Poèmes, page 8

La Tour de la souris sur le Rhin, Bingen

Les Bacs

 

Les bacs du Rhin s’en vont et viennent
Au long de la belle saison
Et les passeurs qui les déchaînent
Dorment dessus dans la maison

Les bacs du Rhin y vont et viennent
Passant la vie et le trépas
Radeaux perdus on ne voit pas
Dans l’eau les chaînes qui les tiennent

Le passeur a dans la maison
Un petit lit qui n’est qu’un coffre
Un saint Christophe à qui l’on offre
Des fleurs dans la belle saison

 

Jammes Ollivier, chanteur poète (1933-1997)
moins connu que Léo Ferré ou Jean Ferrat, mais a composé des
musiques remarquables sur des textes de poètes, ici Les Bacs du Rhin

 

   

 

 

 

Un chapelet et des bouteilles
Pleines jusqu’à leur long goulot
De vrai vin clair comme le flot
D’or comme ses boucles d’oreilles

Et lorsque la cloche a sonné
Dans la nuit sur la rive adverse
Sous les étoiles sous l’averse
Le vieux passeur jure en damné

Chaussé de sandales d’étoffe
A pas sourds il va déchaîner
Et laissant la cloche sonner
Invoque le bon saint Christophe

Sur l’autre rive Entrez Jésus
Passez beau gars Venez la belle
Le bac est mieux qu’une nacelle
Pour prier pour aimer dessus

Parfois on a meilleure charge
Landaus charrettes c’est selon
De beaux vapeurs passent en long
Et le bac toujours passe en large

Passeur passe jusqu’au trépas
Les bacs toujours s’en vont et viennent
Et les chaînes qui les retiennent
Dans l’eau claire ne se voient pas

D’ahan les passeurs les déchaînent
Il faut passer il faut passer
Passer et puis recommencer
Les bacs du Rhin y vont et viennent

 

Le Guetteur mélancolique