1939-1940

(Lucien Hérard intervenant au congrès du PSOP)

L'identité du PSOP

...Enfin contrairement à ce qui se passe dans un parti social-démocrate, la liberté d'information et de discussion doit y être entière. Mais ce qui le distingue d'un parti bolcheviste est moins dans la plate-forme que dans la structure. Le parti bolcheviste est né des conditions très spéciales dans lesquelles s'est trouvée l'avant-garde d'un prolétariat écrasé par la dictature tsariste au milieu d'un immense pays agricole. Ses caractères étaient probablement inévitables et, en tout cas, l'ont conduit à la victoire. Dans quelle mesure ils ont également dicté les conditions de sa dégénérescence, compte tenu du blocage du processus de la révolution internationale, cela peut se discuter, mais ce qui est sûr, c'est que la transposition pure et simple des formes, des principes d'organisation de la structure du parti bolcheviste en France, aujourd'hui, relèverait du schématisme et non plus du marxisme.

Arguments sur l’appartenance à la franc maçonnerie, par Marceau Pivert


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Réponse lors du congrès du PSOP, publié dans « les Cahiers rouges », mai 1939.

Cité par Jacques Kergoat

Je rejette les suspicions et les interprétations inqualifiables qui laisseraient supposer que ma qualité de franc maçon ferait de moi un homme asservi à une puissance politique secrète nourrissant des desseins contre-révolutionnaires…

… Et c’est ainsi parce que je crois servir au maximum les intérêts du prolétariat et de l’humanité toute entière en poursuivant ma tâche, sur deux plans, comme je l’ai fait depuis vingt ans.

Faire comprendre aux francs-maçons que leur idéal de fraternité universelle ne peut prendre une forme concrète, à notre époque, qu’à travers le processus d’une révolution prolétarienne internationale à laquelle ils doivent participer pour détruire le système capitaliste et construire le socialisme.

Faire comprendre aux travailleurs organisés que leurs aspirations révolutionnaires ne peuvent atteindre définitivement leur but qu’à la faveur d’un effort permanent d’observation scientifique des faits, d’autocritique, c'est-à-dire de laïcité philosophique ou de libre examen. Aux uns,  je veux contribuer à faire découvrir, par l’étude objective des réalités la nécessité historique de la révolution internationale. Aux autres je veux contribuer à faire admettre qu’ils doivent se considérer comme les dépositaires et les héritiers de toutes les méthodes de libre investigation, qui sont à l’origine des grandes conquêtes de l’humanité. 


L’identité du PSOP, par Marceau Pivert

« Les Cahiers Rouges », mai 1939

Publié sur le site de la Bataille Socialiste (http://bataillesocialiste.wordpress.com/)


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 Ce qui distingue le PSOP d'un parti social-démocrate, c'est plus la plate-forme politique (celle d'un parti internationaliste) que la structure. Celle-ci néanmoins au lieu d'être exclusivement orientée vers les préoccupations électorales ou de laisser à une bureaucratie un dangereux pouvoir de permanence, doit faire une place considérable aux entreprises et renouveler ses cadres assez fréquemment. Enfin contrairement à ce qui se passe dans un parti social-démocrate, la liberté d'information et de discussion doit y être entière. Mais ce qui le distingue d'un parti bolcheviste est moins dans la plate-forme que dans la structure. Le parti bolcheviste est né des conditions très spéciales dans lesquelles s'est trouvée l'avant-garde d'un prolétariat écrasé par la dictature tsariste au milieu d'un immense pays agricole. Ses caractères étaient probablement inévitables et, en tout cas, l'ont conduit à la victoire. Dans quelle mesure ils ont également dicté les conditions de sa dégénérescence, compte tenu du blocage du processus de la révolution internationale, cela peut se discuter, mais ce qui est sûr, c'est que la transposition pure et simple des formes, des principes d'organisation de la structure du parti bolcheviste en France, aujourd'hui, relèverait du schématisme et non plus du marxisme. Pour certains militants d'avant-garde, les principes de 1920 (les 21 conditions et la 22ème (1), par exemple), l'homogénéité idéologique monolithique, la subordination totale de la « personnalité » à « l'appareil » du parti sont autant de nécessités à imposer au PSOP pour en faire un « parti révolutionnaire ». A les entendre, le principal mérite du militant serait l'obéissance, la capacité d'accomplir les « à-droite » ou les « à-gauche » que le comité central ou le secrétariat donnerait l'ordre d'exécuter. Or, à nos yeux, le PSOP n'est réellement révolutionnaire que s'il cultive précisément la vertu contraire : la capacité de résistance à des habitudes de caserne. A priori, nous refusons de nous déterminer autrement que par une appréciation individuelle et directe. Nous n'admettrons ni Dieu ni Maître. Le militant du PSOP doit protéger sa personnalité, son jugement, son besoin d'information et le PSOP doit être le foyer commun où l'élaboration de la politique révolutionnaire résultera de l'effort de tous et non pas de l'autorité dogmatique de quelques-uns ou de quelqu'un. Telles sont les conditions pour qu'en dépit des divergences qui sont d'ailleurs le reflet des hésitations et des tâtonnements de la classe ouvrière elle-même, le PSOP se retrouve étroitement solidaire et discipliné dans l'action. Bien plus que l'autorité ou le prestige d'un « chef vénéré », l'accord spontané de consciences droites qui s'inspirent d'une réalité honnêtement analysée, réalise l'efficacité marxiste.  

(1) Lors du congrès mondial de l’Internationale Communiste en 1920, le parti bolchevik, en particulier Trotsky, avait ajouté aux 21 conditions d’appartenance à l’Internationale, une condition secrète. Elle visait à interdire l’arrivée dans la direction du parti français d’opportunistes comme Cachin et Frossard en raison de leur appartenance à une obédience maçonnique.

 


Les conquêtes d’Octobre, par Marceau Pivert

1941

Publié sur le site de la Bataille Socialiste (http://bataillesocialiste.wordpress.com/)


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Le prolétariat russe a autre chose à perdre que les chaînes de la dictature, il a à perdre les derniers vestiges de la révolution d’Octobre.

(…) Malgré ses trahisons et ses massacres, Staline n’a pas réussi à tuer dans le peuple russe le souvenir de la glorieuse révolution. Il est obligé pour se maintenir au pouvoir d’user du prestige de la révolution gagnée par le prolétariat russe de 1917 pour appeler le peuple russe à la suivre. Staline a poignardé la révolution en Espagne; il a chassé, puis odieusement assassiné Trotsky, chef militaire de l’armée rouge et vainqueur de la contre-révolution intérieure et extérieure. Mais pour accomplir ses exploits contre-révolutionnaires, même au cours de son alliance avec Hitler, Staline devait démagogiquement se servir du langage de Lénine et se rapporter aux glorieuses journées de 1917. Tout nouvel exploit contre-révolutionnaire a dû être démagogiquement expliqué au nom de la « révolution », « au nom des soviets », « au nom de l’Etat des prolétaires ». L’armée rouge - décapitée il est vrai par Staline lui-même - est toujours l’héritière des vaillantes milices prolétariennes qui ont marché vers la victoire sous la direction de Trotsky.

(…) Staline arrivera-t-il, malgré tout, à prendre la « direction de la révolution », c’est-à-dire à l’assassiner? C’est possible. Mais nous préférons le risque d’une révolution confisquée à la certitude de la destruction des conquêtes de 1917 sur un sixième du globe.

En actes, le gouvernement américain continue son aide à l’Angleterre, pour ses propres intérêts impérialistes, tandis que les ouvriers ont un seul intérêt: le soutien de l’armée rouge dans sa lutte pour le maintien des conquêtes d’octobre. S’il y a une armée capable d’étouffer la réaction, c’est celle qui a su le faire une fois déjà.


Sur les chefs du mouvement ouvrier, par Marceau Pivert

Tiré de « Où va la France »  Mexique 1941, Cité par Jean Paul Joubert.


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La dégradation du parlementarisme bourgeois a contribué à l'impuissance de ce grand parti... Le parti socialiste était littéralement imprégné d'idéologies petites-bourgeoises et de toutes les illusions qui caractérisaient les milieux dirigeants avant la première guerre mondiale : réformisme systématique, transformation dans le cadre de la légalité, passage graduel du capitalisme au socialisme, confiance illimitée dans les institutions parlementaires bourgeoises, croyance puérile dans l'efficacité de la participation ministérielle... incapables de penser internationalement, les « petits bourgeois qui se croient socialistes » ont simplement contribué à abuser un bon nombre de militants révolutionnaires. La majorité des députés socialistes ne croyaient pas à la lutte des classes et méprisaient dangereusement ses règles fondamentales... 

…Jouhaux et Belin n'ont pas été autre chose que d'ignorants prétentieux ; Frachon et Racamond, comme Thorez et Duclos n'ont jamais été plus que de serviles employés du satrape de Moscou ; Paul Faure n'a jamais donné de preuves de valeur, n'étant pendant longtemps que le complice aveugle ou intéressé de Léon Blum. Mais Léon Blum n'est pas un ignorant, ni un employé servile, ni même un homme dénué de valeur. Sa culture raffinée et sa connaissance des principes fondamentaux de la recherche marxiste aggravent considérablement ses responsabilités. Léon Blum est aujourd'hui aux mains des pires jésuites et des fascistes. Les travailleurs français doivent l'arracher à cette parodie de justice. Au début de ce siècle, c'est eux qui ont imposé la révision du procès du capitaine Dreyfus, faussement accusé de trahison et victime d'un Etat-major férocement réactionnaire ; en 1917, c'est eux qui ont empêché Clemenceau d'envoyer au peloton de Vincennes le grand bourgeois Joseph Caillaux, bien qu'il n'ait pas valu grand-chose ; et c'est eux qui feront tout leur possible pour empêcher l'inévitable dans la sinistre pièce montée à Riom par les marionnettes de Hitler.


Mais ce sera pour soumettre les coupables (ceux-là et ceux qui se permettent de les juger) à la véritable justice du peuple. Le jour de rendre les comptes viendra, sans aucun doute. Alors, les ouvriers et les paysans qu'il a si cruellement trompés, feront comparaître devant le Tribunal populaire le vieux chef du parti socialiste. Ils n'auront pas à la bouche l'injure avilissante, ni au cœur la haine, parce qu'ils sont d'une nature... généreuse et au-dessus des préjugés raciaux ; ils ne parleront pas de peine de mort, de cette peine de mort que son ami Sérol veut appliquer aux internationalistes. Non, parce que cette peine ne fait pas partie de l'échelle des peines socialistes. Mais leur jugement sera de ceux auxquels Léon Blum est le plus sensible, parce que, à peine sortis de l'enfer de la guerre et de la dictature, ces travailleurs lui diront : « Léon Blum, vous nous avez dupés, vous n'êtes pas des nôtres, vous n'avez jamais été des nôtres »


Extrait de la préface de Julian Gorkin du livre de Marceau Pivert rédigé au Mexique pendant la guerre et intitulé : « Où va la France » . (1)


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Je dois le proclamer ouvertement, tous les antifascistes lui doivent de la gratitude pour son comportement durant les premiers mois de la guerre civile. Silencieusement il nous a rendu les services les plus qualifiés. Il fallait contrer la propagande franquiste. Tous les jours, à quatre heures, nous communiquions à la présidence du conseil, à partir de la Capitana General de Barcelone où siégeait le comité central des milices, les nouvelles que nous voulions diffuser aux quatre vents. Elles étaient transmises par Pivert à toutes les stations de radio de France. Il surveillait en outre les sombres manœuvres des agents franquistes en France et au Maroc français. Au cours d’un voyage que j’ai fait à Paris, j’ai eu la possibilité de lire plus d’une centaine de télégrammes de ces agents. Par ailleurs Pivert a utilisé ses fonctions à la présidence pour nous faciliter l’achat d’armes. Et pour nous aider à écarter toute une série de difficultés et à venir à bout d’obstacles qui n’étaient pas mineurs. En outre, il ne s’est pas tenu à Paris une seule réunion en faveur de la cause antifasciste espagnole sans l’intervention de Marceau Pivert.

(1) Cité par Jean Paul Joubert « Révolutionnaires de la SFIO », page 116.


L'appel du FOI aux ouvriers et soldats allemands

Cité par Jacques Kergoat


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 constitue une tentative de maintenir dans la tourmente de la guerre les principes internationalistes :

 « Camarades, nous voulons vous parler comme l'auraient fait vos grands disparus : Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, symboles universellement admirés par le prolétariat révolutionnaire international. A aucun moment notre voix ne s'est confondue avec celle des bandits impérialistes qui ont provoqué la guerre actuelle. Depuis le premier instant, nous nous sommes levés contre les impérialismes de Londres et de Paris, de même que contre les dictatures sanglantes de Berlin et de Moscou.

Nous sommes le troisième camp, le camp des opprimés de tous les pays, le camp de ceux qui meurent pour rien, le camp des esclaves coloniaux que se disputent les négriers modernes, le camp des veuves et des orphelins, le camp des affamés et des miséreux, le camp de la révolution socialiste mondiale (...) ».

L'appel s'adresse ensuite aux travailleurs allemands pour qu'ils combattent Hitler :

 « En face de vous combattent des ouvriers et des paysans comme vous, qui ont des épouses et des mères, comme vous, et qui, comme vous, aiment leurs enfants, leur foyer, leur peuple et leur pays (...). L'invasion de la Pologne, de la Norvège et de la Hollande, de la Belgique, de la France, soulève contre vous des nuées de haine qui éclateront en tempête sur la tête de vos fils (...). Mais si vous le voulez, vous pouvez les transformer en un courant universel d'admiration et d'affection qui vous donnera plus de prestige que jamais aucune victoire militaire ne pourrait vous accorder.

 Arrêtez le massacre,

Débarrassez-vous de vos maîtres,

Tendez aux ouvriers et aux paysans des autres pays une main

fraternelle »

Le 25 juin 1940, Marceau Pivert s'adresse au général de Gaulle et lui propose de diffuser par avion l'appel sur l'Allemagne et les régions occupées : « Je n'ignore pas le risque d'incompréhension que comporte cette communication ; elle est uniquement inspirée par le désir de tenter un effort d'ordre politique contre les puissances totalitaires (...) »

Se rendant compte de ce que son initiative peut avoir d'inattendu aux yeux d'un officier général qui passe avant tout pour un nationaliste, il explique :

« Il n'y a donc rien d'extraordinaire à ce qu'un socialiste fidèle à son drapeau, qui n'est pas le vôtre, songe aujourd'hui à mettre à votre disposition quelques parcelles d'une dynamite politique qu'il croit efficace si toutefois vous ne craignez pas d'en faire usage. Nous savons, en effet, qu'en dépit des victoires militaires de Hitler, une fraction consciente du prolétariat allemand n'est pas indifférente à la propagande internationaliste que nous avons entreprise depuis le début de la guerre ».


A propos de la manifestation devant le sénat, par Marceau Pivert

Source : Où va la France, rédigé en 1941 au Mexique, pages 112-113, cité par Jean Paul Joubert.


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Exactement douze mois plus tard, sans consulter l’assemblée nationale du parti ni son exécutif- la CAP – ni, au moins, tous les ministres socialistes (puisque Henri Sellier, ministre de la santé publique, fut laissé à l’écart, pour avoir écrit des lettres prophétiques d’avertissement), Léon Blum annonçait brutalement sa démission et, d’accord avec le président de la République, transmettait ses pouvoirs au radical Camille Chautemps. Par la suite, il prononçait à la radio un appel au calme... Néanmoins, la nuit même, après une préparation de quelques heures, les travailleurs parisiens, répondant à l'appel de la fédération de la Seine, manifestaient par milliers à Luna-Park, puis, en dépit des barrages de gardes mobiles, marchaient jusqu'à la place de la Concorde en réclamant une politique d'offensive révolutionnaire. Le lendemain matin, le conseil national du parti, convoqué télégraphiquement, est l'objet des mêmes pathétiques adjurations ; mais ses membres résistent ; le jeune député du Tarn, Malroux, pleure de rage. La pilule est trop amère, les fonctionnaires du parti, habituellement dociles, sont pleins de réticences : les détenteurs de paquets de mandats, dont dépend en définitive le résultat de la réunion, échangent leurs impressions. Dans la soirée, des négociations ont lieu dans le plus grand secret : Lebas, Paul Faure et Dormoy, l'homme de toutes les machinations, maquignonnent avec Camille Chautemps ; ce dernier ne veut pas prendre dans son ministère le médiocre Lebas. Mais les 700 mandats de Lebas, représentant la puissante fédération du Nord, peuvent faire pencher la balance du résultat ; s'il vote contre la participation, le gouvernement de Chautemps est impossible... A la fin du marchandage, Paul Faure, Dormoy et Lebas feront partie du ministère Chautemps ; ils entrent au conseil national et volent pour la participation. Ces détails sordides doivent être connus, car c'est précisément dans ces heures que se jouait le sort des travailleurs de France, dont la volonté de lutte était sacrifiée à quelques portefeuilles ministériels. Le socialisme se purifie en dévoilant l'attitude des hommes qui l'ont indignement représenté. Au cours de la discussion, la Gauche révolutionnaire pose de nouveau et plus nettement le dilemme. A quoi Blum répond avec un de ses gestes hiératiques : « Mais cela signifierait la guerre civile, comme en Espagne ». A quoi le délégué répondit : « Oui, mais le chemin que vous suivez conduit directement à la dictature fasciste et à la guerre impérialiste »