Numéro 79, un article

CMO 79 (Juillet 2018)

 


 

Les révolutions, le djihadisme… et les faussaires, par Rémy Janneau

 

Un lieu commun de la pensée réactionnaire veut que toute révolution engendre nécessairement un régime pire que celui qu’elle a abattu. Le « totalitarisme » dont la Révolution française serait la « matrice » (1), la révolution russe la première concrétisation historique, le « communisme » et le nazisme les deux déclinaisons majeures, en aura été l’avatar le plus connu. Parce que les faits s’éloignent dans le temps, peut-être aussi tout simplement parce que notre système d’enseignement ne dispense même plus les connaissances permettant de se faire une idée précise de ce que furent ces régimes, cette théorie, quasi officielle pendant trente ans, ne semble plus faire recette. Aussi, certains auteurs s’efforcent-ils, depuis quelques années, de formuler une théorie de rechange : les révolutionnaires d’hier et d’aujourd’hui seraient des précurseurs ou des fourriers de Daech ; la révolution et le terrorisme islamiste dériveraient des mêmes processus ; on pourrait observer, entre la Révolution française, le bolchevisme et le djihadisme, des « parallèles frappants » et des « logiques communes ».

Dans un article d’Ouest-France (10 juin 2015), après les précautions d’usage (« La comparaison historique entre Daech et la France de Robespierre choquera peut-être. Elle n’en est pas moins instructive »), le sociologue Michel Wieviorka lançait la nouvelle mode : « En 2015 au Moyen-Orient comme en 1793 en France, un ou deux États pourraient se construire dans le sang. La bien nommée Terreur a été précédée par des massacres de prêtres, prélude aux guerres de Vendée. Un décret du 31 juillet 1793 demandait la destruction des tombeaux royaux et autres mausolées dans toute la République. Daech n’a rien inventé… » Approchebien peu historienne mais qu’importe à monsieur Wieviorka que les guerres civile et étrangère qui opposèrent la République naissante à l’Europe des rois n’aient rien à voir avec le djihad et la résurgence du califat ?! Il y a eu du sang, des têtes sont tombées, les deux phénomènes sont donc de même nature ! D’ailleurs, n’a-t-on pas assisté dans les deux cas au déchaînement d’un « vandalisme révolutionnaire » ? Les tombeaux des rois, symboles d’une oppression multiséculaire, ou l’héritage de l’Antiquité, quelle différence ?!

Après avoir rappelé que les dirigeants de Daech et de Boko Haram ne sont pas de simples « terroristes » (les guillemets sont de l’auteur), Wieviorka insiste sur leur « capacité à prendre le contrôle de territoires, à y gouverner, et pas seulement par la terreur… ». Cela pour conclure : « Comme pour la France de 1793, leur sanguinaire processus historique révulse, ou devrait révulser. Leur cruauté fait partie d’une stratégie visant à terroriser l’ennemi, et, dans les territoires contrôlés, à ne laisser aucun espace à d’éventuelles contestations. Ainsi s’ébauchent de nouveaux États. » Tout régime nouveau ne peut donc naître que d’un « sanguinaire processus », hier la République, aujourd’hui Daech… et tous se valent. « Matrice de tous les totalitarismes », la Révolution française est fort logiquement celle de « l’État islamique » !

Répondant à la fois à Michel Wieviorka et à Pedro J. Ramirez, ancien directeur du journalmadrilène El Mundo, qui voulait voir en Pablo Iglesias, fondateur de Podemos, un nouveau Robespierre (2), Florence Gauthier soulignait qu’à défaut d’apporter de nouvelles lumières sur la Révolution ou sur Daech ces auteurs trahissaient surtout « l’ampleur de leur ignorance » (3). C’est peu dire. Si les journalistes emploient effectivement à tort et à travers les notions de « révolution » et de « coup d’État », de « terreur » ou de « robespierrisme », nous avons peine à croire que Michel Wieviorka soit l’ignorant de la famille (4). Il s’agit ici d’une falsification délibérée, d’un amalgame entre des mesures de guerre civile qui, si douloureuses qu’elles aient pu être, étaient dictées par la défense de la République et des atrocités inspirées par l’obscurantisme religieux. Le « prurit “terrorisant” a encore frappé ! » (Florence Gauthier).

Quand la machine est lancée et que les relais médiatiques sont complaisants, le délire peut même s’emparer de chercheurs reconnus. En 2016, l’anthropologue franco-américain Scott Atran (5) y va à son tour de son parallèle entre la Terreur de 1793 et la barbarie de Daech : « Il y a des parallèles frappants dans l’histoire des révolutions modernes depuis que les Jacobins, conduits par Maximilien Robespierre, ont introduit le concept politique de terreur et la décapitation par la guillotine » (6).Hervé Leuwers, spécialiste de la Révolution, fait remarquer, à juste titre, qu’une telle affirmation revient non seulement à « caricaturer l’histoire, mais aussi [à] postuler des logiques communes entre la Révolution française et l’État islamique » (7). Des travaux récents établissent que si la Terreur fut un ensemble de mesures effectivement coercitives prises, faut-il encore le rappeler, dans une situation de guerre civile inexpiable, elle n’a jamais été un « concept » ni une « politique » d’ensemble, moins encore un « système » (8), mais peu importe à ces idéologues… La méthode consistant à rechercher des « dynamiques » communes à partir d’analogies superficielles n’est ni neuve ni honnête. On a coupé des têtes en 1793, on en a coupé à Rakka en 2015, voilà bien un « parallèle frappant » ! Substituer la guillotine à la roue et au bûcher, décapiter ou brûler vifs des mécréants… Foin du contexte et des logiques historiques, une analyse rigoureuse et le sens des nuances sont affaire de mauvais esprits !!

En arrière-fond de ces rapprochements discutables de faits délibérément isolés de leur contexte, on peut relever un double tour de passe-passe conceptuel. En premier lieu, une confusion volontaire entre révolution et coup d’État, les termes étant souvent inversés : les prises de pouvoir s’appuyant sur les masses comme en juin 1793 ou en Octobre 1917 sont volontiers désignées comme des « coups d’État » alors que les exactions nazies ou djihadistes sont présentées comme des « révolutions ». Deuxième confusion délibérée : l’emploi du mot « terrorisme » pour désigner aussi bien la terreur exercée par un gouvernement révolutionnaire que les attentats meurtriers des islamistes, ce qui accrédite l’idée que ces deux « terrorismes » sont de même nature.

Cette idée est développée par Yvan Blot, haut fonctionnaire et essayiste, au cours d’une conférence devant le Cercle interallié, le 30 mai 2016 : « Les islamistes qui dirigent la guerre sainte, le djihad, et qui ordonnent des attentats terroristes, ne sont pas originaux dans la mesure où la croyance révolutionnaire existe depuis toujours chez les êtres humains. Cette croyance peut s’appliquer à l’idéologie jacobine comme ce fut le cas sous la Terreur robespierriste, à l’idéologie marxiste comme ce fut le cas dans plusieurs pays notamment au Cambodge des Khmers rouges avec Pol Pot, ou à l’islam comme on le voit aujourd’hui » (9).

L’originalité de M. Blot réside dans son explication « anthropologique ». La source de la sauvagerie, de la barbarie ou de la civilisation se trouve uniquement dans notre cerveau. En réalité, nous en possédons trois : un paléocortex « reptilien » pour diriger nos instincts de survie, un cerveau « affectif » débordant d’énergie et un néocortex, propre à l’espèce humaine, pour guider la pensée abstraite. La civilisation ne peut naître que de l’alliance du « cœur », terme par lequel les Pères de l’Église désignaient le cerveau « affectif », et de la raison, c’est-à-dire du néocortex. En revanche, « si les deux premiers cerveaux font alliance contre le troisième, on est dans la sauvagerie, caractéristique d’une foule meurtrière. Si le cerveau instinctif l’emporte, écrase le cerveau affectif et utilise la raison pour justifier ses mauvais instincts “par de bonnes raisons”, on est dans le cas de figure de la barbarie. C’est le cas aussi du comportement révolutionnaire qui veut créer un homme nouveau par la violence la plus extrême : on a eu cela avec les “Enragés” sous la Révolution française (qui aimait couper les têtes comme les islamistes), les révolutionnaires bolcheviks en Russie ou les islamistes aujourd’hui, eux aussi coupeurs de têtes. »

Une petite pincée « d’études sociologiques approfondies [et d’] expérience professionnelle personnelle » (10) et nous avons une explication complète des phénomènes révolutionnaire et djihadiste : « Le phénomène révolutionnaire se développe dans les populations déracinées qui ont perdu la foi dans leurs traditions. D’après la police française, 80 % des convertis au djihad viennent de familles sans croyance religieuse. L’athéisme ou l’agnosticisme ne sont pas une protection contre la conversion à la violence révolutionnaire : d’ailleurs, Hitler ou Lénine ou Pol Pot avaient renié les religions traditionnelles. Voltaire, lorsqu’il dit que si les religions disparaissent au profit d’un vague déisme rationnel, il n’y aura plus de guerres et de persécutions sanglantes, s’est totalement trompé ». On l’avait compris : « C’est la faute à Voltaire » !

Un sommet est atteint sur le blog de Philippe Fabry (11), Historionomie. Tableau comparatif à l’appui, l’auteur établit, sous le titre « Bolchevisme musulman », un parallèle entre djihadisme et bolchevisme. D’entrée le ton est donné : « L’islamisme radical fournit à des marginaux et des délinquants en quête de sens une idéologie de révolte clef en main comme, jadis, l’anarchisme au temps de la bande à Bonnot ou le marxisme au temps de la bande à Baader. Ce que je souhaite montrer aujourd’hui, c’est combien le djihadisme, plus profondément et systématiquement, est au monde musulman ce qu’a été le bolchevisme au monde chrétien : une hérésie millénariste débouchant sur un mouvement politique internationaliste violent. »

L’amalgame tourne cette fois au salmigondis : « Tous ces gens sont des criminels, par nature, et n’ont pas d’excuse. Je dis bien “par nature” : ce n’est pas leur idéologie qui les transforme. Ces gens sont toujours des délinquants avant d’être des fanatiques. Bonnot, comme Baader et même Djougachvili-Koba-Staline étaient des criminels à main armée avant de donner dans le communisme révolutionnaire ; de la même façon, tous les terroristes qui nous frappent depuis des années, les Merah, Nemmouche, ou les derniers en date, sont des délinquants violents devenus révolutionnaires. Ce ne sont pas des victimes qui basculent dans le terrorisme par désir de vengeance, ce sont des criminels qui cherchent à rationaliser et légitimer, donner du sens à leurs crimes en les enrobant dans une idéologie de révolte clef en main » (novembre 2015).

Nous ne voyons pas très bien ce que la bande à Baader pouvait avoir de « marxiste » ni en quoi le bolchevisme serait une « hérésie millénariste » (12). À notre connaissance, les dirigeants bolcheviques étaient en règle générale des intellectuels extrêmement cultivés. Où cet auteur est-il allé chercher qu’ils ont été « des délinquants », « des criminels à main armée », « avant d’être des fanatiques » ? Staline a, certes, donné dans les « expropriations » (13) après l’échec de la révolution de 1905, déviation passagère à laquelle Lénine mit un terme, mais il comptait déjà plusieurs années de militantisme politique et auparavant, il avait fréquenté le séminaire. Si Bonnot attaqua les banques, ce fut d’abord un anarchiste qu’il est tout simplement odieux d’assimiler à Merah, assassin d’enseignants et d’enfants juifs. Un tel délire laisse pantois… Mais, où va-t-on s’il faut s’en tenir aux faits et prouver ce que l’on avance ?

Suit un tableau comparatif qui n’est qu’un assemblage d’analogies douteuses. La filiation du bolchevisme comme celle du djihadisme remonterait à un « penseur d’origine » : Rousseau, penseur de la démocratie, se voit ainsi assimilé à Abdelwahhab, père d’une lecture particulièrement réactionnaire du Coran qui est la source du wahhabbisme (14). Bolchevisme et djihadisme reposeraient tous deux sur une idée fondamentale : la propriété privée d’une part, l’oubli des valeurs de l’islam, de l’autre, seraient source de tous les maux ; la révolution pour les uns, le retour à une lecture littérale de l’islam pour les autres, aboliront « le mal ». Chacun a généré une organisation internationale : l’Association internationale des travailleurs devient ainsi le pendant des Frères musulmans. Se succèdent ensuite les correspondances loufoques entre Lénine et l’ayatollah Khomeiny (15), entre l’insurrection spartakiste et la prise de la mosquée de La Mecque par des intégristes chiites, entre les années de plomb italiennes attribuées au marxisme et l’attaque du World Trade Center… Même pour écrire des âneries, n’est pas Hannah Arendt (16) qui veut !

Dans un registre plus étriqué, Benjamin Stora ajoute sa modeste petite pierre à cette nouvelle construction idéologique. L’historien médiatique qui fut jadis militant trotskyste trouve là une nouvelle occasion de régler ses comptes avec sa jeunesse. Dans un ouvrage récent, il se frappe la poitrine : « M’interrogeant sur l’épuisement du destin du communisme, j’ai perçu mon engagement passé comme un mélange d’idéalisme et d’aveuglement, de romantisme et d’inquiétante volonté de pureté, d’intelligence et de dogmatisme que l’on retrouve dans une partie de la jeunesse d’aujourd’hui, emportée dans l’engagement sanglant et sans issue du djihadisme. Et quelques années après, je me suis dit silencieusement : “Heureusement que nous n’avons pas pris le pouvoir”» (17). Mais il y a plus. L’instrumentalisation de l’antisémitisme ne fait pas honneur à celui qui se veut historien : « Dans l’après-68, je n’ai pas conservé de souvenirs particuliers de campagnes livrées par les formations trotskistes sur le sort singulier des juifs en URSS ou en Syrie, ni de débats autour de la politique de Vichy et du sort des juifs pendant cette période. Or, fait curieux, il y avait de nombreux militants d’origine ashkénaze à la tête des organisations trotskistes dans les années 1960-1970. La “lutte contre le fascisme” était fondamentale dans les rues et les lycées, mais on ne parlait pas du génocide juif, de la Shoah » (18). À cela on peut objecter deux arguments. À cette époque, à tort ou à raison – et cela dès 1945 –, les déportés juifs étaient considérés comme des déportés parmi d’autres. Il faut attendre les années 1980, temps du « droit à la différence » et des « replis identitaires », pour que certains juifs eux-mêmes postulent une « identité » particulière, décrètent que la Shoah est un événement « unique » et « indicible », pour que le mot lui-même soit popularisé par le film de Claude Lanzmann… En second lieu, Stora, qui fut marxiste, ne peut ignorer que l’organisation dans laquelle il militait (19), se situait sur le terrain de la lutte des classes dont le combat contre l’antisémitisme – et contre toute autre forme de racisme – n’est qu’une déclinaison particulière. Là n’est pas, bien évidemment, la préoccupation de Stora.Loin de toute réflexion historique et de tout bilan honnête de son parcours militant, cette projectionrétrospective sur une période, d’une grille de lecture née plus tard, vise uniquement à insinuer, faute de l’asséner ouvertement, qu’un antisémitisme rampant généré par un aveuglement marxiste auquel n’auraient pas échappé les militants d’origine juive eux-mêmes, constituerait une « prédisposition » de plus à un « terrorisme » dont le djihadisme ne serait que la forme aboutie.

Nous pourrions continuer. Ce ne sont là que quelques échantillons. Les livres, les conférences, les articles, les vidéos, les interviews, postulant une identité de nature entre révolutions et djihadisme, au mieux un phénomène de convergence, se multiplient. Les sites Internet en regorgent. La pointure des auteurs est, comme on a pu le constater, très variable, les approches diffèrent, mais le credo est le même : le militantisme révolutionnaire, les révolutions, la volonté même de « transformer le monde » (20), ne peuvent, quelles que soient l’époque et les circonstances, conduire qu’au pire. Daech ne sera sans doute bientôt plus à la mode. Gageons que ces mercenaires de la plume sauront trouver une ignominie de rechange.

Notes :

(1) François Furet, Penser la Révolution française, Gallimard Folio histoire, 1978, p. 282.

(2) El primer naufragio, traduit en français sous le titre on ne peut plus suggestif : Le Coup d’État. Robespierre, Danton et Marat contre la démocratie (Paris Vendémiaire, 2014). L’attaque contre Iglesias ne figure pas dans le livre mais dans les interviews données par l’auteur.

(3) La « Terreur », de Robespierre à Daech, en passant par Podemos (en ligne sur revolution-francaise.net, 29 juin 2015).

(4) Il est le frère de deux historiens réputés, Olivier et Annette Wieviorka, et de la psychiatre et universitaire Sylvie Wieviorka.

(5) Il est chercheur au CNRS et professeur à Oxford et à l’université du Michigan.

(6) L’État islamique est une révolution, Les liens qui libèrent (site de L’Obs).

(7) Non, la Révolution française n’aide pas à comprendre Daech. Les comparer est un non-sens (site de L’Obs, le Plus, témoins, experts, opinions du 4 février 2016).

(8) Le « système de la Terreur » est une invention des thermidoriens. Voir notamment sur ces questions : M. Biard et H. Leuwers, Visages de la Terreur (A. Colin 2014) ; J.-C. Martin, La Terreur, vérités et légendes (Perrin 2017) ; A. Jourdan, Nouvelle Histoire de la Révolution française (Flammarion 2018).

(9) En ligne sur le site Polémia.

(10) En introduction à la conférence.

(11) Historien du droit, des institutions et des idées politiques. À enseigné à l’université de Toulouse I-Capitole.

(12) Dans le langage du christianisme médiéval, une hérésie est une pensée non conforme à l’orthodoxie. Les millénarismes (qui se rencontrent aussi bien dans le judaïsme et dans l’islam que dans le christianisme) consistent en l’attente d’un « règne » ouvert, dans la version chrétienne, par le retour du messie, lequel aurait préalablement chassé un imposteur : l’Antéchrist. Ce règne durerait jusqu’au jugement dernier c’est-à-dire 1 000 ans. D’où le terme millénarisme. On est bien loin de Marx et de Lénine !

(13) « Expropriations » de fonds. En clair des hold up pour financer les activités du parti.

(14) Mohammed Ben Abdelwahhab (1703-1792) – Issu de l’école handbalite, la plus conservatrice des quatre écoles thélogico-juridiques du monde arabo-musulman. Partisan d’un retour intégral aux valeurs et aux pratiques en vigueur à l’époque du Prophète et des premiers califes. Le wahhabbisme est aujourd’hui l’idéologie officielle de l’Arabie saoudite. Le salafisme n’en est que la version exportée.

(15) Rappelons que l’ayatollah Khomeini était chiite tandis que les Frères musulmans sont sunnites. Faut-il s’attarder à de tels détails…

(16) Dans son livre sur le système totalitaire (Les origines du totalitarisme – Seuil Essais– 1972), Hannah Arendt fonde le concept de totalitarisme sur une méthode comparative mettant en évidence des analogies entre l’URSS stalinienne et l’Allemagne nazie : une « dissolution » des classes et des partis dans « une masse atomisée et informe d’individus furieux » (pp. 33 à 37), l’encadrement de cette « masse », le rôle du mensonge et de la propagande,le « principe du chef »... Dans cette perspective, la révolution mondiale et l’expansionnisme nazi deviennent deux déclinaisons de « l’utopie totalitaire d’une domination mondiale » (p. 152), le caractère « permanent » de la révolution et la « sélection raciale » deux modalités de « l’extermination de ceux qui ne sont pas conformes » à des normes en permanence « radicalisées » (p. 120) ! Nous ne partageons pas, loin s’en faut, ces analyses, mais il faut bien convenir qu’elles sont d’un autre niveau que les élucubrations de Philippe Fabry !

(17) 68, et après. Les héritages égarés, Stock, 2018, pp. 43-44.

(18) Ibid., p. 38.

(19) L’Organisation communiste internationaliste (OCI).

(20) Karl Marx, XIe thèse sur Feuerbach : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, mais il s’agit de le transformer », Éditions sociales, Paris, 1946.