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Un peuple face à Bonaparte le tout petit, par Robert Duguet

Grâce à la magie de photoshop, on peut imaginer Macron le 21 janvier 1793 à sa place historique...

Mettre la question de la Constituante à l'ordre du jour!



La situation politique est pour le moins très mouvante : la crise de l’exécutif, marquée par le départ du troisième personnage de l’Etat, Gérard Collomb s’accentue. Macron peine à réformer une équipe gouvernementale. Il tente l’ouverture en direction de deux personnalités du PS, qui à juste titre, refusent la main tendue. Il est question de reporter l’application de la réforme des retraites après les élections européennes, ce qui ne veut pas dire que Macron veut y renoncer bien sûr. La concertation désastreuse des confédérations ouvrières avec l’exécutif ne fait que permettre au gouvernement de ne pas y renoncer. 
La décomposition du parti socialiste connait une nouvelle étape : le départ des représentants officiels de son aile gauche, Emmanuel Maurel et Marie Noëlle Lienemann, marque la fin d’une histoire, celle du Parti d’Epinay de François Mitterand. Dans un parti de tradition social-démocrate, il y a place pour des courants, les uns traduisant les intérêts des couches moyennes, d’autres le lien avec le mouvement ouvrier. La politique faite, et ce depuis 1983, par les gouvernements dits « socialistes » a considérablement amenuisé ce dernier lien. Olivier Faure a beau fustiger des comportements « indignes de notre histoire », après la scission de son aile gauche, qui fait mouvement vers le Mouvement de la France Insoumise (MFI). Il a beau épingler le populisme de « gauche » lorsqu’il déclare à la dernière réunion de direction nationale : « Notre culture à nous, c'est bien sûr de rester souverains, mais de refuser le souverainisme. Notre culture à nous, ce n'est pas de vouloir jouer le peuple contre les élites ». Un parti socialiste qui n’a plus d’aile gauche, est un parti qui est devenu autre chose que social-démocrate. Et c’est la politique qu’endosse aujourd’hui Olivier Faure qui a pavé hier la route à Macron. Déjà François Hollande, avec le mouvement des transcourants il y a vingt ans, puis Manuel Valls récemment, voulaient abandonner la conception du parti, expression des forces du travail… Manuel Valls envisageait même d’abandonner la forme parti. Emmanuel Maurel et Marie Noëlle Lienemann le quittent parce qu’il n’y a plus de place en son sein pour défendre des positions favorables au salariat. Mais sans aile gauche, ce parti est mort.

Comment penser aujourd’hui l’alternative politique ? Ni les élections européennes du printemps 2019, qui verront une abstention massive des couches populaires et de la jeunesse, ni l’attente des présidentielles de 2022 pour qu’on se débarrasse enfin de Macron – avec quels dégâts dans le contrat social issu de la Résistance et de la Libération – ne sont une issue.  La question d’une intervention directe des citoyens pour redéfinir un projet de civilisation est posée : refuser l’augmentation de la CSG pour les retraités, s’opposer efficacement demain à la réforme des retraites, à la privatisation de la protection sociale, à la destruction des services publics, reconstruire une école qui garantisse la transmission des savoirs fondamentaux à tous les enfants… tous ces éléments se concentrent aujourd’hui sur le comment y aboutir.

Une question commence à émerger : celle de la Constituante

Ainsi le groupe communiste, républicain, citoyen et écologiste (CRCE) au Sénat déclare qu’ « il est temps de changer la Constitution » et en appelle à « une mise en débat avec le peuple par le peuple et pour le peuple d’une nouvelle Constitution. » Lors d’une prise de parole à l’Assemblée Nationale le 4 Octobre, Jean Luc Mélenchon, au nom du groupe parlementaire de la FI, a pris position pour « une assemblée constituante pour redéfinir la règle du jeu politique et pour que le peuple se ressaisisse de ses institutions ». En dehors de formations ayant une représentation parlementaire, des regroupements de citoyens existent sur cette orientation : ainsi, par exemple, l’association pour une constituante d’André Bellon, ex-député socialiste, se prononce pour un nouveau contrat social, qui sera défini par le peuple lui-même, au terme d’un processus constituant. Notre volonté de faire de « l’Espace Citoyen du Val d’Yerres » un outil d’éducation populaire dont les citoyens se saisissent pour réinvestir le champ politique qui les concerne, participe de ce mouvement. Le journal du POID, la Tribune des Travailleurs du mercredi 10 octobre, consacre son éditorial à la Constituante… On soulignera les lignes suivantes :

« C’est une évidence : l’urgence est d’en finir avec la Vème République et de permettre au peuple de prendre la responsabilité de nouvelles institutions. L’urgence c’est la convocation d’une Assembl2e Constituante. A condition qu’elle soit réellement souveraine, composée de délégués élus, mandatés, révocables, à la proportionnelle intégrale des partis ; à condition qu’elle dispose de tous les moyens de la souveraineté, qu’elle soit dotée de tous les pouvoirs de décider des formes et du contenu social de la démocratie. »

En dehors du vieux système bonapartiste usé, issu du coup d’Etat à froid de Charles De Gaulle en 1958, utilisant la crise algérienne pour s’imposer contre la démocratie, il n’y a pas d’autre issue que de définir un nouveau contrat social, qui ne peut être discuté et promu que par un mouvement du peuple lui-même. Après avoir dénoncé le « coup d’Etat permanent » fondé par la constitution de la Vème république, le mitterandisme porte la responsabilité historique de lui avoir offert un ballon d’oxygène. Mais attention à l’écueil à éviter : il n’y a pas d’un côté le peuple et de l’autre l’oligarchie. Dans un processus constituant, toutes les classes sociales se mettent en mouvement, celles qui ont intérêt au changement, la petite bourgeoisie appauvrie, les petits entrepreneurs, les forces du salariat et de la jeunesse, y compris les couches sociales dominantes qui se disposeront pour s’opposer au processus constituant. La question restera toujours celle de la classe sociale qui l’emportera pour faire aboutir ou non les nouvelles règles sociales.

Il nous faut élaborer une politique dans cette direction, car la seule alternative que nous imposera ce système ne peut dériver que vers une solution à l’italienne du type Salvini : un accord de gouvernement entre un parti populiste très « gazeux » à la Pépé Grillo allié à l’extrême droite. Je m’étonne que des militants issus de l’extrême gauche française trouvent des aspects sociaux progressistes à la politique qui s’applique en Italie. On soulignera depuis quelques mois la spectaculaire conversion de Denis Collin et de Jacques Cotta, animateurs de la Revue électronique « La Sociale », au populisme dit de « gauche ». Le dernier article commis par le journaliste et militant Jacques Cotta le 11 octobre titre : « Le soutien de tout « progressiste » à la politique italienne ne devrait-il pas être sans faille ». Quid de la crise des migrants et des positions racistes des ligues du nord ? Il y a quelques mois, dans une ligne de soutien sans faille, au nouveau populisme version Mélenchon de 2014, Denis Collin prenait position pour liquider la vieille gauche et construire un Rassemblement National Populaire (RNP). Il avait dû oublier au passage que le mouvement qui avait été construit dans la collaboration vychiste par un certain Marcel Déat en 1941 s’appelait lui aussi le RNP : mouvement politique qui a fait illusion à l’époque sur des militants décontenancés par la crise de la gauche face à la guerre : on a vu même des militants issus du PCF, du PSOP de Marceau Pivert, de la SFIO et des cadres du syndicalisme confédéré gagnés au thèse planistes, s’engager dans cette aventure. Le problème n’est pas de savoir si la politique de Salvini contribue à faire exploser l’Union Européenne, ni que sa politique sociale vise à répondre de manière du reste mesurée aux revendications sociales, mais où il veut nous emmener. Je rappelle, pour mémoire, que les régimes fascistes de Mussolini et d’Hitler, se sont appuyés sur une politique de grands travaux pour embaucher les laisser pour compte de la grande crise des années 1920 et en s’assurant de ce fait un soutien dans le prolétariat. Ce n’est pas neuf. Il faut rompre avec ce qui n’est aujourd’hui que l’illusion populiste, et qui demain ne peut accoucher que de nouveaux monstres. La pourriture du système actuel ne peut aboutir qu’à une solution de ce type.

Je pense qu’il est plus que temps d’ouvrir la discussion sur cette question de la Constituante et de prendre des initiatives.

 


 

La mise en examen de Panayiotis Lafazanis est une sinistre première pour la deuxième république grecque, du jamais vu depuis la dictature des colonels

Source : https://unitepopulaireparis.wordpress.com/2018/10/12/la-mise-en-examen-de-panayiotis-lafazanis-est-une-sinistre-premiere-pour-la-2e-republique-hellenique-du-jamais-vu-depuis-la-dictature-des-colonels/

Vendredi 12 Octobre 2018


Un long réquisitoire à charge invoquant une bonne partie du code pénal grec.

Déclaration de Panayiotis Lafazanis, secrétaire d’Unité Populaire

L’intimidation et les poursuites vindicatives contre ma personne ne passeront pas comme cela. C’est avec un sentiment de dégoût et de honte pour la déchéance de mon pays, que j’ai aujourd’hui réceptionné la convocation de déférer devant  la direction de la sécurité de la région d’Attique, plus précisément, prenez bien note, devant le département de la protection de l'état et du régime républicain, dans le cadre d’une enquête préliminaire ordonnée par le procureur général d’Athènes.

Cette convocation, en vue d’une mise en examen, concerne des accusations relatives à une bonne partie du code pénal grec, encore même à la législation qui concerne le port et usage d’arme et les pétards et feux d’artifice. Il s’agit en réalité de la criminalisation de mon action contre les ventes aux enchères, action pour la défense des résidences principales et des biens des foyers populaires.

Force est de constater qu’aujourd’hui en Grèce nous sommes face à un gouvernement qui brade le pays tout entier, au point de légiférer un transfert de propriété de sites archéologiques et de monuments historiques au fonds des biens publics à privatiser, organisme sous administration étrangère.

Nous sommes face à un gouvernement d’exécutants, incarnant la subordination totale et la colonisation du pays, un gouvernement devenu un pion entre les mains de centres impérialistes sans scrupules.

Un gouvernement qui, en substance, abolit la démocratie et gouverne en s’appuyant sur les forces de police anti-émeute et l’usage des gaz chimiques contre les manifestants.

C’est bien le gouvernement de la paupérisation généralisée, s’appuyant essentiellement sur le consensus des partis politiques de l’establishment oligarchique, qui semble avoir désormais fait le choix d’inaugurer une nouvelle ère de répression politique sans nuances ni prétextes, répression vindicative en ce qui concerne ma personne, afin de faire céder la résistance, le moral et la dynamique ascendante de ces mouvements et forces politiques qui ne se soumettent pas, ne baissent pas la tête, ne se laissent pas abattre, ne se découragent pas et ne désarment pas suite à la désillusion, mais qui au contraire, continuent à brandir les drapeaux de la gauche, celle que le gouvernement a trahie mais qui reste cependant toujours vivante en animant le grand projet toujours d’actualité d’une société d’humanité et de liberté.

C’est bien la première fois que je subis des poursuites judiciaires depuis l’époque de répression politique subie de la part de la junte militaire du colonel Georgios Papadopoulos, puis du général de brigade Dimitrios Ioannidis. Ce n’est pas pour moi une tragédie, mais c’en est une pour mon pays, car je suis le premier responsable de parti politique démocratique de la période post-dictature, qui est convoqué pour répondre à des accusations clairement politiques mettant en jeu une bonne partie du code pénal grec. Elles m’ont été adressées, et j’y trouve de l’ironie, par le département de la défense de la sécurité de l'état et de la protection du régime républicain.

Il est bien connu que de telles pratiques sont aujourd’hui appliquées en Turquie voisine. Je les combats personnellement lorsqu’elles ont lieu là-bas, non seulement en les dénonçant depuis Athènes mais en me rendant encore sur place, à Ankara et à Istanbul.

Le gouvernement, et l’ensemble de l’establishment qui soutiennent la politique des mémorandums, ne sont pas seulement dérangés par ma position politique et la lutte d’Unité Populaire pour la défense des résidences principales contre des mises aux enchères injustes, arbitraires et non démocratiques. Ils ne sont pas dérangés seulement par nos luttes contre les débranchements des compteurs d’électricité des foyers modestes prévus de s’intensifier dans les mois à venir, au point d’en devenir un cauchemar pour la société.

Ils ne sont pas même dérangés seulement par notre résistance politique et sociale en faveur de salaires et de retraites décentes, des acquis salariaux et des droits sociaux.

Le gouvernement et tout l’establishment qui imposent les mémorandums ou qui en profitent, sont essentiellement dérangés par la dynamique ascendante d’Unité Populaire, qu’ils tentent vainement de dissimuler par leurs faux sondages,  dérangés par le fait que cette dynamique pourrait modifier la carte politique dans un futur proche et envoyer aux poubelles toute cette partie de la Grèce qui porte la décadence, la corruption, l’escroquerie politique, la collusion d’intérêts, l’appropriation frauduleuse des biens d’autrui et la servitude volontaire aux puissances étrangères.

La répression exercée envers ma personne n’a pas le but de m’intimider. Mes anciens camarades, haineux et vindicatifs, de la direction de SYRIZA et du gouvernement, me connaissent assez pour savoir que cela ne passera pas comme cela.

La persécution envers ma personne ainsi qu’envers les trois militants qui ont comparu Mardi 9 Octobre 2018 au palais de justice d’Athènes suite à leur résistance aux enchères, les vingt militants réprimés pour la même raison à Volos, les quinze militants poursuivis à Nafplio et les deux militants de Thessalonique , a pour but de réprimer tout un mouvement,  qui s’étend et marque bien l’étape traversée aujourd’hui par la Grèce, un mouvement qui effraie et menace certains, qui est efficace et qui enregistre des victoires.

Nous assurons les faussaires politiques, les vindicatifs haineux et les fous du pouvoir, qui aspirent à rivaliser dans les persécutions les pires moments d’intolérance qu’a connus notre pays au cours de la période après la guerre civile, qu’ils n’arriveront à intimider personne et que leurs sinistres desseins anti-démocratiques tomberont à l’eau.

Les jours de leur pouvoir non démocratique sont comptés, car la Grèce fera l’expérience d’un nouveau printemps et d’un nouvel espoir, en laminant les forces destructives qui portent aujourd’hui les mémorandums et l’austérité.

 


La direction de la Confédération Générale du Travail (CGT) face à une fronde d’extrême gauche

Source: http://social.blog.lemonde.fr/2018/10/05/la-direction-de-la-cgt-face-a-une-fronde-dextreme-gauche/

Vendredi 5 Octobre 2018


« Un cap est franchi », dans un courrier adressé le 26 septembre 2018 au bureau confédéral de la CGT, à sa commission exécutive et à son Comité Confédéral National (CCN), et que le Monde s’est procuré, Olivier Mateu, le secrétaire général de l’union départementale des Boûches-du-Rhône de la CGT estime que la centrale vient d’entériner « l’effacement, voire la négation de l’antagonisme existant entre exploiteurs et exploités ». L’objet de ce courroux est la lettre co-signée le 25 septembre 2018 par Philippe Martinez et les dirigeants des quatre autres confédérations représentatives, la Confédération Française Démocratique du Travail (CFDT), la CGT Force Ouvrière, la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens (CFTC) et la Confédération Française de l'Encadrement Confédération Générale des Cadres (CFE CGC), à l’intention des organisations patronales pour proposer un agenda social de négociations et délibérations interprofessionnelles. Dans ce courrier les cinq syndicalistes se disent « très attachés au dialogue social et à la négociation collective interprofessionnelle entre les interlocuteurs sociaux ».

C’en est trop pour Olivier Mateu, « nous n’avons jamais partagé la démarche consistant à considérer qu’il pouvait être bénéfique pour le monde du travail que la CGT s’inscrive dans une démarche visant à considérer les organisations patronales et la plupart des organisations syndicales qui, depuis des années maintenant, accompagnent tous les mauvais coups, pour des partenaires ». Dénonçant les mesures réactionnaires et autoritaires qui frappent à ses yeux les travailleuses et les travailleurs, le secrétaire de l'union départementale des Bouches du Rhône s’alarme, « nous voilà signataires d’un courrier s’inquiétant du bénéfice que pourraient tirer les entreprises d’un dialogue social qui ne sera jamais rien d’autre qu’un moyen d’empêcher toute démocratie sociale dans l’entreprise ».

Olivier Mateu accuse les instances de direction de la CGT d’avoir perdu de vue « la répression féroce qui s’abat contre nos militants dans les entreprises et les milliards d'euros que les patrons nous volent. En quoi ce courrier nous met-il à l’avantage quant au rapport de force que nous avons à construire pour imposer d’autres choix de progrès et de justice sociale au patronat et au gouvernement ».  Cette lettre, ajoute-t-il, « tend à dédouaner le patronat de ses responsabilités en donnant à penser que nous aurions, eux et nous, des intérêts communs à défendre contre un gouvernement qui n’a de cesse d’agir dans les intérêts du patronat et de la finance ».  En conclusion, face à cette union contre-nature, il réclame un « nécessaire débat sur la stratégie à mener pour aller à la gagne sur des contenus clairement de progrès et bénéficiant à toutes et à tous ».

C’est à la suite d’une révolution de palais, au mois de février 2016, qu’Olivier Mateu, sympathisant de l’association d’extrême gauche Rouges Vifs, avait été porté à la tête de l'union départementale des Boûches-du-Rhône. Cet événement avait fait suite à l’éjection, selon la formule du groupuscule orthodoxe « où va la CGT », de Thierry Pettavino, jugé trop proche de la direction de la confédération et pas assez combatif. Olivier Mateu, qui s’inquiétait de l’abandon du syndicalisme de lutte des classes par la CGT, avait ensuite prononcé, le 18 avril 2016, le discours d’ouverture du cinquante et unième congrès confédéral à Marseille.

Depuis cette date, Olivier Mateu a continué à incarner une ligne pure et dure, refusant le moindre compromis avec le gouvernement et le patronat. Dans une interview au journal communiste de la Marseillaise,  au mois de juillet 2018, il affirmait sa volonté de poursuive et d’amplifier le mouvement social lancé par la grève des cheminots, « je pense que le rythme que nous impose le gouvernement illustre le fait qu’il n’a pas de majorité dans ce pays pour mettre en oeuvre la remise à plat du modèle social qu’il porte avec le patronat. Ils ont besoin d’aller vite et ils mènent cette stratégie du chaos ».

A quelques mois du cinquante deuxième congrès de la CGT, au mois de mars 2019 à Dijon, Philippe Martinez est ainsi confronté à une offensive d’une extrême gauche qui se veut beaucoup plus radicale que lui. Reste à savoir si cette initiative de l'union départementale des Bouches du Rhône fera tâche d’huile, notamment dans la mouvance trotskiste, ou s’il s’agira d’un acte isolé.

 


 

Clémentine Autain au ban des insoumis, par Rachid Laïreche

Vendredi 5 Octobre 2018

Source : https://www.liberation.fr/france/2018/10/05/immigration-clementine-autain-au-ban-des-insoumis_1683502

 


 

Clémentine Autain, députée de Seine Saint Denis du Mouvement de la France Insoumise (MFI) a vécu une réunion de groupe houleuse à l'assemblée nationale. Les autres parlementaires de son parti lui ont reproché d'avoir signé le manifeste rédigé par les rédactions de Mediapart, de Politis et de Regards, pour l’accueil des migrants.

Clémentine Autain vient de vivre une semaine étrange. Elle s’est retrouvée au milieu des regards et des débats, seule face au reste des députés du MFI, en raison du manifeste rédigé par les rédactions de Mediapart, de Politis et de Regards, pour l’accueil des migrants.

Contrairement à la députée de Seine-Saint-Denis, Jean-Luc Mélenchon et les siens ont refusé de le signer. Un désaccord sur le fond qui a laissé place à la polémique. Plusieurs têtes à gauche ont regardé de travers les élus du MFI, estimant que Jean Luc Mélenchon minimise le sujet pour ne pas perdre les classes populaires qui s’opposent à la venue des migrants, une accusation qui passe mal chez les insoumis.

Mardi 2 Octobre 2018, les députés du MFI se sont retrouvés au Palais-Bourbon pour leur réunion hebdomadaire. Le manifeste s’impose dans les discussions. Clémentine Autain se retrouve seule face aux seize autres députés. Tension et accusations, « la réunion a été franche, nous nous sommes dit les choses », souffle Ugo Bernalicis sans s’épancher sur les détails. Ils lui reprochent sa signature, sa justification, elle a publié un long texte sur les réseaux sociaux, et sa naïveté.

Un présent dit que « nous avons un désaccord sur le fond, ce n’est pas le plus grave, mais elle ne se rend pas compte que les initiateurs du manifeste se servent d’elle pour affaiblir le MFI ».
Clémentine Autain compte des soutiens à l’extérieur du groupe. Un élu de gauche dit que « son avis n’est pas le même que les députés du MFI, mais il est partagé par beaucoup de militants du MFI. Mais comme Jean Luc Mélenchon pense que la terre tourne autour de lui, Clémentine Autain morfle ». Un ami de la députée dit que « Jean-Luc Mélenchon n’a pas fait les choses à moitié, il lui a montré qu’il savait être méchant et elle a vu passer la réunion ». Contactée par Libération, la députée de Seine-Saint-Denis refuse de commenter la situation. Elle n’a pas envie de vivre une nouvelle réunion de groupe compliquée. Elle dit seulement qu’elle n’est pas naïve et qu’elle ne regrette pas sa signature. Le sujet est trop important.

Résultat, l’ambiance n’est pas au top entre Clémentine Autain et ses copains insoumis. Vendredi 5 Octobre 2018, un petit mail a ajouté une petite touche de crispation. L’équipe de presse du MFI a envoyé aux journalistes les lieux de mobilisation des députés du mouvement présents ce week-end aux rassemblements, un peu partout dans le pays, pour sauver l’Aquarius et le sauvetage en mer et le nom de Clémentine Autain ne figure nulle part. Elle a écrit sur la boucle Telegram des députés, à la recherche d’explications. Ce serait une simple erreur de communication, selon l’attachée de presse. Tout est rentré dans l’ordre.

Son inquiétude n’est pas fortuite. Ce n’est pas la première fois que Clémentine Autain se retrouve au milieu d’une baston interne. Il y a quelques mois, après une interview à Politis, elle militait pour la reprise du dialogue entre les familles de gauche, la députée avait eu droit à une réunion houleuse et son nom et sa photographie avaient disparu d’un événement, un genre de punition.

 


Le parlement catalan appelle à l'abolition de la monarchie et rejette le discours de Philippe VI contre le référendum

Source : https://www.eldiario.es/catalunya/politica/Parlament-Felipe-VI-referendum-abolicion_0_823817899.html

Jeudi 11 Octobre 2018


 

Les indépendantistes et Catalunya en Comu unissent leurs voix pour censurer la position du roi qui a soutenu la violence contre le référendum. Le parlement catalan demande l'abolition de la monarchie car il la considère comme une institution dépassée et antidémocratique

Deux votes ont été nécessaires sur le même sujet, mais le parlement catalan a approuvé le second pour condamner le discours que le roi Felipe VI a prononcé à la télévision le 3 octobre 2017, à propos du référendum qui avait eu lieu en Catalogne deux jours auparavant. La condamnation a eu lieu à la demande de Catalunya en Comu et grâce aux votes des deux principales formations indépendantistes, Junts per Catalunya et Esquerra Republicana de Catalunya (ERC), et à l'abstention de la Candidature d’Unité Populaire (CUP).

Dans la proposition de résolution adoptée, le parlement catalan a estimé que le roi justifiait par son discours les violences par lesquelles la police et la Guardia Civil avaient tenté d'arrêter le référendum du premier octobre 2017. C'est pourquoi le parlement catalan a rejeté et a condamné la position du chef de l’état dans le conflit catalan, qui avait déjà été mise en cause par les forces souverainistes catalanes à partir du moment où elle a été prononcée.

Parallèlement à cette condamnation, le parlement catalan a réaffirmé son attachement aux valeurs républicaines et il a directement revendiqué l'abolition de la monarchie, la considérant comme une institution dépassée et antidémocratique. Dans la même initiative parlementaire, les menaces liées à l'application de l'article cent cinquante-cinq et à l’interdiction des partis indépendantistes catalans sont condamnées, deux questions qui sont proposées par les formations centralisatrices de droite ces dernières semaines.

Catalunya en Comu a présenté la résolution approuvée après avoir rejeté une autre résolution dans le même sens de Junts per Catalunya, Mardi 9 Octobre 2018, ce qui a généré une controverse entre les militants de la formation. Le groupe de Jéssica Albiach a affirmé qu'il ne pouvait pas voter pour un texte qui inclurait l'objectif de l'indépendance, comme le proposait la proposition, ce avec quoi son groupe n'est pas d'accord. Toutefois, lors de la séance plénière du Jeudi 11 Octobre 2018, la motion visant à rejeter la position de Felipe VI est revenue sans référence au débat national.

Elisenda Alamany, porte-parole du groupe de Catalunya en Comu, a célébré l'approbation de cette initiative, soulignant que le parlement catalan était devenu le premier parlement de l’état à condamner le roi et accompagnant le message d'une image du roi la tête en bas.

 


Feux et Lumière, le film de Pierre Schoeller « Un peuple et son roi », par Robert Duguet



La Révolution Française est le moment fondateur de notre histoire moderne qui a été singulièrement maltraitée par les cinéastes : entre le Renoir de la Marseillaise soutenu par le PCF et la CGT de la période stalinienne, un Guitry dont le projecteur reste braqué sur la vie à Versailles dans son Si Versailles m’était conté et un Philippe de Broca, nostalgique de la monarchie avec Chouans et une comédie sans envergure des Mariés de l’an II, il a fallu le Danton de Wajda pour rencontrer un peu de grandeur historique.

Un peuple et son roi, ce sont sept années de travail de Pierre Schöeller pour mener à bien ce projet d’une fresque historique sur la Révolution Française qui va de la prise de la Bastille à l’exécution du roi Louis XVI, le 21 janvier 1793 . Sept années de travail dans les archives, de dialogue avec les historiens, de travail avec les décorateurs, costumiers, comédiens avec un seul souci : filmer un peuple dans une période révolutionnaire qui s’ouvre, dans une vie quotidienne faite des séquences de vie les plus simples, voire triviales.

Le film commence sous le faste devenu désuet de Versailles le jeudi « saint » de l’année 1789 : à la façon du Christ lavant les pieds de ses apôtres la veille de sa passion, le monarque lave ceux des enfants pauvres. Il rappelle par là le caractère de la monarchie française de droit divin. La caméra se déplace alors dans les faubourgs bouillonnant de Paris, à l’ombre des tours de la Bastille, dans l’atelier d’un maître verrier. Symbolique de l’ombre et de la Lumière…

Ceux qui voient dans la Révolution Français uniquement ce qu’en expriment ceux et celles qui l’ont représentée dans la constituante, à la Législative ou à la Convention – l’histoire faite par les grands hommes – n’aimeront pas ce film. Ils lui reprochent d’ores et déjà son caractère brouillon ou étrange : ainsi l’article commis par Olivier Lamm dans le journal Libération développe les méchancetés suivantes :

« Toute l’étrangeté d’Un peuple et son roi provient du fait que le film, malgré ses inventions, n’en contient aucune, pas plus qu’il n’abrite le moindre personnage, la moindre interaction qui soit plausible, la moindre incarnation. On comprend bien la volonté de Schöeller de remettre à plat la Révolution, de la repolitiser en quelque sorte en opposant les grands mots et les symboles face à la réalité - de quelles libertés, égalités, fraternités la période 1789-1793 fut-elle effectivement le terreau ? Mais comment expliquer alors l’étroitesse à l’écran de son petit théâtre d’idées, brouhaha de commentaires sur l’action politique qui n’aboutit à rien d’autre qu’à du trépignement ? De la maladresse de ces images incapables d’aboutir à un quelconque énoncé ou, pire encore, à celui inverse de celui escompté, telle cette éclaboussure de sang du roi décapité finissant dans les mains d’un enfant ? Le ratage de Pierre Schöeller est d’autant plus déroutant qu’en échouant à apporter un souffle vivant à son projet, il échoue à faire honneur à sa passion au moins autant qu’à celles de ses héros, qu’il finit par abandonner à leur destin quand ils proclament «la liberté ou la mort ».

C’est le pari fait par le cinéaste : dans une période où ceux qui sont en haut ne peuvent plus gouverner comme avant, et où ceux d’en bas ne peuvent et ne veulent plus continuer à accepter le joug qu’on leur impose, un peuple se met en mouvement, sans savoir exactement où il va. C’est précisément ce caractère brouillon et étrange, qui s’exprime par divers types sociaux campés par le cinéaste, qui porte ces masses d’hommes et de femmes en mouvement vers la conscience : comment un peuple, à travers sa relation avec son Roi,  va rompre avec des siècles de monarchie pour finalement se donner une République une et indivisible qui commence par un « régicide ». Comment sa représentation va concilier la démocratie à définir avec le principe monarchique, et comment le Roi et sa caste isolée va rompre avec son peuple, rendant l’issue inéluctable. Comment le rapport du peuple des faubourgs, les « sans dents », va se nouer avec la représentation qu’il s’est donné par le suffrage universel : les travaux de la Législative, puis de la Convention se tiennent sous la pression des sections et des clubs qui forcent la main des élus, lorsque ceux-ci ne veulent pas aller dans le sens voulu par la population : on en rêve d’une situation pareille, avec cette Vème république quasi-monarchique qui n’en finit pas de crever!

Dans un dialogue entre Pierre Schöeller et l’historien Patrick Garcia, l’artiste dit ceci :

"Les enfants sont là dans la ville. Ils sont là dans la rue, ils travaillent. C'est un temps où si on ne travaille pas, on ne mange pas. Le peuple de Paris a traversé la Révolution, il est là à la Bastille, au Champs-de-Mars. La Révolution devient quelque chose de très humain et plus un cours d'Histoire. Aussi, il était très important qu'il y ait une sensibilité politique des femmes. Les comédiennes sont magnifiques. Les chants des femmes, c'est la vie, la jeunesse, la spontanéité...Je voulais le mettre au cœur du film"

Et plus loin :

"C'est un même monde. Ce n'est pas l'un contre l'autre. Robespierre est chahuté au début et 2-3 ans après, on l'écoute dans un silence de cathédrale. La Révolution, ce sont des anonymes qui peuvent avoir un rôle très fort dans l'Histoire".
"Je ne sais pas. La politique appartient à tous. Il ne faut pas penser que la politique appartient à quelqu'un. Elle fait partie de la vie. Là, dans ce film, j'ai essayé de retrouver un sentiment de satisfaction, de montrer qu'on peut changer le monde, que l'égalité ce n'est pas un vain mot, qu'au contraire c'est un mot fort, tout comme la fraternité qui peut être un mot joyeux".

L’année 1791, baptisée année des trahisons : la machine s’emballe. Le Roi fuit à Varennes. Le gouvernement, sous l’influence de Lafayette, fait tirer sur les manifestants du Champs de Mars : ceux là même, y compris dans le peuple, qui ne souhaitaient pas toucher au principe monarchique, sont entrainés plus loin qu’ils ne l’avaient voulu. Les gens du faubourg Saint-Antoine interviennent à l’Assemblée nationale, puis à la Convention. Ils débattent dans les clubs, prennent les armes.
Pierre Schöeller fait revenir sur la scène de la révolution des personnages oubliés par l’histoire officielle, les textes des interventions sont soigneusement choisis. Le rapport entre les sans grades et la représentation politique est constamment traité. Sans cette pression de la base, la révolution n’aurait pas été aussi loin qu’elle ne l’a été : on voit se dérouler le combat pied à pied que mènent Barnave – partisan éclairé de la monarchie constitutionnelle – et les députés girondins, pour limiter la révolution à ses revendications bourgeoises et donc sauver le principe monarchique. Rappelons la formule de Marx : le jacobinisme va alors aider la bourgeoisie à se libérer de ses ennemis féodaux, malgré ses propres réticences. Le 21 janvier 1793 la révolution ira à son terme.

Vous qui êtes saturés par la petitesse des personnages politiques que nous subissons à nos dépens, allez voir ce film, il donne des raisons de continuer à combattre. Une génération d’hommes ce n’est rien à l’échelle de l’histoire, puisque les élites de la nôtre – à gauche j’entends – s’est vautrée dans le mitterandisme et la trahison. La vieille taupe continue de creuser !

 


Si Emmanuel Macron connaît une rentrée compliquée, celle de Jean-Luc Mélenchon n’a pas été moins délicate au sein de son parti, par Le Parisien

Source: http://m.leparisien.fr/amp/politique/la-france-insoumise-une-rentree-delicate-pour-melenchon-06-10-2018-7912485.php



Les Insoumis ont attaqué la rentrée à bloc, le cartable plein de certitudes. Celles de s’être installés comme les principaux opposants à Emmanuel Macron, d’être la première force à gauche. Et résolus à entrer dans la bataille des européennes pour bousculer le pouvoir — à l’aune d’un scrutin dont ils veulent faire un « référendum anti-Macron ». Mais de l’immigration aux européennes, en passant par l’organisation interne du mouvement, la rentrée des Insoumis a, elle aussi, été jalonnée de polémiques et de malaises internes.

La question migratoire a été la première à faire tanguer le navire. On a vu les députés et cadres Insoumis déboussolés face aux déclarations polémiques, voire hostiles de leurs alliés allemands au sujet de l’immigration cet été. Coincés entre la défense d’une nécessité d’accueil traditionnelle à gauche et une ligne « patriote » de défense des frontières qui parle à une frange de l’électorat LFI. Sujet « nullement » délicat, a tenté de balayer Mélenchon, invectivant « ceux qui organisent l’immigration […] pour faire pression sur les salaires ».

Aucun malaise, donc ? La polémique a pourtant rejailli tout récemment, alors que le chef des Insoumis a refusé de signer le manifeste « Pour l’accueil des migrants », lancé par les revues « Regards », « Politis » et par Mediapart, pourtant signé par toute la gauche. Ian Brossat, Yannick Jadot, Olivier Besancenot ou Benoît Hamon n’ont pas manqué de tomber à bras raccourcis sur les Insoumis… Qui dénoncent un « stratagème » et une volonté d’instrumentaliser l’immigration pour stigmatiser LFI.

Les «démocrates insoumis» exclus sur-le-champ

Le mouvement a d’ailleurs connu quelques remous, avec la constitution en interne d’un courant de « démocrates insoumis » qui réclamaient davantage de débat et de démocratie au sein d’une organisation qu’ils estimaient tenue par une poignée de proches de Mélenchon. Exclus sur-le-champ ! « On est un certain nombre à être très agacés par cette organisation, admet un orateur national de LFI proche de Mélenchon. Il y a des affrontements internes dans le mouvement, comme dans d’autres partis. La France insoumise n’en est pas exempte. »

Autre point de tension et non des moindres : les européennes. Le retour au sein de l’équipe de campagne de la sulfureuse Sophia Chikirou — ex-patronne du Média empêtrée dans une guerre avec les cofondateurs de la webtélé — a jeté un froid entre les deux têtes de la future liste LFI aux européennes, Manuel Bompard et Charlotte Girard, cette dernière n’ayant pas été prévenue. Le très plausible accueil sur la liste Insoumise de socialistes repentis inquiète aussi. « Que finisse cette longue solitude pour moi d’avoir été séparé de ma famille », avait lancé Mélenchon à Marseille à l’aile gauche du PS, dont la figure de proue, l’eurodéputé Emmanuel Maurel, pourrait lâcher les socialistes. « Il y en a qui redoutent qu’on fasse un nouveau PS. Que Mélenchon se redéfinisse comme socialiste, ça a braqué en interne », confie en off un député. Et certains militants ne comprennent pas la main tendue au PS, quand LFI boude les communistes, considérés comme des alliés plus naturels.

Si le vaisseau Insoumis navigue pour le moment en tête à gauche, à quelques mois des européennes, Mélenchon tâtonne, tente d’élargir son audience. Au risque d’envoyer un message parfois brouillé à sa base et de décontenancer ses fidèles de la première heure.

 


Les réfugiés et les migrants des années 1930 qui n’ont pas été accueillis ont été liquidés par le nazisme et le fascisme.

« La crainte et l’espoir sont les pires ennemis de l’homme », par Jacques Kirsner

Source : http://www.clubpolitiquebastille.org/spip.php?article219

Vendredi 5 Octobre 2018


 

Dans l’histoire de la cinquième république, c’est la première fois que deux ministres d'état démissionnent. Au total, en quinze mois, trois ont disparu sans compter quatre autres ministres. Jusqu’alors, la règle c’est que le président se séparait des ministres quand il le décidait. Nicolas Hulot et Gérard Collomb sont partis sans même prévenir le président de la république.

Emmanuel Macron refuse sa démission et le ministre de l’intérieur s’en va. Il ne veut plus gouverner. Gérard Collomb c’est le premier et alors le seul qui a soutenu le candidat Emmanuel Macron. L’ancien ministre de l’intérieur, c’est Lyon, une partie de la bourgeoisie et bien sûr la franc-maçonnerie.

Pour Emmanuel Macron, c’est une situation d’autant plus catastrophique que plusieurs ministres sont menacés par la justice.

Dans le Figaro sous le titre « Emmanuel Macron, le masque tombe », l’éditorialiste Ivan Rioufol écrit que « le pouvoir ressemble au Titanic dont le ministre de l’intérieur vient de s’échapper, Mardi 2 Octobre 2018. Le naufrage sera difficile à éviter ».

La crise gouvernementale aggrave la situation politique. Emmanuel Macron, pour tenter de reprendre la main, devrait remanier entièrement son gouvernement, intégrer des politiques et élargir sa base politique. Ce n'était pas simple. Il dévisse à ce point dans les sondages que les candidats encore crédibles se tiennent à distance. Cette situation est inédite dans l’histoire de la cinquième république. C'est un parfum de fin de règne au début de son mandat.

Les camarades nantais dans leur texte sur le bilan de la grève des cheminots ont totalement raison de souligner que, pour stopper le cycle des défaites, les salariés doivent non seulement s’auto-organiser mais combattre le néo-libéralisme en tant que tel, l’alternative politique est dans cette direction. Ce n’est pas rien, d’autant que la situation est marquée par la succession des défaites. La bourgeoisie en crise est à l’offensive. La crise de la domination politique du libéralisme n’implique évidemment pas une réaction à la hauteur.

En reprenant la célèbre citation de Vladimir Lénine sur l’ouverture d’une crise révolutionnaire, nous aurons souvent considéré que la crise du sommet impliquait quasi-automatiquement la mobilisation révolutionnaire du bas. C’est évidemment autrement plus compliqué. Renverser l’ordre des choses n’est pas simplement une affaire de luttes ou de mobilisations. Il faudra du sang et des larmes, d’autant que les appareils syndicaux font tout ce qu’ils peuvent pour soutenir le patronat et le gouvernement, par exemple la prochaine journée d'action du Mardi 9 Octobre 2018. Encore que la politique contre-révolutionnaire des partis et des syndicats ouvriers masque une réflexion plus importante. Quelles sont les possibilités historiques des salariés aujourd’hui ? Je crois que nous surestimons, en relation avec le passé, les capacités de nuisances des appareils. Cette interrogation est, me semble-t-il, importante à discuter.

Actuellement, c’est l’apathie et la démoralisation qui dominent. Emmanuel Macron s’effondre, mais les salariés et la jeunesse sont toujours l’arme au pied. La France n’est d’ailleurs pas seule dans cette situation.

Theresa May est sous le feu de ses camarades du parti conservateur. La bourgeoisie anglaise ne sait comment sortir du Brexit. Même le pays pivot-européen devient ingouvernable. Le gouvernement d’Angela Merkel vacille sous les contradictions et les oppositions, sans oublier l’Italie qui s’affronte avec la commission européenne, comme la Hongrie et la Pologne. L’Europe se disloque.

Nulle part, les salariés, les opprimés et la jeunesse n’interviennent et ne se dressent, comme si cette situation ne les concernaient pas.

L’offensive de Donald Trump met à nu toutes les faiblesses de l’Europe libérale et elle rompt le consensus. Oui à la concurrence mondiale si elle rapporte aux Etats Unis. Sinon, c'est la guerre économique. Si les sanctions de Donald Trump contre l’Europe inquiète, la guerre commerciale contre la Chine panique. Le président américain a lancé un programme de surarmement proprement insensé. Non seulement il créé une nouvelle armée spatiale, mais il donne l’ordre de rebâtir une flotte à neuf. Ce programme dément inquiète même le ministère de la défense des Etats Unis. Le survol de la mer de Chine et la présence de navires américains à proximité des îles revendiquées et occupées par la Chine sont des actes militaires particulièrement préoccupants.

C’est dans cet univers qu'Emmanuel Macron, qui prétendait assurer le leadership en Europe, met en œuvre sa politique avec arrogance.

L’impuissance du mouvement ouvrier et le dialogue républicain avec Jean Luc Mélenchon n’empêche cependant pas la crise gouvernementale de s’élargir, ni l’offensive de se poursuivre. C’est ainsi. Il n’y a pas de réponse politique évidente, mais le chaos est vraiment à l’ordre du jour.

L’affaire des migrants est considérable. Évidemment, il faut recueillir et accueillir tous les migrants qui sont des victimes directes du chaos néolibéral. Les migrants sont les victimes des dictateurs, de la misère et de l’horreur économique. Donc d’abord, il faut les défendre. C’est un devoir élémentaire que seuls les démocrates et le mouvement ouvrier peuvent faire triompher. Malheur à celui qui manque à l’appel.

Les réfugiés et les migrants des années 1930 qui n’ont pas été accueillis ont été liquidés par le nazisme et le fascisme.

Nul ne quitte son pays et son foyer de gaieté de cœur. Accueillir ces victimes, c’est combattre le système qui les précipite, sur les routes et les mers. Sur cette question fondamentale, Jean Luc Mélenchon a pris une position totalement réactionnaire. Espérons que les militants du Mouvement de la France Insoumise (MFI) auront à cœur de manifester leur insoumission.

En ce soixantième anniversaire de la cinquième république, les institutions protègent toujours le président. Nul ne sait si cela durera. À propos de la démocratie et de l’alternative au néo-libéralisme, je suggère de lire ou relire la petite brochure de Jacques Rancière dont le titre est « en quels temps vivons-nous ». Cela résiste au temps.

 


La colère des syndicats de la Confédération Générale du Travail (CGT) suite à l’appel de Philippe Martinez à négocier avec les organisations patronales.

Source : http://www.revolutionpermanente.fr/La-colere-de-structures-CGT-suite-a-l-appel-de-Martinez-a-negocier-avec-le-Medef


Avant d’annoncer que la CGT participerait aux négociations sur l’assurance chômage, le 25 septembre 2018, Philippe Martinez, aux côtés d’autres organisations syndicales, avait déjà adressé aux organisations patronales un courrier afin d’ouvrir l'agenda social des négociations. Une ligne rouge dans la collaboration de classe qui a fait réagir plusieurs branches du syndicat.

Mardi 2 Octobre 2018

C’est aux côtés de la Confédération Française et Démocratique du Travail (CFDT), de la CGT Force Ouvrière, de la Confédération Française de l'Encadrement Confédération Générale des Cadres (CFE CGC) et de la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens (CFTC), que Philippe Martinez avait apposé la signature de la CGT pour se féliciter des négociations qu’il pourrait y avoir avec les organisations patronales. Des négociations sous le signe du progrès social pour les uns qui n’essayent même plus de se cacher de leur collaboration de classe, mais qui s’apparentent bel et bien une trahison pour d’autres, qui ont fait entendre leurs voix à la direction de la CGT.

C'est inadmissible et inacceptable pour les Goodyear qui dénoncent cette décision anti-démocratique prise dans les hautes sphères du syndicat. « Non, la CGT Goodyear n’est pas du tout d’accord pour que la CGT s’unisse avec les ennemis de classe que sont ceux qui non stop dans les entreprises et au niveau national accompagnent la casse et valide tous les accords de régression ».

Dans une lettre, la fédération du commerce, de la distribution et des services de la CGT rappelle qui sont ces interlocuteurs sociaux avec qui va joyeusement discuter Philippe Martinez, « ceux qui ont détruit des milliers d’emplois chez Carrefour, Auchan, Cora, Tati, Brice, Pimkie, Jules, Flunch, Mac Donald et Prévention Sécurité, et qui jettent ainsi des milliers de salariés dans la précarité ». Car ce sont pas moins de vingt mille suppressions de postes qui sont annoncées dans le secteur depuis plusieurs mois. « Comment parler de qualité de vie au travail avec certaines organisations syndicales réformistes qui sont pour l’ouverture des magasins sept jours sur sept et en nocturne. Et pendant la casse sociale, le patronat avec qui nous voulons négocier se remplit les poches avec des dividendes qui ont explosé cette année ».

De même pour l'union départementale des Bouches du Rhône de la CGT qui déclare au bureau confédéral que « nous considérons qu’un cap est franchi, tant le fond que la forme amènent à l’effacement voire à la négation de l’antagonisme existant entre exploiteurs et exploités ».

La CGT Goodyear, en critiquant et en rejetant les politiques de négociations avec le patronat de Philippe Martinez, a rappelé la nécessité que les décisions viennent de l’ensemble des syndiqués et non pas seulement de têtes bureaucratiques.

De son côté, le syndicat de l'information et de la communication de la CGT a publié une lettre aux organisations patronales pour déclarer publiquement que le syndicat n’était en rien signataire de la lettre sur laquelle Philippe Martinez a déposé le cachet de la CGT, signe d’une rupture frontale entre la base et la direction du syndicat aux petits soins avec les patrons-bourreaux.

Contre les politiques de négociation et de contention sociale, ces différents secteurs de la CGT appellent au contraire à se mettre en ordre de bataille à la base contre les réformes d'Emmanuel Macron signant la régression sociale.

 


Le virage répressif du gouvernement Syriza (extraits), par Stathis Kouvélakis et Costas Lapavitsas

Source : https://unitepopulaireparis.wordpress.com/2018/10/07/grece-le-virage-repressif-du-gouvernement-syriza-par-stathis-kouvelakis-et-costas-lapavitsas/

6 Octobre 2018

 


Quand le gouvernement grec aux ordres de l’Union Européenne fait donner la répression policière contre les retraités.


 

Depuis la capitulation de l’été 2015, la question des saisies et des ventes aux enchères est devenue l’un des problèmes les plus épineux pour Alexis Tsipras et son parti. L’accélération du processus sous la pression des banques et de la Troïka a conduit à un affrontement majeur entre le gouvernement et un mouvement dynamique qui s’oppose aux saisies et aux ventes aux enchères des logements. Ce mouvement a pris un nouvel élan après la relance des ventes aux enchères à l’automne 2016. La mobilisation continue de groupes d’activistes déterminés dans les salles d’audience des tribunaux a réussi à annuler des centaines de ventes, ce qui a considérablement ralenti l’ensemble des procédures. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles les banques n’ont pas réussi à atteindre leurs objectifs.

La réaction du gouvernement, obtempérant aux instructions de la Troïka, a consisté à transférer à partir de l’été 2017 la procédure de vente aux enchères vers une plate-forme électronique, activée par des notaires à l’intérieur de leur cabinet, plutôt que d’organiser les ventes dans les tribunaux.

Cela a certainement rendu les actions de protestation plus difficiles à organiser. De nouvelles dispositions législatives, votées au mois de décembres 2017, ont créé un délit spécifique qui prévoit des peines d’emprisonnement de trois à six mois pour celles et ceux qui tentent d’entraver le processus de vente aux enchères. Les actions se sont toutefois poursuivies, même si leur ampleur a été affectée, empêchant de nombreuses ventes aux enchères et rendant les notaires moins enclins à prêter leur concours.

Au cours de cette période, les affrontements avec la police devant les bureaux des notaires se sont multipliés. Des militants filmés et identifiés pendant les actions ont été systématiquement inculpés. Depuis le début de l’année 2018, des dizaines de militants à travers le pays font face à des poursuites judiciaires. Parmi eux, citons Spiros Milios, conseiller municipal d’Ambelokipi-Menemeni, dans la région de Thessalonique, et militant d’Antarsya, la coalition d’organisation d’extrême-gauche. Dans la petite ville de Volos, pas moins de vingt militants sont sous le coup de poursuites, de même que quinze autres à Argos et à Nauplie. Le procès de trois militants contre les saisies a débuté à Athènes le 21 septembre 2018.

Les poursuites à l’encontre des activistes contre les saisies ne sont que l’exemple le plus patent des pratiques autoritaires dont fait preuve le gouvernement d’Alexis Tsipras. La répression a également touché les militants mobilisés contre le projet minier d’exploitation à ciel ouvert par le géant canadien Eldorado Gold à Skouries, dans le nord de la Grèce.

Plus généralement, le gouvernement a eu recours à la force pour réprimer les manifestations contre sa politique, en particulier lorsqu’elles paraissent susceptibles de s’étendre.

L’utilisation de la police anti-émeute contre les retraités n’en est que l’exemple le plus flagrant. Une tendance de fond a commencé ainsi à se dessiner, pour faire face aux réactions que suscite sa politique, le gouvernement s’appuie sur les mécanismes répressifs de l’état profond.

Un seuil symbolique dans cette escalade répressive a été franchi le 26 septembre 2018, quand Panagiotis Lafazanis, une figure respectée de la gauche radicale, a reçu une convocation pour répondre à des accusations concernant sa participation à des actions de protestation hebdomadaire contre les saisies et les ventes aux enchères. Panagiotis Lafazanis était ministre de l’énergie au sein du premier gouvernement d’Alexis Tsipras, entre le mois de janvier et le mois de juillet 2015, et la figure de proue de la plate forme de gauche, qui regroupait à l’époque la majeure partie de l’aile gauche de Syriza. Il est maintenant secrétaire national d’Unité Populaire, un front politique créé pendant l’été 2015, principalement par les forces de la plate forme de gauche, qui ont quitté Syriza et qui ont été rejointes par d’autres organisations de la gauche radicale.

C’est la première fois depuis la chute de la dictature en 1974, au cours de laquelle Panagiotis Lafazanis a été persécuté pour ses activités clandestines au sein du mouvement étudiant et de l’organisation de jeunesse du parti communiste, qu’un dirigeant d’un parti de gauche fait l’objet de poursuites pour son activité politique. Les chefs d’accusation à son encontre concernent des infractions présumées à pas moins de quinze articles du code pénal, sanctionnées par des peines de prison pouvant aller jusqu’à deux ans. S’il est reconnu coupable de toutes les accusations, la peine pourrait aller jusqu’à neuf ans.

Ce qui est également remarquable, c’est que la procédure émane non du procureur mais du département pour la protection de l’état et du régime démocratique, une branche spéciale des services de sécurité censée investiguer les activités liées au terrorisme et qui menacent la démocratie. Ce département a été créé en 2000, par les gouvernements modernistes du PASOK, alors que la Grèce s’apprêtait à rejoindre l’union monétaire. Il a été modernisé en 2011, suite à la mise en place des plans d’austérité, et transformé en service de surveillance des actions de protestation. Des dispositions législatives adoptées au mois de février 2018 sous l’impulsion du gouvernement d’Alexis Tsipras ont encore élargi son éventail d’activités. Il est à noter que, depuis sa création, le département n’a développé aucune activité contre les néo nazis d’Aube Dorée, ni d’aucune autre organisation d’extrême droite ou terroriste.

Panagiotis Lafazanis n’est pas le seul militant à être ciblé par les services de sécurité. Quatre autres activistes, parmi lesquels un membre d’Unité Populaire et deux personnalités connues du réseau « je ne paie pas », Leonidas et Elias Papadopoulos, ont également été convoqués pour répondre à une longue liste de chefs d’accusation. La nature des pièces incluses dans son dossier ont permis de mettre en lumière le fait que Panagiotis Lafazanis était sous surveillance depuis des mois par une équipe de policiers déguisés en journalistes filmant des actions devant les bureaux de notaires. Ce matériel a été complété par des photographies et des vidéos demandées aux chaînes de télévision par les services de sécurité. Des publications Facebook ont également été utilisées pour identifier ces militants lors de diverses actions de protestation.

Les poursuites judiciaires contre Panagiotis Lafazanis ont forcé les médias grecs à parler de la répression. Elles ont également provoqué certaines réactions dans les milieux politiques, notamment une question au parlement adressée au ministre de la justice par quarante trois députés de Syriza. Cependant, la position officielle du gouvernement est que cette question relève entièrement du pouvoir judiciaire et de la police et qu’il n’est en rien concerné.

Les poursuites n’ont pas été prises par la justice, mais par un service appartenant à l’état profond, à savoir le département de la protection de l’état et du régime démocratique. Or ce département est placé sous l’autorité du ministre de l’ordre public. Il existe donc une implication et une complicité de la part du gouvernement, qui renvoie aux mesures prévues par le troisième Mémorandum signé au mois de juillet 2015 et à la crise actuelle des banques grecques.

La mise en œuvre des plans d’austérité et des politiques néolibérales exige la répression et le gouvernement Syriza ne saurait faire exception à cette règle. La démocratie en Grèce est déjà en lambeaux et la situation risque de s’aggraver dans les mois à venir. A l’approche des élections, les problèmes des banques vont sans doute occuper une place centrale. Le désastre économique et social causé par la capitulation d’Alexis Tsipras est devenu évident pour de larges couches de l’électorat et le dégoût se généralise dans la population. Un gouvernement qui a déjà vendu son âme en se faisant l’exécutant de la Troïka n’hésitera pas à faire monter d’un cran la répression contre tous ceux qui s’opposent à sa politique.

La solidarité internationale est indispensable pour mettre fin à cette évolution extrêmement préoccupante de la situation en Grèce. C’est une question de défense de la démocratie.


 

Quelques notes politiques pour une réunion publique de « l’Espace Citoyen du Val d’Yerres », par Robert Duguet



Manifestation de la décomposition du régime, le troisième personnage de l’Etat bonapartiste quitte le navire.  Je pense, de la part de celui qui avait largement promu la candidature de Macron, qu’il faut l’apprécier à sa vraie dimension : le gouvernement Macron-Philippe vient d’éclater. Est-ce que cela va être la crise finale du régime ? Dans les heures qui ont suivies les commentateurs à la solde du régime tentaient, sans beaucoup de conviction, de minimiser l’événement. La possibilité d’un effondrement final du régime est posée, donc la question de l’après. Malgré la position totalement légitimiste de France Insoumise, d’emblée soumise au calendrier électoral, Jean Luc Mélenchon commence à parler de fin de règne. Frappé, Macron continue : aujourd’hui c’est une nouvelle déclaration scandaleuse : que les retraités arrêtent de se plaindre. Papy, ferme-là et paie !

Malgré la rancœur, la haine sociale qui s’accumule dans les couches sociales qui sont frappées au premier chef par la politique de Macron, cet éclatement, suite à la scandaleuse affaire Benalla, n’est pas le produit d’une offensive du mouvement ouvrier, des confédérations syndicales, des forces politiques du 26 mai contre l’exécutif. L’absence d’unité, de perspectives politiques à gauche ont empêché une mobilisation plus large. De même, il est difficile de taire que la grève des cheminots en défense du statut, a débouché sur une défaite ouvrière. Difficile de taire que la stratégie des journées d’action, appliquées ce printemps, est une nouvelle fois en cause. D’ailleurs ça continue avec le calendrier d’octobre-novembre. Le gouvernement Macron éclate, non sous la pression de la mobilisation des salariés, des retraités et de la jeunesse, mais sous l’effet de ses propres contradictions. Pas plus Martinez que Mélenchon n’ont joué un rôle dans les causes de cette déconfiture.

Un adhérent de l’association, Jean Marie, m’écrit : il fait un parallèle avec les processus révolutionnaires du passé, notamment la révolution française et la convocation des Etats Généraux, institution d’ancien régime. Ce sont les oppositions des classes en mouvement au sein des Etats Généraux qui casse la représentation par ordre (clergé, noblesse et tiers état) et permet au tiers état de poser la question du pouvoir CONSTITUANT : dès lors la révolution commence. C’est vrai : toutefois le parallèle peut difficilement être poussé jusqu’au bout et appliqué à la situation présente. Car en amont de 1789, il y a le mouvement des Lumières, il y a le profond processus social qui conduit aux cahiers de doléances : la contradiction traverse toutes les classes de la société d’ancien régime, y compris un clergé qui à la base est gallican et une aristocratie terrienne qui est très largement ruinée… En haut, on ne peut plus gouverner comme avant, et en bas, on ne peut plus accepter. La différence avec maintenant et elle est de taille : dans le processus de décomposition des institutions d’ancien régime, la bourgeoisie française, de par sa place quasi-dominante dans l’économie, est en position de prendre le pouvoir. Le mouvement ouvrier est-il dans la même position aujourd’hui, bien évidemment non. Nous n’avons pas nos « cahiers de doléance », comme la société espagnole a eu à son heure le mouvement des Indignés.  

Aujourd’hui nous avons un gouvernement qui ne tient presque plus debout, dont les contre-réformes alimentent la colère sociale, mais dont les représentations à gauche restent entièrement légitimistes et respectueuses des institutions bonapartistes qui permettent qu’un tel pouvoir puisse encore frapper nos acquis. C’est vrai qu’il y a des luttes un peu partout, mais la coagulation pour un mouvement d’ensemble ne prend pas, du moins à l’étape. La question politique qui reste posée est bien : comment on fait pour construire ce pouvoir CONSTITUANT des citoyens ? Comment on fait pour construire les outils qui permettent aujourd’hui d’avancer dans cette voie ?

L’espace citoyen que nous voulons continuer à construire doit garder ce cap. Poser ces interrogations et associer. L’éclatement du gouvernement Macron-Philippe pose la question de la légitimité de ce dernier et de l’arrêt des contre-réformes. Un parti ou un mouvement de gauche digne de ce nom doit poser cette question. En tout cas, nous nous devons la poser.


« La première raison de la servitude volontaire, écrivait Étienne de La Boétie, c’est l’habitude. » Cette habitude qui nous fait supporter le pouvoir d’un seul comme s’il était notre tout. Qui nous fait le juger grand parce que nous restons à genoux. « Soyez donc résolus à ne plus servir et vous serez libres, poursuivait l’ami de Montaigne. Je ne veux pas que vous le heurtiez ni que vous l’ébranliez, mais seulement ne le soutenez plus, et vous le verrez, comme un grand colosse dont on dérobe la base, tomber de son propre poids et se briser. »

Le présidentialisme, voilà l’ennemi!, par Edwyn Plenel

Médiapart : article publié le jeudi 4 octobre 2018



Le présidentialisme est au régime présidentiel ce que le cléricalisme est aux religions : une dépossession des fidèles, une confiscation de la foi. La volonté de tous y est remplacée par le pouvoir d’un seul. Retour sur l’engagement fondateur de Mediapart contre l’absolutisme présidentiel sous la Cinquième République.

« Le cléricalisme ? Voilà l’ennemi ! » Si ce discours de Léon Gambetta à la Chambre des députés, le 4 mai 1877, est resté dans les mémoires, ce n’est pas seulement à cause de cette exhortation. C’est parce qu’il précipita la fin de la République d’ordre moral bâtie sur les ruines ensanglantées de la Commune de Paris et accompagna la chute de son président, le maréchal Mac Mahon, alors en route vers un pouvoir personnel d’essence monarchique. « Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, croyez-le bien, Messieurs, il faudra se soumettre ou se démettre » : le 15 août de la même année, cet autre discours de Gambetta,  à  Lille,  résuma  la  campagne  électorale qui vit une large victoire des républicains, suivie en janvier 1879 de la démission de Mac Mahon, puis de l’avènement véritable de la Troisième République avec ses premières lois fondatrices, notamment sur l’école gratuite et la liberté de la presse.

Sous le Second Empire, Gambetta s’était fait connaître, en 1868, par sa vibrante plaidoirie pour le journaliste Charles Delescluze, poursuivi pour avoir ouvert une souscription publique afin d’ériger un monument à la mémoire d’Alphonse Baudin, député de  la  Deuxième  République  mort,  le  3  décembre1851, en s’opposant au coup d’État, commencé la veille, du futur Napoléon III, aux côtés des ouvriers et artisans du faubourg Saint-Antoine à Paris. Sur le banc des prévenus siégeait un autre journaliste, Alphonse Peyrat, qui avait eu l’idée de cette souscription et qui, après 1871, deviendra député puis sénateur quand Delescluze, devenu communard, donna sa vie aux idéaux  démocratiques  et  sociaux,  sur  la  barricade du Château-d’eau, aux derniers jours de la Semaine sanglante. Or c’est à Peyrat que Gambetta rendait hommage dans son célèbre discours de 1877 : « Je ne fais que traduire les sentiments intimes du peuple de France en disant ce qu’en disait un jour mon ami Peyrat : le cléricalisme ? Voilà l’ennemi ! »

Vus de Mediapart, ces repères historiques ne sont pas lettres mortes mais traces vivantes. Installés dès l’origine, début 2008, dans le faubourg Saint-Antoine, nous  passons  chaque  jour  à  côté  du  croisement de rues où le député Baudin est mort pour la République démocratique et sociale. Sa mémoire nous a  accompagnés  dès  l’annonce  de  notre  projet  de presse libre et indépendante dont la date ne fut pas choisie par hasard : le dimanche 2 décembre 2007. Nous voulions d’emblée inscrire ce journal dans le refus de cette longue confiscation démocratique qui est  au  ressort  du  malaise  politique  français,  sous ces  divers  avatars,  de  l’absolutisme  monarchique au bonapartisme impérial d’hier jusqu’au césarisme présidentiel d’aujourd’hui instauré par une Cinquième République qui ne cesse de dévitaliser notre vie publique. Depuis, sous trois présidences, de Nicolas Sarkozy   à   Emmanuel   Macron   en   passant   par François Hollande, nous documentons ce renoncement essentiel  où  s’accroissent  la  dépression  citoyenne et la démobilisation électorale (lire l’article de François Bonnet sur le grand Moloch de la Cinquième République).

Auparavant, la génération fondatrice de notre journal avait été témoin, sous la première alternance de droite à  gauche  concrétisée  par  quatorze  longues  années de présidence de François Mitterrand, de la sourde corruption de la gauche par le présidentialisme. C’est de cette époque que datent bien des caractéristiques de la situation actuelle : l’ascension d’une caste énarchique privatisant les fonctions publiques et détournant l’intérêt général à son profit ; la dissolution des ambitions sociales dans une conversion à la compétition au détriment de la solidarité ; le terrain idéologique tôt concédé à l’extrême droite renaissante par refus d’un imaginaire radicalement concurrent. Déjà, les institutions avaient gangréné l’espérance, dévorant les personnages qui prétendaient s’imposer à elles. Devenu monarque républicain, au point d’être appelé  «  Dieu  »,  l’homme  de  la  dénonciation  du « coup d’État permanent » en était devenu lui-même le jouet, survivant dans un palais de l’Élysée surnommé « le Château » à mesure que son camp s’étiolait, de divisions en déceptions.

Définitivement verrouillé par le passage au quinquennat doublé, sous Lionel Jospin premier ministre, par une fatale inversion du calendrier au détriment des élections législatives et, donc, du parlementarisme, le présidentialisme est au régime présidentiel ce que le cléricalisme est aux religions : une dépossession des fidèles, une confiscation de la foi. La volonté de tous y est remplacée par le pouvoir d’un seul. Ce n’est pas le fait qu’il y ait une présidence de la République, c’est que la République soit aux mains du président. Legs du bonapartisme français, ce césarisme qui laïcisa la monarchie de droit divin sur les décombres d’une révolution démocratique trahie et inachevée, notre présidentialisme est un régime d’exception devenue la norme. Une norme dont l’excès n’a cessé de s’étendre depuis que, dans les années 1980, François Mitterrand a transformé la présidence en fortin de résistance aux déroutes électorales tout comme son occupant d’aujourd’hui, Emmanuel Macron, s’estime investi pour cinq années quoi qu’il arrive et, surtout, quoi que pense le pays de sa politique.
De génération en génération, la même malédiction

Sous la Cinquième République, la France est une démocratie de faible intensité. Elle en a l’onction, pas la conviction. L’apparence, pas l’essence. Les mots, pas la culture. Condition d’une république sociale, la démocratie véritable est un écosystème qui suppose équilibres, vitalités et pluralités, précautions et  participations.  Au  lieu  de  quoi,  nous  vivons au royaume institutionnel des déséquilibres, des soumissions et des unicités, des brutalités et des autoritarismes. Loin d’être minoritaire, ce point de vue  est  largement  partagé  au  sein  même  d’une classe politique qui en souffre autant qu’elle en profite.  Mais,  le  plus  souvent,  c’est  un  point  de vue de circonstance : d’opposants ruminant leurs défaites et qui s’empresseront de l’oublier à l’approche d’éventuelles victoires électorales, leur promettant ou leur assurant postes et places.

À  chaque  revers  des  oppositions  du  moment,  de droite  ou  de  gauche,  le  même  constat  est  dressé, sans appel : prérogatives étendues à l’excès d’un président irresponsable et intouchable, absence de contre-pouvoirs réellement indépendants et vraiment consistants, pouvoir législatif à la merci de l’agenda du pouvoir exécutif, représentation parlementaire soumise aux disciplines des majorités présidentielles, pouvoir judiciaire ravalé au rang d’autorité contrainte dans ses velléités d’indépendance, système médiatique coincé entre l’oligarchie financière et la servitude étatique, etc.
Hélas,  à  la  manière  de  chevaux  sentant  le  retour à l’étable, courbant l’échine et changeant d’allure, les porte-voix de ces critiques lucides se font, pour la plupart, une raison à l’approche de l’échéance présidentielle.  Ce  fut  le  cas  du  Parti  socialiste qui, s’apprêtant à prendre la succession en 2012, décida, début 2011, sans grande concertation ni consultation militante, de trouver de grandes qualités à la Cinquième République, tout au plus dépréciée par  quelques  défauts.  Le  rapporteur  était  Manuel Valls que l’on retrouvera ensuite, premier ministre de  François  Hollande,  précipitant  la  chute  dans le  discrédit  de  sa  famille  politique  que,  depuis, il a précipitamment abandonné. Après bien des introspections et des autocritiques, cette gauche née de l’aventure mitterrandienne plutôt que de l’exigence mendésiste en revient toujours à son point de départ, la fin justifiant le moyen : occuper la place plutôt que la transformer, s’approprier cette présidence plutôt que la réfuter (lire l’article d’Antoine Perraud sur Pierre Mendès France comme antidote à la Cinquième République).

Mais le constat vaut aussi bien pour ces éphémères rénovateurs qui, prétendant dégager le vieux monde politique alors qu’ils en venaient pour la plupart, ont en 2017 raflé la mise présidentielle dans le sillage d’un Emmanuel Macron promettant « une révolution démocratique profonde ». Les voici aujourd’hui ravalés au rang d’un monde encore plus vieux que le précédent, ajoutant l’incompétence à la courtisanerie au  point  de  perdre  le  sens  de  l’État,  de  sa  tenue et de sa rigueur, de son exigence et de sa morale. De génération en génération, la même malédiction se reproduit : ils ont beau avoir appris, à leurs dépens, que la clé de voûte du système est la clé de sa corruption, ils préfèrent le conquérir en l’état en se disant qu’il sera bien temps de le réformer. La tentation est trop forte : depuis soixante années qu’existe ce système organiquement déséquilibré, tous les présidents qui se sont succédé n’ont cessé d’envahir tous les autres pouvoirs, de les asservir ou de les conquérir, de les réduire ou de les annexer.

Un  tel  pouvoir,  si  peu  limité  et  partagé,  est  un pousse-au-crime. Ceux qui y cèdent se font complices d’une République discréditée et désaffectée, tant, aux yeux de ses citoyens, elle est devenue principauté de l’irresponsabilité, de l’entre-soi et de l’entregent. Surtout, ils se font présomptueux, oubliant que ces institutions sont plus fortes qu’eux puisqu’ils se sont privés, par leur pusillanimité et leurs renoncements, du seul levier disponible : la force du peuple. D’un peuple constituant, mis en branle et au travail pour réinventer son bien commun, la démocratie.
Aurons-nous, enfin, le courage qu’ils n’ont pas ou plus ? Car, après tout, de cette situation qui s’éternise et nous épuise, nous sommes les premiers comptables. Nous avons laissé faire et nous laissons encore faire, spectateurs complaisants du ballet des présidentiables.

« La première raison de la servitude volontaire, écrivait Étienne de La Boétie, c’est l’habitude. » Cette habitude qui nous fait supporter le pouvoir d’un seul comme s’il était notre tout. Qui nous fait le juger grand parce que nous restons à genoux. « Soyez donc résolus à ne plus servir et vous serez libres, poursuivait l’ami de Montaigne. Je ne veux pas que vous le heurtiez ni que vous l’ébranliez, mais seulement ne le soutenez plus, et vous le verrez, comme un grand colosse dont on dérobe la base, tomber de son propre poids et se briser. »

Il ne reste plus qu’à…


 

Lucien Sève : « Nous vivons l’entrée historique du capitalisme en phase terminale »

Source : http://www.regards.fr/idees/article/lucien-seve-nous-vivons-l-entree-historique-du-capitalisme-en-phase-terminale

Reportage extrait du numéro d’été 2018 de Regards.

 


Le bicentenaire de la naissance de Marx, la sortie de Capital, exit ou catastrophe… de bons prétextes pour un entretien, rare, avec le philosophe Lucien Sève. Il nous ouvre son appartement à Bagneux pour revenir sur son parcours intellectuel et politique.

Regards. Comment situez-vous la présence de Marx aujourd’hui ?

Lucien Sève. En vraie hausse, par-delà l’effet de mode. Marx était tombé dans un puits d’indifférence avec la vague néolibérale qui a déferlé depuis les années soixante-dix. Pendant trente ans, le travail que nous avons poursuivi en ce domaine s’est fait dans la soute. Inaudible. Mais la grande crise financière de 2007-2008 a remis en lumière sa critique du capitalisme. Des milieux financiers même est venue l’idée que ce qu’il avait montré dans Le Capital gardait une pertinence. Et, dans la foulée, on a vu commencer à remonter l’audience du Marx penseur de bien des questions majeures. Par exemple, de l’aliénation, telle du moins qu’il la concevait dans sa jeunesse et que s’y intéresse toujours l’École de Francfort. En 2014, il est enfin mis pour la première fois au programme des épreuves écrites de l’agrégation de philosophie, reconnaissance majeure. Nombre d’objections traditionnelles s’effondrent – par exemple l’accusation de productivisme, alors que les textes montrent à l’opposé, en lui, un pionnier du souci écologique. Dans Le Capital, il montre comment le capitalisme « épuise à la fois la terre et le travailleur ». Nous sommes dans une nouvelle appropriation d’une œuvre où il y a encore beaucoup à découvrir. Et c’est un heureux fait nouveau que le retentissement de son bicentenaire dans la jeunesse états-unienne…

Regards. Et vous, quel jeune homme étiez-vous ? Comment êtes-vous devenu « marxiste » ?

Par la politique. En sept ans d’études philosophiques, on ne m’avait presque pas parlé de Marx. J’ai passé l’agrégation en 1949 sans le connaître. En khâgne, j’étais sartrien. À Normale Sup, où Althusser fut nommé en 1948 "caïman", c’est-à-dire préparateur des agrégatifs de philo, lui-même n’était encore qu’un marxiste débutant… Il nous parlait surtout de Bachelard. C’est l’énorme audience qu’avait alors le Parti communiste à la rue d’Ulm même qui m’a fait évoluer. Reçu en bon rang à l’agrégation, on me nomme au lycée français de Bruxelles. L’ambassade m’organise un cycle de conférences pour faire valoir la culture française, mais je suis en train de passer de Sartre à Marx, comme je l’explique à un public très bourgeois, au plus fort de la guerre froide... Malgré les mises en garde, je vais jusqu’au bout, je termine le cycle en disant : « Entre Sartre et Marx, notre choix est fait ». C’est comme si j’avais lancé une boule puante. Convoqué le lendemain même par l’ambassadeur, je suis brutalement révoqué, pour pur délit d’opinion. Alors j’adhère au Parti communiste. Le Marx auquel je suis venu d’abord n’est pas le philosophe, mais le communiste.

Regards. Vous n’aviez pas encore croisé les communistes ?

Si, mais j’étais repoussé autant qu’attiré par ce que je voyais du parti, le stalinisme dans sa caricature estudiantine. Mais ma révocation scandaleuse ne me laissait pas le choix. On ne sait plus ce qu’a été la répression anticommuniste des années 50. Féroce. Envoyé en punition dans une petite ville de province, j’ai frôlé la radiation de l’Éducation nationale, à laquelle je n’ai échappé qu’en résiliant mon sursis d’incorporation militaire. Mais on m’a expédié dans un régiment ex-disciplinaire en Algérie…Et c’est là que j’ai lu avec un soin extrême Le Capital (Lucien Sève va chercher ses notes de lecture d’alors, quatre-vingt pages d’écriture fine avec lignes numérotées).

Regards. C’est la révélation ?

Très au-delà de ce que j’attendais… Bien sûr, j’ai découvert l’économie politique et sa critique marxienne. Mais bien autre chose aussi : ce que Lénine appelait « la logique du Capital », la dialectique de Hegel profondément retravaillée en sens matérialiste, un vrai trésor de pensée. Dès ce moment, je deviens un enthousiaste de la dialectique, ce que je suis toujours. Et je dois dire qu’une de mes stupéfactions est de constater combien peu de marxistes et plus largement d’intellectuels y portent attention… Mais ce n’est pas tout. La seconde découverte fut plus bouleversante encore, et plus intime. Travaillé par des interrogations juvéniles sur le sens de la vie, je découvre en Marx un penseur qui entend ces questions et y offre une réponse puissamment neuve pour moi. Je découvre un Marx grand penseur de l’individualité, justement parce que grand penseur de la société – chose qui reste à mes yeux encore bien trop peu vue aujourd’hui. C’est de cette lecture-choc qu’est né Marxisme et théorie de la personnalité. Plus tard seulement, j’ai aussi découvert à quel point ce souci de l’individu marque tout le communisme marxien. Dans le Livre I du Capital, il écrit que le communisme est (c’est-à-dire doit être) « une forme de société supérieure dont le principe fondamental est le plein et libre développement de chaque individu ». Vue cruciale, qui fait corps avec la socialisation, et que le drame du communisme historique est d’avoir entièrement méconnue. Le stalinisme – par là, j’entends bien plus que ce qu’a fait Staline lui-même – a été à l’antipode, et par là a fait un tort incalculable à Marx. Il ne faut pas hésiter à dire que le communisme de Marx est en même temps et au même degré un individualisme : il ne peut y avoir émancipation du genre humain qui ne soit en même temps celle de tous les individus. Point absolument capital pour ce qui est de nos tâches en ce XXIe siècle.

Regards. Vous disiez que, jeune homme, vous étiez sartrien… Finalement, dans votre façon d’être, il y a une continuité avec Sartre, pour qui il n’est de liberté que celle d’un sujet ?

(Rires) Oui, il y a du vrai ! Ce qui veut dire que mon communisme n’a pas trahi mes choix d’adolescent… Mais ce que Marx m’a appris, c’est que pour changer la vie, il est indispensable de transformer le monde, de sorte que le libre développement de chacun renvoie à beaucoup plus que la liberté du sujet sartrien… La grande erreur, n’est-ce pas justement d’opposer liberté individuelle et objectivité sociale ? C’est en s’appropriant ce « monde de l’homme », sans cesse sécrété par l’humanité en dehors des individus, que chacun s’hominise en acquérant les moyens de sa liberté. Ce que dit la sixième thèse de Marx sur Feuerbach : l’essence humaine – ce qui fait de nous les humains que nous sommes – n’est autre que « l’ensemble des rapports sociaux », intériorisés en des personnalités autonomes. Plus tard, j’ai découvert que cette thèse était la cheville ouvrière d’une œuvre psychologique superbe, celle du grand psychologue soviétique Lev Vygotski. Voilà qui définit un matérialisme à l’opposé du mécanisme sommaire auquel plus d’un socialiste réduisait la pensée marxienne dans les années 1870, qui faisait dire à Marx « je ne suis pas marxiste », et à quoi Jaurès n’avait pas tort de se refuser.

Regards. Aujourd’hui, on peut dire que cet impensé de l’individualité est devenu un problème politique essentiel et pratique. Le PCF n’est pas seul concerné…

On est même là au cœur de l’obsolescence de la forme-parti, avec sa foncière verticalité de pouvoir. Comment peut-on faire avancer l’émancipation sociale générale avec une organisation dont les acteurs ne peuvent avoir eux-mêmes la maîtrise ? J’ai de plus en plus vécu comme insupportable cette contradiction dans le PCF, surtout à partir du moment où je me suis mis à la combattre du dedans… Il est capital d’inventer enfin un mode d’organisation transformatrice fonctionnant entièrement à la centralité horizontale.

Regards. Si l’on s’accorde sur cette idée qu’il n’y a pas d’action politique viable qui ne fasse droit à la personne, à sa créativité, sa temporalité, sa liberté… il faut alors repenser la façon de fabriquer du collectif. Que pensez-vous du travail de Jean-Luc Mélenchon pour reconstruire du commun politique ?

N’étant plus sur le terrain, vu mon grand âge, je ne peux répondre qu’à partir de ce que je lis et vois. Je suis, comme tous, très sensible à ce qu’il a puissamment contribué à relancer, en rendant crédibilité à l’effort transformateur commun. Mais, contradictoirement, il enferme ce mouvement dans une personnalisation outrancière de la décision stratégique. Je crains fort que ce mélange détonant ne soit voué à produire de graves déceptions. Ce qu’il faudrait, au contraire, c’est jouer à fond la carte de la démocratie décisionnelle, qui exige en permanence vrai débat, vraie collectivité de réflexion. C’est difficile, mais c’est vital. L’expérience militante à laquelle participe mon fils Jean à Sarlat est très instructive en ce sens pour lui, et indirectement pour moi. Je le dis un peu brutalement : des chefs, on n’en veut plus.

Regards. Il existe une multitude de collectifs plus ou moins formalisés, plus ou moins explicitement politiques, qui prennent des initiatives dans tous les champs de la société. Mais comment leur donner force politique ?

La multitude ne sera une force qu’en se donnant une cohérence, et qu’est-ce qui peut apporter la cohérence, si l’on refuse celle qu’impose l’autoritarisme vertical ? C’est le partage d’une juste vision d’ensemble. Or trop rares encore ceux qui osent se convaincre de cette vérité d’évidence : nous vivons l’entrée historique du capitalisme en phase terminale, la tâche qui domine tout est donc l’invention concrète d’un postcapitalisme. Énorme tâche du XXIe siècle, qui ne s’accomplira pas d’un coup, comme en rêvait la révolution à l’ancienne, mais au contraire par enchaînement cohérent de grandes réformes révolutionnaires. Chaque collectif qui travaille en ce sens est dans le vrai, mais à condition impérative de mettre son objectif particulier à la hauteur de la visée transformatrice générale. C’est ce que le Parti communiste a fait de mieux en son histoire quand, dans le rapport des forces créé à la Libération, il fut le moteur d’avancées majeures comme la Sécurité sociale ou le statut de la fonction publique, que le capital s’acharne depuis trois quarts de siècle à liquider. Le moule n’est pas cassé, à preuve par exemple la loi sur l’IVG ou les acquis de luttes plus récentes.

Regards. Et aujourd’hui ?

C’est à cette stratégie qu’il faut donner puissamment corps, ce qui commence par des luttes d’idées bien plus mordantes et suivies que ce qui se fait aujourd’hui. Il faut disqualifier le capitalisme, système exploiteur désormais insupportablement destructeur de la planète et de l’humanité civilisée. On peut, on doit se proposer de passer à une libre autogestion sociale généralisée, enfin émancipée de la tyrannie archaïque de l’actionnaire. Et c’est aussi pourquoi il importe d’en finir avec la forme-parti à direction d’en haut, pour développer des réseaux de collectifs à centralisation horizontale, lieux de formation en nombre de citoyens responsables d’un communisme réinventé. Jaurès disait en 1901 : « Le communisme doit être l’idée directrice et visible de tout le mouvement ».

Regards. Cela fait deux fois que vous citez Jaurès…

Marx authentiquement compris, Gramsci et Jaurès de même, je pense que c’est un excellent bagage pour qui veut aujourd’hui changer la vie et révolutionner le monde…

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