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La cinquième saison

 

S'il faut nommer le ciel je commence par toi

Je reconnais tes mains à la forme du toit

 

L'été je dors dans la grange de tes épaules

Les hirondelles de ta poitrine me frôlent

 

Dressées contre ma joue les tiges de ton sang

Le rideau de ta chevelure qui descend

 

Je te cache pour moi dans la ruche des flammes

Reine du feu parmi les frelons noirs des âmes

 

Par l'automne épargnés tes yeux sont toujours verts

Les fleuves continuent de passer au travers

 

Ton souffle achève au loin le clapotis des plaines

On ne sait plus si c'est le soir ou ton haleine

 

En hiver tu secoues la neige de ton front

Tu es la tache lumineuse du plafond

 

Et je ferme au-delà des mers le paysage

Avec les hautes falaises de ton visage

 

L'étrave du printemps glisse entre tes genoux

Lentement le soleil s'est approché de nous

 

Tu traverses la nuit plus douce que la lampe

Tes doigts frêles battant les vitres de ma tempe

 

Je partage avec toi la cinquième saison

La fleur la branche et l'aile au bord de la maison

 

Les grands espaces bleus qui cernent ma jeunesse

Sur le mur le dernier reflet d'une caresse.

 


 

Lettre à Hélène Cadou

 

Dans ce soleil d’arrière-saison

Hélène Cadou aujourd’hui je pense à vous

Aimez-vous ces jours de septembre

Où la lumière doucement blanchit

Et nous entraîne sur l’autre versant ?

 

Bientôt la grappe mûre de l’été

Va rouler dans le panier d’osier

Comme ma vie au seuil de son matin d’automne

 

Les feuilles de marronniers dans le soir frissonnent

Avenue de la Grande Armée à Paris

Et les terrasses ensoleillées des cafés

Egrènent leur chapelet de jolies femmes

 

Je marche sous une vaste marquise de lycée

Aux poutres rivetées d’un métal séculaire

Moi qui ai passé ma vie dans les cours de récréation

L’heure de la rentrée des classes pourtant sonne

 

Sous le toit des ardoises bleues de ma mémoire

Je pense à une autre maison d’école

Frêle esquif maintenant solidement ancré

Sur l’océan de la beauté

 

A celle qui veille dans la demeure de Louisfert

Et qui a toujours ses deux mains offertes

Pour les ouvriers de la première heure

Comme pour les voyageurs de passage

 

A celle qui obstinément

Assemble les éléments épars

Pour qu’un jour quelque enfant des hommes

Porte encore plus haut cette lumière

 

Hélène comment ne pas penser à vous ?

 

R.D. (Octobre 2004)

 


Hélène à Louisfert (août 2004)sous le préau de la maison d'école de René, devenue maison d'écrivain (photo Muriel Pill).