Blog de Robert Duguet

"Dérives populistes dans le mouvement ouvrier hier et aujourd'hui"

publié par Edilivre, décembre 2018


 

 

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L'auteur est disponible pour animer des réunions publiques: conférences ou débats contradictoires sur le thème du populisme dit "de gauche"...

 

 



Présentation

Quelques thèmes traités...

Dans l’ombre tutélaire de Jean Jaurès, Léon Blum, le vieux chef réformiste, prend l’offensive au congrès de Paris en juillet1933 contre les néo-socialistes. A Berlin, les nazis prennent le pouvoir en janvier de la même année.

Un populisme « à gauche » dans les années 1930…

Sur fond de montée au pouvoir des Nationaux Socialistes en 1933, le congrès de Paris de la SFIO voit se développer en son sein une opposition populiste et nationaliste qui se définit comme « néo-socialiste ». Epouvanté, Léon Blum polémique avec Pierre Renaudel en ces termes :

« …De la synthèse de Jaurès, voulez-vous me dire ce qu’il en reste dans cet amalgame ? La synthèse de Jaurès, c’est la synthèse de l’action de la classe et de la démocratie, et on nous présente en ce moment une espèce de notion de socialisme national par l’autorité, dans laquelle il n’y a plus ni action de la démocratie, ni action spécifique de la classe ouvrière organisée. »
Et il ajoutait :

«  On ne détruit pas l'idéologie fasciste en la plagiant ou en l’adoptant… »


Marcel Déat (1894-1955), dirigeant exclu de la SFIO, fondateur du RNP (Rassemblement National Populaire) parti vichyste et pronazi...

« ...Par la voix de Pie XII,  l’église catholique vient d’adopter le programme social immédiat de la révolution européenne... »


« ...Que disent donc les nationaux-socialistes ? Ils constatent la résistance du juif à l’assimilation, même en cas de métissages réitérés, ils enregistrent la persistance des caractères psychologiques et moraux de la race. Or l’expérience historique fait apparaître comme dangereuse la contamination des Aryens par les Sémites, et comme intolérable l’activité des groupes juifs à l’intérieur des sociétés occidentales. Traitant alors le problème d’un point de vue qu’on pourrait dire prophylactique, les nationaux-socialistes concluent à la nécessité d’une épuration systématique de la race aryenne enfin protégée, et à l’éviction progressive des éléments juifs. En dernière analyse, il s’agit d’inviter les juifs, après la guerre, à se grouper enfin comme les autres nations, en un territoire à eux désigné, et d’y démontrer ensuite, si oui ou non, ils sont capables de vivre en communauté et de se suffire à eux-mêmes. Ce dessin est sans ambiguïté, mais s’il expulse des juifs du sol européen, il ne les met pas en dehors de l’humanité… »

(Extraits, Mémoires politiques)


Jacques Doriot (1898-1945), maire de Saint Denis en 1936 et dirigeant exclu du PCF, fondateur du PPF (Parti Populaire Français), ici sous l'uniforme nazi de la division Charlemagne...

Doriot et le corporatisme...

« ...trois leviers essentiels de l’Etat moderne…le conseil des provinces, le conseil des corporations, le conseil de l’empire… La province, la région correspondent aux vieilles traditions nationales de notre pays. Mais c’est surtout dans leur cadre que se regroupent les organisations économiques et sociales, les associations patronales et syndicales, pour lesquelles le département représente un cadre administratif étriqué. Et puis la région permettrait de concentrer les moyens d’action du pays, d’éviter l’éparpillement des efforts ; elles permettraient aux 25 grands commis de l’Etat français de faire une œuvre constructive de longue haleine, où les 90 préfets de la République française, prisonniers des politiciens locaux, ne peuvent réaliser la mise en route que de petits travaux d’intérêt local… »

« …le conseil des provinces françaises aurait donc pour tâche de guider, coordonner, inspirer le travail de nos provinces, auprès du gouvernement... »

(Cité par Jean Paul Brunet "Jacques Doriot")


Mélenchon 2007 : « le PS abandonne les fondamentaux de la gauche »

En 2007 à l’issue d’une campagne calamiteuse de Ségolène Royal, Jean Luc Mélenchon qui s’apprête à quitter le PS, analyse le pourquoi de la défaite à l’élection présidentielle : Ségolène Royal et François Hollande préparent depuis une vingtaine d’années, à travers le regroupement des transcourants, le passage d’un parti de tradition social-démocrate, comme représentation politique du salariat, vers une formation de type démocrate à l’américaine. François Hollande déclarait alors :

 

« Le parti socialiste est sans doute le premier parti ouvrier du pays, mais son ambition ne doit-elle pas être aussi le parti de toute la société ? Aussi doit-il s’adresser aux individus autant qu’aux groupes, en appelant au réel bien plus qu’aux mythes, adopter une démarche modeste, c’est-à-dire non pas pauvre, mais adapté au temps qui viennent ».
 « le parti socialiste doit s’efforcer d’être le parti de l’ensemble de la société… La démocratie n’est plus simplement une méthode, mais la finalité même du projet. »

Et Jean Luc Mélenchon qui sait résumer une doctrine en une phrase ajoute :

« …Il s’agit d’abandonner quatre fondamentaux de la politique de gauche. Et cela au profit d’un au-delà politique où il n’y a plus que des individus dans une société globale »

Voilà en quelques mots une définition du populisme où le mouvement des classes sociales, moteur du développement de l’histoire, disparait. Jean Luc Mélenchon soulignera la proximité des idées de Ségolène Royal et de François Hollande avec le courant néo-socialiste d’avant-guerre, évolution qui conduira un certain nombre de cadres du mouvement ouvrier vers les aventures populistes. De même la proximité des thèses « néo-socialistes » avec la doctrine sociale de l’Eglise est, pour lui, à mettre en parallèle avec le contenu de l’Encyclique papale de Benoit XVI en 2009, « L’Amour de la Vérité » qui réactualise la doctrine corporatiste de l’Eglise. Cette même doctrine qui conduisit la hiérarchie chez Pétain.


Le chef de la France Insoumise avec Chantal Mouffe, idéologue issue du corporatisme chrétien, et se revendiquant du populisme de "gauche"...

« l’Ere du peuple » (2014) la rupture populiste avec le mouvement ouvrier

Comment d’une ligne de résistance à gauche contre les mesures anti ouvrières prises par le gouvernement de François Hollande, sous le joug de l’Union Européenne, peut-on défendre aujourd’hui avec France Insoumise ce que l’on a condamné hier contre la campagne présidentielle de Ségolène Royal. Pourquoi les positions actuelles de Jean Luc Mélenchon et de son mouvement France Insoumise depuis 2015 sont en opposition avec ce que lui-même a défendu après 1978 dans l’aile gauche du mitterandisme, jusqu’à sa rupture avec le Front de Gauche ?


L’évolution actuelle de Jean Luc Mélenchon ne relève pas du caprice et de l’opportunité des situations : c’est un homme politique tout à fait sérieux qui ne fait pas ses choix au hasard. Incontestablement son livre-manifeste « L’Ere du Peuple » marque un changement d’orientation par rapport à la ligne de rassemblement de la gauche radicale contre le néo-libéralisme. Dans l’histoire du réformisme ouvrier, ce qui inclut le syndicalisme confédéré mais aussi l’épisode du PPF de Jacques Doriot, la tentation populiste est constante depuis les années 1930 : lorsque se développent les fascismes, il y a eu bien sûr les néosocialistes. Mais le vieux courant corporatiste, associant le capital et le travail dans une même communauté de destin, marqué fortement en France par le Christianisme social, rebondit régulièrement dans sa lutte acharnée contre le socialisme. Surtout dans la période de crise mortelle du mode de production capitaliste que nous traversons, où le réformisme n’est plus en capacité de répondre aux aspirations sociales. La tentation populiste, ou néosocialiste, elle est déjà à la naissance de la IVème république dans l’UDSR de François Mitterand, alors que Léon Blum lui-même marque sa volonté d’infléchir le mouvement socialiste dans un sens humaniste et spiritualiste : « Il n’est pas, écrivait-il dans A l’échelle humaine, jusqu’à l’Eglise romaine qui ne manifeste avec le socialisme un parallélisme de direction, une convergence possible d’efforts et pour le moins une comptabilité… »


Mélenchon un destin turbulent... mais dans les pas de François Mitterand

Le mitterandisme… continuité ou rupture avec la social-démocratie

Deux tentatives de construction d’une force politique associant la démocratie chrétienne à la « vieille machine ouvrière » ont été tentées depuis 1945. Elles échoueront, jusqu’au congrès d’Epinay de 1971 et à la victoire d’un François Mitterand, qui n’a rien renié de son passé vychiste, des responsabilités qu’il a pris durant la guerre d’Algérie et de ses amitiés avec un courant de l’extrême droite française. La tentation néo, présente dès Epinay, elle se renforcera avec l’entrée du courant rocardien, issu du PSU, lors des Assises pour le Socialisme en 1974 : cette composante comptera de nombreux cadres issus de la CFDT. L’exercice du pouvoir libérera, dès 1982, la vraie nature du mitterandisme : progressivement le PS sera dévasté pas sa politique. Le pari d’Epinay est gagné : la social-démocratie en France est aujourd’hui détruite. L’évolution populiste du leader de la France Insoumise s’inscrit totalement dans cette fidélité au mitterandisme.


Janus Jospin...

Pierre Lambert (1920-2008)

Le lambertisme et le parti d’Epinay

Une discussion importante doit être ouverte : celle du rôle joué par un courant du mouvement ouvrier, qui s’inscrivait dans l’héritage révolutionnaire de la Commune de Paris, de la révolution russe de 1917 et de Léon Trotsky. Entre 1968 et 1980 l’OCI est devenue une puissante organisation qui va jouer un rôle influent dans la vie des autres organisations, partis et syndicats. En 1970 François Mitterand inscrit son action politique dans la compréhension que la grève générale de 1968 a frappé à mort le général De Gaulle mais que les institutions de la Vème république peuvent lui permettre d’accéder au pouvoir. Si on lit en détail le pamphlet « Le coup d’Etat permanent » visant le général De Gaulle, il n’a jamais été question chez Mitterand de détruire la Vème République. L’imposture mitterandiste va s’appuyer sur un allié, le courant lambertiste, qui lui permettra de faire front d’abord contre ses opposants internes : la rupture de l’Union de la Gauche voit une montée de la deuxième gauche de Michel Rocard, ouvertement néosocialiste ainsi que celles du CERES de Jean Pierre Chevènement, reprenant en interne les critiques du PCF contre le PS. Puis contre son allié externe, le PCF, qui reste alors un puissant parti ouvrier. Ainsi une organisation de tradition révolutionnaire, à travers le rôle secret joué par son dirigeant historique Pierre Lambert, conduira des cadres politiques formés dans le trotskysme à être aux premières loges quand s’appliqueront les premières mesures antiouvrières. Les Lionel Jospin, Jean Christophe Cambadélis et un certain nombre de cadres intermédiaires, sont devenus les acteurs d’une politique qui libère aujourd’hui, à travers les François Hollande, les Manuel Valls, et cerise sur le gâteau les Macron, tous ses fruits pourris.


Aujourd’hui l’obstacle du populisme…


Jean Luc Mélenchon a résisté quelques années sur une ligne de défense du socialisme démocratique, à travers des méandres souvent difficiles à soutenir. A la poursuite de la magistrature suprême et son passage sur les positions populistes, le situe aujourd’hui sur une ligne de rupture avec le mouvement ouvrier. Toutefois aux yeux de son électorat il est considéré comme le représentant d’une gauche de rupture avec les dérives passées, ce qui est une pure illusion.

Jean Luc Mélenchon et son mouvement France Insoumise représentent aujourd’hui un obstacle à la reconstruction d’une représentation démocratique des forces du travail et de la jeunesse.

Antonio Gramsci écrivait :
« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres »