révolution en Espagne (R.P. N°248, juin 1937), fut publié en brochure en espagnol. Sur le site de la Fondation Andreu Nin on trouve un article en espagnol : Algunos amigos franceses del POUM (« Quelques amis français du POUM ») qui évoque les anciens de la R.P. (http://www.fundanin.org/gutierrez17.htm#Alfred)
[3] French Anarchist Volunteers in Spain, 1936-39: Contribution to a Collective Biography of the French Anarchist Movement (David Berry), liste reprise dans Les Fils de la nuit (Libertaria, 2016)
[4] Voir Deux livres sur les « Amis de Durruti » (R.P. N°785, juin 2014). Nicolas Lazarévitch évoque plusieurs fois ce groupe dans ses articles dans la R.P. en 1937.
[5] Attitude notamment dénoncée dans un tract de l’Union communiste distribué au meeting anarchiste au Vélodrome d’hiver du 18 juin 1937 à Paris, par N. Lazarévitch dans « Le Congrès de l’Union anarchiste » (R.P. N°259, 25 novembre 1937) ou par Louis Mercier-Vega dans la revue Révision.

 


Hommage à Lluis Companys

Source : http://www.elmundo.es/cataluna/2017/10/15/59e320b822601dfa3c8b463d.html

« Si Carles Puigdemont devait finir comme Lluis Companys, il y aurait beaucoup d’autres personnes avant lui », dit la Candidature d’Unité Populaire (CUP) en hommage à Lluis Companys

Dimanche 15 Octobre 2017


 

« Si Carles Puigdemont devait finir comme Lluis Companys, il y aurait beaucoup d’autres personnes avant lui », a déclaré la porte-parole de la CUP, Gabriela Serra, pendant le traditionnel hommage à l'ancien président catalan fusillé par le franquisme. « Nous aurons à nouveau un président avec les pieds nus et les yeux ouverts disant vive la Catalogne et vive la république devant un peloton d'exécution. Nous ne le verrons pas, nous l’empêcheront », a déclaré Gabriela Serra, interrogée sur les mots du porte-parole du Parti Populaire, Pablo Casado, qui a dit il y a quelques jours que Carles Puigdemont pourrait finir comme Lluis Companys s'il déclare l'indépendance. L'ancien président a été mis en prison en 1934 pour avoir déclaré l'indépendance et il a été fusillé en 1940.

Dans le même acte, l’actuel président du gouvernement catalan, Carles Puigdemont, a assuré son engagement envers les valeurs qu’il veut garder, vingt-quatre heures avant sa réponse à Mariano Rajoy pour confirmer s’il a ou s’il n’a pas déclarer l'indépendance de la Catalogne, Mardi 10 Octobre 2017, « nous réitérons notre engagement pour la paix, le civisme, la sérénité, la fermeté et la démocratie, qui inspirent les décisions que nous prenons ».

Un jour avant de répondre à l’ultimatum du gouvernement central, Carles Puigdemont a parlé avec le vice-président Oriol Junqueras et d'autres membres de son gouvernement sur la tombe de son prédécesseur, qui a été exécuté il y a soixante-dix sept ans.

Ada Colau, maire de Barcelone, a également accusé dans le même acte Pablo Casado. Elle l'a qualifié de pyromane et elle a demandé à son parti de l’exclure pour indignité et pour avoir offensé les victimes du franquisme, les catalans et l’Espagne.

Carles Puigdemont, accueilli par des dizaines de personnes criant « président », a déclaré que, « en ces temps difficiles et pourtant plein d'espoir pour ceux qui vivent en Catalogne », il faut répondre avec des valeurs civiques et démocratiques aux critiques et en particulier aux accusations d'endoctrinement politique et idéologique dans les écoles catalanes.

La présidente du parlement catalan, Carme Forcadell, a souligné que le parlement a adopté au mois de juin 2017 à l'unanimité l'annulation des jugements franquistes et elle a dit que « l’état espagnol n'a toujours pas présenté ses excuses pour l'exécution » de Lluis Companys. La présidente du parlement a souligné que Lluis Companys était le seul président d'un gouvernement démocratique européen fusillé par les fascistes.

 


Mélenchon vient de donner une longue interview à l’hebdomadaire le 1. Interrogé par le journaliste sur la nature de « France Insoumise »



 

On y apprend :

« C’est un mouvement. Nous ne voulons pas être un parti. Le parti, c’est l’outil de classe. Le mouvement est la forme organisée du peuple. L’idée, c’est d’articuler le mouvement, sa forme et son expression : le réseau. Je sais que ce n’est pas évident à comprendre pour les seniors de la politique qui trimballent leurs vieux scénarios des années soixante, mais le but du mouvement de la France insoumise n’est pas d’être démocratique mais collectif. Il refuse d’être clivant, il veut être inclusif. Ça n’a rien à voir avec la logique d’un parti. De plus, il doit être un organe utile. Alors les copains distribuent de la nourriture, vont chercher des vêtements, aident les gens à demander les prestations sociales auxquelles ils ont droit. Et pour le reste, le mouvement ne fait que des campagnes. Donc quand on nous demande où est la direction, ça peut vous paraître étrange, mais il n’y en a pas.

Nos observateurs sont enfermés dans une vision binaire opposant verticalité et horizontalité. Or le mouvement n’est ni vertical ni horizontal, il est gazeux. C’est-à-dire que les points se connectent de façon transversale : on peut avoir un bout de sommet, un bout de base, un bout de base qui devient un sommet… Pour le comprendre, il faut construire un nouvel imaginaire politique. »

 


 

Constitution de l'Espace Citoyen du Val d’Yerres le 11 octobre, par Robert Duguet


 

Le 11 octobre 2017 une trentaine de citoyens se sont réunis à Yerres pour constituer une association à déclarer sous le titre : « Forum Citoyen du Val d’Yerres ».


Tout d’abord un petit rappel historique : ce regroupement fait suite à l’Assemblée Citoyenne du Val d’Yerres qui existait depuis la constitution du Front de Gauche. Après l’éclatement de ce dernier au niveau national, nous avons décidé de continuer le combat pour un front politique pluraliste et démocratique.

La plupart des militants et citoyens présents ont en fait participé à la campagne pour l’élection présidentielle de 2017 et soutenu la candidature de Jean Luc Mélenchon. Le report de 7 millions de voix sur le nom du candidat de la France Insoumise n’a pas entrainé la même dynamique lors des législatives qui ont suivi : premier problème politique, pourquoi ? Situation particulière dans le Val d’Yerres : le candidat Nicolas Dupont Aignan passe un accord avec la présidente du FN quasiment pour un contrat de gouvernement, au cas où cette dernière arrive en tête. Ce fait politique extrêmement grave voit une importante mobilisation citoyenne se développer dans la circonscription. Le 1er mai c'est  pas moins d’un millier de manifestants qui défilent dans les rues de la ville de Yerres, dont Nicolas Dupont Aignan est le maire. Pour une petite commune de banlieue c’est énorme. Toutes les conditions politiques étaient réunies pour rassembler et choisir le candidat le mieux placé pour chasser Dupont Aignan : la France Insoumise a choisi de faire cavalier seul, sur la ligne du leader maximo : les autres formations, partis ou groupes de citoyens, cela n’existe pas. Mélenchon aura même cette délicatesse à l’encontre du PCF : c’est « le néant et la mort ». Résultat : Nicolas Dupont Aignan passe avec une courte majorité. Ce problème a fortement choqué tous ceux et celles qui ont fait la campagne de Jean Luc Mélenchon. Et pour revenir sur la campagne présidentielle de 2017, il est vraisemblable que si Mélenchon avait joué la carte du Front Politique pour l’unité FI-Hamon et PCF, il serait aujourd’hui président de la République…


C’est à partir de là que nous avons pris l’initiative de continuer. L’objet de l’association a été longuement discuté par les participants et peut être résumé par cette phrase de l’article 2 des statuts :

« Le forum citoyen regroupe celles et ceux qui veulent participer à l’élaboration des principales mesures qui permettraient de sortir de la crise économique, écologique et sociale dans laquelle le capitalisme a plongé la société… »

A partir de cette déclaration de principe, nous avons ébauché comment une association de ce type pouvait fonctionner.

Voilà quelques-unes des questions qui ont été abordées lors de l’assemblée constitutive. A suivre et à développer…

 


 

« Nous sommes les petites filles des républicaines que vous n’avez pas pu fusiller »

Pour une république catalane ! pour une union démocratique des peuples d’Espagne ! par Robert Duguet.



Cette photo prise dans une manifestation favorable au droit du peuple catalan de prendre en main sa propre destinée, exprime bien une vérité essentielle : ce qui n’a pas été réglé par le passé resurgit aujourd’hui avec force et détermination.

La nation espagnole, comme expression politique et institutionnelle propre, intégrant démocratiquement les différentes minorités, n’a jamais été constituée.


La démocratie bourgeoisie dans ce qu’elle avait d’éminemment révolutionnaire reconnaissait même le droit à la sécession, si une minorité ne s’estimait plus représentée dans l’Etat national : le droit des peuples à disposer à disposer d’eux-mêmes. Cette position de la démocratie jacobine sera reprise par le parti bolchévique de Lénine et de Trotsky et par l’Internationale Communiste avant la dégénérescence stalinienne. C’est un élément important de l’histoire européenne : la France a connu sa grande révolution bourgeoise, qui ne s’est pas arrêté, à ce que souhaitait la bourgeoisie d’affaire girondine, mais poussée par la sans culotterie et le peuple des faubourgs, elle a réalisé la république jacobine et connu son Saint Just et son Robespierre. La Grande Bretagne a connu son Cromwel, l’Italie son Garibaldi,  les Etats-Unis son Lincoln, et même l’Allemagne son Bismarck, même si ce dernier avait chaussé les bottes détestable du prussien pour unifier son pays. Rien de tout cela en Espagne : l’éphémère première république espagnole est écrasée en 1875 par la monarchie carliste, coup d’état fomentée par un certain Antonio Primo de Rivera qui sera le fondateur de la phalange fasciste. Face aux aspirations démocratiques pour une nouvelle république, il organise la pronunciamiento de septembre 1923 et imposera jusqu’en 1930 un régime corporatiste avec un parlement qui n’aura que le droit éventuel de proposer des lois à l’exécutif. La dictature franquiste écrasera les droits des minorités nationales dans le sang.

Barcelone aura une place centrale dans la guerre civile et dans la résistance au franquisme.

Là étaient des détachements avancés de la démocratie prolétarienne, la CNT, la FAI, le POUM et l’aile gauche socialiste de Largo Caballero contrôlant l’UGT. Caballero était pour un gouvernement de l’Alliance Ouvrière, ouvrait une perspective anticapitaliste. Staline et le petit parti communiste espagnol qui était minoritaire dans le mouvement ouvrier ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour détruire cette perspective. Staline ne voulait pas d’une république ouvrière en Espagne. Le beau film de Ken Loach « Terre et liberté », qui a suscité bien des controverses en Espagne, a parfaitement montré ce qui a permis la victoire militaire de Franco. D’abord casser l’aspiration vers la république sociale en menant un combat acharné pour lier les organisations ouvrières à « l’ombre de la bourgeoisie ». Dans la révolution espagnole les républicains bourgeois étaient ultra-minoritaires. Ensuite Staline a détourné l’or de la république espagnole contre des livraisons d’armes : armement totalement insuffisant contre les mercenaires suréquipés de Franco par les Etats fascistes et de plus des vieux fusils de la 1ère guerre mondiale, qui, la pluparts du temps n’étaient même pas en état de fonctionner. Enfin Staline a fait assassiner par le biais de sa police internationale, la Guépéou, et ses relais dans les brigades internationales, de nombreux cadres politiques de la CNT et du POUM, c’est-à-dire l’avant-garde du prolétariat espagnol.

Pourquoi la question du droit des minorités à l’autodétermination et de la république libre des peuples d’Espagne n’a-t-elle pas été imposée après la mort de Franco ?

Le 25 octobre 1977 il y a eu un pacte signé au palais de la Moncloa par les partis ouvriers, PSOE et PCE, pour assurer la transition démocratique de l’Espagne, en fait il s’agissait de légitimer la reconduction des institutions monarchistes et postfranquistes de l’Espagne. Le PSOE et l’UGT ont eu à l’époque quelques velléités de résistance. C’est Santiago Carrillo qui, au nom de la direction du PCE, s’est battu de manière acharnée, en particulier contre la résistance des milieux socialistes, pour faire accepter le pacte. C’est le drapeau sang et or de la monarchie et du franquisme qui a été adopté : les directions du mouvement ouvrier ont remisé au grenier le drapeau de la République.

Comment ne pas comprendre que dans cette affaire de la Catalogne, ce qui saute au visage des dirigeants des Etats, de cette Union Européenne, véritable prison des peuples, c’est cette longue histoire de la lutte pour la démocratie que la dictature, puis  la monarchie post-franquiste, ont essayé de faire taire et qui resurgit. L’exigence du peuple catalan voit en face resurgir les vieux démons: la grande presse s’est fait l’écho de la contre-manifestation de Madrid, ce qu’elle a omis de rendre compte c’est qu’elle était encadrée par des individus qui faisaient le salut fasciste et qui chantaient l’hymne de la phalange.  Qu’une manifestante aujourd’hui écrive sur sa pancarte : « Nous sommes les petites filles des républicaines que vous n’avez pas pu fusiller », est éminemment significatif de ce qui se passe là-bas. Un peuple se ressaisit de son histoire et exige la proclamation de la république. Lors de leur camp d’été, qui a rassemblé 30 000 jeunes, les JERC (Jeunesse de la Gauche Républicaine de Catalogne) ont proclamé clairement : nous ne voulons plus de la constitution de 1978.

Comment pouvons-nous soutenir le combat pour la République ?

Les classes dirigeantes et les Etats ont annoncé la couleur : le petit commis-voyageur du MEDEF et de l’Union Européenne Macron ne reconnait que l ’Etat espagnol. Et la grosse bertha Merkel (eins ! zwei !) de même. L’union européenne a avancé qu’il n’est pas question d’intégrer une région autonome dans l’Europe. Tiens donc ! Voilà une position qui mérite réflexion, puisque la fonction de cette Europe de « la concurrence libre et non faussée » se constitue sur les régions concurrentielles contre les Etats-nations, garantissant comme la république française l’égalité citoyenne, la péréquation démocratique entre départements pauvres et départements riches… alors quand il s’agit de constituer une république démocratique et sociale en Catalogne,  tout ce joli monde montre les dents.

Mélenchon propose une médiation internationale… Si cela implique d’accepter le déploiement policier et militaire contre le peuple, d’accepter que soient traduits devant les tribunaux les organisateurs du référendum et les élus, si d’emblée la dite médiation ne condamne pas d’emblée l’utilisation de la violence qui a touché 900 personnes, on se demande alors à quoi peut servir une médiation dans ces circonstances. Par ailleurs de quel droit les Etats occidentaux et l’Union Européenne interviendraient dans le droit souverain des catalans de décider de leur destin. Le même Mélenchon a osé déclarer, dans un discours prononcé à l’Assemblée Nationale, que le franquisme puis la monarchie post-franquiste avaient malgré tout permis aux différentes régions de coexister dans un Etat national : comme par hasard la video retranscrivant ce discours a disparu, notamment du site de Mediapart… C’est un point de vue qui va faire plaisir aux fils et aux filles de républicains espagnols qui, traversant les Pyrénées dans des conditions effroyables (la retirade) sont venus en France demander protection et qu’ils ont été parqués à Rivesaltes dans un camp de prisonniers…

La solution pour aider la Catalogne républicaine et ouvrière, c’est la solidarité internationale. Hélas pour l’instant, la gauche radicale française depuis quelques mois n’a rien vu de ce qui se nouait en Catalogne. Aujourd’hui cela lui saute au visage et on se met dans certaines presses d’extrême gauche à donner des leçons aux ouvriers catalans sur ce qu’ils devraient faire… La seule manifestation qui a été convoquée devant l’ambassade d’Espagne a regroupé à peu près deux cent militants, dont deux organisations qui se disputaient le leadership de la représentation. Est-il si difficile que cela de se mettre d’accord sur un minimum – le droit souverain du peuple catalan à disposer de son destin – pour organiser un front et prendre des initiatives pour desserrer l’étau (meeting, manifestations…)

 


Catalogne-Etat espagnol. Lettre de la CUP à Puigdemont (débat)

Candidatura d’unitat popular-crida constituent [lettre publiée le 13 octobre 2017; traduction A L’Encontre]

Source : Alencontre

 



Très honorable président de la Generalitat de Catalogne, Monsieur Carles Puigdemont i Casamajó

La CUP-CC [Candidature d’unité populaire, lors des élections du Parlement de Catalogne, la CUP a fait élire 10 de ses candidat·e·s] souhaite vous faire parvenir quelques réflexions au sujet de la requête du gouvernement espagnol concernant la déclaration d’indépendance [1] ainsi la suspension [de cette dernière].

Lors du plénum du 10 octobre dernier, nous avons déclaré que la CUP-CC n’est pas un acteur principal de l’histoire de notre pays. En revanche, les gens le sont. Les gens avec des majuscules car nous autres, lorsque nous parlons de gens, nous pensons et faisons référence aux centaines de milliers de personnes qui ont défendu leurs collègues face à la violence déployée par l’occupation militaire et policière. Aux centaines de personnes qui seront frappées, blessés, humiliées et effrayés par l’intervention brutale de la Police nationale et de la Guardia civil. Les gens sont, également, ceux qui sont allés voter car ils en avaient l’intention; ceux qui ont voté Oui et ceux qui ont voté Non; mais aussi ceux qui ne l’ont pas fait par crainte. Les gens sont ceux qui se débattent tous les jours pour survivre dans la précarité et la pauvreté.

Cela fait longtemps que nous parlons du pays brisé qui est le nôtre, de la nécessité de disposer de toutes les ressources existantes et de celles que l’on pourrait obtenir grâce à une meilleure distribution de la richesse afin de faire face à l’urgence sociale. Pour cette raison, les gens sont ceux qui, le 3 octobre dernier, ont arrêté le pays lors d’une Grève générale massive, sans précédent, une masse débordante qui est descendue dans les rues pour condamner la régression alarmante des droits et des libertés.

Les gens sont la seule structure solide dont dispose ce pays en l’absence de soutiens explicites sur le plan international, en l’absence d’un tissu productif enraciné et ayant une conscience de pays (malgré l’exception honorable et croissante de l’économie sociale et coopérative), ainsi qu’en l’absence de richesses naturelles qui nous permettrait de nous situer différemment dans le cadre de la géopolitique internationale. Notre force réside dans les gens et leurs besoins, les gens et leurs espérances.

Nous ne pouvons espérer de soutiens explicites si nous ne maintenons pas fermement l’objectif de nous autodéterminer. Il est possible que certains réalisent à présent que le transfert de secteurs économiques stratégiques [allusion au déplacement hors de Catalogne du siège social de banques et d’entreprises importantes] en mains privées (sur lequel un accent a été mis durant trop d’années par ceux qui se disent souverainistes et, même, de gauche) n’est pas la meilleure option pour quiconque souhaite l’autogouvernement. Sans doute savons-nous désormais qu’il y a longtemps que nous aurions dû travailler en direction d’une Banque publique, pour un pays d’égalité ainsi que pour un secteur public fort et à même de soutenir les menaces d’un Etat espagnol prêt à tout, à ce qui semble. Lorsque nous parlons d’un dépassement du régime de 1978, nous parlons aussi d’aller au-delà des sous-régimes de 1978: comme le régime bancaire de 1978 – La Caixa, Banc Sabadell [deux banques qui ont déplacé leur siège social hors de Catalogne] –, celui-là même qui va transformer en banques les caisses qui leur faisaient de l’ombre (n’est-ce pas, Fainé [2]?).

Pour ces raisons, entre autres, il était – et cela le reste – absolument nécessaire de proclamer la République. Car il s’agit là du mandat des plus de deux millions de personnes qui, malgré l’offensive menaçante judiciaire et répressive de l’Etat, ont affirmé un Oui à l’indépendance. Plus de deux millions de personnes qui font que nous sommes déjà République… C’est aussi nécessaire afin de démontrer à tous ceux qui n’en sont pas partisans, ou qui ne prennent pas position, que la République ouvre les portes d’une amélioration des droits civils, politiques, économiques et culturels.

La CUP-CC considère qu’une opportunité a été perdue le 10 octobre dernier mais, surtout, au vu de la position immédiate de l’Etat, nous ne comprenons pas que la réponse à la requête du président Rajoy ne se situe pas dans les termes du mandat populaire que vous avez assumé mardi dernier (grève générale): celui du respect de l’exercice du droit à l’autodétermination tel qu’il s’est exprimé dans les urnes qui, le 1er octobre, ont souffert. Ce n’est que par la proclamation de la République que nous serons à même de respecter ce que la majorité a exprimé dans les urnes. Ce n’est qu’en proclamant la République que nous serons à même d’être un acteur disposé à garantir les droits civils et politiques de la population qui sont toujours gravement menacés. Ce n’est qu’avec la République que nous pouvons faire naître des espérances inexistantes au sein de l’Etat espagnol des autonomies, non seulement pour les Catalans du Principat [du XII au XVIIIe siècle ; en 1716 s’affirme le pouvoir des Bourbons], mais aussi pour l’ensemble des Pays catalans et le reste des peuples de l’Etat. C’est seulement ainsi que nous pourrons faire en sorte que l’intervention des acteurs internationaux se fasse sur la base d’une reconnaissance en tant que sujet politique.

Répondre autrement à la requête du président Rajoy supposerait avaliser toute et chacune de ses menaces, son mépris et sa répression et cela supposerait retourner à la légalité constitutionnelle espagnole avec lequel la majorité sociale a décidé de rompre. L’Etat, son pouvoir judiciaire, son pouvoir militaire et policier ainsi que, surtout, les partis politiques qui, au cours des derniers jours, se sont montrés absolument opposés au droit à l’autodétermination, constituent une majorité renforcée au Congrès espagnol et nieront encore nos droits et libertés, sous le couvert d’une Constitution espagnole délégitimée et en sachant qu’ils ont les pouvoirs économiques et l’UE de leur côté.

Nous n’avons certainement pas de grands pouvoirs économiques, l’Union européenne n’est pas non plus disposée à admettre que le droit à l’autodétermination est un droit fondamental des peuples. Mais il n’est pas moins vrai qu’en restant immobiles face à leurs menaces, à leurs refus et à leur autorité ne nous permettra pas d’exister comme peuple, ne nous permettra pas de nous gouverner et ne nous permettra pas non plus d’avancer vers l’obtention d’un plus grand nombre de droits et de libertés. Cela nous conduira à les perdre. En définitive, faire ce que recommande le pouvoir (lui aussi avec majuscules) ne permettra pas que les gens restent l’acteur principal de l’histoire de ce pays.

Nous sommes convaincus que la réponse aux exigences de l’Etat doit être claire: si la médiation internationale implique de soutenir le déploiement policier et militaire, de devoir répondre devant les tribunaux d’accusations très graves, impliquant des peines élevées de prison et des amendes impayables; si la médiation suppose de tolérer qu’il y ait eu plus de 900 personnes blessées du seul fait qu’elles voulaient voter et, en échange, que la seule demande adressée à l’Etat soit qu’il ait un rapport au Congrès pour apprécier la possibilité d’une réforme de la Constitution espagnole, sans aucune garantie que cela fasse naître de nouveaux cadres de respect des droits civils et politiques, ainsi que ceux des minorités; s’il en va ainsi, si la médiation internationale sert à cette fin, nous pouvons déjà considérer que l’espoir en cette médiation internationale est condamné.

S’ils prétendent continuer dans l’application– alors que les exigences formelles sont déjà remplies – des dispositions de l’article 155 de la Constitution espagnole, et qu’ils souhaitent continuer de nous menacer et de nous bâillonner, qu’ils le fassent avec une République déjà proclamée. Par bonheur, nous continuerons sans soutien des marchés et des Etats, nous continuerons sans grandes richesses naturelles et sans que des pouvoirs économiques nous apportent du soutien, mais nous le ferons avec les gens et avec leurs espérances ainsi qu’avec leur dignité

Pour la république catalane, la république des gens!

Cordialement,


 

Notes:

[1] Mercredi 11 octobre, Mariano Rajoy a exigé de Puigemont qu’il clarifie sa position : avait-il déclaré ou non l’indépendance le soir pécédent. Le délai est fixé au lundi 16 octobre à 10 heuresm sans quoi la procédure d’application de l’article 155 de la Constitution espagnole – qui permet de suspendre les institutions des communautés autonomes – serait entamée. (Réd. A l’Encontre)

[2] Isidre Fainé i Casas, né en 1942, président de La Caixa entre 2000 et 2015. Président du comité de l’European Savings Banks Group, basé à Bruxelles, qui regroupe une vingtaine de banques européennes. Depuis 2016, il est président de Gas Natural, l’une des plus grandes compagnies énergétiques espagnoles      qui a déplacé son siège social à Madrid. I. Fainé occupe une place de premier plan dans l’économie catalane et dispose de relations influentes autant dans la sphère politique que dans le monde économique. Ce proche de l’Opus Dei a joué un rôle important à partir de fin septembre 2017 dans le chantage économique exercé contre ledit processus vers l’indépendance de la Catalogne. Suite au référendum du 1er octobre, il s’est exprimé ouvertement en faveur de l’intervention de l’Etat espagnol. Consulté par Mariano Rajoy et par le roi Felipe VI, il a exercé des pressions directes sur Oriol Junqueras (ERC), vice-président de la Generalitat, en charge de l’économie. (Réd. A l’Encontre)

 


Oriol Junqueras appelle les indépendantistes à se rapprocher de Carles Puigdemont

Source : http://www.elmundo.es/cataluna/2017/10/14/59e1d4a2268e3ee35b8b45b4.html

Samedi 14 Octobre 2017


 

Après les fissures ouvertes dans le mouvement indépendantiste par la position ambiguë de Carles Puigdemont, Oriol Junqueras a réitéré son soutien au président catalan et il a appelé les indépendantistes à rester unis et à serrer les rangs derrière le chef du gouvernement catalan.

« Nous réaffirmons notre soutien au président du gouvernement catalan pour mener à bien le mandat du premier octobre 2017. Vous pouvez avoir confiance dans notre persévérance », a demandé le vice-président du gouvernement au conseil national d’Esquerra Republicana de Catalunya (ERC).

A deux jours de l'expiration de l'ultimatum donné par le gouvernement de Mariano Rajoy au gouvernement catalan, le leader de l'ERC est clair sur le fait que tout dialogue avec l’état devrait être de remplir le mandat du référendum du premier octobre 2017, la proclamation de la république catalane.

Dans une session extraordinaire chargée du conseil national du parti, Oriol Junqueras a appelé à l'unité des forces souverainistes pour l'indépendance, parce que jusqu'à présent ce sont la cohésion et la persévérance qui leur ont permis de surmonter les nombreuses difficultés et les obstacles imposés par le gouvernement espagnol.

Oriol Junqueras a également exprimé « la confiance dans l'unité d'action du gouvernement, du parlement, de l'ensemble des institutions, des conseils municipaux, des agents économiques et des entités », qui ont fait le premier octobre 2017 avec la complicité des citoyens. « Notre défi est de préserver l'unité essentielle pour avancer », a déclaré le leader de l'ERC.

« Cette unité est notre force. L'unité est essentielle pour continuer sur la route de la république », a déclaré Oriol Junqueras qui a dit que chaque jour est plus important et qui a regretté que « certains se découragent ». En ce sens, le chef de l’ERC n'a pas fait référence aux déclarations de plusieurs membres du Parti Démocrate Européen de CATalogne (PDECAT) ces derniers jours, comme l'ancien président Artur Mas qui a demandé de la patience pour terminer le processus, mais il a durement attaqué les socialistes catalans.

Oriol Junqueras a rappelé que lors de la manifestation contre la censure du statut d’autonomie en 2010, le Parti Socialiste Catalan (PSC) a mené la marche avec une banderole qui disait que la Catalogne était une nation et qu’elle voulait décider.

« Aujourd'hui, ils disent que les catalans ne devraient pas décider, mais que ce devrait être le Parti Populaire. Le PSC ne se différencie pas du Parti Populaire, parce que sa proposition est d'appliquer le cent-cinquante-cinquième article de la constitution ou une proposition de réforme constitutionnelle », a remarqué le vice-président du gouvernement catalan.

Il a regretté que ceux qui veulent changer la constitution espagnole sont les mêmes que ceux qui ont fait tomber le statut d’autonomie et qui n'ont pas voulu dialoguer pour chercher une place pour la Catalogne dans toute l'Espagne. Il a également rappelé que cette réforme sera supervisée par le Tribunal Constitutionnel qui a censuré le statut d’autonomie.

Oriol Junqueras a souligné que la meilleure façon de se conformer aux résultats du référendum pour constituer la république catalane est d'ouvrir un dialogue. « Nous devons être clairs sur le fait que la voie vers l'indépendance est de parler avec tout le monde et que le dialogue portera ses fruits dans un engagement sans équivoque pour appliquer le mandat démocratique du premier octobre 2017 », a dit le leader de l’ERC.

Il a également fait valoir que la communauté internationale avait déjà demandé une médiation dans ce conflit. « Ainsi, l'engagement est évident aux yeux du monde qui veut un dialogue qui semble plus raisonnable pour les nations et les états libres du monde », a-t-il dit.

Avec son discours, le leader de l'ERC a tenté de calmer la colère de la Candidature d’Unité Populaire (CUP), après la suspension de la déclaration d'indépendance par Carles Puigdemont.

 


Contre les Ordonnances : le basculement de FO peut-il changer la donne ? par Thomas Clerget

Dimanche 8 octobre 2017.

Source : http://www.regards.fr/web/article/ordonnances-le-basculement-de-fo-peut-il-changer-la-donne



 
S’il n’implique pas automatiquement une montée en puissance de la mobilisation, le durcissement de la ligne de plusieurs syndicats peut affaiblir le gouvernement à l’approche des prochaines échéances.

Après plusieurs semaines de tensions internes, Jean-Claude Mailly et la direction de Force ouvrière (FO) ont finalement été mis en minorité sur les ordonnances. Vendredi 29 septembre, le comité confédéral national, l’instance qui regroupe l’ensemble des unions départementales et des fédérations du syndicat, a voté à une « quasi-unanimité » (123 votes pour et 20 abstentions) une résolution « contre les ordonnances », exigeant l’organisation d’une journée de mobilisation interprofessionnelle avant leur ratification par le Parlement, ce que son secrétaire national avait toujours refusé jusqu’ici.

Les conditions sont-elles désormais réunies pour qu’un cadre d’action intersyndical se mette en place ? La CGT et Solidaires ont des raisons d’espérer un élargissement de la mobilisation. En un mois, la CFDT est passée de la « déception » – à la découverte des textes définitifs – à une franche exaspération, manifestée par une déclaration du bureau national le jour de la signature des ordonnances : « Ces textes font la part trop belle aux poncifs libéraux et aux revendications patronales sur la flexibilité. (...). La réforme est déséquilibrée et sécurise davantage les employeurs que les salariés ».

Un « dialogue social » dégradé

La CFE-CGC (cadres), qui avait exprimé son rejet de la loi El-Khomri sans participer à la mobilisation, adopte également un ton plus offensif, dénonçant « un recul sans précédent qui n’aura aucun impact positif sur l’emploi et l’économie ». Le syndicat ajoute : « Refusant de rester passive sauf à se sentir complice de la dégradation de la situation, la CFE-CGC appelle à un mouvement unitaire et invite l’ensemble des centrales syndicales à réagir selon des modalités dont elles définiront ensemble la nature et la date ».

La CGT, la CFDT, FO et la CGC, soit les quatre plus importants syndicats « représentatifs », ont donc marqué leur désaccord avec le contenu des ordonnances. En termes de qualité du « dialogue social », pourtant présenté comme l’alpha et l’oméga de la politique gouvernementale, on repassera. Pour autant, les syndicats peuvent-ils encore pousser l’exécutif à faire machine arrière ? Ces derniers sont conviés à l’Élysée le 12 octobre, vraisemblablement... pour évoquer le calendrier des prochaines réformes. Histoire, aussi, de faire passer un message : la séquence des ordonnances est bel et bien terminée.

En menant au pas de charge l’une des plus importantes réformes du code du travail depuis 1945, l’exécutif a pris les syndicats de court. Mais à l’image de la CFDT, et maintenant de la direction de FO, ces derniers semblent progressivement prendre la mesure de l’ampleur des reculs, à mesure que les textes sont décortiqués – et que les bases syndicales font pression. « Nous avons eu le tort d’avoir raison trop tôt, sourit le secrétaire confédéral de la CGT Fabrice Angéi. Mais les positions évoluent. Aucune revendication des salariés n’a été satisfaite. Redonner un élan à la mobilisation est donc possible. »

Construire l’articulation les luttes

Du côté de Solidaires, qui a très tôt emboîté le pas de la CGT en appelant à la grève et à manifester [1], on se montre également optimiste. Dans un premier temps, le syndicat entend contribuer à agréger les secteurs public et privé autour de la journée de mobilisation du 10 octobre, qui est à l’origine appelée par l’intégralité des syndicats du public. Au-delà, « nous pensons qu’il faut installer un « front unitaire » des forces syndicales, associatives et politiques », insiste Solidaires dans une lettre adressée « à l’ensemble des composantes du mouvement social ».

Selon la CGT, qui veut tirer les leçons du mouvement de 2016, tout l’enjeu consiste à articuler les revendications professionnelles – celles des routiers, des raffineries, des cheminots, des dockers... – avec un calendrier plus global (telle que la mobilisation contre les ordonnances). Les routiers, face aux risques que fait peser la réforme sur leurs primes, viendront mettre leur grain de sel durant la journée du 10 octobre. Les cheminots pourraient aussi être de la partie. Comme en 2016, le gouvernement va tenter de désamorcer, c’est à dire de lâcher du lest, secteur par secteur.

« La dynamique est en train de s’interprofessionnaliser, juge Fabrice Angéi, de la CGT. Mais c’est à partir des entreprises et des préoccupations directes des salariés que l’on devra construire la grève. Il n’est pas trop tard. Si nous arrivons à organiser de puissants arrêts de travail, à bloquer l’économie, alors nous pourrons faire bouger les lignes. Les conditions sont réunies dans beaucoup de secteurs. Mais il va falloir donner des perspectives, des repères précis, et cela de manière très rapide. »

« Un cadre plus large se met en place »

Dans un premier temps, les regards seront tournés vers FO, dont le bureau national doit tirer les conséquences de la nouvelle ligne confédérale. Malgré un changement de cap indéniable, la résolution du comité national (CCN) ne revendique pas le retrait des ordonnances, mais celui de « nombre de mesures inacceptables » qu’elles contiennent. En outre, « le CCN mandate le bureau confédéral pour peser sur les décrets et examiner toutes les possibilités de recours juridiques sur ces ordonnances et sur les décrets d’application ».

Le texte prend donc acte de la publication des ordonnances, et fixe un cap visant davantage à peser sur leur mise en œuvre qu’à lutter coûte que coûte pour leur retrait, ce qui impliquerait une intensité de mobilisation au moins comparable à celle de l’année 2016. Pour autant, ces évolutions devraient aboutir à la définition rapide d’une nouvelle date de mobilisation incluant cette fois FO, probablement après la journée du 10 octobre, qui maintiendra la pression entre-temps.

« Un cadre plus large est en train de se mettre en place », observe Fabrice Angéi. Ce qui pourrait permettre d’inclure de nouvelles centrales, telle la CGC qui en a fait une condition préalable à son éventuelle participation au mouvement. La CFDT pourrait-elle aussi en faire partie ? Si la centrale de Belleville durcit le ton, il est loin d’être acquis, tout comme Force ouvrière, qu’elle soit prête à s’engager sur la voie d’un grand mouvement interprofessionnel visant un éventuel blocage de l’économie.

Vers un isolement du gouvernement ?

Quid de la proposition avancée par la France insoumise, celle d’une grande journée de mobilisation commune avec les syndicats ? Elle semble pour l’instant mise de côté, trop clivante pour une intersyndicale qui peine encore à exister. Au final, si l’hypothèse d’une mobilisation assez puissante pour obtenir un retrait des ordonnances reste assez aléatoire, le durcissement des positions de l’ensemble de syndicats indique cependant leur perte de confiance vis à vis de la politique gouvernementale.

La position de l’exécutif risque de ne pas en sortir renforcée à l’approche des réformes qui viennent. Ce qui est aussi l’un des enjeux des prochaines semaines. Dans sa résolution, le comité national de FO se positionne d’ailleurs explicitement pour une mise en relation des différents dossiers : « Compte tenu de la gravité de la situation et des risques qui se profilent (décrets de mise en œuvre des ordonnances, assurance chômage, formation professionnelle, service public, retraites), le comité national considère qu’une mobilisation interprofessionnelle avant la ratification des ordonnances est nécessaire. »

Prévoyant, le texte fixe d’ores et déjà le cap à suivre par ses futurs négociateurs dans le cadre de la réforme de l’assurance-chômage, excluant notamment toute « remise en cause de droits et indemnisations » et tout « système a minima », pour réaffirmer son « attachement au régime assuranciel assis sur les cotisations salariales gérées paritairement ». Si la bataille d’un retrait intégral des ordonnances s’annonce complexe à gagner, ce sont d’ores et déjà les termes du rapport de force en vue des prochaines échéances qui sont en train de se construire.

 


Texte d'un Twet d'un député de France Insoumise

 

La dimension de cohésion sociale s'apprécie t'elle à l'aune des matraques de la Guardia Civile...

 


Pour un front uni politique et syndical
 
Vendredi 6 Octobre 2017

Source : https://www.marxiste.org/actualite-francaise/politique-francaise/2215-pour-un-front-uni-politique-et-syndical


Il n'y a plus de doute. Emmanuel Macron préside un gouvernement de droite au service des plus riches. Il est vrai que le dernier gouvernement de gauche, celui de François Hollande, était au service des mêmes. L’actuel chef de l'état en profite pour se dire à la fois de droite et de gauche. Mais qui cela trompe-t-il, désormais ? Les politiciens bourgeois peuvent jouer avec les étiquettes, leurs marchandises sont bien connues, coupes budgétaires, contre-réformes, cadeaux fiscaux aux millionnaires et destruction de l’industrie. La grande majorité de la population n’en veut plus. En conséquence, la popularité du gouvernement chute rapidement.
 
Elle pourrait connaître des embellies passagères, comme en a connu François Hollande. Mais il s’agirait d’artefacts, tout au plus, dans une course aux abîmes.
 
Le budget soumis au parlement est une provocation. Il s’agit d’un transfert de plusieurs milliards d’euros des poches des plus pauvres vers les coffres des plus riches. Pour justifier cet immense racket, on nous assure qu’il va déboucher, tôt ou tard, sur des investissements dans l’économie et donc sur des créations d’emplois. Nous connaissons par cœur cette chanson.
 
Elle tourne en boucle depuis longtemps. Dans les faits, cependant, les allègements de charges patronales, les Crédits d'Impôt pour la Compétitivité et pour l'Emploi (CICE) et les pactes de compétitivité n’ont fait qu’accroître les marges de profit des grandes entreprises.
 
Les capitalistes n’investissent pas pour le plaisir, mais lorsque c’est rentable, ce qui dépend de l’état du marché. Or le marché demeure déprimé. L’économie mondiale peine à sortir de la crise qui a éclaté en 2008. Alors, au lieu d’investir, les patrons versent des milliards d’euros à leurs actionnaires. Au deuxième trimestre de cette année, ils ont versé quarante et un milliards d’euros de dividendes, soit six pour cent de plus qu’au deuxième trimestre 2016.
 
Tout en justifiant son budget par de grandes perspectives d’investissements, l'état cède STX et Alstom à des capitalistes italiens et allemands. La contradiction est criante. Les capitalistes français veulent faire des profits sans passer par le pénible processus de la production. Ces vingt dernières années, ils ont systématiquement détruit l’industrie. Ce secteur a perdu un million d’emplois entre 2001 et 2016. La classe dirigeante française a suivi une pente comparable à celle de sa voisine britannique. Elle s’est concentrée sur les services et la spéculation financière. A présent, elle exige une offensive majeure contre nos conditions de vie, de travail et d’étude. Elle veut accroître la compétitivité des secteurs qu’elle n’a pas encore détruits.
 
Par le passé, la bourgeoisie hésitait à s’attaquer trop brutalement à nos conquêtes sociales. Elle temporisait. Elle redoutait nos traditions de lutte. Lors de la grande grève du mois de décembre 1995, elle fut terrifiée par le spectre d’un nouveau mai 1968. Mais désormais, elle n’a plus le choix. Concurrencée de toutes parts, elle doit lancer la charge. Telle est la mission que dirige Emmanuel Macron. Il est arrogant, insultant et ivre de lui-même et de sa fonction, mais il ne manque pas de détermination. En outre, il dispose des moyens de l'état et d’innombrables pions médiatiques.
 
Qu’en est-il, de notre côté ? Dans quelles dispositions se trouvent les organisations du mouvement ouvrier ? C’est tout le problème. Les dirigeants syndicaux organisent des journées d’action. Mais l’expérience des deux grandes luttes de ces dernières années, en 2010 et 2016, a démontré l’inefficacité de ces journées d’action. Il ne s’agit pas de véritables grèves générales de vingt quatre heures, mais de simples manifestations. Or la bourgeoisie et ses politiciens ne redoutent pas ces manifestations, même lorsqu’elles sont massives. Ils ne reculeront que face au développement d’un mouvement de grève reconductible embrassant un nombre croissant de secteurs de l’économie. Cela peut commencer par une véritable grève générale de vingt quatre heures, organisée comme telle, avec une préparation minutieuse, une mobilisation systématique et des assemblées générales dans les entreprises. De nombreux militants syndicaux proposent que la mobilisation du Mardi 10 Octobre 2017, à l’initiative des syndicats de la fonction publique, soit élargie au secteur privé. Ils ont raison. Il faut bloquer l’économie. Puis, suivant le résultat d’une grève générale de vingt quatre heures, nous pourrions évaluer si une grève reconductible est envisageable et dans quels secteurs de la classe ouvrière.
 
Les travailleurs y sont-ils prêts ? Nous ne pourrons le vérifier que dans la lutte elle-même. Cependant, le secrétaire général de la Confédération Générale du Travail (CGT) Force Ouvrière, Jean Claude Mailly, et le secrétaire général de la Confédération Française et Démocratique du Travail (CFDT), Laurent Berger, ont capitulé avant même d’engager le combat. Quant au secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, il ne tire aucune leçon des défaites de 2010 et 2016. Il ne propose pas de stratégie alternative aux journées d’action.
 
Au lieu de préparer une lutte sérieuse, les dirigeants syndicaux ne cessent de défendre l’indépendance des syndicats à l’égard des partis politiques. Cela vise le Mouvement de la France Insoumise (MFI), qui a organisé une manifestation politique de masse, le Samedi 23 septembre 2017. Or cette notion d'indépendance syndicale est une idée fausse et, en dernière analyse, réactionnaire. Elle érige une barrière artificielle, qui n’existe pas, dans la réalité, entre lutte syndicale et lutte politique.
 
Avant tout, il ne faut pas confondre l’indépendance syndicale et le contrôle démocratique des adhérents sur leurs syndicats. Il est évident que les militants syndicaux doivent contrôler démocratiquement leurs organisations.
 
Or c’est loin d’être le cas. Par exemple, les militants de la CGT Force Ouvrière et de la CFDT n'ont jamais approuvé la nouvelle loi travail. Jean Claude Mailly et Laurent Berger se sont bien gardés de consulter leurs bases sur cette contre-réforme majeure. En ce sens, ils sont indépendants de leurs bases militantes. Par contre, ils ne sont pas du tout indépendants du parti d'Emmanuel Macron, puisqu’ils en approuvent la politique réactionnaire.
 
La soi-disant indépendance syndicale ne vaut pas beaucoup mieux lorsqu’elle est défendue par la direction de la CGT. Le refus de politiser la lutte est erroné. Dans un contexte où le gouvernement ouvre des offensives majeures sur tous les fronts, code du travail, logement, assurance chômage, éducation, retraites et fonction publique, il serait absurde et vain de cantonner le mouvement ouvrier à une succession de luttes défensives, secteur par secteur, dossier par dossier. Dans la mesure où les attaques du gouvernement visent toutes les catégories de la population, à l’exception des plus riches, il est évident qu'il faut tenter de mobiliser l’ensemble des salariés, la jeunesse, les chômeurs et les retraités, dans une lutte commune et unitaire contre toute la politique du gouvernement. Le pas suivant, c’est la lutte de masse pour un programme et un gouvernement de gauche qui se proposent de rompre avec l’austérité. Telle était la signification, évidemment progressiste, de la grande manifestation du MFI du Samedi 23 Septembre 2017.
 
La CGT et le MFI s’opposent à la deuxième loi travail. Comment combiner efficacement les capacités de mobilisation de ces deux organisations dans l’intérêt de la lutte ? C’est la question qui est posée.
 
Prenons le problème sous l’angle politique. De grandes manifestations du MFI peuvent jouer un rôle positif en politisant le mouvement et en le dotant d’un programme progressiste. Mais à elles seules, ces manifestations ne pourront pas faire reculer le gouvernement. Jean Luc Mélenchon propose qu’un million de personnes déferlent sur les Champs-Elysées. C'est très bien. Ce serait l’une des plus grandes manifestations politiques de l’histoire du mouvement ouvrier français. Elle déstabiliserait le gouvernement, sans aucun doute. Mais il est probable qu’il tiendrait bon, sauf si cette mobilisation politique de masse était combinée à un puissant mouvement de grèves reconductibles. Or qui peut organiser pratiquement la grève, dans les entreprises ? Ce n'est pas le MFI. Certes, il devra y contribuer de toutes ses forces. Il constituera surtout un puissant levier politique de la grève, en ouvrant la perspective d’un gouvernement populaire, pour reprendre une formule de Jean Luc Mélenchon. Mais sur le terrain et dans les entreprises, seules les organisations syndicales ont la capacité de mobiliser les travailleurs dans un puissant mouvement de grève.
 
La conclusion qui s’impose est claire. Il faut articuler de façon consciente, concertée et planifiée, les capacités de mobilisations des syndicats, dans les entreprises, à la lutte politique de masse contre la politique du gouvernement d'Emmanuel Macron, pour son renversement et pour l’élection d’un gouvernement de la gauche radicale. Encore une fois, nous ne disons pas que c’est forcément possible à court terme. Cela ne peut se vérifier que dans l’action. Nous disons que c’est la perspective qui devrait être défendue et à laquelle devraient travailler les syndicats, le MFI, le Parti Communiste Français (PCF) et toutes les forces de gauche qui veulent bien s’y impliquer. Et ce qui est certain, c’est que cette stratégie offensive susciterait beaucoup plus d’enthousiasme, dans la population, que les rituelles journées d’action dont tout le monde sait d’avance qu’elles ne feront pas reculer le gouvernement d’un millimètre.
 
Le gouvernement d'Emmanuel Macron a déclaré une guerre sociale à notre classe. C’est une lutte à mort. Soit il détruira des décennies de conquêtes sociales du mouvement ouvrier, soit nous l’en empêcherons et, dans la foulée, nous porterons au pouvoir un gouvernement de la gauche radicale.
 
Nous avons expliqué ailleurs quel devrait être, selon nous, le programme d’un tel gouvernement. Ici, nous avons voulu souligner la nécessité d’un front uni des organisations politiques et syndicales de la jeunesse et des salariés contre le gouvernement d'Emmanuel Macron et pour une alternative de gauche aux politiques d’austérité.

 


Les femmes dans la révolution russe, par Jean-Jacques Marie

Les Cahiers du mouvement ouvrier organisent une conférence sur

Les femmes dans la révolution russe, par Jean-Jacques Marie

auteur du livre « Les femmes dans la révolution russe », Seuil 2017

Le samedi 14 octobre à 14 heures 15

à l’AGECA 177 rue de Charonne

métro Alexandre Dumas ou Voltaire



« Une œuvre satanique (...)de rebuts du genre humain », ainsi le patriarche orthodoxe Tikhon qualifiait-il, le 19 janvier 1918, les premiers décrets du gouvernement bolchevique.

Dans cette « œuvre satanique » figurent  les premières mesures d’émancipation des femmes sous l’impulsion de la commissaire à l’assistance publique, Alexandra Kollontaï .Les bolcheviks au pouvoir décrètent d’emblée la séparation de l’Eglise et de l’Etat et de l’Eglise et de l’Ecole,  créent un état-civil ( jusqu’alors monopole des églises ), instaurent le droit au divorce, interdisent le travail de nuit des femmes et des jeunes de plus de 18 ans dans l’industrie, mesures complétées, entre autres, trois ans plus tard par un décret du 18 novembre 1920, qui dépénalise l’avortement, autorisé en hôpital, puis la guerre civile achevée, par une lutte titanesque pour liquider l’analphabétisme .

Ces mesures s’insèrent dans une politique d’ensemble marquée par la suppression des castes sociales, l’annulation de la dette abyssale créée par les emprunts levés par Nicolas II , la nationalisation des banques ,la  création d’ une banque centrale d’Etat..etc
Les bolcheviks décident enfin de créer un réseau de crèches, jardins d’enfants, blanchisseries et cantines pour libérer la femme des tâches de femme au foyer. Mais les décisions prises se heurtent à l’héritage catastrophique du Gouvernement provisoire qui a légué aux bolcheviks un pays dévasté, affamé et ruiné, puis à la guerre civile qui parachève cette ruine. Le chemin qui mène des décrets à leur réalisation est très long et semé d’obstacles, parfois insurmontables dans un pays isolé et ravagé, que la bourgeoisie mondiale a mis à genoux mais n’a pu détruire.

Pourtant le menchévik Martov évoquait dans une lettre du 5 avril 1921  « une adoration de Lénine et de Trotsky chez un grand nombre d’ouvrières de Moscou tant dans les usines que dans les ateliers. » et concluait:  « les mots que l’on retrouve dans les lettres d’ouvrières à la Pravda comme « c’est seulement après la révolution d’Octobre si nous autres les femmes nous avons vu le soleil » ne sont donc pas des phrases creuses.»  

Quel est le bilan réel de la politique engagée ? C’est ce que la conférence tentera d’établir.

 


Critiquer Israël n’est pas antisémite, entretien avec Michèle Sibony

Conduit par Christophe Koessler

Source : Alencontre

3 octobre 2017


Juive et antisioniste, la militante française Michèle Sibony défend son combat contre la nature religieuse et coloniale de l’Etat d’Israël.

Le 16 juillet dernier, le président français, Emmanuel Macron, déclarait sans sourciller face au premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu: «Nous ne céderons rien à l’antisionisme car il est la forme réinventée de l’antisémitisme.» Une grave accusation qui a fait bondir l’ensemble des milieux de soutien au peuple palestinien en France et de par le monde, dont nombre d’entre eux se déclarent ouvertement antisionistes. Parmi eux, les militants de l’Union juive française pour la paix, qui dénoncent une grossière manipulation. Sa vice-présidente, Michèle Sibony, sera à Genève [1] mercredi et à Lausanne [2] le jeudi pour un cycle de conférences intitulé sobrement «Antisionisme et antisémitisme, quelle différence?» Avant-goût.

Pouvez-vous définir l’antisionisme et l’antisémitisme?

Michèle Sibony: C’est de l’ordre du bon sens le plus élémentaire. L’antisémitisme est une forme de racisme, c’est l’essentialisation des Juifs en tant que Juifs, c’est la haine des Juifs parce qu’ils sont Juifs. L’antisionisme, c’est la critique d’une idéologie qui vise à la création d’un Etat juif en Palestine, par l’expulsion et l’oppression de la population palestinienne autochtone, et par un colonialisme de peuplement. Le sionisme est l’enfant des idéologies européennes du milieu du XIXe siècle: la formation d’Etats-nations, au moment de la désintégration de grands empires européens, et la constitution des grands empires coloniaux.

L’idée, à l’époque, est qu’à chaque entité nationale doit correspondre un Etat et une terre. Le colonialisme européen permet alors de s’emparer d’autres territoires, en Afrique, en Asie… Le sionisme est une émanation parfaite de ces deux idéologies, il considère que le peuple juif constitue une nation sans terre, qu’il doit pour se normaliser créer son Etat, et il cherche une terre sur laquelle installer cet Etat. La Grande-Bretagne lui fournira le terrain en Palestine, avec la déclaration Balfour. Cela aboutit à la création de l’Etat d’Israël comme Etat national juif en 1948 sur la terre de Palestine au détriment de tous les droits du peuple palestinien. Aujourd’hui, l’antisionisme désigne la critique du sionisme et par voie de conséquence le régime mis en place en Israël.

L’antisionisme a d’abord été porté par des juifs…

Oui, autant le sionisme que l’antisionisme sont d’abord des idéologies juives. A la fin du XIXe siècle, le sionisme cherche à trouver une solution à l’antisémitisme par une définition nationale juive. Dès la naissance du sionisme, de nombreux juifs s’y opposent, la majorité en fait. Ceux-ci sont de toutes obédiences, religieux-orthodoxes, «assimilationnistes» – qui cherchent à affirmer leur place de citoyen dans les pays où ils vivent – ou internationalistes. Sans parler des juifs du monde arabe qui n’étaient au départ ni intéressés ni même visés par le projet sioniste.

On se souvient de Lord Montagu, le ministre des Armées anglais. Lors de la déclaration Balfour, qui promit un foyer national juif en Palestine, il reprocha au gouvernement britannique de faire des sujets britanniques juifs des étrangers dans leur pays, et évoquait un risque généralisé à toute l’Europe et la Russie.

Vous êtes vous-même juive et antisioniste, comme les membres de l’UJFP. Comment se manifeste votre antisionisme?

Nous remettons en question la nature du régime de l’Etat d’Israël, soit l’affirmation que l’Etat israélien est l’Etat du peuple juif, que sa terre appartient au peuple juif, et donc pas à ses habitants palestiniens. Cela nous apparaît comme contraire à la définition de toute démocratie moderne. En France, par exemple, tous les citoyens sont égaux. Ils participent tous de la Nation française. En Israël ce n’est pas le cas: il n’est pas l’Etat de tous ses citoyens. Il y a une différence entre la citoyenneté, qui peut aussi être accordée à des citoyens d’origine palestinienne, et la nationalité, qui ne l’est pas. Les Palestiniens vivant en Israël sont des citoyens israéliens de nationalité arabe. Or, la nationalité juive confère des droits refusés aux Palestiniens. L’Etat est de nationalité juive, la terre appartient à la nation juive. Cela aboutit à des dizaines de lois discriminantes à leur égard, faisant d’eux des citoyens de seconde catégorie. Sans parler de l’occupation et de la colonisation qui continuent… en violation du droit international.

En luttant contre l’Apartheid, étions-nous racistes contre les Blancs d’Afrique du Sud? Est-ce que nous voulions le démantèlement de l’Etat sud-africain, jeter tous les Blancs à la mer? Non. Nous voulions que l’Etat sud-africain reconnaisse comme égaux tous les Sud-Africains, quelle que soit leur origine. Etre antisioniste pour nous aujourd’hui c’est exiger l’égalité de tous les habitants vivant sous la souveraineté israélienne entre la mer et le Jourdain.

Est-ce que contester la légitimité de l’Etat israélien, qui, pour devenir un Etat à majorité juive, a expulsé plus de 800 000 Palestiniens de son territoire en 1948, est antisémite?

La question ne se pose pas en ces termes, même par les Palestiniens. Ce sont les propagandistes sionistes qui affirment que les antisionistes délégitiment Israël ou veulent le détruire. Même l’ancienne charte de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) concevait un Etat laïc et démocratique pour tous ses habitants, juifs, chrétiens et musulmans. La légitimité d’un Etat qui pratique l’apartheid, l’occupation, la colonisation ne peut s’acquérir que s’il change de nature. Lutter pour la fin d’un tel régime politique, je ne vois pas en quoi c’est antisémite. Ce n’est pas parce que ses citoyens sont juifs que l’Etat d’Israël est critiqué, mais parce qu’il met en place un régime colonial et des lois discriminantes. Ceux qui ont intérêt à entretenir cette confusion sont les dirigeants israéliens puisqu’ils considèrent leur Etat comme celui de tous les juifs du monde. Ce sont eux qui tentent d’imposer l’équation tout juif est sioniste, donc tout antisioniste est anti-juif.

Le cas Dieudonné n’a-t-il pas quelque peu brouillé les cartes en France? Voici un antisioniste qui a dérivé vers un antisémitisme à peine déguisé… Sans parler du réseau Egalité et réconciliation, notoirement antisémite.

Bien avant Dieudonné il y a eu des mouvements antisémites qui se disaient antisionistes. Il y a toujours eu des tentatives de brouillage, marginales, se servant de l’antisionisme pour diffuser leur antisémitisme. Dieudonné a eu un parcours inverse. Je ne pense pas qu’il était antisémite, il l’est devenu. Ce n’est pas acceptable pour autant. Ces gens-là rendent d’ailleurs un fort mauvais service à la cause du peuple palestinien.

A l’inverse, il y a toujours eu en France des courants d’extrême droite qui étaient antisémites et sionistes. Vous en trouvez actuellement aux Etats-Unis, dans les manifestations racistes de Charlottesville par exemple, où ont défilé des antisémites violents et tout à fait sionistes. Comme on en trouve en ce moment à la tête du gouvernement américain, ce qui n’a pas l’air de déranger le gouvernement israélien qui ne les condamne pas. Netanyahu a dû vraiment se faire prier, notamment par les organisations juives américaines, pour condamner du bout des lèvres les manifestations antisémites de Charlotteville.

C’est une vieille histoire, l’antisémitisme a nourri le sionisme, il l’a rarement gêné. Le sionisme est né de l’antisémitisme, et s’est développé avec lui, il s’est toujours appuyé sur l’antisémitisme, pour justifier son projet de création d’Etat d’Israël au départ, et aujourd’hui pour justifier la persistance de son régime raciste. (Entretien publié par Le Courrier, Genève, le 3 octobre 2017)

Notes :

[1] 18h15, Uni-Mail, à l’invitation de l’organisation estudiantine CUAE.

[2] 19h45, Centre pluriculturel et social d’Ouchy, org: A l’Encontre.



Ecoles de commerce: formatage de la pensée et mépris de classe, par Henry Baskerville

Henry Baskerville est étudiant en école de commerce

Mercredi 04/10/2017


 
Les écoles de commerce sont souvent présentées comme les piliers de la société contemporaine, leurs élèves comme “l'élite de la nation”. Elles permettent aux étudiants de s'initier à l'art mystérieux et sacré du “management”, de devenir des “acteurs du changement” pour “libérer les formidables opportunités” que contient notre “start-up nation”. Derrière cette novlangue managériale se cache une bien triste réalité : les écoles de commerce ont pour fonction de préparer leurs élèves à devenir des rouages du système économique dominant. Pour cette raison, toute forme de réflexion critique ou de remise en question doit être écartée; il s'agit de convertir les élèves en agents dociles du néolibéralisme. 

Le contenu des cours : du vide…et beaucoup de propagande

La plupart des élèves venant de classes préparatoires qui entrent en école de commerce sont déçus par le manque de stimulation intellectuelle des cours qu'ils reçoivent. Entre les cours de mathématiques financières de niveau terminale, les cours de « management » vide de sens et l'apprentissage du “globbish” visant davantage à acclimater les élèves au jargon « managérial » qu’à leur transmettre une connaissance approfondie des langues anglaise, irlandaise ou américaine, beaucoup jugent le niveau très décevant par rapport aux cours des classes préparatoires dont ils sont issus. À titre d'exemple, un cours d’anglais de première année intitulé « english words to manage a french meeting » (mots en anglais pour animer une réunion avec des français) vise à faire apprendre aux élèves une série de concepts tels qu'« efficient disrupter » , « notable practise » ou « change entrepreneur ».

La fonction des écoles de commerce: convertir les futurs entrepreneurs au dogme néolibéral

Au-delà de ce manque d’intérêt pédagogique, la fonction de ces cours est de pousser les futurs cadres à adhérer à l’idéologie du marché roi et du capitalisme financier. Nulle part il ne sera question de pousser les élève à développer une réflexion critique. En dépit du discours officiel des écoles de commerce qui prétend qu'elles « [apprennent] aux élèves à remettre en cause les modèles existants », leurs cours visent à enseigner aux élèves la manière de créer de la valeur pour les actionnaires dans les cours de finance, à manipuler les consommateurs pour les faire acheter en cours de marketing ou à « apprendre à motiver les équipes » via des techniques de manipulation (présentées en cours comme des « théories de la motivation »). Il s’agit d’étudier ces techniques uniquement sur le mode du par cœur et sous l'angle de l'efficacité, sans aucune mise en perspective théorique ou réflexion critique sur les conséquences de ces méthodes. Dans un cours d’économie intitulé « la formidable aventure de l’économie collaborative », les entreprises comme Uber et Deliveroo sont présentées comme des « entreprises socialement responsables et permettant une meilleure solidarité entre les citoyens »… plutôt comique, quand on sait les conditions dans lesquelles travaillent les chauffeurs Uber...
Ainsi, l’entreprise est systématiquement présentée sous un angle positif, les stages proposés aux étudiants sont souvent décrits comme de « formidables opportunités » et absolument rien n’est dit sur la violence suscitée par ces méthodes, sur l’explosion des burn out (dont sont aussi pourtant victimes les anciens élèves d’école de commerce actuellement cadres), ou sur des modèles d’entreprises alternatives comme les SCOP.
Les écoles de commerce prétendent préparer les élèves à « être acteurs de changement ». Très concrètement, il s'agit simplement de préparer l'adaptation des entreprises face à « un monde qui change » autrement dit s’adapter au changement sans remettre sa nature en question (“tout changer pour que rien ne change”). Ainsi, la « digitalisation » est systématiquement présentée comme une « formidable opportunité »; pas un mot n'est dit de la disparition à venir de dizaines de métiers qu'elle entraînera.

Les écoles de commerce sont un rouage du système économique et financier dont elles font l'apologie

Il faut comprendre que les écoles de commerce entreprennent ce formatage à la demande des entreprises dont une large majorité est issue du Cac 40; en effet, ces entreprises d’une part proposent nombre de stages et d’emplois aux étudiants et, d'autre part, financent les écoles de commerce via les chambres de commerce et d’industrie. Il ne faudrait tout de même pas que les futurs cadres remettent en cause le pouvoir des actionnaires sur les décisions qu’ils auront  à prendre !

Ce formatage idéologique fonctionne également très bien car les écoles de commerce poussent à un  entre-soi; pendnt la période extra-scolaire, les étudiants d’école de commerce sortent bien souvent entre eux, et ne fréquentent que rarement les élèves issus de l'université. Cet entre-soi est favorisé par les dirigeants des écoles de commerce; j’avais surpris une conversation entre plusieurs membres de la direction, expliquant que les horaires de déjeuner du midi étaient pensés pour que les élèves ne croisent pas trop les étudiants de la FAC au restaurant universitaire...

Les écoles de commerce et le mépris de classe

Enfin, on ne peut qu'être frappés par le mépris social à peine masqué de la part de certains professeurs, en particulier lors des cours de relation sociales et de droit du travail. Les adhérents de la CGT et de FO sont désignés comme des tire-au flanc tout juste bons à « faire des barbecues lors des manifestations ». Un professeur de droit du travail se vantait en ces termes d’avoir défendu des employeurs ayant licencié des femmes enceintes : « il faut parfois être malin pour se débarrasser de certains éléments et monter des dossiers pour les licencier »... La dernière loi travail El Khomri a par ailleurs cyniquement été présentée comme « une formidable avancée pour les employeurs »...

En conclusion, le formatage de la pensée opérée par les cours qui diffuse cette idéologie selon laquelle « le monde, c’est le management, et uniquement le management » (vision qu'affectionne notre directeur lorsqu'il évoque notre « start-up nation ») et l'entre-soi qu'induisent les écoles de commerce permettent de façonner l'esprit de la plupart des étudiants, allant jusqu'à leur faire oublier cette faculté de penser de manière autonome qu'ils avaient acquis en classes préparatoires...

 


Le jeune Marx combattant, lors d'une réunion de la Ligue des Justes, l'idéologie socialo-chrétienne du partage des richesses et gagnant la majorité du congrès aux principes du futur Manifeste Communiste: la Ligue des Justes deviendra la Ligue des Communistes...

Le jeune Karl Marx, film de Raoul Peck, par Robert Duguet

 



« Les communistes ne forment pas un parti distinct opposé aux autres partis ouvrier. Ils n’ont pas d’intérêts qui les séparent de l’ensemble du prolétariat… » Marx-Engels « Manifeste du parti communiste »

On ne peut que conseiller à ceux et celles qui pensent qu’il est aujourd’hui nécessaire de redéfinir les principes d’un nouveau manifeste communiste ou projet socialiste, d’aller voir le très beau film de Raoul Peck « Le jeune Karl Marx ».
Sur fond de développement de la manufacture capitaliste dans l’Europe des années 1830-1840, et de la surexploitation d’un prolétariat en état de semi-misère endémique, sans droits sociaux, sans libertés d’association, le cinéaste décrit une génération de jeune dirigeants politiques qui se posent la question du « comment faire ? » pour combattre cette société. C’est un film de chair et de soufre, de jeunesse et d’amour, de fraternité où les aspects forcément didactiques – la réflexion sur l’histoire de l’humanité se réduisant en dernière analyse à l’histoire de la lutte des classes sociales – peut très bien être abordée par les jeunes Marx et Engels autour d’une partie d’échecs dans une taverne d’un quartier populaire. Et c’est certainement ainsi que les choses se sont passées pour ces deux intellectuels issus de couches petites bourgeoises ou bourgeoises de la société de l’époque. Raoûl Peck fait un sort, dans ce qu’il nous fait revivre, aux visages de Marx-Engels-Lénine (…et Staline) coulés dans le marbre, regardant vers l’horizon lointain des « lendemains qui chantent ». Ou encore de ce Lénine intervenant dans un meeting de masse après octobre 17, tandis que les policiers de Staline faisaient disparaitre le personnage de Trotsky des photos officielles du régime. Nous voici en face d’un Marx et d’un Engels à hauteur d’homme, de passion et de fraternité.

La question qui m’apparait sans doute comme la plus difficile à traiter dans le cadre d’une œuvre d’art, car c’est d’abord une œuvre d’art réussie que ce film, c’est montrer un jeune mouvement ouvrier qui cherche à s’organiser sur la plan politique, et la façon dont la confrontation idéologique, sans aucune concession théorique du côté de Marx et d’Engels, mais toujours fraternelle, est menée avec les autres réseaux, courants ou organisations en formation. La question qui est abordée dans le « Manifeste » de la relation avec les courants caractérisés comme « socialistes utopiques » est fort bien amenée dans le film. Les sectes « socialistes » ou « anarchistes » - car Marx va récuser leur mode d’organisation – procèdent d’une révolte bien sûre saine et sauvage contre l’avenir que le capitalisme promet au prolétariat et à la civilisation dans son ensemble, mais ce mode d’organisation primaire ne dépassera pas ce stade. Ainsi le cadre est fixé par un meeting animé par Prouhon à Paris, où le tribun développe sa doctrine, copie conforme du matérialisme bourgeois du 18ème siècle : « la propriété c’est le vol !» Et Marx lui apporte la contradiction : « Quelle propriété ? La propriété bourgeoise des moyens de production ? » Tout est dit !

Le combat de ces deux jeunes gens qui vont parcourir l’Europe capitaliste est d’emblée internationaliste : leur seul souci, rassembler dans une même confrontation idéologique, et donc in fine dans ce qui deviendra la 1ère Internationale Ouvrière, les réseaux, courants ou organisations qui combattent le capitalisme : alors qu’ils sont en désaccord idéologique avec « La ligue des justes », groupe socialiste créé à Paris en 1836 par des socialistes allemands en exil, mais qui détient des liens dans plusieurs pays, ils mènent une bataille acharnée pour poser les fondements doctrinaux du mouvement ouvrier moderne : de la révolte morale et fraternelle contre les conditions de vie du prolétariat, il faut amener ces groupes à s’incorporer l’essence de l’explication matérialiste de l’histoire humaine. Le prolétariat est révolutionnaire, pas seulement parce qu’il est capable de se révolter contre l’exploitation, mais surtout parce que sa place dans la production capitaliste en fait la seule classe sociale capable de reconstruire la société humaine sur d’autres bases : le communisme, d’autres courants actuels disent : les communs, c’est le mouvement réel pour abolir le rapport social capital-travail et fonder enfin la société humaine. Ainsi, sachant que Proudhon ne partage pas ses points de vue, Marx lui propose de rejoindre « La Ligue des Justes », parce qu’il sait que Proudhon exprime une composante du mouvement ouvrier et que sa place est dans cette Internationale à construire. Proudhon déclinera l’offre. Il est devenu un conférencier célèbre mais il ne sortira plus de ce personnage installé. On nous montre alors le difficile combat d’Engels et de Marx, pour entrer dans la Ligue – organisation alors secrète - et ensuite pour retourner un congrès rétif à accepter les positions du matérialisme historique défendues par Engels. Le congrès entérine, rompt avec l’orientation du partage des richesses et devient « La ligue des communistes ».
Marx et Engels sortent de cette longue séquence épuisés – Marx se pose même la question d’abandonner le combat politique concret pour se consacrer à l’écriture de ce qui deviendra son œuvre majeure « Le Capital » - mais Engels va le persuader d’aller au bout, c’est-à-dire de résumer dans un manifeste les principes qui fondent et justifient le combat du prolétariat pour devenir une classe « pour soi », classe politique pour émanciper l’humanité de l’exploitation du travail salarié.

Ainsi naîtra ce Manifeste, qui aujourd’hui n’a pas pris une ride. Un mois après éclateront les révolutions de 1848. Un nouvel acteur entrait sur la scène de l’histoire : les ouvriers modernes posant leur candidature à gouverner la société humaine.
Même le journaliste du « Monde » s’égare par rapport aux lignes éditoriales de sa rédaction, en écrivant(1) :
« [On] s’arrête ensuite à une époque – 1844-1848 – à laquelle la nôtre ressemble beaucoup sans nécessairement le savoir : constat d’une iniquité grandissante de l’organisation sociale, recherche d’une réponse politique tant au vieil ordre monarchique qu’au rouleau compresseur du capitalisme industriel. Soit une révolution en marche. »
Effectivement cette époque ressemble à la nôtre sans que ceux qui dirigent la société le sachent nécessairement : ce film est une condamnation sans appel des classes dominantes actuelles, et particulièrement du macronisme. Le crépuscule de la société bourgeoise – dont notre président est le petit commis voyageur, le fond de tiroir du MEDEF - entend nous ramener à un état social, où ceux qui produisent la richesse, doivent renoncer à toutes les protections sociales, que le mouvement ouvrier dans sa longue histoire, a imposé aux classes dominantes. De la législation de fabrique à l’époque de la révolution industrielle, où la bourgeoisie elle-même pose une limite par la loi à la surexploitation du prolétariat, au code du travail actuel, où le mouvement ouvrier moderne forçait la bourgeoisie à faire entrer dans sa propre législation la reconnaissance de la lutte des classe, faisant reconnaître par là même les droits sociaux, nous sommes toujours dans la même histoire.
Elle n’est pas achevée…

Note:

1)En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/cinema/article/2017/09/26/le-jeune-karl-marx-ou-la-horde-sauvage-de-la-revolution_5191338_3476.html#8HAoc6ZIHpLKtHFX.99

 


Quand Mélenchon défend les institutions post-franquistes contre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes

Source : https://www.youtube.com/watch?v=1XiIzDICv-Y

Extrait d’une déclaration vidéo du leader maximo sur la Catalogne


« Le gouvernement de la généralité de Catalogne a décidé de procéder à un referendum sur l’autonomie catalane. Evidemment ce referendum, disent les juristes espagnols est contraire à la constitution. Cela ne peut pas être ce gouvernement qui déclenche ce referendum. Si c’est cela, il n’y a plus aucun Etat possible en Europe. On peut décider cela… Il y en a qui ont cela en tête… Une Europe où l’on reviendrait à la période du Saint Empire Romain Germanique, avec des petites principautés, des duchés, des baronnies… et au-dessus de tout cela le fric pour tout le monde, le libre-échange, le marché et le moins d’Etat possible. Quoiqu’il en soit, nous sommes en situation de conflit, le gouvernement espagnol et la grande partie de la population espagnole ne veut pas qu’on mette le doigt dans le cycle des referendums pour l’indépendance. »


L’instant de vérité pour le mouvement indépendantiste catalan, par Josep Maria Antentas

Militant d’anticapitalistas

Source: revue Contretemps:  http://www.contretemps.eu/independantisme-catalan-premier-octobre/

1 octobre 2017



Ce dimanche 1er octobre a eu lieu un référendum portant sur l’indépendance de la Catalogne, appelé conjointement par le Parlement et le gouvernement catalan. Interdit par le gouvernement espagnol et la Cour constitutionnelle d’Espagne, ce référendum constitue l’acmé d’une confrontation sans précédent entre les institutions catalanes et espagnoles, et ce cinq ans après l’immense manifestation du 11 septembre 2012 (fête nationale catalane), qui avait marqué le point de départ du processus d’indépendance. Depuis lors, ce mouvement politique et social s’est inscrit dans la durée en étant capable d’organiser des manifestations tout aussi massives chaque 11 septembre.

Ce 1er octobre, véritable instant de vérité, est l’occasion de réaliser une évaluation globale, sous le prisme politique, du mouvement indépendantiste catalan, de ses possibilités stratégiques, mais aussi de ses limites.

Le début du processus d’indépendance

Le mouvement surgi le 11 septembre 2012 est le produit de trois dynamiques distinctes mais combinées : dans un premier temps, le mécontentement issu du centralisme agressif espagnol, incarné par le second gouvernement Aznar (2000-2004), qui a fait du nationalisme dur espagnol le cœur de son projet politico-culturel ; dans un deuxième temps, l’échec subséquent de la réforme du statut de l’autonomie catalane, initiée en 2004.

Mis en place par le parlement catalan le 30 septembre 2005, le nouveau statut fut amputé d’une grande partie de son contenu par le Parlement espagnol en mars 2006, puis en juillet 2010, suite à un jugement de la Cour Constitutionnelle d’Espagne. L’échec de cette réforme a développé en Catalogne l’idée qu’il n’était pas possible de réformer l’Espagne de l’intérieur ; et, troisièmement, l’impact de la crise économique ainsi que l’adoption par l’Espagne d’une sévère politique d’austérité. La crise a renforcé le sentiment que l’Espagne était un échec, tant politique qu’économique.

De plus, les tensions entre les administrations régionales et les territoires ont été exacerbées lorsque le gouvernement de droite, cherchant à tirer avantage de la crise de la dette imposa une recentralisation administrative afin de réduire drastiquement les dépenses des gouvernements régionaux. En Catalogne, le malaise et la rébellion contre les politiques d’austérité, ainsi que la conscience de la collusion entre les élites politiques et financières se sont tout d’abord exprimées avec le « Mouvement 15-M » en mai 2011, mais ce sont aussi cristallisées dans un mouvement indépendantiste capable de mettre en place une proposition concrète – l’indépendance –, que l’on peut concevoir comme une sorte « d’utopie concrète », offrant une porte de sortie à la situation actuelle.

Erreurs stratégiques et potentiel démocratique du mouvement indépendantiste :

Dès le début, un mouvement démocratique construit autour du slogan unique « indépendance » se forma sous la houlette de l’Assemblée Nationale Catalane (ANC), une organisation de masse comptant des branches tout autour du pays, et qui avait endossé le rôle de colonne vertébrale du mouvement. Son intérêt exclusif pour l’indépendance avait éloigné de lui toute possibilité de critique des politiques d’austérité et l’empêchait d’avancer des propositions économiques différentes.

La base discursive du principal mouvement indépendantiste fut ainsi basée sur la primauté de la question nationale comme une matrice d’identité partagée – « nous, catalans, devons nous unir car nous avons des intérêts communs » – ainsi que sur la nécessité stratégique d’avoir avant tout un Etat indépendant, qui servirait alors de levier pour choisir le modèle à réaliser pour le pays – « sans Etat, on ne peut rien faire ». Dans le cas des soutiens de gauche à l’indépendance, cette double primauté, de la nation et de l’Etat par-dessus tout, a été acceptée dans une perspective de lutte « pas à pas  – tout d’abord, obtenons l’indépendance, nous combattrons ensuite pour d’autres politiques économiques et sociales ».

Le principal problème de cette stratégie du « pas à pas », c’est qu’elle oublie qu’au sein d’un processus de transition, c’est celui qui le contrôle qui décide de ce qui va par la suite se passer, et qu’il n’y a jamais d’équilibre des forces entre les acteurs sociaux. Les concessions et les reculs d’aujourd’hui ne pourront jamais être récupérés.

L’histoire est pleine de « révolutions » qui ont fonctionné pas à pas, et au sein desquelles, après la réalisation de l’État démocratique, on ne vit jamais arriver d’État social, perdu dans l’espace-temps des illusions brisées. Il n’est pas nécessaire de remonter très loin pour le réaliser, et ainsi paradoxalement la dialectique du « dans un premier temps obtenons l’indépendance, puis le reste » est incroyablement similaire à celle prônant « d’abord la démocratie, puis les droits sociaux », celle-là que la gauche avait adoptée lors de la transition post-Franco, et qui avait alors servi à justifier des reculs et des concessions sur lesquels celle-ci n’est jamais revenue.

En politique, les promesses pour le futur n’existent pas réellement ; elles sont à la fois illusoires et fugaces. Afin de tirer parti du moment opportun, il est nécessaire de disposer de la conjoncture adéquate, et ce pour n’importe quel mouvement qui prétend défendre des revendications. Ce que l’on ne peut obtenir aujourd’hui, on ne peut assurer qu’on l’obtiendra par la suite. Cette stratégie politique basée à la fois sur la double primauté de la nation et de l’Etat, ainsi que sur une progression au « pas à pas » a fabriqué depuis 2012 un mouvement qui se base sur de graves illusions, mais qui dans le même temps possède un projet démocratique qui s’oppose violemment aux structures institutionnelles du régime de 1978.

Pour cette gauche qui combat le capitalisme néolibéral, c’est le point de départ de toute analyse stratégique.

Base sociale et composition de classe

Comme il est d’usage dans ce type de situations, le mouvement d’indépendance catalan est transversal et interclassiste. Cependant, on y observe une surreprésentation des classes moyennes et des jeunes. La grande bourgeoisie s’est opposée dès son début au processus d’indépendance et a tenté dans l’ombre de le saboter, ou tout au moins de lui faire faire fausse route.

La classe ouvrière traditionnelle, qui composait historiquement le cœur des immigrés arrivés en Catalogne après avoir quitté le sud de l’Espagne dans les années 1960, se tient également à distance du processus d’indépendance. C’est une conséquence de deux phénomènes distincts mais corrélés : la faible identification de ce groupe à la question nationale catalane, et la décomposition historique du mouvement ouvrier lui-même. Globalement, on pourrait dire que les classes populaires catalanes restent divisées sur la question de l’indépendance, et une part importante d’entre-elles ne considèrent pas l’indépendance comme un futur envisageable.

Il y a un paradoxe dans le processus d’indépendance. C’est que la force politique dominante depuis l’émergence du processus indépendantiste n’est autre que la droite nationaliste catalane, un parti ayant historiquement une forte audience, malgré son opposition à l’indépendance. Cependant malgré le fait qu’il ait été à la tête du gouvernement catalan au cours de ces cinq dernières années, ce parti perd une grande partie de son audience en faveur du centre gauche indépendantiste, et a de plus été totalement incapable de prendre contrôle du mouvement pour l’indépendance.

L’indépendance n’était pas un sujet d’intérêt pour la droite nationaliste catalane lors de son arrivée au pouvoir en 1980, avec à sa tête Jordi Pujol, chef de la Convergència Democràtica de Catalunya (CDC), date qui marque le début d’une hégémonie conservatrice sur le nationalisme catalan et la fin de la domination sur le catalanisme des forces progressistes, celles qui avaient été le fer de lance de la résistance contre la dictature franquiste.

A cette époque la lutte pour les revendications nationales catalanes et celles pour le droit des ouvriers marchaient main dans la main, et ce parce qu’ils avaient un ennemi commun. Leur liaison était la base de l’orientation adoptée par le mouvement ouvrier, et en particulier par sa principale organisation secrète, communiste, le Partit Socialista Unificat de Catalunya (PSUC). Celle-ci avait volontairement cherché à éviter l’apparition d’une fracture au sein de l’identité nationale de la classe ouvrière catalane, permettant aux ouvriers immigrés d’origine espagnole de s’identifier aux revendications nationales catalanes.

Au cours des années de la transition post-Franco, Pujol avait réussi à toucher les classes moyennes, en adoptant un projet modéré, nationaliste et démocratique, aux créances antifranquistes irréprochables, lui permettant alors de se présenter comme le garant de la transition politique calme, dépassant ainsi la gauche et développant une forte hégémonie politique qui allait se maintenir durant plus de deux décennies. En tant que président, Pujol combinait un pragmatisme positif face au gouvernement espagnol, une tentative de développer l’influence de la Catalogne au sein de la politique espagnole ainsi qu’un nationalisme culturel catalan identitaire, cela afin d’unir les classes moyennes qui composaient sa base sociale.

Dans les années 1990, puis dans la première décennie du XXIème siècle, son gradualisme s’est peu à peu mué en une série de positions souverainistes plus marquées, qui visaient à développer l’autonomie politique catalane afin d’amener la Catalogne à une position plus avantageuse dans l’économie globale. En revanche, l’apparition soudaine du mouvement indépendantiste en 2012 força le président Artur Mas (successeur de Pujol) à suivre le flux, et à le diriger. Depuis lors s’est opérée un divorce politique entre les pouvoirs financiers et commerciaux, et leur parti politique traditionnel, Convergencia, qui continue néanmoins à représenter leurs intérêts de classe.

La première phase : la lutte pour un référendum (2012-2014)

Depuis son apparition soudaine en 2012, le mouvement indépendantiste a eu pour principal objectif d’organiser un référendum sur l’indépendance – requête qui lui a par ailleurs été constamment refusée par le gouvernement espagnol, et qui nie en fait la légitimité même du débat sur l’indépendance.

Cela reflète la véritable nature de l’État espagnol et du régime politique qui a émergé de la constitution de 1978. La question nationale, et en son sein la « question catalane » était l’une des questions les plus délicates posées par la transition post-Franco, particulièrement pour les héritiers du régime franquiste et de son armée, lesquels avaient alors pour tâche de superviser la rédaction de la nouvelle constitution démocratique sur ce point. A l’époque, les partis catalans exigeaient principalement le rétablissement d’un gouvernement catalan autonome dans le cadre de la refonte démocratique de l’État espagnol.

Votée en 1978, la nouvelle constitution déclarait dans son article deux « l’unité indissoluble de la nation espagnole, patrie commune et indivisible pour tous les espagnols ». Pour renvoyer aux caractères particuliers de la Catalogne, du Pays Basque ou de la Galice, le texte constitutionnel utilisait le terme ambigu de « nationalités », mais ne reconnaissait cependant ni le caractère multinational de l’Etat espagnol, ni un quelconque droit des peuples ainsi cités à l’auto-détermination. En pratique, cela annonçait l’établissement d’un Etat fortement décentralisé, tant au niveau politique qu’administratif, tout en chargeant la constitution et son interprétation de plus en plus restrictive par la Cour Constitutionnelle de cadrer cette décentralisation.

En 2012, le gouvernement catalan avait promis d’organiser un référendum sur la question de l’indépendance, que l’on décida de planifier pour le 9 novembre 2014. Lorsque la Cour Constitutionnelle décida de l’interdire, le gouvernement catalan suspendit son organisation, mais ne mit pas un terme à ses efforts, décidant alors d’opter pour une solution intermédiaire : il s’agirait d’organiser une consultation populaire semi-officielle, qu’ils appelèrent non pas « référendum », mais « processus participatif ». Cela permettait de ne pas se rendre au diktat du gouvernement central, tout en évitant la confrontation institutionnelle directe.

Quant au gouvernement espagnol, il ne pouvait pas empêcher la tenue d’un évènement massif et démocratique en faveur de l’indépendance. Mais dans le même temps, le mouvement indépendantiste se retrouva incapable de présenter cet évènement comme un acte explicite de rupture institutionnelle, capable de précipiter décisivement les évènements. A la place, celui-ci opta pour une feinte de dernière minute, pour une réalisation qui peut-être n’était pas un simple témoin, mais qui par contre ne signait pas le commencement d’une dynamique claire à venir.

La deuxième phase : feuille de route illusoire et retour à la case départ (2014-2016)

Le 9 novembre avait transmis un message politique ambigu, et ce pour deux raisons : premièrement, du fait de son caractère hybride – ce n’était ni un référendum reconnu ni une confrontation institutionnelle clairement annoncée – l’évènement prit peut-être une importance incontestable, mais celui-ci ne pouvait porter aucune conséquence politique ; deuxièmement l’hégémonie du oui à l’indépendance était incontestable, mais ne constituait cependant pas une écrasante majorité absolue : le oui avait totalisé 1 861 753 voix sur 2 305 290 suffrages exprimés – la totalité de l’électorat catalan était composée de 5,2 millions d’individus (même si dans ce cas un total de 6,2 millions d’individus pouvait exprimer leur voix sur le sujet, le gouvernement catalan ayant donné ce droit à tout individu de plus de 16 ans, ainsi qu’à 900 000 résidents étrangers).

Quelque part, l’évènement du 9 novembre constituait la formule parfaite pour organiser un référendum sans en organiser un, et pour se vanter qu’un tel référendum ait pu avoir lieu, sans que cela soit vrai. Ainsi, malgré le fait qu’il constitua un succès politique et social incontestable, c’était une grave erreur stratégique qui avait mené le mouvement dans une impasse, pour ensuite lui donner une nouvelle feuille de route tout aussi défectueuse que la précédente : premièrement, en transformant les élections régionales catalanes du 27 septembre 2015 en un plébiscite sur l’indépendance, et deuxièmement en initiant, après la formation d’un nouveau gouvernement, un processus de dix-huit mois visant à se « déconnecter » (c’est le terme officiellement employé par le mouvement) de l’Etat espagnol, c’est-à-dire à proclamer son indépendance.

Cette feuille de route comprenait une contradiction indépassable : ce même mouvement, qui n’avait pas été capable de désobéir à l’interdiction d’organiser le référendum du 9 novembre, entrait maintenant dans la deuxième étape de son existence, laquelle exigeait plus de démonstrations de force, de mobilisations et de conflits qu’il n’avait été nécessaire d’en fournir pour organiser le référendum, pour lequel il avait déjà manqué de virulence. Finalement, après un détour de deux ans qui n’a mené nulle part, les incohérences de cette feuille de route ont forcé le gouvernement catalan et le mouvement indépendantiste à faire amende honorable en septembre 2016, pour ensuite retourner à la case départ : il était nécessaire d’organiser un référendum sur l’indépendance, lequel constituerait alors le catalyseur de la confrontation démocratique – un instant de vérité, en quelque sorte.

La gauche contre l’indépendance en Catalogne

Le parti catalan d’Ada Colau, maire de Barcelone, Catalunya in Comύ, conserve une position très docile quant au 1er octobre, malgré le fait qu’il défende l’obtention d’un référendum autorisé par l’État.

Il occupe donc une position clairement passive et dans l’expectative, tout en dénonçant la répression d’État. Ainsi le parti a-t-il décidé de prendre part à la mobilisation du 1er octobre, tout en insistant bien sur le fait qu’il s’agissait pour eux plus d’une « mobilisation » que d’un véritable référendum, en ce que ce dernier ne dispose pas des « garanties » nécessaires pour le considérer comme tel. De ce fait, Catalunya en Comύ estime que le vote du 1er octobre n’apportera aucune contrainte à respecter et explique qu’après sa tenue, il continuera à militer pour obtenir un référendum qui serait autorisé par l’État.

Ce positionnement pose de sérieux problèmes : le premier d’entre eux est qu’il est évident que le manque de garanties ainsi que les incertitudes procédurales et légales qui pèsent sur le vote sont le fait de la répression étatique espagnole qui a forcé le gouvernement catalan à agir d’une manière tout sauf conventionnelle pour éviter les obstacles qu’elle lui avait elle-même tendus.

Le second est que cela nie tout lien entre le 1er octobre et les conditions politiques qui naîtront le 2 octobre, sans réaliser que toute tentative d’établir un référendum contraignant et reconnu par l’État après le 1er octobre ne pourrait être couronnée de succès que si le gouvernement espagnol subit une défaite politique, ou tout au moins si l’attitude répressive que celui-ci a adopté se révèle lui coûter très cher. Le troisième problème est que malgré le fait que Catalunya en Comύ ait décidé de prendre part au référendum, le parti n’a pas accepté d’appeler à une mobilisation en masse pour le vote, et n’a même pas appelé à aller voter, faisant profil bas quant à son engagement vis-à-vis de l’évènement.

Il est aussi important de rappeler la position occupée par Podem, branche catalane de Podemos, qui ne fait pas stricto sensu partie de Catalunya en Comύ (même si les deux partis adopteront probablement une sorte d’accord électoral avant les prochaines élections catalanes), parti créé durant l’expansion générale de Podemos à travers toute l’Espagne suite à la campagne de 2014 pour les élections Européennes. Mais celui-ci s’est construit sans aucune réflexion sur la question nationale catalane ni, plus généralement, sur la manière dont il pourrait s’insérer en Catalogne et se relier au processus d’indépendance amorcé en 2012.

Le projet national-populaire espagnol défendu par la direction centrale de Podemos s’est retrouvé en conflit avec la situation politique en Catalogne sur la question nationale catalane, et y a ainsi affaibli le potentiel qu’avait Podem. En un sens, ce qui avait fait de Podemos un parti incontournable partout en Espagne en avait fait une formation politique marginale en Catalogne. Cependant, Podem a finalement opté pour le soutien actif à la participation au référendum du 1er octobre, ce qui constitue en l’espèce un engagement bien supérieur à celui souhaité par Pablo Iglesias (qui rapproche alors bien plus Podem de Catalunya en Comύ que de la branche catalane de son propre parti).

Malgré cela, Podem ne considère pas que le référendum du 1er octobre aura un quelconque effet contraignant, et soutient le vote contre l’indépendance. Mais il s’est définitivement rangé du côté de ceux qui, malgré le refus prononcé par l’État espagnol, veulent maintenir la tenue du référendum.

La gauche catalane anticapitaliste et pour l’indépendance

Au sein du mouvement indépendantiste s’est formée une aile anticapitaliste significative autour des Candidatures d’Unitat Popular (CUP – candidatures d’unité populaires). L’indépendantisme radical, qui était plutôt marginal dans les années 1970, s’est significativement développé chez les jeunes et au sein de la gauche non-parlementaire au cours des années 1980, et s’est par la suite consolidée, durant les années 1990.

Il s’agissait d’une idéologie pertinente et présente dans le milieu militant, mais elle est cependant restée politiquement marginale jusque dans les années 2000, période durant laquelle elle commença à obtenir des sièges dans les conseils locaux, grâce à une stratégie municipaliste basée sur la création de CUP locales. Les CUP pénétrèrent au parlement catalan pour la première fois en 2012, totalisant alors 3.4% des voix, obtenant ainsi trois parlementaires. En 2015, ce score est monté à 8.2%, lui permettant d’obtenir 10 parlementaires. Au cours des cinq dernières années les CUP ont combiné fidélité au processus indépendantiste et affirmation d’un programme anticapitaliste.

Cependant, son action politique s’organisait majoritairement au sein du processus d’indépendance, sans réussir à lier ce programme anticapitaliste à une stratégie d’action qui, sans quitter le chemin de l’indépendance entamé en 2012, aurait pu à la fois relier ce dernier à des couches sociales extérieures tout en aidant à redéfinir certains des piliers stratégiques du mouvement indépendantiste officiel.

Durant cette période, les CUP ont commis deux erreurs d’importance, lesquelles sont d’une certaine manière interconnectées. La première d’entre elle a été de n’avoir pas de politique d’unification avec la gauche qui, tout en ne soutenant pas l’indépendance, défend le droit à l’autodétermination, comme la branche catalane de Podemos ou encore Catalunya en Comύ. Si elles avaient poursuivi cet objectif, la cartographie de la gauche catalane en aurait été changée.

Leur deuxième erreur a été dans un premier temps d’approuver la décision du gouvernement catalan de ne pas maintenir le référendum prévu pour le 9 novembre, et d’organiser à la place le « processus participatif », semi officiel et non contraignant, et ensuite d’adopter la feuille de route allant avec, c’est-à-dire la transformation des élections régionales du 27 septembre 2015 en un plébiscite afin de faire naître par la suite un processus incertain de marche vers l’indépendance 18 mois plus tard.

Les CUP ont traité aussi bien qu’ils ont pu avec leurs difficultés internes, conséquences d’une ligne politique erronée, mais cela sans réellement ni afficher leur participation au processus, ni le soutien de la base qui témoignait de sa démocratie interne et s’opposait ainsi clairement aux plébiscites autoritaires pratiqués par Podemos. Par la suite, en 2016, elles avaient joué un rôle décisif dans la transformation de la feuille de route post-élections régionales en un chemin vers le référendum.

Bifurcation stratégique et horizons politiques

L’opposition entre le fédéralisme (et donc le droit à l’autodétermination) et l’indépendance a constitué le handicap stratégique principal de la gauche catalane, et a de ce fait formé une profonde ligne de démarcation entre leurs partisans respectifs.

De manière surprenante, presque personne n’a essayé de formuler un accord stratégique entre les soutiens à l’indépendance et les fédéralistes en faveur du droit à l’autodétermination. Un tel accord aurait pu être réalisé, en se basant sur la stratégie objective de fondation d’une République catalane, et aurait pu entamer, de manière unilatéral, un processus de constituante catalane sans nécessairement être d’accord sur la finalité de la nouvelle République : indépendance ou une sorte de proposition d’alliance fédérale avec le reste de l’État espagnol.

Le corollaire politique de cette incapacité à fonder un accord stratégique entre les indépendantistes et les défenseurs du droit à l’autodétermination n’est autre que l’incapacité à organiser une convergence entre les objectifs stratégiques divergents qui émergent du processus d’indépendance, ainsi que du 15-M et de ses réincarnations. En refusant de mener quelque réflexion sérieuse que ce soit, d’un côté Catalunya en Comύ, et de l’autre les CUP, les deux partis se tirent une balle dans le pied, créant un grand nombre de lacunes, lesquelles les rendent actuellement boiteux, et menacent de se transformer en une série d’incapacités de long terme.

Le résultat de ce refus est la division de la gauche radicale, laissant plus d’espace au parti indépendantiste de centre-gauche, Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) ainsi qu’à la droite catalane.

La Gauche espagnole et l’indépendance catalane : un rendez-vous manqué

La gauche espagnole entretient depuis longtemps des relations complexes avec la question nationale catalane, ou plutôt avec la mécompréhension de cette question, ainsi qu’avec l’incapacité de l’articuler stratégiquement avec son propre projet pour l’Espagne.

Ce fut d’ailleurs assez visible à certains moments clé de l’histoire de l’Espagne, comme lors de l’établissement de la Seconde République espagnole, le 14 avril 1931. La « question catalane » était l’un des sujets les plus débattus, et la procédure visant à approuver le statut d’autonomie catalane (voté le 9 septembre 1932 par le parlement espagnol) fut turbulente. La formulation d’une « République intégrale », mais qui serait « compatible avec l’autonomie des villages et des régions », présente au sein de la constitution de la Seconde République contrastait violemment avec les revendications nationales catalanes.

Comme l’écrit dans son livre Révolution et Contre-révolution Joaquin Maurin, principal théoricien de l’hétérodoxe Partido Obrero de Unificacion Marxista (POUM, parti ouvrier d’unification marxiste) : « la République n’était pas fédérale mais intégrale, un euphémisme d’unitaire ». Ce qui ne voulait pas uniquement dire qu’elle n’était pas capable de répondre par l’affirmative aux revendications catalanes, mais aussi qu’elle avait affaibli la République elle-même dans sa capacité à marquer une rupture avec l’ancien État monarchique :

« La République devait être l’antithèse de la monarchie. De ce fait sa mission était d’être en rupture permanente avec ce centralisme bureaucratique étouffant, cette carapace moisie que représentait l’ancien régime. La monarchie était centraliste ? Alors la République se devait d’être fédérale […]. Faire une république fédérale ou unitaire changeait absolument tout. Une structure fédérale aurait des conséquences positives d’importance : elle détruirait l’ancien appareil étatique, le déchirant en morceaux, le forçant à disparaitre. C’était une mesure plus révolutionnaire que la proclamation de la République elle-même ».

Dans la transition post-Franco des années 1970, les partis de gauche, y compris le PSOE, défendirent fermement le droit à l’autodétermination. En réalité, cette défense était surtout rhétorique et la gauche, le Parti Communiste Espagnol (PCE) compris, accepta finalement une constitution qui reniait clairement ce droit. Depuis lors, le parti communiste, ainsi qu’Izquierda Unida, la coalition électorale qu’il a fondée en 1986, ont défendu le droit à l’autodétermination, mais de manière rhétorique, de manière abstraite et simplement en vue de transformer l’Espagne en un État fédéral, sans accepter le fait que le droit à l’autodétermination soit aussi un droit à la sécession.

Dans leurs programmes respectifs pour les élections législatives espagnoles du 20 décembre 2015, Podemos et Izquierda Unida estimaient tous deux qu’il était nécessaire d’organiser un référendum sur l’indépendance de la Catalogne, c’est-à-dire un référendum contraignant soutenu par l’État. De ce point de vue, le référendum faisait partie d’une lutte pour articuler une nouvelle majorité politique de gauche dans l’État espagnol tout entier.

Cependant, ceux-ci sont restés opposés à la tentative du gouvernement catalan d’organiser un référendum unilatéral sans l’aval de l’État, dans un contexte au sein duquel il est clair qu’il n’existe pas de perspective à court terme pour former une nouvelle majorité favorable au référendum au Parlement espagnol. Izquierda Unida s’est désolidarisé du référendum du 1er octobre, pendant que Podemos a adopté la position de ses alliés de Catalunya en Comύ : il soutient la tenue du référendum le 1er octobre, mais pointe le fait qu’il s’agit plus d’une sorte de « mobilisation » que d’un véritable référendum, et qu’il manque à celle-ci les « garanties » qui en feraient un référendum à part entière, lui empêchant toute possibilité d’avoir un quelconque effet contraignant.

Cependant, polarisation extrême entre d’un côté le gouvernement catalan, et de l’autre l’État espagnol ainsi que l’escalade de la répression entamée par le gouvernement PP ont forcé à la fois Izquierda Unida et Podemos à rompre leur neutralité pour dénoncer les politiques autoritaires pratiquées par le gouvernement espagnol.

Le régime de 1978 et la dialectique centro-périphérique

Une question stratégique essentielle concernant la progression du mouvement indépendantiste catalan tient dans la manière dont celui-ci affecte la vie politique ainsi que la société espagnole : contribue-t-il à affaiblir le gouvernement espagnol et le régime né en 1978 ? Ou au contraire le renforce-t-il en faisant office de bouc émissaire, sorte d’ennemi intérieur-extérieur permettant de remplumer les valeurs réactionnaires et l’hégémonie de la droite hors Catalogne ?

Il n’est pas possible de répondre sans équivoque à cette question pourtant essentielle, mais on peut dire que la gauche espagnole se doit de travailler en faveur de la réalisation du premier scénario, ce qui veut dire combattre de front le projet hégémonique du nationalisme espagnol ainsi que sa rhétorique réactionnaire. Plus la gauche se rend à l’argumentaire de l’hégémonie espagnole, et plus elle essaie de tourner autour du pot en ce qui concerne les sujets délicats, plus elle prépare le terrain pour le PP et ses sbires afin qu’ils instrumentalisent l’indépendance catalane comme un bouc émissaire visant à détourner l’attention de sa propre incompétence.

Ce qui est en jeu c’est la capacité des forces de gauche espagnoles favorables à un système fédéral ou confédéral, ainsi que du mouvement indépendantiste catalan (de même que ses homologues basques et galiciens), sur la base d’un respect pour leurs projets mutuels, autrement dit leur capacité à articuler une stratégie commune de lutte contre les piliers et les places fortes du régime de 1978, ainsi que contre les autorités économiques. En bref, le défi consiste en l’élaboration d’une dialectique centro-périphérique complexe, qui ne voit pas simplement les problèmes depuis le centre (l’arène politique espagnole), et qui ne s’enferme pas non plus dans une perspective visant à combattre uniquement depuis la périphérie (Catalogne, Pays-basque et Galice).

Ce problème stratégique crucial est malheureusement absent des débats depuis 2011 et 2012 et n’a pas l’air d’intéresser vraiment ni Podemos et Izquierda Unida d’un côté, ni les CUP et le courant indépendantiste de l’autre. Au sein de ce scénario l’une des heureuses exceptions à la règle a été Anticapitalistas – l’organisation révolutionnaire qui anime un courant minoritaire au sein de Podemos et qui cherche à construire une dialectique centro-périphérique pour abattre le régime de 1978. Anticapitalistas constitue probablement la seule organisation politique espagnole défendant le mouvement indépendantiste catalan ainsi que le droit des institutions catalanes à organiser un référendum sur leur indépendance.

Les défis du 1er Octobre

On ne peut pas rester neutre face au combat entre l’Etat espagnol et le gouvernement catalan. D’un côté se trouve une approche réactionnaire et antidémocratique qui nie le droit à l’auto-détermination ainsi que la revendication démocratique essentielle qu’est la demande d’un référendum. De l’autre côté, on trouve une revendication démocratique qui exprime un inconfort longtemps ressenti vis-à-vis de l’État espagnol.

Les mesures répressives mises en place par le gouvernement espagnol et les appareils étatiques qui ont été employés afin de paralyser l’organisation du référendum sont d’une intensité et d’une richesse de signification politique sans précédent. La Cour Constitutionnelle espagnole a invalidé l’acte portant sur le référendum voté par le Parlement catalan le 6 septembre. Ce vote avait annoncé le début d’un combat de légitimités ainsi que de légalités entre la Catalogne et l’Espagne – une situation de double pouvoir institutionnel fortement déséquilibrée.

Suite à la décision de la cour constitutionnelle, toutes les activités en lien avec le référendum ont été déclarées illégales. La Garde Civile (l’une des forces de police espagnoles) a perquisitionné plusieurs imprimeries, cherchant du matériel de campagne pour le référendum ainsi que des bulletins de vote. Ils fouillèrent ainsi les sièges de plusieurs médias. Le procureur général espagnol avait appelé au jugement de 712 maires catalans (sur 947), pour avoir officiellement exprimé leur soutien au gouvernement catalan sur la question du référendum et leur volonté de participer à son organisation.

Le 20 septembre, après avoir parcouru les registres de certains des quartiers généraux officiels du gouvernement catalan, la police espagnole arrêta des individus impliqués dans la mise en place pratique du référendum. De plus, les comptes bancaires du gouvernement catalan furent bloqués. Hors de Catalogne, tout action de solidarité envers le référendum fut sévèrement réprimée : l’exemple le plus connu est celui de ce juge qui avait interdit la tenue d’une réunion en faveur du référendum, qui devait avoir lieu dans un bâtiment du conseil municipal de Madrid, et qui fut finalement déplacé dans un théâtre privé.

Tout cela montre clairement que ce qui est en jeu avec le 1er octobre, ce n’est pas uniquement la possibilité pour les Catalans de faire entendre leur opinion sur l’indépendance de la Catalogne, mais bien une lutte démocratique plus large concernant le devenir des structures institutionnelles créées en 1978, qui pourraient se renforcer ou au contraire être affaiblies selon l’issue.

La tâche principale de la gauche espagnole est maintenant de manifester sa solidarité avec le peuple catalan concernant leur droit légitime à la tenue de ce référendum. Pour la gauche catalane, ce défi comporte trois dimensions.

Premièrement, il s’agit d’aider à défaire la répression exercée par l’État espagnol afin de pouvoir maintenir la tenue du référendum le premier octobre. Deuxièmement, il s’agit de mobiliser le plus de participants possibles. La grande majorité des opposants à l’indépendance ne reconnait pas de légitimité à ce référendum, et appelle à son boycott, à l’exception notable de la branche catalane de Podemos, donc le secrétaire général défend à la fois le référendum et le non à celui-ci, et aussi Catalunya en Comu, dont les principaux leaders ont annoncé leur intention d’aller voter, mais pas le contenu dudit vote.

La troisième dimension de ce défi est sans aucun doute de défendre le « oui » comme étant l’option stratégiquement la plus pertinente. Une réponse positive au référendum ne constitue pas seulement la seule option logique pour les indépendantistes, elle devrait aussi être celle de ceux qui défendent le choix d’une coexistence fédérale volontaire entre les peuples catalans et espagnols – un horizon fédéral qui ne peut qu’être fondé sur une base existante de souveraineté catalane.

C’est ce « oui » stratégique qui pourrait porter un coup important au régime de 1978 et libérer le potentiel démocratique de la Catalogne de construction de meilleures structures politiques et sociales – même s’il n’est pas certain que ce potentiel sera exploité pleinement. C’est précisément le défi stratégique pour l’avenir.

 


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