1934-1935

 

Debout travailleurs du monde, brisez toute solidarité, toute apparence complice à l’égard de votre propre impérialisme.  Parlez partout le même langage internationaliste. Ne faites jamais chorus sous aucun prétexte avec votre bourgeoisie. Solidarité avec le peuple éthiopien, solidarité avec nos frères antifascistes italiens, dont la position est juste et peut devenir décisive. Faites sauter le maillon le plus faible de la chaîne. La défense des conquêtes d’Octobre passent par la révolution en Italie, en Allemagne, en France, bien plus sûrement que par la guerre. Il est encore temps. Nous pouvons encore parler. Mères, jeunes gens, camarades, futures victimes, dressez-vous contre votre propre capitalisme. Exigez par votre action directe de masse de plus en plus vigoureuse, que les poings tendus et les muscles d’acier des ouvriers et des paysans français se saisissent des manettes de commande à une heure grave qui rappelle 1914. Défendre votre pain, assurer les libertés, sauvegarder la paix, c’est la même tâche sacrée qui vous appelle. Plus que jamais dans vos clameurs et votre action méthodique, marchez au combat sous un seul drapeau : « tout le pouvoir aux travailleurs ».

(Le Populaire : 26 août 1935.)

Intervention de Marceau Pivert au Congrès SFIO de mai 1934

Publié sur le site de la Bataille Socialiste (http://bataillesocialiste.wordpress.com/)


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Marceau PIVERT (Seine). -

Camarades,

j’ai quelques mots à dire au sujet du rapport de nos délégués à l’Internationale ouvrière socialiste.

Ainsi que Bracke l’a rappelé, nous sommes dans une situation telle, que la discussion sur le fond de ce rapport, dépend de l’attitude générale que prendra le Parti, au lendemain de ce Congrès, dont les répercussions seront considérables sur la situation du prolétariat international.

Par conséquent, ce n’est pas engager un débat sur le fond, mais pour déposer un texte en vue de la Commission des résolutions, que je poserai deux questions:
La première a trait à ce que j’ai lu dans le « Temps » d’hier soir: l’Internationale ouvrière socialiste, ménage Renaudel, puisque dit-on, elle le garde dans son comité exécutif!

C’est là une chose qui paraît évidemment monstrueuse!

Bracke. - Vous savez que c’est faux!

Marceau Pivert. - Il suffit alors que la délégation le dise. La presse bourgeoise fait donc son métier habituel en écrivant de pareilles choses.

Voici maintenant une motion votée à l’unanimité par la Fédération de la Seine:

« Le Congrès demande à l’Internationale Ouvrière Socialiste de prendre l’initiative de convoquer une conférence internationale, où seraient invités tous les partis se réclamant de la lutte de classe. »

Le texte suivant, plus détaillé, a été voté à une grosse majorité par notre Fédération.

« Le Congrès,
Considérant l’offensive générale du fascisme en Europe et les menaces impérialistes contre l’U.R.S.S.,
Considérant la nécessité du rassemblement dans l’action de classe de toutes les forces révolutionnaires internationales,
Mandate expressément sa délégation à l’Internationale Ouvrière Socialiste:
1° pour que celle-ci prenne l’initiative d’une conférence internationale de toutes les organisations socialistes, communistes, autonomes, se réclamant de la lutte des classes et décidées actuellement à la mener jusqu’à son terme nécessaire: la dictature du prolétariat et l’édification socialiste;
2° pour qu’elle travaille à réaliser au sein de l’Internationale Ouvrière Socialiste une coordination étroite et une convergence absolue des efforts des sections nationales. »

Il y a dans ce texte, un certain nombre de directives générales qui devront être sanctionnées par le Congrès. C’est à lui d’en déterminer tout le sens et de donner mandat exprès à nos camarades délégués au Comité Exécutif.

Il semble qu’après les récentes expériences, le prolétariat international n’ait plus le droit d’attendre que les différentes fractions qui se recherchent aient trouvé l’occasion de se rejoindre. Ce serait, en effet, au péril de leur vie, parce que toutes luttent dans des conditions effroyables, pour n’avoir pas prévu à temps que la légalité bourgeoise serait un jour elle-même violée.
Nous voulons affirmer aux dirigeants de l’Internationale Ouvrière, que la masse est décidée à combattre pour le prolétariat international, et nous avons la certitude qu’on peut organiser des formations de combat.


Intervention de Marceau Pivert au congrès de Mulhouse de la SFIO

Juin 1935.

Publié sur le site de la Bataille Socialiste (http://bataillesocialiste.wordpress.com/)

Voir document joint: "La scission de la Bataille Socialiste en 1935" extrait de "les socialistes et la guerre" de Richard Gombin.


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Le président. - (…) Je donne maintenant la parole à notre camarade Marceau Pivert.

Une voix. - Il est encore de la Seine!

Marceau Pivert. - Je suis prêt à me retirer si le Congrès le désire, mais je pense qu’il n’est pas inutile de préciser ici la position des camarades qui ont voté contre le Rapport du Groupe parlementaire. Notre vote a le sens d’une protestation. En effet, pendant qu’on refuse de consulter le Parti, celui-ci s’est engagé dans une politique que mon ami Zyromski approuve sans doute, mais que l’ensemble du Parti ne peut pas approuver, attendu que le problème ne lui a pas été posé.
Nous protestons contre cette situation. Et nous nous désolidarisons immédiatement des conclusions qu’ont tirées nos camarades trotskystes. S’il y a désaccord au sein de la « Bataille socialiste » sur le problème de la Défense nationale, ce n’est pas d’aujourd’hui.

L’Heveder. - Cela ne nous intéresse pas, cette histoire-là!

Marceau Pivert. - L’Hévéder me fera l’amitié de penser que puisque tout à l’heure il applaudissait Zyromski, il n’est pas tout à fait indifférent à nos positions respectives.
Aussi bien, autant il y a de discordance sur une question qui n’est pas à l’ordre du jour du Congrès (ce contre quoi nous protestons), autant tout à l’heure, et demain, vous constaterez notre solidarité complète sur la motion concernant la conquête du pouvoir, présentée par la « Bataille socialiste ». (Quelques applaudissement.)

C’est donc maintenant une protestation que nous apportons ici. Mais cette protestation, je veux la préciser. Nous condamnons des attitudes qui expriment une politique qui ne peut pas être celle du Parti socialiste. Je ne reprendrai pas ce qu’on a dit; ce que nous avons dit à la C.A.P. contre la défense passive; ce que nous avons dit à propos du fameux passage du discours de Léon Blum, ce que nous n’approuvons pas; ce que nous avons dit également à propos d’un certain nombre d’attitudes du Groupe parlementaire qui semblent laisser intégrer le Parti socialiste dans la politique internationale de notre bourgeoisie comme le vote des accords de Rome. En protestant contre tout cela, nous jugeons que c’est l’expression d’une politique fausse dont les événements internationaux sont en train de préparer la faillite. Alors, ici, nous nous séparons nettement d’un certain nombre de camarades et nous prenons date; car enfin, et surtout depuis la déclaration de Staline, il y a des événements et des renversements sur lesquels il faudra bien que le Parti se prononce.

Voici notre position en quelques mots qui sont surtout un appel pour que les travailleurs, non seulement dans le Congrès, mais en dehors du Congrès, nous entendent.

Nous ne sommes pas non plus d’accord avec nos camarades trotskystes, qui traduisent les paroles de Staline comme une trahison pure et simple, et qui font aujourd’hui de l’antibolchevisme. Nous ne voulons pas faire cela. Il y a un grand pays que nous voulons défendre, nous aussi; nous ne confondons pas… (applaudissements) … nous ne confondons pas la Russie des Soviets, son édification, ses créations, avec Staline, et si… (applaudissements de Molinier)… et si le problème de la défense de l’U.R.S.S. se pose, et si vous devez, en conscience, le résoudre, c’est parce que, camarades, il y a actuellement un grand trouble dans la classe ouvrière; mais nous ne voulons pas que ces difficultés sur lesquelles la classe ouvrière n’est pas d’accord - elle n’était pas d’accord bien antérieurement à notre pays, elle est encore plus en désaccord maintenant, internationalement - ces questions dites de « défense nationale », nous ne voulons pas qu’elles soient des obstacles à la reconstitution de l’unité ouvrière, nous ne voulons pas qu’il y ait préalablement à la reconstitution de l’unité ouvrière, des conditions, des chartes à signer ou des idéologies à imposer à ce sujet; nous constatons que notre désaccord avec ceux de nos camarades qui voudraient faire passer l’unité par le canal d’un certain nombre de principes; même si nous sommes d’accord avec les principes, nous voulons que l’unité organique soit recherchée coûte que coûte, en dépit du divorce considérable qu’il y a actuellement entre la nouvelle position de l’Internationale communiste et celle de l’Internationalisme prolétarien en lutte contre la guerre. L’unité d’abord, et à l’intérieur de l’unité, eh bien! nous défendrons notre position que je résume ici en deux mots: la guerre sous la direction de notre bourgeoisie? A aucun prix, sous aucun prétexte, jamais! (Applaudissements.) Oui, à aucun prix, sous aucun prétexte; ce que nous reprochons à nos camarades, c’est de ne pas être restés fidèles à la motion que nous avons signée en commun à Tours; nous n’avons jamais accepté d’examiner le cas où un prétendu agresseur hitlérien entrerait sur notre territoire; car, camarades, cela laisse penser implicitement que nous passons l’éponge sur les responsabilités effroyables de notre bourgeoisie capitaliste, depuis Poincaré jusqu’à Tardieu, qui sont aussi coupables qu’Hitler d’avoir conduit la France dans la situation où nous sommes! (Applaudissements.) Les agresseurs, les coupables, sont dans les deux camps, c’est notre régime, c’est notre bourgeoisie qui n’a pas voulu appliquer les traités régulièrement signés, qui n’a pas voulu désarmer, qui n’a pas voulu répondre à l’appel profond des peuples exigeant la paix, des peuples qui ont été trahis; aussi bien nous mettons ces régimes dans le même sac, et notre premier postulat pour la lutte contre la guerre, c’est qu’à aucun prix nous ne nous laisserons museler, juguler, domestiquer ou intoxiquer! Non, sous aucun prétexte nous n’accepterons l’idée de la guerre!

Camarades, ceux qui pensent que l’on peut encore imaginer une invasion de territoire, que l’on peut encore imaginer même un départ, avec un sac qu’on se mettrait sur le dos, savent-ils que c’est en une nuit que des centaines d’avions, des centaines de gaz et des milliers de bombes au phosphore peuvent réduire en cendres les grandes cités et entraîner le meurtre collectif de populations énormes? Savent-ils que quelques minutes après, de l’autre côté, dans d’autres pays, d’autres destructions effroyables seront déclenchées? Savent-ils qu’en même temps ce sera partout une panique comme jamais l’humanité n’en a connue, camarades! Ne sentez-vous pas qu’à ce moment-là, toutes les forces de coercition, tout ce qui maintient la stabilité de l’État bourgeois, tout cela sera ébranlé, tout craquera, tout sera démoli! Nous voulons que le Parti socialiste, dans tous les pays capitalistes, soit précisément l’animateur de la lutte contre la guerre, de manière à saisir l’occasion, à ce moment-là, pour briser les cadres du régime capitaliste, conquérir le pouvoir et faire la paix. (Applaudissements.)
Camarades, ce sera mon dernier mot: unité organique, malgré les paroles de Staline! Unité et lutte contre la guerre, à tout prix, par la révolution. Le gouvernement des Soviets voit la situation de son point de vue. Nous avons le devoir, nous, de la voir du nôtre, et nous n’acceptons pas de confondre l’intérêt de l’Internationale prolétarienne avec un système provisoire d’alliances d’ailleurs extrêmement fragile! Vous savez, on nous a dit à un moment donné: « Le soldat polonais, c’est l’avant-garde de la civilisation », et c’est un homme qui était encore dans le Parti, qui disait cela! Oui, mais la Pologne est passée à Hitler! On a signé des accords avec Mussolini, mais peut-être Mussolini n’est pas loin de passer de l’autre côté, à moins qu’on lui laisse les mains libres en Éthiopie. Ces marchandages de la bourgeoisie, nous ne pouvons pas permettre que le socialisme y ait une part quelconque, et c’est pourquoi nous crions non seulement au Parti, mais au-delà du Parti, à tout le prolétariat de France: Unifiez-vous, faites un grand parti révolutionnaire, et à l’intérieur de vos organisations unifiées, luttez contre la guerre par tous les moyens, et puisque d’autre part il faut considérer la Russie des Soviets comme un point de mire pour le capitalisme international: défendons la Russie des Soviets! Mais défendons-la non pas en nous laissant embrigader par notre état-major, pour aller nous battre contre les prolétaires allemands; défendons-la par le seul moyen qui nous reste: par la conquête du pouvoir dans notre pays, et par la révolution internationale. (Vifs applaudissements.)


La scission de la Bataille socialiste en 1935, extrait de « Les socialistes et la guerre », de Richard Gombin (Mouton, 1970)

Publié sur le site de la Bataille Socialiste (http://bataillesocialiste.wordpress.com/)


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Pour la première fois, le désaccord est public au sein de la Bataille entre Zyromski d’une part, Pivert de l’autre.[1] La conception du défaitisme révolutionnaire, qui était celle de la Bataille et d’une grande partie de la gauche de la S.F.I.O., ne pouvait admettre un traité de ce genre dans la mesure où la défense de l’U.R.S.S. et l’anti-militarisme étaient inconciliables et où cette défense était, en temps de guerre, incompatible avec l’utilisation des possibilités révolutionnaires.[2]

Or, nous avons vu que dès 1931 Jean Zyromski, à l’époque secrétaire de la fédération de la Seine, avait élaboré une thèse originale selon laquelle dans certains cas, il est de l’intérêt de la révolution que le prolétariat défende les libertés démocratiques acquises, autrement dit l’indépendance nationale. En outre, et dès le milieu de 1934, il prêche la défense de l’U.R.S.S. ce qui, en langage socialiste de l’époque, impliquait une prise de position diplomatique contre Hitler, avec Moscou. Seulement ces idées, Zyromski évite de les exposer dans le journal de la fraction, afin de ne pas provoquer de division : sur la question de l’unité avec les communistes il menait avec Pivert une action commune et l’unité et la prise du pouvoir paraissaient encore essentielles : ce qui explique qu’au congrès de Mulhouse (début juin 1935) la Bataille ait présenté encore une seule motion sur « la lutte pour le pouvoir et contre la crise ». Pour ne pas provoquer de heurts, Zyromski se tait sur la question de la défense nationale jusqu’à l’été 1935.[3] Mais, en dehors de son journal, Zyromski commence à répandre un certain nombre d’idées qu’il partage avec quelques leaders de la gauche de l’I.O.S. : en premier lieu, il s’oppose fermement à toute négociation avec l’Allemagne, car elle ne pourrait être que dirigée contre la Russie. L’Union soviétique représente en Asie une force de libération nationale et sociale. Il faut la protéger notamment par l’intermédiaire de pactes régionaux et à cet égard, le rapprochement franco-soviétique doit jouer un rôle essentiel; il est indispensable.[4]

C’est donc tout naturellement et comme conséquence logique de sa thèse sur le front international anti-fasciste que Zyromski prend position en faveur du Pacte franco-soviétique et approuve la déclaration de Staline. Plus que jamais, il est convaincu que la « défense révolutionnaire » peut coïncider avec la « prétendue défense nationale ».[5] Dès ce moment, il complète, en collaboration avec quelques-uns de ceux qui partagent ses idées, son schéma de 1931 : non seulement gagner la guerre face à Hitler préservera les libertés démocratiques mais facilitera dans certains pays la révolution et l’avènement du socialisme; ce n’est pas la défaite qui créera une atmosphère révolutionnaire mais la victoire des démocraties. Or, la victoire des démocraties exige la victoire de l’U.R.S.S. Comment préserver la paix ou, si « la guerre éclatait comment néanmoins la gagner? » sinon par une vaste coalition antifasciste constituée à partir de pactes régionaux. Il faut donc renforcer les liens avec la Russie et marcher ensemble en cas de guerre. Tout le reste, S.D.N., désarmement n’est qu’utopie. Une seule réalité : le fascisme et, en face ceux qui veulent résister : le prolétariat doit, si la guerre éclate, se battre.[6]

On voit ce qu’une telle conception a de radicalement différent avec la tradition du défaitisme révolutionnaire. Elle crée le désarroi dans le groupe de la Bataille socialiste et dans la fédération de la Seine. Bien que Pivert et Zyromski hésitent à s’affronter encore dans les colonnes de leur journal, on perçoit dès avril-mai 1935 un regroupement bipolaire. L’évolution ne se fait pas sans mal.[7] La séparation n’interviendra qu’en septembre, mais dès le congrès de Mulhouse, Zyromski s’élève contre les conceptions « tolstoïsantes » de certains pacifistes. Sans les nommer, il vise les partisans de Pivert.[8]

Les idées de l’aile pacifiste de la Bataille socialiste sont présentées par Marceau Pivert. Dès la conclusion du Pacte franco-soviétique, il écrit : « La volonté de se battre contre sa propre bourgeoisie pour la chasser du pouvoir doit avoir la priorité sur toutes les autres considérations ».[9] L’approbation du Pacte par le Parti est pour lui une intégration de la S.F.I.O. dans la « politique internationale de la bourgeoisie ». Il ne nie pas le devoir de défendre l’U.R.S.S., mais ce n’est pas en allant se battre contre le prolétariat allemand qu’on le fera efficacement mais en combattant le fascisme de l’intérieur; c’est donc la position du Parti de 1933, et il va plus loin, en réclamant la conquête du pouvoir. En cas de guerre c’est la révolution qui est la meilleure défense de l’U.R.S.S. [10]

A l’occasion du Pacte franco-soviétique, il se produit un regroupement et une coupure dans toute la gauche de la S.F.I.O. Alors qu’au début de l’été M. Pivert dont les thèses sonnaient familièrement aux oreilles des néo-guesdistes, était majoritaire dans la Seine, la tendance se renverse à la fin de l’été au profit de Zyromski.[11] Au mois de septembre, ceux qu’on appelle déjà les « pivertistes » ont perdu la majorité au sein de la Bataille socialiste qu’ils quittent pour fonder la Gauche révolutionnaire qui sera le nom à la fois de la fraction et du journal.
Des autres nuances de la gauche, certaines disparaissent, d’autres se regroupent dans la Gauche révolutionnaire.
(…) Ainsi, le Pacte franco-russe a fait apparaître de nouvelles lignes de clivage qui sont déjà bien définies au congrès de Mulhouse. D’un côté les « résistants », partisans d’alliances et, sous certaines conditions, de la défense nationale: c’est le cas de l’axe Blum-Zyromski. De l’autre, les défaitistes révolutionnaires qui refusent toute collaboration avec la bourgeoisie et toute participation à une guerre, autre que révolutionnaire.


Notes

[1]Les remous provoqués par le Pacte et la déclaration de Staline sont contés par un « pacifiste révolutionnaire » : Daniel GUERIN, Front populaire. Révolution manquée, Paris, 1963, p. 68-74.
[2]D. N. BAKER, Revolutionism in the French Socialist Party between the World Wars, thèse (19+65)., p. 236-238.
[3] D. N. BAKER, op. cit., p. 239. L’auteur a tort d’écrire que Zyromski fut « acquis aux thèses des communistes » : ses idées en faveur de la défense de l’U.R.S.S. et de la défense nationale sont antérieures à celles du P.C.F. qui datent, rappelons-le, de mai 1935. John T. Marcus (French Socialism in the Crisis Years 1933-1936, 1958, p. 98 sq.) commet la même erreur.
[4] Populaire du 30 janvier 1935, Tribune du Parti (désormais désignée sous le sigle T.P.).
[5] Populaire du 29 mai 1935 (T.P.).
[6]O. BAUER; Th. DAN; A. DUNOIS et J. ZYROMSKI, L’Internationale et la Guerre, Paris, 1935, préface de F. Adler. On trouvera cette thèse développée par Théodore Dan dans le numéro d’août-septembre 1935 de la B.S. Dans le même numéro cf. l’article pro-zyromskiste de M. Sand.
[7] Ainsi les deux articles d’A. Dunois : dans le numéro de la B.S. du 15 avril 1935, il rejette encore les alliances et la défense nationale, dans celui du 15 mai, il admet cependant que la question doit être reconsidérée à la lumière du récent pacte franco-soviétique.
[8] Congrès de Mulhouse, op. cit., p. 188-192. C’est dans un article du Populaire du 6 juillet 1935 qu’il a nommément visé ses amis Pivert et Dumoulin et le « défaitisme révolutionnaire » pour la première fois.
[9] B.S. du 15 mai 1935.
[10] Discours de M. Pivert au congrès de Mulhouse, Compte rendu sténographique, p. 192-196 et son article in B.S. du 9 octobre 1935. En réponse à la brochure de O Bauer, Th. Dan, A. Dunois et J. Zyromski (1935), M. Pivert publie un livre au titre significatif: La Révolution d’abord, Paris, 1936 (la révolution doit intervenir avant la guerre et non après comme le préconise Zyromski).
[11] D. N. BAKER, op. cit., p. 243 sq.


« Étiquettes » et « numéros », par Léon Trotsky

La Vérité,  25 août 1935.


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Au sujet de la lettre de Marceau Pivert aux camarades frappés par la conférence nationale des jeunesses socialistes de Lille.

La lettre de Marceau Pivert sur les exclusions des chefs de la jeunesse révolutionnaire de la Seine, malgré son but louable, renferme un certain nombre d'idées inexactes qui, dans leur développement, peuvent conduire à de sérieuses erreurs. Prévenir les jeunes camarades contre ces erreurs est le vrai devoir d'un marxiste.

Pivert lui-même accuse nos amis de commettre une grande « erreur psychologique » en prenant le nom de bolcheviks‑léninistes. Puisque le « bolchevisme initial », selon Pivert, niait la structure démocratique du parti, l'égalité pour toutes les tendances, etc. par leur nom même, les bolcheviks‑léninistes donnent à la bureaucratie du parti une arme contre eux‑ mêmes. En d'autres termes, l’ « erreur psychologique » consiste en une adaptation insuffisante à la psychologie de la bureaucratie du parti.

Ce jugement de Pivert représente une « erreur politique » très sérieuse, et même une série d'erreurs. Il n'est pas vrai que le « bolchevisme initial » niait la structure démocratique du parti. J'avance l'affirmation absolument contraire : il n'y a pas eu et il n'y a pas de parti plus démocratique que celui de Lénine. Ce parti s'était formé par en bas. Il dépendait seulement des ouvriers avancés. Il ne connaissait pas la dictature cachée, masquée, mais d'autant plus néfaste, des « amis » bourgeois du prolétariat, des parlementaires carriéristes, des maires affairistes, des journalistes de  salon, de toute cette confrérie parasitaire qui permet à la base du parti de parler « librement », « démocratiquement », mais se maintient elle‑même avec ténacité à l'appareil et, en fin de compte, fait ce qu'elle veut. Ce genre de « démocratie » dans le parti n'est rien d'autre qu'une copie de l'État démocratique‑bourgeois, qui lui aussi permet au peuple de parler « librement », puis laisse le pouvoir réel à une poignée de capitalistes. Pivert commet une très grande erreur politique en idéalisant et en embellissant la « démocratie » hypocrite et mensongère de la SFIO qui, en fait, freine et paralyse l'éducation révolutionnaire des ouvriers en étouffant leur voix par le chœur des conseillers municipaux, des parlementaires et autres qui sont imprégnés jusqu'à la moelle d'intérêts petits‑ bourgeois égoïstes et de préjugés réactionnaires. La tâche du révolutionnaire, même si la marche du développement le contraint à travailler dans la même organisation que les réformistes, ces exploiteurs politiques du prolétariat, consiste non pas à prendre l'attitude du protégé et à faire sienne celle de l'amitié mensongère pour ces agents de la bourgeoisie, mais à s'opposer en face des masses le plus clairement, le plus âprement, le plus implacablement possible aux opportunistes, aux patriotes, aux « socialistes » absolument bourgeois. Ceux qui choisiront et qui trancheront, ce seront, en fin de compte, non les Blum et les Zyromski, mais les masses, les millions d'exploités. C'est sur eux qu'il faut s'aligner, c'est pour eux qu'il faut bâtir un parti. Le malheur de Pivert, c'est que jusqu'à maintenant il n'a pas rompu le cordon ombilical qui le relie au petit monde des Blum et des Zyromski. A chaque occasion nouvelle, il regarde ses « amis » et leur tâte le pouls avec inquiétude. Et c'est cette politique fausse, illusoire, non réaliste, qu'il réclame des bolcheviks‑léninistes ! Ils doivent, paraît‑ il, renoncer à leur propre nom. Pourquoi ? Est‑ ce que ce nom effraie les ouvriers ? Au contraire. Si les prétendus « communistes », malgré toutes les trahisons et tous les crimes qu'ils ont commis, retiennent sous leur drapeau une partie importante du prolétariat, c'est uniquement parce qu'ils se présentent aux masses comme les porteurs des traditions de la révolution d'Octobre. Les ouvriers ne craignent ni le bolchevisme ni le léninisme. Ils demandent seulement (et ils font bien) : « Sont‑ils de véritables bolcheviks, ou de faux ? » Le devoir des révolutionnaires prolétariens conséquents est, non pas de renoncer au nom de bolcheviks, mais de montrer dans les faits aux masses leur bolchevisme, c'est‑à‑dire l'esprit révolutionnaire conséquent et le dévouement absolu, à la cause des opprimés.

Mais pourquoi donc, insiste Pivert, se coller sur le nombril une étiquette (?) au lieu de « suivre les enseignements qu'elle comporte » ? Mais Pivert lui‑ même ne porte‑ t‑ il pas l' « étiquette » de socialiste ? Dans le domaine de la politique tout comme les autres domaines de l'activité humaine, il est impossible de procéder sans « étiquettes », c'est‑à‑dire sans dénominations et qualificatifs aussi précis que possible. Le nom de « socialiste » est non seulement insuffisant mais absolument trompeur, car s'intitulent « socialistes » en France tous ceux qui en ont envie. Par leur nom, les bolcheviks‑léninistes disent à tous et à chacun que leur théorie, c'est le « marxisme », que c'est non pas le « marxisme » dénaturé et prostitué des réformistes (à la Paul Faure, Jean Longuet, Séverac, etc.) mais le véritable marxisme restauré par Lénine et appliqué par lui aux questions fondamentales de l'époque de l'impérialisme; qu'ils s'appuient sur l'expérience de la révolution d'Octobre, développée dans les décisions des quatre premiers congrès de l'Internationale communiste; qu'ils sont solidaires du travail théorique et politique accompli par l' « opposition de gauche » de l'Internationale communiste (1923‑ 1932); enfin qu'ils se rangent sous le drapeau de la IVème Internationale. En politique, le « nom », c'est le « drapeau ». Celui qui renonce aujourd'hui à un nom révolutionnaire pour le bon plaisir de Léon Blum et consorts, celui-là renoncera aussi facilement demain au drapeau rouge pour le drapeau tricolore.

Pivert proclame le droit de tout socialiste d'espérer en une meilleure Internationale « avec ou sans changement de numéro ». Cette ironie un peu déplacée sur le « numéro » représente une erreur politique du même type que l'ironie sur l'« étiquette ». Politiquement, la question se pose ainsi : le prolétariat mondial peut‑ il arriver à lutter avec succès contre la guerre, le fascisme, le capitalisme, sous la direction des réformistes ou des staliniens ‑ c'est‑à‑dire de la diplomatie soviétique  ? Nous répondons : il ne le peut pas. La IIème et la IIIème Internationales ont épuisé leur contenu et sont devenues des obstacles sur la voie révolutionnaire. Les « réformer » est impossible, car toute leur direction est radicalement hostile aux tâches et aux méthodes de la révolution prolétarienne. Celui qui n'a pas compris jusqu'au bout l'effondrement des deux Internationales, celui‑ là ne peut pas lever le drapeau de la Nouvelle Internationale. « Avec ou sans changement de numéro »  ? Cette phrase est dénuée de sens. Ce n'est pas par hasard que les trois anciennes Internationales se sont trouvées numérotées. Chaque « numéro » correspond à une époque déterminée, un programme et des méthodes d'action. La Nouvelle Internationale doit être non pas la somme des deux cadavres, comme le rêve le vieux social‑patriote Zyromski, surpris dans sa reconnaissance inattendue de la « défense de l'URSS », mais la « négation » vivante de ces cadavres et, en même temps, la « continuation » du travail historique accompli par les Internationales précédentes. En d'autres termes, il s'agit de la IVème Internationale. Le « numéro » signifie ici une perspective et un programme déterminés, c'est‑à‑dire un « drapeau ». Que les philistins ironisent là‑ dessus. Il ne faut pas les imiter.

L'aversion pour les « étiquettes » et les « numéros » en politique est aussi dangereuse que l'aversion pour les définitions précises dans le domaine scientifique. Dans un cas comme dans l'autre, nous avons là le symptôme infaillible d'un manque de clarté dans les idées elles-mêmes. Invoquer les « masses » ne sert, dans de tels cas, qu'à couvrir ses propres hésitations. L'ouvrier qui croit encore à Vandervelde ou à Staline sera sans doute adversaire de la IVème Internationale. L'ouvrier qui a compris que la IIème et la IIIème Internationales sont mortes à la cause de la révolution se rangera immédiatement sous notre drapeau. C'est précisément pourquoi il est criminel de cacher ce drapeau sous la table.

Pivert se trompe quand il pense que le bolchevisme est incompatible avec l'existence des fractions. Le principe de l'organisation bolchevique est le « centralisme démocratique » assuré par une complète liberté de critique et de groupement comme par une discipline de fer dans l'action. L'histoire du parti bolchevique est en même temps l'histoire de la lutte interne des idées, des groupements et des fractions. Certes, au printemps 1921, au moment d'une terrible crise, de la famine, du froid, d'un mécontentement aigu des masses, le 10ème congrès du parti bolchevique, qui comptait en ce temps dix‑sept années d'existence, interdit les fractions. Mais cette mesure fut jugée exceptionnelle, temporaire et fut appliquée par le comité central avec beaucoup de prudence et de souplesse. Le véritable écrasement des fractions ne commença qu'avec la victoire de la bureaucratie sur l'avant‑garde prolétarienne et aboutit rapidement à la mort virtuelle du parti. La IVème Internationale, bien entendu, ne souffrira pas dans ses rangs de « monolithisme » mécanique. Au contraire, une de ses plus importantes tâches est de régénérer à un niveau historique plus élevé la « démocratie révolutionnaire de l'avant‑garde prolétarienne ». Les bolcheviks-léninistes se considèrent comme une fraction de l'Internationale qui se bâtit. Ils sont prêts à travailler la main dans la main avec les autres fractions vraiment révolutionnaires. Mais ils refusent catégoriquement d'adapter leur politique à la psychologie des cliques opportunistes et de renoncer à leur propre drapeau.

7 août 1935


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Contre l'union sacrée

(Le Populaire : 26 août 1935.)

Debout travailleurs du monde, brisez toute solidarité, toute apparence complice à l’égard de votre propre impérialisme.  Parlez partout le même langage internationaliste. Ne faites jamais chorus sous aucun prétexte avec votre bourgeoisie. Solidarité avec le peuple éthiopien, solidarité avec nos frères antifascistes italiens, dont la position est juste et peut devenir décisive. Faites sauter le maillon le plus faible de la chaîne. La défense des conquêtes d’Octobre passent par la révolution en Italie, en Allemagne, en France, bien plus sûrement que par la guerre. Il est encore temps. Nous pouvons encore parler. Mères, jeunes gens, camarades, futures victimes, dressez-vous contre votre propre capitalisme. Exigez par votre action directe de masse de plus en plus vigoureuse, que les poings tendus et les muscles d’acier des ouvriers et des paysans français se saisissent des manettes de commande à une heure grave qui rappelle 1914. Défendre votre pain, assurer les libertés, sauvegarder la paix, c’est la même tâche sacrée qui vous appelle. Plus que jamais dans vos clameurs et votre action méthodique, marchez au combat sous un seul drapeau : « tout le pouvoir aux travailleurs ».

 


Documents sur la constitution de la Gauche Révolutionnaire

Marceau Pivert et ses amis quittent la tendance Bataille socialiste à l’été 1935 et forment leur propre courant.

(septembre-octobre 1935)

Publié sur le site de la Bataille Socialiste (http://bataillesocialiste.wordpress.com/)

Sommaire :


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Plate-forme constitutive de la Gauche Révolutionnaire

De la Défensive antifasciste à l’offensive contre le capitalisme.

Les forces productives développées par le régime capitaliste se heurtent de plus en plus aux obstacles dressés par leur propre exploitation. Pour parer à ces difficultés croissantes, le capitalisme est forcé de s’imposer des formes planifiées.

Mais comme à l’époque du capitalisme de libre-concurrence, puis du capitalisme monopolisateur, le capitalisme étatique reste soumis à la loi du profit et son évolution l’entraîne vers la généralisation de la misère.

En même temps se transforme la superstructure politique et la démocratie bourgeoise devient un système périmé de domination capitaliste : elle tend à se transformer en état totalitaire.
L’alternative qui se pose est donc : dictature autoritaire du grand capital contre l’ensemble des masses laborieuses ou dictature du prolétariat, représentée par un gouvernement ouvrier et paysan, issu de la révolution, substituant à l’appareil étatique de la bourgeoisie les organismes démocratiques des masses laborieuses et construisant le socialisme.

Si les partis ouvriers se bornent à défendre la démocratie bourgeoise périmée, ils ne montreront pas d’issue réelle aux masses souffrantes, ils permettront aux démagogues fascistes d’identifier les partis ouvriers avec la démocratie capitaliste et de conquérir ainsi de larges couches désespérées pour les buts fascistes. C’est pourquoi le Parti Socialiste doit transformer la défense antifasciste en offensive contre le capitalisme et rassembler les masses laborieuses sous son drapeau en prenant comme points de départ aussi bien leurs besoins économiques que la défense des libertés démocratiques, conquises de haute lutte par nos aînés.

Pour un Front Populaire de combat. (voir note)

Le Front Populaire actuel est un rassemblement des masses contre la menace fasciste. Les aspirations de ces masses ne peuvent être réalisées désormais que par des combats avec le grand capital et ne devraient avoir comme issue que la chute de la domination bourgeoise. Mais la politique actuelle de ses dirigeants freine les possibilités révolutionnaires.
Un gouvernement du Front Populaire rencontrera dès qu’il essaiera de satisfaire même aux plus modestes aspirations des masses la plus farouche résistance extraparlementaire des forces capitalistes. Il lui faudra alors, ou bien trahir ces masses et capituler honteusement, ou bien se jeter  –  sous la pression des masses –  dans un gouvernement de combat en direction du socialisme. Seul un gouvernement qui s’appuiera sur la volonté des masses organisées, résolues à la lutte et au moins partiellement équipées pour le combat pourra se transformer en gouvernement ouvrier et paysan et mener à son terme sa tâche révolutionnaire.

La tactique du Parti Socialiste doit découler de ces considérations.

Il doit préparer les masses à l’action directe, à la lutte sous toutes ses formes (depuis les meetings et démonstrations de rue jusqu’à la grève générale en accord avec les syndicats). L’amoindrissement continu de l’importance du parlementarisme impose au Parti le passage à l’action extraparlementaire et la dénonciation des illusions électoralistes. Toute l’activité du Parti doit lui être dictée non par la légalité de son ennemi de classe, mais par la volonté des masses travailleuses et par les nécessités de la lutte révolutionnaire.

Pour une Milice populaire et des Comités de Salut Public.

Des mots d’ordre concrets, adaptés à la situation et perceptibles par les masses augmentent leur capacité offensive.
Ainsi, en présence des provocations fascistes qui se multiplient, nous lançons le mot d’ordre de la milice ouvrière et paysanne ; ce mot d’ordre implique la création immédiate des organismes de défense active destinés à l’encadrement des masses. Le développement de la milice sera déterminé par le processus révolutionnaire et contribuera à la désagrégation du moral de l’ennemi fasciste.

D’autre part, dans chaque localité, dans chaque quartier, un comité de salut public (commune) doit se constituer à la faveur des luttes ; les paysans seront appelés à contrôler eux-mêmes les prix de vente de leurs produits et les comités paysans se prépareront à prendre en main la gestion des minoteries et des grands domaines. Des comités populaires contrôleront les prix dans les villes ; d’autres, en accord avec les syndicats, contrôleront la fabrication et le transport des armements. Partout, les travailleurs constitueront, à côté du pouvoir officiel de la bourgeoisie, les éléments du pouvoir populaire. Les délégués de tous les Comités populaires locaux se réuniront pour constituer les Etats Généraux des masses travailleuses.
En même temps, une propagande active et une pénétration méthodique s’exerceront parmi les forces coercitives de la bourgeoisie.

Une révolution ne s’improvise pas. Le Parti doit donc la préparer et envisager l’action révolutionnaire sous toutes ses formes et dans tous ses moyens.

Contre la guerre et l’Union sacrée.

Le prolétariat doit se dresser de toutes ses forces contre la guerre menaçante.
Les techniques modernes de guerre font de la prétendue « défense nationale » en régime capitaliste une expression vide de sens et une duperie sanglante.
En aucun cas le prolétariat ne saurait s’associer à une guerre menée par ses exploiteurs.

Ni au nom de la « démocratie » contre le fascisme extérieur. On ne porte pas la liberté à un peuple à la pointe des baïonnettes et on ne lutte pas contre le fascisme d’autrui après avoir accepté dans son propre pays un régime équivalent (état de siège, censure, suppression de toutes les libertés, destruction physique et morale du peuple, etc.).
Ni au nom de la défense de l’U.R.S.S. car la seule défense efficace des conquêtes de la première Révolution prolétarienne victorieuse, c’est son extension vers la révolution mondiale.
Ni, à plus forte raison, au nom de considérations diplomatiques quelconques.

Il ne peut faire confiance, pour l’empêcher, à un organisme international quelconque des états impérialistes (comme la S.D.N.). De même, il ne peut raisonnablement attendre que le capitalisme consente à se désarmer lui-même.

Le prolétariat trahirait sa mission s’il marchait sous un prétexte quelconque à la remorque d’un impérialisme contre un autre.
Toute lutte contre la guerre doit être menée d’une manière autonome et avec tous les moyens d’action directe de classe. Le danger de guerre ne peut disparaître que par le renversement du capitalisme.

Notre mot d’ordre essentiel de lutte contre la guerre est :
« si tu veux la paix, prépare la révolution.»
Nous ne l’abandonnerons sous aucun prétexte.

Si, malgré nos efforts, la guerre éclate, les socialistes utiliseront les difficultés créées par les hostilités pour renverser leur propre bourgeoisie par les moyens révolutionnaires. Ils tendront à transformer la guerre impérialiste en guerre civile.

Ils doivent être convaincus que la défaite de la bourgeoisie de leur pays sera le levier de leur victoire et la seule aide véritable à la révolution russe.

Pour la libération des peuples coloniaux.

Les socialistes ont le devoir de soutenir les mouvements des peuples coloniaux en faveur de leur libération. Toutefois, dans ces luttes ils doivent conserver leur propre organisation et leur politique socialiste en face des éléments indigènes féodaux, capitalistes et petits-bourgeois.

Pour l’unité organique et révolutionnaire.

La politique actuelle de chacune des deux Internationales ne traduit pas la volonté révolutionnaire des masses.

L’unité ne saurait être seule la garantie de la victoire, car le parti unifié groupera les courants les plus contradictoires.

Mais c’est à l’intérieur du mouvement prolétarien unifié que nous voulons rechercher les possibilités de redressement révolutionnaire. Car la fusion des deux partis attirera nécessairement des milliers de prolétaires inorganisés aujourd’hui, contribuera à élever la volonté combative de la classe ouvrière et donnera de nouvelles possibilités à l’action révolutionnaire.
D’où : nécessité urgente de la reconstitution de l’unité organique nationale et internationale et de la plus large démocratie intérieure pour que les différentes tendances puissent gagner les militants à leurs conceptions.

Notre but est de gagner la majorité des militants de la S.F.I.O. à ces points de vue.

Octobre 1935



Annexe:

Notes de Marie Guérin sur la Réunion constitutive de la gauche révolutionnaire

(septembre 1935)

Claude Beaurepaire (XVIII°) :
Notre plate-forme doit contenir notre position contre la déclaration de Staline  et l’exclusion des jeunes . Il faudrait réunir les différentes tendances qui sont d’accord là-dessus. Les B.-l.  ne doivent pas adhérer de suite, plus tard, on pourrait voir ça.

Marceau Pivert :
Il faut la solidarité avec les B.-l. Du travail en commun avec eux pour certaines choses. Pas d’unité organique avec eux qui sont fortement organisés et où il faudrait se soumettre à leurs méthodes, leurs statuts, etc. Il faut nous aussi devenir fortement organisés et sur un même plan collaborer avec eux. Eventuellement comité de coordination avec les Bolchéviks-léninistes à envisager.

Treint: (Note)
Faudra résister de plus en plus à une vague d’exclusions et arriver peu à peu à une Gauche révolutionnaire unifiée dans le parti. Mais comme il y a encore beaucoup d’opinions divergentes parmi les tendances gauches (par exemple sur la Russie) il faut organiser un cartel des gauches avec discipline commune.

Marceau Pivert :
Pas le temps de couper les cheveux en quatre. Il faut élaborer un programme au caractère collectif et anonyme pour résoudre choses que l’ensemble du parti n’est pas encore capable de résoudre.

Weil-Curiel :
Il faut s’élever contre l’exclusion des trotskystes. Mais pas couper liens avec eux. Favorise l’adhésion individuelle des trotskystes si toutefois les B.-l. ne veulent pas se dissoudre pour adhérer en bloc à la G.-r.

Marceau Pivert :
On l’avait proposé à Molinier qui a nettement refusé et la dissolution du G.b.-l. et l’adhésion individuelle des membres.

Boris Goldenberg : Lit les 7 points de la plate-forme (élaborée avec René Lefeuvre avant la séance).

Autre camarade :
Sur cette plate-forme qui sera propre à la tendance il faut faire du bon travail qui peu à peu attirerait les autres tendances.

Georges (défendant Treint) :
Il y a du danger à se concentrer en une seule tendance car toute tendance a des limites et empêcherait d’autres tendances d’agir.
Il y a en a qui ne veulent pas d’étiquettes. Donc : Cartel serait l’anonymat de tout ce qui serait fait et constituera une sécurité pratique.

Gaston Goldschild :
Treint a tort ici. Il faut une étiquette. Elaborons le programme et viendra qui voudra.

Marceau Pivert :
Faut voter pour la constitution de la tendance G.-r. qui est adoptée presque à l’unanimité contre quatre voix. Treint veut quitter la salle mais reste après.

Fred Zeller: (Note)

Prétend qu’on a « exclu » Treint sans avoir même un programme. Veut qu’on se prononce surtout d’abord sur Lille  et sur ce qu’on fera si 25 B.-l. sont exclus.

Mais Marceau Pivert procède à la lecture des 7 points du programme.
[…]
Goldenberg ajoute qu’un gouvernement éventuel de Front populaire sera pour nous un gouvernement de transition. Ne pas supporter parlementaire ou bourgeois. Pas de gouvernement double. Faut d’ores et déjà créer des organisations démocratiques englobant les masses.

Weil-Curiel :
Il faudra les présenter sous un nom « innocent » comme « défense prolétarienne » ou autre. Accepté.
Election du CD avec Gaston Floutard comme secrétaire administratif.
Marceau Pivert précise que G.-r. doit comprendre tous les responsables des anciennes tendances.
Est élu un comité de presse : René Lefeuvre, Gilbert, Simone Kahn, Goldschild.

Marceau Pivert propose de faire une autre proposition aux B.-l. avec cette nouvelle plate-forme et propose avec Weil-Curiel de prendre Zeller dans le C.d. pour marquer le coup par rapport à la bureaucratie concernant son attitude par rapport aux trotskystes.

Tâches urgentes.
Candidats à la C.e. : Périgault, Fred Zeller, Goldschild, Gillet (Bondy), Canet.
Elections Sénat. Marque le coup par candidature G.r. pour se différencier des candidats Front populaire comme Auray.
Proposé et accepté : Delépine.