Alphonse de Lamartine (1790-1869)


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Partition

Pensées des morts

Voilà les feuilles sans sève
Qui tombent sur le gazon
Voilà le vent qui s’élève
Et gémit dans le vallon,
Voilà l’errante hirondelle
Qui rase du bout de l’aile
L’eau dormante des marais,
Voilà l’enfant des chaumières
Qui glane sur les bruyères
Le bois tombé des forêts.

C’est la saison où tout tombe
Aux coups redoublés des vents ;
Un vent qui vient de la tombe
Moissonne aussi les vivants :
Ils tombent alors par mille,
Comme la plume inutile
Que l’aigle abandonne aux airs,
Lorsque des plume nouvelles
Viennent réchauffer ses ailes
A l’approche des hivers.

C’est alors que ma paupière
Vous vit pâlir et mourir,
Tendres fruits qu’à la lumière
Dieu n’a pas laissé mûrir !
Quoique jeune sur la terre,
Je suis déjà solitaire
Parmi ceux de ma saison,
Et quand je dis en moi-même :
« Où sont ceux que ton cœur aime ? »
Je regarde le gazon.

C’est un ami de l’enfance,
Qu’aux jours sombres du malheur
Nous prêta la Providence
Pour appuyer notre cœur ;
Il n’est plus ; notre âme est veuve,
Et nous suit dans notre épreuve
Et nous dit avec pitié :
« Ami, si ton âme est pleine,
De ta joie ou de ta peine
Qui portera la moitié ? »

C’est l’ombre pâle d’un père
Qui mourut en nous nommant ;
C’est une sœur, c’est un frère,
Qui nous devance un moment,
Tous ceux enfin dont la vie
Un jour ou l’autre ravie,
Emporte une part de nous,
Murmurent sous la pierre :
« Vous qui voyez la lumière,
De nous vous souvenez-vous ? »

Voilà les feuilles sans sève
Qui tombent sur le gazon
Voilà le vent qui s’élève
Et gémit dans le vallon,
Voilà l’errante hirondelle
Qui rase du bout de l’aile
L’eau dormante des marais,
Voilà l’enfant des chaumières
Qui glane sur les bruyères
Le bois tombé des forêts.


 

Le regard de notre bon maître Georges Brassens...

... croisant celui du représentant d'un romantisme quelque peu flamboyant, la rencontre ne peut manquer d'être surprenante. Putain de toi et Pensées des morts, il y a un monde entre les deux. Et pourtant...

Prenez une classe de première littéraire à qui il est devenu quasi-impossible d'enseigner "le Vallon". Si ces jeunes gens ont éteint leur téléphone portable et lèvent leur nez de leur tablette, faites leur écouter la musique que Brassens a mis sur cet extrait du Vallon. Cela peut marcher...

Expérience faite pour moi, cela marche! Ne désespérons pas !

RD.