L'Auteur

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Biographie

René Guy Cadou est né le 15 février 1920 à Sainte Reine de Bretagne, village situé à 15 km de Saint Nazaire dans la grande Brière. Fils de Anna et Georges Cadou, instituteurs, il passe sa petite enfance dans cette odeur « d’encre et de souillure » des salles de classe des écoles de la troisième république. Un texte autobiographique « mon enfance est à tout le monde » dressera un tableau de cette ambiance très meaulnienne et de communion fervente avec la nature, qui marquera profondément la poésie de René.

 

« Je n’ai pas oublié cette maison d’école

Où je naquis en février mil neuf cent vingt

Les vieux murs à la craie ni l’odeur du pétrole

Dans la classe étouffée par le poids du jardin… »

(La saison de Sainte Reine, p.207)

 

Georges et Anna Cadou.

Le couple d’enseignants s’installera à Saint Nazaire en 1927 puis à Nantes en 1930 dans l’école du quai Hoche : une première fêlure avec l’existence heureuse de Sainte Reine. Puis la mort de sa mère Anna le 30 mai 1932, fera de René un adolescent profondément mûri par les coups précoces du destin…

 

« Il n’y a plus que toi dans la mansarde

Mon père

Les murs sont écroulés

La chair s’est écroulée

Des gravats de ciel bleu tombent de tous côtés

Je vois mieux ton visage

Tu pleures

Et cette nuit nous avons le même âge

Au bord des mains qu’elle a laissées »

(30 mai1932, p.80)

 

Cadou jeune homme.

En 1936 il fait la connaissance place Bretagne à Nantes du libraire et poète Michel Manoll qui l’encourage dans ses lectures et lui fit connaître Pierre Reverdy, Max Jacob, Jean Bouhier et Julien Lanoë. Il publie « Brancardiers de l’Aube » en 1937. Il connaît tour à tour la mort de son père, la guerre, la débâcle., la drôle de guerre et l’épisode d’Oloron Sainte Marie où, malade,  il sera réformé en octobre 1940. Retour à Nantes, où il connaîtra un certain nombre d’affectation comme instituteur suppléant dans la campagne de Loire Atlantique. En septembre 1943 il est à Nantes lors du bombardement de la ville et échappe miraculeusement à la mort.

 

« Tout le mois d’août s’est bien passé

Malgré les obus et les roses

Et j’ai traduit diverses choses

En langue bleue que vous savez… »

(Lettre à des amis perdus, p.129)

 

Max Jacob, "une présence terriblement agissante"...

Le 22 octobre 1941, alors qu’il quitte en vélo Châteaubriant pour revenir à Saint-Aubin-des-Châteaux, il croise sur sa route les camions qui transportent les 27 otages, dont le lycéen de terminale Guy Mocquet, vers la sablière de Châteaubriant où ils seront fusillés quelques instants plus tard. Puis en 1944 l’arrestation et la mort de Max Jacob à Drancy. Incontestablement les fêlures profondes de la guerre orienteront la poésie de Cadou vers une forme de lyrisme qui lui est propre et qui n’a plus grand-chose de commun avec celle de ses maîtres en poésie, Pierre Reverdy puis Max Jacob.

 

« …Ils ne sont déjà plus du pays dont ils rêvent

Ils sont bien au-delà de ces hommes

Qui les regardent mourir

Il y a entre eux la différence du martyre

Parce que le vent est passé là ils chantent

Et que leur seul regret est que ceux

Qui vont les tuer n’entendent pas

Le bruit énorme des paroles

Ils sont exacts au rendez-vous

Ils sont même en avance sur les autres

Pourtant ils disent qu’ils ne sont pas des apôtres

Et que tout est simple

Et que la mort surtout est une chose simple

Puisque toute liberté se survit. »

(p.123, Les fusillés de Châteaubriant)

 

L'autoportrait, 1948

Dès 1941, dans la pharmacie de Jean Bouhier à Rochefort sur Loire, plusieurs poètes en rupture avec le conformisme littéraire de Vichy se réunit, il y a là Jean Rousselot, Luc Bérimont, Jean Bouhier, Marcel Béalu, Michel Manoll et René Guy Cadou. « A Rochefort, disait Bérimont, on y buvait ferme… » et Cadou ajoutait : « Rochefort, une école littéraire, tout juste une cour de récréation ». Il y avait sans doute ce vin liquoreux des côteaux du Layon, mais bien sûr l’échange poétique, l’amitié et la publication des « Cahiers de l’école de Rochefort ».

 

« …Le vent n’efface pas le bruit de vos paroles

Je prends place dans vos poitrines sur ce môle

Où s’attarde déjà la nef de l’horizon

C’est votre sang qui donne une teinte aux saisons

 

Vogueurs des grands chemins

Négriers des villages

Les gibiers du soleil tiennent dans votre cage

Vous êtes à l’avant du monde les passeurs

Les rapides du soir empruntent votre cœur… »

(Les amis de Rochefort, p.103-104)

 

Fac-similé d'un numéro des Cahiers de l'Ecole de Rochefort.

Le 17 juin 1943 il rencontre Hélène Laurent originaire de la région de Guérande, elle-même passionnée de poésie et qui commence à en écrire. Les difficultés de la période de guerre, la maladie d’Hélène qui doit se soigner et continuer ses études dans la région de Bordeaux rendent la période des fiançailles difficile. C’est en 1946 qu’il l’épouse et qu’il s’installe comme instituteur titulaire à Louisfert, village situé à 3 km de Châteaubriant. Elle sera l’épouse, la muse, l’inspiratrice et René lui consacrera sans doute quelques-uns des plus beaux poèmes d’amour de la langue française…

 

« Je t’attendais ainsi qu’on attend les navires

Dans les années de sécheresse quand le blé

Ne monte pas plus haut qu’une oreille dans l’herbe

Qui écoute apeurée la grande voix du temps

 

« Je t’attendais et tous quais toutes les routes

Ont retenti du pas brûlant qui s’en allait

Vers toi que je portais déjà sur mes épaules

Comme une douce pluie qui ne sèche jamais… »

(Quatre poèmes d’amour à Hélène, p.212)

 

Hélène et René.

C’est enfin pour René la vie stable à laquelle il aspirait depuis longtemps pour mener à bien son travail littéraire. Il mène la vie simple de l’instituteur de village, proche des villageois. Louisfert devient un lieu de rencontres avec les amis-poètes ou artistes et il échange une importante correspondance littéraire. Tous les soirs après la classe, l’instituteur raccroche la blouse grise et le poète monte « à l’avant du navire ». La chambre de veille se trouve au premier étage et donne sur la campagne, « la grande ruée des terres… » Ce bonheur sera de courte durée. Il écrira là le plus clair de son œuvre poétique, ayant le pressentiement qu’il « ne fera que quelques pas sur cette terre ». Atteint d’un cancer, il disparaît le 20 mars 1951. Sa femme Hélène quittera Louisfert pour un poste de bibliothécaire à Orléans. Elle-même poète, elle publiera de nombreux recueils et aura son propre cheminement tout en consacrant une énergie considérable pour promouvoir l’œuvre de René.

 

« Je n’irai pas tellement plus loin que la barrière de l’octroi

Que le petit bistrot tout plein d’une clientèle maraîchère

Je ne ferai jamais que quelques pas sur cette terre

Et dans cette grande journée

Je ne passerai pas pour un vieil abonné

Si les miracles font qu’une image demeure

La mienne tremblera dans les vitres gelées

Comme le chant lointain d’un enfant colporteur

Le temps qui m’est donné que l’amour le prolonge… »

(La barrière de l'octroi, p.206)

 

La maison d'école de Louisfert...
... "à l'avant du navire", la chambre donnant sur "la grande ruéée des terres..."

(Les numéros de pages renvoient à l'édition Seuil Points Poésie publiée en octobre 2011)


 

Oeuvres poétiques complètes

Principaux titres regroupés par l'édition Seghers des oeuvres poétiques complètes de 1972. L'oeuvre poétique a été connu essentiellement par la publication en 1954 du numéro 41 de la collection "poètes d'aujourd'hui".

Poésie la vie entière

  • Brancardiers de l'aube - 1937
  • Forges du vent - 1938
  • Retour de flamme - 1938/1939
  • Années lumière - 1941
  • Morte saison - 1941
  • Bruits du coeur - 1942

La vie rêvée

  • Grand élan - 1943
  • La vie rêvée - 1944

Pleine poitrine - 1945

Le coeur définitif

  • Ma vie en jeu - 1944/1946
  • L'aventure n'attend pas le destin - 1947/1948
  • Que la lumière soit

Hélène ou le règne végétal

  • Préface
  • Hélène ou le règne végétal
  • Les visages de solitude
  • Quatre poèmes d'amour à Hélène
  • Le diable et son train
  • Saint Antoine et compagnie
  • Les sept péchés capitaux
  • L'héritage fabuleux
  • Ode à Serge Essénine
  • Les biens de ce monde
  • Tout amour

Les amis d'enfance

Poèmes inédits

  • Les visages de solitude

 

Lire l'essentiel de l'oeuvre poétique de René Guy Cadou aujourd'hui:

 

 

 

 

Oeuvres en prose

  • Le Testament d'Apollinaire, Ed.Rougerie (1980)
  • Le miroir d'Orphée, Ed.Rougerie (1976)
  • Mon Enfance est à tout le monde, Ed.Jean Munier (1969)
  • Correspondance Marce Béalu-René Guy Cadou, 1941-1951, Ed Rougerie (1979)
  • La Maison d'été, roman, Ed.Le Castor Astral (1990)
  • Monts et Merveilles, nouvelles fraîches, Editions du Rocher, (1997)

 

 

Quelques réflexions sur la poésie

J'appellerai surromantisme toute poésie qui, ne faisant point fi de certaines qualités émotionnelles, se situe dans un climat singulièrement allégé par le feu, je veux dire ramenée à de décentes proportions, audible en ce sens qu'elle est une voix, aussi éloignée de l'ouragan romantique que des chutes de vaisselle surréalistes…

Ma chambre est comme l'avant d'un navire qui fend les hautes vagues de la campagne et je ne vois rien à l'horizon qu'une ligne d'arbres immobile. Elle est ouverte sur la solitude et respire le silence. Rien ne vient troubler mon regard habitué au balancement des herbes. Rien ne frappe mon oreille qui ne me soit familier : hennissement d'un cheval, pas ferré sur la route, chant d'un coq. Je puis donc tout entier me donner à cette marée montante qui frappe mon poignet...

On oublie trop que toutes les chansons d'étudiants, tous les refrains de corps de garde depuis « Le Père Dupanloup » jusqu'à « L'Artilleur de Metz » sont notre bien inaliénable. Ils font partie de notre folklore, un folklore érotique certes, et ont plus fait pour la poésie et le peuple de France que tous les vers antiques d'un Leconte de Lisle ou les poèmes mansardés d'un François Coppée...

On m'écrit « j'envie ta solitude ». C'est poser un peu trop simplement le problème de la solitude. A soixante-dix kilomètres d'une grande ville, une bourgade de six cents âmes disséminées dans la campagne avec son église sans clocher entourée de cinq ou six bistrots, peut sembler le comble de la solitude sans doute. Mais c'est ignorer le temps donné au maréchal, au charron, au « cocassier » (un mot admirable), à la buraliste, au boucher, au fossoyeur, à l'épicier. La solitude, je la vois pour moi dans l'insignifiante compagnie des gens de lettres. Ici nous sommes entre gens du même bord. Le menuisier m'apporte des articles sur Apollinaire à cause de mon livre. Le bistrot me demande des nouvelles de mes travaux. De même je m'intéresse réellement aux barriques de celui-ci, aux buffets de celui-là. Il existe un commerce entre nous qui ne supporte pas la solitude. Et j'attends les lettres de Paris, les services de presse des éditeurs pour m'obliger à croire que je suis seul parmi les braves gens de ce village… (extraits de « Usage Interne »)