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Lettre ouverte à Jean-Luc Mélenchon, par Jean Pierre Boudine


Mathématicien et militant de FI

Source: le blog Jean Pierre Boudine sur Médiapart

11 septembre 2018



Sur la question du populisme et du socialisme

J’écoutais hier, sur France Inter, quelqu’un que j’aime bien, François Ruffin. Il avait dix minutes, il en a usé pour marteler sur un aspect de la catastrophe écologique : 30% des oiseaux d’Europe ont disparu en huit ans, 70% des insectes d’Europe en trente ans.

Moi aussi, cela me touche, mais je me suis demandé : à qui parlons-nous ?

Jeanne a trente-neuf ans. Elle vient de faire une tentative de suicide. Cela fait vingt ans qu’elle enchaîne les « petits boulots », sous-payés, à temps partiel, entre deux périodes de chômage. Elle n’a jamais eu vraiment « de quoi vivre ». Elle a pourtant eu un enfant, une fille, que la DASS élève, autant qu’il se peut. Depuis environ dix ans, elle boit.

30% des oiseaux ? Elle s’en fiche.

À qui parlons-nous ?

Jeanne a tort, sans doute. Un printemps sans oiseaux, c’est un reflet, l’écho, à l’échelle de la planète, de sa déchéance personnelle, domestique. Mais c’est trop indirect.

À qui s’adresse un discours progressiste ? Sur qui comptons nous pour combattre et vaincre l’oligarchie ?

J’aborde ici la question du populisme, que tu traites dans ton livre « l'Ère du Peuple » (fayard, 2014). Avant cet ouvrage, tu te réclamais de l’écosocialisme, c'est-à-dire d’un socialisme conscient de l’urgence de la crise écologique.

Quelle est la différence entre socialisme (ou écosocialisme) et populisme ? C’est clairement, selon ta conception, une question d’agent moteur révolutionnaire. Pour le socialisme, ce sont les classes ouvrières et paysannes, les classes laborieuses, le salariat. Le populisme selon toi, c’est la conviction que : « L’action sera menée au nom de l’intérêt général humain. Ce sera le nouveau cri de ralliement. Le peuple va la mener, et non une classe particulière dirigeant le reste de la population. » Et plus loin, pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté : « C’est le peuple qui prend la place qu’occupait hier « la classe ouvrière révolutionnaire » dans le projet de la gauche. »

C’est un changement de point de vue extrêmement profond, sur le plan théorique et même sur le plan personnel, puisque, après tout, tu fus socialiste (au sens fort) et écosocialiste durant une grande partie de ta vie, en gros de l’age de vingt ans jusqu’à l’âge de soixante ans.

Ce changement, tu le déclares en quelques lignes, comme une évidence, ou une révélation. Et tu le justifies en affirmant une déchéance, au moins relative, du monde du travail.

« Elles sont bien ancrée, les raisons pour lesquelles l’entreprise n’est plus le lieu central ou s’exprime une conscience politique globale. Sous statut précaire, dans des entreprises de plus petite taille, avec une syndicalisation constamment frappée ou criminalisée, menacé en permanence par des licenciements collectifs, (…) le salariat vit sous la pression du chômage de masse, de la délocalisation et de l’obsolescence des productions ».

Pardonne-moi, il y a là, à mes yeux, tant de confusion que cela décourage la rectification terme à terme. À cette vision, où pour moi tout, chaque morceau de phrase, est contestable et sans vrai rapport avec la question, je préfère opposer une réalité bien plus robuste. Car quelle est la question selon toi ? C’est : quel est le moteur potentiel du changement ?

Et par suite : à qui nous adressons-nous ?

Comme socialiste, je n’ai pas de réticence à parler du peuple. Pour le socialisme scientifique qui commence avec Marx et Engels, continue avec Lénine et Trotski, et bien d’autres, et se poursuit avec nos amis communs de l’OCI, et encore d’autres (tu cites un socialiste particulièrement sérieux et honnête, ton ami Pierre Joxe), il y a au départ les classes productives, laborieuses, le salariat (non, ce ne sont pas des synonymes). Il y a en face les classes exploiteuses, les profiteurs, les classes dominantes (ce ne sont encore pas des synonymes). Et une partie de la population tient des deux camps, exploiteurs des uns, opprimés par les autres (les banques, les multinationales, les fonds de pension).

Pour les socialistes, le combat du salariat peut isoler les classes dominantes et constituer un peuple révolutionnaire.

Les considérations sur lesquelles tu t’appuies, soulignent le fait que les classes productives sont dans une position plus difficile aujourd’hui que, par exemple, en 1970. C’est assez vrai. Mais, même sur les aspects que tu relèves, précarité, répression antisyndicale, elles sont dans une position meilleure que, par exemple, il y a un siècle, quand le socialisme prenait son essor en France et en Allemagne, essor hélas brisé par la grande guerre. Les prolétaires sont les gens qui ne peuvent vivre qu’en vendant leur force de travail : c’est le cas des salariés, 88% aujourd’hui, de la population active. Ils n’ont jamais été aussi nombreux.

Tu le sais bien : ce n’est pas au nom d’une étrange mystique, que Marx et les autres désignent les travailleurs comme la force entraînante dans le peuple. C’est au contraire pour une raison tout à fait pratique, un de ces faits « qu’on ne peut nier qu’en imagination ». Ils produisent. Chaque jour, les travailleurs de la ville et des champs produisent tout ce qu’il faut pour que les êtres humains, enfants, hommes et femmes, vivent ! C’est à cela que les médias rendent hommage lorsque il y a une grande grève : les grévistes « bloquent le pays » ! Pourquoi peuvent-ils le bloquer ? Parce qu’ils le font, à chaque minute de chaque jour.

Le tournant que tu prends en 2014 avec « l'Ère du Peuple » ne constitue pas, je crois, un progrès théorique. On sait que tu ne nies pas la lutte des classes : tu l’as dit en face à Jérôme Cahuzac, et concrètement, tu as toujours accompagné et défendu les luttes ouvrières. Hier encore pour la défense des Goodyear, aujourd’hui même, à Marseille dans le combat des employés des MacDo des quartiers nord.

C’est pourquoi je nourris l’espoir que tu ne t’obstinera pas dans la voie « populiste ». Le populisme est un archaïsme. On en retrouve des aspects chez Owen, chez Proudhon. Tes accents contre cette classe « qui dirigerait la population », c’est du Bakounine…

Le populisme moderne, c’est Peron entre 1945 et 1950, et c’est naturellement, Chavez.

Le populisme de ces jours-ci, en Italie, en Autriche, en Hongrie, en Pologne… n’en parlons pas : c’est de la merde !

Dans tous ces cas, le point commun est celui que tu sembles adopter : le Peuple, et non le Labour, le Travail, les classes laborieuses, même si j'ai bien noté que tu accordes encore de l'importance aux travailleurs et à l'entreprise. Pour un observateur superficiel, populisme et socialisme, « C’est un peu la même chose ».

Mais c’est très différent. On dit « Au dessus des classes, il y a le Peuple ». Et … on donne le gouvernail à une classe : la petite bourgeoisie. Que les dirigeants socialistes soient souvent issus de la petite bourgeoisie, c’est un peu inévitable. Plekhanov se moque de ceux qui théorisent cet état de fait : plus instruit que le prolétaire… moins attaché à la propriété et à l’argent que le grand bourgeois, le petit bourgeois se sent légitime à diriger le mouvement révolutionnaire. Mais, dit Plekhanov, non. Le moteur révolutionnaire est constitué par ceux qui produisent, avec ceux qui contribuent à la production (ouvriers, petits paysans, cadres, employés, transporteurs, enseignants, salariés) capables d’entraîner des artisans (trois millions de travailleurs dans l’artisanat en France), de petits commerçants indépendants, des médecins… C’est à eux que la France Insoumise doit s’adresser en priorité.

Et ceci pour deux raisons, toutes deux décisives.

Si nous voulons accéder au pouvoir, ce sera par la voie électorale, nous en sommes d’accord. Or, les ouvriers et plus généralement les salariés se replient bien trop largement dans l’abstention. Le million de voix qui nous a manqué, il est là. Le rôle central du salariat est si bien intégré par tout le monde, que si tu gagnes un million de voix du côté des salariés et des chômeurs, sans doute un autre million de voix, en provenance de la petite bourgeoisie, nous ralliera, en un mouvement d’« opportunisme social » tout à fait naturel et sain. Si les travailleurs s'abstiennent, ce n'est pas seulement dû à l'aggravation de leurs conditions de travail. C'est aussi dû au fait que leurs partis, le PCF et le PS, les ont trahis.

Relevons le défi de les reinvestir en politique !

L’autre raison est encore plus importante. Nous savons qu’accéder au pouvoir, c’est une chose. Exercer le pouvoir dans le sens de nos idées, c’en est une tout autre, cent fois plus difficile. Toujours avoir à l’esprit le « tournant de la rigueur »…

C’est pour cela que nous avons besoin de l’adhésion des ouvriers, des petits paysans, et plus largement, du monde du travail. Il est naturel que ceux qui produisent les subsistances, et tout ce qui est nécessaire à la vie des citoyens, dirigent la société. Les travailleurs savent faire. Un mécanicien, par exemple, sait ce que c’est que « une obligation de résultats ».

Les classes travailleuses sont fermes. La petite bourgeoisie est capricieuse. Elle va te suivre sur le problème de la souffrance animale (et elle aura raison), mais elle va te lâcher si avec des taxes aux frontières, le prix des chemises (produites pour rien au Bangladesh), ou celui des fruits exotiques (en provenance du bout du monde) augmente.

François Ruffin a parfaitement raison d’être bouleversé par la disparition d’espèces d’oiseaux, et de nombreux insectes. Il a raison parce que ces faits, presque invisibles, révèlent la gravité des dégradations que la production capitaliste commet sur le milieu naturel sans lequel il n’y a pas de vie, et très immédiatement, pas de vie humaine. Dans dix ans, ou peut-être bien avant, dans certaines régions du monde, ce ne sont pas les oiseaux seulement qui vont mourir, mais les êtres humains, par dizaines de millions. Ruffin a donc raison. Mais il faut se faire comprendre, sinon, on fait du blabla prophétique qui ne sert à rien.

Il doit donc y avoir, selon moi, un ordre de priorité dans les arguments, priorité qui va décider de ce que l’on met en avant lorsque un grand média nous tend un micro.

Un exemple : 25% des français n’ont pas assez d’argent pour se nourrir sainement. Beaucoup ont du mal à régler la cantine des enfants. On a faim, dans notre beau pays !

Gagnons des chômeurs ! Gagnons des ouvriers ! Pour sauver l’environnement, il faut renverser le capitalisme. Et ce sont les travailleurs qui peuvent le renverser.

 


Contribuer à approfondir la crise de la FI, réponse de Robert Duguet à la lettre ouverte à Mélenchon de Jean Pierre Boudine


 

Je suis d'accord avec toi sur la question du populisme: lorsque pendant l'été 2014 JLM écrit "l'Ere du peuple", c'est une vraie rupture avec une trajectoire qui va des premiers regroupements sur l'aile gauche du mitterandisme (1978) à la constitution de la gauche socialiste (1988) au non à la guerre du Golfe, puis la constitution de PRS et le combat pour le non de 2005 au traité européen, enfin à la constitution du FDG et du PG. 2012, 4 millions de voix, on sort de la logique infernale du vote utile: une ouverture se dessine à gauche du parti socialiste. La ligne sur laquelle s'est calé JLM depuis 1978 est une position sociale-démocrate de gauche qui l'amène en 2008 à la rupture avec un parti qui a liquidé sa propre tradition ouvrière et social-démocrate. 

Il y a une chose qu'on ne doit pas perdre de vue: l'évolution qui aboutit au Programme Manifeste de l'Ere du Peuple a été mûrement réfléchie, comme tout ce que fait Mélenchon, ce n'est pas un caprice d'un moment. Le ralliement au populisme s'oppose à tout ce qui a constitué sa trajectoire politique depuis 1978: il faut relire un texte publié sous le titre "En quête de gauche après la Défaite" après la catastrophique campagne de Ségolène Royal, où il décrit l'évolution des Hollande, Royal et consorts vers le néo-socialisme en rappelant que le mouvement socialiste, au moment de la prise de pouvoir de Hitler à Berlin, avait été secoué par l'émergence de ce courant néo (tout à fait assimilable à ce qu'on entend aujourd'hui par populisme de gauche): une grande partie des cadres néo finiront leur itinéraire peu glorieux dans les wagons de la collaboration avec Pétain. C'est Mélenchon qui l'écrivait. Je m'excuse, mais aujourd'hui il prend un chemin qu'il a lui-même condamné en 2007.

Il faut clarifier les choses: le populisme n'est pas un état "gazeux" où chacun peut mettre un peu ce qu'il veut, une auberge espagnole sur qui règne un guide suprême. Les militants s'offusquent quand on ose contester le leader! C'est une doctrine politique précise qui rompt avec le fondement du matérialisme, à savoir non seulement que la classe salariale est le vecteur du développement de la société, mais qu'elle est la seule à pouvoir émanciper l'humanité de l'exploitation du travail salarié. On y substitue le rôle de la petite bourgeoisie et du précariat, qui deviendrait une nouvelle classe révolutionnaire. De là découle le reste: Chantal Mouffe a pour modèle le constitutionnaliste allemand Carl Schmidt, qui inspirera la mise en place de l'Etat national-socialiste. On reconstruit une théorie de l'Etat qui inclut:

1)le rôle des experts contre la démocratie parlementaire

2)la référence passionnelle à la nation, qui n'a plus rien à voir avec la définition républicaine qu'en avait donné entre autres Renan (1876) cocorico et les forêts de drapeaux bleus blancs rouges...

3)Le rôle du leader suprême, arbitre entre les classes de la société. 

4)Mise en cause des "corps intermédiaires", en l’occurrence les syndicats...

Tout cela commence vraiment à sentir mauvais. Il y a comme du Marcel Déat dans l'air. 

Faut-il demander à JLM de changer d'orientation et d'abandonner la référence au populisme? Autant lui demander de faire un pas en dehors du cadre institutionnel. Ce qu'il ne fera pas. Sa position se cale, non sur le mouvement social mais sur l'Etat. Dire: nous allons mettre une "triquée" à Macron... avec les élections européennes de mai 2019, puis en 2020 avec les municipales et enfin en 2022 lors de la présidentielle, c'est résumer tout ce qui l'a amené à la position populiste. Mélenchon est aujourd'hui un légitimiste qui ne pense qu'à travers l'ambition présidentielle: le populisme est l'habillage idéologique de son adaptation à la Vème république bonapartiste. Il est l'obstacle à la reconstruction d'une force politique de rupture contre Macron et contre le capitalisme.

Cordialement

 


« Mes amis, vous me manquiez. » Un peu comme dans l'Evangile selon saint Matthieu quand Jésus déclare : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. »

France-Allemagne, l’internationale populiste de Mélenchon, par Robert Duguet



A l’heure où il devient urgent de s’opposer frontalement à la politique de destruction des acquis sociaux du gouvernement Macron, où les salariés, les retraités, la jeunesse sans avenir commencent à comprendre qu’ils ont été bel et bien floués, que les affaires récentes accélèrent la décomposition des institutions de la Vème république, le petit monde de la politique officielle de « gauche » continue à nous enfermer dans les impasses. Mélenchon a fixé la ligne : on va mettre une « triquée » à Macron ! Comment ? Grâce aux élections européennes. Il faut bien l’admettre comme une donnée de base : toute la gauche officielle se cale là-dessus. Et comme la « triquée » ne peut manifestement pas avoir lieue dans le cadre d’institutions dans lesquelles l’électorat populaire ne s’est jamais reconnu, et encore moins aujourd’hui, c’est donc la longue marche vers l’élection présidentielle de 2022 qu’il faut entamer. Que dis-je ? une longue marche, plutôt un chemin de croix à l’issue duquel nous serons tous crucifiés. Car en 2022, sans mouvement social de vaste ampleur pour liquider Macron, il n’y aura plus rien à défendre.

La stratégie de Mélenchon, organiser les convergences populistes à l’échelle de l’Europe dans la perspective de mai 2019…

La France Insoumise inscrit son action dans la recherche de convergences européennes sur la ligne du populisme de « gauche ». Et comme l’Allemagne a une place décisive sur le terrain européen, c’est là qu’il faut enfonce le clou.

L’initiative de constituer à cette rentrée politique le mouvement « Aufstehen », à l’initiative de Sarah Wagenknecht et d’Oskar Lafontaine, s’inscrit pleinement dans cette stratégie. Cette responsable des Linke déclare : « Les sociaux-démocrates, Die Linke et les Verts avaient, jusqu’aux dernières élections, la possibilité de gouverner ensemble. Ils ne l’ont pas utilisée ». D’emblée le cadre est posé : il ne s’agit plus d’engager un combat, sur la gauche du mouvement ouvrier, pour pousser le SPD à la rupture avec la démocratie chrétienne, mais d’entrer dans une autre logique, celle de l’adaptation au populisme et à la montée de l’extrême droite. Au passage rappelons que les résultats électoraux modestes des Linke depuis leur création sont liés précisément au fait qu’ils n’ont pas mené pratiquement ce combat pour la rupture avec le néo-libéralisme. Le parallèle avec France Insoumise doit être souligné : il s’agit de lancer une plateforme en ligne où on peut s’inscrire en remplissant un simple formulaire. C’est un rassemblement au-dessus des partis. Le problème c’est que les Linke allemands ne sont pas le Parti de Gauche français, actuellement moribond, rendu à cet état par la politique de destruction de ceux qui l’avaient fait naitre en 2009. Les Linke allemands sont un courant scissionniste de la social-démocratie et de l’ex-parti stalinien de l’Est du pays. Même émanant d’Oskar Lafontaine et de sa compagne Sarah Wagenknecht, l’initiative, non discutée dans les structures des Linke, rencontre une sérieuse hostilité. Entre parenthèse, on comprend pourquoi le sieur Mélenchon, s’est débarrassé de sa progéniture, le PG, avant qu’elle ne grandisse et fasse des misères à son père.

Là où la politique de Sarah Wagenknecht heurte les traditions du mouvement ouvrier allemand, c’est sur la question de l’accueil des migrants. Elle déclarait au quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung, le 12 août « Les études le prouvent : sans l’immigration, la croissance allemande aurait conduit à une plus grande augmentation des salaires dans le secteur des bas salaire ». De plus,les fondateurs d’Aufstehen n’étaient pas aux côtés des manifestants anti-racistes à Chemnitz. On retrouve dans la France Insoumise les mêmes ambiguïtés. On s’inspire des positions anti-migratoires de l’extrême droite en pensant qu’on va lui reprendre son capital électoral : cela ne peut que favoriser le développement de l’extrême droite.

En France, Mélenchon met-il en sourdine son populisme pour aller vers un nouveau Front de Gauche ?

Un article d’un journaliste de Médiapart, que nous reproduisons sur ce blog, s’interroge, sur ce qui à ses yeux, serait une réorientation de la ligne politique de la France Insoumise, bref un retour à une logique Front de Gauche : Jean Luc Mélenchon a en effet amorcé à Marseille des retrouvailles avec l’aile gauche du Parti Socialiste. La base militante qui a, en son temps, soutenu le Front de Gauche, peut y voir une réorientation, une volonté d’aller vers un nouveau rassemblement à gauche, bref de laisser au vestiaire le populisme. En fait il ne s’agit absolument pas d’un changement de position sur le fond, tout au plus d’une adaptation à la situation politique : le besoin d’unité contre Macron monte dans le pays et Mélenchon comme les gens de la gauche du PS subissent cette pression. FI et Mélenchon profitent de la crise finale du parti d’Epinay de François Mitterand, non pour reconstruire un parti ouvrier dont la classe des salariés a un besoin urgent, mais pour capter les composantes de l’aile gauche, afin qu’elles se rallient au populisme. On peut discerner trois composantes : Marie Noëlle Lienneman, Emmanuel Maurel et les débris du MRC. Côté Marie Noëlle Lienneman la pente vers le populisme est naturelle, cette ancienne rocardienne des années 1980 que le Mélenchon mitterandiste caractérisait, à juste titre, à l’époque, comme une corporatiste ou une néosocialiste. Quant à Emmanuel Maurel, cet ex-militant popereniste, ainsi que la petite composante qui vient du MRC de Jean Pierre Chevènement, leur position dite « gauche républicaine » se situe sur le terrain du souverainisme. Jean Luc Mélenchon n’a aucune vraie divergence avec une pensée qui se situe son action dans le cadre de l’Etat Nation. Le populisme est un nationalisme. En fait l’opération de Marseille vise à donner la couverture du rassemblement et de tirer l’aile gauche du PS, ou du moins ce qu’il en reste, vers la droite. Marie Noëlle Lienneman peut déclarer : « Il faut qu’il y ait un candidat unique à gauche à la présidentielle de 2022. L’union est un combat, on va donc le mener ». Mélenchon va avoir besoin de petites mains pour faire une campagne électorale, et beaucoup de ceux qui, dans la gauche radicale, l’ont soutenu dans le Front de Gauche et lors de la campagne de 2012, n’ont pas accepté la destruction du FDG et les dérives populistes actuelles. Il faut donc lâcher du leste du côté de « l’unité » et reconquérir ces militants de la gauche dite radicale qui se sont détournés de lui. Fidèle à son maître François Mitterand qui avait confié les clés de son parti au lambertiste Lionel Jospin, Mélenchon a d’ores et déjà intégré dans son dispositif le POI (Parti Ouvrier Indépendant) : le 26 mai, ce courant organisait le service d’ordre du cortège de France Insoumise…

Le parallèle entre la façon dont se disposent aujourd’hui la FI en France et le mouvement Aufstehen en Allemagne est lumineux. Dans les deux cas, il s’agit de tirer des représentations issues de la social-démocratie, liens fort ténus pour le PS français, mais encore fortes pour les Linke allemand, vers les aventures populistes.

L’histoire bégaie ?

Cela rappelle aux militants, qui ne sont pas seulement l’infanterie des campagnes électorales, mais qui intègrent dans leur vie quotidiennes les leçons de l’histoire, de bien mauvais souvenirs. Lorsque se tient le congrès de Paris de la SFIO en 1933, alors que les nazis viennent de prendre le pouvoir à Berlin, le mouvement socialiste est secoué par une crise majeure. C’est l’offensive des Marcel Déat, Adrien Marquet, Gilbert Montagnon sur le triptyque ordre-autorité-nation. Le vieux chef réformiste Léon Blum, poussé pas la base de son parti et par un mouvement social qui convergera dans la grève générale de juin 1936, polémique contre Pierre Renaudel dans les termes suivants :

« …De la synthèse de Jaurès, voulez-vous me dire ce qu’il en reste dans cet amalgame ? La synthèse de Jaurès, c’est la synthèse de l’action de la classe et de la démocratie, et on nous présente en ce moment une espèce de notion de socialisme national par l’autorité, dans laquelle il n’y a plus ni action de la démocratie, ni action spécifique de la classe ouvrière organisée. »

Et il ajoutait :

«  On ne détruit pas l'idéologie fasciste en la plagiant ou en l’adoptant… »

 


« [Si vous venez avec moi,] je vous annonce la suite : Venezuela et Cuba à tous les repas »

A Marseille, l’aile gauche du PS et Jean-Luc Mélenchon amorcent leurs retrouvailles, par Pauline Graulle
9 septembre 2018

Source : https://www.mediapart.fr/journal/france/090918/marseille-l-aile-gauche-du-ps-et-jean-luc-melenchon-amorcent-leurs-retrouvailles?utm_source=20180909&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-20180909&M_BT=284203337916


Ce week-end, Jean-Luc Mélenchon s’est placé comme le leader « naturel » de l’aile gauche du parti socialiste qui se réunissait, pour son université de rentrée, dans la cité phocéenne. Marie-Noëlle Lienemann et Emmanuel Maurel semblent prêts à le rejoindre.

Cela faisait dix ans que Jean-Luc Mélenchon n’avait pas mis les pieds dans une réunion du PS. Quand il est arrivé, ce dimanche matin, pour intervenir à une table ronde à l’université de rentrée de l’aile gauche du parti, il a minimisé : « C’est un petit passage, c’est le symbole qui compte », a-t-il glissé, avant de filer rejoindre Emmanuel Maurel, le leader du courant « L’Union et l’Espoir », qui écrivait, à l’étage, son discours de clôture des trois jours de débats.

Un « petit passage », mais pas un « petit » événement. Ce 9 septembre, au palais des congrès Marseille, quelque chose s’est passé : Jean-Luc Mélenchon est officiellement redevenu socialiste. Au sens jaurésien du terme, s’entend. Lors d’un long discours – qui n’avait rien de la simple « intervention » prévue au départ, le leader de la France insoumise s’est posé en chef naturel des trahis du quinquennat de François Hollande et des déçus d’Olivier Faure. - « La crise du leadership populaire est réglée : me voici », a-t-il lancé sous les rires incrédules du public – mais il était sérieux. Manière de dire : « Le (vrai) socialisme, c’est moi. Je serai votre candidat en 2022. »

À entendre les applaudissements nourris de la salle, le message a été accueilli plutôt favorablement. Oubliées les vieilles rancœurs, les saillies contre les « solfériniens », les méchancetés – « Le PS est le seul zoo où les animaux se gardent entre eux », se moquait-il encore, il y a un an. Ce dimanche, il n’y avait que des « vieux amis », des frères, même. « [Je suis heureux] que finisse cette longue solitude pour moi d’avoir été séparé de ma famille », a-t-il lancé, face à la salle. Comme un retour au bercail, à l’époque bénie du PS. Quand, avec la bonne copine Marie-Noëlle Lienemann et le bon camarade Julien Dray, ils militaient ensemble au sein de la Gauche socialiste…

En dépit d’un rhume carabiné, le député des Bouches-du-Rhône a retrouvé le souffle de sa campagne présidentielle. Le populisme en moins. Dans le prolongement de son discours de clôture, lors de l’université de rentrée de la France insoumise (lire ici), c’est un Mélenchon new look qui a emporté son auditoire. Si certains marqueurs n’ont pas bougé – la sortie de l’Otan, des traités européens, des accords de libre-échange et « d’une croissance sans fin » –, on n’a entendu aucune allusion à une sortie de l’Union européenne, un discours plus ouvertement « pro migrants », et une comparaison entre l’économie de marché et « la gravitation universelle »…

On a aussi entendu la promesse de lendemains qui chantent pour une vraie gauche de gouvernement – « si demain nous gouvernons le pays, ce qui se produira… ». Et un Mélenchon ouvrant la porte à un embryon de programme commun : « Le programme “L’avenir en commun” sera remis en débat en 2021 […] avec tous ceux qui voudront », a-t-il juré, « le cœur plein de l’enthousiasme d’une décision qui vous ferait bifurquer ». Bref, jamais la « révolution citoyenne » n’a autant semblé revêtir les habits d’un réformisme social et écologiste.

S’arroger l’aile gauche du PS et les chevènementistes. Telle est la première étape du rassemblement de la gauche — ou de ce qu’il en reste — que l’ancien candidat à la présidentielle a décidé d’entreprendre, méthodiquement, jusqu’à l’échéance de 2022. Une nouvelle stratégie dont la mise en place a été, selon son propre mot, « accélérée » par la crise politique sans précédent qui s’est ouverte, cet été, au sein de la macronie. L’affaire Benalla, les mauvais résultats économiques, le départ de Nicolas Hulot : une aubaine à saisir quand on se veut le leader de l’opposition.

D’autant que, après l’échec de Génération.s et d’EELV à se mettre d’accord pour faire liste commune aux européennes de 2019, la voie est libre pour tenter de renouer avec une certaine partie des classes moyennes. Ces profs, ces fonctionnaires, ces professions intellectuelles qui votent traditionnellement à gauche et qui ont, pour beaucoup, voté non au traité constitutionnel européen en 2005. Mais qui s’étaient, jusqu’ici, montrés rétifs aux accents populistes de la FI. 

Du côté des responsables socialistes de l’aile gauche, la greffe avec La France insoumise ne fait en tout cas plus guère de doute. La sénatrice Marie-Noëlle Lienemann ne cache pas qu’elle ne s’est jamais sentie aussi légère que depuis qu’elle envisage sérieusement son départ du parti. « Pour moi, les choses sont de plus en plus claires, ça va de mieux en mieux », répète-t-elle à l’envi.

Elle imagine créer une nouvelle formation, ni PS ni FI, avec les chevènementistes. Un petit parti qui aurait dans son nom le mot « socialiste », où le militantisme de terrain reprendrait ses droits, et qui finirait par faire alliance avec La France insoumise. « Il faut qu’il y ait un candidat unique à gauche à la présidentielle de 2022. L’union est un combat, on va donc le mener », assure l’élue de Paris.

L’eurodéputé Emmanuel Maurel est sur la même longueur d’onde. Certes, on le sent peut-être plus réservé à l’idée de quitter un PS où il a « beaucoup d’amis » et une place assurée sur la liste aux européennes, quand bien même sa ligne politique ne serait pas défendue par le parti. Mais force est de constater que plus une feuille de papier à cigarette ne semble l’éloigner désormais de la ligne portée par la FI, où, là aussi, on pourrait lui réserver une place de choix pour les européennes.

Quatre ans au parlement européen ont suffi à le convaincre de la nécessité de désobéir aux traités et d’arrêter, d’urgence, les coalitions mortifères entre les partis sociaux-démocrates et les libéraux. Plus fondamentalement, la critique de la mondialisation capitaliste, le jacobinisme, l’idée que la nation est une valeur de gauche, ou l’attention pointilleuse portée à la laïcité, le rapprochent du socialisme « canal historique » porté par Jean-Luc Mélenchon. « En fait, je suis un modéré, ce sont les libéraux qui ne le sont pas », affirme Maurel, qui dit ne pas avoir idéologiquement bougé d’un iota depuis son entrée au PS, à l’âge de 17 ans.

L’image d’Emmanuel Maurel, l’ancien popereniste, et de Jean-Luc Mélenchon, l’ancien mitterrandiste, main dans la main pour faire triompher la première gauche sur une social-démocratie moribonde ? Elle n’a plus rien de farfelu. Une grande alliance de la « gauche républicaine », qui juge que l’égalité n’est pas l’équité, que la laïcité ne doit pas rimer avec le « communautarisme », que le retour à la nation n’a rien d’un nationalisme et que la lutte pour la souveraineté populaire n’est pas synonyme de « souverainisme », voilà la première étape dans le long chemin mélenchoniste pour reconquérir la gauche historique.

Reste désormais à convaincre les troupes militantes de l’aile gauche socialiste de quitter ensemble le navire. Mélenchon a prévenu : « [Si vous venez avec moi,] je vous annonce la suite : Venezuela et Cuba à tous les repas », rit-il (jaune), pour dénoncer le « bashing » dont il ferait l’objet.

À la tribune, dimanche, Marie-Noëlle Lienemann s’est donc employée à préparer les esprits, accablant la politique de l’Union européenne à grand renfort de mouvements de bras, sous le regard approbateur du porte-parole de la FI, sagement assis au premier rang. De même que Bastien Faudot, le porte-parole du MRC (le Mouvement Républicain et Citoyen, fondé par Jean-Pierre Chevènement), qui n’a pas contenu sa gratitude : « La campagne de Mélenchon a été utile pour toute la gauche parce que c’était la guerre du feu, il y a un an et demi. Et vous avez maintenu la flamme. Vous avez maintenu une chose essentielle, c’est le message de la clarté alors qu’en face, il y avait la révolution libérale de Macron », a-t-il clamé.

Sans doute bien conscient qu’il n’est jamais facile pour des militants de rompre avec leur famille politique, Emmanuel Maurel s’est montré plus prudent. Il a devisé sur ses thèmes habituels : la République, les inégalités, « l’arnaque » du capitalisme vert, les libéralisations, le refus des traités de libre-échange, les « charges » sociales qui n’en sont pas, « la démocratie identitaire que les libéraux et les fachos veulent nous vendre »… Il a certes appelé de ses vœux « l’émergence d’un nouveau Front populaire, capable de changer la vie des gens » sur un programme que « nous sommes capables d’écrire ensemble ».

Mais il est resté sur un discours classique d’animateur de courant : pas d’annonce de son départ du PS, pas de coup de théâtre. Dans les murs de la salle de conférence, résonnaient, encore, par contraste, les mots forts de Mélenchon. Comme s’il avait déjà pris toute la place.

 


Aufstehen, par Rachel Knaebel

Source : https://www.bastamag.net/Le-nouveau-mouvement-Aufstehen-issu-de-la-gauche-allemande-a-t-il-vraiment-des



Une députée du parti de gauche allemand Die Linke a officiellement lancé un nouveau mouvement, « Aufstehen », qui signifie « Debout ». Elle ambitionne de reconquérir l’électorat populaire et les laissés pour compte, alors que les précédentes réformes ont fait bondir le nombre de travailleurs pauvres. Problème : pour concurrencer l’extrême-droite sur son terrain, des fondateurs d’« Aufstehen » s’opposent à une politique migratoire hospitalière, certains ayant même pris des positions considérées comme xénophobes. Ce nouveau mouvement risque-t-il de diviser et d’affaiblir la gauche allemande face à une extrême-droite en pleine ascension dans les urnes et dans les rues ?

« Les sociaux-démocrates, Die Linke et les Verts avaient, jusqu’aux dernières élections, la possibilité de gouverner ensemble. Ils ne l’ont pas utilisée ».C’est par ce constat d’échec d’une possible union des gauches en Allemagne que Sarah Wagenkencht, présidente du groupe du parti de gauche Die Linke au Bundestag, l’équivalent de l’Assemblée nationale, a expliqué, le 4 septembre, pourquoi elle a créé un nouveau mouvement destiné à fédérer la gauche allemande. Son nom : Aufstehen, ce qui signifie à la fois “debout” et “se soulever”. Un terme qui rappelle les “insoumis” du mouvement lancé par Jean-Luc Mélenchon en 2016.

Autre similitude, Aufstehen s’est lancé via une plateforme en ligne sur laquelle les personnes intéressées peuvent s’inscrire en remplissant un simple formulaire. Aufstehen n’a cependant pas encore de programme. Celui-ci doit s’écrire en commun avec ses futurs membres – 100 000 personnes se seraient déjà déclarées intéressées. Le mouvement a pour l’instant juste publié un appel qui vise à mettre en place une politique sociale en direction des travailleurs et des laissés pour compte – l’Allemagne compte plus de 20% de travailleurs pauvres parmi la population salariée (lire notre article). 80 personnalités – surtout des écrivains et chercheurs, quelques politiques, syndicalistes et artistes – lui ont apporté leur soutien.

« Chez les militants de base de Die Linke, le rejet est très grand »

À la différence de La France insoumise, Aufstehen n’est pas un parti et n’envisage pas, pour l’instant, de se présenter en tant que tel à une élection. « Aufstehen est un mouvement de rassemblement au-dessus des partis », dit l’appel fondateur. Aufstehen n’est pas une émanation du parti de gauche allemand, mais bien de personnalités de Die Linke : de Wagenkencht et de son mari, Oskar Lafontaine, ancien du parti social-démocrate SPD, qui en avait claqué la porte en 2005 pour fonder Die Linke.

« Dans le groupe Die Linke au Bundestag [qui dispose de 69 sièges, sur 709, ndlr], il n’y a qu’un quart environ des députés qui soutiennent Aufstehen. Chez les militants de base de Die Linke, le rejet est très grand, constate Niema Movassat, député de Die Linke depuis 2009 au Bundestag qui fait partie des sceptiques face à cette initiative. « Pour moi, c’est juste un recueil de noms et d’adresses mails pour envoyer une newsletter. Cette initiative n’a pas du tout été discutée au sein de la direction du parti. » Les deux co-présidents de Die Linke, Katja Kipping et Bernd Riexinger ont annoncé dans les médias qu’ils ne comptaient pas rejoindre Aufstehen.

Quelques politiques, des écrivains, des sociologues… et Nina Hagen

Qui sont alors les soutiens du mouvement ? Dans la liste des 80 initiateurs, rendue publique le 4 septembre, seulement trois autres personnalités politiques de Die Linke s’y affichent, : deux députés et un membre de la direction du parti. On trouve aussi plusieurs élus et responsables politique issus du SPD, un ancien président du parti des Verts, ainsi que de nombreux écrivains, sociologues, politologues, et même la chanteuse Nina Hagen. L’une des têtes du mouvement, qui apparaît depuis des semaines dans les médias aux côtés de Sarah Wagenknecht, n’est d’ailleurs pas issu du monde politique, mais des milieux artistiques, le dramaturge Bernd Stegemann.

Quant à l’esquisse de programme, face aux bas salaires, au travail intérimaire, à la pauvreté des retraités, et sur la nécessite d’imposer davantage les plus riches et le patrimoine, l’appel d’Aufstehen demeure similaire aux positions de Die Linke. Même sur la question des relations à la Russie, avec la volonté d’en finir avec une politique hostile à l’égard du pays de Vladimir Poutine, le texte fondateur du mouvement est très proche des positons officielles prises par le parti de gauche.

C’est sur la question migratoire que Sarah Wagenkecnht est contestée et divise au sein de son propre parti. « Les frontières ouvertes pour tout le monde, c’est naïf, avait-elle déclaré dans une interview au magazine Focus en février. Et si l’objectif central d’une politique de gauche est de défendre les défavorisées, une position du “no-border“ [sans frontière, ndlr] est le contraire de la gauche. (…) La migration de travail, cela signifie plus de concurrence pour les emplois, particulièrement dans le secteur des bas salaire », poursuivait-elle. « Les études le prouvent : sans l’immigration, la croissance allemande aurait conduit à une plus grande augmentation des salaires dans le secteur des bas salaire », estime-t-elle encore dans une interview avec le quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung, le 12 août.

« Cela ne contribue pas à lutter contre l’extrême-droite, mais au contraire la renforce »

L’un des premiers soutiens de Aufstehen, le politologue Wolfgang Streeck, a publié des textes dans la même tonalité pendant l’été. Dans une tribune publiée le 30 août dans l’hebdomadaire Die Zeit, le chercheur évoque une « illusion du no-border ». Pour lui, Aufstehen doit « libérer la politique allemande de sa captivité babylonienne entre l’opportunisme de Merkel et l’illusion politiquement inconséquente du no-border. »« Est-ce xénophobe quand on voit les immigrants comme des concurrents pour des emplois, des places en crèche ou des logements ? Est-il xénophobe celui qui veut faire la différence entre des nouveaux arrivants désirés et ceux non-désirés ? », interroge-t-il.

« Oui, c’est xénophobe », lui ont répondu de nombreuses personnes sur les réseaux sociaux. Mais pour le politologue, le courant dit “no-botder” de Die Linke fait que « le parti est resté petit et ne pourra pas participer à un gouvernement à moyen terme. ». Die Linke a réuni 9 % des voix aux dernières législatives de 2017, mais réalise régulièrement des scores supérieurs à 15 % dans plusieurs Länders. « Dans ses interviews, Wagnekencht ne prend pas une position de gauche cosmopolite. Les initiateurs de Aufstehen sont plus orientés sur l’État national », analyse le député de gauche Niema Movassat. « Je crois qu’il y a un risque que cela provoque une pression par la droite sur Die Linke. Et que cela ne contribue pas à lutter contre l’AfD, mais au contraire la renforce. »

Reconquérir l’Allemagne de l’Est

L’un des objectifs politiques affichés est de ramener à la politique les déçus, ceux qui se seraient détournés de la gauche, voire ceux qui ont voté pour le parti d’extrême droite AfD. L’AfD a récolté plus de 12 % des voix aux élections législatives de l’année dernière, devançant Die Linke. Et réalise des scores avoisinant les 25 % dans les régions de l’ex-Allemagne de l’Est. C’est aussi dans ces zones de l’Est, en Saxe en particulier, que fleurissent depuis plusieurs années des mouvements et manifestation d’extrême droite et xénophobes comme Pegida, ou dans la ville de Chemnitz ces dernières semaines (lire notre article).

« Beaucoup de gens se sentent abandonnés par la politique, et ce n’est pas seulement un sentiment. 40 % de la population du pays a moins de salaire réel aujourd’hui que 20 ans plus tôt », rappelle Sarah Wagenknecht lors de la conférence de presse du 4 septembre. C’est bien aux laissés pour compte d’Allemagne de l’Est que veut surtout s’adresser Sarah Wagenknecht. En 2016, le produit intérieur brut par habitant restait encore largement inférieur pour les résidents d’Allemagne de l’Est que celui des Allemands de l’Ouest. Les salaires y sont bien plus bas et le chômage bien plus élevé – à 6,8 % contre 4,8 % à l’Ouest.

Les fondateurs d’Aufstehen n’étaient pas aux côtes des manifestants anti-racistes à Chemnitz

La presse de gauche allemande compare le mouvement Aufstehen à la France insoumise et au mouvement britannique Momentum, proche du dirigeant du Labour Jeremy Corbyn – deux organisations auxquelles Sarah Wagenknecht fait référence – ainsi qu’au mouvement italien Cinq Étoiles. Celui-ci aussi est né autour d’une figure charismatique, le comédien Beppe Grillo, de revendications en faveur des plus défavorisés et contre le système d’exploitation économique capitaliste. Puis Cinq Étoiles a pris des positions contre l’immigration, est devenu la première force politique italienne lors des dernières élections législatives, et s’est finalement allié avec le parti d’extrême-droite Ligue du Nord pour gouverner.

« C’est notre responsabilité de porter ce mouvement aussi dans la rue et aussi à la fin en politique. On ne doit pas laisser la rue à Pegida », a lancé Sarah Wagenknecht. Avec leurs positions fermées sur la question migratoire, les responsables d’Aufstehen ne risquent-ils pas de se couper de la frange importante de la population – un Allemand sur dix – qui s’est engagée bénévolement depuis 2015 pour l’accueil de réfugiés ? Ne risque-t-elle pas d’heurter celle qui a manifesté durant tout l’été, dans tout le pays, pour des routes migratoires sûres à l’appel de l’organisation Seebrücke (pont en mer) ? Et celle qui a manifesté par dizaines de milliers contre le racisme à Chemnitz depuis fin août, face à l’AfD qui défilait aux côtés de néonazis ? Ni Sarah Wagenkencht ni le dramaturge co-initiateur d’Aufstehen, Bernd Stegemann, n’étaient à Chemnitz aux côtes des manifestants anti-racistes. Pour des raisons d’emploi du temps, ont-ils défendu.

 


Clémentine Autain, députée FI

« Je ne suis pas convaincue par l'approche de Sarah Wagenknecht »

Interview de Clémentine Autain, députée du Mouvement de la France Insoumise (MFI) par Rémi Noyon

Source : https://www.nouvelobs.com/politique/20180906.OBS1911/clementine-autain-je-ne-suis-pas-convaincue-par-l-approche-de-sahra-wagenknecht.html

Samedi 8 Septembre 2018



 
La gauche doit-elle réviser son logiciel sur l’immigration ? La question est posée depuis que, en Allemagne, Sahra Wagenknecht, l’une des principales représentantes de Die Linke, présente comme irréaliste l’idée d’ouverture des frontières pour tous. Sa décision de lancer un nouveau mouvement politique, nommé Aufstehen, en ce début du mois de septembre 2018, a même été qualifiée de virage contre les migrants. Et ce, même si Sahra Wagenknecht défend toujours le droit d’asile et le devoir d’accueillir les réfugiés.
 
Ces débats au sein de la gauche allemande ont des répercussions en France, notamment à l’intérieur du MFI, mouvement frère de Die Linke. Le programme défendu par Jean-Luc Mélenchon lors de sa campagne présidentielle, présente l’émigration comme une souffrance et il s’appuie sur deux piliers, lutter contre les causes des migrations et assumer le devoir d’humanité envers les réfugiés arrivant en Europe. Ce double objectif a l’avantage de faire le lien entre des couleurs politiques variées, d’une part, une culture plus souverainiste qui valorise l’idée de frontières et, d’autre part, une veine plus internationaliste qui insiste sur la libre circulation des personnes.
 
L’Observateur a fait réagir deux membres du MFI. Vous trouverez ci-dessous l’interview de Clémentine Autain par Rémi Noyon.
 
Rémi Noyon. En Allemagne, Sahra Wagenknecht dit vouloir en finir avec la bonne conscience de la gauche sur la question migratoire. Qu'est-ce que cela vous inspire ?
 
Clémentine Autain. Je revendique ma bonne conscience de gauche. Je ne veux pas en finir avec la recherche de cohérence entre les discours et les actions, d’une part, et les principes éthiques et l’horizon émancipateur, d’autre part. Sur la question migratoire, comme sur d’autres, je suis animée par un idéal humaniste et internationaliste. Dans le contexte actuel de poussée de l‘extrême droite en Europe et de durcissement des conditions d’accueil, ma conviction est que notre famille politique doit porter le fer de façon claire et nette contre la stigmatisation et le rejet des migrants. La figure de l’étranger est présentée comme ennemie, danger et bouc émissaire économique. Nous ne pouvons pas l’accepter.
 
A chaque fois que nous donnons des gages sur le fond au discours de l’extrême droite, je pense que nous perdons notre âme et des plumes. Après, nous ne sommes pas une secte mais un collectif vivant, alors évidemment nous avons des débats de fond sur l’ouverture des frontières ou les conditions d’accès à la nationalité, mais ne perdons pas le fil de ce qui nous anime, surtout au moment où la Méditerranée se transforme en cimetière.
 
Rémi Noyon. Plus largement, que pensez-vous des propos de Sahra Wagenknecht ?
 
Clémentine Autain. Je ne connais pas suffisamment le contexte allemand dans lequel il s’inscrit, mais je ne suis pas convaincue par la façon dont elle appréhende le sujet. Je ne voudrais pas, par exemple, qu’on puisse laisser entendre que les immigrés prennent le travail des populations déjà installées. Si l’on jette un regard en arrière, on s’aperçoit que les flux d’immigration élevés correspondent plutôt à des périodes de croissance économique. En France, le chômage de masse s’est installé en même temps que le nombre d’immigrés a chuté.
 
Dans le même temps, je me méfie de l’instrumentalisation en cours des propos de Sahra Wagenknecht en France. Lorsque j’ai parcouru les premiers articles sur le lancement d’Aufstehen, j’ai frémi. Puis je suis allée lire dans le détail ce que défendait Sahra Wagenknecht. Elle n’est pas dans un discours de rejet des migrants et elle défend le droit d’asile. Il est insensé de la renvoyer à l’extrême droite comme le font certains médias ou politiques qui, de fil en aiguille, en profitent pour nous mettre dans le même sac. La musique dominante vise à brouiller les cartes. Elle nous raconte une fable. Il y aurait d’une part les populistes et les extrémistes, de gauche comme de droite, qui partageraient une même vision de repli xénophobe, et d’autre part les progressistes qui leur tiendraient tête pour éviter la barbarie. C’est une arnaque.
 
La réalité est que la barbarie est déjà là. Le parlement a récemment voté une loi extrêmement répressive contre les migrants et les demandeurs d’asile. Emmanuel Macron a refusé, comme Matteo Salvini, d’accueillir les cent quatre-vingt-onze migrants de l’Aquarius. S’il y a une proximité avec le Front National sur la question des migrants, elle est bien du côté de la macronie. Nous, nous sommes battus à l’assemblée nationale et ailleurs contre l’enfermement des mineurs étrangers, l’extension du délai de rétention ou la remise en cause de fait du droit d’asile.
 
Rémi Noyon. Est-ce qu'il vous semble pertinent d'appuyer l'idée d'un contrôle des migrations économiques, pour rattraper une partie des électeurs de l'Alternative Für Deutschland (AFD) ?
 
Clémentine Autain. Peut-on rattraper un électorat en reprenant les thématiques de notre ennemi politique ? En général, l’original est préféré à la copie. L’extrême droite fonctionne sur le ressentiment et la construction d’une figure ennemie, l’étranger. Nous, nous voulons tracer une espérance fondée sur la mise en commun et l’extension du socle des droits et libertés. N’oublions pas que, en Allemagne, la réunification a ressemblé à une annexion et elle a paupérisé les habitants des territoires de l’est, nourrissant un ressentiment qui s’exprime aujourd’hui. Ce n’est pas la faute des migrants mais du triste bilan du capitalisme rhénan. Je rejoins Sahra Wagenknecht sur la description du phénomène que Karl Marx appelait l’armée de réserve. Mais pour éviter la concurrence et pour ne pas tirer vers le bas les salaires et les conditions de travail, il faut commencer par régulariser ceux qui travaillent sur le territoire.
 
Certains ont sans doute intérêt à ce que les élections européennes se jouent sur le terrain de l’identité. Nous, nous devons le poser sur celui de l’égalité. La construction européenne, et aujourd’hui Angela Merkel et Emmanuel Macron, ont nourri la concurrence de tous contre tous. A nous de promouvoir du lien et de la solidarité.
 
Rémi Noyon. Prenons un point concret. Faut-il assurer les reconduites à la frontière ?
 
Clémentine Autain. Je ne sais pas comment on peut décemment renvoyer dans un avion vers la Syrie ou l’Afghanistan une personne qui a fui la guerre et la misère. Plus globalement, la question est celle du droit. Elle est également celle des conditions d’accueil qui sont à développer dans notre pays, comme nous l’avons tristement observé à Calais. Nous avons le devoir de faire mieux et de taper du poing sur la table à l’échelle européenne pour que les pays ne se renvoient pas la balle au détriment des réfugiés et des immigrés. Les causes des migrations sont complexes. Elles mêlent considérations économiques, politiques et personnelles. Le groupe des députés du MFI à l’assemblée nationale a d'ailleurs proposé d’élargir les critères d'attribution du droit d'asile, notamment en vue des grands déplacements de population liés aux crises climatiques qui s’annoncent, sans succès. Pourtant, le réchauffement climatique va provoquer des bouleversements majeurs. Il faut s’y préparer.
 
Aujourd’hui, je conteste en tout cas fermement toute idée d’invasion, sur laquelle s'appuient les discours millénaristes sur l'immigration, d’ailleurs repris par Gérard Collomb à l’assemblée nationale. Nous avons connu des épisodes migratoires bien plus intenses au vingtième siècle. Cinq cent mille espagnols sont arrivés dans une France de quarante millions d’habitants en 1939. Cent vingt mille boat people sont venus à la fin des années 1970. Et nous fermons les portes pour quelques dizaines de milliers de personnes qui viennent de l’Afrique et du Moyen-Orient alors que notre pays est plus peuplé et plus riche. C’est assommant.
 
Rémi Noyon. L’idée de réhabilitation de la patrie est souvent couplée à l’idée que la gauche s’est perdue en traitant les questions de genre ou de race plutôt que de défendre les classes populaires.
 
Clémentine Autain. Je connais cela par cœur. Il y a d’une part une veine Terra Nova qui se détourne du monde ouvrier et qui propose de se recentrer sur les questions dites sociétales pour parler aux jeunes, aux femmes et aux immigrés. Il y a d’autre part une tendance, chez des personnalités comme Christophe Guilluy et certains courants à gauche, à nier l’émergence de nouvelles problématiques pour en revenir au peuple d’hier. Ces deux visions me semblent être des impasses. Les enjeux de race et de genre sont imbriqués dans la question sociale. La figure symbolique du peuple était hier celle de l’ouvrier de l’industrie ou du mineur. Aujourd’hui, les figures du peuple sont celles des caissières de supermarché, des ouvriers sans papiers du bâtiment et des jeunes des Mac Donald’s. Elles ne s’opposent pas au monde ouvrier traditionnel mais elles doivent converger avec lui.

 


 

L'espace Citoyen au forum de rentrée des associations: 8 septembre à Yerres, 9 septembre à Crosne.


 


Aude Lancelin, ex-directrice adjointe de la rédaction de Marianne de 2011 à 2014 et de la rédaction de L'Obs de 2014 à 2016.

Crise au Média, crise à la France Insoumise....

La nouvelle direction du Média veut tourner la page des guerres intestines, par François Bougon

Source : https://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2018/09/01/le-media-la-nouvelle-direction-veut-tourner-la-page-des-guerres-intestines_5348974_3236.html

01/09/2018


 

La journaliste Aude Lancelin, qui dirige désormais la rédaction, donne rendez-vous pour un grand live le 16 septembre 2018.
 
 
Le Média avait pour objectif de révolutionner la façon d’informer, en proposant une structure alternative qui soit de gauche par sa gouvernance, son modèle économique et son fonctionnement. Telles étaient en tout cas les ambitions affichées dans son acte de naissance, un manifeste publié dans le Monde au mois de septembre 2017.
 
Un an plus tard, la plate-forme alternative, lancée officiellement au mois de janvier 2018, a défrayé la chronique par des départs successifs, des luttes intestines et des polémiques à répétition. Et, pour ceux qui voulaient s’affranchir de la dictature de l’urgence, par la diffusion d’une fausse information, au mois d'avril 2018, le site avait annoncé que l’évacuation policière de l’université de Tolbiac, à Paris, avait provoqué un blessé grave.
 
De plus, à l’aube d’une nouvelle saison, les trois cofondateurs, la communicante Sophia Chikirou, proche de Jean-Luc Mélenchon, le psychanalyste Gérard Miller et le réalisateur Henri Poulain, se sont entre-déchirés sur la place publique durant tout l’été.
 
A l’issue d’un séminaire de quinze jours, la première, qui occupait la présidence des deux sociétés, la société de presse et la société de production, à titre bénévole, a été poussée vers la sortie, accusée d’autoritarisme, de gouvernance solitaire et d’avoir vidé les caisses. Elle nie toutes ces attaques et elle menace de saisir la justice.
 
Le Média, soutient-elle, doit lui régler plus de cent trente mille euros de prestations assurées par sa société de communication, Médiascop, et encadrées, selon elle, par une convention. Une affirmation réfutée par ses deux anciens camarades, qui affirment n’avoir jamais signé ni vu un tel document. Une première facture a été encaissée par Sophia Chikirou avant qu’elle quitte le Média. La deuxième facture a été refusée par la banque.
 
Aujourd’hui, les deux parties en sont au stade des mises en demeure. Sophia Chikirou et ses anciens amis ne se parlent plus. Voici venu le temps des avocats. « Les accusations du Média et des autres cofondateurs sont fausses, injustes et hypocrites. Les prestations effectuées par Mediascop restent donc dues. Pour préserver les socios, les adhérents contributeurs, nous leur avons proposé de nous présenter un échéancier. La balle est dans leur camp. Et, s’il le faut, nous irons au tribunal de commerce, voire au pénal », note l’avocat de Sophia Chikirou, David Marais.
 
La nouvelle direction met en avant le fait qu’elle bénéficie du soutien de la grande majorité des employés et elle veut tourner la page. Elle nie tout conflit idéologique, l’un des journalistes avait dénoncé des dérives communautaristes avant de recevoir un avertissement. Elle promet plus de transparence auprès des socios et la fin du recours au statut d’auto entrepreneur. Le projet de transformation en coopérative, mis en chantier par Sophia Chikirou, va être examiné, souligne-t-on en interne.
 
« Tout est en train de rentrer dans l’ordre et l’ambiance est très bonne », a assuré, Mercredi 29 Août 2018 sur France Inter, la journaliste Aude Lancelin, la nouvelle présidente de la société de presse du Média. Elle donne rendez-vous le 16 septembre 2018 pour un grand live afin de lancer cette nouvelle saison, qui sera marquée par la fin du journal télévisé et par l’ambition de s’ouvrir à l’investigation. Entre temps, cependant, un nouveau rebondissement a eu lieu. Jeudi 30 Août 2018, une soixantaine de vidéos ont été effacées du compte YouTube du Média. « Une intervention malveillante », a déclaré Aude Lancelin, tout en annonçant le dépôt d’une plainte. Le feuilleton n’est pas fini. 

 


Arago, comico, Renzo Piano, retour sur la répression du Mardi 22 Mai 2018, par Politis
 
Source : https://www.politis.fr/articles/2018/06/arago-comico-renzo-piano-retour-sur-la-repression-du-22-mai-38960/

 


Une soixantaine de personnalités et des syndicats appellent à soutenir les victimes de la vaste opération policière et judiciaire qui a frappé les occupants de ce lycée parisien.
 
Au moment où la France affiche mondialement son patrimoine historique du mois de mai 1968, la belle commémoration se trouve traversée par une constellation de luttes, des cheminots, des étudiants, des soignants et des postiers, qui répondent aux attaques historiques d'Emmanuel Macron et de son gouvernement. La séquence de luttes hétérogènes ouverte depuis le mois d'avril 2018 et le début de la grève des cheminots est la première période de conflit d’ampleur contre le plan quinquennal de restructuration de la start-up France. Le projet macronien fait feu de tout bois, contre les salariés du privé visés par les ordonnances, contre les syndicalistes remuants à licencier, contre les salariés à statut, cheminots, privilégiés et fonctionnaires, contre les entrants à l’université à mieux sélectionner et contre les chômeurs. Ironie du moment, on célèbre la marchandise photogénique des casseurs du mois de mai 1968 et on réprime toute conflictualité sociale et politique.
 
De nombreuses universités occupées contre la sélection et contre Parcoursup sont évacuées manu militari, des partiels sont placés sous contrôle policier, des postiers en lutte dans le département des Hauts de Seine et leurs soutiens sont nassés par les Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS) au centre de tri de la Défense et des cheminots en grève contre le pacte ferroviaire sont évacués du centre de tri de Villeneuve-Saint-Georges. Quant aux manifestations, elles sont rituellement noyées sous les gaz lacrymogènes. Après le premier mai 2018, un battage médiatique est organisé autour des Black Blocs, des casseurs et des irrationnelles pulsions destructrices contre les vitrines de banques, d’assurances ou de Mac Donald. « Ils veulent des examens en chocolat », a dit en substance le président, ils devraient plutôt travailler sans broncher dans un Mac Donald franchisé. Gérard Collomb qui se félicite toujours, en bon chef de guerre, des opérations de sa police, à la Zone A Défendre (ZAD) où un jeune homme de vingt et un ans vient de perdre une main, à la frontière italienne et ailleurs contre les migrants, annonce bille en tête, pour manifester il faudra désormais dénoncer son voisin de cortège potentiel casseur. Mais voilà que la justice vient seconder les œuvres de la police.
 
À la fin de la manifestation du Mardi 22 Mai 2018 des travailleuses et des travailleurs du secteur public, ouverte par un cortège de tête énergique malgré l’orage, une occupation s’improvise place de la Nation. Il s’agit de faire une assemblée générale à l’heure où les résultats de Parcoursup sont en train de tomber, laissant sur le carreau près de quatre cent mille lycéens. Une centaine d’occupants sont au rendez-vous, discutent, s’organisent et découvrent les belles arcades en pierre de taille cachées aux yeux du quidam qui entourent la cour.
 
Mardi 22 Mai 2018 vers 19 heures, les CRS pénètrent brutalement dans le lycée François Arago, interpellations, fouilles et contrôles d’identité. Les occupants sont embarqués dans des bus en direction du commissariat de l’Évangile dans le dix-huitième arrondissement. Un des bus plein à craquer stationne près de cinq heures dans la cour du commissariat, sans air, ni eau, ni toilettes. Tout le monde est gardé à vue, y compris les mineurs, et dispatché dans différents commissariats, de la Goutte-d’Or jusqu’à Puteaux ou Villeneuve-la-Garenne. Les occupants du lycée François Arago sont mêlés à la trentaine d’arrêtés de la manifestation.
 
La loterie commence. Certains font vingt-quatre heures et d’autres font quarante-huit heures de Garde A Vue (GAV). Certains sont déférés et d’autres ne sont pas déférés. Sur ordre du parquet, des procédures judiciaires sont improvisées. Certains font l’objet de rappels à la loi et d’autres font l'objet d’enquêtes. Quinze personnes sont présentées en comparution immédiate. Tous ont refusé d’être jugés immédiatement et sont à nouveau convoqués Vendredi 15 Juin 2018, mais deux jeunes hommes ont été placés en détention provisoire. Les autres sortent avec des contrôles judiciaires, interdiction du douzième arrondissement, interdiction de voir ses camarades, interdiction de manifester.
 
Le traitement des mineurs indigne à raison les parents d’élèves et l’opinion. Des nouvelles ne sont données aux parents que tard dans la nuit et ils ignorent quel sort sera réservé à leur enfant.
 
Ce qui frappe, ce sont les conditions de la GAV, cellules minuscules, pleines d'urine, coups de pression des policiers, un jeune homme reçoit une gifle, mais surtout la qualification des délits.
 
En substance, deux qualifications sont retenues pour tous, intrusion non autorisée dans l'enceinte d'un établissement d'enseignement scolaire commise en réunion et participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes ou de destructions ou de dégradations de biens.
 
La première s’appuie sur une loi promulguée au mois de mars 2010 pour prévenir la contestation au sein des établissements scolaires. Si le délit de réunion a été mis en place sous Nicolas Sarkozy et visait d’abord les jeunes de banlieue regroupés dans des halls d’immeuble, il est maintenant étendu aux manifestations et aux actions politiques et il est considéré comme une circonstance aggravante. La seconde qualification est la plus impressionniste. Le fait délictueux n’a plus besoin d’avoir été accompli, il s’agit de le prévenir. Le fait n’a plus besoin d’être établi, comme dans le film Minority Report, il s’agit de légiférer sur un élément aussi impalpable qu’un but supposé. Le droit s’affranchit définitivement du fait. À ce régime, tout devient preuve, un k way bleu un jour de pluie signe d’appartenance aux Black Blocs, du sérum physiologique marque d’une violence inflexible contre la police.
 
Ces qualifications permettent de distribuer des rappels à la loi, une mesure apparemment bénigne, mais qui ne permet pas de se défendre, qui ne respecte aucun principe contradictoire et qui pourra peser en cas de récidive. Celles-ci justifient des comparutions immédiates, plus sérieuses, où les peines encourues ne sont pas minces et où on risque la prison si l’on demande le report de son procès. Les deux personnes présentées en comparution immédiate ont rejoint les nombreux prisonniers de France en attente de leur procès.
 
Ces procès sont l’occasion de voir à l’œuvre le nouveau Tribunal de Grande Instance (TGI) de Paris, véritable complexe architecturel situé à la porte de Clichy, dans le dix-septième arrondissement. L’architecte Renzo Piano nous décrit son œuvre, « l'édifice ne devait pas apparaître comme obscur ou hermétique, il devait exprimer son rôle et pas sa force. C'est un bâtiment photo sensible, le verre de ses façades reflète le ciel et la ville ».
 
C’est en effet un grand complexe panoptique, monstre de six étages, ultra moderne et hyper sécurisé. Les cellules sont neuves, répétitives à l’infini, alvéolaires et tellement nombreuses qu’elles isolent les détenus les uns des autres. Nous approchons de l’isolation sensorielle, ni son, ni odeur, une énorme lumière dérègle toute notion de jour et de nuit. Tout est fait pour sonner, isoler, rendre docile et vulnérable ce qui est combattu.
 
Une très vaste opération policière et judiciaire a eu lieu Mardi 22 Mai 2018. Cette journée fait suite à la répression du premier mai 2018. À la manifestation du Samedi 26 Mai 2018 aussi, de manière revancharde et préventive, la police a arrêté avant la manifestation une trentaine de personnes. L'état tente de remettre en ordre le cortège de tête et de prévenir toute agitation lycéenne contre la sélection.
 
Le mode opératoire, interpellations, GAV et déferrements à cette échelle, est le produit évident d’une volonté politique. Mais, Mardi 22 Mai 2018, la méthode s’est mêlée à l’improvisation. Des outils policiers et judiciaires relativement inédits ont été mis en place, notamment contre des mineurs. Ces mesures représentent l’extension et la systématisation de mesures ordinairement réservées à la petite délinquance et testées contre les lycéens du lycée Suger de Seine-Saint-Denis au mois de mars 2017. Le droit est de manière obscène utilisé à des fins politiques. Si c’est habituellement le cas, cette fois-ci, c’est visible. Mardi 22 Mai 2018, une population préservée socialement a fait l’expérience d’un traitement que l'état réservait jusqu’à présent aux classes populaires et particulièrement aux banlieues. Ce qui apparaît, c’est la possibilité que ces mesures se banalisent et se propagent à grande vitesse à toutes les sphères de la vie sociale. Rencontrons-nous, montrons-nous et ne les laissons pas faire.

 


« Quel gâchis », vu depuis l'université d'été du Mouvement de la France Insoumise (MFI), des socios consternés par le conflit au Média

Source : https://www.marianne.net/medias/quel-gachis-vu-depuis-l-universite-d-ete-de-la-france-insoumise-des-socios-consternes-par-le


 

A l'université d'été du MFI, Samedi 25 Août 2018, certains abonnés du Média ne cachent pas leur colère devant le conflit qui déchire en public la web-télévision et qui menace sa pérennité.
 
A l’université d’été du MFI, Samedi 25 Août 2018, l’embrouille qui déchire le Média, fondé par des proches de Jean-Luc Mélenchon, s’invite jusqu’au stand des affiches. « Elle n’est pas chiée, Sophia Chikirou », souffle un trentenaire barbu qui vient d’acheter la première page du livret des Médias du MFI en grand format. Un programme rédigé par Sophia Chikirou, au cœur d’un conflit financier et éditorial d’une violence rare avec les actuels dirigeants du titre de presse qu’elle a fondé, comme vient lui rappeler malicieusement un de ses amis. Puis l’acheteur s’éloigne, en soupirant de plus belle. C’est ainsi, dans les allées du rendez-vous marseillais des amis de Jean-Luc Mélenchon, tout le monde a suivi le feuilleton de l’été qui divise la gauche radicale, députés compris. Mais ne comptez pas sur eux pour s’épancher. « J’étais en vacances et je n’ai pas du tout suivi », évacue un député. Un cadre du MFI se fait un peu plus précis dans son refus de répondre, « je ne peux rien vous dire, pour une raison simple, j’ai des amis des deux côtés ».
 
C’est que le différend qui oppose Sophia Chikirou et les actuels dirigeants du Média a tout pour mettre mal à l’aise les insoumis. La communicante, cadre du mouvement depuis sa fondation, a été désignée directrice de la campagne internationale du MFI pour les élections européennes. Pour autant, difficile pour le premier parti de gauche à la dernière élection présidentielle de se démarquer clairement d’un média très à gauche que Jean-Luc Mélenchon a appelé de ses vœux puis soutenu à plusieurs reprises, dans l’idée d’en faire un élément important de la contre-société qu’il ambitionne de construire. Alors, les insoumis s’essayent au « en même temps ». Le député Adrien Quatennens conforte Sophia Chikirou, « politiquement, elle garde toute notre confiance », tout en s’abstenant de prendre position sur le débat interne.

 Certains socios, le nom des abonnés, du Média présents à l’université d’été des insoumis ne prennent pas tant de précaution et ils adressent un carton rouge aux deux parties. « Quel gâchis », se désole Adrien, un professeur d’histoire de vingt-cinq ans, qui ne sait pas s’il se réabonnera. Azure, un doctorant en télécommunications de vingt-cinq ans, habitué du Discord Insoumis, affiche également sa consternation, « c’est une histoire nulle, ils ont été nuls en communication et cela valide les thèses de la droite selon lesquelles, quand on est de gauche, on n'arrive pas à s’entendre ». Pour autant, le jeune homme n’envisage pas de se désabonner pour le moment, « on est de gauche, alors on essaye d’être optimistes. Vivement la deuxième saison ». François, un étudiant en histoire de vingt-trois ans, accorde également le bénéfice du doute au Média auquel il a souscrit au mois d’octobre 2017, « moi je juge sur pièces, on verra bien. J’ai aimé la première saison et je fais confiance à Aude Lancelin pour faire du bon boulot ».
 
Quant à l'étoile de Sophia Chikirou, elle semble avoir pâli dans la galaxie des militants insoumis, même si beaucoup continuent de se montrer prudents. Perrier Citron, son pseudo sur le Discord Insoumis, un étudiant en droit de dix-neuf ans, estime ainsi qu’elle devra être écartée si des malversations sont clairement démontrées, « aujourd’hui, on garde Sophia Chikirou car on pense que c’est la meilleure pour la communication. Mais si demain, il s’avère qu’elle est pourrie, on la dégagera ». L’ancienne directrice de la communication de Jean-Luc Mélenchon s’est faite discrète, Samedi 25 Août 2018. Sa présence était annoncée, mais personne ne l’a croisée dans les allées de l’université d’été.

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