Hommages, page 5

L’enterrement d’Apollinaire, René Guy Cadou

 

Qu'est ce qui sonne comme ça ? dit le paysan dans son champ
Les noces de Marie ou son enterrement !
En réalité on s'aperçut qu'on était ce jour-là le 11 novembre 1918
Et que c'était une date toute faite pour l'Armistice
Alors tous les poètes de France et ceux qui étaient morts depuis longtemps
Se réunirent au 202 du boulevard Saint-Germain dans la demeure d'Apollinaire
Et bien entendu nul ne fit mention de la présence de Villon de Sade et de Lacenaire
Le cortège s'engagea entre les guirlandes
Qu'on n’avait point ôtées depuis le mariage d'André Salmon
Suspension d'armes entre nations
Vaut bien qu'on mette un poète en terre !
C'est pourquoi tu reposes aujourd'hui dans les jardins du Père Lachaise
Comme celui d'une auberge de Prague où il t'advint
D'être immortellement Guillaume Apollinaire
Avec cette tranche de lune amère dans ton vin.

 

Hélène ou le Règne végétal, 1951

René Guy Cadou (1920-1951)

 

 

 

 

 

 


Un air embaumé, par Louis Aragon
(le tombeau d’Apollinaire)

 

 

Les fruits à la saveur de sable
Les oiseaux qui n'ont pas de nom
Les chevaux peints comme un pennon
Et l'Amour nu mais incassable

Soumis à l'unique canon
De cet esprit changeant qui sable
Aux quinquets d'un temps haïssable
Le
Champagne clair du canon

Chantent deux mots
Panégyrique
Du beau ravisseur de secrets
Que répète l'écho lyrique

Sur la tombe
Mille regrets

Où dort dans un tuf mercenaire

Mon Sade
Orphée
Apollinaire

Portrait d'Aragon solarisé, par Man Ray

 

Le tombeau d'Apollinaire au Père Lachaise

 


 

Hommage à Guillaume Apollinaire, par Blaise Cendrars

 

Les temps passent
Les années s’écoulent comme des nuages
Les soldats sont rentrés chez eux
A la maison
Dans leur pays
Et voilà que se lève une nouvelle génération
Le rêve des Mamelles se réalise !
Des petits français, moitié anglais, moitié nègre, moitié russe,
Un peu belge, italien, annamite, tchèque
L’un à l’accent canadien, l’autre les yeux hindous
Dents face os jointure galbe démarche sourire
Ils ont tous quelque chose d’étranger et sont pourtant bien de chez nous
Au milieu d’eux Apollinaire, comme cette statue du Nil, le père des eaux
Etendu avec des gosses qui lui coulent de partout
Entre les pieds, sous les aisselles, dans la barbe
Ils ressemblent à leur père et se départent de lui

Et ils parlent tous la langue d’Apollinaire

Poème écrit quelques jours après la mort du poète

Cendrars par Modigliani

 

 


La grande ombre d'Apollinaire sur le surréalisme...

 

 

 

André Breton (1896-1966)

     
 

Louis Aragon (1897-1982)

       
   

Robert Desnos (1900-1945)

     
     

Paul Eluard (1895-1952)

   
       

Benjamin Péret (1899-1959)

 
     

Philippe Soupault (1897-1990)

   

 

Dédicace d'Alcools à André Breton du 5 août 1917...

Dans ses Entretiens avec André Parinaud (1952),

André Breton déclarait : « Nos relations, qui ont été brèves mais extrêmement assidues de ma part, s’étaient nouées par correspondance. La première fois qu’il devait m’apparaître physiquement, c’est sur son lit d’hôpital, le 10 mai 1916, soit le lendemain de sa trépanation, ainsi que me le rappelle la dédicace de mon exemplaire d’Alcools. À partir de là, je devais le revoir presque chaque jour jusqu’à sa mort ».

Apollinaire ouvrit les voies nouvelles de la poésie du XXe siècle : au lendemain de la barbarie de la première guerre mondiale le surréalisme rompra avec les formes littéraires et artistiques dominante de « la  belle époque ». Cette jeunesse qui avait eu vingt ans sur la ligne de feu faisait entrer la révolte, puis la révolution sociale dans le poème en même temps que la prose, la ponctuation était supprimée, les rimes devenaient dissonantes et les alexandrins irréguliers. Naturellement, elle se tourna vers ce « phare » qu’était Apollinaire, et son recueil, Alcools.