Blog de Robert Duguet - Octobre 2018 /contact:

Pierre Lambert est-il soluble dans Léon Trotsky?

Où va le POI lambertiste ? par Robert Duguet


 

Après avoir soutenu lors du congrès d’avril 2018 l’élection de Pascal Pavageau à la direction de la confédération, le POI vient de tourner casaque brutalement et de lâcher le dirigeant, soit disant suite à la révélation d’un fichier sur la vie privée des cadres du syndicat. On s’interroge sur les raisons sur ce revirement, qui ne peuvent être que politique. Essayons de démêler l’écheveau !

Un point d’histoire

Rappelons qu’au début de la guerre froide, le mouvement syndical, du fait du rôle éminemment réactionnaire joué par l’appareil stalinien, éclate. Dans la poussée révolutionnaire qui convergera dans la grève générale de juin 1936, les deux CGT, celle dirigée par le courant réformiste de Léon Jouhaud et celle dirigée par le PCF, se réunifieront : cette unité confédérale ne laissait réellement aucune place aux courants ultra minoritaires construits par le corporatisme chrétien (CFTC, ACO et œuvres sociales de l’église catholique…). En 1947, l’offensive de l’appareil stalinien sur une ligne ultragauche, qui avait été celle  de la IIIème Internationale en Allemagne avant 1933, dénonçant la social-démocratie comme « la sœur jumelle du fascisme » (disait Staline), aboutit à l’éclatement du syndicalisme confédéré : la CGT, directement contrôlée par le puissant appareil du PCF et la CGT-Force Ouvrière, issue de la tradition réformiste de Léon Jouhaud.

Robert Bothereau…

L’identité de la confédération à sa naissance, c’est un homme comme Robert Bothereau (1901-1985), qui l’incarne le mieux. Il dénonce dès 1940 la charte du travail du maréchal Pétain (traduisez le « syndicalisme » d’accompagnement qui prolifère aujourd’hui).  Il reconstitue dans la clandestinité une structure de la CGT et crée un réseau de résistance dans la région de Beaugency. Après la rupture du pacte germano-soviétique, il s’inscrit dans une démarche d’unité ouvrière en direction des militants communistes et crée, suite aux accords du Perreux avec Louis Saillant, le journal clandestin Résistance Ouvrière.

La scission de 1947

L’éclatement confédéral de 1947 voit les enseignants, dont les instituteurs sont l’aile la plus radicalisée pour l’unité, refuser la division. La motion au congrès de 1948 du SNI (Syndicat National des Instituteurs), dite motion Bonnissel-Valière, était un accord entre le courant réformiste et l’Ecole Emancipée regroupant des syndicalistes révolutionnaires, dont les trotskystes. Ceux qui ont fondé la FEN (Fédération de l’Education Nationale), considéraient que son autonomie ne pouvait être que provisoire et entendaient bien œuvrer pour recomposer une CGT Unique et Démocratique, rassemblant en son sein tous les courants de la démocratie syndicale ouvrière. Et on peut dire que le contrat a été profitable aux personnels de l’éducation Nationale, puisque cette fédération a connu un taux de syndicalisation infiniment plus élevé que celui des confédérations divisées… Et quand la FEN toussait, les gouvernements d’enrhumaient. Le courant lambertiste s’appelait dans les années qui ont précédé  la grève de 1968, l’OCI (Organisation Communiste Internationalise) : ses militants dans Force Ouvrière défendaient l’indépendance du syndicat vis-à-vis des structures d’intégration à l’Etat, et l’accord avec les réformistes s’entendait sur cette ligne de résistance : le fondement de cette orientation reposait sur l’analyse juste qu’à l’époque de la décadence impérialiste – aujourd’hui on dira avec le néo-libéralisme – la tendance est à l’intégration corporatiste dans l’Etat. Dans la FEN jusqu’en 1983, à juste titre les trotskystes ont continué le combat dans l’esprit de la motion Bonnissel-Valière, pour un syndicat rassemblant tous les courants de la démocratie ouvrière et pour reconstruire une CGT unique et démocratique. Au passage, faisons remarquer, que l’éclatement confédéral a largement permis la construction d’une organisation construite sur les principes du corporatisme chrétien, la CFDT, qui a connu un regain d’influence en s’appuyant sur la démagogie gauchiste de la décennie 1970-1981.

La FEN et les contre-réformes, sa dislocation et l’émergence de la FSU

Bien entendu la FEN de 1981 n’était plus celle de 1948 : sa majorité réformiste dans les années qui ont précédé la montée au pouvoir du PS, s’est effectivement adaptée aux contre-réformes qui minent l’Education Nationale depuis le plan Fontanet de 1972, année du premier choc pétrolier : la bourgeoisie française veut adapter l’institution scolaire à son appareil de production. Déjà elle met à l’ordre du jour les acquis résultant du contrat social imposé à la Libération par le CNR (Conseil National de la Résistance). La crise de la FEN se développe : sa majorité dans les années 1978-1981 penche plutôt en direction de Rocard que d’un Mitterand, qui tombe très à gauche pour être élu président de la République.(1) C’est en 1983 que la direction de l’OCI impose à sa fraction enseignante le passage à la CGT-Force Ouvrière. Avec le recul du temps, je pense que ce fait marque une rupture historique avec le combat syndical pour le Front Unique, et sera une des raisons de la décomposition du courant lambertiste dans la période qui va suivre. Le soutien de la majorité de la FEN aux contre-réformes de l’Education Nationale par les gouvernements de François Mitterand, la trahison laïque de 1983, vont conduire à la liquidation de la fédération.
Pour les personnels de l’Education National, toutefois, l’émergence de la FSU (Fédération Syndicale Unitaire) en 1992, ne permettra pas l’éclatement vers les confédérations ou le syndicalisme autonome. Le courant lambertiste a cessé alors de jouer un rôle progressiste, il le paiera d’ailleurs au prix fort : le passage à Force Ouvrière a laissé le terrain du syndicalisme unitaire à la composante Unité et Action, courant construit par le PCF en 1948 mais dont les cadres syndicaux rompront les liens de dépendance lors de l’émergence de la FSU. Une occasion manquée pour reconstruire un syndicalisme lutte de classe dans l’enseignement et maintenir le cap pour une CGT ouvrière unique et démocratique, y compris en direction de ses cadres Unité et Action qui vont se retrouver majoritaires dans la nouvelle fédération.

Les dérives du POI donc ne datent pas d’hier…

Il y a l’incrustation dans l’appareil FO d’un certain nombre de cadres politiques de cette organisation dans une carrière syndicale ; il y a surtout la position de Pierre Lambert, son dirigeant historique, vis-à-vis de François Mitterand, l’implication au plus haut niveau de l’appareil du PS de militants « trotskystes » dans l’opération Jospin, jusqu’à prendre la direction et prendre en charge dès 1983 les contre-réformes du gouvernement socialiste de l’époque. Etablir une filiation entre Léon Trotsky et Pierre Lambert, comme le fait le dirigeant du POID Daniel Glückstein, est pour le moins contestable. (2) A ma connaissance, la politique de Trotsky et des trotskystes vis-à-vis de la social-démocratie, notamment la SFIO en France dans la montée révolutionnaire de 1933-1936 et en Espagne le PSOE au moment de la guerre civile, ne visait pas à prendre la direction de ces partis, mais à prendre appui sur les couches militantes qui se radicalisaient sur leur aile gauche. La trahison du POI vient de loin. Ce qui se passe aujourd’hui n’est que l’aboutissement d’un processus d’intégration à une bureaucratie syndicale et politique, qui est elle-même intégrée dans la marche au corporatisme et à la politique de Macron.

L’offensive contre Pavageau

La politique de l’ancien secrétaire de la CGT-Force Ouvrière, Jean Claude Mailly et, non seulement son adaptation, mais son implication dans la rédaction des lois Macron contre le droit du travail, ont mis la confédération au bord de l’éclatement. Le compromis boiteux, ménageant Mailly, lors du congrès d’avril 2018, n’a pas réglé la crise. La ligne sur laquelle Pascal Pavageau a été élu, vise à infléchir le combat contre la politique de Macron, donc à s’ouvrir de fait à l’unité d’action avec la CGT : compte tenu de la composition de FO, cette ligne n’a pas réglé la crise du printemps, elle vient brutalement de l’amplifier. C’est dans ce contexte que surgit l’affaire du fichier : descendre Pavageau pour Macron qui veut continuer à appliquer les contre-réformes devient une nécessité absolue. Il fait donner l’artillerie : le Figaro, organe du groupe Dassault, fleuron de l’industrie de guerre ; le Monde, contrôlé aujourd’hui par le propriétaire de Free Xavier Niel et par Mathieu Pigasse, directeur de la banque Lazard ; Les Echos, propriété du milliardaire Bernard Arnault ; Madame Pénicaud et ses ordonnances de démantèlement du droit de travail. Le tout, avec l’émotion très chrétienne de Laurent Berger en faveur de la démission de Pavageau. Tout ce joli monde d’un ancien monde qui veut nous ramener à l’univers du Germinal de Zola reçoit en interne dans la confédération des soutiens.

D’abord la fédération des métaux qui s’est opposée violemment lors du congrès, allant jusqu’aux menaces : « Pascal, si tu t'écartes de ce que nous considérons comme l'orientation nécessaire, nous dresserons les barricades. » Le syndicat, en violation de ses propres décisions de congrès, et suite à la démission du secrétaire général, est en présence d’une véritable révolution de palais. Dans l’attente du CCN (Comité Confédéral National) convoqué pour les 21 et 22 novembre, le bureau confédéral sera sous la surveillance d’une commission totalement antistatutaire, de 7 responsables : d’abord quatre prétendus « réformistes » qui sont en fait des cadres syndicaux favorables à l’ancien secrétaire Jean Claude Mailly et trois autres, membres du POI lambertiste.
Comment une organisation issue du trotskysme, peut-elle aujourd’hui, être partie prenante d’une telle opération de charcutage bureaucratique, dans le dos des adhérents, des militants de FO, et pour faire directement le jeu de Macron, du MEDEF et de l’Union Européenne. La question de l’intégration des syndicats à l’Etat a fait évoluer depuis des décennies de nombreux cadres des syndicats vers l’accompagnement des contre-réformes. La référence au trotskysme chez les lambertistes ne devient plus qu’un prêt à porter idéologique, une vitrine. Le POI est aujourd’hui intégré, ses cadres appartiennent à une aristocratie ouvrière, avec ce que cette position implique en termes d’avantages matériels. Un appareil bureaucratique classique avec un habillage idéologique usurpé.

Le POI et France Insoumise…

Si des camarades s’interrogent aujourd’hui, sur le fait que le POI soit entré dans l’espace politique interne à France Insoumise, jusqu’à servir de Service d’Ordre à la manifestation de FI le 26 mai 2018, cela doit être mis en rapport avec la politique syndicale des lambertistes. Lorsque Jean Luc Mélenchon était dans l’aile gauche du PS, lorsqu’il construisait la Gauche Socialiste, il recueillait les critiques les plus acerbes, voire haineuses de Pierre Lambert. Lorsqu’il quittera le PS pour constituer le Front de Gauche, cette attitude a perdurée : jamais d’ailleurs le courant lambertiste, qui prétendait se réclamer du trotskysme, n’a cherché à faire un travail politique dans l’aile gauche du FDG. Aujourd’hui on est en face d’une vraie dérive populiste du leader de FI, c’est à ce moment-là que les lambertistes, ou du moins ce qu’il en reste, entrent dans l’espace politique de FI.

L’intégration des syndicats à l’Etat, le corporatisme, va de pair avec l’offensive contre « les corps intermédiaires », c’est-à-dire des syndicats indépendants gérés par les travailleurs eux-mêmes, obstacles à la « construction du peuple », version Mélenchon.

Notes:

(1)Voir sur ce point le Manifeste présidentiel « Ici et Maintenant » de François Mitterand, publié en 1980.
(2)La Tribune de Travailleurs, jeudi 25 octobre 2018

 


Appel des "Companeros de Fernand Pelloutier", à l’initiative de Yann Perrotte responsable de l’UD-FO de la Manche

Les Companeros de Fernand Pelloutier

29 ocrobre 2018

Soutien à envoyer à amis2fo@yahoo.com

 

Appel pour la sauvegarde de l’indépendance syndicale et de Force Ouvrière


 

Depuis quelques jours, des groupes organisés dans la confédération FO tentent de contraindre la direction de notre organisation syndicale, créée il y a 70 ans pour libérer le mouvement syndical français d’une mainmise politique.

Des faits, relevant du fonctionnement interne de l’organisation, sont instrumentalisés dans ce but.

Ainsi, un fichier temporaire interne et confidentiel a été livré au public par un ou des individus malveillants pour nuire gravement à la confédération. Nous condamnons sévèrement cette fuite organisée.

Par ailleurs d’aucuns voudraient décider en lieu et place du bureau confédéral de son mode de fonctionnement.

Tout ceci, et peut-être d’autres épisodes à venir, ne vise qu’à enchainer Force Ouvrière et à anéantir l’indépendance syndicale.

Déjà, des postulants au secrétariat général se font connaitre.

Les signataires du présent appel affirment leur soutien au secrétaire général Pascal PAVAGEAU dont ils rappellent qu’il a été élu par les unions départementales et les fédérations sur mandat des syndicats « de base ».

Les 3500 délégués du congrès d’avril dernier ont discuté et décidé une feuille de route FO combative et revendicative pour 3 ans résumée par la formule: «résister, revendiquer, reconquérir ».

Les signataires constatent que cette ligne est remarquablement portée depuis six mois par le secrétaire général Pascal PAVAGEAU et celles et ceux qui l’aident, et que cette action n’a été l’objet d’aucune critique.

Les signataires appellent les unions, fédération syndicats, militants et adhérents à s’opposer à ces basses manœuvres qui sont de graves attaques contre l’outil de défense de la classe ouvrière et l’indépendance syndicale et mettent en péril leur organisation CGT-FO.

Premiers signataires :

 

Jean HEDOU (FEETS)
Patrice CLOS (FD Transports)
Yann PERROTTE (UD Manche)
Pierre NARRAN (UD Landes) Liza-France PAROISSE (UD Orne) Antoine GAMAURY (UD Seine et Marne)
David LECOMTE (UD Eure)
Jean-Baptiste KONIEZCNY (UD Pas de Calais) Fabrice LERESTIF (UD Ille et Vilaine)
Yves BRIAUX (UD Meuse)
Eric LECOURTOIS (UD Côtes d’Armor)
Katia ESCOUIN (UD Loiret)

 


Salvador Bahia contre les fascistes la veille de l'élection...

Brésil, des pleurs au combat, par Alexis Mayet


 

Sous nos yeux, à des milliers de kilomètres, pour la première fois de l'histoire contemporaine, un régime fasciste arrive au pouvoir.

Oui, sous nos yeux, car les moyens de communication actuels permettent de voir en direct ce qui se déroule au Brésil, certes de manière confortable, derrière un écran ou une discussion par message, mais de voir cependant.

L'armement des masses, ou d'une avant-garde, a toujours fait bander quelques gauchistes en manque de sensations, bien installés dans leur confort petit-bourgeois.

Mais le temps de fantasmer est terminé. Aujourd'hui, il y a des hommes et des femmes armés, en milices, dans les rues brésiliennes, aujourd'hui, les agressions physiques se multiplient contre les militants ouvriers et paysans, et on ne saurait oublier la mort de Marielle Franco, aujourd'hui, Bolsonaro appelle clairement à la violence contre les "rouges", aujourd'hui, ce n'est plus un danger, c'est un fait qui va s'amplifier.

Bolsonaro peut s'appuyer sur les pouvoirs économiques, mais la légalité bourgeoise, l'Etat et ses organes, police, justice, armée, elle-même est déjà dans la transition vers le fascisme, et une masse de brésiliens et de brésiliennes déclassés sont à ses côtés, et les militaires, la base de l'armée, lui est acquise.

Largement en avance dans les sondages, en tout cas largement en tête au 1er tour, fort de ses soutiens y compris dans le milieu people (footballeurs par exemple), le fait est que quel que soit le résultat du second tour, dont nous devons souhaiter qu'il porte Haddad en tête, le mal est déjà là, et il ne disparaîtra pas par un vote. Car dans tous les cas, les partisans de Bolsonaro, l'armée, sont certainement déjà prêts à imposer son pouvoir, quelle proportion, quel rapport de force aurait-il s'il n'était pas élu, y aurait-il des résistances dans l'Etat, est finalement la seule question. S'il est élu, l'affaire est réglée...

Dès lors, au moment où il semblerait qu'il existe dans le mouvement ouvrier et paysan et de ses organes un certain état de sidération, et peut-être une incompréhension ? Un refus des directions d'envisager les moyens de résistance ? Une faiblesse organisationnelle ? -poser ces questions et établir des faits n'est pas faire la leçon au peuple brésilien, mais analyser la situation- il faut bien comprendre que c'est l'action de notre camp social au Brésil qui désormais conditionne seul l'avenir du pays. Et dans ce cadre, dans l'état de développement du camp ennemi, la résistance armée apparaît bien comme la seule solution (sauf à prier Dieu ou espérer des interventions étatiques extérieures ? De quel régime progressiste ? Je ne vois pas).

Et là arrive notre cruelle responsabilité. L'état du combat internationaliste au niveau mondial est de notre responsabilité. La crise du mouvement ouvrier en France et ailleurs, et l'impensé de l'internationalisme en 2018, de la mise à jour des logiciels, a ici sa conséquence. Pendant que certains s'inquiètent de la crise de notre souveraineté nationale ou veulent en finir avec le mouvement ouvrier, nous ne sommes pas capables d'organiser la solidarité avec le peuple brésilien. Le dernier rassemblement parisien n'était pas massif, quelques intervenants - seulement - ont appelé à soutenir le vote Haddad (c'est pourtant un minimum !), et aucune feuille de route n'a été proposée, il s'agissait parait-il d'un rassemblement se voulant "festif"...

La question est donc : sommes-nous capables, dans l'unité, en France et au niveau international, d'organiser la solidarité avec le Brésil, une solidarité qui ne reste pas dans l'entre-soi militant mais mobilise les masses - et donc en même temps que nous menons la bataille contre Macron en France, pas à la place, en même temps- et une solidarité qui dit clairement la situation : nous sommes avec  le Brésil pour l'écrasement des bandes Bolsonaro et la défense de la démocratie et du mouvement ouvrier

Par tous les moyens nécessaires !

 


Ada Colau, si en plus de la lutte pour l'abolition de la monarchie elle mettait une bonne triquée à Valls...

Le conseil municipal de Barcelone imite le parlement catalan et appelle à l'abolition de la monarchie

Source: https://www.republica.com/2018/10/26/barcelona-abolicion-monarquia/



La séance plénière du conseil municipal de Barcelone a décidé Vendredi 26 Octobre 2018 « de rejeter et de condamner le positionnement du roi Felipe VI, son intervention dans le conflit catalan et sa justification des violences exercées par les forces de police le premier octobre 2017 » et il a pris position pour l'abolition de la monarchie. Il l’a fait par une déclaration institutionnelle présentée par la Candidature d’Unité Populaire (CUP). Le gouvernement d'Ada Colau, le Parti Démocrate Européen de CATalogne (PDECAT), Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) et les deux conseillers municipaux non inscrits, Gérard Ardanuy et Joan Josep Puigcorbé, ont voté pour la résolution. Ciudadanos, le Parti Socialiste Catalan (PSC) et le Parti Populaire, ont voté contre la résolution.

Le texte réaffirme l'attachement du conseil municipal aux valeurs républicaines, il soutient l'abolition d'une institution obsolète et antidémocratique comme la monarchie et il critique la judiciarisation de la politique et la violence qui a été exercée contre les droits fondamentaux.

La déclaration condamne également les actes de répression contre les citoyens, les menaces d'application de l'article cent cinquante cinq de la constitution et la menace d’interdiction des partis politiques catalans.

Dans l’exposé des motifs, elle indique que le roi a prononcé un discours menaçant contre une partie de la population qu’il prétend représenter afin de mettre fin à la mobilisation populaire et de préserver à tout prix l’unité de l’Espagne, ce qu’il a fait dans l’exercice d’une fonction à laquelle la dictature franquiste a accordé des privilèges.

La séance plénière a approuvé une autre déclaration institutionnelle, présentée par le PDECAT, appelant à la libération immédiate des dirigeants politiques et sociaux en détention préventive, demandant de mettre fin à la judiciarisation et que toutes les garanties juridiques soient données aux militants à l'étranger ayant fait l'objet d'une enquête et aux membres des Comités de Défense de la République (CDR).

Il appelle également à une réforme du système judiciaire espagnol qui « garantisse son indépendance et son entière soumission aux institutions de l’état de droit et aux principes démocratiques », en évitant l'arbitraire et les persécutions idéologiques, ainsi qu'un dialogue avec le gouvernement central afin de trouver une issue et d'organiser un référendum qui permette aux catalans de décider librement de leur avenir.

Au moment de la lecture de la déclaration, le groupe municipal de Ciudadanos était absent de la séance plénière, car elle ne relève pas de la compétence du conseil municipal et elle est inacceptable, selon Carina Mejías, « nous n'avons pas la capacité d'exiger la liberté d’aucune personne qui est en prison et nous ne condamnerons en aucun cas le chef de l’état ».

Alberto Fernandez du Parti Populaire a averti qu'il ne garderait pas le silence devant ceux qui veulent discréditer les institutions et détruire ce qui est et représente l'Espagne et il a regretté que la formation de la maire Ada Colau, qui n'était pas présente en séance plénière à ce moment, ait signé une déclaration qui représente un mépris pour la monarchie et pour l'unité de l'Espagne.

Le républicain Jordi Coronas a répondu que le respect est acquis et qu’il n’est pas hérité, et la socialiste Carmen Andrés a défendu les institutions légitimes et démocratiques et elle a dit que les socialistes n’avaient pas signé les déclarations parce qu’ils ne les partageaient pas, mais qu’ils restaient par respect pour la séance plénière.

Le premier maire adjoint, Gerardo Pisarello, a écrit dans une note sur Twitter que « le parlement catalan a déjà condamné le roi et le conseil municipal le fait à nouveau, car la monarchie est devenue un obstacle aux avancées démocratiques dont nous avons besoin au vingt et unième siècle. Nous sommes libres de le faire ».

Pour sa part, le candidat à la mairie de Barcelone, Manuel Valls, a déclaré que cette résolution témoignait de la connivence de la maire Ada Colau avec les indépendantistes et qu’elle dégradait le prestige de l'institution. Il a également assuré qu'il ne doutait pas qu’Ada Colau tenterait de forger des alliances avec les séparatistes pour tenter de garder la mairie, ce qui, à son avis, constitue une menace et un grave danger pour Barcelone.

Avec cette initiative, le gouvernement d’Ada Colau suit les traces du parlement catalan, qui a adopté Jeudi 11 Octobre 2018 une résolution qui rejette et condamne la position du roi dans le conflit catalan ainsi que sa justification de la violence policière du premier octobre 2017 et qui préconise l'abolition de l'institution monarchique, qualifiée d’obsolète et non démocratique.

L'initiative, qui a été adoptée avec soixante-neuf voix pour de Catalunya en Comu, de Junts per Catalunya et d’ERC, cinquante-sept voix contre du Parti Populaire, du PSC et de Ciudadanos, et quatre abstentions de la Candidature d’Unité Populaire (CUP), revendique également les valeurs républicaines et l'abolition d'une institution dépassée et antidémocratique comme la monarchie.

En plus de condamner le positionnement du roi dans le conflit catalan, cette proposition réprouve également ce qu’elle appelle des actes répressifs contre la citoyenneté, les menaces d’application de l’article cent cinquante-cinq, la judiciarisation de la politique et la violence contre les droits fondamentaux. Dans cette même proposition, les institutions catalanes et les partis sont appelés au dialogue, à l’accord et au respect de la pluralité.

Le parlement catalan a condamné le roi deux jours après avoir rejeté une résolution de Junts per Catalunya qui poursuivait le même objectif. Cette résolution n’avait pas été adoptée parce que Catalunya en Comu ne l’avait pas soutenue, alléguant que cette initiative, outre le fait de condamner le roi, revendiquait la voie unilatérale de l'indépendance que Catalunya en Comu ne partage pas.

Le conseil des ministres du gouvernement de Pedro Sanchez a décidé Vendredi 26 Octobre 2018 de contester devant le Tribunal Constitutionnel la résolution approuvée par le parlement catalan contre le roi et la monarchie, malgré l’avis défavorable du conseil d’état.

 


 

Le Mexique était à cette époque la terre d'exil de militants appartenant à la gauche du mouvement ouvrier international, dont Victor Serge et Marceau Pivert...

Dans les archives de Marceau Pivert

Document tiré du numéro 16 de la revue "Les Cahiers du Mouvement Ouvrier", disponible sur le net depuis quelques jours à l'adresse suivante : cahiersdumouvementouvrier.org


L'accord de Mexico...

Propositions pour une déclaration de principes du mouvement "Socialisme et liberté"

15 mars 1943


 

Des militants de différentes tendances de la social-démocratie, du socialisme révolutionnaire, se sont rencontrés et ont analysé les problèmes fondamentaux du monde d'aujourd'hui. Ces rencontres ont souligné l'existence d'un accord général non seulement en ce qui concerne la tactique, mais aussi sur les principes idéologiques exprimés ci-dessous. Le résultat de cet accord est le désir commun d'unir nos forces dans la création d'un nouveau mouvement idéologique, indépendant des partis et des organisations existants, et sans abandonner aucune de nos traditions historiques diverses, qui interprétera les nécessités révolutionnaires du temps présent et de la période de transformation socialiste.

Ce mouvement sera fondé sur les principes suivants :

1) Nous considérons la Seconde Guerre mondiale comme une totale subversion des relations sociales et internationales, comme une démonstration de la crise finale de la civilisation capitaliste, dont la solution historiquement progressiste est l'établissement d'un nouvel ordre socialiste, fondé sur la liberté.

2) Le socialisme est une conception de la vie qui s'efforce de régler les problèmes sociaux et les contradictions que connaissent les hommes aujourd'hui. Le socialisme ne représente pas la domination ou la dictature d'une classe, mais plutôt la formation d'une société sans classes. Le socialisme implique la destruction de l'Etat, instrument d'oppression, et son remplacement par un nouvel ordre basé sur l'organisation de la classe ouvrière, la répartition équitable des produits, la démocratie des producteurs et la coopération du peuple. Le socialisme signifie la propriété collective des moyens de production, contrôlée par et pour la société.

3) Le socialisme est impossible sans liberté.
Nous nous prononçons de façon nette contre les dictatures de castes (militaires ou bureaucratiques), de partis ou de syndicats, même si cette dictature peut être exercée au nom d'une classe. Cela, parce que nous considérons que même les dictatures qui ont été établies au nom de nécessités provisoires sont devenues les plus grands obstacles au progrès et aux besoins du peuple.
Nous nous prononçons aussi contre toute pensée enrégimentée, qui ne peut être qu'une pensée étouffée. Nous nous prononçons aussi contre la moralité d'Etat et la déification des dirigeants, qui n'est rien d'autre que la préparation psychologique à de nouvelles formes d'oppression et d'exploitation totalitaire. Notre moralité est une moralité de libération, fondée sur le respect absolu de l’homme et de la vérité, où nous voyons une nécessité inhérente à la pratique socialiste.

4) Le socialisme est la réalisation la plus complète et la plus totale de la démocratie. Ses meilleures garanties sont la conscience socialiste et la libre initiative populaire C'est pourquoi nous nous prononçons pour les formes d'organisation et les institutions qui garantissent le mieux les droits collectifs et individuels des hommes et des peuples :
a) la garantie des droits de l'individu ;
b) les libertés démocratiques fondamentales ;
c) les droits des syndicats, qui incluent, à notre sens, le contrôle de la production pour le bénéfice de la collectivité ;
d) les libertés communales ou municipales ;
e) l'autodétermination des peuples ;
f) l'application complète du principe de la non-réélection et du droit de rappel en ce qui concerne les postes des organismes représentatifs.

5) Le socialisme ne peut pas être réalisé dans un cadre local ou national, comme l'a montré l'expérience tragique de la Russie ; il ne peut être réalisé qu'à une échelle internationale. La révolution qui mûrit en Europe avec l'approfondissement de la crise de la société bourgeoise, dont la guerre actuelle est l'une des expressions, sera au moins continentale et aura des répercussions mondiales. L'État national remplira un rôle de plus en plus réduit et de plus en plus clairement réactionnaire que dans le passé dans le cours de cette révolution. La destruction de la machine d'Etat, le besoin économique d'une reconstruction continentale et mondiale, la nécessité spirituelle d'en finir avec les haines nationales, afin de réaliser la coopération entre les peuples, imposera une transformation profonde des concepts mêmes d'"Etat", de "pouvoir politique", de "pouvoir économique" et de "nationalité".

6) Le socialisme ne peut être réalisé que par des moyens révolutionnaires. Le nouvel ordre social ne peut être créé ni à l'initiative ni avec le consentement des classes, castes ou catégories privilégiées et conservatrices, même si elles invoquent le nom de démocratie. Il ne peut être instauré qu'à partir de l'initiative et de l'action révolutionnaire des masses. Nous croyons que les forces fondamentales de la nouvelle révolution seront les travailleurs industriels, agricoles, techniciens et intellectuels, animés d'une profonde conscience sociale. Ensuite, et prenant en compte les contradictions engendrées par la crise sociale et la guerre, le mouvement socialiste doit gagner la coopération des soldats et des combattants, des classes moyennes ruinées et appauvries et des peuples opprimés des pays coloniaux, dont les intérêts exigent une émancipation collective. Le besoin fondamental d'une transformation socialiste, d'une justice sociale, d'une paix authentique et d'une liberté constructive, ressenti par ces groupes, sera le grand levier de la future mobilisation populaire.

7) La signification libertaire du socialisme n'implique pas la faiblesse à l'égard des ennemis de la transformation socialiste. Contre la violence capitaliste ou les éléments bureaucratiques, le mouvement socialiste utilisera la violence révolutionnaire dans la période de transition entre la société présente et la nouvelle société. Pendant cette période de combat et de transition, les armes, les tribunaux et tous les moyens de défense de la nouvelle société resteront sous le contrôle absolu des organisations de base telles que les syndicats, les comités d'usines, les conseils municipaux et, en général, toutes les organisations locales et régionales.
Nous rejetons le monopole du mouvement révolutionnaire par une idéologie orthodoxe ou par un seul parti. Nous jugeons nécessaire la coexistence, la compétition et la collaboration (fondée sur une critique fraternelle) des différentes organisations révolutionnaires qui reflètent les besoins et l'état d'esprit des travailleurs. Le mouvement socialiste est et doit être la vraie réalisation d'une démocratie créative.

Nous rejetons aussi les conceptions et les tactiques selon lesquelles la fin justifie les moyens, et nous affirmons que les moyens utilisés par le mouvement socialiste doivent être en accord absolu avec nos idéaux de libération individuelle et collective.

Étant donné le caractère international de la lutte révolutionnaire et le fait que le socialisme ne signifie pas une uniformité de développement dans les différents pays ni des formes identiques de lutte des organisations d'action révolutionnaire, les socialistes de tous les pays doivent, à notre sens, utiliser au maximum l'initiative créatrice des peuples en utilisant les formes de lutte qui correspondent le mieux à leurs caractères nationaux.

Signataire :

Proposé individuellement par des membres des organisations suivantes :

Socialisme et liberté, groupe de Mexico ; Confederacion national del Trabajo (CNT), Espagne ; Union Gênerai de Trabajadores (UGT), Espagne ; Federacion Anarquista Iberica (FAI), Espagne ; Partido Socialista Obrero Espanol (PSOE) ; Partido Obrero de Unification Marxista (POUM), Espagne ; Parti ouvrier socialiste et paysan (PSOP), France ; Union anarchiste italienne ; Groupes socialistes libertaires italiens ; Parti socialiste ouvrier (SAP), Allemagne ; Union des socialistes allemands et autrichiens ; Révolution prolétarienne, groupe de France ; Opposition soviétique de gauche, Union soviétique.

Et divers autres militants isolés.

Mexico, le 15 mars 1943

 


L'ordure...

La bête est blessée, mais elle continue de frapper, par Robert Duguet



S’il faut caractériser la situation politique, on peut dire que le régime continue de se décomposer, offrant un spectacle pour le moins pitoyable, tandis que ceux d’en bas n’ont pas les armes pour intervenir au niveau de l’Etat, même si les mobilisations locales ou par secteur de productions sont constantes. Les appareils continuent la valse des journées d’action, mais déjà le contenu que prend la mobilisation, par exemple celle des retraités dans la rue, dirige ses coups contre Macron, lui exprime sa haine et porte l’exigence qu’il disparaisse. C’est dans ce contexte global qu’il faut resituer les deux récentes affaires : celle qui vise le chef de la France Insoumise, Jean Luc Mélenchon et celle qui aboutit à la démission de Pascal Pavageau, secrétaire national de la CGT-Force Ouvrière. Toute la politique de Macron, depuis l’affaire de sa milice privée Benalla, qui a abouti à l’éclatement du gouvernement par la démission du ministre de l’intérieur Gérard Collomb, vise à casser toute recomposition contre lui : cela commence par la provocation policière assistée par les hommes de main de l’Elysée contre la manifestation ouvrière du 1er mai.

Perquisition chez Mélenchon…

La perquisition au domicile de Jean Luc Mélenchon, et dans les locaux de FI et du PG, doit être appréciée de ce point de vue : quoiqu’on pense des dérives populistes du chef de la FI et de sa politique en général et de la façon dont il a mis en scène médiatiquement sa réaction, c’est une opération qui vise celui qui, aux yeux de Macron, est son principal opposant, disons côté gauche. Toutefois l’opération révèle aux yeux de tous, que Jean Luc Mélenchon, a lui aussi mis les doigts, ou pour le compte de ses proches, dans le bocal de confiture : les premiers éléments d’enquête, livrés par le journal Médiapart, s’ils déclenchent l’ire du « leader maximo », n’en sont pas moins incontestables. Madame Sophia Chirikou, avec qui il entretient une relation privée de longue date, est une « communicante », qui pendant le temps de la campagne présidentielle de 2017, s’est attribuée une rente de situation de 15 000 euros par mois : c’est de l’argent public. Dans le contexte actuel, où les gens d’en bas se battent contre la mise en pièce de leurs acquis, le « dégagisme » va aussi frapper Jean Luc Mélenchon.

Rien ne va plus à Force Ouvrière ?

En fait rien n’allait plus déjà à Force Ouvrière lors de son récent congrès : l’engagement de Jean Claude Mailly dans les réformes de Macron avait mis la confédération au bord de l’éclatement et le compromis boiteux, minimisant le désaveu de Mailly, passé entre les différentes forces politiques existant dans l’appareil syndical, n’a en rien réglé la question de l’unité pérenne de la confédération. Il a suffi que « le Canard enchaîné » révèle l’existence d’un fichier interne listant les préférences politiques ou la vie privée de cent vingt-sept responsables de fédérations et d'unions départementales, assorti de qualificatifs injurieux, pour que la division reprenne de plus belle. Ce type de liste, pour ceux qui ont milité quelque peu dans une organisation politique ou syndicale – on peut par ailleurs ne pas être d’accord – est monnaie courante. C’est roupie de sansonnet ! L’offensive politique vise à déconsidérer FO, comme d’ailleurs la CGT, pour les élections professionnelle de décembre 2018, afin que la CFDT, qui est apparue dans les derniers conflits sociaux – notamment ceux autour de la loi El Khomri et des ordonnances Macron contre le droit social – comme une organisation de jaunes, soit majoritaire. Il y avait un danger pour l’exécutif : l’élection de Pascal Pavageau, soutenue par le POI lambertiste, mettait la barre à gauche pour sauver la confédération. En même temps, de fait c’est la question de l’unité avec la CGT qui était posée. Au-delà le cauchemar pour Macron de l’unité des confédérations CGT et CGT-FO contre sa politique, voire de la réunification dans une CGT unique et démocratique, resurgit.

Congrès du PCF, quelle orientation ?

Le texte porté par Pierre Laurent, appelée « base commune », non seulement n'a pas obtenu la majorité absolue, mais est arrivé derrière celui défendu par le député du Puy-de-Dôme, André Chassaigne. Ce texte alternatif a obtenu 42% contre la «base commune» arrivée avec 4 points de retard (38%). Fait à remarquer : le troisième favorable à un rapprochement avec Jean-Luc Mélenchon, est arrivé loin derrière. Les responsabilités du leader de FI dans l’éclatement du Front de Gauche, de même que sa radicalisation sur une ligne populiste pèse lourd dans la conscience des militants communistes. A juste titre d’ailleurs. Toutefois la stratégie de Chassaigne s’inscrit essentiellement dans le cadre d’une candidature autonome et ce, en prévision des élections présidentielle de 2022. Il est il ne met pas en cause les institutions de la Vème république. Or, une nouvelle fois, on en revient à la nature de ces institutions : elles ont été fabriquées pour légitimer un Bonaparte élu au suffrage universel direct, par nature elles sont faites pour détruire le mouvement ouvrier organisé. Le PCF n’a aucune chance de survie sur cette orientation. Le PS y a perdu son âme. Clémentine Autain explique «c'est un repli identitaire sur le parti, net, clair et franc». Et Eric Coquerel ajoute : «Pierre Laurent avait une ligne opportuniste qui partait un zigzag. Il n'avait pas de fil à plomb et sa priorité, c'était de sauver l'appareil de son parti». Toutefois ces critiques sont assises sur la même contradiction. Jean Luc Mélenchon fait le calcul que Macron ne peut plus tenir jusqu’en mai 2022 et donc qu’il  faut le sanctionner aux européennes de juin 2019 : mis en minorité le président dissoudrait  la chambre. Que ferait alors le « leader maximo », s’il apparaissait comme l’opposition loyale à Macro ? Deviendrait-il le premier ministre dans le cadre d’un gouvernement de cohabitation ?

Mon camarade Vincent Présumey ajoute dans des notes politiques récentes :

« …Observons encore que la crise politique se répercute dans toutes les organisations. La FI ayant passé pour l'issue politique est la première concernée. Car en occupant à peu près 12% du paysage électoral elle n'est en fait non pas une issue, mais un bouchon : un obstacle à toute issue réelle. La "grande France Insoumise" populiste, nationale et populaire (rêvée par les "Italiens" du site La Sociale ! ), n'a pas vu le jour. Soyons francs, c'est tant mieux ! Du coup revient envers et dans la FI toute ces vieilles histoires qu'elle avait prétendu ostraciser pour les siècles des siècles : front populaire, union de la gauche et toutes ces sortes de choses ! - c'est cela qui permet que viennent s'y accoler les Maurel et Liennemann, après avoir évité tout au long de la législature Hollande que leur "fronde" ne le renverse. Ce n'est pas là une scission, c'est une tentative de transfert d'allégeance, et la première conséquence n'est pas la renaissance d'une sorte de PS à l'ancienne, ni d'un front populaire, mais la méfiance et les interrogations de la base militante de la FI formée dans la détestation fétichiste de tout ce qui peut venir du PS. Lequel PS est en effet mal en point, sauf que sa situation n'est pas fondamentalement modifiée par les derniers départs en date. Enfin, le vote interne au PCF, sur un peu plus de 30 000 votants, a désavoué sa direction, exprimant, sans qu'une ligne politique n'émerge, la volonté de ses membres d'exister comme parti, ni plus ni moins. »

Toutefois je ne suis pas certain que le danger de la grande France insoumise, populiste et cocardière, soit écarté : au-delà de la personnalité de Mélenchon et de son cursus vers la « magistrature suprême », la lutte des classes continue. Les hommes font l’histoire, dans des conditions précises, mais in fine, ils font l’histoire. L’Italie est aujourd’hui un laboratoire d’expériences qu’il faut analyser précisément : le mouvement ouvrier y a été très puissant et le PCI était sur l'échiquier européen une force politique importante: la ligne du compromis historique avec la Démocratie Chrétienne a été au bout de sa logique mortifère pour le communisme. Le mouvement ouvrier italien est globalement détruit. L’accord entre le parti « gazeux » de Pépé Grillo, où coexistent des forces sociales politiquement hétéroclites avec les fascistes des ligues du nord, ouvre une situation de tous les dangers : à ce propos il faut condamner sans appel les militants de l’extrême gauche française, et cela ne concerne pas seulement les Italiens de « la Sociale » Jacques Cotta et Denis Collin, qui voient une ouverture intéressante dans le gouvernement Salvini contre l’Union Européenne. Cette extrême gauche-là marche dans les pas de Marcel Déat et de Jacques Doriot… La France n’est pas à l’abri de cette dérive. Sans construction d’une alternative anticapitaliste, qui s’affirme à la fois dans un mouvement d’ensemble pour débarquer Macron, mais surtout pour poser la question du pouvoir constituant, d’une nouvelle république redéfinissant les règles du contrat social, la dérive continuera vers une solution à la Salvini.

Sous le masque de l’insoumission, ou d’une volonté de revenir à une logique électoraliste d’union de la gauche, ou encore d’une renaissance autonome du communisme à la Chassaigne, tous sont accrochés au radeau de la méduse, à l’épave de la 5ème république qui n’en finit pas de prendre l’eau…

Cette situation ne peut pas durer bien longtemps et les termes de l’alternative sont là.

 


Les premières découvertes des perquisitions Mélenchon, par Fabrice Arfi, Michel Deléan et Antton Rouget

19 octobre 2018

Source : https://www.mediapart.fr/journal/france/191018/les-premieres-decouvertes-des-perquisitions-melenchon?utm_source=facebook&utm_medium=social&utm_campaign=Sharing&xtor=CS3-66&fbclid=IwAR0Gq14SzeQ01UmikC6CnWp_v0mukKrP5bwtfcSG62jQ2uUdtfiNUG7a6og



Deux surprises ont émané des perquisitions dans l’enquête sur le financement de La France insoumise. La première est la proximité de Jean-Luc Mélenchon et de la communicante Sophia Chikirou, au cœur des investigations, qui se trouvait au domicile de l’ancien candidat mardi matin à l’aube. La seconde est la découverte de plus de 12 000 euros en liquide au domicile d’un des plus anciens proches du leader insoumis.

La vague de perquisitions menées, mardi 16 octobre, au domicile de Jean-Luc Mélenchon, chez plusieurs de ses proches ainsi qu’au siège de son parti, La France insoumise, a permis aux policiers de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF) de faire de surprenantes découvertes, selon des informations recueillies par Mediapart.

La première d’entre elles concerne le personnage central de l’une des deux enquêtes judiciaires qui visent actuellement la galaxie Mélenchon. Il s’agit de Sophia Chikirou, ancienne directrice de la communication du leader insoumis pendant la campagne présidentielle de 2017, dont la société, Mediascop, a été financièrement, dans le même temps, la bénéficiaire en tant que prestataire privilégié.

Jean-Luc Mélenchon a maintenu, jeudi 18 octobre, sa dénonciation d'une « police politique » lancée contre lui dans le cadre d'un « traquenard », à l'issue de son audition par les enquêteurs de l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières (OCLCIFF).  Photo prise le 18 octobre 2018. © REUTERS/Gonzalo Fuentes

Jean-Luc Mélenchon a maintenu, jeudi 18 octobre, sa dénonciation d'une « police politique » lancée contre lui dans le cadre d'un « traquenard », à l'issue de son audition par les enquêteurs de l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières (OCLCIFF). Photo prise le 18 octobre 2018. © REUTERS/Gonzalo Fuentes

Au centre d’une enquête préliminaire du parquet de Paris pour « escroquerie », « abus de confiance », « infraction à la législation des campagnes électorales » et « travail dissimulé aggravé », Sophia Chikirou est soupçonnée d’avoir empoché par l’intermédiaire de cette société dont elle est la seule actionnaire des gains indus, voire d’avoir surfacturé plusieurs prestations durant la campagne électorale.

Quelle ne fut pas la surprise des enquêteurs quand ce 16 octobre, au petit matin – il était 7 heures –, ils ont découvert Sophia Chikirou au domicile personnel de Jean-Luc Mélenchon.

Le patron de La France insoumise et la communicante entretiennent en réalité de longue date, selon nos informations, une relation extra-professionnelle. Celle-ci pourrait relever de la seule vie privée des deux intéressés mais prend désormais, à la lueur des investigations judiciaires, une dimension d’intérêt général.

De fait, si l’enquête devait confirmer le soupçon qui a présidé à son ouverture, cela signifierait que les sommes incriminées perçues par Mme Chikirou l’auraient été à l’occasion d’une campagne présidentielle dirigée par un homme politique avec lequel elle partage une relation intime régulière.

Sollicités à plusieurs reprises par Mediapart, ni Jean-Luc Mélenchon (entendu par les enquêteurs le 17 octobre) ni Sophia Chikirou (entendue ce 19 octobre) n’ont donné suite. Interrogé ce vendredi durant une conférence de presse sur la nature de sa relation avec Mme Chikirou, Jean-Luc Mélenchon a toutefois répondu : « Excellentes, monsieur. » Avant d’ajouter : « Si vous voulez faire remarquer qu’elle est une femme et que je suis un homme et que, peut-être, cela pourrait entendre [sic] quelque chose, je vous rappelle quel est mon statut [d’état civil]. Vous le connaissez ? » Il a précisé lui-même qu’il était officiellement célibataire, qualifiant les questions de la presse sur ce sujet d’« insidieuses ».

Que ce soit à La France insoumise ou au sein du Média, organe audiovisuel soutenu par les Insoumis qu’elle a fondé puis dirigé avant qu’une crise interne n’éclate notamment sur fond de soupçons financiers, Sophia Chikirou est devenue ces dernières années un rouage central de la stratégie politique de Jean-Luc Mélenchon. Mais aussi un tabou en interne du fait de sa relation particulière avec lui.

Ancienne militante fabiusienne passée chez Jean-Marie Bockel, ex-socialiste devenu secrétaire d’État de Nicolas Sarkozy, Sophia Chikirou avait soutenu la « volonté de réforme » de l’ancien chef de l’État en 2007. En 2012, elle est devenue chargée des relations avec la presse de Jean-Luc Mélenchon, puis a effectué des missions en Équateur et observé la campagne de Bernie Sanders aux États-Unis, avant de revenir au cœur de la stratégie de La France insoumise pour 2017.

Pour cette nouvelle campagne, sa société Mediascop, dont elle est la patronne et l’unique actionnaire, a pris en main toute la communication qu’elle a facturée au candidat. Mais Sophia Chikirou n’était pas un prestataire comme les autres puisqu’elle occupait aussi la fonction de directrice de communication de la campagne. C’est-à-dire à la fois prestataire d’une campagne dont elle était aussi une dirigeante.

Sur l’ensemble de la campagne, son entreprise a livré pour 1,161 million d'euros de prestations de communication, soit plus de 10 % du coût total de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, réparties en deux grosses factures de plusieurs pages, adressées à LFI fin 2016 et au printemps 2017 (voir le détail ici).

Au cours de son examen, la Commission nationale des comptes de campagne (CNCCFP) avait contesté quelques prestations vendues par Mediascop et facturées au-dessus de sa « grille tarifaire » pour un surcoût estimé de 35 000 euros. Mais les factures rédigées par Sophia Chikirou ont depuis soulevé de nouvelles questions.

Dans une enquête publiée ce vendredi matin 19 octobre, la cellule investigation de Radio France a pointé plusieurs lignes de dépenses originales, comme le sous-titrage de vidéos de campagne, facturé 200 euros par minute à l’association de financement. Le travail personnel de Sophia Chikirou aurait été valorisé à « près de 120 000 euros sur les factures de Mediascop », soit 15 000 euros mensuels en moyenne pour huit mois de campagne, a calculé Radio France. Les autres salariés de la campagne étaient bien moins rémunérés.

En mars dernier, à l’occasion de nos premières recherches sur les facturations de Mediascop, Manuel Bompard, le directeur de la campagne présidentielle, nous avait déclaré ne pas connaître les marges dégagées par ce « prestataire extérieur », qui se trouvait être pourtant l’une de ses principales collègues au quotidien à l’intérieur du mouvement…

Au lendemain de la campagne présidentielle, la communicante se lance dans un nouveau projet : la création d’une webtélé « humaniste, antiraciste, écologiste et féministe ». En janvier 2018, La France insoumise avait invité par mail ses quelque 500 000 soutiens à appuyer « l’appel de Sophia Chikirou ».

Mais le 4 juillet 2018, sept mois seulement après le lancement de ce nouveau média financé par les dons de milliers de particuliers, Sophia Chikirou quitte le navire dans un contexte de crise sociale, éditoriale et financière. La webtélé est en difficulté financière et une pétition circule en interne contre le modèle de gouvernance de la communicante, qui prend finalement les devants en annonçant son départ auprès de Jean-Luc Mélenchon pour les élections européennes de 2019.

Un mois plus tard, la nouvelle direction du Média conteste la gestion financière de Sophia Chikirou et bloque un virement de 67 146 euros vers Mediascop. Dans les colonnes de Mediapart, la journaliste Aude Lancelin interprète la manœuvre « comme une volonté de tuer le Média » alors que Chikirou défend la réalité des prestations. Les deux camps menacent de saisir les tribunaux.

Les montages artisanaux de la campagne de Mélenchon, par Mathilde Mathieu et Antton Rouget
Mais au-delà du cas de Sophia Chikirou, une autre découverte inattendue a eu lieu durant la vague de perquisitions du mardi 16 octobre. Dans le département de l’Essonne, les policiers sont en effet tombés sur plus de 12 000 euros en liquide au domicile d’un ami et collaborateur de toujours de Jean-Luc Mélenchon, un certain Pierre Moro.

Deuxième surprise, et de taille : l’intéressé, surnommé “Pelou” par le héraut insoumis, a indiqué que cette coquette somme lui avait été confiée par la trésorière historique de M. Mélenchon, Marie-Pierre Oprandi – elle fut la mandataire financière de la campagne de 2017 –, qui lui avait demandé de la conserver discrètement. Ce qui laisse supposer que son origine, sa destination ou les deux pourraient être problématiques, selon nos sources. 

Sollicitée à plusieurs reprises, Marie-Pierre Oprandi n’a pas souhaité répondre aux questions de Mediapart. Pierre Moro n’a quant à lui pu être joint directement, mais nous avons demandé à plusieurs responsables de La France insoumise, à commencer par son secrétaire général, Manuel Bompard, de lui transmettre nos questions. Aucune suite ne fut donnée non plus.

Dans Mélenchon, à la conquête du peuple (Robert Laffont), les journalistes Stéphane Alliès (co-directeur éditorial de Mediapart) et Lilian Alemagna (de Libération) présentent Pierre Moro comme « le dernier des amis d’enfance épargné par les multiples ruptures qui ont rythmé la vie politique et personnelle de Jean-Luc Mélenchon ».

Ami de lycée de Mélenchon, il n’a jamais quitté l’entourage du leader insoumis avant de prendre sa retraite en juillet 2011. Il fut tour à tour son chauffeur, son assistant mais aussi son chef de cabinet adjoint au ministère de l’Enseignement professionnel (2000-2002), prêt à toutes les tâches militantes pour celui qu’il aime à surnommer « le patron ».

 


Des nouvelles de la guerre contre Jeremy Corbyn, par Thierry Labica 

Mercredi 12 Septembre 2018

Source: https://npa2009.org/actualite/international/grande-bretagne-des-nouvelles-de-la-guerre-anti-corbyn


 

Au cours des derniers mois, l’intense guerre menée contre la direction de gauche du parti travailliste britannique depuis trois ans s’est portée sur le front de l’antisémitisme, que Jeremy Corbyn est désormais censé avoir déchaîné dans la société britannique tout entière.
 
Les trois journaux juifs britanniques, le Jewish Chronicle, le Jewish News et le Jewish Telegraph, ont notamment publié un éditorial commun annonçant qu’un gouvernement conduit par Jeremy Corbyn représenterait rien moins qu'une menace existentielle pour les juifs de Grande-Bretagne, dès lors que la condamnation de la politique de l'état d’Israël devaient invariablement signifier une hostilité congénitale envers les juifs.
 
La folie de ce genre d’imputation n’est pas nouvelle et elle prend le risque considérable de traiter avec un opportunisme et une légèreté coupable l’horreur des persécutions et de l’extermination nazie. Elle s’aggrave en outre de l’amalgame chronique qui voudrait rendre tous les juifs, où qu’ils se trouvent, comptables de facto d’une politique israélienne annexionniste sous protection trumpiste.
 
La récente séquence, lancée au mois de mars 2018, a conduit à la focalisation sur l’adoption, dans le règlement intérieur du parti travailliste britannique, de la définition de l’antisémitisme formulée dans un document de travail de l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA). La droite du parti travailliste en exigeait l’adoption dans son intégralité et donc l’inclusion des exemples de manifestation d’antisémitisme que constituerait la critique de la politique israélienne, du projet sioniste, pourtant si controversé à l’heure de la loi sur l'état nation du peuple juif, des annexions et des massacres contre les populations gazaouies, entre autres.
 
Après des semaines de pression et de chantage d’une virulence exceptionnelle, appuyés sur des spéculations sémantiques toujours plus fébriles sur tel segment de phrase, tel tweet ou photographie, le corpus est décidément maigre, le comité exécutif national du parti travailliste, dont la majorité soutient pourtant Jeremy Corbyn, a finalement adopté la définition de l’IHRA dans sa totalité le 4 septembre 2018.
 
Le fond de l’affaire est simple, la possibilité, maintenant bien réelle, qu’une des premières puissances au monde voit arriver au pouvoir un défenseur historique de la campagne pour le Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions (BDS), est un cauchemar pour le pouvoir israélien et ses divers soutiens et alliés. Contrairement à ce que rapporte une partie de la presse française depuis quelques jours, ce n’est pas une controverse sur l’antisémitisme qui se serait emparé du parti travailliste. C'est tout à fait à l’inverse, une petite fraction du groupe parlementaire du parti travailliste inconditionnellement pro-sioniste est prise de panique depuis que les sondages du mois de juillet 2018 donnent quatre à cinq points d’avance au parti travailliste de Jeremy Corbyn sur les conservateurs. L’angoisse profonde n’est plus de perdre les élections, mais bien de les gagner.
 
La campagne diffamatoire de proportion industrielle contre la gauche travailliste, avec la collaboration très active de la British Broadcasting Corporation (BBC) et du Guardian, est elle-même le symptôme d’une norme réactionnaire et xénophobe en formation à l'échelle européenne, dont l’extrême droite pro-israélienne offre le terrain de convergence consensuelle aujourd’hui, la communion générale dans l’islamophobie et contre tout ce qui pourrait contrarier cette belle unité, à commencer par tous les juifs qui refusent l’injonction à soutenir la politique israélienne.
 
Pour une note plus positive, la virulence de l’assaut contre Jeremy Corbyn reste aussi un aveu d’impuissance face à l’audience de masse de la gauche en Grande-Bretagne. Nous pouvons et nous devons longuement débattre sur ce qu’incarne, en fin de compte, Jeremy Corbyn. Il demeure que, cependant, en ce qui concerne ses adversaires, les choses paraissent claires depuis le début. Jeremy Corbyn est le nom d’une menace grave à noyer d’urgence dans un vacarme d’effrois et d’indignations fabriquées.

 


Gino Sandri, 65 ans, fils de l’ancien bras droit d’André Bergeron, une des figures historiques du syndicat, révèle de très anciennes et discutables pratiques.

Source: http://www.leparisien.fr/economie/force-ouvriere-mon-pere-tenait-un-petit-carnet-noir-sur-les-cadres-du-syndicat-16-10-2018-7920744.php?fbclid=IwAR0GStieIOpoizX-ylG7vQI32PvLqYSdZ-gzKnNnyqTToghbl9DYT62Pln0

le 20/10/2018

Gino Sandri, 65 ans, fils de l’ancien bras droit d’André Bergeron, une des figures historiques du syndicat, révèle de très anciennes et discutables pratiques.

La crise fait rage chez Force ouvrière suite à la révélation le 10 octobre dernier, dans le Canard Enchaîné, d’un fichier rempli d’informations sensibles sur les cadres dirigeants de FO et tenu par des proches du numéro un, Pascal Pavageau (voir encadré). Du jamais vu dans l’organisation ? Non, si l’on en croit le témoignage exclusif du fils de Roger Sandri, l’ex-bras droit d’André Bergeron.

Gino Sandri, lui-même militant FO et ancien délégué syndical, a bien connu les pratiques au sommet du syndicat lorsque son père, Roger, était le numéro deux, de 1973 à 1984, de Bergeron, patron historique de FO. Il révèle que son père, décédé il y a deux ans, ne se séparait jamais d’un petit carnet noir dans lequel il notait toutes sortes d’informations, y compris les plus personnelles, relatives aux cadres du syndicat.


Ces pratiques visant à consigner dans un fichier occulte des renseignements sur les cadres de FO vous surprennent-elles ?

Gino Sandri. Je ne commenterai pas ce qui se passe actuellement. En revanche, cette démarche ne m’étonne pas. Mon père Roger Sandri, qui a été dix ans numéro deux au côté d’André Bergeron, jusqu’au moment où il a quitté ses fonctions en 1984, avait toujours sur lui un petit carnet noir. Il contenait les informations professionnelles et des renseignements intimes sur l’ensemble des secrétaires généraux des Unions départementales et des Fédérations de l’époque, des hommes comme des femmes. Lorsqu’il a rendu son mandat, il a aussi remis ce carnet, comme d’autres éléments confidentiels, à André Bergeron. Lui aussi possédait un carnet noir où il conservait tous les résultats détaillés des élections. Mon père l’avait évoqué une fois, dans une interview, après son départ. Et personne n’avait réagi à l’époque.

Cela peut s’apparenter à du « flicage ». A quoi était-ce destiné ?

Sur le principe, c’est une pratique normale de la vie syndicale qui a toujours existé chez FO, comme ailleurs. Les politiciens font la même chose dans leurs communes, leurs circonscriptions… Dans les entreprises aussi. Cela fait partie, comme disent les Anglais, du métier. A ce niveau de responsabilités, vous avez besoin de savoir sur qui vous pouvez vous appuyer. Bergeron était au courant de l’existence du carnet de mon père. D’ailleurs, ils échangeaient régulièrement sur leurs deux carnets.

Conserver des informations sur les gens, cela peut choquer. Et c’est aujourd’hui beaucoup plus encadré que par le passé…

Il ne s’agissait pas pour mon père de ficher les gens, mais simplement de savoir qui ils étaient. Il connaissait chaque personne intimement. Sur la vie privée, cela concernait surtout les questions familiales. Il était au courant parce que les cadres se confiaient à mon père et faisaient appel à lui pour régler les problèmes, quand il y en avait. Par exemple, s’il y avait un souci pour les études des enfants, mon père arrangeait les choses. C’était un soutien fraternel.

 


La haine des médias ou la démocratie, par Roger Martelli

Source : http://www.regards.fr/politique/article/la-haine-des-medias-ou-la-democratie

Dimanche 21 Octobre 2018


 

La liberté de la presse est imprescriptible et inaliénable. Si le droit à la critiquer est tout aussi fondamental, rien ne peut justifier ce qui pourrait bien apparaître comme un désir de la museler. Et, a fortiori, rien ne peut justifier que l’on attise la haine contre elle et ses acteurs.

Voilà trop longtemps que la judiciarisation de la vie publique se substitue à un débat anémié, qui a oublié que la politique a pour fonction première de débattre de la société et des conditions de la vie commune.

C’est là que gît le problème principal, le vrai problème démocratique, celui qui nous étouffe et qui fait les beaux jours des semeurs de haine et d’exclusion. Faire porter la responsabilité de cette carence sur les acteurs de la presse et de la justice, comme s’ils constituaient un bloc, est une faute. Et agiter le spectre des complots est une facilité, trompeuse donc dangereuse. Au temps de la guerre froide, les uns critiquaient le parti américain et les autres critiquaient le parti de Moscou. Qui a gagné à ces simplismes ? En tout cas, je peux assurer que ce ne fut pas le Parti Communiste Français (PCF).

Qu’il y ait désormais une mise en scène publique délétère de la perquisition, de l’arrestation ou de la Garde A Vue (GAV) est une chose. Elle est du même registre que l’étalage universel de la force, policiers grimés en Robocop ou vigiles bodybuildés qui arpentent les rues et les couloirs de métro. Mais cet usage spectaculaire, qui entend fonder l’ordre sur l’intimidation, n’est pas toujours étroitement ciblé. Il touche en grande majorité les humbles et il épargne les puissants. Il peut aussi toucher des puissants, ou en tout cas des moins faibles, sans qu’il soit besoin d’invoquer le spectre des machinations, d’autant plus vénéneuses qu’elles sont bien entendu masquées. La main d'Emmanuel Macron, après celle de Washington, de Moscou, de Tripoli ou de Téhéran, ce n’est pas être naïf que de dire que cette orientation du débat risque de présenter, pour ceux-là mêmes qui l’utilisent, plus de déboires que de succès.

Il est arrivé, dans la dernière période, que des mots très durs soient employés contre la presse, parfois assortis de propos légitimant la haine contre la médiacratie. Stigmatiser en bloc une galaxie qui relève de statuts, d’options et surtout de moyens sans commune mesure entre eux, est une facilité que l’on pardonne difficilement à qui veut changer le monde. Et que dire alors, quand les cibles ne sont pas les titres possédés par les puissances d’argent, mais des organes indépendants, Mediapart est un des rares qui soit parvenu à cette indépendance, et des médias du service public ?

Comme si la dépendance présumée à l’égard du politique comptait bien davantage que la soumission bien réelle aux ratios financiers, à l’opinion publique calibrée et à l’air du temps. Comme si, parce que toute question sociale est fondamentalement politique, tout relevait dans le détail des organismes et des hommes politiques institués.

Qu’un responsable politique ou qu’un mouvement politique proteste contre ce qu’il croit être une injustice est un droit que nul ne peut contester. Mieux vaut toutefois se méfier de la façon d’exercer ce droit. Il est évident que, dans la pratique, la justice n’est pas si égale qu’elle doit l’être en théorie. Il n’est donc pas faux, hélas, de dire qu’il y a deux poids et deux mesures. Mais protester contre le fait que, par exemple, tel ou tel à droite a été moins sévèrement traité, quand les accusations portées étaient plus graves, est un exercice à double tranchant. Nous ne demandons pas à la gauche d’être moins pire que la droite. Nous lui demandons d’être autrement que la droite, dans un autre rapport à l’argent et au pouvoir. La gauche doit être irréprochable, ou bien, à un moment ou à un autre, elle se renie. Celui qui s’estime dans son bon droit doit s’attacher à démontrer son irréprochabilité, pas à étaler son agressivité.

Nous ne pouvons pas critiquer les magistrats et les policiers pour manque d’indépendance et agir avec eux comme si nous leur demandions de se soumettre à une autre autorité. La justice doit être indépendante de tout pouvoir, quel qu’il soit.

Elle ne doit pas plus dépendre du parlement que du gouvernement. La loi relève du parlement et des citoyens. Ce ne doit pas être le cas pour la justice. Ou alors, nous risquons de retomber sur les errements tragiques d’une certaine justice populaire, aux ordres de ceux qui s’érigent en représentants légitimes et uniques du peuple souverain.
Il en est de même pour la presse. Il faut la libérer de la tutelle de l’argent, en premier lieu, mais aussi de celle de tout pouvoir. Je me méfie, de ce fait, de toutes les instances de contrôle qui, sous couvert de déontologie, sont le plus souvent des instances de mise au pas ou d’assujettissement à l’ordre, plutôt que des lieux de régulation et d’arbitrage serein. La liberté de la presse se construit par le débat libre, pas par la mise sous tutelle, quand bien même elle serait morale et non administrative. Appeler le peuple à se soulever contre les médias, à les châtier ou à les pourrir évoque des souvenirs pas très glorieux.

Ne nous trompons pas de période. La question n’est pas de savoir qui sera le premier au sein d’une gauche exsangue, en 2019, 2020 ou 2022. Le problème est que nous sommes dans un moment d’incertitude extrême, où les digues démocratiques s’érodent et où les fantômes sinistres resurgissent. Dans ce moment dangereux, il ne suffit pas de dénoncer les complots et surtout pas d’attiser les haines. Il faut à la fois critiquer fermement et retisser l’espérance, celle sans laquelle le mouvement ouvrier et la gauche n’auraient pas su redonner aux catégories populaires le sentiment de leur force et de leur bon droit.

Qui pourrait ne pas comprendre la colère de celle ou de celui qui se sent injustement traité ? Mais quand nous avons l’ambition d’aider le peuple à installer sa dignité et sa souveraineté, tout écart de comportement dessert l’œuvre collective que nous souhaitons impulser. La combativité est une qualité, la hargne n’en est que l’envers. Le courage est une vertu, l’invective révèle la faiblesse davantage qu’elle n’exprime la force.

Des millions de personnes sont en attente de projet, de sens partagé et de nouvelle espérance, individuelle et collective, qui les stimule et qui donne vie aux seuls idéaux valables, ceux de l’égalité, de la citoyenneté déployée et de la solidarité. C’est une force tranquille qui leur redonnera confiance. À la différence du passé, elle ne reposera ni sur une organisation unique ni sur un seul homme, mais sur le sentiment clairement exprimé de ce dont nous ne voulons plus et de ce que nous voulons construire. Et, dans ce cadre, plus que jamais nous aurons besoin d’une presse libre, pas d’une presse soumise à de nouveaux maîtres.

 


 

Un peuple face à Bonaparte le tout petit, par Robert Duguet

Grâce à la magie de photoshop, on peut imaginer Macron le 21 janvier 1793 à sa place historique...

Mettre la question de la Constituante à l'ordre du jour!



La situation politique est pour le moins très mouvante : la crise de l’exécutif, marquée par le départ du troisième personnage de l’Etat, Gérard Collomb s’accentue. Macron peine à réformer une équipe gouvernementale. Il tente l’ouverture en direction de deux personnalités du PS, qui à juste titre, refusent la main tendue. Il est question de reporter l’application de la réforme des retraites après les élections européennes, ce qui ne veut pas dire que Macron veut y renoncer bien sûr. La concertation désastreuse des confédérations ouvrières avec l’exécutif ne fait que permettre au gouvernement de ne pas y renoncer. 
La décomposition du parti socialiste connait une nouvelle étape : le départ des représentants officiels de son aile gauche, Emmanuel Maurel et Marie Noëlle Lienemann, marque la fin d’une histoire, celle du Parti d’Epinay de François Mitterand. Dans un parti de tradition social-démocrate, il y a place pour des courants, les uns traduisant les intérêts des couches moyennes, d’autres le lien avec le mouvement ouvrier. La politique faite, et ce depuis 1983, par les gouvernements dits « socialistes » a considérablement amenuisé ce dernier lien. Olivier Faure a beau fustiger des comportements « indignes de notre histoire », après la scission de son aile gauche, qui fait mouvement vers le Mouvement de la France Insoumise (MFI). Il a beau épingler le populisme de « gauche » lorsqu’il déclare à la dernière réunion de direction nationale : « Notre culture à nous, c'est bien sûr de rester souverains, mais de refuser le souverainisme. Notre culture à nous, ce n'est pas de vouloir jouer le peuple contre les élites ». Un parti socialiste qui n’a plus d’aile gauche, est un parti qui est devenu autre chose que social-démocrate. Et c’est la politique qu’endosse aujourd’hui Olivier Faure qui a pavé hier la route à Macron. Déjà François Hollande, avec le mouvement des transcourants il y a vingt ans, puis Manuel Valls récemment, voulaient abandonner la conception du parti, expression des forces du travail… Manuel Valls envisageait même d’abandonner la forme parti. Emmanuel Maurel et Marie Noëlle Lienemann le quittent parce qu’il n’y a plus de place en son sein pour défendre des positions favorables au salariat. Mais sans aile gauche, ce parti est mort.

Comment penser aujourd’hui l’alternative politique ? Ni les élections européennes du printemps 2019, qui verront une abstention massive des couches populaires et de la jeunesse, ni l’attente des présidentielles de 2022 pour qu’on se débarrasse enfin de Macron – avec quels dégâts dans le contrat social issu de la Résistance et de la Libération – ne sont une issue.  La question d’une intervention directe des citoyens pour redéfinir un projet de civilisation est posée : refuser l’augmentation de la CSG pour les retraités, s’opposer efficacement demain à la réforme des retraites, à la privatisation de la protection sociale, à la destruction des services publics, reconstruire une école qui garantisse la transmission des savoirs fondamentaux à tous les enfants… tous ces éléments se concentrent aujourd’hui sur le comment y aboutir.

Une question commence à émerger : celle de la Constituante

Ainsi le groupe communiste, républicain, citoyen et écologiste (CRCE) au Sénat déclare qu’ « il est temps de changer la Constitution » et en appelle à « une mise en débat avec le peuple par le peuple et pour le peuple d’une nouvelle Constitution. » Lors d’une prise de parole à l’Assemblée Nationale le 4 Octobre, Jean Luc Mélenchon, au nom du groupe parlementaire de la FI, a pris position pour « une assemblée constituante pour redéfinir la règle du jeu politique et pour que le peuple se ressaisisse de ses institutions ». En dehors de formations ayant une représentation parlementaire, des regroupements de citoyens existent sur cette orientation : ainsi, par exemple, l’association pour une constituante d’André Bellon, ex-député socialiste, se prononce pour un nouveau contrat social, qui sera défini par le peuple lui-même, au terme d’un processus constituant. Notre volonté de faire de « l’Espace Citoyen du Val d’Yerres » un outil d’éducation populaire dont les citoyens se saisissent pour réinvestir le champ politique qui les concerne, participe de ce mouvement. Le journal du POID, la Tribune des Travailleurs du mercredi 10 octobre, consacre son éditorial à la Constituante… On soulignera les lignes suivantes :

« C’est une évidence : l’urgence est d’en finir avec la Vème République et de permettre au peuple de prendre la responsabilité de nouvelles institutions. L’urgence c’est la convocation d’une Assembl2e Constituante. A condition qu’elle soit réellement souveraine, composée de délégués élus, mandatés, révocables, à la proportionnelle intégrale des partis ; à condition qu’elle dispose de tous les moyens de la souveraineté, qu’elle soit dotée de tous les pouvoirs de décider des formes et du contenu social de la démocratie. »

En dehors du vieux système bonapartiste usé, issu du coup d’Etat à froid de Charles De Gaulle en 1958, utilisant la crise algérienne pour s’imposer contre la démocratie, il n’y a pas d’autre issue que de définir un nouveau contrat social, qui ne peut être discuté et promu que par un mouvement du peuple lui-même. Après avoir dénoncé le « coup d’Etat permanent » fondé par la constitution de la Vème république, le mitterandisme porte la responsabilité historique de lui avoir offert un ballon d’oxygène. Mais attention à l’écueil à éviter : il n’y a pas d’un côté le peuple et de l’autre l’oligarchie. Dans un processus constituant, toutes les classes sociales se mettent en mouvement, celles qui ont intérêt au changement, la petite bourgeoisie appauvrie, les petits entrepreneurs, les forces du salariat et de la jeunesse, y compris les couches sociales dominantes qui se disposeront pour s’opposer au processus constituant. La question restera toujours celle de la classe sociale qui l’emportera pour faire aboutir ou non les nouvelles règles sociales.

Il nous faut élaborer une politique dans cette direction, car la seule alternative que nous imposera ce système ne peut dériver que vers une solution à l’italienne du type Salvini : un accord de gouvernement entre un parti populiste très « gazeux » à la Pépé Grillo allié à l’extrême droite. Je m’étonne que des militants issus de l’extrême gauche française trouvent des aspects sociaux progressistes à la politique qui s’applique en Italie. On soulignera depuis quelques mois la spectaculaire conversion de Denis Collin et de Jacques Cotta, animateurs de la Revue électronique « La Sociale », au populisme dit de « gauche ». Le dernier article commis par le journaliste et militant Jacques Cotta le 11 octobre titre : « Le soutien de tout « progressiste » à la politique italienne ne devrait-il pas être sans faille ». Quid de la crise des migrants et des positions racistes des ligues du nord ? Il y a quelques mois, dans une ligne de soutien sans faille, au nouveau populisme version Mélenchon de 2014, Denis Collin prenait position pour liquider la vieille gauche et construire un Rassemblement National Populaire (RNP). Il avait dû oublier au passage que le mouvement qui avait été construit dans la collaboration vychiste par un certain Marcel Déat en 1941 s’appelait lui aussi le RNP : mouvement politique qui a fait illusion à l’époque sur des militants décontenancés par la crise de la gauche face à la guerre : on a vu même des militants issus du PCF, du PSOP de Marceau Pivert, de la SFIO et des cadres du syndicalisme confédéré gagnés au thèse planistes, s’engager dans cette aventure. Le problème n’est pas de savoir si la politique de Salvini contribue à faire exploser l’Union Européenne, ni que sa politique sociale vise à répondre de manière du reste mesurée aux revendications sociales, mais où il veut nous emmener. Je rappelle, pour mémoire, que les régimes fascistes de Mussolini et d’Hitler, se sont appuyés sur une politique de grands travaux pour embaucher les laisser pour compte de la grande crise des années 1920 et en s’assurant de ce fait un soutien dans le prolétariat. Ce n’est pas neuf. Il faut rompre avec ce qui n’est aujourd’hui que l’illusion populiste, et qui demain ne peut accoucher que de nouveaux monstres. La pourriture du système actuel ne peut aboutir qu’à une solution de ce type.

Je pense qu’il est plus que temps d’ouvrir la discussion sur cette question de la Constituante et de prendre des initiatives.

 


 

La mise en examen de Panayiotis Lafazanis est une sinistre première pour la deuxième république grecque, du jamais vu depuis la dictature des colonels

Source : https://unitepopulaireparis.wordpress.com/2018/10/12/la-mise-en-examen-de-panayiotis-lafazanis-est-une-sinistre-premiere-pour-la-2e-republique-hellenique-du-jamais-vu-depuis-la-dictature-des-colonels/

Vendredi 12 Octobre 2018


Un long réquisitoire à charge invoquant une bonne partie du code pénal grec.

Déclaration de Panayiotis Lafazanis, secrétaire d’Unité Populaire

L’intimidation et les poursuites vindicatives contre ma personne ne passeront pas comme cela. C’est avec un sentiment de dégoût et de honte pour la déchéance de mon pays, que j’ai aujourd’hui réceptionné la convocation de déférer devant  la direction de la sécurité de la région d’Attique, plus précisément, prenez bien note, devant le département de la protection de l'état et du régime républicain, dans le cadre d’une enquête préliminaire ordonnée par le procureur général d’Athènes.

Cette convocation, en vue d’une mise en examen, concerne des accusations relatives à une bonne partie du code pénal grec, encore même à la législation qui concerne le port et usage d’arme et les pétards et feux d’artifice. Il s’agit en réalité de la criminalisation de mon action contre les ventes aux enchères, action pour la défense des résidences principales et des biens des foyers populaires.

Force est de constater qu’aujourd’hui en Grèce nous sommes face à un gouvernement qui brade le pays tout entier, au point de légiférer un transfert de propriété de sites archéologiques et de monuments historiques au fonds des biens publics à privatiser, organisme sous administration étrangère.

Nous sommes face à un gouvernement d’exécutants, incarnant la subordination totale et la colonisation du pays, un gouvernement devenu un pion entre les mains de centres impérialistes sans scrupules.

Un gouvernement qui, en substance, abolit la démocratie et gouverne en s’appuyant sur les forces de police anti-émeute et l’usage des gaz chimiques contre les manifestants.

C’est bien le gouvernement de la paupérisation généralisée, s’appuyant essentiellement sur le consensus des partis politiques de l’establishment oligarchique, qui semble avoir désormais fait le choix d’inaugurer une nouvelle ère de répression politique sans nuances ni prétextes, répression vindicative en ce qui concerne ma personne, afin de faire céder la résistance, le moral et la dynamique ascendante de ces mouvements et forces politiques qui ne se soumettent pas, ne baissent pas la tête, ne se laissent pas abattre, ne se découragent pas et ne désarment pas suite à la désillusion, mais qui au contraire, continuent à brandir les drapeaux de la gauche, celle que le gouvernement a trahie mais qui reste cependant toujours vivante en animant le grand projet toujours d’actualité d’une société d’humanité et de liberté.

C’est bien la première fois que je subis des poursuites judiciaires depuis l’époque de répression politique subie de la part de la junte militaire du colonel Georgios Papadopoulos, puis du général de brigade Dimitrios Ioannidis. Ce n’est pas pour moi une tragédie, mais c’en est une pour mon pays, car je suis le premier responsable de parti politique démocratique de la période post-dictature, qui est convoqué pour répondre à des accusations clairement politiques mettant en jeu une bonne partie du code pénal grec. Elles m’ont été adressées, et j’y trouve de l’ironie, par le département de la défense de la sécurité de l'état et de la protection du régime républicain.

Il est bien connu que de telles pratiques sont aujourd’hui appliquées en Turquie voisine. Je les combats personnellement lorsqu’elles ont lieu là-bas, non seulement en les dénonçant depuis Athènes mais en me rendant encore sur place, à Ankara et à Istanbul.

Le gouvernement, et l’ensemble de l’establishment qui soutiennent la politique des mémorandums, ne sont pas seulement dérangés par ma position politique et la lutte d’Unité Populaire pour la défense des résidences principales contre des mises aux enchères injustes, arbitraires et non démocratiques. Ils ne sont pas dérangés seulement par nos luttes contre les débranchements des compteurs d’électricité des foyers modestes prévus de s’intensifier dans les mois à venir, au point d’en devenir un cauchemar pour la société.

Ils ne sont pas même dérangés seulement par notre résistance politique et sociale en faveur de salaires et de retraites décentes, des acquis salariaux et des droits sociaux.

Le gouvernement et tout l’establishment qui imposent les mémorandums ou qui en profitent, sont essentiellement dérangés par la dynamique ascendante d’Unité Populaire, qu’ils tentent vainement de dissimuler par leurs faux sondages,  dérangés par le fait que cette dynamique pourrait modifier la carte politique dans un futur proche et envoyer aux poubelles toute cette partie de la Grèce qui porte la décadence, la corruption, l’escroquerie politique, la collusion d’intérêts, l’appropriation frauduleuse des biens d’autrui et la servitude volontaire aux puissances étrangères.

La répression exercée envers ma personne n’a pas le but de m’intimider. Mes anciens camarades, haineux et vindicatifs, de la direction de SYRIZA et du gouvernement, me connaissent assez pour savoir que cela ne passera pas comme cela.

La persécution envers ma personne ainsi qu’envers les trois militants qui ont comparu Mardi 9 Octobre 2018 au palais de justice d’Athènes suite à leur résistance aux enchères, les vingt militants réprimés pour la même raison à Volos, les quinze militants poursuivis à Nafplio et les deux militants de Thessalonique , a pour but de réprimer tout un mouvement,  qui s’étend et marque bien l’étape traversée aujourd’hui par la Grèce, un mouvement qui effraie et menace certains, qui est efficace et qui enregistre des victoires.

Nous assurons les faussaires politiques, les vindicatifs haineux et les fous du pouvoir, qui aspirent à rivaliser dans les persécutions les pires moments d’intolérance qu’a connus notre pays au cours de la période après la guerre civile, qu’ils n’arriveront à intimider personne et que leurs sinistres desseins anti-démocratiques tomberont à l’eau.

Les jours de leur pouvoir non démocratique sont comptés, car la Grèce fera l’expérience d’un nouveau printemps et d’un nouvel espoir, en laminant les forces destructives qui portent aujourd’hui les mémorandums et l’austérité.

 


La direction de la Confédération Générale du Travail (CGT) face à une fronde d’extrême gauche

Source: http://social.blog.lemonde.fr/2018/10/05/la-direction-de-la-cgt-face-a-une-fronde-dextreme-gauche/

Vendredi 5 Octobre 2018


« Un cap est franchi », dans un courrier adressé le 26 septembre 2018 au bureau confédéral de la CGT, à sa commission exécutive et à son Comité Confédéral National (CCN), et que le Monde s’est procuré, Olivier Mateu, le secrétaire général de l’union départementale des Boûches-du-Rhône de la CGT estime que la centrale vient d’entériner « l’effacement, voire la négation de l’antagonisme existant entre exploiteurs et exploités ». L’objet de ce courroux est la lettre co-signée le 25 septembre 2018 par Philippe Martinez et les dirigeants des quatre autres confédérations représentatives, la Confédération Française Démocratique du Travail (CFDT), la CGT Force Ouvrière, la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens (CFTC) et la Confédération Française de l'Encadrement Confédération Générale des Cadres (CFE CGC), à l’intention des organisations patronales pour proposer un agenda social de négociations et délibérations interprofessionnelles. Dans ce courrier les cinq syndicalistes se disent « très attachés au dialogue social et à la négociation collective interprofessionnelle entre les interlocuteurs sociaux ».

C’en est trop pour Olivier Mateu, « nous n’avons jamais partagé la démarche consistant à considérer qu’il pouvait être bénéfique pour le monde du travail que la CGT s’inscrive dans une démarche visant à considérer les organisations patronales et la plupart des organisations syndicales qui, depuis des années maintenant, accompagnent tous les mauvais coups, pour des partenaires ». Dénonçant les mesures réactionnaires et autoritaires qui frappent à ses yeux les travailleuses et les travailleurs, le secrétaire de l'union départementale des Bouches du Rhône s’alarme, « nous voilà signataires d’un courrier s’inquiétant du bénéfice que pourraient tirer les entreprises d’un dialogue social qui ne sera jamais rien d’autre qu’un moyen d’empêcher toute démocratie sociale dans l’entreprise ».

Olivier Mateu accuse les instances de direction de la CGT d’avoir perdu de vue « la répression féroce qui s’abat contre nos militants dans les entreprises et les milliards d'euros que les patrons nous volent. En quoi ce courrier nous met-il à l’avantage quant au rapport de force que nous avons à construire pour imposer d’autres choix de progrès et de justice sociale au patronat et au gouvernement ».  Cette lettre, ajoute-t-il, « tend à dédouaner le patronat de ses responsabilités en donnant à penser que nous aurions, eux et nous, des intérêts communs à défendre contre un gouvernement qui n’a de cesse d’agir dans les intérêts du patronat et de la finance ».  En conclusion, face à cette union contre-nature, il réclame un « nécessaire débat sur la stratégie à mener pour aller à la gagne sur des contenus clairement de progrès et bénéficiant à toutes et à tous ».

C’est à la suite d’une révolution de palais, au mois de février 2016, qu’Olivier Mateu, sympathisant de l’association d’extrême gauche Rouges Vifs, avait été porté à la tête de l'union départementale des Boûches-du-Rhône. Cet événement avait fait suite à l’éjection, selon la formule du groupuscule orthodoxe « où va la CGT », de Thierry Pettavino, jugé trop proche de la direction de la confédération et pas assez combatif. Olivier Mateu, qui s’inquiétait de l’abandon du syndicalisme de lutte des classes par la CGT, avait ensuite prononcé, le 18 avril 2016, le discours d’ouverture du cinquante et unième congrès confédéral à Marseille.

Depuis cette date, Olivier Mateu a continué à incarner une ligne pure et dure, refusant le moindre compromis avec le gouvernement et le patronat. Dans une interview au journal communiste de la Marseillaise,  au mois de juillet 2018, il affirmait sa volonté de poursuive et d’amplifier le mouvement social lancé par la grève des cheminots, « je pense que le rythme que nous impose le gouvernement illustre le fait qu’il n’a pas de majorité dans ce pays pour mettre en oeuvre la remise à plat du modèle social qu’il porte avec le patronat. Ils ont besoin d’aller vite et ils mènent cette stratégie du chaos ».

A quelques mois du cinquante deuxième congrès de la CGT, au mois de mars 2019 à Dijon, Philippe Martinez est ainsi confronté à une offensive d’une extrême gauche qui se veut beaucoup plus radicale que lui. Reste à savoir si cette initiative de l'union départementale des Bouches du Rhône fera tâche d’huile, notamment dans la mouvance trotskiste, ou s’il s’agira d’un acte isolé.

 


 

Clémentine Autain au ban des insoumis, par Rachid Laïreche

Vendredi 5 Octobre 2018

Source : https://www.liberation.fr/france/2018/10/05/immigration-clementine-autain-au-ban-des-insoumis_1683502

 


 

Clémentine Autain, députée de Seine Saint Denis du Mouvement de la France Insoumise (MFI) a vécu une réunion de groupe houleuse à l'assemblée nationale. Les autres parlementaires de son parti lui ont reproché d'avoir signé le manifeste rédigé par les rédactions de Mediapart, de Politis et de Regards, pour l’accueil des migrants.

Clémentine Autain vient de vivre une semaine étrange. Elle s’est retrouvée au milieu des regards et des débats, seule face au reste des députés du MFI, en raison du manifeste rédigé par les rédactions de Mediapart, de Politis et de Regards, pour l’accueil des migrants.

Contrairement à la députée de Seine-Saint-Denis, Jean-Luc Mélenchon et les siens ont refusé de le signer. Un désaccord sur le fond qui a laissé place à la polémique. Plusieurs têtes à gauche ont regardé de travers les élus du MFI, estimant que Jean Luc Mélenchon minimise le sujet pour ne pas perdre les classes populaires qui s’opposent à la venue des migrants, une accusation qui passe mal chez les insoumis.

Mardi 2 Octobre 2018, les députés du MFI se sont retrouvés au Palais-Bourbon pour leur réunion hebdomadaire. Le manifeste s’impose dans les discussions. Clémentine Autain se retrouve seule face aux seize autres députés. Tension et accusations, « la réunion a été franche, nous nous sommes dit les choses », souffle Ugo Bernalicis sans s’épancher sur les détails. Ils lui reprochent sa signature, sa justification, elle a publié un long texte sur les réseaux sociaux, et sa naïveté.

Un présent dit que « nous avons un désaccord sur le fond, ce n’est pas le plus grave, mais elle ne se rend pas compte que les initiateurs du manifeste se servent d’elle pour affaiblir le MFI ».
Clémentine Autain compte des soutiens à l’extérieur du groupe. Un élu de gauche dit que « son avis n’est pas le même que les députés du MFI, mais il est partagé par beaucoup de militants du MFI. Mais comme Jean Luc Mélenchon pense que la terre tourne autour de lui, Clémentine Autain morfle ». Un ami de la députée dit que « Jean-Luc Mélenchon n’a pas fait les choses à moitié, il lui a montré qu’il savait être méchant et elle a vu passer la réunion ». Contactée par Libération, la députée de Seine-Saint-Denis refuse de commenter la situation. Elle n’a pas envie de vivre une nouvelle réunion de groupe compliquée. Elle dit seulement qu’elle n’est pas naïve et qu’elle ne regrette pas sa signature. Le sujet est trop important.

Résultat, l’ambiance n’est pas au top entre Clémentine Autain et ses copains insoumis. Vendredi 5 Octobre 2018, un petit mail a ajouté une petite touche de crispation. L’équipe de presse du MFI a envoyé aux journalistes les lieux de mobilisation des députés du mouvement présents ce week-end aux rassemblements, un peu partout dans le pays, pour sauver l’Aquarius et le sauvetage en mer et le nom de Clémentine Autain ne figure nulle part. Elle a écrit sur la boucle Telegram des députés, à la recherche d’explications. Ce serait une simple erreur de communication, selon l’attachée de presse. Tout est rentré dans l’ordre.

Son inquiétude n’est pas fortuite. Ce n’est pas la première fois que Clémentine Autain se retrouve au milieu d’une baston interne. Il y a quelques mois, après une interview à Politis, elle militait pour la reprise du dialogue entre les familles de gauche, la députée avait eu droit à une réunion houleuse et son nom et sa photographie avaient disparu d’un événement, un genre de punition.

 


Le parlement catalan appelle à l'abolition de la monarchie et rejette le discours de Philippe VI contre le référendum

Source : https://www.eldiario.es/catalunya/politica/Parlament-Felipe-VI-referendum-abolicion_0_823817899.html

Jeudi 11 Octobre 2018


 

Les indépendantistes et Catalunya en Comu unissent leurs voix pour censurer la position du roi qui a soutenu la violence contre le référendum. Le parlement catalan demande l'abolition de la monarchie car il la considère comme une institution dépassée et antidémocratique

Deux votes ont été nécessaires sur le même sujet, mais le parlement catalan a approuvé le second pour condamner le discours que le roi Felipe VI a prononcé à la télévision le 3 octobre 2017, à propos du référendum qui avait eu lieu en Catalogne deux jours auparavant. La condamnation a eu lieu à la demande de Catalunya en Comu et grâce aux votes des deux principales formations indépendantistes, Junts per Catalunya et Esquerra Republicana de Catalunya (ERC), et à l'abstention de la Candidature d’Unité Populaire (CUP).

Dans la proposition de résolution adoptée, le parlement catalan a estimé que le roi justifiait par son discours les violences par lesquelles la police et la Guardia Civil avaient tenté d'arrêter le référendum du premier octobre 2017. C'est pourquoi le parlement catalan a rejeté et a condamné la position du chef de l’état dans le conflit catalan, qui avait déjà été mise en cause par les forces souverainistes catalanes à partir du moment où elle a été prononcée.

Parallèlement à cette condamnation, le parlement catalan a réaffirmé son attachement aux valeurs républicaines et il a directement revendiqué l'abolition de la monarchie, la considérant comme une institution dépassée et antidémocratique. Dans la même initiative parlementaire, les menaces liées à l'application de l'article cent cinquante-cinq et à l’interdiction des partis indépendantistes catalans sont condamnées, deux questions qui sont proposées par les formations centralisatrices de droite ces dernières semaines.

Catalunya en Comu a présenté la résolution approuvée après avoir rejeté une autre résolution dans le même sens de Junts per Catalunya, Mardi 9 Octobre 2018, ce qui a généré une controverse entre les militants de la formation. Le groupe de Jéssica Albiach a affirmé qu'il ne pouvait pas voter pour un texte qui inclurait l'objectif de l'indépendance, comme le proposait la proposition, ce avec quoi son groupe n'est pas d'accord. Toutefois, lors de la séance plénière du Jeudi 11 Octobre 2018, la motion visant à rejeter la position de Felipe VI est revenue sans référence au débat national.

Elisenda Alamany, porte-parole du groupe de Catalunya en Comu, a célébré l'approbation de cette initiative, soulignant que le parlement catalan était devenu le premier parlement de l’état à condamner le roi et accompagnant le message d'une image du roi la tête en bas.

 


Feux et Lumière, le film de Pierre Schoeller « Un peuple et son roi », par Robert Duguet



La Révolution Française est le moment fondateur de notre histoire moderne qui a été singulièrement maltraitée par les cinéastes : entre le Renoir de la Marseillaise soutenu par le PCF et la CGT de la période stalinienne, un Guitry dont le projecteur reste braqué sur la vie à Versailles dans son Si Versailles m’était conté et un Philippe de Broca, nostalgique de la monarchie avec Chouans et une comédie sans envergure des Mariés de l’an II, il a fallu le Danton de Wajda pour rencontrer un peu de grandeur historique.

Un peuple et son roi, ce sont sept années de travail de Pierre Schöeller pour mener à bien ce projet d’une fresque historique sur la Révolution Française qui va de la prise de la Bastille à l’exécution du roi Louis XVI, le 21 janvier 1793 . Sept années de travail dans les archives, de dialogue avec les historiens, de travail avec les décorateurs, costumiers, comédiens avec un seul souci : filmer un peuple dans une période révolutionnaire qui s’ouvre, dans une vie quotidienne faite des séquences de vie les plus simples, voire triviales.

Le film commence sous le faste devenu désuet de Versailles le jeudi « saint » de l’année 1789 : à la façon du Christ lavant les pieds de ses apôtres la veille de sa passion, le monarque lave ceux des enfants pauvres. Il rappelle par là le caractère de la monarchie française de droit divin. La caméra se déplace alors dans les faubourgs bouillonnant de Paris, à l’ombre des tours de la Bastille, dans l’atelier d’un maître verrier. Symbolique de l’ombre et de la Lumière…

Ceux qui voient dans la Révolution Français uniquement ce qu’en expriment ceux et celles qui l’ont représentée dans la constituante, à la Législative ou à la Convention – l’histoire faite par les grands hommes – n’aimeront pas ce film. Ils lui reprochent d’ores et déjà son caractère brouillon ou étrange : ainsi l’article commis par Olivier Lamm dans le journal Libération développe les méchancetés suivantes :

« Toute l’étrangeté d’Un peuple et son roi provient du fait que le film, malgré ses inventions, n’en contient aucune, pas plus qu’il n’abrite le moindre personnage, la moindre interaction qui soit plausible, la moindre incarnation. On comprend bien la volonté de Schöeller de remettre à plat la Révolution, de la repolitiser en quelque sorte en opposant les grands mots et les symboles face à la réalité - de quelles libertés, égalités, fraternités la période 1789-1793 fut-elle effectivement le terreau ? Mais comment expliquer alors l’étroitesse à l’écran de son petit théâtre d’idées, brouhaha de commentaires sur l’action politique qui n’aboutit à rien d’autre qu’à du trépignement ? De la maladresse de ces images incapables d’aboutir à un quelconque énoncé ou, pire encore, à celui inverse de celui escompté, telle cette éclaboussure de sang du roi décapité finissant dans les mains d’un enfant ? Le ratage de Pierre Schöeller est d’autant plus déroutant qu’en échouant à apporter un souffle vivant à son projet, il échoue à faire honneur à sa passion au moins autant qu’à celles de ses héros, qu’il finit par abandonner à leur destin quand ils proclament «la liberté ou la mort ».

C’est le pari fait par le cinéaste : dans une période où ceux qui sont en haut ne peuvent plus gouverner comme avant, et où ceux d’en bas ne peuvent et ne veulent plus continuer à accepter le joug qu’on leur impose, un peuple se met en mouvement, sans savoir exactement où il va. C’est précisément ce caractère brouillon et étrange, qui s’exprime par divers types sociaux campés par le cinéaste, qui porte ces masses d’hommes et de femmes en mouvement vers la conscience : comment un peuple, à travers sa relation avec son Roi,  va rompre avec des siècles de monarchie pour finalement se donner une République une et indivisible qui commence par un « régicide ». Comment sa représentation va concilier la démocratie à définir avec le principe monarchique, et comment le Roi et sa caste isolée va rompre avec son peuple, rendant l’issue inéluctable. Comment le rapport du peuple des faubourgs, les « sans dents », va se nouer avec la représentation qu’il s’est donné par le suffrage universel : les travaux de la Législative, puis de la Convention se tiennent sous la pression des sections et des clubs qui forcent la main des élus, lorsque ceux-ci ne veulent pas aller dans le sens voulu par la population : on en rêve d’une situation pareille, avec cette Vème république quasi-monarchique qui n’en finit pas de crever!

Dans un dialogue entre Pierre Schöeller et l’historien Patrick Garcia, l’artiste dit ceci :

"Les enfants sont là dans la ville. Ils sont là dans la rue, ils travaillent. C'est un temps où si on ne travaille pas, on ne mange pas. Le peuple de Paris a traversé la Révolution, il est là à la Bastille, au Champs-de-Mars. La Révolution devient quelque chose de très humain et plus un cours d'Histoire. Aussi, il était très important qu'il y ait une sensibilité politique des femmes. Les comédiennes sont magnifiques. Les chants des femmes, c'est la vie, la jeunesse, la spontanéité...Je voulais le mettre au cœur du film"

Et plus loin :

"C'est un même monde. Ce n'est pas l'un contre l'autre. Robespierre est chahuté au début et 2-3 ans après, on l'écoute dans un silence de cathédrale. La Révolution, ce sont des anonymes qui peuvent avoir un rôle très fort dans l'Histoire".
"Je ne sais pas. La politique appartient à tous. Il ne faut pas penser que la politique appartient à quelqu'un. Elle fait partie de la vie. Là, dans ce film, j'ai essayé de retrouver un sentiment de satisfaction, de montrer qu'on peut changer le monde, que l'égalité ce n'est pas un vain mot, qu'au contraire c'est un mot fort, tout comme la fraternité qui peut être un mot joyeux".

L’année 1791, baptisée année des trahisons : la machine s’emballe. Le Roi fuit à Varennes. Le gouvernement, sous l’influence de Lafayette, fait tirer sur les manifestants du Champs de Mars : ceux là même, y compris dans le peuple, qui ne souhaitaient pas toucher au principe monarchique, sont entrainés plus loin qu’ils ne l’avaient voulu. Les gens du faubourg Saint-Antoine interviennent à l’Assemblée nationale, puis à la Convention. Ils débattent dans les clubs, prennent les armes.
Pierre Schöeller fait revenir sur la scène de la révolution des personnages oubliés par l’histoire officielle, les textes des interventions sont soigneusement choisis. Le rapport entre les sans grades et la représentation politique est constamment traité. Sans cette pression de la base, la révolution n’aurait pas été aussi loin qu’elle ne l’a été : on voit se dérouler le combat pied à pied que mènent Barnave – partisan éclairé de la monarchie constitutionnelle – et les députés girondins, pour limiter la révolution à ses revendications bourgeoises et donc sauver le principe monarchique. Rappelons la formule de Marx : le jacobinisme va alors aider la bourgeoisie à se libérer de ses ennemis féodaux, malgré ses propres réticences. Le 21 janvier 1793 la révolution ira à son terme.

Vous qui êtes saturés par la petitesse des personnages politiques que nous subissons à nos dépens, allez voir ce film, il donne des raisons de continuer à combattre. Une génération d’hommes ce n’est rien à l’échelle de l’histoire, puisque les élites de la nôtre – à gauche j’entends – s’est vautrée dans le mitterandisme et la trahison. La vieille taupe continue de creuser !

 


Si Emmanuel Macron connaît une rentrée compliquée, celle de Jean-Luc Mélenchon n’a pas été moins délicate au sein de son parti, par Le Parisien

Source: http://m.leparisien.fr/amp/politique/la-france-insoumise-une-rentree-delicate-pour-melenchon-06-10-2018-7912485.php



Les Insoumis ont attaqué la rentrée à bloc, le cartable plein de certitudes. Celles de s’être installés comme les principaux opposants à Emmanuel Macron, d’être la première force à gauche. Et résolus à entrer dans la bataille des européennes pour bousculer le pouvoir — à l’aune d’un scrutin dont ils veulent faire un « référendum anti-Macron ». Mais de l’immigration aux européennes, en passant par l’organisation interne du mouvement, la rentrée des Insoumis a, elle aussi, été jalonnée de polémiques et de malaises internes.

La question migratoire a été la première à faire tanguer le navire. On a vu les députés et cadres Insoumis déboussolés face aux déclarations polémiques, voire hostiles de leurs alliés allemands au sujet de l’immigration cet été. Coincés entre la défense d’une nécessité d’accueil traditionnelle à gauche et une ligne « patriote » de défense des frontières qui parle à une frange de l’électorat LFI. Sujet « nullement » délicat, a tenté de balayer Mélenchon, invectivant « ceux qui organisent l’immigration […] pour faire pression sur les salaires ».

Aucun malaise, donc ? La polémique a pourtant rejailli tout récemment, alors que le chef des Insoumis a refusé de signer le manifeste « Pour l’accueil des migrants », lancé par les revues « Regards », « Politis » et par Mediapart, pourtant signé par toute la gauche. Ian Brossat, Yannick Jadot, Olivier Besancenot ou Benoît Hamon n’ont pas manqué de tomber à bras raccourcis sur les Insoumis… Qui dénoncent un « stratagème » et une volonté d’instrumentaliser l’immigration pour stigmatiser LFI.

Les «démocrates insoumis» exclus sur-le-champ

Le mouvement a d’ailleurs connu quelques remous, avec la constitution en interne d’un courant de « démocrates insoumis » qui réclamaient davantage de débat et de démocratie au sein d’une organisation qu’ils estimaient tenue par une poignée de proches de Mélenchon. Exclus sur-le-champ ! « On est un certain nombre à être très agacés par cette organisation, admet un orateur national de LFI proche de Mélenchon. Il y a des affrontements internes dans le mouvement, comme dans d’autres partis. La France insoumise n’en est pas exempte. »

Autre point de tension et non des moindres : les européennes. Le retour au sein de l’équipe de campagne de la sulfureuse Sophia Chikirou — ex-patronne du Média empêtrée dans une guerre avec les cofondateurs de la webtélé — a jeté un froid entre les deux têtes de la future liste LFI aux européennes, Manuel Bompard et Charlotte Girard, cette dernière n’ayant pas été prévenue. Le très plausible accueil sur la liste Insoumise de socialistes repentis inquiète aussi. « Que finisse cette longue solitude pour moi d’avoir été séparé de ma famille », avait lancé Mélenchon à Marseille à l’aile gauche du PS, dont la figure de proue, l’eurodéputé Emmanuel Maurel, pourrait lâcher les socialistes. « Il y en a qui redoutent qu’on fasse un nouveau PS. Que Mélenchon se redéfinisse comme socialiste, ça a braqué en interne », confie en off un député. Et certains militants ne comprennent pas la main tendue au PS, quand LFI boude les communistes, considérés comme des alliés plus naturels.

Si le vaisseau Insoumis navigue pour le moment en tête à gauche, à quelques mois des européennes, Mélenchon tâtonne, tente d’élargir son audience. Au risque d’envoyer un message parfois brouillé à sa base et de décontenancer ses fidèles de la première heure.

 


Les réfugiés et les migrants des années 1930 qui n’ont pas été accueillis ont été liquidés par le nazisme et le fascisme.

« La crainte et l’espoir sont les pires ennemis de l’homme », par Jacques Kirsner

Source : http://www.clubpolitiquebastille.org/spip.php?article219

Vendredi 5 Octobre 2018


 

Dans l’histoire de la cinquième république, c’est la première fois que deux ministres d'état démissionnent. Au total, en quinze mois, trois ont disparu sans compter quatre autres ministres. Jusqu’alors, la règle c’est que le président se séparait des ministres quand il le décidait. Nicolas Hulot et Gérard Collomb sont partis sans même prévenir le président de la république.

Emmanuel Macron refuse sa démission et le ministre de l’intérieur s’en va. Il ne veut plus gouverner. Gérard Collomb c’est le premier et alors le seul qui a soutenu le candidat Emmanuel Macron. L’ancien ministre de l’intérieur, c’est Lyon, une partie de la bourgeoisie et bien sûr la franc-maçonnerie.

Pour Emmanuel Macron, c’est une situation d’autant plus catastrophique que plusieurs ministres sont menacés par la justice.

Dans le Figaro sous le titre « Emmanuel Macron, le masque tombe », l’éditorialiste Ivan Rioufol écrit que « le pouvoir ressemble au Titanic dont le ministre de l’intérieur vient de s’échapper, Mardi 2 Octobre 2018. Le naufrage sera difficile à éviter ».

La crise gouvernementale aggrave la situation politique. Emmanuel Macron, pour tenter de reprendre la main, devrait remanier entièrement son gouvernement, intégrer des politiques et élargir sa base politique. Ce n'était pas simple. Il dévisse à ce point dans les sondages que les candidats encore crédibles se tiennent à distance. Cette situation est inédite dans l’histoire de la cinquième république. C'est un parfum de fin de règne au début de son mandat.

Les camarades nantais dans leur texte sur le bilan de la grève des cheminots ont totalement raison de souligner que, pour stopper le cycle des défaites, les salariés doivent non seulement s’auto-organiser mais combattre le néo-libéralisme en tant que tel, l’alternative politique est dans cette direction. Ce n’est pas rien, d’autant que la situation est marquée par la succession des défaites. La bourgeoisie en crise est à l’offensive. La crise de la domination politique du libéralisme n’implique évidemment pas une réaction à la hauteur.

En reprenant la célèbre citation de Vladimir Lénine sur l’ouverture d’une crise révolutionnaire, nous aurons souvent considéré que la crise du sommet impliquait quasi-automatiquement la mobilisation révolutionnaire du bas. C’est évidemment autrement plus compliqué. Renverser l’ordre des choses n’est pas simplement une affaire de luttes ou de mobilisations. Il faudra du sang et des larmes, d’autant que les appareils syndicaux font tout ce qu’ils peuvent pour soutenir le patronat et le gouvernement, par exemple la prochaine journée d'action du Mardi 9 Octobre 2018. Encore que la politique contre-révolutionnaire des partis et des syndicats ouvriers masque une réflexion plus importante. Quelles sont les possibilités historiques des salariés aujourd’hui ? Je crois que nous surestimons, en relation avec le passé, les capacités de nuisances des appareils. Cette interrogation est, me semble-t-il, importante à discuter.

Actuellement, c’est l’apathie et la démoralisation qui dominent. Emmanuel Macron s’effondre, mais les salariés et la jeunesse sont toujours l’arme au pied. La France n’est d’ailleurs pas seule dans cette situation.

Theresa May est sous le feu de ses camarades du parti conservateur. La bourgeoisie anglaise ne sait comment sortir du Brexit. Même le pays pivot-européen devient ingouvernable. Le gouvernement d’Angela Merkel vacille sous les contradictions et les oppositions, sans oublier l’Italie qui s’affronte avec la commission européenne, comme la Hongrie et la Pologne. L’Europe se disloque.

Nulle part, les salariés, les opprimés et la jeunesse n’interviennent et ne se dressent, comme si cette situation ne les concernaient pas.

L’offensive de Donald Trump met à nu toutes les faiblesses de l’Europe libérale et elle rompt le consensus. Oui à la concurrence mondiale si elle rapporte aux Etats Unis. Sinon, c'est la guerre économique. Si les sanctions de Donald Trump contre l’Europe inquiète, la guerre commerciale contre la Chine panique. Le président américain a lancé un programme de surarmement proprement insensé. Non seulement il créé une nouvelle armée spatiale, mais il donne l’ordre de rebâtir une flotte à neuf. Ce programme dément inquiète même le ministère de la défense des Etats Unis. Le survol de la mer de Chine et la présence de navires américains à proximité des îles revendiquées et occupées par la Chine sont des actes militaires particulièrement préoccupants.

C’est dans cet univers qu'Emmanuel Macron, qui prétendait assurer le leadership en Europe, met en œuvre sa politique avec arrogance.

L’impuissance du mouvement ouvrier et le dialogue républicain avec Jean Luc Mélenchon n’empêche cependant pas la crise gouvernementale de s’élargir, ni l’offensive de se poursuivre. C’est ainsi. Il n’y a pas de réponse politique évidente, mais le chaos est vraiment à l’ordre du jour.

L’affaire des migrants est considérable. Évidemment, il faut recueillir et accueillir tous les migrants qui sont des victimes directes du chaos néolibéral. Les migrants sont les victimes des dictateurs, de la misère et de l’horreur économique. Donc d’abord, il faut les défendre. C’est un devoir élémentaire que seuls les démocrates et le mouvement ouvrier peuvent faire triompher. Malheur à celui qui manque à l’appel.

Les réfugiés et les migrants des années 1930 qui n’ont pas été accueillis ont été liquidés par le nazisme et le fascisme.

Nul ne quitte son pays et son foyer de gaieté de cœur. Accueillir ces victimes, c’est combattre le système qui les précipite, sur les routes et les mers. Sur cette question fondamentale, Jean Luc Mélenchon a pris une position totalement réactionnaire. Espérons que les militants du Mouvement de la France Insoumise (MFI) auront à cœur de manifester leur insoumission.

En ce soixantième anniversaire de la cinquième république, les institutions protègent toujours le président. Nul ne sait si cela durera. À propos de la démocratie et de l’alternative au néo-libéralisme, je suggère de lire ou relire la petite brochure de Jacques Rancière dont le titre est « en quels temps vivons-nous ». Cela résiste au temps.

 


La colère des syndicats de la Confédération Générale du Travail (CGT) suite à l’appel de Philippe Martinez à négocier avec les organisations patronales.

Source : http://www.revolutionpermanente.fr/La-colere-de-structures-CGT-suite-a-l-appel-de-Martinez-a-negocier-avec-le-Medef


Avant d’annoncer que la CGT participerait aux négociations sur l’assurance chômage, le 25 septembre 2018, Philippe Martinez, aux côtés d’autres organisations syndicales, avait déjà adressé aux organisations patronales un courrier afin d’ouvrir l'agenda social des négociations. Une ligne rouge dans la collaboration de classe qui a fait réagir plusieurs branches du syndicat.

Mardi 2 Octobre 2018

C’est aux côtés de la Confédération Française et Démocratique du Travail (CFDT), de la CGT Force Ouvrière, de la Confédération Française de l'Encadrement Confédération Générale des Cadres (CFE CGC) et de la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens (CFTC), que Philippe Martinez avait apposé la signature de la CGT pour se féliciter des négociations qu’il pourrait y avoir avec les organisations patronales. Des négociations sous le signe du progrès social pour les uns qui n’essayent même plus de se cacher de leur collaboration de classe, mais qui s’apparentent bel et bien une trahison pour d’autres, qui ont fait entendre leurs voix à la direction de la CGT.

C'est inadmissible et inacceptable pour les Goodyear qui dénoncent cette décision anti-démocratique prise dans les hautes sphères du syndicat. « Non, la CGT Goodyear n’est pas du tout d’accord pour que la CGT s’unisse avec les ennemis de classe que sont ceux qui non stop dans les entreprises et au niveau national accompagnent la casse et valide tous les accords de régression ».

Dans une lettre, la fédération du commerce, de la distribution et des services de la CGT rappelle qui sont ces interlocuteurs sociaux avec qui va joyeusement discuter Philippe Martinez, « ceux qui ont détruit des milliers d’emplois chez Carrefour, Auchan, Cora, Tati, Brice, Pimkie, Jules, Flunch, Mac Donald et Prévention Sécurité, et qui jettent ainsi des milliers de salariés dans la précarité ». Car ce sont pas moins de vingt mille suppressions de postes qui sont annoncées dans le secteur depuis plusieurs mois. « Comment parler de qualité de vie au travail avec certaines organisations syndicales réformistes qui sont pour l’ouverture des magasins sept jours sur sept et en nocturne. Et pendant la casse sociale, le patronat avec qui nous voulons négocier se remplit les poches avec des dividendes qui ont explosé cette année ».

De même pour l'union départementale des Bouches du Rhône de la CGT qui déclare au bureau confédéral que « nous considérons qu’un cap est franchi, tant le fond que la forme amènent à l’effacement voire à la négation de l’antagonisme existant entre exploiteurs et exploités ».

La CGT Goodyear, en critiquant et en rejetant les politiques de négociations avec le patronat de Philippe Martinez, a rappelé la nécessité que les décisions viennent de l’ensemble des syndiqués et non pas seulement de têtes bureaucratiques.

De son côté, le syndicat de l'information et de la communication de la CGT a publié une lettre aux organisations patronales pour déclarer publiquement que le syndicat n’était en rien signataire de la lettre sur laquelle Philippe Martinez a déposé le cachet de la CGT, signe d’une rupture frontale entre la base et la direction du syndicat aux petits soins avec les patrons-bourreaux.

Contre les politiques de négociation et de contention sociale, ces différents secteurs de la CGT appellent au contraire à se mettre en ordre de bataille à la base contre les réformes d'Emmanuel Macron signant la régression sociale.

 


Le virage répressif du gouvernement Syriza (extraits), par Stathis Kouvélakis et Costas Lapavitsas

Source : https://unitepopulaireparis.wordpress.com/2018/10/07/grece-le-virage-repressif-du-gouvernement-syriza-par-stathis-kouvelakis-et-costas-lapavitsas/

6 Octobre 2018

 


Quand le gouvernement grec aux ordres de l’Union Européenne fait donner la répression policière contre les retraités.


 

Depuis la capitulation de l’été 2015, la question des saisies et des ventes aux enchères est devenue l’un des problèmes les plus épineux pour Alexis Tsipras et son parti. L’accélération du processus sous la pression des banques et de la Troïka a conduit à un affrontement majeur entre le gouvernement et un mouvement dynamique qui s’oppose aux saisies et aux ventes aux enchères des logements. Ce mouvement a pris un nouvel élan après la relance des ventes aux enchères à l’automne 2016. La mobilisation continue de groupes d’activistes déterminés dans les salles d’audience des tribunaux a réussi à annuler des centaines de ventes, ce qui a considérablement ralenti l’ensemble des procédures. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles les banques n’ont pas réussi à atteindre leurs objectifs.

La réaction du gouvernement, obtempérant aux instructions de la Troïka, a consisté à transférer à partir de l’été 2017 la procédure de vente aux enchères vers une plate-forme électronique, activée par des notaires à l’intérieur de leur cabinet, plutôt que d’organiser les ventes dans les tribunaux.

Cela a certainement rendu les actions de protestation plus difficiles à organiser. De nouvelles dispositions législatives, votées au mois de décembres 2017, ont créé un délit spécifique qui prévoit des peines d’emprisonnement de trois à six mois pour celles et ceux qui tentent d’entraver le processus de vente aux enchères. Les actions se sont toutefois poursuivies, même si leur ampleur a été affectée, empêchant de nombreuses ventes aux enchères et rendant les notaires moins enclins à prêter leur concours.

Au cours de cette période, les affrontements avec la police devant les bureaux des notaires se sont multipliés. Des militants filmés et identifiés pendant les actions ont été systématiquement inculpés. Depuis le début de l’année 2018, des dizaines de militants à travers le pays font face à des poursuites judiciaires. Parmi eux, citons Spiros Milios, conseiller municipal d’Ambelokipi-Menemeni, dans la région de Thessalonique, et militant d’Antarsya, la coalition d’organisation d’extrême-gauche. Dans la petite ville de Volos, pas moins de vingt militants sont sous le coup de poursuites, de même que quinze autres à Argos et à Nauplie. Le procès de trois militants contre les saisies a débuté à Athènes le 21 septembre 2018.

Les poursuites à l’encontre des activistes contre les saisies ne sont que l’exemple le plus patent des pratiques autoritaires dont fait preuve le gouvernement d’Alexis Tsipras. La répression a également touché les militants mobilisés contre le projet minier d’exploitation à ciel ouvert par le géant canadien Eldorado Gold à Skouries, dans le nord de la Grèce.

Plus généralement, le gouvernement a eu recours à la force pour réprimer les manifestations contre sa politique, en particulier lorsqu’elles paraissent susceptibles de s’étendre.

L’utilisation de la police anti-émeute contre les retraités n’en est que l’exemple le plus flagrant. Une tendance de fond a commencé ainsi à se dessiner, pour faire face aux réactions que suscite sa politique, le gouvernement s’appuie sur les mécanismes répressifs de l’état profond.

Un seuil symbolique dans cette escalade répressive a été franchi le 26 septembre 2018, quand Panagiotis Lafazanis, une figure respectée de la gauche radicale, a reçu une convocation pour répondre à des accusations concernant sa participation à des actions de protestation hebdomadaire contre les saisies et les ventes aux enchères. Panagiotis Lafazanis était ministre de l’énergie au sein du premier gouvernement d’Alexis Tsipras, entre le mois de janvier et le mois de juillet 2015, et la figure de proue de la plate forme de gauche, qui regroupait à l’époque la majeure partie de l’aile gauche de Syriza. Il est maintenant secrétaire national d’Unité Populaire, un front politique créé pendant l’été 2015, principalement par les forces de la plate forme de gauche, qui ont quitté Syriza et qui ont été rejointes par d’autres organisations de la gauche radicale.

C’est la première fois depuis la chute de la dictature en 1974, au cours de laquelle Panagiotis Lafazanis a été persécuté pour ses activités clandestines au sein du mouvement étudiant et de l’organisation de jeunesse du parti communiste, qu’un dirigeant d’un parti de gauche fait l’objet de poursuites pour son activité politique. Les chefs d’accusation à son encontre concernent des infractions présumées à pas moins de quinze articles du code pénal, sanctionnées par des peines de prison pouvant aller jusqu’à deux ans. S’il est reconnu coupable de toutes les accusations, la peine pourrait aller jusqu’à neuf ans.

Ce qui est également remarquable, c’est que la procédure émane non du procureur mais du département pour la protection de l’état et du régime démocratique, une branche spéciale des services de sécurité censée investiguer les activités liées au terrorisme et qui menacent la démocratie. Ce département a été créé en 2000, par les gouvernements modernistes du PASOK, alors que la Grèce s’apprêtait à rejoindre l’union monétaire. Il a été modernisé en 2011, suite à la mise en place des plans d’austérité, et transformé en service de surveillance des actions de protestation. Des dispositions législatives adoptées au mois de février 2018 sous l’impulsion du gouvernement d’Alexis Tsipras ont encore élargi son éventail d’activités. Il est à noter que, depuis sa création, le département n’a développé aucune activité contre les néo nazis d’Aube Dorée, ni d’aucune autre organisation d’extrême droite ou terroriste.

Panagiotis Lafazanis n’est pas le seul militant à être ciblé par les services de sécurité. Quatre autres activistes, parmi lesquels un membre d’Unité Populaire et deux personnalités connues du réseau « je ne paie pas », Leonidas et Elias Papadopoulos, ont également été convoqués pour répondre à une longue liste de chefs d’accusation. La nature des pièces incluses dans son dossier ont permis de mettre en lumière le fait que Panagiotis Lafazanis était sous surveillance depuis des mois par une équipe de policiers déguisés en journalistes filmant des actions devant les bureaux de notaires. Ce matériel a été complété par des photographies et des vidéos demandées aux chaînes de télévision par les services de sécurité. Des publications Facebook ont également été utilisées pour identifier ces militants lors de diverses actions de protestation.

Les poursuites judiciaires contre Panagiotis Lafazanis ont forcé les médias grecs à parler de la répression. Elles ont également provoqué certaines réactions dans les milieux politiques, notamment une question au parlement adressée au ministre de la justice par quarante trois députés de Syriza. Cependant, la position officielle du gouvernement est que cette question relève entièrement du pouvoir judiciaire et de la police et qu’il n’est en rien concerné.

Les poursuites n’ont pas été prises par la justice, mais par un service appartenant à l’état profond, à savoir le département de la protection de l’état et du régime démocratique. Or ce département est placé sous l’autorité du ministre de l’ordre public. Il existe donc une implication et une complicité de la part du gouvernement, qui renvoie aux mesures prévues par le troisième Mémorandum signé au mois de juillet 2015 et à la crise actuelle des banques grecques.

La mise en œuvre des plans d’austérité et des politiques néolibérales exige la répression et le gouvernement Syriza ne saurait faire exception à cette règle. La démocratie en Grèce est déjà en lambeaux et la situation risque de s’aggraver dans les mois à venir. A l’approche des élections, les problèmes des banques vont sans doute occuper une place centrale. Le désastre économique et social causé par la capitulation d’Alexis Tsipras est devenu évident pour de larges couches de l’électorat et le dégoût se généralise dans la population. Un gouvernement qui a déjà vendu son âme en se faisant l’exécutant de la Troïka n’hésitera pas à faire monter d’un cran la répression contre tous ceux qui s’opposent à sa politique.

La solidarité internationale est indispensable pour mettre fin à cette évolution extrêmement préoccupante de la situation en Grèce. C’est une question de défense de la démocratie.


 

Quelques notes politiques pour une réunion publique de « l’Espace Citoyen du Val d’Yerres », par Robert Duguet



Manifestation de la décomposition du régime, le troisième personnage de l’Etat bonapartiste quitte le navire.  Je pense, de la part de celui qui avait largement promu la candidature de Macron, qu’il faut l’apprécier à sa vraie dimension : le gouvernement Macron-Philippe vient d’éclater. Est-ce que cela va être la crise finale du régime ? Dans les heures qui ont suivies les commentateurs à la solde du régime tentaient, sans beaucoup de conviction, de minimiser l’événement. La possibilité d’un effondrement final du régime est posée, donc la question de l’après. Malgré la position totalement légitimiste de France Insoumise, d’emblée soumise au calendrier électoral, Jean Luc Mélenchon commence à parler de fin de règne. Frappé, Macron continue : aujourd’hui c’est une nouvelle déclaration scandaleuse : que les retraités arrêtent de se plaindre. Papy, ferme-là et paie !

Malgré la rancœur, la haine sociale qui s’accumule dans les couches sociales qui sont frappées au premier chef par la politique de Macron, cet éclatement, suite à la scandaleuse affaire Benalla, n’est pas le produit d’une offensive du mouvement ouvrier, des confédérations syndicales, des forces politiques du 26 mai contre l’exécutif. L’absence d’unité, de perspectives politiques à gauche ont empêché une mobilisation plus large. De même, il est difficile de taire que la grève des cheminots en défense du statut, a débouché sur une défaite ouvrière. Difficile de taire que la stratégie des journées d’action, appliquées ce printemps, est une nouvelle fois en cause. D’ailleurs ça continue avec le calendrier d’octobre-novembre. Le gouvernement Macron éclate, non sous la pression de la mobilisation des salariés, des retraités et de la jeunesse, mais sous l’effet de ses propres contradictions. Pas plus Martinez que Mélenchon n’ont joué un rôle dans les causes de cette déconfiture.

Un adhérent de l’association, Jean Marie, m’écrit : il fait un parallèle avec les processus révolutionnaires du passé, notamment la révolution française et la convocation des Etats Généraux, institution d’ancien régime. Ce sont les oppositions des classes en mouvement au sein des Etats Généraux qui casse la représentation par ordre (clergé, noblesse et tiers état) et permet au tiers état de poser la question du pouvoir CONSTITUANT : dès lors la révolution commence. C’est vrai : toutefois le parallèle peut difficilement être poussé jusqu’au bout et appliqué à la situation présente. Car en amont de 1789, il y a le mouvement des Lumières, il y a le profond processus social qui conduit aux cahiers de doléances : la contradiction traverse toutes les classes de la société d’ancien régime, y compris un clergé qui à la base est gallican et une aristocratie terrienne qui est très largement ruinée… En haut, on ne peut plus gouverner comme avant, et en bas, on ne peut plus accepter. La différence avec maintenant et elle est de taille : dans le processus de décomposition des institutions d’ancien régime, la bourgeoisie française, de par sa place quasi-dominante dans l’économie, est en position de prendre le pouvoir. Le mouvement ouvrier est-il dans la même position aujourd’hui, bien évidemment non. Nous n’avons pas nos « cahiers de doléance », comme la société espagnole a eu à son heure le mouvement des Indignés.  

Aujourd’hui nous avons un gouvernement qui ne tient presque plus debout, dont les contre-réformes alimentent la colère sociale, mais dont les représentations à gauche restent entièrement légitimistes et respectueuses des institutions bonapartistes qui permettent qu’un tel pouvoir puisse encore frapper nos acquis. C’est vrai qu’il y a des luttes un peu partout, mais la coagulation pour un mouvement d’ensemble ne prend pas, du moins à l’étape. La question politique qui reste posée est bien : comment on fait pour construire ce pouvoir CONSTITUANT des citoyens ? Comment on fait pour construire les outils qui permettent aujourd’hui d’avancer dans cette voie ?

L’espace citoyen que nous voulons continuer à construire doit garder ce cap. Poser ces interrogations et associer. L’éclatement du gouvernement Macron-Philippe pose la question de la légitimité de ce dernier et de l’arrêt des contre-réformes. Un parti ou un mouvement de gauche digne de ce nom doit poser cette question. En tout cas, nous nous devons la poser.


« La première raison de la servitude volontaire, écrivait Étienne de La Boétie, c’est l’habitude. » Cette habitude qui nous fait supporter le pouvoir d’un seul comme s’il était notre tout. Qui nous fait le juger grand parce que nous restons à genoux. « Soyez donc résolus à ne plus servir et vous serez libres, poursuivait l’ami de Montaigne. Je ne veux pas que vous le heurtiez ni que vous l’ébranliez, mais seulement ne le soutenez plus, et vous le verrez, comme un grand colosse dont on dérobe la base, tomber de son propre poids et se briser. »

Le présidentialisme, voilà l’ennemi!, par Edwyn Plenel

Médiapart : article publié le jeudi 4 octobre 2018



Le présidentialisme est au régime présidentiel ce que le cléricalisme est aux religions : une dépossession des fidèles, une confiscation de la foi. La volonté de tous y est remplacée par le pouvoir d’un seul. Retour sur l’engagement fondateur de Mediapart contre l’absolutisme présidentiel sous la Cinquième République.

« Le cléricalisme ? Voilà l’ennemi ! » Si ce discours de Léon Gambetta à la Chambre des députés, le 4 mai 1877, est resté dans les mémoires, ce n’est pas seulement à cause de cette exhortation. C’est parce qu’il précipita la fin de la République d’ordre moral bâtie sur les ruines ensanglantées de la Commune de Paris et accompagna la chute de son président, le maréchal Mac Mahon, alors en route vers un pouvoir personnel d’essence monarchique. « Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, croyez-le bien, Messieurs, il faudra se soumettre ou se démettre » : le 15 août de la même année, cet autre discours de Gambetta,  à  Lille,  résuma  la  campagne  électorale qui vit une large victoire des républicains, suivie en janvier 1879 de la démission de Mac Mahon, puis de l’avènement véritable de la Troisième République avec ses premières lois fondatrices, notamment sur l’école gratuite et la liberté de la presse.

Sous le Second Empire, Gambetta s’était fait connaître, en 1868, par sa vibrante plaidoirie pour le journaliste Charles Delescluze, poursuivi pour avoir ouvert une souscription publique afin d’ériger un monument à la mémoire d’Alphonse Baudin, député de  la  Deuxième  République  mort,  le  3  décembre1851, en s’opposant au coup d’État, commencé la veille, du futur Napoléon III, aux côtés des ouvriers et artisans du faubourg Saint-Antoine à Paris. Sur le banc des prévenus siégeait un autre journaliste, Alphonse Peyrat, qui avait eu l’idée de cette souscription et qui, après 1871, deviendra député puis sénateur quand Delescluze, devenu communard, donna sa vie aux idéaux  démocratiques  et  sociaux,  sur  la  barricade du Château-d’eau, aux derniers jours de la Semaine sanglante. Or c’est à Peyrat que Gambetta rendait hommage dans son célèbre discours de 1877 : « Je ne fais que traduire les sentiments intimes du peuple de France en disant ce qu’en disait un jour mon ami Peyrat : le cléricalisme ? Voilà l’ennemi ! »

Vus de Mediapart, ces repères historiques ne sont pas lettres mortes mais traces vivantes. Installés dès l’origine, début 2008, dans le faubourg Saint-Antoine, nous  passons  chaque  jour  à  côté  du  croisement de rues où le député Baudin est mort pour la République démocratique et sociale. Sa mémoire nous a  accompagnés  dès  l’annonce  de  notre  projet  de presse libre et indépendante dont la date ne fut pas choisie par hasard : le dimanche 2 décembre 2007. Nous voulions d’emblée inscrire ce journal dans le refus de cette longue confiscation démocratique qui est  au  ressort  du  malaise  politique  français,  sous ces  divers  avatars,  de  l’absolutisme  monarchique au bonapartisme impérial d’hier jusqu’au césarisme présidentiel d’aujourd’hui instauré par une Cinquième République qui ne cesse de dévitaliser notre vie publique. Depuis, sous trois présidences, de Nicolas Sarkozy   à   Emmanuel   Macron   en   passant   par François Hollande, nous documentons ce renoncement essentiel  où  s’accroissent  la  dépression  citoyenne et la démobilisation électorale (lire l’article de François Bonnet sur le grand Moloch de la Cinquième République).

Auparavant, la génération fondatrice de notre journal avait été témoin, sous la première alternance de droite à  gauche  concrétisée  par  quatorze  longues  années de présidence de François Mitterrand, de la sourde corruption de la gauche par le présidentialisme. C’est de cette époque que datent bien des caractéristiques de la situation actuelle : l’ascension d’une caste énarchique privatisant les fonctions publiques et détournant l’intérêt général à son profit ; la dissolution des ambitions sociales dans une conversion à la compétition au détriment de la solidarité ; le terrain idéologique tôt concédé à l’extrême droite renaissante par refus d’un imaginaire radicalement concurrent. Déjà, les institutions avaient gangréné l’espérance, dévorant les personnages qui prétendaient s’imposer à elles. Devenu monarque républicain, au point d’être appelé  «  Dieu  »,  l’homme  de  la  dénonciation  du « coup d’État permanent » en était devenu lui-même le jouet, survivant dans un palais de l’Élysée surnommé « le Château » à mesure que son camp s’étiolait, de divisions en déceptions.

Définitivement verrouillé par le passage au quinquennat doublé, sous Lionel Jospin premier ministre, par une fatale inversion du calendrier au détriment des élections législatives et, donc, du parlementarisme, le présidentialisme est au régime présidentiel ce que le cléricalisme est aux religions : une dépossession des fidèles, une confiscation de la foi. La volonté de tous y est remplacée par le pouvoir d’un seul. Ce n’est pas le fait qu’il y ait une présidence de la République, c’est que la République soit aux mains du président. Legs du bonapartisme français, ce césarisme qui laïcisa la monarchie de droit divin sur les décombres d’une révolution démocratique trahie et inachevée, notre présidentialisme est un régime d’exception devenue la norme. Une norme dont l’excès n’a cessé de s’étendre depuis que, dans les années 1980, François Mitterrand a transformé la présidence en fortin de résistance aux déroutes électorales tout comme son occupant d’aujourd’hui, Emmanuel Macron, s’estime investi pour cinq années quoi qu’il arrive et, surtout, quoi que pense le pays de sa politique.
De génération en génération, la même malédiction

Sous la Cinquième République, la France est une démocratie de faible intensité. Elle en a l’onction, pas la conviction. L’apparence, pas l’essence. Les mots, pas la culture. Condition d’une république sociale, la démocratie véritable est un écosystème qui suppose équilibres, vitalités et pluralités, précautions et  participations.  Au  lieu  de  quoi,  nous  vivons au royaume institutionnel des déséquilibres, des soumissions et des unicités, des brutalités et des autoritarismes. Loin d’être minoritaire, ce point de vue  est  largement  partagé  au  sein  même  d’une classe politique qui en souffre autant qu’elle en profite.  Mais,  le  plus  souvent,  c’est  un  point  de vue de circonstance : d’opposants ruminant leurs défaites et qui s’empresseront de l’oublier à l’approche d’éventuelles victoires électorales, leur promettant ou leur assurant postes et places.

À  chaque  revers  des  oppositions  du  moment,  de droite  ou  de  gauche,  le  même  constat  est  dressé, sans appel : prérogatives étendues à l’excès d’un président irresponsable et intouchable, absence de contre-pouvoirs réellement indépendants et vraiment consistants, pouvoir législatif à la merci de l’agenda du pouvoir exécutif, représentation parlementaire soumise aux disciplines des majorités présidentielles, pouvoir judiciaire ravalé au rang d’autorité contrainte dans ses velléités d’indépendance, système médiatique coincé entre l’oligarchie financière et la servitude étatique, etc.
Hélas,  à  la  manière  de  chevaux  sentant  le  retour à l’étable, courbant l’échine et changeant d’allure, les porte-voix de ces critiques lucides se font, pour la plupart, une raison à l’approche de l’échéance présidentielle.  Ce  fut  le  cas  du  Parti  socialiste qui, s’apprêtant à prendre la succession en 2012, décida, début 2011, sans grande concertation ni consultation militante, de trouver de grandes qualités à la Cinquième République, tout au plus dépréciée par  quelques  défauts.  Le  rapporteur  était  Manuel Valls que l’on retrouvera ensuite, premier ministre de  François  Hollande,  précipitant  la  chute  dans le  discrédit  de  sa  famille  politique  que,  depuis, il a précipitamment abandonné. Après bien des introspections et des autocritiques, cette gauche née de l’aventure mitterrandienne plutôt que de l’exigence mendésiste en revient toujours à son point de départ, la fin justifiant le moyen : occuper la place plutôt que la transformer, s’approprier cette présidence plutôt que la réfuter (lire l’article d’Antoine Perraud sur Pierre Mendès France comme antidote à la Cinquième République).

Mais le constat vaut aussi bien pour ces éphémères rénovateurs qui, prétendant dégager le vieux monde politique alors qu’ils en venaient pour la plupart, ont en 2017 raflé la mise présidentielle dans le sillage d’un Emmanuel Macron promettant « une révolution démocratique profonde ». Les voici aujourd’hui ravalés au rang d’un monde encore plus vieux que le précédent, ajoutant l’incompétence à la courtisanerie au  point  de  perdre  le  sens  de  l’État,  de  sa  tenue et de sa rigueur, de son exigence et de sa morale. De génération en génération, la même malédiction se reproduit : ils ont beau avoir appris, à leurs dépens, que la clé de voûte du système est la clé de sa corruption, ils préfèrent le conquérir en l’état en se disant qu’il sera bien temps de le réformer. La tentation est trop forte : depuis soixante années qu’existe ce système organiquement déséquilibré, tous les présidents qui se sont succédé n’ont cessé d’envahir tous les autres pouvoirs, de les asservir ou de les conquérir, de les réduire ou de les annexer.

Un  tel  pouvoir,  si  peu  limité  et  partagé,  est  un pousse-au-crime. Ceux qui y cèdent se font complices d’une République discréditée et désaffectée, tant, aux yeux de ses citoyens, elle est devenue principauté de l’irresponsabilité, de l’entre-soi et de l’entregent. Surtout, ils se font présomptueux, oubliant que ces institutions sont plus fortes qu’eux puisqu’ils se sont privés, par leur pusillanimité et leurs renoncements, du seul levier disponible : la force du peuple. D’un peuple constituant, mis en branle et au travail pour réinventer son bien commun, la démocratie.
Aurons-nous, enfin, le courage qu’ils n’ont pas ou plus ? Car, après tout, de cette situation qui s’éternise et nous épuise, nous sommes les premiers comptables. Nous avons laissé faire et nous laissons encore faire, spectateurs complaisants du ballet des présidentiables.

« La première raison de la servitude volontaire, écrivait Étienne de La Boétie, c’est l’habitude. » Cette habitude qui nous fait supporter le pouvoir d’un seul comme s’il était notre tout. Qui nous fait le juger grand parce que nous restons à genoux. « Soyez donc résolus à ne plus servir et vous serez libres, poursuivait l’ami de Montaigne. Je ne veux pas que vous le heurtiez ni que vous l’ébranliez, mais seulement ne le soutenez plus, et vous le verrez, comme un grand colosse dont on dérobe la base, tomber de son propre poids et se briser. »

Il ne reste plus qu’à…


 

Lucien Sève : « Nous vivons l’entrée historique du capitalisme en phase terminale »

Source : http://www.regards.fr/idees/article/lucien-seve-nous-vivons-l-entree-historique-du-capitalisme-en-phase-terminale

Reportage extrait du numéro d’été 2018 de Regards.

 


Le bicentenaire de la naissance de Marx, la sortie de Capital, exit ou catastrophe… de bons prétextes pour un entretien, rare, avec le philosophe Lucien Sève. Il nous ouvre son appartement à Bagneux pour revenir sur son parcours intellectuel et politique.

Regards. Comment situez-vous la présence de Marx aujourd’hui ?

Lucien Sève. En vraie hausse, par-delà l’effet de mode. Marx était tombé dans un puits d’indifférence avec la vague néolibérale qui a déferlé depuis les années soixante-dix. Pendant trente ans, le travail que nous avons poursuivi en ce domaine s’est fait dans la soute. Inaudible. Mais la grande crise financière de 2007-2008 a remis en lumière sa critique du capitalisme. Des milieux financiers même est venue l’idée que ce qu’il avait montré dans Le Capital gardait une pertinence. Et, dans la foulée, on a vu commencer à remonter l’audience du Marx penseur de bien des questions majeures. Par exemple, de l’aliénation, telle du moins qu’il la concevait dans sa jeunesse et que s’y intéresse toujours l’École de Francfort. En 2014, il est enfin mis pour la première fois au programme des épreuves écrites de l’agrégation de philosophie, reconnaissance majeure. Nombre d’objections traditionnelles s’effondrent – par exemple l’accusation de productivisme, alors que les textes montrent à l’opposé, en lui, un pionnier du souci écologique. Dans Le Capital, il montre comment le capitalisme « épuise à la fois la terre et le travailleur ». Nous sommes dans une nouvelle appropriation d’une œuvre où il y a encore beaucoup à découvrir. Et c’est un heureux fait nouveau que le retentissement de son bicentenaire dans la jeunesse états-unienne…

Regards. Et vous, quel jeune homme étiez-vous ? Comment êtes-vous devenu « marxiste » ?

Par la politique. En sept ans d’études philosophiques, on ne m’avait presque pas parlé de Marx. J’ai passé l’agrégation en 1949 sans le connaître. En khâgne, j’étais sartrien. À Normale Sup, où Althusser fut nommé en 1948 "caïman", c’est-à-dire préparateur des agrégatifs de philo, lui-même n’était encore qu’un marxiste débutant… Il nous parlait surtout de Bachelard. C’est l’énorme audience qu’avait alors le Parti communiste à la rue d’Ulm même qui m’a fait évoluer. Reçu en bon rang à l’agrégation, on me nomme au lycée français de Bruxelles. L’ambassade m’organise un cycle de conférences pour faire valoir la culture française, mais je suis en train de passer de Sartre à Marx, comme je l’explique à un public très bourgeois, au plus fort de la guerre froide... Malgré les mises en garde, je vais jusqu’au bout, je termine le cycle en disant : « Entre Sartre et Marx, notre choix est fait ». C’est comme si j’avais lancé une boule puante. Convoqué le lendemain même par l’ambassadeur, je suis brutalement révoqué, pour pur délit d’opinion. Alors j’adhère au Parti communiste. Le Marx auquel je suis venu d’abord n’est pas le philosophe, mais le communiste.

Regards. Vous n’aviez pas encore croisé les communistes ?

Si, mais j’étais repoussé autant qu’attiré par ce que je voyais du parti, le stalinisme dans sa caricature estudiantine. Mais ma révocation scandaleuse ne me laissait pas le choix. On ne sait plus ce qu’a été la répression anticommuniste des années 50. Féroce. Envoyé en punition dans une petite ville de province, j’ai frôlé la radiation de l’Éducation nationale, à laquelle je n’ai échappé qu’en résiliant mon sursis d’incorporation militaire. Mais on m’a expédié dans un régiment ex-disciplinaire en Algérie…Et c’est là que j’ai lu avec un soin extrême Le Capital (Lucien Sève va chercher ses notes de lecture d’alors, quatre-vingt pages d’écriture fine avec lignes numérotées).

Regards. C’est la révélation ?

Très au-delà de ce que j’attendais… Bien sûr, j’ai découvert l’économie politique et sa critique marxienne. Mais bien autre chose aussi : ce que Lénine appelait « la logique du Capital », la dialectique de Hegel profondément retravaillée en sens matérialiste, un vrai trésor de pensée. Dès ce moment, je deviens un enthousiaste de la dialectique, ce que je suis toujours. Et je dois dire qu’une de mes stupéfactions est de constater combien peu de marxistes et plus largement d’intellectuels y portent attention… Mais ce n’est pas tout. La seconde découverte fut plus bouleversante encore, et plus intime. Travaillé par des interrogations juvéniles sur le sens de la vie, je découvre en Marx un penseur qui entend ces questions et y offre une réponse puissamment neuve pour moi. Je découvre un Marx grand penseur de l’individualité, justement parce que grand penseur de la société – chose qui reste à mes yeux encore bien trop peu vue aujourd’hui. C’est de cette lecture-choc qu’est né Marxisme et théorie de la personnalité. Plus tard seulement, j’ai aussi découvert à quel point ce souci de l’individu marque tout le communisme marxien. Dans le Livre I du Capital, il écrit que le communisme est (c’est-à-dire doit être) « une forme de société supérieure dont le principe fondamental est le plein et libre développement de chaque individu ». Vue cruciale, qui fait corps avec la socialisation, et que le drame du communisme historique est d’avoir entièrement méconnue. Le stalinisme – par là, j’entends bien plus que ce qu’a fait Staline lui-même – a été à l’antipode, et par là a fait un tort incalculable à Marx. Il ne faut pas hésiter à dire que le communisme de Marx est en même temps et au même degré un individualisme : il ne peut y avoir émancipation du genre humain qui ne soit en même temps celle de tous les individus. Point absolument capital pour ce qui est de nos tâches en ce XXIe siècle.

Regards. Vous disiez que, jeune homme, vous étiez sartrien… Finalement, dans votre façon d’être, il y a une continuité avec Sartre, pour qui il n’est de liberté que celle d’un sujet ?

(Rires) Oui, il y a du vrai ! Ce qui veut dire que mon communisme n’a pas trahi mes choix d’adolescent… Mais ce que Marx m’a appris, c’est que pour changer la vie, il est indispensable de transformer le monde, de sorte que le libre développement de chacun renvoie à beaucoup plus que la liberté du sujet sartrien… La grande erreur, n’est-ce pas justement d’opposer liberté individuelle et objectivité sociale ? C’est en s’appropriant ce « monde de l’homme », sans cesse sécrété par l’humanité en dehors des individus, que chacun s’hominise en acquérant les moyens de sa liberté. Ce que dit la sixième thèse de Marx sur Feuerbach : l’essence humaine – ce qui fait de nous les humains que nous sommes – n’est autre que « l’ensemble des rapports sociaux », intériorisés en des personnalités autonomes. Plus tard, j’ai découvert que cette thèse était la cheville ouvrière d’une œuvre psychologique superbe, celle du grand psychologue soviétique Lev Vygotski. Voilà qui définit un matérialisme à l’opposé du mécanisme sommaire auquel plus d’un socialiste réduisait la pensée marxienne dans les années 1870, qui faisait dire à Marx « je ne suis pas marxiste », et à quoi Jaurès n’avait pas tort de se refuser.

Regards. Aujourd’hui, on peut dire que cet impensé de l’individualité est devenu un problème politique essentiel et pratique. Le PCF n’est pas seul concerné…

On est même là au cœur de l’obsolescence de la forme-parti, avec sa foncière verticalité de pouvoir. Comment peut-on faire avancer l’émancipation sociale générale avec une organisation dont les acteurs ne peuvent avoir eux-mêmes la maîtrise ? J’ai de plus en plus vécu comme insupportable cette contradiction dans le PCF, surtout à partir du moment où je me suis mis à la combattre du dedans… Il est capital d’inventer enfin un mode d’organisation transformatrice fonctionnant entièrement à la centralité horizontale.

Regards. Si l’on s’accorde sur cette idée qu’il n’y a pas d’action politique viable qui ne fasse droit à la personne, à sa créativité, sa temporalité, sa liberté… il faut alors repenser la façon de fabriquer du collectif. Que pensez-vous du travail de Jean-Luc Mélenchon pour reconstruire du commun politique ?

N’étant plus sur le terrain, vu mon grand âge, je ne peux répondre qu’à partir de ce que je lis et vois. Je suis, comme tous, très sensible à ce qu’il a puissamment contribué à relancer, en rendant crédibilité à l’effort transformateur commun. Mais, contradictoirement, il enferme ce mouvement dans une personnalisation outrancière de la décision stratégique. Je crains fort que ce mélange détonant ne soit voué à produire de graves déceptions. Ce qu’il faudrait, au contraire, c’est jouer à fond la carte de la démocratie décisionnelle, qui exige en permanence vrai débat, vraie collectivité de réflexion. C’est difficile, mais c’est vital. L’expérience militante à laquelle participe mon fils Jean à Sarlat est très instructive en ce sens pour lui, et indirectement pour moi. Je le dis un peu brutalement : des chefs, on n’en veut plus.

Regards. Il existe une multitude de collectifs plus ou moins formalisés, plus ou moins explicitement politiques, qui prennent des initiatives dans tous les champs de la société. Mais comment leur donner force politique ?

La multitude ne sera une force qu’en se donnant une cohérence, et qu’est-ce qui peut apporter la cohérence, si l’on refuse celle qu’impose l’autoritarisme vertical ? C’est le partage d’une juste vision d’ensemble. Or trop rares encore ceux qui osent se convaincre de cette vérité d’évidence : nous vivons l’entrée historique du capitalisme en phase terminale, la tâche qui domine tout est donc l’invention concrète d’un postcapitalisme. Énorme tâche du XXIe siècle, qui ne s’accomplira pas d’un coup, comme en rêvait la révolution à l’ancienne, mais au contraire par enchaînement cohérent de grandes réformes révolutionnaires. Chaque collectif qui travaille en ce sens est dans le vrai, mais à condition impérative de mettre son objectif particulier à la hauteur de la visée transformatrice générale. C’est ce que le Parti communiste a fait de mieux en son histoire quand, dans le rapport des forces créé à la Libération, il fut le moteur d’avancées majeures comme la Sécurité sociale ou le statut de la fonction publique, que le capital s’acharne depuis trois quarts de siècle à liquider. Le moule n’est pas cassé, à preuve par exemple la loi sur l’IVG ou les acquis de luttes plus récentes.

Regards. Et aujourd’hui ?

C’est à cette stratégie qu’il faut donner puissamment corps, ce qui commence par des luttes d’idées bien plus mordantes et suivies que ce qui se fait aujourd’hui. Il faut disqualifier le capitalisme, système exploiteur désormais insupportablement destructeur de la planète et de l’humanité civilisée. On peut, on doit se proposer de passer à une libre autogestion sociale généralisée, enfin émancipée de la tyrannie archaïque de l’actionnaire. Et c’est aussi pourquoi il importe d’en finir avec la forme-parti à direction d’en haut, pour développer des réseaux de collectifs à centralisation horizontale, lieux de formation en nombre de citoyens responsables d’un communisme réinventé. Jaurès disait en 1901 : « Le communisme doit être l’idée directrice et visible de tout le mouvement ».

Regards. Cela fait deux fois que vous citez Jaurès…

Marx authentiquement compris, Gramsci et Jaurès de même, je pense que c’est un excellent bagage pour qui veut aujourd’hui changer la vie et révolutionner le monde…

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