Blog de Robert Duguet -Septembre 2016 /contact:

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Mon article sur le caractère bonapartiste de la candidature Mélenchon...

...ayant suscité des réponses militantes, je les publie bien volontiers dans ce blog. J'y ajoute un article de Hugo Melchior, militant anticapitaliste de la région de Rennes, sur "Jean-Luc Mélenchon et l’héritage du mitterrandisme", particulièrement intéressant. Outre le fait que ce jeune militant fait un travail théorique sur le bilan du trotskysme, sur la question aussi de l'entrisme dans la social-démocratie, ce qui n'est pas courant chez les hommes de cette jeune génération, il a été par deux fois assigné à résidence pour son combat dans la jeunesse étudiante contre la loi El Khomey.

Lettre de Jacques Cotta (La Sociale)

Cher Robert,

Merci pour cet envoi. Je trouve ton texte très intéressant de même que celui qui concerne Grenoble et le combat mené par les militants du PG sur place, envers et contre la direction de leur parti et la municipalité dont ils ont été un bras militant. Tout cela mérite attention, la question tant du point de vue institutionnel, le bonapartisme, le positionnement et la place occupée par JLM, de même que les priorités et questions de programme, les services publics et l’austérité à travers l’exemple grenoblois. Je passe sur les questions de fonctionnement, de démocratie interne, de sens collectif, de construction d’une organisation ou d’une simple petite écurie…

Mais je dois t’avouer que je suis très dubitatif sur le texte critique de Zarka et autres. Leur position remet en question à mon sens un des éléments précisément qui marque un début d’inflexion positive dans la position de JLM, la question de la Nation et de la souveraineté. En réalité, cette accusation de «  racisme » ne tient pas la route une seconde. L’histoire du « travailleur détaché » reprochée à JLM relève du procès d’intention. Je ne veux pas là entrer dans le détail, mais comment ne pas voir que l’accueil des réfugiés est inévitablement lié à une politique de réindustrialisation, d’emplois, de développement des services publics, etc… et que l’ouverture des frontières en soi est une non réponse à la situation politique et à la situation humaine que vivent des centaines de milliers de migrants. La condamnation de JLM serait celle des « indigènes de la république » ou autre groupe communautariste qu’elle ne serait pas autre. Sans aller plus loin, voila pourquoi je ne crois pas que toutes les critiques sont à mettre sur le même plan, certaines d’ailleurs erronées et tendancieuses risquant de faire passer au second plan celles fort justifiées que tu formules ainsi que les militants de Grenoble.

Je pense par ailleurs après avoir entendu JLM notamment dans son discours de Boulogne sur mer qu’il y a bien inflexion positive sur les questions importantes de la Nation, de la souveraineté, des valeurs républicaines. Mais si je devais m’arrêter à une critique de fond et une seule, ce serait la question européenne qui retiendrait mon attention. Se prononcer pour la rupture avec les traités sans dire clairement que cela implique la rupture avec l’UE, c’est adopter une posture que n’aurait sans doute pas renié Tsipras à la veille de son élection. Et on connait la suite. S’il n’indique pas clairement une condamnation sans appel de l’UE comme construction politique qui n’a rien à voir avec l’Europe, il rend toute capitulation possible. C’est la question centrale. Celle des moyens politiques à se donner pour reconquérir la souveraineté nationale et populaire dans tous les domaines, monétaires notamment, pour permettre la réindustrialisation, la remise en place, la préservation et le développement des services publics, etc….
L’article 2 du traité de Lisbonne donne l’étendue de la souveraineté à reconquérir. Et lorsqu’on sait que la remise en cause de tout traité ou élément de traité nécessite l’unanimité, on comprend que la seule issue, si on se veut clair, honnête et sincère, est la rupture avec l’UE et pour les objectifs assignés la sortie de l’Euro. C’est  en cela à mon sens que JLM n’offre aucune garantie. Et impuissante sa propre campagne en se coupant de forces vives qui seraient sans doute prêtes à apporter leur concours à une bataille politique nécessaire.

Reçois mes salutations amicales

Lettre de Martine Verlhac

J’ai regardé sur Hors-Série ( Arrêt sur image) la discussion entre Laurent Lévy et Christophe Aguitton sur l’opportunité de soutenir la candidature Mélenchon, Laurent Lévy étant contre. Cette émission est intéressante je ne sais pas si tu pourras la récupérer (c’était le 1 octobre).

As-tu discuté avec Karel de cette question? L’année passée il semblait d’accord avec ma décision de voter blanc aux Régionales, mais comme tous les copains "frondeurs » de Grenoble il continue je pense à penser que Mélenchon est un recours. Je ne parviens pas à comprendre pourquoi cette stature bonapartiste de Mélenchon alerte aussi peu de gens. Ce qui est grave je pense c’est que Mélenchon et ses lieutenants distillent l’illusion qu’ils peuvent gagner. Pour un gars comme Karel mais encore sans doute pour plein d’ »orphelins de la révolution » cela marche. Ensuite la dépression les menacera sous ses formes diverses.

Quand Laurent Levy dit que la recomposition politique se jouera après 2017 je le crois (ou du moins je l’espère tout en en sachant pas bien sur quelles bases. Pour moi la question du travail demeure centrale au sens philosophique et politique du terme mais justement le silence assourdissant ou la non pensée de la gauche sur cette question me laisse un sentiment de panique en quelque sorte….Comment la démocratie pourrait-elle renaître si elle ne partait pas de la sphère du travail qui est la seule bas d’une identité digne de ce nom pour les individus et les collectifs? Ce que je pense depuis un bout de temps et encore davantage depuis ma lecture du livre de Bruno Trentin ( la Cité du travail), c’est que l’idéologie de l’avant-garde a fait beaucoup de mal en disqualifiant la sphère du travail comme susceptible d’être déjà au travers de la simple association, directement politique. Je t’avoue que devant relire pour un travail en cours, « Que Faire, » je suis effrayée par la division que Lénine établissait justement entre la sphère du travail, vouée au « trade-unionisme » et les révolutionnaires professionnels. Ce que nous poursuivons hélas depuis des années c’est la promotion de ces professionnels de la politique qui ne connaissent rien aux vrais problèmes du travail.

Je prends un exemple dans ma « sphère » si j’ose dire. Présentant ses vœux aux professeurs à la dernière rentrée le père Mélenchon a évoqué l’interdisciplinarité chère à Vallaud Belkacem dans son entreprise de destruction des disciplines justement. Que dit Mélenchon : que pour l’interdisciplinarité il faut des moyens et soyons sérieux, cela au nom, dit-il d’un ton docte, que "l’interdisciplinarité est une discipline ». Bon, Mélenchon n’est pas obligé d’avoir lu la Préface à le seconde édition de la critique de la raison pure, mais au moins aurait-il pu écouter un ou deux vrais professeurs pour réfléchir avant de parler. Ceci est un détail mais cela doit être vrai partout. C’est vrai d’Alstom à Peugeot, France Telecom, dans le textile comme dans l’agriculture ou la sidérurgie. Rien jamais rien n’est dit sur la défense du travail sur les bases d’une vraie réflexion sur la nécessaire évolution des métiers qui ne peut être leur destruction.

Ceci dit je ne sais pas comment je vais voter. Pour l’instant je vote blanc mais ne vais-je pas céder devant la catastrophe  annoncée du second tour?? Certes je ne voterai point ni Juppé, ni je ne sais trop qui. Mais encore? J’attendrai l’après 2017 avec un espoir désabusé. Mais la masse des gens ( pour moi ce mot n’est pas péjoratif) que leur dire?

Amicalement, Martine

Réponse de Robert Duguet à Martine Verlhac et Jacques Cotta

Les dés sont entièrement pipés pour la présidentielle de 2017 et Martine Verlhac a raison de souligner la position de Laurent Lévy, expliquant que la recomposition politique se jouera après 2017. Il y aura le plus vraisemblablement un duel Juppé-Le Pen, et une partie de « la gauche » officielle appellera à la discipline républicaine contre Le Pen. Dans ces conditions, pour la bourgeoisie, il est nécessaire pour faire passer la pilule, qu’il y ait un premier tour respectable avec un semblant de débat démocratique. Mélenchon sera la caution gauche. On ne peut pas accepter de jouer ce jeu. En aucun cas Mélenchon n’est un recours, je suis d’accord avec ta critique sur les copains de Grenoble. Rien ne distingue aujourd’hui Mélenchon du cadre qui est posé par la politique de Hollande-Valls : il faut cesser de prendre pour argent comptant le talent de l’orateur. Exemple tout à fait éclairant : c’est vrai, et Martine le souligne, que lorsqu’il écrit que « l’interdisciplinarité est une discipline », et qu’il réclame des moyens supplémentaires pour cette nouvelle matière, il est d’accord avec le cadre général de la réforme des collèges version Vallaud Belkacem. Elisa Martin, adjointe de Piolle à Grenoble, se montrait favorable il y a quelques mois dans sa ville au bénévolat des enseignants… C’est la même ligne !
Je ne crois pas que tous les malheurs du monde sont contenus dans la conception du parti. La référence au Lénine de « Que faire ? » qui justifie une critique de la conception bolchévique de l’organisation ne me semble pas probante : la forme de l’organisation est dictée par les conditions matérielles de la lutte. Les bolcheviks étaient confrontés à la monarchie des Romanoff. Trotsky a repris la conception léniniste dans une période où le courant révolutionnaire était menacé de toutes parts, y compris physiquement. Avaient-ils le choix, l’un et l’autre ? De la critique du parti centralisé à la critique de tout parti, il n’y a qu’un pas… que franchissent aisément des militants ayant appartenu à la IVème Internationale ou plus généralement à l’extrême gauche française. Il faut quitter le terrain de l’électoralisme dans lequel nous nous sommes perdus et revenir aux choix essentiels, c’est-à-dire au programme, aux principes.

Quant à savoir, pour répondre à Jacques Cotta de la Sociale, s’il y a un infléchissement de la politique de Mélenchon sur la question de la Nation, de la souveraineté et des valeurs de la République, quelle doit être notre attitude sur cette question, sur quelle éléments programmatiques nous appuyons-nous ? En rupture avec l’européisme du PS depuis Maastricht se sont détachés des courants se réclamant de la Nation et de la souveraineté pour aller où? Pour parler de Mélenchon, il faut faire la différence entre les estrades des meetings où il peut même parler de Trotsky, et la réalité des prises de position. Allons au contenu de la politique : Martine Verlhac souligne ses positions sur la réforme des collèges. Il y a un infléchissement qui va dans le sens du bonapartisme aujourd’hui et du respect du cadre légal des institutions. En revanche, en 2012 parce qu’il était porté par un mouvement qui restait lié à la tradition réformiste de gauche, il a fait campagne pour la république sociale et pour la constituante souveraine. Aujourd’hui, avec un discours issu d’une autre tradition, il a toutes les tares du chevènementisme. La question de la Nation, si elle n’est pas abordée à partir de la question de la république sociale, conduit à beaucoup de dérives.

 


 

Jean-Luc Mélenchon et l’héritage du mitterrandisme, par Hugo Melchior
 
Vendredi 23 Septembre 2016

Source : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article39044

 

Les réserves qui s’expriment au sein des composantes de l'ancien Front De Gauche (FDG) sur la pertinence d’un soutien à la candidature de Jean Luc Mélenchon aux élections présidentielles de 2017 visent principalement les positionnements de ce dernier concernant la Syrie, les travailleurs détachés ou les migrants ainsi que sur le caractère jugé par certains plébiscitaire de sa démarche.
 
Une question, qui nous semble pourtant essentielle si l’on se place dans la perspective de la refondation d’une alternative émancipatrice, est rarement évoquée, celle du rapport que Jean Luc Mélenchon entretient avec le passé de la gauche française et plus particulièrement avec la figure de François Mitterrand.
 
Or, le rapprochement, comme souhaitait d’ailleurs le favoriser Jean Luc Mélenchon lors de la création du Parti de Gauche puis de sa campagne de 2012, entre des militants venus de traditions différentes, nécessite non seulement une approche conjointe du contexte politique, la définition d’un projet stratégique commun et le partage de pratiques sociales mais également un retour critique sur le capital d’expérience accumulé par la gauche et le mouvement ouvrier durant le court vingtième siècle.
 
S’il n’est pas question d’écrire une nouvelle version officielle de cette histoire, il est néanmoins, pour le devenir de la gauche critique, essentiel de construire pas à pas, par un débat raisonné fondé sur les travaux des historiens, une vision convergente des grandes tendances de cette histoire. Il n’est pas, en effet, indifférent pour militer ensemble au quotidien d’avoir des proximités d’analyse sur ce que furent le stalinisme, la sociale démocratie, le fascisme ou la contre-révolution libérale.
 
Nous ne pouvons donc qu’être interpelés par la manière dont Jean Luc Mélenchon traite, dans son récent livre d’entretien publié sous le titre « le choix de l’insoumission », l'histoire de la gauche et singulièrement le rôle éminent qu’y a tenu François Mitterrand. Histoire qu’il décrypte en retraçant son propre parcours militant.
 
Même si l’évocation complaisante de son insoumission juvénile est parfois irritante, on peut concéder à Jean Luc Mélenchon la constance de ses choix politiques. Pas de rupture, peu de déchirements intérieurs ou de regrets, si ce n’est à l’évocation des batailles picrocholines des courants de la gauche socialiste, mais l’affirmation d’une évolution réaliste qui le conduisit du trotskysme lambertiste aux ors de la république sous le gouvernement de Lionel Jospin et d’une fidélité absolue à celui qui reste sa référence première à savoir François Mitterrand.
 
Et c’est là que le bât blesse.
 
L’analyse que l’on peut faire de l’action politique de François Mitterrand depuis les années 1940 constitue, en effet, au sein des divers courants de la gauche critique, un point d’achoppement majeur.
 
Que ce soit chez les anciens ou actuels membres du Parti Communiste Français (PCF) pour lesquels François Mitterrand reste celui qui, dès le lendemain du congrès d’Epinay en 1971, annonça à ses nouveaux amis de l'internationale socialiste que l'union de la gauche avait, outre l’occupation du pouvoir d'état, vocation à réduire à la portion congrue leur parti.
 
Ou pour celles et ceux issus de la tradition trotskyste pabliste dont le refus d’appeler à voter pour François Mitterrand au premier tour des élections présidentielles de 1965 fut l’un des évènements fondateurs de leur courant politique.

Enfin, pour celles et ceux ayant milité au sein du Parti Socialiste Unifié (PSU) ou s’inscrivant dans la tradition alternative et autogestionnaire de ce parti, François Mitterrand reste celui dont l’adhésion au PSU fut refusée pour cause de soutien à l’Algérie française et qui instrumentalisa la revendication autogestionnaire.
 
Vieilles histoires, peut-on objecter, qui n’intéressent plus guère les jeunes générations.
 
Voire, car François Mitterrand fut aussi celui qui contribua tout au long des années 1980 à diffuser en France, au nom du réalisme, la logique néo libérale, dérégulation du secteur bancaire, orthodoxie budgétaire, austérité et promotion de l’entreprise, dont les effets délétères continuent de fracturer la société française. Et puis la part d’ombre de l’homme du 10 mai 1981, de l’assassinat d’Eloi Machoro, de l’incarcération des irlandais de Vincennes, de la mise en place d’un système d’écoute téléphonique pour des raisons privées à l’entrée de Bernard Tapie au gouvernement ou aux scandales de la fin du deuxième septennat, a favorisé le rejet de l’action politique dans une large partie de l’opinion et l’essor du Front National.

Cette part d’ombre a grandement participé à construire les dramatiques équations sociales et politiques auxquelles la jeunesse est confrontée.
 
Les femmes et les hommes, de François Hollande à Manuel Valls, qui accentuent aujourd’hui la politique sociale libérale, ont d’ailleurs pour la plupart débuté leur cursus honorum dans les pas du prince de l’ambiguïté et c’est en se mettant dans ses pas qu’ils ont appris à maîtriser le cynisme et l’art du reniement.
 
François Mitterrand, ce n’est donc pas seulement une affaire du passé ou bien un objet d’historien.
 
Le mitterrandisme nous semble tout au contraire un point central de clivage à gauche et l’absence dans le livre de Jean Luc Mélenchon de tout regard critique voire de prise de distance avec François Mitterrand et son bilan politique ne peuvent qu’inquiéter.
 
Les positionnements pour le moins ambigües de François Mitterrand pendant la période vichyste, son rôle dans la politique répressive du colonialisme français contre le peuple algérien et son endossement, jusqu’à la caricature, des attributs de la fonction présidentielle dont il se servît pour mener dès 1983 une politique qui ouvrait la porte au néo libéralisme, tout cela, pour Jean Luc Mélenchon, est justifié par la contingence et magnifié par le courage personnel et le charisme du grand homme.
 
Par sa constance, la référence de Jean Luc Mélenchon au mitterrandisme n’apparait donc pas comme l’expression d’une simple nostalgie pour les temps révolus de sa jeunesse de cadre du Parti Socialiste ou comme la reconnaissance d’une dette vis-à-vis de son mentor, mais plutôt comme la traduction de l’adhésion de Jean Luc Mélenchon à la vision de l’action politique et à la conception de l’articulation entre les logiques institutionnelles et le mouvement autonome des masses populaires portées par François Mitterrand.
 
Plus encore, n’y aurait-il pas dans la défense obstinée du mitterrandisme par Jean Luc Mélenchon, le reflet d’une proximité de point de vue sur le leadership et sur le rapport entre le leader et les structures partisanes ? Comme François Mitterrand pouvait dire que le Parti Socialiste n’était que le prolongement de lui-même, on peut redouter que Jean Luc Mélenchon n’ait perçu les appareils qu’il a créés dans puis hors du Parti Socialiste, République Sociale, Parti de Gauche et Mouvement pour la Sixième République, que comme les ombres portées de sa personne. La mise en orbite de la France Insoumise sans plus de concertation avec les partenaires de l'ancien FDG ni même de réelle consultation des adhérents du Parti de Gauche n’est-elle pas une illustration de ce rapport instrumental que Jean Luc Mélenchon, comme hier François Mitterrand, entretient avec le peuple militant ?
 
En affirmant sa préemption sur l’héritage entier du mitterrandisme, Jean Luc Mélenchon est trop fin connaisseur de l’histoire de la gauche pour ne pas envisager que celle-ci suscitera chez ses partenaires de l'ancien FDG interrogation, incompréhension voire colère.
 
Alors pourquoi cette démonstration appuyée d’une telle filiation ?
 
Il nous semble que la réponse se trouve dans l’analyse que Jean Luc Mélenchon fait de la période actuelle et de sa perception des élections présidentielles de 2017 comme une fenêtre d’opportunité. « Cette fois-ci, c’est la bonne », confiait-il récemment au magazine les Inrocks. La paralysie du PCF, l’impuissance d’Ensemble, l’isolement du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) et l’éclatement des écologistes, composent un contexte politique lui permettant de s’exonérer de toute concession mémorielle et historique. Désormais Jean Luc Mélenchon entend imposer, à celles et ceux dont il estime qu’ils n’auront d’autre choix que de se soumettre, sa vision de l'histoire de la gauche des cinquante dernières années comme substrat essentiel de son projet politique. Projet politique dans lequel le peuple se substitue à la classe, la nation à l’internationalisme et la révolution par les urnes à la mobilisation des masses populaires, c’est-à-dire, et cela en rupture avec l’essentiel de l’imaginaire de la gauche critique, en parfaite concordance avec les fondamentaux du mitterrandisme.
 
Aussi, à l’heure où une partie importante du peuple de gauche prend la pleine mesure des effets de la politique du Parti Socialiste, les diverses composantes de la gauche critique devraient donc s’interroger sur le sens de leur appui à un responsable politique puisant ses racines dans ce qui fut depuis 1983 l’une des matrices du social libéralisme.
 
Certes, une séquence électorale ne ferme jamais totalement un horizon politique mais l’expérience du mitterrandisme nous a néanmoins apporté la démonstration que la logique des institutions de la cinquième république étaient implacables y compris pour ses plus farouches opposants et que la légitimité du suffrage installait pour longtemps dans le paysage politique celles ou ceux qui en bénéficiaient.

Quelques commentaires de Robert Duguet :

Hugo Melchior parle de l’attitude du courant « pabliste » en 1965 sur le refus de soutenir la candidature de François Mitterand. Pas seulement le courant pabliste. J’ajoute que Le courant lambertiste, qui deviendra l’OCI, était sur la même ligne en 1965. Je ne parle pas de la composante dite « pabliste » dont je connais mal l’histoire, car à l’OCI la LCR c’était le diable en personne, rappelons la caractérisation officielle : « organisation crypto-stalinienne propulsée par la bourgeoisie ».  Côté Pierre Lambert et la direction de l’OCI de l’époque, les militants seront appelés à opérer un tournant à 180 degrés. Lors du centenaire de la Commune de Paris en 1971, un meeting dit de « Front Unique » aura lieu à la mutualité à Paris, au cours duquel le service d’ordre de l’OCI, au moment où Mitterand au nom de la CIR montait à la tribune, se mettra à scander : « Versailles, c’est lui ! Versailles c’est lui ! » On apprendra dans les années qui vont suivre que François Mitterand allait changer de nature : rappelons l’ancien vychiste qui allait garder des liens avec des politiciens troubles de la période de la seconde guerre mondiale, ex-garde des sceaux d’un gouvernement qui fera exécuter 46 nationalistes algériens durant la guerre d’Algérie. Président d’une petite formation, la CIR (Convention des Institutions Républicaines), définie par l’OCI comme une organisation bourgeoise, il devient premier secrétaire du nouveau parti socialiste né à Epinay en 1971 et à ce titre il reçoit la qualité de dirigeant d’un parti ouvrier se radicalisant sur la gauche. La direction de l’OCI prendra la peine d’écrire une brochure pour la présidentielle de 1974 sous le titre : « pourquoi l’OCI appelle à voter François Mitterand ? »

Hugo Melchior fait le catalogue des mesures néo-libérales prises par les gouvernements de François Mitterand dès 1981. J’ajouterai à ce catalogue de la période mitterandienne la défaite infligée aux laïques en 1984, la trahison d’une valeur non seulement fondatrice de la république mais de ce qui constituait une des références centrales du mouvement ouvrier de notre pays… tout le monde dans la représentation officielle de la gauche se couchera devant cette défaite, y compris Mélenchon qui avait bataillé contre Savary. Mais aussi la direction de l’OCI….

 


Mélenchon, une candidature bonapartiste de rupture avec… le mouvement ouvrier

Par Robert Duguet


Les embusqués du carriérisme politique, droite et gauche réunie, tentent une nouvelle fois de nous enfermer dans le débat préparant l’élection présidentielle de 2017 : le rouleau compresseur médiatique tourne à plein régime. La lutte du mouvement social contre la loi El Khomery a mis dans une lumière crue le fait suivant ; le gouvernement Valls-Hollande, comme tout bon gouvernement de chiens couchants au service du capital précède la volonté de ses maîtres. L’utilisation de la violence policière contre les manifestants relève de manœuvres de guerre civile. Aujourd’hui ils veulent tous nous enfermer dans la logique de la Vème république et du respect de ses institutions. Le message des néo-socialistes est clair : si vous sortez du cadre, on vous tapera dessus ! Et pas seulement avec des grenades lacrymogènes ! On a vu, et on voit encore… Récemment un syndicaliste de SUD a été gravement blessé…

La présidentielle n’est pas la solution ! La présidentielle est le problème !

En 2012 la candidature de Mélenchon était portée par le Front de Gauche, c’est-à-dire par une coalition de partis et d’organisations allant d’une scission au sein du PS, le PCF et plusieurs composantes issues du NPA. Toutefois il faut ajouter que la naissance du FDG n’a été possible que parce qu’une composante s’est détachée du PS. Une scission réformiste de gauche contre un parti qui n’a plus rien de social-démocrate. La dynamique née de la scission emportait les autres composantes. Le programme « l’humain d’abord » se situait sur le terrain d’une résistance aux effets du néo-libéralisme, certes programme modeste en termes de propositions progressistes, mais il mettait en mouvement une résistance dans le salariat et la jeunesse qui ne demandait qu’à s’organiser. Avec le FDG, malgré toutes les critiques qui ont été alors portées par les militants contre son caractère de cartel strictement électoral, on restait sur le terrain traditionnel du mouvement ouvrier. La candidature Mélenchon, menée tambour battant sur la ligne de la république sociale, ouvrant la perspective de la Constituante Souveraine (voir discours du 18 mars 2012 place de la Bastille), restait une candidature  du mouvement ouvrier. Nous avons mouillé la chemise pour la défendre et la promouvoir.

Sommes-nous dans la même situation qu’en 2012 ?

Le FDG était porteur d’une crise qui allait le conduire à l’implosion. A partir du moment où on a interdit au FDG de s’organiser comme une force militante démocratiquement contrôlée par les citoyens et citoyennes qui le composaient, et à partir du moment où l’organisation politique qui pouvait construire ce rassemblement, le PG  de 2008, en abandonnait la perspective et entrait dans une cascade de scissions, mises sous tutelle, exclusions, les choses prenaient un autre tour. En l’absence d’une force motrice, le maillon le plus faible du FDG, à savoir le PCF, ex-parti stalinien en état de décomposition, cédait à sa pente naturelle : à savoir sauver ses positions électives à tout prix, condition de sa survie politique. Dans les élections locales les accords avec le PS fleurissaient côté PCF. La petite camarilla regroupée autour de Mélenchon avait beau jeu de dénoncer les traitres « staliniens » du PCF : manière peu élégante de se dédouaner de leurs propres responsabilités. La réalité c’est que Mélenchon n’a jamais voulu construire un parti, il lui fallait un appareil à sa botte dans la stricte perspective de la présidentielle de 2012. Le PG, c’était comme le Canada Dry, cela avait le goût du parti, l’aspect du parti mais ce n’était pas un parti.

Grenoble… c’est la France !

Après des vagues d’exclusions et de mises sous tutelle, la direction nationale s’attaquent à ceux et celles qui ont été les artisans les plus fidèles de la candidature Mélenchon de 2012.

Nous accordons une importance particulière aux événements récents survenus dans la ville de Grenoble : lors des récentes élections municipales une majorité politique s’était formée pour diriger la ville à partir d’un accord entre le courant écologiste et le Parti de Gauche. Nous avons rendu compte dans les pages de ce blog de la politique menée par son maire, Eric Piolle et les élus PG d’appliquer un plan de liquidation d’un certain nombre de services publics et de suppression de postes dans les personnels municipaux, qui rencontre l’opposition d’une majorité de la population. Quelques mois après une belle victoire politique remportée contre le PS, naturellement, mais aussi contre la fédération du PCF de l’Isère qui était favorable à un accord avec le PS, voilà où nous sommes rendus. La direction nationale du PG, parce qu’ une majorité de militants de ce parti s’opposent à la politique de Piolle, a mis la fédération de l’Isère sous tutelle. Nous rappelons que la ville de Grenoble était la seule grande ville lors des élections municipales prise par une majorité Ecolo-PG. De plus le PG de l’Isère a une place particulière dans l’organisation de Jean Luc Mélenchon: ce sont les militants de l’Isère qui ont organisé pendant deux ans les estivales du Front de Gauche. C’est dire que Mélenchon leur accordait une grande confiance et qu’ils étaient depuis la création de ce parti en 2008 dans une disposition particulière centrale dans le dispositif du PG.

Se demander pourquoi des élus tournent le dos aux engagements de campagne et se moquent du mouvement social qui s’est développé dans la ville et qui réclame que les engagements de campagne soient respectés, les militants de ma génération connaissent cette constante de la politique française depuis 1981. Cela va comme à l’accoutumée dans le mauvais sens. Mais on n’avait tout de même pas construit le front de gauche pour en arriver là.

Jean Pierre Juy, militant du PG de l’Isère, explique le 2 octobre dans une interview donnée au Dauphiné Libéré :
« On fait comment, nous, pour faire la campagne anti-austérité de Mélenchon, si on doit accompagner sans rien dire le plan d’Eric Piolle ? » et il ajoute : « A Grenoble, plus qu’ailleurs, les grands discours enflammés ne suffisent pas. Il y a une conscience politique et une culture du débat qui est plus forte ici. A Grenoble, on ne peut pas seulement dire qu’on va renverser la table pour que les gens nous suivent. On ne peut pas non plus faire le coup de la modernisation des services publics. Les gens ont de la mémoire, ils se souviennent de la casse à la poste. »

Ce qui me choque le plus dans cette affaire, alors que les militants du PG sont désavoués et mis en tutelle par la direction nationale du PG, c’est le silence assourdissant de Mélenchon. Jean Pierre Juy a sans doute raison, en qualité de militant du PG, de poser les problèmes comme il les pose, mais Mélenchon, il en pense quoi ? Il soutient Elisa Martin, maire adjointe de l’équipe Piolle ou ses militants ? Je ne crois pas qu’il y a d’un côté les problèmes locaux, où les élus prennent en charge l’austérité contre la population et d’un autre le mouvement « France Insoumise » qui défendra la candidature de Mélenchon en 2017 sur une ligne d’opposition aux restrictions budgétaires. Si Mélenchon se tait dans cette affaire c’est qu’il est d’accord avec la politique défendue par Eric Piolle et Elisa Martin contre ses propres militants. Grenoble c’est la France : ceux qui disent à la direction d’une grande ville que la seule politique possible, ce sont les restrictions budgétaires, nous préparent une politique nationale qui sera sur la même logique. Cela donne à penser sur le sens et le contenu de la candidature Mélenchon ! Il y a les discours et les effets de tribune et il y a la réalité des rapports de force.

Un vent de fronde se lève… contre la candidature Mélenchon par ceux-là même qui l’ont soutenu en 2012.

Nous publions dans ce blog l’appel de plusieurs responsables nationaux du mouvement Ensemble, composante du défunt Front de Gauche, relevant des propos inacceptables de Mélenchon sur les problèmes des migrants, entre autres. Mais aussi sur la politique internationale et des ambiguïtés qui ne sont plus hélas des ambigüités quant à ses positions sur la Russie de Poutine et le régime syrien. Ces dirigeants d’Ensemble estiment que la candidature de Mélenchon est pour eux indéfendable. Encore faut-il ne pas se contenter de petites phrases mais aller au bout de la caractérisation. Sa rupture avec le FDG, Mélenchon l’a présentée dans un livre écrit durant l’été 2014 sous le titre « l’ère du peuple ». Il n’y a plus désormais les classes sociales et leurs représentations, le salariat qui par sa place dans le procès de production capitaliste incarne l’intérêt général et l’avenir de la civilisation humaine, il y a l’oligarchie et le peuple. La rupture de Mélenchon avec le FDG se fait sur la droite, au passage il bazarde tout l’acquis du marxisme et de l’apport spécifique de la révolution française au marxisme. Il y a le rapport direct d’un homme et de son destin avec le peuple, traduit par l’élection présidentielle au suffrage universel. J’ai donné à cet article le titre volontairement provocateur de « Mélenchon, une candidature bonapartiste de rupture avec… le mouvement ouvrier ». Je pense avoir démontré ce que nous entendons par là : le bonapartisme, ce n’est plus le mouvement ouvrier !

Je ne soutiendrai pas la candidature Mélenchon, dans une élection où les dés sont par ailleurs entièrement pipés. Un second tour avec une confrontation Juppé-Le Pen ? Et une partie de la « gauche » qui va nous appeler à nous mobiliser contre l’extrême droite ? Un bis-repetita 2002 en plus grave.

Entrer dans une autre logique…

Il va falloir entrer dans un autre logique à laquelle les militants de gauche et d’extrême gauche ne sont pas habitués, depuis qu’on les a contraints à passer sous les fourches caudines de la Vème république, peut-on continuer à défendre le projet d’émancipation socialiste (ou communiste, c’est la même chose) en ne présentant pas de candidat à l’élection présidentielle de 2017 ? La réponse est oui, puisque vraisemblablement une bonne moitié du peuple français va s’abstenir dans ce joyeux bordel. Et nous n’en serons pas la caution « gauche » avec Mélenchon au premier tour. Revenons aux principes, un mouvement d’émancipation ne peut pas se construire sur le sable mouvant : le projet de la vieille gauche de François Mitterand, icône sacrée de Jean Luc Mélenchon, a fait totalement échec. On a besoin de travailler à un projet d’émancipation sociale et ce dernier se construira contre les institutions du « coup d’Etat permanent ».


Dominique Mulé(PG), Jean Pierre Juy(PG) et Jean Paul Garac(PCF)

« Et on fait comment, nous, pour faire la campagne anti-austérité de Mélenchon ? »

Source : Article publié par le Dauphiné Libéré du 2 octobre 2016

 

Dominique Mulé, Jean Pierre Juy et Jean Paul Garac s’interrogent. Quels seront les effets du plan de sauvegarde sur leur capacité à faire campagne présidentielle avec les « Insoumis » de Mélenchon ?

« On va nous renvoyer sans cesse à la situation grenobloise »

Non pas qu’ils n’aient pas envie de la faire, cette campagne, mais « parce qu’on va nous rencoyer sans cesse à la situation grenobloise. » « On fait comment, nous, pour faire la campagne anti-austérité de Mélenchon, si on doit accompagner sans rien dire le plan d’Eric Piolle ? » dit M.Juy qui ajoute : « A Grenoble, plus qu’ailleurs, les grands discours enflammés ne suffisent pas. Il y a une conscience politique et une culture du débat qui est plus forte ici. A Grenoble, on ne peut pas seulement dire qu’on va renverser la table pour que les gens nous suivent. On ne peut pas non plus faire le coup de la modernisation des services publics. Les gens ont de la mémoire, ils se souviennent de la casse à la poste. »

M.Garac ajoute : « Le contexte national est favorable aux « Insoumis » qui, depuis le combat contre la loi travail, semblent porteurs d’avenir pour beaucoup de personnes.Mais, localement, quand on va nous balancer que nos élus accompagnent ce plan, on répond quoi ? »

Et les trois d’imaginer pour conclure, les difficultés qu’il y aurait à organiser un meeting de Jean Luc Mélenchon à Grenoble. « Faudrait-il prévoir même service d’ordre que pour le conseil municipal. Et que dirait-il s’il devait répondre à tous ceux qui manifestent aujourd’hui contre la fermeture des bibliothèques ».

 


Si la candidature de Jean Luc Mélenchon est la seule candidature possible, c’est que nous n’avons pas de candidat

Appel : premiers signataires, Benoît Borrits, Bruno Della Sudda, Laurent Lévy, Richard Neuville, Pierre Zarka.

Au moment de notre assemblée générale de Montreuil, certains d’entre nous étaient prêts à accepter, in fine et après avoir poussé au plus loin les démarches vaines jusqu'à présent de rassemblement et de travail collectif, l’idée d’un soutien critique à la candidature de Jean Luc Mélenchon au premier tour des élections présidentielles de 2017 ou d'un simple appel au vote pour Jean Luc Mélenchon sans participation aucune à sa campagne. Non de gaieté de cœur ou par conviction qu’une dynamique de campagne allait permettre d’ouvrir des perspectives pour l’après 2017, mais plutôt par résignation et par volonté de permettre à Ensemble de ne pas trop s’abîmer dans les débats électoraux. D’autres avaient décidé de ne pas s’investir sur cette question. Toutes et tous, nous souhaitions qu’Ensemble ne se focalise pas sur la question du candidat au premier tour des élections présidentielles de 207 et s'occupe de ce qui nous semble le plus important et le plus urgent, réfléchir aux questions stratégiques, aux élaborations programmatiques et aux interventions d’Ensemble dans les mobilisations citoyennes et dans les mouvements sociaux.
 
Mais l’été est passé par là et nos positions ont évolué. Aujourd’hui nous considérons qu’Ensemble ne peut plus envisager de soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon, même de manière distanciée, même en menant notre propre campagne, pour des questions de principe élémentaire et pour des raisons stratégiques.
 
L'évocation par Jean-Luc Mélenchon du « travailleur détaché qui vole son pain aux travailleurs qui se trouvent sur place » était passée relativement inaperçue à cause du choc du Jeudi 14 Juillet 2016.

Mais cette phrase reprend les thématiques de l’extrême droite et Jean-Luc Mélenchon l’a ensuite confirmée au Monde puis justifié dans un post de facebook. Il affirme que « l’expression était appropriée » tout en expliquant que le principe de « responsabilité personnelle » justifie pleinement cette phrase.
 
Ensemble a envoyé une lettre non-publique à Jean Luc Mélenchon et à la France Insoumise qui n’a, à ce jour, reçu aucune réponse. Nous pouvons donc considérer que Jean Luc Mélenchon ne voit aucun problème à utiliser publiquement dans le cadre de sa campagne une phrase à connotation raciste.
 
Dès le mois de mai 2016, il avait affirmé qu'Angela Merkel avait eu tort d'accueillir quelques centaines de milliers de réfugiés et il avait précisé que, à sa place, il ne l'aurait pas fait. Mais une ligne rouge a été franchie cet été par Jean Luc Mélenchon. Et ce n’est pas un simple dérapage ou même un dérapage de plus. Ce franchissement, décisif par rapport à nos principes politiques élémentaires, le refus de toute concession au racisme, s’inscrit dans une stratégie politique qu'il élabore depuis maintenant plusieurs années dans la perspective des élections présidentielles de 2017 et que l’on pourrait expliciter par ces quelques thèmes, France Insoumise, indépendantisme français, refus de l’Europe allemande, lien direct avec le peuple et défense des droits sociaux. Un profil politique qu'on peut qualifier, faute de mieux, de national populiste dans lequel des désaccords, qui existaient déjà en 2012 et depuis, prennent une place inédite et grandissante, pour devenir des thèmes majeurs de la campagne.
 
Un profil politique qui voit aussi certains désaccords anciens s’approfondir sous l’effet de sa dynamique propre.
 
Ainsi du positionnement de Jean Luc Mélenchon sur la question des politiques migratoires qui devient de plus en plus problématique. Insister sur son opposition de toujours au droit d'installation des migrants revêt une gravité particulière à l'heure où des milliers de ces migrants meurent en Méditerranée parce que ce droit leur est contesté.
 
Ainsi de la réaction de Jean Luc Mélenchon sur les arrêtés discriminatoires islamophobes pris dans certaines communes littorales de France durant cet été où, dans la continuité de sa position catastrophique sur la loi sur la burqa en 2010, il commence d’abord par soutenir que le fait pour des femmes voilées d'aller à la plage constitue une provocation politique avant de critiquer les arrêtés dont le seul tort serait finalement de tomber dans le panneau en cédant à la provocation.
 
Tout ceci fait donc système et nous oblige à appréhender la campagne de Jean Luc Mélenchon et du mouvement de la France Insoumise de manière différente aujourd'hui.
 
Pour une simple question de principe, nous refusons de soutenir de quelque manière que ce soit un candidat qui utilise des expressions à connotation raciste et qui persiste et signe dans cette utilisation.
 
Pour des raisons stratégiques, Ensemble ne doit en rien se lier ni sous forme de ralliement ni même en simple soutien critique dans la campagne de Jean Luc Mélenchon pour le premier tour des élections présidentielles de 2017. La participation à une échéance électorale n’a de sens que si elle prend place dans la construction patiente d’un rassemblement autour d’un projet de transformation de la société dans une perspective émancipatrice de mobilisation populaire et citoyenne et donc dans le combat pour l’hégémonie. Cette campagne ne remplit en aucun cas ces critères.
 
Si le Front De Gauche (FDG) a montré bien des limites et des insuffisances, notre optique a toujours été de le reconstruire et le dépasser en l'élargissant et en lui donnant une vraie dynamique citoyenne. Or pour Jean Luc Mélenchon et ses proches, les choses sont claires. C'est bien d'un enterrement du FDG qu'il s'agit et en aucun cas d'une reconstruction. Ce qui se construit dans le cadre du mouvement de la France Insoumise est porteur de régressions et de dérives politiques et de négation des dimensions de nouvelle culture politique apparues dans le nouveau cycle de mobilisations et de révolutions depuis 2011, refus des hiérarchies et de la personnalisation, primat du collectif et de l'horizontalité, démocratie directe, refus de la délégation de pouvoir et aspirations à prendre ses affaires en mains et à faire de la politique autrement. Des caractéristiques que nous avons retrouvées dans le mouvement social contre la loi travail et dans le mouvement citoyen des Nuits Debout.
 
La critique justifiée de partis politiques très largement fossilisés ne doit pas se transformer en justification du lien direct entre le chef et le peuple.
 
La nécessité de rompre avec les traités de l’Union Européenne doit absolument être accompagnée par celle de refonder une Europe démocratique, solidaire et écologique. Ce qui invalide immédiatement et totalement le thème de « l’indépendantisme français », lequel est par ailleurs un obstacle majeur à toute dénonciation du caractère impérialiste et belliciste de la France à l'échelle mondiale.
 
Il ne s'agit pas pour nous de renoncer à nous adresser à l'électorat populaire du Front National qu'il faut effectivement arracher à l'extrême-droite et gagner à une véritable alternative à gauche. Mais ce n'est possible qu'à une seule condition, sur des bases extrêmement claires et sans concession aucune au racisme. Ainsi, le combat contre les thématiques d’extrême droite ne peut pas se faire en reprenant des thématiques ou des expressions de l’extrême droite elle-même, accepter la simple possibilité de « quotas » migratoires, parler de « travailleurs qui volent le pain », ne pas tout simplement prendre la défense de femmes discriminées parce que musulmanes, tout ceci ne peut qu’accentuer la confusion généralisée, la construction et le renforcement des préjugés racistes et la crise de la gauche de transformation et son échec actuel dans le combat pour l’hégémonie.
 
Rappelons ici que sur la question de la nation, la vision nationaliste de Jean Luc Mélenchon est à la racine de ses prises de position réitérées depuis plusieurs années, que ce soit autrefois sur le Tibet ou la Françafrique, et plus récemment sur la Corse ou sur l'Ukraine, sans oublier, plus grave encore peut-être, sa complaisance avec la Russie de Vladimir Poutine ou avec la Syrie de Bachar al Assad. Ce ne sont pas, pour nous, des questions secondaires, particulièrement dans une campagne pour des élections présidentielles.
 
On pourrait objecter à cela que ce n'est pas nouveau. Certes, mais dans la campagne présidentielle de 2012, ce tropisme nationaliste était resté contenu, précisément parce que Jean Luc Mélenchon était le candidat du FDG.
 
Et c'est bien pour laisser libre cours à ce nationalisme allant depuis le début du mois de juillet 2016 jusqu'aux propos à connotation raciste qu'il a sciemment décidé de s'affranchir du FDG.
 
C'est ce qui rend la situation très différente de celle de 2012, alors surtout que l'on assiste à une offensive identitaire et nationaliste dans l'ensemble du spectre politique et médiatique et que ces questions seront centrales dans la campagne à venir.
 
Non seulement la candidature de Jean Luc Mélenchon ne convainc pas et ne convient pas mais, plus grave, elle va à l’encontre de nos principes élémentaires et des tâches les plus essentielles qui sont les nôtres dans la période. Ce serait donc un choix guidé par un électoralisme de court terme, contre-productif et problématique sur les principes.
 
Si « Jean-Luc Mélenchon est la seule candidature possible », alors, pour nous, il n’y a tout simplement pas de candidature possible. Nous ne construirons rien sur du sable et, depuis cet été, il s'agit non seulement de sable mais, plus grave encore, de sable mouvant.
 
Cela veut dire que nous considérons, même si la situation est très difficile et le manque de perspectives très préoccupant, qu’il faut poursuivre au maximum les démarches de rassemblement en cours, nos réflexions stratégiques et programmatiques, développer nos interventions et nos campagnes dans la perspective de 2017 mais surtout de l’après 2017.
 
L'appel pour un front commun récemment lancé pour que la candidature de Jean Luc Mélenchon devienne une candidature collective aurait sans doute été vain mais aurait pu, malgré toutes les divergences avec lui, constituer une tentative de compromis très risqué mais que nous pouvions comprendre, méritoire, principiel et bienvenu, avant l'été 2016.
 
Maintenant, nous considérons que l'irréparable a été commis par Jean Luc Mélenchon et qu'il est trop tard. Des camarades d'Ensemble peuvent si bon leur semble mener cette campagne. Cela ne saurait en aucun cas être en notre nom.
 


En 2017 faisons Front commun !

Source: https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/070916/en-2017-faisons-front-commun


Citoyennes et citoyens de gauche, organisés ou non, nous voulons que les élections présidentielle et législatives de 2017 soient utiles pour ouvrir dans notre pays une perspective politique de progrès humain, démocratique, social et écologique.

Après cinq ans de gouvernements se réclamant de la gauche tout en poursuivant les politiques néolibérales et autoritaires de la droite, l’écœurement et la colère risquent de se traduire par une abstention record de l’électorat populaire, une défaite historique du parti socialiste et la victoire d’une droite radicalisée flanquée d’une extrême droite plus menaçante que jamais. Quant à la gauche de transformation sociale et écologique, qui avait commencé à créer du neuf, notamment avec le Front de gauche, elle pourrait bien revenir une nouvelle fois à sa dispersion antérieure et tuer pour longtemps l’espoir qu’elle avait réussi à faire naître en 2012. Nous ne voulons pas de ce scenario épouvantable qui aboutirait à un très dangereux face à face entre néolibéralisme et national-populisme, confortant la supercherie visant à faire passer celui-ci pour la seule alternative envisageable au « système » qui ravage nos sociétés. Le pire deviendrait alors possible.

Au vu des risques bien réels d’une catastrophe politique aux conséquences incalculables, nous en appelons à l’esprit de responsabilité et d’audace de toutes les forces de la gauche de transformation sociale et écologiste. Elles sont diverses, à l’image du peuple qu’il s’agit de rassembler, comme des combats dont elles sont héritières : socialiste, communiste, écologiste, libertaire, féministe, anticolonialiste, pacifiste, antiraciste, altermondialistes, etc. Mais elles ont tellement en commun, comme l'ont montré l'adoption du programme « l'Humain d'abord » il y a cinq ans, les luttes que nous avons menées ensemble et l’intérêt soulevé en Europe par des expériences novatrices comme celles de Syriza et Podemos, qu'il serait inacceptable qu’elles ne réussissent pas à se rassembler aujourd’hui pour mener ensemble le combat difficile qui s’annonce.

Dans cet esprit, nous décidons de nous engager dans la campagne électorale de 2017. Les jeux ne sont pas faits. En profondeur, le peuple français est en attente. Les mobilisations au moment de la COP 21, celles contre la déchéance de nationalité et à Notre Dame des Landes, contre la loi travail et Nuit debout ont montré que, dans l'autonomie de leurs mouvements et dans leur diversité, les exigences de justice sociale et écologiste, d’égalité, de démocratie sont toujours bien vivantes. Elles doivent pouvoir trouver l’expression de leur potentiel politique. Il est donc vital de créer un élan, et pour cela de jeter de toute urgence les bases du rassemblement politique à construire.

Cela suppose une nouvelle proposition politique, un programme et des candidatures en rupture avec l’ordre productiviste et néolibéral, permettant un très large rassemblement de forces et de personnalités représentatives des différentes sensibilités de gauche, à égalité avec des citoyennes et des citoyens engagées dans la vie politique, syndicale, associative, intellectuelle et culturelle.

On assiste au contraire à un éparpillement suicidaire. EELV s’apprête à désigner son candidat. Les « frondeurs » du PS risquent, après la primaire, de se retrouver à soutenir un candidat qu’ils n’ont eu de cesse de combattre. Le Front de Gauche est éclaté. Le Parti communiste désigne ses candidats aux législatives et annonce qu’il décidera le 5 novembre prochain de la candidature qu’il présentera ou soutiendra pour la présidentielle. Jean-Luc Mélenchon a annoncé la sienne et entend que « La France insoumise » qu’il a créée soit le cadre unique d’organisation des campagnes électorales de l’an prochain. Tout cela ne pourrait aboutir qu’à des candidatures fratricides, y compris aux législatives, et à un désastre complet.

Nous refusons de laisser une nouvelle fois le piège de l’élection présidentielle et les débats sur une candidature ruiner tout espoir avec la vaine recherche d’une femme ou d’un homme providentiel. Une candidature de large rassemblement est possible et peut résulter d’une construction collective impliquant directement, au-delà des forces concernées, les citoyen-nes. Quels que soient les arguments des uns et des autres ou les divergences que nous pouvons avoir avec lui, la candidature de Jean-Luc Mélenchon est dans les circonstances actuelles installée dans le paysage politique. Elle exprime dans les classes populaires le refus à gauche de la politique mise en œuvre par François Hollande. A six mois de l’échéance, il serait, à nos yeux, irresponsable de ne pas prendre acte de cette situation. Cependant son mouvement « La France insoumise » ne représente qu’une partie des forces disponibles. Réussir à les rassembler très largement nécessite une alternative politique pluraliste, démocratique, répondant aux exigences d’un fonctionnement plus horizontal et citoyen portées notamment par la mobilisation contre la loi travail et les Nuits debout.

Il faut donc franchir une étape. Afin de nous engager toutes et tous ensemble dans ce combat politique si important pour l’avenir de notre pays, il est indispensable que soit constitué au plan national, avec toutes les parties concernées, un lieu d’échange et de coordination qui rendra compte de notre diversité politique et sera ouverte aux acteurs des mouvements sociaux comme aux intellectuels, créateurs et artistes, qui manifestera notre ambition commune et donnera à nos campagnes présidentielle et législatives la plus grande efficacité. Nous proposons que celles et ceux qui entendent se joindre à notre appel contribuent activement à la convergence des forces sociales et politiques de gauche et écologiste dans les villes, les départements et les 577 circonscriptions législatives, avec les organisations locales du PCF, du PG et de « La France insoumise », d’Ensemble, d'EELV et des groupes de socialistes critiques, ceux de l'Appel des cent, les assemblées citoyennes créées dans le cadre du Front de gauche ainsi que les citoyennes et citoyens, celles et ceux qui se sont mobilisés depuis des mois contre la politique du gouvernement, les femmes et les hommes susceptibles de participer à une démarche de rassemblement et d’innovation à gauche pour 2017. C’est la clé d’une convergence à gauche audacieuse et déterminée, d’une véritable dynamique collective et donc du succès. Nous prenons à cette fin toutes les initiatives nécessaires.

Nous appelons toutes les femmes, tous les hommes et toutes les forces de progrès à se joindre à cette démarche en signant cet appel et en s’engageant concrètement pour la réalisation des objectifs qu’il se fixe. C’est la condition pour échapper au piège qui nous est tendu en 2017. Et pour que cette campagne marque une étape décisive dans la reconstruction dans notre pays d’une gauche digne de ce nom.

Les premières et premiers signataires :

Théo ABRAMOVITZ, militant communiste ; Hélène ADAM, syndicaliste ; Christophe AGUITON, militant altermondialiste ; Sylviane AINARDI, députée européenne (1989-2004) ; Sylvie ALTMAN, maire de Villeneuve-Saint-Georges ; Nils ANDERSSON, éditeur ; Génica BACZYNSKI, écrivain ; Alain BASCOULERGUE, militant communiste ; Emmanuelle BECKER, conseillère de Paris ; Yannick BEDIN, élu PCF de Bourges ; Habib BEJAOUI, syndicaliste ; Maxime BENATOUIL, animateur du réseau Transform !; Nawel BENCHLIKA, syndicaliste ; Christian BENEDETTI, metteur en scène et directeur de théâtre ; Gilles BERNARD, syndicaliste ; Jacques BIDET, philosophe ; Gérard BILLON, syndicaliste ; Françoise BONTOUX, militante féministe ; Jean-Pierre BONTOUX, ancien Maire de Mitry-Mory ; Nicole BORVO COHEN-SEAT, sénatrice honoraire ; Jacques BOURGOIN, ancien Maire et conseiller général de Gennevilliers ; Marie-Pierre BOURSIER, militante communiste ; Patrick BRODY, syndicaliste ; François CALARET, Ensemble ; Julie CAUPENNE, enseignante, secrétaire générale de l'Appel des appels ; Patrick CHAMOISEAU, écrivain ; Philippe COANET, syndicaliste (92) ; Patrice COHEN-SEAT, président d'honneur d'Espace-Marx ; Jacques COSSARD, économiste ; Alexis CUKIER, philosophe ; Pierre-Paul DANNA, maire de La Tour sur Tinée ; Jean-Michel DREVON, militant associatif et syndical ; Michel DUFFOUR, ancien ministre ; Jean-Paul DUPARC, rédacteur en chef du Patriote (Nice) ; Cédric DURAND, économiste ; Annie ERNAUX, écrivaine ; Jacques FATH ; Fanny GAILLANNE, conseillère de Paris ; Isabelle GARO, philosophe ; Emmanuelle GAZIELLO, porte-parole du Mouvement pour la 6e République ; Gregory GEMINEL, militant internationaliste ; Frederick GENEVEE, historien ; Brigitte GONTHIER-MAURIN, sénatrice ; Fabrice GOUGI, maître luthier ; Margot GOUGI, comptable ; Pierre-François GROND, Ensemble ; Janette HABEL, universitaire ; Jean-Marie HARRIBEY, économiste ; Ingrid HAYES, Ensemble ; Claudie HILSUM, journaliste ; Muguette JACQUAINT, députée honoraire ; Anne JOLLET, historienne ; Emmanuelle JOSHUA, Ensemble ; Razmig KEUCHEYAN, sociologue ; Pierre KHALFA, responsable associatif ; Jean-Pierre LANDAIS, militant communiste ; Annick LE GOFF, militante communiste, Yann LE LANN président d'Espaces-Marx ; Frédéric LEBARON, sociologue ; Patrice LECLERC, maire de Gennevilliers ; Marcel LOPEZ, PCF (09) ; Laurence LYONNAIS, Ensemble ; Maxence MAILLARD, étudiant ; Lucien MAREST, militant communiste ; Roger MARTELLI, historien ; Sonia MASSON, metteur en scène ; Claude MAZAURIC, historien ; Manuel MENAL, cadre territorial ; Alain MENNESSON, syndicaliste ; François MEYROUNE, ancien Maire de Migennes ; Olivier MOLLAZ, Ensemble ; Gérard MORDILLAT, écrivain, cinéaste ; Frank MOULY, élu à Chelles; Gérard MUTEAU, syndicaliste ; Bernard NOEL, poète et romancier ; Pierre OUZOULIAS, Conseiller départemental (92) ; David PELLICER, militant communiste ; Guillaume PIGEARD de GURBERT, philosophe ; Michel PINCON, sociologue ; Monique PINCON-CHARLOT, sociologue ; Hugo POIDEVIN, élu à Cherbourg ; Gilles POUX, maire de La Courneuve ; Yvon QUINIOU, philosophe ; Alain RAYMONT, militant communiste ; Jérôme RELINGER, ingénieur ; Nora SAINT-GAL, élue ; Lucien SEVE, philosophe ; Jacques TESSIER, syndicaliste ; Jean-Jacques TEVENART, médecin ; Marc THIBERVILLE, syndicaliste ; André TOSEL, philosophe ; Jean-Michel TOULOUSE, ancien directeur de centre hospitalier ; Hugo TOUZET, élu de Paris ; Catherine TRICOT, architecte-urbaniste ; Marion VAZEILLE-PONCET, militante communiste ; Denis VEMCLEEFS, conseiller municipal de Saint-Ouen, acteur culturel ; Joëlle VOGLIERI-COURTEL, militante de l’éducation populaire (77) ; Louis WEBER, ancien syndicaliste, éditeur ; Malika ZEDIRI, association de Chômeurs.

Signez et faites signer le texte sur : www.frontcommun.fr


Jean Luc Mélenchon attaqué sur l'identité nationale par le Parti Communiste Français (PCF) et le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA)

Source : http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/couacs/2016/09/28/25005-20160928ARTFIG00337-melenchon-attaque-sur-l-identite-nationale-par-le-pcf-et-le-npa.php

Le candidat de la France Insoumise souhaiterait débattre face à Nicolas Sarkozy des questions d'identité nationale, une perspective qui révolte au sein du PCF.
 
« Un débat solide sur l'identité nationale » face à Nicolas Sarkozy, Jean-Luc Mélenchon ne dit pas non. « À partir du moment où nous sommes français, nous adoptons le récit national », fait valoir le candidat de la France Insoumise, cité dans nos colonnes, Mercredi 28 Septembre 2016, en réponse au débat sur « nos ancêtres les gaulois » lancé par le candidat républicain. De quoi alimenter à nouveau le conflit croissant qui l'oppose au PCF mais aussi à d'autres composantes de l'extrême gauche. Dans une note de blog publiée sur Mediapart, le porte-parole du PCF, Olivier Dartigolles, accuse le fondateur du parti de gauche de participer à « rendre centrale la question de l'identité dans le débat politique français. Si nous sommes les filles et les fils de ce qui émancipe et libère, un débat sur l'identité avec l'homme du ministère de l'immigration, de l'intégration et de l'identité nationale, celui des gauloiseries, est une erreur » déplore l'élu de Pau. « La surenchère identitaire d'une partie de la droite est un danger pour notre démocratie. Le rappel historique de ce qui s'est déjà produit dans les années 1930 devrait davantage être réfléchi, discuté et débattu de manière solide », plaide Olivier Dartigolles. « Je préfère un débat entre historiens qu'un débat instrumentalisé avec, comme toile de fond, un présidentialisme exacerbé qui ne permet pas de faire entendre les exigences populaires ».
 
Ce présidentialisme exacerbé est actuellement mis en avant place du colonel Fabien pour refuser l'arrimage à une campagne jugée trop centrée autour de la personne de Jean Luc Mélenchon. « L'enjeu est aujourd'hui d'agréger toutes les mémoires, y compris les mémoires blessées, dans un nouveau récit républicain en ne laissant pas la plume à une droite qui attaque si durement les valeurs républicaines dans son projet politique pour 2017 », écrit encore le proche de Pierre Laurent.
 
Une prise de distance face à l'évolution du discours mélenchoniste qui hérisse le poil de la tête de proue du NPA, Olivier Besancenot. Dans une interview publiée Samedi 24 Septembre 2016, le postier parisien s'insurge, « aujourd'hui, une partie de la gauche radicale aime à se réconforter dans les idées du souverainisme, de la frontière et de la nation. Tout en expliquant que « sur le reste on tiendra bon, Jean-Luc Mélenchon nous a fait des grandes sorties au début sur le souverainisme économique et, promis, juré et craché, ce n’était que cela, au nom de la lutte, nécessaire par ailleurs, contre les institutions européennes », rappelle l'ancien candidat à la présidentielle de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR). « À la fin, t'en viens à bafouiller sur la liberté de circulation et d'installation. Et puis, à la fin, t'en viens à dire que t'es pas pour la liberté d'installation », déroule le trotskiste, qui ne voit pas cette dérive d'un bon œil. «Tout cela, je l'analyse comme des grands sujets de régression politique pour la gauche radicale », conclut-il.
 
André Chassaigne s'imagine en candidat PCF
 
Dans l'entourage de Jean-Luc Mélenchon, l'idée s'installe qu'il faudra faire campagne sans le PCF. Si certaines figures comme Marie-Georges Buffet le soutiennent, la direction du parti pourrait lui préférer Arnaud Montebourg ou même un candidat issu de ses rangs. « Dans les conditions actuelles, il n'est pas possible de soutenir Jean-Luc Mélenchon », a estimé le député communiste André Chassaigne, interrogé par le site www.regards.fr . « Il subsiste un désaccord stratégique qui a son importance. Je ne crois pas aux deux gauches irréconciliables. Nous, nous nous battons pour rassembler la gauche et pour parler aux militants et aux élus socialistes en souffrance et aux écologistes », explique l'élu du Puy-de-Dôme. Fustigeant « la dérive égocentrique » de Jean Luc Mélenchon, le député juge que, « dans les conditions actuelles, il n'est pas possible de le soutenir, exiger la soumission comme il le fait est contre-productif. Cela ne marchera pas », prévient-il. L'auvergnat mise pour le moment sur « une candidature présentée par le PCF qui pourrait bousculer cette campagne présidentielle ». Lui-même serait volontaire, comme il l'avait déjà été, en vain, en 2012. Les communistes trancheront cette question cruciale pour l'année à venir le 5 novembre 2016.

 


Plan d’austérité de la mairie de Grenoble : Grenoble sera-t-elle insoumise ?

Source : Le Postillon, journal satirique local : https://www.lepostillon.org/

Peut-on être « insoumis » une fois arrivé au pouvoir ? Les militants de Mélenchon s'agitent pour la
présidentielle avec un slogan phare : « La France insoumise ». À Grenoble, nombre de militants du Parti de gauche regrettent la soumission de leurs élus aux politiques d'austérité. Suite à la présentation du plan de sauvegarde, les cosecrétaires départementaux ont sorti un communiqué pour demander un moratoire et une consultation. Une demande qui pourrait paraître évidente, mais qui n'a pas plu aux instances nationales : le parti a immédiatement été mis sous tutelle. Reportage à l'assemblée générale extraordinaire, qui a mis en évidence les deux lignes politiques s'affrontant à l'intérieur du parti.

Une femme crie : « Je t'emmerde ». Un homme s'insurge : « On dit pas ça, quand on parle de fraternité et de respect, on dit pas aux camarades "je t'emmerde" » La femme répond : « Tu sais où tu te la mets ta fraternité ? »

Sacrée ambiance, ce vendredi 2 septembre, pour l'assemblée générale extraordinaire du Parti de Gauche (PG). Une soixantaine de « camarades » est réunie pour tenter de résoudre la pire crise qu'affronte le jeune parti en Isère.

C'est une crise qui a éclaté au mois de juin, suite à la présentation du plan de sauvegarde de la municipalité grenobloise, dont fait partie le PG. Ce plan, qui taille dans les dépenses sociales, passe mal chez nombre de militants remontés contre les politiques d'austérité.

Juste après la présentation de ce plan, le 11 juin, le comité de Grenoble envoie à la presse un communiqué pour soutenir sans réserve les élus grenoblois, rejetant la faute sur « le libéralisme et les trahisons du gouvernement Valls-Hollande ». Jusque-là, tout va bien dans la discipline de parti. Mais quelques jours plus tard, patatras ! Le 17 juin, les deux co-secrétaires départementaux envoient un autre communiqué. Si ce texte désigne « clairement le gouvernement Hollande-halls- Macron comme responsable », il se démarque et demande « un moratoire sur ce plan ».

C'est pas bien méchant : juste une demande de « débat / consultation publique ». C'est même le minimum au vu du programme de Piolle. L'engagement n° 8 promettait : «  Chaque année, la municipalité débattra avec les habitants du budget municipal en proposant plusieurs scénarios, dans chaque secteur et avant le vote du budget par le conseil municipal ».

Une mise sous tutelle contre le débat

C'est  pas  bien  méchant,  mais  c'est  déjà  trop.  Alain  Dontaine,  le  co-secrétaire  du  comité  de Grenoble, très proche des élus, envoie un SMS à un des deux co-secrétaires départementaux : « Tu me confirmes ta déclaration de guerre ? ». Une posture martiale annonçant la suite : pour cet écart à la ligne, les deux co-secrétaires départementaux seront « mis en demeure ». Le 16 juin, le conseiller municipal Alan Confesson - dont nos lecteurs avaient pu découvrir la prose pataude dans Le Postillon n° 32 - envoie un mail aux membres de la majorité pour y les rassurer : « Je peux vous garantir que les velléités sécessionnistes ne sont le fait que d'une toute petite minorité... ». La commission nationale de résolution des conflits est saisie par Kristof Domenech, adjoint à Saint- Martin-d'Hères et proche de la première adjointe Elisa Martin. Une réunion de conciliation est organisée  fin  juin,  sans  succès.  Le  secrétariat  départemental  est  « mis  sous  tutelle »  par  les instances nationales, les deux secrétaires départementaux étant interdits de communication. Deux membres du SEN (Secrétariat exécutif national) disposent de tout le pouvoir. Tout ça pour un communiqué demandant un débat : au Parti de Gauche, comme à EELV, on ne rigole pas avec Grenoble. Les instances nationales des partis portent une attention permanente sur ce qui se passe dans la seule grande ville dirigée par « l'autre gauche », et ne veulent pas que des voix discordantes internes s'expriment.

On vous passe les multiples rebondissements, courriers, textes à rallonge pour arriver à cette assemblée générale extraordinaire du 2 septembre, convoquée suite à cette mise sous tutelle. Où, pour caricaturer, deux camps s'affrontent. D'un côté, ceux qui pensent qu'il faut soutenir les élus coûte que coûte et que le communiqué des deux co-secrétaires est un acte de trahison.

De l'autre, ceux offusqués par la mise Grenoble. sous tutelle et la perte de pouvoir de l'assemblée générale  qui  devrait  être  souveraine.  Une  cinquantaine  de  militants  ont,  dans  les  jours  précédant l'assemblée générale, signé un « appel pour un débat serein et démocratique à l'A.G. du
2  septembre  »,  lancé  par  Jean-Pierre Juy,  un  des cofondateurs  du  parti. Dans  un  texte
distribué  aux  «  camarades  tuteurs  avant  l'AG  »,  il  s'emporte  contre  le  «  véritable  déni  de démocratie  »  que  représente  la  mise  sous  tutelle.  Au  téléphone,  il  développe  :  «  La démocratie c'est un affrontement. Il n'y a pas d'autre solution que l'affrontement démocratique. Ce qui se passe à la mairie, cela correspond aux nouveaux modes de management : c'est le lissage des désaccords. Il nous faut un vrai débat au travers d'une confrontation indispensable entre les militants ».

Des élus comme les autres ?

Mais en dehors de ces questions de forme, ce sont des divergences de fond qui sont mises au grand jour. Pour les « frondeurs », il faut à tout prix revenir sur le plan de sauvegarde : « L'attitude actuelle de l'équipe municipale ne mène qu'à une impasse totale. Employés municipaux, syndicats, associations de quartier, parents d'élèves sont vent debout ! Les conseils municipaux sont envahis ou se tiennent sous la protection des forces de police ! Tout cela est évidemment étranger à notre programme,  à  nos  principes,  c'est  le  renoncement  à  tout  ce  pour  quoi  nous  nous  sommes constitués en parti. En pleine campagne présidentielle, c'est catastrophique. ( Tout échec éventuel, toute trahison seront immédiatement exploités par les adversaires de la révolution citoyenne : "vous voyez bien qu'ils sont comme les autres !" »

Annie Foglio est aussi une des cofondatrices du Parti de gauche en Isère. Pour elle, une des causes du problème, c'est qu' « au Parti de gauche, on n'a jamais eu de discussion avant sur les relations élus/militants. Les élus de Grenoble, on leur a trop fait confiance... ». Ancienne membre du Parti socialiste, elle était adjointe à la mairie de Vif avant de démissionner en 2003 : « J'ai toujours estimé que quand on est élu, on n'est pas un électron libre, on doit discuter avec les militants et les représenter. J'ai aussi été secrétaire de section et me suis battue pour que tous les militants soient sur un pied d'égalité et aient leur mot à dire ». Elle est donc forcément déçue de la façon dont ça se passe à Grenoble : « On est un parti qui devait avoir une ligne qui fasse que les gens réadhèrent avec la politique, on ne devait pas faire de la politique à l'ancienne ». Et c'est vrai que la manière de faire de la politique du Parti de gauche depuis qu'il est au pouvoir municipal ne semble pas convaincre les foules : alors qu'il comptait 380 militants, il y a peu, il en reste aujourd'hui environ 200.

C'est un des gros reproches fait par les « frondeurs ». Pendant l'AG, un homme dénonce : « On nous met systématiquement devant le fait accompli et on doit défendre les élus ». Le texte de
« l'appel pour un débat serein:.. » regrettait : « Dès l'élection de l'équipe municipale de Grenoble, les demandes de communication des militants avec les élus se sont heurtées à une résistance et une  forte  inertie de  leur  part ».  Jean-Pierre  Juy  développe :  « il y  a  une  différence entre  les camarades qui peuvent faire des choses parce qu'ils sont élus et puis les autres. Les autres, ils sont bons pour les campagnes électorales et à Grenoble, on en sait quelque chose. Parce que s'il n'y avait pas eu cette force d'intervention de tous les camarades pour gagner la mairie, elle n'aurait jamais été gagnée ».

De l'autre côté, les « camarades - élus » se disent - blessés et choqués par la remise en cause de leur action. Lors de l'AG, certains prennent leur défense, comme cette femme : « Dans tous les comités, les élus arrivent épuisés, pour nous expliquer. On manque de respect pour leur travail. Le climat commence à être détestable depuis un an. Si je suis encore là aujourd'hui, c'est pour JLM2017 [NDR : la candidature de Mélenchon], pour qu'on arrive à apparaître forts et unis » Suite à une intervention de l’adjoint aux sports Sadok Bouzaïene défendant la politique municipale dans les  quartiers  Sud,  un  homme  s'exclame :  « Là,  on  n'est  pas  dans  la  littérature  ou  dans  la philosophie, on est dans la vie là ! »

Tayeb Tounsi, attaché du groupe des élus, résume la position des élus : « Le fond, c'est que des camarades sont  en désaccord  avec ce que font  les élus à Grenoble. Qu'est-ce que vous  leur demandez ? Ils essaient de faire au mieux. Il y a eu des erreurs de communication qui ont pu être faites, j'en suis conscient. Pour le fond, des conneries sont dites en finances publiques et dans le droit. Du moment que des candidats acceptent de jouer le jeu et de se faire élire dans les institutions de la Ve République, vous acceptez qu'une municipalité n'est pas l’État. Ils ont accepté d'être dans une municipalité, ils sont soumis au gouvernement, ils résistent là où ils peuvent résister, ils lâchent parce que des fois on lâche, c'est comme ça. Maintenant c'est la probité des camarades que vous avez portés à la mairie de Grenoble que vous mettez en cause et c'est insupportable. »

Grenoble soumise à l'austérité ?

Face à la baisse des dotations de l'État et aux difficultés financières de la ville de Grenoble, y avait-il moyen de faire autrement que ce « Plan de sauvegarde » ? Les élus et leurs soutiens assurent que non, brandissant le risque de « mise sous tutelle » par la préfecture. Les autres ont plus d'imagination. « Se battre contre l'austérité, c'est diminuer le nombre d'employés ? », se demande Annie Foglio « Quand Mélenchon parle de dette, il dit qu'il faut refuser de payer sa dette et les emprunts toxiques. Si on est assez costaud politiquement, on peut faire basculer les choses. Et puis il  aurait  été  préférable  d'accepter  le  risque  d'être  mis  sous  tutelle,  pour  ne  pas  assumer  la mauvaise gestion de Destot, et la baisse des dotations. Après c'est la préfecture qui aurait dû gérer la "merde", et pas nous. »

Une hypothèse qui a fait bondir la première adjointe Élisa Martin lors de l'AG : « Nous assumons d'avoir refusé le chemin de remettre les clefs à la préfecture. À un moment il faut être un peu dans le monde réel, excusez-moi, le préfet, il en a rien à branler des plans de sauvegarde, il cherche pas la dentelle, il s'en fout. » Un discours qui sera coupé par un monsieur balançant : « Eh Élisa tu devrais descendre un peu plus souvent dans la rue quand il y a des manifs... Parce que c'est pas souvent qu'on te voit », provoquant le départ irrité de la personnalité la plus connue du Parti de gauche de l'Isère. Quelques minutes plus tard, après que certains aient pris sa défense - « en étant première adjointe, c'est sûr qu'elle a pas le temps d'aller à toutes les manifs » -, elle revient et crie : « 70 jours de Nuit debout, camarades ! ». La « bienveillance des camarades », souhaitée par Didier Theveneau un des « camarades-tuteurs », organisateur de l'AG, n'aura pas toujours été au rendez-vous de cette soirée.

Le risque de mise sous tutelle est en tous cas le grand argument empêchant tout débat et remise en cause. Pourtant, il est largement surestimé. Si le préfet a bien envoyé une lettre au maire le 24 mai pour alerter sur la situation financière de la Ville, jamais il ne prononce le mot « tutelle ». Il propose juste « d'engager, si besoin est, un échange constructif concernant les finances de la collectivité ».

Un des « frondeurs » ne pense pas que le risque de tutelle soit imminent : « il convient de rappeler que cette procédure n'intervient pas du jour au lendemain mais seulement après une série de mesures administratives appliquées dans des conditions précises. Le premier contrôle effectué par les services financiers de la préfecture, à la demande exclusive du maire ou du préfet, est le contrôle budgétaire. Il peut être suivi d'un contrôle de gestion, qui est une opération lourde et durerait vraisemblablement une bonne partie de l'année 2017. D'autre part, la date limite d'adoption du Budget Primitif 2017 étant fixée au 31 mars 2017, la possibilité d'organiser auprès de la population une consultation proposant différents scenarii, comme décrit dans l'engagement n°8 de notre programme, reste entière si telle est la volonté de l'exécutif municipal ».

Jean-Pierre  Juy  va  plus  loin  :  « Le  risque  de  mise  sous  tutelle  c'est  de  l'enfumage,  un  faux problème. On nous impose une vision de la politique municipale comme étant un problème de gestion, de technique budgétaire. Les difficultés financières, c'est l'expression d'un rapport de force politique. L'enjeu c'est une mobilisation populaire contre ceux qui étranglent les collectivités locales. L'interview de Piolle au Journal du Dimanche du 02/09/2016 est symptomatique : elle tire la barre à droite et veut faire croire qu'on ne peut pas échapper aux contraintes financières. Pour le Parti de gauche, c'est un problème : d'un côté on est la France insoumise avec Mélenchon, de l'autre on ne peut pas faire autrement avec Piolle. »

Une des personnalités nationales étant intervenue dans ce dossier est Danielle Simonnet, conseillère municipale à Paris et « coordinatrice du Parti de gauche ». C'est elle qui a signé, avec Eric Coquerel, le courrier actant la mise sous tutelle. Elle est pourtant connue pour s'être démarquée des élus se soumettant à l'austérité. Suite à un plan d'austérité annoncé par la mairie de  Paris,  elle  s'insurgeait  en  octobre  2015  :  « Mon  profond  désaccord  avec  la  façon  dont  la majorité aborde ce débat budgétaire réside dans la fin de cette phrase de Bruno Julliard dans son interview accordée hier : "Cette baisse trop importante, trop rapide, des dotations de l'État n'est pas raisonnable. Mais c'est un choix du gouvernement : on doit faire avec." Le gouvernement conduit donc une politique déraisonnable. Là-dessus au moins, nous sommes d'accord. Mais nous serions contraints de faire avec ? Mais il est où l'esprit de la Commune de Paris que pourtant vous concédez, au moins une fois par an, à célébrer 2 Je vous le dis, il est totalement déraisonnable de se soumettre à une politique déraisonnable ! » Et l'esprit de la journée des Tuiles, il est passé où ?

Les élus doivent-ils demander l'autorisation d'aller pisser au cabinet ?

On a comme l'impression que des élus ont envie de passer par Le Postillon pour exprimer des désaccords, sans l'assumer publiquement. Suite à deux articles du Postillon offrant aux lecteurs des extraits de mails entre élus, tous les élus savent que leur liste mail est « percée ». Et que ce qu'ils y écrivent peut potentiellement finir dans notre journal, selon le bon vouloir des personnes qui nous les envoient par la Poste ou les posent dans notre boîte. L'échange de mails qui suit montre ainsi que certains élus sont excédés d'être « infantilisés » par le « Politburo » (les attachés de groupe, les membres du cabinet, le maire et quelques adjoints influents - voir Le Postillon n°31), désirant à tout prix contrôler toutes leurs expressions publiques. Avant de l'offrir à nos lecteurs, nous tenons à signifier aux élus désirant se servir de notre journal pour communiquer des informations que ça serait plus simple, et plus sympa, s'ils contactaient directement notre rédaction... Ça nous éviterait d'avoir à tout retaper.

Le  1er  septembre  à  11h33,  Stéphane  Bieganski,  un  des  attachés  du  groupe  de  la  majorité municipale, envoie un mail aux élus : « Une journaliste de l'Express va peut-être essayer de prendre rendez-vous avec vous dans les jours à venin Si tel était le cas, merci de ne pas caler de date avec elle et de nous faire remonter ça, histoire qu'on coordonne ce qu'on pourrait lui dire . » À 12h55, l'adjoint aux finances Hakim Sabri s'insurge contre cette consigne : « En ce qui me concerne, j'ai fixé le RDV le Mercredi 7 à 11h00. Je pensais aborder ce sujet au séminaire, cela n'a pas été le cas Mais j'informe que pour la fin du mandat, même si j'ai bien conscience qu'il nous faut maîtriser notre communication....Je n'accepterai plus cette façon de nous "infantiliser" en permanence sur nos expressions. Si nous avions été très bons en communication, nous ne serions pas dans la situation actuelle qui ne me semble pas à notre avantage... J'ai fait un mandat dans l'opposition, je suis maintenant dans une majorité et je conçois que la situation soit différente mais je ne dois pas demander une permission à chaque fois que je dois m'exprimer Sur la situation financière soit je sais de quoi je parle.... soit il faut me changer de délégation voire même me virer! ». A 13h22, l'adjoint  à  la  démocratie  locale  Pascal  Clouaire  appuie  :  « Idem  pour  moi,  le  RDV  est  fixé. » Immédiatement,  la  co-présidente  du  groupe  Laurence  Comparat  recadre :  « il  ne  s'agit  bien évidemment pas d'empêcher qui que ce soit de s'exprimer, mais de s'assurer que nos différentes expressions sont cohérentes l Et également que personne ne soit surpris par un journaliste qui vous demande "et que pensez-vous de ce que dit votre collègue XXXX ?" alors que vous ne savez pas ce que XXXX a bien pu dire ;-), bref de bien conserver notre démarche collective. Merci donc de bien vous mettre en rapport avec Stéphane avant vos interviews de façon à bien préparer tout cela, et que notre majorité, bien que s'exprimant de façon plurielle, continue à porter sa parole singulière ». Ah oui, on a oublié de vous préciser : Laurence Comparat est adjointe à « l'accès à l'information ». Une information très contrôlée, où les élus doivent « demander la permission » avant de recevoir un journaliste.

Ceci nous  a  été  confirmé  quelques jours  plus  tard.  Début septembre, un  des journalistes  du Postillon réalisant un article autour de la fermeture de la bibliothèque Alliance (voir page 10) a essayé de contacter plusieurs fois l'élu de secteur René de Ceglié. Après un silence d'une semaine, le directeur de publication a reçu le mail suivant de la part d'Enzo Lesourt, « conseiller spécial » au cabinet du maire : « René de Céglié m'a informé du fait que Le Postillon souhaite lui poser quelques questions, au sujet de l'actualité municipale. Peux-tu lui faire parvenir les questions par écrit à rene.deceglie@grenoble.fr ? Ainsi qu'à moi en copie (enzo.lesourt@ grenoble.fr), pour suivi ? ». Et pour aller pisser ? Faut aussi avoir un suivi au cabinet ?


Lettre aux signataires de l’appel à l’AG du PG 38 du 2 septembre dernier, par Jean Pierre Juy (PG 38)

Cher(e) camarade

Il y a maintenant un mois, je t’adressais un appel pour tenter de faire en sorte que l’AG du 2 septembre soit l’occasion d’un début de règlement des divergences qui se sont fait jour dans le PG 38. Elles portent comme tu le sais sur les déclarations de soutien, publiées par voie de presse, au nom de notre parti en faveur du plan dit de sauvegarde des services publics locaux de Grenoble. Ce plan suscite aujourd’hui à Grenoble et de divers côtés, des levées de boucliers : celle des personnels municipaux comme celle de nombreux grenoblois qui, sans consultation aucune, se trouvent privés de  services auxquels ils sont depuis bien longtemps attachés, en particulier dans les quartiers populaires.

La presse locale se fait l’écho des réactions multiples. Les syndicats représentant la très grande majorité du personnel communal dénoncent dans l’unité ce qu’ils désignent comme un plan d’austérité. Un de leurs derniers tracts a été joint à cette lettre. Des voix s’étaient élevées dans nos rangs pour dénoncer le caractère régressif de ce plan mais en vain. Aujourd’hui aucun doute ne subsiste quant à son caractère régressif. Ni les salariés ni les classes populaires n’ont à supporter les frais d’une prétendue modernisation comme l’habitude en a été prise avec la Poste ou les services hospitaliers. Ce sont les mêmes argumentaires usés qui nous sont resservis. Nous avons mené par le passé des campagnes  contre cette politique. Pourquoi faudrait-il la soutenir aujourd’hui ?

Le maire ayant déclaré « on ne peut pas s’affranchir de la réalité financière », la majorité municipale, nos élus compris, entendent rester imperturbables face aux protestations. Le mouvement de contestation continue de se développer jour après jour et d’un conseil municipal à l’autre. Ce n’est pas encore une rébellion  mais il se pourrait  bien que cela le devienne. Entre le refus de la majorité municipale de reconsidérer son plan et ce large rejet populaire, il n’est que temps pour le PG de se déterminer ! Faute de quoi, nous nous acheminerons vers un sauve-qui-peut généralisé de nos militants avec la montée possible de la tension. En effet, le PG risque bien de se trouver dans une situation intenable : des élus au côté du Maire pour le maintien du plan et pas mal de militants du côté de ceux qui le combattent.

Il devient en effet évident qu’au-delà de leur caractère régressif certaines mesures constituent des injustices criantes tant sur le plan social que sur le plan administratif. Quant on sait par ailleurs que cette situation est aujourd’hui suivie de très près par la presse nationale, il est incontestable que nous ne nous situons plus dans le cadre de péripéties concernant des rivalités entre « factions concurrentes » de la province profonde.
 Pour résumer sur ce premier point, si nous voulons faire prévaloir l’intérêt du PG dans son ensemble, et particulièrement celui de la campagne JLM 2017, il nous faut revenir rapidement sur notre soutien à ce plan et le retirer. Faute de quoi, nous prendrons le risque d’aller vers une situation de crise politique dont nous n’avons pas besoin à cette étape. Ce que les dirigeants de l’AG du 2 septembre n’ont pas voulu entendre en temps voulu nous contraint désormais à une prise de décision rapide. Voilà pour le fond du tableau, c’est la question primordiale.

Depuis un mois, nous avons certes connu des péripéties organisationnelles qui ne seront pas inscrites au tableau d’honneur de la démocratie militante. A l’occasion de la diffusion interne d’un compte-rendu calamiteux de l’AG, Jean Lafrancheschina a rédigé un complément au compte-rendu de cette AG. Il a demandé au co-secrétariat départemental de l’adresser aux adhérents. Demande refusée par le co-secrétaire. Tu en prendras connaissance en pièce jointe. Chacun pourra comparer sur pièces. Inutile de commenter ici.

Et puis, il y  eu la parution du dernier numéro du journal Le Postillon, Journal de Grenoble et de sa cuvette, comme il s’intitule lui-même. Que n’ai-je pas entendu à ce propos ?  Il se trouve que ce journal a choisi de réserver plus de deux pages aux questions qui viennent d’être exposées ci-dessus : une page a pour objet les enjeux de la discussion sur le plan de sauvegarde, de ce qu’il estime être le point de vue du PG membre du Rassemblement municipal, avec des échos très documentés sur la tenue de l’AG du 2.9 . Une autre page  et demie reproduit des échanges de mails entre certains de nos camarades élus ou pas. La juxtaposition de ces deux articles a donné prétexte à la distillation d’insinuations douteuses à mon égard, comme si j’en étais l’instigateur, voire le délateur. A cette parution certains ont même parlé de trahison.

Je le déclare tout net : je n’ai rien à démentir, car absolument rien de ce qui constitue la matière de ces deux pages concernant les mails n’est de mon fait. Un camarade m’écrit : « on en apprend de belles ! », je lui réponds : « je m’inclus dans ce « on » ! Je n’ai jamais été adepte de ce type de déballage parce qu’il contribue en général à détourner l’attention de l’essentiel.  L’ombre du sensationnel  et du prétendument scandaleux vient à recouvrir ce qui requiert avant tout  compréhension et réflexion, c'est-à-dire l’essentiel.

Après la tenue de l’AG, j’ai répondu à une demande d'entretien téléphonique du Postillon. La dite AG a été marquée par une présentation totalement biaisée des motifs de la fameuse tutelle, par des attaques ad hominem, et pour clore ce triste tableau, par l’interdiction de fait de pouvoir s’exprimer sur ces questions dont j’ai déjà dit qu’elles étaient essentielles.  J’ai dit au journaliste du Postillon ce que j’avais à dire en évoquant la question du soutien des élus PG au plan d’austérité de la mairie. Pour information, Le Postillon disposait déjà de l’appel lancé avant l’AG et connaissait tout de son déroulement.

Quant aux mails, j’ai déjà dit ce que j’en pense. Ils sont révélateurs à mes yeux d’une duplicité certaine. Ce que s’écrivent entre eux leurs auteurs ne correspond pas du tout à ce qu’ils proclament ou professent devant les adhérents. En particulier, on peut relever qu’il y a comme la marque d’une distance vis-à-vis des «  non affranchis » que nous pouvons être, ceux qui ne sont pas au fait des « réalités » de l’exercice du pouvoir, bref ils se rendent compte entre eux, c’est comme un entre soi. Ce sont là des pratiques bien petites bourgeoises, fort éloignées de la sollicitude que leurs mandants et leurs propres camarades seraient en droit d’attendre de la part de militants qui se réclament du socialisme.

Pour ce qui nous concerne au PG, cet épisode aura permis de lever un coin du voile sur les raisons pour lesquelles il y a eu saisine de la CRC et ensuite mise sous tutelle du PG 38 : éviter tout débat sur la question du soutien à ce plan de malheur.

En attendant, rien n’y fait, la mobilisation continue contre ce plan d’austérité, elle s’élargit même et s’organise encore. Citoyens et personnels n’en démordent pas : ce plan est inacceptable ! Il devient urgent que les élus retrouvent le chemin de la « ville citoyenne », celui du retour à leurs engagements initiaux sur la base desquels ils ont été élus.

Jean-Pierre Juy,  le 28 septembre 2016

PS : Comme par hasard, le journal Le Monde a publié dans son édition datée de jeudi 29.9 un article bien documenté : « L’autre gauche galère à Grenoble ». S’il ne dit rien des galériens, les militants de « la France insoumise » y sont quand même mis au pied du mur ! C’est dans le dernier paragraphe : in cauda venenum !

Note:

1  Interview JDD 2.9.16. Comme si la réalité financière n’était pas une façon détournée de réduire un peu plus à peau de chagrin ce qu’il reste encore des acquis de la démocratie locale républicaine.


Shimon Peres, des éloges indécents, par Ensemble

Source : https://www.ensemble-fdg.org/content/communique-de-ensemble-mort-de-shimon-peres-des-eloges-indecents

Avec Shimon Peres disparaît l'un des fondateurs de l'Etat d'Israël, un des principaux dirigeants du parti travailliste qui occupa de nombreuses fonctions ministérielles, devint 1er ministre et président.

Au lendemain de son décès, c'est à une avalanche de louanges de la part de tous les dirigeants au niveau international à laquelle nous assistons. Il était serait devenu une colombe ! C’est un travestissement de la réalité

Il reçut le prix Nobel de la Paix pour son action en faveur des accords d'Oslo en 1993 qui, pour la première fois, reconnaissait le peuple palestinien comme interlocuteur et son droit à un territoire ce qui aurait pu être un pas en avant dans la voie de la Paix mais a été l’instrument du fractionnement de la Cisjordanie et de la politique du fait accompli colonial.

Cela est en cohérence avec le parcours de celui qui avait été le principal artisan de l'acquisition de l'arme nucléaire et du programme nucléaire israélien. Sa responsabilité de 1er ministre est engagée dans le bombardement du village de Cana en 1996 tuant 106 civils, ce qui est constitutif d'un crime de guerre. Après l'assassinat dYitzak Rabin en 1995, il abandonna le processus de paix et rallia Ariel Sharon, adversaire déclaré des accords d'Oslo.

Et il approuva tout la politique de blocus de Gaza allant jusqu'à soutenir l'opération « Plomb durci » et les bombardements meurtriers de la bande de Gaza.

Aujourd'hui, l'extrême-droite est au pouvoir avec B. Netanyahou, la colonisation de Jérusalem-Est et de la Cisjordanie est sans cesse en expansion, la bande de Gaza reste une prison à ciel ouvert.

Plus que jamais nous devons agir pour une paix digne et durable incluant la reconnaissance des droits nationaux du peuple palestinien avec la continuité territoriale et le droit au retour des réfugiés.

Pour cela il faut faire pressions sur toutes les autorités politiques et poursuivre la campagne internationale BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions d’Israël https://www.bdsfrance.org/ ) et soutenir le CNPJDPI (Collectif National pour une Paix Juste et Durable entre Palestiniens et Israéliens http://cnpjdpi.org/ ) pour agir contre les exactions de l'Etat d'Israël.

Le 29 septembre 2016.


L'énergie, l'eau et quatre entreprises publiques passent dans le super fonds des privatisations
Déclaration de Panayotis Lafazanis, secrétaire du conseil politique d'Unité Populaire

http://www.fischer02003.over-blog.com/2016/09/declaration-de-panayotis-lafazanis.htm

Samedi 24 Septembre 2016
 
Le gouvernement d'Alexis Tsipras sur la voie de la plus importante liquidation de la richesse nationale dans l’histoire du pays.
 
Le projet de loi multiple a été déposé par le gouvernement pour être voté selon des procédures expresses anti démocratiques, qui humilient une nouvelle fois le parlement en en faisant un simple décor dressé à la va-vite pour légaliser des dispositions mémorandaires. Il constitue une monstruosité profondément réactionnaire qui affecte lourdement le cœur du pays, de l’économie et du peuple.
 
Ce projet de loi impose une nouvelle offensive mémorandaire contre l’assurance sociale, au détriment des professions et des activités économiques à petit et très petit revenu. Elle conduira à une nouvelle vague d’épuisement et d’élimination de milliers de personnes dans les professions scientifiques, techniques et libérales, en particulier parmi les jeunes et les plus pauvres, mais aussi la disparition de milliers de petites entreprises, avec pour conséquence une nouvelle escalade du chômage et du désespoir dans notre société.
 
Mais le pire, c’est qu’avec ce projet de loi multiple on transfère dans le super fonds des privatisations six entreprises et services publics parmi les plus grands, les plus importants et les plus essentiels du pays, l’électricité (DEI), l’eau à Athènes (EVDAP) et à Salonique (EVATH), la fabrication de véhicules militaires (ELVO), le réseau ferroviaire en Attique et à Salonique (ATTIKIMETRO) et les constructions publiques (Ktiriakes Upodomes), avec pour objectif de les brader à la va-vite au profit des créanciers.
 
Les déclarations du TAIPED selon lesquelles le transfert des entreprises et des services publics dans le super fonds ne se confond pas automatiquement avec leur privatisation constituent, comme disent les gens du peuple « une consolation pour le malade » et de la « poudre aux yeux » pour aveugler le peuple grec.
 
Le transfert dans le super fonds de ces six entreprises et services publics d’une valeur inestimable qui englobent l’énergie électrique et l’eau, pour être vendues, constitue littéralement un acte de liquidation, de renoncement et de transformation de la Grèce en quasi protectorat au service d’intérêts économiques étrangers, réactualisant des époques de tutelle du genre de celle de Power et Ulen, de triste mémoire, deux sociétés américaines qui se sont emparés de la distribution de l’eau et de l’électricité dans les années 1920 à Athènes.
 
Seul un gouvernement qui usurpe sans honte le qualificatif de gauche comme le gouvernement d’Alexis Tsipras pourrait être tenté de commettre au détriment du pays et du peuple un crime d’une ampleur telle que la braderie de l’énergie électrique et de l’eau
 
Dans ces circonstances, le peuple grec et la jeunesse sont appelés à la résistance et au soulèvement général pour annuler la liquidation des six entreprises et services publics, pour abolir le super fonds colonialiste et esclavagiste des créanciers et pour mettre fin aux mémorandums et à l’austérité, afin que la Grèce sorte de la crise avec une monnaie nationale et un programme radical de reconstruction, sur un nouveau modèle de développement et avec une juste répartition des richesses.
 


Burkini : la réponse de Fatiha Daoudi à Edwy Plenel

Samedi 10 septembre 2016

Source: https://blogs.mediapart.fr/virgil-brill/blog/190816/burkini-la-reponse-de-fatiha-daoudi-edwy-plenel
 


Réponse d'une Marocaine de culture musulmane au plaidoyer d'Edwy Plenel en faveur du caractère banal et anodin du burkini.

Pour info : Fatiha Daoudi est docteure en science politique, diplômée de l’Université de Grenoble Alpes. Licenciée en droit privé et titulaire d’un master en droits de l’Homme et libertés publiques, elle a orienté ses recherches sur le vécu des populations des frontières algéro-marocaines depuis leur fermeture en 1994. Elle est chercheuse associée au Centre Jacques Berque de Rabat et auteure d’études et de rapports.
Elle est également militante des droits humains, membre de plusieurs associations et experte en genre et en droits humains auprès d’organismes internationaux
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A vous entendre pérorer sur la liberté vestimentaire des femmes musulmanes, confortablement installé dans une démocratie centenaire dont les institutions sont solidement ancrées et où les libertés individuelles sont sacralisées, je sens mes cheveux se dresser sur ma tête non voilée et la colère m'envahir.

Vous dites que le burkini est un vêtement comme un autre alors que le terme lui-même est un carcan pour les femmes puisqu'il veut dire un mélange entre la burqa (voile total) et le bikini, vêtement de plage. Il ressemble à s'y méprendre à une combinaison de plongée sous-marine avec en plus une capuche qui couvre la tête. Imaginez ce qu'éprouve une femme ainsi couverte, sous le soleil !

  Non Monsieur Plenel, le burkini n'est pas un vêtement comme un autre et je sais de quoi je parle puisque je suis une femme de culture musulmane et vivant dans un pays, le Maroc, où l'islam est religion d'Etat. Pays où les droits des femmes ont évolué vers plus de liberté grâce aux femmes qui se sont battues becs et ongles pour que leur voix soit entendue et leur place dans l'espace public reconnue et qui continuent leur lutte encouragées par une volonté politique même si le gouvernement actuel est à majorité islamiste.

Cependant, leurs droits ne sont pas à l'abri d'une régression par ces temps où la pratique de l'islam est plus une ostentation qu'une dévotion.

Quand, Monsieur Plenel, vous comparez le burkini à la soutane en parlant de la sacro-sainte liberté individuelle, vous oubliez une chose importante c'est que la soutane est un habit porté par des personnes qui font de la religion une profession et bien entendu ne doivent aucunement être discriminées même lors de la séparation de l'Église et de l'Etat.

A l'opposé, le burkini n'est pas un vêtement professionnel mais une suite logique du voile et de la burqa. C'est un carcan sophistiqué dans lequel on enferme les femmes sur les plages qui sont censés être des lieux de villégiature et de détente. Par ce genre de vêtement, le corps des femmes est entravé afin, parait-il, de ne pas mettre sens dessus dessous la libido masculine !

Qu'une personne qui a votre audience dans les médias français et francophones, affirme que le burkini est un vêtement dans lequel une minorité se cherche et qui est une mode passagère me choque car vous oubliez que les musulmans ne sont pas une minorité, l'islam étant la deuxième religion de France et que par conséquent le burkini pourrait y constituer un danger pour les femmes toutes confessions confondues.

D'autre part, votre permissivité creuse la tombe des droits acquis par les femmes vivant dans les pays musulmans, pays qui auront vite fait de légitimer cette entrave au corps féminin et toute autre en s'appuyant sur votre notoriété!

Je ne sais pas si vous en avez connaissance mais, dans ces pays musulmans, nos mères portaient, dans les années soixante, le maillot sur les plages et leurs corps profitaient librement du soleil avant qu'il ne se résume à leur entrejambes. De nos jours, nombreuses sont les femmes qui évitent de porter le maillot à la plage de peur d'être agressées par les fous de la religion qui ne sont en fait que de simples obsédés du sexe.

Non Monsieur Plenel, le burkini n'est pas un vêtement comme un autre. Il fait partie d'une stratégie qui, si elle est encouragée par des avis permissifs, finira par arriver à son but final : interdire l'espace public aux femmes!

 


Vive le communisme ! Lénine réveille-toi ils sont devenus fous ! par Karel Kostal

samedi 10 septembre 2016.

Source: http://www.gauchemip.org/spip.php?article27540


 

Il est désespérément urgent que notre génération transmette les espoirs communistes de nos Printemps.

Le capitalisme affame les trois quarts de l’humanité. L’article de Robert Mascarell Vive le communisme ! Les staliniens ça suffit ! http://www.gauchemip.org/spip.php?a..., publié quarante huit ans après l’intervention soviétique en Tchécoslovaquie, crée un espace où l’espoir communiste peut apparaître.

Robert Mascarell écrit : « Quant à la plaie, que je croyais solidement refermée, il faut savoir qu’avant de s’ouvrir la première fois et de devenir béante et purulente, au milieu des années 1970, la plaie en question n’avait été qu’une égratignure contractée au milieu de l’année 1969. J’étais membre du PCF depuis 1963, secrétaire de la section de Romainville (93). J’avais apprécié que la direction de mon parti, dirigé par Waldeck Rochet, ait dénoncé l’intervention de l’URSS en Tchécoslovaquie, en août 1968, mettant fin au Printemps de Prague. Mais ensuite, j’avais regretté assez vivement que Georges Marchais, remplaçant Waldeck, malade, début 1969, et mon parti, soient restés totalement silencieux devant la normalisation de ce pays, imposée par l’URSS. Passé mon regret exprimé ouvertement dans l’intimité du parti, j’avais décidé, à tort, de poursuivre mon bonhomme de chemin de petit cadre du PCF, non permanent. »

Quarante-huit ans après, le débat est-il relancé ? Tout est là. Les espoirs, les déceptions, les interrogations, les ruptures, les résistances, le sentiment de fin d’époque, le sentiment de commencement, la couleur du temps de ce carrefour du communisme.

La nouvelle diffusée par les transistors au matin du 21 août 1968 a cruellement frappée plus d’un militant communiste à Paris, à Rome et ailleurs. Nous entendons encore Aragon : « O mes amis, est-ce que tout est perdu ? » Mais l’univers des partis communistes n’était plus douze ans après le XX° congrès du Parti communiste soviétique celui des tranquilles certitudes de l’époque stalinienne que les dirigeants soviétiques sans doute imaginaient. Les premières « condamnations« de l’action du Pacte de Varsovie tombent peu de temps après les communiqués, diffusés à l’aube, des partis communistes soviétique, bulgare, hongrois, est-allemand et polonais, qui justifient l’intervention par « l’existence de la contre-révolution en Tchécoslovaquie. » En Pologne, on parle, en plus, du « danger du sionisme. »

Dans la même journée, les partis communistes yougoslave, roumain, français, italien, belge, danois, finnois, hollandais, irlandais, islandais, norvégien, autrichien, de San Marino, d’Irlande du Nord, suédois, australien, suisse, australien et britannique disent non. En quels termes ?

La Ligue des Communistes yougoslaves « désapprouve fermement l’action des cinq pays. » Elle défend « les principes de souveraineté et du droit de chaque parti de déterminer sa propre politique, elle critique « la politique du partage du monde en deux blocs, qui défavorise les petits pays. »

Les termes de la condamnation sont prudents et diplomatiques, ils s’inscrivent dans la politique yougoslave en faveur d’un monde sans blocs militaires antagonistes depuis la rupture Staline-Tito en 1948. Nous apprenons cependant que l’armée yougoslave mobilise. Vingt-ans après la guerre, l’Armée populaire yougoslave est encore largement encadrée par les « anciens » de l’Armée de libération nationale et de détachements de partisans de Yougoslavie, qui, on s’en souvient, a libéré la Yougoslavie de l’occupation nazie et fasciste, pratiquement sans l’aide des Soviétiques. Situation préoccupante s’il en est pour les dirigeants soviétiques.

Au même moment, le parti communiste roumain « désapprouve sans équivoque » l’action des cinq pays en Tchécoslovaquie. Outre les arguments que constitue « le droit pour chaque pays et chaque parti de suivre sa propre voie », il souligne « la souveraineté politique de chaque Etat socialiste et la nécessité d’établir des relations dans le camp socialiste telles que ce droit soit respecté. »

La Roumanie fait partie du Pacte de Varsovie, mais la Roumanie communiste de Ceausescu ne participe pas à l’action militaire des cinq pays. Nous apprenons que le gouvernement roumain a interdit son territoire aux préparatifs d’invasion, l’état-major du pacte de Varsovie n’a pas osé forcer le passage. L’armé roumaine mobilise. La direction du Parti communiste roumain revendique « sa propre voie », nous ne sommes pas sans savoir que beaucoup de communistes ont péri dans le passé pour avoir osé revendiquer leur « propre voie. » Mais Staline est mort depuis quinze ans.

Que diront les « partis frères » des pays capitalistes ?

Le Parti communiste belge se prononce « contre l’action militaire », et soutient la thèse d’après laquelle « l’indépendance des partis communistes est le point essentiel du renforcement du mouvement ouvrier mondial. »

Le Parti communiste danois exprime que l’action militaire « est incompatible avec les principes d’égalité selon lesquels chaque pays doit avoir la possibilité de développer sa propre démocratie socialiste suivant ses conditions particulières. » Il fait savoir que « la réaction internationale tirera profit de cette action militaire pour contrer le mouvement communiste international. » C’est ce que les dirigeants soviétiques apparemment ne redoutent pas.

Le Parti communiste finnois souligne que l’action militaire est « nuisible ou mouvement ouvrier mondial. »

Le parti communiste hollandais présente un manifeste et considère sa « solidarité envers le Parti communiste tchécoslovaque comme un devoir internationaliste. » Déclaration redoutable s’il en est pour Moscou, qui communique inlassablement que l’action des cinq pays du Pacte de Varsovie est un « devoir internationaliste envers les communistes tchécoslovaques. »

Le Parti communiste norvégien « désapprouve l’action militaire. »

Le Parti socialiste uni d’Islande et le Parti ouvrier irlandais « désapprouvent » l’action du Pacte de Varsovie.

Le Parti communiste d’Irlande du Nord considère l’action militaire comme une « erreur grave. »

Le Parti communiste de San Marino « désapprouve l’action. »

Le Parti communiste espagnol exprime prudemment son « désaccord avec l’action militaire », mais le courage des militants espagnols n’échappe à personne, le parti vit dans la clandestinité et en exil.

La Parti travailliste suisse se déclare « contre l’action militaire. »

Le Parti communiste australien « refuse l’action des cinq pays. »

Le parti communiste de Grande Bretagne exprime son « regret devant cette action militaire », »aucune raison capable de justifier cet acte n’a été apportée. »

Trois partis communistes demandent le retrait immédiat des troupes étrangères de Tchécoslovaquie.

Le Parti de gauche suédois – les communistes - « désapprouve très vivement l’action et demande le retrait inconditionnel des troupes étrangères du territoire tchécoslovaque. »

Le Parti communiste autrichien a fait une déclaration sur « la nécessité du départ des armées des cinq pays », et sur celle « d’appliquer le programme d’action du Parti communiste tchécoslovaque ». Il se montre « prêt à soutenir le Parti communiste tchécoslovaque dans son effort d’autonomie. »

Si la direction du Parti communiste autrichien se montre aussi rapide et dans les conditions aussi dramatiques – les armées du Pacte de Varsovie frôlent la frontière autrichienne - dans son soutien au programme d’action de la direction de Dubcek, c’est que la base militante est traversée par des courants réformistes démocratiques comme la promesse d’un autre avenir commun.

Le Parti communiste italien, dans plusieurs documents et proclamations officielles , « désapprouve l’entrée des armées des cinq pays en Tchécoslovaquie. » Il soutient « le cours de la politique d’après-janvier (après la nomination d’Alexander Dubcek à la tête du PCT, le 5 janvier 1968) de la vie politique en Tchécoslovaquie », et « le départ des troupes sont considérés par le Parti communiste italien comme le pas le plus important à faire pour que les relations entre les pays socialistes puissent se développer sur la base de l’égalité et de l’indépendance et de la souveraineté de chaque Etat. »

Le parti communiste italien soutient les réformes démocratiques entreprises depuis janvier 1968, et exigent le départ des troupes soviétiques : les torrents d’enthousiasme dans les transistors.

Les nouvelles de Paris, attendues avec impatience également, ne vont pas tarder. Le Parti communiste français a fait rapidement plusieurs déclarations à travers lesquels il « désapprouve la manière de procéder des cinq pays. » Waldeck Rochet juge cette action comme une « erreur grave. » Le parti communiste « demande la normalisation en Tchécoslovaquie dans le cadre de la souveraineté du Parti communiste tchécoslovaque et du gouvernement tchécoslovaque. »

La direction de Walter Rochet juge l’action militaire soviétique comme « une erreur grave », mais elle ne juge pas utile pour l’instant de demander aux dirigeants soviétiques de réparer cette « erreur », en retirant leurs troupes du territoire tchécoslovaque. Les communistes tchécoslovaques sont confiants, « cet oubli sera vite réparé. » Il est à présumer que l’aube du 21 août 1968 annonce une époque nouvelle dans ce pays qui a embrassé Octobre à la Libération : « Rentrez chez vous ! », le cri de ralliement de tous les partisans tchèques et slovaques du « socialisme à visage humain. » « Les camarades français doivent comprendre cela. »

La nuit tombe sur la capitale tchécoslovaque. Les cellules de la fédération de Prague du parti, qui compte 182 000 militants, siégeront toutes toute la nuit. La décision de convoquer le XIV congrès extraordinaire pour le 23 août a été prise. Il sera pris en charge par les cellules des usines CKD dans le 9e arrondissement, qui comptent 70 000 militants communistes syndicalistes. Les 15 000 membres des Milices ouvrières en armes sont déjà mobilisés.

La nuit tombe sur Prague. Les murs sont couverts d’inscriptions : « Lénine réveille-toi, ils sont devenus fous. » Les troupes soviétiques sont en mouvement toute la nuit, les soldats font semblant de ne pas voir les inscriptions en russe : « Allez au Vietnam. »

Dans quelques heures, le Figaro annoncera à la une : « Le grand schisme commence. »

La nuit descend sur le jour fatidique. « Tout est possible » à Paris, quelques semaines après la victoire électorale de la droite. « Tout est possible » à Prague, quelques heures après l’action militaire contre le Printemps de Prague.

Y avait-il une autre voie possible pour les communistes français ?

Je pense en particulier aux militants, et aussi aux « anciens », que j’ai rencontrés depuis, et qui affirment encore aujourd’hui : « Je n’aurais jamais adhéré au parti communiste s’il n’avait pas condamné l’intervention en Tchécoslovaquie. »

La France est la patrie de tous les exilés. Mon cœur battait en mai devant le petit écran en noir et blanc qui transmettait les images « non censurées » du Quartier Latin. Mais il ne fait aucun doute que je n’aurais jamais osé partir en exil avec mon sac à dos en septembre, si le Parti communiste français n’avait pas « désapprouvé » l’action militaire le 21 août.


 

La revue la Sociale propose de travailler à des états généraux de refondation de l’instruction publique, par Robert Duguet


L’initiative de la revue La Sociale proposant des états généraux pour la refondation de l’instruction publique me parle sérieusement : je ne sais pas, cher Denis Collin, si nous arriverons dans la situation actuelle à réaliser une telle initiative, ce que je sais c’est qu’il faut faire quelque chose.

Notre génération, celle qui a eu 20 ans en 1968, qui a forgé sa pensée théorique dans le trotskysme de la décennie 1970-1980, a subi avec la montée au pouvoir de François Mitterand et du parti d’Epinay une défaite majeure. Dès les lendemains de l’élection présidentielle de mai 1981, les attaques contre l’enseignement public vont redoubler en intensité : la « gauche » ouvre les écluses et accentue les réformes réactionnaires de démolition de l’école que la droite ne parvenait pas à faire passer. Le rapport Legrand de réforme des collèges centré déjà sur le projet d’établissement particulariste et l’interdisciplinarité n’était déjà pas autre chose que le brouet infâme que nous sert aujourd’hui la politique de Najat Vallaud-Belkacem. Aux réformes réactionnaires du collège (Legrand) et du lycée (rapport Prost) se joint l’offensive antilaïque de la loi Savary qui converge avec la défaite du camp laïque en 1984. En 1982 la hiérarchie catholique par la voix de monseigneur Lustiger salue la loi de décentralisation administrative, dite loi Defferre, qu’elle déclare conforme au principe de subsidiarité de l’église catholique. Les défenseurs de l’enseignement public que nous sommes, qui nous définissons d’abord comme laïques, c’est-à-dire attachés à un système d’organisation politique de la cité, indépendant de toute emprise religieuse ou communautaire sur l’école et l’état, avons subi une défaite majeure dont nous ne sommes pas encore aujourd’hui relevés. C’est sous le mitterandisme que tout le réseau laïque organisé autour du CNAL et de la défunte FEN sera délibérément démoli : le parti d’Epinay, construit sur l’alliance entre les restes de la SFIO d’un côté et les secteurs venus de la gauche de l’église catholique (Vie Nouvelle, ACO…), et les cadres syndicaux essentiellement de la CFDT, accomplira son véritable projet, dont on peut juger aujourd’hui des résultats. L’affaire venait de loin : en 1972 le colloque du CNAL, qui voit la CFDT et plusieurs organisations de la gauche de l’église entrer dans le cartel d’organisations le soutenant, prend une position qui tourne en fait le dos au mot d’ordre de 1960 « fonds publics à école publique, fonds privée à école privée ! » Le mot d’ordre de nationalisation laïque de l’enseignement c’est déjà le projet de service unifié laïque de la loi Savary, qui définit le projet religieux ou privé comme concourant au service public.

Je pense qu’à la question de la refondation de l’instruction publique est liée la question de la laïcité de l’école et de l’Etat. Cette discussion a eu lieu dans les années 1980, des intellectuels ont écrit des livres en défense de l’enseignement public, de la construction du citoyen qu’il permet, de la liberté absolue de conscience, de la laïcité. Sommes-nous dans une situation où nous pouvons panser les blessures et repartir au combat ? Je le souhaiterais. En tout cas cela mérite discussion.


La Sociale

Analyses et débats pour le renouveau

d'une pensée de l'émancipation

Construire des états généraux pour l'instruction publique, s'opposer aux réformes qui détruisent l'école, par la sociale

Source: http://la-sociale.viabloga.com/news/construire-des-etats-generaux-pour-l-instruction-publique

Jeudi 01/09/2016

Après la réforme du collège, cette opération sans précédent de destruction de l’instruction, M. Hollande vient d’annoncer une nouvelle attaque avec la réforme du lycée qui doit être la prochaine étape … pour ce gouvernement ou le suivant ! C’était sa manière à lui de contribuer à la rentrée de classes.

Nous avons eu l’occasion de montrer ici que la réforme du collège est emblématique de la volonté des gouvernements successifs, de droite ou de gauche indifféremment, de détruire la transmission des savoirs et de la culture au profit d’une étroite spécialisation technique (vite dépassée) ou plus simplement de simples classes de garderie pour éviter l’explosion des chiffres du chômage.

La question de l’école n’est pas l’affaire des seuls enseignants, ni celle des parents d’élèves, elle est l’affaire de la nation toute entière. Se contenter de quelques journées d’action pour réclamer plus de moyens, c’est se tromper et d’objectif et de moyens.

Remarquons que le gouvernement trouve pour le soutenir les habituels syndicats jaunes (CFDT et UNSA) et tout le PS, frondeurs inclus. Montebourg reproche seulement à la réforme du collège de ne pas aller assez loin et Mélenchon la condamne parce qu’elle ne donne pas aux enseignants les moyens horaires de préparer véritablement un enseignement interdisciplinaire – Mélenchon affirme même que l’interdisciplinaire est une discipline… Quant à la droite, elle appuie de fait cette réforme … qui ne fait que prolonger la précédente réforme Chatel du lycée et « l’école du socle » de François Fillon. Ceux qui croient que Sarkozy ou Juppé abrogeraient la réforme Najaud-Belkacem se trompent lourdement.

On ne peut compter sur aucun politicien pour défendre l’école et l’instruction publique. Droite et gauche, ils ont amplement eu le temps de montrer ce qu’ils veulent, et ce qu’ils veulent c’est précisément ce contre quoi il faut s’organiser, en réunissant sans aucun a priori toutes les bonnes volontés, d’où qu’elles viennent.

Ne serait-il pas opportun de donner comme perspective la tenue d’états généraux de l’instruction publique, rassemblant tous les citoyens qui se sentent concernés ? Les syndicats, du moins ceux qui maintiennent l’exigence de la défense de l’école de la république, les professeurs non-syndiqués, les associations de parents d’élèves qui refusent l’orientation mortifère des dirigeants des fédérations, FCPE en tête, les savants et les philosophes, les historiens et tous ceux qui ont directement affaire avec le savoir, les essayistes, toutes les femmes et tous les hommes de bonne volonté, tous ceux-là pourraient d’abord faire un état des lieux de l’école aujourd’hui, démonteraient la propagande gouvernementale et les optimistes appointés qui la soutienne. Ils pourraient ensuite proposer quelques grandes lignes non pas d’une réforme, mais d’une refondation de l’école. Parlant des républiques, Machiavel disait qu’elles ne peuvent se perpétuer qu’en procédant régulièrement à un retour au principe qui ramène les choses à leurs commencements. Un tel retour au principe s’impose qui redise pour aujourd’hui ce que veut dire instruire, ce que sont les humanités, ce qu’est l’autorité des maîtres et pourquoi l’école doit être, comme le disait Alain, une sorte de sanctuaire. Il en va de l’avenir de la civilisation.


Ecole: La pire de toutes les réformes. Pourquoi la destruction de l’instruction publique est devenue l’objectif essentiel des gouvernements de la Ve république ? Par Denis Collin

Source : http://la-sociale.viabloga.com/news/ecole-la-pire-de-toutes-les-reformes

Mardi 16/08/2016

Voilà plus d’un demi-siècle que l’instruction publique dans notre pays vit au rythme effréné des « réformes ». Officiellement, il s’agit de promouvoir plus d’égalité, plus de « démocratie » dans un système réputé élitiste. En réalité, il s’agit non seulement de la destruction de l’instruction publique, car à notre époque d’extinction des Lumières, un public instruit est non seulement inutile mais même nuisible à la bonne marche des entreprises et des petites affaires gouvernementales, mais encore de l’existence même de la culture, de la « grande culture », qui est incompatible avec l’existence du « capitalisme tardif », de ce « capitalisme absolu » qui s’empare méthodiquement du contrôle des âmes comme de celui des corps. (2)

Au cours des premiers mois de l’année 2016, c’est surtout la lutte contre la loi dite « loi travail » dont le nom est associé à la ministre Mme El Khomry qui a mobilisé les organisations syndicales, les militants et une large frange des salariés et de la jeunesse. Mais si dangereuse soit cette loi – et je n’ai pas l’intention d’en minimiser ici les dangers – elle est intervenue comme un opportun paravent d’une « réforme » encore plus dangereuse, une réforme qui n’a pas besoin d’un vote au Parlement, la réforme des collèges de Mme Najaud-Belkacem.

Pour ne citer qu’un point de cette réforme, rappelons qu’elle a porté le coup de grâce à l’enseignement, déjà bien mal en point, des langues anciennes, latin et grec. C’est évidemment très symbolique. La suppression du latin et du grec agit comme un révélateur d’un processus d’ensemble et d’un projet politique porté depuis des décennies par la classe dominante et ses porte-parole. L’humanisme de la Renaissance, celui qui a donné aux études le nom d’« humanités », est né du « retour » aux études des auteurs anciens, aux Grecs, les philosophes – c’est l’édition d’Henri Estienne de Platon (1578) qui continue d’être la base de toutes les éditions de ce père fondateur de la philosophie – mais aussi les poètes et les dramaturges, aux Latins païens aussi, à Lucrèce et à Cicéron et aux historiens latins, Tite-Live, Salluste, Quinte-Curce, des penseurs qui servirent de référence à la naissance de la pensée politique moderne. Et assénant le coup de grâce au latin et au grec, Mme Najaud-Belkacem, sans même le savoir sans doute, a décidé de refermer cette « parenthèse » de la modernité, du républicanisme, des Lumières et des aspirations universelles à la liberté qui est d’abord la liberté de l’esprit.

L’instruction classique – classique parce que c’était elle qui était dispensée dans les classes – visait à instruire les élèves à l’école des grands esprits (voir le superbe texte de Léo Strauss, Qu’est-ce qu’une éducation libérale?). L’obéissance des élèves visait à les préparer à l’autonomie, c’est-à-dire à la capacité de se donner à soi-même sa propre loi, c’est-à-dire d’être un homme libre au sens plein du terme. On n’est libre disait Aristote que si l’on est capable de commander à des gens du même genre que soi. On n’est citoyen que si on a appris à obéir aux lois et il n’est pas d’autre moyen pour, devenu adulte, être capable de discuter ces lois, de les modifier quand elles doivent être modifiées. L’humanisme de la Renaissance et les Lumières faisaient le pont avec cet « humanisme » grec, celui d’Aristote, et avec le républicanisme romain d’un Cicéron.

Ce pourrait n’être qu’un exemple. En vérité, la suppression de l’enseignement des langues anciennes dans les établissements secondaires est le concentré des « réformes » de plus d’un demi-siècle. Réformes institutionnelles avec la loi Debré de 1959 qui vise à donner une place bien plus importante à l’enseignement privé, réformes des programmes et de l’organisation des cycles avec la réforme Fouchet du collège qui crée les CES et aboutira en 1975 au collège unique de René Haby. Réformes pédagogiques et réformes des contenus de l’enseignement et des objectifs que doit se donner l’école. Il serait fastidieux d’énumérer la liste de ces réformes qui s’additionnent les unes aux autres dans la même direction. Officiellement, on poursuit l’objectif de la « réussite scolaire » pour tous. Les « réformes » ont proclamé la nécessité d’en finir avec les discriminations sociales – l’école française serait élitiste – et d’adapter l’école à la réalité de la société d’aujourd’hui. Remarquons avant d’aller plus loin que ces deux objectifs se contredisent apparemment puisque la société dans laquelle nous vivons est de plus en plus inégalitaire et donc une école adaptée à la société actuelle serait une école renforçant les discriminations sociales … ce que font les réformes en dépit de leur objectif proclamé ! Mais il faut s’y habituer : la langue des « réformateurs » de l’école s’apparente à la « novlangue » du 1984 d’Orwell : les mots employés le sont parce qu’ils signifient en réalité le contraire de ce que le bon sens pouvait deviner. La paix, c’est la guerre, la liberté, c’est l’esclavage… L’égalité, c’est la discrimination, le savoir, c’est l’ignorance !

Pour atteindre ces objectifs, il faut en finir avec le savoir « académique ». Usant jusqu’à la corde une expression de Montaigne, on préfère les têtes bien faites aux têtes bien pleines … mais ce sont surtout des têtes vides que l’on va fabriquer. Avec le savoir académique doit s’effacer tout ce qui lui était lié : les disciplines ou les matières, le rapport professeur-discipline-classe, cette triade maléfique héritée des Jésuites soutiennent nos farouches révolutionnaires de l’école, genre Peillon. Mais aussi ce qui en découle : les notes, traumatisantes pour l’élève, auxquelles on va faire succéder ce qui est largement utilisé dans les entreprises : l’évaluation des compétences (1). Au savoir « abstrait » – et en effet quoi de plus « abstrait » que les mathématiques ? – on va substituer des apprentissages « concrets » permettant à l’élève de s’exprimer, un élève qui n’a plus besoin de professeur – n’est-il pas depuis la réforme Jospin « l’élève-au-centre » ? – mais seulement d’une « personne ressource » qu’il pourra consulter quand il en éprouvera le besoin au cours du processus de « construction de son savoir ». (2)

Briser les formes de la transmission du savoir au profit des inventions pédagogiques échevelées sorties des crânes des penseurs des prétendues « sciences de l’éducation », c’est absolument nécessaire quand on veut liquider les contenus des disciplines. Ainsi, tous les professeurs de mathématiques le savent bien, les mathématiques dans le secondaire ne sont plus que des mathématiques opératoires – il faut que ça serve – mais l’art de la démonstration, c’est-à-dire les mathématiques proprement dites, a pratiquement disparu. De même que les élèves de 5e ont maintenant le niveau des élèves de CM1 de 1987 – c’était notre série « le niveau monte » – de même les élèves qui entrent en classes préparatoires sont de moins en moins aptes à suivre les programmes des classes préparatoires scientifiques, programmes dont les ambitions ont été pourtant revues à la baisse.

On a suffisamment dit et redit combien l’enseignement de l’orthographe et de la grammaire françaises a été sacrifié sur l’autel de « l’expression » de l’élève : il n’a rien à dire, il ne sait pas parler, mais il doit s’exprimer, c’est-à-dire faire du bruit. Significativement, l’enseignement de la littérature française a fait une place de plus en plus large aux nouvelles « formes d’expression », comme les publicités, la bande dessinée, etc. Mais surtout la littérature n’est plus étudiée comme telle. On étudie les genres (par exemplaire le genre épistolaire), les styles (une large place est faite à la rhétorique) et les écoles (savoir si Baudelaire est un symboliste, voilà la grande question). Une culture superficielle (style « questions pour un champion ») remplace la véritable culture. Des esprits formatés selon les règles de la pensée unidimensionnelle (Marcuse) et propres seulement à une pensée opérationnelle doivent définitivement remplacer « l’honnête homme », capable de pensée dialectique. Tel est le sens profond des « réformes » dont l’inspiration – si l’on peut dire – est à l’œuvre dans tous les pays. Les réformes de l’école en Italie, par exemple, décalquent les réformes françaises ou, parfois, les anticipent.

Mesurées selon les critères d’hier, ces réformes sont proprement catastrophiques. Le niveau de langue et de culture d’un bachelier s’est effondré au cours des dernières décennies. On trouve aujourd’hui dans les classes préparatoires (dernières filières encore vaguement sélectives) des élèves qui n’auraient jamais pu décrocher le certificat d’études primaires il y a un demi-siècle. On ne s’étendra pas sur le niveau moyen des étudiants de première année des universités, encore bien plus faible. Avec la suppression des redoublements, on est à la veille de voir arriver en terminale de purs analphabètes – pour l’heure nous avons surtout une masse de demi-analphabètes, d’élèves pour qui les auteurs classiques de la langue française sont tout à fait incompréhensibles. Pour ne rien dire des prétendus « scientifiques » qui ne comprennent rien aux mathématiques et qui n’ont pas la plus petite idée de ce que pourrait signifier la notion de vérité dans les sciences.

Cependant, si ces réformes sont mesurées à l’aune des véritables objectifs de « réformateurs », l’école d’aujourd’hui est assez performante. Comme il s’agit d’organiser l’enseignement de l’ignorance – pour reprendre l’excellente formule de Jean-Claude Michéa – on ne peut que constater que l’école d’aujourd’hui est en bonne voie. Pas assez cependant pour les réformateurs et leurs commanditaires qui estiment que l’on donne toujours une trop grande place au savoir « abstrait » et « encyclopédique » et pas assez aux besoins pratiques des entreprises. C’est pourquoi l’école en fait toujours trop et on doit remplacer tout ce qui reste des enseignements disciplinaires par des mauvaises farces comme les EPI qui se prétendent « transdisciplinaires » et doivent surtout servir à éliminer et la classe et le cours et le professeur que les circulaires officielles désignent sous l’élégant vocable de « technicien de ressources »...

On le sait bien, un ignorant conscient de son ignorance est bien plus instruit que ces demi-cultivés et demi-analphabètes qui se croient instruits parce qu’on leur répète que les jeunes en savent plus que les vieux et que les enfants sont plus savants que les parents. Ainsi, les frustres connaissances de l’école primaire d’antan valaient beaucoup plus que la mélasse avec laquelle on bourre les cerveaux des enfants et des jeunes gens. Dira-t-on que j’exagère ? Essayons de faire passer le baccalauréat des années 60 aux élèves d’aujourd’hui : cette expérience de pensée que peut faire n’importe quel professeur ayant atteint aujourd’hui l’âge de la retraite donnerait incontestablement des résultats édifiants. On peut supputer – en usant du principe de charité –- qu’existerait tout de même une toute petite minorité d’élèves ayant échappé au massacre et qui réussirait cet examen, mais la très grande majorité serait recalée.

Mais, nous dit-on, si les élèves n’apprennent plus le latin ni le grec, ils apprennent des choses nouvelles et combien plus utiles, dont la dernière est « l’apprentissage du code informatique » à tous les niveaux de l’école. Il s’agit même selon les plus enthousiastes de l’apprentissage d’un nouveau langage ! Qu’un langage informatique ne soit un langage que par métaphore, tous ces gens n’en ont cure. Le « langage informatique » n’est rien d’autre qu’un outil de programmation des machines et on ne parle pas à une machine, on définit seulement les séquences de son fonctionnement. En son essence, un « programme informatique » très sophistiqué n’est pas différent du « programme » du lave-linge le plus humble et l’élément de base d’un processeur informatique est bien connu de tout le monde, c’est la « porte logique » que réalise un « va-et-vient » pour commander la lumière de votre chambre à coucher, par exemple. Présenter ce qui n’est qu’une technique, parfaitement inutile d’ailleurs pour 99,9 % des utilisateurs d’ordinateurs, comme un nouveau langage et un nouveau savoir, c’est donc une pure et simple mystification.

Il est bien possible que les instigateurs de cette nouvelle lubie ne connaissent rigoureusement rien à l’informatique et aient succombé à la fascination des petits enfants pour les jouets extraordinaires. Mais cette ignorance impardonnable à ce niveau de décision, a été entretenue, manipulée et exploitée sans vergogne par les marchands de quincaillerie – le ministère de l’EN a commandé 175 000 tablettes … pour commencer – et par les grandes entreprises du logiciel – le même ministère a signé des accords avec Microsoft qui aboutissent à ce que « le code » qu’on apprendra à l’école sera le code des produits Microsoft. Juteuse, très juteuse affaire.

Le tableau d’ensemble est proprement désespérant. Mais comme il ne faut ni rire ni pleurer mais comprendre, tâchons de ressaisir cette évolution dans un mouvement global. Le capitalisme aujourd’hui n’a plus aucun besoin de la culture. La culture qui servait de légitimation à la domination des dominants, est un accessoire superflu. La « marchandisation » totale du monde, c’est-à-dire la domination absolue de « l’équivalent général », l’argent, a impitoyablement réduit tous les hommes à la commune mesure, parfaitement égalitaire en son genre ; la grosseur du portefeuille. Tout le monde peut devenir riche – plus ou moins – et tout le monde est virtuellement un millionnaire : le ministre de l’économie, un certain Macron, voulait donner aux jeunes Français l’envie de devenir millionnaires. Puisque lui-même, Macron, dont la bêtise pourrait pourtant devenir proverbiale, y est parvenu, pourquoi pas vous ? Dès lors la culture n’est plus qu’un luxe inutile, et même plus un marqueur de distinction sociale. La culture que l’on acquiert en se formant soi-même, en formant son goût, en s’instruisant, doit faire place à la nouvelle culture, celle de « l’industrie de biens culturels », dans laquelle le navet à grand spectacle hollywoodien côtoie Cinquante nuances de Gray, un t-shirt avec l’effigie de la Joconde, ou une console pour jeux vidéos. Le besoin « culturel » du capitalisme est le besoin de consommateurs de biens de l’industrie culturelle, consommateurs qui s’abrutissent encore plus en consommant l’objet de leurs désirs – voir l’invraisemblable affaire du Pokemon-Go – et, aussi, le besoin de producteurs de biens culturels, c’est-à-dire d’informaticiens et de fabricants de camelote. Et Cicéron n’a plus rien à faire là-dedans. O tempora, o mores !

Pendant longtemps, le capital a eu besoin d’une main-d’œuvre ayant un minimum d’instruction. C’est pourquoi il a, un peu partout, organisé une formation élémentaire de sa future « force de travail ». Ce n’est plus vrai aujourd’hui. Les idéologues et autres marchands de sommeil vantent « l’économie de l’intelligence ». Mais le mode de production capitaliste a dépassé le stade où il avait un besoin massif d’ouvriers qualifiés et d’ingénieurs : c’était l’époque de la montée des « cols blancs » et l’époque où les militants ouvriers réfléchissaient à la nouvelle place des ICT (ingénieurs, cadres et techniciens). C’étaient les années 60 et c’est une époque révolue. La grande transformation de la fin du XXe siècle a été celle de la catastrophe industrielle dans les pays avancés : des millions d’emplois supprimés par l’automatisation dans l’industrie, constructions mécaniques, électronique grand public, etc et transfert pour partie de ces emplois dans les pays émergents. Les emplois supprimés ont été principalement des emplois ouvriers. La classe ouvrière a chanté son chant du cygne dans les années 70 et elle a été invitée à quitter la scène pour laisser place aux « nouvelles classes moyennes » intellectuelles du secteur tertiaire. Mais aujourd’hui, cette nouvelle classe moyenne est dans le collimateur des modernisateurs. Tout le secteur des services commence à être massivement touché par les suppressions d’emplois : en 20 ans France-Télécom avec 180000 salariés a laissé la place à plusieurs entreprises qui totalisent moins de 100000 salariés … avant l’opération massive de « dégraissage » qui est annoncée. Dans le secteur bancaire, ce sont des milliers d’agences qui vont fermer. Il en va de même dans les grandes surfaces commerciales et chez les géants de la distribution. Et l’informatique elle-même est menacée par les progrès de ses propres techniques. En France on annonce plusieurs millions de suppressions nettes d’emplois au cours de la prochaine décennie. Le capital a besoin de petites mains taillables et corvéables à merci, de petites mains « uberisées » et non plus d’une classe de salariés qui pourraient s’appuyer sur la possession d’un métier et d’une solide qualification. Sans doute une élite possédant une solide formation technique et scientifique reste nécessaire, mais celle-ci n’est pas très nombreuse. Dès les années 90, l’OCDE annonçait la couleur. En 1996, un rapport de l’institution indiquait la marche à suivre pour en finir avec une instruction réelle : diminuer la qualité sans diminuer la quantité : « Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population. » En 1998, dans les locaux d’IBM-Deutschland à Stuttgart, le président du Conseil Fédéral du patronat allemand, Dieter Hundt, s’en est pris à « l’idéologie obsolète et erronée » de l’égalité dans le système éducatif. Tout cela signifie-t-il à terme la mort de l’école publique ? Pas tout à fait puisque, comme le fait remarquer l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) avec une rare lucidité – ou le comble du cynisme – les pouvoirs publics n’auront plus qu’à « assurer l’accès à l’apprentissage de ceux qui ne constitueront jamais un marché rentable et dont l’exclusion de la société en général s’accentuera à mesure que d’autres vont continuer à progresser ». (3)

On relit ces textes aujourd’hui et on a la description exacte des politiques mises en œuvre par les gouvernements « de droite » comme « de gauche ». Et cette politique découle de la dynamique même du mode de production capitaliste.

Au début du siècle dernier Rosa Luxemburg énonçait l’alternative fondamentale de notre époque : socialisme ou barbarie. Le XXe siècle a illustré tragiquement le propos de Rosa. Notre siècle sous des formes nouvelles montre que c’est véritablement là que nous sommes à nouveau. La question brûlante que soulèvent les réformes scolaires est tout simplement celle de la préservation de la civilisation.

Notes:

1 Sur cette question, on pourrait lire « L’approche par compétences, une mystification pédagogique » par Nico Hirtt. Du même auteur, lire aussi « En Europe, les compétences contre le savoir ».

2 La « pédagogie » de la « classe inversée » où l’élève lit un cours chez lui et où le professeur l’aide à faire des exercices en classe prépare la suppression des professeurs.

3 Nico Hirtt : « La mission scolaire » in Le Courrier de la planète, n°55 – Mai 2000


L'ancien conseiller de Myriam el Khomri, Pierre Jacquemain, publie « ils ont tué la gauche », par Delphine Legouté
 
Dimanche 14 Août 2016

Source : http://www.marianne.net/ex-conseiller-myriam-el-khomri-pierre-jacquemain-publie-ils-ont-tue-gauche-100245073.html

Il a assisté à la naissance de la loi travail, il a claqué la porte du ministère et il ne s'est pas gêné pour expliquer à quel point ce projet de loi n'était pas de gauche. Pierre Jacquemain, ancien conseiller stratégie de Myriam el Khomri, continue avec la parution le 29 août 2016 de son ouvrage, « ils ont tué la gauche ».
 
Au début du mois de février 2016, Pierre Jacquemain, jusqu'alors conseiller stratégie de Myriam el Khomri, claquait la porte du ministère. Il passera les semaines et les mois suivants à expliquer tout le mal qu'il pense de la loi travail contre laquelle défilent alors des milliers de personnes. Dans l'Humanité du 29 février 2016, il explique ainsi en quoi ce projet de loi est une erreur historique et la preuve d'un non-sens politique, « quand on se dit de gauche et quand on s’estime progressiste, je ne vois pas comment on peut soutenir un tel texte ». C'est également lui qui dira tout haut que son ancienne patronne n'a que très peu d'influence sur le texte et que le premier ministre tire en réalité toutes les ficelles, par le biais du directeur de cabinet de Myriam el Khomri.
 
Après ce premier coup d'éclat, Pierre Jacquemain continue dans son rôle de premier opposant à la loi de son ancienne ministre de tutelle. Au début du mois de mars 2016, il publie dans le Monde une tribune intitulée « ils ont tué la gauche ».  C'est ce titre qu'il a choisi pour la sortie d'un ouvrage le 29 août 2016, aux éditions Fayard, sous-titré « postures et imposteurs au sommet de l’état ». Il explique au Journal Du Dimanche (JDD), Dimanche 14 Août 2016, que « c’est cette expérience désenchantée au cœur de la machine gouvernementale qui m'a donné l'envie d'écrire ce livre ».
 
Sur le quatrième de couverture, cette promesse, « Pierre Jacquemain raconte comment la technocratie a pris le pouvoir sur le et la politique. En dévoilant les coulisses de la loi travail, il nous montre une ministre dépossédée de ses prérogatives, récitant les éléments de langage de Matignon, reléguée au rôle de figurante et condamnée, parce qu’elle le veut bien, à porter une loi qu’elle n’a ni pensée, ni rédigée, pas même négociée. Une loi faite par et pour des technocrates hors-sol dans une France paupérisée ».
 
Et une conclusion, « ils ont tué la politique. Ils ont tué la pensée. Ils ont tué la gauche ».


Robert Verdier, jeune militant...

Robert Verdier ou quand la gauche s’est réinventée, par Gilles Manceron

https://blogs.mediapart.fr/gilles-manceron/blog/020916/robert-verdier-ou-quand-la-gauche-s-est-reinventee

2 septembre 2016


Une place de Paris va porter le nom de «Robert Verdier (1910-2009), résistant, militant anticolonialiste et des droits de l’homme». Un homme qui, dans la discrétion et le courage, face au fascisme, au nazisme et aux guerres coloniales, a su montrer le cap; et qui, à deux reprises, pendant l’Occupation et la guerre d’Algérie, a su rompre et contribuer à reconstruire la gauche.
Le 3 septembre 2016, le nom d’un homme trop oublié, Robert Verdier, sera donné à une place du dix-huitième arrondissement de Paris. C’était quelqu’un de plutôt timide, pas l’un de ces acteurs politiques envahis par leur ego qui cherchent sans arrêt la lumière, repèrent les vents dominants pour se positionner, et qui, pour exister, ne songent qu’à se porter candidats aux plus hautes fonctions. Il était plutôt de ceux dont la parole est rare, mais toujours réfléchie et écoutée. Quitte à ce que, parfois, on cherche à l’utiliser. C’est ce qui lui est arrivé une fois. Quand je l’ai interrogé sur son élection comme président du groupe socialiste à la Chambre des députés en octobre 1956, après le vote à la demande de Guy Mollet, premier ministre, par l’immense majorité des députés socialistes et l’unanimité des députés communistes, des « pouvoirs spéciaux » qui ont plongé la France dans la guerre d’Algérie et permis d’y faire passer l’armée française de 220 000 hommes à 500 000 un an plus tard, il m’a expliqué que c’est précisément parce qu’il faisait partie de la minorité hostile à sa politique que Guy Mollet avait pensé, en le faisant élire à ce poste, le retourner et se servir de lui. C’était mal le connaître.

Issu d’une famille protestante cévenole dont le père, instituteur et mutilé de guerre, avait abandonné toute religion, s’était engagé passionnément dans l’affaire Dreyfus, et, fasciné par Jaurès, associait indissolublement la République à la séparation des Eglises et de l’Etat, Robert Verdier était un protestant de culture. Détaché du Christianisme, il avait, de la foi de ses ancêtres, conservé une inébranlable exigence morale. Il n’était pas corruptible. Aussitôt élu, étaient intervenus le détournement illégal de l’avion où se trouvaient quatre dirigeants du FLN algérien et la piteuse expédition franco-britannique de Suez, conjointe avec celle d’Israël. Il refusa de s’exprimer au nom du groupe, et, avec deux autres socialistes opposés eux aussi à cette politique folle, Edouard Depreux et Alain Savary – qui démissionna alors du gouvernement –, il prit l’initiative dès novembre 1956 de publier un bulletin, Tribune socialiste, opposé à la politique de Guy Mollet en Algérie. En juillet 1957, aussitôt après une tentative infructueuse de faire adopter, fin juin, au congrès de la SFIO l’idée du « droit à l’indépendance » des Algériens, il démissionna de cette présidence de groupe, et, au congrès suivant, quitta un parti socialiste auquel il avait adhéré à 24 ans et qu’il avait contribué à recréer de fond en comble dans la Résistance. En septembre 1958, avec ces deux électrons libres aux idées fortes qu’étaient devenus Edouard Depreux et Alain Savary, avec André Philip, ancien de la France Libre, l’un des rares à avoir été anticolonialiste dès les années 1930, et avec Daniel Mayer, qui démissionne alors du parlement pour présider une Ligue des droits de l’homme riche d’histoire mais en décrépitude, ils décident de constituer un parti sans siège et sans moyen mais résolument opposé à la guerre d’Algérie, le parti socialiste autonome (PSA). De même, on le verra, qu’au sein du parti socialiste reconstitué de 1943, Robert Verdier y avait le poste de secrétaire général adjoint.

Belle leçon pour une société française et une gauche d’aujourd’hui en pleine dérive, où les responsables politiques ne défendent plus des convictions mais cherchent à repérer dans l’opinion les thèmes susceptibles de les faire élire. Robert Verdier, sous une apparence calme et consensuelle, avait des convictions. Il tentait, posément, de les faire partager. Ce sont elles qui commandaient son engagement politique. Ce qui l’a conduit « naturellement », à plusieurs moments importants de l’histoire française au XXe siècle, à faire des choix et à opérer des ruptures courageuses.

Refonder dans la Résistance un parti socialiste digne de ses valeurs

La première grande question à laquelle il a été confronté est celle de la guerre ou de la paix dans une Europe aux prises avec le fascisme et le nazisme. Enfant de la Première Guerre mondiale, il faisait partie d’une génération marquée par le grand massacre. Son premier souvenir d’enfant était d’avoir vu, sur un quai de gare, son père, blessé à la Grande Guerre, descendre d’un train aidé par d’autres voyageurs, avec des béquilles dont il ne pourrait jamais plus se passer. Sa génération, traumatisée par ce conflit, avait tendance à penser que tout valait mieux qu’une nouvelle guerre. Le pacifisme était dominant, à gauche comme dans toute la société. Verdier disait de sa génération qu’elle « avait eu à penser un dilemme ». Elle était dominée par une haine, compréhensible, de la guerre, mais elle se trouvait confrontée au nazisme qui lui imposait de s’armer et de combattre de nouveau. Entre deux périls, la guerre et le joug nazi, il fallait discerner le pire. Au lendemain du 6 février 1934, jeune professeur de lettres au lycée de Montpellier, Robert Verdier a rejoint la Ligue des droits de l’homme et suivi l’antifascisme résolu de son président, Victor Basch, et non pas le « pacifisme intégral » de sa minorité. La plupart de ceux qui, à gauche, ont défendu cette forme de pacifisme inconditionnel glisseront ensuite vers le pétainisme ou la Collaboration. C’est la principale donnée qui explique que, quand il s’est agi, le 10 juillet 1940, de voter les pleins pouvoirs demandés par le maréchal Pétain qui lui ont permis d’abolir la République, sur les 149 députés socialistes élus lors du Front populaire, seuls 36, moins d’un quart, ont fait partie des 80 députés qui ont refusé de le faire.

Pour Robert Verdier, le choix de cette minorité était évident. Alors que la plupart des responsables socialistes élus avant 1940 restaient attentistes, voire pire – Verdier parlait de leur « prudente immobilité » –, il a participé, avec Daniel Mayer et quelques militants de leur génération qui n’avaient pas de responsabilités dans le parti avant guerre, et quelques autres un peu plus âgés, aux responsabilités modestes, tel Edouard Depreux, conseiller général de la Seine, à la reconstruction clandestine du parti socialiste au sein de la Résistance. Ils ont tout repris à zéro, créant en 1942 un Comité d’action socialiste (CAS) qui a publié le bulletin Socialisme et Liberté et décidé en juin 1943 de prendre le nom de « parti socialiste ». Daniel Mayer en était le secrétaire général et délégué au Conseil national de la Résistance (CNR) et Robert Verdier en était donc le secrétaire général adjoint.

Le fait colonial, cancer de la République

La seconde grande question qui a déchiré sa génération, ainsi que la suivante, et qui continue encore aujourd’hui, par ces effets tardifs, à empoisonner la société française, est celle de la colonisation. Les années d’études de Robert Verdier coïncidaient avec l’apogée de l’empire colonial, marqué par le « Centenaire de l’Algérie » en 1930 et la grande exposition coloniale de Vincennes l’année suivante. Malgré Jaurès qu’on n’a pas voulu entendre sur ce sujet, qu’on a oublié et dont on a sans cesse jusqu’à aujourd’hui déformé la pensée[1], la colonisation faisait alors partie, y compris et peut-être d’abord à gauche, du consensus républicain. Après les vigoureux débats de 1885[2], tous les partis s’étaient plus ou moins ralliés – sauf, de manière intermittente, les communistes –, au fait colonial. Or, les circonstances de sa vie ont fait que Robert Verdier a très vite compris l’aberration de la colonisation. Il aimait raconter une anecdote emblématique de sa prise de conscience précoce de cette absurdité. C’était au début de l’été 1932, son camarade de classe préparatoire au lycée Louis-le-Grand, où ils étaient tout deux internes, Léopold Senghor, avait été admissible à l’agrégation de grammaire quand lui-même l’avait été à l’agrégation de lettres classiques. Il l’avait invité à venir préparer en même temps que lui les épreuves orales à Mende, dans la maison que possédaient ses parents. Un jour, à la poste locale, où Senghor avait voulu envoyer un courrier, il s’était entendu répondre par l’employée, probablement syndiquée et beau produit de l’école républicaine : « Toi coller timbre là »… Elle qui ne devait guère disposer de plus que le certificat d’études trouvait normal de s’adresser ainsi à cet homme qui était agrégatif de grammaire. Pourquoi ? parce qu’il était noir. L’épisode est symptomatique des stéréotypes diffusés l’époque et du bain idéologique dans lequel les esprits se sont formés, qui persiste de manière diffuse dans la France d’aujourd’hui. C’est parce qu’il en a pris conscience de l’incompatibilité du processus colonial avec les valeurs républicaines que Robert Verdier, malgré les idées dominantes dans la société comme dans la gauche, a soutenu, « naturellement », les hommes qui, dans les colonies voulaient la fin du colonialisme.

En août 1946, la prise de la direction du parti socialiste par Guy Mollet, au nom d’une phraséologie populiste et marxisante, mit fin aux responsabilités de Daniel Mayer à direction du parti, comme à celles de son adjoint Robert Verdier. Guy Mollet s’est appuyé notamment sur des militants de la tendance dite « Gauche révolutionnaire » dirigée avant guerre par Marceau Pivert, qui avait été favorable aux Accords de Munich et n’avait pas participé à la Résistance, il était aussi préféré nettement par le PCF, dominant la gauche à l’époque, à la direction précédente issue de la Résistance. Mais, pour Robert Verdier, le discours « plus à gauche » de Guy Mollet n’était que « l’habillage doctrinal d’une opération politicienne ». Il rapportait cette phrase de Léon Blum, avec qui il travailla étroitement entre 1946 et sa mort en 1950, après la lecture d’un texte de la nouvelle direction : « Je ne savais pas que le parti comptait une telle proportion de pédants ».

De nouveau député en 1951, Verdier s’intéressa particulièrement aux questions du Maghreb. En 1945, encore secrétaire général adjoint du parti, il avait fait une mission en Tunisie, avant même la capitulation allemande. Il était allé aussi en Algérie en juillet 1946, en compagnie de Charles-André Julien, et écrira à propos de la réunion des socialistes d’Afrique du Nord à laquelle il a assisté : « Je fus naturellement frappé, mais pas vraiment surpris, par le faible nombre d’autochtones participant à ce congrès. L’un d’eux toutefois fit une très forte impression : Mohand Lechani. Charles-André Julien le connaissait depuis longtemps et me présenta à lui. Lechani était instituteur. Il militait au parti socialiste depuis 1912. Très tôt, il avait publié une revue, La Voix des humbles. En 1938, il avait participé à la création du journal Alger Républicain[3]. » Lechani dénoncera bientôt le statut de 1947 créant deux « collèges électoraux » comme une « formule raciste ». Au congrès de la SFIO de 1951, en France, il parlera de la « trahison » du parti en matière de politique coloniale : « la colonisation a créé une sous-classe ». Il quittera la SFIO en décembre 1955 pour rejoindre le FLN et travaillera après l’indépendance aux programmes d’alphabétisation et à la politique d’éducation de l’Algérie indépendante. Robert Verdier est retourné en 1952 en Tunisie, où la situation s’était brusquement aggravée, le résident général de France, Jean de Hauteclocque, arrivé sur un bateau de guerre, étant un partisan de la manière forte. Il a fait arrêter Habib Bourguiba et les autres responsables du parti indépendantiste le néo-destour, et quelque cent cinquante de ses militants dont certains ont été torturés lors de leur détention. Du 28 janvier au 1er février, avait eu lieu le « ratissage » du Cap Bon qui avait fait plus de 200 morts dans la population civile, de nombreux blessés, des maisons dynamitées. Verdier rendit visite à trois leaders du néo-destour, Hedi Nouira, Mongi Slim et Hedj Chaker, que l’autorité française avait placé en résidence surveillée dans un phare désaffecté de l’île de Djerba. Il obtint aussi d’aller visiter Habib Bourguiba interné dans l’île de La Galite, à l’ouest de Bizerte, au large de la frontière algéro-tunisienne. Il a rencontré également Ferhat Hached, le chef du syndicat Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), qui sera assassiné en décembre 1952 par les hommes du service français du SDECE avec l’assentiment du résident général de France. Intervenant devant l’Assemblée nationale, le 5 juin 1952, le Robert Verdier a déclaré : « les destructions de maisons au Cap Bon n’ont pas été accidentelles, […] il s’agissait bien d’opérations militaires, d’intimidation sur les habitants de ces régions. […] Dans toute la Tunisie, on parle de sévices et d’aveux obtenus par la torture. […] Un homme arrêté par surprise est gardé plusieurs semaines, parfois deux mois, dans ce qu’on appelle les petites geôles, qui sont les prisons des gendarmeries. Il n’a pendant toute cette période contact avec personne, avec aucun membre de sa famille, avec aucun avocat. […] Ceci doit rappeler à beaucoup de Français quelques souvenirs assez peu agréables[4]. » A l’été 1953, après la déposition par la France du sultan du Maroc Mohammed Ben Youssef, Robert Verdier participa à la création du Comité France-Maghreb, où, à Alain Savary et Edouard Depreux, se sont jointes des personnalités catholiques comme François Mauriac, Louis Massignon et le rédacteur en chef de Témoignage chrétien, Robert Barrat. En janvier 1954, il fit partie d’une délégation parlementaire au Maroc au cours de laquelle il a pu rendre visite dans sa prison à Abderrahim Bouabid, leader alors du parti indépendantiste l’Istiqlal, contribuant à sa libération en octobre, et dont il deviendra l’ami jusqu’à sa mort en 1992. En 1955, avec Alain Savary, Robert Verdier participa aussi à la libération de Habib Bourguiba de son îlot de La Galite et au retour en France du sultan du Maroc exilé à Madagascar, décisions importantes qui ont préparé l’indépendance de ces deux pays, mises au point sous le gouvernement de Pierre Mendès France et proclamées en mars 1956.

L’opposition de Robert Verdier à la guerre d’Algérie était donc la conséquence d’un refus ancien, ferme et tranquille, du fait colonial, qu’il voyait comme une sorte d’aberration eu égard aux principes de la République et des droits de l’homme. S’y sont ajoutés des témoignages précis. Vincent Monteil lui a communiqué la lettre qu’il avait adressée le 1er juin 1955 à Jacques Soustelle, alors gouverneur général de l’Algérie, pour lui annoncer sa démission de chef de son cabinet militaire en raison de la torture pratiquée, au su des autorités civiles, par la police et l’armée française : « L’Algérie est un pays sans loi, écrivait-il. Ses vrais “hors la loi” sont dans l’administration algérienne ». Un jeune pasteur protestant, ami de sa belle-famille, Benjamin Muller, démobilisé au sortir de son service militaire, avait tenu à l’informer de la généralisation de l’emploi de la torture par l’armée française en Algérie. Un Algérien, Ali Brahimi, qu’il avait connu au sein de son groupe socialiste au Quartier latin et qui venait de rejoindre le FLN lui a envoyé la copie de la lettre qu’il venait d’adresser à Guy Mollet, décrivant les enlèvements, les violences et les exécutions sommaires, qu’il lui demandait de lire à ses collègues.

Réinventer la gauche dans la fidélité

C’est son opposition à la politique algérienne de la direction de la SFIO qui l’a conduit à fonder avec d’autres le PSA, puis à être ensuite, en 1960, l’un des responsables du PSU, issu de la fusion du PSA et de l’Union de la gauche socialiste (UGS). Le PSU a été un « parti visionnaire », pour reprendre l’expression de son historien, Bernard Ravenel[5]. Un parti issu du naufrage de la gauche et du pays dans la guerre d’Algérie, mais qui a témoigné de ce que l’une comme l’autre étaient capables, dans ce désastre, d’essayer de se ressaisir fièrement et de se réinventer. L’un des souvenirs dont Robert Verdier était fier, c’est d’avoir reçu, en compagnie d’Edouard Depreux, François Mitterrand lorsqu’il a demandé son adhésion au PSA. La question avait été discutée par ses instances et ses membres, qui se souvenaient de son comportement en tant que Garde des Sceaux au sein du gouvernement de Guy Mollet – ses nombreux avis favorables aux exécutions capitales d’Algériens –, avaient répondu : « non ». Robert Verdier, bien qu’il avouait son embarras à le lui annoncer, n’en avait aucun regret, tout en ajoutant que François Mitterrand, lui, n’oublierait pas ce refus. Verdier est resté membre du PSU jusqu’à la fin de la guerre d’Algérie, et même au-delà, jusqu’à l’élection présidentielle de 1965. Mais il avait le sentiment que le PSA comme le PSU s’étaient constitués sur la base d’un rejet, et qu’un rejet ne suffisait pas à former la base de référence commune d’un parti politique. A ses yeux, trop d’approches divergentes y coexistaient. Il était, par ailleurs, déconcerté par Mai 68 et restait peu sensible à ce que le PSU apportait de nouveau à la vie politique française, ces thèmes que Bernard Ravenel nomme avec raison des « graines de l’avenir », comme la problématique de la démocratie régionale et de la décentralisation, l’approche d’une société devenue post-industrielle et l’attention à l’émergence de nouveaux mouvements sociaux. 

Le plus long et le plus fidèle des engagements de Robert Verdier aura été celui à la Ligue des droits de l’homme. Il y avait adhéré à 22 ans. Il en est resté membre jusqu’à sa mort à 99 ans. Bien qu’il n’ait pas voulu s’y investir après 1945, car il avait de sérieuses réserves sur l’orientation de ses responsables aux temps de la guerre froide et des guerres coloniales, qu’il ne considérait pas assez vigilants par rapport aux violations des droits de l’homme dans les pays de l’Est et dans les colonies. Mais il y est revenu activement, ensuite, quand Daniel Mayer puis Henri Noguères en sont devenus présidents (1958-1975 et 1975-1983). Il a longtemps présidé sa fédération de Paris ainsi que sa Commission des questions internationales. C’est lui qui avait reçu, en 1983, les représentants d’un petit comité constitué pour prendre la défense de dissidents et d’artistes chinois dont je faisais partie, qui sollicitait le soutien de la LDH pour l’organisation d’initiatives communes. Quand, après cette expérience, j’ai continué à militer dans le cadre de cette Commission de la LDH, j’ai eu d’emblée, avec lui, une relation faite d’une proximité inattendue en raison de l’importante différence de générations. Probablement parce qu’il se pensait avant tout comme un professeur de lycée – ce que j’étais alors. Pour lui, avoir été responsable politique et parlementaire, ce n’était pas avoir exercé un métier, sa profession avait toujours été celle de professeur. Pas seulement avant que la clandestinité ne l’oblige, en 1943, à quitter brusquement son poste, et après que son désaccord politique sur la guerre d’Algérie ne le conduise très normalement à en reprendre un, de 1959 jusqu’à sa retraite en 1976. Cet homme remarquable par ses engagements politiques à plusieurs moments-clés du XXe siècle ne considérait absolument pas la politique comme un métier. L’exemple peut être utile devant le marigot actuel.

Notes:

[1] Jean Jaurès, Vers l’anticolonialisme, du colonialisme à l’universalisme, textes réunis et présentés par Gilles Manceron, Les Petits matins, collection « Sortir du colonialisme », 2015.

[2] 1885, le tournant colonial de la République. Jules Ferry contre Georges Clemenceau, et autres affrontements parlementaires sur la conquête coloniale, introduction de Gilles Manceron, La Découverte, 2006.

[3] Robert Verdier, Mémoires, préface de Pascal Ory, L’Harmattan, 2005.

[4] Journal officiel de la République française, Assemblée nationale, 1re séance du 5 juin 1952.

[5] Bernard Ravenel, Quand la gauche se réinventait. Le PSU, histoire d’un parti visionnaire, 1960-1989, La Découverte, 2016.


Elisa Martin, responsable nationale du PGet élue de la ville...

Commentaires : les élus PG de la ville de Grenoble beaucoup plus à droite que Léon Blum...

Dans les milieux militants de la gauche radicale on a souvent repris la phrase célèbre de Léon Blum pour caractériser la politique de la social-démocratie : « nous serons les gérants loyaux du capitalisme ». Face à la montée révolutionnaire de juin 1936 Léon Blum dissociait l’exercice du pouvoir, que le vote populaire confiait au parti socialiste et la conquête du pouvoir, ou rupture avec le capitalisme. Autrement dit le socialisme était renvoyé aux calendes grecques tandis que la social-démocratie était appelée à gérer les affaires courantes de l’état capitaliste, et donc limitait la satisfaction des revendications ouvrières aux limites imposées de la propriété capitaliste. Les élus PG de la ville de Grenoble font mieux et plus à droite que Léon Blum lui-même : nous serions condamnés en accédant à l’exercice du pouvoir à gérer les effets du pourrissement de la société capitaliste  et à limiter les mesures de justice sociale à ce que la pénurie permet. C’est plus du Léon Blum, c’est le Michel Rocard qui en septembre 2008 faisait une rentrée sociale fracassante en expliquant : le capitalisme a gagné la partie, la « social-démocratie » devra se limiter à défendre les conditions de vie sociale sur les marges et d’abandonner définitivement la perspective du socialisme...

Bravo Elisa Martin !(Robert Duguet).

Déclaration des élus du Parti de Gauche à la ville de Grenoble

Publié le 20 juin 2016 sur le site PG grenoble

Source : http://grenoble.lepartidegauche.fr/?p=116

Face au désengagement de l’État et pour éviter une mise sous tutelle qui serait dramatique, la municipalité de Grenoble est contrainte de faire des choix pour sauvegarder  les  services  publics  de  la  ville. Ainsi  que  nous  le  répétons  depuis plusieurs mois, la baisse des dotations de l’État aux communes, décidée par le gouvernement VALLS, réduit leur capacité d’intervention au service des habitants et menace les communes. Comment maintenir une activité de service public de qualité quand  la  source  du financement  se tarit ? A  Grenoble,  la  situation  est  encore  plus  difficile  que  dans  d’autres  villes :  la conjonction du bilan dramatique de l’équipe Destot, des baisses des dotations de l’État et de celles du département et de la région menace le service public.

Contrairement à ce que nos opposants affirment nous n’avons pas d’autre choix que devoir gérer la pénurie organisée par le gouvernement, nous contraignant à mettre en œuvre une politique budgétaire pour laquelle nous n’avons pas été élus. Face à cette contrainte, notre action a donc pour logique de réduire les dépenses tout en cherchant à maintenir un maximum de justice sociale dans nos choix par la mise en œuvre de la tarification sociale à chaque fois que cela est possible.

Les élus du Parti de Gauche tiennent à redire leur solidarité avec l’équipe municipale qui doit prendre de douloureuses décisions de sauvegarde du service public.

Signataires : Élisa MARTIN, Catherine RAKOSE, Laetitia LEMOINE, Alan CONFESSON, Sadok BOUZAIENE, Manu CARROZ Jerôme SOLDEVILLE


Eric Piolle, maire écologiste fidèlement soutenu par les élus du PG

Mairie écologiste de Grenoble : une ville "managérée" , par Jean Paul Portello, syndicaliste

22 août 2016

Source: https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/070816/piollesintomer-conquerir-subvertir-ou-subir-les-institutions?utm_source=article_offert&utm_medium=email&utm_campaign=article_offert&xtor=EPR-1013


Une vision de l'intérieur de "l'expérience grenobloise", une ville qui subit comme les autres l’austérité. Derrière une discours qui mêle vocabulaire "citoyenniste" et managérial, une gouvernance marquée par l'idéologie gestionnaire.

Lors des face-à-face entre chercheurs et politiques organisés cet été par Médiapart et La Revue du Crieur, nous avons pu assister à un débat intitulé « Piolle/Sintomer. Conquérir, subvertir ou subir les institutions ». Il s'agissait d'une « rencontre [qui] oppose le maire de Grenoble, Éric Piolle, et Yves Sintomer, professeur de science politique ». L'intention affichée était de « ...confronter celles et ceux qui décident de la vie de la cité à celles et ceux qui la pensent ».

Un débat non contradictoire

Le débat, ainsi présenté, est surprenant puisqu'on met en opposition l'action de décider et l'action de penser la vie de la cité. Cela signifie que ces deux actions ne peuvent pas être menées par une même personne. Les décisions politiques de nos dirigeants ne seraient donc pas pensées ? Ou elles seraient pensées par d'autres que les électeurs n'auraient pas mandaté ? Les invités n'ont exprimé aucun désaccord avec ce postulat. Chacun, le penseur comme le décideur, a accepté le rôle qui lui était attribué. La joute sur la conquête ou la subversion des institutions pouvait se tenir sans encombre.

Afin d'éviter toute confusion, les deux invités ont tout de suite commencé par exprimer leur profond attachement aux institutions. Ils nous ont expliqué que rien n'est possible sans elles. Et si d'aventure ces institutions s’avéraient défaillantes, l'histoire aurait prouvé qu'il est aisé de les faire évoluer afin qu'elles retrouvent leur efficacité et leur immanquable légitimité. Il n'est jamais venu à l'idée des débatteurs de renverser ou de subvertir les institutions. Selon eux, ce serait socialement dangereux puisqu'elles ont été créés dans le but de protéger la société (et pas nécessairement les citoyens). L'accord autour de la table était total sur ce point.
L'entente des orateurs ne s'est pas arrêtée là. Mr Piolle – homme d'action placé en responsabilité – a eu affaire à un interlocuteur, Mr Sintomer – homme de réflexion – très bien disposé à son égard. L'intellectuel critique a d'abord déclaré ne pas suffisamment connaître la situation locale pour pouvoir donner son avis d'expert, puis n'a cessé d'user de flatteries envers la politique municipale grenobloise. Il n'y avait aucune opposition entre ces deux hommes. Le débat n'était pas contradictoire.

Le responsable et les irresponsables

Le maire écologiste de Grenoble s'est présenté comme un Responsable. Ainsi, il se considère en lien absolu avec la Réalité, à la différence de ses détracteurs. Il s'attribue alors la légitimité pour décider de tout et tout seul. Il prend pour exemple la baisse des subventions nationales aux collectivités qui a eu pour effet d'accentuer les difficultés financières des communes. Pour faire face à cette perte de recettes, le nouveau maire de Grenoble a choisi de renier des promesses électorales. Parmi celles-ci il y a l'engagement n°110 : « Maintenir et soutenir le réseau des quatorze bibliothèques municipales. Nous conforterons leur rôle d’espace de proximité, en lien direct avec les habitants des quartiers, afin d’en faire la pierre angulaire de notre politique du livre ». Résultat : il ferme trois des quatorze bibliothèques qu'il s'était engagé à renforcer, des bibliothèques situées dans les quartiers populaires.

Ce maire nouveau applique en fin de compte de vieilles méthodes. Lui, le responsable, se considère au-dessus des non-responsables, c'est-à-dire les habitants de sa cité. Il juge ses actions comme naturellement justes, même si elles ne sont pas comprises par les Grenoblois. Et évidemment, il se place aussi (c'est tendance) au-dessus des partis. Ses arbitrages étant les plus judicieux, il déclare que le fait de ne pas questionner les Grenoblois est positif pour eux. Cela permet de leur (les citoyens) épargner deux écueils : la concurrence entre les quartiers et la concurrence entre les dépenses publiques municipales. En agissant de la sorte, Mr Piolle fait preuve de beaucoup de condescendance envers ses administrés, les considérant incapables de faire des choix politiques sans s’entre déchirer. Ses décisions arbitraires sont très mal perçues par de nombreux habitants. Les promesses du candidat adepte de la démocratie participative n'ont pas été tenues.

Au-delà des fermetures de bibliothèques, de Maisons des habitants (centres administratifs et sociaux de proximité) dans des quartiers populaires de la ville et des services de santé scolaire, d'autres sujets ont créé des tensions avec la population. Ces tensions s'accumulent avec les unions de quartiers, les travailleurs sociaux, les travailleurs du spectacle, les syndicats et une partie conséquente des forces de gauche. Des voix s'élèvent pour dénoncer les réunions organisées par la mairie, présentées comme des modèles de démocratie locale ou plus pompeusement appelées « budget participatif ». Ces réunions provoquent la déception des participants. Ils éprouvent le sentiment que tout est déjà décidé en amont et que les militants proches de la majorité bloquent les débats. Avec de telles méthodes la majorité municipale se coupe d'une partie de son électorat, une perte qu'elle espère compenser en récupérant l’électorat d'un Parti Socialiste en déshérence.

Le contrat

Éric Piolle est une personnalité politique difficile à cerner. Il n'est pas issu du sérail écologiste, contrairement à de nombreux élus de sa majorité. C'est un homme de compromis, il ne s'emporte pas en public, il utilise toujours un ton agréable, il présente et représente bien. La gauche grenobloise, elle, a une identité plus affirmée. La ville fut pendant les années soixante un laboratoire pour la gauche alternative, y compris sur la scène internationale. Alors que les écologistes ne manquaient pas de fortes personnalités locales, alors qu'en 2014 Cécile Duflot bataillait pour être tête de liste sur Grenoble, c'est une personne dotée de peu d'expérience politique qui est choisie pour être maire de la plus grande ville écologiste du pays. Il y a une raison à cela.
Les écologistes français ne parviennent pas à se doter d'une crédibilité suffisante pour que leur soit confiée la gestion du pays, et pourtant ils peuvent avoir de très bons résultats lors d'élections locales. L’écologie institutionnelle défendue par EELV ne convainc pas. Pour sortir de l'impasse, il est fréquent que le parti ouvre ses portes à des personnalités. Éric Piolle n'a pas été choisi par hasard, c'est un homme formé à la gestion d'entreprise. Pourquoi ne pas lui proposer alors la gestion d'une grande ville labellisée EELV ?
Le deal est accepté, le contrat est signé entre les deux parties, EELV et Éric Piolle. Pour gagner la mairie, le nouveau gérant et ses actionnaires constituent un "codir" (comité de direction) et mettent en œuvre une stratégie. La liste électorale est une affaire de casting. On y inclut le Parti de Gauche en s'attachant à ce que son activité politique soit inexistante. On ajoute quelques individus non encartés dans un parti politique, nommés artificiellement « Réseau citoyen ». L'illusion est totale. C'est une réussite électorale. L'étape suivante sera de garder le contrôle des élus et d'éviter le désenchantement des électeurs. Bref, que des questions techniques en somme.

Quand le politique s'inspire de l'entreprise

Le nouveau maire de Grenoble ne fait que respecter les termes de son contrat passé avec le parti écologiste. Il administre la ville comme il dirigerait une société du CAC 40. Il utilise les mêmes méthodes RH : légitimation de l'adaptabilité, exaltation de l'efficience, exploitation des narcissismes, on brainstorming, on benchmark,... On retrouve le même cynisme et le même langage qu'en entreprise. Quand patrons et actionnaires vont parler de « plans de sauvegarde de l'emploi » en lieu et place des plans de licenciement, la mairie de Grenoble parle de « plan de sauvegarde des services publics » pour euphémiser son plan d'austérité et masquer la fermeture – ou la restructuration – de services publics municipaux. Le néo management vole au secours du politique.
Lors du débat avec Mr Sintomer, Éric Piolle est revenu à plusieurs reprises sur son projet politique auquel il attribut deux axes essentiels : la conduite d'un projet et le fonctionnement par réseau. Nous sommes là dans deux thématiques importantes liées au concept de capital humain.

La notion de projet permet d'introduire le jugement et la hiérarchie des individus en mesurant leur attachement au projet et leur activité. Le projet est présenté comme la charte éthique en entreprise, il réclame un médiateur qui sera garant du respect des textes sacrés. Éric Piolle incarne ce projet et il s'autorise à le changer s'il le juge nécessaire. Gare alors à ceux – en interne comme en externe – qui s'opposent ou critiquent le projet ou son représentant. Pendant le débat, les propos tenus par Éric Piolle à l'égard des opposants étaient "light" comparés à ceux qui sont tenus localement par les élus grenoblois et leurs proches. La majorité réagit très mal face aux contradicteurs et les classifie sans distinction dans le camp de l'adversité stérile et malveillante. L'équipe municipale s'isole, elle passe de l'entre-soi au sectarisme.

Dans le monde entrepreneurial, le fonctionnement par réseau est capital. C'est un domaine où la majorité municipale excelle. Le réseau et le lobbying sont nécessaires pour se faire un nom, pour construire une notoriété. Les divers réseaux de la majorité municipale sont sans cesse activés. On informe, on échange, on communique, il n'y a pas de répit. Si l'actualité s'appauvrit, on crée l’événement, on suscite l'intérêt, le système réticulaire réclame une activité ininterrompue. La communication est au cœur de l'activité municipale, et ça fonctionne très bien hors du territoire régional. Il y a une différence croissante entre l'opinion de plus en plus troublée des Grenoblois à l'égard de la politique municipale et les avis souvent élogieux donnés dans des médias nationaux. Une veille municipale particulièrement active est là pour réagir dès la parution d'un article négatif ou d'une opinion défavorable, une riposte est immédiatement élaborée puis mise en œuvre via les réseaux.

La ville de Grenoble est gérée comme une entreprise, on attend des employés qu'ils collaborent et des administrés qu'ils consomment... bio. Le débat politique est la première victime de cette organisation managériale. Le directeur de cabinet a été récemment démis de ses mandats par le maire. Celui-ci a mis à sa place une cadre-dirigeante qu'il a connue dans le privé et qu'il a débauchée d'un grand groupe américain. Diplômée en gestion et management d'entreprise, c'est une experte dans le conseil et l’accompagnement stratégique d’entreprises, spécialiste de l'ingénierie financière. Éric Piolle s'en explique ainsi : « Après la phase d’installation et de mise en route de nos grands projets, le mandat est entré dans une nouvelle phase : transformer l’action publique pour continuer à transformer Grenoble...». La messe est dite. Grenoble est désormais la plus grande entreprise dirigée par le parti écologiste EELV.


Première conférence d'Unité Populaire, par Antonis Ntavanellos
 
Mercredi 6 Juillet 2016

Source : http://www.alencontre.org/europe/grece/grece-premiere-conference-de-lunite-populaire.html

La conférence d'Unité Populaire, qui s’est tenue du Vendredi 24 Juin au Dimanche 26 Juin 2016 à Athènes, fut le lieu et le moment d’un rassemblement d’un effectif militant, précieux et combatif, de la gauche radicale et anti-mémorandaire. Unité Populaire compte quelque cinq mille membres. Les instances dirigeantes, entre autres le conseil politique composé de cent onze membres, ont été élues par mille neuf délégués présents. Etant donné les problèmes de transport, un certain nombre de délégués ont été contraints de partir avant la fin des travaux. Les trois principales composantes de ce front politique qu’est Unité Populaire sont les suivantes, la tendance de gauche, dont le porte-parole le plus connu est Panagiotis Lafazanis, avec cinquante cinq pour cent des élus, la coalition rénovation radicale avec vingt pour cent des élus et le Red Network avec treize pour cent des élus.
 
La première conférence d'Unité Populaire marque une différence par rapport à d’autres courants de la gauche dite radicale qui, soit s’orientent essentiellement dans la perspective de participation aux élections, soit considèrent que, dans la conjoncture actuelle, il faudrait d’abord se regrouper, en mettant l’accent surtout sur une évaluation politico-théorique de la période de Syriza, ce qui implique que l’action politique est objectivement reportée à un moment ultérieur.
 
Pendant les deux jours de dense discussion politique, avec toutes les difficultés propres aux procédures liées à la fondation d’une telle organisation dans une telle phase socio-politique, Unité Populaire a approuvé un cadre programmatique et une résolution politique qui constituent la feuille de route pour l’action politique de ses cent quatre vingt organisations locales et de secteur. Ces textes ont nécessairement le caractère d’un compromis entre des positions politiques parfois distantes. Toutefois, comme a pu le constater la grande majorité des délégués, ce compromis marque un progrès dans l’élaboration et la convergence politique. Il ne pouvait en être autrement, Unité Populaire est un front politique, donc les accords fondamentaux doivent être larges. En même temps, Unité Populaire est un nouveau front, personne ne doit oublier que cela fait moins d’un an qu’il a été créé, et en son sein existent des tendances qui ont des trajectoires et des expériences politiques assez différentes. Une grande partie vient de la plateforme de gauche de Syriza, donc du courant de gauche et du Red Network, tandis qu’une autre partie est issue des bilans effectués par des groupes d’Antarsya, entre autres en relation avec des postures passées sectaires.
 
La discussion politique pendant les deux jours de la conférence a abordé des questions d’importance cruciale. Quelques courants ont tenté de définir le caractère d'Unité Populaire comme avant tout un courant contre l’Union Européenne, en sous-estimant qu’il est nécessaire de lier notre but de rupture et de sortie de la zone euro aux batailles décisives et immédiates contre l’austérité, les mémorandums et le néo libéralisme. Cette sous-estimation du contenu clairement classiste de notre opposition à l’euro et à l’Union Européenne est liée à la sous-estimation de la stratégie anticapitaliste, qui est adoptée explicitement par les décisions de la conférence, à la sous-estimation de la référence plus générale à la libération et à l'émancipation socialiste, une référence qui colore de façon décisive notre politique et place des limites claires, par exemple en ce qui concerne les alliances politiques admissibles, et aux stratégies qui s’articulent autour de la dite perspective de l’indépendance nationale.
 
Pourtant, le monde aujourd’hui n’est pas le même qu’il était pendant les décennies 1950 et 1960. La politique de l’impérialisme n’impose pas une colonisation par la dette au moyen de canonnières, mais principalement par le bras de levier les banques. La différence n’est pas seulement tactique, dans les pays comme la Grèce, la classe dominante locale est liée aux centres européens impérialistes par mille fils. Cette classe dirigeante a soutenu avec toutes ses forces les accords avec les créanciers. Elle a donné son accord aux mémorandums. Elle n’a montré aucune volonté de faire des expérimentations de type nassérien, c’est-à-dire de rechercher une quelconque autonomie par rapport aux options des institutions internationales, même selon une version conservatrice. Ce constat central enlève tout fondement à ces stratégies d'indépendance nationale, le renversement anti-mémorandaire de l’austérité, la sortie de l’euro avec un programme populaire et ouvrier, cela soit fera partie d’un programme de transition internationaliste vers le socialisme, soit n’existera pas. C’est cela le fondement des différentes estimations sur le Brexit.
 
C’est une prise de position de considérer le Brexit en tant que preuve de la crise de l’Union Européenne et des contradictions de l’adversaire et d’être ravi par cela. C'est autre chose que d’insister sur une approche autonome, classiste et politique. C’est une chose d’être ravi par le Brexit, mais c’est autre chose que de sous-estimer les problèmes spécifiques de direction politique qu’on peut constater en Grande-Bretagne, sans même parler de rechercher en Grèce les Nigel Farage locaux, en leur accordant, qui plus est, quelque rôle libérateur.
 
Notre insistance sur la définition de la ligne d'Unité Populaire en tant qu'antimémorandaire et anticapitaliste se précise sans problème dans les décisions que nous avons prises concernant la planification de l’activité des organisations et des sections d'Unité Populaire. Nous avons décidé d’agir contre la réforme de la loi travail, de résister à la contre-réforme du système de la sécurité sociale, de lutter contre les privatisations et la mise aux enchères des logements populaires et d’organiser la solidarité avec les réfugiés.
 
Que signifierait au niveau crucial de l’action, ce qui nous rappelle le modèle français de la mobilisation, sur la durée, contre la loi travail, ce qui a été quelque peu sous-estimé dans la discussion, la stratégie de l’indépendance nationale ? Quel serait, par exemple, le contenu spécifique des comités de défense de la souveraineté nationale ? Quel serait le contenu des propositions, heureusement très minoritaires, de contrôler les frontières ?
 
Ceux qui veulent vraiment comprendre l’esprit de la base d'Unité Populaire devraient aussi avoir à l’esprit qu'Unité Populaire est désormais, officiellement, le premier parti politique en Grèce à affirmer le refus de l’homophobie, après avoir sanctionné par une large majorité l’amendement sur le droit de couples du même sexe d’adopter des enfants.
 
Nous ne nous faisons pas d’illusions que cette discussion soit terminée, nous savons qu’elle continuera et, par la suite, en liaison étroite avec l’activité des cent quatre vingt organisations locales et sectorielles d'Unité Populaire. C’est la raison pour laquelle nous sommes optimistes quant au résultat final de ce débat, puisque nous sommes convaincus qu’il y a une grande majorité orientée vers la politique radicale de gauche.
 
La discussion sur les statuts d'Unité Populaire n’a pas pu être menée à bout, pour des raisons de temps. La recherche de la constitution la plus démocratique possible, discussion liée étroitement à des questions telles que l’élargissement d'Unité Populaire, le fonctionnement collectif de sa direction et la relation entre les décisions du parti et le discours public de ses cadres dans les médias, a suscité le dépôt de dizaines d’amendements. Pour des questions de temps, donc, ce débat n’a pas été conclu.
 
A notre avis, tout ce matériel devra être étudié par les nouveaux organes élus, les questions devraient être groupées de façon claire. Et il faudrait convoquer un congrès pour y discuter avec du temps et décider, sans heurts, les statuts et les règles de fonctionnement d'Unité Populaire. Entre-temps, Unité Populaire devrait fonctionner en suivant la proposition qui a été sanctionnée en principe et avec la sensibilité qui s’impose après avoir entendu les exigences déposées.
 
Unité Populaire est le lieu crucial du regroupement de la gauche radicale anti-mémorandaire, après la capitulation de Syriza et ses effets de désintégration sur la gauche. La conférence était un pas positif dans cette direction, une direction dans laquelle nous allons nous engager avec détermination.
 
Pendant la conférence, le Red Network a démontré qu’il a fait des pas dans sa consolidation et sa maturation politique, nous avons élu quatorze camarades dans le nouveau conseil politique d'Unité Populaire, sur une base ouverte à des collaborations, mais en faisant aussi des choix idéologiques et politiques clairs. Nous avons refusé de suivre le modèle des blocs et des regroupements qui constituent des cercles de collaboration dans le but d’obtenir plus d’élus dans les instances du front, ces blocs peuvent être utiles sur ce plan, mais ils sont remplis de contradictions non explicitées.


Jérémy Corbyn

La lutte pour le contrôle du Labour sombre dans les règlements de compte, par Eric Albert

envoyé spécial du Monde à Newcastle

Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/08/12/la-lutte-pour-le-controle-du-labour-sombre-dans-les-reglements-de-compte_4981645_3214.html

12 août 2016

Jude Grant regarde par-dessus son épaule et baisse la voix. Dans l’élection primaire pour la direction du parti travailliste, elle, simple membre du parti travailliste depuis vingt ans, soutient Owen Smith, l’un des deux candidats. Mais, Jeudi 11 Août 2016, assise au milieu d’une salle à Newcastle acquise à la cause de Jeremy Corbyn, le leader sortant, elle préfère ne pas le dire trop fort.
 
Dans quelques minutes, les deux hommes vont s’affronter dans un débat qui sera tendu, acrimonieux. « Le parti travailliste est dans un état catastrophique », explique Jude Grant. « L’équipe dirigée par Jeremy Corbyn n’a aucune chance d’arriver au pouvoir. Ses supporters sont des gens qui se parlent entre eux. Ils ne touchent absolument pas le reste de la population. Le fait que je ne me sente pas à l’aise au milieu de cette foule, qui m’intimide, en dit long sur les tensions qui règnent », ajoute-t-elle.
 
De fait, la bataille pour la direction du parti travailliste est en train de dégénérer en luttes intestines, dans une ambiance délétère. Jeremy Corbyn, élu à la surprise générale au mois de septembre 2015, fait face aux instances dirigeantes de son propre parti.
 
Motion de défiance des députés contre Jeremy Corbyn
 
Accusé d’avoir soutenu trop mollement le maintien du Royaume-Uni de Grande Bretagne dans l’Union Européenne lors de la campagne pour le référendum du Jeudi 23 Juin 2016, il est considéré comme partiellement responsable du Brexit. Les trois quarts des députés du parti ont voté une motion de défiance contre lui, ce qui a finalement forcé la remise en cause de son mandat.
 
Il fait aujourd’hui face à Owen Smith, un député gallois de quarante six ans, qui était presque inconnu il y a deux mois.
 
Depuis, incapables de s’entendre, le leader sortant et le National Executive Committee (NEC) du parti travailliste se disputent sur tout. Et pour régler leurs différends sur les règles de l’élection primaire, ils sont obligés d’avoir recours aux tribunaux. Le NEC voulait limiter le corps électoral à ceux qui sont adhérents depuis au moins six mois, excluant ainsi cent trente mille nouveaux membres considérés comme favorables à Jeremy Corbyn. Ce dernier a porté l’affaire devant la justice, qui lui a donné raison en première instance. Mais le NEC a fait appel, et le verdict devait être rendu Vendredi 12 Août 2016.
 
Entre Jeremy Corbyn et Owen Smith, les couteaux sont tirés. « Tu n’es pas capable de nous faire revenir au pouvoir », a martelé, Jeudi 11 Août 2016, le challenger. « Tu n’es pas capable de tenir ensemble la coalition que représente le parti travailliste ».
 
Nouvelles recrues
 
L’argument ne concerne pas tant la substance, Owen Smith se décrit comme socialiste, tout comme son opposant, que la question de l’éligibilité de Jeremy Corbyn. « Il faut être honnête. Nous sommes très loin derrière dans les sondages, autour de vingt huit pour cent, contre quarante pour cent aux conservateurs, notre popularité est catastrophique. Je n’ai pas moins de principes que Jeremy Corbyn, mais nous devons reprendre le pouvoir, sinon, nous ne pourrons pas mettre en pratique nos idées ».
 
Jeremy Corbyn réplique que les problèmes de popularité actuels viennent des coups portés contre lui par la machine du parti. Il en veut à Owen Smith d’avoir quitté le cabinet fantôme. « Si tu veux te battre contre les conservateurs, pourquoi as-tu démissionné », a-t-il lancé, sous les applaudissements nourris de la foule. « Nous sommes une force formidable si nous sommes ensemble ».
 
Surtout, Jeremy Corbyn possède un atout maître, une foule qui l’acclame partout où il passe. Les nouvelles recrues affluent par milliers. Le parti travailliste compte aujourd’hui cinq cent quinze mille membres, trois cent mille de plus qu’après la défaite aux élections législatives du mois de mai 2015.

Un tel engouement est historique. Au pic de la popularité de Tony Blair, en 1997, le parti travailliste ne comptait que quatre cent cinq mille adhérents.
 
A Newcastle, plusieurs dizaines de supporters attendaient leur héros à l’extérieur de l’hôtel où se déroulait le débat, tandis qu’Owen Smith est entré en catimini par une porte dérobée, dans l’indifférence générale.

« J’admire la décence, l’intégrité de Jeremy Corbyn », explique Tony Pierre, un infirmier psychiatrique pour enfants, qui a adhéré au parti travailliste il y a dix mois. « C’est un vrai socialiste. Pour la première fois, j’ai l’impression que quelqu’un exprime vraiment mon opinion ».
 
Infiltration trotskiste
 
Cet engouement fait de Jeremy Corbyn le grand favori de l’élection primaire, dont le résultat sera connu le 24 septembre 2016. Le problème est que cette foule, composée en particulier de vieux militants radicaux et de jeunes étudiants, ne touche pas nécessairement l’électorat populaire traditionnel du parti travailliste. « Le problème n’est pas le T-shirt qu’on porte ou le badge qu’on arbore, mais le pouvoir », a tancé Owen Smith, sous les huées.
 
Tom Watson, le numéro deux du parti, met en doute la réalité du mouvement populaire. Il estime que la base travailliste est progressivement infiltrée par des trotskistes, avec l’approbation tacite de Jeremy Corbyn. Il soupçonne particulièrement les activistes de Militant, un groupe exclu du parti travailliste dans les années 1980, de chercher à revenir dans la course.
 
Devant l’hôtel de Newcastle où se tenait le débat, plusieurs membres du groupe, désormais rebaptisé Socialist Party, étaient effectivement présents, tenant des panneaux de soutien. Mais ils réfutent toute tentative de noyautage.
 
« Pour l’instant, je ne peux pas devenir adhérent du parti travailliste parce que je n’ai pas le droit d’être dans les deux partis à la fois, mais je soutiens Jeremy Corbyn et j’espère que, à terme, nous pourrons devenir affiliés », explique Norman Hall, qui avait été exclu du parti travailliste en 1982. A la sortie du débat, Michael Mordey, un élu local qui hésite encore entre les deux candidats, se tenait la tête dans les mains. « Il y a un vrai risque que le parti se scinde en deux », assure-t-il.

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