Repères biographiques

Guillaume Apollinaire...

...est né à Rome le 26 août 1880, sous le nom de Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandro Apollinare de Kostrowitzky, en polonais Wilhelm Albert Włodzimierz Aleksander Apolinary Kostrowicki. Il est le fils d’une polonaise exilée, et d’un père officier italien.

Il fait de bonnes études au collège Saint-Charles de Monaco (1887-1895), et se lit d’amitié avec l’un de ses condisciples René Dupuis, qui demeurera son compagnon, et qui deviendra lui aussi poète sous le nom de René Dalize. Il témoigne par crise d’une vive ferveur religieuse, mais révèle aussi l’indépendance de son caractère en rédigeant avec quelques camarades un journal anarchisant intitulé le Vengeur.

En 1901, Guillaume Apollinaire, qui vit à Paris depuis deux ans, devient le percepteur de Melle Gabrielle de Milhau, dont le père possède des propriétés en Rhénanie. Avec la famille de son élève, il séjourne à Neu-Glück, dans la plaine de Cologne, ainsi qu’à Munich. Il voyage à travers l’Allemagne, l’Autriche et la Bohême.

Quelques-uns de ses premiers vers évoquent le pays rhénan avec ses sapins « en bonnets pointus » et ses nostalgiques légendes. Il devient amoureux d’une jeune anglaise Annie Playden, (1902) qui est attachée, elle aussi au service des Milhau, comme gouvernante. Mais lorsqu’il se rend à Londres pour la demander en mariage, il est fort mal accueilli par les parents de la jeune fille et se voit opposer un refus. Bientôt Annie part pour l’Amérique. La déception de cette aventure retentit profondément sur sa sensibilité et lui inspire en 1903 la célèbre Chanson du mal-aimé.

L’avant-garde

Revenu à Paris (1902), Guillaume Apollinaire prend part aux réunions d’un petit groupe de poètes (parmi eux, André Salmon, P.J. Toulet, Léon-Paul Fargue) qui tiennent leurs assises au Caveau du Soleil d’Or, quai St Michel. Il fréquente aussi la Closerie des Lilas où règnent Paul Fort et Moréas ; il devient le rédacteur en chef d’une revue  Le Festin d’Esope, qui disparaît au bout de quelques mois. Il se lit avec de jeunes peintres : Vlaminck, Derain (créateurs du Fauvisme) puis Picasso qui lui fait connaître le poète Max Jacob. Sa gaieté, son rayonnement, sa chaleur humaine,  lui valent une sympathie unanime. Il participe à tous les mouvements d’avant-garde, voit naître le fauvisme, impose au public l’art du Douanier Rousseau, élabore avec Picasso l’esthétique cubiste, et s’enthousiaste pour la sculpture africaine. En 1909 paraît son premier volume, illustré par Derain intitulé l’Enchanteur pourrissant où dialoguent en une étrange prose poétique Merlin et la fée Viviane ; l’année suivante, il réunit sous le titre L’Hérésiaque et Compagnie, des contes d’une verve puissante ; en 1911, les quatrains précieux d’un Bestiaire, révèlent la hardiesse de son symbolisme et la délicatesse de son goût. Toutefois, c’est un autre recueil plus ample et plus varié qui, en 1913, consacre son talent de poète ; le titre Alcools exprime son éternel soif d’une vie ardente :

Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie
Ta vie que tu bois comme une eau-de-vie
(Zone)

Le Soldat

Lorsque la guerre éclate, Guillaume Apollinaire s’engage. A Nîmes, où il rejoint un dépôt d’artillerie, il rencontre Lou, une jeune femme dont la coquetterie le fera beaucoup souffrir. Il est envoyé au front sur sa demande en avril 1915. Bientôt versé dans l’infanterie, et nommé sous-lieutenant, il est blessé dans une tranchée le 17 mars 1916, d’un éclat d’obus à la tête. Trépané, réformé, il rentre à Paris. Il compose sur le thème de la repopulation un drame surréaliste Les Mamelles de Tirésias. Il conte avec un sombre humour dans le Poète assassiné, la symbolique histoire d’un génie incompris, Croniamontal, qui, victime d’une maîtresse ingrate et d’un siècle absurde, meurt lapidé par la populace ; il cherche à fixer dans une conférence manifeste qui s’intitule l’Esprit nouveau, la charte de l’art moderne. En 1918 paraît un nouveau recueil de poèmes Calligrammes  qui contient de nombreuses pièces nées de la guerre ou de sa passion pour Lou. Quelques-unes de ses pièces sont en même temps des dessins, des « calligrammes » et suggèrent par une disposition typographique originale l’objet ou le thème qui les inspire : ainsi le poème intitulé « Il pleut » s’étale du haut en bas de la page en traînées obliques, et sensiblement parallèles comme des traînées de pluie. Mais la maladie interrompt ses audacieuses recherches esthétiques : à peine remis de sa blessure, il ne résiste pas à l’épidémie de grippe espagnole, et meurt l’avant-veille de l’armistice. Un certain nombre de poèmes à Lou demeurés pour la plupart inédits ont été rassemblés en un dernier recueil, intitulés Ombre de mon amour en 1947.